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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 04:02

titreNon, nous ne nous sommes pas transformés en experts en matière d’installation en Thaïlande ! Vous trouverez tous ce qu’il faut (ou le plus souvent tout ce qu’il ne faut pas) sur « la toile ». Nous vous avons déjà parlé de l’hebdomadaire « L’éveil économique de l’Indochine » (1) et de Henri Cucherousset, son infatigable et sympathique directeur. Celui-ci a consacré un numéro spécial de sa revue au Siam (2) mais nous sommes en 1923 !

 

Le chapitre intitulé « Les Français du Siam » est souvent prémonitoire, en tous cas, il vaut la lecture pour les conseils qu’il nous donne, tous judicieux et loin d’être tous obsolètes.

Cucherousset

 

« La France n’a pas à Bangkok la place qu’elle devrait avoir ».

 

Nous sommes en 1923 en effet : Il y a à Bangkok comme seuls Français (en dehors des missionnaires, du personnel de l’ambassade et du consulat bien sûr, et des deux chefs des cuisines royales) un pharmacien, un avocat, deux petites maisons commerciales d’import-export, un hôtel-restaurant, c’est tout, mais tous prospèrent.

***

La seule Banque française implantée localement est alors la « Banque d’Indochine » (devenue « Indosuez » qui n’a pas à ce jour de succursale en Thaïlande).

 

Banque d'indochine

 

Il faut une autre banque française au Siam. Reste à savoir si nos grandes institutions actuelles ne sont pas déjà partie prenante dans les grandes institutions financières thaïes ? Si le conseil pouvait être bon il y a 90 ans, il y a fort à parier que les estimables représentants des institutions financières françaises, banques, compagnies d’assurances ou organismes de crédit, sont aujourd’hui directement ou plus volontiers anonymement présents dans le monde feutré de la « finance anonyme et vagabonde ».

On n’ouvre pas facilement en Thaïlande plus qu’en France une banque en 2013, le conseil est bon mais n’est pas adapté aux Français moyens que nous sommes.

 

***

 

Conseil suivant : il y a nécessité de multiplier les échanges commerciaux avec nos colonies de l’Indochine française, c’est la marotte de Cucherousset. Ce commerce doit impérativement se développer avec les améliorations que les Siamois apportaient à leur réseau de communication. Ce conseil n’est plus d’actualité. La création de la ligne ferroviaire Bangkok-Saïgon est restée dans les cartons. N’en faisons pas reproche à l’auteur dont nous savons qu’il fut un ardent défenseur de la multiplication des lignes de chemin de fer entre le Siam et nos colonies limitrophes et que ces projets n’ont jamais vu le jour. Il ne pouvait non plus – nul ne pouvait le faire alors – prévoir la triste fin de nos colonies d’Indochine trente ans plus tard. A ce jour, le Vietnam est un pays communiste, le Laos est dans son giron et le Cambodge, par monarque fantoche et premier ministre élu dans des conditions de république bananière, aussi. Le négoce avec les pays communistes qui ne connaissent d’autre loi commerciale que celle du plus fort sort également des compétences du Français moyen. Ne reprochons pas non plus à Henri Cucherousset de ne pas avoir eu la lucidité de Madame Soleil.

 

indochine

 

***

Ensuite, une affaire à créer en priorité, c’est un hôtel, Bangkok en a un cruel défaut. Il n’y a alors qu’un « vieil hôtel mal placé et mal bâti d’une trentaine de chambres » (3) et trois petits hôtels de troisième ordre. N’épiloguons pas, le conseil a été suivi, l’implantation du Groupe Accor en Thaïlande (Novotel, Sofitel, Pullman, Ibis) démontre assurément que le conseil était bon. La multiplication dans les lieux touristiques de résidences hôtelières tenues et bien tenues par des Français (ou des francophones)en est la preuve.

 

***

Il manque encore à Bangkok des grands magasins français, qui vendent autre chose (sous-entendu de meilleure qualité et surtout de meilleur goût) que ceux qui existent, un danois, trois anglais et un belge.

Le conseil a été suivi et après le retrait du « groupe Carrefour », le « Casino », né d’une modeste épicerie de quartier à Saint-Etienne,

 

casino.jpg

 

a pris le relais en reprenant ses points de vente et en s’installant en maître absolu dans le capital des « Big-C », plus de 100 sur le territoire.

***

Autre conseil, créer une pharmacie. Nous apprenons que Monsieur Ré, pharmacien « d’une habileté consommée », vient de prendre sa retraite fortune faite, les autres pharmacies existantes étant anglaises ou américaines et incapables de soutenir la concurrence. Ce sont ici aujourd’hui les Siamois qui ont pris le relais si l’on en juge par le nombre incalculable de « pharmacies », qui ne sont pas toujours de simples pharmacies d’officine mais des épiceries où nous pouvons tout à la fois acheter des médicaments (sans ordonnances), de l’alcool et des cigarettes, une forme de pharmacie qui surprend en première analyse mais nous y sommes habitués.

 

pharmacie

 

***

 

Il manque aussi des « magasins de fers, machines et quincaillerie style Descours et Cabaud ».

 

69 droguerie quincaillerie penalva penalba

 

La petite quincaillerie lyonnaise devenue l’immense groupe de plusieurs centaines de société dans le monde est coiffée par une holding dont les bilans ne sont pas publiés, difficile de savoir s’il n’est pas présent et bien présent en Thaïlande. Mais la multiplication des grands magasins de vente de matériaux et matériels souvent de haut de gamme (toutes sortes de « homemachin » ou « home chose ») démontre que l’idée était féconde.

 

***

 

Bangkok manque de dentistes ! Ciel, cela a bien changé ! Du diable si dans la pléthore de cabinets dentaires qui opèrent dans tout le pays, nous ne trouvons pas des Français. Quant à savoir s’ils font fortune, c’est une toute autre histoire.

 

dentiste-carica-copie-1-3-1

 

***

 

Il faut aussi des médecins, « en ceci, les Français n’auraient pu être rivalisés que par les Boches (4) auxquels le séjour permanent au Siam est interdit, il s’agit de prendre la place avant eux ». Là, les Français ont certainement manqué le train.

 

medecin

 

***

 

Bien sûr, mais il fallait y penser en 1923, il manque une entreprise frigorifique. Les Français n’ont ont qu’une en Indochine, dans le port de Benthuy.

 

frigo

 

Au besoin de conserver les produits alimentaires autrement que dans la saumure et au plaisir de boire une bière glacée s’est révélée ensuite la nécessité de rafraichir les intérieurs. Pouvait-on imaginer en 1923 que désormais la plus modestes des auberges (il parait qu’il faut dire « guest house » ?) ne pourrait prospérer sans air conditionné ?

 

***

 

Un conseil encore pour les candidats à la fortune, exporter (importer) en dehors des grand magasins les produits de luxe français, ils étaient et restent inimitables, bijoux, haute couture, parfumerie. Un exemple, un seul, « L’Occitane » né en 1976 d’une modeste savonnerie dans une bergerie de Forcalquier est devenue leader mondial des produits cosmétiques avec 60 points de vente dans les galeries marchandes les plus luxueuses du pays.

 

occitane

 

***

 

Un dernier rêve de Cucherousset, car il s’agissait d’un rêve, « Un cinéma français aurait toute la clientèle des gens intelligents qui, au Siam comme ailleurs sont écœurés par le cinéma américain. Nos films d’art français, s’ils avaient leur texte en siamois … auraient sans doute la préférence de l’élite. Même si la masse des coolies et des gens grossiers continue à patronner le film américain, c’est l’élite qui importe au point de vue prestige … ». « Les Siamois aimeraient trouver dans un magasin français les disques de musique et de chant français ». Tout ce que la France a eu à leur proposer en 2013, c’est de faire venir à Bangkok une « icone de la chanson française » (prix des places, un mois de SMIC local) contre laquelle nous n’avons rien (l’icone a bercé notre adolescence) (Et encore le concert a été reporté), mais nous avions peut-être mieux à offrir à nos amis thaïs qu’un remake de « Killiwatch » (en thaï กีลีวาช์) même remis au goût du jour (5).

 

 

 

Nous en resterons sur cette dernière considération, paraphrasant le Général De Gaulle, en nous exclamant « hélas, hélas, hélas ».

 

***

 

Il y avait donc beaucoup à faire en 1923 pour un Français entreprenant mais notre journaliste écrit à une époque où les traités franco-siamois autorisaient sans trop de contraintes l’exercice par un Français d’une profession commerciale au Siam. Pouvait-il imaginer qu’interviendraient ultérieurement (en violation d’ailleurs manifeste de ces traités) quelques « Working of alien act » (6) restreignant de façon drastique l’exercice par un « alien » d’une profession quelconque en Thaïlande !

 

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 (1) Voir note article « Isan – 29 chemin de fer et service aérien en Isan dans les années 20 ».

 

(2) Numéro du 17 juin 1923 « Le Siam ».

 

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(3) Il s’agit évidemment de l’ « Oriental » pour le premier. Ne citons pas le nom des autres « de troisième ordre » par charité. Rappelons toutefois que le coût de la pension à « L’Oriental » était alors de 10 à 13 ticals (bahts) par jour selon l'édition de 1922 des « Guides Madrolle », ça a bien changé.

 

Oriental

 

(4) N’oublions pas que la participation un peu tardive du Siam à la « grande guerre » lui a valu une place de choix lors des négociations du traité de Versailles, la présence allemande en a payé le prix.

 

(5) La tournée asiatique devait se continuer à Hanoï et à Saïgon (prix des places, un an de SMIC) mais l’ « idole des jeunes » l’a remise pour cause de trouille devant les événements qui se déroulaient alors à Bangkok. Elle était « la première étape d'un large programme éducatif en Asie » lit-on sur le site de « France-culture ». On croit rêver. Villon, Brassens, Trenet, Ferré, Gréco, Béart, retournez-vous dans vos tombes.

 

(6) Le dernier est du 13 février 2008 ni plus ni moins restrictif que les précédents.

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 04:02

titreNous avons évoqué dans nos derniers articles l’exploitation de la majorité des travailleurs thaïlandais et des millions de sans papiers (bas salaire, pas de protection sociale, trafics d’êtres humains). Et encore, nous n’avions pas signalé les dettes des ménages qui toucheraient les 2/3 de la population,  représenteraient 78% du PIB, et obligeraient chaque foyer à utiliser 34% de ses revenus pour rembourser, sans oublier le 1,2 million de personnes qui seraient dans l’incapacité de le faire. (* et **). Alors forcément il peut être indécent de vouloir parler du bonheur thaïlandais. Surtout que, on le sait, la conception du bonheur peut être différente selon les peuples, les cultures et les individus.


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Et pourtant. Quand on vit par exemple, comme nous, dans un village isan, on a le sentiment, indépendamment de leur situation financière, que la vie sociale des Isans est riche, mais de là à parler de bonheur. Les Isans savent bien que le bonheur est à venir, qu’il faut pour cela « gagner des mérites », aller faire des offrandes au temple, prier Bouddha et ses « phis », et en attendant, acheter un billet de loterie, et se réjouir du moment présent. Vous seriez étonnés de leur capacité à partager ce qu’ils ont cueilli, pêché, chassé, reçu … vous seriez peut-être choqué de les voir, jusqu’à plus soif, « fêter » les funérailles, les mariages, les « événements bouddhistes » … Mais peut-on appeler cela le bonheur ?

 

images


La question est forcément piégée, tant nous avons tous des difficultés à la cerner, alors en plus la définir pour un Isan, un Thaïlandais ! Et pourtant disait Pascal : " C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’ à ceux qui vont se pendre ". Et on a tous, à un moment ou à un autre, réfléchi sur cette notion, sur un ou des principes qui permettraient d’apprécier notre vie, de la déclarer « heureuse » ou non. Philosophes, religions, Etats … en ont donné de multiples réponses. D’autres ont préféré parler de sagesse antique, de vie bonne,  ou de « vie réussie ». (Cf. Luc Ferry, Qu'est-ce qu'une vie réussie ?)


On préfère souvent aujourd’hui la remplacer par la notion de bien-être, déjà moins ambitieuse, plus accessible, et même … mesurable, quantifiable. C’est du moins ce qu’ont tenté de faire le Programme des Nations Unies pour le Développement en introduisant un indice du bonheur en retenant 6 critères : le PIB par tête, l'espérance de vie, la générosité, l'absence de corruption, la possibilité d'avoir quelqu'un sur qui compter et le sentiment d'être libre de faire ses propres choix. Certes. On aura ainsi chaque année un rapport, le World Happiness Report, le Rapport annuel sur le bonheur.

 

bonheur

 

Le 2ème est paru qui place la Thaïlande en 36 ème position ; la France étant 25 ème.


A défaut de convaincre, Jeffrey Sachs, le directeur du Earth Institute de l'université Columbia sous les auspices duquel le rapport a été publié, a déclaré :


 « Le rapport 2013 apporte la preuve que l'analyse et la mesure systématique du bonheur peu nous en apprendre beaucoup sur la manière d'augmenter le bien-être mondial et le développement durable. »

Evidemment tout dépend des critères retenus et des données recueillies par les Etats et des travaux sur le bien-être d'organisations comme l'OCDE, ou encore ceux de l'institut américain Gallup, voire des chercheurs.

On se souvient que le bonheur national brut (BNB) avait été « lancé » par le Bhoutan qui se donnait pour but de bâtir une économie reposant sur des valeurs spirituelles bouddhistes et la culture du Bouthan (sic), en prenant en compte la  croissance et le développement économiques ; la conservation et la  promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l'environnement et l’utilisation durable des ressources, ainsi que  la bonne gouvernance responsable, au travers de 72 critères de mesure.


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D’autres comme Med Jones, président de l'International Institute of Management propose, quant à lui 7 facteurs comme l’économique, l’environnement, la santé physique, la santé mentale, le bien-être au travail, le bien-être social, la santé politique. Chacun de ces critères est évalué individuellement par des enquêtes auprès de la population et des analyses statistiques (le nombre de plaintes au travail, d’agressions, de divorces, de maladies graves, l’usage des antidépresseurs, etc.) donnant une mesure quantitative du bonheur.

Mais il n’est pas difficile de remettre en cause ces approches quantitatives qui dépendent trop des données fournies par les Etats,  des analyses d’organismes complaisants et surtout des critères retenus.


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D’ailleurs, même le nouveau Premier ministre du Bouthan Tshering Tobgay,  nommé en juillet 2013, a remis en cause  le Bonheur national brut, souvent utilisé par le gouvernement précédent pour éviter d’agir sur les quatre grands défis  que sont  l'endettement, la monnaie, le chômage, dont celui des jeunes, et la perception d'une corruption croissante.D’après Wikipédia). Georges Menahem, directeur de recherche au CNRS, pouvait rajouter : «Au Bhoutan, il y a beaucoup de travailleurs immigrés et ces derniers ne sont pas considérés comme des citoyens. (…) Le risque, c’est que lorsqu’on parle du bonheur, on ne parle pas des inégalités, de la dégradation des conditions de travail, de la discrimination».***


Citation 0026

Alors, on ne pourrait pas mesurer le bonheur ?


A l’échelon des pays, l’outil est utile et les indicateurs élaborés ne manquent pas, comme l’ Indice de développement humain (IDH), le Bonheur intérieur net, l'Indice du bonheur mondial… et « l’économie du bonheur ». Eh oui, il existe même une économie du bonheur, qui ne se fonde pas sur les critères objectifs du bien-être (comme l’éducation, l’espérance de vie, PNB/habitant, la santé, la pollution, etc.) mais tente une rationalisation économique du bonheur qui ne pourrait s’appréhender que subjectivement.


Mais dès que l’on veut choisir des critères, des facteurs déterminants, des classifications****, voire des équations, on entre forcément dans la contestation, la polémique. C’est pourquoi plus simplement « l’économiste du bonheur », Renaud Gauche rappelle que : «Au-delà de mesurer, ce qui compte, c’est de construire des politiques publiques. (Cf. son livre Bonheur et économie. Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ?)


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Mais si on veut malgré tout mesurer l’indice du bonheur mondial (IBM) et le bonheur par pays comme le fait par exemple le  chercheur Pierre Le Roy, sur son site Globeco*****, qui s’appuie sur les travaux de nombreux organismes des Nations-Unies et indépendants, en précisant que ce qu’il « appelle le bonheur collectif, mesuré par l’IBM, constitue un ensemble de facteurs qui rendent plus facile l’accessionau bonheur individuel. Mais ce n’est pas parce que la Suède est en tête de mon classement que tous les Suédois sont heureux ni même qu’ils sont forcément plus heureux que les Français … ».


 indice


Ainsi retient-il pour mesurer l’indice du bonheur mondial, 40 données statistiques qui sont regroupées en quatre chapitres : la paix et la sécurité ; La liberté, la démocratie et les droits de la personne humaine ; La qualité de la vie; L’intelligence, la communication et la culture.

 

Il peut  être intéressant, en nous servant de Globeco, de connaître la place de  la Thaïlande, en sachant que ce classement signifie que les pays bien classés bénéficient d’un fort coefficient de « bonheur collectif », c'est-à-dire de conditions favorables à l’épanouissement du bonheur individuel. (Cf. en note la liste de ces indices retenus et les différents classements de la Thaïlande. *****)

 

La Thaïlande occuperait la 42ème place pour « la paix et la sécurité » (France, la 18ème), la 40ème pour la « liberté, démocratie, droits de la personne humaine » (France, la 9ème), la 57ème pour la qualité de la vie (France, la 10ème), la 45ème pour la communication et la culture (RFICC)  (France, la 20ème).


Et dans le classement général (édition 2013), la Thaïlande serait 47 ème sur 60 pays (qui représentent 95% de la planète).(France, 14 ème, et la Birmanie dernière). (Cf. Les résultats d’autres pays en note*****).

 

Ce classement, comme tout classement, peut laisser perplexe,  mais il signifie, pour le moins, en reprenant l’argument de Globeco, que la Thaïlande et les Thaïlandais sont loin des conditions économiques et sociales qui rendent faciles l’accession au bonheur.

 

Maintenant, vous pouvez rétorquer que les Thaïlandais ne retiendraient sûrement pas 40 données pour savoir s’ils sont heureux ou non.


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Mais, si vous voulez en discuter, et rester honnête, vous ne pouvez vous défiler en évoquant la subjectivité individuelle et devrez avancer vos critères ou les critères que vous supposez thaïlandais. (Ainsi par exemple l’ONU pour le monde,  moins ambitieux que Pierre Le Roy (Globeco), n’en a retenu que six. (Cf. en note )

 

L’exercice peut être fascinant.

 

On peut penser à l’harmonie de la communauté et de la  famille, à la bonne éducation reçue par les enfants, à un métier bien rémunéré avec de bonnes conditions de travail, avec l’assurance d’une bonne retraite, à une bonne santé, à la paix et la sécurité, à la liberté d’expression, à l’égalité et à la fraternité avec une bonne redistribution des richesses, etc, voire une bonne communion avec Bouddha et les phis.

 

La paix ? (On pense aux Thaïlandais du sud) :


Selon le  Global Peace Index qui est une tentative pour classer les pays du monde selon leur degré de pacifisme,  le classement établi selon 23 critères (dont par exemple, le nombre de conflits internes et externes, le nombre de réfugiés ou de personnes déplacées en pourcentage de la population, le niveau de criminalité dans la société, le degré de respects des droits de l'homme, la potentialité d'actes terroristes, etc, ), donne la Thaïlande au 107ème rang sur 152 pays (France, 36ème ) (Cf.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Global_Peace_Index)

 

Relevons d’autres éléments de réponse, parus dans le « Petit Journal » par exemple.

 

La famille :


« La première journée internationale du bonheur, organisée sous l’égide de l’ONU, est célébrée le 20 mars. Au classement mondial des pays les plus heureux rendu public à cette occasion, la Thaïlande occupe une somme toute honorable de 52e place sur 156 ». Mais Rajjana Netsaengtip, vice-directrice de l’Office national des statistiques, indique que dans le journal Nation ce classement n’efface pas l’éclatement des familles, avec des milliers de mamans qui laissent leurs enfants à leurs parents restés au village. (Cf. l’article de LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 20 mars 2013)


Ou bien le bien-être mental, la santé « mentale » ?  


faujourbonheur


« Le vice-ministre de la Santé publique, Surawit Khonsomboon, a indiqué mercredi qu’environ 1/5e de la population, soit quelque 13 millions de personnes, étaient atteints de troubles mentaux d’après une étude récente réalisée par le ministère. Les troubles les plus fréquents sont les psychoses, les troubles d’anxiété et les dépressions nerveuses, rapportait le Bangkok Post. » (Cf. Yann Fernandez (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html), lundi 24 septembre 2012).

 Heureusement que cela soit dit par le vice-ministre de la santé publique thaïlandais !


L’absence de corruption ? 

 

Ainsi par exemple, quelles que soit les grilles retenues, la corruption est toujours signalée comme un facteur limitant. Or en Thaïlande :

 

« En septembre 2012, un sondage, effectué dans 17 provinces du royaume, montrait que 65,8% des Thaïlandais sont favorables à la corruption si celle-ci leur bénéficie en premier lieu. Une nouvelle enquête d’Abac, publiée le 18 mars dans le Nation sur ce sujet montre des statistiques encore plus favorables aux pratiques corruptives.

Le sondage a été, cette fois-ci, réalisé auprès d’un échantillon de 1561 personnes à Bangkok. 87% ont reconnu approuver la corruption, et même avoir corrompu un fonctionnaire à leur profit. De fait, et ce n’est pas nouveau, la culture de la corruption est solidement enracinée à tous les échelons de la société thaïlandaise. » (LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok, mardi 19 mars 2013).

 

Autre pays, autres mœurs !

 

Les affaires ? L’économie ?  

 

Mais les Thaïlandais seront heureux d’apprendre que « La politique thaïlandaise d’investissement est l’une des plus attractives du monde. Seuls les Etats-Unis et la Corée du Sud font mieux. » […] Incitations fiscales favorisant l’investissement dans les fonds communs de placements, exonérations d’impôts sur les gains en capital, frais de transaction très bas, pour ne citer que quelques outils, la Thaïlande a une large panoplie législative et réglementaire pour attirer les investisseurs. Les privilèges accordés permettent d’atteindre des rendements élevés. » On ne va quand même pas, comme le  Bangkok Post du 17 mai 2013, reprocher les carences en matière de transparence, ou le flou qui entoure les transactions (coût, rémunération, etc.). (Cf. FP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 21 mai 2013)


Chaine-de-bonheur


Les Thaïlandais seront heureux, comme la banque mondiale de constater que le « royaume reste classé au 18ème rang mondial des pays les plus attractifs derrière Singapour, le 1er de la classe et la Malaisie 8e  » (la France, 38e rang), et qu’ elle est satisfaite des « efforts accomplis dans la baisse des prélèvements sociaux à la charge des employeurs qui sont passés de 5 à 3% en juin 2012.( http://www.lepetitjournal.com/bangkok/economie/en-bref/168000-rapport-doing-business-la-thailande-18eme-pays-le-plus-liberal-du-monde)


Vous avez bien lu ?  La banque mondiale se réjouit de la « baisse des prélèvements sociaux patronaux ».


Sans être économiste, chacun devine à quoi servent les prélèvements sociaux surtout en matière d’éducation, de santé, de retraite par exemple. La Thaïlande étant à la 150 ème place mondiale avec 21,6 % du PIB en 2013 (France 52,9%, 14 ème rang), il n’est pas sûr que la baisse de ces prélèvements patronaux contribue davantage à l’amélioration du système social thaïlandais déjà défaillant.


Mais les Thaïlandais pourront toujours se réjouir d’apprendre que la fortune des 50 familles thaïlandaises les plus riches s’élève à 100 milliards d’euros soit le quart de la richesse nationale, et qu’ils continuent de s’enrichir. (Cf. FP, le petit journal du vendredi 5 juillet 2013).

                                      ___________________________

 

Alors pour conclure, après tous ces classements, toutes ces données, que reste-il du bonheur des Thaïlandais ?


Le classement de l’IBM (lndice du Bonheur Mondial) place la Thaïlande en 47ème position sur 60 pays retenus qui composent 95% de la planète, en tenant compte de 40 données essentielles (Les voir en note). Ce classement indique pour le moins, que les Thaïlandais qui se sentent heureux ont bien du mérite.


D’autres données, comme celles qui estimeraient qu’environ 1/5e de la population, soit quelque 13 millions de personnes, seraient atteints de troubles mentaux, ne plaident pas pour une vision plus optimiste.


Les choix économiques des différents gouvernements d’intégrer de nombreuses filières de production dans le marché mondial avec la volonté de payer au plus bas les salariés thaïlandais, de réduire au maximun les prélèvements sociaux, et de les mettre en concurrence avec des millions de travailleurs étrangers en situation illégale, sous-payés et soumis aux filières mafieuses, ne peuvent pas laisser espérer un proche avenir plus radieux.

Si on ajoute les salaires dérisoires, un système social insignifiant, une place de 150 ème mondial dans la part prélevée pour améliorer la condition des travailleurs, et un déni de la réalité (un taux de chômage annoncé à 0, 8 % avec 39, 3 millions d’actifs, la volonté de maintenir la corruption (Rappel : 87% ont reconnu approuver la corruption) donnent à notre question sur le bonheur un caractère indécent, que l’on doit finalement reconnaître.


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Et pourtant, il doit bien sûr y avoir des Thaïlandais heureux, ou qui se sentent heureux. Des Thaïlandais qui aiment la vie, qui ont le bonheur d’aimer et d’être aimé, ou pour qui « le seul bonheur d’exister est (déjà) un véritable bonheur » (Blaise Cendrars).



Sabay, sabay. Un « bonheur thaïlandais » encore à découvrir.

 

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*Cf. notre article A81. A qui profite le riz en Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a81-a-qui-profite-le-riz-en-thailande-111488464.html


Cette morosité ambiante s’explique aussi par le fort taux d’endettement des ménages thaïlandais. Leur dette représente 78% du PIB, un niveau qui alerte la Banque centrale de Thaïlande. Selon des statistiques de 2012 du National Economic and Social Development Board, chaque foyer dépense en moyenne 34% de ses revenus pour rembourser ses dettes. http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/163164-cout-de-la-vie-la-premiere-ministre-n-arrive-pas-a-rassurer-les-thailandais


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et d’autres articles

 

comme : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/157092-riz-subventionne-endettement-des-menages-les-patates-chaudes-du-gouvernement http://www.lepetitjournal.com/bangkok/economie/actualite/119066-chiffre-la-dette-moyenne-dun-riziculteur-seleverait-a-100000-bahts

 

** « Deux tiers des ménages en Thaïlande sont endettés », 10 mai 2012. Rédigé par Malo Sevan : « L’ampleur du phénomène surprend. Selon les résultats d’une étude, publiée le 9 mai par le Nation, 10,5 millions de familles thaïlandaises seraient endettées. » http://www.lepetitjournal.com/bangkok/economie/en-bref/147013-eco-la-thailande-s-accommode-d-une-monnaie-forte

 

***Parishttp://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/04/06/le-bonheur-national-brut-peut-il-remplacer-le-pib_894192


**** Exemples de classifications.


La hiérarchie définie par Maslow. Une autre classification, réduite à trois niveaux, plus simple, est opérée en sociologie. Besoin primaire ou besoin vital, physiologique. Quelle que soit la société étudiée, il est impossible de s'en passer. Besoin secondaire ou besoin social. Il est impossible de se passer de ces besoins pour avoir une vie normale en société. Ces besoins sont : se laver, posséder une adresse, porter des vêtements en bon état, savoir lire, etc. Besoin tertiaire ou besoin personnel. Il sert à se sentir bien, à être en bonne santé mentale ou simplement de bonne humeur. Donc : avoir des passe-temps, acheter une certaine marque.


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Ou encore Épicure  qui classait quant à lui les besoins et aspirations en quatre catégories : Besoins naturels indispensables à la vie (boire, manger, dormir), au bien-être (maison, hygiènediététiqueaffection), et au bonheur (philosophieamitiésagesse). Aspirations naturelles dont on peut à la rigueur se passer (le sexe, l'amour, jeux, arts, sciences, etc.). Aspirations de création humaine et donc artificielles (richesse, gloire, etc.). Aspirations mystiques et non réalisables (désirs d'immortalité, etc.) ;

Ou les Quatorze besoins fondamentaux selon Virginia Henderson . Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_bonheur


*****

www.globeco.fr www.bonheurmondial.com 

 

Nous gardons les 4 grands chapitres qui constituent les constituants de l’indice du bonheur mondial : la paix et la sécurité ; la liberté, la démocratie et les droits de l’homme ; la qualité de la vie ; l’intelligence, l’information, la communication et la culture.

 

Récapitulatif : Pour la paix et la sécurité :

1 – Le potentiel nucléaire. 2– Les dépenses militaires. 3 – Les victimes de conflits 4 – Les casques bleus 5 – La corruption 6 – Les morts violentes 7 – Les réfugiés 8 – Les décès liés à des catastrophes 9 – Le risque pays 10 – La mortalité des adultes

 

Récapitulatif : liberté, démocratie, droits de la personne humaine :

1 – Pays libres 2 – Degré de liberté 3 – Liberté de la presse 4 – Peine de mort 5 – Femmes parlementaires 6 – Scolarisation des filles 7 – TMM 5 (Les droits des enfants) 8 - 9 – Scolarisation des jeunes (coef.2) 10 – % de chômeurs

 

Récapitulatif : Qualité de la vie :

1 – revenu par tête 2 – Disparités de revenu 3 – Esp.vie à la naissance

4 – Disparités d’esp. vie 5 - Coefficient de GINI 6 – Les suicides

7 – Le taux de CO2 8- Eau et sanitaires 9 – Les forêts 10 – La pollution de l’air

 

Récapitulatif : Recherche, formation, information, communication, culture :

1 et 2 - recherche –développement 3 et 4 – Niveau d’éducation 5 – Education en Afrique subsaharienne 6 – Disparités d’éducation 7 – Journaux  8 – Internet  9 – Films 10 – Tourisme international

 

PAIX ET SECURITE

La Thaïlande se place pour  :

Guerre et paix : Ici pas très pertinent, car il n’y a que deux classifications

Morts violentes : 57 ; (France 30) Corruption : 35 ; (France 17)

 Sécurité économique et financière : 18 ;  (France 7) Sécurité intérieure :   42 ;  (France 22) 

 

LIBERTE, DEMOCRATIE ET DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE

La démocratie : 42 La liberté de la presse :  43 Les droits des femmes :  36

Les droits des enfants :  30 La peine de mort : 37ème place. Avec 15 autres pays

 

QUALITE DE LA VIE

Le revenu brut par tête 41 Le coefficient de GINI 39 L’espérance de vie à la naissance 33 Les suicides 49 (la France 50) La pollution de l’air 47

 

RECHERCHE, FORMATION, INFORMATION, COMMUNICATION,

CULTURE

: La recherche développement 45 La formation (coefficient 2) 49 Les journaux 25 Les utilisateurs d’Internet 48

 

CLASSEMENT GENERAL - EDITION 2013 

 

1– SUEDE 130  2 – NORVEGE 138  3 – ALLEMAGNE 179 DANEMARK//

5 – PAYS BAS 202  6 – FINLANDE 203  7 – AUSTRALIE 214  8 CANADA 245  9 – SUISSE 249   10 – IRLANDE 256   … 14- FRANCE 300

 

47 – THAILANDE 781 

 

48 – VIET NAM 788 49 – SENEGAL 790 50 – INDONESIE 803 51 –OUZBEKISTAN 805 52 – IRAN 834 53 – SRI LANKA 848 54 – INDE 863

5 5 – NIGERIA 889 56 – BANGLADESH 907 57 – ETHIOPIE 932 58 – PAKISTAN 962 59 – RD CONGO 1009 60 – MYANMAR 1020

 

_________________________________

L’ONU dans son rapport 2013 a retenu 6 critères : le PIB par tête, l'espérance de vie, la générosité, l'absence de corruption, la possibilité d'avoir quelqu'un sur qui compter et le sentiment d'être libre de faire ses propres choix.

*****Extraits des articles du Petit Journal. (Que nous ne pouvons, au passage,  que recommander à la communauté francophone) :

La famille. « Commentant ces résultats, Rajjana Netsaengtip, vice-directrice de l’Office national des statistiques explique  dans le Nation qu’une des clés du bonheur réside dans l’unité familiale. Or, nombre de jeunes thaïlandais du nord du pays notamment sont obligés de migrer dans les villes touristiques du pays, dont Bangkok, à la recherche d’un meilleur salaire.

Ces jeunes vivent loin de leur famille, souvent dans des conditions précaires. Un exemple parmi d'autres : de nombreuses jeunes mamans laissent leurs enfants à leurs parents. Elles partent chercher “fortune” à Bangkok. Dans le meilleur des cas, elles envoient de l’argent à la famille tous les mois, mais ne rentrent souvent, qu’une fois par an, lors de la nouvelle année en avril, dans leur province natale. Cet éclatement familial ne contribue certainement pas à leur épanouissement personnel. » LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 20 mars 2013

 

La santé mentale. « Selon Surawit, le nombre de personnes atteintes de maladies mentales est à la hausse. Le vice-ministre de la Santé a indiqué que cette tendance devrait s’accentuer dans le futur. "En raison de l'urbanisation, la société va devenir plus fragile et centrée sur elle-même, explique-t-il. La majorité des ménages vont sans doute être constitués uniquement du père, de la mère et des enfants (ndlr : moins de personnes âgées vivront avec le reste du foyer), avec des femmes jouant le rôle de chef de famille dans la plupart des foyers » Yann FERNANDEZ (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) lundi 24 septembre 2012

La corruption. – Une culture solidement enracinée en Thaïlande LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 19 mars 2013, et (1) Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption (I) et Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption (II)  

 

« La politique thaïlandaise d’investissement est l’une des plus attractives du monde. Seuls les Etats-Unis et la Corée du Sud font mieux. »

Morningstar vient de publier les résultats (et un classement) de sa 3ème enquête mondiale sur les politiques nationales réservées aux investisseurs dans les fonds. Celle-ci évalue l’expérience des investisseurs dans les fonds communs de placement dans 24 pays. Cette agence américaine spécialisée dans la gestion et l’étude des fonds de placement a retenu comme critères la protection de l’investisseur, la transparence, les frais de gestion, la distribution et la fiscalité. Les Etats-Unis sont les premiers de la classe mais la surprise vient de la troisième place occupée par la Thaïlande qui arrive derrière la Corée du Sud et devance Singapour, Taiwan et les Pays-Bas………….

FP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 21 mai 2013


RAPPORT DOING BUSINESS – La Thaïlande 18ème pays le plus libéral du monde Selon un rapport de la Banque Mondiale, la Thaïlande est un pays où il y fait bon faire des affaires. Le royaume reste classé au 18ème rang mondial des pays les plus attractifs derrière Singapour, le 1er de la classe et la Malaisie 8ème.  10 domaines : création d’entreprise, obtention de permis de construire, raccordement à l’électricité, transfert de propriété, paiement des taxes et impôts, commerce transfrontalier, obtention de crédit, protection des investisseurs, exécution des contrats et règlement de l’insolvabilité.
La Thaïlande conserve son classement à la 18ème place (la France passe du 34e au 38e rang). Le pays du sourire reçoit des satisfécits pour les critères suivants : la protection des investisseurs, la fourniture d'électricité et de traitement des permis de construire. Le rapport relève aussi les efforts accomplis dans la baisse des prélèvements sociaux à la charge des employeurs qui sont passés de 5 à 3% en juin 2012. La Banque mondiale se félicite également que la Thaïlande ait mis en œuvre au cours des huit dernières années 13 réformes concernant six des dix domaines clés. http://www.lepetitjournal.com/bangkok/economie/en-bref/168000-rapport-doing-business-la-thailande-18eme-pays-le-plus-liberal-du-monde 

 

 

 

 

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 04:01

titreCertes, nous en avons déjà parlé*. Mais comment oublier leur présence ! Ils continuent d’agir. Ils sont toujours d’actualité. Encore récemment, en septembre, ils ont fait sortir de piste un avion à l’aéroport international de Suvarnabhumi.** D’autres ont fait dérailler plusieurs trains sur un tronçon entre Bangkok et Chiangmai. Et les autorités gouvernementales ont procédé aux cérémonies d’usage pour apaiser les esprits fautifs. Et Il y a peu de temps, dans mon village, j’ai bien vu un moine aidé par trois membres de la famille, chasser 13 phis de la maison du défunt. Alors forcément, de temps en temps, on s’interroge sur leur présence, leur action, le rituel, le culte qu’il faut leur vouer, selon qu’ils sont protecteurs ou malveillants.

fantome12


Comment les oublier quand ils sont partout en Thaïlande. Chaque région, chaque ville et village, chaque maison, chaque famille thaïlandaise est sous l’emprise des esprits et a sa façon particulière de vivre avec eux. C’est pourquoi, les croyances, les légendes, les récits sont nombreux, les témoignages multiples, et les rituels si nécessaires pour vivre en « harmonie » avec eux. Les phis sont une partie intégrante de la  religion des Thaïlandais, de leur culture, de leur quotidien, de « leur réalité » ... de leur histoire.

 

THAILANDE SUPERSTITIONS


Dans "notre histoire" d’Ayutthaya, nous avons relaté comment le pouvoir des différents rois, ne pouvaient s’exercer qu’avec l’aide des brahmanes de la cour, qui décidaient des dates favorables pour les événements importants du royaume (intronisation, funérailles royales, départ en guerre, réception des éléphants blancs, etc.) ou qui interprétaient les signes venus du ciel, les échecs, l’annonce des victoires … On a vu aussi la place des astrologues, qui non seulement pouvaient prévoir l’avenir, mais qui pouvaient aussi donner des pouvoirs « surnaturels », comme par exemple, vous vous en souvenez, lors de la démonstration des soldats siamois devant Louis XIV : « en présence du roi Louis XIV, 16 soldats siamois furent munis de talismans gravés de sentences magiques par l’astrologue et s’assirent devant les 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais aucune balle ne sortit des mousquets. Après avoir festoyés, l’astrologue proposa alors une autre démonstration, où les balles pourraient partir. Mais si les balles partirent, certaines tombèrent au pied des tireurs, ou pas très loin, et d’autres devant les Siamois assis, et aucun soldat siamois ne fût touché. » (***Lors de l’ambassade siamoise de Kosapan en France en 1686)


astrologue


Et encore aujourd’hui les hommes de pouvoir, les « politiques » ont recours aux esprits et aux astrologues pour obtenir du pouvoir, et/ou se protéger de leurs adversaires. Un article de  Pasuk Phongpaichit et de Chris Baker, intitulé « Les esprits, les étoiles, et la politique thaïlandaise », est très éloquent sur ce sujet, et évoque les pratiques de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra et des généraux qui l’ont renversé en 2006.****

 

voyance en thailande


Ou bien plus récemment, on pouvait lire l’excellent article de E. D  du « Petit Journal » intitulé  « Astres et boucliers magiques galvanisent les hommes de pouvoir thaïlandais »*****, qui rappelle , entre autres, comment « Thaksin et son épouse ont notamment consulté le fameux Warin Buaviratlert, dit "Astrologue Warin", à Chiang Mai avant que celui-ci ne devienne la coqueluche des militaires de haut rang au point de bénéficier de la protection des Forces spéciales.

 

astrologuer

 

Le magnat des télécommunications s’est ensuite tourné vers une voyante birmane connue sous le nom de "E.T." qui a récemment inspiré une série télévisée (cf. lepetitjournal.com/bangkok). Et lorsque l’horizon s’est assombri en 2006, c’est déjà le parlementaire-astrologue Boonlert qui a expliqué à Thaksin comment l’éclipse de Mercure par Rahu expliquait son revers de fortune. »

eclipse de mercure


A défaut de consulter moines medium, ou astrologues célèbres, chacun a la possibilité de consulter un diseur de bonne aventure (appelés Mor dou en thaïlandais), dans  la rue, sur les marchés  ou dans les temples, ou encore de choisir un des professionnels diplômés et enregistrés à  l’Association internationale de l’Astrologie de Thaïlande. Il apprendra ce qu’il doit savoir sur l’amour, le travail, l’argent à venir, voire la future catastrophe à venir. « Signe de cette confiance parfois aveugle des locaux envers les Mor dou, Phuket s’était presque vidé fin avril après une prophétie annonçant l’engloutissement de l’île, malgré les explications convaincantes de scientifiques qui affirmaient l’impossibilité d’un tel phénomène.» (Cf. Article de E. D. « La voyance, c’est du sérieux »*****)


modou


Et si on veut se sentir un peu plus protégé, on usera d’amulettes et de talismans.


« Le port des amulettes chéries par de si nombreux Thaïlandais constitue la manifestation la plus courante de coutumes plus proches du bouddhisme et moins élitistes que l’astrologie longtemps restée l’apanage des monarques. Dans l’extrême sud du royaume éprouvé par les attaques de la rébellion séparatiste certains officiers prennent personnellement l’initiative de doter leurs hommes des talismans adéquats. Jusqu’au début du XIXe siècle la pratique était institutionnalisée puisque le ministère de la Défense disposait d’un service spécialisé dans la fabrication d’objets protecteurs : amulettes, suites de chiffres magiques ou symboles sacrés imprimés sur des étoffes. » ( E. D. art. cit.)


amulettes


Voilà pour notre revue de presse de ce jour, qui rappelle que les esprits ne sont pas morts en Thaïlande.


fantome titre

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*Entre autres, on peut lire ou relire :


« Il  vit dans le sacré, dans un temps et un espace social et géographique sacrés. Il sait ce qu’il faut faire pour vivre ce sacré. Il connait le rituel à suivre dans le calendrier, les cérémonies qui marquent  les étapes de sa vie et de ses activités. Il ne peut accomplir aucun acte important de sa vie sans demander au préalable à un moine, s’il doit le faire ou quand il doit le faire (se marier, construire une maison, faire un voyage, etc …). Il doit être en harmonie avec le cosmos.   Il connait les endroits sacrés, qu’il faut honorer. Chaque village ou chaque province a son arbre sacré, séjour d’un esprit, auquel on offre des sacrifices lorsque les pluies tardent par exemple. »


20. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html


22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html


In, « A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ? » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-1ere-partie-101090230.html


http://www.alainbernardenthailande.com/article-a59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-2eme-partie-101091142.html Cf. le chapitre 5/ Un autre monde, sa culture, ses valeurs ... Un esprit « religieux » et animiste … Depuis le matin, depuis la naissance jusqu’à la mort, l’Isan vit dans le sacré. Il sait les gestes qu’il faut accomplir pour prier, remercier, demander, se protéger … vivre ici et ensuite dans une autre vie, selon le karma. … L’Isan vit avec Bouddha et ses phis au quotidien.


Ou dans la littérature : A85. « Venin » de Saneh Sangsuk.


« Venin » peut se lire aussi comme une métaphore critique du fait religieux, de cette croyance aux esprits, qui autorise toutes les superstitions, toutes les manipulations … les paroles des moines abusant de la crédulité des habitants, ou seulement la critique d’un manipulateur qui a su profiter de la superstition et de la peur des gens du village ?

 

Un conte donc, qui comme tout conte pose un regard sur la réalité, soit ici : le mode de vie d’un village thaïlandais, l’univers d’un jeune enfant estropié aidant ses parents paysans,  les histoires que l’on raconte aux enfants (celles des serpents ici), les rivalités, les jalousies, la croyance à l’esprit protecteur du village, à « la mère sacrée », aux médiums ; le rapport au sacré.  Le combat entre « l’innocence » d’un jeune enfant « et l’imposture » d’un médium. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a85-le-conte-venin-de-saneh-sangsuk-112495835.html


**Cf. Article du « Petit Journal. » « TRANSPORTS – Les fantômes évoqués pour expliquer les catastrophes  » Sortie de piste d’un airbus le 8 septembre, déraillements multiples de trains depuis le début de l’année… Au-delà des soucis techniques, les Thaïlandais évoquent l’action d’esprits tourmentés pour expliquer ces accidents. LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 17 septembre 2013,


esprit malfaisant


***97. L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html


****The spirits, the stars, and Thai politics, Pasuk Phongpaichit and Chris Baker, Siam Society, 2 December 2008, http://pioneer.netserv.chula.ac.th/~ppasuk/spiritsstarspolitics.pdf

 

***** « SOCIETE – La voyance en Thaïlande, c’est du sérieux !  » de Yann FERNANDEZ (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 12 juin 2012

Cf. L’excellent article «  Astres et boucliers magiques galvanisent les hommes de pouvoir thaïlandais »,  E.D. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) lundi 21 octobre 2013


Récemment, je relisais Michèle Jullian sur la fête des esprits, « Phee Tha Khon » à Dansaï.


« Phee Tha Khon » –  déformation de « phee taam khon » les « esprits qui suivent les gens » -  est une fête païenne où religiosité, culture ancestrale et pantomime sexuelle se mêlent joyeusement et surtout bruyamment, pendant trois jours consécutifs. C’est en ce moment même à Dansaï. Son rituel, d’après la croyance populaire, viendrait de Luang Prabang, l’ancienne capitale royale du Laos où les mêmes événements se déroulent chaque année. « Phee Tha Khon » remonte, selon la légende, à l’époque de la dernière réincarnation de lord Bouddha, juste avant qu’il n’atteigne l’illumination. Le prince Vissandara vivait alors dans cette région des bords du Mékong avec sa famille, adoré de toute la population. Un jour …………………. Cf. la suite http://voyages.ideoz.fr/phee-tha-khon-fete-thailande/


Et, de Pierre Lefèvre-Pontalis, « Notes sur des amulettes siamoises » in « Annales du musée Guimet – bibliothèque de vulgarisation », tome 45, 1926.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54365575

 

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 03:01

titreIl y aurait donc environ  4 millions de Birmans en Thaïlande. Mais l’énorme majorité serait illégale, clandestine ! Intégrée dans un système de réseaux, de trafics, de trafiquants, de trafiqués ; de filières alimentant en main d’œuvre les principales productions économiques comme la pêche, les plantations d’hévéa, les constructions, la prostitution ... Un système qui serait même le moteur du développement du sud de la Thaïlande !

 

Mais un système régional qui se serait construit, au fil de l’histoire, dans une dynamique ayant intégré l’illégalité, profitant à tous les acteurs, à savoir les autorités locales, politiques, économiques, avec la complicité des policiers et des fonctionnaires des organismes officiels que l’on peut acheter. Un système qui échapperait en grande partie aux différents gouvernements centraux.

 

Une étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières »*, nous aide à comprendre ce qui se joue au sud de la Thaïlande, dans cet espace particulier des frontières, à identifier les différents éléments des filières clandestines, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui profitent du système, et qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  

 

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Cette étude, disent-ils, « s’intéresse à la vision de la frontière et à la structure des récits des gens trafiqués. Elle interroge les personnes impliquées, passeurs et passées, elle ne juge pas, mais essaie de définir la structure de la filière et des réseaux. Elle essaie donc de donner une idée concrète de la « marche » birmane vers le sud et de sa dynamique ; elle est en cela aussi historique ».

 

Nous avions déjà vu le contexte historique dans l’article précédent, évoquer les réseaux séculaires, mais ceux-ci prirent une autre dimension dans les années 80 lorsque la Thaïlande devint une destination d’immigration. Il y avait eu auparavant, pour faire simple, les Chinois, les Malais,  puis le pouvoir central envoya la main d’œuvre isan, et les Birmans vinrent répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire au développement. Il y eut alors différentes vagues de migration birmane, avec ses différentes ethnies (Môns, Birmans, Arakanais) et donc ses  spécificités.


arakanais3

 

Il fallut 20 ans pour que la main-d’œuvre birmane puisse se structurer comme la migration mône, avec la mise en place de réseaux villageois, familiaux et régionaux, dans un système, où les migrants construisent des nouveaux territoires, des villages, des  quartiers, comme à Ranong par exemple, que les auteurs ont surtout analysé;

 

ranong- 4

 

et ensuite, à Samut Prakan, Chon Buri, Phèpha à côté de Kura Buri, ou certains quartiers de Phuket, etc, en fonction des besoins du marché. Cette configuration crée donc de ce fait, deux catégories d’immigrés, une « scission »  entre ceux qui rejoignent leur famille ou des proches du village d’origine et ceux qui partent à l’ « aventure » sur de fausses promesses et sous la coupe des réseaux mafieux. Cette migration se faisant pour la majorité  clandestinement, illégalement.

 

Mais Jacques Ivanoff et Maxime Boutry montreront que la réalité est plus complexe, puisque l’illégalité fait partie du système social, politique et économique, que le gouvernement ne peut légaliser. « La légalisation systématique des travailleurs immigrés équivaudrait à reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique et sa nécessité sur le territoire national, dont l’unité et la cohérence sont déjà bien malmenées par le sud ». En outre, les tentatives de légalisation ont toujours produit des effets pervers et n’ont pas réellement touchés les trafiquants, réactifs et de plus en plus professionnels. Ils constatent « qu’il est plus rentable de la manipuler que de chercher à l’éradiquer ». D’ailleurs nous verrons que les mêmes émigrants peuvent très bien passés de la légalité à l’illégalité selon les intérêts des situations économiques.

 

Un système complexe donc.

 

Les auteurs avouent que l’on ne peut systématiser toutes les filières dans une étude. Nous avons déjà vu dans notre article sur la pêche (A.126), combien la seule filière pêche était difficile à appréhender et encore n’avions-nous pas explicité la filière prostitution qui l’accompagne et qui a ses propres réseaux. Un système que l’on peut malgré tout commencer à comprendre.

 

1/ Les filières et les réseaux. 

 

Les grandes familles chinoises. 


 familles chinoise 5


Les réseaux sont d’autant plus puissants que les grands « développeurs » de la région, les maîtres d’œuvre de la demande et de la  gestion des flux migratoires sont les grandes familles chinoises, les Chinois/Thaïs, les Chinois/Birmans. (Cf. L’histoire de la famille des Savimbi et du premier gouverneur de Ranong).

 

gouverneur chinois 6

 

C’est le point faible de l’étude. On aurait aimé en savoir plus sur ces grandes familles qui ont le pouvoir politique, administratif et économique, et qui, via les tauké, et les pueza ont aussi des connections avec les réseaux mafieux.

Nous avions par exemple déjà rendu compte dutravail de Jean Baffie in, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande**,

 

prostituées du sud 7

 

qui montrait bien par exemple, que quatre grandes familles chinoises, en les nommant,  étaient à l’origine du développement de Hat Yai, avec les  liens qui existaient entre le pouvoir politique, le développement économique et la prostitution. Il montrait que « tous les membres de cette élite locale des affaires étaient liés à l’industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents. » … et bien sûr les nombreux  lieux de prostitution.

 

L’évaluation de leur puissance est fondamentale pour mesurer la difficulté du gouvernement central pour « intervenir » dans « leurs affaires ». Depuis des lustres, les grands patrons chinois ont créé des liens familiaux et personnels dans la région et au-delà des frontières, des réseaux traditionnels de  tauké, pour assurer les échanges. Mais quand les besoins en main d’œuvre dans les années 80 ont explosé et nécessité des millions de personnes venant de Birmanie, ces réseaux traditionnels ont changé de nature pour se transformer en réseaux « mafieux », où agissent de nombreux intermédiaires.

 

Les courtiers, les intermédiaires (tauké, et pueza) 


 réseaux 02

 

Les différents patrons passent par des courtiers qui eux-mêmes font appel à divers recruteurs installés plus particulièrement dans les villes de Yangon, Moulmein, Dawei, Yé, Mergui et Kawthaung.


 Kazthaung 8

 

Le patron demande au tauké « tant d’hommes et tant de femmes pour tels travaux » ; celui-ci va organiser, négocier, sans se déplacer, le flux de la main d’œuvre requise. Les auteurs précisent qu’ils gagnent environ 10 000 baths (207 euros) par travailleur fourni. Le contrôle fait aux frontières les oblige à passer par des intermédiaires.

 

Les frontières. Les guest houses.

 

On entre alors dans un réseau, où les guest houses deviennent l’un des principaux relais  du passage illégal de la frontière, avec le gérant qui organise, réceptionne et dispatche les clandestins,   avec le fonctionnaire policier, à corrompre, les motos ou taxis qui traversent la frontière dont il faut acheter le silence et la fidélité, et les bateaux. Les auteurs donnent l’exemple pour Ranong, où  pour chaque Birman, le policier reçoit 10 000 kyats (≈ 5,9 €), les motos-taxis 7000 kyats (4,13 euros) au lieu des 300 kyats (0,17euros) réguliers pour aller au débarcadère, ensuite les émigrants illégaux traversent le bras de mer séparant Kawthaung de Ranong le plus souvent de nuit, à bord d’un bateau payé par le courtier.

 

Kyatt 9

 

« Une fois à Ranong, les Birmans doivent rembourser au moins une moitié du passage en une fois, et éventuellement le reste en mensualités. La totalité du voyage de Moulmein à Ranong coûte 400 000 kyats (≈ 236 €), tout compris. Chaque émigrant fait gagner au courtier 150 000 kyats (≈ 88,5 €), dont 35 000 (20,65 €) qu’il reverse au manager de la guest house. Moins le paiement de ses aides, (le gérant) gagne environ 12 000 kyats par émigré (≈ 7,08 €), ce qui représente pour un transit moyen de 30 personnes par jour, un total de 360 000 kyats (≈ 212,4 €). »

 

Mais on peut se douter que les différents points de passage diffèrent et varient dans leurs modalités sur les 2400 kilomètres qui séparent la Birmanie et la Thaïlande. Mais les filières sont réactives et dépendent de demandes elles-mêmes changeantes. On trouve toujours une solution, des relais, des postes de communication, des changements de route, des protections, et l’appui des taukés, qui savent payer en cas d’arrestation (entre 3 et 4000 baths) ou de contrôle (1000 ou 2000 baths).

Et quel que soit le point de passage, les émigrants sont pris en charge. S’il faut faire de la route, là aussi on se doute, que les itinéraires seront choisis en fonction des check points et précédés de voitures de reconnaissance équipés de CB et de GPS. Certes, il faudra parfois les contourner à pied.

 

Bref, chaque centre économique a ses filières pour amener la main d’œuvre et malgré les aléas toujours possibles, a les capacités d’amener la main d’œuvre désirée, dans un système de corruption généralisé. « L’univers du migrant est l’espace frontière dont il est la monnaie ». On voit même des « fonctionnaires » structurer des filières parallèles pour revendre  des migrants en situation de détresse (par exemple des pêcheurs qui se sont « échappés » de leur bateau).


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2/ La légalité et l’institutionnalisation de l’illégalité.

 

Certes le passage de la frontière peut se faire dans la légalité, en obtenant un border pass et les émigrants peuvent obtenir un permis de travail.

 

Mais le border pass à Ranong par exemple ne donne qu’un droit de séjour de 7 jours, ce qui oblige les immigrés à faire des allers retours (à moins qu’ils ne confient le border pass à un passeur qu’il faudra payer), ou à devenir des illégaux mais avec un statut quelque peu étonnant s’ils trouvent un travail.

 

On peut leur délivrer « un badge (appelé dog tag) attestant de leur appartenance – car il s’agit bien de cela – à un taukè-patron. Ce badge peut être obtenu du chef de village ou du quartier suivant les accords passés entre ce dernier et le taukè, mais il ne semble pas que ce soit une règle, ni qu’il fasse l’objet d’une distribution automatique.

Le travailleur est ainsi reconnu comme sous la responsabilité du taukè qui l’emploie, ce qui permet à ce dernier d’éviter les contrôles de la police locale, sur les plantations par exemple, sans pour autant donner de liberté au travailleur qui est ainsi cantonné à son lieu de travail (souvent le même que le lieu de résidence) et « attaché » à son taukè (il peut par exemple voyager en sa compagnie). »

 

La légalité n’est pas rentable.

 

« Faire une carte de travail à un Birman revient trop cher – 4000 bahts (≈ 82,8 €) – et lorsqu’ils en ont une, ils sont en mesure de « déserter ». Ce n’est donc pas rentable pour les employeurs : il l’est plus de donner 15 000 bahts (≈ 310,5 €) par mois aux policiers pour la compagnie ou de les payer lorsque les Birmans se font arrêter ». Il s’agit donc de payer et de gérer l’illégalité au quotidien.


controle

 

                                  ________________________

 

Assiste-ton réellement à une birmanisation du sud de la Thaïlande?

Le gouvernement ne peut pas légaliser 4 millions  de Birmans vivant en Thaïlande; reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique dans une région déjà menacée par des velléités séparatistes. Les tentatives de légalisation dans les années 2000-2009 ont échoué et n’ont fait que renforcer l’illégalité et la rentabilité des filières. Le contrôle plus strict des frontières produit des effets pervers, développent des contraintes qui institutionnalisent l’illégalité.


 controle aux frontieres11

 

Auparavant, les travailleurs alors saisonniers retournaient en Birmanie, mais aujourd’hui avec les passages de frontière plus onéreux, plus risqué, de plus en plus de familles choisissent de s’installer en Thaïlande, même si la saison des pluies est difficile et leur coûte. De plus, beaucoup viennent travailler en famille, et certains taukés par exemple, inscrivent les enfants à l’école du village et leur attribue un nom. D’autres naissent ici et s’intègreront plus facilement. On estime par exemple, que 16 500 enfants vivent à Ranong et que 2 000 seraient nés sur place (S.Chantavanich, 2000).

 

Les Birmans « colonisent » de nombreux quartiers, se marient avec des locaux, recherchent des voies pour vivre en Thaïlande. L’économie du sud de la Thaïlande a besoin de cette main d’œuvre bon marché, docile, corvéable à merci.

 

La « birmanisation » du sud de la Thaïlande ne pourrait donc que se poursuivre, mais l’ouverture « démocratique » récente de la Birmanie, l’arrivée des investisseurs étrangers, le développement économique qui s’accélère, et les ambitions affichées de l’ASEAN peuvent faire basculer ces flux migratoires.

 

 fin

__________________________________________________

 

*Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

 

**Baffie Jean, Femmes prostituées dans le sud de la Thaïlande, Occasional Paper n°8, Irasec, Bangkok, 2008, 63 p.

In, 17. Notre Isan : Les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html


Ainsi Jean Baffie montre bien par exemple, le  lien qui existe entre le développement économique et la prostitution :

« Quatre grandes familles chinoises sont à l’origine du développement de Hat Yai : 1. La famille Sukhum, descendant de phra Sanehamontri, un ancien chef de district de Hat Yai, qui a construit l’hôtel Sukhontha. 2. La famille de khun Niphat Chinnakhon, dont l’héritier est propriétaire de mines et fut président du Conseil municipal de Hat Yai. 3. La famille de M. Si Kimyong – devenu M. Kimyong Chayakul – qui possède des centres commerciaux. 4. La famille de phraya At Kalisunthon, qui a vendu ses affaires locales pour s’installer à Bangkok.

Hat Yai est parfois surnommée par les Thaïs mueang setthi ou « ville des millionnaires ». Une publication de 1987 donne un aperçu des secteurs d’activités porteurs de Hat Yai en donnant la liste des dix personnes les plus riches de la ville (anonyme)


 hatyai

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 03:02

titreNotre article précédent commentait une étude de l’OIT (Organisation internationale du Travail) de septembre 2013 signalant de graves abus dans l’emploi des travailleurs birmans et cambodgiens dans les bateaux de pêche thaïlandais. Nous avions constaté que la majorité des travailleurs étaient clandestins et qu’ils étaient la proie de trafics humains, qui sévissaient dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise.* Nous voulions en faire la démonstration mais la lecture de l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?**, allait nous aider à mieux comprendre la situation globale, en replaçant cette dramatique réalité  dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, voire dans une ethno-histoire.


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Evidemment, on ne peut pas ici dans le cadre modeste d’un article de blog, reprendre comme le fait Ivanoff, l’état des recherches actuelles et l’évolution des concepts, des hypothèses qui analysent les rapports entre Etats et minorités, entre populations sédentaires et populations nomades, ni toutes les étapes de l’évolution historique des frontières et des migrations des populations volontaires et forcées, le temps « national » et le temps « ethnique ». Nous nous limiterons donc à quelques observations.


Et tout d’abord, un phénomène d’une importance majeure : en trente ans, nous dit Ivanoff, le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) est passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande. ***Une situation telle, qu’il y voit même la « birmanisation » du Sud de la Thaïlande, avec l’extension des réseaux de trafic humain. 


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Nous étions dans le désir de mieux comprendre ces trafics humains qui alimentent en main d’œuvre (légale et illégale) de nombreux secteurs de l’ économie du sud,  comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette,  les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas … et nous tombions dans un nouvel espace, un espace « pionnier » où vont se définir de nouvelles pratiques sociales et des nouvelles identités, d’autant plus difficiles à appréhender et à gérer que « l’ambiguïté était délibérément maintenue par les gouvernements sur le statut des réfugiés et des travailleurs illégaux pour contrôler, selon leurs besoins ces millions de personnes ». Pire, la 1ère ministre assurait même qu’il n’y avait aucun problème. (Cf. notre article précédent).

 

Il s’agit pour comprendre, nous dit Ivanoff, de repenser la notion de frontière en  citant Augé : « Il faut repenser la notion de frontière pour essayer de comprendre les contradictions qui affectent l’histoire contemporaine. » On pouvait constater les premières contradictions entre la volonté « nationaliste » de contrôler le territoire et les frontières existantes « sans pour autant pouvoir se passer des flux migratoires, et celle de la volonté politique de fluidifier les frontières et de régulariser les abus, et une pratique, celle du trafic humain aux frontières. » Trafics que l’on ne pouvait comprendre « qu’en observant l’ancrage historique des réseaux et leurs structures, fondées sur l’histoire, les relations familiales et les rapports de forces au sein d’un même groupe. Une réflexion, une recherche qui s’inscrit dans une « ethnologie des frontières » qui ne peut se départir de l’histoire et de citer entre autres, « l’exemple entre le Kelantan malais et l’ancien sultanat de Patani divisé en plusieurs provinces thaïlandaises », avec les problèmes que rencontrent aujourd’hui les différents gouvernements, qui  n’ont pas pu supprimer les liens préexistants, bien au contraire. 

 

Mais on peut retenir que malgré le tracé des frontières, il existe encore des « zomias » -territoire découpé arbitrairement et dans lequel les populations rejetant les États vivraient selon des codes culturels propres à favoriser leur résistance- .

 

frontières

 

Nous avions déjà relaté les flux « illicites » transfrontaliers du Nord-Laos à partir d’une étude de  Danielle Tan, intitulée  Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, et évoqué ces « sites d’exception », avec son économie illicite associée à la corruption politico-administrative qui mettent en oeuvre des formes exceptionnelles du pouvoir qui n’obéissent pas aux lois gouvernementales et qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal. (Cf. A23)****


Danielle TAN


Décidemment, non seulement les gouvernements de la Thaïlande avait des difficultés à contrôler ces frontières, malgré les règles administratives contraignantes, les border-pass, visa, passeport, double nationalité, illégalité acceptée sur les lieux de travail, mais elle était impuissante face aux réseaux anciens qui se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques.


border pass

 

« Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe ».  Les frontières demeurent poreuses, les réseaux multiséculaires demeurent  et «  les moyens pour faciliter le passage sont infinis. »

 

fluidité


L’histoire est nécessaire pour comprendre le présent.


Lors de la colonisation européenne de l’Asie du Sud-Est, après différentes guerres, conflits, des frontières ont été établies « à la règle » qui ont séparé des populations ayant le même passé, la même culture ; de plus, déjà auparavant, nous avons souvent évoqué dans « notre histoire de la Thaïlande » que les différentes guerres entre les pays de la région se soldaient avec des déplacements de population massifs des vaincus, afin de coloniser de nouvelles terres, voir par exemple les Laotiens et les Khmers en Isan, les Malais de Thaïlande et même les Thaïs de Birmanie et de Malaisie. Ce passé explique aisément les populations transfrontalières et les « fluidités ethniques » ; la facilité pour les Khmers du Cambodge à se déplacer vers des régions khmerisées du Nord-Est, et les Malais de Patani à retrouver leurs familles dans le Kelantan, par exemple.

 

frontière


Ce passé explique pourquoi et comment les nouveaux réseaux ont pu s’établir, « dirigés par les forces locales des « puissances sombres » (itthipan muet) comme les appellent les Thaïs. », et par certains militaires et « officiels » corrompus, et les réseaux mafieux.


Ensuite, le développement de ces régions a favorisé, si on peut dire, l’immigration des Birmans et des Cambodgiens, moins chers que les paysans du Nord-Est,  dont beaucoup sont retournés en Isan. Ivanoff rappelle que « 100 000 habitants de cette région avaient été déplacés dans le sud pour contenir la « menace » des musulmans ; 15 000 familles à qui l’on a donné des plantations pour récupérer la production. » On remarque aussi, dit-il, « des villages entiers dans le district de Kaw Thaung, de l’autre côté de la frontière birmano-thaïlandaise, (…) administrativement inexistants. [fournissant ainsi] une main-d’œuvre docile servant les intérêts privés des développeurs locaux qui utilisent la dette, le chantage et l’esclavage pour développer les régions et les intégrer ensuite dans un régionalisme « acceptable ». »


Kawtong


La question du contrôle se pose, mais dit Ivanoff « Pourquoi les autorités changeraient-elle ce système de mobilité qui enrichit tout le monde et qu’elles ne peuvent véritablement contrôler ? »


Certes, il existe des travailleurs réguliers, des tentatives de régularisation des travailleurs (qui à chaque fois pousse davantage de travailleurs dans l’illégalité), des descentes de police, -il faut bien répondre aux attaques internationales (USA, rapports des agences des Nations-Unies, les campagnes des ONG), défendre l’image de la Thaïlande pour ses exportations-, mais les différents gouvernements thaïlandais sont impuissants face au nombre (comment gérer les déplacements de 4 millions de Birmans ?**), et à la corruption généralisée de ses propres agents.


« Comment gérer les déplacements des 4 millions de Birmans en Thaïlande si l’on ne connaît pas les routes, les intermédiaires, les relations qui lient les pueza birmans (courtiers) ou taukay aux hommes, si l’on ne connaît pas les réseaux de distribution de l’information et les structures psychologiques présidant aux décisions de migrer ? »


Ivanoff donne l’exemple des Rohingyas.


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« Quand la réalité explose ainsi derrière le fait divers, personne n’est préparé à l’affronter, à supporter la vue des millions de Birmans vendus. Une fois la situation révélée au grand public, comment la gérer ? Accuser les Rohingyas de terrorisme pour justifier leur traitement ? C’est fait. Mettre en avant le fait qu’ils représentent un problème interne à la Birmanie évite d’aborder la question d’un peuple sans identité et permet de détourner l’attention que l’on commence à porter aux millions de Birmans exploités dans les mines, les plantations et sur les bateaux. Les Rohingyas ont révélé la question birmane (on est passé officiellement de 1 à 2,5 millions de migrants) mais, en même temps, ils ont permis de la dissoudre dans des comités, des enquêtes fictives, de saisir l’Asean, bref, de cacher la réalité.


« Cacher la réalité » ?


Ici, Ivanoff va même, révéler une nouvelle réalité que nous ignorions : la birmanisation du Sud. 

Nous pensions qu’il y avait un problème de réfugiés, de travailleurs « illégaux », que les gouvernements frontaliers essayaient de régler, mais « Nous assistons (alors) à la première colonisation adaptative, celle qui assimile les premiers habitants des zones de passage et jette une passerelle entre deux pays. Entre le laxisme ou l’autoritarisme des gouvernants des pays dont elles relèvent, les populations des frontières construisent leurs nouveaux territoires d’expansion spatiale et d’expression sociale. » En effet, « Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe. »

Avec ce double paradoxe :

  • « Plus le centre avance dans sa volonté de contrôle et se renforce à l’aide de l’idéologie globalisante internationale, plus les ethnies se reconfigurent. »

 

  • Plus les gouvernements développent leurs projets de développement pour fixer les populations pauvres, plus les nouvelles sources de richesse et les infrastructures facilitent la mobilité et l’afflux des travailleurs « illégaux », organisés en grande partie par les potentats locaux avec les réseaux maffieux.

 

Pour Ivanoff, la conclusion est radicale :


«  Les frontières sont incontrôlables et les nations n’ont eu de cesse que de les coloniser, mais en y générant des réseaux souterrains et maffieux, et des résistances culturelles. »


Le gouvernement thaïlandais, dit-il,  n’a en fait que très peu de marge de manœuvre sur ces frontières, car « En Thaïlande, pour survivre, les gouvernements doivent payer ceux qui les ont élus. Cela se fait à travers l’attribution de crédits, de développements d’infrastructures, de projets. Mais, cela se fait également à travers les budgets alloués à l’armée pour « contenir » le sud. (…) ce qui facilite évidemment le trafic et la corruption. » 

 

                       ------------------------------------

 

La lecture de l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry, intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières », devrait nous permettre de mieux comprendre les « filières, trafiquants et trafiqués », enfin c’est que nous essayerons de vérifier dans notre prochain article.


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___________________________________________________________________________

 

* A défaut de démonstration vous pouvez lire quelques articles déjà très explicites comme

http://asie-info.fr/2013/01/29/thailande-abus-contre-les-travailleurs-birmans-de-lagro-alimentaire-2-516556.html

« Recours au travail des enfants, bas salaires, harcèlement, discrimination, violence physique : trois usines, de thon en boîte ou de concentré d’ananas, dont les produits sont destinés aux marchés européen et américain, sont pointées du doigt en Thaïlande pour graves violations du droit du travail.
Installée dans la province de Prachuap Kiri Khan, à 230 kilomètres au sud-ouest de Bangkok, Natural Fruit Company (NFC) emploierait 700 travailleurs birmans dont 200 non enregistrés, … »


 ou


« 54 Birmans sont morts asphyxiés, jeudi 10 avril, alors qu’ils tentaient de rejoindre clandestinement l’île touristique de Phuket, dans le sud du royaume, pour y trouver un emploi saisonnier. Ce n’est que le dernier en date d’une longue série de faits divers, dont la presse thaïlandaise se fait régulièrement l’écho. En décembre déjà, les corps de 22 Birmans candidats à l’immigration clandestine avaient été retrouvés en mer d’Andaman, au large des côtes thaïlandaises. Nombreux sont ceux qui risquent ainsi leur vie pour quitter la Birmanie - où un foyer sur quatre vit sous le seuil de pauvreté - pour gagner la Malaisie, la Chine ou la Thaïlande et y trouver un emploi mieux rémunéré. Min Zin, un journaliste birman du magazine Irrawaddy, basé en Thaïlande, a même déclaré que les travailleurs migrants étaient « sûrement la plus grande exportation birmane derrière le trafic de drogue. » [… ] Pour le secrétaire général de Yaung Chi Oo Workers Association,

 

Younc Chie

 

les torts sont partagés, des deux côtés de la frontière : « D’un côté nous avons la Birmanie qui ferme les yeux. De tels drames, comme celui des 54 morts de Ranong,auraient pu être évités si le gouvernement birman aidait ses ressortissants à venir travailler légalement en Thaïlande. De l’autre côté de la frontière, avec la corruption des autorités locales et l’implication de la police dans le trafic d’êtres humains, on voit mal comment la situation de ces travailleurs birmans pourrait s’arranger. » http://www.rfi.fr/actufr/articles/100/article_64925.asp


**Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?, 8/9 | 2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales.

http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010.


***En Thaïlande, les données quantitatives sur les migrations sont évidemment difficiles à obtenir.


Des sources du  ministère du Travail de 2005 donnent l’enregistrement de 705 293 travailleurs migrants, tous secteurs, dont 539 416 Birmans, 75804 Cambodgiens, 90073 Laotiens. En incluant les personnes qui leur sont dépendantes (femmes et enfants), on passe à 1,4 million.


« Officiellement, on sait que deux fois plus (2,8 millions) de travailleurs étrangers ne sont pas enregistrés. Si l’on tient compte des calculs effectués à partir de données recueillies lors d’une enquête parue sur la filière pêche (Boutry et Ivanoff 2009), on peut multiplier les chiffres par deux pour l’ensemble des travailleurs et avancer une estimation réaliste de 5 millions ». 

«  Avant de parler du cas particulier de Ranong pour les Birmans travaillant dans la filière pêche,

 

Ranong

 

il faut savoir que le ratio d’un étranger pour trois travailleurs thaïlandais dans les 13 provinces frontalières, passe à 1 pour 9 à Ranong. Ainsi, le nombre officiel de travailleurs birmans en Thaïlande passe à 500 000, auquel s’ajoutent 500 000 autres non-officiels mais reconnus. Mais, la réalité est différente et le scandale des Rohingyas rejetés à la mer a obligé les autorités à donner des statistiques plus réalistes. Les chiffres sont ainsi passés, dans le courant de l’année 2008, de 1 à 1,5 puis à 2 millions, et enfin, à 2,5 millions. Les compteurs semblent être bloqués là, il existe une limite à la transparence. Il y a vraisemblablement, selon nos estimations, 4 millions de Birmans en Thaïlande. »


****Danielle Tan : Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6, Bangkok, février 2010.http://www.irasec.com/ouvrage42


Cf. Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or ! http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html

 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 03:03

1129-poissonsLa pêche est un secteur très important de l’économie thaïlandaise. Les exportations de poissons, crustacés et mollusques représentent 2,2 milliards d’€, dont 1,1 milliards d’€ de crevettes congelées. Si vous ajoutez la préparation de poissons et de crustacés, vous avez le premier poste d’exportation des produits agroalimentaires. La Thaïlande, par exemple, est le deuxième fournisseur de produits de la mer des Etats-Unis, avec une part de marché de 16 % de ces importations. En 2011, selon la Direction américaine des pêches maritimes, la Thaïlande a exporté 375 000 tonnes de poissons et de fruits de mer aux Etats-Unis pour une valeur dépassant 2,5 milliards de dollars [1,6 milliard d’euros]. Seul le Japon en consomme davantage.

Si on sait que les exportations de riz ont représenté 3,6 milliards d’€ en 2012, on a une idée plus concrète de l’importance de la pêche dans le commerce extérieur de la Thaïlande.*

 

Mais quel est le prix à payer pour les pêcheurs ? 

1.Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) a dénoncé une fois de plus le lundi 2 septembre 2013 à Bangkok, les "graves abus" opérés sur les bateaux de pêche thaïlandais, où les immigrés illégaux cambodgiens et birmans sont à la merci des violences et du travail forcé.

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Une fois de plus ?

Vous pouvez très facilement retrouver de nombreux rapports, articles de journaux, qui chaque année, dénoncent cette nouvelle forme d’esclavage, où les enfants ne sont pas épargnés, avec  des dizaines de milliers de jeunes Birmans et Cambodgiens exploités clandestinement par des patrons de pêche thaïlandais sans scrupule. Les titres en sont très explicites :  « Des équipages d’esclaves sur les chalutiers thaïlandais », « Les enfants étrangers, forçats de la Thaïlande », « Traite des êtres humains dans la filière pêche de Thaïlande », «Le calvaire des travailleurs de la mer en Thaïlande»…, etc.**


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Des « graves abus » ?  

Ce nouveau rapport de l’OIT réalisé avec le Centre asiatique de recherche sur les migrations à l’Université de Chulalongkorn, -dont on nous dit qu’elle est la plus importante étude faite à ce jour sur les conditions de travail dans le secteur de la pêche thaïlandaise-, nous présente des données quelque peu surprenantes, puisqu’il n’ y aurait que 5,4% qui auraient été trompés ou forcés à travailler dans la pêche. Toutefois, 16% travaillant sur des long-courriers indiquent qu’ils n’avaient pas volontairement décidé de travailler sur un bateau de pêche, et qu’environ 17% des personnes interrogées ont déclaré travailler contre leur volonté, se retrouvant incapables de quitter leur travail en raison de la menace de sanctions. 

 

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 « Les pires conditions de travail étant pour ceux qui ont été en mer pendant plus d’un mois : près de 25% ont été soumis à des pratiques de travail déloyales ou coercitives», avec des journées de travail sans fin, avec des astreintes 24 heures sur 24. De plus, 10% ont assuré avoir été battus à bord. « Ils ont fait état de menaces de pénalités financières, de contraintes physiques ou encore de menaces de signalement aux autorités en charge de l'immigration en Thaïlande, troisième plus grand exportateur de poissons au monde. » .


Ensuite, le rapport tourne à la naïveté pour « découvrir » que « 94 % des personnes interrogées n’avaient pas de contrat écrit », et qu’il n’y avait pas de délégué syndical ; que, « les horaires et les conditions de paiement, y compris la méthode de calcul de l’indemnité (comprenant généralement une part de la vente de la prise), la fréquence des salaires et des déductions, ne sont pas clairement définis. »


Et Max Tunon, responsable de l'OIT, lors de la présentation à la presse de ce rapport, croit nous apprendre « que la vaste majorité des travailleurs sont en situation irrégulière et donc plus vulnérables ».

On s’en doutait, non ?


On savait déjà qu’« à bord, les hommes travaillent 20 heures par jour, sept jours sur sept. Certains bateaux-mères se déplacent pour faire le plein des navires, en fuel et en personnel. Certains sont ainsi piégés des mois, voire des années, jusqu'au large de la Somalie, selon l'Office international des migrations (OIM). 


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Le rapport, voulant peut-être gagner un prix de l’humour, conclut avec le professeur Supang Chantavanich, directeur du Centre asiatique de recherche sur les migrations :


 « Cette meilleure compréhension de la situation aidera à formuler des réponses politiques fondées sur des preuves pour réglementer le recrutement et l’emploi des pêcheurs afin de prévenir et d’éliminer toutes les formes de travail inacceptables »(…) «L’amélioration des conditions de travail est également essentiel pour faire face aux pénuries de main d’oeuvre dans le secteur de la pêche, et assurer la durabilité de l’industrie ».


2. Le constat du trafic d’êtres humains dans la pêche, et l’impuissance actuelle pour le combattre.

 

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Il n’est pas sûr que cette étude aide à « une meilleure compréhension de la situation » surtout si elle n’enquête pas sur le trafic d’êtres humains, qui vend indifféremment ses esclaves dans les usines, les plantations d’hévéas, les bateaux de pêches et les bordels, si elle n’identifie pas les réseaux de cet esclavage moderne, et ne donne pas les recours efficaces pour les victimes.

« D’après les observateurs, l’absence de véritable recours pour les victimes alimente ce cycle d’exploitation. La corruption des fonctionnaires, les vides juridiques et la faible protection des droits font qu’il est impossible pour les travailleurs migrants de porter plainte contre leurs oppresseurs, ou même de demander réparation. » **


De fait, la Thaïlande reste critiquée pour son peu d’entrain à lutter contre les trafics humains sur son sol.


Certes, tout à chacun  peut citer des opérations de police ou de l’armée, contre le trafic d’êtres humains. Citons par exemple :

Les  397 Rohingyas, dont 66 enfants, retenus depuis trois mois sur une plantation d’hévéas dans la province Songkhla, et découvert par les autorités thaïlandaises le 10 janvier 2013. Ils devaient être vendus à des patrons de pêche.


Ils ont raconté qu’ils faisaient partie d’un groupe de 2.000 personnes conduites là à bord de camions, selon le Bangkok Post. Mais probablement qu’ils n’imaginaient pas ce qui les attendait là-bas, à savoir être vendus pour 60.000 à 70.000 bahts (1.500 à 1.750 euros) à des patrons de pêche. (La plantation d’hévéas appartient à Prasit Lemlae, maire-adjoint de la municipalité de Padang Besar.)


Ou encore, comme par exemple les faits rapportés dans L’Irrawaddy Magazine du 25 mars et du 23 juin :


 Les autorités locales de la province de Trang au sud du royaume ont secouru, les 22 et 23 mars, 14 Birmans qui travaillaient dans des conditions épouvantables comme marins-pêcheurs en Thaïlande. Les policiers locaux avaient également libérés 15 autres travailleurs birmans, exploités dans des usines de pêche thaïlandaises suite à un raid opéré le 10 mars. Trois personnes, de nationalité birmane, ont été placées en détention, soupçonnées de jouer un rôle d’intermédiaire dans ces trafics. Les victimes, âgées entre 16 et 20 ans, étaient entrées illégalement en Thaïlande contre la promesse d’un salaire mensuel de 10.000 bahts (265 €). Sur place, elles ont été vendues à l’industrie de la pêche thaïlandaise, pointée du doigt par les organisations internationales pour ses pratiques douteuses d’exploitation de main d’œuvre étrangère. (Cf. LB [http://www.lepetitjournal.com/bangkok], mercredi 27 mars 2013)


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Ou « Le 13 juin, l’équivalent thaïlandais du FBI a perquisitionné à bord de deux chalutiers ancrés dans le port de Saem San, non loin de Bangkok, et secouru onze Birmans asservis depuis sept mois, raconte le webzine birman The Irrawaddy. Chacun d’eux avait été acheté 8 000 bahts (200 euros environ) à des intermédiaires. “Ils ont ensuite été contraints de travailler sans être payés », indique Sompong Sakaew, directeur de l’ONG Labor Rights Protection Network.


On pourrait multiplier, pour constater, que ces opérations de police sont inefficaces et que le problème du trafic humain dans le royaume reste entier.


D’ailleurs, « Le 28 juin 2012, par exemple, le journal de Bangkok, le Nation rappelait que le royaume restait une plaque tournante du trafic humain en Asie du Sud-Est. Chaque année des centaines de Laotiens, Cambodgiens, Chinois, Birmans sont vendus en Thaïlande pour y être exploités dans le domaine de la prostitution et de la pêche notamment ». Le Petit Journal du 27 mars 2013 signalait même que :


« Le royaume est classé depuis 2010 au niveau 2 sur la liste du Département américain des pays à surveiller en matière de lutte contre le trafic humain. Ce classement indique que la Thaïlande ne respecte pas les normes en matière de trafic international. Le Nation a rappelé le 1er mars que le ministère des Affaires étrangères thaïlandais avait remis au Département d’État américain un rapport complet sur la situation des droits humains dans le pays. Objectif : éviter une rétrogradation au niveau 3, le plus bas du classement. Cette sanction pend au nez de Bangkok depuis l’an dernier. Si cette éventualité devenait réalité alors certains produits thaïlandais pourraient se voir interdire l’accès au territoire américain. » (LB)


Un excellent article de Samut Sakhon (Thaïlande) et Prey Veng (Cambodge) paru dans le courrier international du 21 juin 2012 pose bien le problème*** : 

  • C’est une industrie qui génère plusieurs milliards de dollars, un marché axé sur l’exportation, dont nous connaissons les pays importateurs. Japon, Etats-Unis, Chine et Union européenne
  • C’est un système, fondé sur le travail forcé, une forme moderne d’esclavage, dans une zone de non-droits où des patrons de pêche s’arrogent en toute impunité le droit de vie et de mort sur leur équipage.

Un système qui arrive à se perpétuer :

  • du fait de la complexité du réseau de chalutiers, bateaux-mères et grossistes indépendants qui contribue à masquer l’origine du poisson pêché par les esclaves bien avant que ceux-ci ne soient débarqués à terre. C’est ainsi que nombre de patrons d’usines thaïlandaises ignorent par qui a été pêché le poisson qu’ils transforment avant de l’exporter. “Les organismes occidentaux de régulation ont peu ou pas d’influence, ni d’autorité, sur les différents maillons de la chaîne”, fait observer Gavin Gibbons, porte-parole de l’Institut national de l’industrie de la pêche, principale organisation professionnelle du secteur aux Etats-Unis », “Ce n’est pas comme surveiller des maisons de passe, des plantations ou des usines. […] Tout se déroule en mer”, souligne Lisa Rende Taylor, de l’Uniap.
  • du fait de la complicité du gouvernement thaïlandais, impuissant contre le réseau de corruption; peu de personnes jugées, peu ou pas de recours pour les victimes. D’après les observateurs, l’absence de véritable recours pour les victimes alimente ce cycle d’exploitation. La corruption des fonctionnaires, les vides juridiques et la faible protection des droits font qu’il est impossible pour les travailleurs migrants de porter plainte contre leurs oppresseurs, ou même de demander réparation.
  • Pire, on peut rajouter, que la première ministre Yingluck Shinawatra nie même l’existence de cette dramatique exploitation, et déclarait récemment, dans le cadre d’un petit reportage télé pour France24, à Cyril Payen ****:

« La loi thaïlandaise est très claire et j'en suis personnellement garante, quiconque qui vient travailler ici bénéficie de droits et de protection sans exception. Tous les ouvriers étrangers ont exactement le même droit que nos propres ouvriers".(sic)


http://www.france24.com/fr/20120719-profession-pecheur-esclave-thailande-cambodge-laos 

  • du fait de la complicité des pays cambodgiens et birmans qui n’agissent pas pour protéger leurs ressortissants employés en Thaïlande.*****
  • du fait de la complicité des pays importateurs. Les Etats-Unis, par exemple,  constatent que la Thaïlande arrive à l’avant dernier rang dans le trafic d’êtres humains, menacent, mais n’ont pas encore rétrogradé la Thaïlande au stade 3 qui lui interdirait alors d’exporter certains produits  de pêche vers les Etats-Unis.
  • du fait de la complicité des consommateurs occidentaux. Pas encore de grandes campagnes internationales, comme par exemple, celles menées récemment contre les conditions de travail inhumaines qui règnent chez les sous-traitants chinois d’entreprises comme Apple.

Et cela, malgré les témoignages et rapports qui s’accumulent.


Les témoignages d’anciens esclaves, d’associations de pêcheurs thaïlandaises, d’ONG, d’émissions de TV, de fonctionnaires des Nations-Unies, d’exportateurs et de travailleurs sociaux sont légions ; L’an dernier, au cours d’une visite qui a contrarié les autorités de Bangkok, un rapporteur des Nations unies a déclaré que le travail forcé était “notoirement courant” dans le secteur de la pêche thaïlandais et a même évoqué des complicités policières.


En attendant, les pressions internationales sur l’industrie thaïlandaise de la pêche s’intensifient … mais rien ne bouge, et ne risque pas de bouger en Thaïlande, puisque selon la 1ère ministre Yingluck Shinawatra « Tous les ouvriers étrangers ont exactement le même droit que nos propres ouvriers".(sic)

Nous étions partis d’une étude de l’OIT dénonçant les "graves abus" pratiqués sur les bateaux de pêche thaïlandais à l’encontre des immigrés illégaux birmans et cambodgiens, on débouchait sur une situation beaucoup plus dramatique, sur un trafic d’êtres humains généralisé, sur des réseaux d’esclavage moderne, touchant au moins 5 millions de travailleurs sans-papiers employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise.******

 

Un autre visage de la Thaïlande, que nous allons tenter de comprendre dans notre prochain article.


gravure-esclavage8

 __________________________________________________

 

*Les exportations de produits agroalimentaires de la Thaïlande représentent 24,9 milliards d’€ en 2012, soit 14 % de l’ensemble des exportations du pays (177,7 milliards d’€). Les préparations de viandes, poissons ou crustacés constituent le premier poste d’exportation avec 5,8 milliards d’€, soit 23,4 % des exportations agroalimentaires. Il s’agit principalement de préparations à base de thon (2,1 milliards d’€), de poulet (1,6 milliards d’€) et de crevette (1,1milliards d’€). Les exportations de poissons, crustacés et mollusques représentent 2,2 milliards d’€, soit 8,8 % du total, dont 1,1 milliards d’€ de crevettes congelées.

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/29-_Thailande_cle81d921.pdf

 

**Entre autres : http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/21/des-equipages-d-esclaves-sur-les-chalutiers-thailandais

http://www.thailande-fr.com/societe/25615-calvaire-travailleurs-mer-en-thailande

http://nautisme.lefigaro.fr/breves-nautisme/divers-0/2013-09-02-15-43-50/thailande---le-calvaire-des-travailleurs-sur-les-navires-de-peche 11794.phphttp://communismeouvrier.wordpress.com/2013/09/03/thailande-le-calvaire-des-travailleurs-sur-les-navires-de-peche/

http://www.finances.net/infos/actions/lOIT-d%C3%A9nonce-le-travail-forc%C3%A9-sur-les-bateaux-de-p%C3%AAche-en-Tha%C3%AFlande-604325

http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/21/des-equipages-d-esclaves-sur-les-chalutiers-thailandais

http://www.liberation.fr/economie/2002/05/25/les-enfants-etrangers-forcats-de-la-thailande_404734


***http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/21/des-equipages-d-esclaves-sur-les-chalutiers-thailandais


****Présentation  du reportage par France 24 :


Dans un reportage exclusif pour France 24, Cyril Payen entre au cœur de ce trafic humain, de cet esclavage moderne. Comme à Dubaï, au Qatar, dans les Emirats arabes unis, lorsque les conditions sont trop dures, empêcher l’ouvrier de repartir, c’est du travail forcé, de l’esclavage moderne.

Cyril Payen est entré au cœur d’une des usines qui fournit les plus gros supermarchés en surgelés. Il explique également que le gouvernement commence à s’intéresser de plus près à cette question d’esclavage moderne au cœur de la Thaïlande. 3 millions de travailleurs immigrés vivent en Thaïlande, dont 80% de Birmans. Parmi eux, seuls 1/3 sont légaux, les autres sont des proies idéales pour les réseaux mafieux. Comment les grands groupes de consommation contrôlent-ils que leur produit n’a pas été à l’origine pêché par des ouvriers exploités? Il est impossible, explique Cyril Payen, de connaître précisément l’origine du poisson. Mais les ouvriers continuent d’arriver du Cambodge, de Birmanie, du Laos et la Thaïlande continue d’avoir un besoin de main d’œuvre. Il lui faut à présent mieux contrôler ces réseaux d’esclavage moderne.


*****http://www.irinnews.org/fr/Report/95777/CAMBODGE-Aucun-recours-pour-les-migrants-victimes-du-travail-forc%C3%A9


 « Les défenseurs des droits de l’homme qui suivent le trafic de Cambodgiens envoyés en Thaïlande pour travailler dans l’industrie de la pêche, affirment que, malgré l’ampleur des abus, aucune plainte n’a abouti, à leur connaissance. »
« Selon le droit pénal et le droit du travail thaïlandais, une personne victime de la traite devrait pouvoir traduire le coupable en justice, et recevoir une compensation financière », affirme Lisa Rende Taylor, conseillère technique en chef du Projet inter-organisations des Nations Unies sur la traite des êtres humains (UNIAP). Les victimes craignent les représailles ou sont peu disposées à témoigner car elles sont alors hébergées, tout au long des procédures légales à venir, dans des foyers tenus par le gouvernement, ce qui peut les empêcher de travailler ou d’être auprès de leurs familles le temps que la procédure suive son cours, a-t-elle dit. » […]
« Mathieu Pellerin, consultant à Licadho, une ONG cambodgienne de défense des droits de l’homme, affirme que l’absence de réglementation commence au Cambodge avec le non-respect des droits de l’homme élémentaires au sein-même des agences de recrutement, dans les centres de formation qui préparent au départ à l’étranger. » (…)
« L’État [cambodgien] a prouvé qu’il n’était pas prêt à agir comme un véritable régulateur », a-t-il dit. « Ces actes criminels restent impunis – les procès-verbaux des tribunaux parlent d’eux-mêmes ». (…) En 2009, selon l’UNIAP, environ 20 000 Cambodgiens expulsés de Thaïlande étaient des victimes du travail forcé – un chiffre qui tend à s’accroître étant donnée la pénurie croissante de main-d’œuvre en Thaïlande dans les secteurs recrutant à un faible niveau de qualification
.  »


******La Myanmar Association Thailand (MAT), estime qu’entre 2,5 et 4 millions de Birmans, la plupart en situation illégale, travaillent en Thaïlande. 

Nota. On n’oublie pas le combat  de certaines associations thaïlandaises, malheureusement encore impuissantes : cf. :

http://bangkok.coconuts.co/2013/09/14/changing-thailands-culture-corruption-possible

 

 

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 03:02

titreIl est toujours difficile de cerner une situation générale, tant on rencontre toujours des disparités. Mais on se doute que l’énorme majorité des paysan-nes et à fortiori des vieux paysan-nes vivent une situation difficile, une certaine pauvreté, que nous nous proposons d’appréhender, surtout que nous disposons des excellents articles de Bruno Jetin, Roland Poupon, et Marie-Sybille de Vienne, in Thaïlande contemporaine.*


Les paysans de Thaïlande sont, c’est selon, vus comme des « arriérés, rustres, gauches, mesquins, fuyants », ou « Tantôt il incarne la sagesse, la dignité, le travail, la saine vie des campagnes » ( Poupon),

 

rude vie des champs

 

mais une chose est sûre, au-delà de ses jugements « mythiques », ils sont pauvres, et leurs vieux encore plus pauvres.


Une autre image de la Thaïlande, majoritaire.


En effet, il faut d’abord se rappeler que malgré la formidable transformation démographique et économique de la Thaïlande, la population rurale se compose encore de 66 % de la population, que l’agriculture est le principal secteur économique employant 41% de la population active, (après une chute de 41% en 29 ans ) mais qu’elle ne contribue qu’à 13% du PIB en 2011 (contre 18 % entre 1980 et 1986). De plus, la population vieillit et les + de 65 ans, représentent presque 10% de la population. **


Notre sujet est donc d’importance, si on a une quelconque prétention à  connaître quelque peu la situation des Thaïlandais.


De plus, on pourrait ajouter d’autres « réalités économiques » comme le PIB par habitant par exemple, la distribution inégalitaire des revenus, et le peu d’aide gouvernementale pour les agriculteurs. (La part des dépenses publiques  pour l’agriculture en Thaïlande n’était que de 6,65%., pendant la période 1998 – 2005. (FMI).

 

Mais il y a un chiffre que l’on voit peu et pourtant essentiel dans la compréhension du monde du travail :


env. 60 % des travailleurs thaïlandais sont des travailleurs informels c’est-à dire non légalement déclarés (avec 93 % dans l’emploi agricole !); en sachant que « l’emploi informel en Thaïlande est historiquement associé à des rémunérations plus faibles, une  plus grande insécurité économique, l’exclusion des droits garantis par la législation du travail, ou leur faible application  dans les domaines de la sécurité au travail, de la santé et de la retraite ». (p. 328-330, Bruno Jetin). Un doux euphémisme !

 

informel


Mais on peut le faire plus simple, quand on songe que le gouvernement actuel a été jugé comme irresponsable par la majorité des entrepreneurs pour avoir imposé le salaire journalier minimum à 300 baths (env. 7 euros), et que la retraite gouvernementale mensuelle touchée par les vieux est de 600 baths et de 1000 baths à 70 ans  ! Maintenant, si vous êtes aveugle, paralytique, ou ne pouvant plus travailler à cause d’un handicap quelconque, vous toucherez 500 baths de plus !


500 b


Ce préambule était nécessaire pour comprendre que dans un milieu déjà pauvre,  la misère des vieux paysan-nes thaïlandais(es) ne peut l’être que davantage ; et que leur survie dépend du système de solidarité familiale,

 

extension-du-conge-de-solidarite-familiale-a-la-fonction-pu

 

qui est fragilisé par l’exode des jeunes vers la ville, étranglés eux-mêmes par  des conditions de vie précaires.


Bruno Gétin analyse bien ce processus de développement économique de la Thaïlande qui, avec son industrialisation, l’attrait de la vie moderne, a amplifié l’exode rural vers les villes. Après les hommes, les femmes  ont suivi le mouvement, engagées par  des industries intensives en travail peu qualifié, comme l’électronique par exemple. Les divorces augmentant, de nombreux jeunes enfants sont  « laissés aux grands parents, qui assurent leurs soins et leur éducation avec l’aide du revenu monétaire transmis par les parents. » Mais leur situation précaire, rend les transferts  minimes et aléatoires.


De fait, dans les villages ruraux, vous pouvez être surpris par le contraste du nombre des vieilles personnes vivant au milieu de jeunes enfants. Est-ce une transition historique, une particularité culturelle ?


Une chose est sûre, la majorité des enfants paysans ne veulent plus travailler la terre. Le voudraient-ils, qu’ils ne pourraient survivre avec le partage des terres. Celui qui reste reçoit généralement la maison familiale et une terre plus grande, mais doit aider les parents.


Le système traditionnel de solidarité est mis à mal, non seulement parce que les enfants des paysans vivent de plus en plus dans les villes et adoptent le style de vie de la société de consommation, mais aussi parce que les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps, et que le nombre d’enfants susceptible de les aider, diminue. (« Ainsi en 2002, plus de 60% des femmes âgées de 60 ans et plus avaient au moins quatre enfants et 23 % seulement avaient deux enfants et moins. En 2020, les proportions seront exactement inversées. »).


Mais ce qui ne veut pas dire qu’elles ne travaillent pas.


Là encore, même en séjournant peu dans un village, vous serez surpris de voir, très tôt le matin, les vieux paysan-es s’activer, partir à la rizière ou à leur petit jardin. De fait, pour assurer un petit revenu, et ils n’ont pas le choix, les vieux paysans travaillent, du moins plus de 60 % des hommes et plus de 50% des femmes de plus de 60 ans. Mais tous doivent trouver l‘essentiel de leur nourriture quotidienne dans les ressources disponibles des champs, des rivières et des forêts. (Nous n’aborderons pas ici « la théorie de l’autosuffisance » et de ses bienfaits. De fait la majorité n’a pas le choix.)


livre-montri


Mais ce que Bruno Jetin nous apprend, c’est que cette part de leur modeste revenu n’est que la deuxième source de revenus après l’aide reçue de leur famille, et/ou de leurs filles parties dans les différents bars, massages, karaokés ... Et avec l’âge, du fait de leur difficulté à travailler, les vieux sont encore plus dépendants de ces ressources extérieures pour survivre.  (Jetin nous donne les chiffres pour les ruraux de 53,2 % pour l’aide des enfants et 31,1 % pour le revenu du travail et 3,3% pour l’allocation de subsistance reversée par l’Etat, pour 2007).


Mais presque 20 % ne reçoivent rien de leurs enfants et on peut considérer qu’ 1/3 sont dans la pauvreté absolue. (Cf. définition ONU***).

 

poverty

 

Jetin propose un graphique 2007 (données NSO) qui indique qu’1/3 des paysannes de plus de 60 ans  ne gagnent que  1143 baths par mois (24,2 euros), et 63 %, 2286 baths (48 euros).


Nous avons là une triste réalité, une autre image de la Thaïlande.


Et  la situation est d’autant plus préoccupante, ajoute Jetin, que leur nombre va  augmenter, et qu’il n’est pas dit que « leurs enfants en nombre plus réduit, connaissent une augmentation significative de leur revenu réel au cours des décennies à venir. » On peut le croire quand on voit les vives réactions qui ont suivi le passage  du salaire journalier à 300 baths. (Toutefois, nous aurions écrit « au cours des dix ans à venir », tant le monde et la société thaïlandaise sont en train de se transformer.)


Cela ne veut pas dire que le monde rural ne bouge pas. Roland Poupon, in « L’agriculture thaîlandaise, un buisson d’alternatives » en montre les différentes dynamiques, son ouverture à différentes stratégies possibles. Et  vous trouverez toujours une publication d’une organisation internationale, qui vous dira que son analyse : attribue à la croissance du PIB agricole par travailleur la majeure partie du recul de la pauvreté enregistré dans les pays ayant réalisé les plus gros progrès en la matière. »****.

 

Ah bon !  La pauvreté reculerait ! Il n’est pas sûr que nos vieux paysan-nes  aient le sentiment d’être moins pauvres.


 

 pauvrete1

                                    _______________________

 

        Nota.   

                                                         

De plus, nous n’oublions pas que beaucoup ne survivent que par l’argent que leurs filles leur envoient depuis les bars, massages et karaokés du royaume. Cf. nos articles :


KaraokeBowlingPatinoire


16. Notre Isan: Economie en Isan. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-l-economie-de-l-isan-76544212.html 

 

17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html 

                                                               

De nombreux internautes devraient maintenant comprendre que la solidarité familiale est une nécessité pour les familles restées au village et pour les vieux en particulier, dont elle constitue la principale ressource.

L’utilisation abusive faite par certaines jeunes femmes de cette solidarité nécessaire pour justifier des besoins plus personnels (yaba par exemple)


 

Yaba1

 

et plus futiles ne doivent faire oublier cette triste réalité des vieilles personnes dépendantes financièrement.

 

______________________________________________________________________________

 

*Thaïlande contemporaine, sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

Cf.  Les articles de :

  • Bruno Jetin, Le développement économique de la Thaïlande est-il socialement soutenable ?
  • Roland Poupon, L’Agriculture thaïlandaise, un buisson d’alternatives.
  • Marie-Sybille de Vienne, La crise financière Thaïlandaise, de Charybde en Scylla, Dettes, bourses et monnaies, 1990-2008.

**Données statistiques :

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=THA&codeStat=SL.AGR.EMPL.ZS&codeStat2=x

 

***La pauvreté absolue est la situation dans laquelle un individu n’est pas capable de subvenir à ses besoins primaires. L’ONU estime qu’un individu est dans une situation de pauvreté absolue quand il n’a pas les moyens de se procurer un panier de biens relatifs à sa survie. En France, en 2002, ce seuil était d’environ 10€ par jour.


****Merci d'utiliser le titre suivant lorsque vous citez ce document : Cervantes-Godoy, D. et J. Dewbre (2010), « Importance économique de l'agriculture dans la lutte contre la pauvreté », Éditions OCDE. doi : 10.1787/5kmjw4vlp5kg-fr

 

« il convient de noter que la croissance du secteur agricole a un grand rôle à jouer dans la lutte contre la pauvreté dans la majorité des pays retenus. Aborder la question sous cet angle nous a permis d’opérer une première distinction entre l’importance de la croissance du PIB agricole par travailleur, d’une part, et celle de la croissance du PIB non agricole par travailleur et des envois de fonds par habitant, d’autre part. Cette analyse attribue à la croissance du PIB agricole par travailleur la majeure partie du recul de la pauvreté enregistré dans les pays ayant réalisé les plus gros progrès en la matière. »

 

 fin-copie.jpg

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 04:01

logo Il y a un siècle, la « Siam society » à la demande du Roi Rama VI, a lancé le débat sur la romanisation du thaï.

Aucune procédure de romanisation au sens strict (1) n’avait, jusqu’à présent, été réalisée. Les méthodes d’apprentissage de la langue dont nous avons surabondamment parlé (2) donnaient une transcription insuffisante du siamois destinée à l’apprenant (comme actuellement l’Alphabet Phonétique International utilisé par les linguistes ou la méthode « Assimil » la plus répandue chez les francophones).

Nous avions souligné dans nos deux articles sur les premières grammaires siamoises, la modernité de la transcription adoptée par Monseigneur Pallegoix et encore dans un autre (3) une certaine mauvaise humeur devant les transcriptions fantaisistes (monstruosités du style «  E-san », « Esarn » ou autres Is-âneries) du nom de notre région d’adoption, l’Isan.

Nous sommes en 1913.

A cette époque, les érudits orientalistes européens utilisent de façon systématique pour transcrire les mots sanscrits ou palis le système Hunterian, système de transcription du Dévanagari.

 

hunterian

 

Mais ni le Sanscrit ni le Pali ne sont la langue vernaculaire du Siam.

La question est d’importance, pour la transcription des noms propres en particulier, question sur laquelle tous s’accordent à rechercher une solution uniforme et nécessaire. Le débat est lancé par le roi, qui se flatte de son titre de « patron » de la « Siam society » mais qui signe modestement « Vajiravudh R. » (4).

Il est relancé dans un autre article (5) que le « Bulletin de l’école française d'extrême orient » (6) attribue fort injustement au seul Paul Petithuguenin (7) alors qu’il est co-signé de deux noms tout aussi prestigieux, celui d’Oscar Frankfurter (8) et celui de Josiah Crosby (9).

 

befo

 

La signature d’un Français, d’un Allemand et d’un Anglais est significative de l’intérêt à chercher sinon à trouver un mode de romanisation transcription qui transcende nos barrières linguistiques.

Mais il semblerait que les auteurs des deux articles (tous familiers du sanscrit et du pali)  ne se soient pas préalablement concertés ? C’est tout simplement un débat sur lequel le monarque a souhaité que la Siam Society se penche.

 

Ce débat est-il clos ? Existe-t-il cent ans après une romanisation du thaï ?

Ceux que la question intéresse consulteront avec intérêt la thèse du Professeur Carral (qu’il soit chaleureusement remercié de nous l’avoir fait découvrir)

 

large frederic.carral

 

dont le contenu va bien au delà de ce que son titre peut laisser supposer (10).

N’entrons pas dans les détails, mais quelques mots sur ces deux propositions tout aussi érudites l’une que l’autre.

Nous savons que la langue thaïe est tonale, le ton changeant ou pouvant changer du tout au tout le sens d’une syllabe. Nous savons aussi que la longueur d’une voyelle dans une syllabe peut changer du tout au tout le sens d’un mot, aussi importante sinon plus que la tonalité (ดุ dou bref = méchant ดู dou long = regarder). Nous savons aussi que s’il y a 44 consonnes, elles ne représentent que 20 sons consonantiques fondamentaux, qu’elles sont divisées en trois classes (selon un mécanisme subtil qui, en fonction du choix de la classe de la consonne permet de déterminer le ton de la syllabe). Mais nous savons aussi que certaines consonnes au sein ou non de la même classe ont plusieurs formes d’écriture (4 kh, 3 ch, 2 d, 2 t, 6 th, 2 n, 3 ph,  2 y, 2 l, 4 s et 2 h !). C’est tout simplement un tribut payé à l’étymologie à laquelle nos érudits du début du siècle dernier sont particulièrement sensibles.

Les uns et les autres conviennent donc :

- qu’il est inutile que le système de romanisation marque les tonalités, ce qui n’aurait effectivement aucun intérêt pour la lecture d’une carte de géographie,

- qu’il convient de marquer la longueur de la voyelle,

- qu’il convient de marquer l’expiration notée en thaï par la présence de l’équivalent de la lettre h isolée ou suivant une autre consonne (11).

- qu’il convient de marquer l’étymologie.

Etymologie


Pour marquer la longueur, le monarque choisit une solution extrêmement simple, poser un accent circonflexe sur la voyelle longue (a bref, â long). Îsân et non Isan. Solution similaire pour notre érudit trio, l’accent circonflexe étant remplacé par un trait horizontal (a bref, ā long). Īsān et non Isan.

Ne nous attardons pas sur la marque de l’étymologie, qui n’est peut-être pas d’un intérêt majeur en 2013. Disons simplement que le monarque choisit la consonne en fonction de l’origine du mot, siamois, ou sanscrit-pali. Il écrira donc lân xâng (ล้าน ช้าง) et non lan chang pour parler du « million d’éléphants ».

Pour marquer l’expiration qui existe en thaï, en anglais et en allemand mais pas en français, le monarque utilise la lettre h, isolée ou postposée après la consonne qui nécessite une expiration.

Nos trois érudits (certainement pénétrés de culture gréco-latine) adoptent une autre solution, elle est (elle était alors) universelle, ils utilisent le « spiritus asper », l’ « esprit rude » du grec ancien qui est justement destiné à marquer une légère expiration (un signe diacritique en forme d’accent posé par eux conventionnellement après la consonne). Mais qui sait encore ce qu’est un « esprit rude » (12) ?

 

      ***

Il existe enfin une difficulté qui n’est résolue ni par les uns ni par les autres, mais les uns et les autres n’ont pas honte de ne parler que d’ébauche : Il existe deux voyelles o en thaï, l’une fermée (le dôme), longue ou brève (โอ - โอะ), l’autre ouverte (la pomme) longue ou brève (ออ - เอาะ). Pour les uns et pour les autres, la solution est à trouver.

***

 

Sommes-nous plus avancés un siècle plus tard ?


La question est actuellement  réglée par le système de romanisation officielle de l’Académie royale de Thaïlande, version améliorée en 2000. Vous la trouverez sous ses deux versions, thaïe et anglaise, sur le site

  http://www.arts.chula.ac.th/~ling/tts/

 

Non seulement la question est réglée, mais elle a FORCE DE LOI. Le système a en effet été homologué par la Huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, tenue à Berlin, 27 août-5 septembre 2002 :


« La Conférence,

« Constatant que, dans sa résolution 14, la première Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques avait recommandé l’adoption du système général thaï amendé de l’Institut royal thaïlandais en tant que système international de romanisation des noms géographiques thaïs,

Constatant aussi qu’en 2000, le Gouvernement thaïlandais a officiellement adopté la version révisée de ce système comme norme nationale et que le système ainsi révisé a été mis en place,

Recommande que ce système révisé, dont les principes ont été énoncés dans le rapport intitulé  « Principles of romanization for Thai script by the transcription method »   présenté par la Thaïlande  à  la huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, soit adopté comme système international de romanisation des noms géographiques thaïs


Voilà qui est limpide !


Le système actuel vaut ce qu’il vaut mais il a le mérite d’exister.


Il n’est pas certain qu’il vaille mieux que la version royale et centenaire.


Il ne tient pas non plus compte des tonalités, mais cela est sans importance lorsqu’il s’agit d’établir une carte géographique, d’écrire des panneaux de signalisation ou les enseignes des administrations.

Il utilise aussi pour marquer l’expiration non pas l’ « esprit rude » cher aux hellénistes mais tout simplement la lettre h.

Il ne fait par contre aucune différence entre les voyelles courtes et les voyelles longues.

Il n’a pas résolu non plus la question de la différence pourtant fondamentale entre les o ouvert et  le o fermé.

Il ne tient aucun compte de la nécessité ( ?) de marquer l’étymologie du mot.


Faut-il s’en plaindre avec un esprit chagrin ou ne peut-on passer outre ?


Essayons de comparer ce qui est comparable : rh, th et ph, c’est une rançon que le français paye aux étymologistes. La France compte 65 millions d’habitants dont 64 millions ne doivent plus même soupçonner l’existence du grec classique, quelques dizaines de milliers ont peut-être encore des souvenirs de leur jeune âge passé à fatiguer le gros dictionnaire Bailly (13).

 

Bailly

 

Quelques centaines ou peut-être quelques milliers lisent encore le grec aperto libro ....pour lesquels notre langue reste pourtant grevée des rh, th et ph. « Filosofía » (φιλοσοφία) pourra écrire un espagnol qui en connait l’origine et « philosophie » un français qui l’ignore.

Mais si la norme officielle du gouvernement fait fi des considérations étymologiques, il n’en est pas de même de celle du palais royal, il a en effet la sienne, qui reste largement inspirée de celle de Rama VI.

ภูมิพลอดุลยเดช, le nom sanscrit de notre roi, se transcrit Phumiphon-adunyadet mais pour lui (il en a choisi la transcription) Bhumibol Adulyadej. 

Sous cette seule réserve qui met en cause l ‘éventualité de supprimer de l’alphabet thaï une douzaine de lettres sinon inutiles du moins superfétatoires - ce qu’a fait le Laos sans état d’âme - nous pouvons considérer que la romanisation du thaï depuis le projet centenaire de son roi n’a pas sérieusement avancé d’un iota (14).


Ce qui est à déplorer, ce ne sont pas les défauts de tel ou tel système de romanisation, mais que, une fois un système adopté de façon quasi officielle, son respect ne soit pas assuré.


Sur les cartes routières bilingues, en général, sur les panneaux de circulation dans les grandes villes ou les routes principales, en général (encore que ...), sur les routes secondaires (dans la mesure où les panneaux sont bilingues), pas toujours. Quant au reste, ne citons que deux exemples : นครศรีธรรมราช, la grande métropole du sud, l’ancienne Ligor, elle est Nakhonsithammarat. Vu sur un bâtiment officiel il y a quelques années un texte en caractère romains (à l’anglaise ?) que j’ai pu lire à la française « Nacore si tu m’arraches ». Sans parler des panneaux sur les autobus « du gouvernement » qui se rendent à สกลนคร, Sakonnakhon que je peux lire (à la française toujours) « ça colle, Nakore ? ». Ceux-là, nous pouvons les voir tous les jours à la station de bus de Kalasin !


***

 

Nous laisserons la conclusion au monarque sous sa royale responsabilité après qu’il nous ait dit que cette question ne concernait pas essentiellement les Siamois mais les Européens (15) :

« Je voudrais répondre à une question, est-ce que le système proposé est destiné aux chercheurs, aux touristes et aux globe-trotters ou aux résident européens ?

S’il est destiné aux chercheurs, le système devrait à mon avis autant que possible être fondé sur le système Hunterian afin de les aider dans leur travail de recherche de l’étymologie et des dérivations.

S’il est destiné aux résident européens, alors il faudrait y qu’il y ait au moins trois tableaux distincts tant pour la phonétique que pour l’orthographe, l’un pour les résidents de Bangkok, l’autre pour les résidents des régions du nord et un troisième pour la péninsule malaise, à moins qu'ils ne préfèrent adopter le tableau des lettrés, qui conviendrait à l’ensemble du Siam.

Si ce sont les touristes et les globe-trotters qui sont concernés, alors je suis fortement enclin à leur donner le fameux conseil de Mr Punch à ceux qui sont sur le point de se marier : n’en faites rien ! » (16).

 

______________________________________________________________________________

 

Notes 

(1) Comme le Vietnamien est passé des idéogrammes aux caractères romains, le turc des caractères arabes aux caractères romains ou le persan qui s’est arabisé en passant des caractères archaïques aux caractères arabes).


(2) A. 58 « Les premières grammaires de la langue thaïe ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306867078&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=381357180202

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306868366&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=631357180150

 

 (3) Article 3 « Notre Isan ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1202705910&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=861357180259

 

(4) Vajiravudh  « The romanisation of Siamese words » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(5) « Method for romanizing Siamese » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(6) Tome 13, 1913, page 8.

 

(7) Nous connaissons déjà cet érudit qui fut à la fois consul de France, président de l’alliance française au Siam et responsable de florissantes affaires commerciales.

 

(8) Bibliothécaire de la Bibliothèque nationale de Thaïlande, auteur d’un solide « Element of siamese grammar » publié à Bangkok en 1900, membre fondateur de la Siam society, il fut comme sujet allemand expulsé vers les Indes où les anglais le retinrent honteusement prisonnier jusqu’en 1920.

 

frankfurter

 

(9) Il fut de longues années consul de Grande-Bretagne à Bangkok.

 crosby

 

(10)  Frédéric CARRAL est  lecteur à l’Université Thammasat, et en France docteur en sciences du langage. Sa thèse soutenue à la prestigieuse Université de Paris V (« Paris-Descartes », fille de la Sorbonne) « L’écriture dans l’espace urbain à Bangkok. Supports et alphabets » est disponible sur le site

http://thammasat.academia.edu/FredericCarral.

 

Elle est bien résumée dans son article publié dans le Bangkok post le 5 mars 2010 « Tourist translation …. Dans les rues de Bangkok ».

 

(11) Contrairement à ce qu’on lit trop souvent, il n’y a pas de h aspiré, en français du moins, il y a un h muet, un h répulsif (qui refuse la liaison) et éventuellement expiré (ha, ha, ha !).

 

(12) Du passage du grec classique au latin, l’esprit rude s’est tout simplement transformé en h, lettre qui n’existait pas en grec.

 

(13) Molière nous consolait-il ?

« Quoi, Monsieur sait du grec ! Ah ! permettez, de grâce

Que, pour l’amour du grec, monsieur, on vous embrasse. »

 « Les femmes savantes » acte III, scène V.

 

(14) Voir à ce sujet les pertinentes observations du professeur Carral dans sa thèse, loc.cit. en particulier pages 68 – 160.

 

(15) « Cette question de la romanisation concerne essentiellement les Européens plus que mon peuple, mais en même temps, je serais heureux de voir une sorte de système uniforme adopté, plutôt que d'avoir à supporter des systèmes aléatoires et de fantaisie, que chaque groupe, chaque individu, semble utiliser pour romaniser ma langue. »


(16) « Mr Punch’s book of love, being the humour of courtship and matrimony », ouvrage de John Leech publié à Londres en 1910 par le journal Punch, un classique de l’humour anglais.

 

punch

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 04:01

06Le bracelet donné il y a cent ans par le roi Rama VI à une danseuse russe vendu à l’encan.

Nous avons appris la nouvelle par le « Bangkok post » (1) du 30 octobre.

Quelle est donc l’histoire de ce somptueux bijou ?


Selon le « daily mail » (2) du 7 décembre, cette danseuse nommée Nadia (ou Nadieshda) Yerusalimsky, fille d’un tailleur russe de Bangkok, vint danser devant le roi au palais royal en 1912 et celui-ci lui fit ce présent en témoignage de son admiration (et peut-être plus encore ?)

 

05


Tailleur, juif assurément, probablement réfugié au Siam pour fuir les persécutions de son Ukraine ou de sa Galicie natale, nous en ignorons tout.

 

51383841 p

 

La vie pour un juif d’Europe centrale était certes plus douce au Siam qu’entre deux pogroms en Russie.

 

EncJud Russia-band14-kolonne445-pogromopfer-Dnepropetrowsk-


A en croire le site des juifs de Thaïlande que l’on peut présumer orfèvres en la matière (3) une communauté juive s’est installé au Siam dès le XVIIème siècle, venant de Bagdad, fuyant les persécutions du calife.

 

juif errant

 

Une deuxième vague de juifs ashkénazes est venue de Russie au début du siècle dernier, fuyant les sanglantes persécutions tsaristes.

 

RussiaAfterPogrom


Combien étaient-ils ? Il y a à l’époque, indépendamment du personnel de l’ambassade russe, 23 nationaux russes inscrits (4) et il y a fort à parier que ces réfugiés ne sont pas venus se placer sous la protection de son excellence l’ambassadeur de la sainte Russie.


Quelle fut la suite de l’histoire ?

Notre danseuse épouse à 1916 à Bangkok un « mauvais sujet  » (daily mail dixit) anglais probablement, dénommé Welshman Henry Hopkin. Nous ne savons pas s’ils furent heureux mais ils eurent deux enfants. Celui-ci, continue le Daily mail, aurait dû fuir le Siam après avoir eu une aventure – l’imbécile - avec la femme d’un policier siamois. Que devint ce couple ? Nous ne le saurons probablement jamais. Il eut une descendance sans faste, des petits enfants que les dures nécessités de l’existence durent contraindre à mettre le collier en vente en Angleterre à Berkshire, dans une officine qui semble s’être spécialisée dans la vente de souvenirs précieux provenant de rejetons anonymes et désargentés de familles royales ou aristocratiques. La « famille » en tous cas, a joint à l’objet divers documents attestant de son origine.


Ce bracelet d’un poids total de 62 grammes d’or fin,

 

01

 

nous dit le catalogue de la vente, est composé de sept de ces monnaies d’or fin en forme de balle (« bullet money ») frappées du sceau de Rama V et reliées par des chainons d’or fin, il comporte un médaillon d’or et d’émail

 

03

 

relié au fermoir portant recto-verso le sceau de Rama V. Chacune de ces balles pèse un peu plus de 6 grammes.

 

04

 

Ces monnaies ont été utilisées au Siam entre 1824 et 1880, de confection beaucoup plus facile que les monnaies frappées, puisqu’il suffit de prendre une barre de métal, de couper, de peser soigneusement, de poinçonner et de tordre. Il en existe en métal ordinaire, en argent et en or. Si l’on en croit les spécialistes, celles d’or n’ont jamais eu cours légal et n’ont ou n’auraient jamais circulé ce qui explique leur parfait état (5).


Les petits-enfants (restés anonymes) avaient mis l’objet en vente avec un prix de réserve de 8.000 livres. Il a été adjugé à un acheteur (anonyme) pour celui de 17.000 livres le 1er novembre dernier, un peu plus de 830.000 bahts au cours de ce jour (décembre 2012), un peu plus de  20.000 euros.


Vente ou braderie ?

Aucun de nous deux n’est numismate.

Signalons toutefois que nous avons trouvé sur Internet une monnaie similaire datant de Rama IV (donc plus ancienne) d’un poids à peu près similaire (un demi bath soit 7,5 grammes) adjugée à New-York au mois de janvier 2012, 2.300 dollars ce qui correspond peu ou prou à 70.000 baths.

 

02

 

Les héritiers nous semblent donc avoir perçu le prix équitable du probable péché de leur grand-mère. (6)


Nous avons évoqué dans un précédent article (7) la vente aux enchères à Bangkok en 2007 par ses héritiers des souvenirs siamois du grand amiral de la flotte Duplessis « de Richelieu ».


full news 2839


Le régime des successions, en France, au Danemark ou en Angleterre, est ce qu’il est, tant qu’il subsistera, nous assisterons à de telles ventes, regrettables peut-être, mais les ayant droits n’ont pas d’autre choix financier.

 

------------------------------------------------------------------------

 

 

(1) http://www.bangkokpost.com/news/local/318787/king-rama-vi-bracelet-on-auction-in-england

(2) http://www.dailymail.co.uk/news/article-2224587/Real-life-King-I-bracelet-given-Russian-dancer-set-sell-8-000.html

(3) http://www.jewishthailand.com/

 

feuj


Cette communauté originaire s’est probablement depuis longtemps diluée et siamisée. C’est tout au moins ce qui ressort de l’entretien en 2007 de l’un d’entre nous avec le rabbin de la synagogue de Koh Samui selon lequel ses ouailles, celles de Bangkok et celles de Chiangmaï  sont toutes israéliennes :

 

synaguogue (27)


http://thailande-fauxreveur.blog4ever.com/blog/lire-article-184799-1629109-visite_de_koh_samui__la_pluriconfessionnelle.html

(4) « The Bangkok directory  » souvent cité.

(5) « The coinage of the Siam, the coins of the Bangkok dynasty – 1782- 1924 » Conférence faite en 1924 par R.S. Le May devant la Siam society et «  Notes on old siames coins » par Ulrich Guehler, non daté.

(6) http://www.specialauctionservices.com/

site anglais specialisé dans la vente aux enchères de bijoux.

(7) http://www.alainbernardenthailande.com/article-monsieur-duplessis-de-richelieu-commandant-en-chef-de-la-marine-siamoise-en-1893-87943338.html

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 03:01

titreComme pour les filles “tarifées”, chaque expatrié  en Thaïlande a son avis sur la corruption et ses anecdotes.

 

Celles-ci ne concernent le plus souvent que le billet glissé à l’agent de l’ immigration, au policier indélicat pour une infraction commise, ou au directeur d’une école privée pour inscrire son bambin … Ils savent que l’ancien premier ministre Thaksin est toujours « en cavale » après avoir été condamné pour corruption,

 

caricature thaksin

 

que le milieu politique est corrompu, que les députés achètent leurs votes et certaines « UNES » des journaux nationaux thaïs sont là pour leur confirmer que « décidemment ce pays est corrompu ».


Certes.


Il ne s’agit pas d’une trouvaille, surtout que désormais existe « Depuis 1995, l' ONG Transparency International  


ONG

 

[qui] publie chaque année un indice de perception de la corruption (CPI) classant les pays selon le degré de corruption perçu dans un pays. L'indice est élaboré à l'aide d'enquêtes réalisées auprès d'hommes d'affaires, d'analystes de risques et d'universitaires résidant dans le pays ou à l'étranger. »(wikipédia).


Selon cette ONG,  la Thaïlande se classerait 78 ème en 2010 sur 178 pays. Autant dire que la Thaïlande n’a pas le monopole de la corruption.


On imagine qu’il ne doit pas être facile d’élaborer des indices objectifs à partir de données bien souvent subjectives élaborées à partir d’enquêtes « réalisées auprès d'hommes d'affaires, d'analystes de risques et d'universitaires résidant dans le pays ou à l'étranger » dans un pays, comme la Thaïlande où,


« Selon une enquête d’opinion de l’institut Abac (lié à l’université économique Assumption de Bangkok), 68 % des Thaïlandais âgés entre 20 et 29 ans disent qu’ils accepteraient volontiers un gouvernement corrompu s’ils en retirent des bénéfices. Cette tendance ne fait que confirmer plusieurs sondages effectués au cours des cinq dernières années. Au sein de la population adulte, la proportion de ceux qui plébiscitent la corruption est légèrement plus faible : 63 %. Les femmes (62,5 %) sont moins enthousiasmées par les pots-de-vin et la prévarication que les hommes (66 %).


Il est vrai qu’il est dit aussi : « Le sondage d’Abac s’est aussi intéressé aux sentiments des Thaïlandais vis-à-vis des militaires. 68 % des personnes interrogées ont dit être satisfaites du rôle des militaires, mais 71 % ont affirmé ne pas vouloir d’un nouveau coup d’Etat » (Cf. Thailander du 12 juin 2012).


Autant dire que « l’indice de perception de la corruption » auprès des « experts » est en net décalage avec les jeunes Thaïlandais, et on peut douter d’un réel changement de la société thaïlandaise sur ce fléau, quand effectivement près de 70 % des jeunes Thaïlandais acceptent la corruption « gouvernementale » si celle-ci leur profite personnellement.

ponction publique


Que penser de ces jeunes et de cette corruption made in Thaïlande ?


Vous pouvez toujours et vous aurez raison, condamner cette « immoralité » des jeunes et moins jeunes Thaïlandais ou  comme Huguette Labelle, la présidente de l’ONG Transparency International déclarer : « Accepter que la corruption perdure est inacceptable : trop de personnes pauvres et vulnérables dans le monde continuent de souffrir de ces conséquences. Nous avons besoin de voir une mise en œuvre plus importante des règles et lois existantes » (Thaïlander du 26 octobre 2010).


Mais le problème est que la corruption en Thaïlande n’est pas due à des indélicatesses de tel ou tel individu, ou de telle ou telle corporation, mais est un système généralisé, à l’œuvre dans les relations sociales, économiques, politiques … et religieuses, bref dans toutes les composantes de la société.


Plus (ou pire ?), nous venons de voir que l’énorme majorité des Thaïlandais acceptent le système, ce système. Mais quel système ?

 Un article sérieux de Max Constant (du 30 septembre et du 7 octobre 2012)   intitulé Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption in http://asie-info.fr/2012/09/30/chronique-thailande-corruption-i-510935.html  donne quelques éléments d’explication.


« Des éléments d’explication de cette vision bienveillante des pratiques de corruption peuvent être trouvés dans l’histoire. » et de citer :

  • le régime féodal du sakdina. (Cf. notre article 48)

« les officiels étaient nommés par un supérieur dans la stricte hiérarchie sociale du Siam, mais ne recevaient pas de revenu fixe de cette source d’autorité : ils étaient censés “se payer sur la bête”, en prélevant sur les habitants des ponctions en nature ou, si cela était possible, en espèces. »

  • Le système du clientélisme.

« système de clientèles, où les plus faibles se plaçaient sous la protection d’un puissant en manifestant leur respect par l’octroi de cadeaux et où les “patrons” étendaient leur bienveillance sur les petits afin de renforcer leur position de pouvoir et maximiser leurs revenus. […] Les cadeaux pour services rendus, les pratiques de prélèvements à la source et les pots-de-vins sont, à tort ou à raison, considérés par beaucoup comme partie d’une certaine culture traditionnelle.

Avec un changement dans l’histoire récente des années 1980.

  • La diversification des acteurs de la corruption, avec les politiciens.

Face aux bureaucrates et aux militaires qui monopolisaient jusqu’alors l’art de détourner les fonds publics, sont apparus des politiciens-affairistes aptes à utiliser des techniques plus raffinées de subtilisation et à déguiser leur quête intéressée sous le couvert d’un engagement pour la démocratie. Chatichai Choonhavan (Premier ministre de 1988 à 1991) et Thaksin Shinawatra (Premier ministre de 2001 à 2006) en sont de bonnes illustrations. Il est parlant que tous deux ont été renversés par des coups d’Etat après avoir bloqué des achats d’armements qui auraient probablement donné lieu au versement d’importantes commissions.

Pour bâtir leur base de pouvoir dans un système politique où les partis sont faibles et peu réglementés, ces politiciens ont dû recourir à des réseaux de clientèles, parfois même à des parrains mafieux, pour renforcer leur chance d’être élus.

  • La décentralisation à la fin des années 1990

a aussi créé de nouvelles opportunités de corruption au niveau des districts et des sous-districts. C’est le plus souvent en s’enrichissant par la corruption que des petits hommes d’affaires parviennent à conquérir des positions de pouvoir local, ce qui leur permet ensuite d’être dans une meilleure posture pour influencer l’octroi des contrats et imposer l’ampleur  des ristournes.


On pourrait rajouter d’autres explications :

  • Une société esclavagiste qui perdure jusqu’au début du XXème siècle, où on peut se vendre ou vendre sa femme et son enfant pour payer ses dettes de jeu.
  • Une société où le prestige de l’homme qui a du pouvoir et qui a de l’argent est dû au « mérite » acquis dans une vie antérieure.
  • Un système religieux bouddhiste revu et corrigé par la société de l’argent, où le fidèle intercède auprès de bouddha pour obtenir des avantages immédiats.
  • Une société hiérarchisée où « l’inférieur » doit « honorer » son supérieur et où le « supérieur » doit  montrer sa « générosité ». Une société de don et contre-don. (Cf.en note, l’extrait du  livre de Michèle Jullian*)


julian

 

  • La valeur reine de l’argent liée aux nouvelles valeurs de la société de consommation et ses nouveaux objets « magiques » électroniques, que l’on veut se procurer en « vendant son corps, mais pas son âme » (Cf. article de Michèle Jullian du 12 octobre 2012 (http://michjuly.typepad.com/blog/).

 

Mais en fait, nous avons le sentiment que Max Constant ne mesure pas assez ce que peut représenter un système, qui certes s’est forgé il y a fort longtemps, dans des temps « historiques » mais qui , comme tout système évolue, s’adapte, se complexifie.


Une preuve ?  Citons-le :


Dans un contexte d’indifférence d’une partie de la population, les médias jouent un rôle crucial pour fixer les limites de l’acceptable. Un haut-fonctionnaire corrompu qui attire trop de gros titres pourra être muté, voire un ministre perdre son portefeuille. En revanche, dans le système actuel, les institutions de lutte contre la corruption – comme la Commission nationale anti-corruption ou la Commission anti-corruption dans le secteur public – sont trop dépendantes des autorités du moment pour pouvoir véritablement mener à bien leur mission.


Non M. Constant, nous ne sommes pas dans un contexte d’indifférence.


La population est dans le système. Mieux, nous l’avons déjà dit, près de 70 % l’approuvent.


Mais ce système est composé de sous-systèmes.


Vous citez par exemple  à juste titre celui de la police, étudié par les économistes Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan ** constatant que le département gouvernemental perçu comme le plus corrompu par les Thaïlandais est celui de la police :


Force est de reconnaître que là où les politiciens font parfois preuve d’improvisation, les policiers ont progressivement mis en place un système solidement structuré de ponction directe sur les citoyens et de redistribution à l’ensemble des personnels du département. “A beaucoup d’égards, la police opère comme une entreprise de maximisation du profit”. Et de préciser l’achat des grades, « les primes de protection remises aux commissariats locaux par les marchands d’or, les propriétaires de casinos clandestins et les tenanciers de massages sexuels, en passant par les dessous-de-table payés par des suspects arrêtés pour éviter de passer devant le tribunal ».


Il y en d’autres : le système royal, militaire, religieux… politique(Vous citez Chatichai Choonhavan, Premier ministre de Thaïlande de 1988 à 1991. Sous Chatichai,et .Thaksin Shinawatra, Premier ministre entre 2001 et 2006), les ministères, les entreprises publiques … *** (Une étude avait montré en 2011 que 80 % des hommes d’affaires du secteur privé avaient déjà payé des dessous-de-table durant leur carrière).


La liste est longue.


Il faudrait de plus, pouvoir distinguer ce qui est de la « tradition » de la « coutume »,  ce qui est nouveau et qui a son équivalent ailleurs comme en Occident par exemple, ce qui est institutionnel et ce qui relève d’une famille, d’un individu. Et ce qui est vu par un Thaïlandais et par un expatrié occidental.


La définition de la corruption est de spécificité culturelle, ce qui veut dire que si un acte est vu comme corrompu dans un pays, il ne l'est pas nécessaire dans un autre. Aussi, les jugements et préjugés des experts qui préparent les études peuvent falsifier les résultats. Les indicateurs sont très corrélés avec les mesures de l'efficacité bureaucratique donc ; il est très difficile de différencier les deux effets. (Bilel Ben Nahia, Faculté de Sciences Economiques et Gestion de Sfax - Master en sciences économiques 2008).


Un simple exemple que nous avons déjà relaté, dans un petit article évoquant des élections dans notre petit village près de Kalasin.

 

Nous avons  montré que les pauvres (comme dirait madame Huguette Labelle, la présidente de l’ONG Transparency)

 

labelle

 

ne vendaient pas seulement leur vote mais étaient heureux de berner les candidats aux élections et de recevoir leur petit billet. Il y avait là une  « tradition » thaïe ou du moins une façon particulière d’acheter et de vendre  », un jeu où corrupteur et corrompu acceptaient les règles tacites.


Mieux, un excellent article de notre ami blogueur  Jeff de Pangkhan montrait récemment, que les élections étaient aussi un moment festif important dans les villages de l’Isan, que personne ne songerait à changer. (Cf. in

http://www.jeffdepangkhan.com/election-sous-haute-tension-au-tambon-na-ngam-a49845808).)

 

Jeff


Une autre anecdote?


J’étais alors jeune professeur à l’Université de Chulalongkorn. Une collègue thaïe voulut me donner un jour une leçon de la spécificité culturelle de la Thaïlande.


Je venais de lui monter une amende due à une infraction routière. Le lendemain, rendez-vous fut pris. Elle prit alors le papier et me demanda de la suivre.


Nous sommes allés au commissariat. J’avais remarqué un cadeau sur la banquète arrière. Elle me demanda de rester dans la voiture. Elle revint, pris le paquet, et retourna au commissariat.

De retour, elle me demanda ce que j’avais vu. Vous vous doutez de ma réponse.


Elle me répondit alors : « Pas du tout. Elle m’expliqua alors qu’elle était venue demander un service au commissaire au nom de sa famille (une famille connue et riche au demeurant). Le commissaire savait, implicitement, qu’en retour il pourrait lui demander un autre service « équivalent ». Elle rajouta que ce « service » était un acquis, qu’il pourrait même le transmettre à ses enfants, s’il ne l’avait pas utilisé. Le cadeau, contrairement à ce que j’avais cru, n’était pas le prix de la corruption, mais un remerciement du service rendu. Il n’en avait  jamais été question.


Avec un petit sourire, elle conclut alors avec « C’est votre 1ère leçon. Ne jugez pas avec vos yeux d’Occidental. En Thaïlande, tout est différent. Les choses ne seront jamais comme vous l’entendez chez vous. »


J’ai pu constater depuis, combien elle avait raison.


Il est effectivement difficile de distinguer ici ce qui relève de la corruption au sens occidental et au sens thaï. Là comme ailleurs, il faut du  discernement, connaître l’Histoire, la culture de ce pays.


Alors on ne peut pas lutter contre la corruption en Thaïlande ?

 

Posé ainsi, cela est possible, même si cela comporte des risques (Cf. le journaliste Wissut Tangwittayaporn assassiné en janvier 2012 à Phuket, alors qu’il enquêtait sur l’usage privé d’une plage publique de Phuket).

 

Effectivement, ils sont peu à vouloir changer le système.


 pot-de-vin

« En juin 2011, nous dit Maw Constant,  le président de la Chambre thaïlandaise de commerce, Dusit Nontanakorn, avait formé une «coalition anti-corruption» afin de mobiliser les entrepreneurs du secteur privé contre ce cancer qui ronge le pays de l’intérieur. M. Dusit était décédé quelque mois après le lancement de la campagne, et personne n’avait repris le flambeau ».

Vous voulez le reprendre ?

  

Et puis il y a bien le gouvernement, les députés, une commission nationale anti-corruption, la police, la justice qui sont là pour vous aider !!! Et l’Armée qui vient rétablit l’Ordre de temps en temps …

 

Tout le monde sait qu’ils sont capables de réprimer et de diminuer « l’incidence de la corruption en Thaïlande », comme disent les experts !

 

Mais si on veut l’envisager dans son aspect systémique en pensant aux intérêts royaux, militaires, religieux, politiques, sociaux et traditionnels, nous vous souhaitons un bon courage.


 

___________________________________________________________

 

 

*Extrait de Là où s’arrêtent les frontières de Michèle Jullian, aux Editions de La Fremillerie.

 

   - Enfin, je pensais au problème de la corruption dans ce pays. A cette façon sournoise qui vous amène – nous amène  corrigea-t-elle tout de suite – qui nous amène presque tous à y avoir recours, à entrer dans son cercle vicieux.

 - Tu penses encore aux faux papiers pour Xavério ?

 - Entre autre

 - La corruption, c’est un mot à vous ça, les farangs. Vous n’en n’avez qu’un seul d’ailleurs, parce que c’est une pratique condamnable, quel que soit son degré de gravité. Ici, c’est plus complexe, la corruption a un nom différent selon son degré de gravité ou d’acceptation.

 

Marie ouvrit grands les yeux, ça encouragea Excalibur à continuer :

 - « Sin nam jaï » : un « cadeau de bonne volonté », une bouteille de whisky par exemple ou de l’argent pour remercier un membre du gouvernement pour son aide. Et puis juste au-dessus c’est « kha nam ron nam cha », « de l’eau chaude pour le thé, »  « tea money » si tu préfères, c’est nettement plus sérieux.

- « Tea money », comme vos « tea house », vos « maisons de thé »… pour ne pas dire bordels ?

 - Tu sais ça toi » ? Il rit. « Je ne vais pas te faire une liste mais sache qu’au top des mots thaïs traduisant corruption, il y a enfin le vôtre, mais que nous avons thaïsé bien sûr : « kan karreupchian ». L’emploi d’un mot étranger pour décrire ce fléau montre combien il est considéré comme inacceptable, « alien », extra-terrestre…

 

La cuisinière, assise derrière le comptoir de la réception, les observait amusée. Si elle les imaginait plongés tous les deux – la farang et le musicien – dans un dialogue amoureux, elle se trompait.

 - La complexité de la corruption ne s’arrête pas là poursuivit Excalibur

 

Marie approcha sa chaise de celle du garçon, pour plus d’intimité et sans doute pour parler plus bas.

 - OK » dit-elle, « affranchis-moi »…

 - Pour la police, la corruption est montante. Elle part des petits « collecteurs », les policiers de la rue, ceux que tu croises aux carrefours et sur les autoroutes. L’argent remonte jusqu’au chef. En retour, il le partage avec ses supérieurs.

 - Il y a toujours des supérieurs aux supérieurs dans ton pays…

 - C’est différent pour l’armée. La pyramide est inversée. De grosses commissions sont versées aux généraux de haut rang par les marchands d’armes par exemple, cet argent est ensuite reversé aux inférieurs.

 

Elle l’interrompit, d’abord amusée :

- Il y a toujours des inférieurs aux inférieurs en Thaïlande...

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**Corruption and Democracy in Thailand, Pasuk Phonpaichit et Sungsidh Piriyarangsan, The Political Economy Centre, Université de Chulalongkorn, 1994


Dans leur étude sur la corruption, les économistes Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan (1) constatent que le département gouvernemental perçu comme le plus corrompu par les Thaïlandais est celui de la police. Force est de reconnaître que là où les politiciens font parfois preuve d’improvisation, les policiers ont progressivement mis en place un système solidement structuré de ponction directe sur les citoyens et de redistribution à l’ensemble des personnels du département. “A beaucoup d’égards, la police opère comme une entreprise de maximisation du profit”, notent les deux économistes.


Les officiers de police doivent acheter leur position au sein de la hiérarchie selon une grille précise de tarifs (un million de bahts pour un général, dix millions de bahts pour un poste de directeur-adjoint de la police…). Ces positions permettent, de fait, de pouvoir contrôler les flux de l’argent perçus directement – et illégalement – par les policiers de base sur les citoyens : des quelques billets glissés par un automobiliste dans la main d’un agent pour éviter une amende en bonne et due forme aux substantielles primes de protection remises aux commissariats locaux par les marchands d’or, les propriétaires de casinos clandestins et les tenanciers de massages sexuels, en passant par les dessous-de-table payés par des suspects arrêtés pour éviter de passer devant le tribunal. Des centaines de millions de bahts transitent ainsi tous les mois par le département de la police et remontent au sommet de la hiérarchie. Une fois qu’une partie des officiers supérieurs se sont servis, l’argent est redistribué à travers le département chacun recevant une portion proportionnée à son rang. Une partie de l’argent sert aussi à l’organisation de cérémonies dans les commissariats, à la réparation des locaux, à l’équipement des unités, voire à des oeuvres de charité – car le budget de la police est totalement inadéquat et les salaires très bas.

Certains observateurs tendent à adopter une vision bénigne de cette corruption : elle renforcerait la cohésion du corps policier et ne ferait que compenser l’insuffisance de leur budget.

C’est là fermer les yeux devant l’impact désastreux de ces conduites sur la société : la corruption légitimise le crime, favorise l’inégalité et, tout simplement, freine le développement politique, économique et social du pays.


*** Vous citez Chatichai Choonhavan, Premier ministre de Thaïlande de 1988 à 1991. Sous Chatichai, la possibilité pour le Premier ministre et les ministres de décider de l’octroi d’importants projets d’infrastructures (voies express, télécommunications) sans demander l’avis du Parlement a multiplié les opportunités et fortement augmenté l’étendue de la corruption.

Thaksin Shinawatra, Premier ministre entre 2001 et 2006, pour arriver à des techniques plus sophistiquées. Déjà richissime lors de son accession au pouvoir, Thaksin a négligé les “pourcentages” et les dessous de table. C’est en profitant de sa position à la tête du pays pour influencer la politique économique du gouvernement qu’il parvint à favoriser son conglomérat de télécommunications Shin Corp. Aux petites combines, il a préféré la corruption stratégique.

*** *Selon les confidences d’un vice-président d’une grande entreprise publique à Asie-Info, les décisions du conseil d’administration des sociétés publiques ne sont pas prises en fonction d’une «logique stratégique», mais de la répartition des prébendes. Une étude avait montré en 2011 que 80 % des hommes d’affaires du secteur privé avaient déjà payé des dessous-de-table durant leur carrière. En juin 2011, le président de la Chambre thaïlandaise de commerce, Dusit Nontanakorn, avait formé une «coalition anti-corruption» afin de mobiliser les entrepreneurs du secteur privé contre ce cancer qui ronge le pays de l’intérieur. M. Dusit était décédé quelque mois après le lancement de la campagne, et personne n’avait repris le flambeau. (Cité par Max Constant)

 

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