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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 21:24
LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

En 1977 le défunt  roi entendit au temple Rajpatikaram (วัดราชผาติการาม) une homélie du vénérable Somdet Pra Mahaviravong (สมเด็จพระมหาวรวง) raconter la légendaire visite du roi Mahajanaka (พระมหาชนก) (1) dans les jardins de la cité mythique de Mithila (มิถิลา) (2). A l’entrée du verger royal se trouvaient deux superbes manguiers : l’un chargé d’une profusion de fruits délicieux  alors que l’autre n’en portait aucun. A l’occasion d’une promenade, le roi dégusta une mangue avant de pénétrer dans le parc. Quand il en ressortit, il s’aperçut que le premier arbre avait été vandalisé et déraciné, tandis que l’autre, stérile, se dressait fièrement vers le ciel. La morale que le vénérable retirait de cette parabole était qu’en tout, ce qui est bon est la cible de la cupidité et court un danger. Vivement intéressé, le monarque  voulut approfondir cette histoire et se plongea dans les écritures saintes, le Tripitaka (พระไตรปิฏก) : le Suttantapitaka (สุตตันตปิฏก) le Khuddakanikaya (ขุททกนิกาย) et le Jakata (ชาดก) et le traduisit intégralement en thaï moderne et en anglais à partir du texte pali tout en le simplifiant (3).

 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

C’est l’histoire d’un homme qui pratiqua la persévérance sans chercher ni récompense ni profit et qui, par la force de ses vertus, gagna un trône et apporta la prospérité et richesse à la cité de Mithila. En traduisant le passage relatif aux mangues, le roi estimait que le désir royal de quitter sa ville pour rechercher la tranquillité suprême était à la fois inopportun et prématuré. En effet, la prospérité du pays n’avait pas encore atteint son apogée : « Du vice-roi aux cornacs et aux dresseurs de chevaux, des dresseurs de chevaux au vice-roi en passant par les courtisans, tous sont ignorants. Ils manquent non seulement de connaissances techniques mais aussi de simples connaissances pratiques et de bon sens. Nait alors dans l’esprit  du roi la décision  de créer une institution d’apprentissage universel ». Estimant par ailleurs que la parabole initiale devait être modifiée pour l’harmoniser à la société contemporaine, le défunt roi y ajouta en précisant que Mahajanaka aurait pu également se soucier de redonner vie au manguier en utilisant des méthodes de culture modernes. La traduction terminée en 1988, feu le roi souhaita publier son œuvre à l’occasion du cinquantenaire de sa montée sur le trône en une édition superbement illustrée, pour que cette légende devienne source de réflexion pour toutes les personnes de bonne volonté.

 

Il est également difficile en cette fin d’année 2016 de ne pas y voir des conseils à l’attention de son successeur et un véritable testament politique sur les vertus de la persévérance et les nécessités de l’éducation. 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Un roi du nom de Mahajanaka régnait sur la cité de Mithila, dans le région de Videha (วิเทหะ) il y a très longtemps (2). Il avait deux fils, Aritthajanaka (อริฎฐชนก) et Polajanaka (โปลชนก).

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

L’aîné fut nommé vice-roi et le plus jeune premier ministre. Lorsque le roi quitta cette terre pour rejoindre le paradis, le prince Aritthajanaka accéda au trône et nomma son frère vice-roi. Un favori du roi ne cessait de lui répéter : « Majesté, le vice-roi complote contre vous ». Au fil des  jours, le venin fit son effet et détruisit l’affection que le roi portait à son frère. Il le fit enchaîner et emprisonner dans les geôles du palais. Polajanaka s’écria alors « Si j’ai vraiment comploté contre mon frère, que ces chaînes emprisonnent mes mains et mes pieds et que cette porte demeure fermée à jamais. Mais si je suis innocent, que ces chaînes tombent d’elles-mêmes et que cette porte s’ouvre. » A cet instant les chaînes tombèrent et la porte s’ouvrit.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Polajanaka partit alors se réfugier dans une ville frontière où les habitants le reconnurent et l’abritèrent. Le roi Aritthajanaka ne pouvait dès lors plus rien contre lui. Il réussit à étendre son pouvoir sur tout le territoire frontalier et à mobiliser des troupes importantes. Il se dit : « Autrefois je n’avais aucune rancune contre mon frère mais la situation a changé. J’agirai donc comme il se doit. » Il rassembla son armée et, soutenu par une forte milice populaire, partit pour Mithila, aux portes de laquelle il établit son campement. Quand les soldats de la cité apprirent que le prince Polajanaka était devant la ville, nombreux furent ceux qui le rejoignirent avec armes et bagages, équipements et notamment éléphants, rejoints par de nombreux civils. Le prince Polajanaka envoya un ultimatum à son frère : « Je n’ai jamais été ton ennemi dans le passé mais j’ai l’intention d’ouvrir les hostilités. Veux-tu me céder le trône ou veux-tu que nous combattions ? » Le roi Aritthajanaka choisit la guerre.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Il fit appeler la reine et lui dit : « Chère, il m’est impossible de savoir si je vaincrai ou si je serai vaincu. Me trouvant face à un danger mortel, je vous supplie de prendre le plus grand soin de l’enfant que vous portez. » Après quoi il mena son armée aux portes de la ville. L’armée du prince  Polajanaka anéantit celle du roi et le tua. Quand le peuple apprit la mort du roi, un soulèvement  éclata en ville. Dès que la reine sut que son royal époux n’était plus, elle s’empressa de réunir différentes valeurs dans un panier qu’elle recouvrit de vielles hardes, elles-mêmes se farda de poudre de riz  et se vêtit de vieux vêtements sales. Elle posa le panier sur sa tête et quitta la ville en toute hâte. Personne ne la reconnut. Elle franchit la porte du nord mais n’étant jamais sortie de la ville, elle ne savait où aller. Elle se rendit dans une auberge et demanda si quelqu’un allait à Kalachampaka (กาลจันปากะ), une ville voisine dont elle connaissait le nom (4).

 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

La créature qui reposait dans le sein royal n’était pas un être ordinaire, il était destiné à connaître l’illumination (5). La force de cette Grande créature suscita une vive émotion dans la demeure céleste de Sakka Devaraja (สักกเทวราชา), le roi des dieux (6). Il en chercha la cause puis conclut : « L’Être qui se trouve dans le sein royal aura une grande destinée ; nous devons aller à sa rencontre. » Il fit donc miraculeusement apparaître un char abritant une couche, prit l’apparence d’un vieillard et se rendit ensuite à la porte de l’auberge.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Il demanda alors : « Y a-t-il ici quelqu’un qui aille à Kalachampaka ? » La reine répondit : « Moi, vénérable vieillard ». Il lui dit : « Eh bien montez donc dans mon chariot, mon enfant. » La reine sortit de l’auberge et répondit : « Je porte un enfant, je ne peux donc pas monter dans un chariot ; je préfère marcher derrière vous, ô vénérable vieillard. Mais veuillez avoir la gentillesse de mettre ce panier sur le chariot. » Sakka Devaraja répliqua : « Que me dites-vous là ? Il n’y a pas de conducteur plus habile que moi. Ne craignez rien et prenez place à l’intérieur, mon petit. » Par miracle, à l’instant où la reine s’apprêtait à monter dans le chariot, la terre s’éleva à hauteur de l’arrière du véhicule, lui permettant ainsi d’accéder sans effort au lit qui se trouvait à l’intérieur. La reine comprit alors qu’elle avait affaire à un dieu. Elle s’allongea et tomba dans un sommeil paisible car le lit était magique. 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

C’est ainsi que Sakka Devaraja conduisit le chariot sur environ trente yot (โยชน์) (7) et arriva bientôt près d’une rivière. Là il s’arrêta, réveilla la reine et lui dit : « Mon enfant, descendez du chariot et allez-vous baigner dans la rivière. Revêtez ensuite les vêtements qui sont étendus là-bas, puis revenez partager la nourriture qui se trouve dans le chariot. » La reine fit ce qu’il demandait et se rendormit. Dans la soirée, ils arrivèrent enfin à la cité de Kalachampaka. A cette vue, la reine demanda, étonnée : «  Vénérable vieillard, quel est donc le nom de cette ville ? » « C’est la cité de Kalachampaka, mon enfant ». La reine répliqua : «  Vous moquez-vous de moi ? Kalachampaka est au moins à soixante lieues de chez nous ! » Il  rétorqua: « En effet, mais je connaissais un chemin direct. » Arrivé aux abords de la porte du sud, il demanda à la reine de descendre du chariot et ajouta : « Ma maison est un peu plus loin mais vous devez entrer dans la ville par-là » Sur ce il disparut en direction de sa demeure et la reine entra dans une auberge.

 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

A ce moment-là, un maître brahmane enseignant la philosophie dans la ville vint à passer. Il était accompagné de cinq cents disciples allant faire leurs ablutions. Il aperçut de loin la gracieuse silhouette et la grande beauté de la reine assise à une table. Par la vertu de la Grande créature reposant dans le sein royal, dès que le brahmane posa les yeux sur la reine, il s’imagina qu’elle était sa jeune sœur et ordonna à ses disciples de l’attendre au dehors pendant qu’il pénétrait  dans l’auberge.

 

Il demanda alors à la reine : « Petite sœur, d’où venez-vous ? » Elle répondit : « Maître, je suis l’épouse du roi Aritthajanaka de Mithila ». Il lui demanda : « Pourquoi êtes-vous venue ici ? ». Elle répondit  « Quand le roi Aritthajanaka a été tué par le prince Polajanaka, j’ai pris conscience du danger et je me suis enfuie pour sauver l’enfant que je porte ». Le brahmane poursuivit : « Avez-vous des parents dans cette ville ? » « Aucun, Maître ». Alors il lui dit : « Dans ce cas, vous n’avez plus aucun souci à vous faire. Je m’appelle Udicchabrahmana Mahasala (อทิจจพรามณ์มหาศาล) et suis le maître de dizaines de disciples. Je vais vous présenter à tous comme ma sœur. Je vous protègerai et prendrai soin de vous. Veuillez répéter ces mots après moi : « Vous êtes mon frère aîné », ensuite, touchez mes deux pieds de vos mains et commencez à gémir et à pleurer. »

 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Ainsi fit la reine, elle pleura fort, se jeta aux pieds du brahmane et les prit entre ses mains et tous deux gémissaient et pleuraient. Quand les disciples entendirent ces lamentations, ils se précipitèrent à l’intérieur de l’auberge en demandant : « Maître, que vous arrive-t-il ? » Le Brahmane répondit : «  Chers disciples, cette femme est ma jeune sœur que je croyais perdue depuis longtemps. » Les disciples répondirent alors : « Maintenant que vous vous êtes retrouvés, vous n’avez plus de raison de vous lamenter. »

 Le brahmane leur ordonna de faire venir un véhicule couvert et d’y installer la reine. Il dit à ses disciples : «  Allez dire aux Brahmini que cette femme est ma jeune sœur. Qu’elles en prennent le plus grand soin. » Il  fit alors conduire la reine chez lui. Là, les femmes lui donnèrent un bain chaud et lui préparèrent un lit. Quand le Brahmane revint de ses ablutions, il demanda à ses serviteurs d’appeler la reine pour partager son repas  et il dîna avec elle. Il la garda chez lui et en prit grand soin. Peu de temps après, elle donna naissance à un fils au teint vermeil.  Elle lui donna le nom de Mahajanakakumara, celui de son royal grand-père.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Tout jeune, le prince jouait avec les autres enfants. Si l’un d’eux venait à le déranger ou l’agacer, il l’attrapait et le corrigeait. Il était physiquement très fort et d’un tempérament rigide dû à la fierté inconsciente d’être de sang royal. Les enfants le craignaient ; quand il leur faisait mal, ils pleuraient bruyamment et si on leur demandait « Qui vous a battus ? », ils répondaient toujours : « C’est le fils de la veuve. » Un jour, il demanda : « Pourquoi m’appellent-ils toujours « le fils de la veuve » ? Notre mère pourra certainement répondre. » « Mère respectée, dites-moi donc qui est mon père. » Elle ne voulut pas dire la vérité : « Ton père est le Brahmane. » Le lendemain, le prince se battit à nouveau avec les enfants et quand ils dirent : « Le fils de la veuve nous a frappés », il leur demanda : « Le Brahmane n’est-il pas mon père ? » Ils répliquèrent : «  Quelle sorte de parent le Brahmane est-il pour toi ? » Le prince réfléchit : « Ces enfants disent : « Quelle sorte de parent le Brahmane est-il pour toi ? » Notre mère ne nous dit certainement pas la vérité mais nous allons l’obliger à nous dire ce qu’il en est réellement. »

 

Alors qu’il tétait le sein de sa mère, il saisit fermement le mamelon entre ses dents et dit : « Mère respectée, dites-moi toute la vérité au sujet de mon père, sinon je vous mordrai le sein. » La reine comprit qu’elle ne pouvait plus continuer à mentir et avoua : « Tu es le fils du roi Aritthamahajanaka de la cité de Mithila. Ton père a été assassiné par son frère, le prince Polajanaka. Je suis venue ici dans cette ville pour lui échapper. Le Brahmane m’a recueillie et a pris soin de moi comme de sa jeune sœur. » A dater de ce jour, le prince ne se mit plus jamais en colère, même quand on l’appelait « le fils de la veuve ». 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Avant d’avoir atteint sa seizième année, il avait déjà étudié les Trois Védas (ไตรเวท) et toutes les sciences. A seize ans, c’était un séduisant jeune homme qui se disait : « Nous récupèrerons le trône qui appartenait de droit à notre père ». Il demanda un jour à sa mère : « Mère respectée, avez-vous emporté avec vous quelques objets de valeur ? Je pourrais les vendre, faire fructifier l’argent et reconquérir ainsi le trône de mon père. » Elle lui répondit : « Cher fils, je ne suis pas arrivée les mains vides. Nous avons trois sortes de trésors : des rubis, des perles et des diamants. N’importe lequel d’entre eux suffirait à nous permettre de reconquérir le trône. Mon fils, prends-les tous et reprends possession de ton héritage. » Il lui répondit : « Mère respectée, donnez-m ’en la moitié. J’irai dans le pays de Suvarnabhumi (สุวรรณภูมิ) et j’en rapporterai de grandes richesses. Ensuite je reconquerrai le trône de mon père. » Il l’utilisa alors son trésor pour acheter des marchandises qu’il chargea à bord d’un navire sur lequel il comptait partir avec d’autres marchands pour Suvarnabhumi. Il alla prendre congé de sa mère : « Mère respectée, je vais sur les terres de Suvarnabhumi. » La reine le mit en garde : « Pourquoi te lancer dans un voyage sur l’océan ? Ça n’en vaut pas la peine : le bénéfice sera mince et les périls multiples. Ne pars pas ! Tu es déjà assez riche pour reconquérir ton trône. » Il répliqua « Ma décision est prise, je pars. » Là-dessus, il prit congé de sa mère en tournant rituellement autour d’elle de droite à gauche puis partit s’embarquer.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Ce même jour, le prince Polajanaka tomba malade et se retira dans ses appartements sans pouvoir jamais plus se relever.

Sept cents marchands étaient à bord du navire affrété par le prince. Ils parcoururent sept cents lieux en sept jours. Puis, lors d’une terrible tempête, le navire fut propulsé sur la crête d’une énorme vague et ne put garder son équilibre. Les planches cédèrent sous la force de l’eau qui pénétra à flots dans la coque et le navire sombra au milieu de l’océan. Tous les passagers sentant venir leur fin prochaine pleuraient, se lamentaient et invoquaient les dieux en les suppliant de leur envoyer de l’aide. Le prince savait que le navire allait couler. Il se prépara donc un mélange de sucre et de beurre et en avala tant qu’il put. Il trempa ensuite deux morceaux d’étoffe ordinaire dans de l’huile puis s’en enveloppa le  corps. Il s’agrippa au sommet du plus haut mât au moment où le navire sombrait. Ses compagnons devinrent la proie des poissons et des tortues de mer ; l’eau était couverte de sang. La Grande créature se tenait tout en haut du mât. Il se tourna dans la direction de Mithila puis plongea, nageant de  toutes ses forces pour s’éloigner des poissons et des tortues à une distance d’un usabha (อุสภะ) (8). Ce même jour le roi Polajanaka mourut. Alors, le Grande créature fendit l’océan de toute la puissance de ses épaules et nagea sept jours en ayant la sensation qu’un seul jour s’était écoulé.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

A cette époque, les Quatre Gardiens du Monde (ท้าวโลกบาล ทั้งสี่) (9)...

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

... avaient confié à une déesse du nom de Mani Mekhala (มณีเมขลา) le soin de veiller sur les créatures vertueuses pour qu’elles ne périssent pas en mer. Or, elle n’avait pas inspecté les océans depuis sept jours. D’aucuns disaient qu’elle était si absorbée dans les plaisirs divins qu’elle en avait oublié sa tâche, d’autres qu’elle était allée à une réunion de créatures célestes. Quoi qu’il en soit, elle finit par se souvenir : « Cela fait aujourd’hui sept jours que je n’ai pas inspecté les hautes mers. Je me demande ce qui s’y passe ». C’est ainsi qu’elle découvrit le Grand Etre. Elle pensa alors : « Si le jeune prince Mahajanaka devait périr dans l’océan, je ne serais plus jamais admise dans la société des dieux. » Sur ce, elle revêtit ses plus beaux atours puis alla flotter au-dessus de l’eau, à proximité de la Grande créature. Pour le mettre à l’épreuve, elle entonna une première strophe : « Qui donc est-ce là qui nage au milieu des vagues de l’océan alors que la côte n’est nulle part en vue ? A quoi bon s’épuiser à nager de la sorte ? » La Grande créature  s’interrogea : « Nous nageons dans l’océan depuis sept jours et, pendant tout ce temps, nous n’avons eu aucune compagnie. Qui donc me parle ainsi ? »

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Levant les yeux au ciel, il vit Mani Mekhala. Il entonna alors une seconde strophe : « Ô déesse, nous avons réfléchi sur la conduite à tenir en ce monde et sur les mérites de la persévérance. Nous en concluons que, même si nous ne voyons pas la côte, nous devons persévérer et continuer à nager dans le vaste océan ».  Mani Mekhala, désireuse d’entendre un autre discours entonna une autre strophe : « La côte de l’insondable océan n’est certainement pas visible à tes yeux. Tes efforts héroïques ne servent donc à rien ; tu seras mort bien avant d’atteindre le rivage ». A ces mots, la Grande créature répondit : « Que dites-vous là ? Nous persévérons afin que, même si nous devions périr, nous soyons exempt de tout blâme et de toute critique ». Après quoi il ajouta: « Qui s’exerce à la persévérance, même face à la mort, n’aura aucune dette vis-à-vis de sa famille, des dieux, de son père ni de sa mère. De plus, tout individu qui accomplit son devoir en homme, jouira plus tard de la paix ultime ». La déesse lui répondit alors « Toute entreprise non encore couronnée de succès par la persévérance reste vaine ; de nouveaux obstacles ne cesseront de se présenter. Quand une action, entreprise avec des efforts aussi mal orientés, aboutit à la mort, à quoi donc auront servi cette action et ces efforts? ». Sur ce, la Grande créature pour convaincre la déesse lui répondit « Ecoute, ô déesse ! Tout individu persuadé que ses efforts ne seront pas couronnés de succès court à l’échec. Ne faisant preuve d’aucune persévérance, il devra assumer les conséquences de son indolence. Ecoute encore, ô déesse ! Certains font de gros efforts pour réussir ce qu’ils entreprennent même s’ils finissent par échouer. Ecoute enfin, ô déesse ! Ne comprends-tu pas  les conséquences de mes actions ? Tous les autres ont péri noyés dans l’océan ; nous seul nageons encore, nous seul vous avons vue flotter près de nous. En ce qui nous concerne, nous allons encore persévérer et donner le meilleur de nous-même ; nous allons faire tous les efforts qu’un homme doit faire pour atteindre les rives de l’océan ».

 

La Grande créature affirme ainsi que, lorsqu’on est persévérant physiquement ou moralement et que l’on s’applique à atteindre son objectif  dans toute action, elle ne manquera pas d’être couronnée de succès ; il s’ensuit que la persévérance est une vertu d’une absolue nécessité.

 

La déesse entonna alors cette strophe à sa louange : « Nul être possédant ta patience ne sombrera dans le vaste océan. Animé de cette virile persévérance, tu pourras aller où tu voudras » et elle demanda : « Ô grand sage, toi qui es doté d’une telle détermination, où puis-je t’emmener ? » Quand la Grande créature répondit : « à Mithila Nagara », elle le souleva aussi aisément que l’on cueille une fleur et s’envola dans les airs, le portant dans ses bras comme un enfant chéri. Ce faisant, elle entonna une autre strophe : « Ô grand sage, tes remarquables paroles ne devraient pas se perdre dans le vide infini de cet espace. Tu devras partager avec d’autres le don de sagesse celle éclairée qui sort de tes lèvres. Quand le temps sera venu, tu fonderas une école dans laquelle les plus hauts enseignements seront dispensés. Ce lieu s’appellera le Centre de Grande Sagesse « Bodhiyalaya ». Alors seulement tu auras réellement mené ta mission à son terme. 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

La Grande créature était épuisée après sept jours passés dans l’eau saumâtre. Au contact magique de la déesse, il tomba dans un profond sommeil. Mani Mekhala le porta jusqu’à Mithila Nagara (มิถิลานคร) ; là, elle le posa sur le côté droit, sur une pierre dite « de bon augure » ou « pierre de cérémonie », dans le verger aux Mangues. Elle en confia la garde aux esprits du verger puis s’en fut vers son domaine.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Le roi Polajanaka n’avait pas laissé de fils mais une fille unique, fine et intelligente, appelée Sivali Devi (สีวาลีเทวี). Quand il  fut étendu sur son lit de mort, les courtisans lui demandèrent : « Votre Majesté, après votre grand départ, à qui devra revenir le trône ? ». Il répondit : « Vous devrez le confier à celui qui saura plaire à Sivali Devi, notre fille, ou à celui qui pourra dire de quel côté se trouve la tête du Trône Carré, ou à celui qui pourra tendre l’Arc qui Nécessite la Force de Mille Hommes, ou encore à celui qui découvrira les Seize Grands Trésors. C’est à cet homme-là que vous devrez confier le trône ». Les courtisans lui dirent alors : « Votre Majesté, nous vous prions de nous expliquer l’énigme de ces trésors. » Le roi expliqua alors plusieurs énigmes dont celle des trésors :« Les Seize Grands Trésors sont : le trésor du soleil levant, le trésor du soleil couchant, le trésor à l’intérieur, le trésor à l’extérieur, le trésor qui n’est ni à l’intérieur ni à l’extérieur, le trésor qui monte, le trésor qui descend, le trésor des quatre banians, le trésor enfermé par le cercle d’une lieue de diamètre, le grand trésor au bout des défenses d’éléphant, le trésor au bout des poils de la queue, le trésor dans l’eau, le trésor en haut de l’arbre ; et puis l’Arc qui Nécessite la Force de Mille Hommes pour être tendu, de quel côté se trouve la tête du Trône Carré et enfin, plaire à Sivali Rajadevi » (10).

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Puis il quitta cette terre pour le paradis et fut incinéré.

 

Sept jours plus tard, tous les courtisans se réunirent pour agir selon les vœux du roi concernant la succession par celui qui saurait plaire à la princesse royale. Ils laissèrent d’abord le Premier Ministre tenter sa chance mais il échoua. Les autres n’eurent pas plus de succès. Plus tard nul ne réussit à tendre l’Arc (« immense comme la trompe d’un éléphant ») ...

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

...ni à dire de quel côté se trouvait la tête du Trône Carré (11), ni encore à découvrir les Seize Trésors. Le Grand Conseiller dit alors : « Nous devrions utiliser le Grand Chariot car il est dit que le roi qui arrivera tenant les rênes du Grand Chariot pourra régner sur tout le territoire de Jambudipa. » Le Grand Chariot se dirigea vers le Verger aux Mangues, tourna autour de la dalle « de bon augure » puis s’arrêta près de la Grande créature. Toutes les personnes présentes, les courtisans et le Grand Conseiller, hurlèrent de joie et couronnèrent la Grande créature sur-le-champ. Un peu plus tard, celui-ci fut en mesure de résoudre les quatre énigmes du roi Polajanaka. Quand il demanda s’il y en avait encore, les courtisans lui répondirent qu’il n’y en avait plus. Le peuple tout entier se réjouit en s’émerveillant : « C’est incroyable ! Ce roi est un véritable génie ! » (12).

 

Par la suite, le roi invita sa mère et le Brahmane à venir de Kalachampaka Nagara (กาลจัมปากนคร).

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Il fit préparer une somptueuse cérémonie en leur honneur. Tous les habitants de Videha étaient enthousiasmés et fêtèrent l’événement par un festival de musique. Tandis que la Grande créature, assise sur son trône, présidait la cérémonie, il se rappela les efforts qu’il avait dû déployer dans l’océan. A cette pensée, il se dit que la persévérance est quelque chose d’essentiel : « Si nous n’avions pas persévéré dans l’océan, nous ne serions pas sur ce trône aujourd’hui ». Tandis qu’il méditait sur les vertus de la persévérance, il se sentit comme envahi d’une joie immense et d’un tel bonheur qu’il s’exclama : … «  Les choses que nous ne prévoyons pas peuvent se produire. Les choses que nous planifions peuvent tourner au désastre. La richesse ne viendra pas à celui qui se contente d’en rêver » et il continua « nous ne pouvions absolument pas prévoir que nous parviendrions à monter sur ce trône sans verser la moindre goutte de sang. Nous avions prévu d’amasser une fortune à Suvarnabhumi pour le récupérer. »

 

Dès lors, il mit en pratique les Dix Règles de la Royauté. Il fit régner la justice et prit soin de protéger tous les pieux ermites. Plus tard, la reine Sivali Devi donna naissance à un prince qui répondait à tous les critères de la richesse et de la chance. Ses parents lui donnèrent le nom de Dighavurajakumara (ทีฃาวุราชกุมาร). Quand Dighavurajakumara atteint l’âge voulu, le roi l’investit de la charge de vice-roi et lui-même régna sept mille ans.

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

Un jour, le responsable des jardins royaux apporta au roi toutes sortes de fruits et différentes variétés de fleurs. Le roi s’en réjouit : « Nous souhaitons voir le parc royal. Va préparer notre visite » Il acquiesça, prit les mesures nécessaires et en informa le roi. Monté sur l’éléphant royal, il quitta la ville suivi d’un long cortège et arriva au parc. Près du portail, se trouvaient deux manguiers au feuillage d’un vert resplendissant. L’un ne portait aucun fruit, tandis que l’autre en était couvert. Ces fruits étaient délicieux  mais nul ne pouvait y toucher tant que le roi n’y avait pas goûté. Perché sur le dos de son éléphant, le roi cueillit une mangue et la porta à sa bouche. Lorsque le fruit délicieux toucha le bout de sa langue il se dit : « Nous en mangerons tout notre content en repartant » à  notre retour. Mais toute sa suite et tous ses courtisans, depuis le vice-roi jusqu’aux cornacs et aux dresseurs de chevaux, voyant que le roi avait déjà goûté aux fruits, se crurent autorisés à en cueillir et en manger à satiété. D’autres encore arrivèrent après eux qui utilisèrent des bâtons pour casser les branches ; on arracha à l’arbre toutes ses feuilles et il finit même par être déraciné. Pendant ce temps, l’autre manguier se dressait toujours là, aussi majestueux qu’une montagne, aussi brillant qu’un joyau. Quand le roi ressortit du parc, il découvrit ce spectacle de désolation. Il demanda à ses courtisans : « Que signifie cela ? » On lui répondit : « Sachant que Votre Majesté avait déjà goûté aux fruits, les hommes se sont battus pour se les partager  » Le roi demanda : « Comment expliquez-vous que le feuillage et la resplendissante beauté de cet arbre aient complètement disparu, alors que le feuillage et la resplendissante beauté  de cet autre arbre soient toujours intacts ? » Tous répondirent : « Le feuillage et la resplendissante beauté de l’autre arbre n’ont pas disparu parce qu’il ne porte aucun fruit. » A ces mots, le roi se sentit très triste. Il se dit : « Cet arbre-là est toujours merveilleusement vert parce qu’il n’a pas de fruits mais cet arbre-ci a été abattu et déraciné parce qu’il portait des fruits. Mon trône est comme l’arbre aux fruits tandis qu’une paisible retraite serait comme l’arbre sans fruits. Le danger rôde autour de ceux qui sont chargés de soucis mais ne menace pas ceux qui sont libres de toute charge. Nous ne serons pas comme l’arbre aux fruits ; nous serons comme l’arbre sans fruits. » 

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Le roi retourna en ville et se dirigea vers le palais. Arrivé à l’entrée il s’arrêta un instant et se remémora ce que la déesse Mani Mekhala lui avait dit au moment où elle l’avait pris dans ses bras pour l’arracher à la fureur de l’océan. Le roi ne se rappelait pas ses mots exacts parce qu’il était alors épuisé et dans un état second du fait des sept jours passés à nager, mais il savait qu’elle avait dit qu’il ne trouverait pas le chemin du bonheur absolu tant qu’il n’aurait pas partagé la sagesse qu’il avait découverte dans l’océan. Mani Mekhala lui avait dit de fonder une école où l’on dispenserait les plus hauts enseignements et qui s’appellerait le Mahavijjalaya de Pudalay. Une fois cette mission accomplie, il pourrait enfin seulement se retirer en paix. Il  pensa : « Chacun, qu’il soit commerçant, fermier, roi ou prêtre, a un devoir à accomplir. Cependant, avant toute chose, nous devons trouver un moyen de redonner vie au manguier déraciné. » Il appela donc son premier ministre et lui dit : «  Allez inviter le Brahmane à se joindre à nous, accompagné de deux ou trois de ses disciples. ». Udicchabrahmana Mahasala (อุทิจจพราหมณ์ มหาศาลา)...

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...arriva bientôt, suivi de deux disciples, Charutejobrahmana (จารุเตโชพราหมณ์)  et Gajendra Singha Pandit (คเชนทรสิงหบัณฑิต). Le premier était un spécialiste en plantations, le second un spécialiste en cueillette.

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Dès leur entrée, Gajendra Singha Pandit se précipita aux pieds du roi et dit : «Votre Majesté, votre humble serviteur est coupable ; quand les courtisans m’ont demandé de cueillir des mangues pour le vice-roi, j’ai utilisé ma nouvelle moissonneuse de fruits automatique, sans réaliser que cela déracinerait le manguier. » Le roi lui dit : « Ne te désole pas, mon bon !  A présent que le manguier est à terre, il s’agit maintenant de lui redonner sa vigueur d’antan. Pour ce faire, il existe neuf méthodes dont certaines pourraient être utilisées ici. Premièrement, faire une culture des graines ; deuxièmement, traiter les racines pour qu’elles repoussent ; troisièmement, faire une culture des branches abattues ; quatrièmement, faire des greffes sur l’autre arbre ; cinquièmement, greffer des bourgeons sur l’autre arbre ; sixièmement, recoller les branches en faisant une greffe d’accès ; septièmement, marcotter  les branches ; huitièmement, fumer l’arbre stérile pour qu’il porte des fruits ; neuvièmement, faire la culture de cellules en éprouvette. Brahmana Mahasala, je te demande de bien vouloir ordonner à tes disciples de se pencher sur ce problème et de tout mettre en œuvre pour le résoudre. » Uddichabrahmana s’inclina en disant : « Votre Majesté, Gajendra Singha va immédiatement faire venir la machine qui redressera l’arbre, tandis que Charutejo récupérera les graines et les branches pour mettre en application  vos conseils. » Le roi ordonna aux deux disciples de s’atteler à leur tâche sur-le-champ mais demanda à Brahmana Mahasala  de rester car il souhaitait le consulter. Quand ils furent seuls, le roi dit au Brahmane : « Nous avons gardé cela secret pendant très longtemps, depuis l’époque où nous nous sommes embarqué pour Suvarnabhumi. Mais voilà : juste avant que la vague géante ne se précipite sur notre navire, nous avons entendu les commerçants de Suvarnabhumi parler entre eux dans leur langue. Ils disaient : « Non pudalay yak su kab pla lae tao » (โนนปูทะเลยักษ์สู้กับปลาและเต่า) ce qui signifie : là-bas, « un crabe des mers géant se bat contre des poissons et des tortues ». Ils ont également dit que quiconque parviendrait à poser le pied sur ce crabe géant obtiendrait tout ce qu’il désire, pourvu qu’il fasse preuve d’une réelle persévérance. » Le Brahmane dit : « J’ai, moi aussi, entendu une histoire semblable mais j’ignore si de tels crabes existent. » Le roi poursuivit : « Ils existent, c’est certain. Après avoir plongé du haut du mât dans la mer, en évitant un banc de poissons et de tortues, nous avons nagé dans l’océan. Nous nous sommes reposé de temps à autre et il nous a parfois semblé sentir le sol sous nos pieds, comme si nous étions près de la rive, la même sensation que doit avoir le sixième des Sept Individus (dans le Cinquième Udakapamasutta). En fait, il s’agissait du crabe des mers géant. » (13). Le Brahmane dit : «  Vraiment, c’était alors certainement le fruit de votre persévérance. »

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Le roi poursuivit : « Quand la déesse Mani Mekhala nous a sorti de l’océan, elle a dit : « Tu devras partager avec d’autres le don de sagesse. Quand le temps sera venu, tu devras fonder une école où l’on dispensera les plus nobles enseignements.  Nous étions à ce moment-là épuisé et notre esprit était confus; nous avons cru entendre qu’elle suggérait que l’école s’appelle comme le crabe des mers, c’est-à dire « Pudalay » (ปูทะเล)  dans la langue de Suvarnabhumi. Mais aujourd’hui nous n’en sommes plus sûr. Je vous demande, Grand Maître, de nous donner votre avis. » Le Brahmane dit : « A mon humble avis, la déesse a dû dire Bodhiyalaya - โพธิยาลัย - comme l’Institut des Ermites du même nom dans le temple de Jetavanaมหพระเชตุพน - à Devamahanagara - เทวมหานคร - dans l’état de Suvarnabhumi. Mais si votre école s’appelle le  Pudalay Mahavijjalaya - ปูทะเลยย์มหาวิชชาลัย - ce sera tout à fait satisfaisant. » Le roi répondit : « Merci, cher maître. Nous sommes à présent certain que le moment est venu de fonder cette école. En fait, cela aurait dû être fait depuis longtemps. Les événements d’aujourd’hui en ont montré la nécessité. Du vice-roi aux cornacs et aux dresseurs de chevaux et des dresseurs de chevaux au vice-roi en passant par les courtisans, tous sont ignorants. Ils manquent non seulement de connaissances techniques mais aussi de simples connaissances pratiques et de bon sens : ils ne savent même pas ce qui est bon pour eux. Ils aiment les mangues mais détruisent le manguier. » Le Brahmane approuva l’idée du roi. Il dit : « Sage roi, vous n’avez plus à vous en inquiéter ; j’ai encore de bons disciples sur lesquels je peux compter et le Pudalay Mahavijjalaya verra bientôt le jour. Mithila n’est pas prêt de manquer de personnes compétentes ! »

 

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 L’œuvre royale bilingue (thaï – anglais) sous le titre de เรืองพระมหาชนก  - The story of Mahajanaka - a été éditée luxueusement en 1996 et somptueusement illustrée par de nombreux artistes, accompagnée d’un petit recueil de photographies anciennes et d’un médaillon argenté. Vendue 9.999 baths, il  est permis de penser qu’elle n’était pas destinée au grand public ? C’est le texte que nous avons utilisé et traduit en utilisant à la fois la version thaïe et la traduction anglaise qui, quoique royale, n’est pas toujours fort satisfaisante. Le roi utilise dans la transcription des noms propres, essentiellement d’origine sanscrit, la transcription « du palais » et non celle de l’Académie royale.

 

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NOTES

 

(1) Probablement l’une des vies antérieures de Bouddha ? Voir « the Mahajanaka jataka being the story  of the anterior births of the Gottama  Bouddha » par Taw Sein Kom 1899. Ce texte est une très longue traduction de la légende mais sur une version birmane.

 

(2) Dans le Ramayana, elle est la ville natale de Sita, l’épouse terrestre de Rama qui y séjourna, au XIVème avant N.S.J.C. (?), située au nord-est du Népal, aujourd’hui Janakapur.  Le royaume de Videha était un centre culturel important de l’Inde védique.

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(3) La légende est bien connue de la littérature érudite :

« L'Inde contemporaine » par F. de Lanoye 1855.

« Poésie héroïque des indiens comparée à l'épopée grecque et  romaine » par F. G.Eichhoff, 1860.

« L’histoire du Bouddha-çakyamuni depuis sa naissance jusqu’à sa prédication » par Ph. Ed. Foucaux, Annales du musée Guimet, tome XIX, 1892.

« Mythologie du bouddhisme au Tibet et en Mongolie » par Albert Grünwedel, 1900.

 « Le Népal : étude historique d'un royaume indou » par Sylvain Lévi, 1903.

« Les représentations de Jataka sur les bas-reliefs de Bahrut » par A. Foucher, Conférences faites au Musée Guimet. 1908.

« Revue des traditions populaires » 1917 : « Comment, dès avant le VIème siècle de notre ère, les Bouddhistes indiens manipulaient les contes traditionnels du pays ».

« Mémoires concernant l'Asie orientale : (Inde,  Asie centrale, Extrême-Orient) » publiés par l’Académie des et belles-lettres sous la direction de MM. Senart, Barth, havannes, Cordier, 1919

 «  Le journal des savants »,  anonyme, 1928.

 

(4) Kalachampaka  ville de l’état du Bihar, au nord-est des  Indes, aujourd’hui Bhagalpur sur les rives du Gange.

 

(5) Le terme thaï est mahasat  (มหาสัตว์) la grande créature vivante  que le roi traduit à juste titre par great being que nous trouvons souvent traduit par le « grand être » que nous n’utiliserons pas en raison d’une connotation (que ne voulait évidemment pas le roi) rappelant par trop le « grand être » de la « religion » positiviste d’Auguste Comte en quelque sorte la continuation du culte de la Raison et de l'Être suprême de la Révolution française !

 

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(6) Indra.

 

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(7) Cent quarante-cinq kilomètres.

 

 

(8) Soixante-dix mètres.

 

 

(9) Les rois gardiens des quatre horizons et de la pureté de la loi bouddhiste.

 

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

(10) Le sens caché de ces  mystères, avouons-le, nous échappe. Plaire à la princesse et tendre l’arc ne pose pas  de difficultés évidemment mais quel côté se trouve la tête du Trône Carré ou encore les Seize Grands Trésors  restent  mystérieux.

 

(11) S’agit-il du trône de Jupiter, roi des dieux du panthéon hellénistique, dont le trône était carré ?

LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? « L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

(12) L’arc que seul peut tendre un homme doté de pouvoir surnaturels rappelle évidemment celui, magique, de Rama dans le Ramakian.  Le roi de Mithila, Djanaka, lui accorda la main de la belle Sita lorsqu’il le vit tendre l’arc magique qui exigeait la force de mille hommes. C’est également dans l‘Odyssée d’Homère l’épreuve de l‘arc que seul Ulysse réussit à tendre, trop pesant et trop lourd pour les prétendants. Homère a probablement puisé d’abondance dans la tradition indienne ?

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Ne faisons pas le lien avec la Bible qui rappelle en permanence la nécessité de la persévérance ce que traduit Saint Mathieu ainsi « celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé » (Mathieu X, 22)

 

(13) Il fait voir dans ce crabe de mer la représentation de la connaissance et de la sagesse, une vertu qui peut sauver un d'être submergé par des obstacles : Le  Prince repose sur cette créature supporté par la force de ses connaissances. 

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 18:16
A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

Nous nous étions posé une question, il y a 5 ans déjà, sur cet aphorisme qui est en réalité une imposture selon lequel « La Thaïlande – le Siam – n’aurait jamais été colonisée » (1). S’il l’avait connu, Flaubert l’aurait probablement ajouté à son « Dictionnaire des idées reçues ». Ce n’était qu’une porte entrouverte sur une réalité de l’histoire que nous avons ensuite trouvé confirmée à bien d’autres reprises au fil de nos recherches. Elle vient d’être grande ouverte par un jeune historien américain, Shane Strate (2), « The lost territories. Thailand’s history of national humiliation » (3). Sa monographie brillante a fait l’objet d’une sérieuse analyse – à l’usage essentiellement des Thaïs pour leur rappeler judicieusement leur histoire  – dans le journal de la Siam Society (4) et de Xavier Monthéard, représentant le Journal « Le Monde » à Bangkok qui va pertinemment à l’encontre des idées reçues (5).

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

Strate rappelle que chaque Thaï sait, et que chaque visiteur étranger apprend quand il met le pied sur le sol s’il ne le savait déjà, que le pays n’avait jamais été colonisé par une puissance occidentale. Peut-être eut-il mieux valu écrire que « chaque Thaï feint de croire… ».

 

Nous trouvons en effet dans une revue de vulgarisation historique le rappel que  « l’année 1893 doit rester pour les Thaïs qui ne doivent pas l’oublier une année de lamentation et de tristesse » (6).

 

Pour ce que Strate appelle l’ « histoire conventionnelle » et nous l’ « histoire politiquement correcte », il est convenu que la sauvegarde de l’indépendance du pays fut le fruit de la politique habile et de la modernisation du pays par le Roi Mongkut et le roi Rama V. Mais il fut un aspect plus sombre, un prix très cher à payer en contrepartie,

 

• en premier lieu la signature de multiples traités d’ « amitié et de commerce » en réalité des traités inégaux consistant en des abandons de pans entiers de souveraineté, essentiellement fiscale et judiciaire,

 

• et en second lieu l’abandon en particulier au profit de la France de partie de ce qui est maintenant le Cambodge et le Laos et au profit de l’Angleterre de territoires malais et birmans. De là va naître ce que Strate appelle « le discours de l’humiliation nationale » (« National humiliation discours ») en liaison avec le discours conventionnel royaliste-nationaliste. Le point d’orgue, c’est évidemment la crise franco-siamoise de 1893 au cours de laquelle la France utilise la « diplomatie de la canonnière » pour contraindre le Siam à céder à ses réclamations concernant les états tributaires de la rive gauche du Mékong. 

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Vu du côté royaliste-nationaliste, c’est un exemple de la « diplomatie du bambou » (nous parlerions de roseau) du Roi Chulalongkorn : céder avec sagesse aux souhaits de la France pour éviter qu’elle n’investisse par la force tout son pays. Faisant appel aux travaux de son collègue thaï de la même université que lui, Thongchai Winichakul (ธงชัย วินิจจะกูล), 

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... Strate démontre que de là nait l’opinion selon laquelle le Siam fut dépouillé de ses anciens territoires au vu d’une  conception alors inconnue ici de l’état-nation, territoires sur lesquels doit s’exercer une souveraineté unique par rapport à d’autre territoires marqués par des bornes frontières face à des rapports hiérarchiques tributaires et des relations interétatiques marquées par des souveraineté qui se chevauchent, agglomérat de principautés laotiennes, cambodgiennes, birmanes ou malaises qu'une vassalité nominale rattachait à la cour de Bangkok. (7). Ce qui fut une défaite militaire humiliante pour le Siam en 1893 qui aurait pu ternir le prestige du grand roi devient l’affirmation élaboré par les historiographes officiels au XXème siècle que le pays aurait échappé à la colonisation et à la domination étrangère grâce à l’habileté de la monarchie, une victoire diplomatique,  et maintenu ainsi son indépendance contre vents et marées. Mais, démontre Strate, la conscience d’avoir été humilié par les occidentaux n’a pas disparu et la menace de l’ennemi extérieur ou intérieur reste sous-jacente. Strate rappelle que lors de la crise financière de 1997, qui a éclaté en Thaïlande une partie de l’opinion a dénoncé comme ouvertement néo-colonialistes les injonctions du FMI.

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C’est encore ce sentiment d’humiliation nationale, continue Strate, qui va sous-tendre la politique étrangère du pays entre 1930 et 1940 et plus encore le rôle de la Thaïlande pendant la seconde guerre mondiale, sous Phibun évidemment, ses successeurs ensuite. A partir de 1930 et évidemment plus encore après le coup d’état de 1932, Phibun discrédite systématiquement la monarchie par le rappel de la crise de 1893 : la confrontation avec la France fut une défaite et un coup porté au prestige de la nation. Seule donc l’armée peut protéger le pays de futures attaques des puissances occidentales. Cette rhétorique a  suscité un soutien populaire massif à l’attaque contre l’Indochine française de 1941 et au retour sous la souveraineté du Siam de partie des territoires  du Laos et du Cambodge.

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C’est le rappel à cette « humiliation nationale » qui conduit, nous dit Strate à expliquer l’engagement du pays aux côtés du Japon jusqu’à la déclaration de guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, ainsi que celui. de toute l’Asie, Japon compris (qui s’était « ouvert à l’occident » en 1853 sous la menace des canonnières américaines). Phibun réussit à faire le lien avec l’idéologie nippone du « Pan asianisme ». 

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Plutôt que de considérer son pays comme occupé par le Japon, la Thaïlande est un « partenaire junior » ce qui permet au régime de Phibun de réaliser ses objectifs de re-création du grand empire thaï. L’occupation des états Shan en 1942 devient une guerre de libération anti- coloniale (8). A la fin de la guerre, lorsque les Français et les Britanniques voulurent punir la Thaïlande de ces actions « agressives », Pridi qui a succédé à Phibun se retrouve placé en situation difficile. L’immense émotion attachée au retour à la France des « territoires perdus » va affecter sérieusement la légitimité de son régime. Pridi a alors ressuscité le discours royaliste-nationaliste sur le sacrifice nécessaire. Néanmoins la plaie des territoires perdus ne s’est pas refermée et cette nouvelle rétrocession territoriale fait à nouveau apparaître le pays comme victime de l’impérialisme occidental (9).

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C’est dans ce cadre, rappelle Strate, qu’il faut situer les persécutions du régime Phibun contre les catholiques (assassinat de 7 religieuses et catéchistes au nord de Mukdahan, incendies d’églises). 

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Strate rappelle à juste titre qu’il faut en trouver la raison  dans le régime des capitulations créé par les « traités inégaux » au profit de la France en particulier ». Nous savons que les nationaux étaient exempts du système fiscal local mais échappaient aussi à la Justice locale au profit de la juridiction des consuls. Cela n’avait guère d’incidence lorsque seuls nos nationaux – tout au plus quelques centaines – étaient concernés mais lorsque les consulats français inscrivirent sans la moindre vérification comme protégés des milliers de ressortissants d’origine vietnamienne ou cambodgienne puis des Chinois au motif que n’ayant pas de représentation diplomatique au Siam, la France devait en tenir lieu, ce fut évidemment considéré comme une véritable colonisation de l’intérieur d’autant que la France s’est toujours opposée à ce que les Siamois en vérifient les listes (10). 

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Si l’on sait – ce qui est proprement stupéfiant – que dans les régions à forte proportion de protégés vietnamiens souvent catholiques et souvent devenus catholiques par intérêt, les consuls déléguaient leurs pouvoirs judiciaires à l’Evêque local qui rendaient ainsi la justice au nom de la très anticléricale « république française », il ne fallait évidemment pas s’étonner de cette réaction violente. A Chantaburi, restée durement occupée par les Français pendant 15 ans, le Consulat avait délégué ses pouvoirs judiciaires au Colonel commandant le régiment. ( Pourquoi pas ?) Quand on connait la qualité ( ?) de la Justice rendue en France au XXIème siècle, on peut se demander quelle était celle de ces traine-sabre et agitateurs de goupillon il y a un siècle (11). 

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Certes, les Siamois mécontents de la Justice consulaire avaient un droit d’appel mais ce n’était pas à proprement parler de la « justice de proximité » puisque la Cour d’appel compétente fut d’abord celle de Pondichéry et ensuite celle de Saigon ! Ce régime des capitulations ne prit concrètement fin qu’en 1925 pour une grande partie et définitivement en 1937 (12).

 

Strate termine sur le rappel de la querelle frontalière avec le Cambodge relative au Temple de Preah Vihear, symbole des territoires perdus. Avant que le Cambodge ne saisisse la Cour internationale de Justice en 1958, Phibun avait fait occuper militairement les lieux. En 1962, la Cour attribue au Cambodge la propriété d’un temple alors inaccessible du côté Cambodgien. 

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L’opinion publique thaïe accuse alors la juridiction de n’être qu’une institution néo-colonialiste, accusation qui fut reprise systématiquement lors des contentieux ultérieurs, notamment en 2013.

 

Nous avons longuement parlé de cette affaire qui en réalité et à son départ n’était pas un contentieux entre la Thaïlande et le Cambodge mais un contentieux entre la Thaïlande et la France coloniale, pollué et plus encore par les agissements souterrains de Sihanouk (13). Il est de fait que de nombreuses décisions de la Cour Internationale de Justice tout autant que de son fils légitime, le Tribunal pénal international, sont souvent sous-tendues par une connotation sinon « néo colonialiste » du moins impérialiste !

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Nous pouvons nous poser une question que ne fait pas Strate mais son ouvrage n’est pas un ouvrage de politique fiction. Que Phibun, assurément le plus républicain de tous les chefs de gouvernement depuis 1932, mette cette « humiliation nationale » au passif essentiellement du roi Chulalongkorn est fallacieux. Celui-ci est monté sur le trône en 1868. Il a incontestablement été effrayé par le sort de la Birmanie entièrement occupée par les Anglais en 1885, dont le roi avait cru pouvoir résister militairement fort d’un appui français qui ne vint jamais et se retrouva déchu et pratiquent incarcéré avec sa famille aux Indes au prix de probablement 150.000 morts des guerres anglo-birmanes. 

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Il sait qu’il n’a pas les moyens de résister militairement ni aux Français ni éventuellement aux Anglais (14). Intervint le traité de 1893. Le parti colonial français reprocha avec véhémence au gouvernement de ne pas avoir poussé l’avantage militaire… sans penser à une éventuelle réaction anglaise (15). Le Roi Chulalongkorn avait agi habilement même si le sacrifice fut pénible, pratiquement la moitié de ses territoires, 456.000 km2, une « humiliation nationale » (16). Le traité franco-anglais de 1896 confirma au moins le respect de la souveraineté territoriale sur le reste du pays dépouillé de ses états tributaires non sans que l’Angleterre ait pensé à interdire à tout jamais aux Siamois le percement d’un canal dans l’isthme de Kra (17).

La question est simplement de savoir comment aurait réagi l’un de ses deux successeurs, intelligents peut-être mais beaucoup plus pusillanimes si la situation de 1893 s’était déroulée sous leur règne ? Rama VI aurait-il commis la folie de lâcher ses « chiens de guerre », ses 20.000 scouts, face aux troupes coloniales françaises surarmées et aguerries ? Rama VII ne serait-il pas tout simplement parti se réfugier en Angleterre ? Le choix de Rama V fut peut-être humiliant mais probablement le plus sage

 

Phibun connaissait évidemment l’exemple de la « modernisation » du Japon dès le milieu du XIXème mais elle se fit selon une méthode qui ne fut pas celle choisie par Rama IV et Rama V : une militarisation à outrance et une politique de surarmement forcenée. L’empereur Meiji a atteint à la fin de son règne son but, amener le Japon à la hauteur des puissances occidentales ; ce qui permit au pays du soleil levant d'obtenir une victoire éclatante durant la guerre russo-japonaise en 1905. L’écrasement militaire d’une puissance occidentale en Asie marqua profondément les esprits des populations de nos colonies. Mais on en connait la triste suite 40 ans plus tard.

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Concluons sur ce judicieux rappel de Xavier Monthéard : « Peu de Français savent qu’ils suscitent d’amères pensées parmi les nationalistes thaïlandais. Fiers de la reconquête, en janvier 1941, des « territoires perdus » lors de la crise franco-siamoise de 1893, ceux-ci n’en ont pas digéré la restitution au Laos et au Cambodge après la dislocation de l’empire français en Indochine … »

 

 

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

NOTES

 

(1) Voir notre article A 38 – « La Thaïlande n'a jamais été colonisée ? Vous en êtes sûr ? ». Sur le moteur de recherches Google « la Thaïlande n'a jamais été colonisée » : 110.000 réponses et « Thailand was never colonized », 243.000 !

 

(2) Shane Strate est professeur adjoint à l'Université de Kent State, où il donne des cours sur l'histoire de l'Asie du Sud-Est et le post-colonialisme. Il est diplômé de l'Université de Wisconsin-Madison.

 

 

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

(3) « Les territoires perdus : Thaïlande Histoire de Humiliation nationale », a été publié par l'Université de Hawai'i Press en 2015 (ISBN 978-0-8248-3891-1).

 

(4) Volume 104 de 2016, pp 323-326.

 

(5) « Le monde diplomatique » de mars 2016, p. 24.

 

(6) เหตุเกิดในแผ่นดิน pp. 5-14. Le titre de l’article est significatif « Les Français investissent Chantaburi et y construisent une prison pour enfermer les Thaïs » (ฝรั่งเศสยึดจันทบุรีสรางคุกขี้ไก่ขังคนไทย). La France y resta en occupation, il faut bien appeler les choses par leur nom, jusqu’en 1907.L’armée était installée sur ce qui est maintenant le camp d’un régiment d’infanterie de marine thaïe. Comble de l’imposture, il subsiste de ses constructions cette fameuse prison qui devint sur certains sites Internet francophones « un des bâtiments de l’état-major ». 

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

Quand on lit « CHANTHABURI - L'amitié franco-thaïlandaise célébrée avec l'inauguration du musée du camp militaire Taksin » on peut s’interroger sur l’incommensurable inculture d’un représentant de la presse francophone locale, un pisse-copie qui serait capable de faire d’Oradour le symbole de l’amitié franco-allemande. C’est consternant.

 

(7) Sur cette notion de frontières, voir nos articles 13 « Le Siam, l'Isan ...et ses frontières » et 13.2 « Les frontières de l'Isan ».

 

(8) Voir notre article 200. 2 «  L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942 ».

 

(9) Voir en particulier nos articles 204 et 205 « LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAïLANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE ».

 

(10) Nous avons rencontré le jeune diplomate Raphaël Réau qui considérait que le meilleur moyen de coloniser le Siam sans verser un goutte de sang était de multiplier les inscriptions systématiques d’habitants du Siam d’origine non siamoise – probablement la moitié de la population (voir notre article A 200  « QUELQUES COMMENTAIRES Á PROPOS DE RAPHAËL RÉAU, JEUNE DIPLOMATE AU SIAM (1894-1900». Nous retrouvons cette position, ouvertement celle du parti colonial français chez Isabelle Massieu (Voir notre article A 192 «  A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »).

 

(11) Dans le cadre des inscriptions de toute évidence fantaisiste sur le registre des protégés, nous avons cité le cas d’un aigrefin Grec devenu protégé par on ne sait quel tour de passe-passe (Voir notre article 130 « L'article 12 du traité de 1856 entre le Siam et la France »).

 

(12) Voir nos articles 176 «  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925 » et 177 « Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925 ».

 

(13) Voir nos articles 19   « Google Earth au temple de Preah Vihar ? », 106 « Le temple de  Preah Vihear au Cambodge ! Que veut la Thaïlande ?, 132  «  L'affaire du temple de Preah Vihar  (Suite) », A 136 « La décision du 11 novembre 2013 de la Cour International sur le temple de Preah Vihar » et surtout  24 « Affaire du temple  de Preah Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? ».

 

Sur le site :

 

http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear1.ws#AnchorB18828856

 

« Extrait des mémoires de Samdach Son-Sann (ancien premier ministre) intitulé « mémoire d’un serviteur du Cambodge – Question du temple de Preah Vihar », l’ancien premier ministre explique en toute sérénité comment il a purement et simplement acheté les voix des membres de la Cour Internationale.

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)
A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

(14) Nous avons vu que lorsque le monarque étudia de concert avec son cousin le Prince Prisdang à la fois la situation de son pays et la nécessité de la doter d’une constitution,  il fit une analyse lucide et pleine de bon sens de la situation notamment en ce qui concernait l’impossibilité d’organiser une résistance militaire sans avoir à espérer de secours militaire de quiconque : voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 ».

 

(15) Voir à ce sujet Raphaël Réau et Isabelle Massieu cités note 10.

 

(16) Dans un courrier à son cousin Prisdang (note 14), le roi est conscient que si l’équilibre des forces peut permettre d’espérer des succès militaires très ponctuels à court terme, à moyen et long terme, le Siam est irrémédiablement voué au sort de la Birmanie. Les forces en présence en 1893 le démontrent à suffisance et Phibun ne pouvait l’ignorer : Le roi dispose en temps de paix d’une force de 3.000 hommes et en temps de guerre d’une armée de 10.000 hommes. En fait d’armement, l’armée dispose de 10.000 fusils Mannlicher, une arme italienne réputée imprécise et capricieuse mais qui fut amélioré par la suite (Le plus célèbre « Mannlicher » fut utilisé par Lee Harvey Oswald pour assassiner le président Kennedy). L’artillerie est armée de vieux canons en bronze. Le bâtiment le plus redoutable de la marine est le yacht royal « Mahachakri » auquel se joignent deux corvettes, une brigantine, sept petites canonnières, deux yacht, deux navires à vapeur à aube et un petit croiseur. 

A 218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

L’équipage de la flotte comporte 2.000 hommes dont le comportement au feu peut être douteux puisqu’ils sont pratiquement tous d’origine cambodgienne. Les effectifs théoriques de l’armée française sont en temps de paix de plus de 500.000 hommes et de 4.500.000 mobilisables en temps de guerre. Notre marine comporte 403 bâtiments et près de 88.000 hommes. Sur place, l’armée dispose de 3.830 hommes en Cochinchine, de 300 au Cambodge, de plus de 18.000 au Tonkin et de 11.800 en Annam. A la même époque, le Japon a une armée d’environ 80.000 hommes et une flotte de 55 bâtiments pour un équipage de plus de 10.000 hommes. Ces chiffres officiels sont ceux donnés par l’ « Almanach de Gotha » 1894.

 

(17) Voir notre article R 8 « POURQUOI LE ROI CHULALONGKORN A REFUSÉ LE PROJET DU CANAL DE KRA ».

 
Le drapeau de Saint-Louis-des-invalides .....
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 18:22
A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

 

Peut-être avez-vous rencontré au hasard de promenades dans les campagnes de la Thaïlande profonde ces curieuses petites constructions en bambou tressé adoptant diverses formes, en général plantées en bordure d’une rizière ?

 

Elles ont suscité (1) il y a un demi-siècle la curiosité de Phraya Anuman Ratchathon (พระยาอนุมานราชธน), cet infatigable collecteur des vieilles traditions de son pays en passe de se perdre et auquel nous avons souvent fait référence. 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Lui-même avait dû faire appel à un érudit bavarois, Herr Doktor Hans E. Kauffmann qui leur avait consacré une étude que nous n’avons malheureusement pas pu nous procurer (2) et s’est livré à une enquête serrée auprès de ses érudits correspondants locaux.

Notons que le qualificatif de « thread-square » (fil-carré) est parfaitement inapproprié comme l’admet d’ailleurs Ratchathon à la fin de son article. Ces bâtonnets portent un nom dans sa langue natale. Les orthographes divergent : tamleo (ตำเหลว) taleo (ตะเหลว ou ตาเหลว). Pour le Dictionnaire de l’académie royale la bonne orthographe est taleo (ตาเหลว) mais « dialectique » (probablement du nord-ouest et du nord-est mais il ne le précise pas ?). En « beau langage », c’est chaleo ou chalio (เฉลว ou ฉลิว). Taleo, ta-leo  (ตา- เหลว) c’est tout simplement « œil-bonheur », l’œil du bonheur. Pour notre érudit bavarois, ce serait une déformation de ta-yiao (ตาเหยี่ยว), l’œil du faucon mais ces discussions sémantiques nous dépassent.

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Il s’agit d’un bâtonnet de bambou planté dans le sol autour duquel sont tressées diverses formes également en branches de bambou,  carré, losange,  triangle, étoile à cinq, six ou sept branches ou encore en cercle ou en hexagone.

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Le Dr Kauffmann avait précisé à Ratchathon avoir constaté l’utilisation de ces bâtonnets dans des rites mortuaires tribaux de l'ouest des Indes, dans les tribus Naga de Birmanie de l'Ouest, chez les Kachin de la Haute-Birmanie et les Lawas du Nord-Ouest de la Thaïlande – voilà qui nous rapproche de chez nous – et dans des tribus Radhés et Djarais de la chaine annamitique entre Siam et Vietnam. Les bâtonnets y auraient alors été utilisés comme une protection contre les esprits de la mort.

 

Mais les recherches alors entreprises par Ratchathon dont la curiosité avait été excitée ne donnèrent que de maigres résultats. Il rencontra un vieillard (il écrit, rappelons-le en 1967) qui se souvenait avoir vu « dans sa jeunesse » ces bâtonnets suspendus dans un temple bouddhiste sans que celui-ci puisse préciser lequel mais il le situe dans la région de Nakhon Sawan dont le vieillard était originaire. Un autre de ses informateurs les avait observés dans sa province d’origine, Khon Kaen, sous le nom taleo saicho (ตะเหลวไส้จ่อ)Ces bâtonnets servaient alors le plus souvent comme un charme contre les mauvais esprits. Dans la région de Chiangmai, le taleo était  utilisé pour empêcher l'esprit du défunt de venir perturber les habitants de la maison où le décès avait eu lieu. Une fois la dépouille mortelle conduite sur les lieux de la crémation, les habitants de la maison plaçaient par mesure de précaution un taleo près de l’entrée  pour empêcher le retour le fantôme du défunt. Toujours selon Rachathon, il y avait  quelques 70 ans ou plus (donc dans le dernier quart du XIXème siècle) cette pratique était courante à Bangkok et peut-être partout en Thaïlande.

 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Mais indépendamment de ces fonctions magiques, le taleo était également utilisé comme symbole à des fins pratiques. Ratchathon se souvenait « dans son enfance » (il était né en 1888) avoir constaté cette utilisation non plus magique mais terre à terre. Les populations étaient alors analphabètes et chaque forme de taleo avait un sens, un panneau indicateur en quelque sorte : signaler l’existence d’un commerce ou d’une maison en vente, marquer les quatre coins des limites d’une parcelle de terrain vacante comme mise en garde contre les intrusions, en bordure et autour d’une parcelle de riz pour inviter les propriétaires de bovins de ne pas y laisser leurs animaux y pénétrer

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Ils avaient aussi une utilisation fiscale, annoncer à ceux qui circulaient sur les canaux un prochain octroi : le panneau avisait alors les pilotes de bateaux qu’ils allaient devoir s’arrêter pour se soumettre à un contrôle douanier.

 

Une plaisanterie de potache comme une autre, alors que nous allions gamins, sonner aux portes pour réveiller la bignole, Ratchathon et ses amis plaçaient des taleo qui n’étaient pas bien difficiles à confectionner pour tromper les passants. 

A l’époque où il écrit, il constatait encore une utilisation magique, la présence d’un taleo de forme simple et de petite taille placé sur la couverture en feuilles de bananier d'un pot de terre contenant une décoction médicinale traditionnelle ce qui signifiait portez-vous bien et que ce soit doux au goût (you di kin huan อยู่ดี กิน หวาน). La présence du taleo avertissait alors les consommateurs qu’ils pouvaient retirer sans risque puisque la décoction avait été bénie avec certaines formules magiques. Cette pratique semble encore perdurer ?

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

L’utilisation pratique n’a à cette heure plus de raison d’être puisque les Thaïs savent lire, que les panneaux de signalisation – quoique moins pittoresques – sont tout aussi parlant et que leurs parcelles sont bornées au GPS. Il est permis de penser que les taleo que l’on trouve épisodiquement en bordure de champs l’ont été pour des raisons mystiques ou magiques venues – encore – de la nuit des temps ? Œil de faucon pour surveiller les malfaisants ? Œil du bonheur pour s’attirer les bienfaits des créatures célestes et écarter les maléfices ?

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.
SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 18:01
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Nous vous avons parlé des fêtes du nouvel an thaï (1). Elles s’accompagnent souvent çà et là d’un concours de beauté, l’élection de Nangsongkran « นางสงกรานต์ », tout simplement Miss Songkran. Ce n’est pas la pâle imitation des concours de beauté occidentaux mais le rappel d’une vieille légende brahmanique qui remonte à la nuit des temps et qui n’a pas totalement sombré dans l’oubli.

 

Ces sept déesses, les filles du seigneur Maha Songkran (ท้าวมหาสงกรานต์) ou seigneur Kabillabrama (ท้าวากบิลพรหม). Phrom (พรหม)  autrement transcrit Brahma, c’est le dieu-créateur Brahma de la tradition hindouiste qui dans la Ramakian (รามเกียรต์), version siamoise du Ramayana, devient Phra Isuan  (พระอิศวร), le plus grand des trois dieux du paradis. (Il n’y a pas de divinité créatrice dans le bouddhisme theravada). 

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La légende hindouiste veut que ce dieu nommé Kabilla Phrom ou Brahma aimait parier. Il apprit un jour qu’un un petit garçon nommé Thammabal Kumara, à l'âge de sept ans, était capable de réciter les saintes écritures en public. Apprenant ce prodige, le dieu souhaita vérifier les connaissances du gamin. Il descendit sur terre et posa au garçon trois énigmes ressemblant étrangement à celles posées par le Sphinx à Œdipe sur les trois âges de la vie. 

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Où se trouve l’aura d’une personne le matin, l’après-midi et pourquoi ne la voit-on pas la nuit ? S’il trouvait la réponse, le Dieu lui donnerait l’une de ses trois têtes (2). Mais si le garçon ne réussissait pas dans les sept jours, c’est lui qui donnerait sa tête au Dieu. Alors que le gamin se désespérait, il entendit un couple d'aigles racontant avec joie qu'ils allaient bientôt se régaler du corps d'un garçon qui n’était pas en mesure de résoudre trois énigmes et se sont donné la réponse. Ainsi, le jour dit le gamin répéta ce qu'il avait entendu des aigles : dans la matinée, l'aura d'une personne apparait sur son visage, alors il le lave. A midi, elle est sur sa poitrine et il la parfume et la nuit, son aura déménagé est descendu à ses pieds; voilà pourquoi il les baigne. Beau joueur, le Dieu se coupa la tête. Il avait sept filles. Elles placèrent la tête de leur père sur un plateau en procession autour du mont Sumeru (ou Meru), lieu sacré de la mythologie bouddhiste avant de le placer dans une grotte du mont Krailat accompagné de trésors et offrandes.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Depuis lors, à chaque jour débutant un cycle de 365 jours, le premier jour de Songkran, les sept filles vont en chœur ressortir la tête du Dieu leur père et le porter en procession autour du mont Sumeru

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Chaque année, le jour de Songkran est l’un des sept jours de la semaine. Chacune d’entre elle est à son tour la déesse de l’année. Selon la tradition des anciens brahmanes, le soleil entre dans le signe du bélier le 13 avril, le début du printemps, lorsque les arbres commencent à bourgeonner et fleurir, et les animaux sortent de l’hivernage pour trouver de la nourriture. Avril était signe de vie nouvelle et marque donc  le début d'une nouvelle année. Chacune est censée représente un jour de la semaine selon le jour auquel le nouvel an tombe chaque année.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Chaque jour a ainsi sa déesse : celle du dimanche est Thungsathévi (ทุงษเทวิ), celle du lundi Khorakhathévi (โคราคเทวิ), celle du mardi Rakhasotthévi  (รากษสเทวิ), celle du mercredi Monthathévi (มนฑาเทวิ), celle du jeudi Kirineethévi (กิรินีเทวิ), celle du vendredi Kamithathévi (กิมีทาเทวิ) et celle du samedi Maothonthévi (มโหธรเทวิ). Thévi (เทวิ) d’origine pali est une créature céleste de sexe féminin, très exactement ce que sont nos légendaires fées. Les créatures célestes (théva เทวา) de la mythologie hindouiste sont effet sexuées ce qui évite aux théologiens de oiseuses et byzantines discussions sur le sexe des anges. Si le premier jour du cycle de 365 jours est un mardi, déesse de l’année sera Rakasotthévi. Voici quelques détails à leur sujet qui permettent de les distinguer.

 

La déesse du dimanche, Thungsathévi, porte des fleurs de grenadier derrière les oreilles, un rubis comme bijou, elle tient un disque dans la main droite et une conque dans la gauche. Elle chevauche un Garuda.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du lundi Korakhathévi, porte des fleurs de l'arbre à liège indien (Millingtonia hortensis) derrière les oreilles et une bague en pierre de lune. Elle se nourrit de graisses, tient une épée dans la main droite et une canne dans la gauche. Elle se promène à dos de tigre.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du mardi Rakhasotthévi porte des fleurs de lotus en bourgeon derrière les oreilles, son bijou est une agate, elle tient un trident dans la main droite et un arc dans la gauche. Elle boit du sang et fait ses promenades sur un porc.

 

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du mercredi Monthathévi porte des fleurs de magnolia derrière les oreilles, son bijou est un œil de chat, elle tient un stylet et une badine, Elle se nourrit de lait et de beurre et chevauche un âne.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du jeudi Kirineethévi porte des fleurs de magnolia derrière les oreilles, sa pierre est une émeraude, elle mange des noix et des graines de sésame. Elle a un crochet et un arc dans les mains et monte un éléphant.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du vendredi Kamithathévi porte des  nénuphars derrière les oreilles, sa pierre est une topaze, elle se nourrit de bananes, elle porte une épée est dans la main droite et un luth dans la gauche. Elle monte sur un buffle.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
 

La déesse du samedi enfin Maothonthévi porte des fleurs de jacinthe d'eau derrière les oreilles, sa pierre est un saphir bleu, elle mange de la viande de porc et de cerf, elle tient un disque et un trident comme attributs. Elle monte sur un paon.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Selon la légende, elles sont hideuses mais l’organisation de concours de beauté pour choisir la « miss Songkran » de l'année incite toujours les gens à penser le contraire et les représenter comme très belles.

 

Mais s’il est important de connaître le jour ou le soleil quitte la constellation du poisson  pour entrer dans celle du bélier, il est également important de savoir le moment de la journée. Chaque déesse a alors quatre positions pour indiquer quand, au cours de la journée, le soleil se déplace de la première constellation vers la seconde : Debout c’est le matin, assise, c’est l’après-midi,  couchée avec les yeux encore ouverts, c’est le soir et  couché avec les yeux fermés, c’est après minuit.

 

Pour célébrer la nouvelle année thaïe 2559 (2016) tombée  un mercredi (13 avril) dans la soirée, la déesse de l’année est monthathevi qui apparait donc couchée les yeux ouverts sur son âne. 

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
 

L’an passé, le mardi  14 avril 2558 (2015), la déesse était Rakhasotthévi assise sur son cochon.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Cette légende est évidemment lourde de symboles dont, n’ayons pas honte de la dire, la plupart nous échappent, tout autant qu’ils échappent aux dernières « Miss Songkran » de nos villages.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

NOTES

 

(1) Nos deux articles A103 « Songkran, le nouvel an thaïlandais, entre tradition et modernité » et A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans ».

 

(2)  Ces trois têtes sont le symbole des trois phases de l'évolution humaine (croissance, décroissance, disparition) tout comme les trois dieux du panthéon symbolisent les trois étapes de la vie, Brahma est la création, Vishnu est la vie et Shiva la mort.

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

Les sources en français sont inexistantes, il en est quelques unes en anglais…

http://www.thaiwaysmagazine.com/thai_article/2101_songkran_festival/songkran_festival.html

http://womenlearnthai.com/index.php/nang-songkran-by-thai-artist-sompop-budtarad/

http://www.7wondersthailand.com/showdetail.asp?boardid=849

…et d’innombrables en thaï, par exemple :

http://sawanbanna.bizhat.com/sara/songkran.htm

http://campus.sanook.com/912340/

 

Les postes royales ont édité au mois d’avril 2016 une superbe série de timbres-poste due au dessin de Om Rachawet (โอม รัชเวทย์), l’un des maîtres actuel de la bande dessinée thaïe mise en vente dans tous les bureaux de poste pour quelques dizaines de baths. En voici une partie et la planche complète :

A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)
A 215 - LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN » (เจ็ดนางสงกรานต์)

La déesse du samedi enfin Maothonthévi porte des fleurs de jacinthe d'eau derrière les oreilles, sa pierre est un saphir bleu, elle mange de la viande de porc et de cerf, elle tient un disque et un trident comme attributs. Elle monte sur un paon.

 

Selon la légende, elles sont hideuses mais l’organisation de concours de beauté pour choisir la « miss Songkran » de l'année incite toujours les gens à penser le contraire et les représenter comme très belles.

 

Mais s’il est important de connaître le jour ou le soleil quitte la constellation du poisson  pour entrer dans celle du bélier, il est également important de savoir le moment de la journée. Chaque déesse a alors quatre positions pour indiquer quand, au cours de la journée, le soleil se déplace de la première constellation vers la seconde : Debout c’est le matin, assise, c’est l’après-midi,  couchée avec les yeux encore ouverts, c’est le soir et  couché avec les yeux fermés, c’est après minuit.

 

Pour célébrer la nouvelle année thaïe 2559 (2016) tombée  un mercredi (13 avril) dans la soirée, la déesse de l’année est monthathevi qui apparait donc couchée les yeux ouverts sur son âne. L’an passé, le mardi  14 avril 2558 (2015), la déesse était Rakhasotthévi assise sur son cochon.

 

Cette légende est évidemment lourde de symboles dont, n’ayons pas honte de la dire, la plupart nous échappent, tout autant qu’ils échappent aux dernières « Miss Songkran » de nos villages.

 

NOTES

 

(1) Nos deux articles A103 « Songkran, le nouvel an thaïlandais, entre tradition et modernité » et A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans ».

 

(2)  Ces trois têtes sont le symbole des trois phases de l'évolution humaine (croissance, décroissance, disparition) tout comme les trois dieux du panthéon symbolisent les trois étapes de la vie, Brahma est la création, Vishnu est la vie et Shiva la mort.

Les sources en français sont inexistantes, il en est quelques unes en anglais…

http://www.thaiwaysmagazine.com/thai_article/2101_songkran_festival/songkran_festival.html

http://womenlearnthai.com/index.php/nang-songkran-by-thai-artist-sompop-budtarad/

http://www.7wondersthailand.com/showdetail.asp?boardid=849

…et d’innombrables en thaï, par exemple :

http://sawanbanna.bizhat.com/sara/songkran.htm

http://campus.sanook.com/912340/

 

La déesse du samedi enfin Maothonthévi porte des fleurs de jacinthe d'eau derrière les oreilles, sa pierre est un saphir bleu, elle mange de la viande de porc et de cerf, elle tient un disque et un trident comme attributs. Elle monte sur un paon.

 

Selon la légende, elles sont hideuses mais l’organisation de concours de beauté pour choisir la « miss Songkran » de l'année incite toujours les gens à penser le contraire et les représenter comme très belles.

 

Mais s’il est important de connaître le jour ou le soleil quitte la constellation du poisson  pour entrer dans celle du bélier, il est également important de savoir le moment de la journée. Chaque déesse a alors quatre positions pour indiquer quand, au cours de la journée, le soleil se déplace de la première constellation vers la seconde : Debout c’est le matin, assise, c’est l’après-midi,  couchée avec les yeux encore ouverts, c’est le soir et  couché avec les yeux fermés, c’est après minuit.

 

Pour célébrer la nouvelle année thaïe 2559 (2016) tombée  un mercredi (13 avril) dans la soirée, la déesse de l’année est monthathevi qui apparait donc couchée les yeux ouverts sur son âne. L’an passé, le mardi  14 avril 2558 (2015), la déesse était Rakhasotthévi assise sur son cochon.

 

Cette légende est évidemment lourde de symboles dont, n’ayons pas honte de la dire, la plupart nous échappent, tout autant qu’ils échappent aux dernières « Miss Songkran » de nos villages.

 

NOTES

 

(1) Nos deux articles A103 « Songkran, le nouvel an thaïlandais, entre tradition et modernité » et A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans ».

 

(2)  Ces trois têtes sont le symbole des trois phases de l'évolution humaine (croissance, décroissance, disparition) tout comme les trois dieux du panthéon symbolisent les trois étapes de la vie, Brahma est la création, Vishnu est la vie et Shiva la mort.

Les sources en français sont inexistantes, il en est quelques unes en anglais…

http://www.thaiwaysmagazine.com/thai_article/2101_songkran_festival/songkran_festival.html

http://womenlearnthai.com/index.php/nang-songkran-by-thai-artist-sompop-budtarad/

http://www.7wondersthailand.com/showdetail.asp?boardid=849

…et d’innombrables en thaï, par exemple :

http://sawanbanna.bizhat.com/sara/songkran.htm

http://campus.sanook.com/912340/

 
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:07
A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

Nous avons consacré nos précédents articles aux bâtiments les plus sacrés de l’enceinte du temple, les saints Chédis contenant des reliques de Bouddha et les Ubosot, chapelles d’ordination ou se déroule la cérémonie d’ordination des moines, l’une des plus importantes du bouddhisme (1). Un temple (Vat วัด) est un ensemble complexe clos par un mur à l’intérieur duquel sont alignés les cénotaphes contenant l’urne ayant recueilli les cendres des défunts. Tous les temples ne comportent pas de chédi ou de stupa compte tenu à la fois du coût de la construction puisqu’ils sont toujours majestueux et de la difficulté à se procurer des reliques. Tous non plus ne comportent pas de chapelle d’ordination dont la construction nécessite l’autorisation royale et un minimum de moines permanents par l’intermédiaire du département des affaires religieuses, aussi on construira  le plus souvent un Vihan (วิหาร), surtout dans nos temples de province.

 

Vihan en construction en 2003 (temple de Plaïlaem à Koh Samui) :

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LE « VIHAN »

 

Le Vihan, parfois transcrit Vihara (forme sanscrite) est une salle de réunion et de prière dont la construction ressemble souvent à celle de l’Ubosot, mais elle n’est pas entourée des bai séma qui marquent l’enceinte sacrée. C’est la salle qui accueille les laïcs pour les cérémonies religieuses en présence des prêtres et celles où ils viennent prier. C’est donc un lieu de prêches, de prières et de méditations Il abrite évidemment une ou plusieurs statues de Bouddha et comporte éventuellement une galerie où sont également érigées ces statues.

 

Historiquement à l’époque de Sukhothai les artistes se contentaient de quatre positions classiques : Bouddha assis jambes croisées « prise de la terre à témoin », par sa main droite, il exprime le moment suprême de sa victoire contre les forces du chaos avant d’atteindre le parfait éveil... 

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... Bouddha couché, Bouddha debout et Bouddha marchantElles montrent qu’il accomplissait ses activités quotidiennes avec dignité, une conscience et un contrôle parfait.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de sa vie. Pour tout bon bouddhiste, créer ou donner une image de Bouddha est un acte de mérite et les souverains protecteurs du bouddhisme n’y ont jamais manqué.

 

Le fondateur de la dynastie Rama Ier et son successeur Rama II ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayuthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok et alentours. Rama III continua ce programme de restauration mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple aux artistes. 

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Ces efforts se continuèrent sous Rama IV. Ils trouvent leur aboutissement dans les 80 statues de bronze de la galerie du Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) à Nakon Phatom (นครปฐม)monument découvert dans la jungle par Rama IV, qui le fit ensuite restaurer. Elles ont été offertes en 1983-84 par de pieux bouddhistes dont les noms sont inscrits sur les socles dans un style directement inspiré de Sukhothai et servent actuellement de modèle (2).

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Comme l’Ubosot, le Vihan est couvert d’une toiture télescopique aux acrotères crochues soutenue par des corbeaux en bois, représentant des figues mythiques (Nagas ou Garudas) qui semblent caractériser la dernière période de l'art hindou au Cambodge et au Siam. Les frontons et les encadrements des fenêtres et des portes, en bois ou en stuc avec de rutilantes sculptures polychromes ou parfois des incrustations de verroteries ou de faïence que l’on trouve nulle part ailleurs dans le monde bouddhiste. Remarquable similitude dans le temps ? Les ruines de Sachanalai (สัชนาลัย) et de Sukhothai montrent que les Vihan à toits multiples sinon télescopiques existaient déjà aux XIIIème et XIVème siècles et avaient des piliers stuqués et probablement aussi une ornementation de céramique fabriquée dans les célèbres fours de Sukhothai.

 

Les déductions de Fournereau ayant été effectuées au vu de ruines, tout ce qui était précieux ayant été pillé par les Birmans avant la mise à sac, il est évidemment difficile d’en savoir plus mais on put supposer que le goût actuel des Thaïs pour tout ce qui brille vient en droite ligne de leurs ancêtres siamois.

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Ces réalisations architecturales modernes ne sont pas toujours d’un goût assuré mais sont souvent d'une réelle grandeur et d'une richesse qui nous laisse à penser ce que devait être l'aspect des monuments d'Ayuthya avant leur dévastation. L’art est souvent raffiné, beauté des lignes et chatoiement des couleurs, portes et fenêtres en bois massif délicatement sculptées et polychromées de scènes représentant la vie de Bouddha. L'intérieur du temple est couvert de fresques et de panneaux muraux polychromes du même style. Ils sont l'œuvre d'artistes anonymes qui ont œuvré tels des bâtisseurs de cathédrales, virtuosité, qualité de l'inspiration, un magnifique témoignage de la vitalité de l'art thaï moderne, soigneusement étrangère à toute influence occidentale.

 

Artisan  au travail  dans le temple de Phralam à Maenam (Koh Samui) en 2008 :

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La beauté d’un temple réside moins dans son architecture toujours pyramidale mais dans les décorations des portes, des volets et des murs « et dans les toitures aux étages superposés, dont les tuiles à surface vernissée reflètent les mille feux du soleil, terminent leurs lignes courbes par des éperons dont les silhouettes dorées émergent de la verdure pour se dessiner sur le fond bleu du ciel » (Aymonier).

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Parfois aussi, une exception qui confirme encore la règle architecturale normative de la hiérarchie de Bangkok, surgit du sol un Vihan hors normes tel celui du temple de Dongraï (วัดดงไร่) à quelques kilomètres du site historique de Bangchiang (บ้านเชียง)  qui est posé comme une fleur de lotus d’un blanc immaculé au milieu d’un lac artificiel ...

 

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... et dont les parois intérieures sont ornées de fines peintures retraçant la vie de Bouddha.

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LE « MONTHOP »

 

Le Monthop  que l’on doit qualifier de « saint » (พระมณฑป phramontohp) parfois mal transcrit sous le terme de Mondop ou de Mandapa (forme sanscrit) se retrouve dans l’enceinte de certains temples. C’est un bâtiment autonome que l’on ne trouve pas dans tous les temples (probablement venu des Indes) qui abrite des objets sacrés sans que ce soient à proprement parler des « reliques » au sens strict.  Il abrite souvent (mais pas seulement) tel celui du Wat Phra Phutthabat (วัดพระพุทธบาท) à Saraburi (สระบุรี), une « sainte empreinte » du « pied de Bouddha » (Phra Phutthabat พระพุทธบาท).

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Ce bâtiment a été construit en 1624 par le roi Songtham (ทรงธรรม) d’Ayutthaya après sa découverte miraculeuse par un chasseur. 

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Les Siamois n’étaient point crédules au point de croire qu’elles sont la trace du pied de Bouddha lors de l’un de ses passages, d’autant que nous en trouvons partout en des endroits où incontestablement il n’est jamais passé. 

 

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille (d’un petit mètre à plus de deux) soit par les nombreux signes dont elles sont ornées mais qui sont en principe et de façon immuable au nombre de 108. Ils sont de toute évidence d’origine liturgique sinon magique peut-être antérieure au bouddhisme puisque, aux Indes notamment, elles sont attribués à Vichnou dans une intention magique, mais on ne sait trop laquelle.  Elles sont pour les plus anciennes évidement impossibles à dater mais il s’en sculpte ou s’en moule tous les jours. Citons, moins connue évidemment que celle de Saraburi, celle du phra phoutha bat khaôlé (พระพุทธบาทเขาเล่) sur l’île de Koh Samui. Située à l'abri d'un modeste petit monthop, au sommet d'une butte, à côté du temple de Khaôlé, mal signalé et d’accès plus ou moins facile. 

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Elle serait venue à dos d'homme de Birmanie il y a plusieurs centaines d'années et présente l'originalité d'être d'une taille exceptionnelle et de comporter – ce qui est exceptionnel aussi - quatre sculptures en superposition symbolisant la succession des quatre Bouddha. Elle a aussi retenu l'attention du grand Roi Rama V lors d'une visite à Samui en 1888. Dans une lettre à son épouse principale relatant son pèlerinage, il précise qu'elle serait vieille de 500 ans (Voir สมุยที่รัก (« Samui thirak ») à Bangkok,  2003, ISBN 2546ISBN 974 9112717)

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Disons pour clore le débat sur ces empreintes qu’il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana : le pied est le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi est aussi qualifié de « Saint pied royal » au sens de « fondement sacré de la nation » : พระบาทสมเด็จ ...

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LE CLOCHER

 

On trouve volontiers, pratiquement dans tous les temples, une Ho Rakang  (หอระฆัง « la tour de la cloche ») puisque sa construction est de toute évidence fort peu couteuse. C’est un échafaudage qui comporte deux étages, celui des tambours et celui des cloches destinés à rappeler aux fidèles les heures de la prière. Les plus anciens, simples échafaudages de bois, ont évidemment disparu. Actuellement construites à ciel ouvert sur des piliers en maçonnerie, le premier étage contient le tambour de bronze et l’étage supérieur, accessible par une échelle de perroquet. Le tambour donne le son grave thoum et les clochettes le son aigu ti. Nous vous avons parlé du système horaire traditionnel siamois (3). « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. 

 

La tour de la cloche du Vat Klang (temple du milieu) à Huaymek (Kalasin) :

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Il semble qu’actuellement les moines préfèrent appeler à la prière – modernisme oblige – par l’intermédiaire des haut-parleurs installés (dans nos villages tout au moins) à chaque carrefour et qui nous diffusent indifféremment des appels à la prière, des discours du chef de village ou l’hymne national.

 

Notons que les églises catholiques imitent en cela les temples thaïs puisqu’elles ne comportent jamais de clocher mais toujours une Ho Rakang  à quelques distances du lieu de culte.

 

Clocher de l'église Saint Pierre à Mukdahan :

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LA BIBLIOTHÈQUE

 

Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes)  d’où le nom (ไตร, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles.

 

Modeste bibliothèque du temple des oiseaux à Pathongchaï dans la province de Nakhonrachasima :

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Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

LE SALA

 

Dans toutes les enceintes des temples nous trouvons ces sala (ศาลา) modestes pavillons de repos sans murs, en général en bois ou en en bambou avec une toiture en paille de riz, les mêmes que ceux placés le long des routes ou dans les jardins particuliers ou ils deviennent alors des « salasuan » (ศาลาสวน tout simplement un « abri de jardin »). Dans les temples, ils sont des salavat (ศาลาวัด). 

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On en trouve aussi de plus vastes appelés salaprian (ศาลาการเปรียญ ) où les moines peuvent à l’occasion, prêcher aux fidèles, enseigner la théologie ou encore donner l’enseignement aux élèves des écoles puisque beaucoup de temples dans les régions reculées comportent encore une école. Traditionnellement en effet les moines étaient les éducateurs des enfants locaux, ces fonctions n’ont pas complétement disparu dans les régions reculées malgré l’instauration  de l'enseignement normalisé. Il peut toutefois subsister les anciens bâtiments à l’abandon. 

 

Ancien bâtiment de l'école du temple de Samret à Koh Samui en 2006 :

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Mais un usage traditionnel subsiste peut-être encore, le ou les salas du temple pouvaient fournir un abri temporaire aux voyageurs de passage. Sans que nous l’ayons tenté, on peut penser qu’en cas de violent orage et circulant en motocyclette, les moines ne verraient aucun inconvénient à ce que nous venions nous y abriter et nous y offrir un bol de riz.

 

LES CELLULES DES MOINES

 

Ce sont les Kuti (กุฎิ) modestes cellules individuelles traditionnellement en bois sur pilotis ainsi que nous les avons vus sur le dessin de La Loubère reproduit dans notre article 214.1 (1). 

 

Cellule monastique du temple de Phralam à Koh Samui :

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Le progrès aidant, ce sont souvent actuellement des petites chambres alignées dans un bâtiment construit en dur, pièces avec des sanitaires qui valent largement ceux des hôtels modestes, le pittoresque y perd peut-être mais le confort des moines certainement pas. 

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Cette photographie prise à la fin du siècle dernier au Vat Yaisuwanaram (วัดใหญ่สวรรณาราม) à Petchaburi devrait suffire à vous en persuader (4).

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LE CRÉMATORIUM

 

Appelé Naponsathan (ณาปนสถาน), le bâtiment est reconnaissable à sa haute cheminée. C’est là où tous les pieux bouddhistes terminent leur vie terrestre. Nous n’avons jamais rencontré un temple, même misérable qui n’en contienne pas un parfois somptueusement décoré.

 

Crématorium du temple de Plaïlaem à Koh Samui :

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Si la crémation sur un bucher a encore été épisodiquement signalée dans la deuxième moitié du siècle dernier, elle a actuellement probablement totalement disparue pour d’évidentes raisons d’hygiène. Nous en conservons une photographie prise dans la cadre de sa mission par Fournereau.
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Nous vous épargnerons la description des actuelles cérémonies funéraires, nous en avons tous connues … avant d’en être le principal acteur. L’inhumation à notre façon est par contre pratiquée par les catholiques, les Chinois et les mahométans.

 

Il fut un temps ou les Siamois pratiquaient l’inhumation en pleine terre mais elle concernait ceux qui étaient morts « de mauvaise mort », enfants mort-nés, victimes de maladies contagieuses, morts de morts violents, femmes mortes en couche. Il semble que cette pratique ait totalement disparue pour une raison assez claire : les conditions de la mise en terre à fleur de sol faisaient que les dépouilles étaient rapidement déterrées par les chiens – l’un des fléaux de la Thaïlande – qui se disputaient ensuite leurs restes avec les vautours. S’ils ne l’étaient pas par les chiens, ils l’étaient par les sorciers avides de cadavres frais pour composer leur pommade magique (5). Monseigneur Pallegoix nous fait une description de la combustion sur le bucher : « ... le cadavre étant mis sur le bucher, on allume le feu. Les nerfs étant contractés,  le mort semble s’agiter et rouler au milieu des flammes. C’est un spectacle horrible à voir… » (6).

 

Une coutume qui semble avoir été spécifique à Bangkok nous est rapportée par Aymonier : « Une pratique, très rare au Cambodge actuel, mais fréquente au Siam, surtout à la capitale, consiste à léguer par piété sa chair à la voracité des vautours. Tous les voyageurs européens signalent le repoussant spectacle qui s'étale presque quotidiennement au Vat Saket de Bangkok, pagode qui a la triste spécialité de cette répugnante coutume » (7). Rama V avait interdit les crémations sur bucher dans la capitale et, surtout, ce qui était beaucoup plus fréquent, l’abandon pur et simple des dépouilles mortelles au bord des voies ou dans les canaux (4). Effectivement, le Vat Saket (วัดสระเกศ) comprenait à la fois un « champ crématoire » proprement dit…. et un charnier (rèng khét แร้งเขต « le champ des vautours ») au bord duquel trépignaient des rangées de vautours faisant claquer leur bec crochu en trépignant. Nous en devons une photographie à Fournereau toujours dans le cadre de sa mission.  

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Ce sont les restes d’une insuffisante combustion qui leur étaient livrés pour qu’ils les disputent aux chiens, et – semble-t-il – le cadavre non incinéré des condamnés à mort (8).

 

LES DÉCORATIONS EXTÉRIEURES

 

Les chofa

 

Ils décorent (ช่อฟ้า littéralement fleur-ciel) le sommet des toitures des bâtiments du temple, UbosotVihan, etc…. C’est un oiseau à la forme élancée  qui regarde vers le ciel. Il représente le plus souvent le Garuda  mythique (การูด้า) mi-homme mi- oiseau qui sert de monture au Dieu Vishnu  (พระวิษณุ). 

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Ses ennemis éternels sont les nagas.

 

Les Nagas

 

Le Naga (นาค) est un serpent mythologique géant (cobra) qui protège l’entrée des bâtiments du temple, souvent représenté avec plusieurs têtes. Leurs corps s'étendent le long des balustrades des escaliers qui conduisent à l’entrée du bâtiment. 

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Leur présence est évidement symbolique. Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination et qu’il méditait sous un arbre, éclata une violente tempête accompagnée de pluies torrentielles, un naga apparut qui le protégea avec ses sept têtes de la pluie.

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Les Thévada

 

Les Thévada  (เทวดา « créatures célestes ») anges ou démons, fées, sorcières ou sorciers, sexués en tous cas, sont une multitude dans la mythologie venue des Indes. On les trouve souvent gardiens de l’entrée des bâtiments, géants évidemment, aux côtés des Naga. En l’un des quatre qui veille sur l’entrée de l’Ubosot du Vat klang de Huaymek il nous a bien semblé reconnaître le farouche Hamuman (หมุมาน) le fidèle compagnon de Rama. Il nous faudrait une vie d’homme pour faire un inventaire exhaustif de ces créatures célestes que l’on trouve dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana.

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La roue de la loi

 

La Thammachak (ธรรมจักร) (parfois transcrite Dhammachakra) symbolise les enseignements de Bouddha. On la retrouve dans les temples : Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination il prononça son premier sermon mettant ainsi en mouvement la roue de son enseignement. C’est assurément l’un des plus anciens symboles, apparu aux Indes bien avant Bouddha. Elle comporte en général douze rayons. Elle est omniprésente en Thaïlande, mais tout particulièrement sur les bai séma et tout autant comme motif décoratif à l’intérieur ou à l’extérieur des temples (9).

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Le « figuier des pagodes »

 

Nous ne sommes plus dans la construction proprement dite, mais dans la botanique des temples. Bouddha a atteint l’illumination sous un arbre que l’on trouve souvent planté dans l’enceinte des temples, le Pho (โพ ou  โพธิ์) qui est le ficus religiosa que nous appelons le figuier des pagodes ou encore pipal dont le fruit à quelque ressemblance avec notre figue. Sans être proprement « sacré » Il n’est pas convenable de le cultiver chez soi car il doit se trouver dans l’enceinte des temples. Quand un voyageur en voit un au loin (c’est un grand arbre !), il sait ainsi qu’un temple est proche où il pourra trouver un sala pour s’abriter et un bol de riz pour se nourrir (10).

 

 

 

 

 

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SOURCES

 

Aymonier « Le Cambodge – les provinces siamoises » Paris 1901n le tome II est en réalité consacré au Siam, en particulier chapitre II « l’archéologie siamoise ».

Lunet de la Jonquières « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » 1907 dont le tome II est en réalité consacré au Siam.

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS » et  A 214.2 «   LARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION »

(2) Voir le très bel ouvrage trilingue (thaï – anglais – français) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) » qui n’a malheureusement eu qu’un tirage confidentiel (ISBN 978 974 020 574 6).

(3) Voir notre article A 33 « Le système horaire traditionnel thaï ».

(4) Photographie extraite de l’article « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » de Chittawadi Chitrabongs  in Journal of the Siam Society, Vol. 99, 2011. Rama V avait ramené de ses voyages en Europe de solides notions d’hygiène. Bangkok à son époque nous rappelle Chitranongs, et  toutes les descriptions des voyageurs de cette époque, concordent. La ville  puait la crasse, l’urine, la merde, la charogne et le graillon… 

(5) Voir notre article A 207 « LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI ».

(6) « Description du royaume Thaï ou Siam » volume I page 257.

(7) « Le Cambodge » page 16

(8) « … Wat Sisaket, bâti tout en haut d'une colline artificielle d'où l'on jouit d'un superbe tour d'horizon embrassant la ville entière et se prolongeant jusqu'aux silhouettes indécises des collines lointaines. Au pied du monticule, en face de la porte d'entrée, un ensemble de bâtiments modernes, servant aux crémations, s'élève sur l'emplacement des anciennes cours où l'on jetait aux chiens et aux vautours les cadavres de ceux qui faisaient ainsi, pour s'acquérir des mérites, le sacrifice de leurs dépouilles mortelles. Ces pratiques sont maintenant abolies, probablement au nom de l'hygiène, mais j'ai pu assister, il y a quelques années, à une de ces scènes macabres et j'ai encore présent à la mémoire le spectacle de ce grouillement de bêtes immondes accourues à l'odeur, sous lequel le corps disparaissait en entier; du fouillis des plumes grises, des ailes frémissantes d'avidité, de longs cous rouges, déplumés, sortaient, dressant les têtes souillées de sanies, les becs garnis de lambeaux de chair; on vendait jadis une photographie saisissante de cette scène, le cliché ne doit pas en être perdu ». Lunet de la Jonquières « Le Siam et les Siamois » (1906).

 

Les clichés n’ont pas été perdus …. 

A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.
A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.
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(9) Il y aurait probablement beaucoup à dire sur la symbolique du chiffre douze : les douze rayons de la roue, les douze apôtres, les douze signes zodiacaux, la loi romaine des douze tables, les douze travaux d’hercule, trois multiplié par quatre, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, serait-ce le chiffre de la perfection ? 

(10) Voir notre article A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes ».

LE « VIHAN »

 

Le Vihan, parfois transcrit Vihara (forme sanscrite) est une salle de réunion et de prière dont la construction ressemble souvent à celle de l’Ubosot, mais elle n’est pas entourée des bai séma qui marquent l’enceinte sacrée. C’est la salle qui accueille les laïcs pour les cérémonies religieuses en présence des prêtres et celles où ils viennent prier. C’est donc un lieu de prêches, de prières et de méditations Il abrite évidemment une ou plusieurs statues de Bouddha et comporte éventuellement une galerie où sont également érigées ces statues.

 

Historiquement à l’époque de Sukhothai les artistes se contentaient de quatre positions classiques : Bouddha assis jambes croisées « prise de la terre à témoin », par sa main droite, il exprime le moment suprême de sa victoire contre les forces du chaos avant d’atteindre le parfait éveil, Bouddha couché, Bouddha debout et Bouddha marchantElles montrent qu’il accomplissait ses activités quotidiennes avec dignité, une conscience et un contrôle parfait.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de sa vie. Pour tout bon bouddhiste, créer ou donner une image de Bouddha est un acte de mérite et les souverains protecteurs du bouddhisme n’y ont jamais manqué.

 

Le fondateur de la dynastie Rama Ier et son successeur Rama II ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayuthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok et alentours. Rama III continua ce programme de restauration mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple aux artistes. Ces efforts se continuèrent sous Rama IV. Ils trouvent leur aboutissement dans les 80 statues de bronze de la galerie du Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) à Nakon Phatom (นครปฐม)monument découvert dans la jungle par Rama IV, qui le fit ensuite restaurer. Elles ont été offertes en 1983-84 par de pieux bouddhistes dont les noms sont inscrits sur les socles dans un style directement inspiré de Sukhothai et servent actuellement de modèle (2).

 

Comme l’Ubosot, le Vihan est couvert d’une toiture télescopique aux acrotères crochues soutenue par des corbeaux en bois, représentant des figues mythiques (Nagas ou Garudas) qui semblent caractériser la dernière période de l'art hindou au Cambodge et au Siam. Les frontons et les encadrements des fenêtres et des portes, en bois ou en stuc avec de rutilantes sculptures polychromes ou parfois des incrustations de verroteries ou de faïence que l’on trouve nulle part ailleurs dans le monde bouddhiste. Remarquable similitude dans le temps ? Les ruines de Sachanalai (สัชนาลัย) et de Sukhothai montrent que les Vihan à toits multiples sinon télescopiques existaient déjà aux XIIIème et XIVème siècles et avaient des piliers stuqués et probablement aussi une ornementation de céramique fabriquée dans les célèbres fours de Sukhothai.

 

Les déductions de Lunet de La Jonquières ayant été effectuées au vu de ruines, tout ce qui était précieux ayant été pillé par les Birmans avant la mise à sac, il est évidemment difficile d’en savoir plus mais on put supposer que le goût actuel des Thaïs pour tout ce qui brille vient en droite ligne de leurs ancêtres siamois.

 

Ces réalisations architecturales modernes ne sont pas toujours d’un goût assuré mais sont souvent d'une réelle grandeur et d'une richesse qui nous laisse à penser ce que devait être l'aspect des monuments d'Ayuthya avant leur dévastation. L’art est souvent raffiné, beauté des lignes et chatoiement des couleurs, portes et fenêtres en bois massif délicatement sculptées et polychromées de scènes représentant la vie de Bouddha. L'intérieur du temple est couvert de fresques et de panneaux muraux polychromes du même style. Ils sont l'œuvre d'artistes anonymes qui ont œuvré tels des bâtisseurs de cathédrales, virtuosité, qualité de l'inspiration, un magnifique témoignage de la vitalité de l'art thaï moderne, soigneusement étrangère à toute influence occidentale.

 

La beauté d’un temple réside moins dans son architecture toujours pyramidale mais dans les décorations des portes, des volets et des murs « et dans les toitures aux étages superposés, dont les tuiles à surface vernissée reflètent les mille feux du soleil, terminent leurs lignes courbes par des éperons dont les silhouettes dorées émergent de la verdure pour se dessiner sur le fond bleu du ciel » (Aymonier).

 

Parfois aussi, une exception qui confirme encore la règle architecturale normative de la hiérarchie de Bangkok, surgit du sol un Vihan hors normes tel celui du temple de Dongraï (วัดดงไร่) à quelques kilomètres du site historique de Bangchiang (บ้านเชียง)  qui est posé comme une fleur de lotus d’un blanc immaculé au milieu d’un lac artificiel et dont les parois intérieures sont ornées de fines peintures retraçant la vie de Bouddha.

 

LE « MONTHOP »

 

Le Monthop  que l’on doit qualifier de « saint » (พระมณฑป phramontohp) parfois mal transcrit sous le terme de Mondop ou de Mandapa (forme sanscrit) se retrouve dans l’enceinte de certains temples. C’est un bâtiment autonome que l’on ne trouve pas dans tous les temples (probablement venu des Indes) qui abrite des objets sacrés sans que ce soient à proprement parler des « reliques » au sens strict.  Il abrite souvent (mais pas seulement) tel celui du Wat Phra Phutthabat (วัดพระพุทธบาท) à Saraburi (สระบุรี), une « sainte empreinte » du « pied de Bouddha » (Phra Phutthabat พระพุทธบาท). Ce bâtiment a été construit en 1624 par le roi Songtham (ทรงธรรม) d’Ayutthaya après sa découverte miraculeuse par un chasseur. Les Siamois n’étaient point crédules au point de croire qu’elles sont la trace du pied de Bouddha lors de l’un de ses passages, d’autant que nous en trouvons partout en des endroits où incontestablement il n’est jamais passé. 

 

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille (d’un petit mètre à plus de deux) soit par les nombreux signes dont elles sont ornées mais qui sont en principe et de façon immuable au nombre de 108. Ils sont de toute évidence d’origine liturgique sinon magique peut-être antérieure au bouddhisme puisque, aux Indes notamment, elles sont attribués à Vichnou dans une intention magique, mais on ne sait trop laquelle.  Elles sont pour les plus anciennes évidement impossibles à dater mais il s’en sculpte ou s’en moule tous les jours. Citons, moins connue évidemment que celle de Saraburi,  celle du phra phoutha bat khaôlé (พระพุทธบาทเขาเล่) sur l’île de Koh Samui. Située à l'abri d'un modeste petit monthop, au sommet d'une butte, à côté du temple de Khaôlé, mal signalé et d’accès plus ou moins facile. Elle serait venue à dos d'homme de Birmanie il y a plusieurs centaines d'années et présente l'originalité d'être d'une taille exceptionnelle et de comporter – ce qui est exceptionnel aussi - quatre sculptures en superposition symbolisant la succession des quatre Bouddha. Elle a aussi retenu l'attention du grand Roi Rama V lors d'une visite à Samui en 1888. Dans une lettre à son épouse principale relatant son pèlerinage, il précise qu'elle serait vieille de 500 ans.

 

Disons pour clore le débat sur ces empreintes qu’il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana : le pied est le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi est aussi qualifié de « Saint pied royal » au sens de « fondement sacré de la nation ».

 

LE CLOCHER

 

On trouve volontiers, pratiquement dans tous les temples, une Ho Rakang  (หอระฆัง « la tour de la cloche ») puisque sa construction est de toute évidence fort peu couteuse. C’est un échafaudage qui comporte deux étages, celui des tambours et celui des cloches destinés à rappeler aux fidèles les heures de la prière. Les plus anciens, simples échafaudages de bois, ont évidemment disparu. Actuellement construites à ciel ouvert sur des piliers en maçonnerie, le premier étage contient le tambour de bronze et l’étage supérieur, accessible par une échelle de perroquet. Le tambour donne le son grave thoum et les clochettes le son aigu ti. Nous vous avons parlé du système horaire traditionnel siamois (3). « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. Il semble qu’actuellement les moines préfèrent appeler à la prière – modernisme oblige – par l’intermédiaire des haut-parleurs installés (dans nos villages tout au moins) à chaque carrefour et qui nous diffusent indifféremment des appels à la prière, des discours du chef de village ou l’hymne national.

 

Notons que les églises catholiques imitent en cela les temples thaïs puisqu’elles ne comportent jamais de clocher mais toujours une Ho Rakang  à quelques distances du lieu de culte.

LA BIBLIOTHÈQUE

 

Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes)  d’où le nom (ไตร, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles. Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

LE SALA

 

Dans toutes les enceintes des temples nous trouvons ces sala (ศาลา) modestes pavillons de repos sans murs, en général en bois ou en en bambou avec une toiture en paille de riz, les mêmes que ceux placés le long des routes ou dans les jardins particuliers ou ils deviennent alors des « salasuan » (ศาลาสวน tout simplement un « abri de jardin »). Dans les temples, ils sont des salavat (ศาลาวัด). On en trouve aussi de plus vastes appelés salaprian (ศาลาการเปรียญ ) où les moines peuvent à l’occasion, prêcher aux fidèles, enseigner la théologie ou encore donner l’enseignement aux élèves des écoles puisque beaucoup de temples dans les régions reculées comportent encore une école. Traditionnellement en effet les moines étaient les éducateurs des enfants locaux, ces fonctions n’ont pas complétement disparu dans les régions reculées malgré l’instauration  de l'enseignement normalisé. Il peut toutefois subsister les anciens bâtiments à l’abandon. Mais un usage traditionnel subsiste peut-être encore, le ou les salas du temple pouvaient fournir un abri temporaire aux voyageurs de passage. Sans que nous l’ayons tenté, on peut penser qu’en cas de violet orage et circulant en motocyclette, les moines ne verraient aucun inconvénient à ce que nous venions nous y abriter et nous y offrir un bol de riz.

 

LES CELLULES DES MOINES

 

Ce sont les Kuti (กุฎิ) modestes cellules individuelles traditionnellement en bois sur pilotis ainsi que nous les avons vus sur le dessin de La Loubère reproduit dans notre article 214.1 (1). Le progrès aidant, ce sont souvent actuellement des petites chambres alignées dans un bâtiment construit en dur, pièces avec des sanitaires qui valent largement ceux des hôtels modestes, le pittoresque y perd peut-être mais le confort des moines certainement pas. Cette photographie prise à la fin du siècle dernier au Vat Yaisuwanaram (วัดใหญ่สวรรณาราม) à Petchaburi devrait suffire à vous en persuader (4).

 

LE CRÉMATORIUM

 

Appelé Naponsathan (ณาปนสถาน), le bâtiment est reconnaissable à sa haute cheminée. C’est là où tous les pieux bouddhistes terminent leur vie terrestre. Nous n’avons jamais rencontré un temple, même misérable qui n’en contienne pas un parfois somptueusement décoré. Si la crémation sur un bucher a encore été épisodiquement signalée dans la deuxième moitié du siècle dernier, elle a actuellement totalement disparue pour d’évidentes raisons d’hygiène. Nous n’en conservons qu’une photographie prise dans la cadre de sa mission par Fournereau.

 

Nous vous épargnerons la description des actuelles cérémonies funéraires, nous en avons tous connues … avant d’en être le principal acteur. L’inhumation à notre façon est par contre pratiquée par les catholiques, les Chinois et les mahométans.

 

Il fut un temps ou les Siamois pratiquaient l’inhumation en pleine terre mais elle concernait ceux qui étaient morts « de mauvaise mort », enfants mort-nés, victimes de maladies contagieuses, morts de morts violents, femmes mortes en couche. Il semble que cette pratique ait totalement disparue pour une raison assez claire : les conditions de la mise en terre à fleur de sol faisaient que les dépouilles étaient rapidement déterrées par les chiens – l’un des fléaux de la Thaïlande – qui se disputaient ensuite leurs restes avec les vautours. S’ils ne l’étaient pas par les chiens, ils l’étaient par les sorciers avides de cadavres frais pour composer leur pommade magique (5). Monseigneur Pallegoix nous fait une description de la combustion sur le bucher : « ... le cadavre étant mis sur le bucher, on allume le feu. Les nerfs étant contractés,  le mort semble s’agiter et rouler au milieu des flammes. C’est un spectacle horrible à voir… » (6).

 

Une coutume qui semble avoir été spécifique à Bangkok nous est rapportée par Aymonier : « Une pratique, très rare au Cambodge actuel, mais fréquente au Siam, surtout à la capitale, consiste à léguer par piété sa chair à la voracité des vautours. Tous les voyageurs européens signalent le repoussant spectacle qui s'étale presque quotidiennement au Vat Saket de Bangkok, pagode qui a la triste spécialité de cette répugnante coutume » (7). Rama V avait interdit les crémations sur bucher dans la capitale et, surtout, ce qui était beaucoup plus fréquent, l’abandon pur et simple des dépouilles mortelles au bord des voies ou dans les canaux (4). Effectivement, le Vat Saket (วัดสระเกศ) comprenait à la fois un « champ crématoire » proprement dit…. et un charnier (rèng khét แร้งเขต « le champ des vautours ») au bord duquel trépignaient des rangées de vautours faisant claquer leur bec crochu en trépignant. Nous en devons une photographie à Fournereau toujours dans le cadre de sa mission.  Ce sont les restes d’une insuffisante combustion qui leur étaient livrés pour qu’ils les disputent aux chiens, et – semble-t-il – le cadavre non incinéré des condamnés à mort (8).

 

LES DÉCORATIONS EXTÉRIEURES

 

Les chofa

 

Ils décorent (ช่อฟ้า littéralement fleur-ciel) le sommet des toitures des bâtiments du temple, UbosotVihan, etc…. C’est un oiseau à la forme élancée  qui regarde vers le ciel. Il représente le plus souvent le Garuda  mythique (การูด้า) mi-homme mi- oiseau qui sert de monture au Dieu Vishnu  (พระวิษณุ). Ses ennemis éternels sont les nagas.

 

Les Nagas

 

Le Naga (นาค) est un serpent mythologique géant (cobra) qui protège l’entrée des bâtiments du temple, souvent représenté avec plusieurs têtes. Leurs corps s'étendent le long des balustrades des escaliers qui conduisent à l’entrée du bâtiment. Leur présence est évidement symbolique. Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination et qu’il méditait sous un arbre, éclata une violente tempête accompagnée de pluies torrentielles, un naga apparut qui le protégea avec sa large tête de la pluie.

Les Thévada

 

Les Thévada  (เทวดา « créatures célestes ») anges ou démons, fées, sorcières ou sorciers, sexués en tous cas, sont une multitude dans la mythologie venue des Indes. On les trouve souvent gardiens de l’entrée des bâtiments, géants évidemment, aux côtés des Naga. En l’un des quatre qui veille sur l’entrée de l’Ubosot du Vat klang de Huaymek il nous a bien semblé reconnaître le farouche Hanuman (หมุมาน) le fidèle compagnon de Rama. Il nous faudrait une vie d’homme pour faire un inventaire exhaustif de ces créatures célestes que l’on trouve dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana.

La roue de la loi

La Thammachak (ธรรมจักร)  (parfois transcrite Dhammachakra) symbolise les enseignements de Bouddha.  On la retrouve dans les temples : Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination il prononça son premier sermon mettant ainsi en mouvement la roue de son enseignement. C’est assurément l’un des plus anciens symboles, apparu aux Indes bien avant Bouddha. Elle comporte en général douze rayons. Elle est omniprésente en Thaïlande, mais tout particulièrement sur les bai séma et tout autant comme motif décoratif à l’intérieur ou à l’extérieur des temples (9).

Le « figuier des pagodes »

 

Nous ne sommes plus dans la construction proprement dite, mais dans la botanique des temples. Bouddha a atteint l’illumination sous un arbre que l’on trouve souvent planté dans l’enceinte des temples, le Pho (โพ ou  โพธิ์) qui est le ficus religiosa que nous appelons le figuier des pagodes ou encore pipal dont le fruit à quelque ressemblance avec notre figue. Sans être proprement « sacré » Il n’est pas convenable de le cultiver chez soi car il doit se trouver dans l’enceinte des temples. Quand un voyageur en voit un au loin (c’est un grand arbre !), il sait ainsi qu’un temple est proche où il pourra trouver un sala pour s’abriter et un bol de riz pour se nourrir (10).

 

SOURCES

 

Aymonier « Le Cambodge – les provinces siamoises » Paris 1901n le tome II est en réalité consacré au Siam, en particulier chapitre II « l’archéologie siamoise ».

Lunet de la Jonquières « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » 1907 dont le tome II est en réalité consacré au Siam.

NOTES

 

 (1) Voir nos deux articles A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS » et  A 214.2 «   L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION »

 

(2) Voir le très bel ouvrage trilingue (thaï – anglais – français) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) » qui n’a malheureusement eu qu’un tirage confidentiel (ISBN 978 974 020 574 6).

 

(3) Voir notre article A 33 « Le système horaire traditionnel thaï ».

 

(4) Photographie extraite de l’article « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » de Chittawadi Chitrabongs  in Journal of the Siam Society, Vol. 99, 2011Rama V avait ramené de ses voyages en Europe de solides notions d’hygiène. Bangkok à son époque nous rappelle Chitranongs, et  toutes les descriptions des voyageurs de cette époque, concordent. La ville  puait la crasse, l’urine, la merde, la charogne et le graillon…

 

(5) Voir notre article A 207 « LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI ».

 

(6) « Description du royaume Thaï ou Siam » volume I page 257.

 

(7) « Le Cambodge » page 16

 

(8) « … Wat Sisaket, bâti tout en haut d'une colline artificielle d'où l'on jouit d'un superbe tour d'horizon embrassant la ville entière et se prolongeant jusqu'aux silhouettes indécises des collines lointaines. Au pied du monticule, en face de la porte d'entrée, un ensemble de bâtiments modernes, servant aux crémations, s'élève sur l'emplacement des anciennes cours où l'on jetait aux chiens et aux vautours les cadavres de ceux qui faisaient ainsi, pour s'acquérir des mérites, le sacrifice de leurs dépouilles mortelles. Ces pratiques sont maintenant abolies, probablement au nom de l'hygiène, mais j'ai pu assister, il y a quelques années, à une de ces scènes macabres et j'ai encore présent à la mémoire le spectacle de ce grouillement de bêtes immondes accourues à l'odeur, sous lequel le corps disparaissait en entier; du fouillis des plumes grises, des ailes frémissantes d'avidité, de longs cous rouges, déplumés, sortaient, dressant les têtes souillées de sanies, les becs garnis de lambeaux de chair; on vendait jadis une photographie saisissante de cette scène, le cliché ne doit pas en être perdu ». Lunet de la Jonquières « Le Siam et les Siamois » (1906). Les clichés n’ont pas été perdus ….

 

(9) Il y aurait probablement beaucoup à dire sur la symbolique du chiffre douze : les douze rayons de la roue, les douze apôtres, les douze signes zodiacaux, la loi romaine des douze tables, les douze travaux d’hercule, trois multiplié par quatre, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, serait-ce le chiffre de la perfection ? 

 

(10) Voir notre article A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes ».

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 18:00

Ancienne Sim au Wat Klang khokkho (Yangtalat - Kalasin) :

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Nous vous avons parlé de ces chapelles d’ordination (อุโบสถ – Ubosot - โบสถ์ – Bot – สิม - Sim en Isan et au Laos) à l’architecture particulières à l’Isan (1). Nous vous avons également parlé des « bornes sacrées » qui les cernent aux huit points cardinaux (2). Ces chapelles ne sont pas spécifiques (en dehors de leur architecture et de leurs bornes) au Nord-est puisque nous les retrouvons dans tous les temples du pays. Un très bel article assorti de nombreuses références (3) leur a été consacré par Pierre Pichard (4). Mais nous préférons utiliser le terme de « chapelle » à la connotation plus religieuse que celui de « hall d’ordination » ou plus encore que celui de « salle capitulaire » qui sent par trop son monastère cistercien (5). Pour cet érudit, cette chapelle est devenue le « bâtiment majeur » des monastères, abritant la statue la plus vénérée de Bouddha alors que ce rôle éminent appartenait antérieurement aux Chédi ou aux Stupas abritant originellement une relique de Bouddha (6).

 

Reliques du Bouddha offertes par la Thaïlande à la France le 17 mai 2009 :

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

La raison nous en semble de bon sens : Il est très certainement au XXIème siècle plus ardu de bénéficier d’une relique authentifiée de Bouddha qu’aux premiers siècles de l’expansion du bouddhisme (7). Pour Pichard au XIVème siècle, à l’époque de Sukhothai, les monastères étaient centrés sur un stupa et la salle principale, salle de prêche et de prière, le Vihan (วิหาร). La chapelle d'ordination déjà est toujours  reconnaissable à son entourage de bornes rituelles (bai sema) qui la distingue du Vihan, était située sur le côté dans l’enceinte du temple. Il en était de même, continue-t-il, à l’époque d’Ayuthaya, fondée en 1351 et rasée par les Birmans en 1767. C’est à la fois l’avènement de la dynastie centralisatrice (tant sur le plan religieux que sur le plan politique) des Chakri et après la fondation de Bangkok en 1782 que la chapelle d'ordination implantée en général au centre d'une enceinte, entourée d’une galerie extérieure, comportant un autel et une statue de Bouddha prit son importance actuelle qui s'est imposée dans le pays au détriment des anciennes variantes architecturales régionales.

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

La cérémonie de l’ordination Buat ou mieux Buat Phra  (บวชพระ) est évidemment tout aussi importante pour les bouddhistes que celle de l’ordination d’un prêtre par l’église catholique et doit respecter une stricte orthodoxie liturgique longuement définie par les canons bouddhistes. 

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Elle doit en tous cas se dérouler dans une salle spéciale, l’Ubosot dont l’apparence diffère peu de celle du Vihan mais dont les fonctions sont totalement différentes. Si un temple comporte toujours un Vihan, il ne comporte pas toujours un Ubosot dont la construction ne semble pouvoir être autorisée par la hiérarchie qu’au cas où le monastère comporte un certain nombre de moines permanents. Dans tout le pays, ceux que l’on construit au détriment des anciens à l’architecture à la fois plus traditionnelles et plus modestes constituent l’édifice principal, le plus haut, le plus richement décoré de peintures ou de sculptures, mais il faut pour cela que la communauté ait réuni d’importants moyens financiers. Vous le reconnaitrez facilement dans la mesure où il se trouve au centre de l’enceinte sacrée, délimitée par les huit bornes rituelles. C’est la partie visible. Les bornes marquent l’emplacement de leurs « racines », les luknimt (ลูกนิมิตต์ littéralement « boule-signe »). 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Ce sont des sphères de pierre enterrées sous elles de quelques dizaines de centimètres de diamètre, elles sont donc huit, une neuvième, également invisible, est enterrée au centre de l’édifice sous le dallage et devant la statue de Bouddha. Elle marque aussi l’endroit ou devra se placer le supérieur devant lequel le postulant doit prononcer ses vœux. Faut-il y voir une invocation aux divinités souterraines infernales pour s’en attirer la protection, les Nagas (นาค) que nous retrouvons souvent dans les corbeaux soutenant la toiture et les acrotères crochues surmontant la toiture ? 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.
Peut-être aussi plus prosaïquement la volonté d’assurer la permanence de l’enceinte au cas où les bornes viendraient à être déplacées ou à disparaître.

 

C’est par exemple le cas du Vat Phosi (วัดโพธิ์ศรี), « le temple de la sainte illumination » situé dans le district de Khamcha-i (คำชะอี), province de  Mukdahan (มุกดาหาร). L’ancien Ubosot a disparu, remplacé par un bâtiment peint d’une couleur agressive, où les spères étaient en avril 2016 encore placées autour du bâtiment en attente de la cérémonie. 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Sinon, vous ne pourrez les voir qu’à l’occasion d’une cérémonie inaugurale. Ne revenons pas sur les plus anciennes de ces bornes sacrées (2) dont nous savons que les plus belles et les plus spectaculaires proviennent des sites occupés par les Môns dans l'ancien royaume de Dvaravati, essentiellement dans notre région du Nord-Est.  

 

Bornes dans l'ancinne cité de Fadaetsongyang (Kamalasaï - Kalasin) :

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Mais la forme élaborée sous la dynastie Chakri est devenue aujourd'hui un modèle national, la chapelle est un long bâtiment rectangulaire dominé à l'intérieur par la statue de Bouddha, face à l'entrée qui se fait toujours par une extrémité dirigée vers l’Est. Le plus souvent, une ou plusieurs portes s'ouvrent aussi dans le mur Ouest derrière la statue de Bouddha séparée de ce mur par un passage étroit. Ce sont les portes utilisées par les moines lorsqu’ils doivent se rendre dans la chapelle. Telles est la normalisation voulue par Bangkok au détriment des diversités régionales.

 

Façade ouest de la chapelle d'ordination du Temple du milieu - Huaymek (Kalasin) :

 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Au Lanna par exemple, dans le Nord-ouest, la chapelle est longtemps restée un bâtiment modeste au côté du vaste et imposant Vihan. Dans nos provinces de l’Isan, la chapelle que nous appelons Sim était également un petit bâtiment simplement construit en briques chaulées de blanc (compte non tenu de celles, peu nombreuses, qui comportent encore les peintures murales)  et toujours orientée vers l’Est. Le contraste est frappant avec le modèle de Bangkok. « Mais dans tout le pays, ces chapelles ont été progressivement abandonnées et remplacées dès que possible par un Ubosot neuf plus conforme à la norme de la capitale, une standardisation systématique en parfait accord avec la politique de construction d'une identité nationale poursuivie depuis deux siècles, dans laquelle l'architecture publique, à travers les monastères, les écoles et les bâtiments administratifs des capitales provinciales et des chefs-lieux de district, a joué un rôle aussi évident que le drapeau ou le portrait du roi » (Pichard, note 3). Le contraste est encore plus frappant quand dans l’enceinte du temple subsiste l’ancien Ubosot en pleine déliquescence aux côtés du nouveau construit au début de ce siècle. Dans l’enceinte du Vat klang (วัดกลาง « temple du milieu ») de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) l’ancienne chapelle datée de 1957 dont les bornes ont disparu, subsiste encore, envahie par les fientes de pigeon aux côtés de la nouvelle qui l’écrase de son luxe un peu tapageur. 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.
A quelques kilomètres de Sakon nakhon (สกลนคร) la toiture de la chapelle du Vat Buddha sayaram (วัดพระพุทธไสยาราม สกลนคร), bien que celle d’origine en tuiles de bois ait été remplacée par des tôles ondulées rougeâtres, est en passe de s’effondrer, et il est hasardeux de s’aventurer à l’intérieur. 
A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Mais il est parfois d’heureuses exceptions, comme  dans le petit village de Nonghang (หนองห้าง) près de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans notre province de Kalasin,  le Sim du temple de Phochaï (วัดโพธ์ชัย) a retrouvé son état d’origine, avec la charpente refaite, toiture en tuiles de bois d’origine et peinture extérieures d’un blanc éclatant. 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

A ses côtés, la chapelle construite aux normes de Bangkok a piètre allure et les responsables du temple qui nous ont ouvert fort courtoisement les portes de leur chapelle traditionnelle n’ont pas jugé bon de nous ouvrir celles de la chapelle voisine dont les corbeaux et les acrotères de la toiture ne seraient que des moulages !

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

Que ce soit dans le Lanna ou dans le Nord-est, il est encore fréquent que l’accès à la chapelle soit interdit aux femmes, ce qui ne semble pas – ou plus – être le cas dans le reste du pays. Elles sont en tous cas fermées, sauf exception, en dehors des jours de cérémonies.

 

Construit-on toujours des temples en Thaïlande ?

 

Bien sûr ! Dans notre article précédent consacré aux Chédis, nous avons commis une erreur que nos lecteurs voudront bien nous pardonner, en citant le chiffre, en 2016, de 33.902 temples en activité.  Il s’agissait du chiffre de l’année 2004. La première colonne indique l’année, la seconde celui du nombre de moines présents (compris novices et temporaires) et la troisième  celle du nombre de temples en activité (8) :

 

2004   341.687        33.902

2005   340.535        34.331

2006   313.267        34.654

2007   328.288        35.271

2008   321.604        35.616

2009   333.876        36.412

2010   349.627        37.075

2011   352.709        37.331

2012   355.295        37.713

 

En 14 ans, ont donc été construits 3.811 temples et le nombre des moines a été augmenté de 13.608. Si l’on tient compte de tous ceux qui ont rejoint les paradis bouddhistes, il y a donc eu de nombreuses ordinations. Il faut évidemment tenir compte de l’augmentation de la population, un tassement, c’est évident  mais il n’est pas certain non plus qu’il y ait véritablement dégringolade comme le constatait Louis Gabaude dans un article qui maintenant 20 ans et qui mériterait peut-être une solide mise à jour ? (9).

 

Statue d'un Bouddha géant (50 mètres) en cours de construction (2016) au Wat Khao Manarom à Mukdahan

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Les constations de Pichard ont été écrites en 2000 sur la base de chiffres dont les derniers dataient de 1997 année au cours de laquelle le nombre de moines était de 270.540. Mais, nous dit-il « près de la moitié des quelque 30.000 monastères actuels ont été construits dans les soixante-dix dernières années, ce qui implique une moyenne de plus de 200 fondations par an, à laquelle il faut ajouter les nombreux Ubosot construits dans les monastères existants pour remplacer le précédent jugé trop petit ou trop vieillot ». Toujours pour l’année 1997, il nous apprend que le bureau des affaires religieuses a reçu 107 demandes d'établissement de monastère, 367 demandes de consécration des bornes d'un nouvel Ubosot, enregistré la fondation de 81 nouveaux monastères et la construction de 95. Ces constructions font l’objet de deux lois de 1902 et de 1941 sur l'organisation de la communauté monastique. Elles affirment qu'il n'appartient qu'au roi d'autoriser un monastère à construire son hall d'ordination : Une demande formelle doit donc être adressée au Département des Affaires religieuses, qui délivre chaque année, au nom du roi, un certain nombre d'autorisations dûment enregistrées dans les archives.

 

Toujours est-il que nos provinces sont présentement émaillées de ces chapelles d’ordination aux toitures éclatantes en tuiles vernissées montées sur des structures en béton armé, aux décors moulés et aux structures préfabriquées en matière synthétique. Si le prix de la plus sommaire était de 900.000 francs de l’époque (1997), cela correspond  - n’importe quel site de calcul de l’inflation vous le dira – à 180.000 euros, soit environ 1.200.000 francs soit encore 7.200.000 baths de ce jour ; un chiffre qu’il faut multiplier par 4 ou 5 pour les plus fastueux. Le financement est assuré par les collectes et les dons des notables qui gagnent ainsi leurs mérites et affichent leur prestige puisque les chapelles mentionnent le nom des donateurs et le montant de leur obole (10). 

 

La contribution de cette famille pour 99.999 baths à la constructions de l'Ubosot du temple du milieu à Huaymek n'est qu'une parmi beaucoup d'autres :

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.
 

Ce sera alors évidemment à l’occasion d’une fête bouddhiste, celle du nouvel an en général, que les Thaïs quittent leur province d’origine pour rejoindre leur province natale ce qui permettra aux monastères d’organiser leurs grandes et lucratives kermesses annoncée de longue date par les panneaux et les mégaphones tonitruant et que ceux qui ont pu construire un nouvel Ubosot organiseront la cérémonie du dépôt des bornes rituelles pendant ces fêtes. C’est la ngantat louknimit (งานตัดลูกนิมิด littéralement « fête-couper-louknimit »). Les louk nimit avaient évidemment été préparées et alignées devant la chapelle. La cérémonie, à laquelle nous n’avons pas pu assister à ce jour, est longuement décrite par Pichard. Les neuf louk nimit sont installées au-dessus de leur emplacement futur, suspendues à des cordes sous un tréteau. La présence de nombreux moines est indispensable pour assister à leur consécration, ils doivent en effet désacraliser le terrain pour le cas où une enceinte sacrée y aurait été instaurée dans des temps anciens, puisque plusieurs enceintes ne peuvent se recouper ou se superposer sans perdre leur valeur, ce qui invaliderait les futures ordinations. A leur signal enfin, les donateurs laïcs libèrent simultanément à coup de machettes toutes les racines qui tombent dans leur cache. Les bai séma seront installées immédiatement après et les ordinations pourront commencer dès le lendemain.

Mais ces contraintes architecturales tombées de Bangkok sont-elles aussi contraignantes que le signale Pichard ? Nous pouvons citer au moins deux exemples, mais sont-ils des exceptions qui confirment le règle ? Dans l’enceinte du Vat Phutta nimit - Phu Khao (วัดพุทธนิมิด – ภูคาว  « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant ») dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์) dans la province de Kalasin, une somptueuse chapelle d’ordination tout en bois massif a été construite au début de ce siècle sur un site Dvaravati au moyen des bois provenant de l’abattage des forêts lors de la construction du gigantesque lac artificiel de Lampaodam (ลำเปาดำ), les bornes sacrées provenant des temples engloutis sous les eaux. 

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.
Le Vat pa anouson (วัด ป่าอนุสรณ์ข : « Temple du mémorial de la forêt ») sous-district de Khammuat kéo (คำเหมือแก้วอ), district de Huaymek (ห้วยเม็ก), province de Kalasin contient une superbe chapelle d’ordination toute en bois massif non encore terminée ni inaugurée (construction 2015-2016) mais comme son nom l’indique, il est situé dans une épaisse forêt qui semble appartenir au patrimoine du temple.
A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.
A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

NOTES

 

(1) Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

 

(2) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE ».

 

(3) P. Pichard « Le hall d'ordination dans le monastère thaï ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 87 N°1.

 

(4) Cet architecte a – notamment – à son actif la restauration du temple khmer de Pimaï.

 

(5) C’est le terme utilisé par André Bareau (cité par Pichard) un éminent spécialiste français du bouddhisme.

 

(6) Voir notre article A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS ».

 

(7) La question des reliques de Bouddha nécessiterait d’écrire une thèse sinon un roman. A sa mort, les populations et les communautés voulurent toutes avoir une part de ses reliques : ses cendres, quelques ossements non consumés et ses objets personnels qui étaient au nombre (évidemment symbolique) de 84.000. Il s'éleva des contestations acharnées ; on échangea des propos chargés de haine, on proféra des menaces de guerre et peu s'en fallut qu'on en vînt aux mains. Mais un brahmane, prévoyant les conséquences de ce conflit, réussit à obtenir le partage des reliques, en leur rappelant qu’il n'était pas convenable qu'ils s'égorgeassent. Elles furent alors divisées en huit parts et diffusées dans tout le monde bouddhiste. Il est probable que celles qui se trouvent au Siam ont été amenées par les moines évangélisateurs venus de Ceylan. Voir par exemple Gilles BanderierPhilippe  Borgeaud et Youri Volokhine « Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte » In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 85, fasc. 3-4, 2007pp. 941-942.

A 214.2 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

(8) Ces chiffres proviennent du site officiel www.dhammathai.org mais nous n’en avons pas trouvé pour les années suivantes.

 

(9) Louis Gabaude « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 83, 1996. pp. 241-257.

 

(10) Nous ne critiquons pas cette façon de faire, il en est de même dans les églises catholiques en Thaïlande, pas de fausse modestie, dans ce pays, on préfère paraître qu’être

 

 

 

Peut-être aussi plus prosaïquement la volonté d’assurer la permanence de l’enceinte au cas où les bornes viendraient à être déplacées ou à disparaître.

 

C’est par exemple le cas du Vat Phosi (วัดโพธิ์ศรี), « le temple de la sainte illumination » situé dans le district de Khamcha-i (คำชะอี), province de  Mukdahan (มุกดาหาร). L’ancien Ubosot a disparu, remplacé par un bâtiment peint d’une couleur agressive, où les bornes étaient en avril 2016 encore placées autour du bâtiment en attente de la cérémonie. Sinon, vous ne pourrez les voir qu’à l’occasion d’une cérémonie inaugurale. Ne revenons pas sur les plus anciennes de ces bornes sacrées (2) dont nous savons que les plus belles et les plus spectaculaires proviennent des sites occupés par les Môns dans l'ancien royaume de Dvaravati, essentiellement dans notre région du Nord-Est.  

 

Mais la forme élaborée sous la dynastie Chakri est devenue aujourd'hui un modèle national, la chapelle est un long bâtiment rectangulaire dominé à l'intérieur par la statue de Bouddha, face à l'entrée qui se fait toujours par une extrémité dirigée vers l’Est. Le plus souvent, une ou plusieurs portes s'ouvrent aussi dans le mur Ouest derrière la statue de Bouddha séparée de ce mur par un passage étroit. Ce sont les portes utilisées par les moines lorsqu’ils doivent se rendre dans la chapelle. Telles est la normalisation voulue par Bangkok au détriment des diversités régionales.

 

Au Lanna par exemple, dans le Nord-ouest, la chapelle est longtemps restée un bâtiment modeste au côté du vaste et imposant Vihan. Dans nos provinces de l’Isan, la chapelle que nous appelons Sim était également un petit bâtiment simplement construit en briques chaulées de blanc (compte non tenu de celles, peu nombreuses, qui comportent encore les peintures murales)  et toujours orientée vers l’Est. Le contraste est frappant avec le modèle de Bangkok. « Mais dans tout le pays, ces chapelles ont été progressivement abandonnées et remplacées dès que possible par un Ubosot neuf plus conforme à la norme de la capitale, une standardisation systématique en parfait accord avec la politique de construction d'une identité nationale poursuivie depuis deux siècles, dans laquelle l'architecture publique, à travers les monastères, les écoles et les bâtiments administratifs des capitales provinciales et des chefs-lieux de district, a joué un rôle aussi évident que le drapeau ou le portrait du roi » (Pichard, note 3). Le contraste est encore plus frappant quand dans l’enceinte du temple subsiste l’ancien Ubosot en pleine déliquescence aux côtés du nouveau construit au début de ce siècle. Dans l’enceinte du Vat klang (วัดกลาง « temple du milieu ») de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) l’ancienne chapelle datée de 1957 dont les bornes ont disparu, subsiste encore, envahie par les fientes de pigeon aux côtés de la nouvelle qui l’écrase de son luxe tapageur. A quelques kilomètres de Sakon nakhon (สกลนคร) la toiture de la chapelle du Vat Buddha sayaram (วัดพระพุทธไสยาราม สกลนคร), bien que celle d’origine en tuiles de bois ait été remplacée par des tôles ondulées rougeâtres, est en passe de s’effondrer, et il est hasardeux de s’aventurer à l’intérieur. Mais il est parfois d’heureuses exceptions, comme  dans le petit village de Nonghang (หนองห้าง) près de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans notre province de Kalasin, où le Sim du temple de Phochaï (วัดโพธ์ชัย) a retrouvé son état d’origine, avec la charpente refaite, toiture en tuiles de bois d’origine et peinture extérieures d’un blanc éclatant. A ses côtés, la chapelle construite aux normes de Bangkok a piètre allure et les responsables du temple qui nous ont ouvert fort courtoisement les portes de leur chapelle traditionnelle n’ont pas jugé bon de nous ouvrir celles de la chapelle voisine dont les corbeaux et les acrotères de la toiture ne seraient que des moulages !

 

Que ce soit dans le Lanna ou dans le Nord-est, il est encore fréquent que l’accès à la chapelle soit interdit aux femmes, ce qui ne semble pas – ou plus – être le cas dans le reste du pays. Elles sont en tous cas fermées, sauf exception, en dehors des jours de cérémonies.

 

Construit-on toujours des temples en Thaïlande ?

 

Bien sûr ! Dans notre article précédent consacré aux Chédis, nous avons commis une erreur que nos lecteurs voudront bien nous pardonner, en citant le chiffre, en 2016, de 33.902 temples en activité.  Il s’agissait du chiffre de l’année 2004. La première colonne indique l’année, la seconde celui du nombre de moines présents (compris novices et temporaires) et la troisième  celle du nombre de temples en activité (8) :

 

2004   341.687        33.902

2005   340.535        34.331

2006   313.267        34.654

2007   328.288        35.271

2008   321.604        35.616

2009   333.876        36.412

2010   349.627        37.075

2011   352.709        37.331

2012   355.295        37.713

 

En 14 ans, ont donc été construits 3.811 temples et le nombre des moines a été augmenté de 13.608. Si l’on tient compte de tous ceux qui ont rejoint les paradis bouddhistes, il y a donc eu de nombreuses ordinations. Il faut évidemment tenir compte de l’augmentation de la population, un tassement, c’est évident  mais il n’est pas certain non plus qu’il y ait véritablement dégringolade comme le constatait Louis Gabaude dans un article qui maintenant 20 ans et qui mériterait peut-être une solide mise à jour ? (9).

 

Les constations de Pichard ont été écrites en 2000 sur la base de chiffres dont les derniers dataient de 1997 année au cours de laquelle le nombre de moines était de 270.540. Mais, nous dit-il « près de la moitié des quelque 30.000 monastères actuels ont été construits dans les soixante-dix dernières années, ce qui implique une moyenne de plus de 200 fondations par an, à laquelle il faut ajouter les nombreux Ubosot construits dans les monastères existants pour remplacer le précédent jugé trop petit ou trop vieillot ». Toujours pour l’année 1997, il nous apprend que le bureau des affaires religieuses a reçu 107 demandes d'établissement de monastère, 367 demandes de consécration des bornes d'un nouvel Ubosot, enregistré la fondation de 81 nouveaux monastères et la construction de 95. Ces constructions font l’objet de deux lois de 1902 et de 1941 sur l'organisation de la communauté monastique. Elles affirment qu'il n'appartient qu'au roi d'autoriser un monastère à construire son hall d'ordination : Une demande formelle doit donc être adressée au Département des Affaires religieuses, qui délivre chaque année, au nom du roi, un certain nombre d'autorisations dûment enregistrées dans les archives.

 

Toujours est-il que nos provinces sont présentement émaillées de ces chapelles d’ordination aux toitures éclatantes en tuiles vernissées montées sur des structures en béton armé, aux décors moulés et aux structures préfabriquées en matière synthétique. Si le prix de la plus sommaire était de 900.000 francs de l’époque (1997), cela correspond  - n’importe quel site de calcul de l’inflation vous le dira – à 180.000 euros, soit environ 1.200.000 francs soit encore 7.200.000 baths de ce jour ; un chiffre qu’il faut multiplier par 4 ou 5 pour les plus fastueux. Le financement est assuré par les collectes et les dons des notables qui gagnent ainsi leurs mérites et affichent leur prestige puisque les chapelles mentionnent le nom des donateurs et le montant de leur obole (10). Ce sera alors évidemment à l’occasion d’une fête bouddhiste, celle du nouvel an en général, que les Thaïs quittent leur province d’origine pour rejoindre leur province natale ce qui permettra aux monastères d’organiser leurs grandes et lucratives kermesses annoncée de longue date par les panneaux et les mégaphones tonitruant et que ceux qui ont pu construire un nouvel Ubosot organiseront la cérémonie du dépôt des bornes rituelles pendant ces fêtes. C’est la ngantat louknimit (งานตัดลูกนิมิด littéralement « fête-couper-louknimit »). Les louk nimit avaient évidemment été préparées et alignées devant la chapelle. La cérémonie, à laquelle nous n’avons pas pu assister à ce jour, est longuement décrite par Pichard. Les neuf louk nimit sont installées au-dessus de leur emplacement futur, suspendues à des cordes sous un tréteau. La présence de nombreux moines est indispensable pour assister à leur consécration, ils doivent en effet désacraliser le terrain pour le cas où une enceinte sacrée y aurait été instaurée dans des temps anciens, puisque plusieurs enceintes ne peuvent se recouper ou se superposer sans perdre leur valeur, ce qui invaliderait les futures ordinations. A leur signal enfin, les donateurs laïqs libèrent simultanément à coup de machettes toutes les racines qui tombent dans leur cache. Les bai séma seront installées immédiatement après et les ordinations pourront commencer dès le lendemain.

(https://www.youtube.com/watch?v=QlMro8s9ZpE)

Mais ces contraintes architecturales tombées de Bangkok sont-elles aussi contraignantes que le signale Pichard ? Nous pouvons citer au moins deux exemples, mais sont-ils des exceptions qui confirment le règle ? Dans l’enceinte du Vat Phutta nimit - Phu Khao (วัดพุทธนิมิด – ภูคาว  « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant ») dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์) dans la province de Kalasin, une somptueuse chapelle d’ordination tout en bois massif a été construite au début de ce siècle sur un site Dvaravati au moyen des bois provenant de l’abattage des forêts lors de la construction du gigantesque lac artificiel de Lampaodam (ลำเปาดำ), les bornes sacrées provenant des temples engloutis sous les eaux. Le Vat pa anouson (วัด ป่าอนุสรณ์ข : « Temple du mémorial de la forêt ») sous-district de Khammuat kéo (คำเหมือแก้วอ), district de Huaymek (ห้วยเม็ก), province de Kalasin contient une superbe chapelle d’ordination toute en bois massif non encore inaugurée (construction 2015-2016) mais comme son nom l’indique, il est situé dans une épaisse forêt qui semble appartenir au patrimoine du temple.

A suivre ……

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

 

(2) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE ».

 

(3) P. Pichard « Le hall d'ordination dans le monastère thaï ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 87 N°1.

 

(4) Cet architecte a – notamment – à son actif la restauration du temple khmer de Pimaï.

 

(5) C’est le terme utilisé par André Bareau (cité par Pichard) un éminent spécialiste français du bouddhisme.

 

(6) Voir notre article A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS ».

 

(7) La question des reliques de Bouddha nécessiterait d’écrire une thèse sinon un roman. A sa mort, les populations et les communautés voulurent toutes avoir une part de ses reliques : ses cendres, quelques ossements non consumés et ses objets personnels qui étaient au nombre (évidemment symbolique) de 84.000. Il s'éleva des contestations acharnées ; on échangea des propos chargés de haine, on proféra des menaces de guerre et peu s'en fallut qu'on en vînt aux mains. Mais un brahmane, prévoyant les conséquences de ce conflit, réussit à obtenir le partage des reliques, en leur rappelant qu’il n'était pas convenable qu'ils s'égorgeassent. Elles furent alors divisées en huit parts et diffusées dans tout le monde bouddhiste. Il est probable que celles qui se trouvent au Siam ont été amenées par les moines évangélisateurs venus de Ceylan. Voir par exemple Gilles BanderierPhilippe  Borgeaud et Youri Volokhine « Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte » In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 85, fasc. 3-4, 2007pp. 941-942.

 

(8) Ces chiffres proviennent du site officiel www.dhammathai.org mais nous n’en avons pas trouvé pour les années suivantes.

 

(9) Louis Gabaude « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 83, 1996. pp. 241-257.

 

(10) Nous ne critiquons pas cette façon de faire, il en est de même dans les églises catholiques en Thaïlande, pas de fausse modestie, dans ce pays, on préfère paraître qu’être.

 

 

Peut-être aussi plus prosaïquement la volonté d’assurer la permanence de l’enceinte au cas où les bornes viendraient à être déplacées ou à disparaître.

 

C’est par exemple le cas du Vat Phosi (วัดโพธิ์ศรี), « le temple de la sainte illumination » situé dans le district de Khamcha-i (คำชะอี), province de  Mukdahan (มุกดาหาร). L’ancien Ubosot a disparu, remplacé par un bâtiment peint d’une couleur agressive, où les bornes étaient en avril 2016 encore placées autour du bâtiment en attente de la cérémonie. Sinon, vous ne pourrez les voir qu’à l’occasion d’une cérémonie inaugurale. Ne revenons pas sur les plus anciennes de ces bornes sacrées (2) dont nous savons que les plus belles et les plus spectaculaires proviennent des sites occupés par les Môns dans l'ancien royaume de Dvaravati, essentiellement dans notre région du Nord-Est.  

 

Mais la forme élaborée sous la dynastie Chakri est devenue aujourd'hui un modèle national, la chapelle est un long bâtiment rectangulaire dominé à l'intérieur par la statue de Bouddha, face à l'entrée qui se fait toujours par une extrémité dirigée vers l’Est. Le plus souvent, une ou plusieurs portes s'ouvrent aussi dans le mur Ouest derrière la statue de Bouddha séparée de ce mur par un passage étroit. Ce sont les portes utilisées par les moines lorsqu’ils doivent se rendre dans la chapelle. Telles est la normalisation voulue par Bangkok au détriment des diversités régionales.

 

Au Lanna par exemple, dans le Nord-ouest, la chapelle est longtemps restée un bâtiment modeste au côté du vaste et imposant Vihan. Dans nos provinces de l’Isan, la chapelle que nous appelons Sim était également un petit bâtiment simplement construit en briques chaulées de blanc (compte non tenu de celles, peu nombreuses, qui comportent encore les peintures murales)  et toujours orientée vers l’Est. Le contraste est frappant avec le modèle de Bangkok. « Mais dans tout le pays, ces chapelles ont été progressivement abandonnées et remplacées dès que possible par un Ubosot neuf plus conforme à la norme de la capitale, une standardisation systématique en parfait accord avec la politique de construction d'une identité nationale poursuivie depuis deux siècles, dans laquelle l'architecture publique, à travers les monastères, les écoles et les bâtiments administratifs des capitales provinciales et des chefs-lieux de district, a joué un rôle aussi évident que le drapeau ou le portrait du roi » (Pichard, note 3). Le contraste est encore plus frappant quand dans l’enceinte du temple subsiste l’ancien Ubosot en pleine déliquescence aux côtés du nouveau construit au début de ce siècle. Dans l’enceinte du Vat klang (วัดกลาง « temple du milieu ») de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) l’ancienne chapelle datée de 1957 dont les bornes ont disparu, subsiste encore, envahie par les fientes de pigeon aux côtés de la nouvelle qui l’écrase de son luxe tapageur. A quelques kilomètres de Sakon nakhon (สกลนคร) la toiture de la chapelle du Vat Buddha sayaram (วัดพระพุทธไสยาราม สกลนคร), bien que celle d’origine en tuiles de bois ait été remplacée par des tôles ondulées rougeâtres, est en passe de s’effondrer, et il est hasardeux de s’aventurer à l’intérieur. Mais il est parfois d’heureuses exceptions, comme  dans le petit village de Nonghang (หนองห้าง) près de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans notre province de Kalasin, où le Sim du temple de Phochaï (วัดโพธ์ชัย) a retrouvé son état d’origine, avec la charpente refaite, toiture en tuiles de bois d’origine et peinture extérieures d’un blanc éclatant. A ses côtés, la chapelle construite aux normes de Bangkok a piètre allure et les responsables du temple qui nous ont ouvert fort courtoisement les portes de leur chapelle traditionnelle n’ont pas jugé bon de nous ouvrir celles de la chapelle voisine dont les corbeaux et les acrotères de la toiture ne seraient que des moulages !

 

Que ce soit dans le Lanna ou dans le Nord-est, il est encore fréquent que l’accès à la chapelle soit interdit aux femmes, ce qui ne semble pas – ou plus – être le cas dans le reste du pays. Elles sont en tous cas fermées, sauf exception, en dehors des jours de cérémonies.

 

Construit-on toujours des temples en Thaïlande ?

 

Bien sûr ! Dans notre article précédent consacré aux Chédis, nous avons commis une erreur que nos lecteurs voudront bien nous pardonner, en citant le chiffre, en 2016, de 33.902 temples en activité.  Il s’agissait du chiffre de l’année 2004. La première colonne indique l’année, la seconde celui du nombre de moines présents (compris novices et temporaires) et la troisième  celle du nombre de temples en activité (8) :

 

2004   341.687        33.902

2005   340.535        34.331

2006   313.267        34.654

2007   328.288        35.271

2008   321.604        35.616

2009   333.876        36.412

2010   349.627        37.075

2011   352.709        37.331

2012   355.295        37.713

 

En 14 ans, ont donc été construits 3.811 temples et le nombre des moines a été augmenté de 13.608. Si l’on tient compte de tous ceux qui ont rejoint les paradis bouddhistes, il y a donc eu de nombreuses ordinations. Il faut évidemment tenir compte de l’augmentation de la population, un tassement, c’est évident  mais il n’est pas certain non plus qu’il y ait véritablement dégringolade comme le constatait Louis Gabaude dans un article qui maintenant 20 ans et qui mériterait peut-être une solide mise à jour ? (9).

 

Les constations de Pichard ont été écrites en 2000 sur la base de chiffres dont les derniers dataient de 1997 année au cours de laquelle le nombre de moines était de 270.540. Mais, nous dit-il « près de la moitié des quelque 30.000 monastères actuels ont été construits dans les soixante-dix dernières années, ce qui implique une moyenne de plus de 200 fondations par an, à laquelle il faut ajouter les nombreux Ubosot construits dans les monastères existants pour remplacer le précédent jugé trop petit ou trop vieillot ». Toujours pour l’année 1997, il nous apprend que le bureau des affaires religieuses a reçu 107 demandes d'établissement de monastère, 367 demandes de consécration des bornes d'un nouvel Ubosot, enregistré la fondation de 81 nouveaux monastères et la construction de 95. Ces constructions font l’objet de deux lois de 1902 et de 1941 sur l'organisation de la communauté monastique. Elles affirment qu'il n'appartient qu'au roi d'autoriser un monastère à construire son hall d'ordination : Une demande formelle doit donc être adressée au Département des Affaires religieuses, qui délivre chaque année, au nom du roi, un certain nombre d'autorisations dûment enregistrées dans les archives.

 

Toujours est-il que nos provinces sont présentement émaillées de ces chapelles d’ordination aux toitures éclatantes en tuiles vernissées montées sur des structures en béton armé, aux décors moulés et aux structures préfabriquées en matière synthétique. Si le prix de la plus sommaire était de 900.000 francs de l’époque (1997), cela correspond  - n’importe quel site de calcul de l’inflation vous le dira – à 180.000 euros, soit environ 1.200.000 francs soit encore 7.200.000 baths de ce jour ; un chiffre qu’il faut multiplier par 4 ou 5 pour les plus fastueux. Le financement est assuré par les collectes et les dons des notables qui gagnent ainsi leurs mérites et affichent leur prestige puisque les chapelles mentionnent le nom des donateurs et le montant de leur obole (10). Ce sera alors évidemment à l’occasion d’une fête bouddhiste, celle du nouvel an en général, que les Thaïs quittent leur province d’origine pour rejoindre leur province natale ce qui permettra aux monastères d’organiser leurs grandes et lucratives kermesses annoncée de longue date par les panneaux et les mégaphones tonitruant et que ceux qui ont pu construire un nouvel Ubosot organiseront la cérémonie du dépôt des bornes rituelles pendant ces fêtes. C’est la ngantat louknimit (งานตัดลูกนิมิด littéralement « fête-couper-louknimit »). Les louk nimit avaient évidemment été préparées et alignées devant la chapelle. La cérémonie, à laquelle nous n’avons pas pu assister à ce jour, est longuement décrite par Pichard. Les neuf louk nimit sont installées au-dessus de leur emplacement futur, suspendues à des cordes sous un tréteau. La présence de nombreux moines est indispensable pour assister à leur consécration, ils doivent en effet désacraliser le terrain pour le cas où une enceinte sacrée y aurait été instaurée dans des temps anciens, puisque plusieurs enceintes ne peuvent se recouper ou se superposer sans perdre leur valeur, ce qui invaliderait les futures ordinations. A leur signal enfin, les donateurs laïqs libèrent simultanément à coup de machettes toutes les racines qui tombent dans leur cache. Les bai séma seront installées immédiatement après et les ordinations pourront commencer dès le lendemain.

(https://www.youtube.com/watch?v=QlMro8s9ZpE)

Mais ces contraintes architecturales tombées de Bangkok sont-elles aussi contraignantes que le signale Pichard ? Nous pouvons citer au moins deux exemples, mais sont-ils des exceptions qui confirment le règle ? Dans l’enceinte du Vat Phutta nimit - Phu Khao (วัดพุทธนิมิด – ภูคาว  « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant ») dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์) dans la province de Kalasin, une somptueuse chapelle d’ordination tout en bois massif a été construite au début de ce siècle sur un site Dvaravati au moyen des bois provenant de l’abattage des forêts lors de la construction du gigantesque lac artificiel de Lampaodam (ลำเปาดำ), les bornes sacrées provenant des temples engloutis sous les eaux. Le Vat pa anouson (วัด ป่าอนุสรณ์ข : « Temple du mémorial de la forêt ») sous-district de Khammuat kéo (คำเหมือแก้วอ), district de Huaymek (ห้วยเม็ก), province de Kalasin contient une superbe chapelle d’ordination toute en bois massif non encore inaugurée (construction 2015-2016) mais comme son nom l’indique, il est situé dans une épaisse forêt qui semble appartenir au patrimoine du temple.

A suivre ……

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

 

(2) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE ».

 

(3) P. Pichard « Le hall d'ordination dans le monastère thaï ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 87 N°1.

 

(4) Cet architecte a – notamment – à son actif la restauration du temple khmer de Pimaï.

 

(5) C’est le terme utilisé par André Bareau (cité par Pichard) un éminent spécialiste français du bouddhisme.

 

(6) Voir notre article A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS ».

 

(7) La question des reliques de Bouddha nécessiterait d’écrire une thèse sinon un roman. A sa mort, les populations et les communautés voulurent toutes avoir une part de ses reliques : ses cendres, quelques ossements non consumés et ses objets personnels qui étaient au nombre (évidemment symbolique) de 84.000. Il s'éleva des contestations acharnées ; on échangea des propos chargés de haine, on proféra des menaces de guerre et peu s'en fallut qu'on en vînt aux mains. Mais un brahmane, prévoyant les conséquences de ce conflit, réussit à obtenir le partage des reliques, en leur rappelant qu’il n'était pas convenable qu'ils s'égorgeassent. Elles furent alors divisées en huit parts et diffusées dans tout le monde bouddhiste. Il est probable que celles qui se trouvent au Siam ont été amenées par les moines évangélisateurs venus de Ceylan. Voir par exemple Gilles BanderierPhilippe  Borgeaud et Youri Volokhine « Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte » In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 85, fasc. 3-4, 2007pp. 941-942.

 

(8) Ces chiffres proviennent du site officiel www.dhammathai.org mais nous n’en avons pas trouvé pour les années suivantes.

 

(9) Louis Gabaude « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 83, 1996. pp. 241-257.

 

(10) Nous ne critiquons pas cette façon de faire, il en est de même dans les églises catholiques en Thaïlande, pas de fausse modestie, dans ce pays, on préfère paraître qu’être.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 18:09
A 214.1 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

Il y a en Thaïlande 40.717 temples (วัด) dont 33.902 en activité, 31.890 de bouddhisme « orthodoxe » (Hinayana มหานิกาย), 1.907 temples-école (ธรรมยุต), 12 temples Mahayana (มหายาน) et 13 de bouddhisme vietnamien (ญวณ). 272 ont rang de « Monastère royal » (พระอารามหลวง) dont 217 Hinayana et 55 Mahayana. Ce sont les chiffres 2016 donnés par la hiérarchie officielle (ธรรมะไทย) sur son site Internet (1) Ceux qui ne sont plus en activité le sont faute de moines ce qui ne signifie pas qu’ils soient à l’abandon notamment les jours de fêtes bouddhistes. 

 

Fête bouddhiste au Phrathat Yaku (Kamalasaï - avril 2014) :

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Sans entrer dans un détail fastidieux, pour quelques-unes de nos provinces Isan, il en est 507 dans la province de Nongkhaï (2), 670 dans celle de Kalasin (3) et 546 pour celle de Loei (4). Restons-en là. Notre propos n’est pas d’écrire un guide touristique et encore moins sur les plus somptueux de ces temples, les temples royaux essentiellement que l’on trouve à Bangkok et dans les chefs-lieux de nos provinces, mais au travers de ces centaines de temples de village, plus ou moins richement décorés, parfois misérables, de nous pencher sur l’histoire de l’architecture religieuse qui révèle souvent une profond piété populaire, fut-elle le fruit de la « foi du charbonnier » marquée par une remarquable similitude dans les constructions et parfois d’un embryon d’originalité.

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Nous vous avons déjà parlé de ces chapelles d’ordination aux murailles peints de fresques souvent naïves, spécifiques à l’Isan (5) mais les chapelles d’ordination sont également l’âme de tous les temples bouddhistes.

 

Nous les appelons ici sim ou sima (สิม) et ubosot (อุโบสถ) dans le reste du pays. Nous vous avons aussi parlé des « bornes sacrées »  baï séma (ใบเสมา), baï sima ou baï sim (ใบสิม), celles du nord et du nord-est sont spécifiques, leur origine est mystérieuse mais on retrouve dans tous les temples ces bornes qui marquent la limite de l’enceinte des chapelles d’ordination (6).

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En 1688, Nicolas Gervaise (7) nous décrit assez sommairement les temples comme « très beaux et magnifiquement décorés ». La Loubère (8) en 1695 est – toujours incontournable – plus précis. Il nous décrit les temples faits de bois et de briques, tous matériaux qui ne résistent pas aux outrages du temps et « leurs bâtiments ne durent guère faute de fondements ». Le temple et le couvent occupent, nous dit-il, un terrain carré clôturé de bambous le long desquels sont les cellules des moines. 

 

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On y trouve ce qu’il appelle des « pyramides » et ce qu’il appelle le « pihan » (le vihan évidemment), la salle principale du couvent et le clocher (« Ho racang ») mais à l’inverse de Gervaise, il nous dote de précieux croquis. Nous voyons sur son croquis général les huit sémas qui entourent le bâtiment principal qui sont pour lui « des espèces de mitres posée sur un piédestal ». Il ajoute avec une certaine ironie que l’ignorance dans lesquels sont les Siamois de l’origine de ces pierres a conduit les missionnaires, compte tenu de leur ressemblance avec des mitres, à en chercher l’origine dans le christianisme !

 

Les croquis : 

 

plan :

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coupe et vue cavalière :

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... nous donnent une idée de la modestie de ces constructions couvertes de toitures aux tuiles de bois qui ne devaient pas impressionner l’habitué du Palais de Versailles ! Un siècle et demi plus tard, Monseigneur Pallegoix (9) est impressionné par la richesse des « pagodes » de Bangkok et leur profusion d’or mais il nous dit peu de choses sur l’architecture religieuse proprement dite sinon qu’elle est « un mélange des genres indiens, chinois et européen » (sic)  et rien sur les temples de province. Les constructions sont toujours en brique, jamais en pierre, et le ciment composé de chaux et de sable « à quoi ils ajoutent un mélange de mélasse et d’eau dans laquelle ils ont laissé tremper longtemps de la peau de buffle et certaines écorces d’arbre ». La mélasse étant du temps de Monseigneur Pallegoix comme aujourd’hui du sirop de sucre, il est permis de se poser des questions sur ses compétences architecturales ? A moins qu’il ne s’agisse d’une recette perdue pour rendre les briques hydrofuges et éviter que l’humidité ne les délite au fil des ans ?

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Ne revenons pas sur les origines des Thaïs, peut-être venus du Sechouan par les  hautes vallées du Yunnan à une époque indéterminée. Selon La Loubère nous les trouvons à Sukhothai entre le IXème et le XIIIème siècle, là où fut  trouvée la plus ancienne stèle concernant l’histoire du pays, initialement traduite par le R.P. Schmitt, datée des environs de 1283-1292. Elle conte les exploits du grand roi Rama Khamheng qui se rendit maître de la région compris entre Vientiane et Ligor (Nakhonsithammarat). 

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Ce roi célèbre fit venir un savant qui enseigna la vraie religion bouddhique, c'est-à-dire probablement le bouddhisme du Sud ou du Petit Véhicule, et créa une nouvelle écriture pour remplacer l'alphabet khmer qui avait été en usage jusque-là. Ne revenons pas sur les querelles d’experts sur l’authenticité de ce monument épigraphique (10). Le bouddhisme du Sud devint alors la religion officielle des pays thaï au milieu du XIVème siècle. Le sanscrit qui était la langue religieuse du bouddhisme du Nord (Mahayana) et du brahmanisme, fut abandonné et dut céder la place au pali, langue du bouddhisme du Sud (Hinayana) professé à Ceylan.

 

L'avènement de Rama Khamheng marqua l'émancipation de toutes les peuplades thaïes, qui jusque-là avaient été asservies par les Khmers et détermina le premier mouvement de recul du Cambodge. C'est vers la fin du XIIIème siècle que commencèrent les relations diplomatiques de la Chine avec l'Etat de SukhothaïRama Khamheng, nous dit la stèle, vainquit non seulement le Cambodge, mais encore le Pégou (dans l’actuelle Birmanie). Ses successeurs furent moins heureux, et il semble bien que, à partir du XIVème le jeune royaume eut à subir bien des fois l'influence brutale de son voisin de l'ouest. En 1350, la capitale fut portée à Ayuthaya avec résidence d'été à Louvo (actuelle Lopburi), un déplacement de l'hégémonie politique qui passa de Sukhothaï à Ayuthaya. En 1555, les Pégouans prirent Ayuthaya, la livrèrent au pillage et réduisirent les Siamois pendant des années en vasselage. En 1767 Ayutthaya fut de nouveau prise par les Birmans et détruite de fond en comble et plus encore. Le gouvernement se transporta alors plus au Sud, à Bangkok, qui devint la capitale en 1772 et le resta. Ne revenons pas sur le récit des guerres interminables qu'eut à soutenir le Siam à partir du XIIIème siècle contre les Birmans d'une part et les Cambodgiens d'autre part. Elles constituent le fond des annales officielles siamoises, birmanes et cambodgiennes, qui sont aussi fantaisistes les unes que les autres. Le reste de l'histoire du Siam nous est mieux connu.

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Deux événements historiques marquants surviennent qui sont directement en rapport avec notre sujet. En 1686, Louis XIV envoya deux ambassades successives à Ayutthaya jusqu’au rapatriement de nos troupes en 1689. Ce passage nous vaut une première série de mémoires, descriptions ou souvenirs des érudits qui ont participé aux voyages, notamment ceux de La Loubère sans lequel nous ignorerions totalement ce que pouvait être l’architecture religieuse dans les temples les plus modestes.

 

Survint ensuite notre protectorat au Cambodge en 1863, puis la conquête de l'Annanm et du Tonkin qui  nous mirent nécessairement en contact avec le peuple siamois. Avec les colons, les missionnaires et les militaires déferlèrent aussi nos archéologues, nos linguistes, nos savants qui pouvaient tout aussi bien être missionnaires que militaires, sans lesquels ni l’histoire ni celle de l’architecture du Siam n’auraient pu être sérieusement écrite. Des dizaines milliers de pages de descriptions, de croquis, des photographies, des estampages de milliers d’inscriptions épigraphiques, des communications aux sociétés savantes, ils débordent largement du Cambodge, de l’Indochine française et du Laos sur le Siam où ils reçoivent – même lorsque les rapports entre nos deux pays étaient pathologiques - un accueil chaleureux des érudits locaux, ne citons que le prince Damrong, historien tout autant qu’archéologue. Des amateurs passionnés et désintéressés, le richissime Emile Guimet qui lègue ses somptueuses collections au musée qui porte son nom, ou le général de Beylié qui lègue les siennes au musée de Grenoble. Ce déferlement d’hommes de culture qui perdure toujours au travers de l’Ecole française d’extrême Orient rappelle étrangement celui des savants français conduits en Egypte lors de l’expédition de Bonaparte.

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Il existe peu de monuments antérieurs à la création du royaume thaï au XIIIème siècle dans les provinces siamoises proprement dites. Nous excluons évidemment les monuments des anciennes provinces cambodgiennes d'AngkorBattambang et Korat. Les tours khmères de Lopburi (Louvo), ancienne principauté vassale des Khmers sont datées approximativement du Xème siècle. 

 

Extrait de l'ouvrage du Général de Beylié :

 

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Celles de Sukhotai en sont des copies postérieures abâtardies. Elles seraient de la basse époque khmère et auraient pu être construites par des architectes khmers en déplacement.
 
Extrait de l'ouvrage du Général de Beylié :
 
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tIl semble en effet que les Thaïs du XIIIème siècle étaient de civilisation artistique « peu avancée » n'ayant pas d'architecture propre (11). Ce sont des prangs (ปรางค์), nous y reviendrons. Lunet de la Lajonquière chargé en 1904 et 1905 d'une mission archéologique au Siam, pense que ces peuples se laissèrent plus ou moins impressionner en art par les Khmers d'alors, puis par les Birmans, qui les avaient précédés de plusieurs siècles « dans la voie de la civilisation » et qui se montrèrent presque constamment leurs maîtres dans l’art de la guerre (12).

 

Venons-en aux monuments proprement dits, à ceux que nous voyons toujours dans les temples, la place d’honneur, objet de ce premier article, revenant à ceux dont l’origine est la plus ancienne, aux sources du bouddhisme, les chédis ou plutôt les « saints chédis » également appelés stupas (évidement « saints » : Phrastupa พระสถูป).

 

On remarque dans de nombreux temples (wat วัด), mais pas dans tous, une structure de forme pyramidale avec une flèche élancée et effilée à son sommet. Elle est pour les Thaïs plutôt qu’un stupa (le mot est sanscrit) un Chédi (เจดีย์) ou Phra Chédi (พระเจดีย์). Il peut y en avoir un seul, alors de grande taille ou plusieurs de différentes tailles et portant différents schémas décoratifs. Le préfixe Phra (พระ) est honorifique, associé à Bouddha, aux prêtres, à la religion ou à la royauté. Nous le traduisons ici faute de mieux par « saint » (13). Phra Chedi, c’est un reliquaire dont l’origine remonte aux origines mêmes du bouddhisme. Dans l'un des livres des saintes écritures bouddhistes, le Dhammapada, (ธรรมะปาดา) est contée l'histoire d'un disciple de Bouddha qui mourut encorné par un bœuf. Il fut incinéré et Bouddha commanda qu’un terrassement soit élevé sur ses cendres, constituant ainsi un tumulus appelé Chédi. Cette coutume n’était pas inconnue à l’époque pré-bouddhiste par les Brahmanes et les Jaïns des temps anciens. De simples tumuli, les Chédi furent exhaussés de diverses constructions toutes symboliques. Il en est hiérarchiquement quatre espèces :

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Un Phrathat Chédi (พระธาตุจดีย์) recouvre les propres cendres de Bouddha, éventuellement d’un grand monarque ou d’un moine tout particulièrement vénéré. Ce sont assurément les monuments les plus anciens, le phra that yaku (พระธาตุยาคู) de Kamalasai dont seul le soubassement est d’origine est daté de l’époque Davaravati (VIIème siècle). 

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Le site n’a pas été découvert par le moine Monkut (Futur Rama IV)  mais signalé par Erik Seidenfaden en 1922 et inventorié dans les années 30 (Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA ) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE »). Celui de Nakhon Pathom (นครปฐม), Wat Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์), beaucoup plus connu et fréquenté par les fidèles est de la même époque.\Il a été « découvert » en ruines par le moine Monkut (Futur Rama IV) qui en ordonna la réhabilitation pour en faire le plus élevé du monde en 1870 après 17 ans de travaux. Sa découverte lui reste attribuée jusqu’à qu’un critique d’art iconoclaste ne lui en dénie la paternité (voir note 10).

 

Extrait de l'ouvrage du Général de Beylié :

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On les trouve dans les temples de la première catégorie des temples royaux, Wat Phramahathat (วัดพระมหาธาตุ) « le temple du grand reliquaire du Seigneur Bouddha » tel le Wat Phramahathatworamahawihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช), le plus grand et le plus respecté des temples des provinces du sud, qui daterait selon les uns du VIIIème siècle, selon d’autres du XIIème. Il atteint presque 70 mètres de haut et sa flèche est ou serait recouverte d’une couche de 100 kilos d’or. 

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Ces temples, présents à BangkokLopburi, Ayutthaya, Pisanulok et Sukhothai, le sont dans des villes qui a une époque ou une autre ont eu rang de capitales.

 

Un Phra Boripokachédi (พระบริโภคเจดีย์) recouvre des reliques supposées avoir été personnellement utilisées par Bouddha, comme son bol et ses robes de mendiant ou encore d’un très saint de ses disciples. On les trouve également élevés non plus seulement en Thaïlande mais dans les quatre sites sacrés de sa vie, son lieu de naissance à Kapilavastu (กบิลพัสดุ์) au Népal, le lieu où il est devenu éclairé Bodhagaya (พุทธคยา), aux Indes, le lieu où il a prêché son premier sermon Sarnath (สารนาถ) aux Indes aussi et le lieu où il est mort, Kusinara (กุสินารา) toujours aux Indes. L’un des plus connus est la Phrathatchédi du Wat Phrathat doikongmu dans la province de Maehongson (พระเจดีย์ วัดพระธาตุดอยกองมู – แม่ฮ่องสอน) construit dans le style indien en 1874 sur un ancien tumulus d’origine.

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Un Phra Dhamma Chédi  (พระธรรมเจดีย์)  contient des textes de l’enseignement de Bouddha ou de la loi bouddhiste. Citons le Wat Pabantat  « le temple de la forêt de Bantat » (วัดป่าบ้านตาด) situé dans le district de Bantat à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest du centre d’Udonthani (อุดรธานี) construit en 1955 dans un nid de verdure.

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Un  Phra Uthésicachédi  (พระอุเทสิกะเจดีย์) n’est plus un reliquaire proprement dit mais contient une représentation de Bouddha. Ils sont de ceux que l’on construit tous les jours puisque les reliques de Bouddha sont présentement sinon introuvables du moins difficiles à trouver, que ce soient ses cendres ou ses bols d’aumône (14).

 

Modeste Chédi en construction au « temple des douze ascètes » (วัดแก้วสำเร็จ) à Huaymek (Kalasin) :

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Il est un autre type de monument triomphal dont la fonction est la même que celle du chédi, c’est le prang (ปราง) qui devient évidemment un phraprang (พระปราง). C’est un tour de style khmer, adaptation siamoise de tours traditionnelles khmères que l’on trouve partout dans ce qui était autrefois l'Empire angkorien. Le prang est une haute pyramide rectangulaire formée de terrasses étagées dont la dernière supporte en général un sanctuaire modeste par rapport à l’ensemble dans lequel la pyramide joue le rôle principal. Le plus ancien (en général daté du XIIIème siècle) est le prang de Si Sachanalai (ศรีสัชนาลัย) au nord de Sukhotai. Il est composé d’une haute pyramide à gradins supportant un sanctuaire dont les proportions ont été harmonisées. 

 

Extrait de l'ouvrage du Général de Beylié :

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Lien entre les architectures cambodgiennes et siamoises, le prang a ensuite été imité en particulier à Phitsanulok et à Bangkok, le plus célèbre étant celui du Wat Arun (วัดอรุ) « le temple de l’aube », entouré de quatre prangs plus petits daté des débuts de la période d’Ayutthaya (1351). 

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Ils ont été étudiés et longuement décrits par Lunet de La Jonquière (12). Le chédi géant de Nakhon Pathom, découvert par le moine et futur roi Monkut était autrefois une structure en forme de prang. Une réplique de l’original se trouve dans l'enceinte du grand monument. 

 

A 214.1 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

Ce chédi original fut plus tard, sous le règne du Roi Mongkut, complètement recouverte par le grand chédi présent. Chédi  d’inspiration indienne, prang d’inspiration khmère, mélange harmonieux des deux styles pour une même fin, ceci explique que tel ou tel monument peut prendre l’une ou l’autre qualification.

 

La partie supérieure de la flèche d'un Chédi, les cercles superposés en forme de fleurs de lotus porte le nom de hèm (เหม), l’ « or » en langage archaïque, un mot qui, selon Rajathon, vient du sanscrit « hima » qui signifie également l’or, le mot « hima » (หิมะ) devant « la neige » en thaï actuel. L’Himalaya, c’est le « domaine de la neige » en sanscrit, mais sous le soleil, la neige ne brille-t-elle pas comme de l’or ? N’oublions pas que la royauté siamoise à fin de la période d’ Ayutthaya a adopté la théorie khmère de son origine divine, le monarque étant plus ou moins identifié avec Siva, (พระศิวะ – il devint dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana พระอิศวร Phra Isuan) le plus important des dieux de la mythologie hindou qui, comme chacun sait, a sa demeure dans le mont Krailash (เขาไกรลาส), un sommet de la chaine de l’Himalaya situé au Tibet. Les cercles décroissant que l’on voit au somme de la tour symbolisent ou symboliseraient les 17 paradis bouddhistes.

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Il est enfin une autre catégorie de Chédi, édifié par une personne qui l’utilise pour déposer les cendres des personnes disparues et que l’on trouve dans l’enceinte des monastères, parfois dans des lieux inhabités à flanc de montagne. Dans les temps anciens, on y déposait des objets précieux mais cette pratique a rapidement cessé compte tenu des ravages causés par les pilleurs de tombes. Rajathon les appelle des kuk (คุก) dont le sens premier est une « cellule » mais une « prison » en langage contemporain. Mieux vaut utiliser le mot that (ธาตุ) qui, pris isolément signifie « une urne » mais qui nous semble spécifiquement Isan (?). Rajathon déplore encore la dégénérescence des constructions actuelles, qu’il attribue aux entrepreneurs chinois, en ciment préfabriqué, bon marché, démontables et à l’intérieur desquels on ne peut plus rien déposer de précieux. Naturellement, la richesse de la famille apparaît dans la taille et les décorations du cénotaphe.

 

Monument d'un riche cotoyant ceux des pauvres :

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Précisons enfin, ce n’est peut-être pas inutile, que toute allusion ironique à l’authenticité de ces reliques serait particulièrement mal venue. Rajathon, qui passait pour être un « esprit fort » ne s’y hasarde pas même de façon allusive. N’est pas Voltaire qui veut !

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Nous consacrerons un prochain article au bâtiment qui est devenu le lieu majeur du temple, le plus sacré probablement, la chapelle d’ordination.

 

NOTES

 

(1) http://www.dhammathai.org/watthai/watstat.php . La liste qui est longue peut se télécharger sans difficultés.

 

(2)  http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดหนองคาย

 

(3) http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดกาฬสินธุ์

 

(4) http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดเลย

 

(5)  Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

 

(6) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE ».

 

(7) « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam ».

 

(8) « Du royaume de Siam ».

 

(9) « Description du royaume thaï ou Siam », premier volume, 1854.

 

(10) La question de la stèle est devenue un western épigraphique. Elle part d’une découverte « opportune » :

 

En 1834, un moine bouddhiste dénommé Mongkut découvre une stèle datée de l’année 1292. Ecrite en caractères comparables à du thaï  moderne (mais difficiles à déchiffrer et plus encore), elle est immédiatement considérée comme le premier texte écrit en thaï par le roi Ramkhamhaeng qui devient de facto l’inventeur de l’écriture thaï๏ et dont la stèle portera désormais le nom, les souverains donc les historiens et les chercheurs  n’arrivent pas à s’entendre sur les dates de naissance et de mort. L’histoire de ce moine ne s’arrête pas là et devenu Rama IV, il va régner en monarque éclairé sur le Siam de 1851 à 1868, l’un des plus érudits de la dynastie qui a consacré 25 ans de sa vie à l’étude dans son temple. C’est évidemment sous son règne que sa découverte de la stèle,  devient un élément majeur du patrimoine national thaï.

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Alors qu’elle n’avait suscité aucune étude critique de tous les savants essentiellement français qui l’avaient étudiée et traduite avec difficultés, souvent de façon contradictoire, les critiques vont débuter en 1986 (Voir à ce sujet notre article 19 de 2012  « NOTRE HISTOIRE, LA STELE DE RAMAKHAMHENG ». C’est un thaï  critique d’art et non linguiste qui suggère alors que la stèle, selon lui gravée par  Mongkut – Rama IV, ne remonterait  qu’au 19éme siècle. Il se gausse essentiellement de cette découverte « miraculeuse ». De très érudits débats sont alors engagés notamment dans le journal de la Siam society en 1995 en particulier par des articles contradictoires de Michael Wright et Michael Vickery, deux américains spécialistes des langues asiatiques (n° 83 de 1995). Le débat s’est exacerbé et s’est répandu sinon dans le grand public du mois dans le public érudit lors de l’inscription du monument, la question étant moins de savoir s’il s’agissait d’un faux soigneusement confectionné au XIXème que s’il devait être permis de contester son attribution au grand roi de Sukhotay et de déboulonner sa statue. Quelques-uns des arguments des tenants de la première hypothèse semblent à tout le moins éminemment contestables.

 

– La découverte fut-elle l’effet d’un pur hasard. Nous en ignorons le déroulement exact. Quoiqu’il en soit, le moine-érudit avait effectué des fouilles sur ce qui restait des ruines de l’ancienne capitale, cherchant et trouvant. Les grandes découvertes archéologiques sont très rarement l’effet du « hasard ». Le tombeau de Toutankhamon fut  découvert le 4 novembre 1922 par l’archéologue anglais Howard Carter financé par Lord Carnavon qui cherchait là où elle devait se trouver enfouie sous les sables la tombe de l’un des derniers pharaons qui n’avait pas été encore découverte, là où ils étaient inhumés, la Vallée des Rois.

 

– L’écriture serait trop similaire de l’écriture actuelle ? C’est une absurdité : Elle est très partiellement dégradée et surtout l’écriture a subi des changements stylistiques depuis son invention, notamment sur le positionnement actuel des voyelles, un bon lecteur du thaï éprouve autant de difficultés à les lire que nous à lire un manuscrit français de la même époque, faute d’avoir suivi des études de paléographie.

A 214.1 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

– Querelles encore sur le vocabulaire utilisé qui ne serait pas celui utilisé à Sukhotay à cette époque ? C’est assez extravagant, comme si l’on connaissait parfaitement le langage utilisé dans ce royaume au XIIIème siècle. N’oublions tout de même pas que les premiers dictionnaires thaï-français-anglais-latin et les premières grammaires datent du milieu du XIXème siècle et que le premier véritable dictionnaire thaï-thaï qui a normalisé définitivement et à cette date seulement la langue, son écriture et la grammaire, est celui de l’Académie royale ne date que de 1927 (voir en particulier notre article A 204 « LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE ».

 

– Il n’est pas possible de créer un système d’écriture à partir du néant ? Voilà bien une totale absurdité. Nous en avons un remarquable exemple postérieur : Le Vietnamien est une langue tonale comme le thaï (six tons). A l’arrivée des missionnaires, les érudits utilisaient les idéogrammes chinois qui sont adaptés parfaitement à une langue à tons mais dont l’apprentissage nécessite plusieurs années d’un long chemin de croix. C’est Alexandre de Rhodes, missionnaire et jésuite avignonnais qui a doté le pays d’un alphabet utilisant nos lettres latines et de nombreux signes diacritiques pour marquer les tons. Lors de la prise du pouvoir par les communistes en 1975, ceux-ci ont déboulonné sa statue, vestiges du colonialisme et créé de toutes pièces un autre inventeur. Ils se sont vite aperçus du ridicule, la statue est remontée sur son piédestal et hommage est toujours rendu au père jésuite même si, comme le thaï du XIIIème  l’écriture a été améliorée.

 

Et le thaï ? A l’époque de Rakhamheng les érudits, moines ou brahmanes, connaissaient parfaitement les systèmes d’écriture alors en usage, le pallava, écriture brahmanique sacrée venue du sud de l’Inde, utilisée par les Mons, le sanscrit et le pali venu également de l’Inde, le khmer venu de l’est, les idéogrammes chinois et certainement les écritures utilisant l’alphabet latin. Les premiers inventeurs de l’écriture thaïe n’ont pas agi au hasard. Ils ont créé, et bien créé, un alphabet correspondant aux structures propres à leur langue. L’alphabet latin est mal adapté à une langue monosyllabique à tons. C’est certainement de façon délibérée qu’ils ne l’ont pas utilisé plus que les idéogrammes chinois. L’écriture vient pour une grande partie du sanscrit dont le pali n’est qu’un patois. Or, l’alphabet sanscrit ne porte pas comme les alphabets des langues sémitiques l’empreinte d’une longue et pénible invention encore embarrassée dans les liens des caractères figuratifs – on passe insensiblement du dessin d’un rat pour écrire « rat », puis l’idéogramme devient la syllabe « ra » puis la consonne « r » etc… Il semble avoir été formé et conçu par la plus haute intelligence philosophique et analytique  qui ait paru dans le monde. Les indiens prétendent qu’il a été inventé par les Dieux et ils ont donné à leur écriture le nom de เทวนาครี Devanagaril’écriture des dieux, forme ancienne sous laquelle sont écrit encore la plupart des ouvrages sanscrits. Cet alphabet dont la nature est entièrement différente de celle des alphabets sémitiques a donné naissance à tous ceux qui sont en cours en Asie du Sud-est. Pour autant que l’alphabet sanscrit ne fasse pas exception à une règle qui voudrait que toute écriture alphabétique dérive d’une écriture idéographique, il est certain qu’il n’a gardé aucune trace de cette origine. Il date en tous cas de plus de 500 ans avant celui de Ramakhamheng. Disons pour clore un vain débat que de multiples découvertes épigraphiques bien postérieures mais dont la datation n’est pas mise en doute démontrent à suffisance que le même alphabet est utilisé ailleurs, ce qui démolit l’argument linguistique, qu’il soit l’œuvre du roi ou plus probablement celle des érudits qui l’entouraient. Un linguiste américain non dépourvu d’humour a déclaré que de tels arguments permettraient de mettre en doute l’authenticité du texte de la constitution de 1787.

 

(11) Selon le Général de Beylié « L’architecture Hindoue en Extrême-Orient », Paris 1907. Un chapitre remarquablement illustré est consacré au Siam.

 

(12) Lunet de la Jonquière est l’auteur d’un monumental « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » en deux volumes (1897 et 1902) qui déborde très largement sur le Siam. Le second volume lui est en réalité exclusivement consacré.

 

(13) Les chédis ont fait l’objet d’une remarquable et surtout exhaustive étude de Anuman Rajadhon que nous avons souvent rencontré (« Phra Cedi ») dans la revue de la Siam Society (Vol.40 -1 de 1952). Le site https://th.wikipedia.org/wiki/เจดีย์ (en thaï) donne de nombreuses références, toutes en thaï ainsi que le site officiel de la hiérarchie religieuse http://www.dhammathai.org/buddha/g47.php. Il donne la même division en quatre modèles que celle de Rajathon mais une foule de sous-divisions et sous-sous divisions particulièrement complexes et subtiles.

 

(14) Le « marché » ne doit toutefois pas être totalement épuisé. Le Phrathatchédi de Laemso (พระธาตุจดีย์แหสมสอ) à Koh Samui (เกาะสมุย) curieusement isolé en bord de mer a été construite en 1908 pour abriter des reliques de Bouddha qu’un Bonze de l’île avait ramené de Ceylan. Détruit par la foudre, il a dans les années 70 été refait et recouverte de briquettes jaunâtres d’un goût plus ou moins assuré.

A 214.1 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

Le Phrathat Chamlong (พระธาตุจำลอง) daté de 1981 dans le Wat thamphitak (วัดธรรมพีทักษ์ « le temple du dharma protecteur ») du petit village de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) et qui vient d’être repeint à neuf  abrite des cendres de Bouddha. Son nom (Chamlong = « simulé ») nous étonne toutefois un peu ? 

 

 

 

A 214.1 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »
Le Phramahathat Phutthanimit (พระมหาธาตุเจดีย์พุทธนิมิต) du Wat Phuttanimit – Phukhao (วัดพุทธนิมิด - ภูคาว) - « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant » dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์), également dans la province de Kalasin, a  été édifié également au début de ce siècle non loin d’un abri sous roche, lieu de culte d’origine Davarvati, où git un Bouddha couché (« la terre du gisant ») mais du mauvais côté, daté du VIIIème ou IXème siècle. Le chédi tout en pierres de taille contient à la fois une statue de Bouddha couverte d’or et quelques dizaines de statues du même également en pierres de taille. Sa flèche (Pliyot ปลียอด) qui doit s’élever à une cinquantaine de mètres, indique le chemin vers le Nirvana et n’est recouverte « que » de 30 kilos d’or, les Isans sont pieux mais pauvres ! Elle est terminée par une petite boule de verre, yatnamkhang (หยาดน้ำค้าง). Le dôme en forme de cloche appelé ongrakhang  ou rueanthat (องค์ระฆัง - เรือนธาตุ) est la partie du monument qui contient la relique de Bouddha.

 

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SOURCES

 

En dehors de l’ouvrage monumental de Lunet de La Jonquière superbement illustré et de celui du Général de Beylié également joliment illustré, d’autres sources, en ce qui concerne l’épigraphie en particulier :

Louis Finot « Notes d'épigraphie » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

P. Petithuguenin « Notes critiques pour servir à l'histoire du Siam » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 16, 1916. pp. 1-21.

Fournereau « Le Siam ancien: Archéologie, épigraphie, géographie ». Tome I. Paris, 1895 (Annales du Musée Guimet, XXV).

Louis Finot et G. Coedès : « Recueil des inscriptions du Siam. Première partie : Inscriptions de Sukhodaya ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 24, 1924. pp. 265-268.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97-120.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

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G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97

Alors qu’elle n’avait suscité aucune étude critique de tous les savants essentiellement français qui l’avaient étudiée et traduite avec difficultés, souvent de façon contradictoire, les critiques vont débuter en 1986 (Voir à ce sujet notre article 19 de 2012  « NOTRE HISTOIRE, LA STELE DE RAMAKHAMHENG ». C’est un thaï  critique d’art et non linguiste qui suggère alors que la stèle, selon lui gravée par  Mongkut – Rama IV, ne remonterait  qu’au 19éme siècle. Il se gausse essentiellement de cette découverte « miraculeuse ». De très érudits débats sont alors engagés notamment dans le journal de la Siam society en 1995 en particulier par des articles contradictoires de Michael Wright et Michael Vickery, deux américains spécialistes des langues asiatiques (n° 83 de 1995). Le débat s’est exacerbé et s’est répandu sinon dans le grand public du mois dans le public érudit lors de l’inscription du monument, la question étant moins de savoir s’il s’agissait d’un faux soigneusement confectionné au XIXème que s’il devait être permis de contester son attribution au grand roi de Sukhotay et de déboulonner sa statue. Quelques-uns des arguments des tenants de la première hypothèse semblent à tout le moins éminemment contestables.

– La découverte fut-elle l’effet d’un pur hasard. Nous en ignorons le déroulement exact. Quoiqu’il en soit, le moine-érudit avait effectué des fouilles sur ce qui restait des ruines de l’ancienne capitale, cherchant et trouvant. Les grandes découvertes archéologiques sont très rarement l’effet du « hasard ». Le tombeau de Toutankhamon fut  découvert le 4 novembre 1922 par l’archéologue anglais Howard Carter financé par Lord Carnavon qui cherchait là où elle devait se trouver enfouie sous les sables la tombe de l’un des derniers pharaons qui n’avait pas été encore découverte, là où ils étaient inhumés, la Vallée des Rois.

– L’écriture serait trop similaire de l’écriture actuelle ? C’est une absurdité : Elle est très partiellement dégradée et surtout l’écriture a subi des changements stylistiques depuis son invention, notamment sur le positionnement actuel des voyelles, un bon lecteur du thaï éprouve autant de difficultés à les lire que nous à lire un manuscrit français de la même époque, faute d’avoir suivi des études de paléographie.

– Querelles encore sur le vocabulaire utilisé qui ne serait pas celui utilisé à Sukhotay à cette époque ? C’est assez extravagant, comme si l’on connaissait parfaitement le langage utilisé dans ce royaume au XIIIème siècle. N’oublions tout de même pas que les premiers dictionnaires thaï-français-anglais-latin et les premières grammaires datent du milieu du XIXème siècle et que le premier véritable dictionnaire thaï-thaï qui a normalisé définitivement et à cette date seulement la langue, son écriture et la grammaire, est celui de l’Académie royale ne date que de 1927 (voir en particulier notre article A 204 « LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE ».

– Il n’est pas possible de créer un système d’écriture à partir du néant ? Voilà bien une totale absurdité. Nous en avons un remarquable exemple postérieur : Le Vietnamien est une langue tonale comme le thaï (six tons). A l’arrivée des missionnaires, les érudits utilisaient les idéogrammes chinois qui sont adaptés parfaitement à une langue à tons mais dont l’apprentissage nécessite plusieurs années d’un long chemin de croix. C’est Alexandre de Rhodes, missionnaire et jésuite avignonnais qui a doté le pays d’un alphabet utilisant nos lettres latines et de nombreux signes diacritiques pour marquer les tons. Lors de la prise du pouvoir par les communistes en 1975, ceux-ci ont déboulonné sa statue, vestiges du colonialisme et créé de toutes pièces un autre inventeur. Ils se sont vite aperçus du ridicule, la statue est remontée sur son piédestal et hommage est toujours rendu au père jésuite même si, comme le thaï du XIIIème  l’écriture a été améliorée.

Et le thaï ? A l’époque de Rakhamheng les érudits, moines ou brahmanes, connaissaient parfaitement les systèmes d’écriture alors en usage, le pallava, écriture brahmanique sacrée venue du sud de l’Inde, utilisée par les Mons, le sanscrit et le pali venu également de l’Inde, le khmer venu de l’est, les idéogrammes chinois et certainement les écritures utilisant l’alphabet latin. Les premiers inventeurs de l’écriture thaïe n’ont pas agi au hasard. Ils ont créé, et bien créé, un alphabet correspondant aux structures propres à leur langue. L’alphabet latin est mal adapté à une langue monosyllabique à tons. C’est certainement de façon délibérée qu’ils ne l’ont pas utilisé plus que les idéogrammes chinois. L’écriture vient pour une grande partie du sanscrit dont le pali n’est qu’un patois. Or, l’alphabet sanscrit ne porte pas comme les alphabets des langues sémitiques l’empreinte d’une longue et pénible invention encore embarrassée dans les liens des caractères figuratifs – on passe insensiblement du dessin d’un rat pour écrire « rat », puis l’idéogramme devient la syllabe « ra » puis la consonne « r » etc… Il semble avoir été formé et conçu par la plus haute intelligence philosophique et analytique  qui ait paru dans le monde. Les indiens prétendent qu’il a été inventé par les Dieux et ils ont donné à leur écriture le nom de เทวนาครี Devanagaril’écriture des dieux, forme ancienne sous laquelle sont écrit encore la plupart des ouvrages sanscrits. Cet alphabet dont la nature est entièrement différente de celle des alphabets sémitiques a donné naissance à tous ceux qui sont en cours en Asie du Sud-est. Pour autant que l’alphabet sanscrit ne fasse pas exception à une règle qui voudrait que toute écriture alphabétique dérive d’une écriture idéographique, il est certain qu’il n’a gardé aucune trace de cette origine. Il date en tous cas de plus de 500 ans avant celui de Ramakhamheng. Disons pour clore un vain débat que de multiples découvertes épigraphiques bien postérieures mais dont la datation n’est pas mise en doute démontrent à suffisance que le même alphabet est utilisé ailleurs, ce qui démolit l’argument linguistique, qu’il soit l’œuvre du roi ou plus probablement celle des érudits qui l’entouraient. Un linguiste américain non dépourvu d’humour a déclaré que de tels arguments permettraient de mettre en doute l’authenticité du texte de la constitution de 1787.

 

(11) Selon le Général de Beylié « L’architecture Hindoue en Extrême-Orient », Paris 1907. Un chapitre remarquablement illustré est consacré au Siam.

 

(12) Lunet de la Jonquière est l’auteur d’un monumental « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » en deux volumes (1897 et 1902) qui déborde très largement sur le Siam. Le second volume lui est en réalité exclusivement consacré.

 

(13) Les chédis ont fait l’objet d’une remarquable et surtout exhaustive étude de Anuman Rajadhon que nous avons souvent rencontré (« Phra Cedi ») dans la revue de la Siam Society (Vol.40 -1 de 1952). Le site https://th.wikipedia.org/wiki/เจดีย์ (en thaï) donne de nombreuses références, toutes en thaï ainsi que le site officiel de la hiérarchie religieuse http://www.dhammathai.org/buddha/g47.php. Il donne la même division en quatre modèles que celle de Rajathon mais une foule de sous-divisions et sous-sous divisions particulièrement complexes et subtiles.

 

(14) Le « marché » ne doit toutefois pas être totalement épuisé. Le Phrathatchédi de Laemso (พระธาตุจดีย์แหสมสอ) à Koh Samui (เกาะสมุย) curieusement isolé en bord de mer a été construite en 1908 pour abriter des reliques de Bouddha qu’un Bonze de l’île avait ramené de Ceylan. Détruit par la foudre, il a dans les années 70 été refait et recouverte de briquettes jaunâtres d’un goût plus ou moins assuré. Le Phrathat Chamlong (พระธาตุจำลอง) daté de 1981 dans le Wat thamphitak (วัดธรรมพีทักษ์ « le temple du dharma protecteur ») du petit village de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) et qui vient d’être repeint à neuf  abrite des cendres de Bouddha. Son nom (Chamlong = « simulé ») nous étonne toutefois un peu? Le Phramahathat Phutthanimit (พระมหาธาตุเจดีย์พุทธนิมิต) du Wat Phuttanimit – Phukhao (วัดพุทธนิมิด - ภูคาว) - « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant » dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์), également dans la province de Kalasin, a  été édifié également au début de ce siècle non loin d’un abri sous roche, lieu de culte d’origine Davarvati, où git un Bouddha couché (« la terre du gisant ») mais du mauvais côté, daté du VIIIème ou IXème siècle. Le chédi tout en pierres de taille contient à la fois une statue de Bouddha couverte d’or et quelques dizaines de statues du même également en pierres de taille. Sa flèche (Pliyot ปลียอด) qui doit s’élever à une cinquantaine de mètres, indique le chemin vers le Nirvana et n’est recouverte « que » de 30 kilos d’or, les Isans sont pieux mais pauvres ! Elle est terminée par une petite boule de verre, yatnamkhang (หยาดน้ำค้าง). Le dôme en forme de cloche appelé ongrakhang  ou rueanthat (องค์ระฆัง - เรือนธาตุ) est la partie du monument qui contient la relique de Bouddha.

 

 

SOURCES

 

En dehors de l’ouvrage monumental de Lunet de La Jonquière superbement illustré et de celui du Général de Beylié également joliment illustré, d’autres sources, en ce qui concerne l’épigraphie en particulier :

Louis Finot « Notes d'épigraphie » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

P. Petithuguenin « Notes critiques pour servir à l'histoire du Siam » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 16, 1916. pp. 1-21.

Fournereau « Le Siam ancien: Archéologie, épigraphie, géographie ». Tome I. Paris, 1895 (Annales du Musée Guimet, XXV).

Louis Finot et G. Coedès : « Recueil des inscriptions du Siam. Première partie : Inscriptions de Sukhodaya ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 24, 1924. pp. 265-268.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97-120.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

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G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97-120.Il existe peu de monuments antérieurs à la création du royaume thaï au XIIIème siècle dans les provinces siamoises proprement dites. Nous excluons évidemment les monuments des anciennes provinces cambodgiennes d'AngkorBattambang et Korat. Les tours khmères de Lopburi (Louvo), ancienne principauté vassale des Khmers sont datées approximativement du Xème siècle. Celles de Sukhotai en sont des copies postérieures abâtardies. Elles seraient de la basse époque khmère et auraient pu être construites par des architectes khmers en déplacement. Il semble en effet que les Thaïs du XIIIème siècle étaient de civilisation artistique « peu avancée » n'ayant pas d'architecture propre (11). Ce sont des prangs (ปรางค์), nous y reviendrons. Lunet de la Lajonquière chargé en 1904 et 1905 d'une mission archéologique au Siam, pense que ces peuples se laissèrent plus ou moins impressionner en art par les Khmers d'alors, puis par les Birmans, qui les avaient précédés de plusieurs siècles « dans la voie de la civilisation » et qui se montrèrent presque constamment leurs maîtres dans l’art de la guerre (12).

Venons-en aux monuments proprement dits, à ceux que nous voyons toujours dans les temples, la place d’honneur, objet de ce premier article, revenant à ceux dont l’origine est la plus ancienne, aux sources du bouddhisme, les chédis ou plutôt les « saints chédis » également appelés stupas (évidement « saints » : Phrastupa พระสถูป).

 

On remarque dans de nombreux temples (wat วัด), mais pas dans tous, une structure de forme pyramidale avec une flèche élancée et effilée à son sommet. Elle est pour les Thaïs plutôt qu’un stupa (le mot est sanscrit) un Chédi (เจดีย์) ou Phra Chédi (พระเจดีย์). Il peut y en avoir un seul, alors de grande taille ou plusieurs de différentes tailles et portant différents schémas décoratifs. Le préfixe Phra (พระ) est honorifique, associé à Bouddha, aux prêtres, à la religion ou à la royauté. Nous le traduisons ici faute de mieux par « saint » (13). Phra Chedi, c’est un reliquaire dont l’origine remonte aux origines mêmes du bouddhisme. Dans l'un des livres des saintes écritures bouddhistes, le Dhammapada, (ธรรมะปาดา) est contée l'histoire d'un disciple de Bouddha qui mourut encorné par un bœuf. Il fut incinéré et Bouddha commanda qu’un terrassement soit élevé sur ses cendres, constituant ainsi un tumulus appelé Chédi. Cette coutume n’était pas inconnue à l’époque pré-bouddhiste par les Brahmanes et les Jaïns des temps anciens. De simples tumuli, les Chédi furent exhaussés de diverses constructions toutes symboliques. Il en est hiérarchiquement quatre espèces :

 

Un Phrathat Chédi (พระธาตุจดีย์) recouvre les propres cendres de Bouddha, éventuellement d’un grand monarque ou d’un moine tout particulièrement vénéré. Ce sont assurément les monuments les plus anciens, le phra that yaku (พระธาตุยาคู) de Kamalasai dont seul le soubassement est d’origine est daté de l’époque Davaravati (VIIème siècle). Le site n’a pas été découvert par le moine Monkut (Futur Rama IV)  mais signalé par Erik Seidenfaden en 1922 et inventorié dans les années 30 (Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA ) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE »). Celui de Nakhon Pathom (นครปฐม), Wat Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์), beaucoup plus connu et fréquenté par les fidèles est de la même époque. Il établit incontestablement l’extension de l’empire du Dvaravati jusque sur les rives du Mékong. Il se flatte d’être toujours le plus haut du monde (120 mètres). Il a été « découvert » en ruines par le moine Monkut (Futur Rama IV) qui en ordonna la réhabilitation pour en faire le plus élevé du monde en 1870 après 17 ans de travaux. Sa découverte lui reste attribuée jusqu’à qu’un critique d’art iconoclaste ne lui en dénie la paternité (voir note 10). On les trouve dans les temples de la première catégorie des temples royaux, Wat Phramahathat (วัดพระมหาธาตุ) « le temple du grand reliquaire du Seigneur Bouddha » tel le Wat Phramahathatworamahawihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช), le plus grand et le plus respecté des temples des provinces du sud, qui daterait selon les uns du VIIIème siècle, selon d’autres du XIIème. Il atteint presque 70 mètres de haut et sa flèche est ou serait recouverte d’une couche de 100 kilos d’or. Ces temples, présents à BangkokLopburi, Ayutthaya, Pisanulok et Sukhothai le sont dans des villes qui a une époque ou une autre ont eu rang de capitales.

Un Phra Boripokachédi (พระบริโภคเจดีย์) recouvre des reliques supposées avoir été personnellement utilisées par Bouddha, comme son bol et ses robes de mendiant ou encore d’un très saint de ses disciples. On les trouve également élevés non plus en Thaïlande mais dans les quatre sites sacrés de sa vie, son lieu de naissance à Kapilavastu (กบิลพัสดุ์) au Népal, le lieu où il est devenu éclairé Bodhagaya (พุทธคยา), aux Indes, le lieu où il a prêché son premier sermon Sarnath (สารนาถ) aux Indes aussi et le lieu où il est mort, Kusinara (กุสินารา) toujours aux Indes. L’un des plus connus est la Phrathatchédi du Wat Phrathat doikongmu dans la province de Maehongson (พระเจดีย์ วัดพระธาตุดอยกองมู – แม่ฮ่องสอน) construit dans le style indien en 1874 sur un ancien tumulus d’origine.

 

Un Phra Dhamma Chédi  (พระธรรมเจดีย์)  contient des textes de l’enseignement de Bouddha ou de la loi bouddhiste. Citons le Wat Pabantat  « le temple de la forêt de Bantat » (วัดป่าบ้านตาด) situé dans le district de Bantat à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest du centre d’Udonthani (อุดรธานี) construit en 1955 dans un nid de verdure.

 

Un  Phra Uthésicachédi  (พระอุเทสิกะเจดีย์) n’est plus un reliquaire proprement dit mais contient une représentation de Bouddha. Ils sont de ceux que l’on construit tous les jours puisque les reliques de Bouddha sont présentement sinon introuvables du moins difficiles à trouver, que ce soient ses cendres ou ses bols d’aumône (14).

 

Il est un autre type de monument triomphal dont la fonction est la même que celle du chédi, c’est le prang (ปราง) qui devient évidemment un phraprang (พระปราง). C’est un tour de style khmer, adaptation siamoise de tours traditionnelles khmères que l’on trouve partout dans ce qui était autrefois l'Empire angkorien. Le prang est une haute pyramide rectangulaire formée de terrasses étagées dont la dernière supporte en général un sanctuaire modeste par rapport à l’ensemble dans lequel la pyramide joue le rôle principal. Le plus ancien (en général daté du XIIIème siècle) est le prang de Si Sachanalai (ศรีสัชนาลัย) au nord de Sukhotai. Il est composé d’une haute pyramide à gradins supportant un sanctuaire dont les proportions ont été harmonisées. Lien entre les architectures cambodgiennes et siamoises, le prang a ensuite été imité en particulier à Phitsanulok et à Bangkok, le plus célèbre étant celui du Wat Arun (วัดอรุ) « le temple de l’aube », entouré de quatre prangs plus petits daté des débuts de la période d’Ayutthaya (1351). Ils ont été étudiés et longuement décrits par Lunet de La Jonquière (12). Le chédi géant de Nakhon Pathom, découvert par le moine et futur roi Monkut était autrefois une structure en forme de prang. Une réplique de l’original se trouve dans l'enceinte du grand monument. Ce chédi original fut plus tard, sous le règne du Roi Mongkut, complètement recouverte par le grand chédi présent. Chédi  d’inspiration indienne, prang d’inspiration khmère, mélange harmonieux des deux styles pour une même fin, ceci explique que tel ou tel monument peut prendre l’une ou l’autre qualification.

 

La partie supérieure de la flèche d'un Chédi, les cercles superposés en forme de fleurs de lotus porte le nom de hèm (เหม), l’ « or » en langage archaïque, un mot qui, selon Rajathon, vient du sanscrit « hima » qui signifie également l’or, le mot « hima » (หิมะ) devant « la neige » en thaï actuel. L’Himalaya, c’est le « domaine de la neige » en sanscrit, mais sous le soleil, la neige ne brille-t-elle pas comme de l’or ? N’oublions pas que la royauté siamoise à fin de la période d’ Ayutthaya a adopté la théorie khmère de son origine divine, le monarque étant plus ou moins identifié avec Siva, (พระศิวะ – il devint dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana พระอิศวร Phra Isuan) le plus important des dieux de la mythologie hindou qui, comme chacun sait, a sa demeure dans le mont Krailash (เขาไกรลาส), un sommet de la chaine de l’Himalaya situé au Tibet. Les cercles décroissant que l’on voit au somme de la tour symbolisent ou symboliseraient les 17 paradis bouddhistes.

 

Il est enfin une autre catégorie de Chédi, édifié par une personne qui l’utilise pour déposer les cendres des personnes disparues et que l’on trouve dans l’enceinte des monastères, parfois dans des lieux inhabités à flanc de montagne. Dans les temps anciens, on y déposait des objets précieux mais cette pratique a rapidement cessé compte tenu des ravages causés par les pilleurs de tombes. Rajathon les appelle des kuk (คุก) dont le sens premier est une « cellule » mais une « prison » en langage contemporain. Mieux vaut utiliser le mot that (ธาตุ) qui, pris isolément signifie « une urne » mais qui nous semble spécifiquement Isan (?). Rajathon déplore encore la dégénérescence des constructions actuelles, qu’il attribue aux entrepreneurs chinois, en ciment préfabriqué, bon marché, démontables et à l’intérieur desquels on ne peut plus rien déposer de précieux. Naturellement, la richesse de la famille apparaît dans la taille et les décorations du cénotaphe.

 

Précisons enfin, ce n’est peut-être pas inutile, que toute allusion ironique à l’authenticité de ces reliques serait particulièrement mal venue. Rajathon, qui passait pour être un « esprit fort » ne s’y hasarde pas même de façon allusive. N’est pas Voltaire qui veut !

 

Nous consacrerons un prochain article au bâtiment qui est devenu le lieu majeur du temple, le plus sacré probablement, la chapelle d’ordination.

 

NOTES

(1) http://www.dhammathai.org/watthai/watstat.php . La liste qui est longue peut se télécharger sans difficultés.

(2)  http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดหนองคาย

(3) http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดกาฬสินธุ์

(4) http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดเลย

(5)  Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

(6) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE ».

(7) « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam ».

(8) « Du royaume de Siam ».

(9) « Description du royaume thaï ou Siam », premier volume, 1854.

(10) La question de la stèle est devenue un western épigraphique. Elle part d’une découverte « opportune » : En 1834, un moine bouddhiste dénommé Mongkut découvre une stèle datée de l’année 1292. Ecrite en caractères comparables à du thaï  moderne (mais difficiles à déchiffrer et plus encore), elle est immédiatement considérée comme le premier texte écrit en thaï par le roi Ramkhamhaeng qui devient de facto l’inventeur de l’écriture thaï๏ et dont la stèle portera désormais le nom, les souverains donc les historiens et les chercheurs  n’arrivent pas à s’entendre sur les dates de naissance et de mort. L’histoire de ce moine ne s’arrête pas là et devenu Rama IV, il va régner en monarque éclairé sur le Siam de 1851 à 1868, l’un des plus érudits de la dynastie qui a consacré 25 ans de sa vie à l’étude dans son temple. C’est évidemment sous son règne que sa découverte de la stèle,  devient un élément majeur du patrimoine national thaï.

Alors qu’elle n’avait suscité aucune étude critique de tous les savants essentiellement français qui l’avaient étudiée et traduite avec difficultés, souvent de façon contradictoire, les critiques vont débuter en 1986 (Voir à ce sujet notre article 19 de 2012  « NOTRE HISTOIRE, LA STELE DE RAMAKHAMHENG ». C’est un thaï  critique d’art et non linguiste qui suggère alors que la stèle, selon lui gravée par  Mongkut – Rama IV, ne remonterait  qu’au 19éme siècle. Il se gausse essentiellement de cette découverte « miraculeuse ». De très érudits débats sont alors engagés notamment dans le journal de la Siam society en 1995 en particulier par des articles contradictoires de Michael Wright et Michael Vickery, deux américains spécialistes des langues asiatiques (n° 83 de 1995). Le débat s’est exacerbé et s’est répandu sinon dans le grand public du mois dans le public érudit lors de l’inscription du monument, la question étant moins de savoir s’il s’agissait d’un faux soigneusement confectionné au XIXème que s’il devait être permis de contester son attribution au grand roi de Sukhotay et de déboulonner sa statue. Quelques-uns des arguments des tenants de la première hypothèse semblent à tout le moins éminemment contestables.

– La découverte fut-elle l’effet d’un pur hasard. Nous en ignorons le déroulement exact. Quoiqu’il en soit, le moine-érudit avait effectué des fouilles sur ce qui restait des ruines de l’ancienne capitale, cherchant et trouvant. Les grandes découvertes archéologiques sont très rarement l’effet du « hasard ». Le tombeau de Toutankhamon fut  découvert le 4 novembre 1922 par l’archéologue anglais Howard Carter financé par Lord Carnavon qui cherchait là où elle devait se trouver enfouie sous les sables la tombe de l’un des derniers pharaons qui n’avait pas été encore découverte, là où ils étaient inhumés, la Vallée des Rois.

– L’écriture serait trop similaire de l’écriture actuelle ? C’est une absurdité : Elle est très partiellement dégradée et surtout l’écriture a subi des changements stylistiques depuis son invention, notamment sur le positionnement actuel des voyelles, un bon lecteur du thaï éprouve autant de difficultés à les lire que nous à lire un manuscrit français de la même époque, faute d’avoir suivi des études de paléographie.

– Querelles encore sur le vocabulaire utilisé qui ne serait pas celui utilisé à Sukhotay à cette époque ? C’est assez extravagant, comme si l’on connaissait parfaitement le langage utilisé dans ce royaume au XIIIème siècle. N’oublions tout de même pas que les premiers dictionnaires thaï-français-anglais-latin et les premières grammaires datent du milieu du XIXème siècle et que le premier véritable dictionnaire thaï-thaï qui a normalisé définitivement et à cette date seulement la langue, son écriture et la grammaire, est celui de l’Académie royale ne date que de 1927 (voir en particulier notre article A 204 « LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE ».

– Il n’est pas possible de créer un système d’écriture à partir du néant ? Voilà bien une totale absurdité. Nous en avons un remarquable exemple postérieur : Le Vietnamien est une langue tonale comme le thaï (six tons). A l’arrivée des missionnaires, les érudits utilisaient les idéogrammes chinois qui sont adaptés parfaitement à une langue à tons mais dont l’apprentissage nécessite plusieurs années d’un long chemin de croix. C’est Alexandre de Rhodes, missionnaire et jésuite avignonnais qui a doté le pays d’un alphabet utilisant nos lettres latines et de nombreux signes diacritiques pour marquer les tons. Lors de la prise du pouvoir par les communistes en 1975, ceux-ci ont déboulonné sa statue, vestiges du colonialisme et créé de toutes pièces un autre inventeur. Ils se sont vite aperçus du ridicule, la statue est remontée sur son piédestal et hommage est toujours rendu au père jésuite même si, comme le thaï du XIIIème  l’écriture a été améliorée.

 Et le thaï ? A l’époque de Rakhamheng les érudits, moines ou brahmanes, connaissaient parfaitement les systèmes d’écriture alors en usage, le pallava, écriture brahmanique sacrée venue du sud de l’Inde, utilisée par les Mons, le sanscrit et le pali venu également de l’Inde, le khmer venu de l’est, les idéogrammes chinois et certainement les écritures utilisant l’alphabet latin. Les premiers inventeurs de l’écriture thaïe n’ont pas agi au hasard. Ils ont créé, et bien créé, un alphabet correspondant aux structures propres à leur langue. L’alphabet latin est mal adapté à une langue monosyllabique à tons. C’est certainement de façon délibérée qu’ils ne l’ont pas utilisé plus que les idéogrammes chinois. L’écriture vient pour une grande partie du sanscrit dont le pali n’est qu’un patois. Or, l’alphabet sanscrit ne porte pas comme les alphabets des langues sémitiques l’empreinte d’une longue et pénible invention encore embarrassée dans les liens des caractères figuratifs – on passe insensiblement du dessin d’un rat pour écrire « rat », puis l’idéogramme devient la syllabe « ra » puis la consonne « r » etc… Il semble avoir été formé et conçu par la plus haute intelligence philosophique et analytique  qui ait paru dans le monde. Les indiens prétendent qu’il a été inventé par les Dieux et ils ont donné à leur écriture le nom de เทวนาครี Devanagaril’écriture des dieux, forme ancienne sous laquelle sont écrit encore la plupart des ouvrages sanscrits. Cet alphabet dont la nature est entièrement différente de celle des alphabets sémitiques a donné naissance à tous ceux qui sont en cours en Asie du Sud-est. Pour autant que l’alphabet sanscrit ne fasse pas exception à une règle qui voudrait que toute écriture alphabétique dérive d’une écriture idéographique, il est certain qu’il n’a gardé aucune trace de cette origine. Il date en tous cas de plus de 500 ans avant celui de Ramakhamheng. Disons pour clore un vain débat que de multiples découvertes épigraphiques bien postérieures mais dont la datation n’est pas mise en doute démontrent à suffisance que le même alphabet est utilisé ailleurs, ce qui démolit l’argument linguistique, qu’il soit l’œuvre du roi ou plus probablement celle des érudits qui l’entouraient. Un linguiste américain non dépourvu d’humour a déclaré que de tels arguments permettraient de mettre en doute l’authenticité du texte de la constitution de 1787.

 

(11) Selon le Général de Beylié « L’architecture Hindoue en Extrême-Orient », Paris 1907. Un chapitre remarquablement illustré est consacré au Siam.

(12) Lunet de la Jonquière est l’auteur d’un monumental « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » en deux volumes (1897 et 1902) qui déborde très largement sur le Siam. Le second volume lui est en réalité exclusivement consacré.

(13) Les chédis ont fait l’objet d’une remarquable et surtout exhaustive étude de Anuman Rajadhon que nous avons souvent rencontré (« Phra Cedi ») dans la revue de la Siam Society (Vol.40 -1 de 1952). Le site https://th.wikipedia.org/wiki/เจดีย์ (en thaï) donne de nombreuses références, toutes en thaï ainsi que le site officiel de la hiérarchie religieuse http://www.dhammathai.org/buddha/g47.php. Il donne la même division en quatre modèles que celle de Rajathon mais une foule de sous-divisions et sous-sous divisions particulièrement complexes et subtiles.

 

(14) Le « marché » ne doit toutefois pas être totalement épuisé. Le Phrathatchédi de Laemso (พระธาตุจดีย์แหสมสอ) à Koh Samui (เกาะสมุย) curieusement isolé en bord de mer a été construite en 1908 pour abriter des reliques de Bouddha qu’un Bonze de l’île avait ramené de Ceylan. Détruit par la foudre, il a dans les années 70 été refait et recouverte de briquettes jaunâtres d’un goût plus ou moins assuré. Le Phrathat Chamlong (พระธาตุจำลอง) daté de 1981 dans le Wat thamphitak (วัดธรรมพีทักษ์ « le temple du dharma protecteur ») du petit village de Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) et qui vient d’être repeint à neuf  abrite des cendres de Bouddha. Son nom (Chamlong = « simulé ») nous étonne toutefois un peu? Le Phramahathat Phutthanimit (พระมหาธาตุเจดีย์พุทธนิมิต) du Wat Phuttanimit – Phukhao (วัดพุทธนิมิด - ภูคาว) - « le temple de la vision bouddhiste » « la terre du gisant » dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์), également dans la province de Kalasin, a  été édifié également au début de ce siècle non loin d’un abri sous roche, lieu de culte d’origine Davarvati, où git un Bouddha couché (« la terre du gisant ») mais du mauvais côté, daté du VIIIème ou IXème siècle. Le chédi tout en pierres de taille contient à la fois une statue de Bouddha couverte d’or et quelques dizaines de statues du même également en pierres de taille. Sa flèche (Pliyot ปลียอด) qui doit s’élever à une cinquantaine de mètres, indique le chemin vers le Nirvana et n’est recouverte « que » de 30 kilos d’or, les Isans sont pieux mais pauvres ! Elle est terminée par une petite boule de verre, yatnamkhang (หยาดน้ำค้าง). Le dôme en forme de cloche appelé ongrakhang  ou rueanthat (องค์ระฆัง - เรือนธาตุ) est la partie du monument qui contient la relique de Bouddha.

 

 

 

SOURCES

 

En dehors de l’ouvrage monumental de Lunet de La Jonquière superbement illustré et de celui du Général de Beylié également joliment illustré, d’autres sources, en ce qui concerne l’épigraphie en particulier :

Louis Finot « Notes d'épigraphie » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 1-135.

P. Petithuguenin « Notes critiques pour servir à l'histoire du Siam » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 16, 1916. pp. 1-21.

Fournereau « Le Siam ancien: Archéologie, épigraphie, géographie ». Tome I. Paris, 1895 (Annales du Musée Guimet, XXV).

Louis Finot et G. Coedès : « Recueil des inscriptions du Siam. Première partie : Inscriptions de Sukhodaya ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 24, 1924. pp. 265-268.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97-120.

G. Coedès : « Recueil des Inscriptions du Siam, 2e partie. Inscriptions de Dvāravatī, de Çrīvijaya et de Lăvo ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 446-450.

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G. Coedès « Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 n°1, 1951. pp. 97-120.

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 18:02

TITRE BON

On pourrait penser spontanément que le bouddhisme n’a rien à voir avec  la politique, surtout qu’en Thaïlande  les bonzes n’ont pas le droit de vote et n’ont pas le droit de « faire » de la politique ». Or, nous dit Louis Gabaude, « aujourd’hui, en Thaïlande, alors même que la sainte règle officielle prône que le bouddhisme ne se mêle pas de politique , cette politique reste au cœur des débats publics ou feutrés des bouddhistes (…) les bonzes, les fidèles et les gouvernements débattent ouvertement –dans la presse et dans des commissions ad hoc- sur la place que l’appareil législatif devrait faire au bouddhisme ; ensuite, les partis politiques  se demandent secrètement comment ils peuvent exploiter le potentiel électoral des bonzes ; enfin des groupes bouddhistes minoritaires cherchent comment la société thaïe pourrait mettre en application les principes bouddhistes. » Il nous paraissait intéressant de lire son article intitulé : « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité » pour nous éclairer sur les rapports entre la politique et  le bouddhisme en Thaïlande.*

 

La 1ère ambiguïté ou ambivalence provient du Bouddha lui-même.

 

Louis Gabaude nous explique que l’attitude de Bouddha a autorisé deux lectures et deux pratiques du bouddhisme, l’une « comme un idéal de sortie du monde, l’autre comme un idéal de gestion du monde ».

D’ailleurs pour le Sri Lanka, l’Arakan, la Birmanie, la Thaïlande le Laos, et le Cambodge, l’empereur indien Asoka (c. 299 BC-237)

 

ASOKA 2

 

allait devenir « le modèle du gestionnaire d’une société bouddhiste. Avec lui, le bouddhisme, ou plus exactement le Dharma, la norme des choses énoncées par le Bouddha, est capable d’inspirer une « bonne » gestion de l’ensemble de la société. »

 

DHARMA 3

 

De fait, nous avons pu constater tout au long de notre lecture des « Chroniques royales d’Ayutthaya », en relatant les règnes des différents rois, que la légitimation bouddhiste « ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma

 

LOI DU KARMA

 

et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire »**, mais aussi  par d’autres légitimations comme par exemple, la cérémonie d’intronisation du nouveau roi (qui en faisait l’incarnation de Bouddha et des autres divinités indiennes),  les funérailles solennelles du roi précédent, les  fêtes et les rituels bouddhistes , les pèlerinages, la  construction de temples, l’érection de statues de Bouddha, les dons à la communauté des moines, les éléphants blancs,

 

elephant-blanc-4

 

les guerres victorieuses, etc. (Nous avons consacré trois articles (92, 93, 94), aux moyens de légitimation du roi Naraï)

 

Le roi se trouvait bien investi du pouvoir politique et religieux ; et ceci d’autant plus que le pouvoir des différents rois, des chefs de cités et de villages reposait sur un principe d’organisation politico-religieux, le mueang,  que l’on pouvait décrire comme « un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité ».

 

Bref, nous avions appris que  nous avions un système hiérarchique politico-religieux, où chaque pouvoir est justifié et légitimé par l’autre, une hiérarchie politique, où « à chacun de ses niveaux hiérarchiques correspond un espace territorial plus ou moins vaste et une hiérarchie parallèle des fonctions politiques, le chao mueang exerçant son autorité sur le chef du village chao ban ou « père du village pho ban dirigeant à son tour chaque chef de maisonnée pho heuean », et une hiérarchie religieuse où « les entités spirituelles sont également hiérarchisées en phi mueang divinité du mueang), phi ban (divinité du village) et phi heuean (esprit des ancêtres), « coiffé » par le bouddhisme theravâda qui est venu se superposer sur cette hiérarchie (les grades donnant droit à des fonctions et interprété comme un « mérite » gagné.) ». (Cf. notre article 15**)

 

HIERARCHIE RELIGIEUSE

 

Mais chaque roi  a eu son histoire, sa façon particulière de vivre ce modèle, ce système ;  de s’inspirer du traité des Trois mondes, d’observer « les dix vertus royales »,  de régner selon le Dharma (« c’est-à-dire à la fois l’Ordre, la Norme, la Justice, l’enseignement du Bouddha »), d’obtenir l’appui du Sangha (la communauté monastique),

 

sangha

 

et « l’adoration » de son peuple. Et nous avons bien vu dans notre évocation des « Chroniques royales d’Ayutthaya » qu’effectivement chaque roi a vécu selon son karma particulier, d’où n’étaient exclues, ni violences, ni révoltes, ni guerres, ni l’élimination physique des rivaux, surtout au moment des successions.

 

Mais si « La loi du karma et des mérites est la théorie générale de l’histoire des pays du Theravâda », le karma, précise Gabaude a un caractère ambivalent. Il sert à justifier les positions acquises, mais aussi à expliquer la chute des rois et des puissants. Les perdants ont « épuisé leurs mérites » et les gagnants possèdent ces mérites qui leur ont permis d’accéder au pouvoir. « L’exemple le plus réussi de ce type de rationalisation est celui du fondateur de la dynastie thaïe actuelle Rama 1er (1782-1809),

 

RAMA IER

 

qui argua de la « folie » du roi Tak Sin pour l’évincer et le faire exécuter  (…) Tak Sin avait eu le tort de se prendre sérieusement lui-même pour un monarque universel, puis pour un saint ».

 

Bref, le bouddhisme était bien au service du politique.

 

Cela a été même une constante de toutes les monarchies bouddhistes du theravâda,

 

THERAVADA

 

poursuit Gabaude. Chaque règne a connu ses désordres sociaux et religieux. Les rappeler serait fastidieux. (Cf. « Notre histoire »). Pour en rester à  Tak Sin,

 

TAKSIN

 

il «  dut faire face à une révolte menée par un bonze dont il prouva, manu militari, que les mérites étaient épuisés. Tout en guerroyant pour « pacifier » le pays, il ne manqua pas une occasion de vénérer les centres de pèlerinages locaux, de commanditer des copies du Canon (…) de se poser en protecteur du bouddhisme. » Son successeur Rama 1er fit de même et de citer quelques exemples.

 

Gabaude dans son étude de 33 pages illustrera sa démonstration en s’appuyant sur quelques événements déterminants comme la création de la congrégation Thammayut par le Prince Mongkut (devenu le roi Rama IV (1851-1868), animé ensuite par son fils, le Vénérable Wachirayanwarorot, 

 

wachirayan

 

avec sa réforme et un ensemble de manuels de doctrine et de discipline en thaï, encore utilisé aujourd’hui (« vecteur  de diffusion de la langue thaïe et de son alphabet »),  l’utilisation des bonzes et des pagodes par le roi Chulalongkorn (Rama V (1868-1910) pour mettre en place le 1er système éducatif siamois, la réforme de 1898, l’avènement de la monarchie constitutionnelle en 1932, « avec son contrôle politique des lois gérant la sphère religieuse », les différentes lois d’administration de la communauté religieuse, la Sangha (comme celles de 1902, 1941, 1962), l’utilisation du bouddhisme comme pilier de la nation, et de la thaïté par le pouvoir militaire (surtout celui du maréchal Phibun ((1938-1944) et (1948-1957)),  l’abolition de l’édit de 1941 par le maréchal Sarit Thanarat en 1962, pour utiliser la Sangha dans lutte contre le communisme, avec ses « différents  programmes de développement communautaire centrés sur la communauté villageoise dans lesquels, le supérieurs des monastères devaient être impliqués en raison de leur prestige et de leur influence ». Les exemples sont donc nombreux dans l’histoire, où politique et bouddhisme sont impliqués dans des événements majeurs de l’histoire du Siam et de la Thaïlande. Il ne faudrait rien que moins, pour rester sur les exemples donnés, revenir sur :

  • La propagation de la doctrine de la congrégation Thammayut, comme vecteur  de diffusion de la langue thaïe et de son alphabet »
  • La mise en place du premier système éducatif fondé par Chulalongkorn et animé par les moines.
  • Les différentes réformes ou édits (1898, 1902, 1932, 1941, 1962, 1997)
  • La diffusion du nationalisme et de la mise place de la Thaïness avec la trinité roi, bouddhisme, nation.
  • L’utilisation du bouddhisme dans la justification des pouvoirs dictatoriaux (Phibun, Sarit, etc).
  • Le rôle du bouddhisme dans la politique anti-communiste des années 60, 70.

 

Nota.  

On ne peut pas dans le cadre d’un article de blog reprendre tous ces éléments. Nous avions déjà signalé dans notre article 41, comment le dictateur Sarit avait, pour légitimer sa dictature (1958-1963), remis en  avant le rôle sacré du roi que Phibun avait restreint, avec l’aide des Américains (qui financeront les images du Roi entre autres. Il avait rétabli la pratique de la prosternation avec la tête touchant le sol pour les audiences royales, que le roi Chulalongkorn avait abolie ;  organisé les visites du Roi en Province, avec les multiples « inaugurations » des projets de développement, les remises de diplômes de l’Université … bref, instrumentalisé à son profit une propagande royaliste. Le roi était partout, le roi était de nouveau vénéré.

 

Le bouddhisme « engagé ».

 

A chaque période, des voix de moines ou de laïcs se sont fait entendre et sont intervenues dans le débat politique. Gabaude, pour la période  de la lutte contre le communisme (qui durera jusqu’en 1983) donne quelques exemples de prises de position de certains moines comme Kittivuddho Bhikkhu

 

 

KITHUVODO

 

déclarant  que : « tuer les communistes n’était pas déméritoire », ou à l’inverse en 1968 le bonze Buddhadasa Bhikkhu contestant par exemple, les justifications morales des bombardements américains sur le Nord-Vietnam, critiquant le matérialisme bourgeois, le modernité occidentale, et « l’imposture des politiques  engoncées dans leur hypocrisie religieuse ». 

 

(Cf.  aussi un autre article de Gabaude : Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011. http://www.gavroche-thailande.com/actualites/societe/1663-fractures-sociales-et-bouddhisme-le-regard-de-buddhadasa-bhikkhu)

 

Ou bien encore à la fin des années 1970, le général Chamlong Srimuang qui avec  son conseiller spirituel le moine Bodhirak,

 

BODIRAK

 

et l’aide logistique de sa communauté monastique Santi Asoke deviendra gouverneur de Bangkok en 1985 et en 1990. Il décidera même de fonder un parti politique de caractère religieux en 1988, le Phalang Tham  (la force du Dharma) en vue des élections parlementaires. Il n’obtiendra que 14 sièges à l’Assemblée, et Bodhirak, en 1989, sera contraint avec son groupe de ne plus porter l’habit des moines de Theravâda

On retrouvera Chamlong le 17 mai 1992, à la tête d’une manifestation de 200 000 personnes contre la prise de pouvoir par le général Suchinda, qui fut durement réprimée par l’armée. « Son arrestation, le lendemain, entretint l’agitation dans la rue jusqu’à ce que, le 20, la télévision offrit le spectacle sans précédent des deux généraux, prosternés devant le roi et chapitrés par lui ». Plus tard, le groupe Santi Asoke, bien qu’exclue, lançera avec Chamlong, « une revue de réflexion politique – Rao khit arai [que pensons-nous ?]- qui traite de l’organisation de la cité dans une optique morale et bouddhiste. »

 

Gabaude cite aussi Sulak Sivaraksa***

 

 

SULAK SIVARAKSA

 

qui  est un laïc, « promoteur d’un bouddhisme alternatif qui en a fait la bête noire des militaires ». « Soucieux d’inventer une « théologie » bouddhiste de la libération, il est effectivement le seul penseur d’envergure à essayer d’imaginer comment appliquer les principes bouddhiques à la gestion de la société moderne. » Il est « très dur à l’égard des hommes politiques, des militaires et de l’appareil hiérarchique du bouddhisme thaï, (mais) Sulak n’a pas su captiver les masses bouddhistes ».

Il est néanmoins très actif et a par exemple contribué à fonder en février 1989 en Thaïlande lors de la conférence à Chiangmaï, le Réseau international des bouddhistes engagé(e)s (INEB) qui « est une association de bouddhistes (toute écoles confondues) réunissant les bouddhistes de 11 pays. (Cf. wikipédia).

 

bouddhisme-engage-couv 

  -------------------------

 

Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Ils sont nombreux à évoquer les changements profonds de la société et la ou les crises du bouddhisme, ne serait-ce que par les nombreux articles de presse, dénonçant les scandales de mœurs ou financiers à répétition touchant des moines.

 

Gabaude avait déjà évoqué dans un article : « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande » (1990-1996) ».*** Il y décrivait une crise numérique, une crise morale et une crise de l’autorité. Il évoquait l’explosion démographique qui avait amené la Thaïlande de 8 266 000 habitants en 1911  à dépasser les 60 millions aujourd’hui, avec parallèlement la chute des vocations bouddhistes,  le passage d’une société agraire à une société urbanisée et moderne, des principes du bouddhisme sérieusement malmenés par l’expansion économique, et les nouvelles valeurs du consumérisme , un matérialisme qui touchait même la sangha,une communauté de bonzes qui n’est plus toujours à la hauteur de sa mission première d’éducation et de préservation des préceptes du Bouddha. Et une hiérarchie qui est dépassée.

 

Dans le bouddhisme originel, disait-il, ou dans les sociétés agraires, la communauté locale des bhikkhu, vivait de façon autonome sous l’autorité d’un ancien, qui n’avait aucun mal à identifier et sanctionner les manquements à la discipline. Il était aidé par la deuxième partie du canon bouddhique, le Vinaya-pitaka, un recueil qui lui donnait la Règle à appliquer. Mais aujourd’hui le Conseil suprême de la Sangha est dépassé et ne sait même plus gérer les scandales les plus évidents d’enrichissements, et l'ensemble du clergé a du mal à s'adapter à l'émergence rapide d'une société moderne dans un pays en pleine expansion économique.

 

Les diplômes « prestigieux », dit-il, la course  à l’argent, la société de consommation, les publicités, les médias…  bref, les modèles proposés dans la société moderne seront à l’opposé du renoncement proposé par le bouddhisme, et ne pourront que provoquer sinon une crise, du moins des fortes tensions entre des systèmes de valeurs opposées. (Cf. aussi  les  critiques de Maha Jerm Suvaco, directeur de recherche à l'université bouddhiste Maha Chulalongkorn et chef de file d'un groupe de bonzes réformistes.****)

 

De même, Arnaud Dubus dans son livre consacré à la Thaïlande (« Les guides de l’état du monde, Ed. La découverte), évoquait aussi  « la crise du bouddhisme » avec entre autre  « la subordination de l’Eglise bouddhiste aux intérêts de l’Etat, avec son idéologie nationaliste fondée sur la trilogie nation-religion-roi», et un système de titres et de décorations qui établit « une hiérarchie bouddhique officielle, dirigée par un patriarche suprême (nommé par le Roi) qui préside un Conseil des Anciens » et qui donne  droit « à des bénéfices matériels, faisant d’eux des serviteurs et des subordonnées de la monarchie ».

 

Bref, nous avions le sentiment que nous ne n’étions plus dans l’évidence d’une société qui se distinguait par son éthique et  ses valeurs « bouddhistes », mais par les nouvelles valeurs consuméristes, avec  une forme de bouddhisme, dit Dubus, qui loin de condamner le capitalisme, l’encourage, et de donner en exemple, « les panneaux publicitaires, qui le long des routes de province annoncent les foires du temple, ou bien encore,  des cérémonies où le nom des donateurs et le montant de leurs dons  (sont) annoncés au micro » et surtout le « centre bouddhiste » de Dhammakaya, (qui s’étend sur quelque mille hectares et situé à PathumThani, à quelque 20 km de Bangkok),

 

Wat-Phra-Dhammakaya

 

qui dispose de 100 millions euros d’actifs financiers et qui  a sa propre chaîne de télévision et dont les prêches peuvent oser dire, devant 10  000 ou 20 000 fidèles : « Faites de l’argent  du lundi au vendredi, venez au temple samedi et dimanche pour méditer, et votre esprit sera plus souple et plus clair pour que vous puissiez faire plus d’argent le lundi ». (Dubus, op. cit., p. 188)

 

Le libéralisme, la société de consommation, la société médiatique, la révolution informatique sont bien en train de bouleverser tous les modèles, toutes les valeurs. 

 

On pourra encore voir des manifestations de moines comme celle de juin 2007, où environ 3 000 moines avaient manifesté devant le Parlement,  pour obtenir que le bouddhisme devienne la religion de l’Etat de Thaïlande. On aura encore des hommages « bouddhistes »  au roi actuel, des appels pour vivre de nouveau selon « les valeurs bouddhistes », des tentatives de politiques pour obtenir des appuis religieux lors d’élections, des « bénédictions, des « fêtes bouddhistes », des « rituels » (ordination, mariage, funérailles), etc. Mais les pouvoirs d’antan n’ont plus la même emprise sur les populations.

 

Le roi vieillissant bénéficie encore du respect de la majorité de la population, mais a besoin (ou d’autres en son nom) du crime de lèse-majesté pour faire taire les critiques et les oppositions.

 

ROI

 

L’Etat (et la nation) n’est plus la chasse gardée des aristocrates, des militaires et des milieux d’affaire. Les classes populaires et paysannes ont désormais des représentants au sommet de l’Etat.

 

Et l'Église bouddhique  a perdu une grande partie de sa crédibilité, et doit faire face à une autre « religion », la « révolution consumériste et informatique ». La jeune génération, est désormais plus « branchée sur internet » que sur l’enseignement de bouddha, plus sur les réseaux sociaux que sur les réseaux « religieux ».

 

Il faut en convenir, les relations du bouddhisme et de la  politique en Thaïlande sont entrées dans une nouvelle ère.

       

___________________________________________________________________

 

* « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173

 

Notre modeste article n’est pas une lecture exhaustive et ne prétend pas rendre compte de tous les éléments développés sur 33 pages par M. Gabaude. Vous pouvez donc satisfaire votre curiosité en lisant par vous-même cet article :

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

 

Cf. aussi « Du bouddha qui est sorti du palais aux bouddhistes engagés dans le monde : l’écartèlement de la modernité en Thaïlande », « Extrait de : Religion et politique en Asie : Histoire et actualité, sous la direction de John Lagerwey, Paris, Indes Savantes, 2006, pp. 57-72

Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE, 27/06/2011.

http://www.gavroche-thailande.com/actualites/societe/1663-fractures-sociales-et-bouddhisme-le-regard-de-buddhadasa-bhikkhu

 

*Bibliographie de Louis Gabaude :

http://www.efeo.fr/biographies/Nouveau%20dossier/gabaude.htm

 

**Notre article 15 sur le muang : http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html 

 

Cf. aussi : 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html 

A41:http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

 ***Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257. Pour lire son article :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1996_num_83_1_2412

 

**** Nous avions déjà cité quelques critiques de Maha Jerm Suvaco, directeur de recherche à l'université bouddhiste Maha Chulalongkorn et chef de file d'un groupe de bonzes réformistes (« Le Conseil suprême se réunit tous les quinze jours, mais rien ne se passe. Absolument rien! Il n'y a aucun comité de travail ou secrétariat pour faire appliquer les règles de la Sangha»). Il estimait également que la loi ecclésiastique de 1962, adoptée sous le régime du dictateur Sarit Thanarat, était à l'origine des problèmes actuels.

Cette loi accorde au Conseil suprême de la Sangha tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. 

 

«  Les patriarches  sont nommés à vie, et l'âge moyen dépasse aujourd'hui les 80 ans. Certains seraient devenus peu à peu séniles, incapables de lire ou de comprendre de quoi on leur parle. Mais sans leur accord, rien ne peut se faire... Dans les monastères, le problème se pose autrement. Le bonze supérieur peut ordonner qui bon lui semble et décide seul de la répartition des donations. Bref, il règne en maître absolu sur son temple et ses moines. Et lorsqu'il décide de quitter la Sangha, il peut emporter son pécule, soit une bonne partie des donations. » « La loi ecclésiastique de 1962 fait du bonze supérieur un dictateur en puissance. Le clientélisme et les affaires de pots-de-vin sont notoires dans les temples, mais personne n'en parle par crainte d'être persécuté», explique le vénérable Jerm Suvaco. Et d'ajouter: «Aucune amélioration n'est possible sans une réforme administrative de la Sangha.»(Cf. Article 41)

 

FIN

 

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 18:24
A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Catholiques romains et catholiques orthodoxes célèbrent saint Josaphat sans savoir, du moins l’ont-ils fait pendant des siècles, que ce saint chrétien, était peut-être Bouddha, le 27 novembre pour les catholiques romains, le 26 août pour les grecs et le 19 novembre pour les Russes (le 2 décembre de notre calendrier). Il est entré dans le martyrologue de 1583, compilation de martyrologues antérieurs.

 

Il apparait dans l’énorme « encyclopédie théologique » de l’abbé Migne comme « fils d’un roi des Indes, sur les frontières de la Perse, eut pour maitre Saint Barlaam, ermite. L’ouvrage qui nous donne le détail de leurs actions admirables, et qui est regardé par plusieurs critiques comme un roman, est cependant attribué par le martyrologue romain à Saint Jean Damascène, et cette imposante autorité ne permets pas de regarder comme imaginaire ces deux saints personnages qui sont nommés le 27 novembre ».  

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Saint Barlaam est ainsi qualifié « solitaire en Perse, s’étant déguisé en marchand, pénétra dans un royaume des Indes, ou il convertit le fils d’un roi nommé Josaphat. Ce jeune prince, après avoir régné, du vivant de son père, sur une partie de ses états, renonça au trône pour aller passer le reste de sa vie dans la solitude sous la conduite de Barlaam qui avait été obligé de se sauver pour échapper aux persécutions du père de Josaphat. Les détails de sa vie se trouvent dans un ouvrage attribué à Saint Jean Damascène, mais ils ne sont pas regardés comme authentiques. Quoiqu’il en soit, Saint Barlaam est nommé dans le martyrologue romain sous le 27 novembre » (1).

 

Nous retrouvons « Saint Barlaam et Saint Josaphat, ermites, au désert de Sennaar (Mésopotamie), époque incertaine » dans l’encyclopédie de l’abbé Guérin « Les petits Bollandistes » à la date du 27 novembre dans une plus longue et plus pieuse  version qui est un résumé de l’œuvre de Saint Jean Damascène (2). C’est Saint Jean Damascène qui nous conduit vers l’orient et  – hypothétiquement –- vers Bouddha. Qui est Saint Jean Damascène ? C’est un chrétien de Syrie (« Damascène » parce qu’il était originaire de Damas) qui vécut entre le septième et le huitième siècle auquel on attribue  une « Histoire de Barlaam et de Josaphat » écrite initialement soit en grec soit en arabe, traduite en latin puis en langue romane et répandue en occident à partir du moyen-âge.

 

La très longue version de Saint Jean Damascène (3) a été reprise par Jacobus de Voragine au XIIIème siècle dans sa « légende dorée » (« legenda aurea »), une vie de nombreux saints, (4) et s’est répandue comme une trainée de poudre dans tout le moyen-âge chrétien.  

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Le « Barlaam et Josaphat » devint le récit hagiographique le plus répandu au moyen âge et le moins connu à l'époque moderne. Rien qu'en ancien français, on trouve une quarantaine de manuscrits représentant neuf versions indépendantes de cette légende répandus dans les bibliothèques occidentales (5). Mais s’agit-il bien de l’appropriation de l’histoire de Gautama Bouddha ?

 

Dès le XIXème siècle, de nombreux érudits se sont penché sur la question. Pour Léonard R.  Mills, c’est une certitude (6). 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Il est suivi par partie de la critique selon laquelle l'histoire de « Barlaam et Josaphat » est ou serait une version christianisée et tardive de l'histoire de Siddhartha Gautama, qui devint le Bouddha. Toutefois, le fait que ce soit le Bouddha lui-même —  mort plusieurs siècles avant Jésus-Christ — qui ait été considéré comme un chrétien est aléatoire. Il pourrait s'agir d'un parallèle effectué entre la vie de celui qui est appelé Josaphat — présenté comme un saint chrétien — et le Bouddha. On ne dispose en réalité d'aucune donnée qui pourrait permettre d'identifier ce personnage dont le nom a beaucoup varié au fil des versions pas plus que pour le personnage de Barlaam. Essayons de résumer en quelques lignes la légende qui ressemble singulièrement et en la forme à l’histoire de Bouddha :

 

Le roi Abenner des Indes (un nom d’origine grecque Αβεννηρ) persécutait l'Église chrétienne, fondée dans son royaume par l'apôtre Thomas en 52. Lorsque les astrologues ont prédit que son propre fils serait un jour chrétien, Abenner a alors isolé Josaphat de tout contact extérieur. Malgré ce, Josaphat a rencontré l'ermite Saint Barlaam et s'est converti au christianismeJosaphat a gardé sa foi face à la colère de son père et à ses tentatives pour le convaincre. Finalement, Abenner s'est converti, a remis son trône à Josaphat, et s'est retiré dans le désert pour devenir ermite. Plus tard, Josaphat lui-même abdique et se cache avec Barlaam, son ancien professeur. L'histoire contée par Jacobus de Voragine ressemble donc bel et bien à celle du Bouddha Gautama telle qu'elle se transmet dans la tradition bouddhique. Les noms seuls changent mais en Chine le Maître Kongzi ne pouvait pas imaginer un seul instant qu'il se nommerait un jour Confucius en Occident !

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Peut-on suivre avec un minimum de certitudes le long cheminement de cette histoire qui nous conduit des Indes à la Méditerranée ? Tout commence en Inde, bien évidemment. L’historicité de Bouddha ne peut être mise en doute. Des biographies apparaissent dès les débuts de l’être chrétienne. Le bouddhisme se répand en Asie centrale, grâce, notamment, au grand empire Kushan qui s’étend depuis la vallée du Gange jusqu’aux confins du désert de Takla-Makan, véritable porte d’entrée des célèbres « routes de la Soie ». Entre Chine et Perse, ces routes sont jalonnées de nombreuses villes-oasis par où transitent les marchandises de toute l’Asie mais aussi les religions et leurs légendes. Alexandre-le-grand a rencontré le bouddhisme en Bactriane.

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Dans la ville de Tourfan (dans la province actuelle du Xinjiang chinois) aurait été découvert un fragment d’un manuscrit d’origine manichéenne, écrit en vieux persan, rapportant un dialogue entre deux personnages appelés Bylwhr et Bwdysf (Budasf ?), qui correspondrait à un passage connu de la légende de saint Barlaam et de saint Josaphat (7). Le Perse Mani, fondateur du manichéisme au IIIème siècle se serait lui-même  rendu aux Indes mais en tous cas, chrétien d’origine, il se prétendait inspiré par l’apôtre Thomas qui aurait évangélisé les Indes et souhaitait réaliser une synthèse du christianisme, du zoroastrisme persan et du bouddhisme. 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?
La connaissance de Bouddha pénètrera plus tard le monde arabe et parviendra sur les rives de la Méditerranée :

 

Si les musulmans sont peu sensibles aux vertus ascétiques du bouddhisme, leurs savants et leurs érudits nous  ont transcrit nombre de textes qui sans eux seraient perdus. Mais comment Bouddha serait- -il devenu saint Josaphat ? Située à la frontière de l’Europe et de l’Asie, entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, la Géorgie est l'une des premières nations européennes à avoir adopté la religion chrétienne comme religion officielle, au début du IVème siècle de notre ère (330) et c’est sur ces terres que l’histoire du Bouddha commence à devenir chrétienne. On connait avec certitude des manuscrits géorgiens relatant l’histoire de Balahwar et Iodasaph (IXème, XIème et XIIème siècles).

 

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Les chrétiens, beaucoup plus que les musulmans, sont alors sensibles aux éloges de l’ascétisme. Le monachisme est considéré par les chrétiens comme la meilleure manière de vivre sa foi en Jésus-Christ et la vie de Bouddha – christianisée – devient alors un modèle.  Entrée en territoire chrétien, l’histoire de Bouddha (ou d’un autre monarque devenu ascète ?) va connaître encore de multiples traductions et adaptations avant même le récit de Jacobus de Voragine. Nous avons évidemment une certitude, c’est que de nombreux contacts furent établis très tôt entre le catholicisme des origines et les religions, ou philosophies, orientales et notamment le Bouddhisme. Il est donc permis de penser, sans certitude, que Saint Jean Damascène puis Jacobus de Voragine firent connaître aux chrétiens la philosophie du Bouddha désigné alors par Saint Josaphat (altération possible de Bodhisat(tva) puis Bodhiphat ?).

 

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Mais il est tout aussi plausible, l’histoire de l’Eglise en est surabondamment pourvue, qu’un prince oriental ou occidental ait suivi l’enseignement du Christ en suivant la voie difficile choisie par les apôtres (« tu quitteras ton père et ta mère … ») pour mener une vie ascétique ou érémitique (8). Prétendre que l’Eglise catholique a pu un jour canoniser Bouddha, ce n’est pas le prouver. Nous avons, dans un précédent article, au titre, il est vrai un peu provocateur (9) rappelé que pour le Bouddha, il n'y a pas de Dieu créateur de l'Univers, pas de paradis, pas d'enfer, pas de Messie, pas de Résurrection. 

 

Le bouddhisme ne s'intéresse pas à la métaphysique, à l'origine du monde, aux notions de bien et de mal. C'est une doctrine finalement très pragmatique qui part d'un constat évident : tout est souffrance. Pessimisme total qui rejette même la notion d'âme et rend caduque toute attitude religieuse. Dans la mesure où Dieu n'existe pas, à quoi bon la mystique, les sacrifices, les sacrements ou n'importe quelle forme de culte? Le salut dépend uniquement de la causalité du karma et des moyens de sortir du cycle infernal du samsara. Le Bouddha est authentiquement athée. Sa doctrine vise un seul but : la délivrance. Nous avons à ce propos cité le Pape Jean Paul II (10).

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

La légende de saint Josaphat, prince hindou, fils d'Abenner, converti par le moine Barlaam, peut-elle être l'histoire de Bouddha, transportée en Occident sous forme christianisée ?

 

Nous sommes dans cette légende telle qu’elle nous a été relatée à l’opposé de l'ancienne sagesse indienne qui a exercé un incontestable pouvoir de séduction sur nombre de fervents chrétiens (11). Le mot « amour », le christianisme en a fait le résumé de sa doctrine (même si ses Églises catholiques romaines ou orthodoxe en ont parfois torturé le sens en leurs formes parfois dévoyées), il est le symbole de la délivrance le bouddhisme ne le prononce jamais se cantonnant dans un ascétisme (que d’aucun considéreront comme stérile) face à la maxime chrétienne qui a guidé toute la vie de Saint Josapha : « Tu aimeras Dieu et ton prochain ». 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Ces deux mystiques sont antinomiques, la mystique chrétienne est par essence surnaturelle puisqu'elle attend tout de l'action de l'Esprit, les mystiques de l'Orient - hindouisme et bouddhisme - sont naturelles puisqu'elles avancent, par la seule force de leur ascèse. Cinq siècles d’actions missionnaires en Asie  – le Siam en est la preuve (12) –   ont démontré la futilité de l’entreprise.

 

Les théologiens de Grégoire XIII sous le pontificat duquel a été élaboré le martyrologue de 1583 en étaient parfaitement conscients et connaissaient tout aussi parfaitement leur théologie pour être les enfants spirituels du Concile de Trente et se seraient gardé de canoniser ces personnages probablement légendaires s’ils avaient décelé une once de bouddhisme. On ne peut les taxer de syncrétisme ! Mais il est vrai aussi que l’Église catholique s’est parfois emparée de dieux païens ou de ceux que Saint-Paul appelle « les puissances qui sont dans les cieux » (13) pour les annexer et en faire des Saints.

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?
 

Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale).

 

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Le chiffre  symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle...

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 

(5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?
 

ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 
A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

 Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

 

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

 

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale). Le chiffre biblique symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

 

(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 (5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

 

(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 

Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

 

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

 

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale). Le chiffre biblique symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

 

(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 (5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

 

(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 
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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 02:17
A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

Nous avons rencontré à l’occasion de notre article décrivant le rituel d’une chasse au buffle il y a moins d’un siècle dans la province de Kalasin, Francis-Henry Gilles, cet anglais devenu « Phraya Indra Montri »  auquel nous devons d’avoir recueilli de nombreuses traditions locales le plus souvent en voie de perdition (1). Celle dont nous allons parler est – tout au moins souhaitons-le – devenue obsolète autant qu’elle est morbide et ne subsiste plus que dans quelques mémoires.

 

L’histoire (ou la légende) du prince Monglaï (ม่องล่าย) qui vivait « à une époque lointaine » dans l’actuelle province de Prachuapkhirikhan (ประจวบคีรีขันธ์), fut immortalisée par le roi Rama VI dans une compilation de légendes locales, probablement tirée d’annales chinoises, publiée en 1925 sous le titre de สมุดราชาบุรี « The book of Rachaburi ».

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

Ce texte a été traduit et publié par Gilles dans un premier article de la revue de la « Siam Society » en 1938,  « The Koh Lak tradition » (« la tradition de Koh Lak », nom archaïque de Prachuap (2).

 

Cette légende rapporte, à l’occasion d’une complexe histoire d’amour, l’histoire d’un prince chinois qui tenait de son grand-père, vivant dans le royaume des dieux, un puissant philtre d'amour composée de cire, de poudre et de huile de bois de santal, appelé par les Siamois « Nam Man Phrai » (น้ำมันพราย) « l'huile des esprits ». Un Phrai ou Phiphrai, c’est l’un de ces nombreux Phi malfaisants dont nous vous avons longuement parlé (3). 

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

Nous avons à cette occasion aussi parlé aussi de ce philtre d’amour mais la recette donnée par la traduction du roi Rama VI est plus précise que celle d’Anuman Ratchathon (4). Comme nous le dit notre érudit anglo-siamois « L'amour a une l'influence mystérieuse qui attaque la race humaine, et il peut être obtenu par l'utilisation d'un philtre d'amour, il peut intéresser les lecteurs de cette revue d'apprendre comment ce philtre d'amour est fait ».

 

Nous pouvons doter Gilles, en sus de ses connaissances encyclopédiques, d’un certain sens de l’humour anglais, qui nous a transmis – très pince-sans-rire - la recette elle-même pieusement transmise par le monarque sans mettre en doute son efficacité et qui complète avantageusement celle de Ratchathon qui avait probablement d’autres sources.

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

La première condition est essentielle, il faut disposer d’un cadavre « frais », on comprend évidement pourquoi ; s’il est celui d'une femme morte pendant la grossesse, le philtre d'amour sera très puissant. Celui d’une personne, homme ou femme, morte d'une mort non naturelle, peut également être utilisés, mais la potion est moins efficace (5).

 

Celui que Gilles appelle courtoisement « le médecin » (« doctor »), en réalité un sorcier (หมอผี mophi littéralement expert en phi – c’est ชำนาญ Chamnan un Chaman), qui a l'intention d'obtenir le fluide doit se rendre au cimetière tard dans la nuit accompagné de deux assistants. Il prend avec lui un couteau, une canne sur laquelle ont été inscrites des figures ou des lettres talismaniques, un fil de coton préalablement soumis à des incantations magiques, huit morceaux de tissu sur lequel des chiffres talismaniques ont été écrites leur conférant des pouvoirs magiques pour être mis placés aux huit points cardinaux comme mesure de protection, une bougie connu sous le nom de « bougie de la Victoire » (เที่ยนชัย) avec une mèche en neuf fils torsadés de coton, un morceau de cire d'abeille du poids de un baht, ainsi que de l'eau consacrée et des grains de riz préalablement soumis eux aussi à des incantations magiques. Il faut, bien sûr, se munir d’instruments pour exhumer le corps. Avant de commencer les travaux d'exhumation du cadavre, il est nécessaire de placer le fil consacré autour de la zone de la tombe, et les huit morceaux de tissu portant les chiffres talismaniques doivent être placés à chacun des huit points de l'horizon. Le sorcier se trouve alors à l’intérieur de ce cercle magique et, entrant dans une transe spirituelle, il invoque l'esprit de la personne décédée et lui demande de quitter son enveloppe charnelle. L'esprit sort de la tombe et se dresse devant le médecin mais le plus souvent, il a « la hauteur d'un palmier ».

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

C’est un phiphraï (ผีผราย), un fantôme ou un esprit maléfique qui entre dans le corps des personnes mortes de « mauvaise mort », dans celui d’une femme morte pendant l’accouchement, dans celui de l’enfant s’il est mort-né ou dans celui des personnes mortes de façon accidentelle.

 

Le sorcier, en prononçant certaines incantations, doit l’exorciser pour que sa taille se réduise en lui jetant des grains de riz magiques. L'esprit perd progressivement sa taille, se rétrécit, et finalement se retrouve assis devant le sorcier la tête baissée. L'esprit ayant atteint une taille normale lève les bras et étreint le médecin. Lorsqu’il est dans cette position, le sorcier allume la « bougie de la Victoire » et l'applique sur le front du cadavre afin d'en obtenir les « humeurs du cerveau ». Si toutefois la quantité est insuffisante, le sorcier applique la bougie sous le menton jusqu'à ce que le récipient soit rempli. Ayant obtenu satisfaction, le sorcier applique la « bougie de la Victoire » sous les coudes du cadavre, l’esprit desserre alors progressivement son étreinte et disparaît de son propre gré.

 

Il existe une autre méthode pour obtenir le liquide : La terre de la tombe qui recouvre la partie supérieure du corps est retiré de façon à pouvoir défaire les enveloppes funéraires et placer le cadavre en position assise, attaché à un piquet enfoncé en terre. Le sorcier procède alors au prélèvement du liquide en appliquant une bougie allumée sur  le front ou le menton. Si le cadavre a un masque de cire sur le visage, il doit être enlevé. Un masque de cire est en effet généralement placé sur le visage (6). Mais si l'esprit est puissant, il va tenter d'empêcher le médecin de trouver la tête du cadavre. Le sorcier doit alors creuser jusqu’aux pieds du cadavre pour le déterrer en entier. Mais l'esprit va encore se battre pour l’en empêcher. Il va faire glisser le sorcier dans la tombe et le tenir par la tête. Celui-ci prend alors une canne et tape sur le cadavre jusqu'à ce que l'esprit relâche son emprise ce qui permet de sortir la dépouille de sa tombe. Quelquefois, l’esprit est tellement acharné que, lorsque la tombe est découverte, le corps a disparu. Le sorcier doit alors contraindre l’esprit à le faire revenir en utilisant diverses incantations nécromantiques. Dans le même temps, il doit arroser la zone délimitée par le fil consacré d'eau bénite et répandre les grains de riz.

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

Il n’est pas nécessaire de faire bouillir ou de faire que ce soit d’autre avec le fluide ainsi extrait du corps. Le récipient dans lequel le fluide a été recueilli est fermé et scellé avec une pièce de tissus sur lequel des inscriptions talismaniques ont été écrites.

 

Ce récipient est à son tour placé dans un autre récipient en terre également scellé. Ce pot est conservé à la maison en un endroit dépassant la tête de tous les habitants. On doit lui présenter de la nourriture deux fois par jour (riz, poisson ou viande). Si ce rite n’est pas respecté, l’esprit, affamé, entrera dans le corps du sorcier et lui dévorera les entrailles. L’esprit a faim comme un mortel. C’est la raison pour laquelle les anciens disaient (mais on trouve encore ce diction dans les recueils de proverbes thaïs) :

 

หมอผีตายเพราะผี หมองูตายเพราะงู – Mophitaïpromo Mognoutaïprognou - Le sorcier meurt par la main d'un esprit, le charmeur de serpent par le venin d'un serpent.

 

Ce fluide est d’une grande efficacité et peut être utilisé à de nombreuses fins, pour faire naître le sentiment de l'amour dans le cœur de celui ou celle qui en est touché(e) mais aussi contre les douleurs à l'estomac, les maux de tête, ou d'autres maux.

 

Le fluide peut être absorbé mélangé avec de la nourriture ou de l'eau, ou être enduit sur le corps, le plus facile à faire en fonction des circonstances, mais à chacune de ces utilisations correspond une incantation particulière.

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

S’il est utilisé pour trouver l'amour d'une femme, il peut surgir une difficulté car si elle tombe malade, ses bras et ses jambes sont paralysés et avant longtemps, elle meurt.

 

Il est beaucoup plus difficile de le retirer d'un cadavre masculin, l’esprit s’obstinant à ne pas s’extraire de la personne au sein de laquelle il est entré.

 

Le sorcier peut parfois tomber sur un esprit obstiné et inflexible qui refuse de quitter son enveloppe charnelle. Ce n’est pas rare et le sorcier doit alors fuir pour sauver sa vie.

 

Il y a encore une autre manière d’obtenir cette potion. Elle consiste à prendre le masque de cire d’une personne morte de mort accidentelle et de trouver trois cranes de personnes mortes de la même façon. Les crânes sont utilisés comme les trépieds sur laquelle une marmite est placée pour faire bouillir les ingrédients suivants : de la cire et de l'huile mélangée avec des composantes dont la composition est secrète. Cette décoction est placée dans un pot qui est  placé sur les trois crânes et mis à bouillir en utilisant pour le feu trois différentes sortes de bois comme combustible. Chaque buche du bois de combustion a été recouverte de signes talismaniques. L'endroit où l'ébullition a lieu doit être le point de rencontre de trois lignes et ce lieu d'ébullition doit être délimité par le fil consacrée et les charmes talismaniques placés aux huit points cardinaux pour empêcher l'entrée de tout esprit.

 

Le sorcier, assis en position de méditation, tient la « bougie de la Victoire » dans ses mains, efface son esprit de tous ses sentiments humains de manière à entrer en contact avec le monde des esprits. Il récite certaines incantations devant le pot. S’il est bien versé dans la magie ou les sciences occultes, l’esprit viendra planer au-dessus des trois crânes. Cette potion sera efficace mais pas aussi puissante que celle obtenue de la manière décrite ci-dessus. Lorsque la décoction a été suffisamment cuite, elle est versée dans un plat recouvert et scellé avec un chiffon ou un couvercle en métal sur lequel des signes talismaniques ont été inscrits. Cette potion doit être conservée dans un endroit élevé et l'esprit nourri chaque jour. Son utilisation est la même que la potion obtenue ci-dessus.

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

La question se pose des vertus bénéfiques de la graisse humaine. Il nous est évidemment impossible de répondre, mais l’utilisation de ce produit n’est pas spécifique au Siam. Les procès en sorcellerie ont perduré en France jusqu’au début du XVIIIème siècle, beaucoup d’innoncent(e)s envoyé(e)s au bucher, certes, mais lorsque les minutes judiciaires révèlent cette recette (7) « Les enfants innocents ont presté leur moëlle - Leurs graisses et leurs sucs à fournir des chandelles - Et pour faire trotter les espris aux tombeaux - On offre à Belzebuth leurs innoncentes peaux », on peut légitimement penser qu’il n’y a pas eu d’erreur judiciaire à envoyer celle qui l’avait concoctée avant de fondre des chandelles en graisse de nouveau-né, au bucher. Les « messes noires » que faisait célébrer Madame de Montespan pour conserver l’amour de son royal amant utilisaient probablement des rituels similaires dont l’ingrédient essentiel était le cadavre d’un enfant né prématurément, son sang et sa graisse et des pentagrammes démoniaques pour invoquer Belzebuth, équivalent biblique des Phiphraï (8).

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

La légende du prince Monglaï est située par Gilles entre le XIIIème et le XIVème siècle. Nous aurions pu penser que ce rituel morbide, satanique et probablement venu de la nuit des temps ne subsistait plus qu’à l’état de mauvais souvenir. Sa description par Anuman Ratchathon nous laisse à penser qu’il subsistait, au moins à l’état de souvenir vivace au début du siècle dernier (4) d’autant que, nous le constatons tous les jours, les ผี phi, fastes ou maléfiques, anges ou démons, font partie du quotidien thaï. Nous avons relaté un rituel spécifique au nord-est, à peine moins répugnant mais plus cruel puisque la bête est vivante, la divination dans les entrailles d’un poulet (9) dont Rachathon a constaté l’existence encore au début du siècle dernier. Les progrès culturel des populations ont probablement fait complétement disparaître ces pratiques.

 

Il n’en reste pas moins que les Thaïs restent friand de ces produits qui provoquent l’amour, l’aphrodisiaque pour femmes de Renunakhon (10) ; qu’ils continuent à massacrer allègrement les limules – le crabe des amoureux - pourtant animal protégé comme le Saint-Sacrement par la législation internationale (11). Quant au  « Nam Man Phrai », on en trouve sans difficultés des flacons (fort chers) dont on ne sait trop la composition ? Ils garantissent en tous cas tous le succès. Internet en est rempli. Une publicité nous a toutefois laissés rêveurs :

A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.

NOTES

 

(1) Voir notre article A 93 – « Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ».

F. H. Gilles, né à Plymouth en 1869, officier de la marine royale britannique, entre ensuite dans le service civil en Birmanie puis au Siam. En 1897, il entre au service du gouvernement siamois, branche fiscale. Il est convaincu qu’une bonne fiscalité passe par une connaissance approfondie des populations que l’on doit taxer ! Il parle, en sus du thaï, du pali et du sanscrit, toutes espèces de langues locales. Ami du Prince Damrong, il fut honoré du titre de « Phraya Indra Montri  »  et, devant quitter le service pour avoir perdu la vue, il collabore activement à la « Siam society ». A sa mort en 1952, il reçut un vibrant hommage dans le numéro de la revue de la même année.

 

(2)  « The Koh Lak tradition », volume I de 1938.

 

(3) A 151 – « En Thaïlande, nous vivons au milieu des "Phi" ».

 

(4) Son article « The Phi » publié dans le journal de la « Siam society », volume 41-2 de 1954 nous laisse à penser que cette recette tirée de ses souvenirs d’enfance était encore utilisée aux environs de début du siècle dernier. « Quand une femme morte après accouchement est enterrée, ceux qui ont des dons pour la magie doivent se rendre au cimetière au milieu de la nuit, de préférence le troisième jour après la mort de la femme. Ils déterrent le cadavre en prenant la précaution d’entourer les lieux d’un fil sacré et de prononcer de mystérieuses incantations en allumant des bougies, qui interdiront à l’esprit de la défunte de s’échapper. Une bougie est appliquée sous le menton de la morte sous lequel est placé un récipient en forme de bateau qui reçoit des ruissellements d’huile. Cette huile macabre est placée dans un pot de terre. Lorsque quelques gouttes en sont ensuite répandues sur une jeune fille, celle-ci devient follement amoureuse de celui qui l’en a barbouillée. C’est un infaillible filtre d’amour, nam man phraï (น้ำมันพราย) ».

 

(5) Il faut préciser que, si les Thaïs incinèrent leurs morts comme nous le savons tous, mais les personnes mortes accidentellement ou les femmes mortes enceintes ou en couche étaient enterrées, considérées comme mortes « de mauvaise mort ». Il semble que cette pratique existe ou existait encore il y a quelques années. Au décès accidentel d’un fils de l’une de nos amis, la famille traditionnaliste envisageait une inhumation. Les moines, faute d’un champ d’inhumation, ont préféré la crémation. Le terrain qui était utilisé à cette fin dans l’un de nos villages est devenu le parking du poste de police.

 

(6) Bien que l’auteur ne nous le précise pas, on peut supposer que le visage est recouvert d’un masque pour éviter que la décomposition, rapide sous un climat tropical, ne soit visible. Pour le monarque (nous apprend Monseigneur Pallegoix) avant que n’intervienne la crémation, parfois avant plusieurs mois, le corps était embaumé « au vif argent » et le masque était d’or.

 

(7) Citée par Mariane Closson «  L’imaginaire démoniaque en France » librarie Drooz, 2000.

 

(8) Voir notre article A 154 – « La divination dans les entrailles de poulet en Isan. Une vieille tradition perdue ? ».

 

(9) Il est toutefois difficile d’être plus précis puisque Louis XIV pour enterrer cette affaire dans un « éternel oubli » a fait bruler toutes les minutes de cette procédure.

 

(10) Voir notre article - Notre Isan 28 – « Un aphrodisiaque pour femmes ».

 

(11) Voir notre article A 66 – « Le limule, un philtre d'amour en Thaïlande ? »

 
A 207-  LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI.
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