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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 22:21

 

La fin du XIXe siècle a vu le royaume échapper à la colonisation directe au prix de gigantesques sacrifices territoriaux, d’abandons partiels de souveraineté et de contraintes diplomatiques pour adopter des institutions gouvernementales occidentalisée.

 

L’état-nation va être le fruit de cette histoire et l’identité nationale va avoir des liens étroits avec la religion. Ainsi allons-nous découvrir quatre temples au cœur du développement du nationalisme dont ils sont le bastion sacré (1).

 

 

Une fois en effet soumis à ces empiétements territoriaux et à ses atteintes à sa souveraineté, l'État siamois a rapidement étendu son influence jusqu'aux frontières afin de consolider son pouvoir et de bloquer toute nouvelle intrusion coloniale. A la mort du roi Chulalongkorn et après ses réformes administratives et centralisatrices, l’état-nation va se mettre en place. Immédiatement après sa mort, son fils Vajiravudh devenu monarque va chercher à nourrir ce « nationalisme officiel ». Il copie le dicton britannique « Dieu, le roi, la nation » mais ses efforts ne vont jusqu’alors porter que sur les élites, sans guère de prise sur les masses populaires. Lors de sa mort en 1925, son frère cadet hérite surtout des difficultés économiques et d’une opposition croissante à l’autorité monarchique. Il ne put s'accrocher au pouvoir absolu que pendant sept ans.

 

 

En 1932, un groupe d'officiers militaires et de civils formés en Europe organisa un coup d'État, renversant la monarchie absolue et développant un gouvernement constitutionnel. Au cours des six années suivantes, le groupe putschiste se déchira le long de lignes idéologiques entre civils et militaires dirigés par Phibun. En 1938, la faction Phibun prit le contrôle du gouvernement et  devint Premier ministre.

 

 

Phibun avait l’intention de créer ou de développer le sentiment d’identité nationale unifiée afin à la fois de légitimer son propre pouvoir et de moderniser l’État thaïlandais, remodeler la loyauté traditionnelle envers la monarchie en un engagement envers la nation grâce à de multiples efforts pour développer le sentiment national. Le changement du nom du pays en Thaïlande en 1939 est destiné à mieux refléter le groupe ethnique thaïlandais qui était encapsulé dans ses frontières. Parallèlement aux stratégies se joint la détermination de développer le bouddhisme comme l’une des composantes les plus importantes de l’identité « thaïe ».

 

 

Les institutions bouddhistes au cours des premières années de la modernisation du pays étaient mieux développées que les institutions laïques. Les dizaines de milliers de temples disséminés dans tout le pays servaient traditionnellement de pôles communautaires, fournissant de nombreux services que le gouvernement n'était pas encore en mesure de fournir. Les monastères étaient un centre communautaire, un lieu de rencontre où s'échangeaient nouvelles et potins, un centre de loisirs, un hôpital en période de difficulté, une école de formation religieuse ainsi que de formation laïque, un lieu de dépôt (banque), un entrepôt communautaire pour la location d'équipement, une maison pour les psychotiques et les personnes âgées, une agence d'embauche, une agence de protection sociale; l'horloge du village, un hôtel gratuit, une auberge gratuite pour les étudiants, un centre d'information, une agence de presse, une aire de jeux pour enfants, un centre sportif, un réservoir d'eau potable (2), un centre de conseil.

 

 

Les temples étaient mieux équipés pour fournir des services publics que le gouvernement à presque tous les égards, en particulier dans les zones rurales où vivait la majorité de la population. Ils étaient après la famille l’institution la plus importante de la vie rurale. Le bouddhisme servait aussi de facteur de légitimation pour les élites et la monarchie par la croyance que leur état privilégié était la conséquence des mérites accumulés lors des incarnations précédentes, le roi étant au centre de ce monde spirituel. En renversant la monarchie traditionnelle les auteurs du coup d’état dont Phibun avaient bouleversé ces conceptions hiérarchiques. Celui-ci chercha à insérer le bouddhisme dans la rhétorique nationale. L’un des efforts les plus importants pour ce recentrage du bouddhisme fut l'adaptation des temples dans l’espace de l’identité nationale. L’une de ces méthodes consistait à construire ou à restaurer un monument religieux tombé en ruine ne laissant rien à l’initiative individuelle. Pendant le deuxième gouvernement de Phibun, l'État a dépensé 693 millions de bahts pour la restauration de plus de 5.500 temples à travers le pays.

 

 

Quatre temples furent plus spécialement choisis dans cette optique, représentant les quatre régions du pays, le Nord, le Nord-est, Bangkok et le Sud. Trois d’entre eux existaient avant le développement du sentiment national thaï, déjà considérés comme les sites les plus sacrés dans leurs régions respectives. Le quatrième temple, fut construit par Phibun à Bangkok dans la capitale.

 

 

Le Wat Phra Sri Mahathat à Bangkok  (วัดพระศรีมหาธาตุวรมหาวิหาร)

 

Le temple le plus important pour Phibun  fut celui qu'il fit construire pour commémorer la fin de la monarchie absolue. Au cours d'une réunion du cabinet le 19 septembre 1940, il présenta un plan pour construire un temple qui, dans son esprit, servirait de modèle à tous les monastères bouddhistes et de modèle pour les futurs temples. Il l’avait initialement baptisé « temple de la démocratie » (Wat Prachathipatai - วัดประชาธิปไตย).

 

Il est situé non loin du lieu de la défaite du prince Boworadet peu après le renversement de la monarchie absolue dans le  sous district de Kub  Daeng (ตำบลกูบแดง) dans le district de Bang Khen (อำเภอบางเขน) (3). Phibun avait lors émergé en tant que commandant victorieux de la rébellion et ce temple devait servir à promouvoir sa personne, tout en commémorant la victoire.

 

La Thaïlande est un pays bouddhiste, certes mais aussi un pays démocratique  et le bouddhisme est l'un des fondements du régime démocratique. Le temple fut achevé très rapidement et sa consécration eut lieu le jour de la fête de la Nation, le 24 juin 1942, le dixième anniversaire de la chute de la monarchie absolue. L'édifice prendrait bientôt une importance encore plus symbolique. Lors de la planification et de la construction du temple, une délégation spéciale s'est rendue en Inde. Elle était présidée par le Ministre de la Justice Thawan Thamrongnawasawat (ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์). Elle eut pour mandat de développer de meilleures relations avec la puissance coloniale britannique et le gouvernement indien, mais aussi d'effectuer un pèlerinage national et récupérer des icônes sacrées du berceau du bouddhisme dans les cinq lieux sacrés mentionnés dans les écritures bouddhistes et des branches de l'arbre de la Bodhi à l’ombre duquel Bouddha s'était reposé. Le gouvernement indien autorisa la délégation à obtenir les articles demandés; cinq branches de l’arbre de lq Bodhi (ต้นโพธิ์) 

 

 

... et d'autres reliques qui furent bientôt en route vers Bangkok.  Après un court séjour au Musée national, et non dans un temple bouddhiste, les reliques furent placées dans le Wat Prachathipatai, qui fut rebaptisé Wat Phra Sri Mahathat  (« le saint et grand reliquaire ») pour refléter sa nouvelle nature sacrée. Les reliques bouddhistes venues des Indes ne furent pas les seuls objets sacrés sortis pour renforcer le temple nationaliste. Une image bouddhiste de l'ère Sukhothaï fut retirée du Musée national pour relier l'édifice religieux au passé historique. Il s’agit d’une représentation de Bouddha dans la position de soumission de Mara construit située dans la chapelle principale.

 

 

Le temple fut également destiné à servir de panthéon  pour recevoir 112 urnes destinées à recevoir les restes de ceux qui avaient contribué à la construction de la Thaïlande démocratique. Les branches de l’arbre sont le fruit des immenses mérites accomplis par ceux-ci au profit de la nation.

 

 

Deux restèrent au temple de Bangkok où elles furent plantées ; les trois autres furent envoyés, un dans chaque région, pour être plantés dans les temples considérés comme stratégiques. Le cœur spirituel est à Bangkok mais il rayonne par les arbres de la Bodhi dans les régions du pays. Il est devenu temple royal de première classe en 1942 (4).  La hiérarchisation des temples dits royaux c’est-à-dire en gros construits ou financés par le roi ou la famille royale date de Rama VI en 1915. Ils sont divisés en trois classes selon des critères bien précis.Sa construction fut, pour la plus grande partie financée par une souscription nationale. Il abrite des moines du Mahanikaya (มหานิกาย) et du Dhammayutikanikaya (ธรรมยุติกนิกาย).

 

 

Le Wat Phra That Phanom  (วัดพระธาตุพนม) dans le Nord-Est fut le premier destinataire. Nous le connaissons, situé à environ 50 kilomètres au sud de la ville de Nakhorn Phanom. Ne revenons pas sur son histoire légendaire, nous lui avons consacré deux articles (5). Phibun et son gouvernement estimèrent que le sanctuaire était le monument bouddhiste le plus important du Nord-Est. Pendant près de quarante ans, le temple et le chedi avaient été laissés à l'abandon. L'entretien était effectué plus ou moins bien  par des notables ou des moines locaux, en tant que mémorial contenant une relique de Bouddha. Phibun le considéra comme un élément essentiel pour développer en Isan le sentiment national compte tenu de son importance dans la tradition religieuse du Nord-Est.

 

 

Il en délégua  la restauration au département national des Beaux-Arts qui rapidement commença non seulement la restauration, mais aussi l’agrandissement. Il abandonna les matériaux traditionnels et utilisa une nouvelle technologie, le béton armé. La hauteur du chedi fut augmentée de dix mètres jusqu’à 57 mètres. L'arbre, en provenance de Bangkok fut planté sur le terrain du temple.

 

Au cours des années suivantes, le temple continua à tisser des liens symboliques avec l'identité religieuse et nationale thaïe centrale. En 1950, il obtint le statut « temple royal de première classe ». Quatre ans plus tard, le temple a également reçu un parapluie doré pesant 110 kilogrammes du gouvernement pour commémorer son importance pour l'identité nationale. Le monument n’est plus seulement important pour les bouddhistes locaux, il est devenu l’un des temples identifiant efficacement le monument religieux avec l'identité nationale.

 

 

Le  Wat Phra Mahathat Woromha Wihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) est niché de la capitale provinciale du Sud, Nakhorn Sri Thammarat. Il est le site le plus important du Sud. Cette région fut intégrée au Siam bien avant le Nord-Est ou le Nord (Lanna). Le temple était tout désigné pour rejoindre la volonté nationaliste de participer à l’identité religieuse et nationale unifiée mais ce d’ailleurs bien avant la prise de pouvoir par Phibun. Il avait été érigé en temple royal de première classe par le roi Vajiravudh, lors d'une visite dans la région. Le reliquaire contient une dent de Bouddha arrivée des Indes dans des circonstances miraculeuses. Après la chute de la monarchie absolue, le gouvernement décida de consacrer une partie du temple pour devenir une succursale du Musée national en 1937. L'une de ses structures fut adaptée à cet objectif et a commencé à exposer des objets d’art thaïs symboliques de l’unité nationale.

 

 

Après l’arrivée de Phibun au pouvoir, les efforts du gouvernement pour « nationaliser » le temple continuèrent. L'arbre de la Bodhi arriva avec une escorte gouvernementale le 19 mai 1943.Il était accompagné de Somdej Mahaveerawonge, le chef ecclésiastique de la Sangha de Bangkok, qui  présida à la cérémonie de plantation et des célébrations. Il devint alors le symbole du lien mystique du Sud du pays avec Bangkok.

 

 

Le Wat Phra That Doi Suthep (วัดพระธาตุดอยสุเทพ) est situé dans le Nord, le Lanna, et fut plus difficile à s’intégrer dans le mouvement pour deux raisons ; Le Nord avait été gouverné par une cour royale distincte de celle de Bangkok, et il était difficile de couper complètement ses pouvoirs. Certains membres de la famille royale du Nord conservèrent leurs titres jusque dans les années 1940. 

 

 

Par ailleurs, la religion observée était une variante du bouddhisme Theravada, mais sa pratique était distincte de celle du Sangha de Bangkok. Nous en avons dit quelques mots (6).

 

Le gouvernement considérait la région comme l'un des problèmes potentiels pour l’idée nationale si elle ne pouvait être intégrée dans le schéma « identité religieuse et identité nationale ». Phibun chercha alors à utiliser le symbolisme religieux pour développer l’identité religion-nationale dans la région. C’est alors que le choix du Wat Phra That Doi Suthep - temple sacré au sommet d'une montagne surplombant la plus grande ville de la région fut effectué avec ses implications symboliques.

 

 

L'après-midi du 2 juillet 1943, une foule immense était rassemblée autour de la gare de Chiang Mai.

 

 

Le rassemblement était destiné à recevoir le jeune arbre de la Bodhi générateur de mérites, récupéré par le gouvernement national en Inde. Lorsque l’arbre fut arrivé avec son entourage en provenance de Bangkok, il a été promené dans les rues de la ville puis exposé dans l’un des temples de la ville pendant sept jours de célébrations et de culte. À la fin de septième jour, l'arbre a été transporté sur la montagne surplombant la ville jusqu'à son lieu de repos dans l'un des temples les plus sacrés de la région, Wat Phra That Doi Suthep. Phibun avait gracieusement accordé aux habitants du Nord l'occasion d'élever l'arbre, ce qui liait leur tradition religieuse à Bangkok et aux autres régions du pays.

 

 

Après la plantation de l'arbre sacré, d'autres gestes symboliques confirmèrent ce lien sacré : Le temple fut élevé au rang de temple royal de première classe en 1951. Son chedi fut recouvert d’une nouvelle couche d'or au prix de plus de 540.000 bahts payée par le gouvernement central. Il devint dès lors le symbole de l'identité religieuse nationale thaïe pour la région.

 

Pour favoriser le désenclavement de la région, Phibun fit construire dans les années 1942-1943 des centaines de kilomètres de routes pour rejoindre le Nord.

 

Chacun de ces temples avait une signification symbolique et spirituelle particulière dans le cadre du développement de l’identité religieuse nationale.

 

Chacun d’entre eux contenait également des reliques sacrées du Bouddha, et pouvait servir de substituts aux pèlerinages vers des lieux sacrés du bouddhisme éloignées, en dehors du pays.

 

Ils firent en quelque sorte de la Thaïlande la patrie sacrée du bouddhisme.

 

Ce n'est évidemment pas un hasard si le gouvernement Phibun a promu un temple majeur dans chaque région comme facteur unificateur de l’identité nationale.

 

Ces efforts furent l’un des produits les plus durables de l'ère Phibun. Les dirigeants qui suivirent Phibun, même ceux qui ne l'aimaient pas, se sont retrouvés à rendre hommage aux monuments religio-nationaux qu'il avait adaptés à l'identité nationale à l'exception notable de Wat Phra Sri Mahathat, dont nous parlerons. Ils prirent une importance croissante en raison du soutien gouvernemental continu et grâce aux efforts de feu le roi Rama IX.

 

Après la chute du deuxième gouvernement de Phibun, ses successeurs continuèrent à développer l’identité religieuse et nationale du pays.

 

Le Premier ministre Sarit, reconnut l'importance d'utiliser des symboles religieux pour promouvoir le nationalisme, mais contrairement à Phibun, il choisit de promouvoir le palais en tant que défenseur du bouddhisme et de la nation.

 

Sous Phibun, la monarchie avait été constamment écartée, mais après son éviction, le palais a pu retrouver une grande partie de son ancienne influence.

 

Grâce à l'aide de dirigeants politiques amis du monarque, le roi Bhumibol a pu se confondre avec l'identité religieuse et nationale. Le roi personnifiait l'image nationale et fit des pèlerinages à chacun des temples périphériques mentionnés.

 

Au Wat Phra That Doi Suthep, il participa à la coulée d'une image de Bouddha en or restée au temple, rappel spirituel toujours présent que ce temple sert d’avant-postes à l’identité religieuse nationale.

 

 

Après la tempête qui causa l'effondrement du Wat Phra That Phanom chedi en 1975, le gouvernement national fit rapidement reconstruire le sanctuaire. Le roi Bhumibol présida la cérémonie de la nouvelle consécration.

 

 

Il visita le temple du Sud en pèlerinage officiel.

 

Le seul temple parmi ces quatre qui n’a pas réussi à atteindre cette envergure nationale est le Wat Phra Sri Mahathat, la création de Phibun. Il est relégué à une position secondaire sur les sites Web consacrés au tourisme à Bangkok et ignoré dans la liste suggérée par l’autorité du tourisme de Thaïlande (T.A.T : Tourism Authority of Thailand) des sites religieux importants de Bangkok. Les pages Internet qui lui sont consacrées sont rares et pour l’essentiel en thaï (7).

 

Cet échec peut être attribué à de nombreuses causes, les premières sont pratiques : la surabondance de temples à Bangkok, ils seraient environ 400, et son éloignement du centre de la ville. Il est situé sur  Phaholyothin Road (ถนนพหลโยธิน). Le facteur le plus important est peut-être son incapacité à obtenir le soutien de la monarchie. Le roi Bhumibol et Phibun ne s’aimaient pas, ce qui a incité le roi à choisir plus tard à éviter le « temple de Phibun ».

 

En 1952, le roi et ses proches ont ouvertement boudé la cérémonie de présentation des nouvelles  aux moines dans les temples royaux de première classe. Son emplacement près du monument commémorant la défaite de la rébellion royaliste a probablement ajouté au désir du roi de s’en tenir à distance.

 

Il faut toutefois préciser que le « Phra Phutthasihing » (พระพุทธสิหิงค์) de l'ère Sukhothaï et provenant du Musée national est l’une des représentations de Bouddha les plus célèbres et les plus reproduites en Thaïlande après le Bouddha d'Émeraude (พระแก้วมรกต)

 

et le Phra Buddha Chinnarat (พระพุทธชินราช) de Phitsanulok.

 

 

Son architecture est au demeurant atypique. Le chedi est construit à deux étages, la couche extérieure est un grand chedi de 38 mètres de haut, la couche intérieure est constituée d'un petit chedi situé au milieu, contenant les reliques. Il y a une zone accessible entre les deux, large d’environ deux mètres permettant l’accès aux fidèles. On y trouve l’emplacement des 112 niches destinées à recevoir les cendres des héros mais nous n’avons pas pu savoir qui s’y trouve. L’architecte, Phra Phrom Phichit (พระพรหมพิจิตร) a voulu créer un nouveau style d’architecture thaïe en essayant de privilégier la simplicité des formes géométriques, privilégiant une architecture « démocratique » dont la sobriété tranche avec les ors des constructions habituelles même les plus modestes dont on peut penser qu’elles manquent parfois de sobriété (8).

 

 

Par contre, des dizaines de milliers de personnes affluent aux célébrations annuelles organisées par le gouvernement au Wat Phra That Phanom et au Wat Phra That Doi Suthep. Le Wat Phra Mahathat est plus ou moins boudé au profit du Temple du Bouddha d’Émeraude. La région de Chiang Mai enregistre plusieurs millions de visiteurs dans l’année, le Wat Phra That Doi Suthep est l'un des principaux attraits touristiques de la région. Un dicton local dit « aller à Chiang Mai sans rendre hommage au Phra That Doi Suthep, c’est comme ne jamais aller à Chiang Mai ».

 

Quels sentiments animent ces pèlerins ? Piété ? Sentiment national ? Ou les deux ?

 

 

NOTES

 

(1) Nous retrouvons avec curiosité ce lien entre la nation et la religion dans une déclaration du Président Sukarno en prélude à la construction de la grande mosquée de Jakarta, en 1966 : « C'est mon souhait, ainsi que celui de la communauté de mon pays d'ériger une mosquée du vendredi qui sera plus grande que la mosquée Mohammad Ali au Caire.  Plus grande ! Et pourquoi ? Parce que nous sommes une grande nation! Mon souhait est de construire avec toute la population, une nation indonésienne qui proclame la religion islamique ».

 

 

(2) Les actuels châteaux d’eau construits lors de la lente électrification du pays (les années 80 en Isan) l’ont été sur les puits des temples où les habitants allaient chercher l’eau potable à dos d’homme.

 

(3) Voir nos articles

A 382 - L'ARMÉE THAÏLANDAISE SERAIT-ELLE TENTÉE DE RÉÉCRIRE UNE NOUVELLE VERSION DE SON HISTOIRE, EN CE MOIS DE JUIN 2020...SELON L'AGENCE REUTERS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-382-l-armee-thailandaise-serait-elle-tentee-de-reecrire-une-nouvelle-version-de-son-histoire-en-ce-mois-de-juin-2020.selon-l-agenc

A 383 - H 58 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON CONTEXTE GÉOPOLITIQUE EUROPÉEN ET SIAMOIS

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-383-h-57-la-rebellion-du-prince-boworadet-d-octobre-1933-dans-son-contexte-geopolitique-europeen-et-siamois.html

 

(4) Selon la liste officielle du Sangha, il y a 41.205 temples bouddhistes dans le pays dont 33.902 en activité c’est-à-dire occupés par des moines. En dehors du temple du Bouddha d’émeraude (วัดพระแก้ว) qui est hors classe, il y a seulement 25 temples de première classe :

Voir https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Buddhist_temples_in_Thailand

 

(5) Voir nos articles :

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

(6) Voir notre article A 400- LES SANCTUAIRES BOUDDHISTES DU NORD DE LA THAÏLANDE LIÉS AU CYCLE ZODIACAL DUODÉNAIRE.

Pendant les réformes administratives créatrices de l'État siamois, des milliers de moines de la région avaient refusé d'obéir aux ordres du gouvernement de s'aligner sur le sangha. Nous savons que Lorsque le Nord et le Nord-Est furent définitivement inclus dans l'État-nation au début du siècle dernier, les us et coutumes bouddhistes furent soumises aux nouvelles règles centralisatrices de la réforme «  protestante » initiée par le roi Mongkut et les réformes du Sangha mis en œuvre par le prince Wachirayan (วชิรญาณวโรรส), 47e enfant du roi Mongkut, prince patriarche suprême de 1910 à 1921. Les porte-étendards culturels de la tradition du Nord de la Thaïlande, dirigés par Khru Ba Siwichai (ครูบาศรีวิชัย) en conflit systématique avec le sangha et les autorités centrales, ce qui le conduisit à de longues années de prison, menèrent un combat d’arrière-garde d’un conservatisme qui ne subsiste probablement plus guère que dans l’esprit de moines-vieillards dans les zones les plus retirées.

 

(7) Voir par exemple : https://www.silpa-mag.com/history/article_41235

 

(8) N’oublions tout de même pas la proclamation royale du 15 mai 1942, œuvre évidemment de Phibun qui proclame l’abolition des titres de noblesse de Chao Phraya (เจ้าพระยา), Phraya (พระยา), Phra (พระ), Luang (หลวง), Khun (ขุน)  à compter de ce jour. Toutefois les personnes qui en étaient titulaires et qui souhaitaient les conserver pour des raisons personnelles devaient obtenir l’autorisation royale qui serait accordée si elle était jugée appropriée. Les membres de leur famille pouvaient les utiliser mais comme prénoms ou nom de famille avec l’autorisation du Ministre de l’intérieur : ประกาศ เรื่อง การยกเลิกบรรดาศักดิ์ ลงวันที่ ๑๕ พฤษภาคม ๒๔๘๕

 

 

En sus de ce souci d’ordre « démocratique », Phibun prit d’autres mesures pour apprendre au monde que son pays était « civilisé : Il interdit en particulier la répugnante mastication de la noix de bétel, ce contre quoi même sa mère aurait protesté et ne fut pas appréciée par beaucoup de Thaïs. Néanmoins, les gouverneurs de province reçurent pour instruction de détruire tous les stocks sauf justification d’un un usage industriel.

D’autres mesures allèrent dans le même sens, traduisant aussi un souci nataliste : Tous les enfants nés le 1er janvier 1943 furent désignés «  enfants de la Grande Asie », avec droit à une éducation gratuite toute leur vie.

Il favorisa les mariages de groupe ont été introduits pour encourager l'habitude du mariage en réduisant le coût et en imposant une taxe punitive aux célibataires.

Il lança d'une campagne officielle pour encourager les maris à respecter leurs femmes : celles-ci ne devaient plus être traitées, selon un dicton usuel comme les pattes arrière d'un éléphant : Le mari est le train avant de l’éléphant, sou épouse, le train arrière (Samipenchangthaonachut, Phanyapenchangthaolang สามีเป็นช้างเท้าหน้า...ภรรยาเป็นช้างเท้าหลัง). Les épouses ne devaient plus être battues ou traitées comme des esclaves. Les maris devaient leur permettre de diriger la maison et les embrasser sur la joue avant de partir travailler.

 

SOURCES

 

En dehors de celles que nous citons en notes ci-dessus :

L’ouvrage de Thongchai Winichakul, professeur à l’Université Thammasat, daté de 1994 « Siam Mapped: A History of the Geo-Body of the Nation »

L’article daté de 2007 de Jacob I. Ricks de l’Université Emery d’Atlanta « National Identity and the Geo-Soul:Spiritually Mapping Siam » contient de nombreuses références

Tous les temples cités ont un sinon plusieurs sites Internet officiels

 

ANNEXES

 

Les principes directeurs énoncés par Phibun  pour le peuple thaï nous donnent de lui une vision que ne reflètent pas toujours les études historiques à son sujet :

Les Thaïlandais aiment la Nation au-dessus de la vie elle-même,

Ils sont d'éminents guerriers,

Ils sont diligents dans l’exercice  de l'agriculture, de l'industrie et du commerce,

Ils aiment bien vivre,

Ils aiment bien s'habiller,

Ils sont un peuple dont la parole correspond aux pensées.

Ils aiment la paix,

Ils respectent le bouddhisme plus que leur vie,

Ils honorent les enfants, les femmes et les personnes âgées,

Ils sont solidaires entre eux et suivent leurs dirigeants,

Ils cultivent des denrées pour leur propre consommation,

Ils sont bons pour leurs amis et terribles pour leurs ennemis,

Ils  sont fidèles et reconnaissants,

Ils accumulent des richesses pour leurs descendants.

 

 

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