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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 03:01

Pallagoix5/ Mgr Pallegoix.


La « Description du royaume du Siam »

 

de Monseigneur Pallegoix, quatorzième vicaire apostolique du Siam, est à la date de sa publication et toujours encore, l’un des plus sérieux manuels de l’histoire générale du pays sans qu’il s’attarde, comme Pierre Loti, à se remplir les yeux des splendeurs des tropiques ! Nous en avons parlé à plusieurs reprises. Traduits dans toutes les langues, y compris en thaï  et toujours réédité, il reste une référence fondamentale. Mais les connaissances encyclopédiques de notre prélat ne s’arrêtent point là.


A-t-il créé la première imprimerie siamoise ? La question a été discutée de façon forte érudite par Gérald Duverdier. Il est en tout cas responsable des superbes fontes siamoises qu’il utilisera.

fontes pallegoix

Si Low a fait imprimer son ouvrage à Calcutta, c’est probablement faute d’avoir trouvé une imprimerie au Siam. Mais les fontes de Low sont remarquables de laideur,

fontes low

celles de l’Evêque sont superbes comme celles de La Loubère :

 

fontes la louberejpg

Quoi qu’il en soit les ouvrages linguistiques de Monseigneur Pallegoix, injustement méconnus, devraient aujourd’hui encore être entre les mains de tous ceux qui s’intéressent sérieusement à la langue thaïe.

Bourguigon né à Cambertault, dans l’Ain, il est issu d’une pieuse famille de viticulteurs. Arrivé au Siam en 1829, il se lit d’amitié avec le futur Roi Mongkut avant son accession au trône. Celui-ci connait (évidemment) le sanscrit et le pali, mais encore le français et l’anglais et, nous apprend Léon de Rosny, également le latin que lui a enseigné Pallegoix. Pallegoix, pour sa part, conscient lui aussi de la nécessité pour ses missionnaires de connaître la langue vernaculaire, s’initie au sanscrit, au pali et au siamois et rédige et publie à Bangkok en 1850 la première vraie grammaire thaïe  (« Grammatica linguae thai ») imprimée sur les presses de l’imprimerie du Collège de l’Assomption dont il est le fondateur.

 

Grammatica Linguae Thai-6

Cette grammaire, imposant ouvrage de plus de 250 pages, n’est pas destinée aux écoles des missions. Elle est rédigée en latin, langue alors universelle de l’église catholique mais aussi de tout « honnête homme » européen... ou siamois puisque le monarque dialoguait en latin avec son ami ! Où notre Evêque a-t-il puisé ?


Quelles furent ses sources ? Il a eu l’avantage sur Low d’avoir pu en consulter de très érudites. Il a fort certainement bénéficié de ses entretiens avec le prince devenu roi. Membre comme lui des « Missions étrangères de Paris », il a aussi dû avoir accès aux manuscrits disparus de Monseigneur Laneau. Il nous détaille ensuite une impressionnante bibibliographie, les fameuses « annales historiques » (plusieurs dizaines de volumes) et les quarante volumes de ce qu’il appelle la « Bible sacrée » des bouddhistes, écrits soit en langue vernaculaire soit en pali, la langue sacrée qui s’écrit avec quelques modifications, en caractères thaïs.


Quatre ans plus tard, en 1854, fort du soutien de Napoléon III, il fait éditer par l’Imprimerie impériale (aujourd’hui nationale) son dictionnaire, un vrai dictionnaire, « dictionarium linguae thaie », le fruit de 25 ans d’un travail de bénédictin, probablement le premier vrai dictionnaire multilingue. Pour des raisons propres aux besoins de sa mission, le livre est rédigé en trois langues européennes et se présente donc ainsi :

écriture thaïe – thaï phonétique (prononciation) – latin – français – anglais.

Dictionarium linguae Thaĭ sive Sa̲mens-8

Léon de Rosny nous dit «  J’ai vu la plupart des matériaux qui ont servi à l’auteur pour rédiger son livre. C’étaient de petits vocabulaires dans lesquels les mots, généralement en désordre, étaient le plus souvent expliqués par des définitions thaïes fort médiocres ou fort équivoques.»

 

rosny

Celui-ci fit découvrir cet ouvrage au monde savant français mais l’égratigne (courtoisement) en lui reprochant beaucoup de place perdue avec une colonne d’anglais et une faiblesse dans l’étymologie. C’est peu de chose.  Sur le premier point, nous pouvons partager son avis. Sur le second, Rosny, encyclopédie linguistique vivante, maniait couramment à peu près toutes les langues asiatiques de la création, vivantes ou mortes, du chinois au coréen, du japonais au siamois, du cambodgien au birman, du sanscrit au pali, sans parler évidemment du grec et du latin, et se trouvait plus à l’aise dans ce domaine.

C’est, à notre connaissance (mais nous ne sommes pas infaillibles) encore le seul outil de travail pour les thaïs latinistes (il y en a quelques-uns mis à part notre Roi), c’est probablement la raison pour laquelle il a fait l’objet d’une réimpression à Bangkok en 1972. Les exemplaires originaux de son premier dictionnaire se négocient en effet sur le marché des bibliophiles plusieurs milliers d’euros. Plus de 900 pages, probablement près de 30.000 mots.

Sa grammaire ne peut être prise en défaut. 

Parfait analyste du délicat mécanisme des tonalités en fonction des paramètres alphabétiques, il en donne une première définition musicale.

 

tons

 

Son analyse de la syntaxe démontre, contrairement à ce qu’on lit beaucoup trop souvent, qu’il n’y a « pas de grammaire en thaï ». Il en a déjoué les subtilités. Son analyse de l’ « art poétique siamois » beaucoup plus complexe que celui mis en règle par Boileau, son analyse des fautes d’orthographe, toujours d’une actualité brulante, sont pour le lecteur, un véritable miel.

Ses contacts avec les milieux proches de la Cour tout autant qu’avec ses ouailles plus modestes lui ont été précieux pour approfondir toutes les subtilités de cette langue à plusieurs étages :

Ses exercices, exemples de dialogues, («  deux enfants entre eux, un homme avec des petits enfants, un domestique avec son maître, un laïc à un moine, un moine à un laïc, le roi à un moine, dispute entre deux femmes, 

 

disputes

 

etc... »), son analyse du « Rachasap », le langage de cour, démontrent que le Vicaire apostolique connaissait toutes les subtilités et les finesses de la langue siamoise tout autant que son royal ami connaissait celles du latin !


Sa grammaire et son dictionnaire furent et restent à ce jour, un siècle et demi plus tard, d’exceptionnels outils de travail dont il est permis de penser que  beaucoup par la suite y ont puisé d’abondance sans avoir la pudeur de le citer dans leur bibliographie.


6/ Monseigneur Jean-Louis Vey (1840 – 1909),  Evêque  « in partibus » de Gérasa (Ethiopie) seizième victaire apostolique du Siam de 1875 à 1909 est injustement méconnu.

 

mgr-louis-vey-18401909

 

Il remplit ses fonctions à une époque critique des rapports franco-thaïs. Il a au moins reçu l’hommage appuyé d’un Thaï, Surachai Chumsriphan.


vey

 

Celui-ci cite Monseigneur Biet qui lui remit la croix de chevalier de la légion d’honneur en 1893 : «  C’est une récompense des longs services qu’il a rendu à la France, l’autre, la grande et éternelle récompense, lui sera plus tard donnée par Dieu ». Lors de ses obséques, le représentant du Roi Rama V déclara « Sa Majesté et ses ministres sentons que dans sa Grandeur, le Siam a toujours eu un ami très sincère ... Le regretté Monseigneur Vey ne fut jamais considéré comme un étranger ni par sa Majesté ni par son gouvernement ».

Abondant écrivain en siamois de littérature pieuse (commentaires des évangiles du dimanche) il est surtout le modeste mais remarquable auteur de la réimpression du dictionnaire de Mgr Pallegoix à Bangkok en 1896. Il s’y présente comme « ayant revu » le dictionnaire de son prédécesseur, il est toutefois probable que sa contribution fut fondamentale. Il abandonne la colonne latine, conserve la colonne anglaise, étoffe le dictionnaire de plus de 300 pages et de probablement 10.000 mots (il en contient presque autant que le « Dictionnaire de l’académie royale » qui est la somme de la langue au XXIème siècle) et rédige une longue introduction grammaticale en français et en anglais qui dépoussière un peu sans la trahir celle de Mgr Pallegoix (notammant pour tout ce qui concerne les niveaux les plus élevés du langage – langage sacré et langage de cour que nous n’avons guère l’occasion de pratiquer au quotidien) mais qui est tout aussi exhaustive.

 

dictiobnnaire-6

Cet ouvrage a le mérite exceptionnel, comme le premier, d’adopter et c’est une « première » une translitteration cohérente de la langue thaïe en caractères romains en marquant tout à la fois le son des consonnes, le son des voyelles, et surtout deux paramètres essentiels, la longueur des voyelles et la tonalité de la syllabe en utilisant des signes diacritiques conventionnels, selon une méthode qui est depuis lors reprises peu ou prou par TOUS les ouvrages d’apprentissage de la langue. La question de la translittération du thaï en caractères romains est toujours plus ou moins d’actualité. Elle ne s’impose pas comme s’est imposée celle du vietnamien en caractères romains, oeuvre du jésuite avignonais, Alexandre de Rhodes.


Tem Alexandre de Rhodes

 

La langue vietnamienne n’avait pas alors d’écriture spécifique et les lettrés utilisaient les idéogrammes chinois qui ne sont pas accessibles au commun des mortels. Les Chinois utilisent actuellement le « pidyin », leurs idéogrammes étant difficilerment compatibles avec l’informatique. Les Siamois ont leur écriture spécifique qui a été créée au XIIIème pour permettre l’écriture d’une langue à 5 tons. Elle a parfaitement passé le cap informatique et sa romanisation ne s’impose que pour la transcription des noms propres et l’établissement des cartes géographiques, la romanisation officielle est suffisante pour cela. S’il advenait qu’intervienne une décision arbitraire et brutale (Attaturk


turko-italian war 1912 mustafa kemal ataturk

 

a imposé l’alphabet romain aux Turcs, les arabes ont imposé l’alphabet arabe aux persans), la romanisation de Monseigneur Pallegoix pourrait être utilisée sans en changer un iota.


7/ A partir de 1858, le royal ami devenu Rama IV parfaitement conscient de la necessité pour son pays d’avoir une unité linguistique, publie plus de 30 décrets concernant l’usage de la langue. Il entendait donner à la langue les « definite grammatical rules » dont Low regrettait légitimement l’absence. L’influence du prélat sur des textes normatifs est certaine ainsi que l’a constaté Babu. A partir de 1891, le « Département de l’éducation » débute la publication d’une grammaire du siamois en plusieurs volumes qui est toujours d’actualité. Une réédition récente de cette grammaire, simplifiée mais complète, sous le titre « J’aime la langue thaïe », superbement illustrée, est un outil fondamental pour les amoureux de la langue.


grammaire

Ce sera toutefois à un missionnaire baptiste américainDean Beach Bradley,


Bradley

 

que les Siamois devront le premier dictionnaire monolingue « dictionary of the siamese language » publié à Bangkok en 1873, monumental et précieux ouvrage de près de 900 pages.


dico bradley


Et ce sera enfin Etienne Lunet de la Jonquière 


lunet de la j

 

qui publiera en 1903 le premier dictionnaire français – siamois (« Dictionnaire Français-Siamois, précédé de quelques notes sur la langue et la grammaire siamoises »).

=====

Quand le 18 juin 1862, Monseigneur Pallegoix rendit son âme à Dieu, on comprend l’émotion que ressentit son auguste et royal ami, l’un de ses meilleurs conseillers, l’un de ses plus intelligents collaborateurs. Il voulut saluer trois fois en personne sa dépouille, lui organisa des obsèques royales et sollicita en signe d’amitié que lui fut remis son anneau pastoral, ce que firent les pères des Missions étrangères.


obseques-solennelles-de-mgr-jean-baptiste-pallegoix 

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* Monseigneur Louis Laneau, évèque « in partibus infidelium» de Métellopolis (Turquie), né en 1637, arrivé au Siam en 1663, ordonné prêtre en 1668, second vicaire apostolique du Siam de 1669 à 1696, date de sa mort à Ayuthaya.

**  Il n’apparaît en tous cas pas dans l’inventaire des énormes archives des Missions étrangères de la rue du bac.

(http://archives.mepasie.org/inventaires-des-archives/missions-etrangeres-1663-2001)

*** «  Grammatica linguae siamicae  ad usum eorum  qui eam addiscere volunt », ouvrage très sommaire de 7 feuillets, et le même, incomplet qui s’arrête au 3ème chapitre « de accentibus » de 3 feuillets, inventoriés dans la série des manuscrit indochinois de la bibliothèque nationale -  n° 279 et 280 -  (« Bibliothèque nationale, département des manuscrits, catalogue sommaire des manuscrits indiens, indo-chinois et malayo-polynésiens » par A. Cabaton, à Paris en 1912.)

         

Sources 

  • Louis Chorin « Eveil économique de l’ L’Indochine, Monseigneur Pallegoix, sa vie, son oeuvre au Siam » numéros des 6 et 13 mais 1923.
  • Jean Baptiste Piollet « L’égise catholique en Indo-Chine », à Paris, 1905.
  • Surachai Chumsriphan « The great role of Jean-Louis Vey apostolic vicar of Siam in the church history in Thailand during the reformation period of Jing Rama V the great », Université grégorienne de Rome, 1990.
  • Gérald Duverdier « La transmission de l’imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier » Bulletin de l’école française d’extrème-orient », tome 68, 1980
  • Maspero « Contribution à l’étude du système phonétique des langues thaïes » in « Bulletin de l’école française d’extrème –orient », 1911, tome 11.
  • Léon de Rosny « Etudes asiatiques de géographie et d’histoire » Paris 1864.
  • Léon de Rosny « Quelques observations sur la langue siamoise et son écriture » in «  Journal asiatique » n°17 de 1855.

·         Site de la commune de Combertault : www.combertault.com/

·         Site des Missions étrangères : http://www.mepasie.org/

•    ปิยรัตน์ บุณยรัตนกลิน « การศึกษาภาษาไทยของมุขนายกมิซซังปาลเลอกัวซ์ - Une approche de la langue thaïe par Mgr

Pallegoix » : http://www.thaithesis.org/detail.php?id=57254 une analyse extrément positive par un universitaire thaï.

  • Dean Beach Bradley « dictionary of the siamese language »  Bangkok en 1873. (Reprint)
  • La Loubère «  Du royaume de Siam » à Paris, 1690
  • La collection รักภาษาไทย (« J’aime la langue thaïe ») remarquable et somptueusement illustrée (En thaï) en 8 fascicules fondés sur les textes de 1891
  • การอ่าน ISBN 974-08-5118-5 (la lecture)
  • โครงสร้างของคำ ISBN 974-08-4634-3 (construction des mots)
  • ชนิตของคำ ISBN 974-08-4632-7 (les différentes sortes de mots)
  • ราชาศัพท์ ISBN 974-08-4633-5 (le rachasap)
  • การไช้เครื่องหมาย ISBN 974-08-3883-9 (l’utilisation des signes diacritiques)
  • คัคล้องจอง ISBN 974-08-4633-5 (harmonie de la phrase)
  • คำร้อยกรอง  ISBN 974-08-3691-7 (l’art poétique)
  • สระและมาตราตัวสะกค ISBN 974-08-4731-5 (les voyelles)
  • La Loubère et la musique : voir
  • http://www.alainbernardenthailande.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html)
  • Tous ces ouvrages (hors ceux dont nous donnons les références ISBN ou qui ont fait l’objet d’un « reprint ») se trouvent numérisés soit sur le site de la bibliothèque nationale, soit sur books.google.fr soit sur le monumental site américain « archives.org »
  • http://www.archive.org/details/texts

La « British library » de Londres détient dans un énorme fonds de manuscrits remarquablement numérisés, un dictionnaire manuscrit thaï-anglais de plus de 500 pages, les dernières contenant quelques explications grammaticales sommaires, mais aucun élément n’est donné ni sur son origine, ni sur sa date (d’une superbe calligraphie du XIXème ?), ni sur son auteur ?

http://www.bl.uk/reshelp/findhelplang/thai/thaicollection/thaicols.html#Thaimss

 

Manuscrit anglais2

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 03:01

grammaireNotre langue française est « normalisée » depuis plusieurs siècles (« Enfin Malherbe vint... »),premières grammaires et premiers dictionnaires au XVIème siècle, édit de Villers Cotteret par lequel François premier en imposa l’usage, création de l’Académie française par Richelieu, oeuvres immenses de Pierre Larousse, de Littré, de Robert, décrets de Peyrefitte bannissant l’usage du « franglais » dans le langage officiel…


MALHERBE


Mais il n’en fut pas de même avec la langue siamoise.


Il nous a paru intéressant de raconter la première page de cette aventure et de rendre un hommage à ces pionniers qui ont tenté de nous expliquer la réalité de cette langue siamoise, comme Mgr Laneau, La Loubère, le capitaine James Low, Le révérend Jess Caswell, Mgr Pallegoix, Mgr Jean-Louis Vey, E. Lunet de la Jonquière.


Au Siam, nous avons une toute petite élite qui connait tout à la fois le sanscrit, le pali, qui sont à la religion ce que le latin est à l’Eglise catholique et le langage commun dans toutes ses nuances fait face à une foule d’esclaves parlant leurs dialectes et ayant probablement des difficultés à se comprendre sinon d’un village à l’autre du moins d’une province à l’autre. La création d’une Nation puis une politique de « thaïfication » systématique impose la nécessité de l’usage d’une langue commune. Mais cette normalisation qui n’apparaissait peut-être pas nécessaire à l’aristocratie siamoise fut le premier souci des missionnaires venant prêcher la parole du Christ avant d’être celle des autorités.


Pour évangéliser la terre, les évangiles furent traduites en grec d’abord, puis en latin. Il fallait faire de même en terres de mission.


 allez faites des disciples1

 

Les Français seront les premiers à l’origine de cette « normalisation ».


1/ Monseigneur Louis Laneau*, second vicaire apostolique du Siam de 1669 à 1696, date de sa mort à Ayuthaya, fut immédiatement conscient de la nécessité pour les missionnaires de parler non seulement la langue vernaculaire à l’usage de leurs ouailles mais encore le sanscrit et le pali pour comprendre ou tenter de comprendre la religion locale. Arrivé au Siam en 1664, il y apprit les deux langues sacrées et le langage commun auprès des moines bouddhistes. Il rédigea en siamois de nombreux ouvrages pieux dont les manuscrits ont pour la plupart disparu ainsi que celui d’un dictionnaire siamois, le tout premier, dont le manuscrit dort probalement dans quelque fonds d’archives et celui d’une grammaire** dont  il ne reste que quelques feuillets manuscrits rédigés en latin et en caractères latins à une date indéterminée.***

cataloguesommair00bibluoft-7


Ces manuscrits ont été analysés par Jean Philippe Babu (« L’influence de la tradition grammaticale greco-latine sur la grammaire du thaï » Bangkok 2550). Il y constate, sans la criitiquer, une observation « à la lunette de la grammaire latine » mais aussi la description scrupuleuse de l’essentiel des spécificités de la langue.


 

Laneau 2

 

Il est possible que Monsieur Pallegoix ait eu connaissance de cet embryon de travail, tous deux appartenant à la « MEP », les « Missions étrangères de Paris » ?

Trop injustement oublié pour ses travaux linguistiques, il a connu un regain de popularité, tout au moins dans certains milieux catholiques orthodoxes, avec la réédition en 1998 de sa « Rencontre avec un sage bouddhiste » écrite en siamois et traduite sur le manuscrit conservé aux archives des Missions étrangères de Paris (éditions du cerf) dont le titre exact est « de deficatione justorum per Jesum Christum » imprimé pour le première fois en latin à Hong-Kong sous son vrai titre en 1887.

 

Laneau

 

Ce texte difficile sinon abscond concerne la très controversée théologie de la déification (« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu »), la "théosis" des orthodoxes, il est permis de se demander s’il était accessible aux catholiques siamois du XVIIème ou du XVIIIème siècle ?


théosis


2/ La Loubère, envoyé du Roi Louis XIV au Siam en 1685 et 1687,

 

la loubere

 

nous donne dans le second volume de ses mémoires publié en 1690,  une description de la langue siamoise intitulée « de la langue siamoise et de la balie », qui révèle un sens très fin de l’analyse.


 

La Loubère 2-5

 

A-t-il eu connaissance des études de Monseigneur Laneau ? Entourré de jésuites, ennemis mortels des prêtres des Missions étrangères, c’est peu probable. Ce chapitre constitue en réalité un véritable petit mémento grammatical qui eut mérité d’être intitulé « de la grammaire siamoise ». Musicien, La Loubère analyse avec finesse le mécanisme des tonalités. Lettré, il décrit l’essentiel de la syntaxe, notamment le système des « classificateurs » propre aux langues d’Asie du Sud-est. Il est probablement le premier européen à avoir rapporté sans erreurs l’essentiel des principes de la langue siamoise, et le premier en tous cas à avoir parlé  la langue sacrée, le pali qu’il appelle « balie », comme les Thaïs. Son élection au 16ème fauteuil de l’Académie française (celui de Léopold Senghor puis de Valéry Giscard d’Estaing) en 1693, était méritée.


3/ Le capitaine James Low publie à Calcutta en 1828 « A grammar of the thai or siamese language ».


 

Low grammmm-11

 

Elle a au moins un mérite, le seul, d’exister sous ce nom. On s’étonne qu’il ait découvert 36 consonnes dans un alphabet qui en contient 44, que son inventaire des voyelles soit fantaisiste et qu’il ne connaisse que trois signes de tonalités alors qu’il y en a quatre. Aucune explication non plus sur le mécanisme des tonalités, fruit d’une syntaxe particulièrement complexe et pourtant essentielle à la compréhension de la langue. Il est difficile de dire qu’elle contient « la description scrupuleuse de l’essentiel des spécificités de la langue ». Mais il est facile de le critiquer dans la mesure où il admet d’emblée avoir dû partir de rien, n’ayant connaissance d’aucune grammaire siamoise se contentant de « standard works in the proper idiom » ! Les seuls éléments sérieux qui servirent de point de départ à son étude sont essentiellement les commentaires de La Loubère sur la langue siamoise qu’il a du manifestement mal assimilés ou mal compris. Il n’existe à cette époque et pour encore quelques dizaines d’années, jusqu’aux édits linguistiques du Roi Rama IV, aucun ouvrage grammatical en langue vernaculaire, ce qu’il déplore et dont il s’étonne. Son travail n’atteint pas la cheville de celui de La Loubère qui mérite plus que le sien le titre de « grammaire ».


Officier de l’armée des Indes,


arméer des indes

 

fort compétent sur les questions siamoises, auteur de nombreux ouvrages d’érudition, son travail a eu pour fonction essentielle d’éviter l’écueil du traité anglo-siamois de 1826 dans lequel on dut utiliser la langue portugaise comme intermédiaire, aucun Anglais ne parlant alors siamois et aucun Siamois ne parlant alors anglais ! Il ne dut toutefois pas être d’une grande utilité pratique sinon d’aucune aux sujets de sa gracieuse majesté. Le lexique d’une dizaine de pages qui termine son ouvrage est du niveau d’un mauvais guide touristique.

 

Low grammmm-113

4/ Le révérend Jess Caswell, missionnaire protestant et ami anglais du roi Mongkut publie en 1846 un « dictionary of the siamese language » que nous n’avons malheureusement pas pu consulter. Il comprendrait 6 ou 7.000 mots, probablement un gros lexique plus qu’un dictionnaire ?


Mais nous verrons dans le prochain article que l’œuvre de Mgr Pallegoix constitue encore une référence fondamentale.

 

mgr-jean-baptiste-pallegoix

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 03:07

en tête« Le bouddhisme « réel » de Thaïlande, l’Etat, le roi, la société … de consommation ».

 Nous avons déjà vu précédemment  que, chaque roi de la dynastie Chakri avait sa façon particulière d’appréhender le bouddhisme, si important dans la vie des Siamois, mais que  le roi Mongkut, Rama IV (roi Mongkut) qui passa près de trente ans sous la robe safran et l’un de ses fils, le prince Vajiranana qui devint le patriarche suprême sous le règne de Rama VI. , avaient particulièrement marqué l’histoire du bouddhisme du royaume de Siam.  (Le prince Vajiranana écrivit des centaines de manuels et de commentaires qui continuent d'être employés dans les écoles de pagodes et les universités bouddhistes, avions-nous précisé).

On pourrait donc ainsi étudier les rapports que chaque roi a entretenu avec le bouddhisme, et le rôle qu’a pu jouer le bouddhisme dans la société siamoise et thaïlandaise.

 

Nous avons vu aussi qu’au-delà de la doctrine du bouddhisme (et de ses différentes écoles), le bouddhisme « réel » était « aménagé » par les différents acteurs de la Société en fonction de leurs «  intérêts ». Nous avons « suggéré » que les Isans, (et l’écrivain isan Pira Sudham aussi. Cf. notre article) avaient intégré le bouddhisme  « officiel » à leur animisme « fondateur » et surtout attendaient de leurs  offrandes « spirituelles »  des bienfaits matériels immédiats. De même, on peut se douter  que le Pouvoir siamois et thaï (comme autrefois ( ?) en France) a su « utiliser » la religion à d’autres fins que religieuses.


Bref, nous nous proposons de souligner d’autres « usages » du bouddhisme pendant la période de Rama IX (le roi actuel) surtout  marqué par le nationalisme et la société moderne (système capitaliste, société majoritairement urbanisée, société  de consommation et d’internet…) et la crise que traverse actuellement le bouddhisme thaï que certains attribuent au laxisme de la hiérarchie bouddhique ( le Conseil suprême du Sangha), et à l'incapacité de l'ensemble du clergé à s'adapter à l'émergence rapide d'une société moderne (Cf. article de Gabaude dans « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996»), avec de nouvelles problématiques que posent de nombreux bouddhistes éminents, et  « engagés ».


La presse évoque d ‘ailleurs régulièrement  « La déliquescence du bouddhisme thaïlandais »  avec certaines affaires  (drogue, viols, vols, scandales financiers et …  meurtres) qui ont même amené en 1996, Le chef de la police nationale, le général Pochana Boonyachinda, a déclaré publiquement : «Les pagodes sont devenues des refuges pour les criminels. Beaucoup de bonzes ont un mandat d'arrêt qui les attend...». De nombreux fidèles reconnaissent effectivement une crise morale.

 

1/  Deux « religions » concurrentes ? ou associées ? : le nationalisme et le consumérisme (avec son système capitaliste, société majoritairement urbanisée, société  de consommation et d’internet…)


1.1    L’Etat moderne  et le nationalisme

 

 

nationalisme


Pour reprendre une analyse de  Stephen M. Walt ( Professeur de relations internationales à Harvard, contributeur régulier à Foreign Policy), ce ne sont pas les marchés ou la religion ou encore le progrès qui mènent le monde, mais bien le nationalisme.

« La conviction que l’humanité est formée de nombreuses cultures différentes —c’est-à-dire de groupes partageant une langue, des symboles et une histoire (invariablement gratifiante et pleine de mythes)— et que ces groupes doivent absolument disposer de leur propre État est une force qui, depuis deux siècles, exerce une écrasante puissance. »

« C’est le nationalisme qui a cimenté la plupart des puissances européennes de la période moderne, transformant des États dynastiques en États nations, et c’est la diffusion de l’idéologie nationaliste qui a contribué à l’écroulement des empires britannique, français, ottoman, hollandais, portugais, austro-hongrois, russe et soviétique.. »

 « Les nations—parce qu’elles évoluent dans un monde concurrentiel et parfois dangereux—cherchent à préserver leur identité et leurs valeurs culturelles. Dans de nombreux cas, le meilleur moyen pour atteindre ce but consiste à avoir leur propre État, car les groupes ethniques ou nationaux dépourvus d’État propre sont généralement plus vulnérables aux invasions, à l’absorption et à l’assimilation. »

« En bref, dans le monde concurrentiel de la politique internationale, les nations sont incitées à obtenir leur propre État et les États à encourager une identité nationale commune au sein de leurs populations. ».

Mais peut-être oublie-t-il, la « révolution informatique » qui est en train de bouleverser toutes ces « religions » !

Nous avons déjà maintes fois dans ce blog présenté l’importance du nationalisme et de la Thaïness pour comprendre l’Histoire et la Politique de la Thaïlande. On rappelait, entre autres dans notre article 9, que :

« Rama V (1868-1910) a engagé le processus d’unification de la nation thaïlandaise et, en parallèle, la modernisation du royaume sur le modèle occidental. Ce nationalisme thaï s’articule d’une part autour de la notion sinon de « race » du moins d’appartenance ethnique et, d’autre part, sur la fidélité et la soumission au Roi ( …)  Cette politique fut intensifiée par son successeur le roi Rama VI (1910-1925) Il donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mis en avant le principe de « Thaï-ness » : modèle culturel issu des caractéristiques communes aux ethnies thaïes censées constituer le nationalisme. Les trois piliers du nationalisme thaï deviennent donc : le roi, la nation et la religion (…)  En 1938, le premier ministre et commandant des forces armées, Phibun va donner une nouvelle couleur au nationalisme thaï » (voir les articles.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html ) …


Ensuite le dictateur  Sarit (maréchal et commandant en chef des armées en 1954. Ministre de la Défense de mars à août 1957, il renverse Phibul en septembre, se proclame dictateur militaire en 1958, et assume, de février 1959 jusqu'à sa mort, la charge de Premier ministre), va, pour légitimer sa dictature, avec l’aide des Américains (qui financeront les images du Roi entre autres), remettre en avant le rôle sacré du Roi que Phibun avait restreint. Il rétablira la pratique de la prosternation avec la tête touchant le sol pour les audiences royales, que le roi Chulalongkorn avait abolie. Il organisera les visites du Roi en Province, les « inaugurations » des projets de développement, les remises de diplômes de l’Université … bref, la propagande royaliste. Le roi était partout, le roi était de nouveau vénéré.


Les 3 piliers, l’Etat (le nationalisme), le roi et le bouddhisme pouvaient de nouveau se soutenir mutuellement, même (et surtout ?) sous une dictature. Et pour revenir à notre sujet, le roi devenait le « commandant des croyants bouddhistes » (le Roi nomme un patriarche pour diriger la Sangha, organisation religieuse fondée par Bouddha. Ce patriarche choisit quarante-cinq moines de haut rang qui nommés à vie forment un conseil qui légifère en matière religieuse. Neuf autres moines assument pour 4 ans l'exécutif.). La religion devait être citée en tête dans les discours nationalistes pour justifier l'existence de l'Etat. Peu à peu, les croyances et  « le clergé » bouddhiste étaient considérés comme des subordonnés aux intérêts de la nation.


Mais si,  il y a un siècle, le pouvoir de l'Etat était restreint à la capitale et à quelques grandes villes. La centralisation du pouvoir politique se réalisera au détriment de l'autonomie des communautés locales et de leur participation aux affaires des pagodes. Avec l’émergence  de l’Etat centralisé et sa volonté de contrôler  ses sujets sont apparus deux systèmes hiérarchiques nouveaux : une hiérarchie religieuse et une administration civile obéissant à la logique de l’Etat sous couvert de la logique de la Règle religieuse.


De fait, l'Église bouddhique va perdre progressivement son emprise sur la population laïque. Dans la Thaïlande traditionnelle et agraire, la pagode abritait l'école communale et le marché. L’Etat moderne, nous l’avons dit, va mettre en place une  éducation publique, à la fois pour  former ses  sujets et aussi pour forger la nation thaïe (Cf. notre article sur la problématique de la thaïness).


 L’éducation publique 

Gabaude indique que la mise ne œuvre du système scolaire public et centralisé de l’Etat a évidemment vidé la voie traditionnelle de la scolarisation qui s’effectuait dans les pagodes et enlever au noviciat le vivier naturel du recrutement. Les pagodes « renommées » étaient alors pour les plus pauvres un moyen d’ascension sociale  et de prestige …ainsi que pour les plus aisés.

Les meilleurs y voyaient une source de prestige et la sangha voyaient un renouvellement de ses cadres et comprenaient des membres instruits et disciplinés. « Quand la sangha va, tout va », disait-on.

Les diplômes « prestigieux », la course  à l’argent, la société de consommation, les publicités, les médias…  bref, les modèles proposés dans la société moderne seront à l’opposé du renoncement proposé par le bouddhisme, et ne pourront que provoquer sinon une crise ,du moins des fortes tensions entre des systèmes de valeurs opposées. Formoso (in Bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant), plus nuancé, (nous dit Doryane Kermel-Torrès),  évoque « une dialectique entre le sangkha, stricte discipline de vie et conformité aux préceptes bouddhiques, et la sangkhotn, espace social englobant qui admet un certain relâchement des préceptes bouddhiques (les idéaux de renoncement et de non-violence par exemple). Les contradictions entre ces deux sphères se font de plus en plus apparentes sous l'effet, notamment, de l'évolution des mentalités et de la base sociale des communautés de bonzes », et surtout, faudrait-il rajouter de l’appétit consumériste de la jeune génération, dont « les aspirations bouddhistes » sont difficiles à déceler.

 

1.2 Le matérialisme, le consumériste. 

 

materialisme-L-1

Confrontée aux « valeurs » de la société capitaliste et à l’ « évolution »   de la Société, le passage d’une société agraire à une société urbanisée et moderne, les principes du bouddhisme sont sérieusement malmenés par l’expansion économique. Louis Gabaude signale que ce matérialisme a même touché le sangha lui-même, et une communauté de bonzes qui n’est plus toujours à la hauteur de sa mission première d’éducation et de préservation des préceptes du Bouddha.

Il faut donc mettre en parallèle les traditions, la plupart issues du bouddhisme, avec l’évolution des mentalités. Akin Rabibhadana, Paritta Chalermpow Koanantakool ou Thongchai Winichakul réévaluent les séquences historiographiques et analysent les grands tournants qui ont marqué les changements de mentalités. (Cf.Thailander du19 juillet 2011). Phra Phaisan remarque  comment la montée de la prospérité matérielle des pagodes a été parallèle à l'expansion de l'économie capitaliste fondée sur l'argent, spécialement depuis le règne de Rama V.


L’ Eglise bouddhiste  elle-même est touchée par l’argent.

Nous avions déjà dans notre article 22

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html, montré que de nombreuses pratiques comme les « Prédictions, astrologie, rituels, pouvoirs surnaturels, croyances, formules magiques, allumettes….  » qui veulent prédire le futur, changer le cours du destin ou « inverser le karma » étaient utilisées dans les pagodes et en enrichissaient beaucoup.  Le site « Thaïlander » http://thailande-fr.com/author/bangkoknews proposait en date du 16 mai 2011 un  article très intéressant de Loris-Alexandre Oviatto , « La Thaïlande est le pays des amulettes ». où il décrivait comment se crée la valeur spirituelle et commerciale du marché des amulettes. . « Une étude du Kasikorn Research Center en 2008 estime que le marché des amulettes représente 40 milliards de bahts par an. » (…) En effet, l’amulette est une valeur refuge typiquement locale, plus rentable et sécurisé qu’un placement bancaire, qui ne subit pas le cours de l’inflation et des troubles politiques, tout en étant soumise à aucune taxe, autant dire que le marché aux amulettes thaïlandais a de l’avenir » .


De même la presse signale souvent le pouvoir de certains  moines de « récolter beaucoup d’argent », comme si leur pouvoir spirituel se mesurait à ce critère ! Elle parle moins de l’enrichissement des pagodes de Bangkok, riche de leur parc foncier, des vénérables qui spéculent dans l'immobilier ou se livrent à des opérations de haute finance à la Bourse de Bangkok. Réfrigérateurs, télévisions couleur, magnétoscopes, climatiseurs font désormais partie de l'équipement ecclésiastique. «Les pagodes étaient pauvres. Arrive le boom immobilier et soudain les bonzes deviennent riches. Simplement, ils ne savent pas quoi faire de l'argent», commente Sulak Sivaeraksa ( fondateur du Réseau international des bouddhistes engagés) (Cf. note).  


Que dire de la société « consumériste » ?

 

consumerisme


Nous sommes ici dans l’évidence d’une société qui ne se distingue plus par son éthique et  ses valeurs « bouddhistes », même si l’Eglise bouddhiste joue encore un rôle fondamental dans la vie des Thaïlandais, comme les supermarchés que l’on visite parfois à défaut de pouvoir acheter. Les rêves et les désirs ne vont plus au renoncement, à la recherche d’une vie plus « bouddhiste », mais à l’achat des biens  de consommation en suivant la mode, que certains aiment qualifier d’occidentale », venue de « l’extérieur » comme pour se dédouaner. Les jeunes générations sont plus « branchées internet » que sur l’enseignement de bouddha, utilisent davantage leur dernier téléphone, leur «  iphone » (et tablettes bientôt) avec leurs copains et copines, que le réseau religieux. 

On peut avoir le sentiment que Formoso, que l’on présente souvent comme un des meilleurs spécialistes francophones de la société thaïlandaise, aime l’usage de la litote, quand il reconnait que l’espace social « admet un certain relâchement des préceptes bouddhiques (les idéaux de renoncement et de non-violence par exemple) ».

 Vous avez dit « relâchement » ? Nous dirions plutôt « révolution ». La « révolution informatique » change les comportements, offrent de nouveaux objets « désirables », proposent d’autres façons « d’être ensemble », « d’autres liens qui nous unissent » à travers les nouveaux « réseaux sociaux ».

Certes, elles fréquentent encore les pagodes, recherchant plus sa « convivialité », le sentiment d’être ensemble pour « fêter » les moments importants du calendrier « officiel » et de la vie sociale et familiale,  que le désir de vivre l’idéal bouddhiste. Certes les pagodes jouent encore un rôle important pour 95 % des Thaïlandais, mais il faudrait  renouveler les analyses pour en trouver la « vérité », les vraies raisons. Gabaude s’en approchent-elles ?


       2/ La crise du sangha

Louis Gabaude dans « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996» nous montre qu’en la fin du XXème siécle, le bouddhisme thaï est « en proie à une crise profonde » , qu’il envisage sous la forme d’une crise morale et d’autorité , «  signes d’une plus profonde crise du sens ». 


Il nous invite à ne pas nous étonner, ne serait-ce qu’au regard de la progression démographique. En effet, dit-il, la population thaïlandaise comptait en 1911, 8 266 000 habitants et elle vient de dépasser les 60 millions. Il n’a fallu que 90 ans pour accomplir une progression démographique qui a nécessité 2000 ans à  la France.

En parallèle, il commente des tableaux statistiques qui prouvent, que contrairement à ce que l’on peut voir (le nombre de pagodes et de robes safrans rencontrés), une forte et régulière baisse d ‘intérêt pour la vie religieuse. « De 1958 à 1994, soit une période de 36 ans seulement, la population totale du pays augmentait de plus de 136,77 % tandis que le nombre de bonzes ne progressait que 79,22 % ».


Ces chiffres « pulvérisent un cliché couramment admis chez beaucoup d’observateurs thaïs selon lesquels c’est la toute récente explosion de la société de consommation qui a précipité le désintérêt pour la vie spirituelle mise en œuvre dans la vie monastique ».

 « La chute relative du nombre de moines précède de beaucoup  les premiers plans de développement ». Autrefois la prospérité économique de la société étaient « communément interprétés comme des facteurs indispensables à la prospérité du bouddhisme », du sangha. Aujourd’hui, ces « mêmes facteurs  apparaissent au contraire comme des facteurs de décomposition » « visibles sous ce  qu’on peut appeler : les crises de l ‘autorité et de la morale. »


2.1 La crise de la morale. 

Les « scandales » dénoncés par la presse sont évidemment la partie la plus visible.

 Bouddha-Meditation

 

On pense à l'« affaire Yantra Ammarobikkhu », un des plus célèbres prédicateurs du bouddhisme thaï, a été défroqué et forcé à l'exil aux États-Unis (« Libération » du 26 août 1995). Il était capable de collecter 14 millions de baths par jour au faîte de sa gloire. On venait par milliers écouter ses sermons. Il était adoré, mais il adorait aussi …les femmes. Le scandale fut à la mesure de sa renommée. Sa hiérarchie locale ne voulût jamais  le condamner (Cf. Détails dans le texte cité de Gabaude).

Pawana Phuttho, vénérable d'une soixantaine d'années, s'est retrouvé récemment sous les verrous pour le viol de six gamines de 12 à 15 ans. Sept nonnes ont été arrêtées pour complicité: elles allaient chercher, pour le vieux bonze, les gamines dans l'école de filles qu'elles dirigeaient. Il y eut aussi Nikorn Dhammavadi, Pongsak Tejaddhammo… enfin une dizaine de cas par an connus et dénoncés pour leur double vie.

 2.2 La crise de l’autorité : Une hiérarchie dépassée

Dans le bouddhisme originel, ou dans les sociétés  agraires, la communauté locale des bhikkhu, vivait de façon autonome sous l’autorité d’un ancien, qui n’avait aucun mal à identifier et sanctionner les manquements à la discipline. Il était aidé par la deuxième partie du canon bouddhique, le Vinaya-pitaka, un recueil qui lui donnait la Règle à appliquer.


La crise que traverse actuellement le bouddhisme thaï est dûe d'une part au laxisme de la hiérarchie bouddhique, le Conseil suprême de la Sangha, et d'autre part à l'incapacité de l'ensemble du clergé à s'adapter à l'émergence rapide d'une société moderne dans un pays en pleine expansion économique. «Le Conseil suprême se réunit tous les quinze jours, mais rien ne se passe. Absolument rien! Il n'y a aucun comité de travail ou secrétariat pour faire appliquer les règles de la Sangha», raconte Maha Jerm Suvaco, directeur de recherche à l'université bouddhiste Maha Chulalongkorn et chef de file d'un groupe de bonzes réformistes. Selon lui, la loi ecclésiastique de 1962, adoptée sous le régime du dictateur Sarit Thanarat, est à l'origine des problèmes actuels.


Cette loi accorde au Conseil suprême de la Sangha tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. «  Les patriarches  sont nommés à vie, et l'âge moyen dépasse aujourd'hui les 80 ans. Certains seraient devenus peu à peu séniles, incapables de lire ou de comprendre de quoi on leur parle. Mais sans leur accord, rien ne peut se faire... Dans les monastères, le problème se pose autrement. Le bonze supérieur peut ordonner qui bon lui semble et décide seul de la répartition des donations. Bref, il règne en maître absolu sur son temple et ses moines. Et lorsqu'il décide de quitter la Sangha, il peut emporter son pécule, soit une bonne partie des donations. » « La loi ecclésiastique de 1962 fait du bonze supérieur un dictateur en puissance. Le clientélisme et les affaires de pots-de-vin sont notoires dans les temples, mais personne n'en parle par crainte d'être persécuté», explique le vénérable Jerm Suvaco. Et d'ajouter: «Aucune amélioration n'est possible sans une réforme administrative de la Sangha.»


On peut comprendre que dans cette  nouvelle situation dite moderne (nationalisme (au début juin 2007, environ 3 000 moines avaient manifesté devant le Parlement,  pour obtenir que le parlement déclare le bouddhisme comme la religion de l’Etat de Thaïlande), capitalisme,  crises morales et d’autorité, nouvelles valeurs « consuméristes » …) beaucoup sont intervenus, surtout depuis la guerre du Viet Nam (Voir l’article de Gabaude par exempleFractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011),  pour demander une évolution du bouddhisme thaïlandais.

Le « bouddhisme dit engagé »  en a été l’expression « politique »  la plus visible. Sulak Sivaraksa en est la voix la plus connue en Thaïlande :

 

SulakSivaraksa


"En rendant le bouddhisme plus proche du monde contemporain, il ne s'agit en aucun cas d'oublier l'essentiel, comme par exemple les principes de l'éthique. Il faut simplement leur redonner un sens dans les sociétés où nous vivons.
Dans les sociétés agraires où le bouddhisme s'est développé, les choses étaient plus simples... On pouvait dire "je ne tue pas, je ne vole pas, je ne commets pas l'adultère, je ne mens pas. Je suis quelqu'un de bien" mais avec la complexification grandissante de nos sociétés, ça ne marche plus comme ça ! (...) S'abstenir de tuer tout être vivant n'est plus aussi simple. Nous devons nous interroger. Pouvons-nous admettre que nos impôts servent à l'armement ? Devons-nous élever des animaux pour les tuer ?
Concernant le deuxième précepte - ne pas voler - il faut aussi s'interroger : même si nous ne dérobons rien directement, pouvons-nous accepter de voir les pays riches exploiter les pays pauvres via le système bancaire international et l'ordre économique mondial ?
En fait, participer à tout le système de consommation c'est déjà risquer, à chaque instant, de violer les trois premiers préceptes ! Quant au quatrième, s'abstenir de paroles mensongères ou incorrectes, c'est particulièrement difficile dans un monde fondé sur la communication publicitaire et la propagande politique...
En fait la souffrance, qui, certes, pouvait être souvent effrayante au temps du Bouddha, était pourtant plus simple à comprendre. L'interdépendance entre les phénomènes est devenue une chose très complexe... Si nous n'adaptons pas la sagesse bouddhiste à la compréhension de la réalité sociale et à la recherche d'une réponse aux questions qu'elle pose, alors le bouddhisme risque de n'être qu'une sorte d'échappatoire aux problèmes de ce monde, à l'usage des classes moyennes."
Extraits d'une interview de Sulak Sivaraksa parue dans le magazine américain Turning Wheel (1994, traduction française J.-P. Ribes).


Mais la société civile s’exprime aussi

Toutes ces remises en cause permettent de comprendre comment le pays a fonctionné sur des bases irréelles, comment il s’est leurré dans un modèle et comment ce mensonge est devenu un frein. « Désormais, la société « civile », même si elle est souvent manipulée par des politiciens, des hommes d’affaires et l’armée, s’exprime ; des intellectuels, paysans, régionalistes veulent maintenant prendre la parole et présenter leur vision de l’histoire. « La nécessité d’une histoire des interstices que prônait Thongchai Winichakul (Cf note) en 2002 s’impose. ».

Les « événements politiques » récents avec l’émergence des « rouges » entre autres, inaugurent  de nouvelles analyses, font entendre des voix longtemps étouffées, remettent en cause ce qui semblaient aller de soi quant à l’identité, le partage du pouvoir politique, de l’expansion économique. Les normes (respect au chef, thainess, clientélisme, achat de voix, corruption…) que l’on présentaient comme immuables sont aussi remises en cause. La libéralisation aveugle des marchés, l’exploitation du salariat, la mise à l’écart du Nord et de l’Isan n’est plus  acceptée comme une évidence. Le mythe du modèle économique des élites  thaïlandaises a montré ses limites. Le nationalisme peine à mobiliser (mais est toujours à l’affût) , le roi ne dit plus rien depuis son hôpital, et on n’entend plus le message bouddhiste.

Il est vrai que nous avons montré que la majorité des  Thaïlandais ont fait de Bouddha un Dieu et que les Isans ont conservé leur animisme.

Oui, la société thaïlandaise est vraiment en train de changer.

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 -Gabaude , « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257.

-Notre référence constante à Gabaude s’explique par l’autorité reconnue de cet auteur dans la connaissance du bouddhisme thaïlandais. Ancien membre de l’Ecole Française d’Extrême Orient, longtemps enseignant à l’Université de Chiang Mai (Thaïlande),

 

gabaude


-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

http://www.gavroche-thailande.com/actualites/societe/1663-fractures-sociales-et-bouddhisme-le-regard-de-buddhadasa-bhikkhu

 

-FORMOSO, Bernard (2000) Thaïlande. Bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant. Paris, La Documentation Française (Coll. « Asie plurielle »), 179 p.

-Le Bouddhisme Engagé ?

Un bouddhisme transversal. Le bouddhisme est multiple, pluriel, divers, complexe. En Occident se cötoient désormais des moines Zen, des lamas tibétain en exil, des moines cambodgiens et sri-lankais de l'école Théravada ainsi que des vénérables vietnamiens pétris d'amidisme . Disparité des enseignements, juxtaposition des écoles. Pourtant, depuis quelques dizaines d'années, un nouveau courant de pensée bouddhiste prend de l'ampleur qui les traverse toutes : le Bouddhisme Engagé. Ce mouvement pan-bouddhique, qui n'est pas issu d'une école particulière et qu'on retrouve aussi bien en Orient qu'en Occident, exprime une position novatrice : un bouddhiste peut (ou mieux doit) s'engager dans la vie politique, économique ou civile afin de concrétiser un idéal de société juste et équitable, quitte - et c'est là l'une des nouveautés - à s'opposer aux diverses structures établies, par Eric Rommeluère

boudhisme engagé


Thongchai Winichakul est professeur d'histoire de l'Asie du Sud-Est à l'Université de Wisconsin-Madison . Winichakul a eu un impact majeur sur l'histoire du nationalisme thaï. Son œuvre la plus connue est son livre, le Siam mappés, qui critique les théories existantes sur l’ historiographie de laThaïlande. Winichakul a été nommé à l'Académie américaine des arts et des sciences  en 2003.

                        __________________________________

La lecture du chapitre consacré au bouddhisme, tiré du livre d’ Arnaud Dubus consacré à la Thaïlande (« Les guides de l’état du monde, Ed. La découverte), se termine de façon explicite sur une analyse intitulée « la crise du bouddhisme » (p.191).

Il y confirme, avec plus de talent, les données de cette crise : l’indiscipline fréquente des bonzes, « la subordination de l’Eglise bouddhiste aux intérêts de l’Etat, avec son idéologie nationaliste fondée sur la trilogie nation-religion-roi», et un système de titres et de décorations qui établit « une hiérarchie bouddhique officielle, dirigée par un patriarche suprême (nommé par le Roi) qui préside un Conseil des Anciens » et qui donne  droit « à des bénéfices matériels, faisant d’eux des serviteurs et des subordonnées de la monarchie ».

La troisième critique est aussi très explicite avec son titre : « Autre tare du bouddhisme actuel : la commercialisation à outrance », que Dubus illustre avec les exemples, comme  les panneaux publicitaires, qui le long des routes de province annoncent les foires du temple, ou bien encore,  des cérémonies où le nom des donateurs et le montant de leurs dons  (sont) annoncés au micro » et surtout le « centre bouddhiste » de Dhammakaya, (qui s’étend sur quelque mille hectares et situé à PathumThani, à quelque 20 km de Bangkok), qui dispose de 100 millions euros d’actifs financiers et qui  a sa propre chaîne de télévision et dont les prêches peuvent oser dire, devant 10  000 ou 20 000 fidèles : « Faites de l’argent  du lundi au vendredi, venez au temple samedi et dimanche pour méditer, et votre esprit sera plus souple et plus clair pour que vous puissiez faire plus d’argent le samedi ». Une forme de bouddhisme, dit-il, qui loin de condamner le capitalisme, l’encourage.       

boudhisme et argent 

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 04:05

exposition Le Siam au château de Fontainebleau, l’ambassade du 27 juin 1861.


Le château de Fontainebleau présente une exposition du 5 novembre au 27 février 2012,  intitulée « Le Siam à Fontainebleau – l’ambassade du 27 juin 1861 », à  l’occasion du 150e anniversaire de l’ambassade de Siam reçue par Napoléon III dans la salle de Bal du château de Fontainebleau.*(Cf. en note le communiqué de presse) Il nous a paru intéressant de rappeler dans quel contexte historique s’est déroulée cette Ambassade siamoise de 1861, en nous référant à trois articles de« nos  relations franco-thaïes », à savoir : le traité de 1856 **, les portraits de Mgr Pallegoix et du roi Mongkut (Rama IV)***, et « La visite d’Etat du Président de la République française en Thaïlande, le 18 février 2006, à l’invitation de Sa Majesté le Roi BhumipolAdulyadej (Rama IX) »****.

 

1.    L’exposition présente  cette ambassade ainsi :


En effet, depuis 1856, sous l’impulsion du ministre plénipotentiaire Charles de Montigny,

 

Montigny

 

un traité d’amitié franco-siamoise a été conclu. L’ambassade du roi de Siam, Rama IV Mongkut, est donc reçue par Napoléon III, le 27 juin 1861, dans la salle de Bal du château de Fontainebleau. Elle fait directement écho à celle de PhraNaraï, reçue par Louis XIV, le 1er septembre 1686, dans la galerie des Glaces à Versailles.

 

Le-Siam-a-Fontainebleau-l-ambassade-du-28-juin-1861-Musee-n

 


Lors de la conclusion de l’accord diplomatique, Napoléon III avait adressé des présents au roi Rama IV Mongkut qui, en retour, envisagea de faire parvenir en France des animaux rares. Finalement, ce sont quarante-huit caisses de cadeaux qui arrivent à Toulon le 2 juin 1861. Comme deux siècles plus tôt lors de la réception de l’ambassade de PhraNaraï, la magie de l’Orient opère à Fontainebleau, au vu du raffinement des costumes et des manières de la délégation siamoise. La splendeur des cadeaux offerts à l’empereur et l’impératrice marquèrent les esprits.


En fait, après les deux célèbres  Ambassades envoyées par Louis XIV en 1685 et en 1687, les Français avaient été chassés par le coup d’Etat de Petratcha en 1688.
Il faudra attendre 1856,168 ans,vous avez bien lu, pour que les deux pays renouent des relations diplomatiques. D’ailleurs en 2006,  à l’occasion de sa visite officielle (la première d’un président français) M. le Président Chirac rappelait  de nouveau « les liens anciens »:
« Nous célébrons cette année le 320ème anniversaire de la célèbre ambassade du Siam à la Cour de Versailles et le 150ème anniversaire du premier traité d'amitié franco-thaïlandais voulu par Sa Majesté le Roi Rama IV et par Napoléon III. »


2.  Le traité de 1856. Le temps colonial.


Ce traité se fait dans une période coloniale, où le roi du Siam Rama IV peut avoir le sentiment que la France menace ce que le Siam considère comme ses provinces au Laos et au Cambodge.
Or « La France en 1840 n’avait pas répondu à une avance thaïe faite à Guizot, alors ministre des Affaires Etrangères. Fin 1851 le gouvernement thaï avait renouvelé ses propositions. Mais  il faut attendre le 14 juillet 1852 pour que l’Amiral Laguerre reçoive les pleins pouvoirs pour négocier. La guerre de Crimée l’en empêche. Après un « cafouillage » diplomatique nommant Bourboulon, ministre de France à Macao, mais qui est de retour en France, Charles de Montigny, consul à Shanghaï, reçoit les pleins pouvoirs le 10 octobre 1855, pour négocier avec la Thaïlande (ainsi qu’avec les suzerains du Cambodge et de Cochinchine).Il arrive au Siam le 9 juillet 1856. Il reçoit à la Cour un accueil chaleureux, et le soutien du vicaire apostolique Pallegoix et de l'Abbé Larnaudie, missionnaire établi dans le nord du pays et très bon connaisseur du milieu local, facilitent sa tâche. Le 15 août 1856 il signe un Traité d’amitié, de navigation et de commerce avec les deux Rois. (La Cour avait effectivement 2 rois) »


« Le traité instaure la « paix perpétuelle » entre l'Empire français et le royaume du Siam. Des relations consulaires sont établies, les missionnaires catholiques se voient reconnaître une totale liberté d'action et les droits perçus par l'État siamois sur les échanges réalisés sont fixés à trois pour cent de la valeur des marchandises concernées, conditions analogues à celles accordées aux Anglais et aux Américains ».


3.    Les bévues de Napoléon III.


Mais  Napoléon III et la diplomatie française  vont ensuite accumuler les « bévues ».
Après la signature du Traité, Rama IV avait offert des présents et proposé une Ambassade thaïe à Napoléon III. Déjà on n’avait pas apprécié que le Traité signé fut remis, sans cérémonial, à un navire marchand.

 
Or, Napoléon III ne répondit pas à la demande d’Ambassade et ne remercia pas Rama IV pour ses présents. Ensuite, le Consul français de Bangkok, s’installa sans avoir présenté ses lettres d’accréditation. Il y avait là crime de lèse-majesté.


 caricature


4.    L’Ambassade thaïe du 27 juin 1861.


Vous pouvez lire l’un des rares articles consacré à cet événement : La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861, de Dominique Le Bas***** :


« La presse régionale, comme La Gazette du midi, la presse officielle, comme Le Moniteur universel et Le Monde illustré ainsi que des écrits privés, comme la correspondance de Mérimée, vont témoigner de l'intérêt, de la curiosité et de l'émerveillement ressentis par les contemporains. Néanmoins, seuls les présents offerts à Napoléon III et à l'impératrice conservés dans le Musée chinois du château de Fontainebleau, le tableau de la Réception des ambassadeurs de Siam par Napoléon III dans la salle de bal du Château de Fontainebleau peint par Jean-Léon Gérôme et conservé au musée National du château de Versailles et les photos de Nadar  

 

nadar


nous rappellent cet événement exceptionnel. " La venue de cette ambassade n'a jamais fait l'objet, tant du côté français que du côté siamois, d'une quelconque étude ".

On y trouve l’évocation du traité, voulu par Rama IV, le roi Mongkut (1804-1868), afin de moderniser son pays  en nouant des relations diplomatiques et commerciales et en négociant des nouveaux traités avec l’Angleterre, les Etats-Unis et la France … 


Elle montrera aussi que cela ne se fera pas sans crainte et sans bévues. Elle évoquera le livre d’ Etienne Gallois, « L’Expédition de Siam au XVII ème siècle », lu devant le roi, et qui « démontrait l’ambition de la France de s’emparer du Siam  » ! ET surtout les « inconvenances » du gouvernement de Napoléon III, après la signature du Traité :  


Malheureusement, le gouvernement impérial ne sait pas profiter des bonnes dispositions siamoises et perd par ses lenteurs et ses promesses sans cesse renouvelées et jamais exécutées l'estime que monsieur de Montigny avait su lui gagner de la part du gouvernement siamois.


La première inconvenance est de ne pas répondre aux lettres autographes que les deux rois adressent à Napoléon III en août 1856, dont l'une qui annonce leur intention d' envoyer en France une ambassade qu'ils envisagent de conduire eux-mêmes.


La seconde inconvenance est de remettre, par l'intermédiaire de monsieurMoor, agent lusitanien à Bangkok, les ratifications du traité, affaire dont la France s'est couverte de honte et d'opprobre aux dires d'un missionnaire.

Par lettre en date du 24 août 1857 adressée au Quai d'Orsay, monsieur de Montigny le déplore en ces termes:

Les intérêts français si bien établis au Siam sont à peu de choses près,ruinés à cette heure [...]Les deux souverains siamois et tous les ministres d'État blessés de recevoir par la poste et le simple intermédiaire d'un petit marchand portugais - notre agent - la nation portugaise est celle de toutes qui a le moins d'importance dans ce pays, les ratifications de Sa Majesté Impériale sans même recevoir une ligne de mon souverain ni de Votre Excellence, prétendent actuellement qu'on les méprise ou que la Nation française n'est pas une grande Nation et qu'on les a trompé.

Ensuite nous aurons droit à la composition de l’Ambassade avec l’ abbé Larnaudie comme interprètedu gouvernement siamois (C'est un familier de la cour où il est appelé par le roi Mongkut pour le photographier, seul ou en compagnie de la reine),et de pouvoir admirer les six photos prises par Nadar lui-même ainsi qu’ à la reproduction du tableau de Jean-Léon Gérômepour la "Réception des ambassadeurs de Siam à Fontainebleau" qui « nous permettent de mettre un visage sur une ambassade dont l'étude de la composition révèle une parenté entre les trois ambassadeurs » .

L’article consacrera ensuite  de nombreuses pages aux multiples visites effectuées par l’Ambassade siamoise qui arrive en France à Toulon le 2 juin 1861, et qui repartira en septembre pour effectuer une visite de courtoisie au saint Père à Rome, et être de retour à Bangkok, le 11 décembre.

Leur séjour de deux mois et demi va ressembler à un marathon touristique où se succèdent visites d'établissements culturels et visites de manufacture parisiennes et provinciales où les ambassadeurs, ensemble ou isolément, vont découvrir de nouvelles technologies. L'abbé Larnaudie

 

abbé


se plaindra dans une lettre du 20 juillet d'être fatigué par toutes ces visites et les courriers reçus auxquels il est seul capable de répondre.

On imagine que le programme a dû être conçu, certes pour répondre aux désirs de l’Ambassade, mais aussi pour impressionner (L'ambassade visite l'arsenal de Toulon, quelques bâtiments tels que le Montebello, l'Alexandre, l'Invincible (…) Le 20 juillet, les ambassadeurs accompagnés de monsieur de Montigny, de l'abbé Larnaudie et de monsieur Godeaux du département des Affaires étrangères partent pour le camp de Châlons

 

chalons


où ils vont passer deux jours. Ils visitent le camp, ses installations, les ouvrages réalisés par les soldats et assistent à la célébration de la messe, au défilé des troupes qui se termine par une charge en bataille de la cavalerie et aux grandes manoeuvres.

Ou pour « éblouir ».

La presse s’en fait l’écho :

Les Siamois sont émerveillés par les peintures et les dorures de leurs appartements et fascinés par les immenses glaces qui reflètent leurs personnes. Le premier ambassadeur, relate Le Moniteur universel du 17 juin, est resté près d'un quart d'heure en contemplation devant la serrure de la porte du salon …
Ils vont visiter entre autres : la Bibliothèque impériale, l'Imprimerie impériale avec son cabinet des poinçons, les Gobelins, le Louvre dont les collections riches et variées les comblent d'admiration, assistent à Versailles au spectacle des grands eaux et visitent longuement le musée…
Evidemment nous aurons droit ensuite  à la description de la réception au château de Fontainebleau le 27 juin 1861, avec son cérémonial, son protocole, la remise des présents.

Le protocole et le cérémonial


Napoléon III « entre dans la salle en tenant par la main le prince Impérial.

 

Carpeaux prince imperial

 

Il est accompagné du ministre d'État, le comte Walewski,

 

alexandre-walewski

 

et de celui des Affaires étrangères, le comte Thouvenel,

 

220px-Edouard Thouvenel

 

du grand maréchal du Palais,Vaillant,

vaillant

 

du maréchal Magnan


magnan4

 

et des officiers de sa maison. Ensuite apparaît l'impératrice qui s'est parée des diamants et joyaux de la Couronne pour impressionner les Siamois. Puis les ambassadeurs, introduits par le grand maître des cérémonies et accompagnés de monsieur de Montigny et de l'abbé Larnaudie, font leur entrée selon un ordre précis - les trois ambassadeurs, puis le fils du second ambassadeur, enfin les attachés et secrétaires de lalégation - et conforme au cérémonial royal des salutations en vigueur au Siam. Cet usage, qui consiste à se coucher à plat ventre dès la porte de la salle de réception et à marcher sur les genoux et les coudes jusqu'au trône,est devenu le sujet à la mode de certains courtisans. Prosper Mérimée rapporte que c'est le comte de Thouvenel qui aurait exigé que les ambassadeurs rampent. Mais dès février 1861, notre représentant à Bangkok subodore cette réaction de Paris à l'usage siamois et préconise son respect, soulignant qu'y déroger serait considéré dans l'Indochine comme une preuve d'infériorité du souverain. Le protocole ira, le 4 avril 1861 Jusqu'à demander confirmation auprès de la cour d'Angleterre du suivi de ce cérémonial lors de la réception de l'ambassade siamoise de 1857.
La marche s'avère difficile pour le premier ambassadeur…


Les présents sont disposés sur des tables dans les embrasures des fenêtres de la galerie. Le consul de France mentionne, dans une lettre du 23 mars 1 861,34 articles garnis d'une grande profusion de diamants, de rubis et d'émeraudes. Les ambassadeurs sont chargés de présenter les répliques des regalia des rois de Siam (trône, palanquin, parasols, pièces d'orfèvrerie et couronne royale ornée de pierreries, une peinture sur coton représentant le PhraKèo Morokot dit Bouddha d'émeraude, palladium national) à Napoléon III, des bracelets et des bagues de travail siamois à l'impératrice, un kriss indonésien au prince impérial,


kriss

 

des bagues et des bracelets à la princesse Mathilde.


mathilde

 

Les présents du deuxième Roi, d'une valeur moindre, sont à peu près semblables. Le prince KromluangWongsa, troisième frère du roi et ministre des Affaires étrangères offre à son homologue, le comte Thouvenel, un sabre siamois…


3/ Une ambassade inutile ?


« Cette ambassade qui s'est rendue uniquement en France et à Rome n'aura été en fait qu'une simple visite de courtoisie. Les relations franco-siamoises resteront dans un état d'indifférence réciproque et de stagnation jusqu'à l'établissement du protectorat français sur le Cambodge en 1863. Une ambassade siamoise accompagnée de l'abbé Larnaudie se rendra en 1 867 à Paris pour régler ce contentieux. Le traité du 1 5 juillet 1 867 précisera que le roi de Siam renonce "à tout tribut, présent et autre marque de vassalité de la part du Cambodge ».

Mais de cela nous avions déjà parlé.(Cf. dans notre blog :« relations franco-thaïes »)

Il est vrai qu’après la prise de Saïgon le 9 juillet 1859, par l’ amiral de Genouilly,


 

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et l’arrivée des Français en  Cochinchine, le Siam pouvait douter des bonnes relations franco-siamoises. Il tentera néanmoins, mais en vain,de maintenir sa suzeraineté sur le Cambodge et le Laos.

Vous pouvez maintenant, si cela vous est possible, aller visiter le château de Fontainebleau qui présente une exposition du 5 novembre au 27 février 2012,  intitulée « Le Siam à Fontainebleau – l’ambassade du 27 juin 1861

».


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 __________________________________________________________________________________________



Notes :


*Communiqué de presse - Le Siam à Fontainebleau – l’ambassade du 27 juin 1861 / PDF, 338.8 ko
Dernier souverain ayant résidé au château de Fontainebleau, Napoléon III, empereur de 1852 à 1870, y entreprend d’importants travaux et aménagements : théâtre Impérial (1857), salons et musée Chinois de l’Impératrice (1863), cabinet de Travail (1864), salon des Laques (1868). Ce sont ceux qui subsistent aujourd’hui au sein des grands décors éclectiques qui font la qualité et l’originalité de ce site patrimonial majeur.
Chaque année, au début et à la fin de l’été, Napoléon III et Eugénie séjournent au château de Fontainebleau, en compagnie d’une société choisie –les « invités »– société composée de parents, de membres de la cour, d’amis. Au début de l’été 1861, le château de Fontainebleau est ainsi le cadre choisi par l’empereur pour recevoir une ambassade de Siam (actuelle Thaïlande), consécration de cinq années dédiées à renouer des liens diplomatiques avec le lointain royaume. En effet, depuis 1856, sous l’impulsion du ministre plénipotentiaire Charles de Montigny, un traité d’amitié franco-siamoise a été conclu. L’ambassade du roi de Siam, Rama IV Mongkut, est donc reçue par Napoléon III, le 27 juin 1861, dans la salle de Bal du château de Fontainebleau. Elle fait directement écho à celle de PhraNaraï, reçue par Louis XIV, le 1er septembre 1686, dans la galerie des Glaces à Versailles.
Lors de la conclusion de l’accord diplomatique, Napoléon III avait adressé des présents au roi Rama IV Mongkut qui, en retour, envisagea de faire parvenir en France des animaux rares. Finalement, ce sont quarante-huit caisses de cadeaux qui arrivent à Toulon le 2 juin 1861. Comme deux siècles plus tôt lors de la réception de l’ambassade de PhraNaraï, la magie de l’Orient opère à Fontainebleau, au vu du raffinement des costumes et des manières de la délégation siamoise. La splendeur des cadeaux offerts à l’empereur et l’impératrice marquèrent les esprits. À l’instigation de l’impératrice Eugénie, ces présents furent présentés dans les premières pièces de l’appartement des Reines-Mères (actuel appartement du Pape) avant d’être exposés dans le musée Chinois, inauguré le 14 juin 1863.
L’exposition réunit une centaine d’oeuvres pour replacer l’ambassade de Rama IV Mongkut dans son contexte (sa dimension politique, sa portée scientifique et son importance artistique). Elle s’appuie sur les présents eux-mêmes, toujours exposés dans le musée Chinois de l’impératrice Eugénie, le monumental tableau commandé pour les galeries historiques du château de Versailles au peintre Jean-Léon Gérôme qui mit trois ans à le réaliser, et sur les campagnes photographiques menées à l’époque pour étudier la morphologie des habitants du Siam.


**Le traité de 1856 :


http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1856-65362144.html


*** Les portraits de Mgr Pallegoix et de Rama IV :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-les-relations-franco-thaies-mgr-pallegoix-65017462.html


**** la visite du Président Chirac en Thaïlande en 2006 :


http://www.alainbernardenthailande.com/article-32-les-relations-franco-thaies-de-2004-a-2008-68344409.html


*****Dominique Le Bas, Conservateur en chef du CREOPS, Paris-Sorbonne
Citer ce document / Cite this document :
Le Bas Dominique. La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861. In: Aséanie 3, 1999. pp. 91-112.doi : 10.3406/asean.1999.1621
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1621


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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 04:03

imagesLa politique en Thaïlande. 

 

Même si vous voulez vous intéresser à la politique thaïlandaise, vous savez de suite que cela ne sera pas simple, et qu’elle sera fort différente de notre politique française. Certes, me direz-vous, nous ne sommes pas en France. Mais cela ne vous aidera pas à mieux comprendre, tant de nombreuses  particularités de ce pays n’ont aucun équivalent en France. Même notre chère « démocratie »  est ici entendue de façon singulière. 

Heureusement, un excellent article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés (in Thaïlande contemporaine*) pour en déchiffrer l’histoire et ses principales composantes**.


Le populisme ?

 

populisme

Le titre de l’article de  Baffie « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple » ne nous semble pas pertinent pour éclairer ce que serait la politique enThaïlande. Curieusement, il avoue lui-même d’ entrée que ce concept de populisme « n’est guère rigoureux » et « perçu comme péjoratif » . Il est souvent utilisé contre les leaders charismatiques. Il cite Kuktrit Pramoj et Boonchu en 1975, Samak en 1979 et bien sûr plus récemment, Thaksin. Sauf que, pour rester sur ce dernier, cette idéologie a pris des formes concrètes pour les paysans ( prix du riz assuré au-dessus des prix mondiaux,  moratoire de trois ans sur certaines dettes dues par les paysans, distribution d’un fonds d’un million de baths pour chaque village, soins médicaux accessibles …) qui lui doivent encore son succès politique. Mais il y a bien d’autres clés que l’on peut extraire de son article qui vont nous donner à comprendre les parenthèses qu’il met sur le mot  « démocratie ».


1/ La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle depuis le coup d’Etat de 1932. Une « démocratie » qui a connu 18 coups d’Etats, 18 constitutions, et connu 33 premiers ministres (fin 2011)… et 24 élections législatives !!!


« Depuis 1932, dix (ou onze ?) coups d’Etat militaires ont été couronnés de succès (…) et, signe de dissensions au sein de l’armée, sept autres ont échoué (…) . Le plus souvent, l’armée a utilisé ce type d’intervention pour remplacer rapidement un premier ministre et un gouvernement ou mettre fin à un processus démocratique qu’elle avait initié, mais qu’elle ne contrôlait plus. »


AFP 060920thailande-coup-etat n


On vous l’avait dit : une « démocratie » singulière :  souvent  « interrompue » (18 fois),avec  de nombreuses règles du jeu politique modifiées (18 fois) et surtout depuis 1932 dirigée pendant plus de 50 ans par des militaires (sur 79 ans !) , avec 10 officiers supérieurs  comme 1er ministres depuis 1946, et encore faudrait-il rajouter les périodes « démocratiques  »  sous surveillance.

Prenons en exemple le dernier épisode.

La Constitution de 1997 (la 17 ème) «  fut abolie après le coup d’Etat du 19 septembre 2006 ». La 18ème constitution présentée par la junte militaire fut approuvée par un référendum (pour la 1ère fois)  le 19 août 2007 (57 % des suffrages).


La junte espérait ainsi contrôler et gagner les élections législatives du  23 décembre 2007, d’autant plus que la Cour constitutionnelle avait dissous  le TRT, le parti de leurs opposants et interdit à 111 de leurs dirigeants de toute activité politique pendant 5 ans. Mais leur nouveau parti, le Power People Party (PPP)  remportait  les élections avec 48,5 % des sièges. Leur leader, Samak Sundaravej , devenait le nouveau Premier ministre le 28 janvier 2008, et  constituait un gouvernement de coalition «pro-Thaksin».

 

Thai-PM-Samak


Après les militaires, la Cour Constitutionnelle intervenait  dans le jeu politique. Le 1er ministre Samak fut contraint de démissionner après 7 mois de pouvoir. Il avait commis le «  crime » de présenter une  émission de télévision sur la ………..cuisine !!! Son successeur (le beau-frère de Thaksin) Somchai, 1er ministre le 18 septembre voyait son parti dissous le 2 décembre par la Cour Constitutionnelle. Son successeur  Chaoarat devait céder sa place, après un renversement de majorité 13 jours plus tard et voyait Abhisit du parti démocrate gouverner du 15/12/ 2008, jusqu’aux  ……………élections législatives du 3 juillet 2011, où le Pheu Thai (Parti pour les Thaï), dirigé depuis le 16 mai par Yingluck Shinawatra,  sœur cadette de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 et en exil depuis, l'emportait par une majorité absolue de 265 sièges (sur 500). 

 

yingluk


La famille Thaksin était de nouveau au pouvoir. Maintenant, au vu de l’ histoire politique du pays, on peut se douter que certains généraux ou la Cour constitutionnelle sont en train de « réfléchir » !


2/ Les partis politiques et les klums ( ?).


Une autre difficulté pour comprendre la politique thaïlandaise :   le modèle des partis politiques.

En effet, il  est très différent de celui des pays occidentaux. Leur nombre ? leur changement de nom ? leur composition (les klums ?),  le rôle des militaires, l’importance de certaines familles et même de »parrains », le rôle de l’argent (populisme, corruption, achat des votes, intimidation parfois) … font partie des « mœurs » politiques de ce pays.

 

corruption


On a vu depuis 1946, 155 partis alors qu’il n’  en reste qu’une douzaine aujourd’hui, et encore changent-ils bien souvent de nom. (cf. les derniers épisodes thaksin : le TRT devient le PPP qui devient le PT (Pheu Thai)…) . Et la plupart ont une vie brève. « En août 1995, un magazine présentait les dix plus importants. Moins de six ans après trois (avaient) déjà disparu (…) deux autres (n’avaient) plus de députés ». 


Mais « l’ originalité » de ce système politique réside dans les klum.


Le klum n’a rien à voir avec les « courants » existants dans nos partis politiques. Il représente nous dit Baffie, « la véritable unité de base de la politique thaïlandaise ». Le klum  a été créé par un leader ( un général influent, le chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local …). Il a ses propres sources de financement, souvent un bulletin de liaison (ou un média pour les plus riches). Son objectif est d’obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement ).

Il va donc s’associer pour créer un parti, négocier son arrivée dans un parti existant, ou quitter un parti pour en rejoindre un autre au pouvoir ou susceptible de l’obtenir. Les exemples sont nombreux où un changement d’alliance a non seulement fait changer de 1er ministre, mais a changé le cours de l’Histoire.


Ainsi le parti deThaksin  (le parti des Thaïlandais  pour la Thaïlande)


trt

en février 2001 était constitué de 9 klum. En décembre 2008 la défection d’un klum (Les amis de Newin), la défection de députés de quatre formations précédemment alliées à Thaksin , a permis  à Abhisit, du parti démocrate,  de diriger une nouvelle coalition gouvernementale, le 15/12/2008.

Vous pouvez vous demander pourquoi des formations qui sont au pouvoir et ont la majorité décident de changer leur alliance ?  des nouvelles convictions ? la pression des militaires ? l’achat de leur « alliance » ?  la proposition de postes ministériels ?


Le peuple a répondu, aux   élections législatives du 3 juillet 2011 en donnant une fois de plus, nous l’avons dit, la majorité absolue au Pheu Thai et à la sœur de Thaksin !


Les klum« animent » donc la vie politique thaïlandaise. Certains  sont si puissants et organisés qu’ils pourraient même se constituer en parti. On peut citer par exemple dans les années 80,  Chaisiri, député d’Ubon Ratchatani et parrain influent, qui avait gagné une quarantaine de sièges grâce à son klum,  fonder le parti du Citoyen  . . . et même plus près de nous quand le 14 janvier 2009, trois klum (dont celui des amis de Newin déjà cité ) « formèrent le parti de la fierté thaïlandaise ».


Il est donc dirigé par un leader et souvent sert les intérêts d’une « grande » famille. Baffie en cite plusieurs (on a déjà vu la famille Thaksin Chinawatra), comme la famille Chunlawan par exemple , qui a porté au pouvoir deux premiers ministres, ou bien la famille Thiam de la province deTak qui fit élire 3 générations de politiciens, ou bien la famille Tantisunthon  qui suivit un schéma assez classique. On commence par un petit commerce, puis la famille s’enrichit dans différents secteurs, s’engage au niveau politique local et ensuite au niveau national. Un autre schéma plus local est celui des parrains. Ainsi par exemple Somchai Khunpluem, plus connu sous le nom de Kamnan Po, qui dans la province de Chonburi fit élire ses hommes et ses parents, son beau-frère, ses fils (l’un d’eux fut 3 fois vice-ministres et 2 fois ministres) et tous ceux qui ont voulu son appui pour gagner des élections. Accusé de meurtre, il est actuellement en fuite.


3/ Une autre clé pour comprendre. Les moyens  utilisés : les tueurs, la corruption, « l’achat » des votes.


Les tueurs.


tueur


Baffie signale  que le Centre de la Thaïlande est connu pour être  la terre des chao pho (des parrains), « où des familles influentes se comportent en effet en véritables potentats, disposant parfois de tueurs, chargés d’éliminer leurs concurrents ». Je me souviens du « Petit journal » du 16 mai 2011, citant le Bangkok Post : La police thaïlandaise a diffusé samedi la liste de 112 tueurs à gage et offre une récompense de 100.000 bahts (environ 2.400 euros) à quiconque fournira des informations aidant à leur arrestation ».On connait même les tueurs ! Circulant près de Kalasin, une amie me signala une moto qui nous dépassait, dont les occupants étaient, dit-elle,  les « hommes de main »  de X.


La corruption.


tunisie+news+isie+achat+vote


Pour Baffie, la sentence est claire : « Le règne de l’argent est sans conteste le trait dominant de la politique thaïlandaise aujourd’hui »***. Il dit « aujourd’hui » car il nous démontre qu’il y a une véritable inflation et un changement d’échelle entre la coutume d’autrefois qui consistait à offrir des « menus cadeaux » comme le « dentifrice, savon, lessive, huile, boîtes de sardines, etc » et les sommes investies aujourd’hui pour espérer être élu député. Il cite le général Kriangsak, contraint de démissionner de son poste de 1er ministre en mars 1980, qui employa des grands moyens pour être élu député. « C’est ainsi qu’il engagea 30 millions de baths (env. 730 000 euros) pour sa campagne, dont au moins 10 millions allaient servir à l’achat de voix ». Nous avions déjà dans notre article 8 signalé ce problème : « POLITIQUE – 53,2% des Thaïs seraient prêts à vendre leur vote (sondage) ( Petit journal du 18/01/2011) » . Mais nous avions relativiser avec ce titre « Il y a corruption et corruption ».

Nous avions dit alors que le « sondage » ne racontait qu’une partie de cette pratique en donnant l’ exemple de mon village. « Au moment des élections, les candidats passent de maison en maison et comme tous les candidats du monde « annoncent » les merveilles qu’ils vont apporter au village et sollicitent le vote des habitants. Mais ici, ils remercient la promesse de vote  en donnant qui 200 baths, qui 300, qui même 1 000 baths parfois ». Certes  corruption il y avait.


Sauf que le « roué paysan «  promettait son vote à tous. Considérant, disions-nous, que « la corruption est un moyen que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir, sa conscience » (Petit Robert) et qu’ici le « corrompu » agit comme il l’entend, peut-on encore parler de corruption ? (Toutefois, nous devons ajouter que lors des dernières élections du 3 juillet 2011, les candidats « surveillés » se sont abstenus de distribuer de l’argent. Une nouvelle ère commence-t-elle ? ).

Mais il est vrai que la corruption « politique » n’est qu’une composante d’une corruption généralisée à tous les niveaux de l’ Administration . Un petit séjour dans ce charmant pays vous en donnera des illustrations vécues.


4/ Le rôle des militaires.


thailand-military


Nous pensons en fait que la principale caractéristique de la politique du pays se tient dans le partage du pouvoir entre le roi et les militaires, tout en sachant que chacune de ces entités est composée de « factions » en concurrence et que « le peuple » exprime « parfois » ses choix dans la rue et dans les urnes, sur la base de bipolarisations entre Bangkok et le monde rural, entre les  classes dites supérieures (et moyennes) et les classes populaires (prolétariat de Bangkok et les paysans) ou pour faire plus simple, depuis 2006, entre les « jaunes » et les « rouges ».

Une « démocratie » avions-nous dit, aux 18 coups d’Etats et dirigée depuis 1932 pendant plus de 50 ans par les militaires. Il y a quand même là une spécificité thaïlandaise dont on peut donner quelques éléments.


Quid des militaires ?


Evidemment il faut se référer à l’histoire de la Thaïlande pour comprendre : (Cf. notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-les-relations-franco-thaies-l-entre-deux-guerres-67544057.html  Pour faire court. L’armée a été l’élément moteur de la « révolution de 1932 » et s’est considérée dès lors « comme la gardienne d’une identité proprement thaïe » et après le coup d’Etat du maréchal Sarit en 1959, gardienne de la royauté et du respect dû au roi. Une idéologie efficace à laquelle s’est rajoutée une culture du coup d’Etat permettant d’assurer en fait des intérêts économiques puissants. (Et le nec plus ultra : on a même vu le coup d’Etat de 2006 pour assurer une « future démocratie » »).

Si on ajoute la politique pro-américaine et l’aide américaine depuis le coup d’Etat de Phibun en 1948, on a les principaux éléments pour comprendre. (Cf. notre article sur les Américains en Thaïlande et en Isan :  http://www.alainbernardenthailande.com/article-37-decouvrir-l-isan-les-americains-debarquent-en-isan-85622786.html ).


Stéphane Dovert, dans l’article suivant « La Thaïlande prête pour le monde », nous donne quelques chiffres : « l’aide américaine a couramment dépassé 100% du budget national consacré à la défense » avec en plus l’aide civile occidentale  « 13,5 % du budget d’Etat en 1968 », sans compter les bases américaines pendant la guerre du Viet Nam et tous les  sous-traitants, et la gestion par l’Etat-major thaïlandais des soldats américains venant se reposer en Thaïlande (rest and recreation). En récompense des services rendus « dès la fin de la guerre, les élites militaires ont été amenés à participer aux conseils d’administration des grands groupes chinois (…) Entre 1948 et 1957,  la direction de plus de 41 firmes majeures et le bénéfice d’une participation à une centaine d’entreprises ». Dovert, cite par exemple qu’ en 1969, la famille du 1er ministre Thanom était présente dans les conseils d’administration de 347 sociétés ! (sic) .

Dans ces conditions on comprend que beaucoup ont considéré que  l’Armée était un formidable moyen d’ascension sociale et la voie pour faire fortune,  et que les coups d’Etat permettaient aussi d’assurer la promotion et  fortune aux vainqueurs.

La concurrence est d’ailleurs rude, nous dit Baffie,  en fonction de l’arme et de la promotion auxquelles on appartient. Il fut des époques « où des généraux issus de trois promotions différentes préparaient trois coups d’Etat, sans aucun contact entre eux ».

 

Il y a pour le moins un « conflit d’intérèt » entre le militaire, le politique et l’économique. Et cette donnée explique peut-être tout l’intérèt que portent les militaires à la politique.


5/ Le ROI et ses conseillers.


roi


Même si le roi est vénéré et a un réel prestige  personnel, il bénéficie de la loi du lèse-majesté (beaucoup utilisé depuis 2006) pour faire taire toute critique virulente ou toute analyse le mettant en cause.

On lui reconnait (comme Baffie dans son article) des interventions politiques essentielles à certaines périodes sombres de l’histoire politique thaïlandaise , comme  le 14 octobre 1973 « le roi demanda et obtint la démission des maréchaux Thanom Kittikachorn et Praphas Charusathien, respectivement Premier ministre et ministre de l’Intérieur ». Il nomma comme premier ministre, un de ses conseillers royaux .Il interviendra de même le 8 octobre 1976, après un nouveau massacre d’étudiants en nommant Thanin.Mais nous dit Baffie, « l’action la plus marquante du souverain reste, dans l’esprit du peuple, la rencontre du 20 mai 1992 », où il sermonna le premier ministre et le leader des manifestants en public , responsable de la mort de nombreux manifestants, et mis en place deux de ses conseillers privés, Sanya et le général Prem,  au poste de Premier ministre. Il est dit que le général Prem, redevenu conseiller du roi,  joue actuellement un rôle essentiel depuis 2001, dans  la politique du pays.

Baffie est plus prudent et après avoir rappelé que trois conseillers sont devenus premiers ministres ou que le général Surayud , premier ministre de 2006 à 2008, est devenu Conseiller royal, nous dit : « Toute la question est de savoir si les conseillers royaux sont de simples représentants -des instruments- d’un souverain en principe « au-dessus de la politique », ou s’ils disposent d’une réelle part d’autonomie ». Eh oui, c’est une clé essentielle à saisir. Toutefois la « guerre  » ouverte entre le conseiller Prem (très proche de la reine ) et l’ancien premier ministreThaksin,  est de notoriété publique. Etait-ce une lutte entre le pouvoir royal menacé et le nouveau pouvoir « démocratique »  issu des urnes deThaksin ?

Une chose est sûre : « A l’occasion des événements de cette décennie, les projecteurs ont été fixés sur le « pouvoir royal » et le Conseil royal ».


6/ Et le peuple ?


Eh oui le peuple ? c’est ici le grand absent .


peuple


Nous n’allons pas reprendre le chapitre intitulé  « la sociologie de la politique thaïlandaise » proposé par Baffie, avec « les princes, le sangha, les militaires, la majorité « silencieuse » des paysans, les ouvriers, les commerçants et hommes d’affaires, les classes moyennes, les étudiants, les femmes politiques », qui a le mérite de présenter les forces en présence (sauf pour l’épiphénomène des femmes politiques) mais le tort  de ne pas assez identifier les clans aristocratiques et des « affaires »  qui sont au pouvoir et d’ analyser le nouveau jeu politique avec la prise de conscience des « classes populaires »**** du Nord et du Nord-est depuis l’ère Thaksin***** en 2001.


Cette présentation « sociologique » des acteurs raconte « la politique en Thaïlande depuis la seconde guerre mondiale » surtout du point de vue du « haut » et ne consacre qu’une page et demie à la « majorité silencieuse ».


Beaucoup de clés néanmoins ont été données pour comprendre la politique en Thaïlande, même s’il nous reste à faire entendre celle du point de vue des masses rurales, des ouvriers sous-payés … et des deux millions de travailleurs étrangers et de  « sans-papiers ».  

 

Sans faf


(Article à paraître à la fin de « Notre » Histoire de la Thaïlande.)

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

*Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

ThailandContemp2011


**Il est bien entendu que cet article de 60 pages (p.139-p.200) propose une analyse de fond et dépasse infiniment les quelques clés que j’ai cru déceler.Si vous suivez notre blog, vous savez déjà ce que nous devons à l’IRASEC et à J. Ivanoff et J. Baffie en particulier, dans la compréhension de la Thaïlande. http://www.irasec.com/component/irasec/?task=article_detail&articleid=1 

http://www.irasec.com/index.php?option=com_irasec&task=document_listing


*** Le règne de l’argent en politique ?


argent


Malheureusement , ce n’est pas une spécificité thaïlandaise. La France a aussi ses « affaires » et chacun sait qu’une élection  « coûte chère », surtout aux USA .

****La notion de "classes populaires" ne se réfère pas à la théorie marxiste de la société de classes (prolétariat), basée exclusivement sur la propriété des moyens de production, mais adopte une définition plus descriptive et empirique qui tient compte des différentes inégalités(économiques, juridiques, politiques, ethniques, religieuses, sexuelles,.), mais aussi de la culture et des moeurs. L'hétérogénéité de cette population conduit à l'utilisation du pluriel (classes ou couches populaires). "Toupictionnaire"

*****Le nom de Thaksin est donné ici comme un point de repère et ne dit rien sur ce que nous pensons de l’ homme.

 

thaksin 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 04:02

consulatLe Consulat britanique de Bangkok crée en accord avec le gouvernement siamois un service postal privé entre 1882 et 1885 faute d’un service officiel siamois. Mais combien de faux sur le marché ?


Ce sont tout simplement

1) un premier timbre des Indes anglaises (première émission) :


victoria 1

 

2) peut-être de Hong-Kong (aucun exemplaire estampillé connu mais des courriers sont partis de Bangkok avec des timbres de Hong Kong) et


3) ensuite deux émissions des « Straits setlements » comme on appelait alors les sultanats malais (Kedah, Malacca, Johor et Singapour), les anciens territoires de la Compagnie des Indes orientales devenus colonie britanique en 1826.


 victoria 2

 

Les timbres, la Reine Victoria toujours jeune et belle, sont surchargés de la lettre « B » (pour Bangkok). Les courriers partaient par voie maritime vers Hong-Kong ou Singapour où ils étaient oblitérés par un cachet portant le nom du navire ou un cachet du consulat. Les trois émissions se distinguent par le filigranne.


 Victoria 3

 

Bien que nous n’ayons aucun élément sur le nombre de correspondances ayant voyagé selon cette procédure (dont profitaient également les citoyens américains et rarement des Français et des allemands), il fut suffisamment important pour que l’on trouve fréquement le portrait de la reine Victoria estampillé de la lettre B lors des ventes publiques. Somchaï Sènngoen leur donne une côte variant pour les « vedettes » de 2.200.000 bahts pour le timbre des Indes à 3.200.000 pour le 30 centimes « clairet » de la deuxième émission et des chiffres plus modestes (mais toujours plusieurs milliers pour les plus faibles ou plusieurs dizaines de milliers de baths). Ces chiffres, plus ou moins fictifs comme toutes les côtes des timbres de valeur correspondent toutefois, peu ou prou, à la valeur réelle de ces timbres sur le marché telle qu’elle est reflétée concrêtement lors des ventes publiques sur offre mais essentiellement sur des enveloppes ayant circulé portant les cachets de départ et d’arrivée, beaucoup plus faciles à authentifier. Un exemplaire du timbre des Indes en très triste état a été adjugé 1 million de baths dans une vente aux enchères du début de l'année 2011.

 

32 c 1.000.000

 

Cette lettre s’est vendue 319.000 bahts dans une vente récente à Singapour : 


 319.000

 

et celle-ci à destination de Londres, 187.000 baths :


 187 

 

Les Anglais cessèrent leurs émissions dès l’entrée du Siam à l’UPU. 

Si ces timbres ne sont pas à proprement parler des timbres-poste du Siam, ils sont en tous cas les premiers timbres-poste officiels à avoir été utilisés au Siam. 

Les services postaux du consulat britanique sont certainement antérieurs à l'estampillage du minois de la Reine Victoria de la lettre B. A preuve cette correspondance timbrée des "Straits settlements", partie de Bangkok pour Rouen en 1877 "par Bangkok mail via Brindisi". Un voyage probablement rarissime puisque cette missive - annoncée comme "seul exemplaire connu à ce jour" - a été adjugée un peu plus de 800.000 baths dans une vente aux enchères du début de 2011. 


 

8000.000

 

 

Il est possible que les allemands aient également profité de ce service, rarement il est sûr puisque cette lettre à destination de Hambourg en 1884, annoncée à la vente "comme seul exemplaire connu à ce jour", a été adjugée un peu plus de 300.000 baths :


allemagne 300240

Les faux vendus à la pièce sont innombrables, il en circule certainement beaucoup plus que d’authentiques, dûs à la facilité de se procurer les timbres à surcharger et à celle de contrefaire la surcharge. Vous pourrez en trouver à la pelle sur des sites de vente-arnaque par Internet dont je tais le nom, à quelques euros ou à quelques dollars évidemment tous faux ! 

Les pièces sur lettre estampillées sont évidemment beaucoup plus difficiles à contrefaire (d'où leur prix ?). Naturellement, les ventes aux enchères présentent toutes les garanties possibles et imaginables et toutes les références que nous vous avons données ont été, lors de la vente, assorties des certificats, assurances et garanties du meilleur aloi.

 

Curieusement, la liste exhaustive de ces émissions telle que donnée dans le somptueux catalogue de Somchaï Sèngngoen ne mentionne pas celui que le Musée philatélique de Bangkok expose précieusement comme le premier timbre utilisé au Siam ?


le premier - 

 

Pour Somchaï, le premier serait celui des Indes britanniques estampillé « B 32 cents » ?  La parole est aux experts dont nous ne sommes pas.


La prudence est donc de rigueur !

 

Non, nous n’avons pas trouvé l’introuvable de Hong Kong, ce n'était qu'un coup de "baguette magique"  !


faux de HK 2faux de HK 3

 

 

 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 04:05

18831883,  première émission dite « officielle »,  la « série solot » ... et toujours des faux  !

Le gouvernement siamois confie à la société «  Waterloo and sons LTD » de Londres le soin de graver ses premiers timbres sur le dessin de William Ridgeway. Elle porte traditionnellement le nom de la première valeur, un solot. Il y en a cinq, un solot, un at, un sio, un sik et un salung. Le timbre de un fuang apparait plus tard mais n’a apparement jamais été utilisé par suite de l’émission d’une deuxième série en 1885 dont nous allons parler. Ces timbres sont gravés en taille douce avec un excellent relief mais le papier est coloré en surface et sur les bords à la suite d’un mauvais essuyage de la planche. L’emission est lancée le 4 août 1883. Peu de succès, le premier jour, 5 valeurs seulement sont vendues à Bangkok !


 solot 1

 

Il existe de multiples variétés de couleurs, dans le texte (โสฬด en particulier)


 variétés 1 solot

 

et des variétés dans les perforations, ou des exemplaites non dentelés du 1 solot.

La première série de 5 a été tirée par planches de 80 à 500.000 exemplaires, et côtée, neuve ou oblitérée quelques milliers de bahts. On la trouve sans difficulté aux environ de 3.000 bahts dans les ventes sur offre. Seule la vignette de 1 fuang a une côte importante (50 à 60.000).


 numéro 6


Les faux apparaissent immédiatement sur le marché philatélique, les collectionneurs européens avisés se sont rués sur cette première émission d’un pays exotique. Faire des faux pour un timbre de valeur modeste (sauf pour le 1 fuang bien sûr) ? Que non pas, les variétés (absence de perforation, variation des couleurs) font grimper les prix, jusqu’à 260.000 bahts ! Ne médisons pas des Siamois, les faussaires ne viennent alors pas du Siam mais de Genève ! Les « timbromanes » européens savent bien que ces petits bouts de papier de quelques millimètres carrés pesant quelques milligrammes peuvent valoir plus qu’un lingot d’or et qu’il est beaucoup moins risqué de les confectionner que de confectionner de la fausse monnaie !

 

 non perforfé copie

 

En 1885, le Siam adhère à l’Union postale universelle et doit mettre ses vignettes en conformité avec les exigences de l’organisation. Pour diverses raisons, l’exemplaire du 1 solot bleu est surchargé d’un tampon orangé ou vermillon « 1 tical ». Il y en a 5 modèles différents, l’un tiré à 1000 exemplaires, l’autre à 6000, un troisième à quelques centaines seulement et deux autres qui n’ont jamais été émis. De plus certaine surcharges sont renversées ou mal placées.

 

 surcharges 4

 

On trouve alors de fausses surcharges sur des vrais et sur des faux ! Elles viendraient encore de Genève et voilà notre timbre à un solot, aujourd’hui côté 400 bahts qui devient par la vertu d’une surcharge « le 1 tical type 1 » à 150.000 bahts ou le « 1 tical type 3 à surcharge renversée » à 300.000 bahts. Ces fausses surcharges, surtout apposées sur un vrai, sont insidieuses.


Et la fête va continuer ! 

Une nouvelle série, toujours au portrait de Rama V est émise en 1887 de 8 valeurs, le tirage est important (entre 500.000 et 2.500.000), la côte est relativement faible, 6.200 bahts la série.


1887 01

 

Pour des raisons techniques, cette série va être surchargée en août 1889 «  ๑ อ้ฐ  1 » (at en graphie thaïe). A peine 90.000 timbres vont être surchargées avec des variations dans la surcharge, l’un d’entre elle n’est tirée qu’à 9.500 exemplaires et voilà le timbre à 200 bahts qui est côté à 40.000 !


1887 3

 

Jusqu’en 1905, une vingtaine d’émissions de timbres sont des surcharges de la série de 1887. Les faussaires (peut-être plus les Suisses ?) ont pu s’en donner à coeur joie. Encore et toujours des faux insidieux que l’on ne peut guère détecter que par comparaison. Comme toujours, il est beaucoup plus facile d’apposer une fausse surcharge sur un vrai timbre de peu de valeur que de confectionner un faux timbre !

Apparait même sur le marché une « surcharge inconnue » ? Une surcharge inconnue ou un faux ?


 surchargé inconnbu

 

Venons-en rapidement – après ces nombreuses émissions surchargées qui ont été et sont peut-être  encore une mine d’or pour les faussaires - à la période « semi-moderne » : la belle émission du jubilé de 1908 (petit tirage, 5.000 pour la grosse valeur, 100.000 pour la petite et grosse côte, 100.000 bahts la série) a fait l’objet de contrefaçons (locales ?) mal lithographiées qui, dit notre expert Serrane (voir nos références) « ne tromperaient pas même un enfant. »


jubilé 3 

 

Restons-en là pour ne pas décourager plus avant les collectionneurs !

Terminons sur une note plus optimiste et un « cocorico » ! 

La philatélie moderne thaïe n’est peut-être pas un placement mais assurément un plaisir pour les yeux.


Les postes thaïes font souvent appel à la société française (malgré son nom) Cartor Security Printing S.A. située en Eure et Loire. Celle-ci est à la pointe du progrès dans ce domaine et indépendamment d’un quasi monopole de la production française, réalisatrice de nombreux « timbres gadgets » pour le monde entier. Spécialiste de la dorure à chaud en or véritable, quelques-unes des plus belles productions thaïes de ces dernières années sont tombées de ses presses. Un bel exemple avec le bloc émis à l’occasion du 60éme anniversaire de la montée du Roi sur le trône :

 

 anniversaire 2

 

Deux ouvrages de référence 

Le très beau « คู่มือแศตมป์ไทย » de สมชาย แสงเงิน – « thai stamp catalogue 2008 » (en thaï) de Somtchaï Sènngnoen, ISBN 978 974 10 9504 G d’où nous avons extrait de nombreuses reproductions, vous pourrez le consulter sur Internet http://www.hobbyinter.com/hobby-dw/thai-stamp-catalogue.pdf mais, mal numérisé, vous n’éprouverez pas le plaisir de feuilleter le catalogue sur « support papier ».

L’incontournable « Vade mecum du spécialiste-expert en timbres postes hors d’Europe » (Volume II) par Fernand Serrane, Bergerac 1929, une bible pour les traqueurs de faux sur les émissions anciennes et semi-modernes, souvent rédité et traduit.

A visiter le sympathique petit musée philatélique de Khonkaen, sis dans le bureau de poste de thanon klang, à peu de distance de l’arrêt des bus climatisés, des horaires d’ouverture fantaisiste, un accueil souriant, l’accès libre à une petite bibliothèque et une bonne présentation un peu éclectique de l’histoire des timbres siamois.


 Museum.jpg

 

Les timbromanes fanatiques ne manqueront pas de visiter le musée philatélique de Bangkok, dans lequel on peut en toute quiétude (les visiteurs de l’encombrent pas) admirer les plus belles pièces de la philatélie thaïe.

Les sites Internet ? Beaucoup de sites en thaï, quelques uns en anglais.

En français ? C’est un vide abyssal. Le moins mauvais que j’ai trouvé est au mieux à l’usage des écoliers qui cachent leur album dans leur cartable en s’imaginant qu’ils vont y apprendre la géographie et l’histoire parce que le dit-site leur a doctement appris qu’autrefois la Thaïlande s’appelait le Siam mais toujours la sempiternelle erreur selon laquelle l’histoire du timbre siamois a commencé en 1883.

. 

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 04:01

timbre victoriaLes premiers timbres-poste siamois.... et déjà des faux ? 

L’apparition en 1840 du premier timbre-poste au monde, le fameux « one penny » noir de la Grande-Bretagne, à l’effigie de la Reine Victoria (alors encore jeune et belle), celle du premier timbre-poste français en 1849 et très rapidement partout en Europe, dans nos colonies et dans les colonies anglaises a tout aussi rapidement été suivie par l’apparition de ce qu’on appelait alors les « timbromanes » avec un petit air de condescendance méprisante !

 

Si la création du service postal français date de Louis XI et fonctionnait alors fort bien, il était de bon ton, dans le « beau monde » et jusqu’encore au XIXème siècle d’utiliser les services de son « chasseur », domestique préposé à la distribution du courrier privé.


Il en était de même au Siam où la correspondance privée – qui ne devait pas être abondante – et la correspondance officielle qui l’était peut-être plus, circulaient par voie de terre, à dos d’éléphant, ou par voie fluviale faute d’un service national organisé. 

L’Union postale universelle, créée en 1874 à Berne ne reçut l’adhésion du Siam qu’en 1885, deux ans après que ne soient apparu les premiers timbres siamois au sens que l’UPU donne à ce mot. Notez – au passage – que la seule langue officielle de l’UPU est le français et que les bureaux de poste de tous les pays du monde qui y adhèrent devraient comporter des inscriptions et panneaux bilingues. Un grand coup de chapeau (ou un coup de pied au cul ?) à  nos ministres de la poste successifs qui se soucient de cet aspect de la francophonie comme d’une guigne.

Nous reviendrons dans les deux articles suivants sur les séries considérées comme officielle des timbres-poste siamois, mais disons quelques mots des précurseurs et des émissions marginales. La philatélie siamoise n’a pas commencé comme on le lit trop souvent en 1883 mais bien avant.


Les timbres « Phanourangsi » (ภาณุรังษี)

En 1875, le Prince Phanourangsi en compagnie de quelques nobles cousins crée un journal baptisé « la Cour » (Court) puis « Les nouvelles officielles ».

 

 panourangsi 4

 

Distribué aux abonnés par porteurs, le Prince eut très vite l’idée d’utiliser des vignettes adhésives vendues 1 at. Précurseur, le Prince deviendra quelques années plus tard le premier ministre des postes du royaume.


 panourangsi 2

La monnaie n’est pas alors comptée selon le système décimal (un bath de cent satangs) mais selon la numération suivante (voir notre précédent article sur les anciennes mesures siamoises

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a32-poids-et-mesures-pour-les-anciens-dethailande-77329894.html) :

32 โสฬศ solots valent 16 อัฐ ats qui valent เสี้ยว 8 siots qui valent 4 ซีก siks qui valent 2 เฟื้อง fuangs qui valent enfin 1 สลึง salung.

Vous savez déjà qu’un salung vaut un quart de bahts de 100 satangs. Une simple règle de trois vous permettra sans difficultés de passer de l’ancienne numération à la nouvelle.

Ces timbres peuvent être considérés comme appartenant à une première série locale puisqu’ils permettaient aux abonnés de faire également acheminer leur courrier dans Bangkok.


 panourangsi 1

 

Il y eux deux émissions successives.

Une première, de deux vignettes, le « type 1 » qu’on appelle le « Rising P », comportant le portrait du Prince dans un cadre ovale, les mots « Rising P » au-dessous, au dessin assez sommaire et à la dentelure tout aussi sommaire. Le dessin est rouge sur du papier jaune ou crême. Un bel exemplaire ayant fait une enchère de 30.000 bats :


rising p 30


Le « type 2 » est une version modifiée, le profil est différent , le mot « อัฐ » apparait dans la légende en thaï avec les lettes B et P de chaque côté. Il est brun verdâtre sur papier blanc.


001

 

Ces timbres n’étaient en principe pas oblitérés mais annulés à la plume.

Il s’agit de « timbres locaux » qui n’ont évidemment pas l’agrément de l’UPU à laquelle le Siam n’adhère pas encore.

Rarissimes, ils ne peuvent être considérés comme une véritable émission philatélique au sens strict mais apparaissent de façon épisodique oblitérés sur un exemplaire du journal lors des « ventes sur offre » (tous les philatélistes connaissent cette procédure de vente) à des prix exorbitants.

Ont-ils été falsifiés ? C’est probable sinon certain mais nous n’avons aucun renseignement à ce sujet. Tous les philatélistes savent aussi qu’il y a – sur le marché du timbre de valeur – beaucoup plus de faux que d’authentiques, alors si vous êtes tentés, seules les qualités d’un vendeur qui engagent sa responsabilité vous garantissent, et encore...


L’émission privée du Palais royal (แสตมป์ ราชาสำนัก satèm ratchasamnak) 

Sous le règne du grand Roi Rama V, une série à usage interne comportant le portrait du Roi, de la Reine et des membres de la famille a été utilisé dans les années 80 pour la distribution de courrier de la famille royale intra-muros et extra-muros. 

 Palais Royal 1

 

10 timbres ont été émis, Ils sont rarissimes mais n’entrent pas dans la nomenclature officielle. Même observation encore que ci-dessus, si vous êtes tenté de participer à une « vente sur offre ». Les résultats d’une vente sur offre du mois de juin 2011, une moyenne de 1.500 dollars US la pièce pour des exemplaires dûment certifiés et authentifiés par un vendeur en dehors de tout soupçon mais de qualité médiocre et pire encore. Les philatélistes savent que la valeur vénale d’un timbre précieux peut chuter de plus de 90 % s’il n’est pas en parfait état. 


 Palais Royal II bis

 

Mais 12.000 baths pour cette jolie paire en bel état du grand roi et de son adorable petit fils

 

12.000


Nous n’en avons trouvé aucun exemplaire sur le marché commercial récent ou pas ayant circulé sur une lettre ou sur un pli royal. Il en existe certainement qui dorment dans les archives royales que leurs Majestés ou leurs Altesses n’ont pas convenance à livrer à la cupidité des marchands. D’où proviennent alors les exemplaires défectueux que l’on trouve sur le marché ?

Une hypothèse qui en vaut une autre : les planches défectueuses sont tout simplement parties à la poubelle et ont été récupérées par un employé plus ou moins délicat ?


L’emission ราชากุมาร Ratchakuman 

 

Ces vignettes ont été utilisées entre 1888 et 1893 de façon officieuse comme instrument pédagogique dans l’école Radjakouman (ce que les philatéilstes appellent les « timbres des cours d’instruction ») mais ont été utilisés pour la correspondance entre les élèves et les professeurs. On en connait au moins trois valeurs, 1 at, 1 sio et 1 sik. Ils ne peuvent non plus être considérés comme de véritables timbres-poste au sens de l’UPU. Même observation que dessus, si vous être tenté de participer à une « vente sur offre »

 le prince

 

Un lot de 6 vignettes en superbe état a été adjugé un peu plus de 40.000 baths pour chacune des vignettes lors d'une vente aux enchères au printemps 2011 : 


Sans titre-3

 

et encore 150.000 baths pour lot en parfait état :


150.000


Le rêve de Rama VI 


Revenu d’Angleterre imprégné d’idéaux démocratiques et monté sur le trône en 1911, il voulut (il n’était ni le premier ni le dernier) créer en 1918 la « cité idéale », Dusitthani, le quatrième des six paradis bouddhistes, la ville modèle. Le projet ne vit jamais le jour et fut abandonné à sa mort. Des vignettes qui auraient pu être des timbres-poste ont été imprimées mais probablement jamais utilisées. Une fantaisie royale qui n’a aucune valeur philatélique, 

 dusith

 

mais tout de même 2.500 baths pour cette vignette lors de l'adjudication dont nous avons parlé plus haut : 

 

Dusit

 

et 8.000 pour celle ci en état proche de la perfection :


dusitthani 8000


Les essais de 1881

 

Une série d'essai a été imprimée en 1881. Différentes couleurs ou nuances et la mention "0 penny". Le tirage a été restreint. 


essai 1881

 

Chacune des vignettes à l'état de neuf de ce lot a été adjugée un peu plus de 15.000 bahts lors de la vente publique ci-dessus,

et chacun de ces pièces entre 25.000 et 30.000 baths pour un état parfait :


25.00025.000 bisessai 20.000


A suivre ... /...


 

 

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 04:06

Sans titre-1Parmi les autres « retombées » américaines en Thaïlande et en Isan : l'agent "orange en Isan ? 

Nous signalions dans notre article précédent l’aide économique  massive américaine pendant la guerre du Viet-nam qui avait « profondément modifié non seulement l’Isan  mais toute la société Thaïlandaise ». Il ne faudrait pas oublier d’autres aspects de cette politique, à savoir l’aide aux différentes dictatures thaïlandaises, la lutte contre le " communisme"  qui fut aussi la lutte contre l’opposition démocratique (cf. par ex. nos articles sur les groupes Caravan et Carabao) , le rôle de la Thaïlande , dans le réseau mondial des bases militaires US dans le contrôle des activités humaines, économiques, sociales et politiques mondiales. Et aussi une autre « retombée » dont on a peu parlé : l’ « agent  orange ».


 agent-orange-10-blk

 

Un bien triste anniversaire. Le 10 août 1961, les américains lancèrent  la plus grande guerre chimique de tous les temps, au mépris affiché de tout ce que les Conventions internationales comportent sur les « Lois de la guerre ». Les bombardements durèrent plus de 10 ans, détruisirent des centaines de milliers d’hectares et handicapèrent des centaines de milliers de personnes si elles avaient échappé à la mort. Des terres cultivables, des dizaines d’années après, sont toujours polluées. On ignore combien de générations futures souffriront des conséquences génétiques de cette guerre chimique.


Agent orange Thuy Vy Do Huynh


Mais cela, nous direz-vous, a-t-il quelque chose à voir avec l’Isan ?

Les bombardements n’ont pas épargné le sud du Laos et la partie frontalière du Cambodge. Comme chacun sait, le nuage orange, si nuage il y avait, pouvait être poussé par les vents, mais tout comme celui de Tchernobyl, respectait les frontières.

Et l’immense talent des aviateurs-bombardiers américains (les Français l’ont apprécié pendant la guerre de 1939-1945) a évité toute erreur d’objectif. On ne peut pas sur le terrain délimiter avec certitude la frontîère entre le Cambodge et le Siam mais on le pouvait certainement à 5.000 mètres d’altitude.


american idiot


Une chappe de plomb a longtemps pesé sur cet aspect de la guerre  même si à l’époque les Soviétiques (qui firent de même sinon mieux en Afghanistan) le dénoncèrent avec véhémence.

Les bombardiers partaient des bases américaines de Thaïlande et de l’Isan, Don Muang, Udonthani, Utapao, Ubon, Korat et Nakohnphanom. Ils ne portaient pas seulement le défoliant chez l’ennemi. Pour faciliter leur travail, les jardiniers de l’US air force l’utilisaient d’abondance pour entretenir la végétation dans les périmètres cloturés et désherber le périmètre hors cloture pour prévenir d’éventuelles attaques. Naturellement, les fabricants du produit et le gouvernement américain, Kennedy en tête, affirmèrent solennellement que l’agent orange ne faisait que détruire la végétation et ne présentait aucun danger pour l’homme.


dd395-birds (site)


Les vétérans américains engagèrent procédures sur procédure, aucune décision de justice significative n’est tombé du siège de quelque tribunal que ce soit, mais des « accords amiables » ont été conclus. Ne parlons pas des procédures engagées en vain par les autorités vietnamiennes pour crime de guerre, elles sont évidemment tombées aux oubliettes des juridictions américaines qui ont considéré qu’un desherbant n’était pas un poison au sens des Lois internationales.


Nous ne faisons pas spécifiquement de l’anti-américanisme primaire. Vous trouverez tous les renseignements que vous voudrez concernant les 80 millions de litres de « ce désherbant », que les Américains ont répandu par la voie des airs, sur de  nombreux sites Internet sérieux !

 

Combien de litres ont été utilisés pour désherber l’intérieur et le périmètre extérieur des bases, mystère. 180.000 millions de dollars d’indemnités ont été versés à ce jour aux vétérans mais le Gouvernement américain a été assez habile pour faire payer le fabricants, qui est (évidemment) :


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Mais quand nous trouvons sur les sites des anciens combattants du Vietnam le rappel  à tous ceux qui ont servi  entre  le 28 février 1961 et le 7 mai 1975 (quelle précision !) sur les bases de Thaïlande de leur droit à être indemnisés et leur indiquant la procédure à suivre, nous sommes irrémédiablement conduits à nous interroger sur le sort des Thaïs qui leur servaient « de domestiques » sur ces mêmes bases ou celui des habitants des régions frontalières mitoyennes des régions bombardées. Peut-être ont-ils été oubliés ?


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Ce poison est une substance cancérigène décrite comme «la molécule la plus toxique jamais synthétisée par l'homme », elle a infiltré les eaux et le sol, elle passe de la mère à l’enfant  par le lait maternel. Selon les sources vietnamiennes, l’agent orange qui a détrempé la moitié sud du Vietnam pendant des années a directement tué ou blessé 400.000 personnes et aurait contribué à des malformations congénitales chez 500.000 enfants.Ses effets terrifiants se font encore sentir, non seulement chez les personnes âgées, dont les cancers et autres maladies sont souvent liées à l'agent orange, mais chez les enfants de deuxième et de troisième génération de la guerre, dont les corps et les esprits tordus et paralysés sont encore les témoins silencieux de ce fléau, y compris de jeunes Vietnamiens nés longtemps après la guerre.


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Quelques références :

veteranforpeace.org

vetsfirst.org/raising-awareness-in-memory-of-dad/ 

2ndbattalion94thartillery.co

veteransvoteyourcause.com/

combat-monsanto.org/spip.php?rubrique9


Nous reviendrons dans un futur article sur ces différents rôles de la politique américaine en Thaïlande.

Pour commencer et pour comprendre un peu le réseau de « défense » des Etats-Unis :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=5314


Selon les données de l’encyclopédie libre Wikipedia (données de février 2007), le système de défense étatsunien métropolitain (on estime à 6000 le total des installations militaires aux USA eux-mêmes) et mondial fait appel à un personnel de 1.4 million de personnes dont 1 168 195 aux États-Unis et dans leurs territoires d’outre-mer. Selon la même source ils en déploient 325 000 à l’étranger dont 800 en Afrique, 97 000 en Asie (en excluant le Moyen-Orient et l’Asie centrale), 40 258 en Corée du Sud, 40 045 au Japon, 491 sur la base de Diego Garcia dans l’océan Indien, 100 aux Philippines, 196 à Singapour, 113 en Thaïlande, 200 en Australie et 16 601 sur des navires de guerre.


Entre 700 et 800 bases militaires dans le monde,  pour le contrôle des ressources énergétiques fossiles, le contrôle des ressources renouvelables stratégiques.

 

Les dépenses militaires des USA sont passées de 404 à 626 milliards de dollars – valeur équivalente du dollar de 2007 (données du «Center for Arms Control and Non-Proliferation» de Washington) entre 2001 et 2007 et devraient dépasser les 640 milliards en 2008. Imaginer aujourd’hui.


Voir aussi  Thaïlander : http://thailande-fr.com/culture/histoire/4891-la-cia-a-ordonne-la-destruction-de-videos-tournees-en-thailande

« Même si les gouvernements successifs de Bangkok l’ont toujours démenti, la Thaïlande a très probablement hébergé des prisons secrètes de la CIA, où des terroristes présumés en provenance des pays tiers ont été détenus, et torturés. Ces graves accusations, toujours fermement niées par les fonctionnaires thaïlandais, ont été révélées pour la première fois dans un article du Washington Post dès 2006, et plus tard confirmées par des responsables américains, lors de la controverse qui a éclaté sur l’usage de la torture sur des personnes soupçonnées de terrorisme.

 

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Les liens historiques sont anciens entre la première puissance mondiale, et son principal allié dans la région du Sud Est asiatique. La Thaïlande est devenue un allié officiel des États-Unis avec la signature de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) en 1954 dont le siège se trouvait à Bangkok. L’organisation était alors un des instruments de la politique américaine contre l’expansion du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. Par la suite, la Thaïlande passera un accord secret avec les États-Unis en 1961, enverra des troupes au Vietnam et au Laos et autorisera les États-Unis à installer des bases aériennes dans l’est du pays (dont la principale est celle d’Udon Thani), d’où décolleront les bombardiers B-52 qui bombarderont le Nord Vietnam.

Il y a quelques années, la presse thaïlandaise avait pensé avoir localisé la prison clandestine de la CIA , justement sur la base aérienne d’Udon Thani, dans le nord-est du pays. L’armée avait alors ouverte cette base à la presse pour prouver qu’elle n’avait rien à cacher. Mais ensuite les journalistes ont révélé que le gouvernement thaïlandais a en effet loué aux États-Unis un immense terrain situé dans cette région, surveillé en permanence et sous haute sécurité. L’objectif public de cette location était l’installation d’une station de la radio américaine VOA (Voice of America). Mais la taille démesurée du terrain et le système de sécurité inhabituel pour une simple station de radio, avait attiré l’attention de la presse. »

Olivier Languepin avec Benoit Hervieu (Reporters sans frontières Amériques)

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 03:02

china thailand 270Les Chinois de Thaïlande ? Beaucoup croyait les Chinois de Thaïlande intégrés. La lecture récente d’un excellent article-comme toujours- de  Jean Baffie,  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 

 Notre article 9 sur le nationalisme

(http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html) rappelle que « Rama V (1868-1910) a engagé le processus d’unification de la nation thaïlandaise et, en parallèle, la modernisation du royaume sur le modèle occidental. Ce nationalisme thaï s’articule d’une part autour de la notion sinon de « race » du moins d’appartenance ethnique et, d’autre part, sur la fidélité et la soumission au Roi. (…) Cette politique fut intensifiée par son successeur le roi Rama VI (1910-1925) lui-même éduqué en Angleterre et conscient sinon imprégné des mouvances nationalistes européennes et japonaise. Il donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mis en avant le principe de « Thaï-ness » : modèle culturel issu des caractéristiques communes aux ethnies thaïes censées constituer le nationalisme. Les trois piliers du nationalisme thaï deviennent donc : le roi, la nation et la religion. […] « En 1938, le premier ministre et commandant des forces armées,  Phibun va donner une nouvelle couleur au nationalisme thaï. Le régime adopta surtout une politique nationaliste en matière économique, en menant une politique de quotas visant à réduire la place des produits chinois en Thaïlande et à favoriser les produits locaux. Dans un discours de 1938, Luang Wichitwathakan (ministre de la propagande) compara même les Chinois du Siam aux Juifs d'Allemagne.


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Fiola précise : «  On interdit 27 métiers aux étrangers.  Les journaux mandarins sont interdits.  On ferme les écoles chinoises.  On réduit l’immigration : de 10 000 autorisations d’entrée en 1947, on passe à 200 en 1949. » Bref, cette politique « nationaliste » et xénophobe poussa les Chinois à adopter la nationalité et un patronyme thaïlandais, et incita leurs riches entrepreneurs et « commerçants » à se protéger en  faisant entrer des militaires et des chefs de police dans leurs conseils d’administration. On parla alors de sino-thaïs et on eut le sentiment de leur intégration. On pouvait même dire sans aucune réaction que le 1er ministre Thaksin était un sino-thaï.  Ils représentaient quand même 80 % des capitaux pour seulement 10 % de la population.


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Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre en lisant l’article de Jean Baffie qu’en  fait « des éléments assez nombreux semblaient contredire la thèse officielle sur leur assimilation voire acculturation ». Mieux il constatait que « la communauté chinoise est fière de son héritage, florissante et la plus dynamique de la région » et de « démythifier » » le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande  ».


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A ce stade vous pouvez aller directement à l’article de Jean Baffie : http://www.reseau-asie.com/ et/ou en lire ci-dessous les principaux éléments de sa démonstration.

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Il y rappelle entre autre :

-                     Le premier, W. Skinner a en effet suggéré en 1957 dans un ouvrage tenu pour fondamental que les Chinois de Thaïlande étaient en passe de disparaître en tant que culture propre.

 

-                     Le Siam connut parfois une politique anti-chinoise, rarement virulente, mais qui a servi de repoussoir, de référence. Le roi Rama IV (1910-1925) sous le pseudonyme de อัศวพาหุ (Atsawaphahu) dénonça les Chinois du Siam dans un pamphlet intitulé พวก ยิว แห่ง บูรพทิศ « les Juifs de l’Orient ».(Encore édité)

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-                     Ensuite, sous les gouvernements de Phibul Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957) des mesures drastiques furent appliquées pour limiter l’immigration chinoise, réduire le nombre d’écoles et de journaux chinois, réserver des professions à des nationaux, etc.

 

-                     Des soubresauts eurent encore lieu après 1957. Ainsi, en 1971, l’une des raisons avancées pour un coup d’Etat était la présence dans le pays de 3 millions de Chinois dont on ignorait les préférences idéologiques, mais qui pourraient poser des problèmes de sécurité intérieure au moment où la Chine entrait aux Nations Unies.

 

-                     Ensuite, aux législatives de 1979, les candidats et les électeurs de parents chinois durent subir des mesures vexatoires. Beaucoup renoncèrent. Enfin, 18 ans plus tard, en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme dérogatoire – et assez sibyllin – de มัน man.

.

Dans les années 1980 la tendance dominante était à la dénégation. Comme l’on pouvait nier l’existence de prostitution en Thaïlande, puisqu’elle était illégale depuis 1960, il n’existait pas – ou plus – de « problème chinois » puisqu’ils étaient en majorité devenus thaïs.


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Ensuite, Baffie  va montrer dans la littérature, la rue, les médias (la presse, la télévision), l’école, le quartier chinois de Yaowarat, les commémoration et non sans ironie, le retour des triades chinoises dans le crime organisé, comment la situation a changé et les Chinois plus présents que jamais. Et ils le seront d’autant plus, qu’arrivent  massivement  les touristes chinois…

 

 

Ainsi, il signale dans son « chapitre III- La littérature en langue thaïe des Chinois de Thaïlande » et de citer, le roman des Trois Royaumes, incorporée au patrimoine littéraire thaï dès le règne de Rama I (1782-1809) pour fidéliser des populations récemment arrivées dans le royaume… et dans les décennies 1960-70 des séries de petits romans de Kung-fu traduits en thaï connut un assez grand succès… Des romans sur la vie des Chinois de Thaïlande sont primés et donnés comme livres de lecture obligatoire aux élèves…

 

Depuis la fin des années 1980, la plupart des grandes librairies ont un large rayon intitulé วรรณกรรม จีน wannakam chin (littérature chinoise) dans lequel on trouve – essentiellement en langue thaïe – des catégories d’ouvrages très divers mais tous liés aux Chinois et à leur culture …Mais depuis 3 ou 4 ans de nouveaux manuels de chinois en langue thaï pour tous les âges occupent une large place sur les rayons.

 

La langue (IV- La langue, enjeu diplomatique entre la Chine populaire et Taiwan.) : Les enseignes des magasins sont remplacées depuis deux ans tout au plus et les caractères chinois, autrefois bien timides et de moins en moins visibles, deviennent de dimensions au moins égales à celles des lettres thaïes. Les caractères chinois étaient quasiment absents de la presse de langue thaïe ou anglaise… Cela a bien changé. La presse économique de langue thaïe a montré la voie, mais aujourd’hui de nombreux hebdomadaires en particulier ont des rubriques sur la langue chinoise.

Les écoles Dans les années 1955-1957, on comptait encore 254 écoles chinoises dont 57 à Bangkok-Thonburi. En 1971, il n’en restait plus que 163 dont 53 à Bangkok. A la fin des années 1980, le nombre était passé à 130, dont 30 dans la capitale, et en 1993, il n’en restait plus que 117. Mais la situation a changé. En décembre 2004, 100 écoles d’Etat et 118 écoles privées enseignaient le chinois. Des écoles commerciales privées ainsi que des écoles secondaires privées proposent des cours du soir, les facultés de Lettres des universités publiques et de nombreuses universités privées enseignent le chinois et de nombreux instituts et autres associations ou clubs proposent également des cours.

 

Les médias « Une floraison de publications bilingues thaï-chinoises depuis la fin de la décennie 1990. »

Le premier est un bimestriel bilingue intitulé หัวซาง Hua Sang lancé en juin-juillet 1997 par la Chambre de Commerce Thaï-Chinoise…Le mensuel จีนไทยสอภาษารายเดือน Chin-Thai Songphasa rai duan dont le sous-titre anglais est « Student Chinese-Thai Monthly » est destiné aux étudiants thaïlandais apprenant le chinois …Le mensuel ต้าเจียห่าว Ta Chia Hao ou Da Jia Hao, lancé en 2002 par 2 jeunes Chinois, est destiné à servir de passerelles entre les anciennes et les nouvelles générations d’origine chinoise …Le bilingue แม่นำ้โขง (Maenam Khong, le Mékhong), qui sort le 5 de chaque mois depuis juin 2002 ».

La presse quotidienne de langue chinoise (six ou sept titres aujourd’hui), annoncée comme moribonde dans les décennies 1970 et 1980, semble se porter beaucoup mieux depuis

Enfin, sans entrer dans les détails, il faut mentionner les chaînes de télévision chinoises reçues dans les bouquets satellites comme UBC

VI- La création de Yaowarat (เยาวราช) comme site touristique... et culinaire

VII- Les célébrations et commémoration

VIII- Resinisation du crime organisé : le retour des triades et l’immigration illégale.

« Les triades chinoises furent très actives en Thaïlande des années 1820 au début du 20e siècle. Elles jouaient alors le rôle d’associations réellement structurantes pour la communauté chinoise du pays : à la fois syndicats, agences pour l’emploi, sociétés d’entraide, organisations politiques, entreprises, etc. On pouvait les considérer comme de faits ou phénomènes sociaux totaux. La plupart des auteurs estiment que les sociétés secrètes disparurent au cours du règne du roi Rama VI (1910-1925), puis se manifestèrent à nouveau en 1938-1939 pour s’opposer à l’influence japonaise. Dans la décennie 1980 la presse de Bangkok évoquait régulièrement des gangs chinois spécialisés dans le trafic d’argent, la fabrication de fausse monnaie, le racket, la fabrication de faux papiers et le trafic des êtres humains… En 1996-97 les crimes suscités à Bangkok par des triades à la tête de réseaux d’immigration illégale furent nombreux et pouvaient rappeler la situation de la fin du 19e siècle. »

 

Et le tourisme en juillet 2005, Madame Wu Yi, vice-premier ministre, prédit même que dans 2 ans il pourrait y avoir pas moins de 4 millions de touristes chinois en Thaïlande, rapporte Baffie.

Toutefois, Olivier Languepin, dans le « Thaïlander » du 24 janvier 2011, tempère quelque peu cet optimisme, même s’il remarque une forte augmentation : « Le nombre total de touristes chinois en Thaïlande a augmenté de façon spectaculaire, de plus de 45%, passant de 777.508 en 2009 à 1.127.000 l’an dernier. Plus de 57 millions de touristes chinois se rendront à l’étranger cette année, et la Thaïlande prévoit d’attirer 1,3 million d’entre eux en 2011. »

 

Et de s’interroger dans sa conclusion sur « L’avenir : société chinoise ou société nouvelle  » en signalant les investissements et les projets chinois en Thaïlande  qui sont dit-il encore loin des investissements thaïs en Chine, mais  surtout en indiquant que désormais « Chez les élites, la rivalité semblerait plus se situer entre culture chinoise et culture occidentale qu’entre culture chinoise et culture thaïe ?»

 

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La « Resinisation » des Chinois de Thaïlande de Jean BAFFIE

 Sociologue, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique (IRSEA), Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Université de Provence – Aix-Marseille I

2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network

28-29-30 sept. 2005, Paris, France , http://www.reseau-asie.com/

« Les Chinois en Thaïlande, un modèle d’accommodement raisonnable », juillet 7, 2008 par Pierre Fiola http://asiesudest.wordpress.com/2008/07/07/les-chinois-en-thailande-un-modele-daccommodement-raisonnable/


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