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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 18:01
R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Nous écrivions en novembre 2011 dans notre article A 46 sur l’ « Agent orange » : « Nous reviendrons dans un futur article sur ces différents rôles de la politique américaine en Thaïlande ». Nous avons depuis lors tout au long de plusieurs articles parlé à la fois de l’aide américaine apportée à la Thaïlande (225 « L’aide américaine à la Thaïlande dans les années 1960  1970 » et de l’aide militaire apportée par la Thaïlande aux Etats-Unis (226 « la Thaïlande entre en guerre ouverte au Vietnam aux côtés des États-Unis »). Il nous a semblé judicieux de reprendre, 4 ans et demi plus tard, ce que nous avions écrit sur cet aspect « collatéral » de cette guerre.

 

Parmi les autres « retombées » américaines en Thaïlande : l'agent « orange » en Isan ? 

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Nous signalions l’aide économique  massive américaine pendant la guerre du Viet-nam qui avait « profondément modifié non seulement l’Isan  mais toute la société Thaïlandaise ». Il ne faudrait pas oublier d’autres aspects de cette politique, à savoir l’aide aux différentes dictatures thaïlandaises, la lutte contre le « communisme » qui fut aussi la lutte contre l’opposition démocratique (cf. par ex. nos articles sur les groupes Caravan et Carabao, le rôle de la Thaïlande , dans le réseau mondial des bases militaires US dans le contrôle des activités humaines, économiques, sociales et politiques mondiales. 

 

Et aussi une autre « retombée » dont on a peu parlé : l’ « agent  orange ». 

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Le 10 août 1961, les américains lancèrent  la plus grande guerre chimique de tous les temps, au mépris affiché de tout ce que les Conventions internationales comportent sur les « Lois de la guerre ». Les bombardements durèrent plus de 10 ans, détruisirent des centaines de milliers d’hectares et handicapèrent des centaines de milliers de personnes si elles avaient échappé à la mort. Des terres cultivables, des dizaines d’années après, sont toujours polluées. On ignore combien de générations futures souffriront des conséquences génétiques de cette guerre chimique.

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Mais cela, nous direz-vous, a-t-il quelque chose à voir avec l’Isan ?

 

Les bombardements n’ont pas épargné le sud du Laos et la partie frontalière du Cambodge. Comme chacun sait, le nuage orange, si nuage il y avait, pouvait être poussé par les vents, mais tout comme celui de Tchernobyl, respectait les frontières.

Et l’immense talent des aviateurs-bombardiers américains (les Français l’ont apprécié pendant la guerre de 1939-1945) a évité toute erreur d’objectif. On ne peut pas sur le terrain délimiter avec certitude la frontière entre le Cambodge et le Siam mais on le pouvait certainement à 5.000 mètres d’altitude.

 

Et lorsque les avions partis d’Utapao ou d’Udonthani sans avoir pu lâcher leurs bombes sur le Vietnam revenaient au bercail, ne pouvant atterrir avec leur matériel de mort, ils le lâchaient de préférence au Laos.

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Une chape de plomb a longtemps pesé sur cet aspect de la guerre  même si à l’époque les Soviétiques (qui firent de même sinon mieux en Afghanistan) le dénoncèrent avec véhémence.

 

Les bombardiers partaient des bases américaines de Thaïlande et de l’Isan, Don Muang, Udonthani, Utapao, Ubon, Korat et Nakhonphanom. Ils ne portaient pas seulement le défoliant chez l’ennemi. Pour faciliter leur travail, les jardiniers de l’US air force l’utilisaient d’abondance pour entretenir la végétation dans les périmètres clôturés et désherber le périmètre hors clôture pour prévenir d’éventuelles attaques. Naturellement, les fabricants du produit et le gouvernement américain, Kennedy en tête, affirmèrent solennellement que l’agent orange ne faisait que détruire la végétation et ne présentait aucun danger pour l’homme.

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Les vétérans américains engagèrent procédures sur procédure, mais aucune décision de justice significative n’est tombée du siège de quelque tribunal que ce soit, même si des « accords amiables » ont été conclus. Ne parlons pas des procédures engagées en vain par les autorités vietnamiennes pour crime de guerre, elles sont évidemment tombées aux oubliettes des juridictions américaines qui ont considéré qu’un désherbant n’était pas un poison au sens des Lois internationales.

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Nous ne faisons pas spécifiquement de l’anti-américanisme primaire. D’ailleurs, vous trouverez tous les renseignements que vous voudrez concernant les 80 millions de litres de « ce désherbant », que les Américains ont répandu par la voie des airs, sur de  nombreux sites Internet sérieux !

 

Combien de litres ont été utilisés pour désherber l’intérieur et le périmètre extérieur des bases, mystère. 180.000 millions de dollars d’indemnités ont été versés à ce jour aux vétérans mais le Gouvernement américain a été assez habile pour faire payer le fabricant, qui est (évidemment) : Montesanto

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Mais quand nous trouvons sur les sites des anciens combattants du Vietnam le rappel  à tous ceux qui ont servi  entre  le 28 février 1961 et le 7 mai 1975 (quelle précision !) sur les bases de Thaïlande de leur droit à être indemnisés et leur indiquant la procédure à suivre, nous sommes irrémédiablement conduits à nous interroger sur le sort des Thaïs qui leur servaient « de domestiques » sur ces mêmes bases ou celui des habitants des régions frontalières mitoyennes des régions bombardées. Peut-être ont-ils été oubliés ?

 

Parmi tous les sites Internet que nous avons consultés, nombreux sont ceux qui donnent aux vétérans ayant servi en Thaïlande tous conseils utiles pour obtenir l’indemnisation de leur éventuel préjudice, aucun ne concerne les Thaïs mais nous avons probablement mal cherché ?


Ce poison est une substance cancérigène décrite comme «la molécule la plus toxique jamais synthétisée par l'homme ». Elle a –durant cette guerre- infiltré les eaux et le sol, et combien de mères l’ont transmis à  leur enfant  par le lait maternel. Selon les sources vietnamiennes, l’agent orange qui a détrempé la moitié sud du Vietnam pendant des années a directement tué ou blessé 400.000 personnes et aurait contribué à des malformations congénitales chez 500.000 enfants. Ses effets terrifiants se font encore sentir, non seulement chez les personnes âgées, dont les cancers et autres maladies sont souvent liées à l'agent orange, mais chez les enfants de deuxième et de troisième génération de la guerre, dont les corps et les esprits tordus et paralysés sont encore les témoins silencieux de ce fléau, y compris chez des jeunes Vietnamiens nés longtemps après la guerre.

 

Attention, ce film contient des images difficiles :

 

Quelques références :

 

veteransvoteyourcause.com/

http://www.veteranslawblog.org/agent-orange-thailand-exposure/

combat-monsanto.org/spip.php?rubrique9

http://www.publichealth.va.gov/exposures/agentorange/locations/thailand.asp


Pour comprendre un peu le réseau de « défense » des Etats-Unis :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=5314

 

Selon les données de l’encyclopédie libre Wikipédia (données de février 2007 non mises à jour depuis lors), le système de défense étatsunien métropolitain (on estime à 6.000 le total des installations militaires aux USA eux-mêmes) et mondial fait appel à un personnel de 1,4 million de personnes dont 1 168 195 aux États-Unis et dans leurs territoires d’outre-mer. Selon la même source ils en déploient 325.000 à l’étranger dont 800 en Afrique, 97.000 en Asie (en excluant le Moyen-Orient et l’Asie centrale), 40.258 en Corée du Sud, 40.045 au Japon, 491 sur la base de Diego Garcia dans l’océan Indien, 100 aux Philippines, 196 à Singapour, 113 en Thaïlande, 200 en Australie et 16.601 sur des navires de guerre.


Entre 700 et 800 bases militaires dans le monde,  pour le contrôle des ressources énergétiques fossiles, le contrôle des ressources renouvelables stratégiques.

 

Les dépenses militaires des USA sont passées de 404 à 626 milliards de dollars – valeur équivalente du dollar de 2007 (données du « Center for Arms Control and Non-Proliferation » de Washington) entre 2001 et 2007 et devraient dépasser les 640 milliards en 2008. Imaginer aujourd’hui.


Voir aussi  Thaïlander : http://thailande-fr.com/culture/histoire/4891-la-cia-a-ordonne-la-destruction-de-videos-tournees-en-thailande
 

« Même si les gouvernements successifs de Bangkok l’ont toujours démenti, la Thaïlande a très probablement hébergé des prisons secrètes de la CIA, où des terroristes présumés en provenance des pays tiers ont été détenus, et torturés. Ces graves accusations, toujours fermement niées par les fonctionnaires thaïlandais, ont été révélées pour la première fois dans un article du Washington Post dès 2006, et plus tard confirmées par des responsables américains, lors de la controverse qui a éclaté sur l’usage de la torture sur des personnes soupçonnées de terrorisme. Les liens historiques sont anciens entre la première puissance mondiale, et son principal allié dans la région du Sud Est asiatique. La Thaïlande est devenue un allié officiel des États-Unis avec la signature de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) en 1954 dont le siège se trouvait à Bangkok. L’organisation était alors un des instruments de la politique américaine contre l’expansion du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. Par la suite, la Thaïlande passera un accord secret avec les États-Unis en 1961, enverra des troupes au Vietnam et au Laos et autorisera les États-Unis à installer des bases aériennes dans l’est du pays (dont la principale est celle d’Udon Thani), d’où décolleront les bombardiers B-52 qui bombarderont le Nord Vietnam.

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.

Il y a quelques années, la presse thaïlandaise avait pensé avoir localisé la prison clandestine de la CIA, justement sur la base aérienne d’Udon Thani, dans le nord-est du pays. L’armée avait alors ouverte cette base à la presse pour prouver qu’elle n’avait rien à cacher. Mais ensuite les journalistes ont révélé que le gouvernement thaïlandais a en effet loué aux États-Unis un immense terrain situé dans cette région, surveillé en permanence et sous haute sécurité. L’objectif public de cette location était l’installation d’une station de la radio américaine VOA (Voice of America). Mais la taille démesurée du terrain et le système de sécurité inhabituel pour une simple station de radio, avait attiré l’attention de la presse. »

Olivier Languepin avec Benoit Hervieu (Reporters sans frontières Amériques)

R 14 (A 46).  L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM.
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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 18:02

en têteNous avons vu dans l’article précédent, en lisant le livre d’Alain Forest, Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, que les missionnaires français au Siam avaient été relativement peu nombreux, et n’avaient pas réussi à convertir les Siamois. Ils tenteront de donner les raisons de cet échec, mais sans évoquer leur « aveuglement », leur impossibilité de comprendre la société siamoise et surtout ce que pouvait représenter le bouddhisme Theravâda.

 

***

 

theravada-bouddha

 

Mais cet échec est aussi l’occasion pour Forest de nous expliquer la « méthode siamoise », la politique du pouvoir   pour utiliser les apports étrangers à leur profit, tout en les maintenant à une certaine distance, en réussissant à neutraliser leur effet sur la politique du royaume.

 

Les raisons données par les missionnaires français.*

 

Forest réfute nombre d’analystes occidentaux qui « présentent les contacts religieux essentiellement comme une confrontation de doctrines, de discours religieux relativement élaborés ou de concepts. ». Or le débat n’a pu avoir lieu entre les moines bouddhistes qui l’éludent (« toutes les religions sont bonnes »)

 

toutes les religions

 

et les missionnaires tout à leur supériorité, à leur volonté de les « désabuser  de leurs superstitions «  (de Bourges),   à leur révéler le vrai, le seul dieu. D’ailleurs ils écriront fort peu sur le bouddhisme.

 

(Cf. notre article 15 avec l’étude de Jean Marcel qui note qu’entre 1666 et 1691, sur les 25 publications majeures en français, seul 8 évoquent le bouddhisme sans en connaître le nom, ni le fondement des « 4 nobles vérités ». Ils préfèrent s’attarder sur les fables et les légendes, comme le dit de Chaumont : « quant à leur religion, elle n’est à proprement parler qu’un ramassis d’histoires fabuleuses»).

 

Les missionnaires français sont conscients des « lacunes et mauvais fonctionnement de leur propre entreprise » et du manque de missionnaires (« cela revient comme un leitmotiv pour les années 1671-1688 »).

 

L’argument est justifié, surtout que beaucoup ne sont que de passage, en « transit » pour la Chine ou le Tonkin, et sont indifférents à la mission siamoise et consacrent leur temps à l’apprentissage du chinois ou du vietnamien. Et s’ils enseignent au collège, ils sont enclins à apprendre le vietnamien en constatant que  les élèves vietnamiens y sont majoritaires et que la principale communauté chrétienne est cochinchinoise. De fait, peu apprendront le siamois.

 

Ils attribuent souvent le manque de conversion au « mauvais exemple des religieux et des Portugais vivant au Siam », alors que les moines ont une vie exemplaire. Nous avions déjà noté que Forbin dans ses Mémoires faisait l’éloge de la vie exemplaire des talapoins, et affirmait voir là, la raison principale de l’insuccès des missionnaires chrétiens à susciter des conversions parmi les populations. (Cf. article 15).

Les missionnaires français expliquent ainsi leur échec par la faute des autres. Ils évoqueront les manoeuvres des concurrents musulmans, la crainte du roi, « surtout après 1688 quand les rois se montrent de grands « pagodistes » », mais « celle qui revient sans cesse c’est l’existence et le grand nombre des « talapoins » », et leur vie exemplaire.

 

Talapoins

 

Certains comme Laneau invoqueront la Providence. D’autres désigneront des responsables, comme par exemple le phra klang Lek avant 1684 qui en secret multipliait les démarches auprès des gouverneurs contre les conversions, le phra klang encore, hostile aux Chrétiens lors de la « persécution » de 1730-1731, le phra klang mulsuman du roi Phya Tak qui envenime la querelle avec l’’évêque Lebon dans les années 1770.

 

Peu (personne ?) attribueront l’échec  à la stratégie choisie, l’espoir de convertir le roi siamois,  la mauvaise évaluation du pouvoir de Phaulkon  au temps de Naraï, leur méconnaissance de la société siamoise, du pouvoir politique et religieux, et de la force du bouddhisme  thérâvéda.

 

Leur méprise avance Forest, est leur conviction « d’être les premiers croyants dignes de ce nom à débarquer pour convertir les Siamois ». Or voilà longtemps que le pouvoir siamois a mis en place à la fois une politique de neutralisation des étrangers (Cf. le système des villages étrangers à Ayutthaya)

 

plan

 

et une politique d’utilisation de leurs compétences.

 

Nous avons déjà montré dans les articles précédents, comment les rois d’Ayutthaya ont su utiliser les compétences commerciales des « mores », perses, chinois, les compétences guerrières des  Japonais et des  Portugais, et comment ils  se sont « ouverts » aux Hollandais, Anglais et dernièrement aux Français, selon la géopolitique du moment, sans oublier la longue histoire et expérience d’intégrer les populations conquises lors des guerres passées.

 

La politique siamoise vis-à-vis des étrangers.

 

On peut avec profit lire l’article de Stéphane Dovert au titre évocateur « La Thaïlande prête pour le monde ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale »**

 

Il indiquait une distinction majeure :

 

« On relèvera ainsi un net contraste entre l’évidente agressivité politique du royaume et sa perméabilité aux apports culturels extérieurs. Il s’explique sans doute par la durable distinction que le royaume a opérée entre le registre de ses « affaires étrangères » et celui de « son commerce avec l’outre-mer » (dans l’acception large du terme « commerce). Le premier, qui ne s’est le plus souvent guère distingué de ses préoccupations militaires, s’est appliqué aux relations avec les royaumes constitués dont la proximité représentait une menace. Le second, qui a touché aux relations d’Ayutthaya avec les pays lointains où les peuples ne contestaient pas  son existence politique, a été très spécifique du modèle siamois et est apparu comme l’une des clés de voute de son développement ».

 

Il est vrai que nous avons pu observer que l’histoire des différents royaumes du « Siam » s’est construite à force d’alliances, de guerres qui se terminaient pour le vaincu par le déplacement d’une grande partie de sa population dans  des régions contrôlées par les vainqueurs. Dovert cite l’historien thaïlandais Rong Syamananda

 

Syamananda

 

qui « évoque la capture et le déplacement de 90 000 Cambodgiens après la campagne victorieuse contre Angkor en 1393 ». Il y en aura bien d’autres.

 

Mais la politique avec les étrangers venus des « Indes », de Perse, du Japon et ensuite des étrangers européens sera différente. Nous avons raconté ces rencontres et les relations établies, les traités.  (Cf. articles de 74 à 83).

 

Aussi, quand les missionnaires français arrivent au Siam en 1662, le Pouvoir siamois a déjà une histoire et une expérience des relations « internationales ».

 

Il a su « profiter » du commerce des différents circuits possibles, intégrer des « Mores », des Japonais, des Chinois, puis des Occidentaux dans son administration à des postes importants, et « dans la hiérarchie des honneurs et jusqu’au conseil particulier du souverain », précise Forest. Pendant la « période française » le phra khlang fera nommer quatre gouverneurs français : Billy à Jongselan (Phuket), de Forbin à Bangkok en 1686, Beauregard à Mergui en 1687 et enfin Jean Rival à Bangary (Bangkhli) en 1688. Ils ont rejoint René Charbonneau qui avait occupé le poste à Thientong (à la frontière du royaume môn de Pegu) avant de s’établir à Jongselan en 1683. (Dovert, cf. en note p. 210, op. cit.). (Nous vous avons également raconté l’histoire de Yamada Nagamasa, le Japonais qui devint vice-roi (A73)

 

YamadaNagamasa5

 

et de Phaulkon par exemple.).

 

 

« Les souverains et autorités siamoises voient d’abord, dans nos missionnaires, des Français et des représentants de la nation française, susceptibles d’ouvrir la voie à des relations commerciales ou d’amitié entre les Français et le Siam. » Ils n’avaient pas tort quand on songe au rôle joué par Mgr Pallu en 1673 apportant une lettre de Louis XIV au roi Naraï,

 

mgr-francois-pallu-1626-1684

 

aux rôles joués par de nombreux missionnaires dans les ambassades franco-thaïes que nous avons abondamment abordées. (Nous pensons au Père Tachard). Forest cite Mgr de Cicé qui était conscient que « les missionnaires étaient essentiellement regardés comme des agents politiques éventuellement utiles ».

 

Mais la confusion a été rendu surtout possible par ce que Forest appelle un postulat à savoir « dans les conceptions siamoises –et asiatiques en général : l’adéquation entre nation et religion »,

 

Nation

 

avec le devoir échu au roi  de protéger la religion des étrangers accueillis en leur donnant terrain, de l’aide pour la construction d’églises, la liberté de leur culte, et même les moyens de pratiquer leur culte.

 

Mais cette « ouverture d’esprit », cette tolérance rencontrera aussi ses limites quand le pouvoir religieux jugera son pouvoir menacé comme lors de la révolution de 1688 ou des interdictions de 1730 par exemple, nous dit Forest, qui indiquent justement avec précision le seuil à ne pas franchir. Il évoque surtout les prédications faites en siamois, la rédaction des livres en caractères siamois et pâli, les critiques écrites sur la fausseté des doctrines bouddhistes, transmises à un peuple de tradition orale pour qui l’écrit est « le précieux conservateur des Ecritures -ou encore des décisions et actes du roi-, ce qui en assure la véracité, la sainteté ».

 

Mieux, le système siamois, accueillera les nations et leurs religions à l’intérieur d’un espace offert, et bien circonscrit ; le système des « camps « appelés ainsi par les Occidentaux. On pouvait observer à Ayutthaya, le camp des  Macassars (Célèbes),

 

célèbes

 

des Malais, des Pegouans, des Cochinchinois, des Japonais, des Chinois, et nous avions évoqué le camp des Portugais, « le bang portuguet ».

 

Chaque « camp » ou quartier, avait un capitaine reconnu auquel le pouvoir attribuait un titre et des fonctions administratives et de justice, à l’intérieur du périmètre concédé. Mme de Carvalho*** signale toutefois que le profil du capitao-mor  a évolué selon les époques et la personnalité des capitao-mor, mais qu’il est assez peu connu.

 

La religion, nous dit Forest, se trouve être « le marqueur de l’identité « nationale », et des diverses communautés, ce qui détermine les stratégies envers ces dernières. Par exemple, Khmers, Laos, Pégouans, de bouddhisme theravâda, sont assimilés aux Siamois et ainsi seront interdits de conversion au christianisme à partir de 1730. Par contre, les Portugais, quoiqu’ils en arrivent à ne plus guère se distinguer physiquement des Siamois, à force de mariages avec des femmes du pays, restent Portugais en vertu de leur catholicisme. »

 

Les missionnaires ont souvent imputés leur échec aux fortes contraintes exercées par le pouvoir du roi et des moines sur le peuple. Si elles existent, nous dit Forest, surtout dans l’histoire des luttes pour la conquête du trône lors des successions - On pense à la révolution de Petracha s’appuyant sur les autorités bouddhistes pour chasser Phaulkon et les Français- elles ne suffisent pas à mesurer l’adhésion du peuple siamois au bouddhisme théravâda.

 

Forest étudiera « les mécanismes complexes sur lesquels reposent et par lesquels s’entretiennent et se conforte l’adhésion religieuse. »

 

Nous n’allons pas ici reprendre toute cette analyse qui décrit la place de l’ individu, qui n’existe que dans un lien interpersonnel avec son seigneur, son nai, dans un réseau de clientélisme ou de « force » et son adhésion au bouddhisme theravâda, dans lequel il est baigné depuis la prime enfance. Il expliquera les rôles du monastère, le rite de passage que constituent la prise de robe, l’importance de l’ordination, de certains rites, de la croyance au karma. Il distinguera le pouvoir royal du pouvoir de la sangha,

 

ordained sangha

 

sa différence avec le clergé chrétien. Il insistera sur le rapport au moine, « facteur essentiel de structuration, c’est-à-dire d’identification, de normalisation, et de contrôle sociaux. Facteur de structuration, il l’est puissamment comme formateur et régénérateur de réseaux de relations, comme lieu de socialisation et d’initiative, comme témoignage de l’ordre karmique, qui organise la hiérarchie sociale, comme support d’un pouvoir royal nécessaire à la protection du sangha. » Il expliquera la signification du don au moine, non seulement dans l’acquisition des « mérites » mais dans le prestige qu’il peut donner, « l’affirmation –sur un mode unanimement approuvé par la société- de la puissance », du renforcement du réseau de relations.

 

La société siamoise est en effet organisé sur »un mode de « réseaux de rapports sociaux organisés à petite échelle et que régit le principe de répétition depuis l’unité la plus petite jusqu’à l’unité la plus grande » (Balandier cité par Forest).

 

Chaque individu est dans une communauté villageoise, un réseau, se retrouvant autour d’un monastère ou d’un moine, pris lui-même dans d’autres réseaux, dans un système d’emboîtement hiérarchisé fondé  sur les relations d’autorité cadets-aînés et clients patrons et sur les relations d’alliance matrimoniale. Ces réseaux de clientèles sont toujours en mouvement et dépendent le plus souvent d’une sakdina,

 

Sakdina

 

plus ou moins grande, accordée par le souverain et qui se définit en terme de surface de rizières et du nombre d’hommes qui lui est  attribué. Le nombre  est « un élément essentiel du prestige, du pouvoir et de la hiérarchisation entre les puissants du royaume ».

 

Mais de cela nous avons déjà beaucoup parlé, avec la Cour, le pouvoir royal, les rituels, les guerres de succession, les guerres, les rivalités entre les muang …  (Cf. nos articles 15 et 16 entre autres****).

 

Forest propose en effet sa vision de la société siamoise, pour mettre en évidence -pour notre sujet-  que l’individu pris dans ses relations inter-personnelles et ses réseaux de clientèles, n’a aucune possibilité d’une expression personnelle. Il peut changer de patron, de réseau, mais il se doit pour le moins d’être bouddhiste, qui est « un critère essentiel, un « moyen » incontournable de normalité ou de normalisation des individus».

 

« De plus, le bouddhisme theravâda produit une puissante totalisation religieuse. Par son unicité, par l’adhésion sans faille de toute la société, par sa capacité à intégrer les autres expressions religieuses –des cultes aux génies- » ; voire les « magies »  (eau bénite, la médecine) des chrétiens. Une « puissance » que les missionnaires ne voient pas, « trompés » par l’accueil et les promesses du roi, et la tolérance affichée des moines, aveuglés par leurs querelles internes et leurs clichés sur la société siamoise. Forest nous apprend que les missionnaires français « exportent » même jusqu’au Siam leurs débats sur le jansénisme et les rites, et sont formés à Paris à combattre le diable, éradiquer les superstitions, imposer la supériorité du missionnaire occidental, préfigurant la supériorité du colonisateur venant apporter LA civilisation. Mais cela est une autre histoire.

Siné

 

Mais le pouvoir siamois a pu d’autant mieux neutraliser l’action missionnaire chrétienne, que ceux-ci étaient peu nombreux, et que Petracha en 1688, réussit à chasser les troupes envoyées par Louis XIV. L’ambition missionnaire et coloniale françaises ne se manifesteront plus au Siam ; du moins jusqu’au second empire.

 

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*Livre III, 7ème partie. Sauvez les infidèles, in  Alain Forest, Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, II, et III, Histoires du Siam, L’ Harmattan, 1998.

 

**in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

***Mémoire de Master de sciences historiques, philologiques et religieuses, mention « Etudes européennes, méditerranéennes et asiatiques », spécialité « Etudes asiatiques », sous la direction de Mme le professeur Dejanirah Silva-Couto, maître conférence, Paris, 2006.

 

****15. Notre Histoire. Le  muang ? Un concept essentiel pour comprendre l’Histoire de la Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html

 

16. Notre Histoire : La conquête du « Siam » par les muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html

 

 

 

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:01

famille

« Le mariage pour tous » n’est pas un sujet d’actualité en Thaïlande, tant les homosexuel(le)s sont toujours à la marge de la société et que le sujet demeure tabou. 

 

Même le président de la Bangkok Raimbow Organisation (BRO)-l’une des plus connues pour la défense du droit des homosexuels -   Nikhon Arthit, avoue qu’il n’a jamais annoncé son homosexualité à ses parents*. 

 

Autant vous dire que le combat sera encore long avant que les Thaïlandais puissent s’affronter sur « le mariage pour tous », surtout que la religion dominante et encore très influente-le bouddhisme-en a une vision quelque peu très négative.** 

 

Elle n’est plus en tous cas considérée comme une maladie mentale depuis 2002, et vous trouverez toujours des articles qui vous signaleront que la société thaïlandaise est tolérante et que « L’homosexualité y est monnaie courante et acceptée par la population ».**(la situation des transexuel(le)s étant différente).

 

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Un mariage gay serait impensable dans ce pays, et beaucoup se sentent obligés de mener une double vie, tant il est important de fonder une famille, « qui est le noyau de la société » disent d’autres articles.*». Enfin un noyau, où 63% des Thaïlandais estiment qu’il est justifié pour un homme de battre sa femme, selon des statistiques rapportées par le journal du Bangkok Post.

 

 

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Mais quelle famille ?

 

Une étude d’Amara Pongsapich, docteur et présidente de la Commission nationale de l’Homme de Thaïlande entre autre, sur « La famille thaïlandaise, passé et présent », publiée dans « Thaïlande contemporaine »***, peut (peut-être) nous aider à  comprendre, là aussi,  la complexité du sujet et les interprétations diverses.

 

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Nous avions déjà à propos de la France montré que la famille n’était  pas une institution immuable ou naturelle, qu’elle était le produit d’une société, de ses traditions, de ses croyances, de ses valeurs à une époque donnée, imposés pendant les siècles par la religion dominante, en l’occurrence l’Eglise catholique. Elle est le produit d’une Histoire, de ses luttes politiques, constitutionnelles et sociétales, animées depuis la révolution française par l’idéologie des droits de l’Homme et du citoyen, la révolution industrielle, la laïcité en 1905, l’urbanisation, et depuis 1948 par la déclaration universelle des droits de l’homme, le capitalisme mondial, le libéralisme, la société de consommation, l’individualisme, les progrès  scientifiques, et la révolution informatique … (Cf. notre article 92).

 

La famille a donc évolué en France comme elle a évolué en Thaïlande, mais avec ses spécificités, ses nombreux peuples. (Les Thaïs ne représentent que 40 % de la population). La diversité ethnique est telle que les chercheurs (Amara Pongsapich aussi) se contentent bien souvent de distinguer les situations du Nord (avec de nombreuses ethnies), du Nord-Est (notre Isan), les plaines du Centre, et l’Extrême-Sud, majoritairement musulmane, tout en soulignant la complexité de ces relations au sein d’un Etat centralisé qui n’a pas pu étouffé les systèmes sociaux locaux traditionnels. **** Les situations familiales changeront donc selon le milieu culturel, mais aussi selon que l’on vit à la capitale, dans les grandes villes, ou en zones rurales, selon les classes sociales, le niveau d’étude, les générations… bref, dans des situations où les traditions se superposeront bien souvent, s’affrontent parfois dans leurs contradictions, comme le bouddhisme avec le consumérisme, la communauté avec l’individualisme …

 

Et le passé n’est pas mort.

 

Les premiers royaumes thaïs, nous dit Amara, avec l’influence des enseignements brahmaniques et bouddhistes, ont véhiculé le modèle de l’inégalité de l’homme et de la femme. Les nobles, les classes supérieures n’avaient aucun doute sur l’autorité « naturelle » de la puissance paternelle, et les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes, qui étaient catégorisées en 3 « castes », dès le règne du roi U-Thong (1351-1369) (le fondateur du royaume d’Ayutthaya). « Les mia klang muan (mia luang), épouses données par les parents; les mia klang nok ou épouses entretenues par le mari, et les mia klang thasi ou épouses que le mari rachetait en libérant leur entourage des dettes qu’il avait pu contracter. Une autre catégorie d’épouse peut également être citée, les mae ban, dont le statut était supérieur aux trois autres car elles étaient données par le roi comme récompense à des services rendus.»

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Ce système sera figé par un texte intitulé Kotmai tra sam duang (Loi des trois sceaux) entré en vigueur en 1804 sous le règne du roi Rama 1 (1782-1809), qui indiquait la société hiérarchique, l’inégalité entre les hommes et les femmes. Un système où chaque enfant était éduqué selon son rang. (Cf. par exemple notre lecture de « Plusieurs vies »  de Kukrit Pramoj. Une vision de la Thaïlande A71.). Amara, curieusement, omet de signaler que la société siamoise était une société esclavagiste ! (avec la possibilité de vendre et de racheter ses enfants pour dettes par exemple). Abolition en 1905).

 

Elle indique par contre que dans les « classes supérieures » et les milieux urbains, le patriarcat était de rigueur, que la supériorité était non seulement consacrée par le droit et la religion, mais dans la littérature, surtout dans la période Rattanakosin (1767-1855), où la polygamie était considérée comme une pratique coutumière, et où les beaux héros séduisaient des personnages féminins plutôt passifs. Amara cite deux ouvrages qui ont exercé une influence à cette époque dont l’un de Sunthon Phu (1786-1855), (Cf. Notre étude A119. L’un des poètes thaïlandais les plus connus), des « proverbes pour l’éducation des filles » (Suphasit son ying) était destiné à apprendre aux filles à devenir « dociles et toujours prêtes à répondre aux besoins de leur mari ». 

 

Le présent.

 

Amara souligne que les situations sont très variées en zone rurale, « tant sur le plan de l’organisation des relations familiales que des règles de transmission» ( surtout celle concernant la terre surtout), mais que les modèles familiaux se ressemblent entre les plaines du Centre, les villages du Nord et du Nord-Est, basées sur « la famille (ou le ménage) définie comme un groupe de parents résidant dans une habitation, mangeant au même plat et accommodant leur finance mutuellement. Ils suivent des pratiques d’habitation matrilocales, le mari venant habiter chez l’épouse, « tout en maintenant des liens avec sa famille paternelle ». (Nous émettons quelques doutes sur « les finances mutuelles » des maris « alcooliques et violents », nombreux dans ces villages). Amara citant Patya Saithoo signale que dans l’Extrême-Sud musulman, les filles et garçons ont des droits égaux en matière d’héritage et que le mari et l’ épouse possèdent chacun leurs propres biens hérités indépendamment de leurs propres parents (terre, maison, ustensiles, or, bijoux …). La coutume malaise donnant « une meilleure position à la femme que celle assignée par la loi islamique ».

 

Mais force lui est de reconnaître que la famille nucléaire prédominante en Occident, est désormais acceptée par la plupart des Asiatiques. Famille monogame qu’elle définit comme une unité très autoritaire où le pouvoir est exercé par le père sur la mère et les enfants, puis par la mère sur les enfants. Mais le succès télévisuel des « soap opéra » semble indiquer que la réalité est bien différente et que les rôles sont en train de changer. On y voit souvent des femmes agressives ou douces (pas de juste milieu, précise Amara) et des épouses manipulatrices qui ne donnent que l’illusion du pouvoir aux hommes.

 

Nous avions déjà dit dans ce blog, que l’industrialisation, l’urbanisation, l’exode rural, les valeurs libérales, consuméristes,  les divorces précoces, les nouveaux modèles véhiculés par les médias, l’éducation scolaire amènent de plus en plus  de femmes à vouloir s’assumer. 

 

 « Au niveau local, les structures traditionnelles sont ébranlées.

 

On observe une forte proportion de jeunes maris violents, « alcooliques » et infidèles. De plus, beaucoup de femmes sont abandonnées par leur ami ou mari à la naissance de leur enfant. Les filles ont  peu d’opportunités d’emploi dans leurs villages. La pression des dettes ?  La facilité de laisser  l’enfant aux grands parents pendant des années, incitent les jeunes femmes à tenter leur chance en ville. Même si certaines ont la « chance » de trouver un emploi, celui-ci est peu rémunéré, et ne peut suffire à subvenir aux besoins essentiels et à rembourser les dettes de la famille. Une restructuration, une mise au chômage, un coup dur, les conseils avisés d’une copine, les promesses de l’argent facile et conséquent, incitent certaines à tenter « l’aventure » … avec une tradition et une idéologie « permissive » et une adaptation  à l’offre du tourisme sexuel. » (in 17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique ».http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html )

 

Amara ne peut que constater –comme beaucoup- que « L’industrialisation et l’exode rural conséquent eurent un impact négatif sur l’unité familiale ». Elle signale néanmoins une évolution. Alors qu’auparavant les hommes partaient seuls tenter leur chance en ville, « le passage à l’ économie monétaire a contraint les femmes à gagner elles aussi de l’argent et de porter le double fardeau des travaux domestiques et de la vie professionnelle ». Elles sont nombreuses alors, les familles à laisser leurs jeunes enfants aux grands-parents dans les villages.  Toutefois, Amara révèle qu’ « un nouveau phénomène est apparu en Thaïlande avec le développement d’une « industrie domestique » qui permet dorénavant aux femmes de rester travailler chez elles ». Mais elle ne donne aucun chiffre sur ce nouveau phénomène. 

 

L’étude de Amara Pongsapitch, bien que citant de nombreux auteurs, et affirmant s’appuyer « sur toutes les études disponibles », ne dit rien sur les jeunes générations de Bangkok et des grandes villes qui sont le moteur du changement avec leur portable, tablette et Facebook, ni sur les villages branchés TV et internet, sur la nouvelle religion consumériste, plus désirable à leurs yeux que la religion bouddhiste. Rien sur les Sino-Thaïs qui représentent 10 % de la population et contrôlent 80% des capitaux, rien sur les 25 % de Thaïlandais qui ont une  Mia Noi, rien sur « Cette addiction aux nouveaux produits de luxe (qui) entraine de plus en plus « d’ étudiantes, voire des lycéennes, des employés de bureau, ou de manière plus attendue, des coyotes et des pretty » à devenir des sideline  des « prostituées occasionnelles ».(Cf. notre A76.  Dictionnaire insolite de Thaïlande ? Jean Baffie et Thanida Boonwanno, « Dictionnaire insolite de la Thaïlande », Cosmopole, diffusions Marcus, Paris, 2011)

 

Après avoir distingué les castes du passé, Amara Pongsapitch n’étudie pas comment elles ont évolué, comment la famille de la Hi-so (high Society) n’a rien à voir avec elle de la  Lo-so (low society), qu’une famille thaïe n’est pas une famille isan, même si elle prétend que les modèles familiaux se ressemblent.  

 

Bref, cette étude est restée à l’impact de la crise économique de 1997 sur les familles. Il manque les études de 2000 à 2013 qui montreraient une nouvelle Thaïlande, des familles thaïlandaises bien différentes, où subsistent bien sûr des communautés où la tradition est encore fondamentale, comme par exemple dans les communautés des montagnes au Nord de la Thaïlande.

 

La Thaïlande voit  donc coexister de nombreuses conceptions de la famille, des plus traditionnelles aux plus « modernes ». L’élite thaïe pouvait autrefois reproduire son modèle comme le seul  possible, mais les médias diffusent aujourd’hui abondamment les déchirements des mariages des classes moyennes, il est à parier que la génération Internet trouvera encore d’autres façons de s’aimer, de s’épouser, de fonder une famille.

 

Le « mariage pour tous » alors sera peut-être d’actualité.

 

* La situation de Nikorn peut paraître paradoxale. C’est là toute la subtilité du combat des gais en Thaïlande. Patrick Binot est un homosexuel originaire de Belgique qui habite en Thaïlande depuis 10 ans. S’il est d’accord pour dire que le pays accepte bien l’homosexualité, il précise qu’il ne fait pas référence au «paradis sexuel» auquel la Thaïlande est souvent associée. «Il faut arrêter de véhiculer cette image qui ne peut que faire du tort à ce pays très tolérant», dit cet homme qui enseigne le français à l’Université Srinakharinwirot de Bangkok.*

 

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Anjana Suvarnanda croit pour sa part que les gais sont surtout mal perçus s’ils ne fondent pas une famille. «La pression sociale n’est pas une punition aussi directe que la violence, mais cela reste une pression cons­tante», indique cette homosexuelle de 53 ans. Nikorn Arthit affirme d’ailleurs que cette pression est particulièrement importante dans les familles d’origine chinoise, qui ont beaucoup d’attentes envers leurs enfants. In http://www.titiudon.com/article-homosexualite-en-thailande-un-combat-a-demi-mot-80955473.html citant http://www.journalmetro.com/monde/artic ... mot--page0

 

**Magazine Gavroche :

 

« Thaïlande: La vie pas si rêvée des homosexuels thaïlandais. « La société thaïlandaise est ouverte d’esprit. » « L’homosexualité y est monnaie courante et acceptée par la population. » Derrière ce tableau idyllique, la communauté homosexuelle subit aussi discriminations et stigmatisations. La dépression et le suicide. Comme nombre d’homosexuels thaïlandais, Nol Intanin ressent ce décalage. « Chez les plus jeunes effectivement, l’ouverture d'esprit est plutôt la règle. Mais chez les plus de quarante ans, et particulièrement dans les campagnes, on accepte mal l’homosexualité. » Issu d'une famille modeste de Rayong, à deux heures de Bangkok, il a d’abord caché sa sexualité. Seul fils de la famille, Nol a dû couper toute relation avec ses parents. « Il faut être lucide. Généralement, les parents s’en doutent mais ils se le cachent. Et ils ne souhaitent surtout pas que cela devienne officiel. » En Thaïlande, on ne parle pas de sexualité.  Et, dans la majorité des cas, l’annonce de l’homosexualité entraîne une réaction familiale qui va de l’acceptation amère à la violence physique. L’enfant renié est accusé de leur faire perdre la face. L’incompréhension conduit certains à la dépression, et le suicide est plus courant dans la communauté homosexuelle […]

 

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La politique de l’autruche  « Les homosexuels thaïlandais sont à la marge de la société », affirme Nol. Seules quelques associations comme Bangkok Rainbow ou Rainbow Sky Association écoutent leurs préoccupations et surtout les comprennent. « De même que pour les travailleurs de l’industrie du sexe, le gouvernement ne souhaite pas s’impliquer, notamment au niveau de l’éducation et de la santé. » […]Si la société dans son ensemble accepte mal la différence, il en va de même pour la religion. Le bouddhisme est a priori plus ouvert que le christianisme ou l’islam. Mais, dans les faits, beaucoup pensent qu’être gay est synonyme de mauvais karma. Des temples refusent tout bonnement les homosexuels en se fondant sur certains textes. […] C’est pourquoi les homosexuels des campagnes préfèrent l’anonymat de la grande ville à la mauvaise réputation dans leur village. http://www.gavroche-thailande.com/actualites/read.php?id=1590

 

***Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

****Cf. par exemple : Construction ethnique et ethno-régionalisme en Thaïlande de Jacques Ivanoff, Carnet de l’IRASEC n° 13, 

 

et notre article 3 sur l’Isan en Thaïlande (démographie et rapport entre les Régions )

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-3-les-isan-des-vrais-thais-71449425.html

 

et notre article 4 sur l’organisation administrative de la Thaïlande :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-4-organisation-administrative-de-la-thailande-71449804.html 

 

 

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:03

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Republication de notre article du 5 octobre 2014 ... sur un sujet toujours d'actualité !

 

Les Thaïs n’ont pas encore abattu l’arbre des bienséances, ils ne l’ont pas même étêté. Il en est deux signes qui subsistent, nous le constatons tous les jours mais leur maniement n’est peut-être pas toujours facile pour nous occidentaux, ce sont le waï (ไหว้) et le krap (กราบ) (1). La politesse en Thaïlande comme ailleurs  est avant tout une question de mesure, c’est bien ce qui en rend la pratique si délicate.

 

Mais le savoir vivre thaï a ses coutumes, ses exigences et ses lois, essayons d’y voir clair.

 

Le « waï »

 

Le waï consiste à mettre les deux mains jointes paume contre paume en effleurant le corps « quelque part » entre le visage et la poitrine. « Quelque part » ? Voilà bien la difficulté.

Plus haut les mains sont levées, plus grande est la manifestation de respect et de courtoisie.

 

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La société thaïe était et reste verticale, la hiérarchie sociale est profonde et l’on y respecte (encore ?) les personnes respectables ou représentant une institution respectable, les prêtres, la famille royale, les personnes âgées, les autorités administratives, les enseignants et même, ne riez pas, les policiers, les magistrats et les avocats.

 

Le waï est dû par toute personne inférieure en rang ou en âge à toute autre qui lui est supérieure. Que l’on soit assis, debout ou couché, que l’interlocuteur soit dans la même position, il n’y a pas d’exceptions sauf peut-être dans des rapports très intimes, à l’arrivée et au départ, ce doit être une salve de waï.

 

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Mais l’élévation des mains jointes en « waï » obéit à des règles.

 

Elle ne doit jamais se faire avec des mouvements brusques ; bien au contraire, le mouvement doit être lent et gracieux, la partie supérieure des bras doivent rester collée au corps sans non plus écarter les coudes. Les mains jointes paume contre paume restent près du corps lequel doit être légèrement  incliné. Nous en avons sur scène un modèle élaboré évidemment, la forme idéale, en observant  les acteurs et les actrices du théâtre traditionnel, le « lakon » (ละคร),

 

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mouvements artistiques des mains : avant d'effectuer le « wai », l’acteur place ses mains jointes paume contre paume, les doigts dessinant peu à peu la forme classique d'un bouton de lotus (บัวตูม buatum),

 

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ce que les Thaïs appellent le « phanom mu » (พนมมือบัวตูม), littéralement « mettre les mains comme un lotus en bouton ».

 

La bienséance exige que l’inférieur en âge ou en rang dans l’échelle sociale formalise un « waï » en signe de respect à son aîné tout en l’accompagnant d’un salut de la tête dont la profondeur est fonction de la qualité de l’interlocuteur. En outre, dans le fil de la conversation, l’inférieur devra mettre ses mains en « bouton de lotus », qu’il soit assis ou debout, selon les circonstances, lorsque son supérieur lui donne des explications, c’est simplement manifester une reconnaissance respectueuse à l’égard de ce que lui dit son supérieur. On peut le comparer au geste d’un chrétien en adoration, nous dit notre manuel de savoir vivre !

 

Il y a encore des règles spécifiques lorsqu’une personne est en présence d’une autre d’un rang beaucoup plus élevé : elle doit encore adopter une position particulière, le « nang phab phiap »  (นั่งพับเพียบ « assis les jambes repliées sur le côté »),

 

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c’est-à-dire les membres inférieurs repliés vers l'arrière vers l’intérieur, les mains en forme de « bouton de lotus ». Lorsque cette personne reçoit quelque chose de celle de très haut niveau, il va évidemment élever ses mains en « waï » en guise de politesse et de reconnaissance.

 

Lors d'un sermon bouddhiste ou de la récitation par les moines des textes rituels il est indispensable d’ouïr les mains levées en « waï ». Si la cérémonie est longue, cette contrainte deviendra rapidement une épreuve que l’on peut surmonter en cherchant à trouver un appui pour les coudes.

 

Et que doit-on attendre de ce haut personnage qui reçoit le « waï » ?

 

Tout au plus y répondra-t-il par un « waï » en réponse mais jamais, au grand jamais, avec les mains élevées plus haut que sa poitrine. Il n’est jamais obligé de faire un « waï » en retour, pouvant parfaitement se contenter de répondre par un sourire, un signe de la tête ou un signe de la main. Il a « reçu le waï » (รับไหว้). Une personne âgée répond au « waï » d’un gamin d’un sourire ou d’un signe de tête (à moins que ce gamin ne soit de sang royal mais ce n’est pas une situation que vous aurez l’occasion de rencontrer).

 

Les moines bouddhistes porteurs de la robe jaune ne répondent jamais au « waï » d’un  profane quel que soit son âge ou son rang, fut-il le roi.

 

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Mieux vaut le savoir, si vous avez la courtoisie élémentaire de faire un « waï » respectueux à un moine, tout au plus vous répondra-t-il par un sourire ou un signe de tête, ne le traitez pas de goujat s’il ne vous répond pas par un « waï » ! En passant enfin devant un temple bouddhiste ou une statue du Seigneur Bouddha, une personne pieuse fera une « wai » en acte de respect (2). La meilleure chose à faire – la seule - pour une personne intéressée est d'observer au quotidien, nous ne prétendons pas vous donner un guide.

 

Le « Wai »  est d’origine multiséculaire – dans toutes l’Asie-du-sud-est d’ailleurs, il est la marque originaire de la soumission du plus faible au plus fort sous la protection duquel il se place, il est peut-être devenu de nos jours simple formule de salutation mais n’a très certainement pas abandonné le fondement de ses origines.

 

Et nous, comment répondre ?

 

Nous recevons un « waï » en entrant au restaurant, au bureau de poste, à l’immigration. Il y a une certitude, il ne faut jamais que notre « wai » en réponse soit de qualité supérieure à celui que nous avons reçu. Il suffit de voir la hauteur à laquelle le serveur au restaurant a posé ses mains jointes pour y répondre en posant les nôtres un peu plus bas en l’accompagnant d’un sourire et d’une légère inclination de tête. Pour l’officier d’immigration, le policier, le postier, répondez à la même hauteur, mais toujours, toujours, en inclinant la tête avec un sourire.

 

Nous avons souvent rencontré des farangs, probablement initiés par un mauvais guide touristique qui recevaient en sortant d’un restaurant le « waï » traditionnel du petit personnel domestique (guère en dessus de la poitrine mais largement en dessous du menton) et qui se croyaient obligés d’y répondre par un « waï » les mains bien au dessus du front, auquel le roi seul peut prétendre. Ricanements dans leur dos : « le farang en fait trop ». Dans ces cas là, un sourire et une inclinaison de la tête remplacera avantageusement une ignorance des subtilités de ce protocole. Saluez alors les Thaïs avec un sourire et une inclinaison de tête. Ils sont totalement allergiques à la poignée de mains, et lorsqu’ils la pratiquent, ils sont totalement godiches. Ils considèrent (non sans raisons) que cette pratique est totalement anti hygiénique, ne leur tendons donc pas la main qu’ils ne savent pas prendre et résolvons les problèmes avec un sourire.

 

Le « krap » est le fils spirituel du « waï ».

 

Il ne va pas sans le « waï ». C’est un signe de profond respect, la personne est à genoux et s'incline au sol en signe de révérence, les hanches reposant sur les talons, les en forme de « bouton de lotus » évidemment, juste en dessous de la poitrine, puis élevées ensuite à hauteur du front en « wai », la paume de la main droite est placée sur le sol en face du genou droit, suivie par la main gauche qui est placée sur un pied en avant du genou gauche. Ce mouvement doit être effectué lentement et avec grâce.

 

Disparu de Bangkok ? Peut-être, mais de chez nous (l’Isan), certes pas !

 

Ce « krap » est appelé dans le langage technique, « benchangapradit » (เบญจางคะประติษฐ์)

 

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un mot Pali signifiant « une salutation vénérée par les cinq membres des organes du corps », c'est à dire le front, les deux paumes des mains et les deux genoux touchent le sol. Il est un signe d'adoration profonde aux « Trois pierres précieuses » du bouddhisme, c'est à dire le Bouddha, sa loi et la Confrérie des moines. Il doit donc être exprimé à trois reprises de suite. Il est le mop krap (หมอบกราบ) « le krap prosterné ».

 

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Dans le langage courant le « krap » est appelé « krap wai » c’est-à-dire un « krap » doublé d’un « wai ». C’est une manière de présenter une requête déférente à la famille royale, mais vous n’aurez probablement jamais l’occasion de le pratiquer. C’est alors un « krapthoun » (กราบทุล),

 

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s’il s’agit simplement d’un haut dignitaire, ce sera un « kraprian » (กราบเรียน).

 

Ne croyez pas que la pratique du « krap » soit innée chez les Thaïs, cette photographie a été prise en 2012 au lycée de Yangtalat, ces élèves étaient jugés sur leur manière de réaliser le triple prosternement.

 

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Et nous ? Nous sommes parfois confrontés à la nécessité de pratiquer ce cérémonial (obsèques, cérémonies religieuses …). Là encore, en cas de difficultés (ou de problèmes articulaires dus à l’âge), mieux vaut s’abstenir que d’être ridicule !

 

Tout cela ne s’improvise pas.

 

***

 

Notre pays qui fut autrefois le pays le plus policé du monde connaissait ces signes extérieurs de respect dont certains regrettent qu’ils se perdent.

 

Nous manifestions notre admiration aux Dames par un respectueux baise main

 

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qui ne consistait pas à leur lécher les doigts.

 

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Certains le pratiquent encore avec beaucoup d’élégance

 

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et d’autres auraient meilleur compte à s’en dispenser.

 

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Le choix de ces photographies ne révèle aucune arrière-pensée d’ordre politique, le ciel nous en préserve.

 

Nous avons également appris à baiser l’anneau épiscopal de nos princes de l’Eglise pour leur manifester notre respect en nous inclinant légèrement et en pliant le genou gauche. Mais ils ont abandonné leur anneau symbolique en même tant que leur vêtement épiscopal et se contentent de nous tendre démocratiquement la main.

 

Il n’en est pas encore ainsi en Thaïlande, nous avons assisté à une cérémonie religieuse en la cathédrale Saint Michel Archange de Tharé (à une faible distance de Sakonnakon) au cours de laquelle l’Archevêque Monseigneur Louis Chamnien Santisukniran (หลุยส์ จำเนียร สันติสุขนิรันดร์) qui n’a pas abandonné ses armoiries

 

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(abandonnées depuis longtemps par ses confrères français), recevait encore cet hommage traditionnel de la part de ses évêques suffrageants et des fidèles.

 

Devant SS le Pape, ces deux personnages dont les origines sociales sont aux antipodes l'une de l'autre, le roi d'Espagne .....

 

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et le président Hugo CHAVEZ...

 

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nous montrent que les règles de courtoisie, que l'on soit officier subalterne fils d'instituteurs indiens ou descendant de Lous XIV, ne sont pas un privilège réservé aux grands de ce monde.

 

Un dernier mot enfin sur ce signe de respect, la révérence qui servait à ravir aux vraies femmes (3).

 

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Elle ne subsiste plus qu’à l’état fossile dans le protocole royal britannique. Certains des signes extérieurs thaïs de respect la rappellent étrangement.

 

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Terminons sur cet aphorisme que l’on prête à tort ou à raison à Voltaire : « La politesse est à l’esprit ce que la grâce est au visage ».

  

***

 

Nous avons utilisé d’abondance un petit ouvrage à l’attention des étudiants, publié en 1985 qui ne date probablement pas puisqu’on le trouve toujours réédité dans toutes les « bonnes librairies » marayatthaï  (มารยาทไทย) « Le savoir vivre-thaï »

 

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__________________________________________________________

 

Notes

 

(1) Rien à voir avec le khrap (ครับ) qui doit traditionnellement, à peine d’apparaître comme un rustre, terminer chacune de nos phrases voire même chacun des membres de l’une de nos phrases.

 

(2) Il fut un temps, il n’est peut-être pas totalement révolu, ou une personne pieuse ne passait pas sans se signer devant les oratoires ou les crucifix devant lesquels elle passait. Je parle du Sud de la France, de l’Espagne et de l’Italie. Ailleurs, je ne sais pas.

 

(3) Les demoiselles élèves de la très élitiste « école de la Légion d’honneur de Saint-Germain-en-Laye » devaient il y a encore quelques années saluer de la sorte leurs enseignant(e)s. Il est possible que cet usage perdure ?

 

 

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 18:02

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(REPUBLICATION DE NOTRE ARTICLE A163, DU 6 NOVEMBRE 2014)

 

Le 25 novembre 2015 est célébré au bord de l’eau, la fête de « Loikrathong », la fête des « paniers flottant »,  qui se déroule la nuit de la pleine lune du 12ème mois lunaire. Ces « khratong »  sont des paniers généralement en feuille de bananiers destinés à partir sur les flots avec leurs bougies et leurs bâtonnets d’encens. La cérémonie, nous y avons tous participé, goûté son caractère « festif » et nous avons parfois cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ?

 

Consultons de nouveau Phraya Anuman Rajadhon. (1)

 

 Anuman

 

Nous avons déjà rencontré Phraya Anuman Rajadhon,  le premier chercheur thaï à avoir étudié en profondeur le folklore de son pays, à se pencher sur ses traditions séculaires sinon millénaires, à recueillir inlassablement la tradition orale. Poussé par une curiosité innée il a observé et pris des notes sur la société thaïe à un moment crucial où une grande partie de la culture traditionnelle, ses normes sociales, son système de valeurs, étaient en passe d’être dépassés par la modernité. Beaucoup des anciens coutumes des Thaïs qui il a enregistré et décrit seraient morts inaperçu si elles n’avaient été décrites et souvent illustrées par lui. Nous lui devons une étude sur ลอยกระทง (2) mais elle nous laissera un peu sur notre faim.

 

***

 

La saison des pluies est terminée, les rivières et les canaux sont en pleines eaux, le ciel est clair et l’humidité de l’atmosphère a (relativement) disparu. Le dur labeur des labours et de la plantation du riz est terminé. Il reste aux paysans un mois de tranquillité avant le temps de la récolte. Les fêtes peuvent alors commencer mais ne parlons que de Loy krathong.

 

Quelques jours avant la fête, les marchés abondent de ces paniers en feuille de bananier sous diverses formes

 

petit panier

 

et diverses tailles (coupes, bateaux, oiseaux).

 

gros panier

 

Mais la plupart sont fait à la maison. On y place habituellement une bougie, des bâtonnets d’encens, des pièces de menue monnaie et parfois une bouchée de noix de bétel ou de feuilles de bétel.

 

Betel

 

 

L’usage d’y placer des feuilles de bétel est toutefois en train de se perdre nous dit notre auteur (qui écrit en 1951). Il voit dans cette tradition une explication des origines de loikrathong mais ne nous explique malheureusement pas le rapport avec le bétel ?

 

Dans la soirée, ce sont alors surtout les vieilles et les mères de famille avec leur marmaille qui vont porter les paniers sur les berges de la rivière. La bougie et les bâtonnets d’encens ont été allumés et le panier s’en va au fil de l’eau. En même temps, les gamins lancent des feux d’artifice et de petites montgolfières. La vie des krathong est courte mais c’est un plaisir des yeux de voir ces centaines de lumière qui scintillent sous le calme et à la lumière de la lune.

 

feerie-copie-1

 

 

Quant aux gamins des villages situés en aval de la rivière ou du klong, ils se jettent à l’eau et essayent d’accrocher les kratong venus de l’amont pour s’emparer des piécettes.

 

Notre auteur ne voit dans ces amusements qu’un cérémonial auquel il ne faut donner aucune signification religieuse.

 

Par contre, les personnes les plus âgées qu’il a interrogées lui ont expliqué qu’il s’agissait d’un acte de révérence à l’égard de la déesse mère des eaux, Mè Khongkha, la Mère de l'eau (พระแม่คงคา) qui nous semble appartenir au panthéon des divinités indouistes ?


Ganga[2] 

 

 

Khongkha c’est le Gange mais a aussi en thaï le sens de l'eau en général. Les mêmes anciens lui ont expliqué qu’en dépit de dons généreux de la Mère de l'eau à l'homme, celui-ci pollue son eau de multiples manières et qu’il est bon, par conséquent, de lui demander pardon (3).

 

***

 

Il est une autre explication donnée par notre érudit :

 

Le Seigneur Bouddha a laissé l’empreinte de son pied sur la rive sablonneuse de la rivière Nerbudda, dans le Deccan à la demande du roi des Naga,

 

25315440-king-of-nagas-in-front-of-the-temple-in-thailand

 

qui voulait adorer l'empreinte du Bouddha à l’endroit où le Seigneur avait disparu. Le Loi Krathong serait donc un acte d'adoration de la sainte empreinte qui se trouve aux Indes. Voilà bien une explication qui n’a aucun sens, fuligineuse, osons même dire qu’elle est stupide (même si on la trouve sans difficultés dans Wikipédia en particulier). Quel peut être le lien entre le panier que je laisse aller au fil de l’eau au bord de mon lac et l’empreinte du pied du Seigneur Bouddha à 3.000 kilomètres de chez moi au Deccan ? Anuman a étudié les canons bouddhistes et n’en a trouvé trace nulle part. Elle le fait sourire.

 

***

 

Anuman fait encore et enfin référence à la tradition de Sukhothaï.

 

C’est l’histoire de la belle Nang Nophamat นางนพมาศ

 

Nangmachin

 

qui appartenait probablement à la Cour du roi de Sukhotai, Loethai probablement. Le roi et sa cour étaient allés pour un pique-niquer au bord du fleuve la nuit de cette pleine lune, mais cela ne nous explique par les raisons de ce lâcher au fil de l’eau de paniers en feuilles de bananier portant bougies et batons d’encens ?

 

***

 

Anuman nous donne enfin deux sources, la première est de la main du roi Chulalongkorn lui-même : 

พระราชพิ ธิ ๑๒ เดือน ou « les cérémonies royales au cours des douze mois de l'année ».

 

Loy livre roi

 

Nous n’avons pu consulter cet ouvrage, citons simplement Anuman : « Pour le roi, Loi Krathong n'a rien à voir avec une quelconque cérémonie ou rite. C’est simplement une occasion de réjouissance à laquelle tous les gens participent et pas seulement la famille royale;  ce n’est ni une cérémonie bouddhiste ni brahmaniste ».

 

La seconde renvoie enfin à consulter (ce qu’il n’a pas fait)  le Dr. Quaritch Wales, auteur d’un ouvrage publié à Londres en « Siamese State ceremonies », un coup dans l’eau, cet érudit décrit effectivement la cérémonie mais n’en donne aucune explication ni religieuse ni historique.

 

Peut-on dans ces conditions déterminer sérieusement l’origine historique de Loi Krathong ? Une offrande aux esprits de l’eau ? Une action de grâce à la déesse de l'eau, pour ceux qui vivent de l’eau, source de vie économique ? Tout simplement un passe-temps agréable pour une soirée au frais, en plein air au bord de l’eau et à la lumière de la pleine lune ?

 

***

Cette question a toutefois fait l’objet de plusieurs communications successives dans le blog de notre ami « Merveilleuse Chiangmaï ».

 

www.merveilleusechiang-mai.com

 

 

Ces communications dépassent le cadre d’un simple blog et se situent, à notre humble avis, un niveau d’un mémoire d’ethnologie de troisième cycle et sont comme il en a l’habitude, somptueusement illustrées. Ce serait un péché de la résumer ou évidemment de les reproduire. Citons simplement les hypothèses des origines possibles de cette fête et laissez-vous aller à consulter, c’est à ce jour et à cette heure très certainement ce que vous pourrez lire de plus sérieux sur cette fête, il ne nous donne pas la réponse mais tout au moins les données du problème :

 

Les origines chinoises ?

 

La fête est peut-être venue de Chine par le Lanna : il existait en Chine de nombreuses fêtes consistant à faire flotter des bougies disparues avec le régime actuel mais qui subsistent à Java et Singapour (4).

 

Les origines indiennes ?

 

Les indiens pratiquent une fête consistant à faire flotter des lampes, la fête des lumières (Diwali) célébrée en automne qui remonte à la nuit des temps, probable rite agraire pour remercier la déesse des eaux de ses bienfaits ? (5).

 

 

diwali-2014.jpg

 

Les origines khmères ?

 

Les khmers ont absorbé la culture indienne et on retrouve chez eux la légende de Nang Nophama remerciant la mère des eaux mais associant Bouddha à la fête (6).

 

Nophama-2.jpg

 

Le Lanna ?

 

Y –a-t-il un rapport entre la fête de Loikrathong et celle de yipéng (ยี่เป็ง)  que les habitants du Lanna fêtent le même jour ? (7).

 

yipéng

 

Il y a donc une certitude, c’est qu’en réalité, les origines et la signification de cette fête sont incertaines.

 

 

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Quelques mots sur Anuman Rajathon :

 

Phraya Anuman Rajadhon (พระยาอนุมานราชธน) est né le vendredi 14 décembre 1888 à Bangkok, Tambon Wat Phraya Krai, Amphoe Yannawa (ce qui, sauf erreur de notre part se situe aux environs de Charoenkrung ? La ruelle où se trouve sa maison natale porterait actuellement son nom). Il fut tout à la fois un homme de lettre et un lien entre le présent de la Thaïlande et le passé du Siam (8).

 

Son nom d’origine est Yong (ยง) et il reçut son nom de famille Sathiankoset เสฐียรโกเศศ du roi Rama VI lui-même (nom de plume sous lequel il se fit également connaître). Ses parents sont des gens modestes mais ils l’envoient faire ses études au collège de l’Assomption.

 

college.jpg

 

Il occupe d’abord un emploi subalterne à l’hôtel Oriental où il apprend l’anglais

 

Oriental.jpg

 

puis entre au service du gouvernement, département des douanes au sein duquel il devient directeur général adjoint. Il reçut d’abord le titre de « Khun Anuman Rajadhon » et plus tard celui de « Praya ». Lors du coup d’état de 1932 il est démis de ses fonctions pour être remplacé par des amis des putschistes mais retrouve un poste de chef de la Division de la culture dans le département des Beaux-Arts, nouvellement créé, dont il devient vite directeur général. Après sa retraite, il a prononce de nombreuses conférences à la Faculté des arts de l’Université de Chulalongkorn, qui lui confèrera le titre de « professeur honoraire » et « Docteur honoris causa ». Il professe également un cours de religions comparées et de littérature comparée à l'Université Thammasat. Il fut l'un des fondateurs de l'Université Silpakorn qui lui conférera le titre de docteur honoris causa en architecture (9). Ses talents littéraires furent remarqués par le prince Damrong qui lui proposa en vain de travailler à la Bibliothèque nationale et par le Prince Naris avec lequel il se lia d’amitié (10).

Naris

 

Il fut élu membre de l’Institut royal  dès sa création en 1934

 

royal institute

 

et en deviendra président jusqu’à sa mort. Il est le principal responsable de la publication du Dictionnaire thaï en 1950, jouant un rôle de premier plan dans le dépoussiérage des mots thaïs et de leur adaptation à l'ère technologique moderne.

 

dictionnaire

 

Membre d’une multitude d’autres sociétés savantes, le roi lui conféra de nombreuses décorations, dont la plus prestigieuse, la plus haute classe de l'ordre de l'éléphant blanc.

 

thai_elephant_blanc_cravate.jpg

 

Il a été nommé membre temporaire du Parlement en 1932 et également sénateur en 1947, mais n’a joué aucun rôle important et a toujours refusé de rentrer dans un cabinet ministériel.

 

Personnage atypique, et paradoxal, sans aucune formation académique, il devint l’un des professeurs les plus respecté du monde universitaire thaï, sans formation littéraire, il est un linguiste distingué, principal rédacteur du Dictionnaire de l’académie qui reste toujours une référence (la seule ?), sans n’avoir reçu aucune formation anthropologique ou ethnographique, il est à cette heure encore et un tiers de siècle après sa mort celui qui a le plus  contribué  à l'étude de la culture et du folklore thaï traditionnels. Nommé membre du Conseil de la Siam society puis Président, il fut, nous dit son éloge funèbre, le premier roturier  (« commoner ») à accéder à cette honneur. Il mourut subitement le 12 juillet 1969 et sa majesté le Roi voulut bien accepter d’allumer son bucher funéraire au temple Depsirind (วัดเทพศิริน) le 14 décembre 1969, jour de son anniversaire.

 

temple

 

A l’occasion de la commémoration du centenaire de sa naissance, à l’Unesco, l’historien « séditieux » alias « activiste social » (c’est ainsi qu’il se qualifie) Sulak Sivaraksa,

 

sulak

 

décrit Phya Anuman Rajadhon comme un héros national. Il était comme lui un bouddhiste « engagé ».

 

timbre-essai.jpg

 

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Notes 

 

(1) A 146 « Les fêtes de Songkran il y a 100 ans », A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des Phi », A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes », A 154 « La divination dans les entrailles de poulet ».

 

(2) Journal de la Siam society volume 38-2 de 1951 « The loi khratong ».

 

(3) Cette version venant de la tradition orale est d’une toujours plus brulante actualité d’autant que malheureusement beaucoup de krathong sont faits en matière plastique !

 

(4) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-chinoises

 

(5) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-2eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-3eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-naraka

 

(6) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-khmeres-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-khmeres-2eme-partie

 

(7)http://www.merveilleusechiang-mai.com/yi-peng-ou-loy-krathong-yee-peng

 

(8) Tous les détails de la vie de l’auteur proviennent de son éloge funèbre écrit par son ami S. Sivaraksas dans le journal de la Siam Society en 1970 et de l’ouvrage publié la même année « In memoriam Phya Anuman Rajadhon – contribution in memory of the late président of the Siam society » par Tej Bunnag et Michael Smithies.

 

(9) Elle a été fondée à Bangkok en 1943 par le professeur d'art italien Corrado Feroci, devenu thaï sous le nom de Silpa Bhirasri.

 

corrado

 

Cet artiste italien « prêté » par Mussolini au gouvernement thaï préféra à la fin de la guerre rester dans son pays d’adoption.

C'est la plus importante université thaïe pour les beaux-arts et l'archéologie

 

universite.jpg

 

(10) Naris demi frère du roi (en réalité  นริศรานุวัดติวงศ์ Naritsaranuwattiwong) est connu pour ses talents artistiques et architecturaux.

 

 Naris-2.jpg

 

 

 

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Republication
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 18:02
R 8 - Pourquoi le roi Chulalongkorn a refusé le projet du "canal de Kra "?

(Republication de notre article 146 «  « Pourquoi le roi Chulaongkorn a refusé le projet du Canal de Kra ? »)

 

Le projet du « canal de Kra » tire son nom de l'isthme de Kra(คอกคอดกระ) la partie la plus étroite de la péninsule malaise. La largeur est en effet de 60 km environ depuis Langsuan (ลังสวน) sur les rives du golfe de Siam jusqu’à Ranong (ระนอง) face à l’extrême sud de la Birmanie d’aujourd’hui. De tous temps, ce fut un point de passage pour les marchandises venues des Indes allant vers la Chine : les navires trouvaient un abri idéal (et toujours aujourd’hui) à l’embouchure de la rivière kraburi (กระบุรี) qui fait frontière entre la Birmanie et la Thaïlande (1).

Les marchandises suivaient alors la voie terrestre en empruntant probablement une route qui correspond à l’actuelle 4006 pour rejoindre le site de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว)

 

KHAO SAM KAEO

 

qui se trouve à proximité immédiate de Chumpon (ชุมพร), aujourd’hui à l’intérieur des terres, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Langsuan, où les fouilles

 

fouilles

 

conduites sus la direction de Mlle Bellina ont démontré la présence d’un important trafic commercial avec les Indes (2).

 

fouilles khao

 

La baie de Chumpon est en effet beaucoup plus apte à abriter les navires que les rives sableuses de Langsuan.

 

 Carte nord

 

Il est probable que les navires repartaient de là pour rejoindre le port d’Oc-éo.

 

Sites of Oc Eo Culture in Southern Vietnam

C’est en effet le nom donné par l'archéologue français Louis Malleret 

 

MALLERET

 

à une ville découverte dans les années 1940 au sud de la province vietnamienne d’An Giang, située un peu au sud du delta du Mékong . Elle aurait été la ville portuaire la plus importante du royaume du Fou-nan et aurait existé entre le 1er et le VIIe siècle ? Le passage des Romains y est attesté par la découverte de nombreuses monnaies, notamment une médailles d'Antonin-le-pieux qui mourut en 161 après J.C. (3).

Rome

***

 

L’isthme est étroit, certes, mais il constitue une barrière contre la navigation.  Or, il se révélerait le site le plus approprié pour creuser un canal reliant le golfe de Thaïlande à l'océan Indien pour contourner le détroit de Malacca ; ce projet raccourcirait la route maritime entre l’Inde et l’océan pacifique de 700 miles nautiques (i.e. environ 1.300 km) en évitant le passage par le détroit de Malacca. Si le creusement d’un canal pose toute une série de problèmes, techniques, notamment, sans parler des financiers, son histoire ou plutôt l’histoire de ce rêve, est ancienne (4).

 

Tous s'accordent à en attribuer l’idée au Roi Naraï qui en aurait demandé en 1677 l’étude à un ingénieur français, M. De La Mar. Celui-ci aurait trouvé la possibilité de  creuser le canal à travers l'isthme de Kra depuis Songkla en Thaïlande jusqu’à Tavoy (aujourd’hui Dawei) en Birmanie. Idée singulière puisque ce trajet ahurissant aurait traversé la péninsule du sud au nord jusqu’à Tavoy qui est à environ 400 km au nord de Ranong au lieu de la faire d’est en ouest ; mais on peut penser qu'il s'agit de toute évidence d'une erreur de plume. Ce projet partait de Songkhla (สงขลา) ou plus probablement encore de la rive-est du grand lac de Songkhla (ทะเลสาบสงขลา) parfaitement navigable pour rejoindre la côte ouest en un endroit indéterminé, probablement le plus proche c’est-à-dire l’estuaire de Thungwa (ทุ่งว้า) qui sert toujours de port de pèche et d'abri pour les bateaux qui partent vers les îles. Il n’y a sur cette côte aucun lieu dont le nom se rapproche de près ou de loin à Tavoy ? (5).

 

carte sud

 

Il y a 100 km à vol d'oiseau de Songkla à Thungwa mais de la rive est du lac de Songkla à l’entréee de l’estuaire de Thungwa il n’y en a plus en gros que 70 avec peut-être un peu moins d’obstacles montagneux que dans les projet de la partie nord de l'isthme. Il est à noter que c'est un trajet que privilégient les projets modernes.

La France y aurait évidemment trouvé des avantages incontestables en faisant échapper son commerce aux contrôles des pays qui dominaient le détroit de Malacca.

 

projet francais

La rupture des relations franco-siamoises après la mort de Naraï fit avorter le projet pour autant qu’il ait réellement existé. Les relations du Siam avec non seulement la France mais l’Occident seront rompues pendant un siècle.

 

En 1793, toujours selon nos différents auteurs, sous le règne du Roi Rama I, l’idée fut reprise par un frère du Roi qui y voyait un moyen rapide d'envoyer des troupes depuis Bangkok pour défendre les rives de la mer d'Andaman contre les Birmans ? C’était en tous cas la première fois qu’un argument de défense nationale était invoqué en faveur du projet (6). Mais la menace birmane devint moins présente après l’invasion du pays par la Chine en 1766. Le projet fut donc oublié jusque sous le règne de Rama IV.

Les Anglais auraient obtenu de lui l’autorisation de creuser un canal depuis Ranong jusqu’à Chumpon considéré comme « le plus court chemin » par deux experts anglais, les capitaines A. Fraser et J.G Furlong dont les investigations se déroulèrent en 1863. Ce ne sont ni des géomètres ni des géographes mais des militaires, le trajet qu’ils proposent est loin d’être le plus court, Chumpon est à 60 kilomètres au nord de Langsuan et il y a 85 kilomètres à vol d’oiseau de Ranong à Chumpon.

Les fouilles initiales auraient commencé mais auraient cessé lorsque les ingénieurs anglais s’aperçurent - un peu tard - qu’il existe à cette hauteur une chaine montagneuse dont les sommets culminent entre 800 et 1.500 mètres (7). Le colonel Anglais Bagges qui effectuait des investigations similaires en 1868 constata d’ailleurs que les deux capitaines s’étaient grossièrement trompés en attribuant à la chaine montagneuse une altitude totalement fantaisiste.

D’autres projets anglais (l’ingénieur Tremenheere, l’ingénieur Schomberg) ne pouvaient être raisonnablement retenus pour de simples raisons de bon sens, puisqu’ils se proposaient tout simplement, de percer la chaine montagneuse. Il y en a eu d’autres dont nous vous faisons grâce, querelles d’experts, le suivant dénigrant le précédant et étant dénigré par le suivant à son tour.

 

divers passages

 

Les autorités anglaises étaient d’autant moins enclines à se lancer dans des travaux pharaoniques qu’elles étaient devenues à cette heure totalement maitresse du détroit de Malacca.

En 1866, C’était au tour de la France de demander au Roi Rama IV l’autorisation de procéder aux travaux. Immense avantage pour elle évidemment pour rejoindre ses colonies d’Indochine ! Celui-ci refuse, le projet aurait porté une atteinte grave aux intérêts britanniques alors qu’il jouait de ses relations avec les Britanniques pour s’opposer aux ambitions françaises.

 

***

La donne va changer sous le règne de Rama V, monté sur le trône en 1868. A cette date, Ferdinand de Lesseps, fort du soutien de l’épargne publique, de celui de Napoléon III, malgré les obstacles techniques et la malveillance des autorités turques, égyptiennes et anglaises a réussi et terminé ce qui fut probablement le plus grand chantier du XIXème siècle, le Canal de Suez, inauguré en 1869.

La gloire des ingénieurs français est à son apogée. Le roi ne peut l’ignorer. La France reprend alors son projet, et aurait envoyé en 1881 Ferdinand de Lesseps,

 

 

Lesseps

 

fort de son prestige, auprès du Roi Rama V ? Après visite attentive des lieux, Lesseps aurait trouvé le projet parfaitement faisable mais il a alors d’autres soucis avec son canal de Panama dont les travaux ont commencé l’année précédente.

 

Le projet était-il techniquement réalisable ?

 

Il semble bien que oui. Le canal du midi fut creusé,

 

canal du ;midi

 

le canal de Suez aussi

 

suez

 

et celui de Corinthe

 

corinthe

 

et celui de Panama, malgré les difficultés techniques que l’on sait, finirent par voir le jour.

 

PANAMA

 

Deux ingénieurs français paraissent avoir proposé des projets techniquement réalisables; toutefois leurs conclusions, différentes mais non contradictoires, dépassent largement nos compétences. Ils auraient utilisé en tous cas tous deux, autant que faire se peut, les cours d’eau déjà existant des deux côtés de l’Isthme et par quelques contours, auraient ainsi éviter d’avoir à percer les montagnes. Les navires peuvent en effet remonter l'estuaire de la rivière kraburi (กระบุรี) sur une bonne quinzaine de kilomètres.

 

Léon Dru

 

220px-Victor Edmond Léon Dru

a de nombreuses références techniques, en France, en Algérie et en Russie (8). Le trajet qu’il préconise

 

projet dru copie

sur 109 kilomètres (Suez en a 165, Panama 73) est chiffré entre 80 et 100 millions de francs, beaucoup moins que Suez, 225 millions de francs). Si nous pouvons estimer un franc de 1860 à 3 euros de 2014, nous arriverions à un résultat de 300 millions d’euros mais cette comparaison est hasardeuse.

 

financement dru

 

Et Charles Deloncle, qui aurait accompagné Lesseps lors de son voyage de 1881, avait un projet qui fut assorti de commentaires extrêmement flatteurs dans le « Bulletin de la société royale Belge de géographie » (9).

 

projet deloncle

 

Mais à les en croire tous deux, et nous les croyons aveuglément, ces travaux auraient été une bagatelle par rapport à ceux réalisés par le titan de Suez !

 

Le projet était-il rentable ?

 

Voilà bien une question à laquelle il est difficile de répondre  sauf à raisonner par analogie, ce qui n’est pas forcément la meilleure forme de raisonnement. Le Canal de Suez qui a coûté 225 millions de francs a fait les délices des actionnaires d’origine (10).

 

action-suez.jpg

 

Depuis sa nationalisation en 1956, il rapporterait actuellement à l’Egypte 5 milliards de bons dollars par an. Le coût du péage varie de 500 dollars pour un voilier de plaisance à 500.000 dollars pour un énorme porte-containers (lesquels transportent en général une cargaison « pesant » un bon milliard de dollars. Le passage du porte-avion Clémenceau a été facturé 200.000 dollars (11).

A Panama, largement amorti bien que ce fut un énorme gouffre financier,

 

PanamaCanal.jpg

 

un voilier de plaisance paye 600 dollars, un bateau de marchandises moyen paye 30.000 dollars et le passage du Queen Mary II fut taxé à 220.000 dollars. Même les fantaisistes qui le suivent à la nage sont taxés à leur poids, quelques dizaines de dollars.

Il est bien évident qu’à plus ou moins long terme un tel projet aurait donc  pu être rentabilisé (12).

 

Le refus royal.

 

Rama V ne raisonnait pas en termes de rentabilité, descendant d’une dynastie de bâtisseurs et bâtisseur lui-même,  n’était probablement pas hostile au principe du projet (mais encore faudrait-il pouvoir vérifier sur des sources siamoises). Il a surtout à cette date de bien plus graves soucis : le danger le plus pressant pour son pays, ce sont les Français. Ils sont maîtres de la Cochinchine, du Laos et du Cambodge et au « parti colonial », on considère que la carte de l’Indochine française serait fort belle si le Siam s’y trouvait inclus.

 

indochine.jpg

 

Pourquoi Rama V l’a-t-il refusé ?

 

Il y a une raison primordiale et d’évidence : Il doit respecter ses accords secrets passés avec l’Angleterre !

 

Le percement du canal aurait de toute évidence anéanti la prééminence maritime de Singapour, colonie anglaise, alors que le Roi a besoin des Anglais pour faire face aux tentatives hégémoniques de la France. Les Anglais ont donc pris leurs précautions et ont tout fait pour que le canal ne soit construit, s’il devait l’être, par aucune autre puissance que l’Angleterre. Ces dispositions résultent des accords secrets passés avec les Britanniques : L’article Ier du traité anglo-siamois du 31 mai 1896 réitéré le 6 avril 1897 précise « Le roi de Siam s’engage à ne céder ou aliéner à aucune autre puissance aucune de ses droits sur quelque partie que ce soit de ses territoires ou îles situés au sud du Muong Bang Tapan » (en réalité Ban Sapan, à 150 km au nord de Langsuan). « Le roi de Siam s’engage à ne pas concéder, céder ou affermer de privilège ni d’avantage spécial, dans les limites susmentionnées, au gouvernement ou aux sujets d’une tierce puissance sans le consentement préalable écrit du gouvernement britannique ».

Ces dispositions formelles ne sont toutefois que la concrétisation de nombreuses correspondances échangées entre les Siamois et les Britanniques depuis 1893.

secret.jpg

Elles seront réitérées dans le traité du 10 mars 1909 par lequel le Siam cédait à la Grande-Bretagne les états malais de Kelantan, Kedah, Trengganu et Perak. Le Siam n’avait donc aucune autre porte de sortie que de procéder lui-même au percement de l’Isthme ce dont il n’avait probablement pas les moyens financiers.

 

Elles le furent encore à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors du traité de paix anglo–siamois signé à Singapour le 1er janvier 1946 : « Le Siam s’engage à ne pas percer l’isthme de Kra sans l’accord de la Grande-Bretagne ». Cette disposition ne fut révoquée qu’en 1954 (13).

 

Il y a une autre raison d’évidence qui n’a probablement fait que conforter la décision royale : l’existence du canal reviendrait tout simplement à couper le pays en deux. La construction du canal de Panama a entraîné directement ou non la constitution de la république de Panama, création américaine qui n’avait aucune justification historique, au détriment de la Colombie. C’est à partir des environs de Chumpon que l’on voit dans les villages de moins en moins de Chedis et de plus en plus de minaret, avant même de rejoindre les provinces du sud majoritairement mahométanes. C’est là que commence le sud musulman que le canal isolerait physiquement… Une barrière liquide de 58 mètres de large et 8 mètres de profondeur selon le projet de Dru.

 

***

N’épiloguons pas sur la suite, de nombreuses tentatives ont été menés notamment dans les années 1970-1990 contre lesquelles on évoque le plus souvent la crainte de voir isoler physiquement tous les districts à majorité musulmane, et ce d'autant que les projets les plus récents reprennent le trajet du plein sud (celui de Del Mar) mais sur une largeur d'emprise de 400 mètres.

 

PROJET SUD ACTUEL

 

La situation politique de la Thaïlande à ce jour ne paraît pas favorable à la réalisation de ce projet !

 

On peut donc encore reprendre le mot de Mimpi Yang Tidak Kesampaina : Quatre siècles plus tard, le rêve est toujours insaisissable (the elusive dream).

       ***

MARC.jpgCet article était initialement destiné à être publié sous la double signature de l'un d'entre nous et de notre ami Marc Cornélis dans le mensuel « Archipel » dont il était responsable. Sa mort brutale fut aussi celle de son journal. Une pensée pour lui de la part de ceux d'entre vous qui l'on connu

 

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NOTES
 

(1) Voir « Échanges préhistoriques et métissage culturel entre l’est de l’océan indien et la mer de Chine » par la toute charmante Bérénice Bellina,

berenice

 

 

4ème Congrès du Réseau Asie & Pacifique à 14-16 sept. 2011, Paris.

 

(2) « Le port protohistorique de Khao Sam Kaeo en Thaïlande péninsulaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient ». Tome 89, 2002. pp. 329-343. Voir le site du musée national de Chumpon :

http://www.nationalmuseums.finearts.go.th/thaimuseum_

eng/chumphon/history.htm

 

chu-pon.jpg

 

Le site a été largement dégagé par le typhon «  Gay » (sic) de novembre 1989 qui a ravagé la région en tuant malheureusement plus de 800 personnes. Un événement que passent soigneusement sous silence les guides qui vantent les charmes de Chumpon !

 

(3) Voir Louis Malleret « Les fouilles d'Oc-èo (1944). Rapport préliminaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 45 N°1, 1951. pp. 75-88. « La glyptique d'Oc-èo » In «  Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » 93e année, N. 1, 1949. pp. 82-85. «  Aperçu de la glyptique d'Oc-èo » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 44 N°1, 1951. pp. 189-200.

Paul Lévy « Fouilles d'époque romaine faites aux Indes françaises et en Indochine à Virapatnam et à Oc-Eo » In  « Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », 90e année, N. 2, 1946. pp. 227-229.

 

(4) Voir en particulier :

 

« The Kra Canal and thai security »

 

THAI--02.jpg

 

par Amonthep Thongsin, (Lieutenant de la marine royale thaïe), Thèse publiée sous l’égide de la «  NAVAL POSTGRADUATE SCHOOL » Monterey, California (Université dépendant de l’US NAVY)

THAI--01.jpg

 

ou encore  « Kra canal – 1804 – 1910, the elusive dream » par Mimpi Yang Tidak Kesampaina, in « Akademika » 2012 qui donne une liste probablement exhaustive des multiples projets ou encore « La péninsule malaise au seuil du XIIIéme siècle » par Michel Jacq Hergoualc’h in « Aséanie » tome 14, 2004 ou encore « Les nouvelles conquêtes de la Science – Isthmes et canaux » par Louis Figuier, 1884

 

FIGUIER.JPG

 

ou enfin « Les projets de percement de l’Isthme de Kra et leur histoire » par I.O. Lévine in « Affaires étrangères, revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique », février 1937.

 

(5) Bien que le nom de cet ingénieur, orthographié de façon différente (Delamarre, de Lamar, etc..) se retrouve souvent, nous n’en avons trouvé aucune trace dans aucun des mémoires des contemporains, ce qui est tout de même singulier ? Les références que cite le Lieutenant Thongsin en particulier nous ont semblé légères à tout le moins, mais il fait œuvre de stratège et ne prétend pas faire œuvre d’historien. Ceci dit, les ingénieurs français étaient parfaitement capables de réaliser cette prouesse technique : Dix ans auparavant avaient commencé les travaux de percement du « Canal du Midi » certainement le plus énorme chantier de tout le XVIIème siècle : 240 kilomètres pour 18 millions de livres de l’époque (équivalent probable mais certainement approximatif, 9 milliards d’euros 2014) et d’inimaginables prouesses techniques (64 écluses !).

 

(6) Cet argument stratégique est repris avec passion par le Lieutenant Amonthep Thongsin mais celui-ci, soucieux de la sécurité de son pays, l’est moins de ses finances.

 

(7) On peut s’interroger sur les compétences de ces ingénieurs anglais ? La route qui relie la côte ouest depuis Ranong jusqu’à Langsuan est vieille comme le monde, connue peut-être depuis Ptolémée (c’est l’actuelle 4006) et point n’est besoin d’être géomètre pour constater qu’elle franchit une chaine montagneuse ! Leurs conclusions se bornèrent à dire que construire une voie de chemin de fer sur ce trajet serait moins coûteux que de creuser un canal.

 

(8) « Projet de percement de l’isthme de Krau » présenté à la « société des ingénieurs civils » et à la « société académique indochinoise », publié dans le bulletin de cette dernière en 1883.

 

(9) « Le percement de l’isthme de Kra » in « La nouvelle revue » 1882 et « Bulletin de la société royale Belge de géographie » livraison de 1885. Il est à noter que Deloncle visita à cette occasion les îles de Samui qu'il considéra comme « les plus intéressantes de l'archipel » un siècle avant qu'elles ne soient « découvertes » par les routards comme on le lit trop souvent dans les guides usuels mais six siècles après Marco Polo qui y fit escale à l'occasion de sa visite du golfe de Siam. 

 

(10) Un peu moins de 200 km, 10 ans de travaux pour un coût qui aurait été de 225 millions de francs dollars totalement financés par les épargnants français. 1.500.000 égyptiens y ont travaillé mais le coût en vie humaines aurait été énorme : 125.000 fellahs y auraient trouvé la mort (chiffre lancé par le Colonel Nasser lors de la nationalisation de 1956, mais probablement exagéré ?)

 

(11) Tarifs disponibles sur de nombreux sites de marins amateurs ou pas, par exemple :

http://www.meretmarine.com/fr/content/les-tarifs-du-canal-de-suez-augmentent-en-moyenne-de-28

 

(12) Même « Eurotunnel » y est arrivé en 2013.

 

(13) « The anglo-siamese secret convention of 1897 » par Thamsook Nunmonda in « Journal of the Siam society »  volume 53 de 1965 et l’article de Philippe Mullender « L’évolution récente de la Thaïlande » in « Politique étrangère », n° 2, 1950.

 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 18:02
R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

 

(Version remaniée et abrégée de l’article paru en 2012 sous le titre : « A80. La corruption made in Thaïlande. »)

 

Comme pour les filles “tarifées”, chaque expatrié  en Thaïlande a son avis sur la corruption et ses anecdotes. Celles-ci ne concernent le plus souvent que le billet glissé à l’agent de l’ immigration, au policier indélicat pour une infraction commise, ou au directeur d’une école privée pour inscrire son bambin … Ils savent que le milieu politique est corrompu, que les députés achètent leurs votes et certaines « UNES » des journaux nationaux thaïs sont là pour leur confirmer que « décidemment ce pays est corrompu ».

 

Certes.

 

Il ne s’agit pas d’une trouvaille, surtout que désormais existe depuis 1995, l’ONG Transparency International* qui publie chaque année un indice de perception de la corruption (CPI) classant les pays selon le degré de corruption perçu dans un pays. Selon cette ONG,  la Thaïlande se classerait  85 ème en 2014 sur 175 pays. 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Autant dire que la Thaïlande n’a pas le monopole de la corruption.

 

On imagine qu’il ne doit pas être facile d’élaborer des indices objectifs à partir de données bien souvent subjectives faites à partir d’enquêtes « réalisées auprès d'hommes d'affaires, d'analystes de risques et d'universitaires résidant dans le pays ou à l'étranger » dans un pays, comme la Thaïlande où,  selon une enquête d’opinion de l’institut Abac (lié à l’université économique Assumption de Bangkok) réalisée en 2012, 68 % des Thaïlandais âgés entre 20 et 29 ans disent qu’ils accepteraient volontiers un gouvernement corrompu s’ils en retiraient des bénéfices.

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Cette tendance ne fait que confirmer plusieurs sondages effectués au cours des cinq dernières années. Au sein de la population adulte, la proportion de ceux qui plébiscitent la corruption est légèrement plus faible : 63 %. Les femmes (62,5 %) sont moins enthousiasmées par les pots-de-vin et la prévarication que les hommes (66 %).

 

Il est vrai qu’il est dit aussi : « Le sondage d’Abac s’est aussi intéressé aux sentiments des Thaïlandais vis-à-vis des militaires. 68 % des personnes interrogées ont dit être satisfaites du rôle des militaires, mais 71 % ont affirmé ne pas vouloir d’un nouveau coup d’Etat » (Cf. Thailander du 12 juin 2012).

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Autant dire que « l’indice de perception de la corruption » auprès des « experts » est en net décalage avec les jeunes Thaïlandais, et on peut douter d’un réel changement de la société thaïlandaise sur ce fléau, quand effectivement près de 70 % des jeunes Thaïlandais acceptent la corruption « gouvernementale » si celle-ci leur profite personnellement.

 

La corruption thaïlandaise est un système.

 

La corruption en Thaïlande n’est pas due à des indélicatesses de tel ou tel individu,  de tel ou tel groupe d’âge, ou de telle ou telle corporation, mais est un système généralisé, à l’œuvre dans les relations sociales, économiques, politiques … et religieuses, bref dans toutes les composantes de la société.

 

Plus (ou pire ?), nous venons de voir que l’énorme majorité des Thaïlandais acceptent le système, ce système. Mais quel système ?

 

Un article sérieux de Max Constant (du 30 septembre et du 7 octobre 2012)   intitulé Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption in http://asie-info.fr/2012/09/30/chronique-thailande-corruption-i-510935.html  donne quelques éléments d’explication.

 

« Des éléments d’explication de cette vision bienveillante des pratiques de corruption peuvent être trouvés dans l’histoire. »  et de citer :

  • « les officiels étaient nommés par un supérieur dans la stricte hiérarchie sociale du Siam, mais ne recevaient pas de revenu fixe de cette source d’autorité : ils étaient censés “se payer sur la bête”, en prélevant sur les habitants des ponctions en nature ou, si cela était possible, en espèces. »
  • Le système du clientélisme.

« système de clientèles, où les plus faibles se plaçaient sous la protection d’un puissant en manifestant leur respect par l’octroi de cadeaux et où les “patrons” étendaient leur bienveillance sur les petits afin de renforcer leur position de pouvoir et maximiser leurs revenus. […] Les cadeaux pour services rendus, les pratiques de prélèvements à la source et les pots-de-vins sont, à tort ou à raison, considérés par beaucoup comme partie d’une certaine culture traditionnelle.

 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Avec un changement dans l’histoire récente des années 1980.

 

  • La diversification des acteurs de la corruption, avec les politiciens.

 

Face aux bureaucrates et aux militaires qui monopolisaient jusqu’alors l’art de détourner les fonds publics, sont apparus des politiciens-affairistes aptes à utiliser des techniques plus raffinées de subtilisation et à déguiser leur quête intéressée sous le couvert d’un engagement pour la démocratie. Chatichai Choonhavan (Premier ministre de 1988 à 1991) et Thaksin Shinawatra (Premier ministre de 2001 à 2006) en sont de bonnes illustrations. Il est parlant que tous deux ont été renversés par des coups d’Etat après avoir bloqué des achats d’armements qui auraient probablement donné lieu au versement d’importantes commissions.

Pour bâtir leur base de pouvoir dans un système politique où les partis sont faibles et peu réglementés, ces politiciens ont dû recourir à des réseaux de clientèles, parfois même à des parrains mafieux, pour renforcer leur chance d’être élus.

 

  • La décentralisation à la fin des années 1990

a aussi créé de nouvelles opportunités de corruption au niveau des districts et des sous-districts. C’est le plus souvent en s’enrichissant par la corruption que des petits hommes d’affaires parviennent à conquérir des positions de pouvoir local, ce qui leur permet ensuite d’être dans une meilleure posture pour influencer l’octroi des contrats et imposer l’ampleur  des ristournes.

 

On pourrait rajouter d’autres explications :

  • Une société où le prestige de l’homme qui a du pouvoir et qui a de l’argent est dû au « mérite » acquis dans une vie antérieure.
  • Un système religieux bouddhiste revu et corrigé par la société de l’argent, où le fidèle intercède auprès de bouddha pour obtenir des avantages immédiats.
  • Une société hiérarchisée où « l’inférieur » doit « honorer » son supérieur et où le « supérieur » doit  montrer sa « générosité ». Une société de don et contre-don.
  • Une société  de consommation où pour obtenir les nouveaux objets « magiques » électroniques, de nombreux jeunes n’hésitent pas à « vendre leur corps ».
  • Etc.

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Peut-on lutter contre ce système généralisé de la corruption ?

La junte militaire qui a pris le pouvoir en mai 2014 a promis l’ordre, la réconciliation nationale et la lutte contre la corruption. Nul doute qu’à la fin de 2015, l’ONG Transparency International pourra constater les progrès réalisés en espérant que la Commission nationale anti-corruption est indépendante des autorités militaires en place ! (Ironie)

 

Elle pourra par exemple, réformer la police, qui était perçu comme le département gouvernemental le plus corrompu par les Thaïlandais.

 

Le constat des économistes Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan ** ne sera plus pertinent : « Force est de reconnaître que là où les politiciens font parfois preuve d’improvisation, les policiers ont progressivement mis en place un système solidement structuré de ponction directe sur les citoyens et de redistribution à l’ensemble des personnels du département. “A beaucoup d’égards, la police opère comme une entreprise de maximisation du profit”. Et de préciser l’achat des grades, « les primes de protection remises aux commissariats locaux par les marchands d’or, les propriétaires de casinos clandestins et les tenanciers de massages sexuels, en passant par les dessous-de-table payés par des suspects arrêtés pour éviter de passer devant le tribunal ».**

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.
Elle pourra réformer le système militaire, religieux, économique, politique en rappelant  aux occidentaux que ce qu’ils perçoivent comme corruption est souvent une spécificité culturelle, comme me l’avait appris autrefois, une collègue thaïe, lorsque j’étais alors jeune professeur à l’Université de Chulalongkorn.

 

« Je venais de lui monter une amende due à une infraction routière. Le lendemain, rendez-vous fut pris. Elle prit alors le papier et me demanda de la suivre. Nous sommes allés au commissariat. J’avais remarqué un cadeau sur la banquète arrière. Elle me demanda de rester dans la voiture. Elle revint, pris le paquet, et retourna au commissariat. De retour, elle me demanda ce que j’avais vu. Vous vous doutez de ma réponse.

Elle me répondit alors : « Pas du tout, et elle m’expliqua alors qu’elle était venue demander un service au commissaire au nom de sa famille (une famille connue et riche au demeurant). Le commissaire savait, implicitement, qu’en retour il pourrait lui demander un autre service « équivalent ». Elle rajouta que ce « service » était un acquis, qu’il pourrait même le transmettre à ses enfants, s’il ne l’avait pas utilisé. Le cadeau, contrairement à ce que j’avais cru, n’était pas le prix de la corruption, mais un remerciement du service rendu. Il n’en avait  jamais été question. Avec un petit sourire, elle conclut alors avec « C’est votre 1ère leçon. Ne jugez pas avec vos yeux d’Occidental. En Thaïlande, tout est différent. Les choses ne seront jamais comme vous l’entendez chez vous. »

 

Elle avait peut-être raison, mais tous les Thaïlandais ne pensent pas ainsi.

 

 Et nul doute que ce que rappelait Max Constant, à savoir :

 «  que selon les confidences d’un vice-président d’une grande entreprise publique à Asie-Info, les décisions du conseil d’administration des sociétés publiques ne sont pas prises en fonction d’une «logique stratégique», mais de la répartition des prébendes. Une étude avait montré en 2011 que 80 % des hommes d’affaires du secteur privé avaient déjà payé des dessous-de-table durant leur carrière. »***

est aujourd’hui, grâce à la junte, de l’histoire ancienne.

 

 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

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http://www.transparency.org/news/pressrelease/indice_de_perceptions_de_la_corruption_2014_des_ombres_a_la_croissance

**Corruption and Democracy in Thailand, Pasuk Phonpaichit et Sungsidh Piriyarangsan, The Political Economy Centre, Université de Chulalongkorn, 1994

Un autre extrait : Une fois qu’une partie des officiers supérieurs se sont servis, l’argent est redistribué à travers le département chacun recevant une portion proportionnée à son rang. Une partie de l’argent sert aussi à l’organisation de cérémonies dans les commissariats, à la réparation des locaux, à l’équipement des unités, voire à des oeuvres de charité – car le budget de la police est totalement inadéquat et les salaires très bas.

Certains observateurs tendent à adopter une vision bénigne de cette corruption : elle renforcerait la cohésion du corps policier et ne ferait que compenser l’insuffisance de leur budget.

C’est là fermer les yeux devant l’impact désastreux de ces conduites sur la société : la corruption légitimise le crime, favorise l’inégalité et, tout simplement, freine le développement politique, économique et social du pays.

*** Max Constant  cite aussi Chatichai Choonhavan, Premier ministre de Thaïlande de 1988 à 1991Sous Chatichai, la possibilité pour le Premier ministre et les ministres de décider de l’octroi d’importants projets d’infrastructures (voies express, télécommunications) sans demander l’avis du Parlement a multiplié les opportunités et fortement augmenté l’étendue de la corruption. Et Thaksin Shinawatra, Premier ministre entre 2001 et 2006, pour arriver à des techniques plus sophistiquées. Déjà richissime lors de son accession au pouvoir, Thaksin a négligé les “pourcentages” et les dessous de table. C’est en profitant de sa position à la tête du pays pour influencer la politique économique du gouvernement qu’il parvint à favoriser son conglomérat de télécommunications Shin Corp. Aux petites combines, il a préféré la corruption stratégique.

 
R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.
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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 18:01
R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Nouvelle version de l’article du 14/05/2011,  intitulé « S3. Hérodote et les fourmis d’or au Siam. »

 

Il nous faut remonter à l’antiquité :

 

Cicéron  a qualifié Hérodote  de « père de l'histoire » (Les Lois, I, 1). On sait de lui qu’il est né aux environs de 484 avant Jésus-Christ à HalicarnasseSon livre, Histoires  ou Enquête, est l'une des plus longues œuvres de l'Antiquité. Il contient essentiellement le récit de ses voyages, il décrit en détail les lieux qu'il a visités, la vie animale et végétale de ces régions, les caractéristiques particulières des populations, leurs droits politiques, sociaux et culturels, les histoires et les légendes qu'il recueillait. C’est un explorateur, un historien, un ethnologue, et l’un des premiers prosateurs grecs dont les écrits nous soient restés.

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

 

La légende ou l’histoire des fourmis productrices d’or.

 

Hérodote est friand d’anecdotes, est-ce la raison pour laquelle Aristote le qualifie de « mythologue » dans sa « Poétique », et Aulu-Gelle le traite d'affabulateur (homo fabulator) ?

 

Dans un passage bien connu des « Histoires » (III-102), il rapporte celle de « fourmis plus petites que des chiens mais plus grosses que des renards » que l’on trouvait dans un désert chez les plus septentrionaux des indiens, voisins de la ville de Kapastyros et du pays des PaktuïkeCes fourmis emmagasinaient des sables aurifères dans leurs fourmilières. Au prix de grands risques tant elles étaient vives et redoutables, les indiens allaient leur voler leur or. C'est ainsi, disent les Perses, que ces Indiens recueillent la plus grande partie de leur or.

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Dans la version que nous avons sous les yeux (Histoire d’Hérodote, traduction nouvelle avec une introduction et des notes par P. Giguet, Paris, Hachette 1913 III-CII) le traducteur donne une note explicative un peu sommaire : « Une variété de l’hyène et les fourmilières sont le terrier ». Hérodote est toutefois un érudit, il n’a pu confondre une fourmi (μύρμηξ murmèx) avec une hyène (ΰαινα uaïna).

 

Cette légende des fourmis aurifères des « indes » se retrouve dans le « Mahabharata »,  épopée indiennes relatant de très anciennes, légendes où s’affrontent les hommes et les dieux, dont l’origine est incertaine, probablement une œuvre collective revue et modifiée au fil des siècles entre le IVème avant Jésus-Christ et le IVème après ? 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

On la retrouve chez Ctésias, médecin grec au servie du roi de Perse Artaxerxés II mais les fourmis sont devenus des griffons (« traditions tératologiques ou récits de l’antiquité et du moyen-âge » par Jules Berger de Xivrey – à Paris, 1836). Et encore chez Néarque, un compagnon d’Alexandre le grand (« Inde, Grèce ancienne regards croisés en anthropologie de l’espace » Jean-Claude Carrière, 1995), chez Mégasthène (Jules Berger de Xivrey loc.cit.) qui est resté 10 ans aux Indes comme ambassadeur et plus tard encore chez Strabon (« Introduction historique et critique aux livres de l’ancien et du nouveau testament » Jean-Baptiste Glaire, 1839) où les fourmis sont devenues des fourmilions. On la retrouve encore dans « De rebus in oriente mirablis » ou « lettres de Farasmanes », (Claude Lecouteux, Berlin 1979) : Ce recueil se présente sous forme de lettres adressées à l’empereur Hadrien ou Trajan par un personnage inconnu, peut-être Farasmanes, roi d’Ibérie, sur les merveilles de la nature. Le grand géographe Malte-Brun rapporte ces légendes (« Précis de la géographie universelle ou description de toutes les parties du monde » volume I, 1847)

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Nous allons fort étrangement retrouver ces fourmis au Siam.

 

Nous devons cette étonnante découverte à J. Burnay, conseiller juriste auprès du gouvernement siamois et correspondant de la très savante Ecole française d’extrême orient  (« Bulletin de l’école française d’extrême orient », 1931 – tome 31, pages 212 et 213). Il a déniché un très curieux récit (kham haï kan xao krung kao – Bangkok 2457 EB pages 97-98, traduction siamoise moderne d’un ancien manuscrit Birman à cette époque conservé aux archives royales de Rangoon). Il y figure des termites (ปลวก plouak) et un objet en or trouvé dans leur nid. D’après ce texte, le roi Prasat Thong ปราสาททอง (« Palais d’or ») père et prédécesseur du célèbre Phra Naraï eut un songe qui lui montra un palais d’or enfoui dans une termitière situé en un lieu où il s’était autrefois rendu. A son réveil, il ordonna de fouiller cette termitière où l’on trouva le palais d’or en miniature de neuf étages. 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Aucune autre explication n’est donnée sur la manière dont l’objet se trouvait dans la termitière. La comparaison avec Hérodote et le Mahabharata était inévitable même si chez lui il s’agit de fourmis et d’or brut et non de termites et d’or façonné. Y a-t-il une filiation entre ces légendes ? Ces fourmis aurifères ont fait couler beaucoup d’encre.

 

Il y a peut-être une explication ou tout au moins une explication plausible, due à Alain Fraval, un chercheur de l’Institut national de la recherche agronomique (1) : Il s’agit pour lui de la marmotte rouge, « marmota caudata aurea » qui vit notamment au Tibet, chez les Minaros, et remonte de l’or, parfois, avec la terre de ses excavations.

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Elle a une longue queue, des dents et des griffes acérées et peut se montrer agressive si on la dérange.  Il en trouve l’explication  dans un ouvrage de Michel Peissel, ethnologue, intrépide explorateur et écrivain fécond : Selon l’ethnologue, l’erreur d’Hérodote qui ne rapportait pas ce qu’il avait vu mais rapportait une légende viendrait tout simplement de ce qu’en persan, « marmotte » se dit quelque chose comme « fourmi de la montagne » ?  Voilà une explication que nous n’avons malheureusement pas les moyens techniques de vérifier, « comment peut-on être persan ? » Hérodote savait aussi faire la différence, une marmotte dans sa langue, c’est όρει oreï.

 

Et le Siam alors ? 

 

Le grand Pavie aurait-il vu ou signalé nos fourmis  d’or ?

 

Son œuvre collective  (2) est une véritable et magnifique encyclopédie du monde animal et végétal de l’Indochine (Cambodge, Annam,  Tonkin, Siam), tout ce qui y bouge est inventorié sur plus de 600 pages. Des centaines de mammifères inventoriés, y compris des espèces fouisseuses mais pas trace de marmottes ! Est-ce à dire qu’il n’y a pas de marmottes en Thaïlande, au moins dans les régions les plus froides ? Qu’elles soient absentes de l’œuvre de Pavie et de son équipe de savants est une chose. Là, nous entrons dans le domaine des hypothèses.

 

D’après le WWWF, les scientifiques ont découvert dans la région du Mékong plus de 1.000 nouvelles espèces dans la dernière décennie du siècle dernier et ce ne sont pas de minuscules insectes qui passent inaperçus aux yeux du profane, le « crotale vert de Gumprecht » a été découvert en 2002 sous la toiture d’un restaurant du parc national de Khao Yai, dans le nord de la Thaïlande.

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

 

Ils ont également découvert un mille-pattes, de paillettes roses vêtu sécrétant du cyanure. Le nom de cette veuve rose est le « dragon millipede ».

 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Et encore un rat disparu il y a 11 millions d’années, on l’a revu pour la première fois en 2005. C’est le « rat des montagnes du Laos ».

 

 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

N’oublions pas un mammifère inconnu de la taille d’un bœuf découvert dans les années 30 dans les forêts de Roiét (3) qui nous a conduit à nous poser la question sans réponse : « Existe-t-il encore dans les forêts de Roi-Et et celle de Phuphan un mammifère inconnu ? » 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Terminons sur une désagréable vision, une découverte de 2001 « Heteropoda maxima », de 25 à 30 centimètres d’envergure.

 

 

 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Et pour quitter le continent, signalons la récente découverte (avril 2015) en Equateur et au Pérou, de trois nouvelles espèces de lézards multicolores, richesse inconnues des forêts tropicales qui n'ont pas tous encore été recensés.

 

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

Qui dit que ces savants ne découvriront pas un jour prochain en Thaïlande  quelque animal fouisseur, rat, fourmi, termite ou marmotte qui en creusant la terre en remonte avec des paillettes d’or accrochées à ses poils ou à ses pattes ?

 

Il y a des gisements d’or partout en Thaïlande. Il est permis de rêver à ces vieilles légendes.

 

Rappelons simplement que notre seule région a depuis le début du XXème siècle selon la WWWF permis la découverte de 279 poissons, 88 grenouilles, 88 araignées,  46 lézards,  15 mammifères, 4 oiseaux, 4 tortues, 2 salamandres, un crapaud pour ne parler que des animaux et non des insectes, des centaines et des centaines et encore des centaines. Et cela est un véritable trésor.

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?
R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?

(2) « Mission Pavie – études diverses et recherches sur l’histoire naturelle de l’Indochine orientale ». Pavie a décrit bien avant leur arrivée le fameux champignon hallucinogène de Samui responsable de la venue des « sacs à dos » dans cette île dans les années 70 !

R6. Les fourmis chercheuses d’or au Siam, mythe ou réalité ?
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 18:00
R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Nous avions présenté le 24 septembre 2012,  un livre « Dictionnaire insolite de la Thaïlande » écrit par Jean Baffie et Thanida  Boonwanno*, qui en 173 articles divers et variés,  divisé en 7 chapitres (Savoir-vivre. Au quotidien. Cuisine. Passions thaïes. Croyances. Fêtes et religions. Tourisme. Modernité) affichait le désir d’être une introduction à la connaissance de la Thaïlande en tâchant d’éviter les stéréotypes, et de nous « révéler » « un autre visage du pays » ; en sachant que  « La capitale n’est pas la Thaïlande profonde : 65 % de ses habitants vivent dans la campagne, où rien de l’antique Siam n’a vraiment changé ». Une campagne donc où, disent-ils « on se laisse aller au sanuk (สนุก), cette joie de vivre qui semble envelopper d’insouciance la vie quotidienne ».

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Evitez les stéréotypes, donc.

 

Ils sont inévitables, mais  tout dépend de la manière de les aborder. Vous ne serez pas déçu en découvrant (ou retrouvant ) les « classiques » comme « le  sourire siamois», « les massages », « le pont de la rivière Kwai », « la boxe thaïe », « la prostitution », le « farang », le « mai pen raï », les gestes à proscrire (pointer du doigt, pointer du pied ), « la face », « la corruption », « le marché flottant », « les khlongs », les fêtes avec « Songkran »  et « Loi Kratong »,  « les tuk-tuk », « la Maison des Esprits » … etc.

 

Le « dictionnaire insolite » commence donc avec le « Savoir-vivre ».

 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

On ne peut y échapper. Chacun se souvient au premier voyage des gestes à faire ou à proscrire qu’un ami (ou un guide) lui a appris (appeler quelqu’un de la main, courber le dos, pointer du doigt, du pied, s’asseoir, le waï …). Ils constituent la première « initiation ».

 

 

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Le « farang » (mot expliqué)  apprend ainsi qu’il arrive dans une autre culture avec ses codes qu’il doit respecter. Le chapitre aborde aussi certaines expressions populaires (« Kreng chai », « mai pen rai ») qui expriment  une façon d’être, des « valeurs ». Il nous invite à nous méfier du slogan « Thaïlande, pays du sourire » en sachant interpréter les multiples significations de ce célèbre « sourire ».

 

 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Le « dictionnaire »  contrairement aux guides n’a pas la langue de bois et ne se veut pas  « idéologique »; aussi n’hésite-t-il  pas à donner le sens second de certaines expressions comme par exemple « thong thiao et pai thiao » » « - qui ont surtout le sens de voyager pour le plaisir - signifient aussi visiter les quartiers de distraction nocturnes », bref les « filles tarifées» et les massages coquins.

 

 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Il note aussi les changements : « tout change aujourd’hui dans la société thaïe et l’influence de l’Occident, et surtout du Japon et de la Corée, arrive via la télévision ou internet. On peut maintenant voir sans gêne des adolescents se tenir par la main ».

 

Le second chapitre « Au quotidien » est  un chapitre « fourre-tout ».

 

Il permet d’aborder en 34 articles des sujets aussi divers que les moyens de transport les plus divers (bateau-taxi, tuk-tuk, métro, taxi-meter et collectifs …), les chants de Bangkok et de la rizière, la corruption et les parrains (Chao Pho), les couleurs de la semaine, les uniformes, le sarongs thai,  la chemise mo hom, le tissu à carreaux et la soie, les marchés périodiques (talat nat) et les marchands ambulants… etc. 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

On y trouve même la définition de « la face (na) », (que nous aurions mis dans le chapitre du « savoir-vivre »), qui certes, comme ils le disent, n’est pas facile à expliquer, et qui est pourtant essentiel pour comprendre le fonctionnement de la société thaïlandaise, très codifiée, et le comportement des Thaïlandais dans de multiples circonstances.

Le troisième chapitre est consacré à la cuisine.

Ce chapitre peut décevoir en évoquant, en seulement 16 articles, les plats typiques (le phat thai, la salade du som tham, la célèbre soupe épicée tom yam kung accompagnée du fameux riz thai au jasmin ou du riz gluant du Nord-Est), les ingrédients et les sauces les plus connues (nam prik pla thu, phrik khi nu, la pâte de crevette la sauce de poisson nam pla) et les boissons (la bière Singha, le lait de coco, le mékong, le red Bull), sans oublier le fameux fruit durion, agréable pour beaucoup, repoussant pour d’autres.

Mais il est vrai que le chapitre est le plus souvent prétexte à raconter une origine, une histoire, et non un art culinaire.

Le 1er article  « A table » précise les différentes « manières de table », selon les régions et les classes sociales, sachant qu’ « à la campagne ou dans les quartiers populaires des villes, le repas n’est pas une affaire importante. Chacun mange, quand il a faim. »

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Le titre du quatrième chapitre  « Passions thaïes » est plus original et évidemment jamais traité en tant que  tel dans les guides.

 

Il faut sortir des  sentiers battus, oser évoquer les travers d’un peuple, ses goûts, ses « superstitions », ses  mauvaises « valeurs », ses défauts, une espèce de carte de Tendre où seraient représentés les « passions »** ; mais aussi l’histoire des frères  siamois, 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

les chats siamois, le litige à propos du temple de Phreah Vihear, mais sans la passion du nationalisme qu’il déchaine, et surtout l’article « nouveau », qui permet de saisir que désormais la société de consommation a imposé ses valeurs, « sa passion » de la nouveauté, du dernier « objet » à la mode qu’il faut acheter, pour ne pas perdre la « face ». 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Toutefois nos auteurs ne seraient pas d’accord avec cette présentation puisqu’ils attribuent ces nouvelles « passions » éphémères et renouvelables au désir de nouveauté des Thaïlandais : « Les Thaïlandais aiment la nouveauté. » ! Tous ?

 

Quoiqu’il en soit de l’origine attribuée à la passion des « nouveaux objets » le chapitre semble exprimer que les jeunes de Bangkok et des grandes villes,  sont le moteur du changement avec leur téléphone portable et Facebook, la chirurgie esthétique et leur désir de blancheur, leur goût affiché pour la musique pop japonaise et coréenne et leur nouvelle manière de vivre leur vie sentimentale (Cf . Ce que représente le « kik ». Vous connaissez ?)

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Certes demeurent le respect dû au roi (mais ici curieusement évoqué seulement du point de vue politique), l’astrologie, les amulettes (Chatuham ramathep fever), la Benz comme « symbole absolue de la réussite sociale », la loterie, ou pèle mêle, le goût pour les cascades, les orchidées, le takro (jeu d’adresse), les cabarets, les karaoké, les proverbes ...etc.

 

Evidemment, on ne peut pas présenter la Thaïlande sans évoquer les pagodes, les maisons des esprits,  les bonzes que l’on voit partout,  le bouddhisme et les croyances, et les principales fêtes religieuses (Loi Khrathong, Songkran et le nouvel An chinois).

 

Le 5 ème chapitre intitulé « Croyances, fêtes et religions » va traiter ces sujets,  ainsi que d’autres plus méconnus ( comme Kuan Im (déesse ), le figuier sacré, le lak mueang, le phraya Nak (serpent mythique à plusieurs têtes), le poteau fondateur des villes, le Nuea khu (le partenaire idéal qui vous est destiné) …  ainsi que de nombreuses formes d’art populaires et/ou religieuses,  comme  le khon, le like, le manora et le théâtre d’ombres  spécifiques du sud, la danse du ram thaïe … en 21 articles.

 

On apprendra énormément  dans ce  chapitre très documenté et si essentiel pour comprendre « l’esprit » thaïlandais. 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Nous avions montré dans notre blog comment «  le bouddhisme  marque profondément  l’espace et le temps, la vie  de chaque Thaïlandais. Il n’est donc pas inutile d’en savoir un peu plus sur cette « religion » qui donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais » ainsi que l’animisme, et pourrait-on rajouter, le « veau d’or » de la consommation.

 

Le 6ème chapitre consacré au tourisme est ici présenté avec originalité.

 

Les auteurs ont optés pour 29 sites à visiter, à contempler, ou à parcourir…

 

Il y en d’autres, ils ont choisi ceux-là. On peut trouver aussi bien les « classiques » temples et quartiers chauds de Bangkok, qu’un fleuve (le Chao Phraya), une gare, un marché, un aéroport,  une fête (la full moon party), deux îles (Ko Samui,  Phuket), une rue (Sukhumvit), une place (Sanam Luang), un quartier (le quartier chinois de Yaowarat), une ville (Pai), un district (Chiang Khan dans la province de Loei) … etc. Et « notre » Isan …

 

Ces articles, vous l’aurez compris,  sont plus que « touristiques » et ont marqués l’histoire de ce pays. Nous avons souvent une présentation avec ses étapes historiques et les « détails » qui donnent de l’intérêt et du piment aux différents  articles (dates, chiffres, évolution, critiques …). Vous apprendrez à chaque fois, même si vous pensez connaître la Thaïlande. 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Et le dernier et septième chapitre intitulé « Modernité » (30 articles).

 

Ce chapitre, loin de proposer une lecture de la Thaïlande moderne, offre avant tout, des articles politiques (8 articles) décrivant la « démocratie de « style » thaï » « avec le rôle qu’y tient le roi de Thaïlande et son Conseil privé », avec ses 18 « Coup(s) d’Etat », dont « onze ont été couronnés de succès », une « pratique, disent-ils, (qui) fait partie intégrante de la culture militaire thaïlandaise », si bien qu’ « on apprend parfois que trois ou quatre coups d’Etat sont préparés au même moment ». Le chapitre va d’ailleurs présenter l’ancien premier ministre « Thaksin Shinawatra », «  renversé par l’armée en septembre 2006 », et les forces qui l’ont soutenu et combattu ensuite, comme les « chemises jaunes » et « les chemises rouges », ainsi que le rôle supposé qu’auraient joué les conseillers du roi (article « bureaucratie » ), animés, entre autre, par leur désir de défendre la « philosophie » économique du roi basée sur la notion  d’ « économie de suffisance », « fondement au Dixième plan de développement (2007-2011), défendu par «  le général Surayud Chulanont installé par l’ armée en septembre 2006 ».

 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

On retrouve donc en peu d’articles  avec  « les mots clés », un aperçu sur la situation politique du pays.

Jean Baffie fait œuvre ici de pédagogie, lui, qui nous a déjà donné de nombreuses clés pour comprendre la complexité de la politique thaïlandaise. (Cf. son article « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »***).

Une situation politique vécue de manière différente selon que l’on est Hi-so (high Society) ou Lo-so (low society) (expliqués dans deux autres articles), et que l’on adopte le Mo-so (« habitude de vie qui consiste à consommer modérément » ou le consumérisme et la recherche effrénée du dernier « objet  » à la mode, présentés par les pretty, ces magnifiques jeunes filles hyper maquillées et  aux courtes jupes qui présentent les « objets de luxe » dans les salons d’exposition ou dans les grands magasins.

Cette addiction aux nouveaux produits de luxe entraine de plus en plus « des étudiantes, voire des lycéennes, des employés de bureau, ou de manière plus attendue, des coyotes et des pretty » à devenir des sideline  des « prostituées occasionnelles ».

Est-ce le nouveau visage de la modernité thaïlandaise ?

Alors que demeure cette particularité thaïlandaise (aussi présente d’ailleurs dans de nombreux pays d’Asie) de montrer sa réussite en entretenant une mia noï (petite femme). Le phénomène est assez répandu disent nos auteurs puisqu’ « en 2001, 25% des Thaïlandais avaient une mia noï» 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

Modernité ?

 

Cette prostitution qui, contrairement aux idées reçues, est surtout le fait « de clients thaïs et sino-thaïs ». Modernité ? Tous ces motels (rongraem manrut), ces  « Hôtels où l’on tire les rideaux, selon l’éthymologie thaïe, (sont) très nombreux dans les villes de Thaïlande », « où se rendent les couples illégitimes, les prostituées et leurs clients ».

 

Modernité ? Le pae chia, ce « mot chinois utilisé pour désigner surtout les dessous-de-table (de 2.000 à 5.000 euros en moyenne ) qu’une famille doit payer pour inscrire ses enfants dans les écoles les plus cotées. »

 

Il faut avouer, qu’en majorité les articles de ce chapitre donnent une image peu flatteuse de la société thaïlandaise « moderne », même si d’autres « réalités » sont expliquées et encore n’avons- nous pas encore évoqué cette drogue qui fait des ravages (Cf. L’article ya ba).

 

R5. Dictionnaire insolite de la Thaïlande ?

(Cf. en note les titres des autres articles  ***).

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Il faut en convenir : ce « dictionnaire insolite » est assez unique et permet de découvrir bien des facettes de la Thaïlande d’hier et d’aujourd’hui. Certes il semble avoir oublié la promesse du début du livre de « révéler » « un autre visage du pays », en présentant les villages ruraux, où pourtant, avaient-ils dit,  vivent 65 % des Thaïlandais.

Mais nos deux auteurs Jean Baffie et Thanida  Boonwanno – fort de leurs savoirs- nous livrent tant de clés qu’ils vous permettront d’en apprendre un peu plus sur ce pays qui nous fascine, et vous entraineront dans  des réalités bien  inhabituelles, bizarres, anormales, inaccoutumées, extraordinaires, singulières, saugrenues, paradoxales, incroyables, curieuses, incompréhensibles, étonnantes, étranges, surprenantes, -thaïlandaises, quoi !-

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NOTES .


* Jean Baffie et Thanida Boonwanno, « Dictionnaire insolite de la Thaïlande », Cosmopole, diffusions Marcus, Paris, 2011.

Thanida Boonwanno, doctorante en anthropologie à l’Institut de Recherche sur le Sud-Est Asiatique (CNRS- Université de Provence).

 

**astrologie, beauté , blancheur de la peau, benz (Mercedes Benz), Bhumipol Adulyadej (le roi), cabaret show, cascades, cerfs-volants, chats siamois, Chatuham ramathep fever (amulettes), chirurgie esthétique, combats de coqs, combats de poissons, éléphant, Facebook et le téléphone portable, fêtes des mères et des pères, frères siamois, J-Pop fever (musique pop japonaise), K-Pop fever (musique pop coréenne), karaoké, kik « la vie sentimentale » des adolescents, loterie, nouveau, orchidée, panda fever, proverbes, takro (jeu d’adresse), temple de Phreah Vihear.

 

*** Cf. un excellent article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés (in Thaïlande contemporaine)

Article dont nous avons rendu- compte dans notre blog, in « A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 

**** Voire : Bayok Tower 2, cinéma, Emmanuelle, grands magasins, madame Tussauds, métis, Pattaya  Music Festival, presse et magazines, samu thailandais : compagnies chinoises, tsunami 2004

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 18:00
R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Nous avions le 4 janvier 2011 présenté le livre de Pornpimol Senawong « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »* alors professeur de la Faculté d’Archéologie de l’Université Silpakorn, qui avait le projet, disait-elle dans sa préface, de fournir aux apprentis-guides du tourisme « des connaissances fondamentales sur les caractéristiques sociales et culturelles thaïes ».

Nous commencions alors notre blog et étions curieux d’apprendre ce que  Mme Pornpimol Senawong considérait comme fondamental. 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

La table des matières nous donne l’importance que l’auteure accorde aux éléments constitutifs de sa  culture.  Ainsi, elle consacre  66 pages sur 170, aux croyances, traditions bouddhistes, cérémonies et festivals.

 

C'est aussi  la vision la plus évidente pour chacun. On ne sera donc pas surpris  par la description des objets  des temples, des rituels, par l’évocation par exemple des moines bouddhistes dans leur robe safran recevant le matin leurs aumônes dans leurs bols, la participation  aux jours « sacrés » bouddhistes et aux  événements/fêtes comme par exemple le Loy Krathong et Songkran … et la cérémonie si typique du mariage.

 

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Par contre, on sera plus étonné que l’auteure commence son livre par les amulettes et charmes, la maison des esprits et les superstitions, à moins, bien sûr, qu’elle considère que l’animisme avec sa croyance aux  esprits constitue le socle culturel fondamental  commun à tous les Thaïs. Elle  constate au moins : « Bien que la majorité des Thaïlandais soit bouddhiste, l’animisme a une grande influence sur leur vie ».

 

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Ensuite 44 pages sont consacrées à ce que l’on peut considérer comme le fonds de commerce du genre, à savoir la nourriture thaïe et l’artisanat.

 

La nourriture thaïe est présentée avec ses plats les plus typiques : le kaeng-curry, le nam phrik et ses ingrédients, les phat-plats frits/sautés, les différentes tom-soupes, les yams-salades thaïes et som tam et toute la richesse des herbes utilisées comme dans le tom yam par exemple. On ne peut éviter  la culture du riz « au centre des coutumes et des pratiques traditionnelles nationales ». L’auteure insiste à juste titre, mais sans vraiment développer, sur le caractère « sacré » et « symbolique » de cet aliment de base, dont de nombreuses coutumes associées demeurent encore aujourd’hui.

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Ensuite vient l’artisanat, qui commence avec l’évocation des « produits Bencharong » qui sont en fait les céramiques émaillées anciennes vernies à cinq couleurs (bencha  cinq, rong  couleur) qui étaient utilisées à la Cour. Mais elle remarque que ces ustensiles anciens sont « à nouveau produits pour un usage quotidien et pour l’exportation ». Ils sont redevenus un marqueur culturel. 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Ensuite quelques pages sont consacrées à l’artisanat populaire avec le masque Khon porté par les personnages du Ramakien, les produits laqués, les articles « Nielle »** et l’art de décorer  les ustensiles en argent.

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Par contre ensuite pour la première fois, l’auteure décrit un projet gouvernemental : l’OTOP, un tambon, un produit. Ce projet vise surtout à « renforcer le développement communautaire » en générant des revenus. 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Elle  termine sur l’argenterie, les objets en bronze et la soie.

 

 

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Aux 2/3 du livre (p.119) l’auteure se devait d’aborder ce qui est le «  lien » fondamental de toute culture : la langue.

Après le rappel classique de l’origine et du caractère infléchi tonale de la langue (les 5 tons), l’auteur adopte la présentation officielle qui renvoie les langues du sud, du nord et du nord-est à des dialectes régionaux. Elle  précise que la société thaïe est très hiérarchisée et que des termes spécifiques sont requis pour s’adresser aux différentes personnes, selon le statut social, l’âge, la richesse, le lien de parenté, d’amitié… avec un vocabulaire particulier pour le roi et la reine et la famille royale.

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Elle  évoque ensuite (p.124), le système des noms qui est lié à « l’astrologie ». On voit là le désir « religieux »  (« superstitieux » ?) de se protéger en se mettant sous les bons auspices du « ciel ». Le livre commençait, on s’en souvient, par les amulettes, l’offrande à la maison des esprits. Il y a, je crois, dans ce désir de protection, un trait « culturel » fondamental.

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Le chapitre suivant intitulé « Identité nationale » (pp.127-145) fait l’impasse sur ce qui en  constitue souvent les « fondamentaux » (la langue ayant été traitée dans le chapitre précédent), à savoir l’Histoire et ses valeurs  pour ne décrire que ses symboles « nationalistes » : l’hymne national, le drapeau, les trois emblèmes nationaux  (la fleur « jaune » (rathaphruek), l’éléphant et le sala thaï (pavillon de style thaï), et l’hymne royal. En effet, on ne peut échapper à l’hymne national et nous avons tous été étonnés la première fois, quand dans la rue à 8 h et à 18 h les gens s’arrêtent pour écouter l’hymne national, ou bien, en passant devant une  école assister au début des cours à la levée des couleurs et d’écouter les élèves chanter l’hymne national, ou bien encore dans une salle de cinéma, avant la projection du film, voir tout le monde se lever pour écouter l’hymne avec la photo du roi à l’écran. Je suis plus surpris ensuite par le choix des processions de barges royales (sic).

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Par contre, le chapitre sur le sourire est intéressant et révèle un véritable système de communication. J’en étais encore au  pays du sourire et ne savais pas que derrière se cachaient en fait 18 types de message  (voire plus ?) répondant à des situations et sentiments codés, du style : grand, penaud, méprisant, sec, embarrassé, amical non reconnu (sic), joyeux, triste, encourageant, épanoui, doux, honteux, encourageant, provocant, dédaigneux, contenu. 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Le chapitre se termine sur l’usage du waï. Il n’est pas propre à la Thaïlande, mais souvent le premier geste « coutumier » que l’on apprend.

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Ensuite le livre aborde les arts du spectacle (pp. 145-163) avec les danses et pièces de théâtre, chansons interprétées lors des festivals et /ou cérémonies (le li-ké, le cam tat, le mo lan dans le nord-est, le nova dans le sud, la danse masquée Khon, et bien sûr le célèbre ramakien dérivé du Ramanaya (si important dans l’enseignement populaire bouddhiste))…

 

 

 

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Le livre se termine par le chapitre « styles de vie » (pp. 163-179), avec un curieux rappel du mâchement passé de la noix de bétel, et un catalogue disparate qui va du pagne au poisson de combat, à la boxe, aux cerfs-volants, et pour la fin : les massages et saunas aux herbes.

 

 

R4. « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »

Conclusion

 

Le livre qui se présentait comme un manuel qui devait fournir les « connaissances fondamentales » sur les coutumes et  la culture thaïe ne dit rien sur la culture actuelle. Il n’y a aucune référence à la littérature, peinture, cinéma, chansons, séries TV, et sur les nouveaux modèles culturels et styles de vie  de la société de consommation et du numérique … sur cette « confrontation  » entre les coutumes, traitées ici de façon « classique » voire idéologique, et les nouvelles aspirations culturelles et « modernes ».

 

De plus, il est a-historique et présente comme identitaire, -commun à tous-, ce que nous avons vu dans l’article précédent sous le nom de thainess. ***

 

Il est vrai que Pornpimol Senawong a bien écrit « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture »  et non « Les liens qui unissent les Thaïlandais ». **** (Cf ; Notre article : Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?)

 

Un livre pour les guides touristiques, certes ; mais qui s’est construit sur l’oubli volontaire du passé et du présent.

 

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Mais en recherchant ce qui est commun à une société, « les liens qui unissent » Mme Pornpimol Senawong pouvait-elle faire autrement ?

La republication de notre article consacré au livre de   Jean Baffie et de Thanida Boonwanno, intitulé : R5. « Dictionnaire insolite de la Thaïlande » semble le montrer.

 

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*Gope,  Paru le 09/2010.

 

**Le nielle est une incrustation décorative d'une substance de couleur noire sur un fond de métal incisé, alliage fait de plomb, d'argent, de cuivre et de soufre que les orfèvres versent dans les ciselures d'objets en argent ou en or, sur les services à café ou à thé par exemple.

 

*** « La Thainess  a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes ». »

 

Cf. aussi par exemple : A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

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