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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 03:00

injusticeDe nombreux compatriotes sont souvent surpris de découvrir que la justice thaïe soit différente de la justice française, que les sentiments thaïs ne  sont pas équivalents aux sentiments français ... Voici une histoire parmi tant d’autres :

Une brève histoire d’amour : Franck  vient en congés dans une île thaïe « touristique ». Il rencontre Nut, fille de bar, c’est la naissance d’un « grand amour ». Ils partent s’installer en France dans un milieu familial relativement hupé (côte d’azur) et leur amour est très vite béni du ciel par la naissance en France d’une ravissante petite fille, M.

 

La fin de l’histoire

Un beau jour, histoire classique parmi les classiques, Nut abandonne Franck et leur fille pour retourner dans son Isan natal. Il est aussi difficile à un(e) Isan de s’ « intégrer » en France qu’à un farang de s’ « intégrer » en Isan. C’est en fait la grand-mère paternelle,  qui s’occupe alors de la gamine sur le terrain.

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Le prétendu « rapt »

 

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La grand-mère, l’enfer est pavé de bonnes intentions, a l’idée saugrenue de venir en vacances avec sa petite fille sur la même île touristique où elle possède une villa. La gaffe est énorme ! Comment la mère l’a-t-elle su ? Ça n’a pas dû lui être difficile par copines interposées. Elle envoie alors deux amies récupérer tout simplement la gamine et la ramener dans sa campagne isan.

 

La procédure

La grand mère qui a un « relationnel » important chez les Thaïs (rapports « privilégiés » avec un magistrat) fait diligenter une enquête de police, ce sont bien les deux copines de la mère qui sont responsables de l’ « enlévement » ; elles ont été engagées par la mère, elles sont arrêtées puis libérées sous caution. Mais la petite reste avec sa mère dans l’Isan profond.

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La presse s’en mêle

La grand-mère française se lance alors dans un combat judiciaire et surtout médiatique via la presse française (« xxxx Matin » déchainé) et en particulier un excellent journal francophone du pays dont le rédacteur s’enflamme moins que les provençaux, création d’un site Internet, courriers au Président de la république (ça, je vous affirme que c’est aussi efficace que de pisser dans un violon).


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Un procès gagné en France : « à vaincre sans péril ... »…

 

Une procédure est en même temps lancée en France (un peu tardivement)  par sa mère qui obtient alors sans difficulté d’un juge aux affaires familiales des rives de la méditerrannée la garde juridique de sa fille. Tout est régulier, selon le code de procédure civile français. La procédure doit se dérouler devant le tribunal du lieu où réside l’enfant et peut l’être en France. 

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Je dis que Nut a probablement eu connaissance de cette procédure, ayant moi même engagé une procédure triplement similaire concernant un ami :

   A. arrive en France avec sa fille thaïe abandonnés tous deux par la mère.

Nous engageons en France sans délais une procédure pour qu’il ait la garde juridique, aucun problème. Ensuite une autre pour changer le prénom de la gamine en prénom chrétien pour lui éviter les quolibets de ses camarades d’école, aucun problème.

A la demande expresse de la CAF (demande imbécile mais c’est la Loi, paraît-il pour percevoir l’allocation de père isolé) nous engageons une autre procédure pour obtenir une pension alimentaire. Là, j’ai eu la certitude que la mère en avait bien eu connaissance, je l’avais frappée au coeur, compte-tenu de la bordée d’injures dont elle m’a abreuvé téléphoniquement (elle me connaissait), elle savait assez de français pour cela. Sa seule démarche s’est toutefois borné un quart d’heures de jurons.

 

Les procédures en Isan

 

La grand-mère engage parallélement en Isan (elle a les moyens de payer un avocat parmi les meilleurs) une action pénale pour « enlèvement » qui semble n’avoir jamais eu aucunes suites ? Y avait-il eu seulement enlèvement ?

Elle lance également une procédure civile devant le Tribunal de la province reculée de l’Isan où se trouve la mère et la gamine pour faire valoir l’autorité parentale du père reconnue judiciairement par le Tribunal français. Une première audience a eu lieu pour entendre les deux parties et « voir si une conciliation était possible ». Un peu singulier, pour moi, un jugement rendu doit ou devrait être respecté, constatât-il qu’un homme est une femme, mais la procédure thaïe reste un mystère pour moi.

 

Que dit la mère ?

 

La mère a une version strictement contradictoire des faits, elle a été interrogée fort longuement par le journaliste de Bangkok dont je parlais ci-dessus. D’après elle, ce serait en réalité la Grande mère qui a utilisé un stratagème pour, appelons un chat un chat, faire venir (enlever de Thaïlande…) la petite fille en France encore dans le ventre de sa mère, pour s’en occuper aux lieux et place de son fils défaillant. Quant à l’ « enlèvement », il n’a jamais eu lieu, les deux copines se sont (seraient) contenté de dire à la gamine « viens, tu retournes chez Maman » et la gamine, ravie, les a suivies. Ignorant tout du dossier à l’époque (étant moi même « journaliste bénévole »), je me méfiais du son de cloche initial et unilatéral. Je fus satisfait d’avoir le deuxième son. La cloche tintait à contretemps.

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Intempestive ( ?) intervention du consulat

 

La grand mère réussit tout de même à faire intervenir les autorités consulaires françaises devant le Tribunal de ?. Une hypothèse d’école, et à l’envers bien sûr : je me replonge dans mon microcosme judiciaire, un algérien me confie son dossier de divorce qui l’oppose à sa femme française. Naturellement, les parents se disputent la garde de la marmaille. Je ne vais pas jusqu’à aller chercher la grand-mère à Gardaïa ou à Biskra revendiquer la garde des petits enfants déchirés entre père et mère. Mais j’arrive au Tribunal en sortant des manches de ma robe le Consul d’Algérie à Marseille - aussi sympathique soit-il ! Je vois d’ici la tête de tous les Juges de la famille que j’ai fréquentés pendant trente ans ! Ils auraient commencé par fiche courtoisement le Consul dehors et ensuite me faire grief de tenter de les impressionner en me parant de son autorité morale. Essayez-donc, vous, de faire intervenir votre consulat (je parle aux Français) si vous être serré avec 4 grammes d’herbe ou pour un « overstay » de dix minutes ...

 

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et la Loi qui affranchit «  (Lacordaire) :

 

Un argument  de la grand mère me disconvenait et plus encore, selon lequel cette petite thaïe vivait « dans des conditions insalubres » (sous entendu, allez-donc voir comment on vit en Isan), cela revient à dire « donnez moi la gamine, j’ai plus d’argent que sa mère » (c’est une évidence), voilà qui me gêne. Les Juges de la famille français et toute la Jurisprudence (j’ose espérer qu’il en est de même ici) considèrent cet argument comme inopérant. J’ai vu beaucoup plus de lumière (et des millions d’étoiles) dans les yeux des enfants qui piaillent dans une cour d’école de l’Isan que dans ceux des gamins qui accompagnent leurs parents, consommateurs des grandes surfaces de la côte ! 

 

Des journalistes qui cherchent la vérité ...

 

Je fus dans ce dossier un spectateur intéressé, fort d’une expérience de vieil avocat qui pense que chaque fois qu'un avocat défend une bonne cause, il y a en face de lui un autre qui défend la mauvaise. Je ne sais ici où était le bien et où était le mal. Il m’indispose de penser que le bien ait pu être du côté du fric. On dit que l’erreur est humaine, en la matière elle serait inhumaine.  J’ai eu de très longues conversations téléphoniques avec la Grand mère et (quand elle me laissait parler), je lui ai dit ce que je pensais. Le journaliste de Bangkok, lui,  est allé sur place longuement interroger la mère et a assisté à toutes les audiences du tribunal.

 

Inutile médiatisation

 

J’estimais que l’intense médiatisation de ce dossier concernant des intérêts privés si louables soient-ils était néfaste.  La presse a condamné à mort Christian Rannucci, avant qu’il ne le soit par la Cour d’assises. La rumeur l’avait tué bien avant les jurés. Il planait dans la médiatisation du dossier de cette petite fille des zones d’ombres pesantes même si le journaliste de Bangkok et moi-même, alors « journaliste bénévole », avons essayé de comprendre et d’expliquer avec sérénité, ce qu’on n’ont certes pas fait les scribouillards de « xxxx matin » hurlant avec « la louve ».

 

Et « happy end » ou une fin prévisible ?


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Et bien, comment pensez-vous que ce dossier se soit terminé ? Aucune solution judiciaire, bien sûr (allai-je dire), le Tribunal Isan ayant presque ouvertement exprimé l’intention de s’asseoir sur le jugement français et envoyé aux oubliettes des « renvois » la procédure pour « rapt ».

Puis un beau jour, la mère a tout simplement abandonné sa fille (qui doit avoir actuellement une dizaine d’année) et la grand-mère est venu la récupérer ...

Un battage médiatique, des procédures aussi invraissemblables qu’inutiles (600.000 bahts en Thaïlande m’a dit la grand-mère, là je la crois) pour revenir à la « case départ » sans parler d’un immense gaspillage d’énergie journalistique.

 

La morale (s’il y en a une) de cette histoire ?

 

La Justice (siamoise ou française) ? « Seul Dieu peut juger en toute justice » a dit Saint Paul dans son épître aux romains sur la justice, repris quelques siècles plus tard en termes similaires par le Coran ...


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La vérité est pour moi une certitude :

Plus ça va et moins je comprendrai les rapports des thaï(e)s avec les sentiments.

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 03:03

drapeau-thaiLe nationalisme thaï ?

Comment ce concept – essentiellement occidental – a- il pu être semé en terre siamoise ?

La meilleure définition de la « Nation » reste – source inattendue – celle de Staline en 1913 (« Le marxisme et la question nationale »), elle est toujours d’actualité : « La Nation est une communauté stable, historiquement constituée, de langue et de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans la communauté de culture »

Nationalisme-V03-cestmondrapeauLa meilleure définition du « nationalisme » reste encore celle du grand Larousse du XIXème, « préférence aveugle et excessive pour tout ce qui est propre à la nation à laquelle on appartient ».

 

L’idée d’Etat est née en France à l’époque de Philippe le bel, forgée par ses  légistes, présente chez les élites. Celle de Nation s’ancra dans la population pendant la guerre de cent ans, soudant les Français dans l’adversité et contribuant de manière décisive à l’émergence du sentiment national. « La Nation en arme » se battra contre l’Europe entière au cri de « Vive la Nation ». Ses fils partiront le 1er août 1914 au cri de « à Berlin ! » pour venger Sedan et finir dans l’épouvantable boucherie des tranchées.

 

Il n’en a pas été de même au long de l’histoire plus ou moins chaotique du Siam

 

Une population composée d’un peuple soumis 6 mois de l’année à la corvée et d’un tiers d’esclaves, dominée par quelques seigneurs locaux soumis à un monarque d’essence divine. Regardez-donc le billet de 100 bahts, d’un côté le portrait de notre Roi bien aimé, de l’autre le grand Rama V en uniforme d’amiral de la flotte siamoise et en arrière plan, l’image symbolique de l’abolition de l’esclavage, probablement encore présent dans la mémoire collective, consciente ou inconsciente. Il était à l’inverse chez nous un très vieil adage du droit coutumier (il date du moyen-âge) « quiconque pose le pied sur le sol de France (mais pas de ses colonies !) devient « franc » c'est-à-dire libre. A lire les mémoires des français de l’expédition de 1685, à lire les mémoires des explorateurs du Siam au XIXème, on en retire peut-être l’impression qu’il existe un Etat, mais certainement pas une nation.

 

Les années 1880-1900 furent les plus sombres de l’histoire du Siam. Le pays  doit faire face aux ambitions coloniales de la France et de l’Angleterre. Les historiens thaïs considèrent que si le pays n’a pas été colonisé c’est en raison du processus de modernisation de l'Etat et de la société jusqu'à ce qu'il obtienne la reconnaissance du monde « civilisé », et parce que  des pans entiers de son territoire ont été sacrifiés pour préserver l'indépendance du pays. C’est encore l‘histoire du loup et de l’agneau qu’apprennent les petits thaïs. « 1893 est une triste date dans l’histoire de la Thaïlande. Les canonnières françaises sont ancrées face au grand palais. Il fallut céder ». Les territoires « sacrifiés » étaient considérés comme des vassaux traditionnels et historiques du Siam, certes. Quand cependant la France a établi son protectorat sur le Cambodge et sur le Laos, ces états « vassaux » étaient guettés par les boas qui voulaient les avaler... Le temps a suspendu son vol, le boa français a avalé le Cambodge qui allait l’être par le vietnamien et le Laos a  échappé au boa siamois. Leur sort aurait-il été meilleur ?


C’est à cette époque et dans ce contexte qu’apparait un « nationalisme » siamois. Il est l’œuvre du palais royal qui souhaite - tout comme en Europe - créer une nation une nation fondée sur une langue commune, des valeurs et une culture.

Mais il y a aussi l’exemple japonais, un modèle pour l’Asie. Le Japon, puissance émergente de l’Extrême-Orient, a engagé en 1868 la politique « Meiji » qui a conduit le pays à la hauteur des puissances occidentales en établissant un pouvoir central fort, en éliminant férocement les féodaux, samouraïs ou rônins. Révolution politique, sociale, industrielle, et militaire, qui permit au pays d'obtenir une victoire éclatante contre la Russie en 1905. C'est la première fois depuis le siège de Vienne par les Turcs en 1683, dans un conflit où la partie non-occidentale engage les hostilités, que la guerre conduit à une écrasante défaite militaire de la puissance blanche. Le Japon est la première nation de « race jaune », la première nation « non blanche » à entrer dans le concert des grandes puissances.

Rama V (1868-1910) a engagé le processus d’unification de la nation thaïlandaise et, en parallèle, la modernisation du royaume sur le modèle occidental. Ce nationalisme thaï s’articule d’une part autour de la notion sinon de « race » du moins d’appartenance ethnique et, d’autre part, sur la fidélité et la soumission au Roi.


Il lance la « thaïfication » de la géographie. Nous vivons dans ce que les Français appelaient le « Laos siamois », 16 provinces à l’époque. Le nord-est, c’était le « Laos phouthaï » (ลาวภูไท ou ลาวผู้ไท ou encore ลาวผู้ไทย) et le « Laos yo » (ลาวย้อ), Phouthaï et Thaïyo éteint le nom des « minorités tribales » dominantes. On ne parle plus du Laos mais d’Isan, nom d’origine sanscrit, tout simplement celui du Dieu Shiva.

Cette politique fut intensifiée par son successeur le roi Rama VI (1910-1925) lui-même éduqué en Angleterre et conscient sinon imprégné des mouvances nationalistes européennes ou japonaise.

Il donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mis en avant le principe de « Thaï-ness » : modèle culturel issu des caractéristiques communes aux ethnies thaïes censées constituer le nationalisme. Les éléments clés en sont le bouddhisme et la loyauté au roi…. Les trois piliers du nationalisme thaï : le roi, la nation et la religion.

Son successeur Rama VII (1925 à 1935) s’écarte de la camarilla nationaliste  basée autour de lui et parle plus volontiers d’harmonie et d’amitié entre les minorités ethniques et les Thaïs. Il s’occupait d’ailleurs moins des affaires de l’état que de jouer au golf et de traduire Shakespeare en thaï.

Le régime d’absolutisme monarchique ne plait pas à une grande partie de la population défavorisée. Le seul « parti » est celui de l’élite qui retire seule les avantages politiques, économiques et sociaux.

En 1932, éclate le coup d’état de jeunes militaires et civils, pour la plupart formés en Europe qui remet l’absolutisme monarchique en question. Elle est aussi la conséquence partielle de la crise de 1929, infernal cadeau des Etats-Unis au monde entier, ayant conduit le gouvernement à pratiquer des économies drastiques sur le traitement des militaires et des fonctionnaires. C’est la transition sans effusion de sang de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle

fieldmarshallEn 1938, le premier ministre et commandant des forces armées,  Phibun va donner une nouvelle couleur au nationalisme thaï. Son nom est tout un programme. Il s’appelait à la naissance Plèk Khittasangkha, แปลกขีตตะสังคะ : Plèk, son prénom signifie « étrange » car il avait, paraît-il, un aspect « étrange ». Il obtint du Roi l’autorisation de le changer son nom de famille en พิบูลสงคราม qui se prononce Phibounsongkhram. En toute modestie.... Phibounsongkhram signifie tout simplement « grande guerre » ! En français, on aurait dit « le grand guerrier » ! Il s’est rendu populaire en écrasant une révolte monarchiste menée par le prince Borowadet.

Le roi se trouve en porte-à-faux et abdique en 1935. Son successeur a 10 ans et poursuit sa scolarité en Suisse. Pibun n’a pas l’obligation de Mussolini qui doit, même en maugréant, continue à traîner derrière lui le Roi Victor-Emmanuel et son plumet d’un demi-mètre de haut. Il a accentué son allure mussolinienne, le Duce est  venu à Bangkok le 3 décembre 1937 signé un traité d’amitié et de commerce avec le Siam, l’ordre des mots a son importance. Né en 1897, il est dans la force de l’âge. Il fait remplacer partout les portraits du roi par le sien. Comme Mussolini, il frappe à droite et à gauche, fait arrêter 40 opposants politiques en 1939, monarchistes et démocrates qui seront exécutés après un procès sommaire.

 

Il change le nom du pays, le Siam en Prathétthaï. Ce changement de nom est lourd de symbole : le mot Siam (สยาม, Sayam, est d’origine inconnue, probablement khmer). Le mot Thaï (ไทย) ne serait pas, comme il est généralement écrit, dérivé du mot Thaï (ไท) qui signifie «libre», il est le nom d'un groupe ethnique de la plaine centrale (C’est la définition qu’en donne le Dictionnaire de l’académie royale, équivalent de notre académie française en moins poussiéreuse). Thaï (ไท) signifie tout simplement «peuple» ou «être humain» et est utilisé dans certaines zones rurales au lieu du mot « khon » (คน « une personne»).Restons-en pudiquement à la version « terre de la liberté ». A ce jour, les efforts faits par certains universitaires pour revenir au nom de Siam sont restés vains.

Il instaure le nouvel hymne national, celui que nous entendons tous  les jours à 8 heures et 18 heures dont je ne traduis que le premier vers, il se suffit à lui même : « Le pays thaï, c’est l’union du sang et de la chair des hommes de race thaïe ».

 

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Il met sur pied un régime inspiré du fascisme italien, propagande ultranationaliste, culte de la personnalité, propagande visant à « élever l'esprit national et la moralité de la nation ». Il impose comme langue nationale celle parlée à Bangkok au détriment des dialectes locaux et incite même la population à adopter le vêtement occidental ! En 1941, le 1er janvier fut adopté comme jour officiel de la nouvelle année, en lieu du 1er avril traditionnel. Il crée encore (après la guerre) la première chaine de télévision thaïe.

 

Le régime adopta surtout une politique nationaliste en matière économique, en menant une politique de quotas visant à réduire la place des produits chinois en Thaïlande et à favoriser les produits locaux. Dans un discours de 1938, Luang Wichitwathakan (ministre de la propagande) compara même les Chinois du Siam aux Juifs d'Allemagne. L’accès des étrangers à la propriété immobilière est verrouillé (il l’est redevenu encore plus lourdement en 1970) et le régime des visas durci (il l’est toujours). Il change encore le nom de divers districts portant ostensiblement des vocables laos, khmers, birmans ou mons (les habitants originaires de la Thaïlande), cette thaïfication des noms de districts a continué jusqu’en 1957. Tout ce qui porte le nom de ลาว (lao) มอญ (mon) จีน (djin i.e. chine), 26 tambons, disparait de la géographie.

 

Si Pibun a été incontestablement séduit par le modèle italien, il est difficile de parler d’un tournant vers le « fascisme ». Pas de parti unique, et surtout pas de politique guerrière expansionniste, il n’y a pas d’Abyssinie ou d’Albanie à envahir. Il porte le titre, plus ou moins bien traduit, de « maréchal » mais ce n’est pas un guerrier dans l’âme. Les hostilités déclenchées en 1941 contre la France sont surtout une question d’opportunité et le désir de venger l’humiliation de 1893 contre la France que l’on croyait à genoux. Le Japon aussi n’est pas loin qui poursuit sa politique expansionniste et rien ne pouvait laisser envisager une seconde à cette date l’écroulement apocalyptique des puissances de l’axe quatre ans plus tard. La défaite de Kochang fut une leçon suffisante. Il ne faut pas donner à cette guerre franco-thaïe plus d’importance qu’elle ne le mérite. J’ai compté sur le « monument de la victoire » à Bangkok 568 noms de thaïs morts pour la patrie... un peu plus que les 19 de la première guerre mondiale.

Regardez-donc sur le remarquable site de l’Institut national de l’audio visuel le reportage « la nouvelle armée thaïe défile dans les rues de Bangkok » du 20 février 1942,

(hhttp://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/AFE85000711/la-nouvelle-armee-thai-defile-dans-les-rues-de-bangkok.fr.html

pour comprendre la légère ironie de Pierre Boulle (1) quand il parle de l’armée ennemie. On est loin des manifestations de masse allemandes, japonaises ou italiennes.

 

Pibun est contraint de démissionner en juillet 1944 et est détenu au Japon par les alliés. Il est autorisé à rentrer au Pays en 1947. Pridi est contraint de s’exiler et Pibun refait un coup d’Etat en 1948 et rétablit un régime autoritaire. Phibun renoue avec sa politique anti-chinoise des années 1930. Son gouvernement arrête l'immigration chinoise et prend diverses mesures pour restreindre la domination économique des Chinois en Thaïlande. Les écoles et associations chinoises sont de nouveau interdites. La Thaïlande devient un allié officiel des États-Unis avec la signature de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (SEATO dans son sigle anglais) en 1954. Pendant la guerre d'Indochine, elle reste néanmoins à l'écart.

En 1957, le maréchal Sarit Dhanaraj(=Thanarat) prend le pouvoir et force Phibun à s'exiler au Japon où il meurt en 1963.

Si j’en juge par le nombre d’écoles ou de rues qui portent son nom, il n’a pas laissé aux thaïs le souvenir négatif (et plus encore) des dictateurs européens du siècle dernier !

  

Sa politique de thaïfication était un sous-produit du nationalisme politique constamment suivi par l'Etat pour augmenter la puissance centrale. En France, on appelle cela du « jacobinisme ». Le « nationalisme centralisateur » continue. Le centre de la Thaïlande est devenu économiquement et politiquement dominant, son langage est devenu la langue des médias, des affaires et l'éducation. Ses valeurs sont devenues les valeurs nationales. 

Les principales cibles de thaïfication ont été les minorités ethniques, les laos de l'Isan, les tribus montagnardes du nord et l'ouest, et les musulmans du sud. 

L'utilisation prescrite de la langue thaï dans les écoles a eu peu d'effet sur les Thaïs du centre qui l’utilisent dans la vie quotidienne, mais fait des bilingues des locuteurs de l'Isan dans le nord-est, du nord ou du sud très majoritairement musulman.

Cet encouragement au nationalisme thaï a eu pour effet secondaire et évident de décourager les autres éventuelles allégeances, Laos en Isan ou Malaisie dans le sud, mais là sans grand succès.

Rouge ou jaune, vous blessez un Isan si vous le traitez de Lao.

Un exemple amusant, j’ai sous les yeux, un manuel scolaire sous forme de questions réponse :

Question :

« le devoir d’un thaï est d’aimer :

1 la nation, la religion et le roi

2 la démocratie

3 l’école

4 lui-même »

 

La bonne réponse ? Le 1, voyons !

Ce nationalisme omni présent va parfois de pair avec une conception génétique, une  obsession pour une « race pure de vieux thaïs» qui n'est ni  nouvelle, ni isolée. On trouve trace de ce débat relancé à la fin des années 2006 dans le docte « Bangkok post », il rappelle, toutes proportions gardées, les théories évolutionnistes européenne à la fin du dix-neuvième siècle.

Autre exemple tout aussi omni présent, devant les difficultés rencontrées, certains esprits paresseux prônent le repli sur soi et font porter la responsabilité des problèmes à certaines catégories de population. Ce développement de la haine de l'autre cultive l'irresponsabilité, renforce les tensions et ne mène à rien. L'Histoire est riche de ces nations qui ont basculé dans ce cul de sac : Allemagne nazie, ex-Yougoslavie, ou, plus près de nous, Rwanda. 

 

La presse thaïe, ce n’est ni le « Bangkok post » ni « the Nation », mais essentiellement ไทยรัฐ (la « nation thaïe », plutôt rouge) et le เดลินิวส์ (« daily news », plutôt jaune) qui tirent à près d’un million chacun, 20 fois plus que les deux journaux anglophones. Les attentats dans les provinces musulmanes, ce sont les โจรใต้, djontaï, les bandits du sud (une espèce nouvelle de fellaghas ?).

 

Les travailleurs migrants birmans sont aussi la cible des informations : ils violent, tuent et transmettent le sida par prostituées interposées. Il y aurait 500.000 travailleurs birmans déclarés et tout autant de clandestins, il n'est pas surprenant que certains d'entre eux commettent des crimes mais on parle peu des conditions dans lesquelles ils travaillent.

La querelle relative au temple de Preah Vihear que les Thaïs disputent aux cambodgiens a donné lieu à de belles envolées nationalistes, notamment sur ASTV, la chaine de télévision des jaunes, les géographes français responsables de la délimitation frontalière ont eu (qu’ils reposent en paix) les oreilles qui sifflaient.

 photo nationalisme

 

Les paramètres de ce nationalisme, « le roi, la religion, le peuple », ont-ils encore une réalité en 2011 ?

Les thaïs ont la chance inouïe de vivre sous le règne d’un monarque qui ne jouit d’aucun pouvoir constitutionnel mais d’un charisme incontestable. Comme on disait du temps de Charles X, « que Dieu l’ait en sa sainte garde ». C’est un homme de talent. Saxophoniste distingué, une compilation de ses œuvres musicales a été récemment enregistrée sur disque compact et distribuée dans les établissements scolaires dans un but caritatif. Au dire d’un ami qui a une meilleure oreille que la mienne, il est du niveau des plus grands. Il est l’auteur (sans s’être approprié le travail de « sans grade » de plusieurs brevets (système de purification d’eau, génératrice d’énergie cinétique, aérateur de faible vitesse utilisation d’huile de palme dans les moteurs diesels etc...). S’il n’a jamais quitté son pays depuis son accession au trône (sauf un voyage au Laos), il a visité pour bien les connaître et bien en connaître les habitants, toutes les provinces de son pays. Pensez à nos monarques français qui n’avaient jamais fait de voyages qu’entre Versailles et Paris. Les articles du magasine américain Forbes en 2008 sur la fortune du monarque ont été unanimement fort mal appréciées, d’autant  qu’avec une intense mauvaise foi, il incluait tout le patrimoine (immobilier, sociétés ou groupements) affecté à des œuvres purement caritatives.

Le bouddhisme est toujours omni présent, mais, sujet délicat sinon tabou, la religion connait une incontestable « déboudification » et la minorité musulmane comporte probablement une dizaine de millions de personnes que la thaïfication ne touche pas. Le peuple est actuellement partagé entre les rouges et les jaunes et Bouddha seul sait ce que l’avenir réserve au nationalisme thaï.

 

Je ne suis pas ici pour faire de la politique-fiction, de l’avis général thaï : (Bangkok post du 31 août dernier) certains farangs savent peut-être beaucoup de choses sur la vie politique, la culture, le mode de vie mais ils ne seront jamais en mesure d'atteindre le cœur de la Thaïe-ness. (« Ce qui fait que les thaïs sont thaïs »)

 

 

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 03:06

220px-Herodotus Massimo Inv124478Le billet du samedi :  Hérodote et les fourmis aurifères du Siam

 

Cicéron  a qualifié Hérodote  de « père de l'histoire » (Les Lois, I, 1). On sait de lui qu’il est né aux environs de 484 avant Jésus-Christ à Halicarnasse. Son livre, Histoires ou Enquête, est l'une des plus longues œuvres de l'Antiquité. Il contient essentiellement le récit de ses voyages, il décrit en détail les lieux qu'il a visités, la vie animale et végétale de ces régions, les caractéristiques particulières des populations, leurs droits politiques, sociaux et culturels, les histoires et les légendes qu'il recueillait. C’est un explorateur, un historien, un ethnologue, et l’un des premiers prosateurs grecs dont les écrits nous soient restés

 

La légende ou l’histoire des fourmis productrices d’or.

 

Hérodote est friand d’anecdotes, est-ce la raison pour laquelle Aristote le qualifie de « mythologue » dans sa « Poétique », et Aulu-Gelle le traite d'affabulateur (homo fabulator) ?

Dans un passage bien connu des Histoires (III-102), il rapporte une histoire de « fourmis plus petites que des chiens mais plus grosses que des renards » que l’on trouvait dans un désert chez les plus septentrionaux des indiens, voisins de la ville de Kapastyros et du pays des Paktuïke. Ces fourmis emmagasinaient des sables aurifères dans leurs fourmilières. Au prix de grands risques tant elles étaient vives et redoutables, les indiens allaient leur voler leur or. C'est ainsi, disent les Perses, que ces Indiens recueillent la plus grande partie de leur or.

 fourmi

Dans la version que j’ai sous les yeux (Histoire d’Hérodote, traduction nouvelle avec une introduction et des notes par P. Giguet, Paris, Hachette 1913 III-CII) le traducteur donne une note explicative un peu sommaire : « Une variété de l’hyène et les fourmilières sont le terrier ». Hérodote est un érudit, il n’a pu confondre une fourmi (μύρμηξ murmèx) avec une hyène (ΰαινα uaïna).


Cette légende des fourmis aurifères des « indes » se retrouve dans le Mahabharata épopée indiennes relatant de très anciennes, légendes où s’affrontent les hommes et les dieux, dont l’origine est incertaine, probablement une œuvre collective revue et modifiée au fil des siècles entre le IVème avant Jésus-Christ et l’IVème après ? On la retrouve chez Ctésias, médecin grec au servie du roi de Perse Artaxerxés II mais les fourmis sont devenus des griffons (« traditions tératologiques ou récits de l’antiquité et du moyen-âge » par Jules Berger de Xivrey – à Paris, 1836). Et encore chez Néarque, un compagnon d’Alexandre le grand (« Inde, Grèce ancienne regards croisés en anthropologie de l’espace » Jean-Claude Carrière, 1995), chez Mégasthène (Jules Berger de Xivrey loc.cit.) qui est resté 10 ans aux Indes comme ambassadeur et plus tard encore chez Strabon (« Introduction historique et critique aux livres de l’ancien et du nouveau testament » Jean-Baptiste Glaire, 1839) où les fourmis sont devenues des fourmilions. On la retrouve encore dans « De rebus in oriente mirablis » ou « lettres de Farasmanes », (Claude Lecouteux, Berlin 1979) : Ce recueil se présente sous forme de lettres adressées à l’empereur Hadrien ou Trajan par un personnage inconnu, peut-être Farasmanes, roi d’Ibérie sur les merveilles de la nature. Le grand géographe Malte-Brun rapporte ces légendes (« Précis de la géographie universelle ou description de toutes les parties du monde » volume I, 1847)

 

Nous allons fort étrangement retrouver ces fourmis au Siam. 

 Nous devons cette étonnante découverte à J. Burnay, conseiller juriste auprès du gouvernement siamois et correspondant de la très savante « Ecole française d’extrême orient » (Bulletin de l’école française d’extrême orient, 1931 – tome 31, pages 212 et 213). Il a déniché un très curieux récit (kham haï kan xao krung kao – Bangkok 2457 EB pages 97-98, traduction siamoise moderne d’un ancien manuscrit Birman à cette époque conservé aux archives royales de Rangoon). Il y figure des termites (ปลวก plouak) et un objet en or trouvé dans leur nid. D’après ce texte, le roi Prasat Thong ปราสาททอง (« Palais d’or ») père et prédécesseur du célèbre Phra Naraï eut un songe qui lui montra un palais d’or enfoui dans une termitière situé en un lieu où il s’était autrefois rendu. A son réveil, il ordonna de fouiller cette termitière où l’on trouva le « palais d’or » en miniature de neuf étages. Aucune autre explication n’est donnée sur la manière dont l’objet se trouvait dans la termitière.

La comparaison avec Hérodote et le Mahabharata était inévitable même si chez lui il s’agit de fourmis et d’or brut et non de termites et d’or façonné. Y a-t-il une filiation entre ces légendes ? Ces fourmis aurifères ont fait couler beaucoup d’encre.

 

Il y a peut-être une explication ou tout au moins une explication plausible, dûe à Alain Fraval, un chercheur de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique)

http://www.inra.fr/opie-insectes/pdf/i142herodote-fraval.pdf

Il s’agit pour lui de la marmotte rouge, « marmota caudata aurea » qui vit notamment au Tibet, chez les Minaros, et remonte de l’or, parfois, avec la terre de ses excavations.

 

MarmotaCaudata1

Elle a une longue queue, des dents et des griffes acérées et peut se montrer agressive si on la dérange.  Il en trouve l’explication  dans un ouvrage de Michel Peissel, ethnologue, intrépide explorateur et écrivain fécond :

Selon l’ethnologue, l’erreur d’Hérodote qui ne rapportait pas ce qu’il avait vu mais rapportait une légende viendrait tout simplement de ce qu’en persan, « marmotte » se dit quelque chose comme « fourmi de la montagne » ?  Voilà une explication que je n’ai malheureusement pas les moyens techniques de vérifier, « comment peut-on être persan ? » Hérodote savait aussi faire la différence, une marmotte dans sa langue, c’est όρει oreï.

 orfourmis

Et le Siam alors ? 

Le grand Pavie aurait-il vu ou signalé nos fourmis  d’or ?

Son oeuvre collective est une véritable et magnifique encyclopédie du monde animal de l’Indochine (Cambodge, Annam,  Tonkin, Siam), tout ce qui y bouge est inventorié sur plus de 600 pages. Des centaines de mammifères inventoriés, y compris des espèces fouisseuses mais pas trace de marmottes ! Est-ce à dire qu’il n’y a pas de marmottes en Thaïlande, au moins dans les régions les plus froides ? Qu’elles soient absentes de l’œuvre de Pavie et de son équipe de savants est une chose. Là, je rentre dans le domaine des hypothèses.

histoire naturelle

D’après le WWWF, les scientifiques ont découvert dans la région du Mékong plus de 1000 nouvelles espèces cette dernière décennie et ce ne sont pas de minuscules insectes qui passent inaperçus, le « crotale vert de Gumprecht » a été découvert en 2002 sous la toiture d’un restaurant du parc national de Khao Yai, dans le nord de la Thaïlande.

crotale vert

Ils ont également découvert un mille-pattes, de paillettes roses vêtu sécrétant du cyanure. Le nom de cette veuve rose est le « dragon millipede ».

 

dragonvili


Et encore un rat disparu il y a 11 millions d’années, on l’a revu pour la première fois en 2005. C’est le « rat des montagnes du Laos ».

rat

Terminons sur une désagréable vision, une découverte de 2001 « Heteropoda maxima », de 25 à 30 centimètres d’envergure.

220px-Heteropoda maxima 1

Qui dit que ces savants ne découvriront pas un jour prochain en Thaïlande  quelque animal fouisseur, rat, fourmi, termite ou marmotte qui en fouissant la terre en remonte avec des paillettes d’or accrochées à ses poils ou à ses pattes ? Il y a des gisements d’or partout en Thaïlande. Il est permis de rêver à ces vieilles légendes.

 

Rappelons simplement que cette région a depuis le début du siècle selon la WWWF permis la découverte de 279 poissons, 88 grenouilles, 88 araignées,  46 lézards,  15 mammifères, 4 oiseaux, 4 tortues, 2 salamandres,un crapaud. Et cela est un véritable trésor.

 

 

 

 

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 03:06

romanisation 1....et sa romanisation ? Respectons la loi !

Rien ne m’irrite plus que de lire (y compris dans des sites qui se veulent érudit comme wikipedia qui n’en est pas à une ânerie près) ou dans une presse qui prétend représenter la francophonie en Thaïlande (pas de nom) ou encore dans de nombreux blogs des monstruosités du style «  E-san » ou « Esarn » que, moi, je prononce « eussaneu » ou « eussarneu » et qui serait – parait-il – le nom de la région où nous vivons, l’Isan ! Les barbarismes sont écrits par les barbares.


Quelques mots d’explications sont nécessaires sans que je vous fasse un cours magistral sur l’écriture thaïe : créée en 1283 par Rama Kamhèng "le Grand" elle vient du sanscrit. Loin de porter comme nos alphabets l’empreinte d’une longue et pénible invention encore embarrassée dans les liens des caractères figuratifs, l’alphabet sanscrit semble avoir été formé et conçu par la plus haute intelligence philosophique et analytique qui ait paru dans le monde. Les indiens prétendent qu’il a été inventé par les Dieux et ils ont donné à leur écriture le nom de « Devanâgari, l’écriture des dieux» forme ancienne sous laquelle sont écrit encore la plupart des ouvrages sanscrits.

Les premiers inventeurs de l’écriture thaïe n’ont pas agi au hasard. Ils ont créé sur ces bases un alphabet correspondant aux structures propres à leur langue. Existe-t-il dans l’histoire du monde un système d’écriture créé méthodiquement, scientifiquement et ab nihilo ? Il y a une certitude, l’alphabet latin n’est pas adapté à une langue monosyllabique à tons. C’est certainement de façon délibérée qu’ils ne l’ont pas utilisé, pas plus que les idéogrammes chinois. Il semble donc de toute évidence que la meilleure façon de transcrire la langue thaïe par l'écriture, reste l'écriture thaïe. Elle est même un instrument magnifique pour cela.

Mais nécessité fait loi ! La colonisation arrive ! Il faut marquer les frontières et pour cela, il faut des cartes géographiques dans les deux langues.

Dès le début du 20e siècle, il y eut des tentatives de romanisation en coopération entre le Gouvernement Français et le Gouvernement Thaï pour dresser des cartes géographiques et en 1912, on assiste à l’élaboration sous le patronage de l'Académie royale et du Roi Rama VI, qui avait fait ses études en Angleterre, d'une translittération plus ou moins officielle du thaï à l’anglais. Son usage était alors « conseillé » par de nombreuses circulaires administratives.

La question est actuellement définitivement réglée par le système de romanisation officielle de l’Académie royale de Thaïlande, version améliorée en 2000. Vous la trouverez sous ses deux versions, thaïe et anglaise, sur le site

http://www.arts.chula.ac.th/~ling/tts/


Non seulement la question est réglée, mais elle a FORCE DE LOI. Le système a en effet été homologué par la Huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, tenue à Berlin, 27 août-5 septembre 2002 :

« La Conférence,

« Constatant que, dans sa résolution 14, la première Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques avait recommandé l’adoption du système général thaï amendé de l’Institut royal thaïlandais en tant que système international de romanisation des noms géographiques thaïs,

Constatant aussi qu’en 2000, le Gouvernement thaïlandais a officiellement adopté la version révisée de ce système comme norme nationale et que le système ainsi révisé a été mis en place,

Recommande que ce système révisé, dont les principes ont été énoncés dans le rapport intitulé  « Principles of romanization for Thai script by the transcription method »   présenté par la Thaïlande à la huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, soit adopté comme système international de romanisation des noms géographiques thaïs.»

Voilà qui est limpide !

 

Quelques lignes d’explications sur le thaï écrit sont nécessaires avant d’en arriver à cet outil:

• La langue thaïe est tonale, vous, le savez, cinq tons, le neutre, le bas, le descendant, le haut et le montant, la même syllabe sur les tons, ce sont 5 mots différents,

• Elle comprend 42 consonnes utilisées ou utilisables dont les sons correspondent à quelque chose près aux sons des consonnes françaises, 20 sons en tout,

• Elle comprend 32 voyelles utilisées ou utilisables, diphtongues et triphtongues dont les sons correspondent plus ou moins à nos sons français,

• Il y a une différence fondamentale entre les voyelles qui ont un son long et un son court,

• Voyelle longue ou voyelle brève, le sens du mot en est changé, mais quelle importante sur une carte routière ?

• Des lettres (consonnes ou voyelles) sont écrites et ne se prononcent pas,

• Des voyelles ne sont pas écrites et se prononcent;

• Certaines consonnent ne se prononcent pas de la même façon en tête ou en queue de syllabe.

Le système officiel :

• est en phonétique anglaise, soit !

• Il ne marque pas les tonalités,

• Il ne fait pas de différence entre les voyelles courtes et les longues ni entre les « é » « è » « o » « ô » « ou  longs ou courts,

• Curieusement, il ne fait pas de différence entre les deux consonnes thaïes « dj » et « tch », alors que la différence est sensible à l’oreille,

Mais il est parfait pour l’utilisation que l’on doit en faire : Que le panneau de circulation m’indique la route de Ranông ou de Ranong me permets de m’y retrouver si je ne sais pas lire ระนอง. Je me fiche bien de savoir que la tonalité de la première syllabe est haute et que le « a » est bref, que la tonalité de la seconde syllabe est neutre et le  « o » ouvert et long !

Non seulement enfin la question est réglée, mais elle a trouvé un outil magnifique : l’automatisation informatique, réalisée par Le Professeur Wirote Aroonmanakun et ses assistant(e)s Ms.Amornthip Kawinpanithan Ms.Wanwara Chairoek Mr.Taneth Ruangrajitpakorn du département de linguistique de l’Université Chulalongkorn, de Bangkok.  Il est téléchargeable sans difficultés sur le site susvisé et se présente sous une forme que nous avons légèrement agrandie – nous allons le voir - sans que son utilisation présente la moindre difficulté. C’est justement parce que l’écriture a été créée de façon mathématique qu’elle s’est prêtée sans difficultés à cette informatisation !


université


Amusons-nous à l’utiliser, pas bien compliqué, vous tapez le nom thaï en première ligne et le résultat suit de façon instantanée, si vous ne savez pas utiliser le clavier thaï, demandez à Madame : A tout seigneur, tout honneur, et sans autre commentaire :

Isan

 

A ceux qui habitent Nakhon Phanom ...

Son nom s’écrit en thaï  N – O non écrit – KH – O non écrit – R transformé en N – PH – A non écrit – N et M (N-KH-R –P-N-M)


 rom 1

A ceux qui habitent Sakhon Nakhon ....

Son nom s’écrit en thaï S – A  non écrit – K – L transformé en N - N – O non écrit – KH – O non écrit – R transformé en N (S-K-L-N-KH-R)


rom 2 

Vous l’avez constaté, le nom de ces deux provinces s’écrit avec six consonnes sans voyelles, le système a débusqué ces voyelles camouflées !

A ceux qui habitent Udon Thani... Là il n’y a qu’une voyelle camouflée à dénicher :

Son nom s’écrit en thaï OU – D – O non écrit – R prononcé N – TH – A – N – I. (OU-D-R-TH-A-N-I)

rom 161

 

Restons- en là !

S’il arrive au système de cafouiller, c’est uniquement sur les mots d’origine sanscrit-pali, sur la lecture desquels il arrive même aux thaïs (à la plupart des thaïs) de buter, ce sont souvent des noms propres, géographiques ou noms de famille ou des mots du langage élaboré qui n’est pas d’utilisation quotidienne.

Ne vous leurrez pas, votre ordinateur pourra peut-être vous trouver la 50 milliardième décimale du nombre Π (pi) ce qui – soit dit en passant – ne vous servira à rien, mais il est moins intelligent qu’un asticot.

Ce système de romanisation est remarquable à condition de l’utiliser exclusivement pour faire ce pourquoi il a été créé, lire les cartes géographiques et les panneaux de signalisation, et rien autre.

Un seul ne l’a pas utilisé, mais en toute connaissance de cause à mon avis, le Roi se nomme ภูมิพลอดุลยเดช, la transcription académique serait « Phumiphon-adunyadet » il est officiellement transcrit pourtant « Bhumibol Adulyadej ». Le ignorants qui se  gaussent de cette transcription ignorent qu’elle a été choisie et établie par le Roi lui même qui connait le sanscrit (et le français et l’anglais et le pali et même le thaï) dont le thaï n’est qu’un patois.

 

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