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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 22:08

 

Nous avons rencontré à diverses reprises le roi Vajiravudh (Rama VI) intervenant par des discours, des essais, des articles de journaux, des poèmes, des pièces de théâtre, traducteur de nombreuses œuvres littéraires en thaï,

 

 

...sur la scène politique littéraire, artistique et sociale de son royaume pour défendre sa politique nationaliste, le bouddhisme et le passé glorieux du Siam. Il n’était pas destiné à régner. 29e fils du roi Chulalongkorn, il fut envoyé vivre et étudier en Angleterre dès son plus jeune âge. Il fut élevé au rang de prince héritier au brusque décès prématuré de son frère Maha Vajirunhis. Il lui fallut neuf ans avant de revenir d'Angleterre au Siam en 1902 et hériter ensuite du fardeau de la fonction royale à la mort de son père en 1910. Écrivain par vocation et roi par hasard, il dut passer de ses études artistiques aux matières militaires et à l'administration publique. Tout au long de son règne, sous le pseudonyme de « Asvabhahu », il publiera de nombreux articles sur les sujets les plus divers dans le journal «  Siam Observateur », le premier quotidien du pays (1).

 

 

 Sa conception du monde résumée dans le slogan «  la nation, la religion, le roi »  (le roi étant au niveau supérieur) dont il fut le créateur se retrouve dans sa conception des œuvres artistiques dont il a inspiré ou dirigé l’édification.

 

 

Nous bénéficions sur ce sujet d’une très fine analyse du professeur Nuaon Khrouthongkhieo qui enseigne l’histoire de l’art à la faculté  des sciences humaines et sociales à l’Université Suan Dusit de Bangkok (2). 

 

 

Il a sélectionné les œuvres d'art créées selon les souhaits et à l'initiative royale du roi Vajiravudh pour en tirer la conclusion que ses modèles artistiques préférés comprenaient l'art traditionnel thaïlandais, l'art occidental et la combinaison des deux.   Ses intentions étaient à travers la création de monuments ou d'œuvres d’art, de diriger le nationalisme et de préserver, diriger et créer l’identité thaïlandaise. Le choix de l’adaptation de styles occidentaux contemporains représente la prospérité du Siam et son entrée dans la modernité.

 

 

Nuaon Khrouthongkhieo cite l’un de ses articles écrit en anglais dans le Siam Observer du 13 mai 1914: « ...When “Young Siam” became obsessed with the idea of “Civilization-at-any-price! It was but natural for them to think that in order to become effectively civilized, they would have to turn back upon everything that belonged to the old order of things. It appeared that the most effective way to become civilized was to start with a clean slate… ». Ne traduisons que les deux derniers mots « table rase ».

 

N’oublions toutefois pas que ce mouvement vers un art moderne avait connu une  préparation précoce sous les règnes précédents du roi Mongkut et du roi Chulalongkorn, son grand-père et son père.

 

 

Certes,  l’introduction de la culture occidentale dans la société siamoise était censée être un outil de modernisation du Siam mais elle  affectait aussi la tradition artistique thaïe. Ainsi de nombreux artistes traditionnels thaïs furent négligés car ne pouvant pas s'adapter à ce nouveau style de goût moderne occidental.

 

 

C’est néanmoins au roi que l’on doit la création du Département des Beaux-arts visant à préserver les arts et l'artisanat thaïs et à rassembler des divisions mineures s'occupant des arts, dont certaines relevaient du Ministère des travaux publics et du Département des musées du Ministère de l'éducation. Le Département des Beaux-Arts nouvellement créé relevait du ministère des Palais, de sorte que le roi lui-même avait sur lui un contrôle direct.

 

 

 

 

Il créa également l'École académique des beaux-arts, plus tard intitulée Académie des arts de Pohchang. Il commença également à favoriser l’organisation d’expositions annuelles d'art et d'artisanat comme événements pour promouvoir la préservation des arts et de l'artisanat thaïlandais.

 

 

Lui-même a dirigé la conception par ses architectes occidentaux, de divers palais, planifié et dessiné lui-même la salle du trône de Phimanchakri dans le palais de Phayathai

 

 

ainsi que la construction de la salle du trône du Palais Sanamchan dans le style traditionnel thaï. Il avait sans conteste des compétences artistiques exceptionnelles dans de nombreuses branches. Mais ce faisant, il contribua aussi  par l’art à forger l’identité thaïe. C’est en quelque sorte un message caché que Nuaon Khrouthongkhieo met à son crédit

 

 

Quelles sont donc les œuvres qu’il situe dans cette perspective ?

 

Elles concernent à la fois des œuvres architecturales proprement dites, palais et temple, établissements d'enseignement, une série de ponts, des sculptures et des peintures, Bouddha ou déités traditionnelles, peintures murales ou fresques ainsi – et ce qui n’est guère connu, ses propres peintures ou dessins.

 

 

Nous y retrouverons à la fois l'architecture traditionnelle, l'architecture d'influence occidentale,  mélange des deux notamment dans le choix des techniques et des matériaux.

.

Son long séjour dans un pays étranger l'avait éloigné de ses parents plus âgés et du monde des courtisans. Dès après le couronnement, il sentit que son statut royal de monarque absolu était contesté par différents groupes, en particulier le groupe de militaires qui conspira pour faire le coup d'État manqué de 1912, tous jeunes militaires censés être fidèles à leur roi. Le contexte mondial fait encore que les esprits progressistes de la société s’éloignent de la monarchie absolue.

 

 

Il doit encore faire face aux troubles persistants causés par les immigrants chinois (3).

 

 

Il doit aussi faire face aux occidentaux, toujours colonisateurs virtuels. La situation dans la société siamoise est partiellement alors fondée sur le manque de solidarité du peuple. À travers ses écrits dans divers médias, il s'est accroché à l'idéologie bouddhiste et a utilisé des analogies bouddhistes pour élever son statut à celui de roi vertueux tout en niant fermement l'idéologie occidentale comme le socialisme et la démocratie. Bouddhiste aussi, il partageait également les croyances brahmanes et hindoues.

 

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE – LES PALAIS.

 

LE PALAIS DE SANAMCHANDRA  (พระราชวัง สนาม จันทร์).

 

 

Le palais de Sanamchandra  (พระราชวัง สนาม จันทร์), le « palais du jardin de la lune » est un complexe de palais construit dans la province de Nakhon Pathom, à 56 km à l'ouest de Bangkok et à environ un kilomètre du sanctuaire du Phra Pathommachedi.

 

 

Il comporte cinq bâtiments

 

 

et un sanctuaire au dieu Ganesh (พระพิฆเนศ) 

 

 

Avant sa montée  sur le trône, le prince héritier Vajiravudh venait dans cette ville pour rendre hommage au Phra Pathommachedi. Il souhaita y construire un palais pour lui servir de résidence lors de ses pèlerinages. Il en dessina les plans. Il considérait la région comme sacrée. En 1907, il a acheté environ 135 hectares de terre à la population locale autour de Noen Prasart Hill (เนิน ปราสาท) probablement sur le site d’un ancien palais disparu. 

 

 

Il fit ensuite concevoir et superviser la construction du palais par un architecte de Bangkok. La construction fut achevée en 1911. Son nom choisi par le roi vient du fait que l’ensemble inclut une pièce d’eau naturelle appelée « Sanam Chand » (สระน้ำ จันทร์).

 

 

Le roi aurait également destiné ce palais à lui servir de place forte en période de crise. Il y tenait régulièrement les réunions de ses « tigres sauvages ».

 

 

Devenu ensuite après sa mort  et selon ses  volontés le site de l'académie militaire, il devint ensuite en 1965, une annexe de l'Université de Silpakorn, spécialisée dans les études archéologiques, artistiques et architecturales, qui avait un besoin urgent d'une grande surface. L’expansion se fit d’autant plus volontiers que le palais avait appartenu à un monarque artiste lui-même. Le sceau de l’Université représente d’ailleurs Ganesh, dieu de l'art.

Ce choix fut d’autant plus approprié que Nakhon Pathom est un site archéologique important du Dvaravati. En 1981, le Département des Beaux-Arts a inscrit le Palais Sanam Chandra comme site historique et en entreprit la restauration sous la direction de la princesse Bejaratana Rajasuda, la fille unique de Vajiravudh (เพชรรัตนราชสุดา) morte en 2011.

 

 

On trouve dans ce gigantesque ensemble (actuellement fermé au public) plusieurs catégories de style, style thaï traditionnel avec des décorations représentant des œuvres d'art de l’époque Sukhothai et d’Ayutthaya et d’autres aux influences khmères.

 

 

D’autres constructions sont de style occidental, leur but est utilitaire plutôt que de glorifier le statut royal.  La décoration des salles varie en fonction de leur destination, soit des cérémonies rituelles souvent de style chinois, soit plus « décontracté » en fonction des nécessités de la vie quotidienne.

 

 

LE PALAIS PHAYATHAI (วังพญาไท) 

 

 

Ce palais est situé au cœur de Bangkok non loin du monument de la victoire.

 

 

Il ne reste aujourd'hui qu'un seul bâtiment du palais d'origine construit par le roi Chulalongkorn. La reine mère Saovabha l’occupa jusqu’à sa mort. Le roi Vajiravudh fit démolir la plupart des bâtiments du palais et construire de nouvelles structures dont il fit sa résidence préférée. Il est caractéristique des goûts du monarque. L’extérieur est comparable à une gentilhommière de campagne en Europe. La construction utilise des poutres de béton armé  ce qui réduit l’épaisseur des murs et procure un environnement plus spacieux. La décoration intérieure est de goût moderne, fleurs et motifs géométriques.

 

 

Le design intérieur se distingue par des couleurs vives, une décoration de style art nouveau de plantes et des motifs géométriques. L’agencement privilégie le confort.

 

 

LE PALAIS MRIGADAYAVAN  (พระราชนิเวศน์มฤคทายวัน).

 

 

Le mot « Mrigadayavan » est celui du parc aux cerfs en Inde où Bouddha a prononcé son premier sermon.

 

 

Il est situé à Chaam à environ 175 kilomètres au sud de Bangkok sur les rives du golfe de Thaïlande. Le roi n’y fait que de brefs séjours, au cours de l'été 1924 où il resta trois mois et deux mois à l'été 1925, après quoi il mourut. Le roi souhaitait en faire un lieu de vacances. Il dessina lui-même les plans   des seize bâtiments en teck élevés sur des piliers en béton et reliés entre eux par une série de passerelles. La construction a eu lieu entre 1923 et 1924, sous la direction de l'architecte italien Ercole Manfredi (4).

 

 

Il est une exceptionnelle combinaison des styles thaï et occidental.  La disposition du palais ressemble à celle d’un temple thaï traditionnel, un bâtiment central entouré d'une galerie sur quatre côtés. Le style occidental est visible dans la structure modulaire, les balcons et les ouvertures en toiture particulièrement adaptés au climat tropical.

 

 

En dehors de ses constructions nouvelles conformes à ses goûts, le roi Vajiravudh entreprit la restauration de certains bâtiments construits à l'époque de son père dans de nouveaux styles occidentaux. Les choix de styles occidentaux étaient variés, comme la salle du trône Ananta Samakhom (ห้องบัลลังก์อนันตสมาคม) dans le style de la renaissance néo-italienne

 

 

et Phra Ram Ratchaniwet (พระรามราชนิเวศน์) dans le style du baroque allemand.

PHRA RAM RATCHANIWET (พระรามราชนิเวศน์)

 

 

Il est également connu sous le nom de palais de Ban Puen (พระราชวัง บ้าน ปืน), est situé dans la province de Phetchaburi. Il fut commandé en 1910  par le roi Chulalongkorn qui mourut avant son achèvement. Son fils le fit achever en 1916. Il est l’œuvre de l'architecte allemand Karl Döhring.

 

 

Ces bâtiments alliant l’art traditionnel à celui des occidentaux place le roi entre la tradition et la modernité vers laquelle marche son pays. L’utilisation de technologies de constructions difficiles montrent à quel point les Siamois s'adaptèrent au monde occidental moderne mais la majesté n’en est pas absente non plus.

 

 

Ces constructions tendent moins vers le faste que le fonctionnel et la simple convivialité. Elles démontrent ou sont censées démontrer  l’attachement du peuple à son roi 

 

 

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

 

LE  WAT PHRA PATHOM CHEDI  (วัดพระปฐมเจดีย์ราชวรมหาวิหาร) est un ancien monastère restauré depuis les règnes de Rama IV jusqu'à Rama VI.

 

 

Il avait été construit en même temps que le Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์).

 

 

La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

 

Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

 

Ce site est la preuve  de l’existence d’un passé long et glorieux du Siam. De nombreux artefacts découverts autour du site, plaques et inscriptions en pierre, ainsi que des amulettes imprimées à l'image de Bouddha.

 

 

Le roi Chulalongkorn pour sa part les rattachait à l’époque des envoyés du roi Asoka venus évangéliser le pays,  porteurs de reliques de Bouddha et ayant construit le stupa pour les y abriter. La restauration de Phra Pathom Chedi s'avérerait donc essentielle  pour prouver l'antique civilisation du Siam.

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE

 

 L’ÉCOLE ROYALE DES PAGES (โรงเรียนมหาดเล็ก)

 

 

Elle est devenue le collège Vajiravudh College (วชิราวุธวิทยาลัย) dépendant de l’Université Chulalongkorn, dont la construction a commencé sous Rama V et s’est poursuivie après sa mort. Le roi souhaitait en faire le phare de l’éducation moderne pour le bien être de la nation. Il préféra manifestement construire des bâtiments éducatifs, plutôt que des monastères, comme sous les règnes précédents.

 

 

La disposition a été conçue pour placer des bâtiments à chaque extrémité des quatre coins; ces bâtiments renfermaient alors l'auditorium central qui servait à rassembler les étudiants dans les rituels de prière. Le roi Vajiravudh avait l'intention de créer une atmosphère semblable à un monastère afin que les quatre bâtiments de chaque côté soient comme des cellules de moines, adaptées pour être des logements pour les enseignants, et l'auditorium était la salle de sermon d'un monastère. L'auditorium a été conçu par l'architecte anglais Edward Healey, combinant le style d’une église chrétienne et d’un temple siamois. Le tracé est celui d’une croix romaine. Les portes et les fenêtres étaient  en forme d’arc gothique, les décorations dans la tradition siamoise et les frontons ornés de symboles royaux.

 

 

Le grand bâtiment de la Faculté des arts (คณะ อักษรศาสตร์) fut construit pour préserver l’architecture traditionnelle à l’intention des générations futures. Le bâtiment, également conçu par Edward Healey, est un bâtiment sur deux étages utilisant du béton armé. Il est sous la forme de la lettre E, entouré de balcons communicants. Son toit triangulaire pointu comporte les décorations architecturales siamoises  traditionnelles ainsi que des figures mythiques de Vishnu chevauchant un Garuda, considéré comme un symbole royal et national.

 

 

LES MONUMENTS

 

LE MONUMENT DES VOLONTAIRES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (อนุสาวรีย์ทหารอาสาสงครามโลกครั้งที่ ๑) fut édifié  à la mémoire des 19 soldats siamois morts des suites de la Première Guerre mondiale (5).

 

 

Sa forme est celle des stupas de Sukhothai, son importance n'est pas dans son aspect traditionnel mais dans le message qu'il véhicule. Dans la tradition siamoise,  construire un stupa est un acte vertueux pour se souvenir des ancêtres ou des événements spéciaux. En général, les stupas sont construits dans des temples ou des espaces sacrés, celui-ci l’a été dans un espace public ainsi accessible à tous.

 

 

LE MONUMENT DE DON CHEDI (พระบรมราชานุสรณ์ดอนเจดีย์est situé à Donchedi dans la province de Suphan Buri et relève du même concept.

 

Le projet d'origine non réalisé extrait de l'article du  professeur Nuaon Khrouthongkhieo

 

 

L’idée en est venue au roi à la lecture des chroniques siamoises sur la bataille d’éléphants entre le roi Naresuan et le grand vice-roi de Birmanie. Il a demandé alors au gouverneur de Suphan Buri de retrouver le site de cette bataille. On trouva les ruines d’un stupa  qui fit penser au roi que c'était le lieu de la victoire, là  où le roi Naresuan avait regagné l'indépendance de la nation.

 

La découverte de cet  ancien stupa en 1913 fut considérée comme un signe du ciel. Le roi ordonna la construction d'un nouveau stupa pour couvrir l'ancien sous forme de bourgeon de lotus dans le style de Sukhothai et le projet ne vit pas le jour faute de financement. La découverte eut lieu peu après la rébellion militaire de 1912. Le but du monument fut alors de renforcer l'unité et la solidarité au sein de  la nation,

 

 

LES PONTS

 

Le roi Vajiravudh commanda six ponts dont les noms commencent par « Charoen - เจริญ » c’est-à-dire « prospère ». Il y en eut cinq à Bangkok : Charoen Rat 31  (สะพานเจริญรัช ๓๑),

 

 

Charoen Rat 32 (สะพานเจริญราษฎร์ ๓๒),

 

 

Charoen Phat 33 (สะพานเจริญพาศน์ ๓๓),

 

 

Charoen Sri 34 (สะพานเจริญศรี ๓๔)

 

 

et Charoen Sawat 36 (สะพานเจริญสวัสดิ์ ๓๖),

 

 

un pont à Nakhonpathom, Charoen Sattra  (สะพานเจริญศรัทธา).

 

 

Il ordonna enfin la construction d'un autre pont appelé Pont Rama VI (สะพานพระราม ๖).  

 

 

Les ponts « Charoen » sont tous constitués d'une structure en béton ferraillé avec une belle décoration,   initiales ou symboles du roi Vajiravudh  comme Charoen Rat 31 qui  porte les initiales royales au centre du pont.

 

 

Cette plaque est placée contre le bouclier d'un tigre portant une épée,  symbole des tigres sauvages. Nous trouvons les nagas sur Charoen Rat 32.

 

 

Le pont Rama VI utilisa la technologie la plus récente, une construction en porte-à-faux de poutres en acier. La construction dû s'arrêter à mi-chemin pendant la Première Guerre mondiale, puis s'est poursuivie jusqu'à son achèvement sous Rama VII.

 

 

Tout  comme son père, Rama VI continua à construire des ponts dans Bangkok et dans le pays. À partir de 1895, Rama V, son père, construisit chaque année de nouveaux ponts tant dans l’intérêt évident du public que pour orner la ville. La construction de ces ponts était considérée comme un bienfait majeur et acte de bienveillance émanant d'une personne vertueuse.

 

 

SCULPTURE

 

LES STATUES DE BOUDDHA

 

Comme ses prédécesseurs, le roi Vajiravudh  continua à faire sculpter ou fondre des représentations de Bouddha en particulier à chacun de ses anniversaires.

 

 Relevons en particulier le Phra Nirokantrai  (พระพุทธนิรโรคันตรายชัยวัฒน์

 

 
ou Phra Ruang Rojnarit (พระร่วงโรจนฤทธิ์) au temple de Phrapathomchedin ramené de Si Satchanalai (ศรีสัชนาลัย_ en triste état puis restaurée. Les intentions religieuses sont évidentes mais le roi s’intéressa aux techniques modernes de moulage des sculptures anciennes. 

 

 

LES DÉITÉS

 

Le roi Vajiravudh  quoique fervent bouddhiste , comme la plupart des Thaïs avait des  croyances multiculturelles. Il a commandé une statue de la divinité hindoue Ganesh, combinaison d’un style idéaliste hindoue et des figures humaines réalistes occidentales. Cette statue est comme protectrice et son sanctuaire au palais de Sanamchandra.

 

 

Thao Hirunphanasun était une divinité qu’il pensait être son propre protecteur. Elle a une histoire singulière : Quelques années après la répression de la rébellion Shan par l’armée du Siam en 1902, le jeune prince héritier du royaume, Vajiravudh a effectué en 1905 une visite officielle dans le nord où la rébellion avait eu lieu. Le voyage dura trois mois avec des grandes difficultés. Il passait ses nuits dans la jungle où la rébellion avait eu lieu, la région n'était pas entièrement pacifiée et il put plusieurs fois craindre pour sa vie,

 

 

Il était protégé par Thao Hirunphanasun (Le gardien d'argent - Démon de la Jungle). Peu de temps après son retour, il ordonna qu’une statue du démon gardien soit érigée dans le palais Phayathai de Bangkok (6).

 

 

C'est l’un des aspects ambigu du bouddhisme thaï. Le prince qui avait passé neuf ans à faire ses études en Grande-Bretagne et avait voyagé à travers l'Europe, agit d'une manière quelque peu contradictoire à la forme moderne du bouddhisme qu'il défendrait en tant que futur roi du Siam !

 

Cette statue a été installée  au palais Phyathai en tant que protecteur régional, dans le même but que l'image de Ganesh au palais de Sanamchandra.

 

Une autre statue remarquable fut fondue sous son règne. Elle se situe au sanam luang (สนามหลวง). C’est celle de la déesse de l’eau, Nang Thorani  (พระแม่ธรณี) à laquelle notre ami Philippe Drillien a consacré un très bel article (7). Cette construction n’est pas innocente : La reine mère s’intéressait à la distribution d’eau potable à la population. Le roi engagea d’énormes travaux à cette fin avec pour symbole la déesse se tordant la chevelure.

]

 

La statue a été dessinée par le Prince Narit dans un style thaï traditionnel. Mélange de croyances et de réalisation de travaux publics, elle symbolise une pensée du roi selon laquelle il n’y a pas de beauté sans fonction.    

 

 

PEINTURES

 

LA SALLE DU TRÔNE  (พระที่นั่งอนันตสมาคม  - Ananta Samakhom)

 

 

Le roi Vajiravudh a lui-même décidé du contenu et la structure des peintures. Il voulut représenter les principales fonctions des rois de la dynastie Chakri sous le dôme du plafond.

 

 

 

Les peintures combinent des techniques occidentales, notamment des perspectives et des figures humaines réalistes, ainsi que des ornements d'art traditionnel comme les créatures mythiques, un garuda, le grand naga et Erawan l'éléphant, véhicule du dieu hindou Indra. Ces peintures symbolisent la stabilité et la prospérité du royaume de Siam sous la monarchie absolue.

 

 

Elles sont l'oeuvre de l'italien Galileo Andrea Maria Chini (8).

 

 

LE VIHAN DU  WAT PHRA PATHOM CHEDI

 

Le roi Vajiravudh engagea la rénovation du Vihan principal, en supprimant le mur de séparation et en pénétrant le mur au fond de la pièce pour faire une plus grande ouverture de sorte que la vue de Phrapathomchedi soit dégagée.

 

 

Son peintre en chef supervisa d’autres dessins d’anges en position de salut tirés de sculptures trouvées autour de Phrapathom chedi.

 

 

Ces peintures n'imitaient pas directement les anciennes mais étaient plutôt une combinaison de styles thaïlandais occidental et traditionnel. On y retrouve des techniques occidentales telles que la variation des tons de la lumière à l'ombre et  des traits du visage et d’anatomie réalistes, mais on y trouve aussi l'art traditionnel, anges et créatures mythiques telles que garuda et naga. Un autre détail distinctif du Vihan principal est que l'image de Bouddha n'a pas été placée à l'arrière du temple comme elle devrait l'être dans une disposition thaïlandaise traditionnelle. Au lieu de cela, la représentation de Bouddha est placée au bout de la salle avec vue sur le Phra Pathom Chedi à l'arrière. Sur le côté opposé du mur, nous trouvons une peinture représentant la restauration de Phra Pathom Chedi du passé à l'époque contemporaine.

 

 

LES PROPRES DESSINS DU ROI

 

C’est un aspect du roi que nous fait découvrir le professeur Nuaon Khrouthongkhieo ; Le roi écrivain, traducteur, concepteur, architecte et maître d’ouvrage.  Non seulement il dessinait les esquisses de ses constructions ou le plan des fresques mais dessinait lui-même. Ses premiers dessins datent de peu de temps après la déclaration de guerre à l’Allemagne et à l’Autriche en 1917. Il s’agit essentiellement de caricatures exposées dans des expositions auxquelles il participait. Certaines ont été publiées dans le Dusit Smith Journal et d’autres vendues aux enchères ce qui lui permit d’acheter un navire de combat et des armes pour ses tigres sauvages.

 

La plupart des dessins du roi Vajiravudh étaient des caricatures de ses proches courtisans et étaient célèbres pour leurs ressemblances, de sorte qu'il était facile de reconnaître qui était le modèle. Par exemple, le dessin de l’un de ses proches, nous dit Nuaon Khrouthongkhieo était particulièrement ressemblant. Nous le croyons sur parole. C’est en réalité un rébus dont la solution nous échappa évidemment. Tous ces dessins se trouvent aux Archives Royales auxquelles Nuaon Khrouthongkhieo a eu accès et ne semblent pas avoir été diffusés.

 

 

Le message laissé par le roi est triple :

 

1) La construction de plusieurs bâtiments véhiculent des symboles de la monarchie : Palais de Sanamchandra, principaux bâtiments du Vajiravudh College et de la Faculté des arts de l'Université Chulalongkorn, tous construits pour célébrer le roi Chulalongkorn et lui-même.

 

 

Le Monument des Volontaires de la Première Guerre mondiale a été construit à l’occasion de l’entrée du Siam aux côtés des alliés dans la Première Guerre mondiale. La série de ponts « Charoen » a été construite sur plusieurs années consécutives à l’occasion de son anniversaire. Ils sont décorés de plusieurs symboles qui lui sont propres. La représentation de la mission des rois Chakri est mise en évidence dans le dôme de la salle du trône d'Ananta Samakhom. Toutes ces œuvres constituent des souvenirs communautaires pour le peuple thaï et marquent l’importance de la nation et la nécessité de manifester sa gratitude envers la monarchie.

 

 

2) Le roi Vajiravudh soutient le nationalisme par ses choix, ce qui est manifeste dans la comparaison des styles architecturaux entre l’époque de son père et la sienne. Il était clair qu’il préférait adapter les caractéristiques traditionnelles thaïes dans les bâtiments plutôt que d'adopter tout le style occidental. Son intérêt pour les arts traditionnels siamois s'est développé parallèlement à son étude de l'archéologie et de l'histoire des royaumes siamois, en particulier du royaume de Sukhothai. En raison de son idéal nationaliste et de sa fierté de la longue histoire du royaume siamois, sans adopter directement l'ancien style traditionnel, il a essayé ce style pour qu'il soit compatible avec un usage moderne.

 

 

Peu de temps après sa montée sur le trône, le royaume connut des problèmes sociaux et politiques, notamment les difficultés économiques et la rébellion militaire en 1912 marquant le ressentiment de la classe moyenne envers l’autoritarisme du régime monarchique absolu. Il a tenté de les résoudre en revendiquant la légitimité de son pouvoir et en mettant l’accent sur le nationalisme pour soutenir son statut de chef de file du pays et pour susciter la fierté nationale au vu d’une longue histoire et de la prospérité du Siam. La préservation des arts anciens est destinée à maintenir le sentiment national et la fierté de la nation.

 

 

3) Les choix artistiques du roi vont dans le sens du maintien sinon de la création de l'identité thaïlandaise alliés à la sauvegarde d’ouvrages d’art anciens, alors que la préférence des élites étaient pour les styles occidentaux. Ils négligeaient les arts traditionnels populaires donc peu populaires. Son intention fut  d'encourager les Siamois à prendre conscience de la valeur esthétique des arts de leur pays qu’ils soient tangibles ou immatériels comme les spectacles, représentation de l'identité nationale qui devait durer avec le temps. Or  il fut confronté à un manque de solidarité dans la population et ainsi utilisa les arts pour encourager le sentiment national en créant une histoire nationale et des souvenirs communautaires à travers des sites commémoratifs et des monuments avec lui-même au centre.

 

Sa culture occidentale lui avait appris que le mont « Monument » est tiré d'un mot latin « monumentum » qui vient de « monere » signifiant « avertir ou rappeler ». Les monuments fonctionnent comme un pont pour transférer les souvenirs sociaux et leurs héritages du passé au présent.

 

 

Il mourut trop jeune, à 44 ans, pour résoudre cette question purement métaphysique de la possibilité de cumuler la tradition et la modernité en conciliant les différents paramètres qui la composent. Le caractère pusillanime de son frère  qui lui succéda conduisit le pays à une ouverture à la démocratie en 1932, laquelle repose toujours depuis 89 ans sur des bases chancelantes (9).

 

 

NOTES

 

(1)  Voir notre article 173. Rama VI, Écrivain, Traducteur, Journaliste, Promoteur De La Littérature Au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/173-rama-vi-ecrivain-traducteur-journaliste-promoteur-de-la-litterature-au-siam.html

 

(2) THE ROYAL INTENTION TO PRODUCE WORKS OF ART IN KING VAJIRAVUDH’S REIGN par Nuaon Khrouthongkhieo in

 Humanities, Arts and Social Sciences Studies Vol.20(1): 90-118, 2020,  publication de l’Université Silipakorn 

 

(3) Voir notre article  167. La Grève Générale Des Chinois De 1910 Au Siam. Quelques mois avant la mort du roi Chulalongkorn (Rama V), se déroule à Bangkok en juin 1910,

http://www.alainbernardenthailande.com/article-167-la-greve-generale-des-chinois-de-1910-au-siam-125257905.html

 

(4) Sur cet architecte capable d’incroyables prouesses techniques notamment dans la salle du trône, voir notre article :

A 244 - LES ARCHITECTES ET LES INGENIEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-243-les-architectes-et-les-ingenieurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

 

(5) Voir notre article A 176 - พวกเขาถึงตายทำไม ? LE MEMORIAL DE BANGKOK A LA MEMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

 

(6) Sur ce singulier épisode, voir l’article de  Preedee Hongsaton (ปรีดี หงส์สต้นin The Thammasat Jiournal of History , 2019.

 

(7) Voir l’article de Philippe Drillien : 

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-361-le-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.4-les-legendes-liees-au-bouddhisme-lao-la-legende-de-nang-thorani-philippe-drillien

 

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