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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 22:02

 

 

Sa présence est devenue familière aux occidentaux qui fréquentent les restaurants asiatiques, de France en particulier, le plus souvent d’ailleurs chinois ou vietnamiens. Beaucoup considèrent ce magot obèse, souriant mais sympathique comme une représentation du Bouddha ou Siddhartha Gautama. La confusion est regrettable. Si la Thaïlande est le « pays du sourire », « le pays du  Bouddha qui sourit » n’est pas de Thaïlande mais de Chine . De plus le « Bouddha qui sourit » n’est pas Bouddha.

 

 

In the Land of the Laughing Buddha: The Adventures of an American Barbarian in China   – 1924 : 

 

 

Le bouddhisme s’est répandu depuis la Chine au Vietnam ...

 

 

Le temple de Vĩnh Tràng dans le delta du Mékong : 

 

 

 

 

ce qui explique au moins en partie sa présence dans des établissements tenus par des commerçants appartenant à ces ethnies. Ce n’est d’ailleurs pas incompatible avec sa présence dans des édifices religieux bouddhistes thaïs, nous nous en expliquerons.

 

 

 

QUI ÉTAIT LE « BOUDDHA  RIEUR » CHINOIS ?

 

 

C’est un personnage plus ou moins légendaire du bouddhisme chinois ensuite répandu au Vietnam. Pour les Chinois, il est, en transcription pinyin, « Bùdài » et pour les Vietnamiens « Bố Đại ». L’idéogramme chinois 布袋 signifie « sac en toile » car il porte en général un sac sur l’épaule dans ses représentations classiques. Nous sommes donc loin du terme Bouddha qui signifie « l’éveillé »  désignant « celui qui s'est éveillé dans l'illumination.» que l’on qualifie comme  Siddhartha Gautama dans le bouddhisme chinois. Il n'appartent pas au bouddhisme thaï theravada, et est parfois considéré comme le « Maitreya », un mot sanscrit qui signifie « amical » ou « bienveillant ». Il caractérise le prochain Bouddha à venir ou à revenir  lorsque le dharma, l'enseignement du bouddha Siddhartha Gautama ou Sakyamuni, aura disparu. Il est le plus souvent représenté en train de sourire ou de rire, et les Chinois le surnomment parfois « le Bouddha riant » () ce qui peut d’ailleurs expliquer la confusion que font certains occidentaux avec Gautama Bouddha.

 

Selon la légende, Bùdài  était un moine excentrique qui aurait vécu en Chine sous la  dernière dynastie des Liang (907–923 ap. J.-C.). Il était originaire de Fenghua une ville du centre du pays. Tous le considéraient comme un homme bon. Différent de tous les autres moines, il était joyeux et riait souvent de bon cœur en rappelant à tous de profiter de la vie pour être heureux. Selon la légende, son sac était rempli de bonbons qu’il distribuait aux enfants qui l’adoraient et s’amusaient à tapoter sa bedaine. Selon d’autres légendes, il aurait été une réincarnation d’un dieu de la fertilité, son ventre symbolisant une récolte abondante.

 

Au cours d’ailleurs de l'histoire du bouddhisme japonais zen qui est mahayana, il y eut plusieurs personnalités remarquables dont on se souvient sous le nom de « bouddhas ».

 

Il est d’évidentes différences visuelles distinctes dans la représentation dont notre Bouddha et le Bouddha rieur font l’objet. Le Bouddha de nos temples présente toujours une figure hiératique sur un corps grand et élancé, souvent ascétique.

 

 

 

 

Nous sommes aux antipodes de ce poussah rigolard. Ces deux représentations sont le résultat idéal des traditions religieuses, culturelles et folkloriques qui se sont développées au cours des siècles.

 

 

 

 

QUI SONT LES « BOUDDHAS RIEURS » DE THAÏLANDE» ?

 

 

Chez les Chinois de souche.

 

 

 La présence de représentation de ce Bouddha rieur  en Thaïlande est constante dans les temples de bouddhisme chinois. L’origine chinoise de la population  y est massive et les temples de ceux qui ont conservé la religion de leurs ancêtres ne l’est pas moins. Nous le trouvons, que ce soit dans la statuaire, l’iconographie, les amulettes...

  

 

 

 

 ..ou les images pieuses. Il porte ici le nom de Phra Siariyamettrai (พระศรีอริยเมตไตรย) Nous le voyons en général entouré de deux Bodhisattvas (โพธิสัตว์), ainsi sur cette image pieuse répandue à profusion,  

 

 

. .. à gauche sur la photographie  Phra Photsatkuanim (พระโพธิสัตว์กวนอิม)

 

 

Temple chinois de Mukdahan :

 

 

 

 

et à droite  Phra Phutachikong  (พระพุธจี้กง).

 

 

 

 

Que ce soit dans le bouddhisme theravada ou le mahayana, il existe un grand nombre de Bodhisattvas. N’entrons pas dans des détails théologiques qui nous dépassent, ce sont des personnes qui sont en passe d’acquérir la sainteté, de devenir des Bouddhas à leur tour. En première analyse, ce sont des Phra Arahanta (พระอรหันต์), équivalents des saints chez les chrétiens.

 

 

 

Chez les bouddhistes thaïs.

 

 

Il existe une représentation très similaire qu’il ne faut pas confondre avec le Budaï Phra Siariyamettrai de Chine. Il est Phra Sangkatchai (พระสังกัจจายน์) et en pali Maha katchayonthera (มหากัจจายนเถระ) (Car originairement un compagnon de Bouddha). C’était  aussi un Arahanta dont le maître louait le talent pour expliquer le Dharma. Il était aussi d’une exceptionnelle beauté telle qu’il attirait les femmes et les hommes et que les créatures célestes et les disciples le comparaient à Bouddha. Indigné de cette comparaison, il décida alors de se transformer en un homme laid au corps exagérément gras.

 

 

 

 

Il est difficile de les distinguer. Si en général Phra Sangkatchai se trouve dans les temples bouddhistes thaïs et Budai dans les temples bouddhistes chinois qui sont faciles à reconnaître,

 

 

Temple chinois de Maenam (Kohsamui)

 

 

 

 

 

ils peuvent coexister pacifiquement dans des temples thaïs qui accueillent à la fois les bouddhistes locaux et les bouddhistes chinois. Phra Sangkatchai pour sa part porte sa robe à la façon bouddhiste theravada, pliées sur une épaule, l’autre à découvert

 

Budai porte les robes à la chinoise, couvrant les deux bras mais laissant la partie antérieure du haut du corps découverte

 

 

Budaï dans l'enceinte du temple bouddhiste thaï de Plailaem (Kohsamui) :

 

 

 

 

 

Singulière coexistence pacifique d’un bouddhisme theravada que l’on peut considérer comme orthodoxe et celle d’un bouddhisme mahayana, tardif que l’on peut considérer comme schismatique, une espèce de syncrétisme sans guerre de religion.

 

 

Mais quel que soit l'origine du « bouddha rieur », retenons qu'il représente surtout la générosité, la fortune et l'abondance, ce que tous ses fidèles espèrent.

 

 

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 22:01

 

 

L’histoire des monuments bouddhistes du Siam  (tamnan phrapphutthachedi sayam ตำนาน พระพุทธเจดีย์สยาม) est l’œuvre du Prince Damrong (Kromphraya Damrong Rachanupapกรมพระยาดำรงราชานุภาพ) qui fut diffusée en 1926 lors des  cérémonies de crémation de sa mère la princesse consort  Chaochommandachum (เจ้าจอมมารดาชุ่ม).

 

 

Une deuxième édition le fut ensuite en 1947 avec quelques modifications textuelles puis une troisième en 1960 comportant des notes du prince Diskul   (Chaosuphatdit  Ditkun - เจ้าสุภัทรดิศ ดิศกุล)

 

 

à l’occasion des cérémonies de crémation  du patriarche  Kromluang Wachirayannawong  (พระสังฆราชเจ้ากรมหลวงวชิรญาณวงศ์) .

 

 

 

 

C’est sous cette forme qu’il a été quelques fois réédité sans que ce soit devenu un succès de libraires (1). Le Prince chausse quelquefois, nous le verrons, les bottes du Roi Rama V son demi-frère qui lui aussi s’est intéressé à l’art ancien, peut-être lorsque le besoin politique s’en faisait sentir.

 

 

Cette chronique qui n’a à ce jour ne semble pas avoir été ni traduite, a été étudiée que récemment, en 2014 par Chatri Prakitnonthakan, un universitaire spécialiste de l’architecture thaïe de l’Université Silapakorn (2).

 

 

 

 

Même si elle ne constitue pas un premier ouvrage relatif à l’art bouddhiste au Siam – elle a le mérite de situer cette histoire dans un contexte  social et politique marqué par la transformation progressive du pays, état coutumier traditionnel  vers une monarchie absolue et centralisée à la fin du XIXe siècle. Il y eut d’autres ouvrages antérieurs mais concernant des lieux ou des monuments spécifiques ou des périodes précises (Dvaravati, Lopburi, Chiang Saen et Sukhothai). Elle est le premier aperçu historique systématique de toute l'histoire de l'art au Siam. Elle peut susciter par exemple des débats sur les années qui marquent le début et la fin de l'art du Dvaravati et l'ampleur de cette forme d'art mais pas sur les raisons socio-politiques pour lesquelles cette forme d’art et les suivantes sont devenues une réalité.

 

 

 

 

L’ouvrage, version 1926, comporte 526 pages, il est précédé d’une introduction du Prince Damrong et se termine par une série de quelques dizaines de photographies qui occupent une soixantaine de pages avec une  qualité aléatoire. Il comprend neuf chapitres (3). Le dernier porte le titre « Sur les monuments bouddhistes au Siam » (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในสยามประเทศ). Il est le plus important du livre (environ un tiers du texte). Il divise et différencie l'art du Siam en 7 périodes. Prince Damrong nous dit « En raison du fait que de nombreuses écoles de bouddhisme sont entrées au Siam aux différentes époques présentées au chapitre 8, les différentes formes de monuments bouddhistes qui apparaissent en Siam correspondent à 7 périodes »

 

 

Epoque Dvaravati  (สมัยทวาราวดี)

 

 

Epoque Srivijaya (สมัยศรีวิชัย)

 

 

Epoque Lopburi (สมัยลพบุรี)

 

 

Epoque  Chiang Saen  (สมัยเชียงแสน)

 

 

Epoque de  Sukhothai  (สมัยสุโขทัย)

 

 

Epoque d’Ayutthaya (สมัยศรีอยุธยา)

 

 

Epoque Rattanakosin (สมัยรัตนโกสินทร)

 

 

 

Cette division  temporelle est celle qui est en général retenue dans l’enseignement de l’histoire de l’art en Thaïlande. Elles peuvent évidemment se chevaucher. Or l’histoire de l’art est inséparable de l’histoire en ce qu’elle est l’apport de la mémoire du passé dans le présent. Son auteur doit alors sélectionner parmi une foule de faits ceux qu'il considère importants pour permettre aux contemporains de comprendre leur passé indissociable de leur présent. Il apparaît donc que l’auteur ne peut prétendre être totalement neutre ni dénuée de parti pris, ni  de préjugés de la classe à laquelle il appartient. Ce n’est pas un reproche fait au Prince Damrong, mais une constatation. L’ouvrage est significativement lié aux changements sociaux et politiques de son pays qui passa d’un état coutumier et- traditionnel au Siam à un État structuré sous forme de monarchie absolue dans la seconde moitié du XIXe siècle.

 

 

L’histoire de l’art au Siam avant le XXe siècle est essentiellement constituée de textes royaux ou de chroniques de style toujours hyperbolique comparant la beauté des œuvres d’art aux paradis célestes. D’autres, purement techniques, consistent en chroniques sur les travaux de restauration. On trouve encore des manuels d’artisans contenant des explications techniques mais aussi des considérations sur l'observation de moments propices et les cérémonies de propitiation connexes. D’autres enfin se rapprochent de ce que nous appelons l’histoire de l’art relatant le plus souvent l’histoire de reliques du Bouddha, légendes locales décrivant les origines de la construction d’importants chedis. Nous n’y trouvons que miracles dont la fonction est de relier le passé en renforçant la foi bouddhiste en créant une dimension sacrée autour de la relique de Bouddha contenue dans le Chedi. Nous avons déjà rencontré plusieurs de ces légendes qui tournent toutes autour de la construction d’un site religieux (4).

 

 

 

La nouvelle conception de l’histoire de l’art selon le Prince Damrong est la suite des  changements intervenus au Siam à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, période de passage à un État moderne. Ce processus a débuté sous le règne de Rama IV ...

 

 

 

....sous la pression du colonialisme associé au réveil du sentiment national et s’est concrétisé sous le règne de Rama V.

 

 

 

La conception de cet état national tourne autour de la réunion d’au moins trois paramètres fondamentaux : des frontières territoriales bien définies -  une histoire nationale et des symboles nationaux.

 

 

 

Les limites territoriales.

 

 

Les frontières de l'État siamois sont nées  de conflits territoriaux avec les puissances coloniales, France et Angleterre qui ont eu le résultat singulier de voir le pays amputé de pans entiers de ses territoires ...

 

 

 

 

  ... mais de renforcer son emprise sur des états tributaires aux limites de l’indépendance qui n’étaient rattachés que par des liens assez flous, tels que le Lanna et Pattani, auparavant autonomes et devenus partie intégrante de l’État siamois moderne dans la première moitié du XXe siècle.

 

 

 

 

Une  Histoire « nationale ».

 

 

La réunion à l’intérieur de frontières désormais assurées d’états anciennement vassaux jouissant d’une relative autonomie implique alors des droits souverains absolus du pouvoir central. Ces états, petits et grands, qui n’avaient jamais eu le sentiment d’appartenir à la même entité se trouvèrent réunis sous le nom de Siam.  Une fois tenus de vivre ensemble sous le statut de nation, la  création de la notion d'appartenance au même groupe s’impose. Nous voyons alors apparaître les récits historiques de la nation comme moyen de mélanger tous les peuples et territoires disparates et de les transformer en une masse homogène.

 

 

 

 

Les symboles.

 

 

Une fois que l'État eut des frontières bien définies et une histoire commune pour soutenir l'intégration dans une nation, l'exigence essentielle finale était constituée par les symboles nationaux. Cette nouvelle conception va entraîner des changements dans l’écriture de l’histoire de l’art quelque peu dégagée des légendes religieuses pour l’intégrer dans l’histoire au sens large même si le bouddhisme reste le ciment fondamental.

 

 

 

 

Tel est le sens de l’ouvrage du Prince Damrong qui tend à démontrer que l’histoire des monuments bouddhistes n’est qu’une composante de l’histoire du Siam.

 

 

 

 

A quelques nuances près, la division en sept périodes fait l’objet d’une adhésion par les historiens, pour ne citer que les Français, Georges Cœdès et Jean Boisselier  dans leur  étude de 1965 sur l’Histoire de l’art en Thaïlande à la différence que la période Chiang Saen  devient Chiang Saen  primitif, celle d’Ayutthaya devient Chiang Saen  tardif  et la période Rattanakosin devient U-Thong. Chatri Prakitnonthakan cite en ce sens d’autres historiens thaïs contemporains.

 

 

Des détails peuvent varier en termes de placement des œuvres d'art dans une période ou dans une autre, de la division en sous-périodes et du développement des formes d'art mais tous restent dans le cadre de la structure établie par le Prince Damrong.

 

 

 

 

Selon l’analyse de l’universitaire Chatri Prakitnonthakan (2) l’œuvre du Prince Damrong n’a pas été écrite seulement pour relater un passé artistique ou décrire  des œuvres d’art situées sur un territoire désormais fixé. Il a également le but de décrire une nation ancienne ayant une longue histoire à travers ses récits sur son art et son architecture. Il l’indique clairement et sans la moindre équivoque dans l’introduction de l’édition de 1926 dans une libre traduction : « Si j’écris ce livre décrivant les monuments bouddhistes siamois, il sera très utile  au moins de faire connaître le passé glorieux du Siam aux gens qui le liront  ».

 

 

 

 

Il a ensuite le but d’exposer l’histoire d’une nation ancienne pour légitimer, à travers l’histoire de son art, la création d’un état moderne qui a émergé dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du siècle suivant.

 

 

 

Dvaravati: l'art de la première période de l’existence du Siam.

 

 

 

 

Le prince Damrong nous dit que l'art de la période Dvaravati englobe les plus anciens monuments bouddhistes du pays, datant environ des années  500 de notre ère. Il était semblable à des formes d'art indien. Il aurait été un grand État couvrant de vastes zones de la partie centrale de la Thaïlande actuelle. Il a atteint Nakhon Ratchasima et Prachinburi, avec une implantation importante à Nakhon Pathom.

 

 

Bien que cet empire soit mal connu, les études universitaires contemporaines situent cette période entre les années 650-1050 de notre ère (5).

 

 

 

 

L'origine de l'art du Dvaravati était liée à la tentative de déclarer Nakhon Pathom comme centre du pays mythique de Suvarnaphum (สุวรรณภูมิ), oú  le roi Ashoka le Grand envoya des émissaires bouddhistes deux cent ans avant notre ère pour propager la religion bouddhiste. Cela ferait du Siam le premier et le plus ancien territoire où le bouddhisme se serait implanté. Cette théorie – qui n’est pas plus incohérente qu’une autre – remonte au Prince Chao Phraya Thiphakorawong (เจ้าพระยาทิพากรวงศ์มหาโกษาธิบดี),

 

 

 

 

...auteur d’une étude sur le Phra Pathom Chedi de Nakon Pathom. Il y écrit (cité par Chatri Prakitnonthakan) : «  Sa Majesté le roi Mongkut nous a fait remarquer qu'il y avait dans la ville de Nakhon Chaisi un grand chedi en forme de « prang sur le dessus et une base ronde en forme de cloche. L'examen a montré qu'il devait être construit il y a longtemps. … Avant de monter sur le trône, Sa Majesté avait fait plusieurs visites pour rendre hommage au chedi. Il était plus important que tous les autres chédis du Siam, selon les enquêtes menées dans tout le royaume, de Chiang Saen et Chiang Mai au nord,  à Nakhon Si Thammarat au sud, ainsi que dans les régions Lao et de Khmer à l'est. … Après examen, il semble être plus ancien que les autres chédis du Siam ».

 

 

 

Pour Rama IV l’existence de cette grande structure antique au milieu de la forêt avait une valeur et un sens pour l'identité de l'État siamois. C'était l'indication de la longue et glorieuse existence d’un pays qui avait adopté le bouddhisme dès l'époque du roi Ashoka le Grand. Dès sa montée sur le trône, il entreprit la restauration du Phra Pathom Chedi non seulement pour une simple restauration afin de perpétuer la religion mais perpétuer aussi la légende d’un passé glorieux confirmant les origines anciennes du Siam.

 

 

 

 

Rama V aussi considérait le Phra Pathom Chedi comme le plus ancien et le plus important monument du Siam qui, selon lui, recouvrait un territoire s’étendant au nord jusqu'à Chiang Saen et Chiang Mai, au sud jusqu'à Nakhon Si Thammarat et à l'est les régions isan (Lao et Khmer). Dans son esprit évidemment, le Siam était passé d’un état coutumier n’ayant aucune frontière physique à un état moderne dont la souveraineté s’étendait à l’intérieur de frontières déterminées. L’expression de la soumission au pouvoir du roi ne se faisait plus au moyen d’un don symbolique d’argent et d’or tous les 3 ans. 

 

 

La connaissance ultérieure de la période Dvaravati par des preuves archéologiques a conduit à la supposition puis à la conviction que l’empire Dvaravati avait pour centre la ville de Nakhon Pathom. Et en raison de son importance marquée  par le  premier chedi construit au Siam et de son lien historique avec la visite des émissaires bouddhistes envoyée par Ashoka le Grand, l'œuvre d'art de la période Dvaravati reflète les origines anciennes du Siam.

 

 

 

 

Cette constatation va légitimer l'annexion des États simplement vassaux  à partir du règne de Rama IV et surtout de Rama V. Elle va susciter la production d'œuvres d'histoire et d'histoire de l'art qui lui répondent.

 

 

 

Nécessité alors s’imposa de construire un nouvel imaginaire démontrant l'appartenance de tous à une même nation par l’élaboration d’une histoire nationale, mémoire commune d’un nouveau Siam que tous les habitants chériraient, conscients de leur identité. Ce fut évidemment la tâche du Prince Damrong « père de l’histoire thaïe » qui y intégra l'histoire de l'art.

 

 

 

 

L’art  de Lopburi.

 

 

On peut situer cette période entre le milieu du IXe siècle et le milieu du Xe. Le Prince Damrong écrit : « Les monuments bouddhistes de la période Lopburi étaient plus dispersés au Siam qu'à d'autres périodes, car ils étaient liés à l'art khom et continuaient à être construits lorsque le peuple khom est venu à la tête de ce pays ».

 

 

 

 

Le terrain est évidemment glissant.

 

 

Les Khmers étaient –ils des Khom (ขอม) ou les Khom étaient-ils une branche des Khmers (Khamen en thaï – เขมร) ? Un débat ethnique que nous nous garderons d’aborder. En tous cas le prince affirme que l'art de Lopburi se distingue de l'art khmer, ce qui reste bien problématique au niveau des caractéristiques distinctives qui le séparent ces formes d'art. Actuellement, les érudits préfèrent parler d’ « art khmer partagé» plutôt que d'art de Lopburi. Pour le Prince Damrong en tous cas, il faut clairement distinguer les deux formes d’art.

 

 

 

 

Le roi Rama V a rédigé une étude (en thaï, citée par Chatri Prakitnonthakan) sur le Wat Ratchathiwat (วัดราชาธิวาส) et son chedi identifié à l’art de Lopburi lorsqu’il le fit restaurer en 1908.

 

 

 

Au vu d’une analyse linguistique pour déterminer l’âge du temple il estima que celui-ci avait probablement été construit à l’époque de la ville de Lavo (aujourd’hui Lopburi), celle qui a précédé la fondation d’Ayutthaya, car à cette époque beaucoup de gens utilisaient le langage Khom. Il ne faut pas négliger le risque suscité par l’analyse du nom du temple, le terme de Khom pouvant laisser à penser qu’il était khmer sur un territoire khmer, ce qui aurait pu être utilisé par les revendications colonialistes puisque seulement deux ans avant l’article de Sa Majesté, en 1906, le Siam avait déjà conclu un traité avec la France lui remettant Battambang, Siem Reap et Sisophon incluant Angkor Vat et Angkor Thom, les deux centres politiques de l'ancien royaume khmer qui tombaient sous souveraineté française. Toutes les œuvres d'art de style khmer (ou khom) construites dans le nord-est de la Thaïlande ont d’ailleurs été identifiées par le colonel Lunet de Lajonquière comme « art khmer » à la fin du règne de Rama V (6), affirmant que la région où toute cette architecture de style khmer avait été construite avait été auparavant sur des territoires khmers ce qui aurait pu susciter des tentatives françaises d’une expansion coloniale à l’est du Siam.

 

 

Aussi le roi Rama V eut-il la précaution de préciser (cité par Chatri Prakitnonthakanque le mot Kampocha était celui d'un territoire de l'Inde centrale à l'époque de Bouddha situé entre l'Inde centrale et la Chine. Le pays de Kampoch réapparut plus tard. Ce nouveau Kampoch n’avait pas de capitale unique, mais comptait 7 royaumes qui s’étendaient jusqu’aux rives du Mékong dans les terres situées à l’extérieur ou au nord de Siam, à proximité de la Birmanie. Dans ces sept royaumes, chacun avait une capitale et une succession de dirigeants. Tous s'appelaient Kampoch. Les principaux dirigeants avaient généralement des relations amicales. La capitale que nous appelons Kampucha n’existait à cette époque que comme un royaume parmi les sept. Krung Si Ayutthaya s’étendait jusqu’à la mer dans le royaume de Lavo, qui était également l’un des sept royaumes. Les temples dont le nom est d’origine khom  étaient sous l’autorité du souverain de Lavo qui avait établi une ville royale à Lopburi avant que la capitale ait été déplacée et établie dans la vieille ville sur la rive ouest. Le nom en fut changé pour Krung Si Ayutthaya.

 

 

 

Ces explications assez tortueuses il faut le dire, tendent à prouver que, même si la langue khom  était pratiquée dans le royaume de Lavo,  Lavo était une ville indépendante à l’origine d'une dynastie qui s'est prolongée jusqu'à Ayutthaya. Cette dynastie était celle des ancêtres des rois d'Ayutthaya et de Bangkok et en aucun cas une dynastie royale des Khmers.

 

 

Ce texte royal est probablement à l’origine de l'expression « art de l'ère Lopburi » reprise par le Prince Damrong son demi-frère en 1926. Ainsi donc l'art produit dans les provinces du nord-est qui apparaissent de style khmer, n'étaient en fait pas dans une région sous contrôle politique des Khmers, mais constitue une classe d'œuvres d'art que l'on peut clairement distinguer en tant que tradition artistique sous l'autorité centrale de Lopburi.

 

 

Cette démonstration n’est-elle pas lumineuse ?

 

 

L’art de Chiang Saen .

 

 

 

 

Le prince Damrong nous dit qu'il y avait beaucoup d’œuvre d'art de Chiang Saen dans le royaume de Lanna (les provinces du nord d'aujourd'hui) vers 1050 de notre ère. Ceci s’explique du fait que cette région fut une terre appartenant à des Thaïs ayant fui le conflit armé avec les Chinois et appartenant à la même famille ethnique que les Thaïs. Ceux-ci ont alors émigré pour établir la ville-capitale  de Sukhothai.

 

 

Son interprétation est la suivante : Lorsque le premier groupe de Thaï est arrivé au Siam, ils ont migré en petits groupes. Pour s'installer n'importe où, ils ont accepté de se soumettre à l’ethnie qui administrait un pays. D'autres groupes ont suivi et le nombre des Thaïs a augmenté progressivement. Cette lignée a fini par devenir autonome à une époque indéterminée et établit une puissance indépendante d'abord sur le territoire de Sip Song Chao Thai, à proximité du Tonkin.

 

 

 

 

Ils ont ensuite envahi le territoire des Khom et se sont établis de manière indépendante dans le pays de Lanna, les provinces du nord d’aujourd’hui, et dans le pays du Lan Xang, aujourd’hui Luang Phrabang et Vientiane. Ils se sont ensuite établis à Sukhothai comme ville royale ayant autorité sur tout le pays du Siam vers 1250 de notre ère.

 

 

Donc, pour le Prince Damrong,  le Lanna et le Siam de Sukhothai étaient  peuplés d’ethnies thaïes. C'était une idée originale puisqu’il était habituel avant lui de considérer que le Lanna était lao. Mais la nécessité d’annexer le Lanna à l’époque de Rama V influença de toute évidence l’explication de l’art apparu sur son territoire liée à Sukhothai qui fut alors baptisé « art de Chiang Saen ».

 

 

Ancienne carte du Lanna  (1850  ?)

 

 

Un autre texte du roi Rama V (cité par Chatri Prakitnonthakan) date de 1917 et a été publié après sa mort. Il concerne l’importance du Phra Phuttha Chinnarat (พระพุทธชินราช) de Phitsanulok auquel il vouait un culte profond. Cette œuvre d’art aurait été produite par des artistes de Chiang Saen (de la dynastie de Chiang Rai) et non par des Lao comme il était généralement admis.

 

 

 

 

Cette représentation de Bouddha est dès lors un symbole réaffirmant le lien ancestral existant entre les habitants du Siam et ceux de Lanna d’autant que, toujours selon Rama V, le monarque sous le règne duquel la statue fut construite avait des rapports familiaux étroits avec les rois Naresuan et le roi Ekathotsarot par leur mère, la reine Wisutkasat (วิสุทธิกษัตรีย์), qui aurait été la fille du roi Maha Chakkraphat de la dynastie de Chiang Rai. 

 

 

 

Cette version de Rama V sur l'histoire du Phra Phuttha Chinnarat est une interprétation purement politique de l’histoire de l’art. Elle a conduit à la construction ultérieure d'une définition de l'art de Chiang Saen par le prince Damrong.

 

L'art de Chiang Saen, que certains universitaires appellent l'art du Lanna,  est peut être proche de l’art du Lan Xang  mais il n’en est pas pour autant lao tout comme celui de Lopburi n’est pas khmer !

 

 

 

L’art de Sukhothai, expression suprême de la Thai-ness.

 

 

 

 

L’incontestable et lumineuse beauté du Phra Phuttha Chinnarat  a été le début d'un processus qui a conduit plus tard à ce que d'autres formes d'art de Sukhothai aient un statut encore plus élevé que celles des périodes précédentes. Toutefois ni Rama V ni le prince Damrong  n'ont pas semblé attribuer un niveau d'importance particulier à l'histoire de Sukhothai, notamment par rapport à Rama IV Ce point est lié à l'idée de nationalisme qui a commencé surtout sous le règne de Rama VI et qui a conduit plus tard à la déclaration de Sukhothai comme première ville royale du peuple thaï.  Cependant, si le prince Damrong n’a pas élevé l’art de Sukhothai à un statut aussi élevé, il lui confère une période distincte de l’histoire de l’art.  Mais  il décrit des points intéressants qui pourraient conduire à considérer l’art de Sukhothai comme l’art idéal  comportant des caractéristiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Par exemple, lorsqu'il décrit le chedi appelé plus tard « chedi en forme de bourgeon de lotus », spécifique à Sukhothai, il écrit : « Un chedi de la période Sukhothai pour lequel il n'a pas encore été déterminé s'il s'agissait d'une nouvelle forme ou d'une forme imitée d’ailleurs, est construit avec 3 bases carrées superposées, sur lesquelles repose un corps à quatre côtés avec un sommet arrondi en forme de grain de riz ». Il nous parle encore de formes particulières d'images de Bouddha qui ont donné  naissance à un style de Sukhothai qui d'est largement répandu vers le nord et le sud, même si ces représentations étaient rarement aussi fines que les originaux.

 

 

 

 

Pour lui l’art de Sukhothai présente des particularités que l’on ne trouve nulle part   ailleurs, des monuments bouddhistes uniques et de toute beauté. En revanche, la description de l'art des autres périodes démontre l’existence de liens avec des formes d'art d'autres territoires, tels que l'art de Chiang Saen chevauchant celui de Lan Xang, l'art de Lopburi étant similaire à l'art khmer et l'art de Srivijaya appartenant à la même culture qu'à Java. Même l'art d'Ayutthaya présentait de nombreuses caractéristiques influencées par l'art khmer.

 

 

La description que nous donne le Prince Damrong de l’art de Sukhothai est tout simplement celle du modèle spécifique de la nation thaïe et la forme classique de l'art thaï.

 

Cet art a directement inspiré la galerie pourtournante du  temple  Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) de Nakhom Pathom (นครปฐม) à 50 km au sud-ouest de Bangkok qui est le lieu le plus vénéré et peut-être le plus ancien du bouddhisme thaï.  C’est sous le règne de feu le roi Rama IX que le temple devint le modèle de l’iconographie bouddhiste thaïe. Les quatre-vingt statues en bronze ont été offertes par de pieux bouddhistes en 1983-84. Elles sont toutes du style de Sukhothai. Parmi ces statues, soixante-six représentent divers épisodes de la vie de Bouddha, huit sont en relation avec chacun des jours de la semaine avec traditionnellement deux images pour le mercredi, l’une pour la journée, l’autre pour la nuit, concernant le jour de naissance des fidèles. Douze autres sont en relation avec les mois lunaires et douze autres encore en relation avec le cycle duodénaire. Sept encore évoquent les sept saints lieux où Bouddha résida dans les sept semaines après l’illumination. Elles sont toutes du style de Sukhotai. Le nombre de quatre-vingt évoque le nombre d’années (80) de l’ultime existence de Bouddha. Nous lui avons consacré un article (6).

 

 

 

L’œuvre du Prince Damrong même si elle peut susciter des critiques par un chauvinisme parfois un peu trop visible reste à ce jour l’une des œuvres de l'histoire de l’art les plus importantes dans le monde universitaire thaïlandais. Elle n’a à ce jour reçu que peu d’attention. Remercions Chatri Prakitnonthakan de nous l’avoir fait découvrir.

 

 

 

(1) L’édition de 1926 est numérisée intégralement sur le site américain archives.org :

https://archive.org/details/unset0000unse_e9h7

Elle est disponible également  numérisée sur le site de la bibliothèque Vajurayana  sans les photographies :

https://vajirayana.org/ตำนานพุทธเจดีย์

 

 

(2)  « Rethinking Tamnan Phutthachedi Siam :  The Rise of New Plot within Thai Art History » :

https://www.academia.edu/7485464/Rethinking_Tamnan_Phutthachedi_Siam_The_Rise_of_New_Plot_within_Thai_Art_History

 

(3) Les titres en sont les suivants :

Chapitre 1 - Sur la raison des monuments bouddhistes (ว่าด้วยมูลเหตุที่เกิดพุทธเจดีย์)

Chapitre 2 - Sur l’histoire des monuments bouddhistes  (ว่าด้วยประวัติพุทธเจดีย์)

Chapitre 3 – Sur l’histoire du bouddhisme (ว่าด้วยประวัติพุทธเจดีย์)

Chapitre 4 - Sur la raison de la représentation de Bouddha (ว่าด้วยพระพุทธรูปปางต่าง ๆ)

Chapitre 5 – Sur les Différentes postures des représentations de Bouddha  (ว่าด้วยพระพุทธรูปแลรูปพระโพธิสัตว์ซึ่งเกิดขึ้นในคติมหายาน)

Chapitre 6 - Sur les Images de Bouddha et de Bodhisattva dans la tradition mahayana (ว่าด้วยพระพุทธรูปแลรูปพระโพธิสัตว์ซึ่งเกิดขึ้นในคติมหายาน)

Chapitre 7  - Sur les monuments bouddhistes dans différents pays  (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในนานาประเทศ)

Chapitre 8 - Sur le bouddhisme au Siam

(ว่าด้วยพระพุทธสาสนาในประเทศสยาม)

Chapitre 9 -  Sur les monuments bouddhistes au Siam » (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในสยามประเทศ).

Si le dernier chapitre 9 qui est d’ailleurs le plus long -  est le plus intéressant pour nous, nous trouvons en particulier dans le chapitre 2 des explications sur l’origine de la construction des temples, ses images de Bouddha et des objets ayant un rapport artistique avec le bouddhisme depuis l’illumination de Bouddha.

Le chapitre 3 relate l'histoire du bouddhisme en Inde et son évolution, en soulignant la période d'Asoka le Grand qui fit du bouddhisme la principale religion de l'Inde et expliqua les objets d'art de cette époque.

Le chapitre 4 explique les origines et l'arrière-plan de la construction d'images de Bouddha en Inde.

Le chapitre 5 traite de la popularité des neuf postures de Bouddha et des huit formes de tablettes votives.

Le chapitre 6 traite de la division du bouddhisme en deux traditions, à savoir le Hinayana (Theravada) et le Mahayana, qui s'est étendu de l'Inde du Nord.

Le chapitre 7 explique les différentes formes artistiques de monuments bouddhistes dans différents pays, ainsi que leurs formes et caractéristiques distinctives.

Le chapitre 8 traite du bouddhisme au Siam en ses périodes successives.

(4) Voir nos nombreux articles :

 

A 213  - LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/c6a2632b59a60d269889a26c625734da339297b4

 

 

 

 

A 251 - LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

 

 

A 302 - LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE KANTARAWICHAI

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/4f42b76b2ac37ef36003e0b85e38540d8eb3840e

 

 

 

A 303 - LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE VIENTIANE ET UN TRÉSOR AU FOND DU MÉKONG.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-303-la-legende-des-trois-bouddhas-de-vientiane-et-un-tresor-au-fond-du-mekong.html

 

 

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

 

 

A 310 - NAKHON EKKACHATHITA, LA CITÉ KHMÈRE ENGLOUTIE DANS LE GRAND LAC DE SAKON NAKHON : MYTHE OU RÉALITÉ ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-309-nakhon-ekkachathita-la-cite-khmere-engloutie-dans-le-grand-lac-de-sakon-nakhon-mythe-ou-realite.html

 

 

 

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 22:01

 

Avec « Les Thaïlandais, Lignes de vie d'un peuple » (1) nous vous présentons ici le troisième livre d'Eugénie Mérieau, après « Les Chemises rouges de Thaïlande » et « Idées reçues sur la Thaïlande », mais en choisissant de traiter le point de vue politique. (2) 

 

 

Sa « Note d'intention » annonce son objectif : mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes du pays, dont elle donne d'entrée quelques éléments, à savoir : l'apparente liberté/joug d'une dictature militaire ; pays du sourire, bonhomie légendaire/réalité de la misère, des bordels, de la drogue et de la corruption ; deux Thaïlande (L'urbaine (Avec Bangkok) / la rurale, néanmoins unis par un sentiment national ; « une Thaïtude » (La thainess) définie par la devise « Nation, Religion, Monarchie » qu'il faut interroger dans l'exclusion  des millions de minorités lao ou malaise, dans le bouddhisme qui légitime les inégalités, dans la monarchie qui unit « quatre régions aux identités si fortement différenciées : le Nord, le Nord-Est (Isan), le Sud et le Centre qui abrite Bangkok ».

 

 

Avec le constat que la Thaïlande du XXIe siècle « craquelle» dans ses mythes fondateurs traditionnels, ciment du nationalisme, que le bouddhisme perd son autorité morale sous l'effet du capitalisme et de l'individualisme, que les fondements de la monarchie sont remis en question  .....

 

(Lesquels ? Par qui?),

 

... . que le pays traverse une crise identitaire, hésite dans ses choix politiques, ses valeurs …

 

 

Son introduction présentera « Les mythes fondateurs de l'identité thaïlandaise » (Le nom du pays, la grandeur des rois thaïlandais, l'indépendance de nation thaïe) en montrant leurs limites avec le « patchwork d'influences étrangères »,  la thainess aux formes floues qui se crispe aux frontières comme le Sud musulman, rebelle à l'autorité bouddhiste de Bangkok,

 

 

 

le Nord-Est au passé communiste, les ethnies des hauts plateaux du Nord aux pratiques animistes, mais aussi à d'autres marges comme les terres d'exil où vont se réfugier les opposants politiques, ou même certains étudiants au sein des universités ; une thainess aux mains des militaires qui se servent de la loi de lèse-majesté pour punir ou faire taire tout opposant.

 

 

Mais curieusement E. Mérieau ne dit rien sur ce qui fait l'originalité de ce livre - divisé en 6 chapitres -  composés de  28 questions suivies soit d'un entretien (12), ou d'une rencontre (8), ou d'un portrait, ou bien encore d'une évocation d'une personnalité thaïlandaise ; certains très connus comme les historiens Thongachai Winichakul et Somsak Jeamteerasakul, l'économiste et historienne Phongpachit, le cinéaste Apichatpong (Grand prix au festival de Cannes) ou de simples agitateurs ordinaires (C'est le nom donné par E. Mérieau), comme Pangsak Srithep, chauffeur de taxi, ou Nethiwit Chotiratphaisan, étudiant, ou une figure transgenre du féminisme.

 

 

 

Ils proviennent de milieux différents, de formation et  de régions différentes. Ils sont censés représentés le peuple, d'être -  pour reprendre le beau titre - les « Lignes de vie d'un peuple ». (Cf. (3) pour le sommaire)

 

 

 

Le peuple ! Est-ce si sûr ?

 

 

La 2e de couverture ne va pas dans ce sens en nous livrant l'opinion d'Arkanee, Thaïlandais, vivant en France, naturalisé français : « Pour l'heure, dit-il, la Thaïlande ne me manque pas. Je me considère comme chanceux de ne pas vivre dans un pays où des généraux font la loi, où des élus, des activistes et des universitaires sont arrêtés pour leurs opinions, où des journalistes pratiquent l'autocensure pour leur sécurité et où la population est privée de droit de décider du sort de son pays par les urnes. Je me joins à mes compatriotes thaïlandais qui sont, comme moi, désespérés et impuissants face au nouveau régime autoritaire, soutenu par les élites traditionnelles et une grande partie des classes moyennes urbaines. ».

 

 

On peut quelque peu douter qu'Arkanee, un Thaïlandais, vivant en France, naturalisé Français, soit un authentique  représentant du peuple thaïlandais, qui - quoi qu'il dise- n'est pas dans une situation « désespérée».

 

 

(D'ailleurs sont-ils bien représentatifs du « peuple » ceux qui font leurs études au Collège de l’Assomption, le plus distingué du pays (la scolarité n’y est que de 150.000 bahts par an) ou à Thammasat (la scolarité n’y est que de 400.000 bahts par an, à peine plus coûteuse qu’à « Sciences Po » Paris, 10.000 euros) ?)

 

 

 

 

On ne peut pas ici, au vu des 6 chapitres si différents, les aborder tous, surtout qu'E. Mérieau ne propose nulle synthèse  qui pourrait, comme elle le souhaite, « mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes du pays ». Aussi, laisserons-nous des sujets que nous avons maintes fois traités comme « le règne de l'argent », « Bangkok, la folle mégalopole », « Fantômes et esprits en Isan », « Genre(s) et sexualité(s) », pour  repérer et commenter le parti-pris politique d'Eugénie Mérieau dans le choix de ses interlocuteurs qui lui ont accordé un entretien ou une rencontre, dont nombre d'entre eux sont des opposants au régime militaire ou des réfugiés politiques…

 

 

et l’un tout simplement son mari......

 

 

On peut en juger avec son premier chapitre intitulé « Mais comment peut-on être Thaïlandais aujourd'hui ?» et son 6e et dernier chapitre « Être un Thaïlandais en exil à Paris ».

 

 

« Mais comment peut-on être Thaïlandais aujourd'hui ?»

 

 

Le chapitre comprend « Aux marges de la thaïtude », avec un entretien du célèbre historien Thongchai Winichakul qui vit aux États-Unis ; puis « Unis contre le crime de lèse-majesté » avec une rencontre du groupe de juristes Nittirat, dont l'un des 7  fondateurs est  Piyabut Saengkanokun, et secrétaire général du nouveau parti politique Anakot Mai (« Pour un nouveau futur »), un des principaux partis d'opposition  à celui de Prayut, , et « Un voile noir contre les disparitions forcées » avec un portrait d'Angkhana Nilaphaichit, présentée comme « veuve de disparu et défenseur des droits de l'homme ».

 

 

La question de savoir « qui est Thaïlandais ? » est certes légitime, mais on peut constater qu'elle est présentée sous un angle quelque peu partisan. (Cf. Notre article « A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? (5))

 

Le premier entretien est donc réalisé avec l'historien  Thongchai Winichakul avec des questions qui  permettent de rappeler que son livre le plus connu «  Siam Mapped : A History of the Geo-body of the Nation », publié en 1994, conteste l'historiographie officielle de la Thaïlande », basée sur une vision nationaliste-royaliste qui « perdure encore, notamment sur cette idée absurde et simpliste selon laquelle la Thaïlande ne fut jamais colonisée et ce grâce à l'habilité des rois. », qui ont su « sélectionner et adapter des éléments de l'Occident pour moderniser le pays » (E. M.). « Un discours d'une efficacité pratique en ce qu'il légitime les élites royales ». (Cf. sur ce sujet un de nos articles  les plus populaires : A 38.  La Thaïlande n’a jamais été colonisée ? Avec sa suite A 218. (6))

 

 

Ensuite l'entretien, s'engage sur une conception de la thainess que Thongchai  semble limiter à la construction d' « une certaine réalité utile aux élites » et associée « historiquement à la modernité occidentale » et d'E. Mérieau de lui demander « Quels contours départagent ce qui est thaï de ce qui ne l'est pas ». Mais pour Thongchai, « Il n'existe rien d'intrinsèquement thaï, rien de naturellement thaï -  ni la cuisine ni la musique ni même le bouddhisme ou la monarchie. Presque tout ce qui est considéré thaï aujourd'hui - les vêtements, la danse, les traditions, et même la langue - est le fruit de l'hybridation d'influences diverses. »  (Certes, comme tous les pays.)

 

 

A quoi E. Mérieau rétorque « Etes-vous en train de dire que les Thaïlandais ont tout emprunté et n'ont rien inventé ? » et  Thongchai de rajouter - avec humour-  « Mélanger des emprunts, c'est aussi inventer, n'est-ce pas ? ».

 

 

Nous constatons ici une présentation quelque peu limitée de la Thainess, en omettant de l'inscrire dans son historicité, ce qui peut paraître étonnant pour un historien, et une confusion entre « Thaï et Thaïlandais», avec une vision restrictive de ce qui peut être thaï et thaïlandais en jouant sur le  mot « nature » qui est de plus une notion polysémique. (Il vaut mieux, comme Dovert évoquer « de l'usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale ». In "Thaïlande contemporaine")

 

 

 

Ensuite l'entretien va aborder les enjeux de  la critique de « la version officielle de l'émergence de l’État-nation thaïlandais, représentative de l'historiographie  « nationale-royaliste ». (C'est la question d'E. Mérieau)

 

 

Thongachai va répondre simplement sans donner d'arguments ni d'exemples, que « Le récit de l’État-nation en Thaïlande est plus idéologique qu'historique » et de rappeler  qu'en 1976, les étudiants de Thammasat se sont fait tuer contre la domination de ce récit.

 

 

Franchement la réponse est quelque peu simpliste, pire, indécente.

 

 

Il aurait pu au moins rappeler les « événements d'octobre 1973 » pendant lesquels les étudiants et une partie du peuple se sont fait tuer, non pour un récit, mais pour chasser du pouvoir les deux dictateurs, le maréchal Thanom et le général Praphat qui « régnaient » depuis presque 10 ans sur le pays, et installer la démocratie et/ou vivre « l'idéal communiste ». On sait ce qu'il advint du communisme et de la « démocratie » dans les trois années de chaos jusqu'en 1976, qui furent certes gouvernées  par les civils Sanya Thammasak (Du 14/10/1973 au 15/02/1975) ; Seni Pramot (Du 15/02/1975 au 14/03/1975) ; Kukrit Pramot (Du 14/03/1975 au 20/04/1976) ; et de nouveau Seni Pramot (20/04/1976) pour se terminer par un nouveau  coup d’Etat le 6 octobre 1976,  qui loin de rétablir la « démocratie » dans « le calme et la sérénité » comme le souhaitait le roi, va être le théâtre de crises sociales, d’ assassinats politiques, de répressions policières, des combats des ouvriers, des étudiants , de la révolte des paysans, et de la « guerre » des militaires contre les zones contrôlés par les communistes. (Cf. Nos articles sur cette période (7))

 

 

 

Puis, après 6 lignes, on passe à une autre question sur le rôle de la géographie sur la construction du Siam en tant que Nation, pour apprendre que la géographie a été instrumentalisée pour servir de fondement au nationalisme, à l'idée d'un état unitaire et homogène.

 

(Pourquoi « instrumentalisée »?)

 

 

Il donne ensuite l'exemple des Thaïlandais  soudés lors de l'affaire du temple de Preah Vihar, mais « unis dit-il - dans la paranoïa de séparatisme ». (Il évoque  les trois provinces à majorité musulmane de l'extrême-sud du pays). 

 

 

Pourquoi « paranoîa » ? De plus, si effectivement, toute Nation se construit sur un Territoire, « une « géographie », elle nécessite bien d'autres éléments communs  (ethniques, sociaux (langue, religion, etc.) et subjectifs (traditions historiques, culturelles, etc.) dont la cohérence repose sur une aspiration à former ou à maintenir une communauté, et une « idéologie », une « fiction », un « récit » … Les conflits naissent, quand sur  ce Territoire » vivent d'autres peuples qui ont d'autres « histoires », d'autres religions, d'autres récits...

 

 

 

 

On peut rappeler ce qui reste la meilleure définition d’une Nation, quoique venant de Staline, elle n’est ni politique ni marxiste :

 

 

« La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture... seule la présence de tous les indices pris ensemble nous donne une nation »

 

 

Ensuite E. Mérieau l'interroge sur ce qu'il entend par « l'hyperroyalisme », qui se serait, selon lui, manifesté à la fin des années 70, dans le rôle intrusif de la monarchie. (Aucun exemple n'est donné). Pour revenir sur ce qu'il pense de la Thainess avec deux de ses piliers : la monarchie et le bouddhisme.

 

 

Il estime que la Thainess aujourd'hui se définit davantage par rapport à la monarchie qu'au bouddhisme.

 

 

(Là encore aucun argument ou exemple n'est donné).

 

 

Ensuite citant G. Quariche Wales, elle lui demande si l'abolition de la monarchie n'entrainerait pas  l'écroulement de la société siamoise. Ce qu'il admet  étant donné « l'hyperroyalisme » présent, rappelant que le choc aurait été moindre lors de la révolution de 1932.

 

 

(On peut signaler que nous n’avons trouvé rien de tel à la lecture de Quariche Wales dont d’ailleurs les ouvrages ne sont pas d’une actualité brûlante puisque datant de 1931)

 

 

 

 

Une dernière question lui permet de dire qu'il n'est pas en exil aux États-Unis, qu''on lui a offert  une vie meilleure, et qu'il périrait en Thaïlande entre la nécessité de s'abstenir de penser et dans la crainte de retourner en prison.

 

Ensuite E. Mérieau met en titre « Unis contre le crime de lèse-majesté », pour évoquer l'action  du groupe Nittirat.

 

 

 

 

Déjà dans son étude sur « Les chemises rouges », E Mérieau définissait ainsi le groupe Nittirat, « (de « nittirat  phuea ratsadon », « la science juridique pour le peuple »), est un groupe de sept juristes de l’université de Thammasat. Ayant pour la plupart suivi leurs études en Europe, en France – Piyabut Saengkanokkul – ou en Allemagne – Vorajet Pakirat – ils mènent campagne pour l’abolition de la loi de lèse-majesté et l’annulation de la légalité du coup d’État, avec toutes les conséquences que cela implique. Ils militent pour une limitation des prérogatives royales. Créé le 19 septembre 2010 à l’occasion du 4e anniversaire du coup d’État, le groupe a connu un succès et une médiatisation croissante à partir du lancement de la campagne de pétitions pour l’amendement de la loi de lèse-majesté. Parfois appelés « Nittired », ils se défendent de toute affiliation politique. Néanmoins leur audience est composée principalement de Chemises rouges. »

 

 

 

 

Nous vous invitons à lire nos  deux articles, très critiques,  sur  le groupe Nittirat pour leurs positions idéalistes et  peu réalistes. Nous rappelions dans l’un d’entre eux que ce groupe, composé de vaillants et argentés membres d’une aristocratie de professeurs porteurs de ce que Renan appelait la « pédantocratie » a reçu sans sourciller et surtout  sans jamais le dénoncer le soutien du sulfureux américain Noam Chomskyqui s’est rendu célèbre pour le soutien sans faille qu’il apporte au défunt professeur Faurisson, négationniste impénitent. Feu Ben Laden, orfèvre en matière de démocratie, considérait Chomsky comme le seul écrivain américain méritant lecture. (Cf. (8)).

 

 

 

 

 

Nous y disions aussi, entre autre, citant Piyabut (L'un des 7 juristes du groupe). « Le groupe Nittirat veut en effet » proposer, à partir d’une réécriture de la constitution de 2007, une nouvelle constitution, « vraiment démocratique que tous les représentants institutionnels, y compris le roi, devront s’engager à respecter par une prestation de serment », une constitution qui indiquera clairement la séparation des pouvoirs, où l’armée, la monarchie et le pouvoir judiciaire n’auront aucun rôle politique à jouer).

 

 

Une constitution où les juges seront indépendants,  jugeront au nom du peuple et non du roi. Ils ne seront plus au service d’une élite, ils ne devront plus  « instrumentaliser le droit à des fins politiques », ne plus intervenir pour éliminer des « adversaires » politiques.

 

 

Il donne trois exemples qui montrent que la Cour constitutionnelle n’a pas hésité à se mettre au service de l’armée ou d’un camp politique, oubliant que son rôle était de s’en tenir aux règles de l’État de droit. (Comme : En mai 2007, la Cour constitutionnelle a pris la décision de dissoudre le parti Thai Rak Thai et de déclarer inéligibles 111 membres de son bureau politique pour 5 ans. Cette décision a été prise en application d’un décret-loi adopté par le général Sonthi autorisant la dissolution d’un parti et le bannissement de la vie politique dans certains cas.)

 

 

 

 

Révolutionnaire ?

 

 

Le groupe veut donc que le Roi n’ait plus de rôle politique, que l’Armée reste dans les casernes, que les juges soient indépendants, que le Pouvoir ne soit plus au service des élites et des grands groupes financiers de Bangkok, que la  nouvelle monarchie constitutionnelle soit comme en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Grande-Bretagne. Bref, il veut une autre Thaïlande. »

 

 

Ensuite, E. Mérieau fait un bref rappel des membres du groupe, de leur formation juridique en Europe, de leur objectif « de faire de la science juridique au service du peuple », de leur actions  menées en 2011, pour demander l'annulation de tous les actes juridiques issus du coup d'État de 2006

 

 

(« qui n'a eu aucun écho en dehors du cercle des lettrés de Bangkok » avoue-t-elle.),

 

 

...de leur volonté de  réformer l'article de lèse-majesté en 2012, de leur participation à « l'organisation d'une pétition nationale réclamant une réforme législative », signée par 40.000 personnes, qui ne sera jamais débattue au Parlement.

 

 

Après l'action, la réaction.  Ils seront déclarés ennemis de la thainess, des anti-royalistes, perdront  leurs subventions universitaires, ne pourront plus s'exprimer en dehors de leurs cours. Sont-ils étonnés ? Vorajet (Le leader) ne regrette rien, pouvant dire – naïvement - « Je me bats contre ce qui est profondément injuste et illégal ». Lors du nouveau coup d'État de 2014, Vorajet et Sawatree furent convoqués par l'Armée et « mis en examen pour violation de la « loi » du coup d'État ». Leur site internet fut bloqué. Depuis, nous dit E. Mérieau, ils refont le monde quand ils dînent ensemble et Piyabut

 

 

(marié à Eugénie Mérieau : celle- ci ne porte pas le nom de son mari, ce n’est pas une faute en soi, rien ne l’y oblige, mais en l’occurrence une réticence qui peut laisser penser que son jugement n’est pas empreint de la sérénité requise !),

 

 

 

 

.....a fondé un nouveau parti politique Anakhot Mai (Pour un nouveau futur) attendant les élections ; et elle précise « Prudence oblige, le jeune parti n'a pas inclus dans son programme la  réforme du crime de lèse-majesté ».

 

 

 

 

(E. Mérieau est certes l'épouse de Piyabut, ce qu’elle se garde de dire, mais elle aurait pu citer le fondateur du parti, le milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit, 40 ans, héritier du géant thaïlandais des pièces automobiles Thai Summit. Depuis,  les élections ont eu lieu le 24 mars 2019 et le nouveau parti est devenu la 3e force du pays.)

 

 

Son dernier chapitre : « Être un Thaïlandais en exil à Paris ».

 

 

Après avoir rappelé « Une inamitié parisienne à l'origine de la chute de la monarchie absolue au Siam. Sur les traces de Pridi Phanomyong et Phibun Songkhram , révolutionnaires. », E. Mérieau va nous proposer quatre entretiens : avec Somsak Jeamteerasakul, historien,  Aum Neko, activiste pour les droits des transgenres,  Jaran Ditapichai, ancien commissaire aux droits de l'homme et Nopporn Suppipat, entrepreneur et investisseur.

 

 

« L'exil, la prison ou la mort? L'histoire, toute l'histoire, rien que l'histoire ! » avec Somsak Jeamteerasakul.

 

 

On va apprendre lors de cet entretien pourquoi il est considéré par la junte militaire comme l'ennemi numéro 1 du régime. « Je suis l'un des premiers universitaires thaïlandais à avoir adopté de manière systématique une approche critique de la monarchie, et ce dans toutes ses dimensions : la propagande de masse, la loi de lèse-majesté, le rôle du Palais dans les événements du 6 octobre 1976, le bureau des biens de la Couronne, ou encore le cas du régicide de Rama VIII ». Il deviendra plus populaire après 2010  avec ses articles sur Facebook invitant au débat public sur la monarchie, qui eurent un grand écho.

 

 

Auparavant, sa thèse amorcée en 1982-1883 portait sur le mouvement communiste thaïlandais  (« The communist movement in Thailand », Thèse de doctorat, 1991). Il avait été  étonné sur le fait que les communistes républicains s'étaient abstenus de toute attaque contre le bouddhisme et la monarchie. Puis en 1993, devenu professeur à l'université de Thammasat, il avait été surpris de constater que  « la génération de « gauche » qui avait mené les révoltes de 1973 était unanimement royaliste et contrôlait l'ensemble des organes de presse ; la mode était à la critique des hommes politiques et à l'éloge du roi ».

 

 

Quant-à lui, il consacrera son travail à la critique de la monarchie.  Son livre « L'Histoire qu'on vient de construire » sera un succès. Il s'exprimera à travers ses articles de 2006 à 2008 sur le forum de l'université de Minuit, et à partir de 2008  dans le magazine  Fa Diew Kan ; et puis, nous l'avons dit, en 2010 sur Facebook qui  le rendra plus populaire. Il fera  des « propositions concrètes pour réformer (voire abolir) la monarchie » (Aucune n'est donnée).

 

 

On ne sera pas surpris qu'après le coup d'État de Prayut en 2014, ayant refusé de conclure un accord avec l'armée, il  choisira l'exil et la  France, car ce fut le seul pays qu'il lui a donné un laissez-passer, précisera-t-il.

 

 

Wikipédia nous apprend : « En juillet 2015, la junte militaire thaïlandaise a fait une demande d'extradition pour Somsak Jeamteerasakul, ainsi que pour d’autres suspects accusés de crime de lèse-majesté vivant en France. C’est à cette date que le gouvernement français a accordé le régime de réfugié politique à Somsak Jeamteerasakul et aux autres (…) Par ailleurs, les soutiens de Somsak Jeamteerasakul sur les réseaux sociaux ont été convoqués et interrogés par la junte militaire. La Division thaïlandaise de la suppression de la criminalité technologique les a informés que le partage ou le fait d’« aimer » le contenu de Somsak Jeamteerasakul peut constituer un crime de lèse-majesté. En mai 2017, la junte militaire a interdit, via les réseaux sociaux, toute communication avec 3 dissidents dont Somsak Jeamteerasakul. » (9)

 

 

Ce qui fait désormais d'E. Mérieau une opposante à  la junte.

 

 

 

« La lutte, comme raison d'être » avec Aum Neko, militante pour la liberté d'expression et les droits LBBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres).

 

 

Certes. Mais surtout « une figure essentielle de la résistance au coup d'État et un pilier du mouvement féministe radical en Thaïlande. ». Elle s'est réfugiée en France à la suite du coup d'État du 22 mai 2014. Elle a alors à peine 20 ans.

 

 

(Il faut savoir, ce que ne dit pas E. Mérieau, que le  7 mars 2018, M .Aum Neko est devenue légalement en France Madame Saran Chuichai.) (Cf. 10 et 11)

 

 

Madame Saran Chuichai donc, décrit son parcours  lors de cet entretien.

 

 

Elle nous apprend qu'après ses études secondaires, elle a été acceptée à  l'université de Chulalongkorn, la plus prestigieuse du pays, rajoute-elle fièrement.  Mais bien que  née avec un sexe d'homme, elle était une femme, dit-elle, et ne pouvait supporter de porter l'uniforme masculin, un pantalon et une chemise.  Elle n'y resta qu'un an,  et s'inscrivit à l'université de Thammasat, la croyant plus progressiste. Mais elle constata qu'elle transmettait les mêmes valeurs du paternalisme thaïlandais. Elle ne pouvait supporter le culte de la personnalité à l'endroit de Pridi (Fondateur de l'université) surtout que « les valeurs d'égalité promues par Pridi n'avaient pas supplanté les valeurs traditionnelles du respect de la hiérarchie, de la gratitude à l'égard des aînés », qui « faisait des nouveaux étudiants les inférieurs de leurs aînés. »

 

 

On aura compris son caractère et son comportement. Mais en 2012, elle poste sur Facebook, une photo d'elle en train d'éteindre la statue de Pridi à Thammasat, avec en légende, « Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce le fanatisme ? Il n'y a pas encore de lèse-majesté à l'encontre de Pridi Phanomyong ». On imagine la suite : les réseaux sociaux, des articles dans les journaux nationaux, avec des insultes et le constat que son « comportement constituait pour les Thaïlandais une déviance ». (Quelle découverte!)

 

 

(N'oublions pas qu'en 2012, Yingluck Shinawatra est première ministre et ne sera destituée que le 7 mai 2014. Ceci pour dire que nous n'étions pas en dictature militaire. )

 

 

L'année suivante, poursuit-elle, elle mène une campagne contre les uniformes scolaires, « Colporteurs de l'hétéronormativité » (sic).  Résultat : « j'étais devenu la cible d'une multitude de discours de haine ». A une question sur son rapport aux chemises rouges, elle tient à dire qu'elle est de gauche, mais qu'elle ne se situe pas par rapport aux mouvements des jaunes ou des rouges, tout en reconnaissant à ces derniers des forces de changement progressiste et démocratique, surtout depuis qu'une partie s'est détachée de Thaksin. Mais elle a repéré chez les « rouges » l'utilisation d'arguments sexistes, nationalistes et xénophobes.

 

 

Ensuite, elle explique dans quelles circonstances, elle a crû nécessaire de fuir le pays. Peu avant le coup d'État, un post réclamant son arrestation par l'armée  fut partagé 10 000 fois, alors que deux jours auparavant elle avait protesté contre la déclaration de la loi martiale (20 mai 2014). Elle contacta alors les ambassades de France et d'Allemagne. La France fut la plus rapide.  Depuis, elle apprécie la France, ses idéaux (égalité, fraternité), son histoire, un pays à découvrir, avec une nouvelle langue à apprendre (Elle maîtrise l'anglais et l'allemand, qu'elle a étudié à l'université). Une dernière question l'interroge sur la place des transgenres en Thaïlande. On peut deviner sa réponse.

 

 

 

« Le refus de la désillusion » avec Jaran Ditapichai.

 

 

L'entretien  permet de rappeler les combats politiques de Jaran, âgé aujourd'hui de 72 ans (Né en 1947) (En vérifiant sur wikipédia): figure du mouvement étudiant en 1976, rejoint le Parti communiste, passe  ensuite 7 ans dans la jungle dans les camps d'entrainements communistes. Est emprisonné deux fois. Trouve refuge à Paris  en 1984, étudie  la  philosophie à la Sorbonne (3ème cycle). On le retrouve en 1990–2000, professeur assistant à la faculté des sciences sociales de l'Université de Rangsit, puis en 1998,  Président de l'Union pour la liberté civile. Après l'élection de Thaksin en 2001, il est nommé commissaire national aux droits de l'homme,  jusqu'au coup d'Etat de 2006. (Il faut connaître ce qu'étaient « les droits de l'homme » pour Thaksin) Il continue le combat avec les  « Chemises rouges», partisans de l’ex-Premier ministre en exil, Thaksin Shinawatra. Après les événements sanglants de 2010, séjourne en France 8 mois.  « Après le coup d'État de mai 2014, avec le dirigeant du parti Phuea Thai Charuphong Rueangsuawan, il fonda « l'Organisation des Thaïs libres pour les droits de l'homme et la démocratie, mouvement de résistance en exil » ». Fuit la Thaïlande après une manifestation contre la  loi martiale dispersée par l'armée. Obtient en novembre 2014 son statut de réfugié politique  par la France.

 

 

Il nous apprend ensuite que sa prise de conscience politique a commencé lors du coup d'État du 17 novembre 1971 avec la nécessité de faire la révolution. Il est resté 14 ou 15 ans dans la lutte pour le communisme, puis devant la défaite du communisme, est sorti des camps d'entraînement,  a rejoint la France, « séduit pas son passé révolutionnaire ».

 

 

(Curieusement, il attribue l'échec du communisme aux « problèmes inhérents à la théorie du communisme », sans dire lesquels. Ce qui fait un peu court, non ?)

 

 

 

 

Il est revenu en Thaïlande, dit-il, pour reprendre ses activités militantes, en devenant commissaire national aux droits de l'homme. Mais là encore, aucun exemple n'est donné des actions entreprises. Il confirme ensuite qu'il a de multiples mandats d'arrêt contre lui, dont deux pour lèse-majesté, deux pour violation des interdictions de manifester … Malgré l'échec, les morts, il ne regrette rien de ses combats pour la démocratie, qui sont une nécessité. Il avoue même que la vie dans les camps d’entraînement, dans les maquis communistes furent les plus belles années de sa vie. Il y a même trouvé sa femme, « un mariage d'amour ».

 

 

(Ne revenons pas sur le passage des « intellectuels » dans les maquis, nous avons consacré deux articles à « la guérilla communiste dans le nord-est » forgé essentiellement sur les souvenirs d’anciens résistants. Ils ne reçurent pas forcément un accueil chaleureux, et, peu habitués à marcher pieds nus , à manger du riz gluant et des cafards et boire de l’eau croupie, la plupart retournèrent vite au confort citadin.)

 

 

 

Évidemment, nous sourions quand les communistes parlent de « démocratie ». Nous ne  pouvons que conseiller à Jaran Ditapichai. de lire  « Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression », qui dresse un bilan des régimes communistes avec ses massacres de masse, ses goulags, ses millions de morts. Se réjouir  des idéaux de jeunesse sont une chose, mais à 72 ans, on peut quand même opérer une autocritique. E. Mérieau ne lui posera aucune question sur ce sujet et préférera l'interroger sur l'histoire de ses évasions lorsqu’il était jeune, pour terminer sur l’évocation de ses journées de réfugié à Paris. Jaran est un peu désabusé, mais se dit encore « au service de la démocratie thaïlandaise »(sic). Décidément, la démocratie a bon dos.  

 

 

 

 

« Rendre à la France ce qu'elle lui doit » avec Nopporn Suppipat. (« Investisseur thaïlandais ayant réussi dans le commerce des éoliennes en Thaïlande »)

 

 

Nous avouons notre difficulté à prendre pour argent comptant  les propos rapportés par  Nopporn Suppipat. Certes, il a dû fuir après le coup d'État militaire de 2014 « comme de nombreuses autres figures progressistes et pro démocratie » dit-il, mais pour quelles raisons ? Pour ses idées démocratiques, nous en doutons. Dans son préambule, E. Mérieau nous apprend qu'il fut l'une des plus grosses fortunes du pays à moins de 40 ans (Il est né en 1971), mais que son édifice s'est craquelé « de toutes parts sur fond de rivalités  avec l'entourage du prince héritier. » Qui ? Objets des rivalités ?

 

 

(Il faut savoir que Wind Energy Holding (WEH), était le plus important acteur de l'énergie éolienne d’Asie du Sud-Est valorisé à 1,9 milliard de dollars en 2014 )

 

 

Il justifiera son choix de la France, comme le pays de droits de l'homme, le pays qui vit une révolution technologique, où il a investi dans « son » entreprise  Blade et son développement. (Il aurait pu signaler les fondateurs et  les deux autres gros investisseurs. (11) ) Une France, dit-il, qui a une vraie « culture » de l'investissement, et n'a pas, comme en Thaïlande, une importante connexion entre les politiques et les chefs d'entreprises, ni un business contrôlé par 20 familles.

 

 

(Evidemment les lobbies au parlement français et les grands groupes familiaux et leurs réseaux n'existent pas en France. Comment écrire de telles stupidités ? Ignorance ou mauvaise foi ?)

 

 

 

 

A une autre question, il affirmera qu'il est fier d'être Thaïlandais, mais ne peut supporter la tradition de la soumission à l'autorité, le manque cruel d'esprit critique, qui empêche la Thaïlande d'avancer. (Avancer en quoi ? Critères?) Bref, aujourd'hui Paris est sa maison et qu'il est prêt à rendre à la France tout ce qu'elle lui a donné.

 

 

 

Un cœur généreux et reconnaissant en quelque sorte, mais on peut douter du cœur populaire, non ? Mais pour E . Mérieau, (C'est sa phrase finale) :

 

 

« De ces entretiens avec les réfugiés politiques ressort un point commun : cette indéfectible conviction de lutter pour la Vérité, la Justice, et la Démocratie, sans compromission et au prix de leur exil. ».  Quel esprit critique !

 

 

 

 

 

Il ne  s'agit pas ici de déconsidérer ceux qui ont dû fuir la Thaïlande pour éviter la prison, voire un « accident », mais d'indiquer que ces entretiens nous apprennent très peu sur  leurs combats. De plus l'objectif annoncé d'E. Mérieau qui était de « mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes de la Thaïlande, n'est nullement rempli.  Il aurait fallu des synthèses, des contextes, des compléments, relancer parfois de façon critique les interlocuteurs. Il ne suffit pas d'être opposant à la junte pour avoir une juste analyse de la situation historique, politique, et sociale du pays, ni les solutions pour son avenir, si l'on en juge, par exemple par les propositions du groupe Nittirat mises en exergue, en nous cachant d'ailleurs son mariage avec Piyabut Saengkanokkul, l'un des membres fondateurs ou encore des propos nostalgiques du vieux « révolutionnaire communiste »  Jaran Ditapichai, réfugié à Paris.

 

Mais ce livre a le  mérite d'exister, tant les livres sur la Thaïlande écrits en français sont rares. Et puis, il appartient à chacun de se faire une opinion, et vous trouverez -  via internet -  des critiques plus favorables, oubliant souvent tout esprit critique.

 

« Ce petit livre permet une lecture sociale et historique originale à travers des chapitres synthétiques donnant la parole à de nombreux acteurs de ce pays émergent d’Asie du Sud-Est. (La Cliothèque, service de presse) ».

 

Ou bien encore  l'article « Hors normes et Thaïlandais malgré tout !» d'Eric Deseut dans le « Le Petit Journal » :

 

« Chercheuse en sciences politiques, Eugénie Mérieau assume cette fois le rôle d’un metteur en scène. Elle use de différentes focales pour tantôt prendre du recul, tantôt se concentrer sur des expériences particulières, tout en diversifiant les perspectives. En alternant dialogues roboratifs et évocations de figures hautes en couleur, son scénario évite les limbes de l’abstraction pour proposer en 150 pages une sociologie à chaud. […] Au fil des pages, toutes ces visions s’enchevêtrent pour tisser une fresque de la Thaïlande d’aujourd’hui. […] Aux antipodes d’une critique dévalorisante, c’est en effet "une irrésistible fascination" que veut éveiller ou prolonger “Les Thaïlandais - Lignes de Vie d'un Peuple”. »(13)

 

Disons que nous n'avons pas été « fascinés », n'ayant pas vu  « les lignes de vie d'un peuple » promises. Elles nécessitaient, pour le moins, des analyses historiques,   géopolitiques et économiques avec l'impact  des nouvelles technologies et des réseaux sociaux dans le développement du pays. Il eut été aussi de bon ton d'évoquer la situation du Sud et de ses habitants qui sont toujours à ce jour, Thaïlandais.

 

 

 

 

Références et notes.

 

(1) Les Ateliers Henry Dougier, 2018, Paris. 155 p.

 

(2) « Idées reçues sur la Thaïlande », Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

Nous lui avons consacré 8 articles :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/a-282.idees-recues-sur-la-thailande-selon-eugenie-merieau.html

 

 « Les Chemises rouges de Thaïlande », Eugénie Mérieau,  2013,  lRASEC,

 

« Cette étude, dit-elle, retrace les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006, jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ».

Nous lui avons consacré deux articles :

A 124 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

A 125 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

(3) LES 6 CHAPITRES DU LIVRE.

 

CHAPITRE I

 

MAIS COMMENT PEUT-ON ÊTRE THAÏLANDAIS ?

 

Aux marges de la thaïtude. Entretien avec Thongchai Winichakul, historien. Unis contre le crime de lèse-majesté. Rencontre avec Nittirat, groupe de juristes.Un voile noir contre les disparitions forcées. Portrait d'Angkana Nilaphaichit, veuve           de disparu et défenseuse des droits de l'homme. De la transformation du Siam en Thaïlande. Voyage dans le temps à la rencontre de Plaek Phibunsongkhram.

 

CHAPITRE 2.

 

LE RÈGNE DE L'ARGENT.

 

Jalouse, la classe moyenne ? Entretien avec Pasuk Phongpaichit, économiste et historienne. Le bouddhisme de l'hyperconsommation. Rencontre avec Sulak Sivaraksa, intellectuel du bouddhisme. Business et politique, une affaire de famille. Portraits de Shinawatra, des Chidchob, des Silpa-archa et des Thueaksuban, ministres millionnaires de pères en fil(le)s.Des lois du marché à celles du foot. Rencontre d'Anucha Chaiyated, investisseur          propriétaire d'une équipe de foot.

 

CHAPITRE 3.

 

BANGKOK, LA FOLLE MÉGAPOLE.

 

Une ville anti-humaniste ? Entretien avec Niramon Kulsrisombat, professeur d'urbaniste. Des salons de massage aux bancs de l'Assemblée. Rencontre avec Chuvit Kamonwisit, baron des salons de prostitution bangkokois, ancien député de Bangkok. Folies et errements de la jeunesse dorée des beaux quartiers de Bangkok. Portraits des héritiers Chitpas Bhirombhakdi (bière Singha), Vorayut Yoovidhya (Red Bull) et Thanat Thanakitamnuay (Noble Home). « Résister un art de vivre ». Entretiens des agitateurs ordinaires bangkokois Pansak Srithep, chauffeur de taxi,et Netiwit Chotiratphaisan, étudiant. Vivre avec le VIH. Rencontre avec Kritthanan Ditthabanjong, séropositif et volontaire auprès des personnes atteintes du VIH.

 

CHAPITRE 4.

 

FANTÔMES ET ESPRITS D'ISAN.

 

Des néons blafards de Khon Kaen au tapis rouge de Cannes. Entretien avec le        cinéaste Apichatpong Weerasethakul, palme d'or. De la mélancolie joyeuse des chants d'Isan. Rencontre avec Rasmee Wayrana, chanteuse de molam. Les exils forcés des gens d'Isan, une fatalité ? Entretien avec Pu Kradat, écrivain. Des applications pour smartphone au service des riziculteurs. Rencontre avec Anukun Saipeth, entrepreneur social.

 

CHAPITRE 5.

 

GENRE(S) ET SEXUALITÉ(S)

 

Une grande liberté sexuelle … mais sans égalité des sexes ! Entretien avec Chalidaporn Songsamphan, politiste. « La prostitution, une fierté pour notre pays ». Portrait de de Lakkana Punwichai, figure du féminisme thaïlandais. Les salons de prostitution, une importation étrangère ? Rencontre avec Noi,  fondatrice du musée de la Prostitution et présidente de la fondation Empower. Du rire aux larmes chez les Miss Tiffany. Reportage au cœur du vingtième anniversaire du concours de beauté trans.

 

CHAPITRE 6.

 

ÊTRE UN THAÏLANDAIS EN EXIL À PARIS.

 

Une inamitié parisienne à l'origine de la chute de la monarchie absolue au Siam. Sur les traces de Pridi Phanomyong et Phibun Songkhram, révolutionnaires. L'exil, la prison ou la mort ? L'Histoire, toute l'Histoire, rien que l'Histoire! Entretien avec Somsak Jeamteerasakul, historien. La lutte comme raison d'être. Entretien avec Aum Neko, activiste pour les droits des transgenres. Le refus de la désillusion. Entretien avec Jaran Ditapichai, ancien commissaire aux droits de l'homme. Rendre à la France ce qu'on lui doit. Entretien avec Nopporn Suppipat, entrepreneur et investisseur.

 

(4) A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

 

(5) « Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? »

 

En se rappelant que les Thaïs siamois sont minoritaires en Thaïlande (40%), que les Isan représentent 31% des 68 millions de la population thaïlandaise et qu’ « ils regroupent en fait des groupes ethniques très divers, aux origines,  traditions, coutumes, langues différentes, dont les trois  principaux sont les Thaïs Isan, les Thaïs Khmer, et les Thaïs  Kouis » ; Comment avec  Ivanoff la thainess « les Thaïs siamois avaient imposé leur langue, leurs normes et établit une « hiérarchie » avec ces autres peuples, comme avec les  Muangs, les Pak Tai, les Khmers, les Chinois, les Khaek, les groupes montagnards (Karens, Hmongs, Akhas …) Ils étaient tous Thaïlandais, mais pas tous des vrais Thaïs », n'oubliant pas  les migrations successives volontaires et souvent forcées (prisonniers, esclaves) avec les Laos, les Birmans, les Khmers, les Annamites, les Chinois, les Pégouans,  les Môns, les Malais, les Hindous et même les Japonais et les Portugais  …  Combien de fois sommes-nous revenus sur  l'idéologie de la thaïness qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas, sur cette histoire qui a tenté d’imposer une langue, le respect absolu de la monarchie et du roi, et des traditions bouddhistes, et UNE vision de l’Histoire inculquée à l’école. (Cf. ((5) Notre article « Le nationalisme et l’école ? »)

 

Une «  thaïness (qui) a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes ». (Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai)

Cf. aussi Jacques Ivanoff, Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, Carnet de l’IRASEC n° 13

 

ARTICLE 13 : Le nationalisme et l’école ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html

Lecture de l'article intitulé « Thaïlande : le complexe de l’altérité »  de  Waruni OSATHAROM, (chercheur au Thai Khadi Research Institute, Thammasat University, Bangkok.

 

(6) A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

Et la suite : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

(7) 228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/228-comprendre-la-revolte-populaire-du-14-octobre-1973-en-thailande-qui-mit-fin-a-la-dictature-du-marechal-thanom.html

 

« Cette date du 14 octobre 1973 marquait pour la première fois dans l’histoire de la Thaïlande la volonté des étudiants et du « peuple » de jouer un rôle dans cette histoire, et d’installer – enfin – une démocratie. Certes, on connaît la suite et le présent, mais à cette date l’espoir régnait. Il s’agissait alors de chercher à comprendre les raisons qui avaient permis  cette « révolution » étudiante et  populaire, qui s’était réalisée au nom de la « démocratie » et qui avait chassé du pouvoir les deux dictateurs, le maréchal Thanom et le général Praphat qui « régnaient » depuis presque 10 ans sur le pays. »

 

Et nos trois articles sur  LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

(8) A  69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a69-vous-connaissez-le-groupe-nitirat-de-thailande-107595409.html

A70. Le groupe Nitirat  est sauvé.  Noam Chomsky vient à son secours.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a70-le-groupe-nitarat-est-sauve-noam-chomski-vient-a-son-secours-107765014.html

 

(9)https://fr.wikipedia.org/wiki/Somsak_Jeamteerasakul

 

(10) La militante Aum Neko "fête" 4 ans d’exil en France en tant que femme

Par Camille Thomaso | Publié le 14/03/2018 à 00:00 | Mis à jour le 16/03/2018 à 04:04

https://lepetitjournal.com/bangkok/la-militante-aum-neko-fete-4-ans-dexil-en-france-en-tant-que-femme-225679

Et  Pracatia, english, Thai trans political refugee Aum Neko and her fight to become a woman.

 

(11)  Wikipédia nous apprend que : Dès son départ de Thaïlande, Nopporn Suppipat quitte sa fonction de PDG de WEH, remplacé par Emma Collins, anciennement co-directeur général. Le 25 juin 2015, il vend ses parts s’élevant à 75 % de l’entreprise à KPN Group.

KPN Group a récemment été accusé à plusieurs reprises de mauvaise gestion financière de WEH, notamment suite aux déclarations de l’ancienne comptable de l’entreprise Asama Thanyaphan, forcée à falsifier les comptes pour masquer des prélèvements perpétrés par certains actionnaires. KPMG, auditeur externe de WEH, démissionne peu après, refusant d’endosser les comptes 2015/2016 de l’entreprise.

 

(12) « En 2015, Emmanuel Freund, Stéphane Héliot et Acher Criou décident de crée leur start-up Blade de PC dans le cloud "Shadow". Au début 2016, les fondateurs décident de faire une première levée de fonds de 3 millions d'euros, puis de 10 millions en octobre et enfin de 51 millions en 2017, auprès de Pierre Kosciusko- Morizet  (Priceminister.com), Michaël Benabou (Vente-privée.com) et de l'homme d'affaires thaïlandais Nopporn Suppipat. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Blade_(entreprise)

 

(13) Hors normes et Thaïlandais malgré tout ! Par Eric DESEUT | Publié le 26/02/2019 à 00:00 | Mis à jour le 26/02/2019 à 01:02 https://lepetitjournal.com/bangkok/hors-normes-et-thailandais-malgre-tout-247408

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 22:13

 

Imprégné d’hindouisme et de brahmanisme, les cérémonies de couronnement du roi Vajiralongkorn se sont déroulées du 4 au 6 mai 2019.

 

Le dernier couronnement dont peuvent se souvenir les plus âgés des Thaïlandais, fut celui de son père qui s’est déroulé le 5 mai 1950 alors qu’il n’avait que 23 ans, le monarque actuel né le lundi 28 juillet 1952 en a 67. Le choix de cette date est bien évidement symbolique.

 

La décision a été officiellement prise par le premier ministre Prayut a la tête du comité d’organisation le 1er janvier dernier. Un budget de 1 milliard de bahts a été programmé, environ 30 millions d’euros. Le lundi 6 mai devient désormais jour de fête nationale.  Les trajets en métro aérien et en métro furent gratuits pour tous les 5 et 6 mai. Tous les grands magasins du pays diffusèrent de la musique et des chansons célébrant la monarchie et le nouveau roi. Beaucoup d’habitants portaient du jaune que ce soit spontané ou à l’ « instigation » des employeurs.

 

 

Le jaune est la couleur du lundi, elle était celle du défunt roi Rama X, né le lundi 5 décembre 1927, elle est désormais celle du nouveau souverain.

 

 

Notre propos n’est pas de faire un reportage sur ces cérémonies fastueuses. Elles ont été sur-médiatisées par les médias locaux bien évidemment mais aussi par la presse, la télévision, les blogs et les forums francophones. Les Français qui se disent républicains et se flattent souvent (mais souvent à tort) d’être les héritiers du « siècle des lumières » mais manifestent un goût douteux pour les fastes monarchiques. Il y a toutefois un épisode dans ces cérémonies  - peut-être le plus important - qui a retenu notre attention et méritait quelques lignes d’explication.

 

 

Le rituel compliqué des cérémonies a été longuement expliqué et décrit par Quaritch Wales, conseiller très proche de Rama VI et de Rama VII. Il a assisté à toutes les cérémonies du couronnement de Rama VII et recueilli de multiples éléments sur les précédents couronnements de la dynastie (1). Rien n’a guère changé.

 

Nous n'avons de photographies qu'à partir du couronnement de Rama IV. Rama VIII a été assassiné avant les cérémonies :

 

 

Le rite symboliquement le plus important n’est pas le couronnement mais le rite préalable de la « purification et de l’onction à l’eau lustrale » qui est « le sacre », précédant les cérémonies proprement dites plus spectaculaire, il est brahmanique. Il fait à lui seul du roi le roi légitime de Thaïlande. L’eau lustrale provenait initialement des 5 plus grandes rivières du pays, mais  pour le sacre du roi Rama IX l’eau sacrée provint de 126 sources de toutes les provinces. Le roi vêtu de blanc couleur de la pureté, reçut l’onction de l’eau sacrée de 8 des plus hauts personnages représentant l’élite du pays. Ils sont stationnés aux huit points cardinaux autour du roi, représentant géographiquement et symboliquement  l’ensemble du pays. Le choix de ces personnages qui sont censés représenter la Thaïlande est lourd de signification, à la fois par leurs qualités personnelles et par l’ordre dans lequel la presse les a présentés et qui correspond – semble-t-il – à un choix hiérarchique.

 

 

Les deux premiers sont membres de la famille royale et portent par droit de naissance le titre de Momchao (หม่อมเจ้า) qui est le moins élevé dans la complexe hiérarchie des titres portés par les descendants de Rama V. Ils sont de la lignée des Yugala (ou Youkhonยุคล) issus du prince Thikhamphon (ou Dighambara ทิฆัมพร) 45e fils de Rama V et d’une épouse très secondaire (2).

 

 

Le premier est le prince Mongkolchalerm Yugala (หม่อมเจ้ามงคลเฉลิม ยุคล) qui fit une carrière purement civile et fut directeur de la Bangkok Bank. Né le 31 décembre 1936, ce n’est plus en enfant.

 

 

Le second est un petit neveu du précédent, le prince Chalermsuk Yugala (เฉลิมศึกยุคล) qui fit une carrière militaire sans faste particulier. Né le 24 octobre 1950, il est de la génération du roi son petit cousin. Il est difficile de savoir ce qui a guidé le roi dans ce choix. Fut-il dans son enfance l’un de ses cousins préféré ? Ce qui est certain en tous cas est qu’il met la descendance de son arrière-grand-père Rama V au sommet de la hiérarchie.

 

 

Le troisième est le vieux Prem Tinsulanonda toujours vaillant (เปรม ติณสูลานนท์) qui marche allègrement sur ses 99 ans, il est né le 26 août 1920. Fidèle d’entre les fidèles, ancien premier ministre de 1980 à 1988, ancien régent, toujours président du  conseil privé. Sa carrière politique l’a toujours emporté sur ses activités militaires qui furent brèves sur le terrain.

 

 

Le quatrième est l’actuel président de l’Assemblée nationale Phonphet  Wichitchonchai (พรเพชร วิชิตชลชัย). Né le 1er août 1948 à Bangkok, c’est un homme de loi avant tout, magistrat de haut niveau.

 

 

 

 

Le cinquième est le président de la Cour suprême, Chip Chulamon (ชีพ จุลมนต์). Né le 16 février 1954, c’est également un juriste qui a fait toute sa  carrière dans le droit.

 

 

 

Le sixième est un ancien enseignant Charat  Suwanwela (จรัส สุวรรณเวลา) qui n’est plus un bambin non plus, il est né le 1er mai 1932. Sa carrière fut toujours universitaire, président de l’Université Prince de Songkla puis président de l’Université Chulalongkorn.

 

 

Le pénultième est le général Prayut Chan-Ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา) l’actuel premier ministre qu’il est inutile de présenter à nos lecteurs.

 

 

Anuphong Phaochinda (อนุพงษ์ เผ่าจินดา) le dernier et le plus jeune puisqu’il est né le 10 octobre 1949.

 

 

Il fut commandant en chef de l'armée royale de 2007 jusqu'à sa retraite, le 30 septembre 2009. Il fut l’un des membres clefs du groupe qui organisa le coup d’état de 2006 contre le gouvernement intérimaire du Premier ministre Thaksin Shinawat.

 

 

Il nous semble difficile de ne pas donner un sens à ce choix des 8 personnes représentant l’« élite » du pays.

 

La priorité donnée à la famille royale fut marquée le lendemain de la cérémonie lorsque le roi fit tomber sur les membres de la famille royale une pluie de titres et de décorations. Seule en fut exclue sa grande sœur, la princesse Ubonratana (อุบลรัตน) qui l'a tout de même embrassé lors des cérémonies ultérieures, mais cela semble être ce qu'elle souhaitait. En février, le Thai Raksachart Party (พรรคไทยรักษาชาติ), associé à Thaksin, l’avait désignée comme candidate au poste de Premier ministre, ce que le roi avait fort peu apprécié, en déclarant cette décision comme inconstitutionnelle et inappropriée, titrée ou pas, elle restait membre de la famille royale.

 

 

Le choix de Prem Tinsulanonda est celui du respect manifesté au plus ancien des serviteurs de son père, tout comme le choix de la date des cérémonies est un hommage à son père.

 

Les trois autres dignitaires sont pour deux d’entre eux des juristes de très haut niveau et le troisième un enseignant qui atteignit le sommet d’une carrière universitaire à la tête de l’université la plus prestigieuse du pays.

 

Bien que les militaires chevronnés soient les derniers de la liste, peut-être est-il prématuré de s’écrier comme Cicéron  aux sénateurs : « Cedant arma togae » !

 

 

En dehors du chef actuel de la junte, le général Prayut, le général Anuphong Phaochinda, adversaire acharné du clan Thaksin va nous permettre de finir non pas en chansons mais en poésie ! Interrogé par la BBC, l’ancien premier ministre toujours en fuite a déclaré le 26 mars « qui aime le pays, aime le peuple et aime le roi ». Quelques jours plus tard, le 30 mars, le roi a annulé toutes les décorations royales dont il avait été doté. Cela coupe évidemment court aux rumeurs qui avaient circulé dans « les milieux généralement bien informés » que le roi, lorsqu’il n’était pas encore roi mais seulement héritier présomptif, était « en rapports avec Thaksin » et à ceux qui ont circulé ultérieurement toujours dans « les milieux généralement bien informés » qu’il aurait été « en négociation avec la junte ».

 

Thaksin n’est pourtant pas rancunier puisqu’il a posté sur son compte Twitter le 4 mai un  post  comportant le portrait du roi avec la légende :

เนื่อง ในโอกาสพระราชพิธิบรมราชภิเษกล

พุทธศักราช ๒๕๖๒

ขอพระองค์ทรงพระเจริญ

ด้วยเกล้า ด้วยกระหม่อุม ขอเดชะ

ข้าพระพุทธเจ้า ดร. ทักสินขินวัตร

 

A l'occasion du couronnement

En l’année 2562

Longue vie au roi !

Avec mon plus profond respect, Moi, docteur Thaksin Chinawat.

A 317- LE RITUEL DE L’ONCTION SACRÉE À L’EAU LUSTRALE AVANT LES CÉRÉMONIES DU COURONNEMENT DU ROI RAMA X.

Boileau ne fit pas mieux dans la flagornerie la plus vile et nous n’avons pas compétence pour apprécier sur le plan poétique le talent de l’ancien premier ministre qui parait toutefois un peu mince.

 

 

La déclaration que fit le roi nouvellement oint est concordante avec celle de feu son père qui avait déclaré lors de son couronnement: «Je gouvernerai ce pays avec justice pour le bonheur du peuple thaïlandais ». Tel est le souhait de tous ses sujets.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Quartich Wale « Siamese state ceremonies - their history and function », Londres, 1931 et « Supplementary notes on siamese state ceremonies », même année.

 

(2) http://members.iinet.net.au/~royalty/states/thailand/thailand_yugala.html

 

(3) pic.twitter.com/J9fHnt9e1W

 

 

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 22:37

ลาวสาวในบาร์และคาราโอเกะตามแนวชายแดนไทย ลาว

ສາວລາວໃນແຖບແລະຄາລາໂອເກະຕາມຊາຍແດນໄທ - ລາວ

 

 

Cet article ne contredit pas ceux que nous avons consacrés à ce sujet délicat  (1,  de 1-1 à 1 - 8). Il n’en décrit qu’un aspect très différent et très partiel : Il est limité géographiquement à la rive droite du Mékong dans la partie la plus orientale de l’Isan, à une forme très particulière de ce négoce, les karaokés et la venue non plus de filles de l’Isan mais du Laos.

 

 

Les études sérieuses concernant globalement le sujet sont rares. En dehors d’une littérature nauséabonde qui contribue toujours à propager des contrevérités en faisant du sensationnel sulfureux

 

 

...ou d’études tombées de prétentieux ou prétentieuses universitaires qui n’ont du sujet que la vision que l’on en a de Bangkok ou des lieux touristiques.  Celles de Bernard Formoso  (1- 4) ou de Jean Baffie (1- 8) font notables exceptions.

 

 

 

Nous avons découvert deux sources récentes, précieuses en ce qu’elles sont l’œuvre d’universitaires thaïes-Isan de sexe féminin, ce qui leur a permis d’effectuer des investigations que probablement nul occidental(e) n’aurait pu effectuer d’abord parce qu’elles sont femmes et surtout parce qu’elles parlent, en dehors du thaï, l’isan-lao ce qui facilite le dialogue avec les filles venues du Laos. Ce sont de véritables  journalistes  d’investigation.

 

 

Le premier a été publié en anglais  le 4 avril 2019 sous le titre humoristique « Femmes lao dans les bars - karaoké de l’Isan : Les hommes ne pensent certainement pas que nous sommes des serveuses » (2).

 

 

Le second d’avril 2019 et en anglais aussi, plus scolastique, il porte le titre un peu prétentieux il est vrai de « Production de performances affectives et financières: les femmes migrantes lao dans l'industrie du sexe le long de la frontière thaïlandaise » et émane d’une universitaire, Maliwan Senawong, qui enseigne les sciences sociales à l’Université de Chiangmai (3). Toutes deux ont également interrogés, des patrons d’établissement, des clients et des fonctionnaires d’ONG L’une d’entre elle s’est rendue dans le village d’origine de plusieurs filles au Laos.

 

Ne vous méprenez pas, les établissements qui ont fait l’objet des investigations de ces dames n’ont strictement rien à voir avec les karaokés que vous trouverez, plus apparents dans les villes de l’Isan, au moins partiellement plus volontiers destinés aux rares touristes ou aux résidents locaux, simples « maisons de plaisir » ou parfois  « maisons d’abattage » qui sont difficiles à ne pas remarquer.

 

 

Ici, nous sommes situés à l’écart des zones urbaines. De jour, il est difficile de différencier ces établissements d’une simple gargote en bambou, il n’y a en général pas d’enseigne et quand il y en a une, elle est exclusivement en thaï (คาราโอเกะ) mais à l’ouverture le soir et pas avant, l’éclairage tapageur et l’excès de décibels ne prêtent pas à équivoque. S’ils ne refusent pas les occidentaux, ils ne leur sont pas destinés. Ils ne distribuent d’ailleurs jamais les alcools farangs qui nécessitent le payement d’une licence spéciale. Vous n’y serez pas mal accueillis, bien au contraire, mais vous heurterez à l’obstacle fondamental de la langue et s’ils font le plus souvent de la petite restauration, la carte est évidemment toujours en thaï. Nul n’y parle le moindre mot de l’anglais basique des « bars à filles » des lieux touristiques. La machine à karaokés qui diffuse les images avec les sous-titres ne le fait qu’avec des sous-titres thaïs ce qui ne vous empêchera pas de pousser la chansonnette si le cœur vous en dit et si vous savez déchiffrer les spaghettis de l’alphabet thaï. La musique est en général sucrée à l’exception parfois de quelques « crooners » un peu ringards, Paul Anka par exemple, probable lointain souvenir du passage des Américains ? (4).

 

 

Pas de harcèlement non plus de la part des « serveuses » ou d’incitation à la consommation forcée, vous n’êtes pas dans un bobinard de Pattaya et moins encore à Pigalle même si l’on comprend immédiatement que ce ne sont pas des serveuses. Et comme il faut savoir de temps à autre faire abstraction de nos inhibitions judéo-chrétiennes, rien ne nous empêche d’y aller tout simplement pour boire une bière en compagnie de nos épouses sans encourir la réprobation des biens pensants. Il n’est par ailleurs pas rare d’y voir des équipes de locaux venir s’y livrer à des beuveries entre copains. Il y a dans la profession deux saisons, la basse saison qui coïncide avec les nécessités du travail dans les rizières et la haute saison après la vente de la récolte, c’est l’affluence !

 

Photo Isaanrecord  :

 

Au bord d’une route secondaire, dans une cabane en bois, la toiture est en tôle ondulée ou en paille, l’établissement signale son ouverture en soirée par un éclairage fluorescent tapageur. La terrasse est meublée de fauteuils et tables en bambou. Il y fait avec la brise du soir plus frais qu’à l’intérieur. La cabane proprement dite contient une salle de restauration contenant une modeste estrade et la machine à karaoké, une cuisine et des toilettes. L’un d’entre eux, parmi ceux qui ont été visités, se situe dans une province frontalière du sud de l’Isan à quelque distance d’un village rural complètement endormi la nuit.

 

Photo Isaanrecord  :

 

L’implantation en rase campagne au milieu des rizières et des champs de manioc a deux objectifs, éviter les difficultés avec le voisinage en raison des excès de décibels caractérisant systématiquement les karaokés et se tenir loin des autorités policières.

 

Comme en bien d’autres endroits des filles venues du Laos viennent chercher fortune dans le commerce du sexe  malgré les risques d'arrestation et d'expulsion, la plupart entrant « en fausse ». Elles n’empruntent évidemment pas les points de passage obligés et contrôlés au quatre ponts « de l’amitié ».

 

 

Ne perdons pas de vue qu’il y a des centaines de kilomètres de frontière entre le Laos et la Thaïlande, l’essentiel marqué par le Mékong. On peut passer d’une rive à l’autre sans la moindre difficulté … à ses risques et périls … Le Laos ne se préoccupe pas outre mesure de ses ressortissants qui quittent provisoirement le pays pour y ramener quelques richesses et la Thaïlande n’a pas les moyens de contrôler à priori les passages de clandestins sur toute la longueur du fleuve. Le choix d’une implantation en zone rurale n’est évidemment pas étranger au souci d’éviter les contrôles policiers en sus des  « connexions » avec les autorités locales sans que cela soit forcément de la corruption caractérisée.

 

 

 

Le gouvernement Prayut a lancé à partir de 2015 de vastes opérations de vérifications des personnes en situation irrégulière, elles n’étaient pas dirigées contre les farangs même si nous en avons tous peu ou prou fait l’objet. Elles furent moins élevées en campagne que dans les villes. Les résultats ont été mitigés mais les mineures auraient pratiquement disparu à la suite de cette répression. Les filles au demeurant peuvent obtenir un permis de travail pour la Thaïlande en passant par des intermédiaires qui leur facturent en général 20.000 bahts fois avancés par le futur employeur. Le permis travail indique une profession précise (« serveuse »), et effectuer un autre travail entraîne une amende de 2.000 bahts, éventuellement quelques jours de prison et une reconduite à la frontière… jusqu’au retour.  L’une des filles interrogées reconnaît avoir déjà été expulsée 12 fois de Thaïlande et y être revenue sans difficultés !

 

 

Le nombre de ceux qui sont entré légalement, diffusé par le Ministère du travail est de 110.000. Nous ignorons  (évidemment) le nombre de Lao entrés clandestinement en Thaïlande en sachant que tous ou toutes ne se destinent pas au commerce du sexe.  La Laos est un paradis communiste mais un paradis pauvre. Le salaire moyen est d’environ 900.000 kips (la monnaie de singe locale) ce qui équivaut approximativement à un peu plus de 3.000 bahts (85 euros mai 2019). (Il y a longtemps que la Thaïlande n’ est plus à ce salaire). Le pays ne produit rien autre que du riz, la vie y est en outre plus chère qu’en Thaïlande (sauf la bière et les cigarettes !) puisque tout y est importé.

 

 

Les filles sont au premier chef rémunérées  « au bouchon », entre 5 et 15 bahts de commission pour les boissons qu’elles se font offrir, jamais alcoolisées, et celles que les clients consomment en leur compagnie, peu de choses mais ces établissements pratiquent les mêmes tarifs que les autres « que la morale ne réprouve pas », et une bière n’y vaut jamais que 60 bahts Comme dans beaucoup  d’établissements thaïs, les clients peuvent emmener avec eux leur bouteille d’alcool (une pratique qui étonne les visiteurs étrangers), le Mékong y coule à flot mais les filles perçoivent une commission sur la glace (toujours facturée) et les sodas d’accompagnement. Toutes celles qui ont été interrogées ont déclarées gagner aux environs de 10.000 bahts par mois (environ 285 euros mai 2019) dont l’essentiel provient  des « services sexuels » « fournis » essentiellement sinon exclusivement à une clientèle locale. L'emploi est aussi flexible qu’informel puisqu'il n'y a pas de contrat, mais seulement un accord verbal entre l'employeur et les travailleuses. Les filles sont totalement libres de vendre du sexe et de négocier le prix avec les clients. Il est constant d’ailleurs que lorsque les Thaïs partent en java ils sont incontestablement moins regardants que les farangs ce qui explique au moins en partie pourquoi ces établissements ne recherchent  - sans la rejeter- la clientèle occidentale et rend vraisemblable le bénéfice mensuel annoncé. Pour le « passage en chambre » le client doit payer en sus de la vacation à sa partenaire,  une location  (en général appelée « amende de bar ») selon la durée prévue (en général de 250 à 350 bahts). Cette prestation est également facturée au client lorsqu’il emmène la fille pour la nuit à l’extérieur. Nous sommes plus ou moins « en famille » (voir plus bas) ce qui fait qu’en dehors du service dû au client, les filles doivent également laver le bar, faire la vaisselle avec des horaires tout de même élastique en dépit des heures de fermeture administrative avant 1 heure du matin conformément à la loi dans les lieux de divertissement, respectée par la fermeture des portes mais pas pour le travail domestique proprement dit postérieur.

 

Photo Isaanrecord  :

 

Toutes déclarent que le travail n’y est pas « trop dur », il l’est certes moins que d’aller suer sang et eau dans les rizières du Laos. Nourries et logées, elles ont largement de quoi envoyer des fonds à leur famille. Toutes aussi insistent sur la liberté dont elles jouissent : pas de salaire mais liberté de venir travailler ou pas, de rentrer quelques jours au Laos pour rendre visite à la famille ou assister à une fête de préférence en basse saison : « je le dis à l'avance au propriétaire et je pars ».

 

Toutes les filles ont souligné l’absence de contrainte.

 

Certains établissements les logent sur place, les patrons le font lorsqu’elles ont un permis de travail. Ils l’évitent si elles sont en situation irrégulière pour éviter les lourdes sanctions attachées à l’hébergement d’un étranger en situation irrégulière mais dans ce cas assument les frais du logement extérieur. Ce qui n’est pas soit dit en passant un luxe dans la mesure où des logements sommaires se louent beaucoup moins de 1.000 bahts par mois dans les campagnes de l’Isan.

 

Le plus souvent, l’établissement comprend quatre zones, le logement des propriétaires et des filles, une salle réservée aux services que la morale réprouve, une salle comportant à la fois la cuisine et le coin karaoké, les champs environnants qui ont en général le même propriétaire. Il n’y a aucune séparation entre le lieu de travail et de la vie privée filles. Ce partage de logements entre la famille de l’employeur et les « serveuses » créent une espèce de parenté fictive avec des parents de substitution au sein de laquelle nous retrouvons les valeurs familiales traditionnelles : partage, générosité et dépendance. Les filles sont obligées (y sont-elles contraintes ?) de contribuer à cette famille fictive en obéissant aux parents de substitution et en partageant le travail, la nourriture tout autant que la moto ou le réfrigérateur.

 

Il ne faut tout de même pas faire de cette combinaison d’un emploi informel et de l’éthique familiale une situation paradisiaque.

 

Elle ne peut qu’engendrer une exploitation et un contrôle subtil des filles. Le travail hors sexe proprement est insuffisant pour satisfaire leurs besoins, au mieux 100 ou 200 bahts par jour pour le « bouchon ». Le passage au sexe est une nécessité  inévitable même si elles ne le souhaitaient pas initialement ce qui reste à démontrer. Par ailleurs, plus elles fournissent de services sexuels aux clients, plus elles gagnent d’argent et plus elles en font gagner au propriétaire par le biais des « amendes de bar ». Vivant avec la famille, elles sont donc  conduites à participer aux travaux ménagers et éventuellement aux travaux agricoles. Cette situation que l’on peut considérer comme une situation d’asservissement est-elle pire que le travail à la chaîne en usine ou celui des Birmans sur les bateaux de pêche ? Voilà bien une question à laquelle nous ne répondrons pas.

 

 

Toutes par contre rejettent systématiquement la stigmatisation de la prostitution comme le font des associations féministes,  que ne guident pas des motifs éthiques mais uniquement politiques. Nous sommes en pays bouddhiste et nul n’y lit la Bible. Les bouddhistes rachèteront leur mauvais karma dans les années à venir. Celles qui sont catholiques savent parfaitement que le Christ a pardonné à Marie-Madeleine.

 

 

Combien sont-elles ? Il est difficile de trouver des données fiables. Nous avons au moins un chiffre ponctuel sur partie de l’Isan résultant d’une étude de 2015 commandée par le service de santé provincial d'Ubonratchathani, 2.410 femmes travaillaient dans des restaurants-bars-karaoké dans la seule province. Sur ce nombre, 1.230 d’entre elles étaient des travailleuses du sexe confirmées et un peu plus de la moitié d’entre elles (692) venaient du Laos.

 

 

 

Combien rapportent-elles au pays ? Nous n’avons évidemment que des estimations  qui valent ce qu’elles valent ! La Banque mondiale estime qu'en 2016, le Laos a reçu au total plus de quatre milliards de bahts (115 millions d’euros) de fonds envoyés par les travailleurs migrants du Laos (toutes professions confondues) au pays. Aucune des filles n’a accepté de dire à nos interrogateurs le montant des sommes que leur activité, toujours temporaire, partait de l’autre côté du fleuve

 

 

Que dire de l’aspect émotionnel ?

 

Il est singulièrement totalement absent de l’esprit de ces filles. Elles ne sont pas à la recherche sinon du grand amour du moins de l’homme qui lui assurera la sécurité matérielle et affective jusqu’à la fin de leur vie. Une seule a déclaré avec un certain humour « si je ne peux pas m’acheter une bague, je m’achèterai une moto ». Notez que le prix d’une motocyclette est de l’ordre de 40.000 bahts, un an de salaire lao.

 

Notez encore que nous sommes en pays bouddhiste où ces femmes acceptent facilement de considérer l'acte d'amour comme une manifestation normale et ordinaire de l'activité humaine. Elles sont là pour attendre le plus naturellement du monde gain et avantages du commerce de leurs charmes en l'absence de tout autre sentiment réglementant dans nos esprits occidentaux les relations sexuelles.

 

 

Il est deux aspects dans la prostitution, le premier est-il séant de vendre son corps ? Il n’est pas à priori répressible et relève d’une morale individuelle si du moins la contrainte  est absente. Le second est celui du proxénétisme, profession abjecte s’il en est et d’ailleurs lourdement sanctionnée par le code pénal thaï. Ne parlons pas de ce qui peut se passer dans les grandes villes et les zones touristiques probablement aggravée avec l’arrivée massive des touristes russes ou chinois. Nous ne sommes pas dans les usines à viande de Bangkok ou d’ailleurs. Le julot marseillais, corse, italien, albanais, russe ou chinois ne sévit pas dans les campagnes… ce qui n’est pas dire qu’ils ne le font pas ailleurs.

 

 

Les Français se sont intéressés à la prostitution au Laos essentiellement lorsque les résultats pour nos troupes et nos fonctionnaires fut de ramener de cuisants souvenirs de leur passage au bordel. Pour Georges Maupetit qui fut médecin colonial au Laos de longues années au début du siècle dernier mais opéra au Siam dans la région d’Ubonrachathani l’existence de ce qu’il considère comme moralement un fléau (c’est son éthique) « existait avant notre arrivée, résultats d'une civilisation antérieure à la nôtre ». Il écrivait en 1913 (5).

 

 

Cet aspect sanitaire est largement souligné aujourd’hui par nos deux auteures à juste titre car se pose évidemment comme conséquences directes de cette forme de commerce du sexe la transmission des maladies que Maupetit appelait « honteuses » comme on disait à l’époque : absence de formation des filles sur la manière de les éviter et difficultés d’accès aux soins et celle des grossesses non désirées, absence de formation des filles sur les procédés pour s’en prémunir.

 

 

Il nous faut bien évidemment mettre un peu plus de glasnost dans notre pérestroïka.

 

Notre propos n’est pas de faire l’éloge de la prostitution, Sade l’a fait en 1795 dans « la Philosophie dans le boudoir » mais il était « spécial ». Elle fut toujours un torrent impossible à endiguer. Pas plus n’entrerons-nous dans le misérabilisme, Zola en fut un exemple inimitable

 

 

Nous voulions en dehors de toutes considérations éthiques ou moralisatrices  - au vu d’enquêtes effectuées sur le terrain – parler de ce que nous avons appris qui ne concerne qu’une zone géographiquement limitée non seulement du pays mais de l’Isan et qui représenterait globalement 90% (selon l’une de nos auteures) du commerce du sexe d’une façon non pas cachée mais discrète et en tous cas, pratiquement invisible aux yeux des touristes qui ne sévissent pas dans les zones rurales de l’Isan tout autant que la plupart des résidents qui, pour la plupart, ne vivent que dans des zones urbaines  où ils trouvent facilement ce qu’ils cherchent « en cas de besoin ».

 

Quelle est la « hiérarchie des prestations » au sein de ces établissements ? Ont-ils pour but principal de fournir des femmes aux hommes et comme rôle accessoire de nourrir et abreuver les clients ou vice-versa ? Ce sont tout autant des restaurants qui mettent à la disposition de leurs clients tout ce qu’il faut pour les rendre heureux que des maisons de plaisir qui fournissent aussi nourriture et boisons à leur habitués pour les combler. La réponse est difficile.

 

Ce qui nous a paru l’aspect le plus négatif dans la vie de ces filles qui d’ailleurs n’y restent jamais à perpétuelle demeure sans donner l’impression d’être passée par le bagne et s’en vont une fois leur pelote faite,  c’est bien évidement l’aspect purement sanitaire qui excède nos compétences.

 

Pourquoi enfin cette migration ? La prostitution existe aussi au Laos, mais où n’existe-te-elle pas ? D’abord considérée comme « mal social » elle a été criminalisée lors de l’arrivée des communistes au pouvoir en 1975. Pendant longtemps les filles se retrouvèrent en camp de rééducation. Si les goulags ont disparu, la prostitution aurait fait une réapparition discrète depuis le début du siècle et l’OMS aurait chiffré 13 ou 14.000 filles se livrant à cette activité, mais la clientèle touristique ne se précipite pas, la clientèle locale le plus souvent désargenté n'est pas un marché lucratif, le choix s'impose,

 

 

Concluons sur cette citation d'Eléonora Marx, fille de Karl et laissons-lui la responsabilité de la solution qu'elle préconise pour résoudre cet « horrible problème » :

 

« Tous les efforts partis de bonnes intentions pour s'attaquer à cet horrible problème sont illusoires ainsi que le reconnaissent avec désespoir leurs promoteurs. Et illusoires ils resteront tant que durera le mode de production qui créant une population ouvrière excédentaire, crée simultanément des criminels et des femmes qui en sont littéralement et tristement réduites à « l'abandon ». Que l'on se débarrasse du mode de production capitaliste, disent les Socialistes, et la prostitution disparaîtra ».

 

 

NOTES

 

(1)

1-1 - « Les Filles "tarifées" de l'Isan » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-filles-tarifees-de-l-isan-108091971.html

1-2 - A78. « Filles "tarifées" et expatriation » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a78-les-fran-ais-parlent-aux-fran-ais-thailande-et-thailandais-es-filles-tarifees-et-expatria-110317969.html

1 – 3 - 17. « L'apport économique des filles "tarifées" en Isan ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

1 – 4  - A28 : « Un "ethnologue" chez les prostituées de Thaïlande ! »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a28-un-ethnologue-chez-les-prostituees-de-thailande-74007708.html

 

1  - 5 - A 221 « UN BREF HISTORIQUE DES MARIAGES MIXTES EN THAÏLANDE. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/a-221.un-bref-historique-des-mariages-mixtes-en-thailande.html

1  - 6 - ISAN 43  « LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/isan-43-les-mariages-mixtes-des-femmes-du-nord-est-de-la-thailande.html

1 – 7 -  A 277 « LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE : LA VISION DES HOMMES THAÏS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-277-les-mariages-mixtes-des-femmes-du-nord-est-de-la-thailande-la-vision-des-hommes-thais.html

 

1 – 8 - « Découvir l'Isan : l'économie de l'Isan »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-38-decouvrir-l-isan-l-economie-de-l-isan-85623102.html

(2) L’article  n’est pas signé mais sa mouture est manifestement féminine « Lao women in Isaan’s karaoke bars : Men certainly don’t pretend we’re waitresses » sur le site https://isaanrecord.com/2019/04/04/lao-women-in-isaans-karaoke-bars/

(3)  « Producing Affective Performance and Capital :  Lao Migrant Women in the Sex Industry along the Thai-Lao Border » in Journal of the Mekong societies, volume 15 n° 1,  janvier-avril 2019 numérisés :

https://www.tci-thaijo.org/index.php/mekongjournal/article/view/186349/130939

 

(4) https://www.youtube.com/watch?v=C43mQ_veYEQ

 

(5) Georges Maupetit « Mœurs laotiennes », In : Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, VI° Série. Tome 4, fascicule 5, 1913. pp. 457-554;

 

 

 

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 22:23

 

En 1899, un nouveau vocable monthon Tawan-ok Chiangnuea (มณฑล ตะวันออกเฉียงเหนือ (cercle du nord-est), a été introduit dans le système d'administration provincial naissant par le gouvernement siamois pour remplacer l'ancien nom, monthon Lao Kao (มณฑล ลาว กาว). Ce vocable semblait faire référence à un groupe ethnique que nous connaissons mal, celui des Chaokao (ชาวกาว), des minorités tribales thaïes de la région de Phrae et surtout de Nan (แพร่ น่าน) et non de l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler « Lao ». La référence à la colle ou la glu (กาว kao – colle, glu) signalait peut-être une zone frontière du royaume d'Ayutthaya ? La dynastie ayant régné sur Nan était celle des ratchawong kao (ราชวงศ์กาว)

 

 

Le terme « lao » aurait alors été considéré comme caractérisant une notion sinon raciale, du moins ethnique et supprimé au profit d’une autre simplement  géographique indiquant la direction depuis Bangkok. L'année suivante, le nom fut à nouveau changé en « Isan » (อีสาร) un mot d’origine sanskrit signifiant tout simplement le Nord-est et, « pour une prononciation plus courte et plus facile » selon le règlement signé par le ministre de l'Intérieur, le prince Damrong Rachanuphap  (ดำรงราชานุภาพ). On peut souvent lire que le mot fut une création centralisatrice qui aurait permis de  dissimuler une identité raciale non siamoise de la majeure partie de la région.

 

 

C'est une erreur grossière. Le mot n’a pas été créé en 1900 au début du siècle dernier issu de l’imagination centralisatrice du Prince Damrong puisqu’il apparaît en 1854 déjà dans le premier dictionnaire de Monseigneur Pallegoix avec la seule définition « Nord-est ».

 

 

Il n’a donc pas été créé pour les besoins de la cause, le prélat résidait au Siam depuis 20 ans et le terme était incontestablement dans le domaine public (1).

 

Les noms des quatre autres monthon pour des qualifications plus courtes étaient basées sur la localisation et non plus sur les attributs de la majorité des habitants.

 

Un article récent d’un ethnologue japonais, Akiko Iijima, professeur spécialiste de l’histoire de l’Asie à l’Université de Tokyo nous a quelque peu interpellé par son titre iconoclaste « The Invention of “Isan” History » (2) laissant à penser qu’il y aurait eu de la part du Prince Damrong, père de l’histoire thaïe (bida haengwicha prawattisatthai - บิดาแห่งประวัติศาสตร์ไทย) quelques « aménagements » lors de l’établissement de la prestigieuse série des Prachum Phongsawadan (ประชุมพงศาวดาร - « Recueil des Chroniques »), longtemps considérée comme une source indispensable de l’histoire locale, dont la publication a commencé au début du XXe siècle pour éradiquer la réalité « lao ».

 

 

Akiko Ichima a en effet  découvert que le document Phongsawadan Mueang Ubonratchathani (พงษาวดารเมืองอุบลราชธานี Chronique du mueang d’Ubon rachathani) conservés dans la salle des documents anciens, au 4e étage de la bibliothèque nationale de Bangkok dont nul ne semble avoir consulté le manuscrit avant lui semble avoir subi quelques modifications avant sa dactylographie ? La même observation concerne les Phongsawadan Yonok (พงศาวดารโยนก) concernant la région de Chiangmai dont le texte manuscrit est rempli de marques d’effacement et de modification.

 

 

Revenons-en aux origines du Siam en tant qu’État cohérent.

 

L'État centralisé est né en 1782 avec Bangkok comme capitale royale, issu de l'héritage du royaume d'Ayutthaya. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, quand commence le règne le roi Chulalongkom (1868-1910), l'organisation interne du Siam est complexe et peu cohérente. Elle est  génératrice d'inefficacité, de lenteur et d'abus. Elle est le produit de l'œuvre des siècles passés. Le pays n'est qu'un agglomérat de provinces et d'États tributaires, prathetsarat (ประเทศสหรัฐ) aux limites souvent imprécises. L'État n'est pas centralisé, ministres et mandarins ont des attributions souvent mal définies. Certains personnages, certaines familles se sont créées peu à peu des situations de force préjudiciables à la bonne marche du gouvernement et de l'administration. C’est un empire hétérogène en particulier sur le plan ethnique, Il n’exerce qu’un contrôle minimum sur régions des frontières périphériques  marginalisées en tant que prathetsarat.

 

Ces États tributaires ou vassaux appartenaient plus ou moins densément à une hiérarchie au sommet de laquelle se trouvait le suzerain suprême, le roi du Siam. Cette soumission du prathetsarat ne l’empêchait pas de tenter de préserver sa propre autonomie dans des domaines étendus, à l’exception de certaines obligations symboliques à leur suzerain. Ultérieurement, une partie des régions périphériques a été progressivement intégrée à l'état siamois naissant. Le Siam s’efforça d’établir un système d’administration centralisé et unifié sous l’égide  de Bangkok à partir du cinquième roi de la dynastie, Chulalongkorn.

 

 

Le prince Damrong Rachanuphap, l’un  de ses demi-frères, dirigea la réforme à la tête du ministère de l'Intérieur de 1892  jusqu'en 1915. Au cours de son mandat, le prince Damrong a inauguré et mis en place progressivement le système du Thesaphiban (เทศาภิบาล que l’on peut traduire par contrôle du territoire) dans l'administration provinciale. L'unité territoriale principale de la structure de Thesaphiban est le monthon (cercle) nouvelle sur le plan conceptuel en ce qu'elle était délimitée en fonction de caractéristiques géographiques et placée sous la juridiction du khaluang thesaphiban (ข้าหลวงcommissaire royal ou surintendant) envoyé directement de Bangkok.

 

 

Le roi Chulalongkom  plus que son prédécesseur le roi  Mongkut, avait compris que le meilleur moyen  pour résister aux empiétements étrangers était  la modernisation du pays en s'inspirant des méthodes européennes : un gouvernement et une administration centralisés où chacun aura une tâche clairement définie et spécialisée, avec un corps de rétribués par l'État et non plus gardant à leur profit une part des impôts, des frais  de justice ou faisant travailler la population pour leur compte.

 

Cette construction est venue des élites de Bangkok qui jouent des rôles  clefs au sein du gouvernement et de l’administration et qui manifestèrent rapidement un vif intérêt pour la construction de l’histoire du nouvel État siamois. Le personnage le plus remarquable fut le prince Damrong, qui devait par la suite être exalté comme « le Père de l'histoire thaïlandaise » qui œuvra beaucoup plus en termes de structures que de contenus.

 

La méthode de désignation des monthon fut à la fois la manifestation de la détermination du gouvernement central à intensifier son contrôle sur les régions jusque-là périphériques. En même temps, en éliminant les mots lao  (ลาว) et khamen (เขมน khmer) la conception traditionnelle des différences ethniques était supprimée. La question de savoir s’il ne s'agissait pas seulement de nier conceptuellement l'existence « d'autres races » dans les limites territoriales du Siam, mais de subsumer les autres et de les incorporer dans le nouveau moule thaï reste – pour nous – posée ?

 

En 1912, le monthon Isan fut divisé en monthon Ubonratchathani  (มณฑลอุบลราชธานี) et monthon Roiet (มณฑลร้อยเอ็ด), faisant disparaître le nom d’Isan. Mais en 1915 sera publiée dans la longue liste des Prachum Phongsawadan  la  Phongsawadan  huamueang monthon Isan  (พงศาวดาร หัวเมืองอีสาร chronique des districts du Nord-est) (3). Cette contradiction est singulière puisque lors de la publication le monthon isan n’existait plus du moins administrativement.

Mais l’Isan en tant que nom d'une unité administrative disparue, connaît une résurgence sous le sixième règne. Cette fois, l’Isan est devenu le nom d’une région (phak - ภาค), Phak Isan (ภาคอีสาร), créée en août 1922 par le roi Vajiravudh.

 

 

Nous retrouvons en 1929 la Phongsawadan Phak Isan (พงศาวดาร ภาคอีสาร) qui semble recouvrir depuis lors  une entité géographique, le plateau de Khorat.

 

 

L’ « ALTÉRITÉ RACIALE » DE L’ISAN,  MYTHE OU  RÉALITÉ ?

 

Revenons au  vocable utilisé par Akiko Iijima  « racial otherness », « altérité raciale ». L’existence au sein de cette entité géographique Isan de groupes ethniques différents a été relevée par les observateurs de l’époque. Dans le premier numéro du journal de la Siam Society en 1904,  Phraya  Phracha  Kitkonchak  (พระยา พระชา กิจกรจักร) alias Chaem Bunnak (แช่ม บุนนาค), collaborateur direct du prince Damrong au Ministère de l’intérieur nous donne une intéressante description de ce qu’il appelle huamueang monthon Isan, lui-même ayant effectué de nombreux déplacements en Isan  (4). 

Il écrit que la population de cette région est composée de personnes de race « thaï lao » et de personnes de race « suay » (ส่วย) encore appelées khmers de la forêt (เขมนป่าดง  (5).

 

 

L’ethnie suay également connue sous le nom de kuy (กูย), seconde composante de la population de l’Isan que Bunnak oppose au « thaï-lao » qu’il appelle aussi phuak thai (พวกไทย - groupe thaï) serait le vestige des occupants initiaux des provinces du sud de l’Isan (Surin,  BuriramSisaket,  et Ubonratchathani).

 

 

Peut-on donner une définition du mot « lao » tel que les Siamois le concevaient à l’époque ?

 

Akiko Iijima fait référence à ce qui est en réalité notre seule source sémantique, le premier dictionnaire définissant les mots thaïs, celui du révérend Bradley qui date de 1873 (6).

 

 

Elle est assez sommaire : « C’est le nom de personnes d’un certain langage qui vivent dans la région du nord ou se trouve Chiang Mai et le reste » (7).

 

 

Bradley cite ensuite  les Lao phung dam (ลาวพุงดำ), caractérisé par leurs tatouages,  les Lao Phuan (ลาวพวน) venant de Mueang Phuan  (เมือง พวน), un ancien royaume du Laos oú se situe la plaine des jarres et les Lao de Wiangchan  (Vientianeลาวเวีงจัน) du royaume du même nom. Ses critères sont linguistiques et géographiques  mais non ethniques..

 

 

 

Akiko Iijima souligne à l’appui de nombreuses références que les monarques de la dynastie différenciaient dans leur royaume les Laos des Thaïs comme des Khmers, des Mons, des Birmans, des Chinois, des Vietnamiens, des Malais ou des Indiens (แขก - khaek) dont  la langue et la culture étaient différentes de celles des Siamois. Le terme de Lao n’était alors pas spécifique au Nord-est. La conscience de ces altérités raciales apparut lors du premier recensement de 1904 (8).

 

Malheureusement, pour des raisons purement matérielles, l’essentiel du Nord et surtout du Nord-est a échappé aux investigations : seul le monthon d’Ubonratchathani  (toutefois le plus peuplé) a été recensé, des trois autres de la région (Udon, Isan et Burapha ) (9). 14 ethnies y apparaissent, les Thaïs (thaï-lao ?) en tête mais pas de Laos (10).

 

Les monthon non recencés sont en rouge :

 

 

Il y eut pour les agents recenseurs d’énormes difficultés à identifier les races compte tenu des inextricables mélanges ethniques fruit des mariages interraciaux. Que pouvaient valoir le seul critère du costume utilisé par exemple pour les Chinois ? Les Laos n’apparaissent pas. La raison donnée par les commentateurs du recensement est simple : Le critère de la langue ne put jouer puisque les langues lao et thaïe sont pour l’essentiel les mêmes avec des différences portant essentiellement sur les intonations (samniang  - สำเนียง) et quelques différences de vocabulaire. Doit-on, parce qu'une personne ne parle pas le beau langage des habitants de Bangkok la considérer comme Lao ? La langue de Nakhon Sithammarat comporte des tonalités différentes et un vocabulaire parfois spécifique est-il pour autant un Lao ?  Ils sont Thaïs, ils ne sont pas Laos (pen thai mai chai lao - เป็นไทย ไม่ไชลาว).

 

Farangs ou Chinois ? :

 

 

Il est un autre critère auquel force nous est de faire allusion : existe-t-il entre un Thaï et un Lao des critères physiques, des critères de faciès, qui permettent de les différencier comme nous différencions sans difficultés un Hottentot d’un Scandinave ?

 

 

Qui pourrait s’en vanter ?

 

Nous allons retrouver une fois encore le Prince Damrong dans un texte publié initialement en 1916 « Nithan borannakhadi » (นิทานโบราณคดี histoires de l’ancien temps) qui est le compte rendu d’un voyage d’inspection de deux mois effectué dans le Nord-est de décembre 1906 à janvier 1907 (11). Il s’agit du résumé de ses découvertes relatives aux groupes rencontrés en Isan. Pour lui, les Thaïlandais sont plus nombreux que tous les autres groupes. Nous trouvons ensuite les Khas et les Khmers les premiers semblant être un  sous-groupe des seconds. Mais où sont les Lao ?

 

 

Le Prince s’est livré à une expérience en tentant de se renseigner sur les langues des personnes qu’il rencontrait. Il leur demandait de compter de un jusqu’à dix et constata qu’il n’y avait que deux types de langues, le thaï et le khmer  (12) ! Pour lui, la région compte deux races et deux seulement, la race thaïlandaise et la race khmère, c’est tout. Nous retrouvons la négation de l’existence de la reconnaissance de l’autre race Lao comme dans la « Phongsawadan huamueang monthon Isan ». Elle est comprise dans la rubrique thaï.

 

« Le roi Chulalongkorn a changé le système gouvernemental du royaume en 1892. Le système ancien rassemblait des États de races et de langues différentes. Trois monthons périphériques dans le royaume étaient considérés comme des « mueang lao » (domaines lao) et les habitants, qui sont en réalité thaïlandais, s’appelaient lao. Ce système de gouvernement est devenu obsolète et ne peut être maintenu ». Tout comme dans le texte de Chaem Bunnak (4) il n’y a pas de Lao pour le prince.

 

L’ « ALTÉRITÉ RACIALE »  A-T-ELLE ÉTÉ ÉRADIQUÉE ?

 

Akiko Iijima a effectivement découvert des divergences entre les manuscrits ayant été utilisés pour l’élaboration des Prachum Phongsawadan et le texte imprimé définitif. Il a scrupuleusement épluché les 130 pages du manuscrit à l’origine de la Phongsawadan Mueang Ubon Ratchathani. C’est un manuscrit  jalousement gardé à la section des manuscrits anciens de la Bibliothèque nationale. Il y a effectivement relevé parfois le rajout du terme « Phak Isan », et en d’autres endroits  le mot « Lao » avait purement et simplement été rayé de la carte.

 

 

 

Faut-il y avoir la volonté délibérée – attribuée d’ailleurs sans la moindre justification au Prince Damrong -  par des sites très politiquement marqués ? Nous n’en sommes pas convaincus ?

 

La première raison semble d’évidence, elle a été judicieusement soulignée par Akiko Iijima, l’éradication du mot « lao » qui n’est pas celle de la « race » répondait à un souci précis et à un danger immédiat :

 

Les colonisateurs français s'étaient emparés de la rive gauche du Mékong en 1893 et poursuivaient une politique consistant à héberger autant de protégés que possible dans des conditions le plus souvent douteuses. L’atteinte à la souveraineté du Siam par le système des protégés consistait bien un péril imminent d’autant que, au moins jusqu’en 1907 le parti colonial français a continué à réclamer à cor et à cri l’occupation de la rive droite du Mékong considérée comme lao.  A cette époque, côté français, on ne parle ni d’Isan ni de Nord-est mais de « Laos-siamois ».

 

Il est une autre raison qui nous semble fondamentale : qui est de « race » thaïe, qui est de « race » lao ou qui est de race  « thaï-lao » ?

 

 D’où viennent ces peuples qui  ont investi depuis des siècles les fertiles vallées du Mékong et de la Chaopraya ? Il y a de multiples hypothèses sur leurs origines (probablement plus ou moins communes). Nous n’avons qu’une solide certitude, disons-le sans rire, ils ne viennent pas ni de Scandinavie

 

Migrations présumées des Vikings :

 

 

 

ni des contreforts de l’Himalaya ?  Nous avons parlé de « critère de faciès ». Qui peut  avoir la prétention de différencier au premier coup d’œil un « thaï » d’un « thaï-isan » ou d’un « Isan-lao »? La politique inclusive de la « Thainess » est intervenue depuis au moins un siècle qui fait que tous les membres constitutifs de la nation sont Thaïs.

 

Migrations présumées des Aryens :

 

 

Il y a de toute évidence une spécificité de l’Isan, elle n’est assurément pas raciale ni ethnique, elle tient à la pauvreté de la région, à la dureté de son climat et à l’incommensurable mépris dans lequel ses populations étaient  (et sont ?) tenues par les élites de Bangkok et ses Universitaires souvent drapés de leur permanente et orgueilleuse prétention à l’omniscience. Ce mépris est social, il n’est pas racial. Ce sont des bouseux au teint cuit par le soleil des rizières que l’on regarde de haut et non des nègres.

 

 

Il est significatif que lorsque partie de l’Isan a rejoint les maquis communistes, le critère racial n’a jamais été évoqué. Il est tout aussi significatif par exemple qu’un mouvement de révolte au cœur de l’Isan terminé en 1942 était dicté à la fois pour des raisons fiscales et le désir qu’il ne soit pas porté atteinte à un élément de la culture locale, son écriture traditionnelle  mais le rattachement à la monarchie reste sans faille. (14).

 

Il est encore plus significatif que le parti politique qui le premier s’est intéressé au sort de populations défavorisées du Nord-est s’est appelé « Les Thaïs aiment les Thaïs » (ไทยรักไทย)

 

 

et que son successeur actuel s’appelle « Pour les Thaïs » (เพือไทย).

 

Rappelons enfin que la reconnaissance officielle des ethnies – essentiellement sur le plan linguistique – ne date que de 2017 (15).

 

 

L’article d’Akiko Iijima n’a rien de polémique puisqu’il tend à attirer l’attention des historiens sur la nécessité d’un examen attentif de leurs sources compte tenu de la possibilité de divergences entre les manuscrits originaires collectés, recensés et compilés à la diligence du Prince Damrong et leur version ultérieurement imprimées,  lui-même n’ayant effectué que des investigations ponctuelles. L’utilisation perverse qui a pu en être faite (13) n’ajoute rien

au débat.

 

NOTES

 

(1) «  DICTIONARIUM LINGUA THAI SIVE SIAMENSIS INTERPRETATION LATINA, GALLICA ET ANGLICA – ILLUSTRATUM AUCTORE D. J. B. PALLEGOIX - EPISCOPO MALLENSI, VICARIO APOSTOLICO SIAMENSI », Paris, 1854 – page 175.

 

 

(2) Journal of the Siam Society, volume 106 de 2018, pp 170-197.

 

(3)  Ce texte est numérisé : https://th.wikisource.org/wiki/พงศาวดารหัวเมืองอีสาณ

 

(4) L’article est en thai mais sous-titré en anglais « On the Menam Mun and the Provinces in the East » (ว่าด้วยแม้น้ำมูลแลเมืองตวันออก) in Journal of the Siam Society, 1904, volume I, pp. 1-16.

(5) « ราษฎร ในประเทศนั้น บัตยุบัน นี้ คนชาติ ไทย ลาว แล ชาติ ส่วย ที่ เรียก ว่า  เขมนป่า ดง ปนกัน ».

 

(6) « Dictionary of the siamese language » Bangkok, 1873. L’ouvrage a fait l’objet d’une réédition facilement accessible  mais non datée. Il présente un inconvénient majeur ce qui rend sa consultation pénible, c’est que le révérend qui maniait la langue à la perfection – en dehors de son dictionnaire – il nous a doté en particulier d’une traduction de la stèle de Ramakhamhaeng – ne respecte pas l’ordre alphabétique de la langue.

 

 

(7) Page 658 : เปน ชิ่อ คนภาษาหนึง อยู่ฝ่าย ชั้าง เมือง เหนือ มี เมือง เชียงใหม่ เปน ตน นั้น.

 

(8) Voir notre article 195 « La population du Siam en 1904 – le premier recensement de 1904 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html.

Ce recensement méconnu des auteurs a fait l’objet d’une traduction et d’une remarquable synthèse du professeur Volker Grabowsky dans le journal de la Siam society  « The Thai Census of 1904 : Translation and Analysis » volume 84 - I de 1996. Elle est étayée d’une énorme bibliographie, de sources essentiellement thaïes.

 

(9) Le Monthon Burapha  (มณฑลบูรพา) fut créé en 1896 net recouvrait tris provinces du Cambodge ultérieurement appréhendées par le France.

 

 

(10) Thaïs, Malais, Chinois, Khmers, Mons, Karens, Vietnamiens, Cham, Shan, Birmans, Indiens, Javanais, Blancs et Tavoys  (Une ethnie de Birmanie probablement en voie de disparition ?)

 

(11) Le texte thaï est numérisé :   http://www.sac.or.th/databases/siamrarebooksold/main/index.php/history/2012-04-26-08-47-27/1747-2012-10-25-02-23-35

 

(12) Effectivement, de un à dix :

en thaï : nung – song – sam – si – ha – hok – jet – paet – kao – sip

En lao : nung - song  -  sam -  si -  ha -  hok -  jet -   paet -  kao - sip.

En cambodgien :  mouï - pi  - baï -  bôun - pram - pram mouï - pram pi -pram baï -pram bôun - dap.

 

(13) Voir par exemple un article au titre significatif :

https://isaanrecord.com/2018/06/04/prince-damrong-lies/

L’auteur Phira  Songkhuenatham (พีระ ส่องคืนอธรรม) est un polémiste de talent qui se qualifie avec un goût évident de la provocation d'« Écrivain et traducteur de la ville de Sisaket  - République laotienne -  Lan Chang » (เป็นนักเขียนและนักแปลจากเมืองศรีสะเกษ ประเทศสาธารณรัฐลาวล้านช้าง).

 

(14) Voir notre article A 305 « LA RÉBELLION DE SOPHA PONTRI « LE MUSICIEN » DANS LA PROVINCE DE KHON KAEN (1932-1942) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-305-la-rebellion-de-sopha-pontri-le-musicien-dans-la-province-de-khon-kaen-1932-1942.html

(15) Voir notre article « INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

 

 

 

 

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 22:12
Extension présumée sur les deux rives du Mékong

Extension présumée sur les deux rives du Mékong

Le royaume de Gotapura (อาณาจักรโคตปุรา - anachak  khotpura) peut-être d’origine Mône-Dvaravati - bien que certains érudits contestent cette assimilation au Dvaravati -  se serait étendu  entre le 8e et le 11e ou 12e siècle sur les deux rives du Mékong, essentiellement loin vers l’ouest là où se situe actuellement l’Isan et très partiellement sur la rive gauche le long du Mékong, sur une bande s’étendant depuis l’actuel district de Thakhek (ท่าแขก) dans la province de Khammouane (คำม่วน) face à Nakonphanom à l’embouchure de la rivière Sebangfai (เซบั้งไฟ)  jusqu’à la province de Savanakhet (สุวรรณเขต), située face à Mukdahan un centaine de kilomètres plus au sud.

 

Le Mékong n’est devenu frontière politique que par les vertus de la colonisation et du traité franco-siamois de 1893. L’implantation sur ses rives de population sur l’origine desquelles nous reviendront tient de toute évidence au fait que le Mékong, qui sépare politiquement sur 800 kilomètres ce qui fut l'Indochine française du royaume de Siam, donne avec ses affluents la vie comme le Nil à l'Egypte.  Il fertilise par ses alluvions, nourrit de son poisson, assure le transport de ses radeaux et de ses pirogues du nord au sud. La partie de voie liquide est ici privilégiée puisque en amont ou en aval la nature a accumulé les obstacles, coupée de rapides nombreux et barrée de chutes. La découverte de la navigation sur le fleuve par les pionniers français a été coûteuse en vie humaine. Ici il coule paisible vers Savannakhet entre des berges basses sablonneuses ou recouvertes d'une végétation luxuriante. Sa largeur varie selon les saisons de 1000 à 1500 mètres et la traversée y est  sans dangers alors qu’en aval de Savannakhet s'étendent toute une succession de rapides sur une longueur d'environ 160 kilomètres, ce sont les chutes de Khemmarat (เขมราฐ). Nombre de pécheurs locaux ont payé leur audace de leur vie.

 

Ces cartes postales du début du siècle dernier nous ont été communiquées par  Philippe DRILLIEN  (Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-poste du Laos). Nous l'en remercions.

 

 

 

 

La configuration géographique et les nombreux biefs du Mékong séparés par des rapides difficilement franchissables est quasiment impossible à traverser expliquant ainsi  que tous les royaumes riverains étaient étrangers les uns aux autres et que la fusion fut longtemps impossible de groupements de populations de même race et de même langue, dont les frontières se touchaient, qui étaient de véritables terres saintes du bouddhisme possédant les sanctuaires les plus vénérés.

 

Pouvait-on d’ailleurs parler de « royaumes » ?

 

Les entités politiques apparues au cours de la période du royaume de Gotapura sont généralement appelées ainsi. Il serait plus juste de les décrire comme des mandalas (มณฑล) des sphères d'influence importantes ou réduites, fondées non pas sur des frontières territoriales mais plutôt sur des réseaux personnels édifiés autour des présumés pouvoirs sacrés de chaque roi. Ceux du roi de Gotapura furent consacrés par Bouddha lui-même ce qui explique sa prééminence spirituelle et probablement politique.

 

 

C’est une grande mandala connue sous le nom de Dvaravati et non un véritable État-nation qui est ou serait apparu entre les 6e et 11e siècles dans la péninsule.

 

 

C’est la colonisation qui a introduit dans ces pays, peut-être pour leur malheur, cette notion d’État-Nation que nous tenons des préteurs et des jurisconsultes romains qui en avaient fait un bloc de granit.

 

 

Il faut par ailleurs faire abstraction des limites politiques actuelles et situer ce royaume dans l'ensemble de la péninsule indochinoise, le fleuve frontière n'ayant jamais constitué une barrière véritable. Le Laotien de la rive gauche et le Siamois de la rive droite se ressemblent comme des frères. Là se situait ce royaume de Gotapura qui n’appartient pas plus à l’histoire du Siam qu’à celle du Laos. Ignoré des premiers érudits français qui ont écrit au XIXe et au début du XXe siècle, l’histoire de la péninsule, son existence pourtant, quel que soit le nom qu’on lui donne, est une certitude.  

 

 

Par-delà l’histoire officielle, il en est une autre qui fait remonter la fondation de ce royaume bien avant notre ère, à l’époque de Bouddha. C’est celle qui nous intéresse.

                   

Quelles sont donc nos sources ? Il existe des Annales des divers royaumes lao du bassin du Mékong appuyées par des textes précis qui mentionnent des événements ne commençant guère avant le quatorzième siècle de notre ère, 1316, date de la naissance de Phrachao Fa-ngum (พระเจ้าฟ้างุ้ม) et la création du premier royaume lao du Lan-Chang (ลานช้าง) en 1353 qui recouvrait partie de l’actuel nord-est de la Thaïlande ;

 

 

Avant les sources connues sont inexistantes. L’invasion de Vientiane par les Siamois en 1828 et sa mise à sac a entraîné la destruction par le feu de toutes les archives qui pouvaient s’y trouver. Les historiens du Laos ne conservent qu’une longue liste de noms de chefs indigènes en un tortueux et inextricable dédale. Pour la période antérieure, celle qui nous intéresse, ne subsistent qu'un petit nombre de traditions et de légendes pour établir quelques faits historiques et tenter de les relier entre eux. Les chroniques des pays voisins, thaïes essentiellement, sont obscures et fabuleuses comme nous n’allons pas tarder à le voir. Les sources françaises sont inexistantes. La seule source anglaise – tout au moins que nous connaissions – est la Chronique de That Phanom traduction en anglais en 1976 par un universitaire américain, James B. Pruess, d’une chronique rédigée en thaï contemporain et publiée en 1947 par l’Abbé du temple Phrathep Ratanamoli sur la base de documents légendaires ou historiques, plusieurs manuscrits sur feuilles de latanier qui ne dateraient que du XVIIe siècle et dont l’antiquité est contestée (1). Elle a fait l’objet d’une bonne analyse  de Hiram W. Woodward Jr. dans le Journal de la Siam Society de 1977 (2).

 

 

Toutes les autres sources sont exclusivement en thaï : Deux articles en thaï de Wikipédia sont précieux car ils donnent de multiples références à de nombreuses études de divers érudits lao ou thaïs toutes récentes (3). 

 

 

L'ORIGINE DU NOM DU ROYAUME

 

Nous trouvons plusieurs transcriptions, Khotabun (โคตรบูร), Khotaburi (โคตรบูรี), Khotabong (โคดตะบอง) ou Gotapura (Khotapuraโคตะปุระ) le plus souvent précédée du préfixe sanscrit« sri » (ศรี) qui indiquent la sainteté. Le mot Khota en sanscrit signifie l'Est et Pura, une cité. C'est donc « la ville à l'est »... mais à l'est de quoi ? Faut-il y voir un symbole puisque le soleil se lève à l'est ?

Une autre possibilité qui nous semble plus sérieuse compte tenu de la légende qui s’attache à la formation du royaume, elle est tout simplement une référence au nom de Bouddha (Gautamaโคตมะ khotama) qui est venu prêcher la bonne parole sur les rives du Mékong ? Quant au « Pura » il est à l'origine du suffixe thaï bun ou buri (บุร - บุรี) qui signifie « la cité » (จันทราบุรี se prononce Chantabun ou Chantaburi). L'orthographe dans les anciennes écritures thaïes n'est pas une science exacte puisque on trouve diverses transcriptions dans l'épigraphie (บอง  บุน บูน ปุน ปูน บุระ บูระ ปุระ และ ปูระ). Nous utilisons la transcription Gotapura, bonne ou mauvaise que choisit James B. Pruess.

 

 

D’OÚ VENAIENT CES THAÏS-LAO DU MÉKONG ?

 

Les hypothèses toutes plus érudites les unes que les autres sont nombreuses. On ne peut les citer que sous bénéfice d’inventaire. La genèse de l'établissement des Thaïs dans la vallée du Mékong est infiniment obscure, les documents faisant complètement défaut si l'on néglige les légendes en vérité charmantes de verve et de naïveté, mais ne présentant aucune garantie d'authenticité ni même, le plus souvent, de vraisemblance. Le conte merveilleux de la courge de Dien-Bien-Phu a fort amusée, à défaut de la convaincre, Paul Le Boulanger qui se plaît à le résumer en 1930 (4). On les fait toutefois descendre des montagnes du Yunnan après l'annexion de leur pays (le Nan-Tchao) à l'empire mongol au XIIIe siècle ? Ils y fondèrent tout au long du fleuve des principautés souvent rivales entre elles mais plus ou moins unies dans cette sorte de Mandala. Notre royaume de Gotapura a probablement des liens avec celui de Say-Fong (ยุคซายฟอง) dont la civilisation pré bouddhiste fut découverte en 1920 par Maspero ce qui nous mène sur les rives même du Mékong au sud de Vientiane. Ils auraient ensuite débordé sur les deux rives du fleuve en aval jusqu'à Mukdahan et Savanakhet. Des mystères restent encore ensevelis sous la jungle dans les ruines de l’ancienne cité de Khadotabong (เมืองร้างสีโคดตะบอง) située sur le rive gauche à 15 kilomètres de l’embouchure de la rivière Se Bangfai (เซบั้งไฟ) face à That  Phanom.

 

 

Il y a de singulières similitudes en tous cas entre la Chronique de Say-Fong traduite par Maspero et celle de That Phanom tous deux débutants par la visite en ces lieux de Bouddha et de son disciple Ananda (5) ?

 

Plan de l'ancienne cité découverte par Maspéro  en  1902  sur les rives du Mékong au sud de Vientiane :

 

 

RELIGION ET CROYANCES

 

Le royaume pratiquait le bouddhisme Théravada imprégné de brahmanisme-hindouisme. En dehors du temple de Phra That Phanom qui était le symbole du royaume et de celui de Phra That Ing Hang à quelques kilomètres ...

 

 

...qui l’était probablement tout autant, la construction de temples où nos érudits retrouvent la même origine établit l’étendue géographique du royaume ou plutôt de la Mandala : nous les trouvons sur la rive droite dans les provinces de Nongkhai, de Sakonnakhon, de Kalasin, de Khonkaen, de Mahasarakham, de Chayaphum, de Roiet, sur la rive gauche à Vientiane, à Khammouan, à Savannakhet  et au sud jusqu’à Saravan. Cette extension géographique de Nongkhai à Salavan, du nord-ouest au sud-est représente 450 kilomètres et de Chayaphum à Nakonphanom, du sud-ouest au nord-est, il y en a 350. Cette aire géographique est étendue certes mais ne correspond pas à ce que l’on peut savoir de celle du Dvaravati centré autour de la Chaopraya et non du Mékong. Les sources érudites dans lesquelles ont plongé les auteurs de la notice de Wikipédia donnent une liste détaillée de tous ces stupas ou de tous ces temples auxquels ils attribuent la participation d’une origine commune. Il faut naturellement ne pas oublier les saintes empreintes laissées par Bouddha lors de son passage dans la région, elles sont innombrables ainsi que les statues de Bouddha en général debout ou couché. Là encore Wikipédia en donne une liste surabondante. Nous ne sommes pas un guide touristique et les amateurs pourront s’y reporter. Une caractéristique majeure est enfin l'érection des bai sema (ใบเสมา) que l'on trouve par centaines dans cette région et auxquelles nous avons consacré un article (6).

 

 

LA VISITE DE BOUDDHA GOTAMA ET DE SON DISCIPLE ANANDA DANS LE ROYAUME DE SRI GOTAPURA

 

L’histoire commence avec la visite de Bouddha Gotama et de son disciple Ananda (อนันดา) dans la région.
 

 

La destination de ce voyage aéroporté est la colline de Phu Kamphra située dans le royaume de Sri Gotapura sur  le site du futur sanctuaire de That Phanom. Autrefois, cette colline avait déjà été dépositaire des reliques des bouddhas Kakusandha (พระกกุสันธ),

 

 

Konagamana (พระโกนาคมน)

 

 

et Kassapa (พระกัสสป) ...

 

 

....  qui avaient précédé Bouddha Gotama et dont l’existence est beaucoup plus mythique que la sienne !

 

Celui-ci vivait heureux dans son monastère de Jetavana (เชตวัน) actuellement aux Indes. Pensant aux trois Bouddhas qui l’avaient précédé et qui avaient atteint l’éveil, le nibbana, avant lui (12) il décida de se rendre là où ils avaient laissé leurs traces (13) dans le royaume de Sri Gotapura. Il prit son bol à aumônes et fila vers l’est dans son voyage aérien suivi d’Ananda (14). Ils firent étape dans un village que James B. Pruess situe aux environs de l’actuelle Vientiane. Peut-être s’agissait-il de la cité de Say-Fong (5) ?

 

 

Un mauvais présage, un crocodile qui tire la langue, permit à Bouddha d’expliquer à Ananda que le malheur va se répandre dans cette région où s’établira un royaume dont le comportement des habitants, violents et querelleurs leur fera connaître un déclin de 5.000 ans.

 

 

Après quelques péripéties, ils se dirigèrent vers le royaume de Sri Gotapura  dont la capitale était alors à Nakhonphanom, et dont le seigneur avait été ordonné moine à l’époque du Bouddha Kassapa. Celui-ci pour le remercier de sa visite lui demanda de laisser son empreinte. De là ils se dirigèrent vers Phu Kampra, où ils reçurent la visite et la bénédiction du Dieu Indra (อินทร์) et de tout le panthéon de la mythologie hindouiste

 

 

 

 

LANGAGE ET ÉCRITURE

 

Seule l’épigraphie peut nous éclairer puisque les manuscrits utilisés par le rédacteur d’origine de la chronique sont tardifs (XVIe ou XVIIe siècle) et probablement rédigés en pali. Le royaume utilisait l’alphabet Palawa (อักษรปัลลวะ), écriture développée sous la dynastie des Pallava dans l'Inde du Sud autour du 6e siècle après J.C, probablement venue avec les premiers missionnaires Bouddhistes. Nous en avons dit quelques mots à propos des pierres sacrées (6).  On la retrouve des deux côtés du Mékong. Les vestiges épigraphiques de That Phanom dégagés après l’effondrement de 1975 ont fait l’objet d’une étude méticuleuse de Michel Lorillard consacrée aux temples de la moyenne vallée du Mékong (7). L’étude de cette épigraphie donne lieu à de doctes discussions de spécialistes dont le niveau nous dépasse.

 

 

L’HISTOIRE DU ROYAUME

 

Elle est évidemment nébuleuse. La région a été occupée dès l’époque préhistorique, au vu des vestiges nombreux datés de l’âge du bronze et du fer. Une ville-état mône aurait été située à Nakonphanom au 3e siècle de notre ère. Ce royaume aurait perduré du 8e au 13e et aurait été basé sur la rive ouest du Mékong face à l’embouchure de la rivière Se Bangfai. Ce que nous en savons résulte au premier chef de la Chronique du temple qui ne contredit nullement les légendes encore présentes dans la mémoire collective telles que nous vous les avons rapportées sur la  création du temple proprement dit (8) que  et la disparition sous les eaux d’une vaste cité à la suite d’un cataclysme météorologique (9). Il est vraisemblable qu’exista sur la rive droite sur une colline appelée Phu Kampra, la colline orpheline (ภูกำพร้า) probablement parce qu’elle était isolée, un très ancien lieu d’un culte probablement pré-bouddhiste dont nous ignorons tout et dont s’emparèrent ensuite les bouddhistes. C’est probablement là où se situe l’actuel That Phanom.

 

Lorsqu’on visite le site aujourd’hui où des centaines de dévots se pressent tous les jours et des dizaines de milliers lors des grandes cérémonies annuelles (10), il est difficile, en faisant abstraction de nos réflexes cartésiens, de ne pas y voir un de ces lieux dont Barrès disait qu’il y souffle l’esprit… siège de l’émotion religieuse. Son histoire (légendaire) l’explique et explique celle de l’essor du royaume (11).

 

 

Ils allèrent ensuite vers l’Est pour s’abriter au pied d‘un tamarinier ...

 

 

à l’endroit probablement où se situe, sur l’autre rive du Mékong à l’Est de Savannakhet, le Phra That Ing Hang (พระธาตุอิงฮัง) qui est assurément le jumeau du Phra That Phanom. Tous deux vont constituer pendant des siècles le siège spirituel et mystique du royaume.

 

 

Le seigneur local était un pieu bouddhiste qui invita Bouddha à venir recevoir l’aumône en son palais. Bouddha retourna au pied de son tamarinier puis ensuite à Phu Kamphra. Lorsqu’il y parvint, il s'adressa à Indra pour lui demander « pour quelle raison suis-je revenu ici pour passer une nuit ? » Le Dieu répondit : « Vous êtes venus ici à cause des trois précédents bouddhas, Kakusandha, Konakamana et Kassapa. Après le décès de ces trois bouddhas, les saints hommes ont déposé leurs reliques pour qu’elles y soient enchâssées et servent d'objets de vénération à toutes les générations et à tous les Bouddhas futurs ».

 

 

Bouddha prophétisa alors à Ananda : « Le dirigeant de Sri Gotapura renaîtra dans une principauté située à l'ouest de Sri Gotapura qui portera désormais  le nom de Marukkha-Nagara » (que nous traduisons,  bien ou mal, par le pays de la forêt) (15). Le maître continua « Après ma mort, il deviendra le plus important des rois de la région et jettera les bases de la religion bouddhiste à Roietpratu (ร้อยเอ็ดประตู) qui est présentement en déclin (16). Dès lors la religion bouddhiste prospérera comme si Bouddha lui-même était toujours en vie…. Il enchâssera la relique d’un os de ma poitrine ici à Phu Kamphra et reviendra ensuite régner à Roietpratu pour y faire  prospérer la religion du Bouddha jusqu’à la fin des temps ».

 

 

Bouddha se rendit ensuite à Nonghanluang (หนองหานหลวง), au bord de la rivière Maenampung (แม่นำน้ำพุง). Ce sont des lieux que nous connaissons (9). Il fut accueilli par le seigneur des lieux et y laissa une empreinte.

 

 

Il s’y trouvait déjà les empreintes des trois autres Bouddhas. Il y prédit un  avenir radieux au royaume et à ses habitants tant qu’ils vénéreraient la foi bouddhiste. Le seigneur construisit alors le Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) où se trouve encore la sainte empreinte. C’est de là encore que Bouddha demanda qu’après sa mort un os de sa poitrine soit ramené à Phu Kamphra. Bouddha se rendit encore dans une montagne que James B. Pruess pense être celle de Phuphan (ภูพาน). Après quelques autres (longues) péripéties, Bouddha retourna dans son monastère de Jetavana où il atteignit le nirvana après avoir confié à Ananda la répartition future de ses reliques et souvenirs matériels.

 

 

 

LE RETOUR AUX INDES, LA MORT DE BOUDDHA ET LA RÉPARTITION DES RELIQUES

 

Nous avons déjà dit quelques mots sur les reliques de Bouddha (Cf. 17).

 

Les déclarations et prophéties précédentes ne sont pas contradictoires avec ce que l’on sait de la vie terrestre de Bouddha qui résulte probablement d’une tradition orale relatée dans le canonique Maha-Parinibbana Suttanta (มหาปารมิตาสูตร) qui n’apparut sous forme écrite que plusieurs siècles après la disparition du maître. Nous y trouvons le récit du « grand départ » et de la division de ses restes (18).

 

 

La construction des premiers reliquaires débuta non pas à That Phanom mais à Nonghanluang (หนองหานหลวง) et Nonghannoi (หนองหานน้อย), lieu de la future cité engloutie (9) ce qui nous apprend que le royaume était déjà étendu à plus de 70 kilomètres à l’ouest de sa capitale. C’est là que Phra Maha Kassapa (พระมหากัสสปะ), l’un des disciples du maître accompagné de 500 saints hommes a amené une relique corporelles de Bouddha, un os du sternum, laquelle fut ultérieurement divisée et conduite à Phu Kampra. La décision de l’emplacement des reliques se fit en accord avec plusieurs monarques qui participèrent collectivement à la construction du reliquaire et y enfouirent de fabuleux trésors. Nous leur avons consacré deux articles (19). Nous retrouvons peu ou prou la tradition orale présente encore dans la mémoire collective (8).

 

 

 

Lorsque le reliquaire fut terminé et la relique enchâssée, les divinités célestes conduites par Indra descendirent du ciel pour vénérer la relique. Plusieurs d’entre elles l’ornèrent de sculptures représentant la célébration. Indra rappela aux divinités -il y avait 100.000 divinités majeures et 300.000 divinités secondaires présentes- que le Phraya de Sri Gotapura avait observé les préceptes de Bouddha et devrait renaître pendant 5000 ans encore pour régner sur cette principauté sur les deux rives du fleuve et que cette principauté serait riche et prospère. Elle est désormais bénie du ciel. De nombreux miracles se produisirent autour du sanctuaire, que la Chronique ne manque pas de relater.

 

 

 

 

Une  catastrophe survint, (une épidémie) qui fit partir une partie de la population  en un lieu appelé « la forêt ».  Peut-être faut-il y voir une implantation sur la rive gauche du Mékong, là où se trouve le stupa de Hing-Hang dans la région de Savannakhet, jumeau de celui de That Phanom situé dans une cité-royaume appelée Marukh-nakhon  « la ville dans la forêt » ?

 

A une époque encore indéterminée, des troubles éclatèrent dans la région de Roiet, révoltes de diverses cités tributaires, qui conduisirent une partie de la population à émigrer en un lieu proche ou à l’emplacement de Nongkhai. Nous apprendrons que cette nouvelle cité et celle proche de Vientiane conservent des liens étroits, probablement de tributaires puisqu’ils payent des redevances au royaume de Marukkha-nagara tout comme le font les  souverains de Roiet. L’Abbé auteur des chroniques fait en effet référence à d’anciennes chroniques du Laos. Nous avons quelques précisions au moins partielle sur l’étendue du royaume à une date qui reste floue, tout au long de 300 kilomètres sur les deux rives du Mékong depuis Nongkhai  et Bungkan, la région de Paksane  (ปากซัน) qui lui fait face sur l’autre rive du Mékong et Thakhaek (ท่าแขก) également sur la rive gauche face à Nakhonphanom. Ce développement est conforme aux prophéties de Bouddha.

 

 

 

LA PREMIÈRE RESTAURATION DU TEMPLE

 

 

Il y eut ensuite une période de déclin dont nous ignorons à la fois la date et les raisons (Guerres,  épidémies ?). Toujours est-il que cinq monarques, réincarnations des cinq rois qui avaient construit le temple, entreprirent sa première restauration. Le monarque qui les dirigeait, les autres étant vraisemblablement ses vassaux, était lui-même la réincarnation de celui qui avait fait l’aumône à Bouddha sur les lieux du That Phanom.

 

Il se souvint que Bouddha après avoir reçu l’aumône, s’était reposé à l’ombre d’un tamarinier de l’autre côté du Mékong . Retrouvant les lieux avec émotion, il ordonna la construction d'un reliquaire de forme exactement semblable à celui qui abritait la relique à That Phanom. Ce fut fait avec une division de la relique initiale. Telle est l’origine du reliquaire de Hing-Hang (พระธาตุอิงฮัง) « la construction du repos ».

 

 

Nous en ignorons la date, pour Michel  Lorrillard, elle est pré-khmère (7). Nous savons que ce monarque régna de longues années sur Roiet. Nous allons enfin avoir une précision de dates puisqu’il aurait ordonné la rédaction des Chroniques entre 274 et 236 avant Jésus-Christ ce qui le met contemporain du Roi Ashoka  qui ordonna la diffusion du Bouddhisme dans les pays de l’est de l’Inde. Trois autres rois, tous fervents bouddhistes, lui succédèrent.

 

 

C’est alors que, pour le malheur du royaume, 500 ans environ après la mort de Bouddha, un monarque impie monta sur le trône. Il ne respectait aucun des enseignements de Bouddha et était indigne de ses prédécesseurs. La ville tomba en ruines et sa capitale, située à quelques kilomètres de That Phanom fut envahie par la jungle.

 

 

APRÈS LA DISPARITION DU ROYAUME

 

La Chronique nous fait faire un saut fulgurant de 15 siècles dans le temps. Le territoire tombe sous le contrôle du Royaume de Lan-Chang. Nous ne saurons pas ce qu’il en advint lors de la montée en puissance des Khmers. Aux environs des années 1550-1590, l’un des souverains épouse une princesse du pays de That Phanom venue d’Angkor qui lui fit connaître la chronique. Pieux bouddhiste lui aussi, il alla vénérer la relique et réparer le reliquaire. Les principautés du Laos sont alors les puissances dominantes de la région, les pèlerinages royaux se multiplient accompagnées de travaux d’amélioration au sanctuaire.

 

 

Sous le règne du Roi Rama V  le Siam contrôla la région et y créa un nouvel ordre socio-politique pour incorporer les principautés lao à l'état émergent du Siam. Dans le même temps, le sanctuaire qui symbolise l’ancienne gloire tombée à l’abandon d’un royaume et sa ruine au cours des siècles précédents fut restauré. Nous connaissons les dates précises de deux restaurations successives, 1614 et 1692. En 1901, le sanctuaire était à nouveau en ruines et fut à nouveau restauré et plusieurs fois encore jusqu’à son effondrement et sa reconstruction.

 

 

Sous le règne du Roi Rama V  le Siam contrôla la région et y créa un nouvel ordre socio-politique pour incorporer les principautés lao à l'état émergent du Siam. Dans le même temps, le sanctuaire qui symbolise l’ancienne gloire tombée à l’abandon d’un royaume et sa ruine au cours des siècles précédents fut restauré. Nous connaissons les dates précises de deux restaurations successives, 1614 et 1692. En 1901, le sanctuaire était à nouveau en ruines et fut à nouveau restauré et plusieurs fois encore jusqu’à son effondrement et sa reconstruction.

 

Ces cartes postales nous donnent une bonne vision du That Ing Hang au début du siècle dernier, nous les devons à l’article de Madame Dominique GEAY-DRILLIEN « Les CPA nous parlent - Cartes postales du That In Hang » publié dans le numéro du second trimestre 2019 de Philao, le bulletin de l’ Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-poste du Laos dont elle est présidente. Nous les publions avec son autorisation et celle de Philippe DRILLIEN son époux chargé des relations publiques au sein de l’association. Nous les en remercions.

 

Vue générale :

 

 

Les  divinités hindouistes   :

 

 

 

 

 

L’état en 2009 (photographie de Michel Lorillard) :

 

Certes, il n’existe aucune documentation historique qui permette de croire que Bouddha Gotama ait réellement voyagé de son vivant dans la région ; La source de cette croyance n'est pas l'histoire au sens de ce qui s'est réellement passé dans le passé, mais bien les mythes qui suggèrent ce qui aurait dû s’y passer. Mais il est possible aussi que des événements passés aient laissé une trace de preuves dans leur sillage, généralement incarnée sous forme de mythes et de légendes.

 

Telle est la légende de la venue de Bouddha, peut-être conserve-t-elle le lointain souvenir de la première colonisation du pays par des conquérants de religion brahmanique ou védique venus du sous-continent indien à partir du IIe millénaire avant J.-C. en suivant les cours d’eau, source de vie, qui en cette région se déplacent vers le sud-est.

 

 

C’est une hypothèse qu’envisage Maspero sans l’exclure (5).

 

 

NOTES

 

(1) « The That Phanom chronicle – A shrine history and its interpretation », une publication de Cornell University de New-York en 1976.

 

(2) « Review Article: Two Shrine Chronicle Translations », Journal of the Siam  Society,  1977,  volume 65 – 2.

 

 

(3) https://th.wikipedia.org/wiki/อาณาจักรโคตรบูร  et https://th.wikipedia.org/wiki/อำเภอธาตุพนม

 

(4) Paul Le Boulanger « Histoire du Laos français ».

Sur cette belle légende, voir notre article 11 « Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html

 

(5) G. Maspero « Say-fong, une ville morte » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 3, 1903. pp. 1-17.

 

(6) Nous avons consacré un article à ces pierres sacrées qui sont essentiellement spécifiques à l'Isan et dont l’attribution au Dvaravati reste aléatoire : A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

 

(7) Michel  Lorrillard  « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos »  In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 97-98, 2010. pp. 205-270.

 

(8) Voir notre article  A 307  « ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม  - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/a23aa4e5f27f685a88cb04a3f78f6c2e8a3efdc2

 

(9) Voir notre article A 310 – « NAKHON EKKACHATHITA, LA CITÉ KHMÈRE ENGLOUTIE DANS LE GRAND LAC DE SAKON NAKHON, MYTHE OU RÉALITÉ »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-309-nakhon-ekkachathita-la-cite-khmere-engloutie-dans-le-grand-lac-de-sakon-nakhon-mythe-ou-realite.html

 

(10) Les sept jours du festival annuel qui se tient fin janvier ou début février.

 

(11) Voir l’article de James B. Pruess «  MERIT~SEEKING IN PUBLIC: BUDDHIST

PILGRIMAGE IN NORTHEASTERN THAILAND » in Journal de la Siam Society, n° 64-1 de 1976.

 

(12) La Chronique utilise le terme de นิพพาน généralement transcrit par nibbana qui est pali, le terme nirvana (นิรฺวาณ) est sanscrit.

 

(13) Bien que vingt-quatre Bouddhas aient précédé Bouddha Gotama, les canons bouddhistes theravadas font essentiellement référence aux trois précédents.

 

(14) Cette croyance en la possibilité de Bouddha de se déplacer par la voie des airs doit-elle nous étonner ? Le don de l’ubiquité est un privilège de la divinité. Il en est de nombreux exemples dans la mythologie gréco-romaine. L’hagiographie catholique  connaît de nombreux saints qui en étaient doté, le plus bel exemple étant celui de Saint Antoine de Padoue. La présence réelle  appartient à la théologie catholique selon laquelle Jésus-Christ est substantiellement présent dans l'eucharistie sous les apparences du pain et du vin après la consécration des offrandes du pain et du vin pendant la messe. Sa présence n’est donc pas symbolique ou métaphorique. Citons aussi la croyance au Père  Noël, de combien d’enfants dans le monde ?

 

(15)  La linguistique vient-elle à notre secours ? Marukh-nakhon  dans des textes  laos, Marukkha-nagara dans des textes thaïs  (มรุกขนคร – มฤคนคร) ? Maruka est un mot pali et qui viendrait de rukkha (รุกข)  qui est un arbre (sacré ?). Ma (มะ) est un préfixe que le thaï place avant le nom d’un arbre ou d'une plante. En thaï contemporain nakhon (นคร) est une ville. Le mot est d’origine sanscrit-pali. Le dictionnaire de l’Académie royale admet deux prononciations, nakhon ou nakhara (นะคอน  - นะคะระ). Marukh-nakhon  signifierait donc « la ville dans la forêt » ?

 

(16) Roietpratu signifie cent-unes portes. L’histoire évidemment légendaire de la ville veut qu’à l’époque de sa splendeur son enceinte comportait cent-unes portes. Une hyperbole peut-être mais qui établit que son importance était alors considérable. Aujourd’hui, on ne parle plus que de Roiet.

 

(17) Voir notre article A 253 -  « DES RELIQUES DE BUDDHA ET DE LEUR BON USAGE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

 

(18) Les livres sacrés du Bouddhisme traduits du pali ont fait l’objet d’une traduction en 50 volumes de plusieurs érudits anglais dans les années 1880 : « The sacred books of the east », volume XI, 1881, traduction de T.W. Rhys-Davids (pages 1-62) passe pour donner la traduction la plus érudite.

 

(19) Voir nos deux articles :

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 22:26

 

Cette légende de la région de Sakon Nakhon n’est probablement que le souvenir largement embelli d’un cataclysme naturel qui s’est déroulé il y a probablement un millier d’années. Nous la devons à Kermit Krueger, ce volontaire américain du Corps de la paix que nous avons déjà rencontré qui l’a recueillie auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 après la leur avoir fait écrire en bon anglais en guise d’exercice (1). La légende, toujours présente dans la mémoire collective, est publiée sur de très nombreux sites, tous en thaï. Ils ont le mérite, tout en donnant des versions plus ou moins divergentes de la légende, de nous donner des explications géologiques convergentes de ce fragment de l’histoire de Sakon Nakhon (2).

 

 

Il était une fois un grand prince cambodgien, Phraya Khom (พระยาขอม),

 

 

seigneur d'une grande ville du nord-est de la Thaïlande appelée Nakhon Ekkachathita (นครเอกชะทีตา).

 

 

 Elle semblerait avoir été située dans l'actuel district de Phonnakaeo  (อำเภอ โพนนาแก้ว) situé face à la ville actuelle de Sakon Nakhon sur la rive Est du grand lac.

 

 

La ville était grande et abritait des milliers d’habitants. Elle avait des temples magnifiques, de nombreuses boutiques et de grandes maisons d’habitation, toutes belles… sauf une. C’était une horrible petite masure appartenant à une vieille veuve misérable et infirme qui ne vivait que de la charité de ses voisins. Un jour toutefois, le prince lui dit «  Vieille, je veux que tu quittes cette maison, j’ai l’intention de construire un temple en cet endroit ». Elle lui répondit « Je ne peux pas déménager, je n’ai pas d’argent et je n’ai pas d’autre terrain ». Personne, hélas, ni le prince ni ses voisins, ne pensa à lui donner quelque secours pour qu’elle puisse se réinstaller ailleurs. Le prince  s‘irrita de cette réponse, il fit en sorte que nul ne puisse la secourir car il pensait « Elle va bientôt mourir. Ensuite, je pourrai démolir sa vieille baraque et construire un temple sur sa terre ».

 

 

Le prince était par ailleurs le père d’une fille superbe nommée la princesse Ai Kham (นางไอ่คำ) dont on ne savait qui elle épouserait. Les prétendants affluaient de toute la région. Le prince dit alors « seul un homme jeune et beau pourra épouser ma fille. Je vais organiser une grande fête en invitant toute la population des environs pour me permettre de choisir avec soin ».

 

 

En dessous de la ville se trouvait le royaume des nagas. Ceux-ci connaissaient la beauté de la princesse. Curieux, pour mieux connaître la cité, ils prenaient forme humaine, se promenaient dans la ville et retournaient sous terre pour raconter aux autres nagas ce qu'ils avaient vu. Un jour, l’un d’entre eux revenu dans le royaume des nagas dit à son roi : « Le roi a une très belle fille. Il souhaite la marier au plus bel homme qu’il choisira lors d'une fête qui se tiendra la semaine prochaine ».  Entendant cela, le fils du roi Thao Phangkhi Phayanak (ท้าวพังคีพญานาค  - Le prince Phangkhi, fils du roi des Nagas) se dit : « Je vais prendre la forme du plus beau jeune homme du monde et j'épouserai la princesse ».

 

 

Le soir de la fête toute la population se précipita vers le palais que ce soient les jeunes gens candidats ou simplement les curieux qui voulaient connaître celui que leur prince choisirait pour gendre. Seule, la pauvre vieille estropiée ne put venir, nul n’ayant songé à l’aider à marcher. Lorsque le jeune naga sortit de terre, il vit la foule qui se rendait au palais et pensa : « Il ne faut pas que j’arrive le dernier de peur que le prince n'ait déjà choisi quelqu'un d'autre ». Il se transforma alors en un bel écureuil blanc (krarok phueakกระรอกเผือก) capable de courir plus vite que les hommes pour arriver le premier au palais.

 

 

De sa fenêtre, la princesse le vit  courir le long du mur et dit à sa femme de chambre : « Je veux cet écureuil. Dites à un garde de l’abattre avec son arc et apportez-le-moi ». Ainsi fit un garde mais avant d’expirer l’écureuil eu le temps de murmurer une malédiction : « Celui qui mangera de ma chair ce soir mourra avant l’aube et toutes les maisons de la ville disparaîtront »

 

 

Le garde amena l'écureuil mort à la princesse qui lui dit : « Qu’il est beau ! Amenez-le donc au cuisinier et dites-lui de le faire rôtir pour que nous le mangions ce soir ». Il y avait alors grand monde au palais. Enfin, le prince et sa fille entrèrent dans la salle à manger et avant que le repas ne commence, la princesse déclara : « Ce soir, l'un de mes gardes a tué un écureuil blanc que nous avons fait cuire. Il faut toutefois que vous n’en mangiez qu’un tout petit bout pour que tout le monde puisse en profiter ». Les invités commencèrent alors à manger et la chair de l’écureuil – délicieuse - semblait miraculeusement inépuisable. Tous en eurent à satiété et toute la population put s’en régaler. Pendant ce temps à l’extérieur il commença à pleuvoir. L’orage dura plusieurs heures pendant que les invités se régalaient de la chair du petit animal. L’orage était si violent que les eaux envahirent brutalement le palais et que tous furent noyés sans avoir eu le temps de s’enfuir. L’inondation détruisit alors toute la ville, le palais, les bâtiments, les temples. À l'aube, la ville entière était noyée sous un lac … sauf une maison. C’était celle de la vieille qui n’avait pas mangé de viande d’écureuil. Elle survécut et sa modeste maison demeura, son petit terrain était devenu une île au milieu d'un immense lac.

 

 

DU MYTHE À LA RÉALITÉ

 

Un royaume khmer

 

La présence d’un royaume Khmer dans la région de Sakon Nakhon a laissé quelques traces. Si aucun vestige ne semble avoir été relevé dans le district de Phonnakaeo, par contre, le plus visible se situe au cœur de la ville actuelle construite après le cataclysme dans l’enceinte du temple Wat Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) où un prasat khmer (ปราสาท) daté du 10e ou 11e siècle est partiellement abrité sous l’actuel stupa.

 

 

Sur l’un des 30 îlots qui émergent du lac Nong Han (ทะเลสาบหนองหาน), le plus grand (100 rai soit 16 hectares) - Ko  Donsawan (เกาะ  ดอนสวรรค์)  « l'île du paradis » - le très érudit gendarme danois, Erik Seidenfaden que nous avons rencontré à de nombreuses reprises a constaté sur la chapelle un soubassement en pierre qui serait selon lui celui d'un ancien sanctuaire khmer (3).

 

 

Le lac de Nong Han

 

Nong Han (หนองหาร) est le plus grand lac naturel d'eau douce du nord-est, situé au nord-est de la ville actuelle. Étendu sur plus de 18 kilomètres dans sa plus grande longueur et 7 dans sa plus grande largeur, il recouvre environ 125 kilomètres carrés (77.000 raï) et sa profondeur varie entre 2 et 10 mètres. On attribue sa création à un effondrement de la plaque tectonique consécutif aux écoulements sur une vaste couche de roche souterraine saline ayant conduit à l’apparition de cette gigantesque cavité à la suite duquel la ville d’origine fut déplacée à son endroit actuel à l’emplacement du sanctuaire de Choeng Chun qui, situé un peu en hauteur, dut échapper au cataclysme. Il est  alimenté pour l’essentiel par la rivière Nam Pung (แม่นำน้ำพุง) qui prend sa source dans les montagnes de Phuphan (ภูพาน) au sud de la ville actuelle.

 

 

La possibilité d’un cataclysme ancien

 

Les 26 et 27 juillet 2017, des orages dus à la tempête « Senka » (ลพายุ เซินกา) ....

 

 

...se sont abattus sans intermittence pendant plusieurs jours sur la région entraînant des crues qui ne purent être drainées, bloquant toute circulation pendant plusieurs jours, avec coupures de téléphone et d’électricité, blocage de l’aéroport évidemment et de nombreuses personnes bloquées sur le toit de leur habitation (4).

 

 

Il s’agissait d’une crue telle que l’on n’en avait jamais vue depuis 30 ans. Or, les hydrologues classent les crues en fonction de leur possible répétition depuis les crues annuelles, d’année en année, allant ainsi aux décennales, aux trentenaires puis aux centenaires et jusqu’aux millénaires en passant avant par les bicentenaires. Le plus bel exemple français de crue centenaire est celui de la crue de la Seine en 1910 dont la possibilité de répétition se multiplie au fil des ans mais ce ne sont que des calculs de probabilité.

 

 

En 1963, la crue de la paisible rivière Doux en Ardèche fut considérée comme millénaire.

 

 

La possibilité d’orages diluviens à une époque ancienne, peut-être il y a un peu plus de 1000 ans frise la certitude. La crue modestement trentenaire de 2017 alors que des travaux de protection étaient depuis longtemps entrepris, peut donner une idée de ce qu’aurait pu être une crue centenaire sinon millénaire. Des journées de pluies ininterrompues et la crue subséquente ont alors sapé un substrat rocheux salin, à sec dur comme du granit, le rendant glissant comme une savonnette en entraînant un effondrement de la partie supérieure du terrain avec le village qui s’y trouvait. Les parties composées de roches moins salines ont pu subsister et constituer les îles actuelles, l’une d’entre elle supportant la maison de la malheureuses vieille. Si l’effondrement a eu lieu sur toute la superficie actuelle du lac ou sur une partie seulement, il est certes impressionnant mais sur une profondeur relativement peu importante, ce n’est pas un gouffre. Les restes de la petite cité gisent probablement dans la vase du fonds du lac. L’archéologie sous-marine ou subaquatique est inconnue en Thaïlande et ne s’est répandue dans le monde que dans la seconde moitié du siècle dernier,

 

 

Les méticuleuses études qui existent en France n’existent pas pour le Siam ancien (5) et faute de sources, il n’est d’autre possibilité et de meilleur moyen pour écrire cette histoire que de raviver la mémoire collective et nous plonger dans des légendes qui mêlent le réel à l'imaginaire, en l’occurrence une leçon de charité bouddhique.

 

 

NOTES

 

(1) Le texte a été publié sur le site https://isaanrecord.com/

 

(2) Citons en particulier

https://th.wikipedia.org/wiki/หนองหานหลวง

http://www.yclsakhon.com/index.php?lay=show&ac=article&Id=539688828

http://bannakeaw.blogspot.com/2010/10/blog-post_29.html

https://sites.google.com/site/phiphat1234567/thnbdi-wrun-sri/ta-nay-hnxng-har

https://bkkseek.com/ตำนานผาแดงนางไอ่/

 

(3) Erik Seidenfaden « Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental »   In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient, tome 22, 1922. pp. 55-99.

 

(4) En dehors de nos souvenirs, voir un compte rendu dans la presse locale

https://www.thairath.co.th/content/1019010

 

 

(5) « Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu’à nos jours » par Maurice Champion en 1862, sur la base de documents d’archives il décrit méticuleusement en 6 volumes l’histoire des débordements des cours d’eau français depuis l’année 563. Les années postérieures appartiennent à l’histoire contemporaine ou à l’actualité.

 

 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 22:49

 

Le jour du nouvel an bouddhiste en Thaïlande et au Laos (songkran –  intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire, cette année, 1381 selon le calendrier Chakri, 2562 selon le calendrier bouddhiste, le 14 avril 2019 pour nous. (1) Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

 

Pour des raisons de simplification administrative, les fêtes de nouvel an sont désormais fixées les 13, 14 et 15 avril. Nous avons parlé à diverses reprises de cette grande fête bouddhiste, de ses rituels anciens toujours vivants au moins dans le pays profond (2) et de ses formes contemporaines qui donnent malheureusement lieu à des débordements auxquels les étrangers, touristes ou résidents, se croient obligés de participer (3)

 

 

Le jour du nouvel an enfin est placé sous le patronage de l’une des sept déesses de Songkran (เจ็ดนางสงกรานต์), cette année celle du dimanche, Thungsathévi (นางทุงสะเทวี) (4).

 

 

En dehors de ces rites et festivités, il s’attache à cette période la tradition de la confection de douceurs que l’on ne trouve guère pendant les autres périodes de l’année (5). Les postes royales ont d'ailleurs consacré une très belle émission de timbres-poste en début d’année à cinq desserts traditionnels.

 

 

Ils constituent une tradition culinaire transmise dans les familles de génération en génération. Ils sont de belle apparence, tous colorés, tout en douceur, de consistance crémeuse, souvent à partir de lait de noix de coco fraîchement pressées, riches en couleurs et en goût. Ils sont plus spécialement spécifiques aux fêtes religieuses majeures, l’une des plus importantes étant le nouvel an bouddhiste.

 

 

Voici les six plus fréquents, namdokmai (น้ำดอกไม้ – eau de fleurs), khanomkong (ขนมกง - gâteau rond), thiankaeo (เทียนแก้ว – la bougie de verre), wunlukchub (วุ้นลูกชุบ - boule de douceur), chomuang (ช่อม่วง – bouquet violet), bulandunmek (บุหลันดันเมฃ - bourgeon de mai).

 

 

Notre traduction évidemment approximative de ces noms imagés, ainsi que les photographies ne nous donnent pas plus de détails sur leur composition, parfois surprenante. Nous vous en donnons toutefois une brève description étant précisé qu’il y a probablement autant de recettes que de maîtresses de maison (แม่บ้าน – maeban) et qu’elles varient aussi selon les régions. Les recettes proprement dites se trouvent sur de nombreux sites Internet mais ne les cherchez ni en anglais et encore mois en français !

 

 

Namdokmai également appelé khanom Chakna (น้ำดอกไม้ขนมชักหน้า) :

 

Il est à base d’eau de fleur de jasmin (dont la confection est similaire à celle de notre eau de fleur d’oranger), de sucre, de farine de riz et d’eau. Les colorants, quand ils ne sont pas artificiels, sont, pour le vert des feuilles de pandan (ปะหนัน - Pandanus tectorius)

 

 

ou pour le bleu des fleurs de pois-bleu (ดอก อันชัน - dok anchan) dont le nom latin est évocateur : Clitoria ternatea.

 

 

C’est celle qui colore le fameux riz bleu. Nous les retrouverons dans les autres recettes.

 

 

Khanomkong (ขนมกง).

Il est composé de graines de pois verts en farine (ถั่วเขียว – thuakhiao), phaseolus radiatus dans la nomenclature scientifique-

 

 

et de graines de sésame et d’oignon, grillés et moulus, de lait de coco (กะทิ - kathi), de sucre de canne et de sucre de palme.

 

 

Thiankaeo (เทียนแก้ว)

 

Il est également composé de pois verts en farine, d’eau de fleur de jasmin et de sucre, le tout est cuit à la vapeur dans des feuilles de bananier.

 

 

Wunlukchub (วุ้นลูกชุบ)

 

Nous retrouvons comme ingrédients de base les pois verts cuits à la vapeur et moulus, le sucre, le lait de coco et une cuillère de sel.

 

 

Chomuang (ช่อม่วง) 

 

La base est la farine de riz, l’amidon (tapioca), la farine de Thaoyaimom (ท้าวยายม่อม) alias Tacca leontopetaloides, du jus de citron, de l’eau de fleurs de pois bleus, du lait de coco, du sel et de l’huile végétale. La cuisson se fait à la poêle et non à la vapeur.

 

 

Bulandunmek (บุหลันดันเมฃ)

 

La base en est encore la farine de riz, la farine de pois verts, le sucre, l’eau de fleur de jasmin, les fleurs de pois bleus, des jaunes d’œufs et naturellement, ne l’oublions pas, du sucre en quantité. La cuisson se fait à la vapeur.

 

 

 

Essayons de comparer ce qui peut l’être sans excès de chauvinisme. On peut convenir que la tradition pâtissière française est la meilleure au monde et, qu'après elle, vient l’Italie puis la Suisse. Ses ingrédients de base sont la farine, les œufs, le beurre, un liquide, de l'eau ou du lait, le sucre et souvent une pincée de sel. La tradition siamoise est différente, si la farine de blé est remplacée par celle de riz et le lait par le lait de coco, les œufs n’interviennent que dans une seule de ces recettes, les colorants ne sont là que pour le plaisir des yeux mais le sucre, qu’il soit de canne ou de palme, est utilisé de façon surabondante ce qui les rend pour certains écœurants. Il manque surtout – ce qui est essentiel à l’art du pâtissier – la cuisson au four. Le four est un instrument de cuisson inconnu de la tradition locale (6).

 

 

Ces desserts relèvent de la confiserie dont la bonbonnerie à laquelle ils appartiennent, est le triomphe.

 

N’oublions pas que c’est au début du XVIIIème siècle seulement que la Cour royale , avant la population fut initiée aux délices des pâtisseries occidentales venues des lointaines origines portugaises de celle qui est toujours « la Reine des desserts thaïlandais » (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย) (7).

 

 

NOTES

 

(1) Plus exactement le dimanche 14 avril à 15 heures, 14 minutes et 24 secondes.

(2) Voir notre article A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html 

 

(3) Voir notre article A103 « Songkran, le nouvel an thaï entre tradition et modernité » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html 

 

(4) Voir notre article A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : La légende des « sept déesses de songkran » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html 

 

La déesse du dimanche porte des fleurs de grenadier derrière les oreilles, un rubis comme bijou, elle tient un disque dans la main droite et une conque dans la gauche. Elle chevauche un Garuda.

 

(5) Il en est de même en France où les pâtissiers ne confectionnent guère de bûches qu’à la période de noël, de galettes des rois qu’à l’époque de l’Épiphanie et d’œufs en chocolat qu’à la période de Pâques. Les bonnes ménagères confectionneront des crêpes qu’à la Chandeleur.

 

(6) La cuisson de la pâtisserie dans le four qui n’est pas celui du boulanger est une opération délicate qui apparente le travail de l’artisan à celui d’un alchimiste. C’est de là qu’elle tient sa qualité et sa valeur. Traditionnellement et avant l’utilisation d’un thermomètre, les pâtissiers dosaient la température en cinq étapes. Le four chauffé au maximum était le four chaud et ne pouvait être utilisé que 10 minutes après avoir été éteint et uniquement pour le pain. Une heure après, le four gai était utilisé pour la confection de certaines pâtisseries. Deux ou trois heures après le four chaud , le four devenait four doux ou modéré était réservé à d’autres pâtisseries. Quatre heures après le premier, c’était le four mou encore réservé à d’autres pâtisseries et cinq heures après le premier, le four perdu qui servait plus à dessécher qu’à cuire. Ainsi procédait d’expérience de grand Carême qui ne possédait pas de thermostat (« Le pâtissier royal parisien » est de 1815).

 

 

(7) Voir notre article A 265 « Maria Guimar, épouse de Constantin Phaulkon et reine des desserts thaïlandais » :

 

 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 22:14

 

 

D'après le livre de Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles. » (1)

 

 

 

 

Nous avions dans un article précédent  présenté la 1ère partie du livre de  Marie-Sybille de Vienne et plus particulièrement l'évolution du  pouvoir royal et du roi Rama IX durant  son long règne du  9 juin 1946 à son décès survenu le 13 octobre 2016 qu'elle avait abordé en plusieurs étapes chronologiques, en distinguant la restauration royale et l'urbanisation (1946-1988) ; La fusion royauté-démocratie (1988-2006)  et la liquéfaction institutionnelle (2006-2016). Nous avions surtout noté les différentes interventions du roi dans le champ politique aux moments clés de ses  « événements sanglants » (1973, 1976, 1992, 2010), ses crises institutionnelles, et ses multiples coups d'État, tant il était impossible de rendre compte de toutes les analyses  copieusement annotées du livre. (A 297.)

 

 

Nous avions terminé notre article en omettant volontairement  ce qu'elle a appelé  « a liquéfaction institutionnelle (2006-2016) » pour annoncer l'objet de cet article consacré  au « système royal », un appareil de pouvoir parallèle qui s'articule à travers trois séries d'instruments politiques, économiques et symboliques, à savoir  le Conseil Privé du Roi et ses réseaux, la parami (2) et les finances royales et la symbolique royale et la reconnaissance du plus grand nombre. (Une 2e partie de 53 pages)

 

 

Notre volonté ici affichée n'est pas d'en faire un résumé tant cette partie est complexe, avec de multiples acteurs, notes, tableaux, et s'inscrit dans un historique lui-même complexe. Il s'agira donc de présenter ce que nous considérons comme  l'essentiel  sur ce pouvoir royal dont certains revenus ne peuvent qu'être estimés et les réseaux multiples reconstitués tant ils s'imbriquent à travers l'histoire royale, politique, économique et l'histoire des « grandes familles d'influence» avec leur alliances et mariages. Vous aurez ainsi les principaux éléments qui vous permettront de faire votre propre analyse et/ou commentaires.

 

 

 

« 1. L'articulation avec le pouvoir : le Conseil Privé. »

 

 

La mission du Conseil privé qui est chargé d'instruire  les dossiers présentés au souverain, de formuler un avis sur la législation en attente de promulgation, les recours en grâce, les pétitions et les nominations, ou souvent d'assurer  en son nom les projets sous patronage royal, ne dit rien sur ses pouvoirs politiques et économiques effectifs, qui ont été différents -  bien-sûr - depuis le roi Chulalongkorn au XIXe siècle et depuis l'instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932.

 

 

Marie-Sybille de Vienne va commencer son article en indiquant l'évolution de la composition de Conseil Privé du roi qu'elle saisit en six étapes (1952-1963, 1964-1971, 1971-1977, 1977-1997, 1998-2007, 2007-2016) qui montre la variation sociologique entre la parentèle royale, les civils (magistrats, diplomates, médecins, technocrates), et les militaires. Ainsi par exemple en 1977-1997 on assiste au doublement du poids des militaires (de 15% à 33%) alors même que la parentèle royale se maintient autour de 25%.  Elle présente un tableau sur 17 dates qu vont de 1949 à 2015 qui indique les pourcentages des huit catégories retenues (Sino-Thaïs, Santé et éducation, Technocrates, Diplomatie, Intérieur, Armée, Magistrature, Parentèle royale).

 

 

Pour rester dans le présent du Nouveau Règne, elle écrit « Une fois monté sur le  trône, le Roi Vijralongkorn réinstalle le Général Prem dans ses fonctions de Président du Conseil Privé le 6 décembre 2016 et désigne douze autres conseillers courant décembre : sept d'entre eux ont déjà servis sous le roi Bhumibol; parmi les nouveaux venus trois sont militaires et deux sont issus de la haute fonction publique (magistrature et agriculture) ». Huit conseillers de la vieille garde (Les noms sont donnés) perdent leurs sièges. « Suite au décès de Chanchai Likitjitta en janvier 1917, six sièges de conseillers (sur 19) restent donc vacants, le nouveau Conseil Privé étant composé à parts égales de militaires et de civils. » (Et en 2019?)

 

 

 

 

Mais il faut avouer que si cette sociologie suggère les différentes luttes entre les  différentes institutions et  acteurs  du Pouvoir, elle ne rend pas compte d'une complexité plus grande si on tient compte des lignages maternels. Ainsi par exemple  Marie-Sybille de Vienne donne l''exemple du 1er ministre civil Anand Panyarachun (à deux reprises entre 1991 et 1992),

 

 

 

«  l'épouse (Mr Sodsri Chakappan) était à la fois cousine issue de germaine de souverains thaïlandais et de l'épouse (MR Sutchitguna Kityakara) du ministre des Affaires étrangères, Arsa Sarasin, Sutchitguna étant de surcroît cousine germaine de la Reine Sirikit,

 

 

 

 

Arsa Sarasin était personnellement le frère du vice-Premier ministre le général de police Pow Sarasin.

 

 

 

 

Faut-il s’en étonner ? Compte tenu de la polygamie, des 77 enfants du Roi Rama V, 15 lignes masculines et plus encore de féminines subsistent. La Reine Sirikit est cousine issue de germaine de feu le roi Rama IX tout comme Boriphat, gouverneur de Bangkok, tous issus de Rama V via l’une ou l’autre de ses épouses. Ne remontons pas à Rama IV et  ses 82 enfants ! Il ne faut d'ailleurs pas examiner ces « cousinages » comme nous pourrions le faire avec nos yeux de monogames !

 

 

 

Extérieur certes, à ces cousinages, le ministre de l'Intérieur, le général Issarapong Noonpakdi, était le beau-frère du général Suchinda Krapayoon, commandant en chef de l'armée de terre, puis commandant suprême des armées et initiateur du coup -les solidarités de beaux-frères constituant un phénomène récurrent au Siam comme au Cambodge- ». (On aurait pu ajouter : Le même Suchinda fut le leader du NPKC qui organisa le coup d'État de février 1991 qui installa Anand Pananyachun comme 1er ministre avant de le devenir du 7 avril 1992 au 24 mai 1992)

 

 

On peut noter que cette présentation du Conseil privé ne dit rien sur le rôle politique des Conseillers et de son Président si ce n'est qu'à partir de 1988, le général Prem a eu une grande influence auprès du roi dans les nominations et promotions au sommet des appareils de l'État y compris militaires. Mais il est vrai que la 1ère partie  signalait le rôle joué par le général Prem auprès du roi lors des émeutes sanglantes de 1992, pour calmer le jeu et obtenir la démission du général Suchinda ou bien encore lors de la crise économique et politique de 1997, et ses  manœuvres  contre le gouvernement Thaksin. (Cf. A 297.)

 

 

 

« 2. Parami et finances royales. (2)

 

 

Il est utile de rappeler que nous avions déjà dans un article précédent tenter de faire le point sur les finances royales avec surtout le « Bureau des propriétés de la couronne » (BPC), distinguant ses actifs immobiliers, ses revenus mobiliers, dont nous avions donné la valeur, en considérant les données disponibles. (Cf. A 236 (3))

 

 

Marie-Sybille de Vienne nous informe donc que l'institution royale dispose de trois instruments pour agir économiquement et socialement : le Bureau des Propriétés de la Couronne (Crown Property Bureau, i.e. CPB) ; les « projets royaux » et les fondations caritatives, que nous aborderons sans refaire l'historique (Qu'elle nous donne) et en simplifiant pour entrer dans le cadre d'un blog « grand public ».

 

 

 

  1.  

Le CPB ?

 

 

Le CPB est un holding composé de la Siam Cement (Le plus important conglomérat industriel de l'Asie du Sud-Est, dit-elle (3))

 

 

 

 

et de la Siam commercial  Bank (L'une des cinq premières banques du royaume)

 

 

 

 

la Deves Insurance,

 

 

 

 

la CPB Equity et la CBP Property.

 

 

 

 

Un tableau (p. 109)  donne pour chacun une estimation des revenus du CPB en millions de baths (courants). Ainsi pour 2015 : la Siam commercial  Bank : 4 831,8 ; Siam Cement : 5351 ; Deves insurance : 98 ; CPB Equity 1776 ; CPB Property : 3200, soit un total de 15257.

 

Un récapitulatif des actifs de la CPB  est présenté (p.111) pour la fin 2015:

 

                                        Capitalisation boursière   % CPB       Participation CPB

                                        (milliards  baths)                                 (milliards  baths)

Siam commercial  Bank .             408                           23,69             96,18

Siam Cement.                              475                           30,75           146,06

Deves insurance.                          1,169                      98,22               1,14

CPB (portefeuille boursier)            53,6                       100                   53,6

                                                  --------------------------------------

CPB property :                                   Hectares           % CPB         (milliards  baths)  

Bangkok terrains commerciaux.        459 ha              100                   445                                  

Bangkok autres terrains.                    869 ha              100                    84

Province terrains divers.                  5232 ha              100                  4,81

 

Soit un total de 831,19 milliards de baths.

 

En sachant que le prix des trois catégories de terrains de la CPB property  se fonde sur une évaluation calculée sur des valeurs moyennes qui varient d'une année sur l'autre. (Une note donne les sources). Si ce patrimoine foncier vous paraît considérable, sachez encore que ces 6.500 ha ne le place qu'en 4e position de la propriété foncière du royaume, loin derrière les 100.800 ha de la famille Sirivadhanabhakdi.

 

 

 

Il n’est pas inutile de préciser que le Bureau des propriétés de la couronne est chargé de la gestion d’un énorme patrimoine qui provient de la confiscation sans indemnisation  de la fortune immobilière ou mobilière de nombreux membres de la famille royale.

 

 

Une hypothèse sur la gestion du CPB en 2015 nous est proposée.

 

 

 

 

La CPB compte 1200 salariés et dépense 1,669 milliards en frais de personnel et 2 milliards en frais de fonctionnement, soit environ un total de 3,6 milliards.

 

52 % des dépenses, soit 4,2 milliards sont consacrées aux « œuvres royales, qui sont diverses : jeunesse (jardins d'enfants, sport, bourses),

 

 

 

 

.....culturelles (art dramatique, et danse traditionnelle siamoise), restauration de temples, propagation du bouddhisme,

 

 

 

préservation de l'environnement rural, petite participation à des projets royaux.

 

 

 

 

La CPB se retrouverait donc avec un profit de 7,5 milliards de baths en 2015, dont 60 % seraient redistribué aux « actionnaires » royaux :

 

 

3,6 milliards de baths au Bureau de la Maison Royale (train de vie de la famille royale, listes civiles, activités publiques, cérémonies - funérailles de personnalité par ex., entretien des palais provinciaux  et 0,9 milliards pour le Cabinet privé du Roi (l'État aurait donné 759 millions de baths).

 

 

La Couronne thaïlandaise disposerait donc d'un budget de quelque 8,5 milliards de baths à la fin de 2015 provenant à hauteur de 48 % des finances publiques et de 52 % des propriétés de la Couronne ; auquel on peut rajouter le revenu des actifs personnels des membres de la famille royale.

 

 

Ainsi par exemple une note nous apprend que la princesse Sirindhorn

 

 

 

 

...est « propriétaire (à titre personnel) du Palais Wang Sra Pathum et des terrains où ont été construits les différents complexes accessibles par la station du métro Siam : les centres commerciaux Siam Center (1973), Siam Discovery (1997) et Siam Parangon (2006), la parking Siam Car Park (1994), la tour de bureaux Siam Tower (1998) et le Siam Kempinski Hôtel (2010)»;

 

 

 

Elle est également actionnaire à titre personnel de Siam Piwat qui gère les centres commerciaux construits sur ses terrains. A titre de comparaison, les revenus issus du groupe Shin Corp. encaissés par  la famille de Thaksin - alors considérée comme l'une des plus fortunées de Thaïlande  - étaient en  2003 de 65 millions de dollars US (Ce qui équivaudrait à 78 millions en 2015), soit moins de la moitié des sommes allouées à la Couronne thaïlandaise.

 

 

 

 Projets royaux de développement et fondations.

 

 

Outre la CPB qui en  2015 par exemple, a consacré  52 % de ses dépenses  soit 4,2 milliards aux  diverses «œuvres royales», il existe aussi des projets royaux de développement, financés en quasi-totalité par les dépenses publiques qui sont coordonnées par le bureau du « Government House » et depuis 1993, administrées par l' « Office of the Royal Development Projects Board » (ORDPB) qui est  rattaché au cabinet du 1er ministre.

 

 

 

 

Toutefois, il faut noter qu'en 2015, ces dépenses  ne représentaient que 2,5 milliards de baths, soit 0,09 % des dépenses publiques. Ces projets visent à promouvoir l'image du souverain et de l'institution royale, en tant qu'opérateur du progrès social.

 

 

Le nombre de projets  «d'initiative royale» a évolué au fil des années, pour osciller entre 200 et 250 par an. Ils s'inscrivent  dans la volonté royale de développer le monde rural (« hydraulique, environnement et agriculture représentant les trois quarts des projets à fin 2012 ») Un graphique (p. 116) nous apprend qu'en date de  septembre 2012, 68% des projets avaient été consacrés à l'hydraulique (40% en 2011), 9,1% à la protection sociale, 7,5% à la formation professionnelle, 3,8% à l'agriculture, 3,3% à l'environnement 1,7% au transport, 1,2% à la santé, et 5,4 % à d'autres. Il n'est pas précisé les lieux d'implantations des projets ruraux -ce qui aurait été nécessaire-, comme par exemple les centres de développement dans cinq provinces au Nord, les stations d'agriculture, les projets   engagés dans les tribus montagnardes pour former et aider les agriculteurs à cultiver et vendre d'autres cultures que celle du pavot pour éradiquer l'opium, améliorer l'environnement, etc.  Et ne pas en rester aux  projets royaux « vers le grand Bangkok et le delta de la Maenam, notamment avec le projet d'écluse du canal Lad Pho, lancé en 2006 et inauguré en 2010 destiné à réguler le réseau hydrographique, couplé avec le développement des transports urbains (ponts et voies express) ». 

 

 

 

Il est important de connaître la nature de ces projets ruraux  qui procèdent d'une conception royale du développement connue sous le nom : «d'économie suffisante», un «modèle» auquel le roi Rama IX était très attaché et qu'il a promu dans nombre de ses  « discours ». « Conceptualisé, dit-elle, officiellement en 1998 à l'occasion de la crise financière (…) « l'économie suffisante » propose une amélioration progressive et raisonnable du niveau de vie des petits producteurs ruraux, en minorant les contraintes de l'endettement, du crédit à la consommation, du marché de la concurrence, une vision karmique de l'existence ... ». (Cf. A  292. (4))

 

 

On peut ajouter : Le roi Bhumibol Adulyadej n’est pas l’homme qui a inventé la philosophie de l’économie suffisante (…) Ce concept inspiré du bouddhisme qui prône la modération et l’autonomie économique est apparu formellement pour la première fois dans les décrets nationalistes (Rattaniyom) du régime militaire du maréchal Phibunsongkhram à la veille de la seconde guerre mondiale. A une époque où l’économie thaïlandaise restait majoritairement agricole et où la pagode était le centre de la vie sociale, il reflétait simplement la réalité quotidienne de la plus grande partie des Thaïlandais » (5)

 

 

 

 

Les fondations royales.

 

 

Marie-Sybille de Vienne signale l'existence d'une vingtaine de fondations de 1er rang, dont la plus ancienne est la fondation Ananda Mahidol créée en 1959 sous l'impulsion de la Princesse mère qui en 1969 va en créer une autre sous son propre nom. (Consacrée à la médecine et à la santé publique. 51.000 volontaires médicaux en 2014 sont chargés d'apporter les premiers soins dans les villages reculés.)(Décédée en 1995), d'autres encore à l'initiative de la princesse Galliani (sœur de Rama IX, décédée  en janvier 2008) , mais il faut attendre 1969 pour que  la Royal Project Foundation  soit créé officiellement par le roi Rama IX, qui est une organisation à but non lucratif, qui se donne comme objectifs d'améliorer la qualité de vie des tribus du nord en développant des cultures de substitution  pour réduire voire d'éliminer la culture de l'opium, préserver et faire revivre les forêts et les ressources en eau. (38 programmes étaient en cours en 2014). Wikipédia précise qu' « en 1992, le projet royal a pris le nom de Fondation du projet royal et est devenu en permanence un organisme public au profit du peuple. (…) Il compte 38 centres de développement répartis dans cinq provinces du nord. (…) À Chiang Mai [par exemple], il existe 27 centres de développement comprenant trois stations d'agriculture royales: Doi Ang Khang, Doi Inthanon et Pangda » (6) (Voir par exemple le projet royal de Non Hoi (7))

 

 

 

 

En fait, nombre de projets royaux, initiés sur l'initiative de la Couronne sont relayés ensuite par des ONG, ainsi l'ONG Chaipattana (Victoire de Développement) créé en juin 1988 qui « une fois éradiquée la culture du pavot, s'est réorientée vers des domaines qui relèvent de l' « économie suffisante » avec 4 centres agronomiques et une série de projets agricoles. Les fondations -dites royales- sont multiples et couvrent bien des secteurs comme la santé des vétérans de l'armée et de la police, la commercialisation des produits agro-artisanaux, le relogement des plus défavorisés des bidonvilles du centre de Bangkok installés sur les terrains de la Couronne, des projets hydrologiques, etc.

 

 

 

D'autres ONG bénéficient du patronage de la famille royale, comme la Croix rouge thaïlandaise et beaucoup d'autres (Marie-Sybille de Vienne en cite une douzaine) qui bénéficient ainsi de nombreuses donations des principales entreprises thaïlandaises et de dons privés. Les dernières fondations royales créées « confirment que l'assistance aux plus démunis, physiquement ou socialement, n'est plus le seul objectif de la charité », mais qu'il s'agit toujours de préserver l'image de la Couronne. 

 

 

 

 

 

 « Les réseaux de l'économie royale à la fin du 9e règne.»

 

 

Le sommet du maillage royal peut être appréhendé par les conseils d'administration, d'une part par les  cinq composantes du CPB (Siam Cement, Siam Commercial Bank, Deves Insurance, CPB Equity, CPB Properties) du volet économique  de la royauté  et par ceux des principales fondations royales  du volet social (qui sert à son prestige) (Une  quinzaine)  soit 21 organismes, gérés par quelque 138 administrateurs.

 

 

Ces administrateurs « dont 26 (soit un sur cinq) siègent dans plusieurs conseils » constituent ainsi le point focal du « système royal », surtout que 6 d'entre eux appartenaient au Conseil Privé du roi Rama IX. (Les noms sont donnés. Ainsi par exemple le directeur général de la CPB était présent dans quatre des fondations lancées par le roi, et il présidait également le conseil d'administration du NIDA (L'ENA thaï))

 

 

On imagine l'importance de ce réseau de pouvoir et d'influence qui se structure au niveau du CPB et de 19 « entreprises » (Et organismes et une institution)  composées par les grandes agences d'État, les grandes firmes appartenant en tout ou partie à l'État thaïlandais, les organismes en charge des politiques publiques et quelques firmes privées à capitaux majoritairement nationaux, dont certaines entretiennent des liens entre elles. (Cf. Liste (8)) « Auxquels, il faudrait rajouter les interconnections des réseaux familiaux et les lignages (royaux, militaires, civiles, politiques)).

A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

 

 3. « Symbolique royale et reconnaissance du plus grand nombre. »

 

 

 

 

Nous avons vu que le Roi avec son Conseil Privé composé d'hommes influents joue un rôle important au niveau politique et dans la gouvernance du royaume, que l'institution royale dispose de trois instruments et des fonds importants pour agir économiquement et socialement : le Bureau des Propriétés de la Couronne (Crown Property Bureau) (CPB)  les « projets royaux » et les fondations caritatives, animés par des réseaux d'hommes influents agissant dans  tous « les secteurs clés de la société civile, de la banque à la santé en passant par l'éducation et les infrastructures », avec en plus une surmédiatisation des réalisations royales. Mais pour toucher le plus grand nombre, Marie-Sybille de Vienne nous dit que la Couronne va se servir d'un autre relais d'ordre symbolique qui va s'exercer à trois niveaux : « propitiatoire et civil à l'échelle nationale, bouddhique et caritatif à l'échelle communautaire ; prophylactique et magique à l'échelle individuelle. »

 

 

 

3.1 « Propitier le royaume. » (9)

 

 

« Le calendrier royal prévoit deux grands rites séculaires dont l'objet est de « propitier » les deux piliers (traditionnels et modernes) de la Couronne siamoise, l'agriculture et la fonction publique : le labourage du premier sillon et l'anniversaire du souverain. »

 

 

 

 

Nota. On peut être étonné ici que  Marie-Sybille de Vienne réduise quelque peu le champ de la symbolique royale  thaïlandaise. On pouvait pour le moins avec un ouvrage qui affichait  de présenter une « royauté bouddhique » apprendre le rôle du bouddhisme dans la légitimation du roi et l'exercice du pouvoir royal, qui ne peut se comprendre comme nous l'apprend Forest que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva) avec par exemple la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent, et d’autres événements de nature religieuse et symbolique qui visent à exprimer et renforcer la fonction royale, et d’autres légitimations secondaires que Gabaude nous rappellent. (Cf. Les références (10))

 

 

 

 

Bref,  nous n'allons pas ici décrire ce vieux rituel (Cf. pp. 130-131) qui se déroule en deux étapes et dont la date est fixée par les astrologues du palais (En 2012, on peut être surpris que le Bureau de Maison royale employait 13 astrologues et 12 brahmanes. Note 217, p. 130), une  cérémonie du labourage confiée  ces dernières années au secrétaire général du ministère de l'agriculture à Bangkok et qui a pour fonction de montrer que le souverain est le protecteur de ses sujets et a le pouvoir d'appeler la pluie et de donner de bonnes récoltes. Il n'est pas sûr qu'il soit d'une grande efficacité symbolique auprès des Thaïlandais.

 

 

Ensuite il est évoqué « L'anniversaire du roi avec  le serment d'allégeance ». Ce rituel est certainement populaire, dans la mesure déjà où depuis 1960, l'anniversaire du roi Rama IX est devenu une fête nationale, identifiant ainsi le roi à Nation. (Elle a été maintenue par  Rama X) Il est précédé d'une grande parade et ensuite d'un serment d'allégeance effectué par l'ensemble des responsables des institutions et des corps d'État, plaçant ainsi le roi au centre de l'appareil d'État. Après la parade, le Prince héritier, au nom de la famille royale, effectue un autre rituel d'offrande au souverain, devant les dirigeants des corps constitués (premier ministre, président de l'Assemblée Nationale et Président de la Cour Suprême) et et le Commandant des suprême des forces armées). Et puis les délégations des différents corps d'armée effectuent publiquement le serment d'allégeance. Les prestations de  serment sont également effectuées à l'intérieur des administrations centrales et en Province devant le portrait du Roi. Le discours du roi clôture la cérémonie.

 

(Il n'est rien dit sur le sens hautement symbolique de ces discours qui ont eu certaines années un grand impact dans la marche politique du royaume)

 

 

 

3.2 « Structurer les communautés : le jeu du kathin royal. »

 

 

Marie-Sybille de Vienne expose donc, ce qu'elle considère comme la seconde catégorie des grands rites royaux : le kathin (kathina), offrande de nouvelles robes aux moines, qui met « en exergue la dimension bouddhique du monarque cakravartin l'instrument de l'intégration des élites entrepreneuriales modernes à la société thaïe, en leur permettant d'acquérir des mérites par le truchement de la parami royale », qui a été instauré par le gouvernement Sarit par décret en 1960, distinguant trois degrés de kathin  royaux. En simplifiant : Par le Roi dans 9 monastères, les membres de la famille royale dans 7 autres monastères, au nom du Roi dans des monastères de seconde et troisième catégorie. Une occasion pour tous ceux qui le souhaitent d'apporter une contribution au monastère, dans un rituel où est mis en scène le Traibhum, texte fondateur de la cosmologie siamoise. Un kathin royal,  dit-elle,  qui  « par-delà la dimension cosmologique (Qu'elle n'analyse pas ) met en branle une dynamique socio-économique de première importance autour des monastères ».

 

 

 

 

Mais ensuite oubliant que son sujet est la symbolique royale, elle poursuit sur la hiérarchie des monastères qui détermine celle des grades monastiques  et des sommes qui leur sont allouées et la multiplication des monastères royaux. Informations certes intéressantes, mais qui ne nous apprennent rien sur le prestige que peut en retirer le roi. De même, elle ne dit rien du contexte bouddhique dans lequel s'inscrit le kathin royal. (Cf. Le Asahara Bucha, (Le 1er sermon de Bouddha, l'une des fêtes bouddhistes les plus importantes ); suivie par le Khao Phansa (Le carême bouddhiste de 3 mois pour les moines ; mais à l'occasion duquel de nombreux jeunes civils se font moines et que les Thaïlandais tentent de prendre de bonnes résolutions.) ou d'autres fêtes religieuses.

 

 

 

 

 

De même, il n'y aucune référence aux fêtes civiles qui « ont (aussi) pour objectifs de légitimer la dynastie Chakri avec son fondateur Rama I, le roi Chulalongkoron (Rama V), le père de la nation, et feu le roi actuel, Rama IX, dont on fêtait le 5 mai le couronnement, le 5 décembre son anniversaire, sans oublier la reine dont on fête également l’anniversaire le 12 août. Par contre, la fête du 10 décembre rappelle qu’en ce jour de 1932, la monarchie absolue devenait une monarchie constitutionnelle. » (In notre article sur le calendrier des fêtes civiles et religieuses (11)). Les mythes historiques ne sont pas non plus évoqués, qui  avec leurs « héros nationaux » servent également à légitimer la royauté «  à justifier et codifier de nouvelles institutions politiques, instituer des nouveaux rites, des nouveaux codes, des interdits, des tabous, constituer une nouvelle mémoire collective en établissant des nouvelles généalogies, en choisissant des événements fondateurs, des nouveaux héros ou héroïnes. » (In notre article « 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux. » (11)

 

 

3.3 « Protéger les individus : la fabrique des amulettes royales ».

 

 

Ainsi le troisième pouvoir symbolique de la Royauté s'exercerait par le succès des amulettes royales, leur fabrication et  leur vente.

 

 

 

 

On pouvait donc s'attendre à ce que Marie-Sybille de Vienne définisse pour le moins, le pouvoir symbolique de l'amulette en général, mais nous n'aurons qu'une définition pour le moins élémentaire : « L'amulette peut être définie comme un petit dispositif protecteur millénaire, fabriquée par l'homme et porteur d'une inscription et/ou une effigie, dont la puissance tient au Siam à la fois aux matériaux qui la composent, à l'événement et/ou la personne qu'elle commémore et au nombre et au rang des moines qui participent à la consécration. » Voyez-vous ici une référence à une force symbolique ? Au bouddhisme ? A l'animisme ? Aux esprits ? Aux pouvoirs magiques de l'amulette, si ce n'est le «  petit dispositif protecteur » ?

 

 

 

 

S'il est dit ensuite que « la renommée du moine  thaumaturge Somdet Pho -tuteur du futur roi Mongkut lors de son noviciat- et les fréquentes excursions du roi Chulalongkorn qui rendaient sa personne visible au plus grand nombre développèrent un engouement pour l'amulette et l'image en général », il n'est pas encore montré ce qu'elle représente. On restera essentiellement sur le marché économique des amulettes : à son commerce à proximité des sanctuaires, qui devient pour eux une source de revenus importants, puis son développement par les médias après la 2ème guerre mondiale, puis internet. Et encore la  tentative de récupération politique par Phibun « qui ordonna la frappe de près de cinq millions d'amulettes représentant le Bouddha debout, afin de lever des fonds pour la construction d’une vaste mandala, surpassant par ses dimensions les édifices religieux érigés par les Chakri. » Pour poursuivre avec ce qu'elle appelle « le succès des amulettes royales ».

 

 

On apprendra alors les principales étapes et émissions de la fabrique royale des amulettes : Le banc d'essai en 1962 par Sarit, 1963, 1964-1965, l'engagement personnel du roi Bhumibol en 1965 à l'approche de ses 40 ans, en 1971 pour son jubilé d'argent (25 ans de règne), en 1975 pour la médaille du 4e cycle du Roi, puis le 6e cycle, etc, pour honorer ceci, construire et restaurer cela. La liste est longue. Les sanctuaires royaux y allèrent de leur émission de médailles... pour constater : « Au total, début 2015, les amulettes directement liées à la royauté représentaient près de 10% des amulettes (hors dispositifs protecteurs, de type takrut, phisman, etc.) circulant en Thaïlande. ».

 

 

Mais on reste  ici dans un marché économique et loin d'une explication symbolique, qu'elle reconnaît  pourtant ensuite, en signalant que l'achat d'une amulette avec l'effigie du roi ou de l'un de ses proches, est « révélatrice d'une troisième dimension de la royauté très éloignée de normes occidentales qui la réduisent  aux institutions et à la symbolique d'État, une dimension surnaturelle et magique, au demeurant commune à tous les niveaux de la pratique sociale thaïlandaise ». Une dimension essentielle certes, qu'elle n'explicite  pas et  qui en reconnaissant qu'elle est commune,  réduit quelque peu le propos qui était de démontrer que les amulettes étaient l'un des instruments du pouvoir royal.

 

 

Il y avait pourtant tant à dire sur les amulettes royales ou non. On ne peut que vous conseiller la lecture de 6 articles consacrés aux amulettes du blog ami « MerveilleuseChiang-Mai» (12). Vous aurez compris que cette partie nous a quelque peu déçus.

 

 

 

Toutefois, le livre de Marie-Sybille de Vienne, par son érudition, les centaines de notes le prouvant, nous a aidés à mieux comprendre les instruments du « Système royal » qui assurent la légitimité et le prestige du roi et de la famille royale, le protecteur de la Nation et du Bouddhisme.

 

 

Mais le nouveau roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) qui  a succédé à son père le 1er décembre 2016  a renforcé son pouvoir sur ce « système », en modifiant la partie le concernant du référendum du 7 août 2016, en nommant de nouveaux conseillers au Conseil privé, un nouveau chef de l'armée, Apirat Kongsompong, issu d'une faction rivale à celle de Prayut et de ses alliés de la junte, et  en s'accordant la nomination de l'ensemble des membres du comité supervisant le Crown Property Bureau (CPB), dont nous venons de voir la puissance dans ce royaume. Un nouveau chapitre de la royauté thaïlandaise.

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1)  Les Indes Savantes, 2008.

 

 

(2) Parami désigne  la pratique d'une vertu qui, menée vers sa perfection, permet d’accéder à l’éveil, c’est-à-dire au nirvana  ou à l’état de bodhisattva  puis de Bouddha.

 

 

(3) Nous avions dans notre article A 266 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-266-le-roi-de-thailande-est-il-l-homme-le-plus-riche-du-monde.html

réagit contre le magazine Forbes qui avait fait la confusion entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

 

 

 

Nous avions alors fait le point sur Le « Bureau des propriétés de la couronne » (BPC)  et son histoire, avec les actifs immobiliers (avec les 24 sites des palais et résidences, les immeubles de bureaux, les 15 sites de bâtiments commerciaux) puis les revenus mobiliers (Avec les dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank  pour une valeur estimée de 1,1 milliard de dollars, 30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars et 98,54 % de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars. Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de baths). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

Nous avions noté, entre autre que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier et que les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016) et que  les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité. De même que nous ne connaissons  rien de la fortune personnelle de feu le roi Rama IX et celle de son fils Rama X, actuellement régnant, en rappelant que si le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus.

 

 

(3) D'après wikipédia : La société publique Siam Cement Group Limited (SCG; SET: SCC) est la plus grande et la plus ancienne société de ciment et de matériaux de construction en Thaïlande et en Asie du Sud-Est.  En 2016, SCG a également été classée par Forbes comme la deuxième société en importance en Thaïlande et la 604e société publique au monde. Son principal actionnaire est le Crown Property Bureau, qui détient 30% des actions de Siam Cement.

 

 

Les revenus consolidés s'élevaient à 450 milliards de baths (14 milliards USD) pour l'exercice 2017. L'unité ciment et matériaux de construction a contribué à hauteur de 38%; 44% de l'unité des produits chimiques; et 18% de l’unité d’emballage. 

 

SCG a été fondée en 1913 par décret royal du roi Rama VI  pour fonder la première cimenterie de Bangkok, en Thaïlande. Depuis lors, la société a étendu ses activités à trois divisions principales: SCG Cement-building materials; Produits chimiques SCG; et SCG Packaging. La , SCG investit énormément dans les régions d’Asie du Sud-Est, notamment dans les activités d’emballage en Malaisie, le complexe pétrochimique au Vietnam et de nombreuses cimenteries dans les régions.

 

SCG emploie environ 54 000 personnes. Cementhai Holding Co., Ltd. supervise les investissements de SCG dans diverses entreprises, comme  par exemple, Kubota, Yamato Kogyo, le groupe Aisin Takaoka, Nippon Steel, Toyota Motor, Michelin, Hayes Lemmerz, Siam Mitsui et la société Dow Chemical.

 

(4) A 292 - «  IDÉES REÇUES SUR LA THAÏLANDE», SELON  Mlle EUGÉNIE MÉRIEAU. 8

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-292-idees-recues-sur-la-thailande-selon-mlle-eugenie-merieau.8.html

« LA THAÏLANDE S'EST SORTIE DE LA CRISE DE 1997 GRÂCE AU MODÈLE ÉCONOMIQUE DU ROI RAMA IX. ». 

 

Extrait: “Le 26 mai 2006, « Le Secrétaire général a remis au roi Bhumibol Adulyadej le prix décerné par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin de saluer son action exceptionnelle dans le domaine du développement humain, de la réduction de la pauvreté et de la conservation de l'environnement en Thaïlande. C'est la première fois qu'une telle récompense a été décernée. » (Cf. (1)) ; En 2007, la philosophie royale est « constitutionnalisée » ; En 2017, elle est justiciable, par la Cour constitutionnelle ; Les projets royaux de développement rural devinrent des « fondations royales » à l'instar  de la Fondation pour les projets royaux fondés en 1969 et, précise-t-elle, « Il doit également être noté que les fondations royales et projets royaux sont protégés de facto par la loi de lèse-majesté et par conséquents non sujets critiques ».

 

 

(5) In https://www.thailande-fr.com/economie/81-leconomie-suffisante-le-developpement-durable-a-la-mode-thailandaise

 

Autre extrait : « Un modèle de ferme familiale - Pour le monarque, le progrès ne devait pas se mesurer en chiffres de croissance, mais par la capacité de se suffire à soi-même et de contrôler sa destinée économique.

 

En 1996, le roi Bhumibol a créé un modèle de ferme familiale fonctionnant sur le principe de suffisance économique : un terrain de 2,4 hectares (la moyenne des propriétés en Thaïlande) divisé en un étang pour la pisciculture, un rectangle de rizières et un espace pour des arbres fruitiers et pour les légumes.

 

Le souverain a précisé que ce type de ferme auto-suffisante ne devait pas être une fin en soi, qu’il devait y avoir un développement graduel, notamment par des échanges commerciaux.

 

C’est l’idée d’une voie moyenne, d’un équilibre harmonieux entre les ambitions et les moyens dont on dispose, qui sort tout droit du bouddhisme Theravada. »

 

(6)  https://en.wikipedia.org/wiki/Royal_Project_Foundation

 

(7) https://www.tatnews.org/2017/10/take-a-walk-in-the-hills-and-discover-the-uniquely-thai-royal-project-at-nong-hoi/

 

(8) Thai Airways, National Petroleum Pub Cp (NPC), Petroleum Authority of Thailand (PAT), Deves Insurance, Siam Cement, Conseil Privé, Siam Com Bank, NIDA, Thai Beverage, Bangkok Aviation Fuel Services (BAFS), Krung Thai Bank Thai Farmer Bank, In Touch, Bank of Asia, Saha Union, NESDB, Bank of Thailand, Electricity Generating of Thailand (EGAT),  Telephone Org.  for Thailand (TOT).

 

(9) « Propitier » : Rendre propice, favorable.

 

(10) Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda », Journal des anthropologues, 2006

 

L. Gabaude « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173

 

«Louis Gabaude (In  Notre article 93 de « Notre Histoire ») nous apprend que « la légitimation bouddhiste des dirigeants politiques d’Asie du Sud-Est ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire. Elle était de surcroît visualisée, matérialisée, cristallisée par » ; et il évoque : la « grande relique », le grand stupa ou maha-dhâtu, les statues de Bouddha que l’on fait sculpter et que l’on  pare d’habits royaux, ou que l’on va « prendre » chez l’ennemi, pour ses pouvoirs. Une liste non limitative, dit-il, car  toute action royale participe d’un tel processus de légitimation et de citer : « découverte d’une trace de pied de Bouddha, d’un éléphant blanc, copie ou impression du Canon bouddhique, œuvres de bienfaisance, paix – mais aussi guerre victorieuse - , tout peut concourir à la grandeur d’un prince ».

 

 

(11) Cf. Notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/h3-le-calendrier-des-jours-feries-fetes-civiles-et-fetes-religieuses-en-thailande.html

 

Cf. Aussi 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html  

 

 

(12) Blog « MerveilleuseChiang-Mai » : https://www.merveilleusechiang-mai.com/marche-aux-amulettes-le-3605362136343604-3614361936323648358836193639365636293591

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulette-jatukham-rammathep-l-1

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulette-jatukham-rammathep-l-2

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-13

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-23

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-33

 

Cf. aussi nos articles sur  les relations entre le bouddhisme et l'animisme, le culte des esprits et des amulettes:   http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

Et : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

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