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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 22:05
A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Le « monument de la démocratie » (อนุสาวรีย์ ประชาธิปไตย Anusawari Prachathipatai « monument – people – souveraineté » « monument de la souveraineté du peuple ») est situé dans le centre de Bangkok. Il occupe un vaste rond-point sur la vaste «  Rachadamnoen Klang Road » (ถนนราชดำเนินกลาง  « royal – avancer – centre » «  avenue royale pour aller au centre ») les « champs Élysées » qui conduisent à l’ « arc de triomphe » c’est à dire notre monument, construit sur une base circulaire à intersection de Dinso Road (ถนนดินสอ). 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Il est à peu près à mi-chemin entre Sanam Luang (สนามหลวง), l'ancien terrain de crémation royale, devant le wat Phrakaeo (วัดพระแก้ว) et le temple du Mont d'Or (วัดภูเขาทอง wat Phukaothong). Il est au centre historique de Bangkok et aussi celui du pays puisqu’il marque toujours le kilomètre zéro puisque de là partent les routes reliant la capitale aux autres parties du pays. Devenu le point de ralliement pour les manifestations contre les dictateurs militaires qui ont pris fin de façon sanglante en 1973 et 1992, il est devenu le lieu symbolisant la lutte pour la démocratie alors qu’il symbolise paradoxalement tout le contraire (1) (2). D’où vient ce choix singulier ? Tout simplement peut-être en raison de son emplacement central ?

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
Il est l’œuvre de la politique d’urbanisation du Maréchal Phibun, politique frisant parfois la mégalomanie et qui a fait l’objet de critiques parfois acerbes (3).

 

Le monument a été construit pour célébrer la révolution sans effusion de sang du 24 Juin 1932. La décision de l’ériger a été prise et finalement matérialisée en 1938, après que le maréchal Phibun ait consolidé sa position et assumé le rang de Premier ministre. Il lui fournit ainsi l’occasion d’affirmer et de légitimer son maintien au pouvoir dans le cadre de son « Programme national du bâtiment » (3) et de son programme culturel « visant à élever l'esprit national et le code moral de la nation » incluant en particulier le changement du nom du pays en « Thaïlande », « pays de la liberté »… sous un régime despotique !

 

Une question se pose, puisque nous allons nous plonger dans la symbolique de ce monument dont la construction a commencé le 24 juin 1939, la date anniversaire du coup de force : Nous savons qu’on ne choisit ici, et encore jamais, une date sans avoir consulté les moines ou le chaman, celle du 24 juin 1932, avait-elle été choisie au hasard ? Certainement pas ? C’était un vendredi, encore un symbole ? Nous n’avons pas la réponse.

 

 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Le monument a été conçu par l’architecte Chitsen Aphaiyawong (จิตรเสน อภัยวงศ์) qui avait conçu en 1934 le fameux dôme de l’Université Thammasat en 1934 et les immeubles luxueux de Rachadamnoen Klang Road, notamment le très contesté « Rachadamnoen Edifice Groupe » conçu dans un style néo-classique et « art déco » abritant magasins, bureaux, restaurants, hôtel et théâtre (3). 

 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Il est le frère de Khouang Aphaiyawong (ควง อภัยวงศ์) alors un membre éminent du gouvernement de Phibun.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Le sculpteur italien Corrado Feroci « le père de l’art moderne thaïlandais » devenu plus tard citoyen thaïlandais sous le nom lourd de symbole de Sinalapa Phirasi  (ศิลป์ พีระศรี : art – persévérer - gloire) fut chargé des bas-reliefs qui ornent le socle des ailes ..

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
... avec l’assistance de l’un de ses élèves, Sithidet Sanghirand (สิทธิเดช แสงหิรัญ) (4). Mais la conception même du monument laisse à penser que nous pouvons y trouver sans trop de difficultés la griffe futuriste de Feroci ?

 

Les travaux furent confiés à une entreprise Siamo-danoise, toujours en activité et responsable de constructions prestigieuses, «  Christiani & Nielsen (Siam) Ltd » (5).

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Ils commencèrent le 24 juin 1939 (bien sûr) et se terminèrent le 22 juin 1940 à minuit. L’inauguration eut encore lieu un 24 juin, deux jours plus tard. Le coût total fut de 250.000 baths, Feroci percevait pour sa part 900 baths par mois ce qui correspond à environ 250 mois d’un salaire de base de l’époque.

 

Les travaux irritèrent alors la population, résidents locaux et commerçants (principalement chinois) furent expulsés avec un préavis de 60 jours. Il y eut 60 expropriations et 200 arbres abattus, abattage nécessité par l'élargissement de l’avenue Rachadamnoen (construite à la fin du XIXème siècle sous le règne du roi Chulalongkorn) pour la transformer en boulevard cérémoniel… L’ombrage était important à une époque où l’on ignorait la climatisation.  Le monument fut alors ressenti non comme un hommage à la démocratie mais comme un hommage à la dictature militaire.  

 

Sa conception est pleine de symboles numérologiques et spirituels (6).

 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
La pièce maîtresse, de style « art déco » est composé d'une tourelle ronde (en forme de Stupa) recouverte d’un dôme en bonze de quatre tommes coiffé par d’une coupe d'or (ou un bol à aumône ?) soutenant une image de la Constitution de 1932 sculptée sous forme de documents pliés sur feuilles de lataniers.

 

La tourelle proprement dite comporte six portes décorées avec des épées et des images de Bouddha, se référant aux six principes du Parti du peuple, la liberté, la paix, l'éducation, l'égalité, de l'économie, et l'unité. Le dôme, haut de trois mètres, symbolise à la fois le mois de juin, troisième mois du calendrier traditionnel thaïlandais, et les trois pouvoirs constitutionnels, exécutif, législatif et judiciaire. Pour accéder à la plateforme centrale, il y a dix marches, les dix vertus de base (les dix actes vertueux)  du Bouddhisme.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

0La constitution est symboliquement gardée par quatre structures en forme de fines ailes stylisées, des ailes protectrices, représentant les quatre branches des forces armées, la marine, l’armée de l'air, l’armée de terre et la police, toutes responsables du coup d’état de 1932. Elles représentent aussi les quatre éléments (terre, eau, feu et air) et comportent neuf séries de pétales de lotus, neuf …chiffre porte-bonheur.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Le socle circulaire sur lequel est édifié le monument a un rayon de 24 mètres et les ailes ont également 24 mètres de haut. Il y avait à l'origine soixante-quinze canons semi-enterrés la bouche vers le bas entourant le monument, le nombre 75 représentant les deux derniers chiffres de l'année de la révolution, 2475 dans la chronologie bouddhiste. Fruit du hasard ? Bien évidemment non, Le périmètre du socle est d’environ 1810 mètres (242  x π) ce qui espaçait chacun des canons d’un arc de cercle de 24 mètres encore. Les canons étaient reliés par une chaine représentant l’unité des forces armées.

 

Cette photographie est contemporaine de l'inauguration :

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Au niveau du sol, vers l'extérieur à partir de la base de deux des ailes se trouvent des fontaines sculptées en forme de Naga sortant du bec de Garuda (emblème de la Thaïlande) sur chacun des piédestaux, le serpent de la protection dans la mythologie hindoue-bouddhiste, dont l'esthétique porte la marque d’une influence très occidentale pour ressembler plus à des dragons occidentaux qu’à des Nagas traditionnels.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Symboles spirituels ? Le monument est orienté est-ouest comme tous les temples. Les ailes se rejoignent à l’infini, faut-il y voir le symbole du Mont Méru (7) ou celui de la marche vers le Nirvana ?

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Huit bas-reliefs, œuvre de Feroci (deux par piédestal) constituent des allégories quelque peu mussoliniennes. 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Cinq panneaux racontent l'histoire de la révolution du 24 juin et célèbrent le rôle des forces armées, son déroulement « au nom du peuple », mais celui-ci reste relégué en positions statique à la périphérie aux côtés de personnalités civiles passives mais reconnaissant les vertus des forces armées, simples témoins de la révolution qui se déroule alors que les militaires adoptent des positions énergiques et spectaculaires, en mouvement pour faire de leur pays une « démocratie moderne ». Les civils n’apparaissent que comme les bénéficiaires reconnaissants de l'héroïsme et de la bienveillance des forces armées.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
Un bas-relief intitulé « soldats qui se battent pour la démocratie » montre les forces armées unies engagées dans une bataille, on ne sait contre qui, pour la « démocratie ». 
 
A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
Un panneau intitulé « représentation du Peuple » montre un soldat protégeant le peuple pendant qu'il vaque à ses occupations. La mère avec l'enfant sur la gauche est l’une des rares représentations féminines.

 

 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Le panneau intitulé « Personnification de l'équilibre et de la bonne vie » symbolise l'idéologie sociale du régime militaire. Une figure allégorique au centre représentant la nation, assise dans une posture de Bouddha tenant une épée et symbolise la nation et la religion. Elle est entourée figures représentant (de gauche à droite) le sport, l'éducation, la religion et les arts. La figure du « sport » est un homme à demi-nu d'origine européenne se préparant à un lancer du poids. Celle de l’éducation représente une enseignante entourée de deux élèves, la religion est représentée par un moine et un jeune garçon et les arts par un couple d’artisans, représentation réaliste de personnes ordinaires portant les outils de leur métier et des vêtements du quotidien.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

L'absence la plus frappante, après celle de l’élément féminin, est la monarchie, pourtant toujours aujourd’hui au centre de la vie nationale thaïlandaise et la culture politique même si le régime militaire la maintenait, au mois du bout des lèvres, dans son idéologie politique. La référence est néanmoins présente mais minimisée : les coupes d'or empilées utilisées pour transmettre les offrandes aux personnes considérées comme « sacrées », y compris le roi, l’offrande étant le document plié symbolisant la constitution.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Voilà bien un mélange assez hétéroclite sinon incongrus de significations, bouddhisme, nationalisme, militarisme et démocratie, mélange assez futuriste de styles allant du réalisme social à l'art déco, évoquant un sentiment de dynamisme mais surtout les différences des milieux artistiques dont sont issus les concepteurs: Aphaiyawong et Feroci, l’un tenant aux motifs décoratifs traditionnels et l’autre ayant un profil moderniste plus global. Il y a évidemment un cadre idéologique dans cette architecture, un dispositif symbolique pour légitimer le pouvoir, et une évidente incongruité dans ce qu’est devenue son utilisation actuelle depuis «  la révolution de la jeunesse » en 1972 qui s’est réapproprié le monument au travers de sa sémantique et a fait de cet endroit un emblème dans la « psychée » collective.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

NOTES

.

(1) Voir le texte très complet du Professor Koompong Noobanjong, Ph.D. «  The Democracy Monument: Ideology, Identity, and Power Manifested in Built Forms  » (อนุสาวรีย์ประชาธิปไตย: อุดมการณ์ เอกลักษณ์ และอำนาจ สื่อผ่านงานสถาปัตยกรรม) publication de « Faculty of Industrial Education, King Mongkut’s Institute of Technology, Ladkrabang »

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

(2) Voir les quatre articles que lui consacre sur son site Internet notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » :

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-01-naissance-de-l-idee-de-la-democratie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-02-contexte-de-l-epoque

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-03-la-mise-en-oeuvre-du-monument

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-04-la-symbolique-du-monument

 

(3) Voir l’article du même Koompong Noobanjong (คุ้มพงศ์ หนูบรรจง) « The Rajadamnoen Avenue: Contesting Urban Meanings and Political Memories » (ถนนราชดำ เนิน: พื้นที่แห่งการต่อสู้และความขัดแย้งด้านความหมาย และความทรงจำ ทางการเมือง) publication de « Faculty of Industrial Education, King Mongkut’s Institute of Technology Ladkrabang , Bangkok, คณะครุศาสตร์อุตสาหกรรม สถาบันเทคโนโลยีพระจอมเกล้าเจ้าคุณทหารลาดกระบัง.

 

(4) Il est en particulier le réalisateur de la très martiale statue à Nakhon Ratchasima de l’héroïne Thao Suranari (ท้าวสุรนารี) connue sous le nom de « Lady Mo » (นางโม). 

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
Sithidet Saenghirand (1916 – 1957) était l’un de ses élèves. Cette statuette de 1 m de haut se trouve à l’Université Silipakorn : 
A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.
D’autres sculptures sont exposées au « Rama IX art museum ».

 

(5) «  Christiani & Nielsen (Siam) Ltd » société fondée par deux Danois Rudolh Christiani et Aage Nielsen en 1930 voir son site http://www.cn-thai.co.th/cn-homepage.htm

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

(6) Le détail des symboles numériques se trouve à peu près partout, celle des symboles spirituels est étudiée avec beaucoup de perspicacité par notre ami de Chiangmaï, il est le seul à notre connaissance à l’avoir fait : http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-04-la-symbolique-du-monument

 

(7) Le mont Meru est une montagne mythique (peut-être l’Everest ?) considérée comme l'axe du monde en particulier dans la mythologie bouddhique. Il est le séjour des dieux et le centre de la terre.

A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE  MAL NOMMÉ.

Il est l’œuvre de la politique d’urbanisation du Maréchal Phibun, politique frisant parfois la mégalomanie et qui a fait l’objet de critiques parfois acerbes (3).

 

Le monument a été construit pour célébrer la révolution sans effusion de sang du 24 Juin 1932. La décision de l’ériger a été prise et finalement matérialisée en 1938, après que le maréchal Phibun ait consolidé sa position et assumé le rang de Premier ministre. Il lui fournit ainsi l’occasion d’affirmer et de légitimer son maintien au pouvoir dans le cadre de son « Programme national du bâtiment » (3) et de son programme culturel « visant à élever l'esprit national et le code moral de la nation » incluant en particulier le changement du nom du pays en « Thaïlande », « pays de la liberté »… sous un régime despotique !

 

Une question se pose, puisque nous allons nous plonger dans la symbolique de ce monument dont la construction a commencé le 24 juin 1939, la date anniversaire du coup de force : Nous savons qu’on ne choisit ici, et encore jamais, une date sans avoir consulté les moines ou le chaman, celle du 24 juin 1932, avait-elle été choisie au hasard ? Certainement pas ? C’était un vendredi, encore un symbole ? Nous n’avons pas la réponse.

 

Le monument a été conçu par l’architecte Chitsen Aphaiyawong (จิตรเสน อภัยวงศ์) qui avait conçu en 1934 le fameux dôme de l’Université Thammasat en 1934 et les immeubles luxueux de Rachadamnoen Klang Road, notamment le très contesté « Rachadamnoen Edifice Groupe » conçu dans un style néo-classique et « art déco » abritant magasins, bureaux, restaurants, hôtel et théâtre (3). Il est le frère de Khouang Aphaiyawong (ควง อภัยวงศ์) alors un membre éminent du gouvernement de Phibun.

 

Le sculpteur italien Corrado Feroci « le père de l’art moderne thaïlandais » devenu plus tard citoyen thaïlandais sous le nom lourd de symbole de Sinalapa Phirasi  (ศิลป์ พีระศรี : art – persévérer - gloire) fut chargé des bas-reliefs qui ornent le socle des ailes avec l’assistance de l’un de ses élèves, Sithidet Sanghirand (สิทธิเดช แสงหิรัญ) (4). Mais la conception même du monument laisse à penser que nous pouvons y trouver sans trop de difficultés la griffe futuriste de Feroci ?

 

Les travaux furent confiés à une entreprise Siamo-danoise, toujours en activité et responsable de constructions prestigieuses, «  Christiani & Nielsen (Siam) Ltd » (5).

 

Ils commencèrent le 24 juin 1939 (bien sûr) et se terminèrent le 22 juin 1940 à minuit. L’inauguration eut encore lieu un 24 juin, deux jours plus tard. Le coût total fut de 250.000 baths, Feroci percevait pour sa part 900 baths par mois ce qui correspond à environ 250 mois d’un salaire de base de l’époque.

 

Les travaux irritèrent alors la population, résidents locaux et commerçants (principalement chinois) furent expulsés avec un préavis de 60 jours. Il y eut 60 expropriations et 200 arbres abattus, abattage nécessité par l'élargissement de l’avenue Rachadamnoen (construite à la fin du XIXème siècle sous le règne du roi Chulalongkorn) pour la transformer en boulevard cérémoniel… L’ombrage était important à une époque où l’on ignorait la climatisation.  Le monument fut alors ressenti non comme un hommage à la démocratie mais comme un hommage à la dictature militaire.  

 

Sa conception est pleine de symboles numérologiques et spirituels (6).

 

La pièce maîtresse, de style « art déco » est composé d'une tourelle ronde (en forme de Stupa) recouverte d’un dôme en bonze de quatre tommes coiffé par d’une coupe d'or (ou un bol à aumône ?) soutenant une image de la Constitution de 1932 sculptée sous forme de documents pliés sur feuilles de lataniers.

 

La tourelle proprement dite comporte six portes décorées avec des épées et des images de Bouddha, se référant aux six principes du Parti du peuple, la liberté, la paix, l'éducation, l'égalité, de l'économie, et l'unité. Le dôme, haut de trois mètres, symbolise à la fois le mois de juin, troisième mois du calendrier traditionnel thaïlandais, et les trois pouvoirs constitutionnels, exécutif, législatif et judiciaire. Pour accéder à la plateforme centrale, il y a dix marches, les dix vertus de base (les dix actes vertueux)  du Bouddhisme.

 

La constitution est symboliquement gardée par quatre structures en forme de fines ailes stylisées, des ailes protectrices, représentant les quatre branches des forces armées, la marine, l’armée de l'air, l’armée de terre et la police, toutes responsables du coup d’état de 1932. Elles représentent aussi les quatre éléments (terre, eau, feu et air) et comportent neuf séries de pétales de lotus, neuf …chiffre porte-bonheur.

 

Le socle circulaire sur lequel est édifié le monument a un rayon de 24 mètres et les ailes ont également 24 mètres de haut. Il y avait à l'origine soixante-quinze canons semi-enterrés la bouche vers le bas entourant le monument, le nombre 75 représentant les deux derniers chiffres de l'année de la révolution, 2475 dans la chronologie bouddhiste. Fruit du hasard ? Bien évidemment non, Le périmètre du socle est d’environ 1810 mètres (242  x π) ce qui espaçait chacun des canons d’un arc de cercle de 24 mètres encore. Les canons étaient reliés par une chaine représentant l’unité des forces armées.

 

Au niveau du sol, vers l'extérieur à partir de la base de deux des ailes se trouvent des fontaines sculptées en forme de Naga sortant du bec de Garuda  (emblème de la Thaïlande) sur chacun des piédestaux, le serpent de la protection dans la mythologie hindoue-bouddhiste, dont l'esthétique porte la marque d’une influence très occidentale pour ressembler plus à des dragons occidentaux qu’à des Nagas traditionnels.

 

Symboles spirituels ? Le monument est orienté est-ouest comme tous les temples. Les ailes se rejoignent à l’infini, faut-il y voir le symbole du Mont Méru (7) ou celui de la marche vers le Nirvana ?

 

Huit bas-reliefs, œuvre de Feroci (deux par piédestal) constituent des allégories quelque peu mussoliniennes : Cinq panneaux racontent l'histoire de la révolution du 24 juin et célèbrent le rôle des forces armées, son déroulement « au nom du peuple », mais celui-ci reste relégué en positions statique à la périphérie aux côtés de personnalités civiles passives mais reconnaissant les vertus des forces armées, simples témoins de la révolution qui se déroule alors que les militaires adoptent des positions énergiques et spectaculaires, en mouvement pour faire de leur pays une « démocratie moderne ». Les civils n’apparaissent que comme les bénéficiaires reconnaissants de l'héroïsme et de la bienveillance des forces armées.

 

Un bas-relief intitulé « soldats qui se battent pour la démocratie » montre les forces armées unies engagées dans une bataille, on ne sait contre qui, pour la « démocratie ». Un panneau intitulé « représentation du Peuple » montre un soldat protégeant le peuple pendant qu'il vaque à ses occupations. La mère avec l'enfant sur la gauche est l’une des rares représentations féminine.

 

Le panneau intitulé « Personnification de l'équilibre et de la bonne vie » symbolise l'idéologie sociale du régime militaire. Une figure allégorique au centre représentant la nation, assise dans une posture de Bouddha tenant une épée et symbolise la nation et la religion. Elle est entourée figures représentant (de gauche à droite) le sport, l'éducation, la religion et les arts. La figure du « sport » est un homme à demi-nu d'origine européenne se préparant à un lancer du poids. Celle de l’éducation représente une enseignante entourée de deux élèves, la religion est représentée par un moine et un jeune garçon et les arts par un couple d’artisans, représentation réaliste de personnes ordinaires portant les outils de leur métier et des vêtements du quotidien.

 

L'absence la plus frappante, après celle de l’élément féminin, est la monarchie, pourtant toujours aujourd’hui au centre de la vie nationale thaïlandaise et la culture politique même si le régime militaire la maintenait, au mois du bout des lèvres, dans son idéologie politique. La référence est néanmoins présente mais minimisée : les coupes d'or empilées utilisées pour transmettre les offrandes aux personnes considérées comme « sacrées », y compris le roi, l’offrande étant le document plié symbolisant la constitution.

 

Voilà bien un mélange assez hétéroclite sinon incongrus de significations, bouddhisme, nationalisme, militarisme et démocratie, mélange assez futuriste de styles allant du réalisme social à l'art déco, évoquant un sentiment de dynamisme mais surtout les différences des milieux artistiques dont sont issus les concepteurs: Aphaiyawong et Feroci, l’un tenant aux motifs décoratifs traditionnels et l’autre ayant un profil moderniste plus global. Il y a évidemment un cadre idéologique dans cette architecture, un dispositif symbolique pour légitimer le pouvoir, et une évidente incongruité dans ce qu’est devenue son utilisation actuelle depuis «  la révolution de la jeunesse » en 1972 qui s’est réapproprié le monument au travers de sa sémantique et a fait de cet endroit un emblème dans la « psychée » collective.

 

***

 

NOTES

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(1) Voir le texte très complet du Professor Koompong Noobanjong, Ph.D. «  The Democracy Monument: Ideology, Identity, and Power Manifested in Built Forms  » (อนุสาวรีย์ประชาธิปไตย: อุดมการณ์ เอกลักษณ์ และอำนาจ สื่อผ่านงานสถาปัตยกรรม) publication de « Faculty of Industrial Education, King Mongkut’s Institute of Technology, Ladkrabang »

 

(2) Voir les quatre articles que lui consacre sur son site Internet notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » :

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-01-naissance-de-l-idee-de-la-democratie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-02-contexte-de-l-epoque

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-03-la-mise-en-oeuvre-du-monument

http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-04-la-symbolique-du-monument

 

(3) Voir l’article du même Koompong Noobanjong (คุ้มพงศ์ หนูบรรจง) « The Rajadamnoen Avenue: Contesting Urban Meanings and Political Memories » (ถนนราชดำ เนิน: พื้นที่แห่งการต่อสู้และความขัดแย้งด้านความหมาย และความทรงจำ ทางการเมือง) publication de « Faculty of Industrial Education, King Mongkut’s Institute of Technology Ladkrabang , Bangkok, คณะครุศาสตร์อุตสาหกรรม สถาบันเทคโนโลยีพระจอมเกล้าเจ้าคุณทหารลาดกระบัง.

 

(4) Il est en particulier le réalisateur de la très martiale statue à Nakhon Ratchasima de l’héroïne Thao Suranari (ท้าวสุรนารี) connue sous le nom de « Lady Mo » (นางโม). Sithidet Saenghirand (1916 – 1957) était l’un de ses élèves. Cette statuette de 1 m de haut se trouve à l’Université Silipakorn : D’autres sculptures sont exposées au « Rama IX art museum ».

 

(5) «  Christiani & Nielsen (Siam) Ltd » société fondée par deux Danois Rudolh Christiani et Aage Nielsen en 1930 voir son site http://www.cn-thai.co.th/cn-homepage.htm

 

(6) Le détail des symboles numériques se trouve à peu près partout, celle des symboles spirituels est étudiée avec beaucoup de perspicacité par notre ami de Chiangmaï, il est le seul à notre connaissance à l’avoir fait : http://www.merveilleusechiang-mai.com/monument-de-la-democratie-04-la-symbolique-du-monument

 

(7) Le mont Meru est une montagne mythique (peut-être l’Everest ?) considérée comme l'axe du monde en particulier dans la mythologie bouddhique. Il est le séjour des dieux et le centre de la terre.

 

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 22:01
A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

La Thaïlande, comme tous les pays, a un calendrier spécifique pour fêter les événements religieux et politiques, les héros, les rois, qui ont marqué son Histoire. Elle attribue à certains  d‘entre eux un ou plusieurs jours fériés. Ainsi pour 2015, on trouve essentiellement les 3 jours de l’an (Trois ? Oui : Le jour de l’an international, le jour de l’an thaïlandais (Songkran), et le jour de l’an chinois), la fête du travail du 1er mai,  les fêtes religieuses bouddhistes (Makha Bucha, le 4 mars ; Visakha Bucha, le 1er juin ; Asahna Bucha, le 30 juillet),  les fêtes royales : La naissance de la dynastie Chakri, (la dynastie actuelle), le 6 avril ; le jour du couronnement du roi actuel Bhumibol Adulyadej (Rama IX), le 5 mai ; L’anniversaire de la reine actuelle, le 12 août (Et la fête des mères) ; le jour du roi Chulalongkorn (Rama V) le 12 octobre ; l’anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej, le 5 décembre, (également fête Nationale de la Thaïlande, mais aussi la fête de tous les pères thaïlandais) ....

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

et enfin, le 10 décembre, le jour de la Constitution.

 

Nous avons consacré de nombreux articles à ces événements propres à l’histoire du royaume de la Thaïlande, avec – si on peut dire - sa devise : Une religion, un roi, une Nation (Avec son idéologie la Thaïness).

 

Une nation, qui a aboli la monarchie absolue et instauré la monarchie constitutionnelle, le 10 décembre 1932 et décidé d’en faire un jour férié et de le fêter comme un événement majeur de son histoire.

 

Mais ils sont peu à avoir lu cette Constitution, et à savoir dans quel contexte, elle a été proclamée.

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

Le contexte.

 

Nous avons consacré deux articles* à « La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932 », qui voit la société traditionnelle se transformer par le développement d’une une économie monétaire, avec le rôle prépondérant tenu par les Chinois, le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires (Cf. Fistié**), et l’émergence d’une nouvelle intelligentsia.

 

En effet, « Si les occidentaux sont à l’origine du développement d’une économie monétaire au Siam, les Chinois ont tenu le rôle principal, en étant tout au long du réseau d’exportation (du riz principalement) : gestion des entrepôts de Singapour, Pénang, Hong Kong, et 62 % des maisons de commerce d’exportation étaient tenues par des Chinois à Bangkok en 1890 (contre 26 % par les Britanniques. (Cité par Skinner) ; Immigration massive (5,8 % en 1850, 9,5 % en 1910 et 12,2 % de la population en 1932) qui fournira la quasi-totalité de la main d’ouvre salariée dans  tous les secteurs. » (In 182.1)

 

Mais pourquoi les Thaïs ont-ils laissé leur « commerce » et les meilleures places dans la nouvelle économie monétaire aux Chinois ?

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.
Certes, nous avons décrit en de nombreux articles le dynamisme des Chinois, mais Fistié considère qu’il faut chercher les raisons dans « la faible densité de la population et leur force d’inertie qui les maintient dans leur vie traditionnelle de riziculteur avec le wat (temple) qui en constituait le centre, et qui leur enseignait un idéal de vie où la recherche de l’argent n’avait pas cours ». (In 182.1) Il est vrai que 90 % de la population étaient des paysans pratiquant essentiellement une économie de subsistance dans des provinces isolées, que le pouvoir à Bangkok avait du mal à contrôler. Population à l’intérieur de laquelle vivaient des paysans à la situation encore plus précaire, car sans terre. (36 % des familles dans la plaine centrale,  27% dans le Nord, 18% dans le Nord-Est en 1930). De fait, leur mode d’organisation du village, leur économie de subsistance, leurs traditions religieuses des Siamois, peuvent expliquer pourquoi les immigrants chinois ont pu s’investir dans les nouvelles activités qui dégageaient des revenus monétaires beaucoup plus conséquents que les revenus de la production du riz.
 
A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.
 
L’Etat siamois va également jouer un rôle dans le développement de l’économie monétaire, ne serait-ce par exemple que pour payer ses fonctionnaires dès la fin du XIXème siècle et pour payer les salariés (essentiellement chinois) des grands chantiers (canaux, chemin de fer, irrigations) et aussi les militaires. L’État se verra contraint aussi  de trouver des revenus, en développant une riziculture d’exportation auprès des paysans de la plaine centrale, qui virent là, une source de revenu conséquente, et un moyen de payer l’impôt.
A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

La société traditionnelle va aussi se trouver bouleversée par le développement d’une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires.

 

Nous avions vu que l’origine  de cette nouvelle classe était à trouver dans la modernisation de l’Etat siamois commencé avec le roi Mongkut, et poursuivi par le roi Chulalongkorn (1868-1910), qui avec l’aide de 300 conseillers européens, effectuera la grande réforme administrative de 1892 à 1897, et  créera  l’Education nationale en 1890 qui ouvrait le Siam à l’instruction primaire et à la formation nécessaire aux nouveaux fonctionnaires qui allaient mettre en œuvre cette formidable transformation du royaume. (Cf. Nos articles 139,147, 170, etc.)

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

On passa à une autre dimension avec son fils Rama VI (Cf. 170), qui avait reçu une éducation anglaise, et qui estimait que « Pour acquérir des mérites, il valait mieux construire une école qu’un temple ». Il donnera l’exemple en  créant en juin  1911 une nouvelle école royale des pages, en 1916 un collège royal à Bangkok, en 1917 un collège royal des pages à Chiangmai, et en 1917, la première université du pays, l’Université Chulalongkorn, destinée surtout à former les futurs hauts fonctionnaires, et le 1er octobre 1921, en rendant l’école obligatoire et gratuite dans le primaire pour les garçons et les filles, de 7 à 12 ans. En 1920, Fistié estimera que les fonctionnaires étaient  environ  80.000, dont la moitié étaient du cadre permanent (sâman), auxquels il faut ajouter les cadres de l’armée et de la marine et de la petite force aérienne. (En 1934, l’armée siamoise avait 1993 officiers (pour 24.486 sous-officiers et hommes de troupe), et 98 officiers dans l’aviation (sur 2.486), en précisant qu’en 1933, l’armée avait subi plusieurs compressions de personnel.). Bref, le total de cette nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires ne dépassait pas donc pas les 90.000 personnes en comptant largement et pourtant elle allait jouer un rôle décisif.

 

Une nouvelle classe qui prit conscience d’elle-même et qui au fur et à mesure estima qu’elle n’avait pas la reconnaissance et la place qui convenait au sein du royaume, du fait que la monarchie absolue réservait toutes les places à la famille royale.

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

Leur mécontentement, allait se nourrir aux nouvelles idées « démocratiques », aux nouveaux courants politiques et sociaux venus d’ailleurs (La révolution russe et chinoise par exemple, ou les étudiants Siamois en France, qui vont créer en février 1927, le Khana Ratsadon, (คณะราษฎร) qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932), alimentés par un courant intellectuel moderne, basé sur l’esprit d’examen et sur la responsabilité individuelle, désirant plus d’égalité et s’affranchir du statut quo et de la hiérarchie installée, et aspirant à plus de démocratie. Cette nouvelle « intelligentsia » était différente des aristocrates, des officiers militaires et des juristes et était composée de journalistes, d’écrivains, de critiques littéraires et de moines éclairés ou d’intellectuels laïcs. Les rois eux-mêmes s’interrogeaient.

 

Mais de là, à imaginer qu’un petit groupe composé de civils et d’officiers allaient pouvoir le 24 juin 1932, avec quelques tanks et camions militaires entourer le palais royal et les ministères à Bangkok, et mettre fin en quelques heures à 150 ans de monarchie absolue au nom du « Parti du Peuple », et pourtant ce fut le cas.

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

« Le coup d’Etat du 24 juin 1932 ».

 

Ils étaient en effet peu nombreux alors à penser à un renversement de régime et encore moins à savoir qu’un coup d’Etat aurait lieu le 24 juin 1932, qui allait mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une monarchie constitutionnelle, au milieu des habitants de Bangkok complètement passifs. (Nous vous avons présenté deux articles sur ce jour mémorable ***).

 

Le 27 juin, le roi appose sa signature en bas d’une constitution provisoire présentée par une délégation du Parti du peuple conduite par Pridi, dans laquelle l’article 1er déclare que « Le pouvoir suprême du pays appartient au peuple » et que le roi est « la plus haute personnalité du pays » (article 3) ; mais l’article 7  indique les limites de son pouvoir, à savoir : « Pour être légale, toute action du monarque doit  être approuvée et dûment signé par l’un ou l’autre membre du Comité du Parti du Peuple avec le consentement du Comité tout entier ».

 

La constitution provisoire du 27 juin 1932  fut appliquée jusqu’à l’adoption de la constitution définitive le 10 décembre 1932.

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

(Cf. « 189. Notre lecture de la Constitution  provisoire du 27 juin 1932. » et 189.1 et 189.2 pour « La constitution du 10 décembre 1932. »)****

 

La seule lecture des deux premiers articles indiquait bien que nous étions désormais dans une monarchie constitutionnelle :

 

Article 1er : Le royaume du Siam est un et indivisible. Tous les Siamois, sans distinction de race ou de religion, ont un droit égal à la protection de cette constitution.

Article 2 : Le pouvoir souverain émane de la nation siamoise. Le Roi, qui est le chef de la nation, exerce le pouvoir conformément aux dispositions de la présente constitution.

 

A 203. LE 10 DECEMBRE, UN JOUR FÉRIÉ POUR « LE JOUR DE LA CONSTITUTION » EN THAÏLANDE.

Mais depuis, il y en a eu  de nombreuses, si bien que dès le début de notre blog, nous nous étions demandés si cela n’était pas devenue « Une tradition thaïe : chartes et coups d’Etat ? »*****

 

On remarquait alors que lors du 60ème anniversaire de l'intronisation du roi Bhumibol en 2006, celui-ci avait déjà vu  21 Premiers ministres, 15 Constitutions (ou 18 chartes selon d’autres sources) et 18 coups d'Etat. Et depuis,  la « tradition » a perduré avec d’autres coups d’Etats et constitutions … et avec le dernier coup d’Etat du 22 mai 2014 et le projet d’une nouvelle … constitution.

 

Alors si ce 10 décembre 2015, est bien un jour férié, il n’est pas sûr qu’il  soit « Le jour de la Constitution ».

 

0Certes, nous avons décrit en de nombreux articles le dynamisme des Chinois, mais Fistié considère qu’il faut chercher les raisons dans « la faible densité de la population et leur force d’inertie qui les maintient dans leur vie traditionnelle de riziculteur avec le wat (temple) qui en constituait le centre, et qui leur enseignait un idéal de vie où la recherche de l’argent n’avait pas cours ». (In 182.1) Il est vrai que 90 % de la population étaient des paysans pratiquant essentiellement une économie de subsistance dans des provinces isolées, que le pouvoir à Bangkok avait du mal à contrôler. Population à l’intérieur de laquelle vivaient des paysans à la situation encore plus précaire, car sans terre. (36 % des familles dans la plaine centrale,  27% dans le Nord, 18% dans le Nord-Est en 1930). De fait, leur mode d’organisation du village, leur économie de subsistance, leurs traditions religieuses des Siamois, peuvent expliquer pourquoi les immigrants chinois ont pu s’investir dans les nouvelles activités qui dégageaient des revenus monétaires beaucoup plus conséquents que les revenus de la production du riz.

 

L’Etat siamois va également jouer un rôle dans le développement de l’économie monétaire, ne serait-ce par exemple que pour payer ses fonctionnaires dès la fin du XIXème siècle et pour payer les salariés (essentiellement chinois) des grands chantiers (canaux, chemin de fer, irrigations) et aussi les militaires. L’État se verra contraint aussi  de trouver des revenus, en développant une riziculture d’exportation auprès des paysans de la plaine centrale, qui virent là, une source de revenu conséquente, et un moyen de payer l’impôt.

 

La société traditionnelle va aussi se trouver bouleversée par le développement d’une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires.

 

Nous avions vu que l’origine  de cette nouvelle classe était à trouver dans la modernisation de l’Etat siamois commencé avec le roi Mongkut, et poursuivi par le roi Chulalongkorn (1868-1910), qui avec l’aide de 300 conseillers européens, effectuera la grande réforme administrative de 1892 à 1897, et  créera  l’Education nationale en 1890 qui ouvrait le Siam à l’instruction primaire et à la formation nécessaire aux nouveaux fonctionnaires qui allaient mettre en œuvre cette formidable transformation du royaume. (Cf. Nos articles 139,147, 170, etc.)

 

On passa à une autre dimension avec son fils Rama VI (Cf. 170), qui avait reçu une éducation anglaise, et qui estimait que « Pour acquérir des mérites, il valait mieux construire une école qu’un temple ». Il donnera l’exemple en  créant en juin  1911 une nouvelle école royale des pages, en 1916 un collège royal à Bangkok, en 1917 un collège royal des pages à Chiangmai, et en 1917, la première université du pays, l’Université Chulalongkorn, destinée surtout à former les futurs hauts fonctionnaires, et le 1er octobre 1921, en rendant l’école obligatoire et gratuite dans le primaire pour les garçons et les filles, de 7 à 12 ans. En 1920, Fistié estimera que les fonctionnaires étaient  environ  80.000, dont la moitié étaient du cadre permanent (sâman), auxquels il faut ajouter les cadres de l’armée et de la marine et de la petite force aérienne. (En 1934, l’armée siamoise avait 1993 officiers (pour 24.486 sous-officiers et hommes de troupe), et 98 officiers dans l’aviation (sur 2.486), en précisant qu’en 1933, l’armée avait subi plusieurs compressions de personnel.). Bref, le total de cette nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires ne dépassait pas donc pas les 90.000 personnes en comptant largement et pourtant elle allait jouer un rôle décisif.

 

Une nouvelle classe qui prit conscience d’elle-même et qui au fur et à mesure estima qu’elle n’avait pas la reconnaissance et la place qui convenait au sein du royaume, du fait que la monarchie absolue réservait toutes les places à la famille royale.

 

Leur mécontentement, allait se nourrir aux nouvelles idées « démocratiques », aux nouveaux courants politiques et sociaux venus d’ailleurs (La révolution russe et chinoise par exemple, ou les étudiants Siamois en France, qui vont créer en février 1927, le Khana Ratsadon, (คณะราษฎร) qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932), alimentés par un courant intellectuel moderne, basé sur l’esprit d’examen et sur la responsabilité individuelle, désirant plus d’égalité et s’affranchir du statut quo et de la hiérarchie installée, et aspirant à plus de démocratie. Cette nouvelle « intelligentsia » était différente des aristocrates, des officiers militaires et des juristes et était composée de journalistes, d’écrivains, de critiques littéraires et de moines éclairés ou d’intellectuels laïcs. Les rois eux-mêmes s’interrogeaient.

Mais de là, à imaginer qu’un petit groupe composé de civils et d’officiers allaient pouvoir le 24 juin 1932, avec quelques tanks et camions militaires entourer le palais royal et les ministères à Bangkok, et mettre fin en quelques heures à 150 ans de monarchie absolue au nom du « Parti du Peuple », et pourtant ce fut le cas.

 

« Le coup d’Etat du 24 juin 1932 ».

 

Ils étaient en effet peu nombreux alors à penser à un renversement de régime et encore moins à savoir qu’un coup d’Etat aurait lieu le 24 juin 1932, qui allait mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une monarchie constitutionnelle, au milieu des habitants de Bangkok complètement passifs. (Nous vous avons présenté deux articles sur ce jour mémorable ***).

 

Le 27 juin, le roi appose sa signature en bas d’une constitution provisoire présentée par une délégation du Parti du peuple conduite par Pridi, dans laquelle l’article 1er déclare que « Le pouvoir suprême du pays appartient au peuple » et que le roi est « la plus haute personnalité du pays » (article 3) ; mais l’article 7  indique les limites de son pouvoir, à savoir : « Pour être légale, toute action du monarque doit  être approuvée et dûment signé par l’un ou l’autre membre du Comité du Parti du Peuple avec le consentement du Comité tout entier ».

 

La constitution provisoire du 27 juin 1932  fut appliquée jusqu’à l’adoption de la constitution définitive le 10 décembre 1932.

 

(Cf. « 189. Notre lecture de la Constitution  provisoire du 27 juin 1932. » et 189.1 et 189.2 pour « La constitution du 10 décembre 1932. »)****

 

La seule lecture des deux premiers articles indiquait bien que nous étions désormais dans une monarchie constitutionnelle :

Article 1er : Le royaume du Siam est un et indivisible. Tous les Siamois, sans distinction de race ou de religion, ont un droit égal à la protection de cette constitution.

Article 2 : Le pouvoir souverain émane de la nation siamoise. Le Roi, qui est le chef de la nation, exerce le pouvoir conformément aux dispositions de la présente constitution.

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Mais depuis, il y en a eu  de nombreuses, si bien que dès le début de notre blog, nous nous étions demandés si cela n’était pas devenue « Une tradition thaïe : chartes et coups d’Etat ? »*****

 

On remarquait alors que lors du 60ème anniversaire de l'intronisation du roi Bhumibol en 2006, celui-ci avait déjà vu  21 Premiers ministres, 15 Constitutions (ou 18 chartes selon d’autres sources) et 18 coups d'Etat. Et depuis,  la « tradition » a perduré avec d’autres coups d’Etats et constitutions … et avec le dernier coup d’Etat du 22 mai 2014 et le projet d’une nouvelle … constitution.

 

Alors si ce 10 décembre 2015, est bien un jour férié, il n’est pas sûr qu’il  soit « Le jour de la Constitution ».

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*Le contexte.

182.1 et 182.2 : La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

 

**Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

***187. Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

188. Un autre récit du coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/188-un-autre-recit-du-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

****La constitution du 10 décembre 1932.

Articles 189.1 et 189.2 http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-2-la-constitution-du-10-decembre-1932-suite-et-fin.html

 

*****A.5 : Une tradition thaïe : chartes et coups d’Etat ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

 

 

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 22:55
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

 

Chaque civilisation, chaque société, a sa façon d’appréhender le temps ; le temps des mythes et du sacré,  le temps religieux, le temps historique et politique, le temps de la ville et du village, le temps des familles … dans lesquels chaque individu vit son temps propre, son temps au quotidien.

 

Chaque expatrié occidental peut en faire l’expérience en Thaïlande devant certains usages qui nous laissent parfois perplexes et déconcertés.

 

De l’usage de  deux systèmes horaires.

 

Ainsi, si la Thaïlande a adopté l’heure calculée à partir du UTC/GMT (UTC « temps universel coordonné » et GMT « Greenwich Mean Time »), soit l’heure UTC/GMT+7h, et l’utilise de façon officielle pour les horaires des moyens de communication, travail, commerce, etc ; la majorité des Thaïlandais n’emploie pas ce système horaire dans leur vie quotidienne.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Nous vous avions présenté ce système traditionnel reposant avant tout sur des constatations d’expérience* :

 

 « La latitude de la Thaïlande la situe entre tropique nord et équateur, la durée de la journée entre lever et coucher du soleil y est donc d’une remarquable constance, de 6 heures du matin (lever du soleil) à 6 heures du soir (son coucher) avec des décalages dans l’année, bien sûr, mais que représente ce décalage d’une heure sur une journée de travail aux champs ? (…) Ce sont ces constatations qui ont conduit les anciens siamois à :

• prendre pour point de départ de la journée l’heure du lever du soleil (environ 6 heures), et à créer une première fraction de temps entre le lever du soleil  et le milieu de la journée quand le soleil est au plus haut et culmine,

• à créer une nouvelle fraction de temps entre le milieu de la journée (midi) et le coucher du soleil (environ 18 h).

• De 18 heures à 6 heures (du matin), la période est elle-même divisée en deux sous périodes : 18 heures – milieu de la nuit puis milieu de la nuit – lever du soleil.

 

Quatre périodes de 6 heures donc reposant sur des phénomènes astronomiques visibles à l’œil nu. C’est tout simplement vivre avec la lumière. (…)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

La journée traditionnelle est donc divisée en quatre périodes de six heures, qui correspondent aux phases de la rotation de notre planète, chaque plage horaire a un nom spécifique (…) Le matin, c’est tchaô. On aura donc hôk mông tchaô  six heures du matin (nung) mông tchaô  sept heures du matin, (le หนึ่ง nung est  le plus souvent omis). C'est le début de la journée.... Nous allons avoir un premier décalage déconcertant, puisque les heures sont décomptées à partir de 6 heures ! song  mông tchaô huit heures du matin ,« 2 heures du matin» ; sam mông tchaô  neuf heures du matin ,« 3  heures du matin »;sii mông tchaô  dix heures du matin, « 4  heures du matin »; ha mông tchaô onze heures du matin , « 5 heures du matin »; thiang wan  midi ; klangwan le milieu du jour,  ou simplement thiang midi.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Pour les heures de l'après midi, deux mots sont utilisés, bàï l'après midi, et yén la soirée, ou la fin de l'après midi,  (yén c'est également froid, frais, ce sont les heures de la fraîcheur en fin de journée) nous aurons alors sans décalage : baï mông une heure de l'après midi; baï song mông deux heures de l'après midi; baï sam mông  trois heures de l'après midi; baï si mông  quatre heures de l'après midi ou encore si mông yén; ha mông yén  cinq heures de l'après midi; hôk mông yén ou encore หก ทุ่ม hôk thoum six heures de l'après midi (du soir) Venons en à la soirée, de dix neuf heures à minuit : les heures deviennent thoum  et nous aurons cette fois-ci un nouveau décalage : thoum  nung  sept heures du soir  ou plus volontiers nung thoumsong thoum  huit heures du soir; sam thoum neuf heures du soir; si thoum dix heures du soir; ha  thoum onze heures du soir. 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Et nous revoilà à minuit. khun : La nuit va de minuit thiangkhun à 6 heures du matin.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Ensuite, les heures, s'appellent, de minuit à l'aube, ti dont vous notez l'emplacement avant le chiffre. (Pas de décalage entre 1 heure et six heures du matin !) ti nung  une heure du matin ti song deux heures du matinti sam trois heures du matin ti si quatre heures du matin ; ti ha  cinq heures du matin. Les deux termes (thôum et ti) proviennent du son des cloches du temple, utilisées pour sonner les heures dans les temples, un peu le ding din dong du clocher de nos églises ou du beffroi de nos mairies que donnait l’heure à nos anciens qui n’avaient ni montre ni horloge et n’en avaient nul besoin.»  (Cf. * Notre article A33, qui explicite davantage cet horaire traditionnel )

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

La majorité des Thaïlandais emploie donc ce système horaire traditionnel, mais tous vivent aussi selon deux calendriers annuels. Ils utilisent – pour faire court - le calendrier grégorien adopté en 1592, un calendrier solaire, calculé selon la date supposée de la naissance du christ qui s’est étendu à l'ensemble du monde au début du XXème siècle et le calendrier bouddhiste,  un calendrier luni-solaire basé sur le traité d'astronomie Surya Siddhanta  du IIIème siècle, et partant de la date supposée de la mort de Bouddha en - 543 avant J-C, ou plutôt de son entrée dans le nirvana.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Visakha Bucha (juin), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Asahara Bucha (juillet),  

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Le temps et la journée dans les champs

 

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

 

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

 

 

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

 

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

 

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

 

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), le Visakha Bucha (juin), le Asahara Bucha (juillet),  le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

 

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

 

Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

 

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

 

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

 

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

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NOTES

  *http://www.alainbernardenthailande.com/article-a33-le-système-horaire-traditionnel-thaï-77533386.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Constitution day : http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

Le temps et la journée dans les champs

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 

L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

 

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

 

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), le Visakha Bucha (juin), le Asahara Bucha (juillet),  le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

 

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

 

Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

 

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

 

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

 

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

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NOTES

  *http://www.alainbernardenthailande.com/article-a33-le-système-horaire-traditionnel-thaï-77533386.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Constitution day : http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

Le temps et la journée dans les champs

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 22:07
A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Depuis des millénaires, l'homme a utilisé la fermentation alcoolique (transformation du sucre en méthanol – poison - puis en éthanol – alcool primaire  : vin et bières) sans toutefois en connaître les processus chimiques. La distillation ultérieure de l’alcool primaire est également vieille comme le monde mais le secret de l’alambic nous a probablement été transmis par les Arabes. Si Monseigneur Pallegoix nous apprend que la boisson principale des Thaïs était l’eau pure et le thé, il nous apprend aussi que beaucoup d’entre eux abusaient de cette boisson « pernicieuse » appelée par lui arak (mais le mot ne se trouve pas dans son dictionnaire), de l’eau de vie de riz et ceux qui s’y adonnent courent à la ruine ajoute-t-il, citant Ovide (Quo plus sont potae, plus sitiuntur aquae - plus on boit plus on a soif - Les Fastes, livre I, 215).

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Il nous donne la recette, c’est un distillat de riz gluant cuit à la vapeur comme aujourd’hui et enveloppé dans des feuilles de bananier saupoudré de ferment à base de gingembre. Au bout de vingt-quatre heures, ces petits gâteaux suintent une liqueur sucrée dont une première distillation produit l’arak au goût empyreumathique (saveur et odeur âcre nous dit Larousse) à faible degré (9 ou 10°). Selon La Loubère, la « première liqueur » est une bière que les Siamois ne boivent pas et n’utilisent que pour la distiller ou en faire du vinaigre.

 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Une nouvelle distillation produit « une très bonne eau de vie » que les Chinois améliorent en distillant avec des graines d’anis étoilé (badiane) ce que justifierait le nom d’arak , et les Siamois frelatent parfois à la chaux, nous apprend La Loubère ?

 

Une autre production, purement artisanale, mélange de distillation et de macération est spécifique à l’amphoe de  Renunakhon (เรณุนคน), dans la province de Nakhonphanom, sur les rives du Mékong à une quarantaine de kilomètres au sud, le lao-ou (เหล้าอุ) ou laho-haï (เหล้าอุไห) ce qui signifie tout simplement « alcool en pot », « amélioré » de bétel, de sucre, d’ail, de tabac, de noix de coco, de (เหล้าอุ), de galanga (กราชายดำ krachaïdam), ce qui lui procurerait des vertus aphrodisiaques et médicinales (1). 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

C’est ce que les Thaïs appellent le เห้ลาข้าว (laokhao – alcool de riz) que vous trouvez partout, celui du commerce  officiel à 35° ou le « vrai » de distillation plus ou moins clandestine, de l’alcool « pour homme » dont une seule rasade suffit à envoyer dans les vignes dionysiaques les plus intrépides buveurs. Toujours d’après notre évêque, les principaux établissements méritant le nom de « fabriques » sont « les sucreries et les distilleries d’arak… ». On peut penser que ces établissements artisanaux étaient nombreux ? Mais il ne semble pas que ces bouilleurs de cru aient alors distillé le sucre de canne dont pourtant le pays est énorme producteur. Ils travaillent dans des échoppes sommaires (โรงกลั่นสุรา ou โรงต้มกลั่น) ignorant probablement tous des dangers de la distillation, le passage du méthanol initial qui rend aveugle à l’éthanol, alcool primaire générateur tout au plus de cirrhose, ce qui explique probablement les dégâts constatés par Monseigneur Pallegoix ? 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Pour La Loubère « Comme dans les pays chaud, la dissipation continuelle des esprits fait que l’on désire ce qui en donne, on y aime passionnément les eaux de vie, & les plus fortes plus que les autres ».

 

Jusque dans les deux premières décennies du XXème siècle, la construction de distilleries industrielles fut paralysée à la fois par les traités inégaux et la voracité de la « Société Française des distilleries de l'Indochine (SFDIC filiale du groupe Worm) », principal fournisseur du monopole des alcools en Indochine française, qui tentait d'étendre ses tentacules. Cela conduisit à des conflits permanents avec le gouvernement siamois, les importateurs et les grossistes de boissons alcoolisées étrangères. Sous la pression diplomatique des Français, le gouvernement dû concéder de nombreux privilèges à la SFDIC. Ce fut tout autant que la question des frontières, celle des privilèges d’extra territorialité et des privilèges douaniers l’une des multiples raisons pour lesquelles la Thaïlande fit des efforts incessants pour se débarrasser de ce statut semi-colonial à l’égard de la France en particulier.

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

1941, c’est à la fois l’année de la victoire diplomatique sur la France à la suite de laquelle la Thaïlande de Phibun récupère les territoires laos et cambodgiens de la rive droite du Mékong cédés en vertu du traité de 1893, et celle de l’invention du (แม่ โขง) « Mékong ». Il est né de l’imagination débordante d’un brasseur américain vivant sur les rives du fleuve, James Honzatko qui le baptise du vocable de whisky et le produit alors à grande échelle dans sa « Brasserie du Mékong ». 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Á sa mort, le secret de fabrication passe à un ami proche, Peter Sawer qui a repris la brasserie. Lancé en 1941, il est rapidement devenu la marque la plus populaire en Thaïlande, grâce au nom que l’américain s’est plu à lui donner rappelant le conflit frontalier avec les Français sur la frontière avec le Laos le long du Mékong. Du whisky, il n’en a toutefois que la couleur. La distillation s’effectue avec 95% de canne à sucre (mélasse) et 5% de riz. Le distillat est ensuite mélangé avec une recette secrète d'herbes et d'épices locales qui lui donnent son arôme caractéristique et son goût, il ne pèse que 35°. La recette sera transmise ensuite transmise à la Bangyikhan Distillery, la plus ancienne distillerie industrielle de Thaïlande, fondée en 1927, qui diffuse toutes espèces d’alcools qualifiés de rhums, de brandies ou de whiskies (hong tong, samsong…) et de bières (Chang, Archa, Federbraü). 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Rachetée par le distillateur de rhum, Sangsom (แสง โสม), autour de 2010, la production a cessé un temps mais la production a repris avec une nouvelle étiquette en anglais. Il reste « the spirit of Thailand » - l’esprit de la Thaïlande – quatre mots peut-être plein de sous-entendus.

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Mais ses origines très francophobes sont maintenant bien oubliées. Si un Thaï vous sait français et vous propose le cocktail de bienvenue, le fameux « Sabaï-sabaï », il n’y aura très certainement aucune arrière-pensée de sa part, soyez en certain. 

A199 - « MÉKONG », LE WHISKY DE LA VICTOIRE, VOUS CONNAISSEZ ?

Consommez-le avec modération en écoutant la chanson « Mekong » du groupe Fizzy Fuzzy Big & Buzzy : Dans un bar de Bangkok, le chanteur récemment arrivé de Taipei commande Mekong sur Mekong pour lui et un nouvel ami dont il ne peut retenir le nom et, pour la plus grande joie du serveur, lui laisse toujours la monnaie sur ces multiples tournées.

(1) Voir notre article « Notre Isan 28 : Un aphrodisiaque pour femmes de Thaïlande »  

 

Les sites contant l’histoire de cette boisson sont toutefois assez discrets sur l’origine de son nom de baptême :

http://www.flickr.com/photos/m0les/124639177/

https://en.wikipedia.org/wiki/Mekhong_(spirit)

http://www.interbevgroup.com/brands-spirits-mekhong.php

http://www.mekhong.com/en/home.html

http://www.thaibev.com/

 

 

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 22:01
A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

 

Mais les « Siamois » n’ont jamais appelé leur pays « le Siam » !

 

Nous avons dans nos derniers articles consacrés au gouvernement de Pibun et aux traités conclus dans l’immédiat après-guerre constaté que le pays avait abandonné le nom de « Thaïlande » considéré comme trop irrédentiste au profit de celui de « Siam », à l’instigation probable des Français et des Anglais et aussi à l’initiative de Pridi qui n‘était probablement pas dupe, alors pourtant que les « Siamois » n’ont jamais appelé leur pays « le Siam » !

 

Il ne le fut officiellement, mais jamais au quotidien, que de 1851 à 1868 sous le règne du roi Mongkut qui signait « rex siamensium » ou « rex siamensis »  ; 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Il devient officiellement « Thaïlande » - ประเทศไทย - le 23 juin 1939, redevient le Siam de 1946 jusqu’au 11 mai 1949 et Thaïlande depuis lors. Les preuves en sont surabondantes bien qu’à chaque session de l’Assemble nationale (quand il y en a une…) il se trouve quelques députés pour demander à cor et à cri mais sans le moindre succès à cette heure, de rebaptiser leur pays « Siam » considérant à la suite de l’historien Charnvit Kasetsiri (ชาญวิทย์ เกษตรศิริ) que « Siam » était « ethniquement plus inclusif  que Thaïlande » (« more ethnically inclusive »). Ce dernier avait d’ailleurs créé une « pétition en ligne » qui n’a eu aucun succès (1).

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

La Loubère, l’incontournable La Loubère, en 1690, nous dit « le nom de Siam est inconnu aux Siamois. C’est un des mots dont les Portugais des Indes se servent et dont on a de la peine à découvrir l’origine. Ils l’emploient comme le nom de la nation et non comme le nom du royaume ; et les noms de pegu, de lao, de mogol et la plupart des noms que nous donnons aux royaumes indiens sont aussi des noms nationaux… Les siamois se  sont donnés le nom de Thaï, c’est-à-dire libres, selon ce que ce mot signifie aujourd’hui en leur langue : et ainsi, ils se flattent de porter le nom de francs que prirent nos ancêtres quand ils voulurent délivrer les Gaules de la domination romaineEt ceux qui savent la langue du Pegu assurent que siam en cette langue veut dire libre. C’est peut-être de là que les Portugais ont tiré ce mot ayant connu les Siamois par les Pegüans… Meüantay est donc le nom Siamois du royaume de Siam … » (2).

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Le père Tachard qui écrit en 1686 attribue également aux Portugais l’origine du mot « Siam » sans se pencher sur son origine.  

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

L’ « Encyclopédie » (tome XXXI « Si-Subu », édition de 1781) citant Kaempfer dont la première édition allemande est de 1727 et la première traduction française de 1729 est moins précise et ne nous éclaire guère mais nous dit encore « ce royaume est appelé par ceux du pays Muan Thai c’est-à-dire la terre de Thai ».

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …
Le tome LII publié en 1783 de l’énorme « histoire universelle » de Pfalmanazar (qui en compte 126) citant encore Kaempfer, nous indique que le mot « Siam » vient des Portugais qui l’ont pris des Péguans et qui voudrait dire « libre » dans la langue des  Péguans, en fait « la traduction de Tay, le véritable nom des habitants : de là vient que le pays est appelé Mouang ou Muang Tay, « le royaume des francs ».
A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

La grammaire du capitaine James Low « A Grammar of the Thai or siamese language »  publiée en 1828 à Calcutta parle aussi de « muang thai » et non de « Siam » (3).

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Dans le tome IV du « NOUVEAU JOURNAL ASIATIQUE ou RECUEIL DE MÉMOIRES, D'EXTRAITS ET DE NOTICES RELATIFS A L’HISTOIRE, A LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX » (4) nous lisons encore sous la plume d’Eugène Burnouf commentant la grammaire de Low : « On ignore l'origine du mot Thai que Laloubère traduit par libre ou liberté. Cette étymologie paraît peu d'accord avec ce que nous connaissons du gouvernement despotique des Thai ; aussi M. Low pense-t-il que, par liberté, les Siamois ont sans doute voulu entendre leur séparation d'avec la nation qui habite le Laos… Quoi qu'il en soit, lesThai ne reconnaissent pas le nom de Siam ou Sîm que les Européens donnent à leur pays; ils s'appellent en général Thai …. M. Low n'a pas cru devoir rechercher l'origine de ce nom de Siam, que l'on trouve dans les plus anciennes relations de voyages comme dans les plus modernes, et qui a presque complètement effacé pour les Européens la dénomination nationale. Sans doute il a cru avec Leyden que le nom de Siam avait été emprunté par les Portugais aux Barmans (Birmans) qui nomment les Thai, Syan, et plus exactement Cham ».

 

Nous reviendrons évidemment plus bas sur cette lourde équivoque justement soulignée par ce grand érudit … Comment dans un pays dont l’immense majorité de la population est esclave (jusqu’en 1909 tout au moins) peut- on parler de « pays des hommes libres » ?

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Dans sa grammaire (« Grammatica linguae thai ») publiée en 1850, Monseigneur Pallegoix nous dit, sans nous donner de précisions sur l’origine du mot « Siam » ou « Syam », qu’il a été abandonné au profit du mot « Thai » c’est-à-dire libre, lorsque le pays s’est affranchi du joug des Cambodgiens sous le règne du roi Phra Ruang en l’an 1.000 de l’ère bouddhiste (1543). 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Quatre ans plus tard, en 1854 dans sa description du Siam, il écrit « Le pays que les européens nomment Siam s’appelle Muang Thaï c’est-à-dire le « royaume des libres ; son ancien nom était Sajam (race brune) d’où vient le nom de Siam… ».

 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …
 

 

Dans son dictionnaire de 1854, il écrit au mot เสยม Siam « Siam, les Siamois, mot hors d’usage ». Dans la version de 1896, au mot สยาม (orthographe actuelle) Sayam, il traduit « Brun, les Siamois ou Thaï ».

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

John Bowring en 1857 nous confirme que le royaume est « the free kingdom ».

 

 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Jusqu’à il y a un siècle, le grand explorateur Claudius Madrolle, le premier à avoir écrit un « guide touristique » à l’usage des voyageurs en 1902 nous affirme « Les Siamois et les Laotiens refoulèrent vers l’est leurs envahisseurs khmers et entre 407 et 456 de notre ère, les Annales siamoises relatent cet affranchissement des Sajarna qui se proclament Thaï – hommes libres – nom que se donnent encore ceux que les européens appellent Siamois ».

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Nous retrouvons encore notre « Muang Thaï » dans le premier dictionnaire français-siamois de Lunet de la Jonquières publié en 1904.

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

C’est la même explication que nous donne le « Bangkok-Siam Directory » de 1914.

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Et si nous en tenons enfin aux « Chroniques royales d’Ayuthaya » collationnées par Cushman et traduites par Wyatt, que nous avons longuement et précédemment analysées, chroniques qui sont la recension de textes de 1680, 1779, 1795, 1807 et 1855, nous n’y avons pas trouvé une seule fois écrit le mot « Siam ».

 

 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Les « Siamois » appelaient donc leur pays « muang thaï », comment le traduire ?

 

« Thaï » est tout d’abord un adjectif, et non un nom, qui signifie « libre ». Le « Muang » (เมือง) c’est « un royaume, une ville, une région, une province, une région » (Dictionnaire de Mgr Pallegoix) et « Prathét » (ประเทศ), le mot qui sera utilisé à partir de 1939, « une nation, un lieu, une région, un endroit » (Dictionnaire de Mgr Pallegoix). Le Dictionnaire de l’Académie royale (édition 2002) donne les deux mots comme synonymes : เมือง = ประเทศ et ประเทศ = เมือง.  C’est d’ailleurs la même et aussi peu éclairante définition que nous trouvons dans le premier dictionnaire « siamese-siamese » de Bradley publié en 1873 เมือง = ประเทศ et ประเทศ = เมือง.

 

 

 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Dans ce contexte, « Muang thai » c’est tout simplement le « pays libre » (référence explicite dans le Dictionnaire de Mgr Pallegoix et dans celui de Lunet de la Jonquières) et non pas évidemment le pays des « hommes libres » pour répondre à l’apparente équivoque soulevée par Burnouf, un « homme libre » c’est « khon thai » คนไทย, l’adjectif suivant le nom comme le veut la grammaire thaïe. Il peut y avoir des esclaves dans un pays libre !

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Notons enfin que le royaume d’Ayuthaya qui domina le pays quatre siècles, depuis Uthong alias Ramathibodi en 1351 jusqu’à sa chute en 1767 porte un nom significatif, « Ayuta » en sanscrit signifie aussi « libre » et « Ayuddha » signifie « Invincible ». Quelle est la bonne origine (5) ?

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Il semble donc clair que pour les thaïs, le pays était « le pays libre » et non le « Siam », mot de pure importation et d’étymologie fuligineuse comme nous allons le voir mais utilisé avec le monde extérieur via les Portugais et repris par les Thaïs par ces mimétismes dont ils sont coutumiers.

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …
Une lourde équivoque va surgir – évidemment – lorsque Pibun fera adopter le nouveau nom de « ประเทศไทย » dans lequel le mot « thaï » conserve peut-être son sens de « libre » mais prend aussi une connotation raciale puisque – homonymie – même orthographe, même prononciation, « thaï » c’est aussi une ethnie, orthographiée ไท par Monseigneur Pallegoix dans la première édition de son dictionnaire en 1854 (« siameses ») mais ไทย dans l’édition de 1896 revue par Monseigneur Vey. 

 

Connotation ethnique assurément, dans le sens de la politique de « thaïfication » de Pibun mais encore faudrait-il savoir de quels « thaïs » il s’agit, puisque, quelle que soit l’orthographe utilisée (Tay, thay, taï, thay) nous savons qu’il y a un « certain nombre » d’ethnies thaïes d’origines différentes, les Thaïs, population majoritaire de Thaïlande bien sûr mais aussi les Thaïs-Laos du Laos, les Thaïs-Isan du nord-est, les Thaïs du Nord, (Lanna-Thaïs), Les Thaïs-Yuan (Vietnamiens), Les Sino-Thaïs, de Thaïlande, les Shan ou Thaïs-Yai de Birmanie, les Thaïs- Lue du Laos et de Chine, les Thaïs-dam ou « Thaïs-noirs » du Laos et du Viêt Nam, les Thaïs-daeng ou Thaïs Rouges, les Thaïs-krao ou Thaïs-Blancs, les Phu-Thaïs, les Sino-Thaïs. Nous en oublions. 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Mais ne jouons pas – trop – sur les mots. Tout en faisant de son pays « prathét thaï », Pibun l’a également doté d’une hymne national (dont semble-t-il et singulièrement, nul n’a jamais songé songer à solliciter une modification), celui que nous entendons quotidiennement à 8 heures et 18 heures, dont les paroles sont significatives : Le premier vers, nous nous en contenterons, semble tout de même très « Thaïland über alles » : Prathet thai ruam luea nueat chatchuea thai ประเทศไทยรวมเลือเนื้อดชาติเชื้อไทย, comment le traduire autrement que par Le pays thaï, c’est l’union du sang et de la chair des hommes de race thaïe. Le Thaï ne distinguant pas directement le singulier du pluriel, nous aurions tout aussi bien traduire sans barbarisme « …des hommes de races thaïes … ». 

 

On trouve partout une traduction édulcorée et « politiquement correcte » qui ne parle ni de race ni d’ailleurs d’hommes libres, que ce soit en français ou en anglais, thailand is founded on the blood and flesh thai people share – La Thaïlande est fondée sur le sang et la chair que le peuple thaï a en commun… mais une autre traduction, thais poeoples et peuples thaïs serait tout aussi plausible… tout comme celle de frees peoples et hommes libres. Cette ambiguïté n’a probablement pas échappé à Pibun lorsqu’il a choisi l’hymne, parole et musique, sur concours.

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

On peut aussi trouver une explication complémentaire et non contradictoire à la décision de Pibun de changer le nom de son pays : Il vient en 1939 de sortir à peine et à grand peine d’un régime de colonisation larvée issue des traités inégaux accordant aux étrangers et surtout à leurs protégés des privilèges exorbitants, judiciaires et fiscaux. Il a fallu abandonner à la France et l’Angleterre des pans entiers de territoires historiquement thaïs pour qu’ils renoncent à cette sournoise colonisation. Or le terme « Siam », jamais utilisé à l’intérieur du pays comme nous venons de la voir, est un mot d’importation étrangère, utilisé par les voisins prédateurs, France et Angleterre et portant qui plus est, un sens probablement négatif, comme nous allons le voir (6).

 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Le mot « Syam » (7) provient ou proviendrait du mot sanscrit syama qui signifie « noir, brun, sombre, de couleur foncée en parlant de la peau » avec un sens péjoratif (4). Il apparaît dans l’épigraphie (8) dans une inscription Cham de 1050 et signifierait esclave

 

Nous la retrouvons dans un bas-relief d’Angkor daté du XIIème siècle (souvent cité et reproduit) qui représente des mercenaires. On le retrouve dans une inscription d’un temple bouddhiste du Pegu faisant références à des esclaves. Les premiers visiteurs de de la Birmanie et de l’actuel Cambodge furent, nous le savons, des aventuriers portugais et espagnols (9). 

A197 -  SIAM OU THAÏLANDE ? LE CHOC DES MOTS …

Que ce soit de Birmanie ou du Cambodge, ils ont enregistré le nom du pays voisin et l’ont transmis aux autres Occidentaux qui commençaient à affluer au « Siam ». Pour autant qu’ils aient su que « Sayam » ou « Siam » signifiait « race brune ou des personnes brunes » nous retrouvons cette idée due à Occidental qui aime à classer les étrangers par la couleur de la peau, le blanc, le noir, le rouge et le jaune. Mais « esclave » ou « basané », il est singulier que des Khmers ou des Pégouans, eux-mêmes aussi foncés de peau utilisent cette connotation dévalorisante … on est cependant toujours le nègre de quelqu’un ! On peut donc comprendre sans trop de difficultés que le gouvernement de Pibun ait souhaité éradiquer un « ethnonyme » tout à la fois dévalorisant et venu de l’étranger.

 

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C’est toutefois à Michel Ferlus (10) que nous devons ce qui nous a semblé la première étude sérieuse et scientifique sur l’origine du mot « Siam » (11), fondée sur d’encyclopédiques connaissances linguistiques et sur de nombreuses références épigraphiques que La Loubère quoique curieux sur le sujet ne pouvait connaître. Le résultat en est singulier !

 

Son hypothèse est que « Siam » dérive de « Kosamby », nom de prestige des anciens états Chan par un phénomène de « troncation », (ko)sam(bi) devient syam. Ce qu’il appelle de l’affreux néologisme  de « troncation » est une notion bien connue en linguistique dans la langue parlée puis insensiblement écrite consistant à supprimer les syllabes finales ou initiales d’un mot pluri syllabique (12). D’après notre érudit linguiste, le nom de Kosambi a été appliqué par les Birmans d’Ava au XIVème si่ècle aux neuf petits états tay (les états Chan ou Shan), centrés sur Möng Mao (équivalent de muang Mao) au nord-est de la Birmanie. 

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Toujours selon lui, Kosambi vient du sanscrit Kausambi (13) du nom de la capitale où Bouddha a prêché, localité perpétuée par le village de Kosam situé au sud-est d’Allahabad sur la rivière Jamuna. Et Ferlus conclut (avec de solides arguments linguistiques) « On vient de montrer comment Kosambi devait être l’origine de la dénomination « Siam » et de ses congénères « Chan/Shan » et « cette prononciation du vocable « Siam » passera en Cham et en Khmer, et de ce dernier en Thaï ». C.Q.F.D.

 

Mais il ne fait pas l’impasse sur l’épigraphie khmère angkorienne ou pré– angkorienne qui serait, à l’inverse de la précédente, fort dévalorisante (les Siamois sont les nègres des Khmers ou les esclaves des Birmans), peut-être une pirouette ou une exception qui confirme la règle ? En sanscrit ou en pali, si le mot syam  peut être compris comme « noir, démon », au vu d’une inscription Mon du XIIème siècle, il peut être interprété comme « Le Beau, le Magnifique » car appliqué à un Bodhisattva, il n’est pas concevable qu’un Bodhisattva soit désigné négativement. Là encore, C.Q.F.D.

 

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Il est enfin un peu paradoxal que ce soient les fils spirituels des free thaï qui revendiquent le retour au vocable Siam et l’éradication du mot Thaï. Il y a deux hypothèses et deux seulement et nous sommes en plein paradoxes : ou bien les fondateurs de ce mouvement de résistance utilisaient le mot Thaï avec sa connotation ethnique et ils plongeaient dans l’irrédentisme qu’ils le répudièrent après-guerre et c’est le vocable de free siamese qu’ils auraient alors dû utiliser ; ou bien ils utilisaient le mot avec le sens de libre et c’est une ridicule tautologie libre-libre. Mais comme nous le constatons souvent, le cartésianisme ne pollue pas systématiquement les pensées thaïes. Parmi ces résistants, les seuls qui avaient un embryon sous-jacent populaire étaient les « quatre mousquetaires de l’Isan » (14) dont il est certain qu’ils se considéraient d’autant moins comme des thaïs ethniques qu’ils avaient probablement envisagé et espéré une sécession de la partie Lao de l’Isan pour rejoindre le Laos en passe de devenir à la fois indépendant et communiste.
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Le pays s’appelle « le pays libre », c’est la seule traduction qu’il nous faut donner à ประเทศไทย, c’est le plus beau nom qui soit pour un pays, il n’y en a que deux autres dans le monde, la France qui l’a parfois oublié, et le Libéria qui ne l’a jamais mérité.

 

S’il est des mots qui choquent, mieux vaut les chercher dans les paroles de l’hymne national, mais comme nous le savons, ce n’est pas en supprimant un mot que l’on supprime un concept.

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NOTES

 

(1) Sa très longue argumentation prête tout de même un peu à sourire quand il écrit in fine « The name Siam never died out, it being irrevocably linked with Siamese twins and Siamese cats » « Le nom de Siam a jamais disparu, était irrévocablement lié aux frères siamois ...

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... et aux chats siamois » ...

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sans qu’il fasse la moindre allusion au caractère négatif du mot comme nous allons le voir. On reste confondu devant un tel argument !

(http://textbooksproject.com/For%20the%20LOVE%20OF%20SIAM.htm).

 

(2) Rappelons que le royaume de Pegu constituait partie de l’actuelle Birmanie. Le mot franc  est de toute évidence lié à l’allemand frei et à l’anglais free. C’étaient des Francs – libres – qui habitaient la « Francie » et selon l’ancien droit, tout esclave qui mettait les pieds sur le sol de France devenait Franc, non pas Français mais libre. Il n’en était pas de même évidemment dans les colonies.

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(3) Elle a le mérite (le seul car elle fourmille d’erreurs grammaticales) d’avoir été la première grammaire imprimée, voir notre article A.58 « Les premières grammaires de la langue thaïe (1ère Partie) ».

 

(4) Cette revue était publiée sous la direction d’Eugène Burnouf, l’homme qui a fait découvrir à l’occident le sanscrit.

 

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(5) « Dictionnaire sanscrit-français » de Gérard Huet de 1998 numérisé en septembre 2015 (http://sanskrit.inria.fr/)

 

(6) La décolonisation ultérieure fourmille d’exemples de pays qui répudièrent les noms attribués par les colonisateurs : L'Oubangui-Chari devint la Centrafrique, le Soudan français devint le Mali, la Guinée portugaise devint la Guinée-Bissau, la Côte-de-l'Or devint le Ghana, La Guinée espagnole devint la Guinée-Equatoriale, le Congo belge devint le Zaïre, le Betchouanaland devint le Botswana, le Basoutoland devint le Lesotho, la Rhodésie-du-Nord devint la Zambie, le Nyassaland devint le Malawi, la Somalie française devint le Territoire des Afars-et-des-Issas puis la République de Djibouti, la Haute-Volta devint le Burkina-Faso, le Dahomey devint le Bénin, la Rhodésie devint le Zimbabwe et le Tanganyika devint la Tanzanie. Sans parler de toutes ces villes d’Algérie (Al Djézira !), Gambetta, Descartes, Felix-Faure etc… qui retrouvèrent leurs noms arabe ou berbère d’origine et sans parler non plus de nos ancêtres qui se sont débarrassé de toute héritage romain en faisant de la Gaule (Gallia selon le nom de baptême que lui a attribué Jules César) la France.

 

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(7) Il est présentement orthographié สยาม syam mais prononcé sayam, l’insertion d’un « a » non écrit toujours prononcé très court fait évidemment que les premiers étrangers qui l’ont entendu ont entendu s’iam et transcrit « siam » de la même façon que le sempiternel sawatdi est souvent prononcé s’watdi au quotidien.

 

(8) Voir l’article de Gordon Hannington Luce, un spécialiste de l’épigraphie birmane, « The early Syam in Burma’s history » in Journal de la Siam society, 1958, volume II, pages 124 s. et celui de Ken Kirigaya, un spécialiste japonais des langues asiatiques, « The early Syam and rise of Mang mao » dans le journal de la Siam Society, numéro de 2015, pages 233 s.

 

(9) Voir nos articles 77 « L'arrivée des premiers Européens au Siam : Les Portugais », 78 « Les Portugais au royaume du Siam au XVIème siècle, selon Madame Rita De Carvalho », 79  « Les Portugais au Siam au XVIIème siècle (Suite) » et 80 « Après les Portugais, les Espagnols au Siam ? ».

 

(10) Directeur de recherche CNRS à la retraite, membre associé au CRLAO (Centre de Recherches Linguistiques sur l’Asie Orientale), Linguiste, spécialiste des langues austro-asiatiques et thai-kadai de l'Asie du Sud-Est au sens large, une aire qui couvre aussi l'Inde de l'est et la Chine du sud : voir le Bulletin de l’AEFEK n° 15 (Association d’échanges et de formation pour les études khmères).

 

(11) « Sur l'origine des ethnonymes « Siam » et « Mon » », 21èmes journées de Linguistique d'Asie Orientale », Juin 2007, Paris (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00927778).

 

(12) En bon français, nous préférons parler d’apocope  ....

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et d’aphérèse : l’apocope est la suppression d’une syllabe finale (une automobile devient une auto et le cinématographe, le cinéma) et le mot devient du bon français. L’aphérèse se rencontre plus volontiers dans le langage familier : un américain devient un ricain et l’autobus un bus. Ce sont la providence des linguistes qui expliquent le passage d’une langue mère à une langue dérivée, du latin au français en particulier : par exemple, mais il y en a des milliers, tempus devient le temps. Le phénomène est fréquent en thaï parlé, sawatdi สวัสดี prononcé s’watdi au quotidien (note 6) devient dans la littérature écrite familière watdi หัวสดี et au fil des décennies, notre province de Kalasinthu กาฬสินธุ est devenue Kalasin กาฬสินธุ์.  

 

(13) « La ville de Kausambi fut fondée par le roi mythique Kusamba ; elle fut un centre important du temps de Buddha qui y prêcha ; elle  était aussi ville sacrée pour les Jaïnes ».  Référence note (4).

 

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(14) Voir notre article 203 « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan ».

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 22:00
A182. Une journée d’élections peu ordinaire !

Nous sommes un soir du 15 novembre, un mercredi, la température est  clémente dans tout le pays. Il est 15 heures, les bureaux de votre viennent de fermer leurs portes et commence le dépouillement sous l’œil vigilant des scrutateurs des candidats. 1.773.532 électeurs se sont présentés aux urnes, 41.50 % des 2.339.963 titulaires du droit de vote. Hommes ou femmes, majeurs,  – les femmes ont le droit de vote – mais ils ont tous du justifier qu’ils savaient lire et écrire car il est tout de même normal que le choix des destinées d’un pays soit effectué par des citoyens ayant un minimum incompressible d’éducation ; on ne veut pas d’analphabètes. Dans chaque arrondissement nos électeurs (lettrés) ont élu leurs délégués qui se sont ensuite rendu au chef lieu des 70 provinces pour élire leurs représentants, un par province et deux si la population dépasse 150.000 habitants. Car le suffrage est universel, certes, mais à deux degrés (tout comme le scrutin de nos Etats généraux de mai 1789, le premier scrutin qui se soit déroulé, en France, au suffrage universel mais sans femmes tout de même). Nos délégués ou « grands électeurs » seront 5.036 pour élire leurs 78 représentants. Il y a pléthore de candidats mais ils sont tous « indépendants », pas d’étiquette de parti politique ou de comité électoraux et nul ne semble le regretter.

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Ainsi donc, au jour et à l'heure fixés, candidats et électeurs se sont réunis dans un local mis gracieusement à leur disposition par l'administration, souvent une salle de cinéma lorsqu’il y en a une. La foule est d'ailleurs autorisée, dans la mesure des places disponibles, à entrer dans la salle comme pour un spectacle. Pas de campagne électorale, par de distribution de tracts, pas d’affichage, pas de bagarres entre colleurs d’affiches, pas de réunions « publiques et contradictoires », ça manque un peu d’animation mais on a ainsi évité beaucoup de perte de temps et de gaspillage d’énergie 

A182. Une journée d’élections peu ordinaire !

Il est donné à chaque candidat ou candidate, un quart d'heure, montre en main, pour exposer son programme. Des promesses ? Il ne doit évidemment pas en manquer (« demain ou rasera les hommes et on épilera les femmes gratis, promis, juré ») Quand tous ont parlé, on procède au vote, séance tenante, mais un temps raisonnable est laissé aux électeurs pour discuter ensemble ou avec les candidats. Inutile de perdre du temps en conciliabules ou vaines discussions politiques toujours stériles. L'heure de la clôture du scrutin a été indiquée d'avance. Le scrutin clos, les membres du bureau de vote ouvrent les urnes, comptent les voix et proclament l'élu : il n'y a pas ni ballottage ni second tour, le meilleur gagne. Une guirlande de fleurs est passée au cou du vainqueur. Tout se déroule dans cette atmosphère de placidité souriante et un peu narquoise qui se dégage de la population.

Dans la capitale, il y a eu pléthore de candidats. Dans l’un de ses gros faubourgs, 124 électeurs ont eu à choisir entre 13 candidats, dont une femme. Les voix se sont passablement divisées, puisque l'heureux élu n'a réuni que 34 suffrages sur 122 exprimés. En voilà un qui ne pèse pas bien lourd !

Parmi les 78 représentants ainsi très démocratiquement choisis par nos 5.036 grands électeurs, on comptera 18 petits fonctionnaires retraités, 15 avocats, 8 fonctionnaires retraités d'un rang moyen on supérieur, 3 révolutionnaires condamnés pour complot il y a vingt ans, 3 journalistes et 2 professeurs de condition modeste. C’est décidément, tout comme en France, la « république » des avocats et des instituteurs. Grace au ciel, nous n’y trouvons pas de rescapés de quelque haute école d’administration ou autre institut d’études politiques. 

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Cet heureux pays n’en connaît pas. Mais face à cette piétaille élue au suffrage universel, nous trouverons 78 autres « représentants du peuple », 49 officiers (dont 19 capitaines, 28 officiers supérieurs et 2 officiers généraux) et 19 fonctionnaires (dont 11 de rang moyen et 8 de rang supérieur), 5 officiers sur les 49 appartiennent à la marine. Ceux-là ont été moins démocratiquement élus mais nommés directement par le chef d’état dont la voix pèse tout de même plus lourds que celle d’un grand électeur. A suivre la simple arithmétique, la voix du chef de la nation pèse 78 donc presque 65 fois plus que celle d’un « grand électeur » (5036 / 78 = 64,564), il faut tout de même respecter la hiérarchie !

A182. Une journée d’élections peu ordinaire !

Et voilà donc un harmonieux mélange de 156 représentants du peuple entre les mains desquels se trouvent désormais les destinées de tout un pays.

Mais pardonnez-nous, nous venons de nous apercevoir que nous avons oublié l’essentiel, cela ne s’est passé dans le royaume des Patagons dont nous n’avons pas vocation à écrire l’histoire, mais tout simplement il y a 82 ans au Siam le 15 novembre 1933.

Un peu moins de 11 mois auparavant, le pays avait été en effet, le 10 décembre 1932, doté de sa première constitution écrite, nous en fêtons toujours l’anniversaire tous les 10 décembre, le watthathamnoun (วันรัฐธรรมนูญ), le « jour de la constitution ». Nous reviendrons naturellement longuement sur cette constitution dont certains ne craignent pas de dire qu’elle a ouvert au Siam un processus « démocratique ». Il faut tout de même de temps à autre savoir ce que parler veut dire et faire la différence entre un régime constitutionnel et un régime démocratique ! Que les cendres de Jean-Jacques Rousseau s’éparpillent dans son cénotaphe. 

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Elle est par contre un élément fondamental dans l’histoire ultérieure du pays, précédée d’une provisoire, elle fut suivie, jusqu’en 2014, de (sauf erreur mais erreur ne fait pas compte) de 17 autres.

 

Monument à la démocratie ou monument célébrant le coup d'état d'état civil et militaire ? Déconcertante logique siamoise  : 

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 04:02

kdLes Vikings sont-ils venus au Siam ?


Rassurez-vous, nous n’avons pas l’intention de tomber dans les délires de l’histoire « mystérieuse », ésotérique ou fantaisiste. Nous avons même lu quelque part, sans rire, que les Templiers étaient venus au Siam et qu’un autre aimable fantaisiste avait situé l’Atlantide en Asie du Sud-est. Nous vous épargnerons ces fariboles. Mais ce sujet précis a, il y a bien longtemps, intéressé des esprits curieux, lucides et cultivés que nous considérons comme sérieux.


Il y aurait une étude intéressante à faire qui nous semblerait entrer tout à fait dans la sphère d’action de l’Ecole française d’extrème Orient ? Elle possède une abondante documentation sur l’architecture de notre pays siamois, pagodes et pirogues. Elle pourrait sans doute obtenir aussi des sociétés savantes suédo-norvégiennes une information suffisante sur les objets contemportains des anciens Vikings qui offrent avec ceux d’ici une si curieuse analogie ?


Ces recherches n’auraient bien entendu aucun effet sur le cours de l’euro mais pourraient nous éclairer sur ce singulier rapprochement entre le sud de l’extrème Orient et le nord extrème de notre Europe.

1.    En attendant, jugez plutôt  :


En 1841, Monsieur Charles Giraud dessine pour le compte du « Magasin pittoresque », la très célèbre encyclopédie populaire, l’église norvégienne de Borgund et commente ainsi « On ne sait quel fut l’architecte de cet édifice et on ne sait par quel singulier assemblage d’idées le plan en fut établi, mais c’est certainement l’une des plus étranges constructions qui existent car il y a là une réunion de tous les styles, du byzantin, de l’asiatique et du gothique »...

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Regardez-donc la, cette superbe église médiévale, le grand géographe Elisée Reclus en écrivait à son tour qu’elle fait  « irrésistiblement penser à une pagode d’extrème orient » (« nouvelle Géographie universelle » tome 5 - 1876).

 

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Cette ressemblance n’a pas non plus échappé à Henri Cucherousset, qui dans un numéro de « l’Eveil économique de l’Indochine » (11 mars 1928) s’est dit frappé par la ressemblance de certains motifs de l’église de Borgund avec ceux du Wat Maï de Luangprabang.

 

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Son architecture ne rappelle-t-elle pas étrangement celle de la Thaïlande ?


Nous retrouvons ces mêmes motifs dans une autre église, celle d’Hopperstad, datée de la même époque, le milieu du XIIème siècle.

 

vikings eglise de laerdal


Charles Bock, consul général de Suède et de Norvège (« Le royaume de l’éléphant blanc, 14 mois au pays et à la cour du roi de Siam ») avait écrit en 1889 : « Une singulière ressemblance existe entre l’architecture en Siam et le style des XIème et XIIème siècles en Norvège, soit le style stavekirker. On en voit des specimen à Hitterdal

 

hitterdal


et Borgund.

vikings eglise de borgund

 

Ici de même qu’en Norvège, nous trouvons les mêmes toits hauts et pointus avec leurs bardeaux en forme d’écailles de poissons et leurs pignons aux têtes de monstre sculptées. Ne pourrait-on croire que ce style a passé, il y a des siècles, d’Orient en Russie pour aller se fixer dans le nord-ouest de l’Europe ? »
« Les bateaux des Vikings, ces bateaux qui nous ramenèrent au IXème siècle avec l’invasion des Normands un des meilleurs composants du sang français, ne rappelent-ils pas aussi par l’étrange décoration de leur proue

 

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certains motifs siamois qui terminent parfois la base des rampes des escaliers des temples ? »  se demande Cucherousset.

 

 hopperstad




2.    De bien singuliers rapprochements relevés par des auteurs sérieux qui nous ont conduits  à tenter de trouver d’autres éléments.....


On sait fort peu de choses de ces églises norvégiennes en bois de pin (« stavekirk », appelées en français « églises en bois debout ») dont quelques unes ont résisté miraculeusement aux injures du temps, précieux spécimens de l’art religieux des Vikings au  moyen-âge.


Il est une certitude, les Vikings sont allés jusqu’en Asie centrale par voie de terre ou en remontant des fleuves pourtant réputés non navigables, démontant leur drakkars pour les transporter à dos d’homme pour franchir les passages infranchissables. Ont-ils atteint l’ancien Siam par la voile ou par voie de terre à une époque indéterminée  ou cette question relève-t-elle du charlatanisme intellectuel ? C’est une hypothèse.


Mais, nourris dans nos écoles de ces idées un peu primaires que c’est seulement au  XVème siècle que l’Europe a commencé à s’extérioriser, à ce qu’il est convenu d’appeler dans les manuels scolaires l’ époque « des grandes découvertes » nous nous imaginons trop facilement qu’au moyen-âge, nos ancêtres vivaient immobiles et sans curiosité dans leurs hameaux au pied de leurs châteaux et de leurs églises.


Ces « grandes découvertes » ne furent-elles pas des redécouvertes ? Des traces certaines ont été découvertes du passage des phéniciens au Congo, en Mauritanie, au Sénégal   («  La Méditerranée des Phéniciens, de Tyr à Carthage », exposition à l’ « Institut du monde arabe », du 6 novembre 2007 au 20 avril 2008.)


Le prodigieux voyage du suffète Hannon qui longea les côtes du continent africain jusqu'au golfe de Guinée est connu sous le nom de "Périple de Hannon". Parti de Carthage avec de nombreux navires pour établir une colonie, il a franchi les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), longé la côte de l'Afrique occidentale jusqu'à une limite incertaine, vraisemblablement aux environs du tropique du Cancer mais peut-être jusqu’au golfe de Guinée ?

 

hannon

 


Jules César envoya des ambassadeurs en Chine. A l’époque de Saint Louis, les relations entre l’Europe et la Chine par la Perse et les hauts plateaux du Turkestan étaient beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le furent par la suite. Quelques siècles auparavant, c’est probablement de cette région que sont descendus les Thaïs vers la basse et la moyenne vallée du Mékong ?
Les Vikings ont incontestablement découvert le Groenland et l’Islande et posé les pieds aux Amériques (au Canada probablement). Encore des certitudes. Pour ceux qui ont affronté dans leurs drakkars les dangers de l’Atlantique nord, un périple tel celui d’Hannon ou celui des vaisseaux romains qui sont au moins allé jusqu’à l’extrème pointe sud de Ceylan, était-il impossible ?

En 1947, l'anthropologue norvégien Thor Heyerdahl et cinq autres hommes, intrépides héritiers un peu fous des Vikings, ont rejoint depuis le Pérou la Polynésie sur un radeau

 

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construit sur le modèle des embarcations traditionnelles indiennes en assemblant des rondins de balsa, sans clous ni rivets, en utilisant seulement des cordes en ne survivant que par la pêche et la récupération d'eau de pluie, en dérivant à l'aide d'une voile rudimentaire, ils arrivent après 101 jours et 8 000 kilomètres de navigation. 

 

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Son petit fils Olav a réitéré l’expédition dans les mêmes conditions en 2006 en 83 jours coupant défintitvement court aux doutes émis sur le sérieux du voyage de son grand père.

 

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On ignore totalement les procédés de navigation des Vikings, leurs ancêtres. Pendant des siècles, ils ont écumé les mers sans boussole avec une précision d'horloger suisse.  Toujours une certitude. Albert Le Floch et Guy Ropars, deux physiciens bretons, prétendent avoir percé leur secret : le spath islandais, une pierre qui leur permettait de localiser le soleil, même quand celui-ci était masqué ?

Voila bien là une explication qui semble digne des élucubrations fuligineuses du Da Vinci code ou de la littérature fantaisiste sur le trésor d’Alaric retrouvé à Rennes-le-château.
Le soleil et les étoiles brillent depuis le commencement des temps, sauf quand le ciel est couvert, mais il est un paramètre essentiel, c’est qu’à l’ époque de la saga d’Eric le rouge, le monde a connu un incontestable « réchauffement climatique » (déjà !) en sorte que les cieux du nord de l’Europe furent beaucoup plus lumineux qu’ils ne le sont de nos jours. Point besoin de pierre magique pour repérer l’étoile polaire et le soleil et, malgré le respect que nous devons à ces scientifiques, il nous est permis de douter des connaissances  de Leif Erikson sur la polarisation de la lumière !

Emmanuel Leroy-Ladurie, quoiqu’avec prudence, a fort longuement disserté sur ce que l’on appelle l’ « optimum climatique médiéval », ou plus simplement le réchauffement climatique de l'an mil, une période de climat inhabituellement chaud localisé sur les régions de l’Atlantique nord et ayant duré du Xe siècle jusqu’au XIVe siècle environ.

 

leroy

 



Cet « optimum climatique » est d’ailleurs souvent rappelé lors des discussions animant le débat contemporain sur le réchauffement climatique. Ce réchauffement incontestable ne peut être quantifié faute à l’époque du thermomètre de Galilée et encore moins du baromètre de Toricelli, mais les historiens depuis, avant et après Jules César ont parfaitement su nous décrire le climat des pays qu’ils ont envahi, occupé ou visité. Il est des signes comme la culture de l’olivier ou de la vigne,  la date de maturité des fruits, des céréales, des vendanges  qui ne trompent pas !

Jules César traversait régulièrement sans difficultés rivières ou fleuves de la Gaule l’hiver lorsqu’ils étaient pris par les glaces. Pour mémoire, cela ne s’est plus reproduit pour le Rhône à Arles qu’en 1731 et 1837, époque du « petit âge glaciaire » ! L’un d’entre nous, riverain de ce fleuve et de cette rivière pendant 50 ans de sa vie, ne l’a jamais vu. Lorsque les bénédictins firent pousser de la vigne à Stockolm, c’est alors le réchauffement qui était incontestable !

 

benedictin

 


Les Vikings ont traversé l’Atlantique en utilisant la position du soleil et des étoiles par temps clair mais aussi la position des côtes, le vol des oiseaux, les routes migratoires des baleines et les nuages lointains recouvrant les îles, les courants et les vents favorables. La navigation a toujours été une question d’angle. Ils ont fait confiance aux vents dominants et aux courants : en gardant le même angle, ils avançaient droit. Ils ont observé le déplacement des étoiles, rempli des éphémérides, accumulé des données. La navigation n’a eu de cesse de se nourrir de ces découvertes, mais continuait en avançant à vue. La paume s’élance sur l’horizon à l’horizontale, l’étoile polaire se trouve au-dessus ou au-dessous de la main
Point besoin d’être magicien mais une probable accumulation d’interminables observations.
Combien aussi sont partis à l’aventure et ne sont jamais revenus ? Se sont-ils hasardés vers l’Est et certains ont-ils rejoint les côtes du Siam d’où ils ramenèrent ces curiosités architecturales et ont-ils pu en revenir ? Ou le style est-il passé par voie de terre comme le suggère le Consul Bock ?

Les découvertes archéologiques viennent-elles au secours de cette hypothèse ?

Il existe dans l’île de Koh Phiphi la « grotte des vikings »,

 

grotte

dont la visite est actuellement interdite depuis 2003. Ces photographies sont extraites du site
http://www.oknation.net/blog/print.php?id=82780

Cette grotte difficile d’accès est réputée pour les fameux nids d’hirondelles et surtout pour contenir des gravures rupestres apparement mal étudiées et non datées à ce jour

 

peintures rupestres

 

et de curieuses représentations de navires où l’on a pu voir (avec beaucoup de bonne volonté) des navires vikings, d’où la dénomination de la grotte ?

 

 vikings 3

3.Que faut-il en penser ?

 

Gardons-nous d’apporter une réponse et restons réservés. Mais s’il s’agit d’une simple hypothèse, elle ne nous parait pas totalement fantaisiste.  Monsieur Poirier (« Remarques sur l’origine des Polynésiens » Journal de la société des océanistes, 1951 tome 7) avance des arguments notamment ethniques et linguistiques fort solides en faveur d’une possible origine viking des ... Polynésiens,  venus non par la Mélanésie mais par l’Amérique. Leur périple les aurait conduit du nord du continent à la descente du Mississipi puis soit le long de la côte de Mexico jusqu’au cap Horn soit à travers l’isthme de Panama soit par l’Amazone et par les Andes. C’est ainsi que l’aventureuse migration viking aurait atteint le Pacifique et ensuite Tahiti précédant Hayerdahl se plusieurs siècles ?

Cette thèse – hardie – a été reprise par P.H. Buck (« Les Vikings du soleil levant » Payot 1952). Le philosophe italien Julius Evola (« Le mythe du sang » écrit en 1942 et réédité en 1995 par les éditions Sear de Borzano) a émis des théories fascinantes (mais souvent trop spéculatives) sur les nombreuses migrations qui auraient porté les populations d’Europe du Nord jusqu’aux régions les plus reculées du monde en une double expansion, horizontale vers l’Amérique et diagonale vers le sud-est et jusqu’aux Indes. En dehors de tout délire ésotérique, deux éminents spécialistes de l’histoire de la marine (Jean Poujade « la route des Indes et ses navires » Paris 1946 et J. Hornell « Water transport, origins and evolution » Cambridge 1946) ont relevé de singulières coïncidences entre les techniques de construction navales vikings et celles relevées sur les bas reliefs de Borobudur à Java... le plus grand temple bouddhiste au monde.

 

 Borobudur ship



D’où vient le Bouddha d’Helgö retrouvé dans la tombe d’un chef Viking présentement au musée de Stockholm ?

 

buddha Heldo



Et celui d’Oseberg retrouvé également dans la tombre d’une reine ? Bouddha pour certains, Indien pour les uns, Afghan pour les autres ? Thor pour d’autres ?

 

oseberg buddha


Fruits d’échange commerciaux à Byzance ? « Souvenirs » ramenés par un chef de guerre ou simple analogie hasardeuse ? La tombe de la reine inhumée à Oseberg avec tous ses trésors contenait tout autant de monnaies arabes que de souvenirs égyptiens.

« Scandinavie, matrice des nations – scandinavia vagina gentium » écrivait l’historien Jordanès au VI ème siècle.


Est-il fantaisiste d’imaginer un petit groupe d’européens farouches accomplissant ces immenses voyages sur des mers hostiles et inconnues ?

 

images

 

Si le périple a été accompli, il du être long et la mort a du largement diminuer les effectifs originaires. N’oublions pas que ces « normands » dont les incursions, et le seul nom, ont terrorisé l’Europe entière étaient un fléau si redoutable que l’Eglise de Nantes avait ajouté dans ses litanies « de la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur – a furore normanorum, libera nos domine ».

Ce ne sont ni les populations hostiles des côtes d’Afrique de l’Ouest ou de l’Est ni les barbaresques turcs, ni les pirates de Malaisie ou de Chine qui auraient pu les impressionner !

 

asterix

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 22:00
A178. Les « Smartphonomaniaques », la nouvelle génération thaïlandaise
A178. Les « Smartphonomaniaques », la nouvelle génération thaïlandaise
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A178. Les « Smartphonomaniaques », la nouvelle génération thaïlandaise
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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 22:02
A177.  Les seins nus de  Thaïlande qu’on ne saurait voir.
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 04:49
A175. Jean-Michel Krivine : « Carnets de mission dans les maquis thaïlandais (1978)».
A175. Jean-Michel Krivine : « Carnets de mission dans les maquis thaïlandais (1978)».
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A175. Jean-Michel Krivine : « Carnets de mission dans les maquis thaïlandais (1978)».
A175. Jean-Michel Krivine : « Carnets de mission dans les maquis thaïlandais (1978)».
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Et tout finit par des chansons !!!!

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