Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 04:02

Aviso titreL’escale du navire américain « aviso 7 » à Koh Samui fut un bon souvenir pour les habitants du petit village de Meanam !

 

Nous avons abordé la question de l’arrivée des Américains en Thaïlande dans plusieurs articles (1), laissant partiellement à penser que leur passage n’a pas eu forcément des aspects positifs par la pollution qu’il entraîna, pollution qui ne fut pas seulement l’infâme pollution de l’ « agent orange ».

Il est un aspect du débarquement américain, il tient de l’histoire anecdotique, qui a laissé un souvenir aux habitants de Koh Samui  plus agréable que le passage d’un nuage de défoliant. (2).

 

 

Bombes 

 

Nous sommes en 1966 (2509 pour les thaïs). Il souffle un vent impétueux, une véritable tempête ce qui explique probablement l’arrêt du navire. C'est l'heure où les habitants de Maenam reviennent du marché à la tombée de la nuit (3). Un bâtiment de guerre farang arrive dans la baie bien abritée. La rumeur circule, tout le village se retrouve sur la plage le lendemain au lever du jour.

 

MAENAM

 

Un bien grand bateau en vérité ! C'est, au loin, l'aviso 7. Il s’est rapproché et a mouillé au large. Il y a deux ou trois avions aussi à la surface de l'eau, personne n'avait jamais vu cela…. Des avions sur l'eau ?  

hydravion

 

Des militaires descendent dans un petit bateau et se dirigent vers la côte. Leur comportement est étrange : Ils se dirigent vers la petite épicerie en bord de plage (4). Ils saisissent des bouteilles de nam pla et boivent tous à la régalade. Ils pensaient que c'était du coca ?

 

Sans titre-2

Ils étaient morts de soif. C'étaient des soldats américains, tout au moins, on le pense, il y avait à Maenam quelques habitants qui baragouinaient l'anglais. C'est aussi l'heure où les enfants se réveillent. Ils veulent voir les farangs. Ils entourent ce groupe d'hommes étranges. Un singe est en train de choisir des noix au sommet d'un cocotier. Les farangs s'étonnent de ce spectacle pourtant bien ordinaire. Arrive bientôt le maître du singe. Les farangs comprennent que les habitants de cette île dressaient les singes pour faire le travail à leur place.


gds-samuimonkey-oct13D0096

 

Ils sont en extase. Mais leur dégustation de nam pla leur a brûlé le gosier, le propriétaire de la boutique leur offre de l'eau douce.

 

Curieux, il y a des farangs à la peau blanche mais il y en a à la peau noire ?

 

Negre

 

On connaît bien le seul farang à la peau blanche de la région, c'est l'ermite Emmanuel Germain, il réside dans une grotte de Koh Pagan depuis 4 ou 5 ans (5). On connaît aussi les farangs par les journaux, ceux qui en ont lu y ont déjà vu des farangs à la peau blanche. Certains racontent qu'ils ont même vu sur un journal de Bangkok, lors de leur dernier voyage à Suratthani, des farangs qui se tortillaient et qui s'appellent les beattles,

 

Beattles

 

un autre parle d'un farang qui se tortille aussi et qui s'appelle Elvis Presley, il ne ressemble pas du tout à cela, il n'est ni blanc ni noir, il ressemble à une tortue dorée.

 

Elvis-2.jpg

En tous cas, jamais on a vu un aussi gros bateau, jamais on a vu un avion sur l'eau ! Les enfants écarquillent les yeux. Pas possible, c'est de la magie. Arrive le maître d'école. Le chef des américains lui propose d'organiser une visite du bateau avec les enfants. On les embarque dans le canot à moteur. Ils arrivent au bord du navire. On est passé au loin des avions qui flottent sur l'eau. On monte sur le pont du bateau, on est accueilli par un farang, il s'appelle แจ็ก (Jack), il est tout noir, on le touche pour voir si c'est vrai, ce n'est pas de la peinture…. Naturellement les enfants se déchaussent pour courir sur le pont. Un marin essaye de comprendre pourquoi, surtout lorsqu'il voit Monsieur l'instituteur faire de même ? Le chef des farangs les conduit à la cuisine. Elle est toute en fer ! Il y a de la crème très - très froide, avec des espèces de gâteaux. Mais tout cela dans du papier ? On n'a jamais vu ça, ces farangs, ils mettent de la crème et des gâteaux dans du papier ! Ça n'existe pas en Thaïlande. Les soldats leur montrent comment il faut faire, enlever le papier d'abord, mais après, c'est délicieux !  Jack leur ouvre un petit sac, répand une espèce de poudre dans de l'eau, elle se transforme en jus de fruit. Il est magicien ce Jack ! Il ouvre encore un petit sachet et sort du caoutchouc ? Ah ! Ça alors ! Les farangs mâchent du caoutchouc !

 

gum blackjack

 

Et puis, Jack ouvre une espèce de boite en fer, mais il ne veut pas leur en donner, dedans, c'est de l'alcool. Pour eux, il ouvre d'autres boites, il leur fait boire une espèce de boisson noirâtre avec des bulles dedans … beurk …

 

coca

 

Il leur ouvre alors d'autres boites en fer, avec de l'eau dedans ! Tout est donc étrange chez ces farangs, ils mettent de l'eau dans des boites en fer ! Hélas, il faut reprendre le bateau pour le retour à terre. Jack remet à chacun un grand sac en papier avec plein de toutes ces bonnes choses en promettant qu’il reviendra. Les soldats vont leur montrer de plus près les avions qui flottent. On va en avoir des histoires à raconter à nos amis, pendant des années.

 

Le bateau repart le lendemain lorsque la tempête s’est calmée et salue le village d'une salve ! Monsieur l'instituteur leur a dit qu'il partait faire la guerre, très loin, au Vietnam. Pendant des mois, les enfants ont attendu en vain le retour de Jack sur la plage de Mae Nam. Monsieur l’instituteur avait fini par apprendre beaucoup plus tard que l'aviso 7 avait sauté sur une mine dans le golfe du Tonkin quelques jours après son départ, aucun survivant, aucun ne pourra jamais revenir, une fois finie la sale guerre, retrouver les enfants de Mae Nam.

 

Mines

 

***

Il y a quelques années quelques vieux habitants de Mae Nam se souvenaient encore de cet événement les larmes aux yeux.

 

 

_____________________________________________________________________

 

NOTES.

 

(1)Voir : article 15 « Le débarquement des américains en Isan », 37 « Découvrir l’Isan : les Américains débarquent en Isan », A 46 « L’agent orange en Thaïlande et en Isan ».

 

(2) Traduit de สมุยที่รัก (« Samui thirak ») à Bangkok,  2003, ISBN 2546ISBN 974 9112717.

 

Aviso livre

 

(3) Probablement en octobre, la mauvaise saison dans cette région. A 18 heures, le soleil est déjà couché.


(4) Cette petite épicerie chinoise se trouve toujours en bord de mer, à droite du quai de débarquement des « speeds boats ». Elle était encore il y a quelques années dans l’état où elle devait être en 1966 ?

 

le village (3)

 

(5) Nous n’avons malheureusement trouvé aucun renseignement sur cet ermite bouddhiste blanc qui se trouvait à Koh Pangan il y a une cinquantaine d’années. Les premiers occidentaux ne sont arrivés à Samui que quelques années plus tard.

 

wyoming dessin2

Partager cet article

Repost0
27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 03:02

Sans titre-1Nous avons, dans un article publié en mai 2011 relatif aux très légendaires fourmis chercheuses d’or, parlé en quelques lignes de découvertes permanentes que font les savants, notamment dans la vallée du Mékong,  d’espèces inconnues (rats, araignées, scolopendres, serpents, etc…). Existe-t-il encore dans les forêts de Roi-Et et celle de Phuphan un mammifère inconnu ? (1)


La nouvelle provient du Sri krung (ศรีกรุง) le 23 avril 1927, un journal populaire de l’époque. Elle est relayée dans le journal de la Siam society (Natural History Bulletin of the Siam Society, publication bisannuelle consacrée aux sciences naturelles) de la même année.

 

Des chasseurs opèrent dans une forêt du district de Phonthong (โพนทอง), petit amphoe situé à l’extrême nord de la province, limitrophe de celle de Kalasin et de l’amphoe de Kuchinaraï, et ils y rencontrent une famille d’étranges animaux, ils sont gros comme des éléphants mais ressemblent à une chèvre ? La femelle est tuée ainsi que son bébé, le mâle réussit à s’enfuir. Il n’y aura qu’un croquis publié dans le quotidien siamois que malheureusement notre érudite revue ne reproduit pas. Pas de photographies non plus, hélas !


Que sont devenus les dépouilles de la mère et du fils ? Elles ont probablement fini en ragout avant que la moindre investigation sérieuse n’ait pu se réaliser. Les qualités gastronomiques de la chèvre, si chèvre il y a, ne sont pas réputées mais les habitants de l’Isan nous habituent à pire. Par ailleurs, les Siamois ont peut-être des défauts mais certainement pas ceux que l’on prête à tort ou à raison aux chasseurs de Tarascon. Ils savent aussi faire la différence entre un éléphant et une chèvre sauvage (2).

GORAL

 

La question a toutefois été prise très au sérieux par nos érudits de la Siam society, notamment Phya Incha Montri alias Mister Giles, Phra Anuwat Wanaraks et le major Eric Seidenfaden (3). Ils ont alors souhaité prendre quelques renseignements à postériori sur cet étrange animal et se sont adressés au gouverneur de la province et à un responsable fiscal. Mais le responsable de la police de Sakon Nakhon leur a affirmé que dans la région de la forêt de Phuphan (ภูพาน), aujourd’hui parc national, des habitants auraient rencontré cet étrange animal mais qu’il avait plutôt la taille d’un bœuf ?

 

Nos savants lancent un appel à plus d’informations sur cet animal mais, malheureusement, cet appel n’aura pas de suite et jusqu’à ce jour, la revue est muette sur cette découverte. Leur conclusion est toutefois brutale, il est peu probable que ces grands animaux auraient pu rester si longtemps inconnu (4). Pour eux, il s’agit donc d’un serow. Qu’est-ce donc que cet animal ?


02

 

Il est parfois appelé en français serao, ou antilope-chèvre et ressemble étrangement au goral puisqu’ils sont de la même famille, celle des Naemorhedus ou Nemorhède, une chèvre sauvage tout simplement. Si cette espèce pullulait du temps de Monseigneur Pallegoix et probablement encore en 1927, elle est aujourd’hui en voie de disparition (L'animal est protégé depuis 1996 comme espèce menacée) mais il subsisterait quelques représentants notamment dans la chaine des Dangrek et dans des sanctuaires montagneux protégés dans la région de Chiangmaï, Maehongson et Tak (5) C'est un petit animal (75 cm de haut, 130 cm de longueur, 100 kilos tout au plus, timide et sauvage, qui apprécie de gambader dans les rochers comme nos chèvres,


Untitled-1

 

et préfère les forêts impénétrables, mais des spécimens ont été rencontrés (tués par des chasseurs en Indochine française) mesurant 140 cm de haut pour 200 cm de longueur et un poids de 300 kilos mais nous restons loins de la taille d'un éléphant ou d'un boeuf. .

 

Que penser de la conclusion de nos spécialistes, un animal de cette taille ne peut pas passer inaperçu ?

Les grands mammifères terrestres ne sont-ils pas tous connus de façon exhaustive ? Même si on peut concevoir que subsistent des espèces d’araignées ou de pucerons aujourd’hui inconnues.

Et pourtant, quelques années plus tard, en 1929, un énorme et à ce jour inconnu bovidé asiatique est découvert au Cambodge par un vétérinaire français, René Sauvel, dans la chaine des Dangrek justement, le kouprey. L’animal peut mesurer jusqu’à 200 cm au garrot et peser 900 kilos. Tous ou pratiquement tous les scientifiques penchés sur la question reconnaitront de façon unanime en 1937 (le fait mérite d’être souligné) qu’il s’agissait bien d’une espèce à ce jour inconnue. L’animal était passé inaperçu, à tel point que les chasseurs d’image qui sont à sa recherche n’en ont plus rencontré après 1988 (6) et que nul ne peut dire s’il survit encore dans les montagnes du nord du Cambodge.

couprey

***

Nous ne conclurons évidemment pas. Tartarinade ?

 

 

470px-TartarinImatgeEpinal.jpg

 

Chèvre d’une taille inhabituelle ? (il y a bien des chèvres naines ?) Espèce inconnue ?

 

Pieds nickelés 02 copie

Mais ne craignez rien si vous traversez la forêt de Phuphan pour vous rendre à Sakonnakhon, vous risquez tout au plus de rencontrer quelques singes qui font les pitres sur la route.

 

DSC00218 

------------------------------------------------------------------------

 

Notes


(1)S.3 : « Hérodote et l'or des fourmis au Siam ».

 

(2)Monseigneur Pallegoix nous dit dans le premier volume de sa « description du royaume thaï ou Siam » que les « chèvres sauvages » existent en surabondance dans toutes les forêts. L’animal a également été inventorié par la Mission Pavie (« Etudes diverses III, recherches sur l’histoire naturelle » qui inventorie probablement tout ce qui bouge sur la péninsule indochinoise).

 

(3) Ce sont les plus prolifiques contributeurs de la revue. Le dernier, Danois d’origine, est venu au Siam pour y réorganiser la police en 1906 mais y a surtout exercé sa passion de l’ethnologie et des sciences de la nature.

 

Erik-Seidenfaden.jpg

 

(4) Notons tout de même que les forêts de Phuphan ont abrité en toute impunité des maquis communistes pendant des années.

 

(5) « The conservation status of the leopard, goral and serow in Bangladesh, Bhutan, northern India and southern Tibet » par Michael J.B. Green, 1987.

« Les mammifères » par A.E. Brehem - « Bulletin de la société d’acclimatation », année 1872. – « Recherches pour servir à l’histoire des mammifères » par Milne-Edwards, tome I. – « La vie des animaux illustrés » par Auguste Ménégaux, 1903.

De très nombreux articles dans le journal de la Siam Society (sciences naturelles) en particulier :

«  Notes on the races of serow, or goat-antelope, found in Siam » article de A.J. Irwin n° 1 de 1914.

« The goral in Siam » article de C. Boden-Kloos, volume VI – 1 de 1923      

« Ecology of the goral » article de Rattanawat Chaiyarat, volume 47 de 1999

 

« Does the goral (Naemorhedus) inhabit Laos or Vietnam ? » article de Galbraith, volume 31-38 de 2012.

Notons que depuis son premier numéro en 1914 jusqu'au dernier publié en décembre 2013 partiquement toutes les livraisons de cette savante revue (plus de 100) ne parlent que de découvertes de petits animaux inconnus, grenouilles, rats, coléoptères, petits mamifères, etc ...

(6) David Brugière et Philippe Chardonnet « Découverte et extinction du kouprey, une histoire empreinte de mystère » d'où provient cette photographie :

 

Kouprey-copie-1

Partager cet article

Repost0
22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 03:02

trefleLes Thaïs croient encore fermement en la vertu bénéfique ou maléfique de certaines plantes. Ces croyances ne sont évidemment pas spécifiquement asiatiques : Ne citons que notre fameux trèfle à quatre feuilles dont chacun sait qu’il est un incontestable porte bonheur (1). Nous devons à Phya Anuman Rajathon, l’incontournable spécialiste du folklore siamois (2) une fort passionnante étude intitulée « Some siamese superstititon about trees and plants » (« Quelques superstitions siamoises sur les arbres et sur les plantes ») (3).

Nous apprenons ainsi que certaines plantes ou certains arbres doivent ou ne doivent pas être cultivés à proximité de la maison. Mais ce que Rajathon considère systématiquement comme une superstition (avec peut-être parfois une certaine pointe d'ironie ?) relève parfois peut-être aussi d’un grand bon sens, fruit d’une expérience multiséculaire ? C’est la raison pour laquelle nous préférons parler de traditions. Jugez-en.

 

***

 

Le premier arbre de sa liste est le เต่าร้าง (taorang)  connu sous le nom scientifique de caryota mitis palmae. Ce très beau palmier décoratif aux feuilles facilement reconnaissables

 

 

TawnyPalmfly_FishTail_Palm_01_t.jpg

 

porte de très belles grappes de baies. Notre auteur attribue son caractère maléfique au fait que la dernière syllabe de son nom, ร้าง (rang) signifie en thaï « déserté » ou « abandonné ». L’explication est (peut-être ?) fuligineuse. Ces fruits sont hautement toxiques et leur contact avec la peau peut provoquer de graves brulures.


Taorang-fruits.jpg

 

L’arbre ne présente donc aucun autre intérêt que d’être décoratif, ce qui n’était certainement pas le souci primordial des Siamois du siècle dernier, il n’a aucun intérêt économique et surtout présente de graves dangers pour ceux qui seraient tentés (les gamins notamment) d’aller cueillir et gouter ses fruits (4).

 

สละ

sala.jpg

 

et ระกำ  

 

rakan.jpg

 

(sala et rakam) connus sous le nom scientifique de Sallacaet wallichiana palmae sont deux arbustes qui se ressemblent beaucoup. Ils sont tous deux épineux et les Thaïs n’aiment en général pas cultiver des épineux à proximité de leurs maisons. Ils sont donc considérés comme porteurs de malchance. Cela vient-il de leur nom ?  สละ signifie « abandon » et ระกำ « misère » ? Tout au plus profitera-t-on de leurs branches épineuses pour édifier une haie vive. Mais le goût du lucre pouvant l’emporter sur la terreur superstitieuse, leurs fruits sont appréciés et ont une valeur marchande, on va donc les cultiver, mais loin de la maison.

 

sala-fruits.jpg

 

โศก (Sok) alias Saraka indica porte un nom maléfique : โศก c’est la « tristesse » ou l’ « angoisse »,


      saraka 

 

il est donc hors de question de le laisser croitre près d’une habitation, cela porterait malheur, d’autant (et surtout) que ses fruits amers ne sont pratiquement pas comestibles.

 

 

saraka 2

 

ลั่นตม (Lanthom) alias frangipani, notre frangipanier est considéré comme l’arbre des pagodes ou l’arbre des temples. Nous sommes là dans le domaine d’une superstition dont l’origine est difficile à déterminer. Nous connaissons tous ce très bel arbre, aux belles et odorantes fleurs blanches

 

frqngipqnier-blanc-copie-1.jpg

 

ou rouges.

frangipanier.jpg

 

Pourquoi a-t-il ou aurait-t-il un caractère maléfique et ne doit-il être planté que dans l’enceinte des temples ?  Pour Phya Anuman Rajathon, c’est tout simplement parce que son nom de ลั่นตม (Lanthom) est étrangement similaire et a une prononciation très proche du mot ระทม (rathom) qui signifie « agonie » (5).


กระดังงา (Kradanga) ou Canagium odoratum est connu sous le nom commun de Ylang-ylang. Cet arbre n’a, en soi, rien de maléfique mais il y a deux bonnes raisons pour ne pas le planter à proximité d’une habitation bien que l’on extraie de ses fleurs


Ylqng fleur

 

une très précieuse huile essentielle.


 

ylang.jpg

 

Son bois est tendre et peut facilement de briser à la première tornade venue et détruire le toit de l’habitation, la seconde est que ses fruits


ylang fruitd

 

sont un régal pour les corbeaux dont les croassements sont moins agréables à entendre que le chant du rossignol.


จำปี et จำปา (Champi et Champa) michelia  et champaka  sont deux variétés d'un arbre portant l’un des fleurs blanc crème

 

จำปี blanc

 

et l’autre des fleurs jaunâtres

 

jampa

 

très utilisées en décorations florales. Les deux types d'arbres ont un bois tendre et sont susceptibles d'être rompu facilement, donc ils ne sont pas cultivés près d'une maison pour la même raison que l’ylang-ylang.


รัก (rak) ou encore ไม้พุ่ม (maïphoum) c’est le  Calotropis gigantea.

 

Calotropis-gigantea-Plant

 

Un bien joli nom (rak, c’est l’amour) mais son utilisation (passée) explique facilement la raisons pour laquelle il est maléfique de le cultiver à proximité d’une maison : On faisait autrefois de ces fleurs des guirlandes utilisées pour mettre autour du cou des prisonniers et des criminels que l’on conduisait sur le lieu de leur exécution. L’arbre pousse donc en dehors des zones cultivées proches des habitations, Mais il est permis d’en faire des compositions florales lors des crémations ou maintenant des guirlandes à mettre autour du cou des mariés en raison du nom de la fleur.


ชบา (Chaba)  c’est l’Hibiscus rosa sinensis, notre hibiscus. Nous connaissons tous ces arbustes qui poussent facilement chez nous.

 

chaba

 

Ses fleurs avaient autrefois une utilisation humiliante que Phya Anuman Rajathon lui-même n’a connue que par ouï-dire : une femme adultère était punie en étant exposée au public sur un pilori avec des fleurs de Chaba rouges autour des oreilles. De même les condamnés à mort pour les crimes les plus abjects étaient conduits au lieu d’exécution avec une fleur d’hibiscus derrière l'oreille.  


นางแย้ม (Nang yèm) ou Clerodendrum fragans est un arbuste aux fleurs odorantes que l’on ne plante pas à proximité des maisons malgré son caractère décoratif : la raison en est simple : Il possède des racines rampantes et envahissantes qui se répandent sous le sol, étranglent et étouffent celles des plantes bénéfiques et peuvent endommager les fondations de la maison.

 

NANGYEM

 

Par ailleurs, en vieillissant, là, nous retrouvons la raisons superstitieuse, la plante de transforme en « phi » maléfique qui troublera la tranquillité de la demeure.


สารภี (saraphi) ou สร้อยภี (soiphiou Ochrocarpus siamensis , พิกุล (Phikoun) ou Mimusops elengi, จัน (Chan) ou Diospyros paokmanil. 

Voila trois plantes que l’on ne peut cultiver dans l’enceinte de la maison à peine de s’attirer les plus grands malheurs, elles sont réservées aux temples et aux palais royaux

La première porte pourtant des fleurs odorantes et des fruits comestibles,

saraphi

 

la seconde porte également des fleurs très parfumées en forme d’étoile,

pikoun

 

et la troisième des fruits jaunes qui, à maturité ressemblent la lune, d’où son nom (จันทร์ prononcé chan, c’est la lune). 


 

CHAN.jpg

 

Elles ont en outre toutes trois des vertus médicales, fleurs, graines ou écorce (6). Est-ce en raison de ces grandes vertus que leur usage est réservé aux grands de la terre ? Phya Anuman Rajathon ne nous l’explique malheureusement pas.


มะละกอ (malako), Carica papaya notre papayer.

 

PAPAYER.jpg

 

Maléfique, le papayer ? Maléfique,  l’arbre dont le fruit vert permet à nos épouses de cuisiner amoureusement leur délicieux somtam encore meilleur si l’on y pile du crabe de rizière pourri ?

 

 

somtam.jpg

 

Maléfique, évidemment non, mais il est déconseillé de le planter dans l’enceinte de la propriété tout simplement parce que l’arbre est dépourvu d’écorce et peut se déraciner à la première tornade, un conseil de prudence tout simplement.


พุทธรักษา (phutharaksa) canna , c’est évidemment notre très beau canna aux fleurs magnifiques. Son nom interdit à certaines personnes pieuses de le planter autour de la maison, il signifie en effet « la protection de Bouddha ».

 

phutahraksa

 

โพ (po), le ficus religiosa est celui sous lequel Bouddha, en méditant, a trouvé l’illumination.

 

ficus

 

Il n’est pas convenable de le cultiver chez soi mais il doit se trouver dans l’enceinte des temples. Quand un voyageur en voit un au loin (c’est un grand arbre !), il sait ainsi qu’un temple est proche où il pourra trouver un sala pour s’abriter et un bol de riz pour se nourrir.


นุ่น (Nun),  Ceiba pentendra c’est le kapok. C’est évidemment un arbre utile, mais on ne doit pas le planter à proximité d’une maison.


NUN

 

La raison en est simple, il peut atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur et un diamètre qui peut aller jusqu’à trois mètres. Conseil de prudence évidemment, des tonnes de bois qui peuvent s’effondrer sur le toit de la maison, et un risque multiplié par 100 d’attirer la foudre en cas d’orage violent  (7).


งี้ว (Ngio) ou พืช (phut) le Bombax malabaricum malvaccae est le cotton tree,  l’arbre à coton.


405px-Bombax-ceiba-Hong-Kong-12

 

Il en existe diverses espèces, mais toutes considérées comme maléfiques si elles sont plantées dans l’enceinte d’une demeure. Il n’est pourtant pas sans utilité ; les noyaux secs de sa fleur sont un ingrédient essentiel dans la confection de la soupe de nouilles épicée dans les régions du nord, mais son bois est tendre, il n’a aucune valeur économique et on l’utilise (utilisait ?) seulement pour fabriquer les cercueils des pauvres. Sa taille, pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres, suscite évidemment les mêmes conseils de prudence que pour le kapok.


Avec les ตะเคียน (takian) hopea odorata et ยาง (yang) ou ยางนา (yangna)  Dipterocarpus alatus, nous allons rencontrer des arbres véritablement maléfiques qu’il est hors de question de planter aux environs de la maison.


YANGNA-copie-1.jpg

 

Ils abritent en effet des esprits, un esprit mâle, moitié phi moitié thévada et un esprit femelle (นางตะเคียน nangtakian) (8), que l’on peut comparer à une nymphe. Il n’est donc pas question de les abattre (quoique leur bois n’ait pas grande utilité) sans effectuer des offrandes à ces esprits.

 

NANGTAKIAN.jpg

 

Nangtakian est une jeune fille d’une grande beauté qui se met à pleurer si l’on touche à son refuge. Les risques sont grands, elle peut infliger à celui qui ne respecte pas sa demeure toutes sortes de misères, essentiellement des ulcères. Une croyance superstitieuse, peut-être, mais qui rejoint un souci primordial, celui de préserver la forêt.


พุทรา (phutsa) Zizyphus jujuba ressemble peu ou prou à notre jujubier  du pourtour méditerranéen.

 

jujubier.jpg

 

Ses branches épineuses (9) peuvent empêcher le passage des mauvais esprits (on les coupe à cette fin pour les placer en travers de la porte en cas d’accouchement) mais il ne doit toutefois pas être cultivé près d’une maison. La raison nous en a semblé évidente, Phya Anuman Rajathon nous dit que ses fleurs ont une « odeur nauséabonde étrange »

 

fleur-de-jujubier.jpg

 

mais il est (respectueusement) permis de penser que ce citadin ne l’a pas souvent reniflée. Elles contiennent une substance volatile nommée scatole, l’étymologie est parlante, elles vont donner un fruit délicieux

 

jujube3.jpg

 

mais elles sentent la m….e, une odeur beaucoup plus pénétrante dans les climats tropicaux que sous le climat méditerranéen. Lorsque l’arbre est en fleur, cette odeur attire irrésistiblement des nuées de ce que nous appellerons pudiquement des muscae merdae.

mouches_a_merde_dessin.jpg

 

Voila une bonne raison pour tenir cet arbre éloigné de la maison !


มะยม (mayom) phyllanthus distichus  euphobiaceaea, voila un arbre porteur d’un fruit très acide dont les moines utilisent les branches pour procéder aux rituels d’aspersion en sorte qu’il n’est pas séant de le laisser pousser près d’une maison.


MAYOM.JPG

 

Pour Phya Anuman Rajathon, c’est l’arbre (มะ ma) de ยม yom qui est dans la tradition indouiste le dieu de la mort. Il abrite donc des « phi » associés au dieu de la mort.


มะรุม (marum) moringa  oleifera maringaceae. Cet arbre porte des gousses ressemblant à des baguettes de tambour.

 

marum04.jpg

 

Certains refusent de la cultiver dans l'enceinte de leur maison. Pour Phya Anuman Rajathon cela tient à son nom qui ressemble à มารุม, littéralement « venir- encercler », le planter va attirer dans la maison une foule de parasites et de pique-assiettes.


กล้วยตานี  (kluaythani), le dernier analysé par notre auteur est un bananier qui porte des fruits délicieux mais assez désagréables à consommer car ils comportent des pépins.

 

banane.jpg

 

On le cultive toutefois volontiers pour ses feuilles dont la qualité (emballages, paniers) est meilleure que celles des autres bananiers. Mais on ne le cultive pas près de la maison, il est habité par un esprit femelle, une นางตานี (nangthani) qui a mauvaise réputation.


NANGTHANI.jpg


***

Ces « bons conseils » nous semblent relever surtout et pour la plupart d’un bon sens populaire fruit de l’expérience (10) plus que de traditions superstitieuses à moins que le bon sens n’ait été lentement transformé en superstitions ?

 

***

Pour ceux que ces questions intéressent, nous vous conseillons la lecture des trois articles magnifiquement illustrés de notre ami responsable du site ami « Merveilleuse Chiangmaï » :


http://www.merveilleusechiang-mai.com/maison-kale-33-712-lemplacement-des-arbres-autour-dune-maison-kale-sudest

http://www.merveilleusechiang-mai.com/maison-kale-43-812-lemplacement-des-arbres-autour-dune-maison-kale-sud

 http://www.merveilleusechiang-mai.com/maison-kale-53-912-lemplacement-des-arbres-autour-dune-maison-kale-sud-ouest

 


 

______________________________________________________________________

 

Notes


(1) Cette croyance proviendrait du fait qu’il est une rare dégénérescence de l’original à trois feuilles.

 

800px-Alfa_Romeo_RL_Targa_Florio.jpg

 

Mais tous ceux qui ont arpenté les champs et les prairies de notre pays savent qu’on le trouve sans trop de difficultés. Nous pourrions citer de même le fruit du marron d’Inde, combien de vieux provençaux en portent deux dans une poche ?

 

marron17-300x200.jpg

 

Ils savent qu’ils échapperont ainsi aux rhumatismes et aux hémorroïdes. De même encore, et nous en resterons-là, le fenouil sauvage, ingrédient indispensable à la bonne cuisine provençale doit être cueilli impérativement la nuit de la Saint Michel (29 septembre) pour conserver son arôme tout au long de l’année.


fenouil.jpg

 

(2) Nous l’avons déjà cité d’abondance dans notre article sur les « phis » : A151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des "Phi” ».


(3) Article publié dans le journal de la « Siam Society » volume 49-1 de 1961. Cet article est reproduit servilement plusieurs fois sans la moindre indication d’origine sur divers sites Internet relatifs au même sujet. Nous avons même eu la surprise d’en trouver un qui ne craignait pas d’assortir son article, simple copier-coller, d’un superbe © « tous droits réservés ».


(4) Cette toxicité provient de l'acide oxalique

 

acide.jpg

contenu à haute dose dans ses fruits aussi dangereux à l’ingestion qu’au contact avec la peau bien qu’il ne le soit pas à doses infimes (on en trouve en particulier dans l’oseille). Ce tabou est donc le fruit du bons sens et de l’expérience, lesquels peuvent aussi d’ailleurs être partagé par les animaux : Tous nos bergers et surtout leurs brebis et leurs chèvres connaissent la « rue » (rutaceae) qui a très certainement des vertus abortives : Lorsqu’une brebis va brouter une fleur de rue le berger la laisse faire : c’est qu’elle sent en elle la venue d’un agneau mal formé.


 rue.jpg

 

(5) Cette superstition n’est pas propre à la Thaïlande, on la retrouve en Indochine où - autre explication - l’arbre est censé être toujours habité par l’esprit de jeunes filles mortes dans leurs jeunes années. Il est donc réservé aux temples : voir J. Pouchat « Superstitions annamites relatives aux plantes et aux animaux », In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. »  Tome 10, 1910 pp. 401-408 et pp. 585-611.


(6) Voir en particulier le site

http://thaiherbtherapy.com/Herbs/Herb_Pigun.html

 

(7) Tous les chasseurs, pécheurs ou bergers savent qu’en cas d’orage violent, s’abriter sous un grand arbre isolé qui attire irrésistiblement la foudre multiplie de façon exponentielle les risques d’être foudroyé.


foudre-arbre.png

 

(8) Ces esprits de la forêt femelles sont connus sous le terme générique de นางไม้ (nangmai).


nangmai.jpg

 

(9) Selon la tradition, le couronne d’épines du Christ aurait été tressée avec des branches de jujubier.


couronne.jpg

 

(10) « Le bon sens du maraud quelque fois m’épouvante » (Piron « la métromanie »).

Partager cet article

Repost0
1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 03:00

titreLa croyance en des êtres surnaturels est "innée" chez l'homme.

Les Thaïs qualifient ces êtres surnaturels du terme générique de ผี « phi » (1). La traduction que l’on retrouve dans la plupart des lexiques ou dictionnaires, « fantôme » ou « esprit » est sinon mauvaise du moins très largement insuffisante.

 

Ce sont « Des choses que les être humains croient exister sous une forme mystérieuse, que l’on ne peut pas voir mais qui ont parfois un corps » (2).

 

Il existe chez les « phi » comme chez les être humains, en quelque sorte (même si la comparaison est hasardeuse), des anges et des démons, des bons et des mauvais (3).

 

Selon Anuman Ratchathon, ces croyances proviendraient des contacts entre les Thaïs et les Khmers hautement « hindouisés » au 12ème siècle. Il est beaucoup plus probable qu’ils appartiennent à la tradition fondamentale que l’on retrouve dans toutes les civilisations depuis des milliers sinon des dizaines de milliers d’années.

 

anuman.jpg

 

Au 12ème siècle, le « phi » n’est pas un être mystérieux, voir la célèbre inscription de  Ramkamhaeng daté 1283 faisant référence au roi des Khmers de l'époque comme ผีฝ้า « phi fa », littéralement « phi céleste ». C’est le roi divin, un qualificatif que les rois siamois adopteront par la suite.

 

Quelques siècles plus tard, le sens du mot change, le « phi », (un ou une puisqu’ils sont sexués) ;  เทพ thép ou เทวดา théwada (le mot vient du sanscrit) « celui qui brille », traduisons-le faute de mieux par « créature céleste ».

 

thevada

 

Dans notre quotidien, un « phi » sera plutôt mauvais, tantôt fantôme, tantôt démon, tantôt mauvais esprit, mais pas toujours « pur esprit » puisqu’il leur arrive de se matérialiser, et un bon « phi » sera plutôt qualifié de théwada.

 

Néanmoins, le sens originaire n’est pas complètement obsolète. Nous le retrouvons dans quelques expressions : une mauvaise action commise en secret reste inconnue des hommes mais pas du « phi » (ผีบอก phibok le phi le sait) qui apparait alors (toujours une comparaison hasardeuse) comme un ange gardien. Le groupe Carabao a consacré une chanson au phibok.

 

 

 

 

Il en est de même pour un sorcier qui utilise une formule magique qui doit rester secrète pour rester efficace, la formule est phibok, elle lui a été donnée par un phi - thevada

 

La ligne de démarcation entre les dieux et les démons est beaucoup plus difficile à faire que dans notre tradition biblique ! Il y a en effet de mauvais dieux et de bons démons.

 

เจ้าผี chao phi

 

A tout seigneur, tout honneur ! C’est « le seigneur phi », tout autant phi que théwada. Dans l’imagination populaire, il vit dans des lieux isolés, forêt ou zone désertique, tous lieux peuplés d’autres phis le plus souvent néfastes. On trouve toujours (encore aujourd’hui) placé bien en vue à l’entrée de ces lieux un sanctuaire édifié par les villageois qui viennent faire des offrandes au chao phi pour lui demander sa protection. Il est le gardien tutélaire des lieux, appelé selon les circonstances เจ้า พ่อ chao pho ou เจ้า แม่ chao mè, le père ou la mère.

 

sanctuaire

 

La langue thaïe est d’une richesse infinie en matière de pronoms personnels, il en est un singulier ici : Quand on s’adresse à eux, on ne se qualifie pas de « je » mais de  ลูก ช้าง louk chang, « petit éléphant ». L’origine de cette expression singulière nous est donnée par Anuman Ratchathon ; son explication est séduisante. Elle vient d’un temps (probablement l’époque proto historique) où les plaines siamoises étaient ravagées par des hardes d’éléphants qui détruisaient les cultures sans que les paysans ne puissent rien faire. L’invasion éléphantesque serait la punition de ceux qui avaient été négligents à remplir leurs devoirs à l’égard du chao phi.

 

Lorsqu’on pénètre dans la forêt, on doit avant toute chose rendre hommage au chao phi devant son sanctuaire et lui demander l’autorisation de tuer du gibier ou de couper des arbres. Cette requête se fait sous une forme singulière avec un bâton planté dans le sol dont l’extrémité forme un crochet. Pourquoi un crochet ? En thaï, un crochet se dit ขอ kho, mais ce mot est aussi une manière courtoise de demander. Le bâton doit rester planté la nuit, s’il est encore là au matin la permission est accordée (4). Quand on a la certitude qu’elle l’a été, alors on peut aller dans la forêt abattre des arbres ou tuer du gibier, mais uniquement pour les besoins familiaux. De retour on offrira au chao phi une partie du gibier, en général les oreilles.

 

Le chao phi ne donne pas toujours cette autorisation, selon la saison, puisque la végétation doit croitre et le gibier se reproduire. Passer outre à cette interdiction suscitera la colère du chao phi qui punira le coupable de maladies graves. Voilà bien une forme ancestrale du respect que nous devons à la nature. De thévada, le seigneur de la forêt deviendra un phi malfaisant !

 

Ce seigneur de la forêt prend en d’autres lieux le nom de chao pa (เจ้าป่า pa c’est la forêt) ou de chao khao si nous sommes en montagne (เจ้าเขา khao c’est la montagne), chao thalé (เจ้าทะเล) pour la mer, etc …

Ces esprits voyagent le jour entre midi et deux heures de l'après-midi. Il faut donc à ce moment-là s’arrêter de peur de leur marcher involontairement sur les pieds, une bien belle justification de la nécessité d’une sieste reposante, d’autant que la punition infligée par la colère du chao sera l’insolation.

 

Les phi malfaisants

 

Ne citons que les plus connus :

 

Phi Krasu ( ผีกระสือ)

 

C’est la pire, un véritable démon femelle, une vieille femme affreuse, équivalente de nos sorcières. Elle vit au milieu des humains mais évite tout contact avec eux. Ses goûts sont singuliers, elle ne se nourrit que de victuailles volées, de poisson et d’excréments humains. Elle ne sort que la nuit, en laissant la plus grande partie de son corps à la maison, elle ne déplace en effet que sa tête et ses entrailles.

 

krasu

 

Elle laisse toutefois une trace phosphorescente. Si le terme de krasu n’a pas de sens particulier, il a toutefois donné son nom au ver luisant (หนอน กระสือ nom krasu)

 

ver luisant

 

ou à une espèce de lanterne sourde (โคม กระสือ khom Krasu)C’est à l’époque de l’accouchement qu’elle manifeste sa malignité chez les humains, attirée par l’odeur du sang ou par d’autres odeurs plus ou moins nauséabonde. Il est essentiel d’interdire son entrée dans la maison en conservant une propreté absolue pour éviter les mauvaises odeurs et en barrant symboliquement l’entrée de la maison à l’aide d’une plane épineuse et avec un « cordon sacré » (สายสิญน์ saïsin)

 

saisin

 

portant des caractères magiques, faute de quoi elle pénétrera dans la maison à l’heure où tous sont endormis. Elle entrera alors furtivement dans le corps du nouveau-né pour lui dévorer les entrailles jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, vorace, insatisfaite de ce hors d’œuvre, elle pénétrera ensuite dans le corps de la mère pour se régaler de ses entrailles. Celle-ci va alors dépérir et ce démon ne quittera son corps qu’après sa mort !

 

Il subsiste dans le langage familier quelques expressions qui ne sont pas encore obsolètes, qui nous rappellent cette infernale créature : On est vorace comme une phikrasu (กินเมือนผีกระสือ kinmuankanphikrasu), si on est anémié, on est maigre comme une personne aspirée par une phikrasu (ผอมเมือนผีกระสือ phomuanphikrasu) ou encore les rhizomes phosphorescents d’une plante locale (ไพล plaizingiber casumuna) sont appelés wankrasu (ว่านกระสือ)

 

plai-500x500

 

Lorsqu’elle n’a rien trouvé à voler et n’a pas trouvé non plus de poisson, elle se régalera d’excréments humains. Elle va alors (car elle est propre) s’essuyer la bouche avec le premier linge suspendu qui lui tombe sous la main. Il faut donc être extrêmement attentif au séchage du linge : le jour au soleil, mais jamais la nuit. Si par hasard le linge est resté étendu à l’extérieur et qu’au matin on y trouve des taches de couleur ocre, ce n’est pas de la moisissure, il a été pollué par la phi krasu. Il faut alors le faire longuement bouillir, elle se tordra de douleur et plus long sera le traitement et plus elle souffrira. Elle apparaitra alors soudain sous sa forme humaine et proposera à la personne de lui acheter son linge !

Mais lorsqu’une personne est connue comme phi krasu, on ne la fera pas périr sur le bucher comme une sorcière de chez nous, on se contentera d’éviter tout contact avec elle. Elle en profite d’ailleurs, car lorsqu’elle marchande chez un commerçant, celui-ci accepte facilement son offre de peur de s’attirer ses maléfices.

Elle doit enfin, pour éviter de mourir dans d’atroces douleurs (car elle est mortelle), réussir à cracher dans la bouche d’une personne qui acceptera d’être son héritier. Celle-ci deviendra à son tour phi. Si elle ne trouve pas de volontaire, elle n’a pas d’autre ressource que de cracher dans la bouche d’un chat dont on ne sait par contre pas s’il devient phi ou non ?

 

Anuman Ratchathon a connu dans son enfance une vieille femme qui avait la réputation d’être phi krasu et il prenait ses jambes à son cou dès qu’il la voyait de loin !

 

Phi krahang ผีกระหัง 

 

C’est le mâle de la phi krasu. On sait malheureusement peu de choses sur lui. On sait qu’un adepte de la magie peut se voir pousser des ailes et être capable de voler.

 

krahang

Il devient alors Phi krahang. Il perd ses jambes qui sont remplacées par deux longs pilons (สากตำข้าว saktamkhao)

 

pilon

 

et il lui pousse une petite queue sous forme d’un petit pilon (สากกะเบือ sakkabua).

 

oetit pilon

 

 

Nous savons aussi qu’il se nourrit de la même façon que la phi krasu et qu’il ne laisse personne lui caresser le fondement pour ne pas dévoiler sa véritable nature. C’est un malfaisant lui aussi mais la manière dont il exerce ses maléfices est mal connue.

 

Phi phong ผีโพง

 

phipong

 

Ils sont de la même espèce que les précédents mais plus spécialement implantés dans le nord-ouest et dans le nord-est. Pour Anuman Ratchathon le mot phong est une déformation du mot โพลง phlong qui signifie « brillant ». Ils se nourrissent de la même façon que leurs confrères krasu et krahang et comme eux, scintillent la nuit. C’est l’utilisation de plantes médicinales magiques rendant invulnérable qui vous transforme en phi phong, un état contagieux, puisque toute personne sur laquelle crache le phi phong devient phi phong à son tour. Il utilise une procédure tout à fait particulière pour jeter ses maléfices : il doit jeter sur le toit de la personne un ไม้คาน mai khan,

 

maidan

 

ce bâton en bambou qui permet de porter des charges sur les épaules, mais il est indispensable que ce bâton ait appartenu à une veuve faute de quoi le maléfice ne joue pas. S’il réussit, c’est tout simplement la ruine !

Il sort les nuits de pluie pour chercher la même nourriture que les krasu et les krahang en émettant lui aussi des scintillements. Les mêmes précautions sont requises lors d’un accouchement.

 

Les phi « archaïques »

 

La législation thaïe archaïque fait référence aux phi krasu, aux phi krahang dont nous venons de faire la connaissance, et à deux autres sortes de phi, les phi chamop (ผีชมบet les phi chakla (ผีจะกลา).

 

chamop

 

 

Cette législation  a en effet été compilée par notre auteur et prévoit les procédures nécessaires au traitement de ces phi. Elle interdisait de mettre à mort une personne convaincue d’être phi, ordonnait des punitions à l’encontre de ceux qui accusaient injustement une personne d’être phi. Si les deux premiers sont bien connus, nous ignorons actuellement tout des caractéristiques des chamop et des chakla. Sont-ils devenus obsolètes ?

 

Phi ka ผีกะ, phi de Chaing-maï

 

phika 2

 

Ce seraient des phi à apparence humaine reconnaissables parce qu’ils agitent les yeux en permanence. Ils sont aussi voraces que les krasu et les krahang. Lorsqu’une personne se fait ronger les entrailles par un phika, elle doit faire appel à un médecin spécialisé en phi, un หมอผี mophi. Celui-ci doit battre son patient avec un bâton magique (notre baguette magique ?) ou le piquer en différents endroits du corps avec un couteau tout aussi magique. C’est un véritable exorcisme au terme duquel le phi sort du corps de sa victime.

 

Phipop ผีปอบ, phi du nord-est.

 

phiphop

 

C’est, semble-t-il, le nom local du précédent ? La procédure d’exorcisme est la même. Nous savons en outre que lorsqu’une personne est soupçonnée d’être phipop, elle ne finit pas sur le bucher mais est bannie du village avec sa famille. Il arrive que ces expulsions concernent plusieurs personnes qui vont alors au loin former un village de phipop. Existe-t-il encore des villages de phipop (บ้าน ผีปอบ) ? Certains le croient :

 

village.JPG

 

Nous avons au moins trouvé un ouvrage qui confirme l’existence de ces deux phi du nord : « Les phiphop et les phika existent bien » :

 

phika

 

Les phi – fantômes 

 

Si nos phis coprophages et mangeurs d’entrailles paraissent pouvoir se rapprocher de nos ogres, ces trois-là entreraient plutôt dans la catégorie des fantômes. Ce sont les phi tai hong (ผีตายโหง),

phitaihong

 

les phi tai thang klom (ผีตายทั้งกลม)

 

phitaiklom

 

et les phi dip ผีดิบ.

 

phidip

 

Une personne qui meurt d'une mort violente deviendra phi tai hong et une femme qui meurt avec son enfant pendant l'accouchement va devenir phi tai thang klom. Habituellement le cadavre d'une personne décédée de mort violente n'était pas incinéré comme un cadavre ordinaire mais seulement enterrée et devenait alors phi dip.

 

Ces phi là s’attaquent plus volontiers aux femmes. La victime commence à pleurer sans cause apparente tout au long du jour et de la nuit. Suivent ensuite des symptômes de folie, les yeux brillent, la personne s’agite comme une forcenée et griffe tout ceux qui l’approchent, elle a des forces surhumaines et ne fait que des gestes incohérents, elle est possédée par un phi qui se venge probablement du mal qu’elle lui a fait antérieurement ? Il faut donc faire appel à un médecin spécialiste en phi qui se livre là encore à une véritable cérémonie d’exorcisme à l’égard d’une femme qui semble manifester les signes d’une maladie mentale ?

 

Mais le phi tai thang klom n’a pas que des vertus maléfiques :

 

Quand une femme morte après accouchement est enterrée, ceux qui ont des dons pour la magie doivent se rendre au cimetière au milieu de la nuit, de préférence le troisième jour après la mort de la femme. Ils déterrent le cadavre en prenant la précaution d’entourer les lieux d’un fil sacré et de prononcer de mystérieuses incantations en allumant des bougies, qui interdiront à l’esprit de la défunte de s’échapper. Une bougie est appliquée sous le menton de la morte sous lequel est placé un récipient en forme de bateau qui reçoit des ruissellements d’huile. Cette huile macabre est placée dans un pot de terre. Lorsque quelques gouttes en sont ensuite répandues sur une jeune fille, celle-ci devient follement amoureuse de celui qui l’en a barbouillée. C’est un infaillible filtre d’amour, nam man phraï (น้ำมันพราย).

Les filtres d’amour qui sont toujours vendus sous ce nom ont, souhaitons-le, une composition différente ?

 

namprai

 

ผีผราย phi phrai, un fantome maléfique.

 

 phiprai

L'esprit d'une femme qui meurt pendant l'accouchement est appelée phi phraï et si l’enfant est mort, il devient également phiphraï. Ce sont de redoutables phi. Il y a diverses procédures magiques pour empêcher ces malheureux de devenir phiphraï.

Elles sont décrites en détail dans une œuvre romanesque ancienne et toujours célèbre de la littérature thaïe, connue sous son titre de « Khun Chang Khun Phaen » (ขุน ช้าง ขุนแผน).

 

khonchang

 

ผีเปรต phi phret, un phi vampire.

 

phipret

 

 

C’est encore un fantôme maléfique également affamé. Ce serait une tradition hindoue selon laquelle, après la mort, nous continuons à avoir faim. Si aucune offrande sous la forme d'une boule de riz et d'eau n’est offerte chaque jour pendant les dix premiers jours après la mort de la personne, son esprit subira la faim et deviendra un phi agité et malfaisant.

Il en existe douze espèces. La plus populaire est celle d’un phi à forme humaine grand, décharné, émacié, cheveux en broussaille, une bouche minuscule pas plus grande que le chas d’une aiguille, une immense langue pendante. Il ne se nourrit que de pus et de sang. Il habite les cimetières et se plait à sortir la nuit pour effrayer les honnêtes gens.

C’est aussi le sort obligé d’une personne qui a commis de graves péchés dans sa vie terrestre.

 

Dans le roman «  Khun Chang Khun Phaen » un chapitre est consacrée à Wanthong, une héroïne devenue phi phret.

Dans le sud du pays, une fête en l’honneur des phiphret est toujours régulièrement célébrée en septembre (ชิงเปรต).

 

fete

 

ผีห่า phiha,  ผีป่า phipa,  phi inclassables

 

Ces deux-là n’ont pas de forme humaine.

 

ผีห่า phi ha

 

ผีห่า

 

C'est le phi des maladies épidémiques, notamment le choléra. Ils sont, en cas d’épidémie généralisée, accusés d’en être responsables. Seules des pratiques magiques permettent d’échapper à leur emprise.

 

ผีป่า phi pa

 

phipa

 

C’est le redoutable et redouté phi de la forêt ou jungle. Il en existe de nombreux types qui ne viennent eux aussi dans les villages que sous forme d’épidémie. Ils viennent, généralement sous la forme de la maladie épidémique. On les prétend venir sous forme d’un nuage de papillons qui viennent de village à village transmettre le mal.

 

ผีกองกอย phi kong koi, le phi unijambiste

 

phiunijambiste

 

Il n’a qu'une jambe et se déplace en sautillant. Il vit en forêt et ne sort que la nuit. Nul ne l’a jamais vu, on ne connait que son cri « kong koi kong koi ». Il a la réputation de venir sucer le sang des voyageurs qui dorment la nuit dans la jungle, encore un phi vampire.

 

ผีโป่งค่าง phi poang khang, le phi amateur de sel

 

phi amateur de sel 

Celui-là affectionne les lieux où se trouvent des gisements de sel de terre. En réalité, le khang est une espèce de lémurien à longue queue. Il aime lécher les blocs de sel mais également aussi sucer le sang des personnes qui dorment dans la forêt.

 

ผีเรือน phi ruan, l’esprit de la maison

 

C’est le génie tutélaire de nos demeures, l’esprit de la maison. Il est parfois aussi appelé «phi pu ya ta yai » ผีปู่ย่าตายาย, « pu ya » sont les grands-parents paternels et « ta yai » les grands-parents maternels. Mais dans le nord-est, il devient simplement « phi pu ya », indiquant que seuls les grands-parents paternels sont reconnus comme des esprits ancestraux. Quoique les phi et les humains ne doivent pas coexister, il habite, invisible, la maison. Il s’occupe de notre bien être. Il doit avoir sa place, l’autel domestique, où nous lui apportons nourriture et boisson. Il doit avoir ses cadeaux pour le nouvel an, bref, il est traité en membre de la famille. C’est un bon esprit.

 

autel

 

Pourquoi alors le qualifier encore de phi et non de thévada ? La raison en est simple, les ancêtres des nobles sont des théwada, ceux des roturiers restent des phi qui ne peuvent aspirer à l’honneur d’être qualifiés de théwada. La société siamoise était et reste verticale !

 

***

Certains seront peut-être enclins à sourire devant ces croyances d’un autre âge comme le font les thaïs de la ville ? Elles sont pourtant solidement ancrées dans l’esprit des thaïs de ce siècle. Les phis de toutes espèces font l’objet d’une invraisemblable quantité d’ouvrages « populaires », de bandes dessinées ou de films d’horreur. Il n’y a pas l’un de ces phis dont nous venons de vous parler et de tous ceux dont nous n’avons pas parlé auquel ne soit consacré des pages entières sur une multitude de sites Internet. Sans parler de photographies (?) dont l'auteur affirme avoir photographié un phi  (?)

 

photo

 

photos

 

 

ou de films qui font parfois la « une » à la télévison dont celui-ci qui nous montre une phikrasu :

 

 

 

***

 

Terminons en disant que les cas de « possession » par de mauvais phi nous semblent étrangement similaires aux possessions démoniaques de la Bible et de nos évangiles. Sans parler de la description terrifiante de ces démons dans l’Apocalypse de Saint Jean (XIII), les évangiles citent de nombreux cas de possession, Jésus chasse par exemple des légions de démons du possédé de Gérasène (Marc, 5 1-13) et donne à ses disciples le pouvoir de les chasser (Marc, 6).

Le rituel de l’exorcisme a été dépoussiéré par Jean Paul II en 1999 : « De exorcismis et supplicationibus quibusdam » et sa version française a été diffusée en 2006. Il est toujours applicable dès lors que l’hypothèse d’une maladie mentale est médicalement écartée (5). Il y a plus d’une centaine d’exorcistes en France seulement qui pratiquent annuellement plusieurs centaines de cérémonies (6).

 

exorcisme

 

Et on se souvient de l'aphorisme du grand Saint Bernard :

 

 « La plus grande ruse du démon est de faire croire qu’il n’existe pas ».

 

 

 

------------------------------------------------------------------------

 

Notes

 

(1)ผี se prononce « phi » (et non « fi » comme en français où ph est un duplicata de la lettre f, tribut inutilement payé aux étymologistes), le son p suivi selon la transcription officielle de la lettre « » marque une forte expiration et non pas une « aspiration » comme on le lit trop souvent : le français connait le h muet (présence inutile encore due à l’étymologie : l’homme) et le h répulsif qui interdit la liaison (les homards). Le h s’expire parfois (ha, ha, ha !) mais essayez-donc de rire en aspirant !

 

(2) Définition donnée par le dictionnaire de l’académie royale (édition 2002) qui en donne ensuite une très longue liste non exhaustive.

 

(3) Nous avons utilisé d’abondance l’article de พระยาอนุมานราชธน Phraya Anuman Ratchathon « The Phi » dans le journal de la Siam society, volume 41-2 de 1954. Né en 1888 et mort en 1969, il est l’un des premiers sinon le premier à avoir étudié le folklore thaï. Ces dates nous permettent de situer ses souvenirs d’enfance aux environs de début du siècle dernier.

 

(4) Une sympathique coutume, nous apprend encore Anuman Ratchathon bien qu’elle ne s’adresse pas au Chao phi : Si vous voyagez dans un lieu désert, fatigué et altéré et que vous tombiez sur un champ de melon qui vous permettra d’étancher votre soif ? Vous ne pouvez trouver le propriétaire du champ ? Il ne vous reste plus qu’à planter le crochet dans le sol et de déguster quelques melons !

 

(5) Voici le rituel français (extrait du site de « la Vie » :

http://www.lavie.fr/dossiers/exorcisme/le-rituel-d-exorcisme-officiel-de-l-eglise-catholique-26-01-2006-14701_208.php)

 

«Je te conjure, Satan, ennemi du salut des homme, reconnais la justice et la bonté de Dieu le Père, qui, par son juste jugement a condamné ton orgueil et ton envie;
Quitte ce serviteur (cette servante) de Dieu (ici on prononce le nom de la personne).
Le Seigneur l'a fait à son image, l'a paré de ses dons et, par miséricorde, l’a adopté comme son fils (sa fille). Je te conjure, Satan,
prince de ce monde, reconnais la puissance et la vertu de de Jésus-Christ, qui t'a vaincu dans le désert, a triomphé de toi dans le jardin, sur la croix, t'a dépouillé,
et, se relevant du tombeau, a transporté tes trophées au royaume au royaume de la lumière. Retire-toi de cette créature (ici on prononce le nom de la personne.)
En naissant, Il a fait d'elle son frère (sa sœur) et en mourant, Il l'a fait(e) sien (sienne), par son sang. Je te conjure, Satan, qui trompes le genre humain, reconnais l'Esprit de la vérité et de la grâce, qui repousse tes embuscades et embrouille tes mensonges;
Va-t'en de cet humain créé par Dieu (ici on prononce le nom de la personne)
Il l'a marqué du sceau d'en haut ; Retire-toi de cet homme (de cette femme) :
Dieu, par l'onction spirituelle, a fait de lui (d'elle) un temple sacré.
Retire-toi donc, Satan !  Au nom du Père, du Fils et et du Saint Esprit, retire-toi par la foi et la prière de  l'Église ; Retire-toi par le signe de la sainte Croix de notre Seigneur Jésus Christ, qui  vit et règne pour les siècles des siècles.  
Tous répondent : Amen.»

 

 (6) « Exorciste, un métier d’enfer », article de Louise Couvelaire dans « le Monde » du 10 janvier 2014.

 

 

Partager cet article

Repost0
18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 03:05

titreIl s’agit ici de relever les grandes lignes de la politique étrangère de la Thaïlande depuis la fin de la 2ème guerre mondiale et de comprendre la nouvelle donne régionale que l’ASEAN peut jouer dans cette politique, en nous « servant » des articles de Sophie Boisseau du Rocher et de Kajit Jittasevi, intitulés : « La Thaïlande  au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse ? » et « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIe siècle, Entre la quête de sens et la recherche d’une place dans le monde globalisé.», in « Thaïlande contemporaine ».* Leur étude s’arrête en 2010.

 

sophie 02


Notre article n’est nullement un résumé ou une lecture de ces deux études, et ne vise qu’à comprendre et partager ce qui a été compris. Sa crédibilité s’appuie néanmoins sur les idées et les analyses de ces deux éminents spécialistes.


Tout d’abord rappelons ce qu’est l’ASEAN.


ASEAN

 

L’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est. Elle a été fondée le 8 août 1967 à Bangkok par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, dans le contexte de la guerre froide, pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région.

La fin de la guerre froide en Asie du Sud-Est (retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge en 1989), permettra le Sommet de Singapour de 1992 qui se traduira par deux initiatives majeures :

  • L'instauration d'une zone de libre-échange : l'ASEAN Free Trade Area (AFTA), qui ne sera signé qu’en 2002, à cause de la crise financière de 1997.

 

46871230china-aseanbanner

 

  • L'élargissement à 10 membres de l'ASEAN avec l'entrée du Viêt Nam (1995), puis du Laos et de la Birmanie (1997) et enfin du Cambodge (1999).

L’Asean prendra une autre dimension avec la fondation de l’APT (L’ASEAN plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud) avec un accord cadre signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet.

 

free trade


On voit aisément  les  enjeux politique et économique pour les 10 pays de l’ASEAN, avec un  grand marché  de plus de 600 millions d’habitants, une forte progression démographique,  et avec un PIB  qui devrait atteindre ou dépasser celui de la France en dollars courants à l’horizon 2020, sans occulter l’hétérogénéité et les divisions de ces 10 pays en matière de développement et de démocratie.

                        -----------------------------

Revenons à la politique étrangère de la Thaïlande à la fin de la  2ème guerre mondiale.


Nous écrivions dans notre article « 15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan ! » : « En 1948, le maréchal Phibun Songgram, revient au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat. La constitution est suspendue. Il va promouvoir une politique proaméricaine,  et anti-communiste.  La Thaïlande va participer, aux côtés des Américains, à la force multinationale des Nations Unies lors de la guerre de Corée (1950-1953), contre la Corée du Nord communiste soutenue par la Chine et l’Union soviétique.

 

guerre de coree


En 1954, la Thaïlande devient un allié officiel des Etats-Unis avec la signature de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais).

 

SEATO

 

L'OTASE a été créée à l'initiative des Etats-Unis, dans le contexte de la guerre froide. L'organisation devient l'une des dimensions de la politique de « containment » face au développement du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. »


De fait,  la Thaïlande deviendra le principal allié des Américains pendant la guerre du Vietnam de 1964 à 1975.


La Thaïlande passera un accord secret avec les Etats-Unis en 1961 qui autorisera l’installation de bases américaines et des troupes US sur son sol. « De 1967 à 1972 : plus de 13 millions de tonnes de bombes sont lâchés, soit 5 fois le total allié de la Seconde guerre mondiale. 80% de toutes les frappes aériennes de l’US Air Force sur le Vietnam du Nord  proviendront des bases US aériennes de Thaïlande. » (In notre article 15)

 

VIETNAM


(Un accord de coopération militaire anticommuniste est signé avec la Malaisie en mars 1970)


Le désengagement américain de l’Asie du Sud-Est en 1975 privait la Thaïlande de sa protection face à ses voisins marxistes vietnamiens, cambodgiens, et laotiens, avec la Chine menaçante.


Dès lors la Thaïlande va à la fois jouer la carte régionale de l’Asean et  tenter de se rapprocher de Pékin, qui  devenait un objectif stratégique.


« Et c’est sous le gouvernement de Kukrit Pramoj

 

Kukrit-exhibition-3

 

(mars 1975-janvier 1976) que la Thaïlande parvint à amorcer le processus de « normalisation » de ses relations avec la Chine » (Kajit) « Le  prince Kukrit Pramoj exigera d’ailleurs en 1976  l'arrêt immédiat de toute activité militaire dans les bases américaines du royaume et leur démantèlement complet, ainsi que le retrait total des troupes américaines de Thaïlande. » (In notre article 15).


Quant à l’Asean, Sophie Boisseau du Rocher montre le rôle fondamental tenu par Thanat Khoman . (Ministre de 1959 à 1971, le seul à avoir résisté au changement de personnel à la mort du général Sarit -1er ministre de 1958  à 1963-)


Dès 1963, il joua un rôle de médiateur dans le conflit qui oppose la Malaisie à ses voisins indonésien et philippin. Ensuite « après l’échec des deux premières tentatives régionales, l’ASA et le Maphilindo, Thanat Khoman, après l’arrivée au pouvoir du général Suharto,

 

SUHARTO.jpg

 

proposera à ses homologues de se retrouver à Bangkok en août 1966 afin  de vaincre la suspicion, de trouver les voix de la réconciliation, de la concertation et du consensus.

Aussi les membres fondateurs (Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, et Singapour) auront soin de procéder empiriquement, avec une machine administrative limitée, évitant les arguments idéologiques, les ultimatums, prenant des décisions non contraignantes où chacun a le sentiment de défendre ses intérêts nationaux. ayant soin  dans un premier temps de signer, non un traité mais la déclaration de Bangkok, le 8 août 1967. (Cf.Kajit)


Le premier sommet de l’Asean se tiendra à Bali en février 1976, après la chute de Saïgon et la victoire des Khmers rouges au Cambodge en 1975.

 

khmers rouges

Il s’agissait bien de prendre la mesure de cette nouvelle donne géopolitique.

Mais l’invasion du Cambodge par les troupes vietnamiennes en 1978-1979, pouvait confirmer les craintes de la Thaïlande d’être le futur domino. Aussi Bangkok convoquera une réunion des ministres  des affaires étrangères en janvier 1979 pour refuser le fait accompli et dénoncer à ses partenaires l’occupation illégitime du Cambodge, et  le non-respect des frontières, principe fondamental de l’Asean.

La Thaïlande réussira à internationaliser le conflit via l’Asean. Le 1er ministre Kriangsak


Kriansak

 

défendra sa cause à l’ONU en février 1979. Elle obtenait de Pékin un engagement d’intervenir « en cas d’incursion profonde des troupes vietnamiennes en territoire thaïlandais » (BdR)


Il est à noter que « jamais la Thaïlande, ni l’Asean, ne porteront de jugement sur les atrocités des Khmers rouges qui relèvent des « affaires intérieures d’un Etat souverain. » (BdR)


Dès lors, l’ASEAN, bien que fondé en 1967,  pouvait enfin commencer à se structurer.


L’arrivée au pouvoir du général Prem

 

general prem

 

qui dirigera trois gouvernements successifs (mars 1980-août 1988) avec le maréchal de l’armée de l’air Siddhi  au ministère des affaires étrangères pendant ces 8 ans, sera qualifiée par bien des observateurs comme l’âge d’or du ministère des Affaires étrangères.


Cet âge d’or s’expliquait par la longévité (un seul ministre des affaires étrangères en 8 ans), le prestige du maréchal Siddhi, son savoir-faire, sachant à la fois ménager l’armée en assurant une liaison entre l’Etat- Major et le ministère, et faire participer  le Conseil National de sécurité et le Service du renseignement concernés à l’élaboration de la politique étrangère, et ouvrant de plus  les Affaires étrangères au débat public. Pour la première fois des rencontres étaient organisées avec la presse et les milieux académiques qui pouvaient s’interroger sur ce que devait représenter « une bonne gouvernance ». (Cf. Kajit)


On se doute qu’après le désengagement américain de l’Indochine, un nouvel ordre allait s’installer. La Thaïlande choisit alors une nouvelle ligne directrice dite « omnidirectionnelle », et réussira à mettre en échec la stratégie vietnamienne. Il s’agissait d’ «entretenir de bonnes relations avec toutes les nations quelles que soient leurs orientations idéologiques ». (Cf. Kajit) 


En 1987, la 3ème conférence de l’Asean trouvait sa justification avec les 5 pays membres pour discuter de la création d’une « zone de paix, de liberté et de neutralité » (ZOFPAN) et des rapports à établir avec les quatre grandes puissances à savoir les Etats-Unis, l’URSS, la Chine et le Japon.

 

 

ZOFPAN


En juillet 1988, des élections en Thaïlande amenaient après 12 ans de « régime autoritaire », une assemblée élue, mais aussi une instabilité politique. En août 1988, le général Chatchai, ancien ministre des Affaires Etrangères (mars 1975-avril 1976) gouverna jusqu’au nouveau coup d’Etat militaire de 1991.


Faisant fi des dispositifs collégiaux mis en place auparavant, le 1er ministre définît alors la politique étrangère, sans que le Conseil national de Sécurité, ni certains ministères techniques aient renoncé à leurs « prérogatives », créant ainsi des dissensions, notamment sur le soutien à apporter ou non aux Khmers rouges.


Mais Kajit remarque que c’est le début d’une nouvelle ère des relations entre la Thaïlande et ses voisins.


La diplomatie désormais oubliait l’idéologie et se mettait au service du développement, de la croissance, des exportations, de la recherche de nouveaux marchés, avec un slogan : « Changer le champ de bataille en un marché de commerce ».


Mais le gouvernement de Chatchai ne durera que 30 mois et la Thaïlande va connaître une grande instabilité politique et aussi une valse de ministres des affaires étrangères.


Ainsi par exemple en 1992 la Thaïlande verra 4 gouvernements se succéder et deux ministres des affaires étrangères. Le gouvernement Chuan Leekapi (sept 1992- juillet 1995) changera 3 fois de ministre des affaires étrangères en 3 ans.


chuan lekapi

 

« L’instabilité politique interne des gouvernements de Banharn Silap-archa (juillet 1995-novembre 1996)

 

banharn

 

et du général Chavalit Yongchiayudth (novembre 1996-novembre 1997)

 

chavalit

 

n’a rien arrangé. » (Kajit)

Et pourtant, malgré l’instabilité politique, la Thaïlande réussira à engager un processus de négociation avec le   Vietnam, qui aboutira au retrait militaire du Cambodge (1989-1991), au dénouement d’une solution politique avec l’intégration du Vietnam à l’Asean en 1995, puis du Laos et de la Birmanie en 1997, qui sera suivie de celle du Cambodge en 1999.


Dans ce contexte, les initiatives prises relèvent du miraculeux, estime Kajit. Comme celle d’Anan contribuant à créer  une zone de libre-échange : (signé en janvier 1992 à Singapour, mais entrée en vigueur en 2003), « et la proposition faite à la Chine et à la Birmanie de se joindre à l’organisation du Grand Mékong (GMC).

 

organisation mekong

 

Son successeur  Chuan proposa un « quadrilatère de croissance » formé avec la Chine, la Birmanie, et le Laos, destiné à compléter la GMC. (Les 14-15 décembre verront la signature d’un traité de dénucléarisation de l’Asie du Sud-Est dans le cadre de l’Asean.)


Mais le 2 juillet 1997, la dévaluation du bath provoque une grave crise monétaire et financière en Asie du Sud-Est. « Les grands équilibres sur lesquels fonctionnaient le royaume depuis 30 ans ont été cassés. Récession (10%), chômage (8% de la population active), chute des exportations (autour de 25%), etc, pendant plus d’un an, l’économie est désorganisée. » (SdB)

La Thaïlande qui était devenue avec l’Asean un acteur essentiel dans la diplomatie en Asie du sud-est va désormais perdre de son influence et  son leadership au sein de l’ASEAN.

C’est même le 1er ministre malais, le Dr Mahathir Ben Mohamed

 

mahatir


qui prenait l’initiative de créer le Comité économique d’Asie Orientale (l’EAEC) lors d’un Asean + 3 summit  informel en décembre 1997. L’Asean était confronté à une double crise, celle de l’Etat-Nation et celle d’un monde multipolaire. Dès 1998, « le plan de Hanoi »est censé redynamiser l’Asean, et Surin veut toucher aux institutions, faire évoluer l’Asean. Kajit estime que la politique étrangère menée  par Surin Pitsuwan et son secrétaire d’Etat Sukhumphand Paripatra fut un moment fort, en se faisant l’apôtre des droits de l’homme au sein de l’Asean et de la nécessité d’introduire un droit de regard. (Cf. La réunion de juillet 1998 à Manille avec son homologue philippin). On peut se douter que ce ne fut pas du goût des Birmans, ni des Laotiens, non seulement du point de vue de la démocratie, mais aussi de leurs problèmes frontaliers avec la Thaïlande. Ils auront à cœur de refuser les propositions. 

Le 11 octobre 1997 est promulgué une nouvelle constitution rédigée pour la 1ère fois par des élus. Le 7 novembre, Chavilit démissionne et Chuan Leekpai restaure la crédibilité financière du pays (1997-février 2001), mais les problèmes frontaliers demeurent. (Cf. L’attaque de l’ambassade de Birmanie à Bangkok le 1er octobre 1998, et la mise à sac de l’hôpital de Rachaburi le 24 janvier 2000 par un groupuscule birman n’ont pas dû calmer les tensions.)***


L’arrivée de Thaksin après sa victoire électorale triomphante du 6 janvier 2001 va changer la donne.


thaksin

 

Pourtant dès le 8 février 2001,  la prise d’un poste militaire avec la prise en otage de 19 militaires thaïlandais par 200 soldats birmans  dans la province de Chiang Rai allait avoir un impact retentissant auprès de l’opinion publique.

Cet « accrochage » mettait « à jour la complexité des relations entre les pays de l’Asean. S’entremêlent ici diplomatie, confrontation militaire, mais également commerce clandestin, conflits ethniques et leurs conséquences. », sans oublier la drogue. (Kajit)


Mais venant du secteur privé, Thaksin va mettre en oeuvre des méthodes de gestion des affaires (méthode dite CEO), réformant l’administration, transformant le corps diplomatique, renforçant le pouvoir de l’ambassadeur, investi du pouvoir de diriger l’ensemble des missions. (Thaksin avait été ministre des Affaires étrangères d’octobre 1994 à février 1995.)  Il pratiqua une « politique de voisinage », « une gestion intérieure des relations extérieures », qui  consistait « à coordonner les actions des autorités thaïlandaises des deux côtés des frontières entre la Thaïlande et les pays voisins ».


Et au niveau international Thaksin intervenait dans les forums internationaux, les « road shows », effectuait de nombreuses visites officielles pour promouvoir la Thaïlande. Mais il s’agissait avant tout de remettre l’économie sur les rails, d’utiliser l’Asean comme un espace économique.


On était loin des propositions « politiques «  de Surin. Sophie Boisseau du Rocher évoquera la colère de Thaksin lors du sommet de Vientiane en décembre 2004 contre la Malaisie et l’Indonésie qui évoquaient le sort des Musulmans au sud du royaume. On était revenu au sacro-saint principe de non –ingérence. Thaksin n’avait aucun état d’âme pour prêter 4 milliards de baths à la junte birmane et s’engager dans des projets énergétiques.


Thaksin, poursuit Sophie Boisseau du Rocher, sera plus actif au sein de l’Asean + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud). Un accord de « récolte précoce » par exemple sera signé en janvier 2003  avec  la Chine ; il abolira des droits de douanes sur 188 fruits et légumes, etc.


La liste serait longue des initiatives prises par Thaksin, faisant souvent cavalier seul, comme par exemple lors du forum international du 15 décembre 2003 pour sortir Rangoon de son impasse diplomatique avec l’Asean.


Un nouveau coup d’Etat militaire le 19 septembre 2006, allait inaugurer une fois de plus, une grave période d’instabilité,  diviser le pays et ternir un peu plus l’image du royaume sur la scène régionale.


Entre le coup d’Etat de 2006,

 

coup d4etat

 

le retour des pro-Thaksin au gouvernement et la prise du pouvoir le 15 décembre 2008 par le « démocrate » Abhisit,

 

abisit

 

la Thaïlande restera attentiste au plan régional, même si en janvier 2008 Surin est nommé Secrétaire général de l’Asean, 

 

SURIN

 

et à la mi-août 2008 la Thaïlande en assurait la présidence.


La nomination de l’homme d’affaires Sompong aux affaires étrangères en septembre 2008 n’était pas le meilleur choix pour régler la crise avec la Cambodge à propos  du temple du Preah Vihear et préparer le sommet de l’Asean, qu’il dut déplacer à Chiang Mai pour des raisons de sécurité et qui fut finalement annuler le 1er décembre.


La condamnation de Thaksin et sa fuite à l’étranger, la démission du 1er ministre Samak le 9 septembre, les manifestations des jaunes et l’occupation des aéroports de Suvarnabhumi et de Don Muang le 26 novembre,  la dissolution de trois partis au gouvernement vont provoquer le 2 décembre la chute du gouvernement.


La prise du pouvoir le 15 décembre 2008 par Abhisit allait entraîner les « chemises rouges » dans les manifestations et prolonger l’instabilité politique. Et on ne comprend pas pourquoi Kajit estime que « La présidence par rotation de la Thaïlande en 2009 (sic)  coïncidant avec la nomination de Surin Pitsuwan (comme secrétaire général de l’Asean), le royaume se trouvait en position idéale, pour mettre en oeuvre sa politique étrangère à dimension régionale. »


Si effectivement le 28 février 2009,  le 14 ème sommet de l’Asean put se tenir  à Hua Hin, le 11 avril 2009,  le sommet de Pattaya était attaqué par des manifestants « chemises rouges » et annulé. Les dirigeants de 16 pays présents au sommet seront évacués par  hélicoptère. C’était une honte pour le gouvernement Abhisit et un échec retentissant.


Il suspendait de fait le plan d’action approuvé lors du 14ème sommet avec sa réforme institutionnelle, les projets (économique, sécuritaire, socioculturel).

Néanmoins les 24 et 25 octobre 2009, un  Sommet de l’Asean put se tenir à Hua Hin avec la Chine, le Japon,  la Corée du Sud, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.


Mais Kajit ne peut que remarquer, au final, que la Thaïlande est handicapée par ses luttes internes et doit se confronter à un nouveau contexte international où l’Etat n’est plus le seul acteur mais doit tenir compte des organisations internationales, des multinationales, des ONG, des médias et de l’opinion publique informée et agissante via les réseaux sociaux. Elle doit aussi constater que désormais l’Indonésie fait figure de locomotive et participe au G20. Nous étions alors en 2010.


                              --------------------------------------

 

 

A ce stade, il faut avouer que malgré l’aide de nos deux éminents spécialistes, le résultat est quelque peu insatisfaisant. Mais comment traiter 60 ans de politique étrangère en 10 pages sans survoler le sujet.


Toutefois nous avons retenu que la politique étrangère de la Thaïlande après la 2ème guerre mondiale a été marquée par quelques  événements majeurs, à savoir :

  • Une politique proaméricaine  et anti-communiste de 1948 à 1975.

La Thaïlande va participer, aux côtés des Américains, à la force multinationale des Nations Unies lors de la guerre de Corée (1950-1953), et deviendra le principal allié des Américains pendant la guerre du Vietnam de 1964 à 1975.

  • En 1975, après le désengagement américain de l’Indochine, la Thaïlande va à la fois jouer la carte régionale de l’Asean et  tenter de se rapprocher de Pékin, qui  devenait un objectif stratégique.

Le premier sommet de l’Asean se tiendra à Bali en février 1976, après la chute de Saïgon et la victoire des Khmers rouges au Cambodge en 1975.

  • En 1978-1979, l’invasion et l’occupation du Cambodge par les troupes vietnamiennes (1978-1979-1989) était perçue comme une grave menace et  provoquera une nouvelle ligne directrice dite « omnidirectionnelle », qui réussira à mettre en échec la stratégie vietnamienne. Il s’agissait alors d’ «entretenir de bonnes relations avec toutes les nations quelles que soient leurs orientations idéologiques ».
  • Après 1991 c’est le début d’une nouvelle ère des relations entre la Thaïlande et ses voisins.

La diplomatie désormais oubliait l’idéologie et se mettait au service du développement, de la croissance, des exportations, de la recherche de nouveaux marchés, avec un slogan : « Changer le champ de bataille en un marché de commerce ».

  • La fin de la guerre froide en Asie du Sud-Est (retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge en 1989), permettra le Sommet de Singapour de 1992 qui se traduira par deux initiatives majeures :

L'instauration d'une zone de libre-échange : l'ASEAN Free Trade Area (AFTA), qui ne sera signé qu’en 2002, à cause de la crise financière de 1997 ; Et l'élargissement à 10 membres de l'ASEAN avec l'entrée du Viêt Nam ((1995), du Laos et de la Birmanie (1997) et enfin du Cambodge (1999).

  • La crise monétaire et financière de 1997 en Asie du Sud-Est, ne pouvait que renforcer l’idée de mener une politique étrangère servant l’économie du pays.

Thaksin de 2001 à 2006 incarnera cette ligne en utilisant l’Asean comme un espace économique et en l’élargissant à l’ASEAN  + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud) (APT) en signant un accord-cadre en 2002, en vue d’établir une zone de libre-échange à l’horizon 2015


Un nouveau coup d’Etat militaire le 19 septembre 2006, allait inaugurer une grave période d’instabilité,  diviser le pays et ternir un peu plus l’image du royaume sur la scène régionale. La prise du pouvoir le 15 décembre 2008 par le démocrate Abhisit jetait les chemises rouges dans l’opposition et ne pouvait que maintenir la division du pays.


L’image des dirigeants de 16 pays présents au sommet de Pattaya du 11 avril 2009, évacués par  hélicoptère était non seulement une honte pour le gouvernement Abhisit et le pays, mais aussi suspendait de fait le plan d’action approuvé lors du 14ème sommet avec sa réforme institutionnelle, les projets économiques, sécuritaires, et  socioculturels.


Ainsi en était-il fin 2009.


                  -------------------------------------

 

 

Mais les sommets de l’Asean se poursuivront : les 8-9 avril et les 28-30 octobre 2010 à Hanoï, les 7-8 mai 2011 à Jakarta et les 21-23 octobre 2011 à Bali  (Indonésie), les 3-4 avril 2012 et les 17-20 novembre 2012 à Phnom Penh, les 9-10 octobre à Brunei … et les réunions de l’APEC …, poursuivant toujours le grand projet d’un marché commun et établissant des accords bilatéraux, avec la Chine , la Corée, le Japon  … Il y a aura la victoire de Yingluck en 2011, la soeur de Thaksin,


yinglick

 

l’ouverture de la Birmanie en 2012,  … et de nouveau l’instabilté et la divison du pays à la fin de 2013 …. dont nul ne peut prévoir l’issue, en ce mois de mai 2014.

 

On peut signaler  toutefois que lors du dernier sommet de l'ASEAN, organisé pour la première fois en Birmanie le 10 mai 2014, symbole de son retour sur la scène internationale, les ministres des affaires étrangères se sont "inquiétés" de la tension qui existe entre la Chine et ses voisins en mer de Chine méridionale, et de la situation politique en Thaïlande, appelant à "la réconciliation nationale et le retour à la normalité en Thaïlande, en accord avec la volonté et les intérêts du peuple".


2014.jpg

 

(Cf. AFP , htpp://www.le petit journal.com/bangkok) dimanche 11 mai 2014)


"Inquétudes ?"  Ce sera l’objet d’un autre article.

                         

------------------------------------------------------------------------

 

NOTES.


*In « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savates, 2011.


** La Thaïlande,  a ainsi pu bénéficier d’un appui considérable des Américains pour son économie et soutenir un processus d’industrialisation accélérée avec de nombreux déséquilibres cependant. Si les entreprises d’Etat ou privés étaient dirigés par des sino-Thaïs, les généraux, participant aux conseils d’administration bénéficiaient de larges « redistributions ». (Le général Phin, vice-1er ministre de Phibun, sera considéré comme  l’homme le plus riche d’Asie du Sud-Est à sa mort). En 1957, le général Sarit prend le pouvoir, dissout le parlement et interdit toute opposition.  

La Thaïlande passe un accord secret avec les Etats-Unis en 1961. Toutefois, Sarit

 

Sarit Sarit Dhanarajata

 

utilisera l’aide américaine pour un grand programme d’infrastructures (routes, électricité, irrigation). Près de 3 milliards de dollars seront investis chaque année, pour atteindre jusqu’à 8 % du PNB au moment où plus de 40 000 soldats américains sont  sur le sol thaïlandais.

La politique libérale choisie et l’aide américaine vont initier une nouvelle croissance industrielle et le pays va connaître une profonde mutation socio-économique »


Cf. aussi A.46. « L’agent orange » en Isan ?


agent orange

***Et les problèmes frontaliers et de souveraineté toujours prêts à surgir et à s’enflammer. On se souvient de l‘affaire du temple de Phrea Vihear, du sac de l’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh en 2008. (Cf. nos articles A106, A132,  A136) De même les violences et le terrorisme depuis 2004 dans les provinces du Sud peuvent créer des tensions entre la Thaïlande et la Malaisie. Ils sont des « dossiers » toujours à l’ordre du jour. (Cf. Article 12 : Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud ?) Le 4 septembre 2008, le ministre des affaires étrangères Tej Bunnag  se verra contraint à démissionner pour ses prises de position favorables au Cambodge dans l’affaire du Phrea Vihear. Le 15 janvier 2009 le gouvernement renverra 5000 réfugiés Hmongs au Laos.


****L'ASEAN Plus Trois  (APT : ASEAN Plus Three) est une rencontre entre les pays de l'ASEAN ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Elle se tient durant les sommets de l'ASEAN.

Il prend ses origines dans la préparation du premier Asia-Europe Meeting (ASEM). La première rencontre APT a lieu informellement en 1997 lors du sommet de Singapour, puis à tous les sommets de l'ASEAN afin d'établir des positions communes en vue de l'ASEM.

En mai 2000 à Chiang Mai, ils s'accordent pour lutter contre une nouvelle crise financière. En 2001, la Chine lance une initiative majeure destinée à établir une zone de libre-échange entre elle et l'ASEAN. Un accord cadre est signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet. Des initiatives similaires ont été lancées en réponse par le Japon et la Corée du Sud. L'APT a également d'autres projets comme le développement la région du bassin du Mékong, la formation dans les technologies environnementales, la promotion du tourisme. L'APT permet aux pays de l'ASEAN de se renforcer dans les négociations internationales notamment à l'OMC pour contrebalancer l'influence de l'Union européenne et de l'ALÉNA. (Wikipédia)


· Où en est le projet de communauté économique de l’ASEAN ?

L’Asean Economic Community ne tiendra pas sa promesse d’aboutir en 2015 à un marché unique comparable au modèle européen. Moins ambitieux qu’affiché, le projet de l’Asean se heurte déjà à de nombreuses difficultés de mise en œuvre, avec des progrès qui risquent de se limiter à quelques chapitres (libéralisation tarifaire élargie aux pays pauvres, facilitation des échanges, harmonisation réglementaire). Les leaders de l’Asean devraient lors des prochains sommets se concentrer sur quelques déliverables médiatiquement visibles pour que l’étape de 2015 ne soit pas perçue comme un échec. En parallèle les grands partenaires occidentaux de l’Asean –États-Unis, Union européenne- poursuivent leur propre agenda  de libéralisation avec certains de ses membres tandis que le Japon s’efforce d’organiser une plateforme asiatique de libre échange à travers le projet Asean + 6. Au total l’ouverture économique des pays de l’Asean devrait se poursuivre, dans une dynamique créée davantage par les pressions extérieures que par ses ressorts internes. (Direction générale du Trésor français) https://www.tresor.economie.gouv.fr/5781_ou-en-est-le-projet-de-communaute-economique-de-lasea

 

 

Partager cet article

Repost0
20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 03:01


TITRE2ème partie.
Histoire, et les composantes de la catégorie sociale chao khao. 

 Histoire.

Yves Goudineau et Bernard Vienne distinguent donc dans leur article trois périodes, trois situations historiques (*) : 

 

  • La Thaïlande avant les Thaïs. Les peuples de langues austroasiatiques  occupent depuis plusieurs millénaires toute l’Asie du Sud-Est continentale. Il y eut à la fois des groupes dispersés, et aussi des Etats indianisés comme ceux des Môns


MON 2

 

  •  et des Khmers que les Tai durent affronter. Une hypothèse avance l’idée que les Lawa étaient déjà là au nord.  (Cf. nos 5 articles sur cette période.**)

 

  • La formation des premiers royaumes thaïs. Les premiers Karens arrivèrent dès le VIIème siècle 


KAREN 3

 

  • et ce fut ensuite les différentes vagues de Birmans, Siamois, Laos, en sachant nous dit Dovert, qu’« Entre le XIe et le XIIIe siècle, les empires de Pagan (Birmanie), du Champa, et d’Angkor dominent l’Asie du Sud-Est. On n’y trouve toujours guère de trace des Tai, sauf à travers la présence d’esclaves de cette communauté à Pagan ou au Champa». (In « La Thaïlande prête pour le monde «  in Thaïlande contemporaine, op. cit.). Toujours est-il que « différentes chroniques et sources épigraphiques relatent qu’en 1220 ( ?) les habitants de Sukhotai chassent le gouverneur khmer, et qu’en 1238 le roi Si Intharathit 


INTHARATHIT 4

 


  • fonde le premier royaume tai de Sukhotai, et qu’en 1262, le roi Mangrai fonde à Chiang Raï, le royaume de Lan Na. »***

 

 MANGRAI 5

 

L’espace montagnard du nord, « dans le cadre de relations mouvantes entre royautés », les conflits entre Tai, les guerres contre les Birmans  restera quasi-identique durant des siècles, avec sa population  disséminée, son espace sans frontières bien définies, son organisation tribale, son autonomie identitaire, ses traditions et son assujettissement au vainqueur du jour. « Ni mouvements migratoires d’amplitude, ni redistribution du peuplement n’ont suivi les expéditions birmanes contre le royaume de Lan Na. ». « Jusqu’à ce que interviennent les nouveaux rapports de force imposés  par l’expansion coloniale. »

 

  • L’ordre colonial.

 

Alors tout va changer. Yves Goudineau et Bernard Vienne traiteront cette période dans leur chapitre : « Frontières et migrations depuis le XIXème siècle. »

Jusqu’au milieu du XIX ème siècle, la population des régions montagneuses du nord de la Thaïlande, est à faible densité et vit dans un espace sans frontières fixées, « où l’appartenance à tel ou tel Etat était plus souvent des relations d’allégeance reconnues que d’une emprise sur l’espace ».

 

« La situation a changé lorsque les Français et les Britanniques, dans leurs colonies respectives, ont décidé d’instaurer un contrôle territorial, militaire, et administratif sur les « tribus » montagnardes. » Si certaines tribus furent affectées par la nouvelle économie coloniale avec des systèmes de corvée, le Siam, tout occupé à maintenir son indépendance et à légitimer son Etat national dans des frontières reconnues, ne prendra pas en charge les montagnards et les laisseront dans un vide politique et juridique, et donc « sans droits, sans citoyenneté, sans vocation à participer à la construction de la nouvelle identité nationale », jusqu’ à la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

Autant dire que cela facilitera à la fin du XIXe et le début du XXe une vague de mouvements migratoires causés par la colonisation.  Des Hmongs,


HMONG 6

 

Yao,

 

YAO 7

 

Lahu

 

LAHU 8

 

viendront s’installer et poursuivront leur culture du pavot et la production de l’opium « encouragé » par le marché de l’opium « colonial ».

 

opium 9


(Les  premiers Lahu arrivèrent en Thaïlande vers 1870, les Akha et les Lisu un peu plus tard à la fin du XIXe siècle.) (Note p. 451, op. cit.)

 

Trois « événements historiques » ensuite provoqueront des nouvelles vagues d’immigration et affecteront l’espace montagnard thaïlandais :

  • La prise du pouvoir des communistes en Chine verra les rescapés de la 3e armée du Guomindang  arriver à Mae Salong.


KUOMINGTANG 10


 

  •  Le gouvernement leur donnera un statut particulier (avec des cartes d’identification spécifiques) ; Ils vont considérablement transformer le paysage montagnard (leadership bien connu sur les trafics des stupéfiants, aide à l’armée thaïlandaise dans la lutte contre les communistes, mais aussi urbanisation, culture du thé et des arbres fruitiers, relation avec Taïwan ).
  • La défaite américaine au Viet Nam en 1975 et la prise du pouvoir des communistes au Laos entraineront des nouvelles vagues de migration. 


chute de saigon 11

 

  • (Laos et Vietnamiens, et des Hmong, Yao, Khmu, Htin …)
  • Enfin les dictatures birmanes, leurs conflits ethno-nationalistes, les armées de libération (Kachin, Karen …), les seigneurs de guerre, les trafics ont poussé beaucoup de montagnards  à fuir les exactions  pour rejoindre des « cousins » (relations lignagères et familiales ) déjà installés en Thaïlande. De nouveaux groupes sont même apparus comme les Dara-Ang, Tongsu, Kachin, etc.

 

Le schéma historique ici présenté permet de deviner la diversité des situations historiques rencontrées, les « micro-histoires » avec  la diversité des origines et des cultures que l’on veut préserver face à un Etat qui veut les intégrer à un seul modèle identitaire, à la citoyenneté thaïlandaise. Toutefois, devant les évidences, les autorités thaïlandaises ont –nous l’avons dit- identifié dix groupes ethniques relevant des chao klao. Nous verrons que leur situation est très différente, même si beaucoup ont un mode vie similaire.

 

Yves Goudineau et Bernard Vienne pour les présenter, vont  distinguer les populations autochtones austroasiatiques, les populations autochtones karen, et les populations migrantes.

 

 

1/ Les populations autochtones austroasiatiques. 

 

Elles sont composées des Lawa, des Khmu, des Htin, auxquels s’ajoutent  des Mlabri (moins de 300 personnes) et certains Wa et Palaung venus dans les années 2000 de Birmanie ( moins de 3000).   Ils « ont en commun outre leur rattachement linguistique et leur occupation ancienne de la région, un mode de culture de la terre et des pratiques rituelles proches. »

Les Thaïs les désignent souvent comme les Lua.

 

Les Lawa. (moins de 17 000)

 

 

LAWA 12


Ils furent « pour partie assimilés aux mueang de Chiang Mai et Sian Tung et pour partie laissés à eux –mêmes dans les montagnes environnantes. » Ils occupent un peu plus de 40 villages (env. de Chiang Mai, Umpai, Mae Hong Son et récemment dans les provinces de Chiang Rai, Nan, Suphanburi et Kanchanaburi). Les Lawa se déclarent majoritairement bouddhistes (60%) ou chrétiens (20%)

 

Les Khmu (env. 10 000)

 

KHMU 13

 

vivant dans 38 villages dont seulement quelques-uns vivent en altitude (800m) avec un mode de vie montagnard. La plupart viennent du Laos. Ils sont venus comme travailleurs pour l’exploitation des forêts de teck dans la deuxième moitié du XIX ème siècle ou comme prisonniers de guerres (surtout ceux de Kanchanaburi).

Les Khmu « constituent un groupe linguistique en voie d’intégration-assimilation » (salariat comme bûcherons, mariages mixtes, adoption du bouddhisme pour un tiers installés au sein de la paysannerie des plaines),   sauf ceux des montagnes attachés à leurs systèmes de croyances.

 

Les Htin (env. 40 000).  

 

HTIN 14

 

Surtout groupés dans le nord-est de la province de Nan dans environ 160 villages, en pente douce, à faible altitude (500 à 600 m), propices à la culture sur jachère de longue durée.

Ils sont venus du Laos (proche de Sayaburi) au début du XXème siècle, avec une nouvelle migration en 1975. Ils se distinguent eux-mêmes comme Mal (ou Kin saloot) et Lua (ou Kin dok deng). Un certain nombre se revendique comme des descendants des premiers occupants. Ils préservent une cohésion sociale liée à un système religieux ancien, mais près de la moitié se disent bouddhistes. Certains se louent comme ouvriers agricoles auprès des Thais et des Hmong, en plus de leur culture sur brûlis, et adoptent le mode de vie thaï.

 

Et les Mlabri ? Les auteurs n’en disent rien.

 

MLABRI 15

 

2/ Les populations autochtones karen. (Yang ou kariang pour les Thais)


 KAREN 16

 

C’est le groupe ethnique tibéto-birman majoritaire avec environ 400 000 personnes (4 à 5 millions vivent en Birmanie) réparties dans plus de 2000 villages de 16 provinces, auxquels il faut ajouter les milliers  de réfugiés installés le long de la frontière. (Combien sont-ils ? Les chiffres avancés vont de 140 000 à 2 millions !))

 

(Le changement de régime au Myanmar en 2011 et la signature d'accords de cessez-le-feu entre le gouvernement birman et les responsables de la KNU le 12 janvier 2012 à Hpa-An va-t-il changer la donne pour les réfugiés ?)*****

 

KAREN FIN PARA. 17

 

C’est une mosaïque ethnique constituée d’une quinzaine de groupes, mais nos auteurs nous donnent les noms des deux principaux (Ces deux groupes constituent à eux seuls 80 à 85 % de l'ensemble des Karens), à savoir le Karen Sgaw et les Pwo Karen, auxquels ils ajoutent quelques villages kayah (bwe ou « karen rouge ») et pa-o ( tungthu ou « karen noirs »). (Avec leurs « femmes éléphants »)

Les Sgaw constituent le groupe le plus important ; ils prédominent dans l’État Karen, mais habitent aussi des villages de part et d’autre de la frontière thaïlando-birmane depuis le sud du Shan jusqu’au Tenasserim ainsi que dans le delta de l’Irrawaddy et la région de Pegu.


L’histoire des Karen avec le Siam et la Thaïlande est une longue histoire puisque les Karen étaient déjà dans le nord-ouest autour des VI et VIIème siècles. A la période d’Ayutthaya des chefs karen ont occupé des  fonctions officielles, et le roi Chulalongkron avait donné un titre nobiliaire au chef karen Sau Rau.


Mais « il est difficile (aujourd’hui) de généraliser à propos de leur degré d’intégration », tant on peut observer de nombreuses situations. Certains Karen de  Mae Sariang, de Lamphun, ou de Mae Hong Son ont trouvé leur place dans la vie économique et associative, voire dans la politique thaïlandaise régionale et nationale alors que d’autres se voient dénier l’accès à la citoyenneté thaïlandaise. Les conflits à la frontière ont ajouté à la complexité. On peut deviner que leur degré d’intégration doit dépendre de leur date d’installation et de leur localisation en plaine ou dans les basses pentes montagneuses. Il faut noter que les Karen ne cultivent pas le pavot.


3/ Les populations migrantes.


Elles se composent des populations migrantes tibéto-birmanes, avec les Lisu  (env. 30 000) et les Lahu (100 000) de la branche dite « lolo centrale  » et les Akha (70 000) de la branche méridionale ; et des populations migrantes miao-yao (une branche linguistique commune) avec les Yao (45 000) et les Hmong (155 000).


Ces populations migrantes sont arrivées au nord de la Thaïlande vers la deuxième moitié du XIXème siècle et le début du XXème siècle.  Leurs croyances et pratiques religieuses montrent des influences bouddhiques, taoïstes, confucianistes autour d’un noyau qui leur ait propre, avec « la même tradition mythique en ce qui concerne l’origine de l’univers, la place de homme », « propice à l’émergence de mouvements messianiques. » Ils  sont attachés à leur espace social transfrontalier  légitimé par leur attachement à leurs traditions.


Les Lisu.

LISU 18

 

Si on compte environ 30 000 Lisu qui vivent en Thaïlande dans 150 villages dispersés sur 9 provinces (Le plus grand nombre étant dans la province de Chiang Mai), 650 000 env. vivent en Chine, au Yunnan (c’est un des 56 groupes ethniques reconnus), et 250 000 dans l’Etat de Kachin en Birmanie. Ils commencèrent à émigrer à la fin du XIX ème, mais surtout après la 2ème guerre mondiale.        Ils ont des « liens privilégiés avec les Ho (Yunnanais), avec lesquels ils se marient volontiers, en raison aussi de l’implication de ces derniers dans la commercialisation de l’opium et de l’héroïne. » « Si en majorité, ils continuent de vivre de leur agriculture en montagne, (ils restent) encore dans certaines conjonctures, dépendants de la culture du pavot, (mais) de nombreux Lisu s’installent en ville ou à cheval entre les deux mondes. » Certains se sont intégrés économiquement en achetant des rizières en plaine, en s’engageant dans l’industrie touristique, ou en ayant des petits commerces.


Une large partie des villages demeure dans une situation précaire, à la limite de la légalité, si bien qu’ils n’ont toujours pas de carte d’identité.

Les Lisu de Thaïlande n’ayant pas de langue écrite, ils se passent leur histoire de génération en génération sous la forme d’un chant. Aujourd’hui, le chant est si long qu’il peut prendre plus d’une semaine à chanter.


Les Akka. (env. 70 000)


AKKHA 20

 

Les premiers Akkha sont arrivés  en Thaïlande à la fin du XIX ème siècle, mais la majeure partie après 1945 et 1960. « Ils se partagent en trois sous-groupes : les Ulo, les Loimi, les Phami que l’on distingue par leur région d’origine, par certaines variations dans les rituels du cycle cérémoniel annuel, par le costume et la coiffe des femmes. » Ils vivent dans 270 villages principalement concentrés dans le nord de la province de Chiang Rai ( Mae Chan, Mae Salong, Doi Tung, Mae Sai). Ils pratiquent surtout la défriche-brûlis sur de grands essarts et sont aussi engagés dans la production d’opium comme économie d’appoint.


Yves Goudineau et Bernard Vienne indiquent que les Akha ont une très forte identité culturelle, « assise sur l’akha zang  (la manière akha), une organisation lignagère très structurée et une tradition orale ritualisée qui relate les leçons tirées des événements passés ». Ils sont l’une des populations montagnardes les moins intégrées. De nombreux jeunes vivent mal cette double identité akha et thaie, se sentent « dépossédés d’eux-mêmes » et sont la cible privilégiée de la prostitution organisée.


Les Lahu. (env. 100 000)

 

LAHU-BIS.jpg

 

Environ  450 000 Lahu (l’un des 56 groupes ethniques reconnu par les Chinois) vivent au Yunnan. Ils ont commencé leur migration au cours du XVIIème siècle au Laos, en Birmanie, au Vietnam et en Thaïlande, dans les régions de Chiang Rai et Chiang Mai vers 1875. « Les Lahu ont de nombreux sous-groupes ; 6 vivent en Thaïlande, les She Leh venus de Birmanie ont été les premiers implantés et les Lahu Ni, les derniers.


« Les villages Lahu sont situés, de préférence à une altitude élevée, propice à la culture du pavot associée à celle du riz en pente », avec d’autres cultures de rapport (piment, gingembre …) en fonction des opportunités du marché. Toutefois, on voit aussi aujourd’hui de nombreux villages en basse altitude s’engageant dans la culture irriguée quand cela est possible.


Les Lahu font preuve d’une grande adaptabilité et ont répondu aux programmes gouvernementaux de développement. Beaucoup de communautés et de familles « se sont engagées dans le processus de « thaïsation » et se sont intégrés aussi bien dans l’administration que dans le privé. D’ailleurs les mariages interethniques ne sont pas rares. L’identité culturelle, bien que présente a subi de nombreuses influences (chinoises, bouddhiques, chrétiennes). Près de la moitié des Lahu se déclarent chrétiens.

Leur langue est très proche des langues yi de la famille des langues tibéto-birmanes.


4/ Les populations migrantes miao-yao.


En dépit d’une histoire différente et des variations internes considérables  selon les sous-groupes « les Yao et les Hmong sont rattachés à une famille linguistique commune, justement nommée miao-yao ».

Les Yao,

YAO 20

 

qui s’appellent les Mien (personne),  constituent l’un des 56 groupes reconnus par la Chine. Ils sont env. 2 600 000 en Chine et ont migré dans le nord du Laos, du Vietnam, en Birmanie et en Thaïlande, depuis plus d’un siècle, où environ  45 000 d’entre eux vivent dans env. 180 villages surtout dans les provinces de Chiang Rai, Phayao,et Nan.


Ils forment un groupe linguistiquement et culturellement homogène et sont les seuls des chao khao  à posséder un patrimoine écrit avec l’usage des idéogrammes chinois.  Un tiers disent avoir adopté le bouddhisme mais tous restent attachés au culte des ancêtres et à un système religieux aux influences chinoises. (******D’où une littérature conséquente à leur sujet, grâce aussi à une diaspora établie aux Etats-Unis).


Les Mien sont installés à une moindre altitude que les Lisu et les Hmong, traditionnellement près d’un cours d’eau. « Ce qui ne les a pas empêché de produire de l’opium  avant leur reconversion, dans les systèmes d’échange interethniques, leur présence active dans les marchés, et pour certains dans le tourisme et l’artisanat d’exportation (grâce à la qualité de leur tissus brodés), relayé par la diaspora yao.


Et les Hmong (ou Miao). (env. 155 000)

 

HMONG 22


Si les Hmong ne sont que 155 000 personnes en Thaïlande, vivant dans env. 250 villages répartis sur 13 provinces, il faut savoir qu’ils sont 9 millions en Chine (5ème groupe en terme de population parmi les 56 ethnies recensées), qu’ils représentent 8 % de la population laotienne (parmi les 49 ethnies recensées) et plus ou moins 580 000 au nord Vietnam.  Il faut également signaler une importante diaspora avec 2000 personnes  en Guyane, 10 000 en France, 60 000 aux Etats-Unis, sans oublier  l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Allemagne, le Japon, l’Argentine …


Cette diaspora s’explique par le rôle joué par les Hmong dans les principaux conflits de la région depuis la 2ème guerre mondiale, avec les Français et ensuite avec les Américains,  contre les communistes du Vietnam et du Laos. (Et même en Thaïlande contre les forces militaires du CSOC (Communist Suppression Operation Command), selon Yves Goudineau et Bernard Vienne. (sic) ). Les représailles laotiennes et vietnamiennes furent terribles pour cette communauté et se poursuivent contre les irréductibles qui sont restés dans la jungle. En 1975, après la victoire communiste au Laos, beaucoup se réfugièrent en Thaïlande et se retrouvèrent dans des camps.

 

HMONG 23

 

Encore en 2009, on se souvient de l’appel lancé par MSF pour l’expulsion forcée vers le Laos des 4000 Hmong restant dans le camp de Huai Nam Khao dans la province de Petchabun. (Cf.  *******)

 

GOULAG LAOS

 

 

Autant dire que l’histoire des Hmong est complexe, et si certains groupes ont payé le prix fort de l’internement, de l’expulsion, d’autres ont choisi l’intégration économique, tout en conservant leur identité et leur culture, même si une partie se déclare bouddhiste.


Leur économie est duelle ; « Elle repose sur un système agraire qui intègre la culture de riz avec celle du maïs et du pavot sur défriche brûlis de la forêt. »

« Fort de l’expérience acquise comme producteurs d’opium, mieux préparés que d’autres à en assumer les risques, les Hmong s’adaptent bien à la pénétration de l’économie régionale dans l’univers montagnard et à la reconversion de l’agriculture de subsistance en une agriculture tournée vers le marché. Le dynamisme de beaucoup de villages leur vaut en Thaïlande la réputation d’un réel esprit d’entreprise ».  Mais comme les Akka, ils subissent une image stéréotypée négative.


Il faudrait évoquer leur diversité culturelle qui prend la forme visible des sous-groupes avec leur couleur, leurs jupes et coupes de cheveux différentes comme ceux des  Hmông Xanh (vert), Hmông Do (rouge), Hmông Hoa (bariolé), Hmông Den (noir), Hmông Trang (blanc) ; ou leurs dialectes. Bien que la langue hmong appartienne à la famille des langues hmong-mien (miao-yao), il existe de nombreux dialectes dont les deux plus répandues sont le « hmong vert » et le « hmong blanc ».


Autant dire que leur histoire, leur culture, leur économie, selon leur implantation est complexe et couvre des réalités bien diverses. Nous y reviendrons.

 

                      ---------------------------

 

 

Un premier commentaire.


Comme Yves Goudineau et Bernard Vienne, nous sommes conscients que cette première présentation est sommaire. Pouvait-il en être autrement ?

Comment présenter 10 ethnies, dix peuples, dix cultures, dix histoires, dix économies, en 10 pages !


Qui plus est, chacun ayant des micro-histoires, des groupes, qui ont choisi des  stratégies différentes dans leur rapport à la nation thaïlandaise, entre l’intégration, le rejet, leur vie entre deux cultures, deux modes économiques, (voire trois pour certains  avec l’économie illicite de la drogue) leur interaction différente par rapport aux autres communautés, l’administration thaïlandaise, l’économie monétaire, le tourisme, etc.


Qui plus est, avec les différentes situations à l’intérieur de chaque communauté, selon la date de leur immigration dans le pays,  les choix familiaux et individuels, entre la montagne et le plaine, le système montagnard et le développement national, le village montagnard et la ville, la langue de la communauté et le thaïlandais, la culture traditionnelle et l’école nationale,  la religion traditionnelle,  le bouddhisme et le christianisme, et les nouvelles « religions » de la consommation et de l’internet.


Yves Goudineau et Bernard Vienne terminent leur article en évoquant  «  le risque aujourd’hui pour les  montagnards (est) d’être marginalisés, culturellement et économiquement, par l’intégration accélérée du système montagnard dans le développement national », et aussi socialement par les dérives de la prostitution, de la consommation de la drogue, et de la délinquance dont les dégâts, en l’espace d’une décennie, sont considérables.

Nous reviendrons sur l’histoire et la situation de ces « ethnies » montagnardes.

 

Nota. Yves Goudineau et Bernard Vienne n’évoquent pas la situation des travailleurs sans papier. ****

 

 

------------------------------------------------------------------------

 

 L’Etat et les minorités ethniques, La place des « populations montagnardes » (chao khao) dans l’espace national », de Yves Goudineau et Bernard Vienne, p. 443-472,  in « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

** Cf. « Notre  histoire », de 5 à 9.

« Nos  articles précédents précisaient :

  • que les « royaumes » môns, étaient en fait un ensemble de cités/états que l’on (re)découvre au fil des fouilles en Thaïlande comme Nakhon Pathom, Khu Bua, Lopburi, Si Thep et U Thongdans la plaine centrale de Thaïlande, ou  des cités/royaumes comme Lavo et Haripunchai (Cf. en Birmanie : Thaton (Suvannabhumi ou suvannaphum (nom également revendiqué par la Thaïlande) ), et Hanthawaddy).
  • Que ces cités/états représentaient une grande civilisation dite de Dvaravati (dont nous avons donné quelques éléments). 
  • Mais que malheureusement, ces « royaumes » étaient sans Histoire et donc très peu connus. 

Toutefois nous avions vu que les vestiges de la civilisation khmère englobait de vastes territoires aujourd’hui thaïlandais, du XIe siècle au début du XIIIe siècle. »

 

*** http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html 

 

**** Cf. le blog de Michèle Jullian pour la situation des Karens en Thaïlande

http://michjuly.typepad.com/.services/blog/6a012876c02e5d970c012876c02e65970c/search?filter.q=karen 

« Je parle donc souvent des Karens. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, j’aimerais rappeler que les Karens vivent depuis des centaines d’années dans ces régions entre Thaïlande, Chine et Birmanie. A l’époque de frontières indécises, ce peuple, venu du sud de la Mongolie, vivait et continue de vivre dans la forêt. Quand les frontières furent définies entre les deux pays et lorsque le royaume de Lanna (le nord de la Thaïlande), fut rattaché au Siam, les Karens se trouvèrent, séparés, les uns sur le territoire thaïlandais, (« ceux qui ont eu de la chance »),  les autres sur le territoire birman  (« ceux qui n’eurent pas de chance »). […] Il y a également de nombreux Karens illégaux - ils sont environ 2 millions – travaillant sans papier sur le territoire thaïlandais »


***** http://observers.france24.com/fr/content/20130620-refugies-birmans-thailande-retour-karen-birmanie-rebelles-camp 

Cela fait plus de 25 ans qu’ils vivent en Thaïlande. Mais les 140 000 réfugiés birmans ayant fui la guerre civile ne s’y sentent plus les bienvenus. Malgré leur avenir plus qu’incertain en Birmanie, les organisations humanitaires les invitent fortement à se préparer au retour.

Depuis que le régime militaire a été remplacé par un gouvernement civil en 2011, plusieurs accords de cessez-le-feu ont été signés avec des groupes rebelles issus d’ethnies minoritaires. Des accords certes fragiles mais qui laissent penser aux organisations humanitaires que les quelque 140 000 Birmans réfugiés sur le sol thaïlandais pourraient rentrer chez eux. 

 

Si le Haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR)  affirme qu’il n’y a pour l’heure pas de calendrier, l’organisation a toutefois commencé à organiser des ateliers pour préparer les déplacés au retour. En parallèle, la Mae Fah Luang Foundation, une organisation thaïlandaise financée par la monarchie, a distribué des questionnaires aux réfugiés, leur demandant entre autres ce qu’ils espéraient pour le futur : rester en Thaïlande, retourner en Birmanie ou s’installer dans un autre pays.

 

« Les préjugés raciaux des Birmans, les propos d'Aung San Suu Kyi sur les minorités, qu'ils considèrent comme trop vagues les incitent à la vigilance tant qu'ils ne pourront pas compter sur une autonomie pleine et entière. Dans les zones libérées le long de la frontière thaï, de jeunes combattants continuent à s'entraîner. »

 

Untitled-1.jpg

****** Les Yao. Dossier en anglais :

http://www.hilltribe.org/mien/

Biblio en français :

http://data.bnf.fr/11962613/yao__peuple_d_asie_/

 

Wikipédia. « En Thaïlande, les paysannes Yao gardent en permanence autour du cou un boa de fourrure rouge écarlate. Leurs enfants sont coiffés d'un bonnet brodé avec trois gros pompons symbolisant le bonheur, la richesse et la longévité.

Les vêtements sont tissés par les femmes et richement décorés de broderies parfois très fines. Des parures de bijoux sont ajoutées à l'occasion des fêtes.

Les paysannes Yao ont une caractéristique particulière : elles ne coupent leurs cheveux que deux fois dans leur vie, une fois à 18 ans et une fois à 38 ans ; c'est en effet, pour leur ethnie, un critère de beauté. Elles coiffent leurs cheveux en les remontant sur leur tête, et en ajoutant à leur coiffure des cheveux déjà coupés ou tombés, qu'elles ont reçus comme héritage de leur mère et de leur grand-mère. »


Les Hmong.


SOUS – GROUPES : Hmông Xanh (vert), Hmông Do (rouge), Hmông Hoa (bariolé), Hmông Den (noir), Hmông Trang (blanc).

Le tableau ci-dessous peut aider à identifier les différents groupes. 

 

Jupe

Coiffure

 

Hmông blanc

Tissu écru

Tête rasée sur le pourtour, touffe au sommet, turban

 

Hmông vert

Couleur indigo

Cheveux longs tombant sur les épaules, chignon après le mariage

 

Hmông noir

Couleur indigo

Cheveux longs, turban

 

Hmông rouge

Couleur indigo, broderies

Cheveux longs, pris dans une coiffe avec des pompons rouges

 

Hmông bariolé

Couleur indigo, broderies

Cheveux longs mêlés à des cheveux postiches, foulards de couleur rouge ou verte

 

 

Bibliographie wikipédia :

  • Philip Blenkinshop, La Longue Traque in Le Monde 2 no30, juin 2003, p. 125-135
  • M. David (Lieutenant-colonel), Guerre secrète en Indochine. Les maquis autochtones face au Viêt-Minh., Panazol : Lavauzelle, 2002.
  • Grégoire Deniau, Guerre secrète au Laos, Envoyé Spécial, France2, diffusé en 2005.
  • Pierre Dupont-Gonin, L’opération H’mong en Guyane Française, en 1977 : Les tribulations d’une ethnie ; un nouvel exode d’Extrême-Orient en Extrême-Occident, Préface de René Rémond, in “Péninsule - Collection Rapports et Documents - Etudes Orientales” Olizane, 1996
  • Marie-Odile Géraud, Regards sur les Hmong de Guyane française : Les détours d'une tradition, Paris : L'Harmattan, 2000.
  • Jane Hamilton-Merritt, Tragic mountains. The Hmong, the Americans and the secret war for Laos,, Bloomington and Indianapolis : Indiana University Press, 1993/1999.
  • Jean Lartéguy (avec la collaboration de Yang Dao), La fabuleuse aventure du peuple de l’opium, Paris : Presses de la Cité, 1979.
  • Chô Ly, Variation sociolinguistique : Étude comparative de l’influence du français et de l’anglais sur le hmong des Hmong de la diaspora à travers le phénomène de l’emprunt : Thèse de doctorat soutenue à l’université de Strasbourg II, non publiée,‎ 2004.
  • Jean Mottin, History of the Hmong, Bangkok, Odeon Store Ltd, 1980.
  • Nicolas Vidal, Les jungles perdues. Lectoure : le Capucin, 2003.
  • Michel Marceau, Les Hmong de Guyane, Paris : Ibis Rouge, 1996.


*******

http://www.msf.fr/actualite/articles/quand-msf-denoncait-rapatriement-force-hmongs-vers-laos

Cf. aussi le geste du colonel Robert Jambon, Commandeur de la Légion d’Honneur :

 

 

 

« A Dinan, un jour de décembre 2011, face au monument aux mort de l’Indochine, le colonel Robert Jambon, Commandeur de la Légion d’Honneur maintes fois médaillé mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête. Il voulait alerter l’opinion publique sur la trahison de la France et surtout de ses dirigeants, envers le peuple Hmong. Ce geste qu’il avait qualifié comme son dernier « acte de guerre » avait fait le tour des médias. Mais qu’en est-il de la situation des Hmong au Laos après l’acte exemplaire de fidélité et de courage du vieux soldat ?

  http://www.soldatsdefrance.fr/Dernier-acte-de-combat-d-un-grand-Soldat-de-France-le-Colonel-Robert-JAMBON_a920.html .

 

 

Partager cet article

Repost0
13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 03:02

titreNous vous avons l’an passé (1) parlé des fêtes du nouvel an, telles qu’elles se déroulaient encore dans les années 80 dans nos villages Isan, il y a près de 35 ans. Les choses ont bien changé.

Qu’en était-il quelques dizaines d’années auparavant ? Nous devons cette description au grand écrivain que fut Anuman Rajathon (2) qui a recueilli des traditions vieilles de plusieurs dizaines d’années (il écrit en 1954).

 

***

 

Le premier jour, sitôt effectuées les offrandes de nourriture du matin aux moines, tout le monde, en particulier les garçons et les filles du village se hâtent de rentrer chez eux pour revêtir des habits neufs et se faire une beauté.

Ils  vont alors dans les bois cueillir des fleurs sauvages à offrir à Bouddha pour le jour de l’an. Il s’agit de cassia  fistula (ต้นคูน ton khoun)

 

tonkoun

 

et de pterocarpus  macro-carpus (ประดู่ ton pradou),

 

Pradoo 3[1]

 

deux arbres qui fleurissent à cette époque en donnant de très belles grappes de fleurs jaunes, c’est la « floraison du nouvel an ».  Les jeunes s’en vont ainsi par groupe de cinq ou six, garçons et filles, en chantant, en plaisantant et probablement en batifolant.

Leur cueillette faite, ils se rendent au temple, garçons d’un côté et filles de l’autre, assis et prosternés, les mains jointes tenant des bouquets à la hauteur du front. Les groupes des garçons et des filles psalmodient ces formules magiques :

พิษฐานเอยมือหนึ่งถือพานพานแต่ดอกอ้อเกิดชาติใดแสนใดขอให้ได้คน

(phitsathan oei muenueng thue phanphan taedokokoetchatdaisaendaikhohaidaikhon)

 

Je prononce ces vœux en tenant d’une main une coupe d’offrande (ou un plateau sur pied) remplie de dok-o (3) …. Pour n’importe quelle vie (cette vie, l’autre vie ou toutes les vies) je prie au dieu de me donner un homme (une femme) pour qu’il (elle) vive avec moi.

 

... Et ils continuent

พิษฐานวานไหว้ขอให้ได้ ดั่ง พิษฐาน เอย

(phitsathan wanai khohai daidangphitthanoei)

Je prononce ces vœux en rendant un culte aux Dieux pour qu’ils     réalisent mes voeux.

 

Et les garçons terminent :

 

พิษฐานเอยมือหนึ่งถือพานพานแต่ดอกรักเกิดชาติใดแสนใดขอให้ได้ คนชื่อพักตร์

(phitsathanoeimuenuengtuephanphantaedokrak

koetchatdaisaendaikhohaidaikhonchuephak)

 

Je prononce ces vœux en tenant d’une main une coupe d’offrande (ou un plateau sur pied) remplie de dok-rak (4)… Pour n’importe quelle vie (cette vie, l’autre vie ou toutes les vies) je prie au dieu de me donner une femme dénommée Phak pour qu’elle vive avec moi…

 

Les fleurs sont alors offertes à Bouddha, sans bougies ni bâtonnets d’encens, ce qui est un usage tardif.

Une fois les oraisons terminées, les jeunes vont se mettre à l’ombre des arbres du temple pour s’y divertir et jouer, jusqu’à midi, l’heure du dernier repas que les moines sont autorisés à prendre, et continuent l’après midi.

Il y a en général chez les filles une plus âgée et plus instruite qui va dans le village battre du tambour pour inviter tous les garçons à rejoindre la fête. Jeux et danses se poursuivent ainsi jusque tard dans la nuit à la lumière des torches. Autrefois, les querelles d’ivrogne éraient rares et lorsqu’elles survenaient, les anciens du village y mettaient vite le holà. Ces festivités duraient en général trois ou quatre jours, parfois beaucoup plus, interrompues parfois par la pluie et toujours par la nécessité de retourner un jour ou l’autre aux travaux des champs.

Autrefois encore, les forêts étaient proches des villages, on pouvait en moins d’une demi-heure de marche aller cueillir les fleurs. Malheureusement, l’extension des terres agricoles a fait qu’elles reculent de plus en plus, qu’il faut plusieurs heures de marche et aller en voiture fait perdre tout son charme à cette coutume qui est maintenant sur le déclin.

 

 

cueillette

 

La tradition veut enfin que les cadets de chaque famille versent un peu d’eau aromatisée sur les mains de leurs ainés en gage de respect.  Cette tradition se perpétue encore au sein même de la sphère familiale, 

 

vieux-2.jpg

et elle ne semble pas avoir totalement disparu.

 

vieille.JPG

 

Les cérémonies dans le nord-est, nous apprend Anuman Rajathon étaient à peu près similaires. Il s’agissait alors d’une fête exclusivement religieuse qui donnait peut-être lieu à naissance de quelques amourettes

 

marivaudage

 

 

mais en définitive d’une grande sobriété.

 

Les choses ont bien changé.

 

ridicule.jpg

 

Nous remercions chaleureusement notre ami Rippawat Chirapong pour sa traduction et ses photographies.

 

------------------------------------------------------------------------

 

 

Notes

 

(1) Notre article A 103 « Songkran, le nouvel an thaïlandais, entre tradition et modernité. »

 

(2) Journal de la Siam society, volume 42-1 de 1954. « Amusements during Songkran festival ».

 พระยาอนุมานราชธน Phraya Anuman Ratchathon (14 décembre 1888 – 12 juillet 1969) est un autodidacte, anthropologue et ethnographe devenu une autorité sinon l’autorité en matière de culture populaire thaïe. Il a été le premier chercheur thaï à procéder à une étude sérieuse des folklores en prenant une foule de notes dans les villages. Il fut de 1951 jusqu’à ses dernières années un collaborateur prolifique du journal de la Siam Society.

 

Anu;an

(3) Calotropis gigantéa.

 

dok o

 

(4) Arudo donax « dok rak »  « la fleur de l'amour » est évidemment le symbole de l'amour !   

 

 dok rak

 

 

Partager cet article

Repost0
6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 03:02

THAILANDE-ETHNIQUELes « minorités ethniques » ou les « populations montagnardes » du nord-ouest de la Thaïlande.

 

1ére partie. Présentation.

 

Notre blog est pour nous l’occasion d’en savoir un peu plus sur l’histoire de la Thaïlande et de partager ce que nous avons cru comprendre. La qualité de nos articles dépend –bien sûr- de la qualité des sources trouvées. Et vous avez pu vous rendre compte qu’elles sont parfois (souvent ?) limitées, parcellaires, voire confuses. Mais quand nous tombons sur des articles de chercheurs dont nous avons déjà apprécié la qualité, comme Condominas, Gabaude, Ivanoff, Dovert, Baffie, ou émanant d’éminents instituts de recherche comme l’IRASEC, l’EFEO, l’EHESS, etc, nous avons alors la certitude que nous allons apprendre une « réalité » importante sur la Thaïlande.

 

Ainsi, nous l’espérons, en sera-t-il pour les « populations montagnardes » du nord de la Thaïlande, quand nous pouvons disposer de l’article de Yves Goudineau et Bernard Vienne  intitulé :

 

« L’Etat et les minorités ethniques, La place des « populations montagnardes » (chao khao) dans l’espace national ». (in « Thaïlande contemporaine ». *)


 chaokhao

 

Une première lecture permet de constater que la situation est complexe, et cela pour des raisons diverses :

 

  • « Il n’y a pas officiellement en Thaïlande de « minorités » ethniques » ; un statut particulier qui serait accordé sur une identité d’ordre ethnique ou culturelle ; et pourtant la Thaïlande d’aujourd’hui regroupe « une population à  l’évidence hétérogène par ses origines ». 

(Toutefois Ivanoff admet que « la Thaïlande accepte la différence ethnique au nom d’une différence géographique régionale dans un cas (isan) et religieuse dans l’autre (islam). Mais confirme : « Aucune catégorie n’est toutefois basée sur la culture »)**

  • On sait pourquoi. La Thaïlande des Thaïs s’est construite sur une seule identité thaïe, une langue, une nation, une royauté, une religion, dans un choc, un processus historique rendu nécessaire par les « velléités » colonisatrices anglaises et françaises, et de l’obligation de tracer les frontières.  (Cf. nos articles sur le nationalisme et la thaïness)**

 

  • Les minorités ethniques existent cependant puisque l’Etat a promu des programmes  spécifiques d’intervention (une administration, les projets du roi, des plans, des projets de développement …) et émis des cartes d’identification portant menton d’identités particulières.

 

  • C’est un système polyethnique avec des composantes, des groupes divers et variés qui ne bénéficie pas d’un décompte officiel.

Yves Goudineau et Bernard Vienne critique les auteurs de « catalogue ethnique » et préfèrent rester dans une estimation de 30 à 40 groupes ethnolinguistiques en Thaïlande, sans oublier des populations que l’on considère comme thaïes, parfois très anciennes, ou plus récentes comme les immigrés ou les réfugiés. (Cf. ****)

 

  • Un système souvent difficile à appréhender car il se comprend dans ses  dimensions historiques, transfrontalières, ses différentes vagues d’immigration, ses particularismes locaux, les sous-groupes que les intéressés perçoivent, les différentes stratégies choisies par les groupes dans leur processus d’intégration-assimilation, etc.

 

  • « L’espace montagnard n’est pas non plus un « patchwork » de petites communautés appartenant à une multitude d’ethnies, plus ou moins autonomes les unes par rapport aux autres et par rapport à la société dominante. C’est un espace structuré par un réseau de relations économiques, sociales, voire politiques, qui forment un système en soi, dont les chao khao,  même s’ils en constituent la trame, ne sont pas les seules composantes. » (Cf. les Ho,


ho


  •  les Chinois du Guomindang, 


kuo-intang.jpg



  • les zones grises du commerce illicite ***)

 

Le système montagnard polyethnique est donc difficile à appréhender. Mais quelles  que soit ces difficultés, il faut bien commencer  par identifier les composantes de ces peuples montagnards du Nord.

 

Les composantes de la catégorie sociale chao khao.

 

Chao khao ?

« Les chao khao représentent actuellement un faible pourcentage (moins de 3% de la population thaïlandaise, mais ils sont près de 50% dans une région comme celle de Mae Hong Son. »

 

Mountains_in_Mae_Hong_Son_Province.jpg


La notion chao khao a été officialisée dans les textes à partir de 1959. Elle « désigne les groupes montagnards non Tai pour lesquels l’Etat reconnait une nécessaire intégration à terme dans l’espace social national, matérialisée par l’acquisition de la citoyenneté thaïlandaise. »

 

« Les autorités ont identifié relevant des chao khao d’abord neuf groupes ethniques, puis dix avec les chasseurs-cueilleurs mlabri, partagés en deux sous-ensembles selon leur mode d’adaptation l’environnement et selon leur système de culture. » 

 

« On signalera aussi que, bien qu’appartenant aux mêmes entités ethniques, les populations d’immigration récente (après 1975) ne sont pas reconnues comme chao khao  mais comme occupants illégaux, ressortissants étrangers ( …) dont la vocation est d’être reconduits aux frontières manu militari. »

 

Si chaque composante a sa micro-histoire, une première distinction a été faite  :

 

  • entre les populations perçues comme autochtones et celles dont la migration dans le Nord de la Thaïlande ne remonte pas au deçà du XIX ème, comme les Lawa,


lawa


  •  les Karens 

 

karens


  • et certains Htin,


htin



  • Khmu 


kmus


 

  • (et des Mlabri)


mlabri


 

  • descendants des Austroasiatiques  installés  avant la conquête faite par les Môns, et formant un substrat du système montagnard à l’époque des princes de Chiang Maï, et les Lahus, 


lahus


  • Akha, 


acca


 

  • Lisu venus du sud-ouest de la Chine, 


lisu


  • les Yao 


yao


 

  • venus de Chine mais des provinces du Guangdong, du Guangxi et du Yunnan, et les Hmong


hmong


 

  • fuyant la Chine après les répressions de 1795 et de 1853 via le Viet-Nam, le Laos et les Etats Shan en Birmanie. 

 

L’autre distinction est ethnolinguistique

 

  • et fait apparaître dix groupes distincts. Austroasiatiques de la branche mône-khmère (Lawa, Htin, Khmu, Mlabri), la branche tibéto-birmane (Akha, Lahu, Lisu et Karen) et la branche miao-yao, (Yao et  Hmong).

 

Autant dire que le sujet ne peut qu’être que complexe, car il faudrait pour le moins  présenter chacun des 10 groupes avec :

 

 L’histoire avec leur origine ? L’évolution du peuplement ? Les frontières et les migrations successives ?

La population ? Le nombre de villages ? Le(s) lieu(x) d’implantation? Caractériser leur croyances, leur mode de culture ? (et pour certains,  leur rapport à l’opium, au trafic d’héroïne ?) Repérer les sous-groupes ? Distinguer ceux qui sont en voie d’intégration-assimilation voire les logiques entre l’inclusion, l’intégration et le rejet selon les situations locales, etc.

 

Nous avons là moins d’un million de personnes avec les Lawa (env. 17 000 personnes), les Htin (40 000), les Khmu (10 000), les Mlabri ( - de 300), les Akha (70 000), les Lahu (100 000), les Lisu (38 000), les Karen (430 000), les Yao (45 000) et les Hmong (150 000), en sachant que les données chiffrées sont toujours données sous réserve nous disent Yves Goudineau et Bernard Vienne et qu’il existe une vaste littérature sur chacune de ces minorités (surtout pour les Karens).

Ils seraient donc à caractériser selon leur propre histoire et du point de vue des Thaïs et de l’histoire de la Thaïlande.

 

Poursuivons notre quête avec Yves Goudineau et Bernard Vienne. (Cf. article suivant)

 

 

______________________________________________________________________

 

 L’Etat et les minorités ethniques, La place des « populations montagnardes » (chao khao) dans l’espace national », de Yves Goudineau et Bernard Vienne, p. 443-472,  in « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

Yves Goudineau, anthropologue, est directeur d’études à l’Ecole française d’Extrême Orient ( EFEO), Visiting Professor à l’Université d’Oxford (2008-2011) et dirige le séminaire « Anthropologie comparée de l’Asie du Sud-Est «  à l’ EHESS.

 

goudineau 2

 

Bernard Vienne, ethnologue, est directeur de recherche (retraité) à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), pour lequel il a longtemps séjourné en Nouvelle-Calédonie.

 

ird

 

** Cf. article de Jacques Ivanoff, p. 478, « Qui est Thai/Thaïlandais ? », in  « Une modernisation sans développement, Construction et ethnorégionalisme  en Thaïlande », in « Thaïlande contemporaine ».

 

livre

Et notre article « A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? » 

 

*** Cf. L’article de Danielle Tan :


Danielle Tan klein 01

 

Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6. Et notre article 23

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html 

 

****Cf. Le forum de  Manu  de Chiang Maï sur les minorités ethniques de Thaïlande qui annonce :

-2 % de la population, soit 1 100 000 de personnes) vivent aujourd’hui en Thaïlande

-un recensement de 38 groupes ethniques non Thaïs selon le  « Tribal Research Institute », « chacun possédant sa culture et son propre langage », et 6 tribus montagnardes ! )
-A part les 300 000 Karens installés en Thaïlande depuis presque trois siècles, la majorité des "tribaux" sont arrivés après 1900 (le 1er village Akha du Siam a par exemple été construit en 1904) puis surtout après la Seconde Guerre Mondiale, chassés par les combats qui ensanglantaient la Birmanie (dès 1949) et le Laos (années 70). »,  etc. Cf.
http://www.forumthailandeinfo.com/index.php?topic=7.0

 

 

 Cf. aussi pour l’Isan A56. Le crépuscule des ethnies ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

 

 

 finale

 

 

Partager cet article

Repost0
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 03:02

Terra-IncognitaDocument.

 

Avant de pénétrer plus avant dans le royaume de Siam, il est bon de relater ici l'état de nos connaissances sur cette contrée. En 1856, à l'époque où M. de Montigny remplissait sa mission, toute la partie intérieure de l'Indo-Chine était presque entièrement inconnue. Du cours du Mékong lui-même, on ne connaissait qu'un seul point, Xieng-Hong, situé par le 22° de latitude nord, auquel était parvenu le lieutenant anglais Mac Leod, en 1837.

 

Xieng thong

 

Nous ne pouvons mieux faire, du reste, pour donner une idée exacte de cette situation, que de reproduire ici même, à titre de document, la note que M. Jomard adressait à M. de Montigny

 

Montigny

 

sur le royaume de  Siam, en novembre 1855, et dans laquelle il indiquait en même temps les points principaux à élucider.

 

Nota. Est-ce que M. Jomard avait pris connaissance du livre de Mgr Pallegoix intitulé « Description du royaume thaï ou Siam » publié à Paris en 1854 ?


 copiage.jpg


LE ROYAUME DE SIAM

 

1.-- GÉOGRAPHIE

 

Selon John Crawfurd (ambassade à Siam)

 

Crawfurd

 

le royaume de Siam se composait en 1822, des contrées suivantes :

 

1° Siam proprement dit, habité par la race siamoise ;

2° Une grande portion de Lao (ou Laos) ;

3° Une portion de Cambodge ;

4° Certains États malais, tributaires de Siam.

 

La limite la plus méridionale est à la rive ouest de la presqu'île Malay, à Kurao, S0 nord.

La limite est  à Kamamong, 5° nord, au moins, jusqu'au 105° longitude est de Greenwich.

La limite nord, probablement jusqu'au 21° nord. La limite ouest à 97° est, longitude Greenwich, comprenant des îles désertes, baie du Bengale. Siam a ainsi, au moins, 16° en latitude et environ 7° en longitude : surface 190,000,000 milles géographiques carrés.

 

La Loubère 02

 

1° Il y aurait à vérifier cette division du pays de Siam, ces limites, cette étendue (le rectangle entier ferait plus de 403,000 milles carrés);

 

2° Les cartes de Symes, de J. Crawfurd, de Wyld, même la carte toute récente de Mgr Pallegoix sont peu satisfaisantes, vagues et incomplètes ; le cours des rivières est à rectifier.

 

carte

 

Un point curieux de géographie est à éclaircir :

 

la rivière Meinam, qui traverse le royaume de Siam dans toute sa longueur, nord et sud, se rejoint avec le Meinam de Cambodge, au moyen d'une rivière qui les unit, dit-on, tous les deux ; c'est un fait rare en hydrographie coutinentale. La source du Meinam est très reculée, mais on peut prendre des informations sur son emplacement : les cartes sont contradictoires sur ce point ;

 

La Loubère06

 

3° La partie du Laos, réunie à Siam, n'est pas déterminée, c'est une lacune à remplir.

 

II. — POPULATION

 

4° La population de Siam paraît avoir été beaucoup exagérée par les voyageurs qui estiment que la capitale seule, Bang-kok, compte 400,000 âmes : des géographes l'ont réduite beaucoup trop en la réduisant à 90,000 habitants. La population principale se compose de Chinois ; les races siamoise, cochinchinoise, hindoue, malaise, noire, composent le reste;

 La Loubère 03

 

5° Il est à désirer qu'on recueille des types exacts des diverses physionomies bien caractérisées, notamment les hommes de couleur noire, appelés nègres, improprement sans doute, par certains auteurs ;

 sia;ois

6° Les villes, dans un pays aussi peuplé, doivent être assez nombreuses : les descriptions n'en font connaître qu'un petit nombre, trois ou quatre ; il faut s'informer à cet égard et déterminer la population de chacune des cités ou grosses bourgades;

 

7° La ville appelée aujourd'hui par les Européens, Siain, a succédé à une antique ville florissante, entièrement ruinée : ce lieu s'appelait Si-yo-thy-ya. Y a-t-il des vestiges de son ancienne grandeur ?

 La Loubère 09

 

Bang-kok, la capitale actuelle, est une ville flottante en très grande partie : les détails manquent sur cette disposition des lieux.

 

III. — MOEURS, USAGES, INSTITUTIONS

 

8° Selon un voyageur, les Siamois ont horreur d'un geste fait au-dessus de leur tête ; ils ne peuvent rien souffrir au-dessus de leur tête. Pour qu'il n'arrive pas que quelqu'un habile et marche au-dessus de leur tête, ils n'ont pas de maison à deux étages ; toutes les maisons consistent en un rez-de-chaussée.

 

La Loubère 04

Cette singularité bizarre a besoin d'explication. Les obsèques, les mariages donnent lieu à des cérémonies peu connues.


 BEAUVOIR-02

On recommande les questions suivantes :

 

9° Recueillir des notions sur les lois de succession, les castes, les conditions diverses des habitants, l'administration, les institutions, les écoles et le commerce avec la péninsule malaise, la Cochinchine, la Chine, etc. ;

 

10° Sur les armes, les instruments, les poids et mesures, etc.

 monnqies

On peut conclure d'un passage du livre de Crawfurd que les Siamois ont une brasse longue de 1m,98 : ce point est à vérifier ;

 

11° L'ère siamoise a-t-elle commencé en l'an 641 de Jésus-Christ ? Cela résulterait -du synchronisme de l'année siamoise 755 avec l'année 1406 de l'ère chrétienne ;

 

12° La religion de Bouddha est dominante; quels sont les autres cultes pratiqués et tolérés dans le royaume ? Cérémonies religieuses; influence des prêtres sur le gouvernement ? Nombre des monastères ?

 

IV. — ARTS, SCIENCES, LITTÉRATURE, ARCHITECTURE

 

L'architecture, la sculpture, le travail des métaux et des matériaux divers sont assez avancés pour qu'on puisse comparer les ouvrages des Siamois avec ceux des Indiens et des Chinois. Leurs monuments ont un caractère propre et une certaine grandeur ;

 

La Loubère 11

les statues de Bouddha sont innombrables; elles sont travaillées avec art.

 

Monuments :

 

Les voyageurs et les savants se sont peu occupés des antiquités de Siam, du moins pas autant que des productions, du commerce, de la population et de la politique. Il y existe pourtant des monuments anciens dignes d'être, non seulement décrits, mais figurés comme l'ont été ceux de l'lndostan. John Crawfurd (mission de 1822) doit être excepté ; mais ce qu'il dit des monuments fait sentir le besoin d'avoir des notices et surtout des dessins complets. Par exemple, cet envoyé anglais avoue qu'il n'examina d'abord que légèrement et en passant le temple bouddhique de Gautama (de Bangkok) qui n'est pas le plus grand des temples siamois. Les murs étaient revêtus de papier de Siam, doré, couvert de peintures d'un beau travail, qui retracent les aventures de Rama. Ces bâtiments, dit-il, supposent une énorme dépense de travail et de matériaux, et un grand progrès dans les arts et la civilisation. 


 palais b

 

Il s'y trouve des statues gigantesques de Gautama, avec d'autres, en nombre considérable, d'une moindre proportion. L'une d'elles, représentée debout, est en cuivre doré, elle a 35 pieds anglais 3/4; sa largeur, aux épaules, est de 6 coudées; chaque pied a 2 coudées et 2 pouces ; une inscription apprend que le temple a coûté 465,440 ticaux, ce qui équivaut à 58,180 livres sterling (1,454,500 francs). Le grand temple renferme une belle bibliothèque pleine de riches et beaux livres écrits en Bali ;

 

13° Outre les monuments plus ou moins récents qui ornent la ville de Bang-kok, il y a des ruines d'anciens édifices qui méritent d'être visitées et sur lesquelles J. Crawfurd ne donne pas de détails;

 

14° Les grands temples ont des bibliothèques riches en livres de poésie, de littérature, d'histoire et de religion ; y en a-t-il sur la navigation et le commerce? On prétend qu'il s'y trouve des hommes instruits en astronomie. Il serait utile de rapporter la nomenclature siamoise des principales constellations, les livres astronomiques (s'il y en a), les almanachs, les calendriers et généralement les vocabulaires des divers idiomes;

 

15° Recueillir aussi les instruments de musique, les airs notés, etc.

 

musique.jpg

 

V. — HISTOIRE NATURELLE, CLIMAT, PRODUCTIONS, ETC.

 

16° Des observations météorologiques suivies seraient une acquisition précieuse et toute neuve; on ne s'est pas occupé de l'étude du climat dans le royaume de Siam, si ce n'est pour apprécier la température. Il faudrait faire connaître les vents régnants, les courants, les pluies tropicales et leur limite et les autres points essentiels de la météorologie;

 

17° Les montagnes n'ayant pas été décrites par les voyageurs, le climat des parties élevées du sol est encore moins connu que celui de la vallée du Meinam; il dépend d'ailleurs de la direction des chaînes et de l'altitude des points culminants, choses sur lesquelles on ne sait presque rien ;

 

18° La géologie de Siam est tout entière à créer ; la nature du sol, celle des roches demandent à être déterminées;

 

19° Quelles sont les mines exploitées ou h travailler? Les métaux précieux, les gemmes, la houille, le cuivre et le fer, etc.

 

20° On sait assez que l'étain y abonde ; l'or et les émeraudes qu'on voit dans les temples sont-ils extraits du pays ?

 

Passant sous silence tout ce qui regarde les végétaux, nous poserons deux questions sur les animaux rares du pays;

 

21° L'éléphant blanc était autrefois rangé parmi les albinos : cet animal à Siam est naturellement de couleur blanche, et non blanc par maladie ou par une cause accidentelle ; son existence n'est plus mise en question, mais il y a lieu de faire encore beaucoup d'observations. L'on sait qu'il existe à Siam des éléphants mi-partie blancs, mi-partie noirs; la teinte, blanc pur, par tout le corps, fait la rareté de l'individu; aussi la superstition populaire suppose que les éléphants blancs sont l'habitation de l'âme d'un roi puissant, marchant par degrés à la perfection; ils sont respectés et traités en princes, ont chacun dix serviteurs et portent le titre de Roi puissant, de Roi merveilleux. Ces animaux viennent de la forêt de Pisilak, à peu de distance du Meinam. Ceux que Crawfurd a vus à Bang-kok étaient bien portants, sans aucun signe de maladie ; le plus petit avait six pieds six pouces.

 

Plusieurs voyageurs parlent d'un très fort quadrupède, du royaume de Siam, qui a de l'analogie avec le rhinocéros, et qui est armé d'une grande corne implantée sur le front, animal féroce qui peut redresser sa corne en avant et frapper avec. Cette description convient très bien avec celle que les Ouadâyens ont faite au Cheykh-el-Tounsy et plusieurs Africains à M. Fresnel, le distinguant du rhinocéros dont la corne pose sur le nez; ce savant compare l'animal africain très rare dont il s'agit à l'unicornis, à la licorne si longtemps cherchée et reléguée parmi les animaux fabuleux. On l'appelle abouearn, traduction exacte du mot unicornis, dont Pline s'est servi. Il serait important de prendre les informations les plus exactes sur l'animal siamois, d'en rapporter au moins la dépouille et la corne avec son attache sur le front. Ce serait une véritable conquête pour l'histoire naturelle, surtout si un hasard heureux procurait aussi l'animal africain.

BEAUVOIR- 01 

Le simple énoncé de questions aussi étendues suffit à montrer la durée qu'impliquaient, nous ne dirons pas leur solution, mais la seule recherche des éléments destinés à la préparer. On ne s'étonnera donc pas que M. de Montigny n'ait pas trouvé le secret de concilier les nécessités de sa mission diplomatique — la seule dont il fut d'ailleurs investi — avec des travaux qui, sous leur apparence accessoire, embrassaient un champ assez vaste pour occuper laborieusement les investigations spéciales d'une mission scientifique de plusieurs membres, pendant de longs mois.

 

Car les questions proposées à son zèle reconnu pour la science ne se bornaient pas à celles de M. Jomard. La Société de Géographie avait aussi formulé les siennes par l'organe de MM. Walcknaer, de la Roquette, Jomard, Cortambert, Alex. Bonneau et Alfred Maury, chargés par elle de dresser la liste des principaux desiderata de la géographie du royaume de Siam.

 

Enfin le Muséum avait à son tour rédigé des instructions, en vue de diverses recherches relatives à certains points de culture, de botanique et de zoologie.

 

Sans titre-1

 

L'exécution d'un pareil programme dépassait, évidemment, de beaucoup la capacité d'un seul homme dont le temps se trouvait, par surcroît, étrangement limité.

 

Mais, si M. de Montigny eut ainsi le regret de ne pouvoir réaliser pleinement l'impossible effort qu'on lui avait demandé, on verra qu'il n'en sut pas moins employer son activité de manière à provoquer les hommages et la gratitude du monde savant.

 

 

Nous essayerons de vérifier si le livre de Mgr Pallegoix, « Description du royaume thaï ou Siam » publié à Paris en 1854, ne répond pas à plusieurs de ces questions.

 

harem 01

Partager cet article

Repost0
26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 04:02

st-louis-hospital-bangkok-historical-photoLa  création du premier hôpital international français et catholique à Bangkok … vue par un journal siamois.


Le journal Siam Observer du 26 février 1894 (1) signale : « on apprend par la rumeur publique que la France envisage de créer un hôpital au bord du canal khlong Mai ou khlong Phoyom (actuellement connu sous le nom du khlong Sathorn) afin de soigner les protégés français ». L’auteur de l’article pose évidemment la question de savoir si le nombre de protégés français justifiait les « grandes dépenses » envisagées par la France (2) ? Ce n’était qu’une rumeur à cette date et pourtant l’hôpital fut construit et subsiste toujours.


Si l’on en croit Charles Lemire, l’ « hôpital international Saint-Louis », inauguré le 15 septembre 1898, a été fondé en grande partie grâce à une subvention française provenant de l’indemnité de guerre que le Siam a payée en vertu du traité de de 1893 (3). 

Ceci dit, la nécessité d’un hôpital à Bangkok, non seulement pour les résidents ou soldats français, mais aussi pour les missionnaires et les « pauvres » siamois, s’imposait ; elle est l’œuvre de Monseigneur Vey, vicaire apostolique du Siam de 1875 à sa mort en 1909 (4).

 

Monseigneur VEY

Elle a incontestablement eu le soutien du roi Rama V.


Monseigneur Vey est présent sur tous les fronts, évangélisation des « païens » bien sûr et constructions de plusieurs écoles (collège de l’Assomption,


college asso;p

 

collège Saint Gabriel, etc..)

 

Sqint gabriel

 

Son grand projet fut l’établissement d’un hôpital à Bangkok, soigner les corps tout en s’occupant des âmes. Il y pense dès 1884 mais manque de moyens financiers. Il réussit à obtenir une aide de 100.000 francs du consulat de France et une autre de 150.000 du gouvernement aux Missions étrangères. Il peut donc acheter les terrains en 1895 et 1896. Son hôpital est sorti de terre et il obtient l’envoi depuis Saigon de religieuses de l’ordre de Saint-Paul de Chartres (5).

 

religieuses


L’hôpital est solennellement inauguré le 15 septembre 1899, cérémonie au cours de laquelle les  résidents européens, les représentants du gouvernement, les autorités militaires et ecclésiastiques et les officiels siamois se côtoient. Il porte, de par la volonté de Monseigneur Vey, le nom d’hôpital « Saint Louis », une référence à notre grand roi, grand pourfendeur de juifs et de musulmans, qui dut peut-être faire grincer des dents les officiels barbichus du gouvernement français ? Cette cérémonie dont nous n’avons pas trouvé ni traces ni photographies, dut être suave ?


L’hôpital existe toujours et prospère depuis plus d’un siècle sous la gestion des mêmes religieuses qui affirment une gestion sans but lucratif : « Where there is mercy, there is God » (6).

 

st-louis-hospital-bangkok-thailand

 

Du côté catholique, il s’agit tout simplement de remplir la mission « divine » de l’Eglise. Les trois vertus théologales sont « la foi, l’espérance et la charité ».

 

vertus

 

A cette époque où les relations politiques entre le Siam et la France sont détestables seuls les missionnaires, avec modestie, en s’adonnant à des œuvres charitables – notamment dans le domaine de la médecine et de l’enseignement – appréciées par les moines bouddhistes eux-mêmes, tissèrent le fil d’une profonde estime réciproque, toujours sensible aujourd’hui (7).


Du côté français, ou tout au moins du côté des autorités françaises, cette situation est singulière : Nous sommes entre 1895 et 1899. La république est depuis sa proclamation ouvertement hostile à la religion catholique, « le cléricalisme, c’est l’ennemi » a hurlé Gambetta quelques années auparavant.

 

cleri

 

La législation anticléricale a commencé en 1880 et ne fera que croître et embellir. Par mesure de sureté, la république exilera en 1886 tous les prétendants au trône, royalistes ou bonapartistes, qui la font trembler. Les catholiques français le rendent à la république avec usure, ils sont dans leur immense majorité hostile au régime et plus encore l’armée et plus encore au sein de l’armée, la marine. La politique de « ralliement » préconisée par le Pape Léon XIII fut considérée avec effarement par les catholiques français à l’époque. L’affaire Dreyfus a éclaté en 1894 et coupera pour longtemps la France en deux. Or, hostile à la religion à l’intérieur, la république agit en sens exactement le contraire à l’extérieur.


Si les autorités françaises ont donné 250.000 francs à Monseigneur Vey, directement ou indirectement (éventuellement en lésant les victimes des Siamois qui attendaient leur indemnisation), peut-on évaluer cette somme en 2014, heure à laquelle nous écrivons ? Comparaison bien aléatoire mais puisque nous sommes chez les cléricaux, restons-y. En 1895, un exemplaire du quotidien « la Croix » vaut 5 centimes (de franc),

 

5 cts

 

aujourd’hui, 1,50 euros c’est-à-dire presque 10 francs c’est-à-dire 200 fois plus. 250.000 francs, cela ferait donc 5 millions de francs c’est-à-dire approximativement 750.000 euros. Et pourtant ce royal cadeau de la république anticléricale à une œuvre entièrement et totalement cléricale ne paraît avoir suscité aucune réaction dans la presse de cette époque.


Etrange paradoxe dont les raisons profondes nous échappent.


Les éléments nécessaires à l’écriture de cet article nous ont été fournis par notre ami doctorant de Bangkok, Rippawat Chirapong. Qu’il en soit remercié.

 

___________________________________________________________________________

 

(1) Le journal fut fondé par William Alfred Tilleke alias Phya Arthakam (1860 – 1917),

Juriste originaire de Ceylan, arrivé en 1890 au Siam, il se rendit célèbre (en pleine époque de pression coloniale française) en obtenant l’acquittement devant la juridiction consulaire française d’un fonctionnaire siamois accusé d’avoir assassiné un Français. Il fut le premier quotidien siamois en anglais.

 

(2) Bonne question évidemment : si l’on en croit l’ « Almanach de Gotha » en sa partie administrative (il n’y a pas de chiffres pour les années précédentes, il y avait en 1906 enregistrés au Siam, 7 Français, 30 en 1907, 200 en 1908, autant en 1909 et autant en 1910. En ce qui concerne les « protégés » proprement dits, il faut probablement ajouter deux zéros à ces chiffres ?

 

(3) « La France et le Siam, nos relations de 1662 à 1903 », 1903  page 26. On croit rêver ! Charles Lemire est à l’époque « résident honoraire de France » à Bangkok et il est difficile de penser qu’il écrivait des fariboles ? L’indemnité allouée à la France par le traité de 1893 était destinée à indemniser les victimes des « exactions » siamoises. Si une partie de ces trois millions a été utilisée à une autre fin, c’est un détournement patent des deniers publics. Pour lui encore (loc.cit. page 12), il y a au Siam « un million de protégés », potentiels évidemment, ce qui aurait alors justifié de la construction non pas d’un hôpital financé sur des fonds publics mais de plusieurs dizaines ?


(4) Monseigneur VEY est né dans le petit village d'Araules (Haute Loire) le 6 janvier 1840. D’une famille de paysans profondément chrétiens, il fit ses premières études, brillantes, au petit séminaire de Monistrol dans le diocèse du Puy-en Velay. Il fut admis en 1862 au séminaire des missions étrangères de Paris. Il fut ordonné le 10 juin 1865 et arrive le 14 juillet suivant au Siam. Il y est accueilli par Monseigneur Dupond, successeur de Monseigneur Pallegoix. Il consacre les première années tout autant à son apostolat qu’à l’étude du siamois et du pali. C’est à lui que nous devons une édition en 1896 du dictionnaire de Monseigneur Pallegoix. (notre article A 58). Il succède à Monseigneur Dupond en 1875 comme vicaire apostolique du Siam et évêque in partibus de Geraza. Entretenant d’excellents rapports avec les autorités siamoises,  c’est très probablement à son instigation, en 1893, que Pavie renonça à faire bombarder Bangkok comme le lui suggéraient les belliqueux capitaines de l’armada française et choisit une solution négociée.

Sur ce prélat, voir :

« A sketch of bischop Vey’s life » in journal de la Siam society de 1910- I, pages 1069 s)

« The great role of Jean-Louis Vey, apostolic vicar of Siam (1875-1909) in the church history of Thailand during the reformation period of King Rama V, the great » par  SURACHAI CHUMSRIPHAN,  Rome 1990 - Dissertatio ad Doctoratum in Facultate Historiae Ecclesiasticae - Pontificiae Universitatis Gregorianae.

 

(5) L’ordre des sœurs de Saint Paul de Chartes, fondé en 1696, est le premier ordre féminin missionnaire. Fort de 4.000 religieuses dont plus d’un millier au Vietnam, l’ordre a présentement perdu sa suprématie française, La supérieure générale, la révérende mère Myriam de Saint-Paul Kitcharoen, est d’ailleurs thaïe (voir le site officiel de l’Ordre http://www.stpaulrome.com).


supérieure 

(6) Site Internet

http://www.saintlouis.or.th/main_page.php               

 

(7) Courrier de notre ami Rippawat du 20 janvier 2014. La qualité de l'oeuvre des religieuses explique probablement qu'elles ont eu moins que d'autres oeuvres missionnaires à souffrir de l'instauration  du régime communiste en 1975 : voir le site

http://belleindochine.free.fr/Chartres.htm


 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0