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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 22:27
242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

LA RÉORGANISATION DES POUVOIRS PUBLICS.

 

Elle fait l’objet de sixième chapitre (articles 90 à 200) qui concerne successivement le Parlement (l’Assemblée nationale et le Sénat), la Commission électorale, le Médiateur et la Commission nationale des droits de l’homme.

 

Chapitre VI – DISPOSITIONS GÉNÉRALES

 

Elles résultent des articles 90 à 97.

 

« L'Assemblée nationale se compose de la Chambre des représentants et du Sénat qui peuvent se réunir conjointement ou séparément. L’appartenance aux deux chambres est interdite. Le président de la Chambre des représentants est président de l’Assemblée nationale et celui du Sénat en est le vice-président. Il conduit les débats et doit être impartial ».

« Les Lois simples ou organiques doivent être adoptées du consentement de l'Assemblée nationale. Ceci fait, le Premier ministre doit présenter le texte à la signature du Roi dans les vingt jours ».

« Le Roi a un droit de véto. Le texte refusé revient alors (éventuellement) devant les chambres dans un délai de 90 jours et doit alors être adopté à une majorité des deux tiers. S’il refuse à nouveau, il est passé outre ».

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Une disposition destinée à créer une sorte d’auto discipline ou à régler des comptes ? :

 

« Un dixième au moins des membres de l’un ou l’autre chambre put déposer auprès du Président de leur chambre une plainte contre l’un de ses membres considérant que son mandat est terminé en vertu des diverses incompatibilités prévues par la constitution. La décision appartient alors à la Cour Constitutionnelle ».

 

Chapitre VI – II  - LA CHAMBRE      DES REPRÉSENTANTS

 

La constitution introduit des dispositions originales :

 

« La Chambre des représentants se compose de cinq cents membres, une centaine d'entre eux sont élu sur une liste nationale et quatre cents d'entre eux par circonscription électorale ».

« Dans le cadre de l’élection sur la liste nationale, l’électeur doit choisir une seule liste sans effectuer de panachage sur plusieurs d’entre elles ».

« Ces listes sont établies par les partis politiques. Chaque parti doit préparer sa liste qui doit être soumise à la Commission électorale. La liste doit comporter une répartition équitable par région et ne pas comporter de candidat présent par ailleurs dans une élection de circonscription ».

« La répartition des sièges se fait alors proportionnellement entre les listes qui ont obtenu plus de 5 % des voix ».

 

Cette première disposition organise le monopole des partis. Elle implique évidemment de solides moyens financiers ce qui a suscité l’irritation légitime des petits partis qui ont droit à la vie eux aussi.

 

En ce qui concerne les élections des 400 députés dans les circonscriptions électorales par province, la Constitution énonce des règles très longues et très précises que nous vous épargnons pour déterminer – sur la base du dernier recensement – le nombre de siège de chaque circonscription dans chaque province. En 2001, le nombre de sièges par province variait de 11 à 1 compte non tenu des 38 de Bangkok. L’élection se fait au scrutin uninominal à un tour.

 

« L'élection se fait au suffrage direct et au scrutin secret ».

 

Pour bénéficier du droit de vote,

 

« Il faut être de nationalité thaïe ou avoir été naturalisé depuis plus de 5 ans, être âgé de 18 ans révolus, être inscrit sur les listes électorales de sa résidence, être sain d'esprit et ne pas être frappé d’une infirmité mentale ».

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

« Ne disposent pas du droit de vote les prêtres bouddhistes, novices, moines ou membre du clergé, les personnes détenues et celles dont le droit de vote a été suspendu ».

 

Pour être éligible

 

Il y a plusieurs conditions dont l’un fait sourire lorsque l’on lit des propos d’ « experts es Thaïlande » sur une avancée démocratique :

 

« Être thaï par la naissance »,

« Être âgé de 25 ans au jour de l’élection »,

« Avoir obtenu un diplôme non inférieur au baccalauréat ou son équivalent, sauf pour le candidat qui a déjà été membre de la Chambre des représentants ou sénateur antérieurement »;

 

Cette exigence n’a rien d’un progrès vers la démocratie mais constitue un pas en arrière. Elle n’a pas été reprise dans le projet 2016 (1). Fruit probable de l’orgueilleuse prétention des élus de la chambre dont nous savons qu’elle ne comportait guère d’ouvriers d’usine ou de paysans de l’Isan, à croire que leur baccalauréat ou leur diplôme d’université leur procurait l’omniscience.

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

« Être membre d'un  seul parti politique, pour une période consécutive d'au moins 90 jours avant la date de dépôt de la candidature ».

 

Voilà encore organisée ce que les adversaires du projet ont baptisé une véritable dictature des partis qui ont à la fois le monopole de présenter une liste nationale, ce que l’on peut évidemment comprendre mais aussi sont les maîtres des candidatures en provinces. L’argument alors invoqué fut que les partis étant mieux à même de choisir les candidats pour leurs qualités et qu’il permettrait de lutter contre les achats de voix, ils se passent l’un et l’autre de commentaires !

 

Notons toutefois « qu’il ne peut y avoir dans chaque circonscription qu’un seul représentant d’un même parti ». C’était effectivement une pratique antérieure singulière qui méritait d’être interdite et qui explique le nombre invraisemblable de candidats.

 

D’autres conditions sont de toute évidence destinés à interdire les « parachutages » qui ne sont pas à mettre à l’actif de certaines démocraties occidentales : Le candidat doit en outre :

 

« Avoir été inscrit sur la liste électorale de sa circonscription depuis au moins un an, ou y avoir déjà été député ou membre d’un assemblé locale, être né dans la Province et y avoir étudié au moins deux ans auparavant ou y avoir servi dans un organisme officiel depuis au moins deux ans ».

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

La déontologie

 

La Constitution énonce encore un certain nombre d’incompatibilités, citons les principales, elles sont destinées à écarter des candidats indignes et à éviter des cumuls de mandats qui ne sont pas non plus à mettre à l’actif de certaines démocraties occidentales :

 

« Être intoxiqué par la drogue, être failli non réhabilité, être emprisonné sauf pour des infractions involontaires, avoir été démis de fonctions administratives pour malversations ou corruption, être fonctionnaire du gouvernement dans sa circonscription, être membre d’une assemblé locale, être sénateur, membre de la Commission électorale, médiateur,  membre de la Commission nationale des Droits de l'Homme, juge à la Cour constitutionnelle, juge d'un tribunal administratif, membre de la Commission nationale de corruption contre ou un membre de la Commission d'audit de l’Etat ».

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Une autre très longue série d’incompatibilités est destinée à écarter toute possibilité pour l’élu d’avoir des rapports malsains avec les puissances d’argent ou les entreprises d’état et lui interdire toute « intervention » en faveur d’un fonctionnaire ou un employé d’une entrepris d’état.

 

De toute évidence, si la Constitution réprouve une très longue série de situations équivoques, c’est que celles-ci étaient pratiques courantes. N’épiloguons pas.

 

Le problème est important si bien que la constitution renouvelle ces interdictions – bis repetita placent - sous une autre forme dans son article 232 :

 

« Il est interdit à un fonctionnaire du gouvernement occupant un poste permanent de recevoir un salaire ou d’être responsable politique » …

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Le soutien aux candidats

 

En contrepartie de cette obligation d’honnêteté, pour assurer l'équité du scrutin, l'Etat doit fournir un soutien aux candidats dans le but d’assurer l’égalité des chances, une sorte de « financement des partis politiques » puisque l’élection est entièrement entre les mains des partis  (« affichages, impression des documents, ouverture des stations de radio et de télévision »), le tout sous contrôle de la Commission électorale mais sans pour une fois entrer dans le détail puisque les modalités pratiques sont renvoyées à une loi organique.

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Le déroulement du mandat

 

« Il est de quatre ans. Au terme de ce mandat, il appartient au Roi par décret d’appeler à une élection générale ».

 

Curieusement, alors que le texte se noie souvent dans des détails superflus, rien n’est prévu au cas où le Roi passe outre ?

 

« Le roi a la prérogative de dissoudre la Chambre des représentants pour une nouvelle élection ».

« La dissolution de la Chambre des représentants peut être faite qu'une seule fois dans les mêmes circonstances ».

 

Voilà bien une maladroite rédaction qui ne précise aucun terme ? La constitution française a une fois encore l’avantage de la précision et de la clarté (2).

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Nous apprenons avec le plus vif intérêt que la qualité de représentant du peuple se perd par le décès de son titulaire ! La belle affaire !

 

Plus significative d’une volonté marquée de séparer le pouvoir législatif du pouvoir exécutif, « un fois nommé ministre ou premier ministre, le député perd cette qualité ».

Il est enfin une disposition singulière sinon choquante qui marque encore le rôle majeur sinon envahissant des partis politiques, elle résulte de l’article 118 – 8° :

 

« Si le député démissionne du parti sous la couleur duquel il a été élu, il perd son poste ».

 

Mais la constitution y ajoute une véritable mesure d’ostracisme :

 

« A la condition de réunir les trois quarts des membres du comité exécutif du parti et les trois quarts des membres de la chambre des représentants appartenant à ce parti, le député peut en être exclu ce qui équivaut à une démission donc à une perte de son siège. Il bénéficie toutefois d’un droit d’appel devant la Cour constitutionnelle ».

 

« Si encore le parti politique du député est dissout par décision de la Cour constitutionnelle, le député bénéficie d’un délai de 60 jours pour trouver un autre parti faute de quoi il est considéré d’office comme démissionnaire ».

 

Une excellente disposition par contre est édictée pour lutter contre l’absentéisme systématique des élus :

 

« Déchéance au cas de plus de 25 % d’absences lors des sessions, lesquelles durent 120 jours sauf session extraordinaire décidée par le Roi  quand il est nécessaire pour les intérêts de l'Etat ».

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Le chef de l’opposition

 

Curieusement, la constitution officialise cette fonction mais sans préciser les privilèges éventuels de son titulaire, un coup d’épée dans l’eau :

 

« Le Roi nomme comme chef de l'opposition à la Chambre des représentants un membre de la Chambre qui est le chef du parti politique ayant ses membres détenant pas de postes ministériels et ayant le plus grand nombre de membres parmi les partis politiques »…

 

Chapitre VI – III – LE SENAT

 

La grande innovation de la constitution, c’est évidemment l’élection de 200 sénateurs au suffrage universel direct et secret par les mêmes électeurs qui votent pour les députés. Il y a au moins un sénateur par province. Ils sont élus pour six ans. Pour le reste, la détermination du nombre de sénateurs dans les plus vastes provinces fait l’objet de modalités détaillées du texte.

 

Les sénateurs sont susceptibles d’être frappés des mêmes déchéances que les députés. Les qualités exigées du candidat sont plus sévères que celles demandés aux candidats députés :

 

« Être thaï de naissance, avoir au moins quarante ans et avoir les mêmes diplômes ou les mêmes qualifications que les candidats à la députation ».

 

Les incompatibilités sont les mêmes que celles qui frappent les députés sous deux réserves d’importance :

 

« Être membre ou titulaire d'aucune position dans un parti politique »;

 

Les sénateurs sont donc des « sages », instruits, relativement âgés et « au-dessus des partis ». Cette dernière disposition est-elle bien réaliste ? Dans les deux plus modestes circonscriptions du pays, un seul député et un seul sénateur par province (Samut- Songkhram, 51.868 votants en 2001 et Ranong, 36.059 votants, toutes deux moins de 200.000 habitants, la taille d’un ville moyenne) peut-on sérieusement penser que l’élu n’est pas bien connu de la population et qu’il n’a jamais manifesté sa dilection pour tel ou tel parti alors qu’elles sont toutes deux très majoritairement « démocrates » ?

« Un sénateur ne peut pas devenir ministre ».

 

Pour le reste, ce sont exactement les mêmes dispositions qui s’appliquent aux sénateurs et aux députés, ne les répétons pas.

 

Notons que le projet de constitution 2016 retourne à un Sénat nommé par le Roi. Est-ce un recul sur le plan des institutions « démocratiques » ? La réponse doit être à tout le moins nuancée et ne pourrait être donnée qu’au cas oú nous pourrions juger sur pièces  : Il est au moins trois pays que l’on peut considérer comme « démocratiques » oú la Chambre haute est composée de membres nommés, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Allemagne et deux autres (au moins) oú elle est composée de membres élus au suffrage universel direct, la Corée du Nord et le Laos qui ne passent pas pour des modèles en la matière. Dans une constitution, il y a la lettre (« qui tue ») et l’esprit (« qui fait vivre »).

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

DISPOSITIONS COMMUNES AUX DEUX CHAMBRES

 

« Ajoutons enfin que députés et sénateurs bénéficient d’une totale immunité pour les propos qu’ils tiennent en séance et d’une immunité judiciaire lors des sessions ».

« Par ailleurs, cinquante mille électeurs ont le droit de présenter une pétition au Président de l'Assemblée nationale pour le saisir d’un projet de loi ».

 

Nous sommes (presque) en démocratie directe !

 

 

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

« La Chambre des représentants et le Sénat sont, en vertu de la présente Constitution, investie du pouvoir de contrôler l'administration des affaires de l'Etat ».

« Chaque membre de la Chambre des représentants ou sénateur a le droit d'interpeller un ministre sur toute question relevant de son autorité, mais le ministre a le droit de refuser de répondre si le Conseil des ministres est d'avis que le question ne devrait pas encore être divulgués sur le terrain de la sécurité ou de l'intérêt vital de l'État ».

« Les membres de la Chambre des représentants représentant au deux cinquièmes du nombre total des membres ont le droit de soumettre une motion à un débat général dans le but de faire passer un vote de défiance à l’égard du  Premier ministre ».

« Les membres de la Chambre des représentants représentant au moins un cinquième du nombre total des membres ont le droit de soumettre une motion à un débat général dans le but de faire passer un vote défiance à l’égard d’un ministre individuel ».

« Ces dispositions sont applicables – toutes proportions gardées – aux sénateurs mais à trois cinquièmes ».

 

La procédure du vote des lois et des lois organiques par les chambres font l’objet de très longues et très détaillées dispositions de la constitution. Nous vous en faisons grâce ; ce sont celles que l’on retrouve dans toutes les constitutions des démocraties parlementaires.

 

Toutefois, l'Assemblée nationale doit tenir une séance commune dans des cas bien précis et mettant en jeu des questions fondamentales pour l’avenir du pays. Les plus importants sont :

 

« L'approbation de la nomination du régent, l’examen de la déclaration solennelle, l’examen d'un amendement à la loi sur la succession Palais, la reconnaissance ou de l'approbation de la succession au trône,  l'approbation de la déclaration de guerre, l'approbation d'un traité, la modification de la Constitution ».

 

Notons enfin – les dispositions sont les mêmes que pour les membres du Conseil privé – que ces élus ne sont pas maîtres de leurs rémunération :

 

« Les émoluments et autres rémunérations … du président et vice-président de la Chambre des représentants, du président et vice-président du Sénat, du chef de l'opposition à la Chambre des représentants, des membres de la Chambre des représentants et sénateurs doivent être prescrits par arrêté royal » (3).

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Chapitre VI – IV – LA COMMISSION ÉLECTORALE

 

C’est une innovation de la constitution de 1997.

 

« La Thaïlande a parcouru un long chemin pour atteindre le stade actuel de la démocratie, dans laquelle la participation active de la société est essentielle. La force d’une nation démocratique ne dépend pas seulement d'un gouvernement démocratiquement élu, mais de la qualité de son électorat et de la mesure dans laquelle ses citoyens sont conscients de leurs droits et de leurs responsabilités dans la participation au processus politiques. Gardons à l’esprit qu'il n'y a pas de modèle unique pour la démocratie et que chaque nation a sa propre version de la démocratie en fonction des circonstances. La Thaïlande à cet égard a sa propre forme de démocratie parlementaire… » (4)

« Elle est composée d’un Président et de cinq membres choisis par le roi avec le contreseing du Président du Sénat, après l'avis du Sénat, de personnes réputées pour leur impartialité politique et leur l'intégrité ».

« Il faut pour en faire partie être de nationalité thaïe par naissance, avoir quarante ans révolus, être diplômé (baccalauréat ou équivalent) ».

 

Suivent une série de bien logiques incompatibilités :

 

« Ne pas être membre de la Chambre des représentants ou du Sénat, responsable politique, membre d'une assemblée locale ou un administrateur local, ne pas être ou avoir été membre ou titulaire d'un poste dans un parti politique dans les cinq années précédentes ;  ne pas être médiateur, membre de la Commission nationale des droits humains, juge à la Cour constitutionnelle, juge à la Cour administrative, membre de la Commission nationale contre la corruption ou membre de la Commission des comptes ».

 

Mais leur désignation doit faire l’objet ultérieur d’une procédure complexe au sein d’un comité « comprenant le Président de la Cour constitutionnelle, le Président de la Cour administrative suprême, les Recteurs de tous les établissements d'enseignement supérieur,  des représentants de tous les partis politiques ayant un membre à la Chambre des représentants. La décision doit être prise à la majorité des trois-quarts ».

 

La constitution édicte encore toute une série d’incompatibilités – toujours les mêmes – entre l’appartenance à la Commission et le monde politique, celui de la haute administration et celui des affaires.

 

« Le mandat est de sept ans et n’est pas renouvelable ».

 

Ils ne bénéficient pas d’une totale impunité :

 

« Un dixième du nombre total des membres des deux Chambres ont le droit de déposer auprès du Président de l'Assemblée nationale une plainte contre l’élection de tout commissaire lequel la renvoie devant la Cour constitutionnelle ».

 

Ses fonctions :

 

« Le rôle de la Commission est de contrôler l'élection des membres de la Chambre des représentants, des sénateurs, des membres d'une assemblée locale et les administrateurs locaux et le déroulement d’un référendum pour vérifier que le scrutin soit honnête et équitable ».

« Elle agit sur plainte d’un électeur,  d’un candidat à une élection ou d'un parti politique dont un membre était candidat ».

 

Elle bénéficie de pouvoirs étendus

 

« Adresser des injonctions aux fonctionnaires gouvernementaux ou aux agents de l'État, diligenter des enquêtes, et, bien sûr, ordonner une nouvelle élection ou un nouveau vote lors d'un référendum quand apparaît que le scrutin n’a pas été honnête et équitable »;

 

Pour nous résumer, la Commission est tout simplement le Juge du contentieux électoral (5).

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Chapitre VI – V – LES MÉDIATEURS

 

C’est encore une création originale de la constitution, contre-pouvoir destiné à protéger les libertés publiques sur le modèle des « ombudsmen » des pays scandinaves que l’on put traduire plus ou moins bien par médiateurs. Le mot thaï Phutruatkanphaendin (ผู้ตรวจการแผ่นดิน) peut se traduire par « personne qui examine les affaires du pays ».

« Les Médiateurs ne doivent pas être plus de trois nommés par le roi avec l'avis du Sénat, des personnes reconnues et respectées par le public, avec des connaissances et de l'expérience dans l'administration des affaires de l'État, des entreprises et réputés pour leur intégrité ».

« Le Président du Sénat doit contresigner le décret royal de nomination ».

« Ils exercent leurs fonctions pour six ans non renouvelables ».

« Leur tâche consiste essentiellement à examiner les plaintes des particuliers contre les fonctionnaires du gouvernement, d'un organisme d'État, d’une entreprise d'État ou d’une administration locale; En fonction de leurs constatations, ils soumettent le dossier à la  Cour constitutionnelle ou à la Cour administrative qui décident en dernier ressort.

 

Le résultat de leur activité est difficile à cerner puisque leur site Internet ne fonctionne que depuis 2007 et est partiellement en cours de construction (6)

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Chapitre VI – VI – LA COMMISSION NATIONALE DES DROITS DE L’HOMME

 

« La Commission nationale des droits de l'homme se compose d'un président et de dix autres membres nommés par le Roi sur les conseils du Sénat, de personnes ayant une connaissance approfondie et des expériences dans la protection des droits et libertés du peuple, compte tenu également de la participation de représentants d'organisations privées dans le domaine des droits de l'homme ».

« Le Président du Sénat doit contresigner le décret royal portant nomination du président et des membres de la Commission nationale des droits de l'homme ».

« Ils sont nommés pour six ans et pour un seul mandat ».

 

Leur rôle tel que défini dans la constitution reste assez flou, ils n’ont en tous cas aucun pouvoir décisionnel.

 

« Ils doivent examiner et faire rapport de la commission ou l'omission d'actes qui violent les droits de l'homme ou qui ne sont pas conformes aux obligations découlant des traités internationaux auxquels la Thaïlande est partie, et de proposer des mesures correctives appropriées à la personne ou l'organisme ayant commis de tels actes. Dans le cas où il semble qu'aucune mesure n'a été prise, ils doivent en aviser l’Assemblée nationale ».

« Ils doivent proposer à l'Assemblée nationale et au Conseil des ministres des recommandations en ce qui concerne la révision des lois ou des règlements dans le but de promouvoir et de protéger les droits de l'homme »;

« Ils doivent promouvoir l'éducation, la recherche et la diffusion des connaissances sur les droits de l'homme »;

« Ils doivent promouvoir la coopération et la coordination entre les organismes gouvernementaux, les organisations privées et d'autres organisations dans le domaine des droits de l'homme »;

« Ils doivent préparer un rapport annuel pour l'évaluation de la situation dans le domaine des droits de l'homme et le soumettre à l'Assemblée nationale »;
 

Il est difficile de se faire une opinion sur l’activité de la commission dans le cadre de la constitution de 1997 puisque le compte rendu sur son site Internet ne commence qu’en 2010 (7).

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :

Nous voilà aux termes d’une lecture des 200 premiers articles. On peut supposer que l’ordre de présentation des organes – Le Roi en ses conseils – Le Peuple en ses droits et ses devoirs – Les élus du Peuple – Les contre-pouvoirs : Commission électorale, Médiateurs et Commission national des droits de l’homme sont le reflet d’un choix hiérarchique qui place le pouvoir exécutif proprement dit – le Conseil des Ministres – en dessous des organes qui le nomment et qui le contrôlent. C’est le rôle de ce gouvernement sur lequel nous allons nous pencher dans l’article suivant.

 

NOTES

 

 

(1) « Le bon sens du maraud quelque fois m’épouvante, Molière avec raison consultait sa servante » disait Piron.

 

(2) Article 12 : « Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des Assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale. Il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans l'année qui suit ces élections ».

 

(3) Cette disposition est heureuse de confier au souverain largement au-dessus des partis la responsabilité de fixer la rémunération des élus du peuple. En France sous la IIIème et la IVème république, elle appartenait aux élus eux-mêmes qui – pour une fois toutes tendances réunies ne se refusaient jamais une augmentation. Elle résulte actuellement d’une « Ordonnance du Général D Gaulle n° 58-1210 du 13 décembre 1958 portant loi organique relative à l'indemnité des membres du Parlement » et reste donc de la compétence des bénéficiaires eux-mêmes puisque déterminé par Loi organique.


(4) Site officiel de la Commission : http://www.ect.go.th/en/

 

(5) Ce rôle en France est rempli par les Tribunaux administratifs, les cours d’appel administratives et le Conseil d’état en dernier ressort pour les élections ordinaires, par le Conseil constitutionnel pour les élections des parlementaires et du Président de la république. Plutôt que de créer un organisme spécifique à cette fin, on se demande bien pour quelles raisons la constitution ne confie pas ce soin aux Juridictions ordinaires ?

242.2 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 :
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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 04:07
242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Nous savons que depuis le coup d’état de 1932, la Thaïlande a connu (avant 1997) 16 constitutions temporaires ou chartes provisoires (1). Celle de 1997 intervint dans des conditions particulières, sous le gouvernement du Général Chawalit Yongchaiyut nommé premier ministre en 1996 au terme d’élections particulièrement corrompues et dont le pouvoir basé sur une coalition hétéroclite, déjà fragile, fut ébranlé par la crise de 1997.

 

En 1992 intervint le soulèvement populaire du « mai noir » contre un gouvernement dominé par les militaires qui avaient pris le pouvoir sur le fondement de la Constitution de 1991. Chuan Likpai devint premier ministre après les élections du 13 septembre 1992. Chalad Worachat (ฉลาด วรฉัตร), un député « activiste » atypique dont la grève de la faim devant le parlement en 1992 avait participé à la chute du gouvernement militaire, entame en 1994 une autre grève de la faim pour inciter le gouvernement de Chuan Likpai à créer un comité pour amender la constitution ce que tout le monde alors semble souhaiter. En juin 1994, il obtient satisfaction et le « Comité pour le développement de la démocratie » au sein de la Chambre des représentants est créé. Il est dirigé par un universitaire, Prawet Wasi (ประวาสี วาสี).

242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

il rédige un projet le 22 octobre 1996 (après la chute de Chuan) après avoir tenu des propos sulfureux – que nous ne pouvons reproduire – sur le problème que pourrait poser la succession au trône. L’assemblée crée alors un « comité pour la rédaction de la constitution » formé de 99 membres dont 66 sont directement élus dans chacune des provinces et 23 autres sélectionnés par le Parlement au sein de personnes qualifiées (?) : nous y trouvons Anan Panyarachun, ancien premier ministre comme président, des politologues et des juristes comme Chai-Anan Samudavanit (ชัยอนันต์ สมุทวณิช) professeur de sciences politiques à l’Université Chulalongkorn ...

242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

... ou Borwornsak Uwanno (บวรศักดิ์ อุวรรณโณ) professeur de droit à la même université. 

242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Bien qu’ayant suscité de vives critiques dont certaines – nous le verrons – semblent justifiées et plus encore, le projet élaboré en 240 jours fut adopté le 15 août par l’Assemblé nationale par 518 voix pour, 16 contre, et 17 abstentions. L’assemblée auto-érigée en une véritable constituante, n’a pas jugé bon le soumettre à un référendum au motif que des « enquêtes » avaient été effectuées auprès du public : le Comité avait en effet  organisé en province des « audiences publiques» auprès d’un « large éventail de la population thaïlandaise » ou de « larges consultations populaires » - dont on se garde de préciser les modalités - auprès de la « société civile » - un bien grand mot à la mode dont on ne sait ce qu’il recouvre ? - qui lui auraient démontré que celle-ci le jugeait satisfaisant. 

242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Dont acte ! Ainsi naquit ce qui fut baptisé un peu hâtivement « la constitution du peuple » puisqu’elle émanait non plus d’une décision unilatérale mais d’un processus à demi-électoral provenant de l’une des assemblées les plus mal élues de l’histoire du pays. Mais il est convenu de dire que ce texte reçut un accueil favorable du public (lequel ?) et des médias étrangers.

 

L’assemblée a donc présenté le projet au Roi qui le promulgua comme constitution du royaume « le dixième jour de la lune croissante du onzième mois de l'année du Buffle, samedi, le onzième jour d'octobre de l'année 2540 » c’est à dire le 11 octobre 1997.

 

Ce texte a retenu notre attention – et mérite une analyse complète - pour un double motif 

 

1) Il est à cette heure (2016) le texte constitutionnel qui a eu la vie la plus longue dans l’histoire du pays, près de 10 ans ;

 

2) De façon singulière, le projet élaboré par la « Commission de rédaction de la Constitution du Royaume de Thaïlande » (คณะกรรมการร่างรัฐธรรมนูญแห่งราชอาณาจักรไทย) rendu public en mars 2016 le reproduit pratiquement mot pour mot, ligne pour ligne, article par article,  avec ses aspects positifs qui sont incontestables et aussi ses aspects négatifs dont toutefois certains ont été gommés (2). Ce projet a été soumis à référendum le 7 août 2016.

242.1- LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les citations que nous donnons entre guillemets ne sont pas une reproduction intégrale mais une traduction souvent résumé – nous avons essayé de le faire honnêtement – en éliminant dans le texte après traduction ce qui relève souvent de sempiternelles et inutiles répétitions et redites. La langue thaïe écrite est souvent une dialectique de la répétition.

 

EN LA FORME

 

Alors que la première constitution « définitive » de 1932 comportait 68 articles, 5 fois moins (3), celle-ci en comprend exactement 336. Une édition « populaire » vendu 20 baths comprend 347 pages (4). Pourquoi cette lourdeur ? Le désir de tout dire au risque d’en dire trop ? Il est permis au premier chef de s’interroger sur la valeur des consultations effectuées auprès d’un « vaste public » sur un texte dont la lecture attentive nécessite de longues heures ? Cette lourdeur relève en réalité et pour partie de ce qui nous semble une maladresse d’ordre purement juridique : La constitution fait référence à diverses reprises aux « Lois organiques ». Qu’est-ce à dire ? Dans la hiérarchie des textes, en dessous de la Constitution (et bien sûr des traités internationaux) se situent les « lois organiques » qui ne sont pas destinées à régler les questions « ordinaires » comme les simples lois mais l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics. 

 

Or, il doit bien se trouver dans ce pavé constitutionnel plus de 200 articles qui ne relèvent pas de la constitution mais d’une loi organique, indépendamment de quelques dizaines d’articles parfaitement superfétatoires ou répétitifs comme nous le verrons.

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SUR LE FOND

 

Napoléon considérait – du moins ce sont des propos qu’on lui prête – qu’une bonne constitution doit être « courte et obscure ». Celle-ci n’est pas courte, elle est longue, très longue sinon trop longue. Elle n’est pas obscure, elle est parfois touffue et confuse ce qui n’est pas dire qu’elle soit mauvaise. Lisons-là donc. Nous ne citons que ce qui nous a semblé essentiel, la « substantifique moelle ». Nous vous donnons en note les références pour consulter le texte officiel en thaï et une traduction officieuse.

***

Un préambule rappelle rapidement sa genèse et se termine sur ce souhait du Roi :

 

« Que le peuple thaïlandais s'unisse pour observer, protéger et défendre la Constitution du Royaume de Thaïlande, afin de maintenir son régime de gouvernement démocratique et son pouvoir souverain issu de la population thaïlandaise, et d'apporter le bonheur, la prospérité et la dignité des sujets de Sa Majesté selon sa volonté ».

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LES GÉNÉRALITÉS

 

Un premier chapitre de 7 articles énonce des dispositions générales, il n’y a là rien de nouveau, l’avant dernier article consiste à parler dans le vide mais le dernier est peut-être lourd de sous-entendus ? 

 

« La Thaïlande est un royaume un et indivisible.

« Elle adopte un régime de gouvernement démocratique avec le roi comme chef de l'Etat.

« Le pouvoir souverain appartient au peuple. Le roi comme chef de l'Etat doit exercer ce pouvoir par l’intermédiaire de l'Assemblée nationale, du Conseil des ministres et des tribunaux conformément aux dispositions de la présente Constitution

« La dignité humaine, le droit et la liberté du peuple doivent être protégés.

« Les Thaïlandais, quelles que soient leurs origines, sexes ou religions, jouissent d'une protection égale en vertu de la présente Constitution.

« La Constitution est la loi suprême de l'Etat. Les dispositions de toute loi ou règlement qui seraient contraires ou incompatibles avec la présente Constitution ne sont pas exécutoires.

« Aucune disposition de la présente Constitution ne peut être applicable à toutes les situations, il sera alors procédé conformément à la pratique constitutionnelle d’un régime de gouvernement démocratique avec le roi comme chef de l'Etat ».

 

Comment comprendre ce dernier article ? Si nous raisonnons par analogie, l’attitude du Roi lors des évènements sanglants de 1992 s’est effectuée conformément à des pouvoirs coutumiers multi séculaires sinon contre du moins en parallèle à ses pouvoirs constitutionnels, il a fait mettre les deux principaux protagonistes à genoux devant lui, fait cesser le bain de sang et peut être évité une guerre civile. Nul ne le lui a reproché.

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Elle est à rapprocher de l’article 218 : 

 

« Aux fins du maintien de la sécurité nationale ou publique ou à la sécurité économique nationale, ou d'éviter de calamité publique, le Roi peut émettre un décret d'urgence qui aura la force comme une loi, de l’article 220 : Si, au cours d'une session, il est nécessaire d'avoir une loi sur les impôts, droits ou de devises, ce qui, dans l'intérêt de l'État, nécessite un examen urgent et confidentiel, le Roi peut émettre un décret d'urgence qui aura force de loi »…et 221 : « Le roi a la prérogative de délivrer un arrêté royal qui ne soit pas contraire à la loi ». 

 

Ces prérogatives régaliennes sont toutefois soumises – nous le verrons - à un contrôle à postériori des chambres et de la Cour constitutionnelle ce qui est tout de même contradictoire avec l’immunité judiciaire dont bénéficie le souverain (5).

 

Le second chapitre concerne le Roi, son Conseil, la régence et la succession (articles 8 à 25)

 

         Le Roi (articles 8 à 11)

 

« Le Roi monte sur le trône en faisant l’objet de vénération. Sa personne est inviolable. Il est interdit de l’exposer à quelque accusation ou action (judiciaire) que ce soit ».

« Le roi est un bouddhiste et défenseur des religions ».

« Le roi est chef des armées ».

« Le roi a la prérogative de créer des titres et de conférer des décorations ».

 

Curieusement, d’autres prérogatives du Roi sont, de façon totalement irrationnelle, placées sous d’autres chapitres. C’est ainsi que l‘article 225 au chapitre du « Conseil des ministres », on ne sait trop pourquoi, confère au Roi le droit de grâce, l’une des plus belles prérogatives de la couronne : « Le roi a la prérogative d'accorder un pardon » suivi de l’article 226 qui précise que « Le roi a la prérogative de retirer les titres et les décorations ».

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« Le roi a la prérogative de déclarer et de lever la loi martiale » …

 

Cette prérogative (article 222) n’est apparemment soumise à aucun contrôle ni à postériori ni à priori ?  L’alinéa suivant de cet article peut apparaître comme lourd de sous-entendus et interprété comme une institutionnalisation pure et simple du coup d’état (6) d’autant qu’aucun contrôle non plus n’est prévu :

 

« Dans le cas où il est nécessaire de déclarer la loi martiale dans une localité comme une question d'urgence, l'autorité militaire peut le faire »…

 

Une autre disposition (article 227) pour laquelle aucun contrôle à posteriori n’est prévu confère au Roi le choix de la désignation et de la révocation des hauts fonctionnaires de l’état :

 

« Le Roi nomme et révoque les fonctionnaires du service militaire et service civil qui détiennent les postes de secrétaire d'État permanent, Directeur général et leurs équivalents »…

 

Deux autres attributions royales nécessitent l’approbation des chambres réunies, la première – lourde de conséquences - à la majorité qualifiée des deux tiers (article 223) et la seconde (article 224) à une majorité simple :

 

« Le roi a la prérogative de déclarer la guerre avec l'approbation de l'Assemblée nationale. La résolution de l'approbation de l'Assemblée nationale doit être adoptée par votes d'au moins deux tiers du nombre total des membres actuels des deux Chambres ».

 

« Le roi a la prérogative de conclure un traité de paix, l'armistice et d'autres traités avec d'autres pays ou organisations internationales. Un traité qui prévoit un changement dans les territoires thaïlandais ou de la juridiction de l'État ou exige l'adoption d'une loi pour sa mise en œuvre doit être approuvée par l'Assemblée nationale ».

 

          Le Conseil privé (articles 12 à 17)

 

« Le Roi choisit et nomme des personnes qualifiées pour composer son Conseil privé qui ne doit pas comporter plus de dix-huit membres. Ce Conseil a le devoir de lui  donner tels conseils toutes les questions relatives à ses fonctions » …

 

En deux mots, la fonction du Conseil est … de conseiller, qui l’eut cru !

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« La nomination ou la révocation d'un conseiller privé doivent dépendre entièrement du plaisir du roi. Le Président de l'Assemblée nationale doit contresigner le commandement royal portant nomination ou retrait du président. Le président doit contresigner le commandement royal portant nomination ou retrait des autres membres du Conseil privé ».

 

« Il existe de nombreuses incompatibilités membre de la Chambre des représentants, sénateur, commissaire électoral, Médiateur, membre de la Commission nationale des droits de l'homme, juge à la Cour constitutionnelle, juge d'un tribunal administratif, membre de la Commission nationale de lutte contre la corruption, membre du Conseil national d'audit, fonctionnaire du gouvernement occupant un poste permanent, responsable d'une entreprise d'État, autre fonctionnaire de l'Etat ou titulaire d'un autre poste de membre ou dirigeant d'un parti politique, et un membre du conseil ne doit manifester aucune affinité à aucun parti politique ».

 

« Avant son entrée en fonction, un conseiller privé doit faire une déclaration solennelle devant le Roi dans les termes suivants » :

 

« Je… déclare solennellement que je serai fidèle à Sa Majesté le Roi et que je remplirai fidèlement mes fonctions dans l'intérêt du pays et du peuple. Je m’engage à respecter la Constitution en toutes ses dispositions ».

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« Un conseiller privé quitte le bureau en cas de décès, démission ou destitution par un commandement royal.

 

« La nomination et la révocation des fonctionnaires de la Maison Royale et de l’Aide- de-Camp dépendent entièrement du plaisir du roi ".

 

L’institutionnalisation et la constitutionnalisation du Conseil privé est d’une importance vitale dans le cadre de la désignation d’un Régent et de vacance du trône en l’absence de désignation d’un héritier comme nous allons le voir, hypothèses qui ne sont pas d’actualité ? Ceci dit, le Roi n’en reste pas moins libre de consulter officieusement et à sa guise qui il veut, fut-il député, magistrat ou fonctionnaire tout autant qu’il a la liberté de choisir son chauffeur ou son valet de chambre, était-il nécessaire de le rappeler ?

 

L’article 229 enfin prévoit que la rémunération des membres du Conseil est au bon plaisir du roi : « Les émoluments et autres rémunérations des membres du Conseil privé … doivent être prescrits par arrêté royal ».

 

La régence

 

Le sujet est d’importance, la constitution lui consacre les articles 18 à 21.

 

« Soit qu’il soit absent du royaume ou qu’il soit empêché, le Roi désigne un Régent avec le contreseing du Président de l'Assemblée nationale. Si le Roi ne le fait pas ou s’il est incapable de le faire, c’est au Conseil privé de soumettre le nom d'une personne à l'Assemblée nationale pour approbation et à défaut au Sénat. A défaut, c’est le Président du Conseil privé qui devient Régent et qui perd alors sa qualité de Président du Conseil, lequel choisira un Président en son sein ».

 

« Le Régent prête le même serment  que les membres du Conseil privé devant la Chambre des représentants ou à défaut le Sénat ».

La succession au trône

 

Cette question est liée à la précédente et fait l’objet des articles 22 à 25. Elle était alors déjà sujet d’actualité. Toutes les portes sont ouvertes …

 

« La constitution rappelle en préambule que le principe reste le « Loi du Palais » de 1924 qui confère déjà au monarque une certaine latitude dans la transmission de son trône » (7).

 

« Mais le Roi a la prérogative de la modifier en demandant au Conseil privé de rédiger un projet que le Roi doit approuver. Dès lors le Président de l’Assemblée nationale est avisé qui avise l’Assemblée mais le projet pour recevoir force de Loi doit être contresigné par le dit Président. Si les événements se déroulent hors session, cette tâche incombe au Président du Sénat ».

 

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi a déjà nommé son héritier, le Conseil des ministres doit en informer le Président de l'Assemblée nationale. Le Président de l'Assemblée nationale convoque l'Assemblée nationale pour la reconnaissance de celle-ci, et le Président de l'Assemblée nationale invite cet héritier à monter sur le trône et proclame l’héritier comme Roi ».

 

La Constitution ne dit pas, la lacune est d’importance, si l’Assemblée nationale peut opposer un refus ou si sa compétence est liée ?

 

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi n'a pas désigné d’héritier, le Conseil privé doit soumettre le nom du successeur au Conseil des ministres pour soumission ultérieure à l'Assemblée nationale pour approbation. A cet effet, le nom d'une princesse peut être soumis. Après l'approbation par l'Assemblée nationale, le Président invite ce successeur à monter sur le trône et le proclame successeur du Roi. Si la situation survient hors session parlementaire, ces compétences sont attribuées au Président du Sénat. Durant la période intérimaire, c’est le Président du Conseil privé qui devient régent ».

 

Nous ne citons que ce qui nous a semblé l’essentiel de ces trois articles qui surabondent de détails. Nous pouvons penser qu’ils sont dus à la plume de Prawet Wasi dont nous savons qu’il était soucieux et plus encore des difficultés qui pourraient surgir lorsque s’ouvrirait – à Dieu ne plaise -  la royale succession.

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Le troisième chapitre

 

Intitulé Droits et libertés du peuple thaï  est généralement considéré un peu trop rapidement comme un apport fondamental à l’avancée des « droits de l’homme ». Il comporte 39 articles (articles 26 à 65) que nous ne citons pas car ils n’apportent rien et sont parfaitement superfétatoire énonçant ce qui est la base incompressible des libertés publiques dans tout pays civilisé y compris le droit de résistance pacifique à l’oppression (article 65). Prawet Wasi n’a pas réussi à faire accepter le droit à résistance armée (« Des barricades contre les chars »). La Thaïlande en effet est déjà signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948. Les droits qui y sont définis en trente articles sont – mutatis mutandis – ceux que nous trouvons 49 ans plus tard dans la constitution. Sa valeur normative est moralement sinon juridiquement supérieure à la Constitution. Une référence dans le préambule eut été beaucoup plus simple (8). Il s’agit évidemment par rapport à la constitution de 1932 qui définissait quelques droits en quelques lignes, d’une avancée évidente mais qui n’ajoute rien à la déclaration de 1948 (9).

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Le quatrième chapitre

 

Devoirs du peuple thaï : Ces quatre articles (66 à 70) ne sont pas nouveaux en Thaïlande mais ne sont peut-être pas inutiles quoique généralement inconnus de probablement toutes les constitutions du monde (10). Ils énoncent tous, sauf un, des truismes : « devoir de défendre la nation, les religions, le roi et le régime démocratique, de servir dans les forces armées, de respecter la Loi, de payer les impôts, de recevoir l’éducation,  etc… et, souhaitons que ce ne fut pas un vœu pieux, de protéger et de transmettre les cultures locales et de conserver ressources naturelles et de l'environnement… avec un rappel - il était donc nécessaire - que les fonctionnaires doivent respecter la Loi ».

 

Mais il insère aussi en son article 68 le « Droit de vote obligatoire : Toute personne a le devoir d'exercer son droit à voter lors d'une élection ».

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Voilà bien une disposition qui existe dans quelques rares pays au monde mais dont il n’a en réalité jamais pu être donné la moindre justification morale ou juridique. La justification alléguée était la nécessité « de lutter contre les achats de vote » Elle n’a eu aucun résultat ni dans les chiffres (11) et encore moins dans les achats de vote » (12).

 

Au demeurant cette obligation (reprise dans le projet de 2016) a pour seule sanction la radiation des listes électorales or, l’inscription sur les listes électorales n’est pas une obligation, il n’y a donc en réalité aucune disposition dissuasive. La démarche de l’électeur inscrit sur les listes qui reste abstentionniste est parfois le réflexe d’un pécheur à la ligne mais aussi de celui qui réprouve le système de démocratie parlementaire et doit être interprété comme tel (13).

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Le cinquième chapitre

 

Ses 18 articles (71 à 89) Principes directeurs fondamentaux de la politique étatique concernent tout simplement les devoirs de l’état qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler avec force aux futurs dirigeants dont la vocation première ne doit pas être de se remplir les poches.  Ce qui va sans dire va peut-être – en Thaïlande – mieux en le disant même si ces dispositions s’apparentent plus à un programme électoral qu’à une charte constitutionnelle. Résumons-les :

 

« L'Etat doit protéger et défendre l'indépendance et l'intégrité de ses territoires et à cette fin maintenir ses forces armées ».

 

« L'État doit prend les dispositions nécessaires pour le maintien des forces armées pour la protection et le maintien de son indépendance, la sécurité de l'État, l'institution de la royauté, les intérêts nationaux et le régime démocratique ».

 

« L'État doit protéger le bouddhisme et les autres religions et  encourager l'application des principes religieux pour créer la vertu et de développer la qualité de vie ».

 

« L'État doit promouvoir des relations amicales avec les autres pays sans discrimination ».

 

« L'Etat doit protéger les droits et libertés des personnes, assurer une administration efficace de la justice au service du peuple et organiser un système efficace pour l’administration des affaires de l'Etat ».

 

« Il doit pour ce faire allouer des budgets suffisants aux administrations indépendantes, Commission électorale, médiateurs, Commission nationale des droits de l'homme, Cour constitutionnelle, cours de justice, tribunaux administratifs, Commission nationale contre la corruption et Commission des comptes ».

 

Il s’agit là de nouvelles institutions créées par la Constitution, une avance fondamentale que nous étudierons plus loin.

 

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public  aux affaires de l’état »...

 

« L'État doit préparer un plan de développement moral et éthique des titulaires des postes politiques, des responsables gouvernementaux, des fonctionnaires et autres agents de l'Etat en vue de prévenir la corruption et parvenir à une exécution efficace de leurs tâches ».

 

« L'Etat doit engager un politique de décentralisation ».

 

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public à la préservation, l'entretien et l'exploitation équilibrée des ressources naturelles, la diversité biologique, la promotion, le maintien et la protection de la qualité de l'environnement et organiser le contrôle et l'élimination de pollution affectant la santé publique, les conditions sanitaires, le bien-être et la qualité de la vie ».

 

« L'Etat doit protéger les enfants et les jeunes, promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, renforcer et développer l'intégrité de la famille et des communautés ».

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« L'Etat doit fournir des aides aux personnes âgées, aux indigents, aux personnes handicapées et aux personnes défavorisées »…

 

« L'État doit fournir et promouvoir un service de santé public efficace ».

 

« L'État doit mettre en œuvre une politique de répartition équitable des

revenus ».

 

« L'Etat doit soutenir l’agriculture en fournissant des ressources suffisantes en eau »

 

« L'Etat doit promouvoir, encourager et protéger le système des coopératives ».

 

« L'État doit aider les personnes en âge de travailler à obtenir un emploi, protéger le travail, en particulier des enfants et des femmes, fournir un système de sécurité sociale et assurer des salaires équitables ».

 

« L'Etat doit encourager un système d’économie libre fondé sur la loi du marché, assurer et surveiller la loyauté de la concurrence, protéger les consommateurs, empêcher les monopoles directs et indirects et ne pas créer d’entreprises en concurrence avec le secteur privé, à moins que ce soi une nécessité pour la sécurité de l'État »…

 

Voilà bien une série de vœux qui ne sont peut-être pas du ressort habituel d’une constitution mais, exprimés en termes aussi vagues que généraux, ils ont au moins démontré un large consensus au sein des 99 membres du comité pour la rédaction de la constitution et de l’Assemblée nationale. La constitution, loi fondamentale de l’Etat doit définir les droits et libertés des citoyens – c’est chose faite - et l'organisation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ainsi que le rôle du roi dans le jeu constitutionnel. Tel sera l’objet des chapitres suivants relatifs à la réorganisation des pouvoirs publics, nous entrons dans le vif du sujet avec un réaménagement complet sinon un bouleversement des institutions.

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SOURCES :

 

Le texte de la constitution ne semble pas avoir été traduit en français, ce qui n’empêche pas de surabondants commentaires.

Version originale officielle « รัฐธรรมนูญปี แห่งราชอาญาจกรไทย ๒๕๔๐ » ISBN 974-8516-96-2

Version anglaise (officieuse) sur le site : http://www.oic.go.th/content_eng/relate_law/kingdom.pdf

 

NOTES

 

(1) Charte temporaire de 1932, Constitution de 1932, Constitution de 1946, Constitution temporaire de 1947, Constitution de 1949, Constitution de 1952, Charte pour l'administration du Royaume de 1959, Constitution de 1968, Charte temporaire pour l'administration du Royaume de 1972, Constitution de 1974, Constitution de 1976, Charte pour l'administration du Royaume de 1977, Constitution de 1978, Charte pour l'administration du Royaume de 1991 et Constitution de 1991).

 

(2) Ce projet est accessible (en thaï) sur le site officiel de la « Constitution drafting commission » : http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

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(3) Voir nos articles 189-1 et 189-2 sur « la constitution de 1932 ».

 

(4) Par comparaison, la constitution française du 4 octobre 1958 comprend 89 articles que tous les électeurs, lorsqu’elle fut soumis à référendum, pouvaient lire et comprendre sans trop de difficultés.

(5) Ces dispositions rappellent étrangement celles de l’article 16 de la constitution française de 1958  « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel ». Utilisé par le Général De Gaulle en 1961, les décisions prises sur son fondement ne pouvaient subir que la sanction à posteriori du Conseil d’État.

 

(6) Voir « Dynamics and Institutionalization of Coups in the Thai constitution » par Somchai Preechasinlapakun (professeur de droit à l’Université de Chiangmai), revue de Institut of developing Economies Japan external Trade organization, n° 483 de juillet 2013

 

(7) Nous l’avons longuement étudiée dans notre article 175 « La loi du Palais pour la succession royale de 1924 ».

 

(8) La constitution française dans son préambule est ainsi autrement plus élégante : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 … ».  Si référence n’est pas faite à la Déclaration universelle c’est en raison de l’aversion que le Général De Gaulle éprouvait à l’égard de l’ONU (« Le machin »).

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(9) « … tous les individus sont égaux devant la Loi. Les titres acquis par naissance, par concession, ou autrement, ne confèrent aucun privilège. Chacun est entièrement libre de professer toute religion ou croyance et d'exercer le genre de culte correspondant à sa propre, croyance, pourvu que celui-ci ne soit pas contraire aux devoirs d'un Siamois, à l'ordre public ou à la morale publique.  Chacun jouit d'une entière liberté de la personne, du domicile, de la propriété, de parole, d'écrit, de publication, d'enseignement, de réunion publique, d'association ou de profession ».

 

(10) La France n’a connu que la Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du citoyen dans le préambule de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795).

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(10) Lors des élections de novembre 1996 (sous l’ancien système) la participation fut de 62,40 %. Lors des premières élections qui se sont déroulées sous le nouveau système, celles du 6 janvier 2001, le pourcentage fut en sensible progression,  69,95 % (cette augmentation relative est probablement due à la vague Thaksin) mais retombe à 60,70 % en février 2005 et  61 % en avril 2006, ce qui démontre à suffisance l’inanité de cette disposition qui est pourtant reprise dans le projet 2016.  Aux élections sénatoriales du 24 mars 2000, 27.675.577 électeurs se sont présentés, moins que les 28.629.202 de l’élection du 6 janvier 2001.

 

(11) Voir l’article de William R. Harker au titre significatif « The General Election in Thailand 2001 : Will The Voters Continue to Buy What Thaksin Is Selling ? », un titre sous forme de question et un texte sous forme d’affirmations. Communication à la Conférence du Sud-Est de l’ Association for Asian Studies des 17 et 19 janvier 2003.

 

(12) Aux États-Unis, pays « phare » de la démocratie, bien que les chiffres soient incertains, il y a probablement 50 % de non-inscrits sur les listes électorales, la plupart issu des minorités dits « visibles » (noirs et hispaniques) qui sont les laissés pour compte du système et se désintéressent ostensiblement du système électif, notamment de la gigantesque pantalonnade que constituent les élections présidentielles.

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« Un conseiller privé quitte le bureau en cas de décès, démission ou destitution par un commandement royal.

« La nomination et la révocation des fonctionnaires de la Maison Royale et de l’Aide-« de-Camp dépendent entièrement du plaisir du roi ».

L’institutionnalisation et la constitutionnalisation du Conseil privé est d’une importance vitale dans le cadre de la désignation d’un Régent et de vacance du trône en l’absence de désignation d’un héritier comme nous allons le voir, hypothèses qui ne sont pas d’actualité ? Ceci dit, le Roi n’en reste pas moins libre de consulter officieusement et à sa guise qui il veut, fut-il député, magistrat ou fonctionnaire tout autant qu’il a la liberté de choisir son chauffeur ou son valet de chambre, était-il nécessaire de le rappeler ?

L’article 229 enfin prévoit que la rémunération des membres du Conseil est au bon plaisir du roi : « Les émoluments et autres rémunérations des membres du Conseil privé … doivent être prescrits par arrêté royal ».

 

La régence

 

Le sujet est d’importance, la constitution lui consacre les articles 18 à 21.

 

« Soit qu’il soit absent du royaume ou qu’il soit empêché, le Roi désigne un Régent avec le contreseing du Président de l'Assemblée nationale. Si le Roi ne le fait pas ou s’il est incapable de le faire, c’est au Conseil privé de soumettre le nom d'une personne à l'Assemblée nationale pour approbation et à défaut au Sénat. A défaut, c’est le Président du Conseil privé qui devient Régent et qui perd alors sa qualité de Président du Conseil, lequel choisira un Président en son sein ».

« Le Régent prête le même serment  que les membres du Conseil privé devant la Chambre des représentants ou à défaut le Sénat ».

 

La succession au trône

 

Cette question est liée à la précédente et fait l’objet des articles 22 à 25. Elle était alors déjà sujet d’actualité. Toutes les portes sont ouvertes …

« La constitution rappelle en préambule que le principe reste le « Loi du Palais » de 1924 qui confère déjà au monarque une certaine latitude dans la transmission de son trône » (7).

« Mais le Roi a la prérogative de la modifier en demandant au Conseil privé de rédiger un projet que le Roi doit approuver. Dès lors le Président de l’Assemblée nationale est avisé qui avise l’Assemblée mais le projet pour recevoir force de Loi doit être contresigné par le dit Président. Si les événements se déroulent hors session, cette tâche incombe au Président du Sénat ».

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi a déjà nommé son héritier, le Conseil des ministres doit en informer le Président de l'Assemblée nationale. Le Président de l'Assemblée nationale convoque l'Assemblée nationale pour la reconnaissance de celle-ci, et le Président de l'Assemblée nationale invite cet héritier à monter sur le trône et proclame l’héritier comme Roi ».

La Constitution ne dit pas, la lacune est d’importance, si l’Assemblée nationale peut opposer un refus ou si sa compétence est liée ?

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi n'a pas désigné d’héritier, le Conseil privé doit soumettre le nom du successeur au Conseil des ministres pour soumission ultérieure à l'Assemblée nationale pour approbation. A cet effet, le nom d'une princesse peut être soumis. Après l'approbation par l'Assemblée nationale, le Président invite ce successeur à monter sur le trône et le proclame successeur du Roi. Si la situation survient hors session parlementaire, ces compétences sont attribuées au Président du Sénat. Durant la période intérimaire, c’est le Président du Conseil privé qui devient régent ».

Nous ne citons que ce qui nous a semblé l’essentiel de ces trois articles qui surabondent de détails. Nous pouvons penser qu’ils sont dus à la plume de Prawet Wasi dont nous savons qu’il était soucieux et plus encore des difficultés qui pourraient surgir lorsque s’ouvrirait – à Dieu ne plaise -  la royale succession.

 

Le troisième chapitre

 

Intitulé Droits et libertés du peuple thaï  est généralement considéré un peu trop rapidement comme un apport fondamental à l’avancée des « droits de l’homme ». Il comporte 39 articles (articles 26 à 65) que nous ne citons pas car ils n’apportent rien et sont parfaitement superfétatoire énonçant ce qui est la base incompressible des libertés publiques dans tout pays civilisé y compris le droit de résistance pacifique à l’oppression (article 65). Prawet Wasi n’a pas réussi à faire accepter le droit à résistance armée (« Des barricades contre les chars »). La Thaïlande en effet est déjà signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948. Les droits qui y sont définis en trente articles sont – mutatis mutandis – ceux que nous trouvons 49 ans plus tard dans la constitution. Sa valeur normative est moralement sinon juridiquement supérieure à la Constitution. Une référence dans le préambule eut été beaucoup plus simple (8). Il s’agit évidemment par rapport à la constitution de 1932 qui définissait quelques droits en quelques lignes, d’une avancée évidente mais qui n’ajoute rien à la déclaration de 1948 (9).

 

Le quatrième chapitre

 

Devoirs du peuple thaï : Ces quatre articles (66 à 70) ne sont pas nouveaux en Thaïlande mais ne sont peut-être pas inutiles quoique généralement inconnus de probablement toutes les constitutions du monde (10). Ils énoncent tous, sauf un, des truismes : « devoir de défendre la nation, les religions, le roi et le régime démocratique, de servir dans les forces armées, de respecter la Loi, de payer les impôts, de recevoir l’éducation,  etc… et, souhaitons que ce ne fut pas un vœu pieux, de protéger et de transmettre les cultures locales et de conserver ressources naturelles et de l'environnement… avec un rappel - il était donc nécessaire - que les fonctionnaires doivent respecter la Loi ».

Mais il insère aussi en son article 68 le « Droit de vote obligatoire : Toute personne a le devoir d'exercer son droit à voter lors d'une élection ».

Voilà bien une disposition qui existe dans quelques rares pays au monde mais dont il n’a en réalité jamais pu être donné la moindre justification morale ou juridique. La justification alléguée était la nécessité « de lutter contre les achats de vote » Elle n’a eu aucun résultat ni dans les chiffres (11) et encore moins dans les achats de vote » (12).

Au demeurant cette obligation (reprise dans le projet de 2016) a pour seule sanction la radiation des listes électorales or, l’inscription sur les listes électorales n’est pas une obligation, il n’y a donc en réalité aucune disposition dissuasive. La démarche de l’électeur inscrit sur les listes qui reste abstentionniste est parfois le réflexe d’un pécheur à la ligne mais aussi de celui qui réprouve le système de démocratie parlementaire et doit être interprété comme tel (13).

 

Le cinquième chapitre

 

Ses 18 articles (71 à 89) Principes directeurs fondamentaux de la politique étatique concernent tout simplement les devoirs de l’état qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler avec force aux futurs dirigeants dont la vocation première ne doit pas être de se remplir les poches.  Ce qui va sans dire va peut-être – en Thaïlande – mieux en le disant même si ces dispositions s’apparentent plus à un programme électoral qu’à une charte constitutionnelle. Résumons-les :

 

« L'Etat doit protéger et défendre l'indépendance et l'intégrité de ses territoires et à cette fin maintenir ses forces armées ».

« L'État doit prend les dispositions nécessaires pour le maintien des forces armées pour la protection et le maintien de son indépendance, la sécurité de l'État, l'institution de la royauté, les intérêts nationaux et le régime démocratique ».

« L'État doit protéger le bouddhisme et les autres religions et  encourager l'application des principes religieux pour créer la vertu et de développer la qualité de vie ».

« L'État doit promouvoir des relations amicales avec les autres pays sans discrimination ».

« L'Etat doit protéger les droits et libertés des personnes, assurer une administration efficace de la justice au service du peuple et organiser un système efficace pour l’administration des affaires de l'Etat ».

« Il doit pour ce faire allouer des budgets suffisants aux administrations indépendantes, Commission électorale, médiateurs, Commission nationale des droits de l'homme, Cour constitutionnelle, cours de justice, tribunaux administratifs, Commission nationale contre la corruption et Commission des comptes ».

Il s’agit là de nouvelles institutions créées par la Constitution, une avance fondamentale que nous étudierons plus loin.

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public  aux affaires de l’état »...

« L'État doit préparer un plan de développement moral et éthique des titulaires des postes politiques, des responsables gouvernementaux, des fonctionnaires et autres agents de l'Etat en vue de prévenir la corruption et parvenir à une exécution efficace de leurs tâches ».

« L'Etat doit engager un politique de décentralisation ».

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public à la préservation, l'entretien et l'exploitation équilibrée des ressources naturelles, la diversité biologique, la promotion, le maintien et la protection de la qualité de l'environnement et organiser le contrôle et l'élimination de pollution affectant la santé publique, les conditions sanitaires, le bien-être et la qualité de la vie ».

« L'Etat doit protéger les enfants et les jeunes, promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, renforcer et développer l'intégrité de la famille et des communautés ».

« L'Etat doit fournir des aides aux personnes âgées, aux indigents, aux personnes handicapées et aux personnes défavorisées »…

« L'État doit fournir et promouvoir un service de santé public efficace ».

« L'État doit mettre en œuvre une politique de répartition équitable des revenus ».

« L'Etat doit soutenir l’agriculture en fournissant des ressources suffisantes en eau »

« L'Etat doit promouvoir, encourager et protéger le système des coopératives ».

« L'État doit aider les personnes en âge de travailler à obtenir un emploi, protéger le travail, en particulier des enfants et des femmes, fournir un système de sécurité sociale et assurer des salaires équitables ».

« L'Etat doit encourager un système d’économie libre fondé sur la loi du marché, assurer et surveiller la loyauté de la concurrence, protéger les consommateurs, empêcher les monopoles directs et indirects et ne pas créer d’entreprises en concurrence avec le secteur privé, à moins que c soi une nécessité pour la sécurité de l'État »…

Voilà bien une série de vœux qui ne sont peut-être pas du ressort habituel d’une constitution mais, exprimés en termes aussi vagues que généraux, ils ont au moins démontré un large consensus au sein des 99 membres du comité pour la rédaction de la constitution et de l’Assemblée nationale. La constitution, loi fondamentale de l’Etat doit définir les droits et libertés des citoyens – c’est chose faite - et l'organisation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ainsi que le rôle du roi dans le jeu constitutionnel. Tel sera l’objet des chapitres suivants relatifs à la réorganisation des pouvoirs publics, nous entrons dans le vif du sujet avec un réaménagement complet sinon un bouleversement des institutions.

 

SOURCES :

 

Le texte de la constitution ne semble pas avoir été traduit en français, ce qui n’empêche pas de surabondants commentaires.

Version originale officielle « รัฐธรรมนูญปี แห่งราชอาญาจกรไทย ๒๕๔๐ » ISBN 974-8516-96-2

Version anglaise (officieuse) sur le site : http://www.oic.go.th/content_eng/relate_law/kingdom.pdf

 

NOTES

 

(1) Charte temporaire de 1932, Constitution de 1932, Constitution de 1946, Constitution temporaire de 1947, Constitution de 1949, Constitution de 1952, Charte pour l'administration du Royaume de 1959, Constitution de 1968, Charte temporaire pour l'administration du Royaume de 1972, Constitution de 1974, Constitution de 1976, Charte pour l'administration du Royaume de 1977, Constitution de 1978, Charte pour l'administration du Royaume de 1991 et Constitution de 1991).

 

(2) Ce projet est accessible (en thaï) sur le site officiel de la « Constitution drafting commission » : http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

(3) Voir nos articles 189-1 et 189-2 sur « la constitution de 1932 ».

(4) Par comparaison, la constitution française du 4 octobre 1958 comprend 89 articles que tous les électeurs, lorsqu’elle fut soumis à référendum, pouvaient lire et comprendre sans trop de difficultés.

 

(5) Ces dispositions rappellent étrangement celles de l’article 16 de la constitution française de 1958  « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel ». Utilisé par le Général De Gaulle en 1961, les décisions prises sur son fondement ne pouvaient subir que la sanction à posteriori du Conseil d’État.

 

(6) Voir « Dynamics and Institutionalization of Coups in the Thai constitution » par Somchai Preechasinlapakun (professeur de droit à l’Université de Chiangmai), revue de Institut of developing Economies Japan external Trade organization, n° 483 de juillet 2013

 

(7) Nous l’avons longuement étudiée dans notre article 175 « La loi du Palais pour la succession royale de 1924 ».

 

(8) La constitution française dans son préambule est ainsi autrement plus élégante : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 … ».  Si référence n’est pas faite à la Déclaration universelle c’est en raison de l’aversion que le Général De Gaulle éprouvait à l’égard de l’ONU (« Le machin »).

 

(9) « … tous les individus sont égaux devant la Loi. Les titres acquis par naissance, par concession, ou autrement, ne confèrent aucun privilège. Chacun est entièrement libre de professer toute religion ou croyance et d'exercer le genre de culte correspondant à sa propre, croyance, pourvu que celui-ci ne soit pas contraire aux devoirs d'un Siamois, à l'ordre public ou à la morale publique.  Chacun jouit d'une entière liberté de la personne, du domicile, de la propriété, de parole, d'écrit, de publication, d'enseignement, de réunion publique, d'association ou de profession ».

 

(10) La France n’a connu que la Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du citoyen dans le préambule de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795).

 

(10) Lors des élections de novembre 1996 (sous l’ancien système) la participation fut de 62,40 %. Lors des premières élections qui se sont déroulées sous le nouveau système, celles du 6 janvier 2001, le pourcentage fut en sensible progression,  69,95 % (cette augmentation relative est probablement due à la vague Thaksin) mais retombe à 60,70 % en février 2005 et  61 % en avril 2006, ce qui démontre à suffisance l’inanité de cette disposition qui est pourtant reprise dans le projet 2016.  Aux élections sénatoriales du 24 mars 2000, 27.675.577 électeurs se sont présentés, moins que les 28.629.202 de l’élection du 6 janvier 2001.

 

(11) Voir l’article de William R. Harker au titre significatif « The General Election in Thailand 2001 : Will The Voters Continue to Buy What Thaksin Is Selling ? », un titre sous forme de question et un texte sous forme d’affirmations. Communication à la Conférence du Sud-Est de l’ Association for Asian Studies des 17 et 19 janvier 2003.

 

(12) Aux États-Unis, pays « phare » de la démocratie, bien que les chiffres soient incertains, il y a probablement 50 % de non-inscrits sur les listes électorales, la plupart issu des minorités dits « visibles » (noirs et hispaniques) qui sont les laissés pour compte du système et se désintéressent ostensiblement du système électif, notamment de la gigantesque pantalonnade que constituent les élections présidentielles.

« Un conseiller privé quitte le bureau en cas de décès, démission ou destitution par un commandement royal.

« La nomination et la révocation des fonctionnaires de la Maison Royale et de l’Aide-« de-Camp dépendent entièrement du plaisir du roi ».

L’institutionnalisation et la constitutionnalisation du Conseil privé est d’une importance vitale dans le cadre de la désignation d’un Régent et de vacance du trône en l’absence de désignation d’un héritier comme nous allons le voir, hypothèses qui ne sont pas d’actualité ? Ceci dit, le Roi n’en reste pas moins libre de consulter officieusement et à sa guise qui il veut, fut-il député, magistrat ou fonctionnaire tout autant qu’il a la liberté de choisir son chauffeur ou son valet de chambre, était-il nécessaire de le rappeler ?

L’article 229 enfin prévoit que la rémunération des membres du Conseil est au bon plaisir du roi : « Les émoluments et autres rémunérations des membres du Conseil privé … doivent être prescrits par arrêté royal ».

 

La régence

 

Le sujet est d’importance, la constitution lui consacre les articles 18 à 21.

 

« Soit qu’il soit absent du royaume ou qu’il soit empêché, le Roi désigne un Régent avec le contreseing du Président de l'Assemblée nationale. Si le Roi ne le fait pas ou s’il est incapable de le faire, c’est au Conseil privé de soumettre le nom d'une personne à l'Assemblée nationale pour approbation et à défaut au Sénat. A défaut, c’est le Président du Conseil privé qui devient Régent et qui perd alors sa qualité de Président du Conseil, lequel choisira un Président en son sein ».

« Le Régent prête le même serment  que les membres du Conseil privé devant la Chambre des représentants ou à défaut le Sénat ».

 

La succession au trône

 

Cette question est liée à la précédente et fait l’objet des articles 22 à 25. Elle était alors déjà sujet d’actualité. Toutes les portes sont ouvertes …

« La constitution rappelle en préambule que le principe reste le « Loi du Palais » de 1924 qui confère déjà au monarque une certaine latitude dans la transmission de son trône » (7).

« Mais le Roi a la prérogative de la modifier en demandant au Conseil privé de rédiger un projet que le Roi doit approuver. Dès lors le Président de l’Assemblée nationale est avisé qui avise l’Assemblée mais le projet pour recevoir force de Loi doit être contresigné par le dit Président. Si les événements se déroulent hors session, cette tâche incombe au Président du Sénat ».

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi a déjà nommé son héritier, le Conseil des ministres doit en informer le Président de l'Assemblée nationale. Le Président de l'Assemblée nationale convoque l'Assemblée nationale pour la reconnaissance de celle-ci, et le Président de l'Assemblée nationale invite cet héritier à monter sur le trône et proclame l’héritier comme Roi ».

La Constitution ne dit pas, la lacune est d’importance, si l’Assemblée nationale peut opposer un refus ou si sa compétence est liée ?

« Dans le cas où le trône devient vacant alors que le roi n'a pas désigné d’héritier, le Conseil privé doit soumettre le nom du successeur au Conseil des ministres pour soumission ultérieure à l'Assemblée nationale pour approbation. A cet effet, le nom d'une princesse peut être soumis. Après l'approbation par l'Assemblée nationale, le Président invite ce successeur à monter sur le trône et le proclame successeur du Roi. Si la situation survient hors session parlementaire, ces compétences sont attribuées au Président du Sénat. Durant la période intérimaire, c’est le Président du Conseil privé qui devient régent ».

Nous ne citons que ce qui nous a semblé l’essentiel de ces trois articles qui surabondent de détails. Nous pouvons penser qu’ils sont dus à la plume de Prawet Wasi dont nous savons qu’il était soucieux et plus encore des difficultés qui pourraient surgir lorsque s’ouvrirait – à Dieu ne plaise -  la royale succession.

 

Le troisième chapitre

 

Intitulé Droits et libertés du peuple thaï  est généralement considéré un peu trop rapidement comme un apport fondamental à l’avancée des « droits de l’homme ». Il comporte 39 articles (articles 26 à 65) que nous ne citons pas car ils n’apportent rien et sont parfaitement superfétatoire énonçant ce qui est la base incompressible des libertés publiques dans tout pays civilisé y compris le droit de résistance pacifique à l’oppression (article 65). Prawet Wasi n’a pas réussi à faire accepter le droit à résistance armée (« Des barricades contre les chars »). La Thaïlande en effet est déjà signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948. Les droits qui y sont définis en trente articles sont – mutatis mutandis – ceux que nous trouvons 49 ans plus tard dans la constitution. Sa valeur normative est moralement sinon juridiquement supérieure à la Constitution. Une référence dans le préambule eut été beaucoup plus simple (8). Il s’agit évidemment par rapport à la constitution de 1932 qui définissait quelques droits en quelques lignes, d’une avancée évidente mais qui n’ajoute rien à la déclaration de 1948 (9).

 

Le quatrième chapitre

 

Devoirs du peuple thaï : Ces quatre articles (66 à 70) ne sont pas nouveaux en Thaïlande mais ne sont peut-être pas inutiles quoique généralement inconnus de probablement toutes les constitutions du monde (10). Ils énoncent tous, sauf un, des truismes : « devoir de défendre la nation, les religions, le roi et le régime démocratique, de servir dans les forces armées, de respecter la Loi, de payer les impôts, de recevoir l’éducation,  etc… et, souhaitons que ce ne fut pas un vœu pieux, de protéger et de transmettre les cultures locales et de conserver ressources naturelles et de l'environnement… avec un rappel - il était donc nécessaire - que les fonctionnaires doivent respecter la Loi ».

Mais il insère aussi en son article 68 le « Droit de vote obligatoire : Toute personne a le devoir d'exercer son droit à voter lors d'une élection ».

Voilà bien une disposition qui existe dans quelques rares pays au monde mais dont il n’a en réalité jamais pu être donné la moindre justification morale ou juridique. La justification alléguée était la nécessité « de lutter contre les achats de vote » Elle n’a eu aucun résultat ni dans les chiffres (11) et encore moins dans les achats de vote » (12).

Au demeurant cette obligation (reprise dans le projet de 2016) a pour seule sanction la radiation des listes électorales or, l’inscription sur les listes électorales n’est pas une obligation, il n’y a donc en réalité aucune disposition dissuasive. La démarche de l’électeur inscrit sur les listes qui reste abstentionniste est parfois le réflexe d’un pécheur à la ligne mais aussi de celui qui réprouve le système de démocratie parlementaire et doit être interprété comme tel (13).

 

Le cinquième chapitre

 

Ses 18 articles (71 à 89) Principes directeurs fondamentaux de la politique étatique concernent tout simplement les devoirs de l’état qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler avec force aux futurs dirigeants dont la vocation première ne doit pas être de se remplir les poches.  Ce qui va sans dire va peut-être – en Thaïlande – mieux en le disant même si ces dispositions s’apparentent plus à un programme électoral qu’à une charte constitutionnelle. Résumons-les :

 

« L'Etat doit protéger et défendre l'indépendance et l'intégrité de ses territoires et à cette fin maintenir ses forces armées ».

« L'État doit prend les dispositions nécessaires pour le maintien des forces armées pour la protection et le maintien de son indépendance, la sécurité de l'État, l'institution de la royauté, les intérêts nationaux et le régime démocratique ».

« L'État doit protéger le bouddhisme et les autres religions et  encourager l'application des principes religieux pour créer la vertu et de développer la qualité de vie ».

« L'État doit promouvoir des relations amicales avec les autres pays sans discrimination ».

« L'Etat doit protéger les droits et libertés des personnes, assurer une administration efficace de la justice au service du peuple et organiser un système efficace pour l’administration des affaires de l'Etat ».

« Il doit pour ce faire allouer des budgets suffisants aux administrations indépendantes, Commission électorale, médiateurs, Commission nationale des droits de l'homme, Cour constitutionnelle, cours de justice, tribunaux administratifs, Commission nationale contre la corruption et Commission des comptes ».

Il s’agit là de nouvelles institutions créées par la Constitution, une avance fondamentale que nous étudierons plus loin.

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public  aux affaires de l’état »...

« L'État doit préparer un plan de développement moral et éthique des titulaires des postes politiques, des responsables gouvernementaux, des fonctionnaires et autres agents de l'Etat en vue de prévenir la corruption et parvenir à une exécution efficace de leurs tâches ».

« L'Etat doit engager un politique de décentralisation ».

« L'État doit promouvoir et encourager la participation du public à la préservation, l'entretien et l'exploitation équilibrée des ressources naturelles, la diversité biologique, la promotion, le maintien et la protection de la qualité de l'environnement et organiser le contrôle et l'élimination de pollution affectant la santé publique, les conditions sanitaires, le bien-être et la qualité de la vie ».

« L'Etat doit protéger les enfants et les jeunes, promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, renforcer et développer l'intégrité de la famille et des communautés ».

« L'Etat doit fournir des aides aux personnes âgées, aux indigents, aux personnes handicapées et aux personnes défavorisées »…

« L'État doit fournir et promouvoir un service de santé public efficace ».

« L'État doit mettre en œuvre une politique de répartition équitable des revenus ».

« L'Etat doit soutenir l’agriculture en fournissant des ressources suffisantes en eau »

« L'Etat doit promouvoir, encourager et protéger le système des coopératives ».

« L'État doit aider les personnes en âge de travailler à obtenir un emploi, protéger le travail, en particulier des enfants et des femmes, fournir un système de sécurité sociale et assurer des salaires équitables ».

« L'Etat doit encourager un système d’économie libre fondé sur la loi du marché, assurer et surveiller la loyauté de la concurrence, protéger les consommateurs, empêcher les monopoles directs et indirects et ne pas créer d’entreprises en concurrence avec le secteur privé, à moins que c soi une nécessité pour la sécurité de l'État »…

Voilà bien une série de vœux qui ne sont peut-être pas du ressort habituel d’une constitution mais, exprimés en termes aussi vagues que généraux, ils ont au moins démontré un large consensus au sein des 99 membres du comité pour la rédaction de la constitution et de l’Assemblée nationale. La constitution, loi fondamentale de l’Etat doit définir les droits et libertés des citoyens – c’est chose faite - et l'organisation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ainsi que le rôle du roi dans le jeu constitutionnel. Tel sera l’objet des chapitres suivants relatifs à la réorganisation des pouvoirs publics, nous entrons dans le vif du sujet avec un réaménagement complet sinon un bouleversement des institutions.

 

SOURCES :

 

Le texte de la constitution ne semble pas avoir été traduit en français, ce qui n’empêche pas de surabondants commentaires.

Version originale officielle « รัฐธรรมนูญปี แห่งราชอาญาจกรไทย ๒๕๔๐ » ISBN 974-8516-96-2

Version anglaise (officieuse) sur le site : http://www.oic.go.th/content_eng/relate_law/kingdom.pdf

 

NOTES

 

(1) Charte temporaire de 1932, Constitution de 1932, Constitution de 1946, Constitution temporaire de 1947, Constitution de 1949, Constitution de 1952, Charte pour l'administration du Royaume de 1959, Constitution de 1968, Charte temporaire pour l'administration du Royaume de 1972, Constitution de 1974, Constitution de 1976, Charte pour l'administration du Royaume de 1977, Constitution de 1978, Charte pour l'administration du Royaume de 1991 et Constitution de 1991).

 

(2) Ce projet est accessible (en thaï) sur le site officiel de la « Constitution drafting commission » : http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

(3) Voir nos articles 189-1 et 189-2 sur « la constitution de 1932 ».

(4) Par comparaison, la constitution française du 4 octobre 1958 comprend 89 articles que tous les électeurs, lorsqu’elle fut soumis à référendum, pouvaient lire et comprendre sans trop de difficultés.

 

(5) Ces dispositions rappellent étrangement celles de l’article 16 de la constitution française de 1958  « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel ». Utilisé par le Général De Gaulle en 1961, les décisions prises sur son fondement ne pouvaient subir que la sanction à posteriori du Conseil d’État.

 

(6) Voir « Dynamics and Institutionalization of Coups in the Thai constitution » par Somchai Preechasinlapakun (professeur de droit à l’Université de Chiangmai), revue de Institut of developing Economies Japan external Trade organization, n° 483 de juillet 2013

 

(7) Nous l’avons longuement étudiée dans notre article 175 « La loi du Palais pour la succession royale de 1924 ».

 

(8) La constitution française dans son préambule est ainsi autrement plus élégante : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 … ».  Si référence n’est pas faite à la Déclaration universelle c’est en raison de l’aversion que le Général De Gaulle éprouvait à l’égard de l’ONU (« Le machin »).

 

(9) « … tous les individus sont égaux devant la Loi. Les titres acquis par naissance, par concession, ou autrement, ne confèrent aucun privilège. Chacun est entièrement libre de professer toute religion ou croyance et d'exercer le genre de culte correspondant à sa propre, croyance, pourvu que celui-ci ne soit pas contraire aux devoirs d'un Siamois, à l'ordre public ou à la morale publique.  Chacun jouit d'une entière liberté de la personne, du domicile, de la propriété, de parole, d'écrit, de publication, d'enseignement, de réunion publique, d'association ou de profession ».

 

(10) La France n’a connu que la Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du citoyen dans le préambule de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795).

 

(10) Lors des élections de novembre 1996 (sous l’ancien système) la participation fut de 62,40 %. Lors des premières élections qui se sont déroulées sous le nouveau système, celles du 6 janvier 2001, le pourcentage fut en sensible progression,  69,95 % (cette augmentation relative est probablement due à la vague Thaksin) mais retombe à 60,70 % en février 2005 et  61 % en avril 2006, ce qui démontre à suffisance l’inanité de cette disposition qui est pourtant reprise dans le projet 2016.  Aux élections sénatoriales du 24 mars 2000, 27.675.577 électeurs se sont présentés, moins que les 28.629.202 de l’élection du 6 janvier 2001.

 

(11) Voir l’article de William R. Harker au titre significatif « The General Election in Thailand 2001 : Will The Voters Continue to Buy What Thaksin Is Selling ? », un titre sous forme de question et un texte sous forme d’affirmations. Communication à la Conférence du Sud-Est de l’ Association for Asian Studies des 17 et 19 janvier 2003.

 

(12) Aux États-Unis, pays « phare » de la démocratie, bien que les chiffres soient incertains, il y a probablement 50 % de non-inscrits sur les listes électorales, la plupart issu des minorités dits « visibles » (noirs et hispaniques) qui sont les laissés pour compte du système et se désintéressent ostensiblement du système électif, notamment de la gigantesque pantalonnade que constituent les élections présidentielles.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 22:08
241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Le 1er ministre Banhan Sinlapa-Acha, après seulement 14 mois de pouvoir, s’était donc vu contraint de dissoudre le Parlement le 27 septembre 1996. Le 17 novembre 1996, les Thaïlandais sont appelés à voter pour la 4ème fois en 4 ans et 8 mois. Le Parti Démocrate obtient le plus d’électeurs, comme le montre le tableau des résultats ci-dessous, mais le système électoral donne la victoire au parti New Aspiration avec 125 élus (Contre 123 au  Parti Démocrate sur 393). Leur leader, le général Chawalit devenait le nouveau 1er ministre.

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

On n’oublie pas que le système inclut l’achat de votes, comme par exemple le rappelle le New York Times du 18 novembre 1996, citant l’ancien ministre Mechai Viravaidya disant que dans une démocratie commerciale, il faut acheter les votes, sachant que nous appliquons le capitalisme à tout, ce qui inclut la démocratie ; et l’agence gouvernementale  pour les élections Pollwatch estimera d’ailleurs que 20 à 30 billions de bath ont été dépensés par les 2.310 candidats pendant les 45 jours de la campagne pour acheter les votes. (Cf. Notre article 235 pour les élections de 1988 qui n’étaient guère exemplaires sur ce sujet)

 

Résultats des élections :

 

Partis

Votes

    %

 Sièges

+/–

Democrat Party

18.087.006

    31,8

 123

+37

New Aspiration Party

16.585.528

    29,1

 125

+68

National Development Party

  7.044.304

    12,4

   52

–1

Thai Nation Party

  5.621.890

      9,9

   39

–53

Social Action Party

 3.036.544

      5,3

   20       

–2

Thai Citizen Party

 2.330.135

      4,1

   18

  0

Palang Dharma Party

 1.550.170

      2,7

     1

–22

Solidarity Party

 1.011.299

     1,8

     8

  0

Liberal Party

    708.430

     1,2

     4

 –7

Mass Party

     680.204

     1,2

     2

 –1

Thai Party

    164.464

     0,3

     1

Nouveau

Liberal Democracy Party

      56.804

     0,1

     0

Nouveau

Labour Party

      40.798

     0,1

     0

Nouveau

Invalid/blank votes

    632.502

       –

     –

  –

Total

24.070.750

   100

  393

+2

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

On peut évidemment, à la lecture du tableau des résultats des élections se  demander pourquoi le parti New Aspiration gagne 68 sièges, alors que celui-ci faisait partie de la coalition soutenant le gouvernement Banhan, et que leur leader, le général Chawalit en était  vice-1er ministre et ministre de la Défense ! En tous cas le Parti National Thaï (Thai Nation Party) de Banhan qui avait gagné les élections précédentes, est sévèrement sanctionné et perd 53 sièges, pour se retrouver avec 39 sièges. Il ne fera pas  partie de la nouvelle coalition et se retrouvera dans l’opposition. On peut aussi remarquer la déroute du Palang Dharma Party qui se retrouve avec un élu (sur 22 auparavant).

 

Le général Chawalit formera une coalition avec 5 partis, à savoir : Chart Pattana, Social Action, Thai Citizen, Seri Dhamma et le Mass Citizen.  Mais nous allons voir que cette nouvelle coalition ne résistera pas à la terrible crise financière de 1997 qui va toucher le pays et la Région, et qui va contraindre le général Chawalit à donner sa démission le 6 novembre 1997, après seulement 11 mois de pouvoir.

 

En tout cas, le 25 novembre 1996, un décret  royal approuve la liste de 49 ministres de son gouvernement.

 

On y trouve les hommes forts du moment, à savoir  5 vice-1er ministres : Sukavit Rangsitpol (et ministre de l’éducation), Amnuay Viravan (et ministre des Finances), Korn Dabbaransi (et ministre de l’Industrie), Montree Pongpanit (et ministre de la santé publique), et Samak Sundaravet ; 2 ministres à l’office du 1er ministre ; et comme il faut bien placer les alliés et amis, on remarquera 3 vice-ministres des Finances, 3 vice-ministres de l’Agriculture et des Coopératives, 4 vice-ministres des Transports ( !), 2 vice-ministres du Commerce, 5 ( !) vice-ministres de l’Intérieur, 2 vice-ministres du Travail et des Affaires sociales, 3 vice-ministres de l’Education, et 3 vice-ministres de la Santé publique. Le général Chawalit s’attribuera aussi la Défense.

 

Il y aura un petit remaniement le 21 juin 1997 : le vice-1er ministre Amnuay Viravan (et ministre des Finances), et le vice-ministre du commerce Narongchai Akrasani démissionnent et sont remplacés par Thanong Pittaya et Narongchai Akrasani. Un remaniement important aura lieu le 15 août 1997 avec 6 démissions, et 4 changements de postes et l’arrivée de 5 ministres dont un certain Lieutenant-Colonel Thaksin Shinawat, de nouveau vice-1er ministre.

 

Mais devant la tragique situation économique et financière que traverse le pays,  le général Chawalit devra faire face à une grave crise ministérielle le 24 octobre 1997.  Il démissionnera 19 ministres (dont le vice-ministre Montree Pongpanit) et nommera 20 ministres (dont Suwit Khunkitti comme vice-1er ministre). Mais cette dernière tentative du général Chawalit sera sans effet, puisque  le 6 novembre 1997, il sera contraint de démissionner.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

La carrière ?

 

Il ne s’agit pas ici de rappeler systématiquement la carrière de tout nouveau 1er ministre, mais de montrer qu’une fois de plus, une carrière militaire au plus haut niveau, mène à une carrière politique, en créant pour certains (c’est le cas pour Chawalit) son propre parti politique, (son klum ? ),  en s’associant à des coalitions pour obtenir un portefeuille, en en changeant éventuellement pour se maintenir ou revenir au gouvernement. Une carrière où le militaire, le politique et le monde des affaires s’associent pour faire fortune et asseoir ainsi leur pouvoir. Ce qui ne va pas sans corruption. Ce sera encore le cas.

 

Bref, en 1963, il sort diplômé du RTA Command et du General Staff College, et se spécialise en 1964 aux Etats-Unis à l’ Army Command et au General Staff College à Fort Leavenworth.

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Il va ensuite prendre part à la lutte contre les communistes dans la jungle thaïlandaise et entraîner les soldats thaïlandais dans leurs actions au Vietnam. En 1979, il est promu major-général et en 1981, patron des opérations contre  les communistes. Il créé des unités paramilitaires  (Thahan Phran (« hunter soldiers »), formés à la guérilla. 

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outefois, proche du maréchal  1er ministre Prem, et comprenant que les armes seules ne peuvent venir à bout de cette insurrection, Il participera à la mission d’amnistie offerte aux insurgés. En 1982, il est  promu lieutenant-général et  second du chef d’Etat-major des opérations, et en 1983, vice-chef d’État-major des Armées ; En 1985, il devient le chef d’Etat-major des Armées.

 

Désormais il est devenu un personnage important. Il est  en 1986, le nouveau commandant en chef de l’Armée ;  En 1987-1990, il est le commandant en chef du quartier général des armées.

 

Mais dès 1986, le nouveau chef des Armées, va également participer à des programmes de développement des zones rurales comme l’Isan (Isan Khiao (« Green Isan ») ou au Sud (Khwam Wang Mai (« New Hope »)) afin d’améliorer la situation économique, lutter contre les disparités régionales et assurer la sécurité nationale. (Cf. Order no. 66/2523) Ces programmes seront l’occasion pour Chawalit de signer des contrats importants avec les corporations de l’agro-business, dont la plus importante, le  Charoen Pokphand (Dont le patron Chearavanont était classé par Forbes en 2013 comme la 58ème personne la plus riche du monde avec 14,3 milliards de $ et la plus riche de l’Asie du Sud-Est.) On peut se douter qu’en 1990, quand Chawalit prit sa retraite militaire, son compte en banque était déjà bien fourni.

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Il va goûter à la politique en étant nommé sénateur en 1984-1987. Mais  en 1988, il est devenu un homme puissant puisque qu’il commence sa carrière politique, comme ministre de la Défense du 1er gouvernement Chatichai Chunhawan (04/08/1988-21/06/1990) puis vice-ministre (30/03/1990- 09/12/1990). Il ne sera pas dans le 2ème gouvernement Chatichai Chunhawan (09/12/1990-23/02/1991 (Coup d’Etat du général Sundara)). Pour des raisons que nous avons vu dans les articles précédents Il ne  sera pas non plus dans les gouvernements d’Anan (06/03/1991-22/03/1992), du général Suchinda (0704/1992-09/06/1992), et de nouveau Anan (10/06/1992-22/09/1992), pour retrouver le pouvoir après les élections  dans le gouvernement Likpai (23/09/1992-12/07/1995) comme ministre de l’intérieur ( 29/09/1992- 11/12/1994) et vice-ministre (14/07/1994-25/10/1994) (Et aura aussi le poste de  ministre du  Travail et des Services sociaux (23/09/1993-08/01/1994) ; Et de nouveau  vice- 1er ministre et ministre de la Défense dans le gouvernement Banhan (13/07/1995-24/11/1996).

 

Autant dire que Chawalit Yongchaiyut est un homme d’expérience et influent quand il accède au poste de 1er ministre le  25 novembre 1996 à la faveur des élections générales qu’il a gagné avec son parti The New Aspiration Party (Phak Khwam Wang Mai Thai: พรรคความหวังใหม่) qu’il a créé le 11 octobre 1990 après avoir pris sa retraite de commandant en chef de l’Armée, un parti qui sera soutenu par le puissant groupe Charoen Pokphant de Dhanin Chearavanont avec qui il avait « fait affaire » durant  les programmes de développement au Nord-Est (« Green Isan »). 

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Il avait alors le contrôle de 126 stations militaires de radio et 2 des 5 télévisions du pays. On peut se douter que ce klum a su alors recruter. On était loin des idéaux du jeune officier du groupe  des « Soldats démocratiques » du début des années 80 sensibles à la volonté du maréchal Prem d’assainir la corruption.

 

La grave crise financière et économique de 1997.

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Dans l’article précédent, nous avons déjà vu que le gouvernement Banhan n’avait pas anticipé la grave crise financière et économique qui allait frapper la Thaïlande et les autres pays d’Asie et s’étendre à de nombreux pays du monde. On était encore dans la satisfaction justifiée d’une moyenne de croissance de 9,5 % entre 1987 et 1996. A décharge, les grandes institutions comme la Banque mondiale et le FMI n’avaient aussi rien vu arriver.

 

La Banque mondiale avait même  jugé en 1993 les politiques asiatiques vertueuses, encourageant à l’épargne (crédit à la consommation, taux d’intérêts élevés pour éviter l’inflation, préservation de l’agriculture, effort de formation de la main d’œuvre et que l’OMC et du FMI, encourageaient les pays asiatiques à  déréglementer leurs marchés financiers, pour faciliter les mouvements de capitaux, développant ainsi la dette de ces pays.). (Source  wikipédia)

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Certes à postériori, il est plus aisé pour les économistes d’identifier les présages de la crise (Croissance déséquilibrée, déficit de la balance des paiements courants de 8 % du PIB, main d’œuvre peu qualifiée, concurrence chinoise, collusion entre l’État et les milieux des affaires faisant entrave à la mise en place de mesures efficaces, détournement de l’objectif de la Bangkok International Banking Facilities, devant en principe  servir aux investisseurs étrangers, aveuglement des investisseurs, opacité des circuits de financement, complaisance des agences de notation, libéralisation financière menée trop rapidementetc)

 

 (Vous trouverez facilement de nombreux articles spécialisés sur ce sujet sur internet, comme par exemple  Navarro Marion, « Retour sur la crise asiatique », Regards croisés sur l'économie p. 273-275 URL : www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2008-1-page-273.htm. DOI : 10.3917/rce.003.0273  ou http://www.cepii.fr/IE/PDF/EI_76-8.pdf ).

 

Mais quand Chawalit prend le pouvoir, il peut constater à la fin 1996 que la Thaïlande connaît une perte économique de 9,4 % de son taux d’exportations. Mais Chawalit ne va pas  modifier les pratiques économiques de ses prédécesseurs, à savoir le clientélisme avec les milieux d’affaires (Cf. par exemple la proximité de Chawalit avec le groupe Charoen Pokphand), l’absence de mécanisme de surveillance des décisions prises par les institutions financières. Ainsi « Bangkok International Banking Facility » (BIBF) (une institution chargée de fournir du crédit à partir de fonds à l’étranger créé en 1993), la  Banque de Thaïlande et les banques commerciales, par exemple, purent allègrement continuer leurs opérations qui augmentèrent considérablement la dette du pays, notamment en dollars US, entraînant une série d’attaques sur le baht à la fin des années 1996 et au début de 1997, lorsque les investisseurs ont commencé à retirer leur confiance à l’économie thaïlandaise.

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Face à la fuite des capitaux et aux ventes de bath, les autorités tentent de défendre leur monnaie (23 milliards de dollars épuisés par la Banque centrale thaïlandaise), mais rien n’y fait et le 2 juillet le gouvernement décide de laisser flotter sa monnaie, en raison du manque de devises étrangères pour soutenir un taux de change fixe au dollar américain(Dont l’appréciation avait augmenté  de 40 % en 1995-96)

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La crise explose et provoque un séisme.*

 

Les spéculateurs se reportent alors sur les autres monnaies de la zone (peso philippin, ringgit malais, roupie indonésienne) et les capitaux fuient. La situation financière des banques et des entreprises locales, qui étaient fortement endettées à court terme en dollars et en yens, se détériore rapidement. Seize compagnies financières sont déclarées insolvables alors que quarante-deux doivent être fermées (Sur un total de 91).

 

La dévaluation du bath va donc entraîner dans sa chute les monnaies indonésienne, malaise et philippine, et la crise va s’étendre à la Corée, à Taïwan, à Singapour et à Hong Kong. Entre le début juillet et la mi-octobre 1997, la dépréciation des taux de change de la zone atteignait 30% à 50%, celle des cours des actions entre 20% et 30%. La crise thaïlandaise devenait une crise asiatique.

 

Pourtant le gouvernement avait réagi en août en sollicitant une aide du FMI qui lui avait accordé une aide d’urgence de  16g $ pour mettre en œuvre un plan d’austérité et en faisant appel à l’aide étrangère comme celle du Japon par exemple. Il avait même levé «  les restrictions imposées aux investisseurs étrangers dans le secteur financier (dont les participations étaient jusque-là limitées à 25% du capital) en y autorisant jusqu’à 100 % de participation étrangère. » (p. 408, in Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande contemporaine »). Mais en attendant les premiers effets, la Thaïlande était sous le choc et les conséquences étaient terribles.

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Les conséquences humaines et sociales

 

La dévaluation va entraîner une baisse du crédit, des faillites, une récession. En 1998, la croissance du PIB est nulle. Le taux de chômage triple mais reste à un taux modéré de 3,4 %. Les prix augmentent en relation avec la dépréciation monétaire. Le gouvernement accaparé par la dette coupe dans les dépenses sociales. Ces mécanismes classiques touchent les nouvelles classes urbaines attirées à Bangkok par le boom économique.

 

Quant aux travailleurs non qualifiés venus des périphéries rurales, ils se retrouvent sans emploi. Le secteur de la construction perd 1/3 de ses emplois dans les deux années qui suivent la crise. L'industrie est moins touchée, bien qu'elle soit concurrencée par la Chine qui a dévalué sa monnaie en 1994. Le commerce au contraire se développe en absorbant une partie de la main d'œuvre dans des activités plus ou moins informelles. La crise touche inégalement les régions ; Bangkok est plus touchée que les régions touristiques du sud. Autre signe manifeste de la crise, le nombre de ménages endettés s'est accru et dépasse 60 % du total. Le prix du riz double dans les zones urbaines et augmente de 50 % en zone rurale. (Source http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu05020/consequences-en-thailande-du-krach-financier-de-1997.html)

 

Des dizaines de milliers de travailleurs retournent dans leur village. (La Banque mondiale a évalué à 800.000 les pertes d’emploi au 1er janvier 1998.) ;  Plus de 600.000 travailleurs étrangers doivent retourner dans leurs pays.

 

Un remaniement important aura lieu le 15 août 1997, comme nous l’avons dit,  avec 6 démissions, et 4 changements de postes et l’arrivée de 5 ministres dont un certain Lieutenant-Colonel Thaksin Shinawat, de nouveau vice-1er ministre. Mais on se doute que cela ne sera pas suffisant. 

 

Par contre, malgré la grave situation économique et sociale  du pays, le gouvernement Chawalit va soutenir la  nouvelle Constitution de 1997, initiée pour la première fois par des citoyens élus au sein d’une Assemblée devant rédiger la Constitution (CDA), qui prendra effet le 11 octobre 1997.

 

La « Constitution du peuple » de 1997 ?

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« La Constitution de 1997 fut initiée par les citoyens thaïlandais. Les graines du changement furent plantées en mai 1992, durant « mai noir », un soulèvement des classes moyennes principalement, qui mobilisa la population autour de demandes en faveur d'une profonde réforme politique et sociale. Une Assemblée rédaction de la Constitution (CDA), composé de quatre-vingt-neuf membres, soixante-six qui ont été élus dans toutes les provinces, a été nommé à réécrire la constitution. Surnommée « Constitution du peuple », la Constitution de 1997 fut largement saluée, tant dans le pays qu'à l'étranger, en raison de la nature participative de sa rédaction, de son soutien aux droits de l'homme et de ses avancées en matière de réformes politiques. L'une des modifications les plus importantes fut le passage d'une démocratie représentative à une démocratie participative, qui se traduisit par la participation de la population au processus de nomination de commissions indépendantes, ainsi que de la Commission électorale, de la Cour administrative et de l'« ombudsman ». D'autres innovations consistèrent à séparer les branches exécutive et législative, à entreprendre une réforme électorale, à reconnaître les droits de l'homme et à renforcer l'équilibre des pouvoirs. (Content from ConstitutionNet.org. Find the full article here: http://www.constitutionnet.org/fr/country/constitutional-history-thailand)

 

Une lecture plus minutieuse de cette Constitution 1997 vous sera proposée dans les prochains articles.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Politique étrangère.

 

En pleine crise financière, le gouvernement Chawalit va poursuivre la politique de ses prédécesseurs pour intégrer au sein de l’ASEAN (Brunei, Birmanie, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande), les autres pays de la Région avec l’apaisement des conflits politiques locaux et l’évolution des principaux pays communistes vers l’économie de marché, ainsi après  l’entrée du Vietnam le 28 juillet 1995 signé sous  le gouvernement Banhan, il pouvait être satisfait de l’adhésion du Laos et de la Birmanie le 23 juillet 1997. (Malgré les critiques exprimées par les Etats-Unis et l’Union européenne). Ceux-ci signaient dans le même temps l’accord sur le «tarif préférentiel effectif commun», socle de la zone de libre échange des pays de l’ASEAN (AFTA), comme tous les autres nouveaux entrants.

 

Chawalit va poursuivre également les discussions informelles avec la Chine, le Japon et la Corée, à Singapour et Kuala Lumpur (Quand ?) pour renforcer la coopération du Sud, au sein de  l’ASEAN Plus Trois (APT).

 

(Cf. Notre article A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009). http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html)

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La fin du gouvernement Chawalit.

 

Si « la Constitution du peuple » de 1997 fut bien accueillie, elle ne résolvait aucun des problèmes économiques du peuple qui ne voyaient nul espoir à l’horizon, surtout qu’en septembre le FMI, accordant 17 milliards de $, avait réclamé des mesures d’austérité importantes. La population ne croyait plus en la capacité du gouvernement Chawalit de résoudre la crise, constatant ses atermoiements comme cette taxe sur l’essence annoncée mi-octobre et retiré trois jours après. Le 20 et le 21 octobre une manifestation importante composée de fermiers, d’ouvriers  et de cadres de la classe moyenne, d’hommes d(affaires même, réclama la démission du 1er ministre.

 

L’Etat d’urgence fut envisagé, mais la coalition au sein du gouvernement était en train d’exploser. De nombreux ministres annoncèrent  publiquement leur démission, comme le ministre des finances Thanong Bidaya ; et Chawalit dut  procéder le 24 octobre 1997,  à la démission de 19 ministres (dont le vice-ministre Montree Pongpanit) et à la nomination de 20 ministres (dont Suwit Khunkitti comme vice-1er ministre).

 

Mais cette dernière tentative du général Chawalit sera sans effet, puisque  le 6 novembre 1997, il sera contraint de démissionner. Il n’aura dirigé le pays que 11 mois !

 

Il partait avec une fortune déclarée de 141 millions de baht et sa femme  Phankrua, gardait son surnom de « coffre-fort de bijoux marchant ». 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Mais sa carrière politique n’était pas terminée et on le retrouvera vice-1er ministre et ministre de la Défense, sous le gouvernement Thaksin (17/02/2001-11/03/2005), comme on va retrouver de nouveau Chuan Leekpaï pour son deuxième gouvernement (09/11/1997-09/02/2001).

 

Mais auparavant, quid de la « Constitution du Peuple » du 11 octobre 1997 ? (Cf. Le prochain article.)

 

*La crise asiatique de 1997. Une autre présentation, mais elles sont légions.

 In http://www.memoireonline.com/01/09/1837/m_Le-FMI-et-la-crise-financiere-internationale-depuis-les-annees-8014.html

« Ainsi le Baht descend aux enfers en quelques semaines, plongeant de 25 B/ $ à 51B/ $ au pire de la crise. Le Ringgit malaisien puis la rupiah indonésienne n'étaient pas non plus épargné par la crise. En octobre, une attaque spéculative massive a eu lieu sur le Hong-Kong dollars, mais elle est contenue par des mesures draconiennes (élévation du taux d'intérêt interbancaire au jour le jour à 300% au plus fort de la semaine noire de mi-Octobre 1997).

La victime de Hong-Kong- dollars sera le Won sud-coréen qui flotte à son tour.[ Jacques Gravereau et Jacques Trauman, 2001, p. 179].

Ces deux auteurs poursuivent leur analyse. L'effet à court terme de dépréciations monétaires aussi profondes est double. D'abord, toutes les dettes en dollars et surtout les dettes privées, deviennent insolvables, d'autant plus que leur structure est en générale à très court terme, la moitié d'entre elles ont une maturité d'environ un an seulement.

Ces dettes privées sont gigantesques : 100 milliards de dollars en Corée, 70 en Thaïlande, 56 en Indonésie, 25 en Malaisie. La plupart de ces crédits bancaires privés se trouvent en situation de créances douteuses, à commencer par les banques locales dont on connaît la fragilité. Le management du risque de crédit est partout pris en défaut.

Le second effet est de restaurer la confiance des marchés financiers pour enrayer la chute. Ce qui relève de la compétence des autorités politiques.

Cette dépréciation serait l'origine des fuites de capitaux massifs dans ces pays comme le montre le tableau 7.

Tableau 7 : Flux de capitaux privés dans cinq pays asiatiques (Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, en milliards de dollars)

 

1994

1995

1996

1997

 

Titres et investisseurs directs

dont :

Investissements directs

Portefeuille

Créances bilatérales

dont :

Banques commerciales

Non-banques

Total flux nets de capitaux

12, 2

4,7

7,5

28,2

24

4,2

40,4

15,5

4,9

10,6

61,9

49,5

12,4

77,4

19,1

7

12,1

73,9

55,5

18,4

93

-4,5

7,2

-11,7

-7,6

- 21,3

13,7

-12,1

 
 

Source : Radelet et Sachs, 1998

A travers ce tableau, on remarque l'augmentation rapide des entrées de capitaux entre 1994 et 1996, ainsi que la violence extrême du retournement en 1997. »

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 03:05
240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Le Roi dissout le parlement par décret du 19 mai 1995. Le 2 juillet 1995, les Thaïlandais sont appelés à voter pour la 3ème fois en 3 ans et 4 mois. Les résultats voient la victoire du Parti de la Nation Thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party),  dont le leader est Banhan Sinlapa-Acha (บรรหาร ศิลปอาชา). Un décret royal le nomme 1er ministre le 13 juillet, et son gouvernement est formé officiellement le 18 juillet. Il durera jusqu’au 24 novembre 1996, alors que le 27 septembre 1996, un décret royal annonçait la dissolution du parlement.

 

Nous avons déjà là plusieurs éléments à préciser, à savoir : Qu’en est-il du Parti de la nation thaïe  (ou Thai Nation party) ? De son leader Banhan Sinlapa-Acha? Des élections ? Et de la formation de son gouvernement ?

 

Le  Parti de la Nation Thaïe ?

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Nous avions déjà vu dans notre article 234, que  « Le  Parti de la nation thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » a été fondé en 1974 par le major général Chunhawan,  le fils unique du maréchal Phin (ผิน ชุณหะวัณ) (Il avait fomenté le coup d’Etat qui avait installé le maréchal Phibun en 1948, il sera ministre ensuite), et sa belle-famille : Praman Adireksan (ประมาณ อดิเรกสาร) marié à sa sœur Charoen (เจริณ) qui sera vice premier-ministre et ministre plusieurs fois et favorable à l’élimination du mouvement étudiant en 1976) et de Siri  Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน), également majors généraux. 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Sa sœur Udomlak (อุดมลักษณ์avait épousé Phao, patron puissant de la police du temps de la dictature de Phibun (เผ่า ศรียานนท์)puis son ministre de l’intérieur en 1957. (Cf. Articles 218 et 220). Le parti sera dirigé jusqu’en juillet 1986 par Praman (Il était aussi le président de l’Association des industries thaïes et de celle de l’Association du textile thaï) et après les élections de 1986 par Chatichai Chunhawan.

 

Mais le Parti de la Nation Thaïe c’est avant tout un parti familial, un klum,  constituant un clan puissant, le « Rajakhru clan » tant au niveau militaire, économique et politique. Il sera le deuxième parti aux élections de 1983 et de 1986 et dans l’opposition ; il gagnera les élections  de 1988 et leur leader le major général Chunhawan deviendra  premier ministre (du 4 août 1988 jusqu’au coup d’état militaire des généraux de la « 5ème classe du 24 février 1991). Son gouvernement fut désigné par les opposants comme le « gouvernement buffet » où la famille et les « amis » (De nombreux businessmen  avaient rejoint le Parti et avaient été élus) purent se servir allégrement dans les fonds publics ; enfin jusqu’au nouveau coup d’Etat du 23 février 1991, condamnant – bien sûr - la fortune mal acquise, et installant d’autres factions au pouvoir. (Cf. Son portrait dans l’article 233)».

 

 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

On peut remarquer – bien sûr - dans le gouvernement Chatchai Chunhawan, le  beau-frère Praman Adireksan au poste clé de ministre de l’intérieur jusqu’au  9 janvier 1990, où il sera remplacé par Banhan Sinlapa-Acha. Celui-ci devient en décembre 1990  ministre des finances.

 

Après les élections de 1992,  le Parti de la Nation Thaïe devient le principal parti de l’opposition du gouvernement Chuan Lipkai, leader du parti Démocrate. Adireksarn (leader de l’opposition au Parlement du 23 décembre 1992 au 7 mai 1994) cédera la direction du Parti  en 1994 à Banhan, qui devenait alors le chef de l’opposition (27 mai 1994 - 19 mai 1995), avant donc de devenir 1er ministre après la victoire de son parti aux élections du 2 juillet 1995.

 

Banhan Sinlapa-Acha a donc déjà une longue carrière politique avant d’accéder au poste de premier ministre, mais il est aussi connu pour être le « parrain » de Suphanburi.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Il entre en politique au niveau national en 1976, comme député pour la province de Suphanburi, au sein du Parti de la Nation Thaïe. (Bien qu’en 1974, il est membre du Conseil National de la Législation ( ?)) Il est élu en 1977 au Sénat, mais rejoint le Parlement en 1978.

 

Son parti va soutenir le gouvernement Prem en 1980-83 et Banhan va obtenir son 1er poste de ministre, comme  ministre de l’agriculture. (En 1981, il devient aussi le secrétaire général du Parti).  En 1986, Prem le rappelle au gouvernement comme ministre du transport et des communications (1986-1988). En 1988, le Parti de la Nation Thaïe gagne les élections.  Leur leader Chatichai Chunhawan devient 1er ministre et Banhan, ministre de l’industrie (1988-1990). Le 9 janvier 1990 – nous l’avons vu-   il prend le poste clé de ministre de l’intérieur occupé par le  beau-frère de Chatichai Chunhawan, Praman Adireksan, qui le remplace  au ministère  de l’industrie. En décembre il devient ministre des finances. Sa carrière est brièvement interrompue par le coup d’Etat du 23 février 1991. Mais en avril 1992, il redevient ministre du Transport du gouvernement du général Suchinda (7/04/1992-24/05/1992)     

Après les élections de septembre 1992, et la victoire du Parti Démocrate et le gouvernement Likpai (23/09/1992-23/07/1995), le Parti de la Nation Thaïe entre de nouveau dans l’opposition au Parlement dont le chef n’est autre qu’Adireksarn du 23 décembre 1992 au 7 mai 1994, qui  -nous l’avons dit- cède la direction du Parti  en 1994 à Banhan, qui devient alors le chef de l’opposition (27 mai 1994- 19 mai 1995). La suite, vous la connaissez, retour à la case départ.  

 

Mais Banhan n’avait pas attendu d’être au gouvernement pour s’enrichir.

 

Certes, après son passage au gouvernement « buffet » de Chatichai Chunhawan (04/08/88-23/02/91) désigné comme un des plus corrompus d’une histoire déjà longue, Banhan devait être plus  riche surtout  qu’une fois que les 9 membres du gouvernement furent jugés, « La Cour suprême statuera quelques temps plus tard, ordonnant la restitution des richesses saisies considérant que la procédure avait été illégale et que le comité d'enquête avait travaillé en dehors de tout contrôle judiciaire puisqu’il était composé des membres de la junte. » (Cf. in 236) (Il est vrai que les juntes ne suivent pas les procédures. Hi hi)

 

Banhan le « parrain ».

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Chris Baker et Pasuk Phongpachit  dans leur « Une histoire de la Thaïlande » (Cambridge University Press, 3ème édit, 2014) nous expliquent comment dans les années 60, des entrepreneurs chinois de la 2ème ou 3ème génération ont  fait fortune en province en étant bien souvent à la limite de la légalité ou même dans la contrebande et/ou les jeux clandestins et ont dû apprendre non seulement à obtenir les protections nécessaires de l’administration, mais aussi son « assistance » pour emporter des marchés. Ils ont su partager leurs énormes bénéfices, soutenir les campagnes gouvernementales, la politique de contrôle locale par les militaires (Ils furent les principaux soutiens des « villages  Scouts » ) et en même temps se constituer en pouvoir  local, se faire des clientèles en « parrainant » des funérailles, en contribuant à la construction d’écoles, etc., en aidant aussi  les gens malades, suppléant ainsi les services sociaux défaillants.  De façon plus claire,  Chris Baker et Pasuk Phongpachit précisent  que certains  sont devenus de véritables « parrains » dans une version thaïe des films d’Hollywood, n’hésitant pas à utiliser des tueurs pour asseoir leur pouvoir. Les plus puissants des « parrains provinciaux » (surtout chinois) passèrent à l’échelon supérieur en se faisant élire député par l’achat de votes et en s’alliant avec  les riches familles et partis de Bangkok qui se partageaient le pouvoir. Et à chaque élection (1979, 1983, 1986, 1988) on vit de plus en plus de députés qui venaient de province.

 

Le plus important d’entre eux, estiment Chris Baker et Pasuk Phongpachit, fut justement  Banhan, un Chinois de la seconde génération (p.245). Il fit fortune en commençant avec le monopole de vente de la chlorine pour l’eau de Suphanburi ; puis dans la construction, l’achat de terres (parfois domaniales), les transports, les stations essences, etc. Il devint de fait le véritable « parrain » de Suphanburi et rejoignit en 1975 à sa création, le Parti Nation Thaïlandaise dirigé par le klum de la rue Ratchakhru de la famille Chunhawan  qui a porté au pouvoir Chatchai Chunhawan le 4 août 1988.

 

Banhan fut donc élu en 1976 et contribua à obtenir  beaucoup de fonds gouvernementaux pour sa ville, ce qui fut apprécié par les électeurs qui revotèrent pour lui à chaque élection. (Il sera l’un des mieux élus de la nation à toutes les élections auxquelles il participera et parfois avec même 90 % des votants !)

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Le Parlement étant le lieu idéal pour faire des affaires, obtenir des protections, et accéder aux ministères, Banhan put ainsi augmenter sa fortune et faire une belle carrière ministérielle avant de devenir 1er ministre.

 

Nous avions déjà vu avec Jean Baffie, dans son article  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » (in Thaïlande contemporaine), ce que représente les klum dans la politique thaïlandaise, dirigés par un général influent, un  chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local, utilisant tous  les moyens légaux et illégaux pour arriver à obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement ). Dans la période étudiée le klum de la rue Ratchakhru de la famille Chunhawan  fut un des plus puissants.  Cf. Notre lecture de cet article in A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.)

 

Wikipédia même, souvent édulcoré, signale que Banhan  avait déjà fait fortune avant de devenir membre du Parlement. Il contribuait à la construction d’écoles, de ponts, de diverses infrastructures et aides diverses au peuple, et il se disait que la province de Suphanburi lui appartenait. La presse locale l’avait surnommé M. ATM (Distributeur automatique de billets) tant il distribuait de billets pour acheter soutien politique et vote. 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Il devint le principal financier de son parti, acquérant là aussi une énorme influence qui lui permit en 1981 de devenir le secrétaire général de son parti et d’avoir la carrière politique et gouvernementale que l’on sait.

 

Les élections générales du 2 juillet 1995.

 

9 partis se présentent au suffrage, dont deux nouveaux, le Leading Thai Party (Le « parti de la Thaïlande » พรรคประชากรไทย) de Samak  Sunthonwet (สมัคร สุนทรเวช) qui obtiendra 18 sièges) 

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... et le Safeguard Thai Party (qui n’aura aucun siège). Les élections seront populaires avec 31 % d’électeurs de plus que les précédentes élections, pour atteindre 23.462.746 votants (62% du corps électoral). Elles seront considérées  comme celle ayant eu le plus d’achats de votes.

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Quoi qu’il en soit, les résultats voient la victoire du Parti de la Nation Thaïe qui obtient 92 sièges sur 391. Le Parti démocrate, bien que gagnant 7 sièges pour obtenir 86 sièges est  contraint de laisser la formation du gouvernement à Banhan Sinlapa-Acha, le leader  du Parti de la nation thaïe, qui va arriver à former une coalition avec 7 partis. Le grand perdant est le parti du Palang Dharma qui perd 24 députés et n’en obtient que 23.

 

Résultats

 

Partis

Votes

  %

Sièges

+/–

Thai Nation Party

12.630.074

  22,8

  92

+ 15

Democrat Party

12.325.423

  22,3

  86

+ 7

New Aspiration Party

6.806.621

  12,3

  57

+ 6

National Development Party

6.612.504

  12,0

  53

- 7

Palang Dharma Party

4.209.135

   7,6

  23

- 24

Leading Thai Party

3.474.142

   6,3

  18

New

Thai Citizen Party

2.476.218

   4,5

  18

+ 15

Social Action Party

2.201.218

   4,0

  22

0

Liberal Party

1.716.786

   3,1

  11

+ 3

Solidarity Party

1.361.719

   2,5

   8

0

Mass Party

1.309.381

   2,4

   3

– 1

Safeguard Thai Party

  195.835

   0,4

   0

New

Invalid/blank votes

  678.716  

   –

 –

Total

23.462.746

  100

  391

+31

 

La formation du gouvernement.

 

Banhan Sinlapa-Acha par un décret royal du 13 juillet 1995 est donc  nommé 1er ministre, et son gouvernement est formé officiellement  le 18 juillet, avec 49 membres. Il faut bien récompenser les alliés et les amis.

 

Il a la caractéristique d’avoir 6 vice-premiers ministres (Un première !), dont le lieutenant-colonel de police, Thaksin Shinawat !  Sinon, les autres sont le maréchal de l’air Somboon Rahong, le général Chavalit Yongchaiyudh, Boonphan Kaewattana, Samak Sundaravej, Amnuay Viravan. Il s’agit sans doute d’un « savant » équilibre pour obtenir une coalition soutenant le gouvernement.

 

On voit aussi une pléthore  de 7 autres ministres affectés à l’Office du 1er ministre !

 

Banhan prend aussi le ministère de l’intérieur aidé par 4 vice-ministres de l’intérieur ! D’autres ministres sont  aidés par deux vice-ministres (Finance, Commerce, Education, Santé, Industrie), voire  par 4 vice-ministres (Agriculture et Transport). Une façon de récompenser les services rendus ?

 

On observe  le 28 février 1996,  7 changements de postes ; Le 3 mai, le vice-ministre  du Travail Prasong Boonpong devient ministre et remplace Pisan Mulasastrasathorn. Poonsawat Mulasastrasathorn est promu vice-ministre du Travail.

 

On observe une grave crise ministérielle en mai ; puisque le 23 mai, 5 ministres sont  poussés à la démission (Newin Chidchob, Acting 2 Lieutenant Pairoj Suwanachawee,  Suchart Tanjaroen, Anusorn Wongwan, Boonchoo Treethong. ; le 24 mai, 5 autres dont  le vice-1er ministre Thaksin ; le 27 mai   Kasem S.Kasemsri, le ministre des Affaires étrangères démissionne également ; le 28 mai , c’est le ministre des finances , mais c’est pour que ce même jour 11 ministres soient désignés dont certains retrouvent leur poste comme Thaksin, toujours vice-1er ministre (qui re-démissionnera le 14 août.) Il y aura d’autres mouvements : 3,  le 15 juin, 2, le 1er juillet, 5, le 3 juillet, 5, le 14 août, 7, le 27 septembre. On comprend que ces remaniements étaient le signe de rivalités et de dissensions au sein de la coalition, qui vont contraindre d’ailleurs Banhan à dissoudre le Parlement. Un décret royal daté du 27 septembre,  le confirmera.

 

On peut constater que si le gouvernement Banhan gouvernera officiellement  du 13 juillet 1995 au 24 novembre 1996; de fait, dès la fin septembre on était dans les affaires courantes, voire dans la préparation des élections qui auront lieu le 17 novembre, en notant que déjà en mai des graves dissensions eurent lieu au sein du gouvernement (14 mouvements, plus 11 le 28 mai, avec les démissions des ministres des finances et des affaires étrangères, puis la démission de Thaksin le  14 août) ; Ce qui laisse peu de temps pour l’action gouvernementale ; 13 , 14 mois ?

 

Economie.

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Nous n’avons pas trouvé de références précises quant-aux décisions économiques prises par ce gouvernement, sinon comme vous le verrez ci-dessous, plutôt des critiques sur le manque de décisions.

 

Sharma Shalendra dans son livre « The Asian financial crisis : crisis, reform and recovery » attribuera une large responsabilité de ce gouvernement à la grave crise financière de 1997, non sans avoir rappelé les rôles importants joués par la Chine avec la dévaluation de 50 % du yuan opéré le 1er janvier 1994, la récession au  Japon et la hausse du dollar. Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon, in « Industrialisation renforcée, Les étapes du sentier de la croissance en Thaïlande »* indiquent qu’en 1994, les décideurs ont mal perçu les transformations de l’économie mondiale, et que « bercés par l’euphorie économique des années précédentes (ont considéré) comme un événement mineur la dévaluation du yuan chinois. » 

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« Cette émergence du géant chinois, dopé par une monnaie affaiblie, contribue en partie à la perte de compétitivité des exportations thaïlandaises qui sont principalement libellés en dollars américains. ».  Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon,  notent aussi les facteurs internes, comme la faillite bancaire qui s’annonce, la bulle spéculative naissante dans les surinvestissements dans le domaine de l’immobilier, l’instabilité politique, les rotations trop nombreuses des responsables de la politique économique, « reflet des coalitions volatiles » (Qui ne s’arrangera pas avec le gouvernement suivant,  « entre juillet 1996 et novembre 1997, quatre ministres des Finances se sont succédé »).

 

Chris Baker et Pasuk Phongpachit critiquent aussi ces trop nombreuses rotations ministérielles causées par les rivalités entre les factions, qui empêchent la mise en place de réformes. De plus, - certes commencé avant Banhan mais plus visible sous son gouvernement-, on épuise les ressources naturelles pour la nation mais aussi pour des intérêts privés et leurs clients. On crée des parcs « naturels », déniant tout droit aux tribus et paysans qui y résidaient et travaillaient. Les politiques et officiels usent de leur influence pour acquérir des terres (parfois illégalement) et y investir. Banhan a soin de partager le budget entre les différentes factions, mais  pense aussi  à ses propres affaires avant  de se consacrer  aux besoins de l’économie nationale.

 

On est encore dans l’euphorie du boom économique qui commence en 1985 et qui permet une moyenne de la croissance de 9,5 % entre 1987 et 1996. On présente la Thaïlande comme l’enfant chéri des investisseurs internationaux, elle passe pour devenir le « cinquième dragon » après Singapour, Hong-Kong, la Corée du Sud et Taiwan. (Cf. in 236) Mais voilà on ne voit pas la crise arrivée.

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Le blog http://redtac.org/asiedusudest/2012/12/29/les-origines-de-la-crise-asiatique-de-1997/  propose une autre analyse.

 

L’essor économique était en grande partie lié à la spécialisation dans la production de produits manufacturiers ainsi qu’à un fort taux d’exportations partout dans le monde. Mais en 1996, la Thaïlande connaît une perte économique de 9,4 % de son taux d’exportations surtout dans le textile. « Toutefois, les autorités considèrent le problème comme étant temporaire et font peu d’actions pour résoudre le ralentissement économique. » (Il est vrai - à décharge - que la Banque mondiale et le FMI ne verront pas non plus la crise qui s’annonce.)

 

Les exportations sont certes en diminution, mais le prix des produits demeurait fixe, notamment à cause de la parité avec le dollar américain. Mais l’appréciation du dollar américain augmentant de 40 % en 1995-96, et va créer un déséquilibre et obliger le gouvernement suivant à dévaluer le bath en 1997.

 

Mais un autre facteur va jouer : la pratique économique qu’est le clientélisme entre le gouvernement et les milieux d’affaires font que les décisions sont prises en privée et qu’elles sont conclues sans la moindre trace officielle.  Ce qui impliquent qu’il n’y ait aucun mécanisme de surveillance et que cela rend impossible la régulation du développement économique, en cas de grand changement macro-économique.

 

On le vit également pour les décisions prises par les institutions financières.

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« Au début des années 1990, il y a une rapide accumulation des dettes à court terme, notamment en dollars US, qui sont sous la responsabilité des banques domestiques. C’est également durant cette période que le gouvernement thaïlandais mit sur pied la « Bangkok International Banking Facility » (BIBF), une institution chargée de fournir du crédit à partir de fonds à l’étranger. De même, la Banque de Thaïlande permit aux banques commerciales de faire des opérations à l’étranger. Toutefois, puisque ces institutions (BIBF, Banque de Thaïlande et les banques commerciales) n’étaient pas surveillées, elles firent des opérations qui augmentèrent considérablement la dette du pays et perdre ainsi la confiance des investisseurs. (Finalement, le coup décisif fut porté lorsque le gouvernement annonça soudainement en 1997 la dévaluation du baht. Seize compagnies financières furent déclarées insolvables alors que quarante-deux durent être fermées. Cela eut pour effet que les entreprises locales, qui avaient accès à trop de crédit en 1996 se retrouvèrent dans la situation opposée un an plus tard. »

 

Un rapport de la FAO de 2002 présente la situation ainsi. (Cf. (http://www.fao.org/3/a-y4632f/y4632f2q.htm) :

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« À l’échelle macroéconomique, les institutions de gestion, créées en 1959, ont permis une bonne gestion des politiques thaïlandaises, à quelques exceptions près (en 1977-1984, et 1994-1996), de sorte que l’on n’a pas enregistré de distorsion particulière du taux de change réel provenant de politiques susceptibles d’affecter le secteur agricole (Siamwalla and Poapongsakorn, 1995). Les bonnes politiques macroéconomiques ont été suffisamment fortes pour compenser les mauvaises politiques sectorielles (taxes agricoles à l’exportation élevées et fortes protection à l’importation) et ont donc permis à l’agriculture de progresser en maintenant l’avantage comparatif qui existait dans le pays avant 1980.

 

Cet avantage comparatif s’était estompé au cours des années 1980, lorsque les exportations de produits manufacturés ont enregistré un boom. Cette conjoncture ascendante a été suivie par l’expansion du secteur immobilier et par l’effervescence économique du début des années 90, lorsque la Banque de Thaïlande a commencé à libéraliser le secteur financier et à autoriser la libre circulation des capitaux. C’est alors qu’a eu lieu le deuxième épisode de mauvaise gestion macroéconomique. Les autorités ont non seulement maintenu le régime du taux de change fixe (l’une des principales causes de la crise économique de 1997), mais elles ont négligé de prendre les mesures nécessaires pour les excédents financiers (contrôle des mouvements de capitaux), afin de réduire l’excès de demande globale. Au contraire, elles ont opté pour une politique monétaire stricte, totalement inefficace puisque les flux de capitaux ont augmenté du fait d’un taux d’intérêt plus élevé. De ce fait, le taux d’inflation a augmenté au cours de la période 1994-1996. 

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Ce problème a été aggravé en 1996, le dollar ayant été temporairement fort, ce qui a provoqué une surévaluation du baht encore indexé au dollar. La compétitivité des exportations thaïlandaises, tant pour les produits agricoles que pour les produits manufactures à forte composante de main d’œuvre, ont baissé nettement. La croissance des exportations, qui était de plus de 10 pour cent par an, s’est soudainement bloquée en 1996, entraînant une série d’attaques sur le baht à la fin des années 1996 et au début de 1997 lorsque les investisseurs ont commencé à retirer leur confiance à l’économie thaïlandaise. »

 

Alors quelle fut la responsabilité du gouvernement Banhan dans la situation économique du pays ?

 

On peut avouer ici notre incompétence pour juger du rôle spécifique qu’a pu jouer le gouvernement Banhan dans ce début de crise, surtout que, comme  les autres pays asiatiques qui seront touchés par la crise, la Thaïlande a connu pendant plus de deux décennies des performances économiques notables.  Même si « des déséquilibres de nature microéconomie s'étaient accumulés dans les portefeuilles des créanciers des banques, dans la gestion de risque de change, dans l'endettement de cours terme et dans le comportement des investisseurs. L'arrivée de vagues de capitaux privés dans un environnement financé libéralisé s'était traduite par des bulles boursières et immobilières (…) et déclencher un engrenage de perte de confiance des investisseurs, sorties de capitaux, dépréciation monétaire, difficulté des entreprises et endettés et généralisation de la crise financière. »**

 

D’ailleurs, le prix Nobel Joseph STIGLITZ nous apprend que « Le 2 juillet 1997, quand le baht thaïlandais s'effondra, nul ne savait qu'il s'agissait du coût d'envoi de la crise économique la plus gigantesque depuis la grande dépression : partie d'Asie, elle allait s'étendre en Russie, en Amérique latine, et menacer le Monde entier ». De plus, encore aujourd’hui les causes de la crise sont sujettes à débat. (Cf. Article suivant)

 

II sera de même difficile d’identifier la politique étrangère menée par Banhan.

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Un spécialiste comme  Kajit Jittasevi ne peut en donner aucune ligne, comme l’indique son article sur « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIème siècle » (In TC*). Il  nous apprend qu’ « Au cours de la seule année 1992 la Thaïlande a vu se succéder quatre gouvernements et deux ministres des Affaires étrangères. Dans ce contexte, il est presque miraculeux qu’Anan Panyarachun, premier ministre nommé deux fois (mars 1991-septembre 1992) ait pu donner quelques impulsions diplomatiques d’envergure. Parmi ses initiatives, on retiendra surtout la création de l’AFTA (Asean Free Trade Area-Zone asiatique de libre-échange) et la proposition faite à la Chine et à la Birmanie de se joindre à l’organisation du Grand Mékong (Greater Mekong Coopération- Coopération du Grand Mékong ou GMC)

 

 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

5Le successeur d’Anan, Chuan Likpai (Septembre 1992-juillet 1995), a quant à lui changé de ministre des Affaires étrangères trois fois en trois ans. Il a cependant renforcé la ligne novatrice de son prédécesseur par une nouvelle proposition de coopération régionale : un « quadrilatère de croissance » (Growth quadrangle) formé avec la Chine, la Birmanie et le Laos, et destiné à compléter la GMC (…) Au niveau de l’Asean, la rapide succession des ministres des Affaires étrangères les a empêchés d’entretenir des rapports continus et approfondis avec leurs homologues. Le royaume a  ainsi perdu de son poids au sein de l’organisation régionale.

 

L’instabilité politique interne des gouvernements Banhan Sinlapa-Acha (juillet 1995-novembre 1996) et du général Chavalit Yongchaiyudth (novembre 1996-novembre 1997) n’a rien arrangé. » (pp .570-571) 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Toutefois, malgré les difficultés et le peu d’influence qu’a pu avoir le gouvernement Banhan Sinlapa-Acha sur l’évolution de l’ASEAN, cette intégration régionale constitue et va constituer l’épine dorsale de la politique étrangère de la Thaïlande, avec sa zone de libre-échange des pays de l’ASEAN signé le 28 janvier 1992 à Singapour mais qui n’entrera en vigueur qu’en 2003, à cause  de la grave crise financière de 1997 ; et  l’élargissement des pays de l’ASEAN (Brunei, Birmanie, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande) avec l’entrée du Vietnam le 28 juillet 1995.  Le ministre des Affaires étrangères Kasem S.Kasemsri... 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

.. n’était en poste que depuis 10 jours ! (Rejoint deux années plus tard par le Laos et la Birmanie le 27 juillet 1997 et le Cambodge le 30 avril 1999 après la stabilisation de son gouvernement)).

 (Pour comprendre un peu mieux ce qu’est l’ASEAN,  et sa volonté de créer une zone de libre-échange et de maintenir une stabilité régionale durable.  Cf. notre article A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009))***

Son ministère a dû poursuivre des négociations pour fonder l’ASEAN Plus Trois (APT) à savoir  avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud. L’APT étant né en 1995 à Singapour, avec également la préparation de la Réunion Asie-Europe (ASEM). Mais la première rencontre APT n’aura  lieu informellement qu’en 1997 lors du sommet de Singapour, (Mais ensuite à tous les sommets de l'ASEAN afin d'établir des positions communes en vue de l'ASEM.****)

Il faut aussi noter le traité de Bangkok (The Southeast Asian Nuclear-Weapon-Free Zone Treaty (SEANWFZ) signé le 15 décembre 1995 sous les auspices de l’ASEAN instituant un moratoire sur l’arme nucléaire et qui interdit toute fabrication ou développement ou acquisition ou possession de l’arme nucléaire. (Le traité devait être effectif le 28 mars 1997, après que tous ses membres l’aient ratifié, mais il faudra attendre la ratification des Philippines, pour qu’il le soit, le 21 juin 2001.).

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

La politique étrangère est donc dictée essentiellement par l’économie et la volonté de vivre – enfin – en paix avec ses voisins. L’entrée du Vietnam au sein de l’ASEAN, le 28 juillet 1995, puis du Laos et de la Birmanie le 27 juillet 1997 et du Cambodge le 30 avril 1999 en sont les manifestations les plus probantes. Mais la crise économique de 1997 va bouleverser l’expansion économique de la Région.

 

Tandis qu’au niveau politique, nous l’avons vu, la coalition gouvernementale éclate et Banhan se voit contraint de dissoudre le Parlement le 27 septembre 1996.

 

Les élections auront lieu le 17 novembre à l’issu desquelles le général Chawalit, vice-ministre et ministre de la  Défense du gouvernement Banhan, devenait le nouveau 1er ministre.  Et le parti de la Nation Thaïe retournait dans l’opposition. (Cf. Notre prochain article.)

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

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*« Thaïlande contemporaine », Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

**(http://www.memoireonline.com/01/09/1837/m_Le-FMI-et-la-crise-financiere-internationale-depuis-les-annees-8014.html)

 

***A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html

 

****L’ASEM ?

«  est un cadre informel de dialogue qui permet d’aborder tous les sujets, sans exclusion a priori. Il s’articule autour de trois « piliers » : i) politique, ii) économique et financier, iii) socio-culturel (éducation, santé, emploi, environnement, science et technologies, culture, contacts entre sociétés civiles). La mise en œuvre de ce troisième pilier est en partie assurée par la Fondation Asie-Europe (ASEF) établie en 1997, dont la France a été à l’origine et reste l’un des principaux contributeurs. » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/asie/relations-entre-l-europe-et-l-asie/article/dialogue-europe-asie-asem)

L’APT ? (Wikipédia)

« ASEAN Plus Trois (APT : ASEAN Plus Three) est une rencontre entre les pays de l'ASEAN ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Elle se tient durant les sommets de l'ASEAN.

Il prend ses origines dans la préparation du premier Asia-Europe Meeting (ASEM). La première rencontre APT a lieu informellement en 1997 lors du sommet de Singapour, puis à tous les sommets de l'ASEAN afin d'établir des positions communes en vue de l'ASEM.

En mai 2000 à Chiang Mai, ils s'accordent pour lutter contre une nouvelle crise financière. En 2001, la Chine lance une initiative majeure destinée à établir une zone de libre-échange entre elle et l'ASEAN. Un accord cadre est signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet. Des initiatives similaires ont été lancées en réponse par le Japon et la Corée du Sud. L'APT a également d'autres projets comme le développement la région du bassin du Mékong, la formation dans les technologies environnementales, la promotion du tourisme. L'APT permet aux pays de l'ASEAN de se renforcer dans les négociations internationales notamment à l'OMC pour contrebalancer l'influence de l'Union européenne et de l'ALÉNA. »

 
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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 22:08
239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Nous en étions restés aux élections du 13 septembre 1992 mettant en lice une mosaïque de partis n’ayant pas permis de dégager une majorité mais seulement un vainqueur (relatif)  le parti démocrate de Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) avec 21 % des suffrages qui obtient 79 sièges (il en avait 44). Le Palang Dharma Party (พรรคพลังธรรม) de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง), fort du prestige que lui a valu sa présence physique et incontestablement courageuse en tête des manifestations sanglantes de mai 1992 (Cf. Article précédent), avec 18 % des suffrages, est crédité de 47 sièges, il en a gagné 6. 

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Il y a un nouveau venu qui avec 15,90 % des voix s’empare de 60 sièges,  le « National Development Party » (Chat Pattana Party - พรรคชาติพัฒนา), une création de Chatichaï qui continue à agir plus ou moins dans l’ombreSon succès démontre qu’il n’a pas laissé que de mauvais souvenirs. 

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Son ancien parti, « Thai Nation Party » (Chat Thai Party – พรรคชาติไท) dont il est apparemment dissident, obtient 77 députés pour 15,80 % des voix. Le « New Aspiration Party » (Phak Khwam Wang Mai Thai - พรรคความหวังใหม่) du général  Chavalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ)considéré comme l’un des « intellectuels » de l’armée   a 51 députés avec 14,20 % des voix. 

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Quant au « parti d’action sociale » (Social Action Party - พรรคกิจสังคม) de Kukrit Pramot, il n’a que 4 % des voix mais conserve tout de même 22 députés.

 

La composition de cette assemblée, ne change guère sociologiquement, par rapport aux précédentes : 360 députés dont 15 femmes, dont la majorité est âgée de 40 à 50 ans ; et dont plus de 300 se qualifient d’ « hommes d’affaire, politiciens et hommes de loi » (1).  Le 23 septembre, l’usage s’est instauré – sans qu’il soit apparemment constitutionnel - de désigner le chef du parti ayant obtenu le score le plus important, le roi désigne Chuan Likpai comme premier ministre.

Le parti démocrate

 

Quelques mots sur ce parti dont on peut se demander s’il a ainsi été baptisé (พรรคประชาธิปัตย์ signifie « parti démocrate » ou parti démocratique ») par un Thaï ayant le sens de l’humour au second degré ? A cette date, il a déjà remporté la majorité relative des sièges au parlement en 1948, 1976 et 1992 mais jamais une majorité parlementaire absolue. Ses bases se situent en Thaïlande du sud et ultérieurement mais de façon plus sinusoïdale à Bangkok oú il la faveur des classes moyennes et de l’aristocratie. Il a été fondé le 6 avril 1946 par Khuang Abhaiwongse (ควง อภัยวงศ์) le 6 avril 1946, ouvertement conservateur et royaliste, en opposition aux partis issus de la « résistance  free thaï » avec Pridi Phanomyong, les frères Seni et Kukrit Pramot. Chuan le rejoint en 1991 et en prend la tête.

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

La vie de Chuan Likpai.

 

Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) est né le 28 Juillet 1938 à Trang, province côtière du sud située au bord de la mer d’Andaman à 700 kilomètres à vol d’oiseau au sud de Bangkok. Sa famille est chinoise Hokkien d’origine. Il se plait à rappeler qu’il est né troisième d’une famille « pauvre » de neuf enfants dans une maison au toit de chaume, aux murs de bambou tressés et au sol de terre battue. Son père était un modeste enseignant, sa mère vendait des pâtisseries thaïes et travaillait dans des plantations d’hévéas. Son enfance aurait été difficile. Il reçoit son éducation primaire à l’école de Trang (Trang Wittaya School - โรงเรียนตรังวิทยา), 

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puis à l‘école du temple Wat Amarintraram (วัดอมรินทราราม) à Bangkok pendant 6 ans 

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

et enfin à la Faculté de droit de l’Université Thammasat (มหาวิทยาลัยธรรมศาสตร์) dont il sort diplômé en 1962. Sa famille était-elle vraiment nécessiteuse qui lui offre des études dans l’une des Universités la plus prestigieuse et la plus coûteuse du pays ? 

 

.... Tuition and fee to complete program is 420.000 baht in total.  The amount covers, academic orientation activities, class materials, computer services, networking trips, and meal plans. Additional expenses can be expected if students participate in non-course related activities.... (tarifs 2016).

 

Il est permis d’en douter ? Mais l’enfance difficile d’un descendant de pauvres immigrés chinois est toujours un « plus » dans le curriculum vitae d’un homme politique. Il s’inscrit comme avocat au barreau en 1964 (« thai bar association » เนติบัณฑิตยสภา – Netibandittayasapha). 

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Il obtiendra sur le tard (1985 et 1988) des diplômes de Sciences politique de l’Université Ramkhamhaeng  (มหาวิทยาลัยรามคำแหง) et de l’université Sinakharinthonwirot (มหาวิทยาลัยศรีนครินทรวิโรฒ) de Bangkok. Mais comme tout avocat qui se respecte, il se lancera dans la politique. En 1969 il est élu pour la première fois au Parlement en tant que représentant de la province de Trang et sera ensuit réélu en 1975, 1976, 1979, 1983, 1986, 1988, 1992 (2 mandats) puis encore en 1995 et 1996.

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Nous allons ensuit le retrouver tout au long d’une carrière brillante : Vice-ministre de la Justice le 13 février 1975 dans le bref gouvernement de Seni Pramot, Vice-premier ministre dans le second gouvernement de Seni Pramot le 20 avril 1976,  ministre de la Justice le 3 mars 1980 dans le gouvernement du Général Prem Tinsulanonda puis ministre du commerce dans le même gouvernement puis ministre de l'Agriculture et des Coopératives, toujours dans le même gouvernement jusqu’à sa fin en 1983. Il sera ministre de l'Education tout au long du second gouvernement de Prem Tinsulanonda de 1983 à 1986. Il n’appartiendra pas au troisième gouvernement de Prem Tinsulanonda mais nous le retrouverons au poste de Président de la Chambre des représentants de 1986 à 1988 au cours duquel il dut affronter un épisode difficile dans sa carrière politique comme nous allons le voir. 

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Il deviendra successivement ministre de la santé publique, vice-Premier ministre puis ministre de l'Agriculture et des Coopératives dans le premier gouvernement de Chatichai Chunhawan jusqu’en décembre 1990 (2).

 

Le scandale du jeune frère.

 

En 1987, alors que Chuan était président du Parlement, son frère cadet Raluek Likpai (ระลึก หลีกภัย) fut accusé d'avoir détourné 231,8 millions de baths (environ 9 millions de dollars en 1987 ce qui correspond à environ 18 millions d’euros 2016) ...

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...au détriment de la Thai Farmers Bank (ธนาคารกสิกรไทย - devenue depuis lors Kasikorn bank- ธนาคารกสิกรไทย) dont Raluek avait été un dirigeant, en réalité un « Bankster » ! Chuan n’était évidemment pas responsable du « vilain petit canard de la famille » mais il crut devoir défendre publiquement l'innocence de son frère. Celui-ci préféra prendre la fuite et se réfugia à Taiwan dont il ne revint qu’en 2004, une fois expirés les délais de prescription pour vivre plus ou moins discrètement dans sa ville natale de Trang et sans que la banque ait réussi à lui faire rendre gorge ? La question est simplement de savoir si vraiment Raluek était né dans une chaumière misérable, pour atteindre ainsi l’une des plus importantes banques du pays dont le conseil d’administration est composé de tout ce que le monde des affaires comprend de distingué, une position lui permettant de procéder à de tels détournements  (3) ?

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Le gouvernement

 

Il va être évidemment un gouvernement de coalition, un gouvernement étoffé aussi, de 48 ministres, avec 5 partis représentant 201 députés, le parti démocrate évidemment, le « New Aspiration », du général  Chavalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ), le  Palang Dhamma de de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง), le parti d’action sociale » de Kukrit Pramot et le National Development Party.

 

Le général  Chavalit Yongchaiyut en sera ministre de l’intérieur puis ministre du travail et des affaires sociales puis vice-premier ministre. Nous rencontrons, à la suite d’un remaniement du 25 octobre 1994 un certain Thaksin Shinawat (ทักษิณ ชินวัตร) comme ministre des affaires étrangères jusqu’à sa démission en février 1995, en tant alors que membre du Palang Dhamma. Ce gouvernement va connaître 18 remaniements en deux ans et demi (15 septembre et 23 septembre 1993, 8 janvier, 8 juillet et 14 juillet 1994, 12 octobre, 13 octobre et 25 octobre 1994, 7 décembre, 9 décembre, 11 décembre, 13 décembre et 17 décembre 1994, 11 février, 15 février, 17 février et 22 février 1995) ce qui laisse à penser qu’il ne régnait pas l’harmonie la plus douce au sein de cette coalition (2).

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Le programme

 

Il est délivré à la chambre le 20 octobre. Indépendamment des banalités d’usage, Chuan affirme vouloir continuer les efforts de libéralisation de son prédécesseur Anan Panyarachun alors que, pour leur part, les forces armées promettent de respecter les résultats des élections.


« Le libéralisme thaïlandais confirmé par les urnes » titre un quotidien français (4) qui ajoute « la victoire des partis démocratiques, lors des élections de dimanche en Thaïlande, renforce la ligne économique libérale sur laquelle s'est engagé le pays. Les partis démocratiques ont remporté dimanche - d'une courte tête - les élections législatives en Thaïlande. Après les sanglantes émeutes de mai, ce scrutin permet non seulement d'écarter légalement les militaires du pouvoir, mais également de confirmer la ligne économique libérale du pays. La stabilisation politique devrait de plus rassurer la communauté internationale, et particulièrement les investisseurs étrangers. Assurée de l'effet positif du scrutin sur l'évolution économique du pays, la bourse de Bangkok a fortement progressé hier alors que les milieux d'affaires thaïlandais se félicitaient des résultats des élections. »

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Un autre journaliste plus lucide que ceux que la presse internationale qualifie d’ « anges »  déclarait: « ...La classe moyenne de Bangkok et des villes du sud du pays a tout de même voté massivement en faveur des partis « pro-démocrates » en septembre. Les milieux d'affaires internationaux et les diplomates en poste à Bangkok voient également d'un bon œil le succès des « Anges », seuls capables selon eux d'assurer la stabilité de la Thaïlande. Coups d'État et bains de sang ne suscitent guère la confiance en matière de business et d'investissement... Ce pragmatisme ne suffira sans doute pas à persuader les habitants des bidonvilles de Bangkok des bienfaits de la démocratie. Ils ont certes en grande majorité voté pour les « Anges », ne pouvant qu'espérer une amélioration de leur sort. Mais les élus issus de la classe moyenne sauront-ils tenir compte des souhaits de partisans si différents ? Face cachée du « miracle économique », ces transfuges des campagnes les moins développées (principalement du nord-est du pays), s'entassent dans les banlieues nauséabondes de la capitale. Des hectares de bicoques construites dans des zones marécageuses ...

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

voisinent avec d'impérieux buildings où se traitent les marchés les plus juteux de l'Asie du Sud-Est » (5).

 

 

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

La vision enfin d’un journaliste américain est plus réaliste et surtout prémonitoire  qui titre « Du côté des anges » (6) :

 

«... Chuan obtient une victoire électorale inattendue de son parti par son attitude modérée pendant la crise de mai. Tout en soutenant les objectifs des manifestants, il a cherché à s’opposer à l'armée avec des tactiques parlementaires et a conduit les démocrates dans les batailles législatives et juridiques ultérieures. Mais de nombreux électeurs, las de conflits civils et militaires, lui préféraient apparemment le charismatique mais plus conflictuel Chamlong. Plus important encore, Chuan ne s’oppose pas à une armée encore puissante. « En termes d'esprit d'équipe et de leadership collectif, il peut diriger le pays » dit un allié de Chamlong. Mais un autre politicien ajoute  « Il n'a pas d’idées nouvelles. S'il y a un conflit, il ne peut pas prendre des décisions. » Selon toute vraisemblance, la Thaïlande a quelques années de répit avant que les généraux tentent à nouveau d'interférer directement dans la politique. (...) Pour que l'armée soit tenue en permanence en échec sur le terrain politique, il importe alors de poser des bases plus solides à la démocratie, à commencer par de plus grands efforts sur le plan éducatif. »

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Les résultats ?

 

Les performances exceptionnelles de l'économie thaïlandaise au cours des trois décennies précédentes sont reconnues. De 1965 à 1980 la croissance moyenne est de 7,3 % par an mais passe à 7,8 % pour la période de 1980 à 1995. Le revenu par habitant a plus que triplé. La gestion économique de la Thaïlande gagne une reconnaissance internationale, et le pays attire un grand flux de capitaux internationaux. Cette croissance économique rapide et soutenue a produit des résultats impressionnants au niveau du bien-être des populations : La pauvreté a diminué de façon spectaculaire dans toutes les régions du pays, quel que soit le niveau auquel est fixé le seuil de pauvreté. En utilisant les estimations de la pauvreté publiées par le « National Economic and Social Development Board » (สำนักงาน ณะกรรมการพัฒนาการเศรษฐกิจและสังคมแห่งชาติ) ...

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

... le pourcentage de pauvres était de 33 % en 1988, de 23 % en 1992 et de 11 % en 1996. Dans la même période, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté serait passé de 17,9 à 6,8 millions. Nous constatons en parallèle une augmentation sensible de l'espérance de vie qui passe de 58,4 ans en 1980 à 69 ans en 1995 et la baisse de la mortalité infantile qui tombe de 73 ‰ à 35 ‰ sur la même période. L'accès à l'éducation, en particulier au secondaire, a été considérablement élargi et le taux de passage du primaire au secondaire est passé de 47 % en 1989 à 85 % en 1994. Le taux de scolarisation global de bas est passé de 50 à 63 %. Le nombre de jeunes enfants mis au travail tombe de 37 % en 1990 à 20 % en 1993 (7).

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Profitant de cette période de croissance constante et de réduction de la pauvreté, le gouvernement de Chuan engage alors un programme de protection sociale encore modeste : subventions aux  indigents et aux personnes âgées, création d’un régime d'assurance-maladie nationaux pour la frange la plus déshérité de la population, programme de prêts aux étudiants et aux élèves du secondaire; La crise de 1997 dont Chuan n’est pas responsable, y mettra rapidement et provisoirement fin.

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

La corruption

 

La question reste récurrente. Si Chuan conserve la réputation d’un homme aux mains propres, le problème demeure au sein même de son gouvernement (8). Ce sont deux scandales éclatants qui vont le conduire à sa chute, celui du reboisement et l’attribution des terrains à Phuket.

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Le reboisement

 

Le gouvernement engage en 1994 un énorme programme de reboisement portant sur 5 millions de rai – 800.000 hectares - en l'honneur du 50ème anniversaire de l’accession au trône du roi Bhumibol (1996). Le programme fut un échec retentissant, avec moins de 40% de l'objectif réalisé. Le Directeur général du RFD (« Royal Forest Department » - กรมป่าไหม้) a été suspendu de ses fonctions pour corruption présumée (9).

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Le scandale de Phuket

 

Le programme de réforme agraire (datant en réalité de 1975) a pris fin en catastrophe à l’occasion du scandale des terres de Phuket, où furent impliqués des membres du gouvernement (l’histoire ne nous dit pas lesquels) dans l'achat de « So.Po.Ko » (ส.ป.ก) leur ayant permis de fructueuses opérations immobilières sur l’île ce qui n’était de loin pas spécifiquement le but recherché par la réforme agraire (10) !

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

L’assemblée émit un vote de défiance, Chuan est lâché par son associé le plus dynamique, le « parti de la vertu » bien nommé (Palang Dharma Party). Le  cabinet démissionne et un arrêté royal du 19 mai 1995 dissout le parlement.

 

Le pouvoir du « fils d'un roturier » n’a pas résisté à l'épreuve du pouvoir du peuple mais les élections qui vont suivre ne sont pas une déroute.

 

Les élections du 2 juillet 1995

 

Au total, 2.285 candidats et 12 partis briguaient 391 sièges d’une chambre élargie (contre 360). La campagne fut pacifique mais marquée par des allégations de corruption et d'achat de voix en particulier dans les zones rurales.

 

Les 391 sièges de la nouvelle assemblée sont répartis comme suit après un scrutin ayant connu une participation de 62,04 %, encore une mosaïque :

 

Le « Thai Nation Party » (Chat Thai Party – พรรคชาติไท) de Banhan Silpa-acha (บรรหาร ศิลปอาชา) est le vainqueur (relatif) avec 92 sièges.

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

Le parti démocrate sortant n’est pas écrasé puisqu’il gagne 7 sièges : 86 sièges, 22,30 % des voix contre 22,80 % au vainqueur,  12.325.423 voix contre 12.630.074. Chuan est réélu dans son pays de Trang.

 

Le « New Aspiration Party » (Phak Khwamwangmaithai - พรรคความหวังใหม่) est en progression, 57 sièges.

 

Le « National Development Party » (Chat Pattana Party - พรรคชาติพัฒนา) est en légère baisse, 53 sièges.

 

Le parti de la vertu « Palang Dharma Party » (พรรคพลังธรรม) subit un revers : 23 sièges

 

Un nouveau venu, « Leading thai party » (« parti de la Thaïlande » พรรคประชากรไทย) de Samak  Sunthonwet (สมัคร สุนทรเวช) obtint 18 sièges.

 

Le  Thai citizen party (พรรคประชากรไทย) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวชgrimpe en flèche et passe de 3 à 18 sièges.

 

Le « parti d’action sociale » (Social Action Party - พรรคกิจสังคม) obtient 22 sièges.

 

Le « parti libéral » (พรรคเสรีธรรม) de Athit  Urairat (อาทิตย์ อุไรรัตน์) en obtient 11.

 

Le parti de la solidarité (พรรคเอกภาพde Chaiyot  Sasomsap  (ไชยยศ สะสมทรัพย์)  en obtient 8.

 

La nouvelle chambre comporte 24 femmes seulement, les deux tiers des élus ont entre 40 et 60 ans, 208 déclarent comme profession « politicien », 115 « commerçants ou hommes d’affaire », 19 avocats, 12 fonctionnaires, 12 agriculteurs, 12 fermiers et 9 salariés.

 

Banharn Silpa-acha forme une coalition de sept partis détenant 233 sièges. Le 13 juillet, le roi le désigne comme premier ministre, il ne le restera guère plus de 16 mois.

239 -  LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995)

NOTES

 

(1) Voir notre article 237  « DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ÉLECTIONS GÉNÉRALES ET UN MASSACRE ».

 

(2) Voir le site officiel

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm

aux chapitres « Prime Minister History », « History of the Cabinet » et « Government’s Policy ».

 

(3) Voir le site www.kasikornbank.com/

 

(4) « Les Échos » du  15 septembre 1992, p. 8.

 

(5) Joseph Perrin, « Les anges du cinquième dragon », « Le Nouvel Afrique-Asie », novembre 1992, p. 37.

 

(6) « On the side of the Angels » par Jay Branegan, dans le « Time » de New-york » du 28 septembre 1992, p. 65.

 

(7) Voir « Thailand Social Monitor – Challenge for social reform », 1999 et le site du « National Economic and Social Development Board » : www.nesdb.go.th/.

 

(8)  Voir « Corruption : Is there any hope at all » par Pasuk Phongpaichit  « Paper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance », Pattaya, Novembre 1999.

 

(9) Voir Verena BRENNER, Reiner BUERGIN, Christl KESSLER, Oliver PYE, Rainer SCHWARZMEIER et Rolf-Dieter SPRUNG « Thailand's Community Forest Bill : U-Turn or Roundabout in Forest Policy ? » SEFUT Working Paper No. 3, Revised edition, Freiburg, janvier 1999.

 

(10) Le document « So. Po. Ko » est un titre de propriété spécifique au droit immobilier thaï. Il permet au propriétaire de cultiver la terre et de l’utiliser comme garantie pour obtenir un prêt bancaire, mais il ne permet pas légalement la vente. Le titre des terrains attribués aux paysans dans le cadre de la réforme agraire portent la mention qu’ils ne peuvent ni être vendus ni loués ni utilisés à titre commercial. Il faut pour cela le transformer en véritable titre de propriété, un « chanot » (โฉนด), une procédure longue et difficile mais facilitée par quelques complaisances au sein du « Land office » (สำนักงานที่ดิน)

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 22:01
238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Au fil de « notre histoire de la Thaïlande », nous avons présenté la place et le rôle des principaux acteurs du pays, à savoir : les royalistes,  les militaires, les hommes politiques et leurs partis, les fonctionnaires, les paysans, les étudiants, mais nous n’avions que peu évoqué les ouvriers et ce que pouvaient représenter les syndicats. Ce sera chose faite avec l’aide de l’article de Jean Baffie et Xavier Oudin, intitulé « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande »,  consacré surtout à la période des années 70 - 90. *  

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

L’article commence en rappelant que : « La Thaïlande a connu un développement remarquable de son économie, avec une croissance annuelle moyenne de plus de 7% par an depuis un quart de siècle, croissance qui a dépassé 10% à la fin des années 80. Le niveau de vie moyen s’est considérablement amélioré (presque multiplié par 4). Pendant cette période, les structures sociales du pays ont été profondément modifiées, notamment la composition de la force de travail. Il est indispensable de connaître les caractéristiques de la population active pour comprendre le contexte dans lequel se situe le mouvement ouvrier.»

 

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Le contexte.

 

On remarque une industrialisation rapide avec une transition démographique rapide. La fécondité chute (passe de 6,3 % d’enfants par femme en 1965 à 2,5% en 1989). « La croissance de la population totale passe de 3% par an en moyenne entre 1960 et 1970 à 1,9% entre 1980 et 1990 … avec une croissance forte de 4% par an de la population active.

 

1ère conséquence : la population active a doublé passant de 16 millions à 32 millions entre 1970 et 1990. L’agriculture a absorbé la moitié des nouveaux arrivants ; Passant toutefois de 80 % de la population active en 1965 pour arriver à une proportion de 62 % en 90.

 

Tableau de la main d’œuvre non agricole permettant de constater les changements importants du pays  entre 1970 et 1990. (Sources Ourdin, 1994) :

 

1/ Agriculture :         12,581 millions   en 1970 ;    19,842 millions  en 1990.

2/ Industrie et BTP :  1,086                 en 1970 ;      4,289               en 1990.

3/ Services :              1,421                 en 1970 ;      3,796               en 1990.

4/ Commerce :          1,152                 en 1970 ;      3,039               en 1990.

 

On peut ainsi observer que le secteur secondaire (Industrie et BTP) a quadruplé en 20 ans, que les services ont plus que triplé, et que le commerce a presque triplé.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Si l’exploitation agricole repose essentiellement sur l’exploitation familiale ; ailleurs on comptait en 1970, 1 million de salariés dans le secteur non agricole (y compris la fonction publique) soit 6 % de la population active, pour passer en 90 à 6 millions (dont 2 millions de fonctionnaires) soit 18 % de la population active (80 % env. dans les pays développés à la même période), en sachant que les formes du salariat sont évidemment ici très différentes de l’Occident.  (Beaucoup sont sans contrat, sont payés à la pièce, avec les réglementations peu respectées (salaire minimum, durée du travail, congés payés, sécurité sociale)).

 

Beaucoup d’emplois précaires et de saisonniers (surtout les agriculteurs à la saison sèche) avec  2 millions et demi sur un peu plus de 4 millions de salariés (2 millions secteur privé, 2 millions secteur public) ; la « classe ouvrière » en fait ne compterait donc que 1 million de personnes (soit 3% de la main d’œuvre totale).

 

Les non-salariés sont encore nombreux  (artisanat, petits commerces, restaurants, sous-traitance (Beaucoup dans le secteur du textile) (évalué environ à 1 million comme les ouvriers).  Les non-salariés n’ont évidemment pas de syndicats et subissent tous les abus.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

L’expansion de la  main d’œuvre ouvrière a été surtout due aux femmes rurales, principalement  dans le textile, l’agro-alimentaire, la bijouterie,  l’horlogerie et même dans l’industrie et la construction, où leur nombre a été multiplié par 10 entre 1970 et 1990 (les hommes par 5), pour représenter 40 % de ce secteur. Si cette féminisation de la main d’œuvre a forcément eu des conséquences sur le mouvement syndical, le faible niveau d’éducation des hommes (2/3 n’ont pas terminé le cycle primaire) a également  joué. Le contexte de plein emploi a favorisé la mobilité et donc  freiné les investissements dans la formation et maintenu les bas salaires. (Le salaire moyen était en 1991, de 4.200 baths pour les hommes et  de 3.100 baths pour les femmes.)

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Le mouvement syndical.

 

Le mouvement syndical a une histoire brève et ceci d’autant plus – comme nous l’avons constaté nous-même -, que les syndicats ont été interdits et le droit de grève supprimé lors des nombreux coups d‘Etat, et aussi parce qu’ils ont été mêlés aux luttes politiques à d’autres périodes plus «libres» comme celles de  1946-1957, 1972-1976, et 1979-1985.

 

Baffie et Oudin nous rappelle que les différents gouvernements  dès le XIXème siècle ont toujours privilégié l’immigration chinoise pour les travaux non-agricoles (que nous avons d’ailleurs traité maintes fois). Au milieu des années 1930, les Chinois constituaient 70% des travailleurs et ils étaient encore de 60 à 70 %, 30 ans plus tard. Ils étaient le plus souvent encadrés par les sociétés secrètes  chinoises qui pensaient plus à leur intérêt qu’aux intérêts des coolies chinois.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Il faudra attendre le maréchal Phibun pour que soit décidé le 1er novembre 1956  ce qui ressemble au premier code du travail (Le second le sera en 1975), même si auparavant quelques dispositions du Code civil et commercial (dès 1925)  et du décret sur les usines de 1939 réglementaient les conditions de travail. Il sera mis en vigueur le 1er janvier 1957.

 

Il limitait le nombre d’heures de travail, prévoyait un jour de repos hebdomadaire, des jours de congé pour maladie, réglementait le travail des femmes et des enfants, précisait les droits en matière de salaire, et donnait le droit aux employés de se syndiquer, de faire des meetings et de faire grève. (Droit non reconnu aux fonctionnaires). Mais des lois en 1958 et en 1965 interdiront de fait les syndicats. (Baffie et Oudin auraient pu être plus précis)

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Après son coup d’Etat de 1971, le maréchal Thanom signe le 16 mars 1972 une proclamation (n°103) sur les questions de salaire, de sécurité et de compensation des travailleurs ; il supprime les lois de 1958 et 1965 qui interdisaient  les syndicats et les grèves, mais la loi martiale établie repousse son application effective. Un mois plus tard, pour la première fois, un salaire minimum de 12 baths était établi. On ne peut pas dire qu’il fut appliqué immédiatement. En avril 72, toujours sous la dictature, des notifications du ministère de l’intérieur  établissaient la base d’un système de protection sociale. (Il faudra attendre 18 ans sous Chatichai pour qu’une vraie sécurité sociale soit instituée). 

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Pendant la période « démocratique » le journal officiel publie le 26 février 1975, un décret qui semble plus favorable aux travailleurs, (même aux travailleurs des entreprises nationales) autorisant les syndicats, la formation de fédérations de syndicats, donnant de nouveau le droit de grève, mais nous disent  Baffie et Oudin, associé à tant de restrictions juridiques que  de nombreuses grèves pourront être déclarées illégales. Mais après le coup d’Etat du 23 février 1991, le gouvernement Anan interdisait de nouveau syndicat et droit de grève aux employés des entreprises nationales le 18 avril 1991. De plus, de nombreux employeurs ne respectaient pas les lois et abusaient de contrats temporaires de 6 mois, interdisant par là même aux salariés, de former un syndicat.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Le département du travail.

 

Il fut créé en 1965 alors que le pays était dirigé par les militaires et les syndicats interdits. On ne peut pas dire qu’il fut efficace car dans les années 80, il n’y avait encore que 54 inspecteurs, chacun devant contrôle 1000 entreprises environ, et 11 pour les exportateurs de main d’œuvre vers le Moyen-Orient (300.000 personnes env. en 90). Sous Chamnan, nommé directeur du département en octobre 1983, le département du travail se développa, avec 12 divisions et 1700 fonctionnaires, pour passer deux ans plus tard sous Chanasak à une division en plus et 2548 fonctionnaires.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.
En 1988, après le départ de Prem, les hauts fonctionnaires allaient faire place aux hommes politiques (souvent des hommes d’affaires chinois). L’homme fort fut Wattana Asavahem, l’un des 4 vice-ministres de l’Intérieur du gouvernement Chatichai, qui fut chargé de superviser le département du Travail ainsi que les travailleurs des prisons et des bidonvilles. On le désignait comme « le parrain des ouvriers » bien que lui préférait se voir comme « le héros des  travailleurs ». On peut se demander pourquoi Wattana tint tant à prendre ce département, si on ne sait pas quel homme puissant il fut, comme politique, homme d’affaires, hommes d’influence (pour ne pas dire « parrain »). ( Il possédait – entre autre -  la flotte de pêche la plus moderne du pays, qu’il fit fortune en vendant (en « trafiquant » ? ) de l’essence à l’armée, avant d’investir dans l’immobilier et le foncier et qu’il fut reconnu comme un des parrains du jeu clandestin. Député depuis 1975, il est de toutes les assemblées, n’hésitant pas à changer de parti si nécessaire. Après le coup d’Etat du 23 octobre 1991, il ne dut justifier que  de 4 millions de gain dû à la corruption ! Député de l’opposition en 1992, il se voit refuser un visa pour les Etats-Unis car « soupçonné » du trafic de l’héroïne !)

 

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.
Après bien des vicissitudes le département se transforma en un ministère le 23 septembre 1993, sous le gouvernement Chavalit, avec cinq départements contrôlés par deux vice-ministres. Le 4 janvier 1994, l’un des vice-ministres, député de Phichit, financier du Parti de la Nouvelle espérance (dont le fondateur est Chavalit),  Phaithoon était promu ministre du Travail et de la protection sociale. Le 15 mai 1994, un article du Bangkok Post évoquait déjà une corruption généralisée au sein de ce Ministère.

 

Tout cela pour dire que les travailleurs étaient bien protégés par leur ministère !!! Le titre choisi par Baffie et Oudin pour aborder enfin les  syndicats est assez explicite :

 

Les syndicats ouvriers : entre l’impuissance, la corruption et la politisation.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Quelques chiffres.

 

En 1960, sous le gouvernement du maréchal Sarit, moins de 18% de la population active exerçait une activité non-agricole. En 1986, 6,6% de la main d’œuvre non-agricole – soit 300.000 personnes - étaient membres de syndicats. Le secteur des entreprises nationales en comptait plus de la moitié représentée dans  94 syndicats.

 

Les conflits du travail enregistrés sont peu nombreux avec 144 cas en 1991 et 45 000 travailleurs impliqués.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Mais Baffie et Oudin ensuite, au lieu de présenter les principaux syndicats, indique leur faiblesse et le fait que leurs actions se réduisent à la revendication de l’augmentation du salaire minimum, aux subventions accordées par le gouvernement et à la célébration des fêtes du 1er mai. Ils signalent aussi qu’ils se critiquent mutuellement sur les aides que reçoivent certains de l’étranger et donnent quelques exemples. Il y a  aussi des « amitiés particulières » comme celle du National Free Labour Union Congress (NFLUC), une des trois premières centrales ouvrières créées en Thaïlande,  qui aurait été « suscitée » par le bureau de la Sécurité Intérieure.

 

Baffie et Oudin citent une brochure de juillet 1964 publiée par les « Ouvriers thaïlandais » - à une époque où les syndicats étaient interdits ! - qui saluait le maréchal Phibun qui avait donné aux ouvriers thaïlandais ses premières lois sur le travail et institué la fête du 1er mai. Ils évoquent une enquête de 1986 faite par l’Université de Thammasat auprès de 550 syndiqués de 24 entreprises, qui nous apprend que 53,3% d’entre eux répondirent « qu’un gouvernement dictatorial tel qu’un régime militaire serait capable de résoudre les problèmes sociaux plus  sûrement et plus rapidement qu’une démocratie ». Ils rappellent également que les syndicats se sont rapprochés en 1977 du général Kriangsak, et que le 20 octobre 1977, ils organisèrent une vaste manifestation de soutien et d’union après que celui-ci prit le pouvoir. Kriangsak fit d’ailleurs nommer sénateurs trois des leaders syndicaux les plus populaires.

 

Notre article 231 « LES  843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK  CHAMANAN . (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980) avait déjà évoqué ces liens.

 

 

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

« Les liens avec le monde ouvrier »

 

Les intentions de Kriangsak étaient de transformer ce qui n’était qu’un département du Travail en un bureau autonome dont le responsable aurait rang de ministre et ce dans le cadre d’un projet de plan quinquennal (1982-1986) qu’il ne put évidemment pas mener à terme. Si ce projet ressurgit en 1986, il semblerait que cette décision (qui ne vit le jour qu’en 1993) n'était que politique : un portefeuille de ministre et deux de vice-ministres à partager entre les membres des coalitions. Sous le  gouvernement précédent Thanin (octobre 1976 - octobre 1977), les syndicats auxquels on proposait  de participer à des cérémonies religieuses plutôt qu'à des meetings s'étaient rapprochés de chefs militaires, Kriangsak en particulier.

 

Le 20 octobre 1977, dès que celui-ci eut renversé Thanin, les syndicats organisèrent un vaste rassemblement d'union au cours duquel Kriangsak vint serrer la main des leaders syndicaux. Ne disposant pas dans l'armée d'une base suffisamment solide, souhaitait- il  seulement se constituer une clientèle ou laissait-il parler son cœur ? Lorsqu'il devint Premier ministre le 11 novembre 1977, il prit également le poste de ministre de l'Intérieur qui avait sous son contrôle direct le département du Travail et choisit de nommer vice-ministre de l'Intérieur chargé du Travail Damri Noimanee, qui avait été directeur général du département du travail en 1972 lorsque le droit de grève fut à nouveau en vigueur. Il fit nommer sénateurs trois des leaders syndicaux les plus populaires dont Ahmad Khamthesthong et Sawat Lookdote. Dans un entretien avec l'hebdomadaire Suwannaphum du 18 février 1980, quelques jours avant le « départ volontaire » de Kriangsak le 29 février, deux responsables du syndicat du rail, Ahmad Khamthetthong et Sawat Lookdote, ne faisaient pas mystère de leurs liens avec le groupe des « soldats démocratiques ». Lors du coup d’état manqué du mois d'avril 1981 les leaders syndicaux furent convoqués au quartier général des troupes rebelles et plusieurs des plus connus, comme Paisal Thawatchainan et surtout Sawat Lookdote, se montrèrent à la télévision très favorables au coup d’état et très critiques envers le gouvernement du général Prem Tinsulanonda. Ils auraient selon une rumeur persistante, dressé une liste noire des patrons « à éliminer » après leur coup d'État, mais après leur échec, ils réussirent cependant à persuader l'opinion qu'ils avaient agi « sous la pression » et qu'ils étaient opposés l'utilisation de méthodes « non démocratiques » pour conquérir le pouvoir. En janvier février 1983, un autre dirigeant syndical leur reprochait de négliger les conflits des travailleurs pour ne s'intéresser qu'à la politique : ils soutenaient en effet la campagne des militaires pour amender la constitution. Paisal, proche du général Kriangsak, déclarait à l'hebdomadaire tawan mai du 10 août 1981 : « en vérité, les soldats comprennent les ouvriers et ce serait l'idéal si l'institution militaire et les ouvriers se donnaient la main... » (Source principale , également B et O).

 

En 1983 et 1984 de nombreux syndicats (Baffie  et Oudin citent dix syndicats d’industries du transport, les centrales ouvrières LCT  et NFLUC, et le Conseil National du Travail (NLC)) sont proches également du général Athit (Commandant en chef de l’armée)  et le soutiennent dans son opposition politique au 1er ministre Prem. Au début d’août 1985, le leader syndicaliste (et sénateur) Ahmad et trois de ses collègues furent renvoyés du chemin de fer pour avoir lancé une série de grèves politiques.

 

« Le 9 septembre 1985, lorsque les militaires déjà auteurs de la tentative d'avril 1981 alliés à quelques généraux en retraite dont probablement le général Kriangsak, tentèrent un coup d'État, neuf leaders syndicaux, dont surtout Ahmad et Sawat, se rangèrent du côté des révoltés et essayèrent de mobiliser les travailleurs. Dès 15 h 30 le coup avait échoué. Les jours suivants, Ahmad Khamthesthong et Sawat Lookdote, tous deux sénateurs, furent questionnés et arrêtés pour avoir soutenu le coup. Alors que les généraux, instigateurs du coup, furent rapidement libérés sous caution, les syndicalistes arrêtés, dont Ahmad et Sawat, passèrent près de deux ans en prison. »

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

D’ailleurs dès 1957, existaient des partis ouvriers, même s’ils eurent peu de succès.

 

« Un Parti des ouvriers (Phak kammakon)  a présenté 10 candidats aux législatives du 26 février 1957, puis un Parti du Travail (phak roeng-ngan) a présenté 4 candidats à celles du 10 février 1969 ; ils n’eurent aucun élu. » Baffie et Oudin évoquent ensuite   les 3 partis ouvriers qui ont pris part aux élections du 26 janvier 1975, où seul le Parti du Travail eut un élu à Lampang, Sa-at Piyawam, un fils de paysan devenu homme d’affaires. Réélu l’année suivante, il rejoignit d’ailleurs en 1979 le Parti de droite chat thai proche de l’armée et des milieux capitalistes. Le 22 juillet 1981, on vit un Parti ouvrier et le Parti du Travail s’unir pour former le Parti Travail et Démocratie, où Samak Lookdote et Ahmad Khamtheetthong furent les plus actifs. Enfin, un parti ouvrier à la « thaïlandaise » car le quotidien Matichon prétendait que les maîtres d’oeuvre étaient le lieutenant général Rawee Wanpen (officier du Bureau de la Sécurité intérieure (ISOC) et l’un des leaders des « Soldats démocratiques») et Prasert Sathunton (ex-communiste devenu proche des « progressistes » de l’armée) avec –disait-on-  le soutien du lieutenant général Harn Leenanonda, commandant de la Région Sud. Aux élections de 1983 le parti présenta 6 candidats et n’eut aucun élu ;  Aux élections du 27 juillet 1986, il présenta  240 candidats mais n’eut qu’un élu. Il n’y eut aucun candidat aux élections du 24 juillet 1988 et à celles  du 22 mars 1992 après le coup d’Etat du 23 février 1991, on se trouve en face d’une lutte entre les factions militaires, les « putchistes » et leurs alliés  contre des partis plus « démocrates » dirigés aussi  par des militaires (khwam wang mai et phlaang tham) ; Quant-à la représentation « ouvrière »Baffie et Oudin  citent Wathana du parti Chat thai  (Voir plus haut son palmarès de vice-ministre et « parrain » ) qui remporta 5 des 6 sièges (dont son frère, son secrétaire pour les affaires syndicales) disponibles de sa province de Samut Prakan. Comme « ouvrier » on peut mieux faire.

 

Baffie et Oudin  reconnaissent qu’aux élections du 13 septembre 1992, aucun parti ne faisait directement référence aux travailleurs ainsi qu’aux précédentes élections d’ailleurs, rajoutent-ils, même si dans certains partis, comme le chat phatthana de Chatichai, le phalang tham  du général Chamlong, le prachathipat  de Leekpai, le kwam wang mai  de Chavalit, on trouve des députés et conseillers qui défendent la cause des travailleurs.

 

Quant-au Parti communiste (PCT) et les syndicats ?

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Le parti communiste ne fut légal en Thaïlande qu’entre 1946 et 1947. Cela avait été le prix à payer pour que la Chine et l’URSS lèvent leurs vétos pour l’admission de la Thaïlande à l’ONU. Il passa dans la clandestinité après le coup d’Etat du maréchal Phibun. Il comptait alors dans ses rangs d’anciens leaders syndicalistes, comme Mongkol Na Nakhon et Phrasit Taphientong. (Nous n’allons pas revenir sur leur « carrière » au sein du PCT). Toutefois, dans les périodes où les syndicats étaient autorisés, le PCT  a toujours eu des actions d’infiltration et de contrôle, qu’il est évidemment  difficile de mesurer, mais on les disait présent dans les syndicats des entreprises nationales, comme celle du rail par exemple. Baffie et Oudin  signalent qu’à l’époque où Paisal dirigeait le LCT, ils constituaient une tendance presque officielle, et qu’en 1978-1980, il y eut des liaisons entre le LCT et des syndicalistes vietnamiens de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) basée à Prague d’inspiration communiste ; mais les informations données sont très parcellaires et ne permettent pas vraiment de se faire une idée claire des relations qui ont existé entre le PCT et les syndicats.

 

Il faudra attendre le chapitre intitulé « Divisions, luttes intestines et assassinats » (p.176), pour avoir des informations plus précises sur ce que pouvaient représenter les syndicats et leur prolifération.

 

Le code du travail de 1975 qui permettait de créer un syndicat avec seulement 10 membres fut responsable de la prolifération des syndicats. Ainsi, on en comptait « 184 dès 1976, 430 en 1984, 593 en 1989, 814 au 1er août 1993. Mais les syndicats étaient vraiment très faibles puisque en 1993, ces 814 syndicats ne rassemblaient que 213.243 travailleurs soit une moyenne de 262 membres par syndicat. ». Les chemins de fer avaient  5 syndicats, les compagnies de bus de Bangkok,  20.

 

S’il y eut  longtemps 3 centrales syndicales, en 1993, il en existe 7 qui réunissent 510 syndicats comprenant au total 134.287 personnes ; et donc 304 syndicats qui ne sont reliés à aucune centrale.

 

On imagine aisément les discordes, les rivalités, les tentatives d’union (comme par exemple entre le TTUC, LCT, NCTL, et NFLC), qui seraient trop longs à raconter dans ce simple article, surtout comme le dit Panit Charoenphao, le 15 août 1994, le leader du TTUC,  que de nombreux hommes politiques et organismes officiels créent de nouveaux syndicats pour diviser le monde ouvrier, mais rajoutait-il « je ne veux en dire trop car je risque de me faire descendre. »

 

Transition qui permet à Baffie et Oudin de préciser que les assassinats et tentatives d’assassinats de leaders syndicaux ne sont pas rares en Thaïlande, comme d’ailleurs - auraient-ils pu rajouter - les assassinats lors des élections législatives.

238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.

Et de citer à l’été 1977, l’assassinat par 3 tueurs du leader d’un syndicat du textile, Tawat Piromphon ; d’une tentative en septembre sur Vichien Svirichien, leader du syndicat du transport maritime ; en août 1979, l’assassinat du leader du syndicat du textile de Phitsalunok ; le 14 octobre 1981, un leader des employés des abattoirs de la société Saha Farm. Quand ce n’est pas les syndicalistes qui se tuent entre eux, comme par exemple le 21 mars 1983, Kampoon Wongkhan, un des leaders du syndicat de l’Acier et des Métaux, assassiné après une réunion à Samut Phrakan; Bundit Lekpraset, un autre leader du même syndicat avait commandité le crime. « Un an plus tard, le 17 avril 1984, ce fut autour d’un ancien président du syndicat du Transport Maritime, ancien conseiller du LCT, Thongchai Limpongpam de tomber sous les balles d’un tueur à gage. On trouve aussi des assassinats camouflés en accident ou des gens qui disparaissent comme Thanon Po-arn, le président du LCT, le 19 juin 1991, après un coup d’Etat militaire. Ou bien encore on sait se vendre et devenir député ou sénateur. **

 

Bref, les syndicats, n’échappent pas au système généralisé de la corruption** que l’on a pu constater maintes et maintes fois dans notre « Histoire » chez les militaires, les politiciens, les hommes d’affaires, et récemment même chez les religieux*** …

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*Article de Jean Baffie et Xavier Oudin, « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pp. 149- 184, in « Le Mouvement social : Bulletin trimestriel de l’Institut français d’histoire sociale, octobre-décembre 1995, Numéro 173. »

** Cf. Notre article « A 80. La corruption made in Thaïlande. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a80-la-corruption-made-in-thailande-111305863.html

*** Cf. Notre article récent A 216, sur le temple Dhammakaya.

         

 
238. OUVRIERS ET SYNDICATS DANS LES ANNÉES 1970 - 1990 EN THAÏLANDE.
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 22:29
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il nous arrive parfois de trouver des documents qui nous permettent d’éclairer une période déjà étudiée. C’est le cas aujourd’hui.

 

On lit (trop) souvent que la Thaïlande a « envahi les États Shans de Birmanie aux côtés des Japonais » en 1942. C’est une erreur de terminologie qu’il convient de rectifier. Elle n’a pas « envahi » les États Shans, elle est entrée en Birmanie dans DEUX états shans qui présentent des caractéristiques spécifiques, dans des circonstances qui méritent d’être précisées, et pas « aux côtés » des Japonais. Pour les Thaïs, il s’agit de « la campagne du nord » une opération de la « Phayap Army » (ทัพพายัพ c’est-à-dire l’armée du nord-ouest) ainsi qu’elle est qualifiée par un site officieux de l’armée thaïe (1) « Thailand and second world war ».

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il est plus précis de parler de l’occupation par l’armée thaï de Kengtung, c’est le nom birman de cet état, pour les Thaïs, c’est Mueang Chiang Tung – เมืองเชียงตุง (2).

 

Quelques brefs rappels

 

Phibun prend le pouvoir en 1938 et le conservera jusqu’au 1er août 1944. Nous savons que son désir très irrédentiste était de rétablir le « Grand Siam » dans ses frontières d’antan, c’est-à-dire tout simplement le Siam d’avant  l’emprise coloniale sinon celui de Naresuan.. 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Pour se préserver d’une colonisation forcenée, nous savons aussi que Rama V essentiellement, avait dû consentir au profit des puissances coloniales qui le cernaient géographiquement (France et Angleterre) à des abandons substantiels de territoires et des abandons non moins substantiels de ses pouvoirs régaliens, judiciaire et fiscal, tout simplement se couper une main pour n’avoir pas à se couper les deux bras. L’écrasement militaire de la France et la signature de l’armistice le 22 juin 1940 fut évidemment pour Phibun une « divine surprise ».

 

Alors qu’il avait signé avec la France un pacte de non-agression le 12 mai 1940, il engage les hostilités par voie de terre essentiellement sur la rive gauche du Mékong et par air, bombardements massifs sur les provinces du Cambodge situées sur la rive gauche du Mékong. Selon la rive du Mékong où l’on se situe, ce peut être avoir le sens de l’opportunité ou de la félonie (3). Le gouvernement de Vichy réagit brutalement et ordonne à l’amiral Decoux gouverneur de l’Indochine, de résister.  Si les opérations sur terre et sur air conduites par Phin Chunawan tournent à l’avantage des Thaïs, la marine française lors de la fameuse bataille de Koh Chang anéantit la flotte siamoise. Les Japonais calment alors le jeu et imposent un armistice qui conduit au traité de Tokyo en mai 1941 aux termes duquel la Thaïlande obtient les territoires qu’elle avait dû cédés à la France « coloniale » en 1867 et en 1893 : les provinces cambodgiennes de Battambang, de Siem Réap, de Kompong-Thom  et de Stung Treng  et celles laotiennes de Sayaburi et Champassak, toutes situées sur la rive droite du Mékong. Pour Phibun, c’est un triomphe. Il parade à Bangkok derrière un drapeau pris « à l’ennemi » sur lequel nous reconnaissons la grenade de la légion étrangère...

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
 

... et y fait défiler des colonnes de prisonniers. 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il réalise la cohésion nationale et assure son régime (4). Ce fut, toutes proportions gardées, le retour de l’Alsace et des départements germanophones de Lorraine à la France. L’accord franco-anglais de janvier 1896 sur l’ « indépendance du Siam », en réalité sur le partage des zones d’influence, devient évidement un mauvais souvenir (5).

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Phibun doit également résoudre deux autres questions frontalières, celle de l’appréhension par l’Angleterre des quatre sultanats du nord de la Malaisie, Kelantan, Terengganu, Kedah et Perlis et toutes les îles associées, sur lesquels elle avait reconnu la suzeraineté du Siam par les traités antérieurs mais qu’elle s’était fait attribuer par le traité du 9 juillet 1909, on se demande de quelle côté se situait la félonie ?

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

La question frontalière entre le Siam et la Birmanie est moins limpide (6) mais non insoluble.

 

Une convention du 8 février 1868 à laquelle n’est assortie aucune carte concerne le Tenasserim n’est déjà pas d’une clarté absolue. L’Angleterre s’empare de la Birmanie en 1885 et cherche dès lors à rejoindre le Mékong au travers des États Shans dont les liens avec la Birmanie sont douteux et plus encore. Traversés par un géographe et explorateur anglais en 1890, Hallet qui s’est longuement entretenu au cours d’un invraisemblable périple avec les chefs locaux, les états Shans étaient devenus tributaires du Siam en 1778, donc sous le règne de Taksin le grand (7) mais les Siamois ne revendiquaient leur suzeraineté que sur les états shan situés à l'est de la rivière Salouen, laquelle sépare effectivement les états Shans du nord au sud en deux régions géographiquement bien distinctes, nous y reviendrons; Cette affirmation est reprise par le Prince Henri d’Orléans qui a fait un long périple dans ces régions (8). Une docte étude publiée en 1894 dans la « Revue générale de droit international public : droit des gens, histoire diplomatique, droit pénal, droit fiscal, droit administratif » (9) fait état d’une convention non publiée passée entre le Siam et l’Angleterre l’année précédente aux termes de laquelle la rive gauche de la Salouen restait acquis au Siam à la condition expresse que celui-ci ne la cède à aucune autre puissance, c’est-à-dire la France ce que l’on conçoit aisément compte tenu des rapports pathologiques qui existaient alors entre la France et le Siam.

 

L’ouvrage enfin de SIR CHARLES CROSTHWAITE, commissaire en chef de la Birmanie est particulièrement intéressant (10). Il rappelle que, dès l’occupation de la Birmanie par l’Angleterre, en 1885, le royaume a confirmé ses prétentions sur les territoires situés à l’est de la Salouen et que le royaume de Kongtung avait historiquement été en conflit permanent avec le royaume birman. Il est évident pour lui que le droit d’occupation l’emporte sur ceux du Siam. Mais, constatation intéressante, il nous confirme que les Shans ne sont pas des Birmans. La description de la suite des opérations politiques et militaires nécessite de brèves explications pour tenter de comprendre dans quel cadre elles vont se dérouler.

 

Les populations

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Notre propos n’est évidemment pas de vous donner des leçons d’ethnographie mais d’énoncer quelques vérités nécessaires. Si les états Shans sont une mosaïque ethnique, la majorité des habitants sont des « Shan » (le mot serai dérivé de Siams ?), des Thaïs yaïs (ไทย ใหญ่), une ethnie très proche cousine de nos Thaïs et que l’on retrouve en immense majorité dans les deux provinces situées à l’est de la Salouen mais aussi dans les provinces thaïes du nord-ouest et celles limitrophes du Laos. Ils sont essentiellement bouddhistes theravada et leur langue est très proche du thaï, beaucoup plus que du birman en tous cas. Ils avaient ou auraient eu une écriture spécifique actuellement perdue.

 

Les Shans ont une longue histoire. On les appelait indifféremment Shan ou Thai mais ils auraient préféré le terme de « Thaï » qui signifie « libre », pour sa part, le mot Shan signifierait « Siam ». Ils étaient constitués en royaumes plus ou moins vastes et plus ou moins puissants dirigés par des « Shao Pha », l’équivalent des « Chao Fa » (เจ้าฟ้า) thaïs, liés entre eux par des liens d’allégeance, les plus petits payant tribut aux plus grands et le plus grand, celui de Taunggyi, au roi de Birmanie. Il est probable que les états situés à l’est sur la rive gauche de la Salouen, plus ou moins inaccessibles depuis le centre des états, payaient par contre tribut aux seigneurs de Chiangmaï ou du Lanna, ce qui explique les revendications de Rama IV et de Rama V. Mais ils ont toujours conservé leur indépendance et n’ont jamais été « birmanisés ». Ils conservèrent cette relative indépendance sous la colonisation et n’ont jamais non plus été « britannisés »

 

La géographie

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Notre propos n’est évidemment pas non plus de vous donner des leçons de géographie, nous n’en avons pas la capacité, mais simplement quelques éléments pour mieux comprendre la suite des opérations. Les états Shans (รัฐ ฉาน) dont la capitale est Taunggyi sont bordés par la Chine au nord, le Laos au nord-est  et la Thaïlande vers l’est sur une superficie de 155.800 km², en grande partie rurale, avec seulement trois villes de taille significative : Lashio, seule ville relié depuis 1903 par chemin de fer à Mandalay qui est à 178 km, la capitale, Taunggyi à 150 km de la capitale qui n’a été reliée par chemin de fer qu’en 1995 et Kengtung qui n’est à ce jour encore pratiquement accessible que par un aéroport construit récemment. Lors du dernier recensement avant-guerre, les états Shans étaient peuplés d’environ 4 millions d’habitants.

 

Les deux états Shans qui nous intéressent sont Kengtung, 31.079 km2, guère plus que la Belgique avec (toujours selon le recensement de 1935) 225.000 habitants seulement et 5.508 dans la capitale et Mongpan qui a une superficie de 7.508 km2 et abritait alors 20.712 habitants. A cette date, il fallait de trois à cinq jours pour rejoindre Taunggyi depuis Kengtung, un peu plus de 480 kilomètres (11).

 

Les deux provinces revendiquées par le Siam sont donc isolées du reste des pays Shans par la Salouen. C’est un fleuve qui prend sa source au Tibet et se jette dans la mer d’Andaman partageant les états Shans du nord au sud et à l’est au travers d’étroites vallées. Il sert partiellement de frontière (sur 81 miles c’est-à-dire 130 kilomètres dans la convention frontalière du 3 juillet 1868) entre la Thaïlande et la Birmanie mais beaucoup plus au sud. Particulièrement torrentiel dans sa partie supérieure et médiane, il traverse les montagnes et reçoit essentiellement sur sa rive orientale des affluents tout aussi torrentiels dans des gorges aussi sauvages que profondes, traversés par des ponts de fortune détruits à chaque crue.

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La première description sérieuse que nous en avons ne date que de 1936, elle est impressionnante (12). A cette date en tous cas, les Anglais n’ont pas fait plus d’efforts d’infrastructure que 40 ans auparavant (13)En 1988 encore, nous lisons sous la plume d’un missionnaire (13) « Les routes sont si mauvaises que voyage est pas facile. Pendant saison des pluies, il est presque impossible de voyager … Les routes et les voyages dans les villages Shan sont difficiles et dangereux. Les jungles des états Shan sont infectés par le paludisme ». Dans la carte qu’il dessine, nous trouvons beaucoup plus de sentiers que de routes. Aujourd’hui encore, les sites touristiques nous apprennent que pour visiter la province de Kengtung, les autorités « conseillent vivement » sinon « imposent » d’utiliser les services de guides professionnels.

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L’invasion japonaise

 

Elle précède l’entrée des Thaïs et ne portent pas sur la rive gauche de la Salouen., nous n’en dirons que quelques mots : Le 7 décembre 1941, le Japon  attaque Pearl Harbor. Peu après, il s’empare de Hong Kong, de la Malaisie et de Singapour qui tombe comme un fruit mur, et déclenche une offensive sur la Birmanie où se situe la principale voie de ravitaillement de l’armée nationaliste chinoise de Tchang Kaï Chek, en guerre avec les Japonais depuis 1937. L’offensive est lancée en janvier 1942. Le port de Rangoon tombe le 7 mars. L’armée japonaise traverse la Thaïlande à la hauteur de la province de Kanchanaburi probablement par le « col des trois pagodes », pour s’emparer du port de Moulmein à l’embouchure de la Salouen. Les Alliés ne peuvent empêcher les Japonais de conquérir l’ensemble du pays et d’atteindre leur principal objectif stratégique : couper la route vers la Chine et priver Tchang Kaï Chek de tout approvisionnement. Les indépendantistes Birmans du chef communiste Aung San se sont alliés aux Japonais qui leur ont promis l’indépendance (13). 

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Les Japonais installent alors une administration provisoire civile, dirigée par Ba Maw, proche du parti communiste sans en être et transforment l’armée d’indépendance birmane de Aung San en une forme plus régulière, Armée nationale birmaneAung San en demeurant le commandant. En réalité, cette administration ainsi que l’armée sont contrôlées par les autorités japonaises. Le 1er août 1943, afin de conserver l’appui des nationalistes birmans, les Japonais accordent l’indépendance au pays qui devient l’État de Birmanie avec à sa tête Ba Maw (14). 

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Le leader communiste indépendantiste Aung San prend la tête du ministère de la guerre et des forces armées (15). Les Japonais occupent évidemment les états Shan mais restent cantonnés sur la rive droite de la Salouen.

 

Les Thaïs entrent en guerre

 

Le 14 décembre 1941, Phibun a signé un accord secret avec les Japonais  s’engageant à participer à l'invasion de la Birmanie, une semaine plus tard. Le 21 Décembre 1941, Phibun signe un traité formel d'alliance avec le Japon, face au Bouddha d'émeraude, au Wat Phra Kaeo, le lieu le plus sacré du pays. 

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La contrepartie japonais était la garantie du retour à la Thaïlande des provinces malaises cédés aux Britanniques en 1909, ainsi que – sans il est vrai de justifications historiques aussi solides - les « territoires perdus » de l'état Shan de l’est de la Salouen. A cette date, tout le monde peut penser à l’écrasement rapide des alliés et, jour déclaré faste, le 25 janvier 1942, la Thaïlande déclare la guerre à la Grande-Bretagne et les États-Unis. Phibun, dès le 30 avril, avise l’attaché militaire japonais à Bangkok que ses armées, massés dans le nord-ouest, piaffent d’impatience, qu’il entend les engager à l’est de la Salouen que les Anglais qui ont fort à faire à l’ouest ont déserté et confié la défense à l’armée chinoise (55ème, 93ème et 249ème divisions) qu’il se fait fort de pouvoir défaire sans l’aide de son puissant allié. Après hésitations, les Japonais ayant souhaité d’abord accorder l’indépendance aux états Shans et en faire une espèce de Luxembourg asiatique, la Thaïlande va entrer en Birmanie sur la rive gauche de la Salouen où ne sont jamais entré les Japonais.

 

La campagne ne sera pas facile.

 

Les mois de mai à septembre sont les plus pluvieux. 

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Nous avons déjà parlé de l’état du réseau « routier » et de la malaria qui sévit à l’état endémique. La cartographie est sommaire et plus encore : Les deux auteurs anglais que nous avons consulté (notes 7 et 10) ont chacun établi une carte plus ou moins schématique mais elles ne coïncident pas entre elles, l’une situant Monghang sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche. Les alliés qui ont de plus sérieux soucis à l’ouest ont laissé le soin à l’armée chinoise de défendre cette région frontalière. C’est à la fois négatif pour l’armée thaïe car elle va se montrer particulièrement combattive. Mais, aspect positif, elle se conduit de la même façon – si faire se peut – que les armées japonaises ce qui ne lui attire pas la sympathie de la population, dès qu’elle est contrainte de reculer devant l‘armée thaïe, elle pratique systématiquement la politique de la terre brulée. Les Thaïs bénéficient d’une importante force aérienne, les  « Curtis Hawks III » ...

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et les « Vought Corsairs » (dont l’a - soit dit en passant - équipé l’armée américaine) ..
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... qui feront merveille pour effectuer par-dessus les montagnes les reconnaissances aériennes et bombarder massivement les positions chinoises. Si les routes sont difficilement praticables pour les véhicules lourds et les blindés, elles ne le sont pas pour les bataillons de la cavalerie ...
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et un peloton de cyclistes. 
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Les sapeurs des régiments du Génie auront fort à faire pour réparer les routes et les ponts qui s’effondrent à chaque orage et construire une ligne téléphonique en direction de la Thaïlande que la cavalerie a charge de sécuriser.

 

Le 10 mai, la 2ème  division du général Luang Phairirayordet (infanterie, cavalerie, artillerie et blindés) entre en pays Shan depuis Chiangmaï.

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Elle se heurte à une forte résistance jugulée par les bombardements de ses escadrilles. Elle est suivie par la 4ème division du Colonel Luang Haansongkhram et par le 3ème  du  général  Phin Chunhawan, vétéran de la répression de la révolte Bovoradet et de la campagne d’Indochine l’année précédente. Une première victoire, lourde de symbole, est mise à l’actif de la 2ème division, c’était son objectif non pas stratégique mais symbolique, la prise de Monghang (เมืองหาง), célèbre pour avoir été l'objectif de la campagne finale du Roi Naresuan contre les Birmans en 1605 à la suite de laquelle les « mueang » soumis et alliés à Naresuan payèrent tribut à son royaume. Kengtung tombe le 26 mai sous les coups de la division de Chunawan qui s’était auparavant emparé (à 33 kilomètres au sud) trente-trois kilomètres au sud de la station de montagne (1.600 mètres d’altitude) de Loimwe, autrefois lieu de villégiature des administrateurs coloniaux devenue lieu de défense puissamment fortifié par les Chinois pour protéger les abords de la capitale Shan. 

 

 

 

 

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La capitale tombe le 5 juin. Les habitants l’avaient fui pensant que l'armée qui s’avançait était japonaise, forte des souvenirs cuisants qu’elle avait laissé sur l’autre rive de la Salouen, et s’étaient réfugiés dans les forêts. Ils reviennent en masse lorsqu’ils découvrent que ce sont leurs cousins thaïs. Les Thaïs ont trouvé une grande partie de la ville détruit et incendiée, pratique chinoise habituelle. Le Shao Pha de Kengtung vient alors saluer le commandant de la division et le drapeau thaï est hissé devant le palais à 11 heures 30, lors d'une cérémonie largement médiatisée. La suite de la campagne consistera à éliminer des poches de résistance, sécuriser la frontière et poursuivre les Chinois jusqu’à la frontière chinoise. Le 15 janvier 1943, le maréchal Phibun félicite à la radio l'armée Phayap pour ses succès et la semaine du 7 au 14 janvier devient «  La semaine de la Victoire ». (Cette campagne est longuement décrite dans ses moindres détails sur le site cité en note 1.)

 

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Le traité du 22 août 1943

 

Il transfert officiellement une partie des états Shans et de la Malaisie à la Thaïlande, sans opposition du gouvernement central de Ba Maw (2). Il est bref mais comme on sait, ce qui se conçoit bien s’énonce aisément.

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« Traité entre la Thaïlande et le Japon concernant les zones de la Thaïlande en Malaisie et les provinces Shan, fait à Bangkok le 22 août 1943 en six articles qui doivent entrer en vigueur à la date de la signature, le général Phibun Songkhram, premier ministre, agissant au nom du roi.

Le Gouvernement du Roi et le gouvernement de l'Empereur du Japon ont la volonté de mener conjointement et étroitement la guerre contre les États-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne jusqu'à la victoire complète et de créer une Grande Asie fondée sur la justice. ..

 

La "grande Asie" avant et après (propagande japonaise) :

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

 Ils ont accepté conjointement les articles suivants :

 

Article 1

Le Japon accepte que les Etats suivants - Kelantan, Terengganu. Kedah et Perlis et toutes les îles associées à ces états doivent deviennent parties du Royaume de Thaïlande.

 

Article 2

Le Japon accepte que Chiang Tung et Mueang Phang états situés dans la province shan deviennent parties du Royaume de Thaïlande.

 

Article  3

Dans les 60 jours de la date effective de ce traité, le Japon cessera toute intervention qui existerait actuellement dans tous les territoires mentionnés aux deux articles précédents.

 

Article 4

Les frontières des zones visées dans les articles 1 et 2 ci-dessus seront mises en place par des bornes marquant les limites de chaque état tels qu'ils existaient à la date de la signature de ce traité

 

Article 5

Les détails nécessaires à la mise en œuvre de ce traité seront mis au point conjointement par les autorités de ces deux pays.

 

Article 6

Ce traité prendra effet à la date sa signature. Pour la bonne forme, les personnes dument habilités par leurs pays respectifs signeront de leur nom et apposeront leur sceau.

Fait en deux exemplaires à Bangkok en thaï et en japonais ce 20 aout 2486

Signé Phibul et Tsubokam Toiji ambassadeur et plénipotentiaire.

 

La zone fut alors placée sous l’administration militaire de Chunawan, basée à Kentung où fut établie une cour de Justice ainsi que 12 autres dans les districts sur le modèle des juridictions thaïes et un service postal fut organisé. Cette administration est connue sous le nom de Saharat Thai Doem (สหรัฐ ไทย เดิม - anciens territoires thaïlandais unifiés). Elle est plus ou moins rudimentaire. Blessés ou atteints par la malaria, les soldats thaïs ne peuvent être soignés sur place et doivent être rapatriés sur Bangkok. Douze amphœ ont été créés dans la zone de Kengtung correspondant aux petites communautés rurales de la montagne peuplées essentiellement de Thaïs yaï. C’étaient des « mong » sous les birmans, ils deviennent des « mueang » et quatre autres dans la zone de Muangphan.

 

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Mais dès après la signature du traité, Phibun qui a incontestablement le sens de l’opportunité, est conscient que l’issue du conflit tourne à l’avantage des alliés qui reprennent l’avantage en Méditerranée et en Russie. Il fait alors savoir à Tchang Kaï Chek que les Thaïs et les Chinois ne sont pas des ennemis (« No Longer Enemies »). Mais son gouvernement tombe le 1er août 1944. Le nouveau gouvernement de Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) fait savoir au gouvernement britannique qu’il renonce à toute prétention sur les états Shan et le nord de la Malaisie et qu'il est disposé à restituer immédiatement ces territoires à la Grande-Bretagne. Le gouvernement Churchill lui oppose une fin de non-recevoir. L’armée thaïe ne quittera donc les états shans que le 16 août 1945 suivie d’une longue théorie de réfugiés civils. Le 1er janvier 1946 est signé le traité de Singapour aux termes duquel les territoires retournent à la Grande-Bretagne (16). Alors que les délégués Thaïs se bâtirent bec et ongles – en vain - face aux délégués français pour maintenir les prétentions de leur pays au moins sur la province de Sayaburi située sur la rive droite du Mékong, il semble qu’ils ne firent rien de tel face aux Anglais à Singapour pour évoquer des « droits historiques » sur les sultanats malais qui avaient incontestablement été tributaires du Siam et moins encore sur les deux états shans pour évoquer des « droits historiques » tout de même plus chancelants puisqu’ils remontaient à Naresuan. ( Allié des Shans ?)  Tel fut le prix à payer pour l’admission de la Thaïlande aux Nations unies.

*** 

De longues années sombres vont suivre pour les Shans. Après des promesses de constitution d’un état sinon indépendant du moins autonome dans le cadre d’un état fédéral, ils furent « birmanisés », martyrisés et colonisés comme jamais les Anglais n’avaient osé le faire. Fuyant le pays en masse, les réfugiés shans connurent le triste sort des réfugiés, Karens chrétiens et Rohingya musulmans de Thaïlande mais en étant – eux – plus ou moins des oubliés de la « bonne conscience universelle » ? Si le régime militaire birman est tombé en novembre 2015 et le pays entré dans une période de « transition démocratique », il semble que depuis lors, rien n’ait été fait en faveur de ces minorités (17).

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

NOTES

 

(1) Le site

http://web.archive.org/web/20091027105102/http://geocities.com/thailandwwii/shans.html 

« Thailand and second world war »  qui décrit non seulement le baroud d’honneur mené par l’armée thaïe lors de l’entrée des japonais, la guerre de 1941 avec la France mais donne de précieux détails stratégiques et tactiques sur les opérations menées en Birmanie.

 

 

(2) Voir l’article de Alan D. Cameron and Kenneth G. Clark « Revenue Document from Thai-Occupied Kengtung » dans le Journal de la Siam Society n° 89-1 de 2001 qui est le seul (à notre connaissance) à donner une traduction du traité du 20 août 1943 passé à Bangkok entre le Japon et la Thaïlande, évidemment en thaï et en japonais.

 

 

 

(3) Le terme est de l’amiral Decoux « à la barre de l’Indochine » publié en 1950. Remercions notre fidèle lecteur Monsieur Jean-Michel Fournier de nous avoir donné accès à l’ouvrage.

 

 

 

(4) Voir nos articles 199 « LA GUERRE FRANCO-THAÏLANDAISE D’OCTOBRE 1940 AU 9 MAI 1941 » et 204 et 205 « LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE ».

 

 

 

(5) Voir Chandran Jeshurun « THE ANGLO-FRENCH DECLARATION OF JANUARY 1896 AND THE INDEPENDENCE OF SIAM », conférence présentée à l’ « Institute of Asian Studies », Chulalongkorn University, le 30 janvier 1970.

 

 

 

(6) Voir International Boundary Study , N° 63 du 1er février 1966 « Burma – Thailand Boundary ».

 

 

(7) Halett « A thousand miles on a elephant in the shan states » 1890

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(8) Prince Henry d’Orléans « Une excursion en Indochine », Paris, 1892.

 

 

(9) Antoine Pillet et Paul Fauchille, à Paris en 1894.

 

 

(10) « The pacification of Burma » 1912.

 

 

(11) L’accès à ces deux districts n’est pas aisé. Madame Isabelle Massieu (Voir notre article A 192 « A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »), « aventurière » qui émet souvent des considérations géopolitiques le plus souvent fuligineuses, mais dont le récit de son voyage est intéressant tant qu’elle reste dans la narration de ce qu’elle voit. Elle écrit en 1901,  que  voulant se rendre de Bangkok en Birmanie, on lui apprend – nous sommes en novembre – que la saison des pluies ne permet pratiquement pas l’accès aux régions frontalières du nord-ouest par voie de terre. Elle est contrainte de rejoindre la Birmanie par mer d’abord. Elle va donc de Bangkok à Singapour puis de Singapour à Penang, puis de Penang à Moulmein ce qui lui prend 25 jours. (Ne la plaignons pas, nous savons qu’elle bénéficie de puissants appuis et qu’elle n’a pas voyagé à fond de cale). Elle arrive enfin à Rangoon et atteint Mandalay sans trop de difficultés. De Mandalay à Taunggyi, il n’y a qu’une solution : le cheval, sur des routes mal entretenues, 10 jours d’un trajet plus ou moins éprouvant, mais avec ses recommandations, elle reçoit toujours bon accueil. De là, pour rejoindre Kengtung, toujours le cheval non plus sur de mauvaises routes mais sur de mauvais sentiers dans « une région montagneuse et chaotique » accompagné d’une escorte armée.  Il lui  faut 14 jours pour atteindre la Salouen puis la traverser pour atteindre Kengtung où les Anglais viennent seulement – occupation toute symbolique – d’installer en 1895 une petite garnison de 95 Gurkhas. Elle peut rejoindre « enfin » le Mékong à Chiang Sen (เชียงเสน) au bout encore de 10 jours. Elle eut la chance de tomber – nous ne sommes plus en Thaïlande mais en Birmanie – en bonne saison, le mois de décembre dans cette région est le plus frais, température moyenne de 15° et le plus sec, avec pratiquement aucune précipitations. 

 

Mais on peut être aventurière et ignorer la géographie, puisqu’elle nous dit qu’arrivée à Chiang Sen elle est enfin en pays français. Il est également permis d’ignorer la botanique : Une fois passé la Salouen, elle s’étonne que l’on puisse vivre dans un pays aussi déshérité. On peut penser que traversant les champs de pavot qui y fleurissaient et continuent à y fleurir, elle croyait traverser des champs de coquelicots ? 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

"La description que firent nos deux anglais de ce pays (7) et (10) au début du siècle dernier ne change guère.  

 

(12) André Guibaut et Louis Liotard (deux explorateurs et amis) « Les gorges de la Salouen moyenne et les montagnes entre Salouen et Mékong »  In: Annales de Géographie, t. 50, n°283, 1941. pp. 180-195.

 

(13) L’ouvrage de Sai Htwe Maungm, missionnaire baptiste « HISTORY OF SHAN CHURCHES IN BURMA (MYANMAR) (1861 – 2001) »  First Edition – août 2007 contient dans son introduction une remarquable analyse de l’histoire, de la langue, de l’écriture, de la littérature, de la géographie, de la religion et de l’ethnographie des pays Shans.

 

(14) Le nouvel état déclare la guerre au Royaume-Uni et aux États-Unis et conclut un traité d'alliance avec l'Empire du Japon. L’attitude du Japon (dont les troupes avaient pourtant été bien accueillies) à l‘égard des populations civiles suscita rapidement l’hostilité générale.

 

(15) Il est le père d’Aung San Su Ky, licône de la bonne conscience universelle qui occulte volontiers le passé de communiste-collaborateur des Japonais de son père. Il faut dire à sa décharge quil engagea tardivement (en mars 1945) ses troupes dans la résistance contre les Japonais lorsqu’il finit par s’apercevoir que les promesses nippones dindépendance étaient fallacieuses. Ce n’est évidemment qu’une coïncidence de dates : Staline avait signé un pacte de neutralité avec le Japon mais à la conférence de Yalta en février 1945, il s’engagea à faire entrer son pays dans le conflit aux côtés des alliés. Aung San attendait-il le feu vert de Moscou ?

 

(16) Voir notre article 208 « LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES ».

 

(17) Sans entrer dans un débat qui ne concerne pas notre blog, citons les titres de quelques articles de presse : « Aung San Suu Kyi tombe de son piédestal », « La chute de l'icône birmane » ou « L'auréole ternie d'Aung San Suu Kyi » D'autres journaux, dont de grands titres de la presse anglo-saxonne, sont plus cinglants et jugent que « son attitude est équivoque » envers les violences, « fait froid dans le dos » et « méprise les droits humains au nom de la politique » (de multiples références que l’on peut présumer exactes sur

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Aung_San_Suu_Kyi). 

 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 22:52
237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Le premier gouvernement (civil) du 1er mars 1991 au 22 mars 1992

 

Nous avons quitté Chatchai évincé le 24 février 1991 par le coup d’état militaire des généraux de la « 5ème classe » avec à leur tête Sunthon Kongsompong (สุนทร คงสมพงษ์), Suchinda Kraprayun (สุจินดา คราประยูร) et Kaset Rojananin (เกษตร โรจนนิล) sous la bannière du N.P.K.C « National Peace Keeping Conseil » ou « National assembly of state security » (« Le maintien de la paix nationale » คณะรักษาความสงบเรียบร้อยแห่งชาติ) qui transmettra le pouvoir le 1er mars à un civil, Anan Panyarachun (อานันท์ ปันยารชุนqui le conservera jusqu’aux élections de 1992.

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Les motifs de cette prise du pouvoir était la lutte contre la corruption, ce qui peut prêter à sourire en ce qui concerne Sunthon (1), Suchinda qui pour sa part avait indiqué vouloir « nettoyer la politique thaïlandaise et rendre le pouvoir au peuple » et Kaset tenu des propos similaires (2).

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Du 24 février au 1er mars, tenant sa promesse, la junte va mettre en place un premier ministre civil, choisissant l’apaisement, Anan Panyarachun  (อานันท์ ปันยารชุน) homologué par décret royal le lendemain.

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C’est un diplomate de 60 ans. Après de solides études dans son pays puis en Angleterre (Cambridge), il entre dans la « carrière », ambassadeur au Canada, aux États-Unis, représentant permanent de son pays à l’ONU puis à Bonn et ultérieurement reconverti dans les affaires ou il excelle tout en conservant une réputation de scrupuleuse honnêteté. Une assemblée monocamérale désignée par la junte est présidé par Ukrit  Mongkhonnawin (อุกฤษ มงคลนาวิน), un juriste. 

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Elle est composée de 292 militaires et partisans. Ukrit et Anan ont été chargés de rédiger une constitution permanente, celle de 1978, plus ou moins démocratique de Kriangsak ayant immédiatement été abrogée par la junte qui avait rédigé une « charte temporaire ». La rédaction d'une nouvelle constitution va devenir le champ de bataille virtuel entre l'armée et ses adversaires. Les militaires sont favorables à un régime « dur », un Sénat puissant composé de membres nommés, un conseil privé plus étendu et aux pouvoirs élargis, la possibilité pour les fonctionnaires non élus de devenir membres du cabinet donc … à un chef militaire de devenir premier ministre.

 

Le public de Bangkok se mobilise contre le projet. De 50.000 à 70.000 personnes manifestent à Sanam Luang (สนามหลวง), le 19 novembre 1991, la plus grande manifestation en Thaïlande depuis 1976 menée par Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง) que nous allons bientôt retrouver

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Un groupe d'étudiants commence une grève de la faim. Une enquête (sérieuse ou pas ?) menée en décembre aurait démontré que 98,80% pour cent des 312.357 personnes interrogées étaient contre le projet de constitution. Admettons-le avec scepticisme. Le roi intervient alors dans son discours d'anniversaire en exhortant le public à accepter ce projet en notant, c’était la position de Rama V lors de la préparation d’un projet de constitution en 1885, que les procédures  et les principes importés pour être utilisés ici pouvaient ne pas être adaptés aux conditions de la Thaïlande et au caractère de la population thaïlandaise. Les manifestants rentrent à la maison, la constitution est adoptée et les élections prévues pour mars ; mais la trêve va être de courte durée. Le roi commit peut-être alors une erreur d’appréciation, pouvant difficilement imaginer jusqu’où la coterie des militaires de la 5ème classe pourraient pousser l‘impudence et la stupidité ?

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Mais Anan qui passe pour un bon gestionnaire rassure le monde des affaires d’autant qu’il a assuré qu’il n’exercerait ses fonctions que quatre mois, le temps de procéder à l’élection d’une nouvelle assemblée et à la dissolution de l’ancienne. Les militaires avaient d’ailleurs promis que des élections auraient lieu dans l’année, la promesse a été tenue à quelques jours près.

 

A l’approche de l'anniversaire du coup d’état, il avait été annoncé que le N.P.K.C célébrerait la journée en publiant une liste de ses « réalisations » dans un discours télévisé. Mais au jour dit, Sunthon et les autres leaders NPKC sont allés offrir de la nourriture au Patriarche suprême sans présence de la télévision. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi le discours télévisé annoncé avait été reporté, Sunthon se contenta de répondre qu’il n’était point besoin de discours. « Un anniversaire oublié » titra le Bangkok Post. Malheureusement pour la Junte, la presse apprit que deux jours avant l'anniversaire, des avions militaires avait été utilisé pour convoyer les dignitaires militaires et leurs familles pour assister à Suratthani (600 kilomètres au sud) à une grande fête de retrouvailles de la promotion 1957 des diplômés de Chulachomklao, la toute puissante « classe 5 ». 232 chambres d’hôtel avaient été retenues et 12 « hôtesses » de Thai Airways étaient à l’accueil. 

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L'humeur joyeuse tourna au vinaigre lorsque la femme de Suchinda lui fit une scène publique – que la presse se fit un plaisir de rapporter – quand son mari devint trop pressant avec l'une des animatrices, une ancienne reine de beauté.

 

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Le Cabinet est constitué le 6 mars.

 

Sano Unakun (เสนาะ อูนากูล), premier vice-premier ministre, est l’un des dirigeants de la Siam cement co ltd, puissante société incluse dans les actifs de la couronne via la fondation « Crown property management »  (สำนักงานทรัพย์สินส่วนพระมหากษัตริย). 

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Il est à la fois proche du palais et du monde des affaires. Le même poste est attribué à Phao Sarasin (เภา สารสิน), membre de la famille que nous avons déjà rencontrée (Pote Sarrasin) qui est surtout à la tête d’un immense empire immobilier, commercial (Coca Cola pas moins) et industriel. Asa Sarasin (อาสา สารสิน), fils de Pote Sarrasin et frère de Phao obtient les affaires étrangères.  Les militaires ne sont pas absents puisqu’ils tiennent le ministère de l’intérieur et celui des armées. Si Kirangsak voulait réconcilier le peuple et l’armé, il semble qu’Anan ait voulu réconcilier le monde des affaires et l’armée.

 

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Ce gouvernement étant un gouvernement de transition – rédaction d’une constitution et organisation d’élections « démocratiques » - est relativement restreint, avec  34 membres. La déclaration de politique générale du 4 avril 1991 est claire en son préambule : « Le gouvernement doit respecter le trône royal, protéger les institutions de la nation, la religion, le roi et l'administration démocratique, avec le roi comme chef de l'Etat, et maintenir la sécurité et la prospérité nationale. Le gouvernement doit soutenir le Conseil national dans la rédaction de la nouvelle Constitution, en conformité avec les politiques susmentionnées, et améliorer la Loi électorale, loi sur les partis politiques, et des lois connexes, conformément à la nouvelle  constitution. Le gouvernement encourage la sensibilisation du public dans le système démocratique, avec le roi comme chef de l'Etat. Le gouvernement doit organiser et superviser une élection générale propre. »

 

Les élections du 22 mars

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Les élections eurent lieu le 22 mars. Ce ne fut pas un succès pour la démocratie.

 

Sans qu’il soit en effet possible d’obtenir plus de précisions, il semble qu’elles ne furent pas les plus sincères dans l’histoire de la jeune démocratie thaïe.

 

15 partis, 2.185 candidats, 360 sièges et un taux de participation de 59,2%. Un parti nouvellement créé, le New Aspiration Party (พรรคความหวังใหม่) décroche 72 sièges pour 22,40 % des voix.  Créé en 1990 par le général Chawalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ), ancien vice-premier ministre de Chatchaï qui contrôle 126 chaines de radio et 2 de télévision. Il a pour modèle le très populiste indonésien Suharto. Il rejoint ultérieurement le Thaï rak thaï (พรรคไทยรักไทย) de Thaksin Chinawat. Autre vainqueur en sièges (79) mais pas en voix (19,30 %), le Justice Unity Party (Phak Samakkhitham พรรคสามัคคีธรรม). Littéralement, il fallait le faire, c’est tout simplement « le parti des copains ». 

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C’est le parti  créé pour les circonstances par la junte, par Narong Wongwan (ณรงค์ วงศ์วรรณ) que nous n’allons pas tarder à retrouver et Kaset Rojananin. Le Chat Thai (พรรคชาติไทย) de Chatchai conserve tout de même 74 sièges même s’il en perd 12. Le vertueux parti  Palang Dhama Party (พรรคพลังธรรม) de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง), le très populaire gouverneur de Bangkok obtient 41 sièges, il triomphe puisqu’il en gagne 35 nouveaux dont 32 sur les 35 sièges de Bangkok. 

 

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Le parti d’action sociale (Social Action Party - พรรคกิจสังคม), de Kukrit Pramot qui a ouvertement soutenu le coup d’état  n’a plus que 31 sièges, il en a perdu 23. Le parti démocrate (Democrat Party - พรรคประชาธิปัตย์) alors sous la direction de Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) n’a perdu que 4 sièges, il en conserve 44. Le Parti des citoyens thaïs (Thai Citizens Party – พรรคประชากรไทย) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) n’a plus que 7 sièges, il en a perdu 24.

 

Les alliances procurent à la Junte, 191 des 360 sièges, avec le New Aspiration Party, le Justice Unity Party, le parti d’action sociale, le  Chat thai et le Thai Citizens Party.

 

Suchinda reste donc le chef du bloc au pouvoir, mais il avait affirmé à plusieurs reprises ainsi que les autres membres de la junte qu'il ne chercherait pas à devenir premier ministre bien que la constitution le leur permette. La marionnette ? On en trouve une docile, Narong Wongwan, ancien ministre de l'agriculture sous Prem. Ce plan va s’écrouler devant l'ampleur alléguée (mais jamais prouvée) des turpitudes de Narong qui aurait été lié à une affaire d’exploitation forestière illégale. Mais il y eut pire : Les médias ont alors affirmé que les Etats-Unis lui avait refusé un visa d’entrée en raison d’une suspicion d'implication dans un trafic de drogue. Le gouvernement américain aurait précisé au palais que les relations entre les deux pays qui n’étaient pas au beau fixe, ne feraient qu’empirer au cas où Narong deviendrait chef du gouvernement. Cela a donné Suchinda l'excuse dont il avait besoin pour compléter son magnifique volte-face. Il annonce qu'il interviendra « pour sauver la nation » dans un « grand sacrifice personnel ». Dans un discours prononcé le 8 avril devant les militaires, Suchinda pleura littéralement et théâtralement en disant à ses camarades qu'il avait été forcé de revenir sur sa parole afin de « sauver le pays ». Narong renonça donc et Suchinda Kraprayun, faisant à la Thaïlande « le don de sa personne », se sacrifia malgré ses serments (3).

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Le second gouvernement (militaire) du 7 avril 1992 au 9 juin 1992

 

Désigné dès lors comme premier ministre par décret royal le 7 avril, Suchinda constitue son gouvernement le 17 avril et présentera au parlement sa déclaration de politique générale qu’il n’aura pas le temps de mettre en œuvre. Son gouvernement est constitué de ses féaux, ses anciens camarades de la « classe 5 », des copains sinon des coquins. Les mêmes qu'il avait dénoncé un an plus tôt comme « exceptionnellement riches » sont maintenant assis autour du bureau de son cabinet. C’est une scène digne de la « ferme des animaux » de Georges Orwell.

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Son premier vice-premier ministre, Michai Ruchuphan (มีชัย ฤชุพันธุ์) est un civil qui considère qu’ « appliquer une démocratie parlementaire en Thaïlande, c’est utiliser une Rolls-Royce pour labourer une rizière » (4). Nous trouvons comme autre vice-premier ministre … Narong Wongwan ! (5). Les postes clefs sont attribués, avec la défense au général Suchinda Kraprayun (สุจินดา คราประยูร), les finances à Suthi Singsane  (สุธี สิงห์เสน่ห์), et les affaires étrangères à Pongpon Adireksarn (ปองพล อดิเรกสาร).  (Membre probablement dissident du clan de Chatichai puisqu’il est le fils de Praman Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร). Curieusement, nous en retrouverons plusieurs quelques années plus tard au sein du Thai rak thai.)

 

Les journées sanglantes

 

Très vite les attaques vont fuser. La classe moyenne de Bangkok et le monde des affaires ont été scandalisés. La plupart des journaux ont dénoncé Suchinda; la « Nation » dit qu'il avait atteint « un niveau d’hypocrisie difficile à surpasser ». Le marché boursier thaïlandais s’effondre : l'indice SET (« Stock exchang of Thailand »), qui était autour de 830 points dégringole en dessous de 700 à la mi-mai.

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Les premières manifestations éclatent à Bangkok le 20 avril et vont grossir les semaines suivantes.

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Les téléphones cellulaires y joueront un grand rôle. L’homme fort, c’est Chamlong Srimuang, ancien militaire reconverti dans le bouddhisme « fondamentaliste », retraité ascétique et excentrique qui prend la tête du mouvement de protestation. Son parti, le Palang  Dhama Party, vient de rafler en mars la quasi-totalité des sièges de députés à Bangkok. Il avait fait campagne sur le thème de la lutte contre la corruption et l’influence des militaires. Baptisé « Monsieur propre » par ses partisans, le 17 mai il appelle la foule à marcher pacifiquement sur le parlementLes forces de l’ordre ouvrent le feu, les émeutes débordent, rafles, état de siège, couvre-feu dans la capitale alors que des troubles éclatent également en province animés par les étudiants et les nouvelles classes moyennes émergentes. De toute évidence préoccupé, le ministre de l'Intérieur ordonne aux gouverneurs provinciaux d’empêcher les gens de se rendre à Bangkok pour rejoindre le mouvement. Suchinda menace de limoger le gouverneur de Bangkok – élu avec plus de 60 % des voix - pour avoir aidé aux rassemblements anti-gouvernementaux. Les stations de radio se voient interdire de passer les enregistrements des chanteurs populaires qui avaient manifesté leur soutien aux manifestants. Néanmoins 200.000 personnes se retrouvent à Sanam Luang et dans les rues environnantes : Le 17 mais vers 20 heures 30, Chamlong Srimuang dirige une marche de deux kilomètres jusqu’au parlement pour exiger la démission de Suchinda. Ils sont arrêtés par des barrages de police. A 23 20 heures un groupe de manifestants tente de franchir la barricade, mais ils sont repoussés par des canons à eau de quatre camions de pompiers qui bloquent le passage. Les manifestants tentent de s’en emparer mais sont été repoussés par la police anti-émeute armée de matraques. Ils répondent alors par des jets de pierre et de cocktails Molotov. Chamlong  utilisé un haut-parleur pour exhorter les manifestants à ne pas attaquer la police, mais en vain. Au cours de ce choc initial, 100 manifestants et 21 policiers environ ont été blessés. A minuit, deux camions de pompiers ont été incendiés et la situation est hors de contrôle. 700 soldats sont appelés en renfort. 

A 0 heures 30 Suchinda déclare l'état d'urgence, ce qui rend les rassemblements de plus de dix personnes illégaux. 
237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.
Le gouvernement exhorte les gens à rentrer chez eux. Les hôpitaux de la région recevaient déjà les blessés, dont quatre par balles, morts cette nuit-là. Chamlong est resté près du Monument de  la démocratie. A 4 heures, les soldats menacent près de 40.000 manifestants en tirant au M16 « en l'air ». Une heure et demie plus tard, ils tirent à nouveau. Le matin, l'armée a augmenté sa présence et la foule des manifestants grossit dans d'autres quartiers de la ville. En début d’après-midi du 18 mai, Suchinda accuse publiquement Chamlong d’alimenter la violence et prétend que le gouvernement n’utilisera pas la force. Mais peu de temps après les troupes continuent à tirer « en l'air », encerclent Chamlong, le menottent et l’arrêtent. 
 
 
237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.
Mais les manifestants ne se dispersent pas, la zone du monument de la démocratie étant sécurisée par l’armée, la foule se déplace vers l'université Ramkhamhaeng à l'est de la ville. Le soir du 19 mai, 50.000 personnes environ y sont accueillies.

 

Les interventions de la famille royale

 

Tôt le matin du 20 mai, la très populaire princesse Sirindhon (Maha Chakri Sirindhon - มหาจักรีสิรินธร) lance un message à la télévision appelant à la fin de la violence. 

 

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Son appel a été rediffusé pendant toute la journée. Le soir, son frère, le prince héritier Vajiralongkorn (Maha Vajiralongkorn – มหาวชิราลงกรณ) lance un appel similaire.

 

 

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.
Le roi était resté discret jusque-là mais son intervention va mettre fin aux troubles : Dans un discours télévisé à 21 heures 30, il exige de Suchinda et de Chamlong qu’ils mettent fin à leur confrontation et travaillent dans le cadre des procédures parlementaires.
237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Suchinda fait relâcher Chamlong et proclame une amnistie pour les manifestants. Il accepte de soutenir un amendement à la constitution exigeant que le premier ministre soit un élu ce que lui-même n’était pas. Chamlong demande aux manifestants de se disperser ; ce qu'ils font. Le 24 mai 1992, Suchinda démissionne de son poste de premier ministre de la Thaïlande.

 

 

Le bilan

 

Le bilan, ce fut 52 décès officiellement reconnus (victimes des coups de feu tirés en l’air ?), des centaines de blessés et de nombreuses disparitions. Plus de 3.500 personnes ont été arrêtées; des centaines d'entre eux étaient des femmes et des enfants. Beaucoup des personnes interpellées ont affirmé avoir été torturés. Ultérieurement, un comité d’enquête désigné par la Chambre des représentants parviendra à la conclusion que le gouvernement du général Suchinda avait utilisé une « force excessive » pour réprimer la manifestation. Il n’est pas certain que les noms des officiers des unités militaires  responsables soient actuellement accessibles au public. En tous cas une amnistie générale mit tout le monde à l’abri. Chamlong de son côté s’est expliqué « Je voulais un rassemblement pacifique. Je ne peux pas nier une certaine responsabilité dans ces événements. Je me sens profondément désolé pour les familles dont les membres ont été tués, pour les personnes qui ont été blessés et leurs familles » Néanmoins, il a ajouté « Nous avions raison dans ce que nous avons fait ». Il s’est ensuite retiré de la vie politique pour y revenir par la suite pendant les manifestations contre le gouvernement de Thaksin Chinawat.

237 -  DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

Le troisième gouvernement  (civil) du 10 juin 1992  au  22 Septembre 1992.

 

Anan est alors nommé par le Parlement pour assumer à nouveau le poste de premier ministre. Sa nomination a été largement saluée par la population, au moins celle de Bangkok, et approuvé par décret royal du 10 Juin 1992. Son mandat qui dura trois mois et demi fut d'assurer la poursuite de la paix et l'ordre, et d'organiser rapidement de nouvelles élections. Il constitue le 18 juin un cabinet restreint de 26 ministres sans l’ombre d’un militaire. Le cabinet s’empressera de sanctionner, en les évinçant de leurs postes, quelques militaires responsables des journées sanglantes (mais on ne sait lesquels ni quelle fut la lourdeur des sanctions, sinon la démission forcée de quatre généraux) et va créer une commission de contrôle pour surveiller le bon déroulement des élections qui vont se dérouler le 13 septembre 1992.

 

Les élections du 13 septembre 1992

 

Elles mettent en lice 16 partis. Il n’est pas certain qu’elles furent les plus propres de l'histoire du pays mais certainement pas les plus sales. Les résultats – une fois de plus - ne donnent aucun parti majoritaire. Mais elles vont permette de dégager dans cette mosaïque une majorité « pro-démocratie » de 207 sièges. La participation est forte, 61,60 %. Il n’y a plus que 12 partis en lice.

 

Le grand vainqueur est le parti démocrate de Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) avec 21 % des suffrages qui gagne 79 sièges (il en avait 44). 

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Le Palang Dharma Party de de Chamlong Srimuang, fort du prestige que lui a valu sa présence physique et incontestablement courageuse en tête des manifestations, avec 18 % des suffrages, est crédité de 47 sièges, il en gagne 6. Il y a un nouveau venu qui avec 15,90 % des voix s’empare de 60 sièges,  le « National Development Party » (Chat Pattana Party - พรรคชาติพัฒนา), une création de Chatichaï qui continue à agir plus ou moins dans l’ombreSon succès démontre qu’il n’a pas laissé que des regrets. Son ancien parti, « Thai Nation Party » (Chat Thai Party – พรรคชาติไท) dont il est apparemment dissident, obtient 77 députés pour 15,80 % des voix. Le « New Aspiration Party » (Phak Khwam Wang Mai Thai - พรรคความหวังใหม่) du général  Chavalit Yongchaiyutconsidéré comme l’un des « intellectuels » de l’armée  (ชวลิต ยงใจยุทธ) a 51 députés avec 14,20 % des voix. Quant au « parti d’action sociale » de Kukrit Pramot, il n’a que 4 % des voix mais conserve tout de même 22 députés. On distingue 360 députés dont 15 femmes, avec  une  majorité entre 40 et 50 ans ;  plus de 300 se qualifient d’ « hommes d’affaire, politiciens et hommes de loi ».  Le 23 septembre, le roi désigne Chuan Likpai comme premier ministre.

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Un bilan pour cette année et demie ?

 

Politique étrangère

 

Sur le plan international Anan a effacé la désagréable impression donnée par le coup d’état aux chancelleries étrangères et à ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Il visite la Chine 1991, le Japon en décembre. Il rencontre à diverses reprises le président Busch aux USA. Malgré l'inquiétude internationale suscitée par le coup d'État, les administrations étrangères avaient suffisamment confiance en lui pour reprendre des relations rapidement. Anan fait des visites en Chine en septembre 1991 et au Japon en décembre 1991, il rencontre plusieurs fois le président George H. W. Bush aux États-Unis. Il continue comme son prédécesseur à améliorer les relations avec les pays voisins, la moitié du budget consacré à l’aide aux pays étrangers est attribuée pour 200 millions de baths au Laos. Impliqué aussi dans le processus de paix au Cambodge, il se consacre surtout au rapprochement avec le Vietnam : son ministre des affaires étrangères Asa Sarasin se rend au Viêt-Nam en septembre 1991, le premier ministre vietnamien Vo Van Kiêt se rend à Bangkok en octobre puis Anan Panyarachun à Hanoï en janvier 1992. Ces deux rencontres au sommet marquent symboliquement la fin d'une longue période d'hostilité entre les deux pays. Elles ont dissipé le soupçon vietnamien relatif à un possible soutien thaï aux groupes vietnamiens résistants au régime de Hanoï et aux intentions de la Thaïlande de « coloniser économiquement » le Laos et le Cambodge. Il résout enfin un problème qui polluait les relations entre les deux pays, celui des Viêt kiêu (Vietnamiens d'outre-mer) en leur accordant la nationalité thaïe. C’étaient les descendants à la deuxième et troisième génération des Vietnamiens arrivés sur le territoire thaï au milieu des années 40 et particulièrement nombreux dans le Nord-est.

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Politique intérieure

 

Anan a au moins tenté, sinon réussi, de minimiser les dégâts  infligés à la démocratie en Thaïlande et inverser la triste « jurisprudence » de la militarisation systématique de la politique en mettant en place avec succès un gouvernement civil.

 

Il fut le premier des chefs de gouvernement de l’Asie du sud-est à être conscient du douloureux problème du VIH / SIDA et à mettre en place un programme nationale dès 1991 pour lutter contre l'épidémie et réussit à réduire de manière significative le nombre d'infections en raison de son programme de prévention.

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Sur le plan social, le 15 avril 1991, l’assemblée législative nommée par l'armée après le coup d'État du 23 février, votait par 223 voix (principalement celles des 149 militaires et des 36 hommes d'affaires) contre 4 (celles des syndicalistes présents) la suppression des 150 syndicats des entreprises nationales, remplacés par des associations d'employés (une seule par entreprise) n'ayant ni le droit de faire grève ni celui de réclamer des conventions collectives. Cette mesure fut prise dans l'indifférence générale sinon avec le soutien de la population presque toujours hostile aux grèves dans le secteur public (transport, eau, électricité...). On ne peut évidemment pas occulter les liens étroits entre Anan et le monde des affaires qui est le sien.

 

Anan Panyarachun quitte donc alors des fonctions pour lesquelles il n’avait pas marqué l’intention de s’y maintenir. Tel Cincinatus, il retourne à ses champs et à sa charrue ... 

 

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... tout étant relatif puisque ses champs n’étaient pas des rizières et consistaient en de probables très lucratives fonctions dans de puissantes sociétés commerciales, en particulier la Siam commercial bank, la  Saha-Union Public Company, un immense empire sous forme de holding ayant des participations dans le textile, l’informatique et le secteur hôtelier et Président du puissant syndicat patronal Thai industrial federation

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Il occupe aussi le poste d’ambassadeur de la Thaïlande auprès de l’UNICEF à partir de 1996. Il continue à interférer plus ou moins directement mais de loin dans la politique thaïlandaise. WikiLeaks a diffusé à ce sujet des documents qui ne sont pas accessibles.
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Chuan Likpai, chef du Parti démocrate, va lui succéder après que le chef d'état-major des armées ait confirmé sa volonté et celle de ses troupes de respecter les résultats des élections.

 

Cet engagement, ainsi que la formation du nouveau cabinet, va-t-il marquer une rupture dans le contrôle de la politique de la Thaïlande par l'armée depuis 60 ans et un retour  du pouvoir aux élus et à une reprise du processus de démocratisation ? C’est ce que nous étudierons dans notre prochain article.

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SOURCES

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm : ce site gouvernemental officiel bilingue comporte trois chapitres qui nous intéressent : prime minister historyhistory of the cabinet et government’s policy.

 

Jean BAFFIE et Xavier OUDIN « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande » in Le Mouvement Social, n° 173, octobre-décembre1995 pp 149 s.

 

Sripana Thanyathip. « Les "Việt kiểu" du Nord-Est de la Thaïlande dans le contexte des relations entre la Thaïlande et le Viêtnam au cours de la seconde moitié du XXe siècle ». In: Aséanie 9, 2002. pp. 61-73;

 

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est ». In: Politique étrangère, n°3 - 1992 - 57ᵉannée. pp. 571 s.

 

NOTES

 

(1) Á la mort de Sunthon  en 1999, un scandale éclata dans le cadre du règlement de sa succession. Il avait légué la plus grande parti d’une fortune de 150 millions de dollars US à sa maîtresse au grand déplaisir de son épouse qui saisit évidemment la Justice. La question alors agitée dans la presse était de savoir comment le général dont la solde était de 1.000 dollars par mois avait pu accumuler une telle fortune ?

 

(2) Après avoir démissionné de son très bref passage au poste de premier ministre en 1992, le général Suchinda fut nommé président la société holding Asia Telecom qui obtint quelques temps plus tard le bénéfice d’une concession énorme, la construction de 2 millions de lignes téléphoniques à Bangkok, un probable prix de consolation puisque l’on put penser que sa rémunération était probablement plus importante que les 1.000 dollars de sa solde ? Bien avant sa démission, il révéla son souhait de quitter l'armée et la politique pour devenir patron : « j'ai des amis qui m'ont offert un emploi payé 100 fois plus que celui d'aujourd'hui. Non, pas 100 fois plus, 1.000 fois plus » (Interview « Entretien avec le général Suchinda Kraprayoon  - Anand in review », supplément du Bangkok Post, 13 mars 1992, p. 12.35 cité par Baffié). Kaset Rojananin se retrouva président  de Thai Airways International,  autre prix de consolation. Il s’y rendit célèbre - remercions-le  -  en s’attachant à la beauté physique et au sourire des hôtesses plutôt qu’à leurs qualités de philosophes.

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(3) En réalité, Narong n'a jamais  été poursuivi « fautes de preuves ». Toutefois après les élections de 1995 alors qu’il était en passe de devenir ministre de l’intérieur, il fit à nouveau l’objet d’accusations dans les médias de participation à des activités criminelles. Mais la Cour suprême de Thaïlande a condamné tous les journaux responsables de cette diffusion notamment le Khao Sot (ข่าวสด), grand diffuseur de ragots.

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(4) Nous le retrouverons en 2014 participer au Conseil national pour la paix et l’ordre (National Council for Peace and Order - คณะรักษาความสงบแห่งชาติ).

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(5) Cette nomination laisse à penser que sa reculade ne fut qu’une manœuvre destinée à permettre à Suchinda d’occuper un poste qu’il s’était juré de ne jamais occuper.

 
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L'humeur joyeuse tourna au vinaigre lorsque la femme de Suchinda lui fit une scène publique – que la presse se fit un plaisir de rapporter – quand son mari devint trop pressant avec l'une des animatrices, une ancienne reine de beauté.

 

 

Le Cabinet est constitué le 6 mars.

 

Sano Unakun (เสนาะ อูนากูล), premier vice-premier ministre, est l’un des dirigeants de la Siam cement co ltd, puissante société incluse dans les actifs de la couronne. Il est à la fois proche du palais et du monde des affaires. Le même poste est attribué à Phao Sarasin (เภา สารสิน), membre de la famille que nous avons déjà rencontrée (Pote Sarrasin) qui est surtout à la tête d’un immense empire immobilier, commercial (Coca Cola pas moins) et industriel. Asa Sarasin (อาสา สารสิน), fils de Pote Sarrasin et frère de Phao obtient les affaires étrangères.  Les militaires ne sont pas absents puisqu’ils tiennent le ministère de l’intérieur et celui des armées. Si Kirangsak voulait réconcilier le peuple et l’armé, il semble qu’Anan ait voulu réconcilier le monde des affaires et l’armée.

 

Ce gouvernement étant un gouvernement de transition – rédaction d’une constitution et organisation d’élections « démocratiques » - est relativement restreint, avec  34 membres. La déclaration de politique générale du 4 avril 1991 est claire en son préambule : « Le gouvernement doit respecter le trône royal, protéger les institutions de la nation, la religion, le roi et l'administration démocratique, avec le roi comme chef de l'Etat, et maintenir la sécurité et la prospérité nationale. Le gouvernement doit soutenir le Conseil national dans la rédaction de la nouvelle Constitution, en conformité avec les politiques susmentionnées, et améliorer la Loi électorale, loi sur les partis politiques, et des lois connexes, conformément à la nouvelle  constitution. Le gouvernement encourage la sensibilisation du public dans le système démocratique, avec le roi comme chef de l'Etat. Le gouvernement doit organiser et superviser une élection générale propre. »

Les élections du 22 mars

 

Les élections eurent lieu le 22 mars. Ce ne fut pas un succès pour la démocratie.

 

Sans qu’il soit en effet possible d’obtenir plus de précisions, il semble qu’elles ne furent pas les plus sincères dans l’histoire de la jeune démocratie thaïe.

 

15 partis, 2.185 candidats, 360 sièges et un taux de participation de 59,2%. Un parti nouvellement créé, le New Aspiration Party (พรรคความหวังใหม่) décroche 72 sièges pour 22,40 % des voix.  Créé en 1990 par le général Chawalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ), ancien vice-premier ministre de Chatchaï qui contrôle 126 chaines de radio et 2 de télévision. Il a pour modèle le très populiste indonésien Suharto. Il rejoint ultérieurement le Thaï rak thaï (พรรคไทยรักไทย) de Thaksin Chinawat. Autre vainqueur en sièges (79) mais pas en voix (19,30 %), le Justice Unity Party (Phak Samakkhitham พรรคสามัคคีธรรม). Littéralement, il fallait le faire, c’est tout simplement « le parti des copains ». C’est le parti  créé pour les circonstances par la junte, par Narong Wongwan (ณรงค์ วงศ์วรรณ) que nous n’allons pas tarder à retrouver et Kaset Rojananin. Le Chat Thai (พรรคชาติไทย) de Chatchai conserve tout de même 74 sièges même s’il en perd 12. Le vertueux parti  Palang Dhama Party (พรรคพลังธรรม) de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง), le très populaire gouverneur de Bangkok obtient 41 sièges, il triomphe puisqu’il en gagne 35 nouveaux dont 32 sur les 35 sièges de Bangkok. Le parti d’action sociale (Social Action Party - พรรคกิจสังคม), de Kukrit Pramot qui a ouvertement soutenu le coup d’état  n’a plus que 31 sièges, il en a perdu 23. Le parti démocrate (Democrat Party - พรรคประชาธิปัตย์) alors sous la direction de Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) n’a perdu que 4 sièges, il en conserve 44. Le Parti des citoyens thaïs (Thai Citizens Party – พรรคประชากรไทย) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) n’a plus que 7 sièges, il en a perdu 24.

 

Les alliances procurent à la Junte, 191 des 360 sièges, avec le New Aspiration Party, le Justice Unity Party, le parti d’action sociale, le  Chat thai et le Thai Citizens Party.

 

Suchinda reste donc le chef du bloc au pouvoir, mais il avait affirmé à plusieurs reprises ainsi que les autres membres de la junte qu'il ne chercherait pas à devenir premier ministre bien que la constitution le leur permette. La marionnette ? On en trouve une docile, Narong Wongwan, ancien ministre de l'agriculture sous Prem. Ce plan va s’écrouler devant l'ampleur alléguée (mais jamais prouvée) des turpitudes de  Narong qui aurait été lié à une affaire d’exploitation forestière illégale. Mais il y eut pire : Les médias ont alors affirmé que les Etats-Unis lui avait refusé un visa d’entrée en raison d’une suspicion d'implication dans un trafic de drogue. Le gouvernement américain aurait précisé au palais que les relations entre les deux pays qui n’étaient pas au beau fixe, ne feraient qu’empirer au cas où Narong deviendrait chef du gouvernement. Cela a donné Suchinda l'excuse dont il avait besoin pour compléter son magnifique volte-face. Il annonce qu'il interviendra « pour sauver la nation » dans un « grand sacrifice personnel ». Dans un discours prononcé le 8 avril devant les militaires, Suchinda pleura littéralement et théâtralement en disant à ses camarades qu'il avait été forcé de revenir sur sa parole afin de « sauver le pays ». Narong renonça donc et Suchinda Kraprayun, faisant à la Thaïlande « le don de sa personne », se sacrifia malgré ses serments (3).

 

Le second gouvernement (militaire) du 7 avril 1992 au 9 juin 1992

 

Désigné dès lors comme premier ministre par décret royal le 7 avril, Suchinda constitue son gouvernement le 17 avril et présentera au parlement sa déclaration de politique générale qu’il n’aura pas le temps de mettre en œuvre. Son gouvernement est constitué de ses féaux, ses anciens camarades de la « classe 5 », des copains sinon des coquins. Les mêmes qu'il avait dénoncé un an plus tôt comme « exceptionnellement riches » sont maintenant assis autour du bureau de son cabinet. C’est une scène digne de la « ferme des animaux » de Georges Orwell.

Son premier vice-premier ministre, Michai Ruchuphan (มีชัย ฤชุพันธุ์) est un civil qui considère qu’ « appliquer une démocratie parlementaire en Thaïlande, c’est utiliser une Rolls-Royce pour labourer une rizière » (4). Nous trouvons comme autre vice-premier ministre … Narong Wongwan ! (5). Les postes clefs sont attribués, avec la défense au général Suchinda Kraprayun (สุจินดา คราประยูร), les finances à Suthi Singsane  (สุธี สิงห์เสน่ห์), et les affaires étrangères à Pongpon Adireksarn (ปองพล อดิเรกสาร).  (Membre probablement dissident du clan de Chatichai puisqu’il est le fils de Praman Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร). Curieusement, nous en retrouverons plusieurs quelques années plus tard au sein du Thai rak thai.)

 

Les journées sanglantes

 

Très vite les attaques vont fuser. La classe moyenne de Bangkok et le monde des affaires ont été scandalisés. La plupart des journaux ont dénoncé Suchinda; la « Nation » dit qu'il avait atteint « un niveau d’hypocrisie difficile à surpasser ». Le marché boursier thaïlandais s’effondre : l'indice SET (« Stock exchang of Thailand »), qui était autour de 830 points dégringole en dessous de 700 à la mi-mai.

 

Les premières manifestations éclatent à Bangkok le 20 avril et vont grossir les semaines suivantes.

 

Les téléphones cellulaires y joueront un grand rôle. L’homme fort, c’est Chamlong Srimuang, ancien militaire reconverti dans le bouddhisme « fondamentaliste », retraité ascétique et excentrique qui prend la tête du mouvement de protestation. Son parti, le Palang  Dhama Party, vient de rafler en mars la quasi-totalité des sièges de députés à Bangkok. Il avait fait campagne sur le thème de la lutte contre la corruption et l’influence des militaires. Baptisé « Monsieur propre » par ses partisans, le 17 mai il appelle la foule à marcher pacifiquement sur le parlementLes forces de l’ordre ouvrent le feu, les émeutes débordent, rafles, état de siège, couvre-feu dans la capitale alors que des troubles éclatent également en province animés par les étudiants et les nouvelles classes moyennes émergentes. De toute évidence préoccupé, le ministre de l'Intérieur ordonne aux gouverneurs provinciaux d’empêcher les gens de se rendre à Bangkok pour rejoindre le mouvement. Suchinda menace de limoger le gouverneur de Bangkok – élu avec plus de 60 % des voix - pour avoir aidé aux rassemblements anti-gouvernementaux. Les stations de radio se voient interdire de passer les enregistrements des chanteurs populaires qui avaient manifesté leur soutien aux manifestants. Néanmoins 200.000 personnes se retrouvent à Sanam Luang et dans les rues environnantes : Le 17 mais vers 20 heures 30, Chamlong Srimuang dirige une marche de deux kilomètres jusqu’au parlement pour exiger la démission de Suchinda. Ils sont arrêtés par des barrages de police. A 23 20 heures un groupe de manifestants tente de franchir la barricade, mais ils sont repoussés par des canons à eau de quatre camions de pompiers qui bloquent le passage. Les manifestants tentent de s’en emparer mais sont été repoussés par la police anti-émeute armée de matraques. Ils répondent alors par des jets de pierre et de cocktails Molotov. Chamlong  utilisé un haut-parleur pour exhorter les manifestants à ne pas attaquer la police, mais en vain. Au cours de ce choc initial, 100 manifestants et 21 policiers environ ont été blessés. A minuit, deux camions de pompiers ont été incendiés et la situation est hors de contrôle. 700 soldats sont appelés en renfort. A 0 heures 30 Suchinda déclare l'état d'urgence, ce qui rend les rassemblements de plus de dix personnes illégaux. Le gouvernement exhorte les gens à rentrer chez eux. Les hôpitaux de la région recevaient déjà les blessés, dont quatre par balles, morts cette nuit-là. Chamlong est resté près du Monument de  la démocratie. A 4 heures, les soldats menacent près de 40.000 manifestants en tirant au M16 « en l'air ». Une heure et demie plus tard, ils tirent à nouveau. Le matin, l'armée a augmenté sa présence et la foule des manifestants grossit dans d'autres quartiers de la ville. En début d’après-midi du 18 mai, Suchinda accuse publiquement Chamlong d’alimenter la violence et prétend que le gouvernement n’utilisera pas la force. Mais peu de temps après les troupes continuent à tirer « en l'air », encerclent Chamlong, le menottent et l’arrêtent. Mais les manifestants ne se dispersent pas, la zone du monument de la démocratie étant sécurisée par l’armée, la foule se déplace vers l'université Ramkhamhaeng à l'est de la ville. Le soir du 19 mai, 50.000 personnes environ y sont accueillies.

Les interventions de la famille royale

 

Tôt le matin du 20 mai, la très populaire princesse Sirindhon (Maha Chakri Sirindhon - มหาจักรีสิรินธร) lance un message à la télévision appelant à la fin de la violence. Son appel a été rediffusé pendant toute la journée. Le soir, son frère, le prince héritier Vajiralongkorn (Maha Vajiralongkorn – มหาวชิราลงกรณ) lance un appel similaire. Le roi était resté discret jusque-là mais son intervention va mettre fin aux troubles : Dans un discours télévisé à 21 heures 30, il exige de Suchinda et de Chamlong qu’ils mettent fin à leur confrontation et travaillent dans le cadre des procédures parlementaires.

 

Suchinda fait relâcher Chamlong et proclame une amnistie pour les manifestants. Il accepte de soutenir un amendement à la constitution exigeant que le premier ministre soit un élu ce que lui-même n’était pas. Chamlong demande aux manifestants de se disperser ; ce qu'ils font. Le 24 mai 1992, Suchinda démissionne de son poste de premier ministre de la Thaïlande.

 

Le bilan

 

Le bilan, ce fut 52 décès officiellement reconnus (victimes des coups de feu tirés en l’air ?), des centaines de blessés et de nombreuses disparitions. Plus de 3.500 personnes ont été arrêtées; des centaines d'entre eux étaient des femmes et des enfants. Beaucoup des personnes interpellées ont affirmé avoir été torturés. Ultérieurement, un comité d’enquête désigné par la Chambre des représentants parviendra à la conclusion que le gouvernement du général Suchinda avait utilisé une « force excessive » pour réprimer la manifestation. Il n’est pas certain que les noms des officiers des unités militaires  responsables soient actuellement accessibles au public. En tous cas une amnistie générale mit tout le monde à l’abri. Chamlong de son côté s’est expliqué « Je voulais un rassemblement pacifique. Je ne peux pas nier une certaine responsabilité dans ces événements. Je me sens profondément désolé pour les familles dont les membres ont été tués, pour les personnes qui ont été blessés et leurs familles » Néanmoins, il a ajouté « Nous avions raison dans ce que nous avons fait ». Il s’est ensuite retiré de la vie politique pour y revenir par la suite pendant les manifestations contre le gouvernement de Thaksin Chinawat.

 

Le troisième gouvernement  (civil) du 10 juin 1992  au  22 Septembre, 1992.

 

Anan est alors nommé par le Parlement pour assumer à nouveau le poste de premier ministre. Sa nomination a été largement saluée par la population, au moins celle de Bangkok, et approuvé par décret royal du 10 Juin 1992. Son mandat qui dura trois mois et demi fut d'assurer la poursuite de la paix et l'ordre, et d'organiser rapidement de nouvelles élections. Il constitue le 18 juin un cabinet restreint de 26 ministres sans l’ombre d’un militaire. Le cabinet s’empressera de sanctionner, en les évinçant de leurs postes, quelques militaires responsables des journées sanglantes (mais on ne sait lesquels ni quelle fut la lourdeur des sanctions, sinon la démission forcée de quatre généraux) et va créer une commission de contrôle pour surveiller le bon déroulement des élections qui vont se dérouler le 13 septembre 1992.

 

Les élections du 13 septembre 1992

 

Elles mettent en lice 16 partis. Il n’est pas certain qu’elles furent les plus propres de l'histoire du pays mais certainement pas les plus sales. Les résultats – une fois de plus - ne donnent aucun parti majoritaire. Mais elles vont permette de dégager dans cette mosaïque une majorité « pro-démocratie » de 207 sièges. La participation est forte, 61,60 %. Il n’y a plus que 12 partis en lice.

 

Le grand vainqueur est le parti démocrate de Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย) avec 21 % des suffrages qui gagne 79 sièges (il en avait 44). Le Palang Dharma Party de de Chamlong Srimuang, fort du prestige que lui a valu sa présence physique et incontestablement courageuse en tête des manifestations, avec 18 % des suffrages, est crédité de 47 sièges, il en gagne 6. Il y a un nouveau venu qui avec 15,90 % des voix s’empare de 60 sièges,  le « National Development Party » (Chat Pattana Party - พรรคชาติพัฒนา), une création de Chatichaï qui continue à agir plus ou moins dans l’ombreSon succès démontre qu’il n’a pas laissé que des regrets. Son ancien parti, « Thai Nation Party » (Chat Thai Party – พรรคชาติไท) dont il est apparemment dissident, obtient 77 députés pour 15,80 % des voix. Le « New Aspiration Party » (Phak Khwam Wang Mai Thai - พรรคความหวังใหม่) du général  Chavalit Yongchaiyutconsidéré comme l’un des « intellectuels » de l’armée  (ชวลิต ยงใจยุทธ) a 51 députés avec 14,20 % des voix. Quant au « parti d’action sociale » de Kukrit Pramot, il n’a que 4 % des voix mais conserve tout de même 22 députés. On distingue 360 députés dont 15 femmes, avec  une  majorité entre 40 et 50 ans ;  plus de 300 se qualifient d’ « hommes d’affaire, politiciens et hommes de loi ».  Le 23 septembre, le roi désigne Chuan Likpai comme premier ministre.

***

Un bilan pour cette année et demi ?

 

Politique étrangère

 

Sur le plan international Anan a effacé la désagréable impression donnée par le coup d’état aux chancelleries étrangères et à ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Il visite la Chine 1991, le Japon en décembre. Il rencontre à diverses reprises le président Busch aux USA. Malgré l'inquiétude internationale suscitée par le coup d'État, les administrations étrangères avaient suffisamment confiance en lui pour reprendre des relations rapidement. Anan fait des visites en Chine en septembre 1991 et au Japon en décembre 1991, il rencontre plusieurs fois le président George H. W. Bush aux États-Unis. Il continue comme son prédécesseur à améliorer les relations avec les pays voisins, la moitié du budget consacré à l’aide aux pays étrangers est attribuée pour 200 millions de baths au Laos. Impliqué aussi dans le processus de paix au Cambodge, il se consacre surtout au rapprochement avec le Vietnam : son ministre des affaires étrangères Asa Sarasin se rend au Viêt-Nam en septembre 1991, le premier ministre vietnamien Vo Van Kiêt se rend à Bangkok en octobre puis Anan Panyarachun à Hanoï en janvier 1992. Ces deux rencontres au sommet marquent symboliquement la fin d'une longue période d'hostilité entre les deux pays. Elles ont dissipé le soupçon vietnamien relatif à un possible soutien thaï aux groupes vietnamiens résistants au régime de Hanoï et aux intentions de la Thaïlande de « coloniser économiquement » le Laos et le Cambodge. Il résout enfin un problème qui polluait les relations entre les deux pays, celui des Viêt kiêu (Vietnamiens d'outre-mer) en leur accordant la nationalité thaïe. C’étaient les descendants à la deuxième et troisième génération des Vietnamiens arrivés sur le territoire thaï au milieu des années 40 et particulièrement nombreux dans le Nord-est.

 

Politique intérieure

 

Anan a au moins tenté, sinon réussi, de minimiser les dégâts  infligés à la démocratie en Thaïlande et inverser la triste « jurisprudence » de la militarisation systématique de la politique en mettant en place avec succès un gouvernement civil.

 

Il fut le premier des chefs de gouvernement de l’Asie du sud-est à être conscient du douloureux problème du VIH / SIDA et à mettre en place un programme nationale dès 1991 pour lutter contre l'épidémie et réussit à réduire de manière significative le nombre d'infections en raison de son programme de prévention.

Sur le plan social, le 15 avril 1991, l’assemblée législative nommée par l'armée après le coup d'État du 23 février, votait par 223 voix (principalement celles des 149 militaires et des 36 hommes d'affaires) contre 4 (celles des syndicalistes présents) la suppression des 150 syndicats des entreprises nationales, remplacés par des associations d'employés (une seule par entreprise) n'ayant ni le droit de faire grève ni celui de réclamer des conventions collectives. Cette mesure fut prise dans l'indifférence générale sinon avec le soutien de la population presque toujours hostile aux grèves dans le secteur public (transport, eau, électricité...). On ne peut évidemment pas occulter les liens étroits entre Anan et le monde des affaires qui est le sien.

 

***

 

Anan Panyarachun quitte donc alors des fonctions pour lesquelles il n’avait pas marqué l’intention de s’y maintenir. Tel Cincinatus, il retourne à ses champs et à sa charrue, tout étant relatif puisque ses champs n’étaient pas des rizières et consistaient en de probables très lucratives fonctions dans de puissantes sociétés commerciales, en particulier la Siam commercial bank, la  Saha-Union Public Company, un immense empire sous forme de holding ayant des participations dans le textile, l’informatique et le secteur hôtelier et Président du puissant syndicat patronal Thai industrial federation. Il occupe aussi le poste d’ambassadeur de la Thaïlande auprès de l’UNICEF à partir de 1996. Il continue à interférer plus ou moins directement mais de loin dans la politique thaïlandaise. WikiLeaks a diffusé à ce sujet des documents qui ne sont pas accessibles.

 

Chuan Likpai, chef du Parti démocrate, va lui succéder après que le chef d'état-major des armées ait confirmé sa volonté et celle de ses troupes de respecter les résultats des élections.

Cet engagement, ainsi que la formation du nouveau cabinet, va-t-il marquer une rupture dans le contrôle de la politique de la Thaïlande par l'armée depuis 60 ans et un retour  du pouvoir aux élus et à une reprise du processus de démocratisation ? C’est ce que nous étudierons dans notre prochain article.

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SOURCES

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm : ce site gouvernemental officiel bilingue comporte trois chapitres qui nous intéressent : prime minister historyhistory of the cabinet et government’s policy.

 

Jean BAFFIE et Xavier OUDIN « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande » in Le Mouvement Social, n° 173, octobre-décembre1995 pp 149 s.

 

Sripana Thanyathip. « Les "Việt kiểu" du Nord-Est de la Thaïlande dans le contexte des relations entre la Thaïlande et le Viêtnam au cours de la seconde moitié du XXe siècle ». In: Aséanie 9, 2002. pp. 61-73;

 

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est ». In: Politique étrangère, n°3 - 1992 - 57ᵉannée. pp. 571 s.

 

NOTES

 

(1) Á la mort de Sunthon  en 1999, un scandale éclata dans le cadre du règlement de sa succession. Il avait légué la plus grande parti d’une fortune de 150 millions de dollars US à sa maîtresse au grand déplaisir de son épouse qui saisit évidemment la Justice. La question alors agitée dans la presse était de savoir comment le général dont la solde était de 1.000 dollars par mois avait pu accumuler une telle fortune ?

 

(2) Après avoir démissionné de son très bref passage au poste de premier ministre en 1992, le général Suchinda fut nommé président la société holding Asia Telecom qui obtint quelques temps plus tard le bénéfice d’une concession énorme, la construction de 2 millions de lignes téléphoniques à Bangkok, un probable prix de consolation puisque l’on put penser que sa rémunération était probablement plus importante que les 1.000 dollars de sa solde ? Bien avant sa démission, il révéla son souhait de quitter l'armée et la politique pour devenir patron : « j'ai des amis qui m'ont offert un emploi payé 100 fois plus que celui d'aujourd'hui. Non, pas 100 fois plus, 1.000 fois plus » (Interview « Entretien avec le général Suchinda Kraprayoon  - Anand in review », supplément du Bangkok Post, 13 mars 1992, p. 12.35 cité par Baffié). Kaset Rojananin se retrouva président  de Thai Airways International,  autre prix de consolation. Il s’y rendit célèbre - remercions-le  -  en s’attachant à la beauté physique et au sourire des hôtesses plutôt qu’à leurs qualités de philosophes.

 

(3) En réalité, Narong n'a jamais  été poursuivi « fautes de preuves ». Toutefois après les élections de 1995 alors qu’il était en passe de devenir ministre de l’intérieur, il fit à nouveau l’objet d’accusations dans les médias de participation à des activités criminelles. Mais la Cour suprême de Thaïlande a condamné tous les journaux responsables de cette diffusion notamment le Khao Sot (ข่าวสด), grand diffuseur de ragots.

 

(4) Nous le retrouverons en 2014 participer au Conseil national pour la paix et l’ordre (National Council for Peace and Order - คณะรักษาความสงบแห่งชาติ).

 

(5) Cette nomination laisse à penser que sa reculade ne fut qu’une manœuvre destinée à permettre à Suchinda d’occuper un poste qu’il s’était juré de ne jamais occuper.

 

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 22:04
236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Hormis trois brèves périodes (1973-1976), des dictateurs militaires plus ou moins farouches se sont succédé au pouvoir pratiquement sans interruption depuis le coup d'Etat de 1932. Nous sommes entrés avec Prem, succédant aux « tueurs de la Chaopraya », dans ce que certains ont appelé la « Premo-cratie » ou la « démocratie à demi-cuite » de 1980-1988, singulière démocratie dans laquelle un premier ministre non élu doit sa place à l’armée et à l’onction royale, dissolvant trois fois le parlement et constituant les gouvernements à son gré au milieu de politiciens avides de prébendes. Les seuls tabous, nul ne peut ou n’ose y porte atteinte, c’est la trinité, le roi, l'armée et le bouddhisme avec pour fond idéologique un anticommunisme primaire, secondaire et tertiaire « Kill the red » aurait dit Chatchai à une époque où le terme ne représentait pas ce qu’il représentera vingt ans plus tard. 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Certes, une large amnistie jointe à d’autres paramètres ont permis d’éradiquer l’insurrection communiste mais corruption et inégalités sociales continuent à polluer la société.

 

Le général Chatchai va donc succéder à Prem. Nous avons vu dans quelles conditions il fut porté au pouvoir avec des élections marquées par une forte participation, 16 partis en lice ayant obtenu de 0 à 87 élus, 14 représentés à la chambre, des élus de toutes les couleurs de l’arc en ciel et une coalition majoritaire.

 

On peut s’interroger sur le support idéologique de tous ces mouvements pour autant qu’ils en aient eu un ou s’il s’agissait de créations de circonstances par une clique de politiciens pour la plupart animés du désir de participer au partage du gâteau et se livraient pour ce faire à une véritable guérilla. Bonnet-blanc et blanc bonnet, 16 mouvements représentant en réalité trois tendances, ce que l’on appellerait chez nous une droite molle, une droite musclée, une gauche (très) molle et peut être une quatrième, l’émergence d’un mouvement « populiste » dans le parti que rejoindra Thaksin  Chinnawat (ทักษิณ ชินวัตร) en 1994.

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Chatchai est donc nommé premier ministre par décret royal du 4 août 1988 et le 9, il  forme son cabinet. Il est  étoffé, 45 ministres dont 10 militaires, les alliances ont leur prix. Chatchai est à la fois premier ministre et ministre de la défense. Il s’adjoint trois-vice-premiers ministres: Pong Sarasin (พงส์ สารสิน), du parti d’action sociale,  Thianchai Sirisamphan (เทียนชัย ศิริสัมพันธ์) du Ratsadon, deux partis de la coalition et Phichai Rattakun (พิชัย รัตตกุล) du parti démocrate certes mais aussi représentant « le grand capital ». Rattakun démissionnera le 29 décembre1989, premier remaniement mais laissera la place à Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย), du même parti. Michai Ruchuphan (มีชัย ฤชุพันธุ์), ancien ministre de Prem, est « démissionné » le 4 janvier 1990, second remaniement. Le  beau-frère de Chatchai, Praman Adireksan (ประมาณ อดิเรกสาร) se retrouve ministre de l’intérieur mais sera le 9 janvier 1990, troisième remaniement, « déclassé » au rang de ministre de l’industrie, remplacé par Banhan Silpaacha (บรรหาร ศิลปอาชา), vieux compagnon de Chatchai lors de la création de son parti. Il y aura encore d’autres remaniements le 30 mars 1990, le 21 juin 1990, le 15 août 1990 et le 25 août 1990, correspondant à des évictions ou des démissions. Le 26 août enfin, ce sera le grand nettoyage : 9 ministres sont évincés, le plus important étant Pong Sarasin, et remplacés. Nous vous épargnons les détails de ces valses dignes des heures les plus sombres de nos 3ème et 4ème républiques. On comprend sans difficultés que lorsque le roi Rama V se pencha de concert avec son cousin, le prince Pritsadang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) sur la nécessité d’un changement dans le système de gouvernement et d’une ouverture progressive vers un régime démocratique, il ajoutait clairement qu'il était contre un parlement et les partis politiques ayant tout à la fois une vision probablement prémonitoire du caractère de ses sujets et l’exemple peu flatteur que donnait alors notre pays d’une république parlementaire.  

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Ne nous attardons pas sur la très longue déclaration de politique générale délivrée par le premier ministre au parlement le jeudi 25 août 1988. C’était la 45ème depuis 1932, mais nous trouvons dans ses débuts le rappel de la sainte trinité : « Le gouvernement doit respecter et protéger les institutions de la Nation, de la Religion et du Roi, être un gouvernement démocratique avec le roi comme chef d'Etat et mettre en œuvre par tous les moyens, le développement bien-être et de la prospérité nationale… » Et la confirmation de l’entrée du pays dans le régime des partis : « Le gouvernement doit promouvoir et soutenir le développement du rôle des partis politiques et du Parlement, dans le cadre d’un gouvernement démocratique avec le roi comme chef de l'Etat… générer la prise de conscience par les citoyens de leurs devoirs et leurs responsabilités et encourager leur participation dans la politique nationale et locale».

 

Mais sur le terrain, que va faire notre « playboy », « biker » vêtu de son « perfecto » le cigare au bec, amateur de bons vins, joueur de violon et de golf ? Une passion qu’il n’abandonne pas : rendant visite à Margareth Thatcher, il fut interrogé lors d’une conférence de presse répondant pour l’essentiel « no problem » aux questions des journalistes et à une dernière sur la position de son pays à l’occasion de la crise du golfe « Excusez-moi, je dois aller jouer au golf ».

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Réaliste dans sa politique étrangère, il améliore les relations avec les pays voisins, Vietnam, Cambodge, Birmanie et Laos, communistes ou pas pour le plus grand bien du commerce international. Son premier ministre des affaires étrangères, « Air Chief Marshal » Sitthi  Sawetsila (สิทธิ เศวตศิลา) qui avait occupé le poste du temps de Kriangsak est « démissionné » dans la dernière fournée, Chatichai considérant qu’il ne facilitait pas cette politique de rapprochement. Le roi s’empressera alors de le nommer membre de son conseil privé. Les relations avec les États-Unis vont s’en refroidir : lors des funérailles de l'empereur Hirohito à Tokyo le 25 février 1989 Chatchai a une discussion tendu avec le président Bush qui ne reconnaissait pas les régimes vietnamien, laotien et cambodgien et avait supprimé l'aide économique à la Birmanie en raison des violations des droits de l’homme par les militaires au pouvoir. 

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Dès après le coup d’état birman du 18 septembre 1988, Chatchai entretint de bonnes relations avec le nouveau régime, ce qui permit des investissements massifs des hommes d’affaire thaïs en Birmanie. Lors d’un voyage à Washington, dans un discours au « National Press Club », le 16 juin 1990, il exhorte les Etats-Unis à se joindre à la Thaïlande dans la transformation de la région pour faire d’un champ de bataille Est-Ouest un vaste marché. Un nouvel ordre se dessine en Asie du Sud-Est, il s’agit de combler le fossé entre les six nations non communistes et communistes. Il invite les entreprises américaines à accroître les investissements dans des domaines tels que le pétrole, la pétrochimie, l'électronique, les télécommunications et la gestion environnementale.

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Depuis 1986 la Thaïlande a économiquement dépassé les pays voisins – Laos, Birmanie et Indochine - par la rapidité de sa croissance, l'industrie y a pris le pas sur une agriculture cependant prospère, et, enfant chéri des investisseurs internationaux, elle passe pour devenir le « cinquième dragon » après Singapour, Hong-Kong, la Corée du Sud et Taiwan : l'économie thaïlandaise a été l'une des plus saines de la région, avec un produit national brut qui a progressé à un taux moyen d'environ 10,90 % en 1989 avec des pointes à 13 %.  La courbe de l’évolution du tourisme, de linéaire jusque dans les années 84-85, devient exponentielle. 

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Son slogan par rapport aux pays voisins, quel que soit le régime, est de ne pas se battre sur les champs de bataille mais sur les marchés. Il lance de nombreux projets d’infrastructure, par exemple une extension du réseau de télécommunication en partenariat avec T.O.T (« telephon of Thailand » « TOT Public Company Limited » ทีโอที), 3 millions de nouveaux numéros de téléphone, aménagement de la côte Est (Southern Seaboard) et développement du réseau routier et ferroviaire  en partenariat avec  l' « Autorité de transport rapide de masse » (« Mass rapid transit autority » การรถไฟฟ้าขนส่งมวลชนแห่งประเทศไทย). Tout ceci se place dans un cadre nouveau, un changement de l’équilibre entre le groupe des chefs militaires et des hommes d’affaire face aux politiciens locaux élus dont les mains ne sont pas toujours très propres qui souhaitent à leur tour « intervenir » dans l’attribution des contrats portant sur des milliards de baths nécessités pour soutenir l'essor économique spectaculaire du pays et son urbanisation rapide.

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Très rapidement, la presse anglophone va qualifier le gouvernement Chatichai de « Buffet - Cabinet » ce que nous pouvons traduire par « gouvernement gamelle » qui vend massivement contrats et concessions, le tout pour le plus grand profit personnel de quelques-uns et au détriment de la population dans son ensemble. C’est alors probablement la classe politique la plus cohérente, la plus ambitieuse et la plus corrompue que le pays ait jamais produit. Mais les masses rurales qui ne profitent pas de cette manne restent relativement satisfaites dès lors que les ressources de la terre permettent d’absorber la croissance continue de la population et que l'industrialisation fournit les emplois urbains pour leur surplus de main-d'œuvre. 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Toutefois le Roi, la veille de son anniversaire du 5 décembre 1990, inspectant la garde du Palais rend hommage aux forces armées « qui ont fait du bon travail dans la défense de la liberté et la souveraineté du pays » et le lendemain, dans son discours d'anniversaire, prononce de vives critiques sur les performances du gouvernement. Le 9 décembre, Chatchai démissionne … et est immédiatement redésigné comme premier ministre par son parlement un jour après sa démission qui n’était qu’une manœuvre pour réorganiser son cabinet. Le roi, docilement, consentit mais seulement quelques jours plus tard, le 14. Chatchai constitue alors un nouveau cabinet, avec toujours 45 membres, en parti les mêmes mais il ne présentera pas de déclaration de politique générale. Il fait toutefois – sans rire - une déclaration à la presse « Ma politique immédiate pour la deuxième administration Chatchai sera l'honnêteté et plus de compétence ».

 

 

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

En permettant à une faction de l'armée et à ses proches de s’enrichir sur les contrats gouvernementaux – le ministère le plus largement corrompu est celui de l’intérieur, celui de son beau-frère Praman Adireksan (ancien officier d’artillerie) puis celui de Bahan Silapaacha puis à nouveau celui de son beau-frère dans le nouveau cabinet - Chatichai a provoqué une faction rivale, dirigée par les généraux Sunthon Kongsompong (สุนทร คงสมพงษ์) commandant en chef de l’armée, son second Suchinda Kraprayoon (สุจินดา คราประยูร), et d'autres généraux issus de  la « classe 5 » de l'Académie militaire Chulachomklao.

 

C’est alors que survint le coup d’état du 24 février 1991, selon notre chronologie le 34ème depuis le début du siècle, qui se déroule sans effusion de sang et dans l’indifférence générale. La junte s’est constituée en « National Peace Keeping Conseil » ou « National assembly of state security » (« Le maintien de la paix nationale » คณะรักษาความสงบเรียบร้อยแห่งชาติ) qui transmettra le pouvoir le 1er mars à un civil, Anan  Panyarachun (อานันท์ ปันยารชุน) qui le conservera jusqu’aux élections de 1992. , 2013. 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Accusant le gouvernement de corruption massive et d’ « enrichissement inhabituel », la junte saisit alors les avoirs (en Thaïlande …) de Chatchai et de neuf membres de son cabinet, à savoir : pour Chatichai, premier ministre, 284 millions de bahts, soit environ 11 millions de dollars de l’époque -  608 millions pour son ministre du commerce, 335 millions pour l’un de ses vices-premier ministre, 336 pour le ministre des transports, seulement 139 millions pour Praman Adireksan, le beau-frère et ministre de l'Intérieur et misérablement,  61 millions pour le ministre du commerce. Ne parlons pas de ceux qui manquent, une misère. Elle met aussitôt en place un comité chargé d'enquêter sur ces enrichissements massifs. La Cour suprême statuera quelques temps plus tard, ordonnant la restitution des richesses saisies considérant que la procédure avait été illégale et que le comité d'enquête avait travaillé en dehors de tout contrôle judiciaire puisqu’il était composé des membres de la junte.

 

 

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

Chatichai part quelques temps en exil en Angleterre puis dans son domicile suisse mais retournera très vite dans l’arène politique fondant en 1992 le Parti du développement national (National Development Party, ou Chat Pattana Party พรรคชาติพัฒนา), il sera élu député dans sa circonscription de Nakhon Rachasima. Parti se faire soigner d’un cancer à Londres, il y décède le 6 mai 1998. Chuan Leekpai (ชวน หลีกภัย) son adversaire du parti démocrate déclare à la presse que son cabinet avait observé, le lendemain de son décès, une minute de silence en sa mémoire et ajoute « Je présente mes plus sincères condoléances à sa famille et aux membres de son parti ».

 

Hypocrisie des éloges funèbres ? L’histoire en a commencé par celui de César prononcé par Antoine qui fut partiellement à l’origine de son assassinat.

236 - LES DEUX GOUVERNEMENTS DE CHATCHAI DU 4 AOÛT 1988 AU 9 DÉCEMBRE 1990 ET DU 9 DÉCEMBRE 1990 AU 23 FÉVRIER 1991.

SOURCES :

 

La page Wikipédia en thaï : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise et surtout contient de nombreuses références justificatives.

Même observation pour la page du National Peace Keeping Conseil , en thaï évidemment :

https://th.wikipedia.org/wiki/คณะรักษาความสงบเรียบร้อยแห่งชาติ

 

Nos articles

 

A - 194 « LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885 ».

214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »,

229-1, 229-2 et 229-3 sur les trois années de chaos,

232 « INTRODUCTION AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOUT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS) »,

233 « CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM »,

234 « LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE »,

235 «  QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ? ».

Lambsdorff Johann Graf et Froeliger Nicolas. « De la propension des exportateurs à verser des pots-de-vin. L'impact sur les Echanges » In: Tiers-Monde, tome 41, n°161, 2000. Corruption, libéralisation, démocratisation. pp. 89-116  (http://www.persee.fr/doc/tiers_1293-8882_2000_num_41_161_1052).

 

Jean-Louis Margolin. « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In: Politique étrangère, n°3 - 1992 - 57 année, pp. 571-583 (http://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1992_num_57_3_5841)

 

Matias Warsta « CORRUPTION IN THAILAND », International Management: Asia, Swiss Federal Institute of Technology, Zurich, 22 avril 2004.

 

Orathai Kokpol  « Electoral Politics in Thailand ».

 

Jean Baffie et Xavier Oudin « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande » in : Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale, octobre - décembre 1995.

 

KATHERINE A. BOWIE « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in: The Journal of Asian Studies, Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511.

 

Chattharakul Anyarat « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. (2010),

 

Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State » in: Social Anthropology and ethnology, University of Copenhagen

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 22:29
235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

 

Cet article n’est pas un article d’ « actualité » mais un article d’histoire même si cette histoire n’a guère plus d’un quart de siècle. La situation qu’il décrit a été bouleversée dans les dernières années du XXème et les premières du XXIème siècle. On peut avoir quelques peines à imaginer l’évolution fulgurante des moyens d’information et de communication depuis lors, quelle modeste maison de village n’a pas actuellement un ou plusieurs postes de télévision, autant de téléphones portables que d’occupants sinon plus, des ordinateurs ou des tablettes avec un accès à Internet pratiquement généralisé sur l’ensemble du pays ?

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Imaginez qu’au début du siècle seulement, un étranger n’avait droit à un téléphone ou une ligne téléphonique que s’il justifiait d’un permis de travail, que les accès Internet était rares et couteux, que – hors zones touristiques – l’accès aux télévisions étrangères nécessitait de couteux abonnements. Imaginez qu’à la même époque la couverture de la téléphonie portable était défaillante dans la plus grande partie des campagnes thaïes et qu’ils n’avaient accès – lorsqu’ils avaient la télévision qu’à de rares chaines qu’ils accrochaient avec une antenne – râteau. La « conscience politique », qui n’existait alors que dans les villes et chez les étudiants, a cru de façon tout aussi exponentielle que les nouvelles technologies. Nous avons souvenir de la déclaration à la télévision d’une électrice rurale lors d’une manifestation « rouge » en 2010 « Les gens de Bangkok ont déjà la belle vie,  ils n'ont pas besoin des élections ni de changement, nous, si ! ».

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Dans un article précédent (1), nous avons abordé la question des élections du 29 juillet 1988 qui ont conduit à la victoire du parti de Chatchai et à son élection par le parlement comme premier ministre. C’est, à cette date, la participation la plus massive de l’histoire de la « démocratie thaïe » (2). Nous nous sommes alors posé brièvement la question de savoir dans quelle mesure il était possible de parler de la « sincérité » de ce scrutin, résultat essentiellement d’un vote massif des campagnes en faveur du parti de Chatchai et de ses alliés. Nous disions alors « Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés ». Nous avions abordé de façon sommaire cette question à la suite d’un article de « The Nation » selon lequel beaucoup plus de la moitié des Thaïs étaient disposés à monnayer leur vote et près de 80 % confirmaient l’existence de cette pratique ?  Tel était le sens de notre article 10 publié avant les élections de 2011 «  Corruption ou coutume ?  Il y a corruption et corruption » (3).

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Quel était le contexte en 1988 ? Notons tout d’abord que, si nous disposons des résultats sur le plan national, nous n’avons – malheureusement - pas pu trouver le résultat détaillé province par province mais nous avons tout de même celui de Bangkok qui devait élire 37 députés. Le taux de participation y fut dérisoire : Selon les circonscriptions, 37,50 %, 44,32 % et 31,52 %. Le parti de Chatchai n’y obtient aucun siège mais celui, son allié, Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช), le « prachakonthaï » (parti de la Thaïlande - พรรคประชากรไทย) en rafle 20 (sur les 31 qu’il fit élire dans tout le pays) et « Palang Dharma » (la force de la vertu – พรรคพลังธรรม), parti activiste religieux sinon mystique de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง) autre parti allié, gouverneur de Bangkok, en obtient 10 sur les 15 élus sur le plan national.

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Mais quel est plus généralement le cadre de cette élection ?

 

Le dernier recensement dont nous disposions est celui de 1983 (ils ont lieu en principe tous les 10 ans). Il y a à cette date 75 provinces (จังหวัด), 877 amphœ (อำเภอ), 7.255 tambon (ตำบล) et 74.900 villages (หมู่บ้าน), là où vivent l’immense majorité des 63.389.730 thaïs ! (4). Combien d’habitants dans les villes ? Nous n’avons pas la ventilation détaillée et nous devrons raisonner par extrapolation par rapport au recensement de 1970 qui a fait l’objet d’une étude de Jacques Vallin (5). La population est alors de 34.397.000 et la population citadine de 4.366.000 en ce compris Bangkok (6). En 1983 l’augmentation est de (environ) 54 % en 1983. La population citadine est donc au minimum de - environ 6.725.000. Il y a donc approximativement 55 ou 56 millions d’habitants dans les campagnes, probablement 12 ou 13 % de la population. Pourquoi vous inonder de chiffres ?

 

Tout simplement parce que ce sont ces « ruraux » probablement assistés des ruraux devenus citadins expatriés par nécessité qui retournent systématiquement au village pour voter (7) dans les bureaux de vote de bas des quelques 75.000 villages, « communauté » de base dont la population ne dépasse jamais quelques centaines d’âmes qui firent l’élection de 1988.

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La révolution sans effusion de sang de 1932 a supprimé les 10 monthons (cercles),  aboli les monthon et créé la subdivision administrative actuelle. Il est alors des personnages importants dans l’administration locale : le kamnan (กำนัน), fonctionnaire choisi parmi les chefs de village et responsable du tambon sous emprise directe du nai amphœ (นายอำเภอ) et qui règle les affaires locales de concert avec le phuyaiban (ผู้ไหญ่บ้าน) que l’on traduit habituellement par « chef de village » mais qui signifie littéralement – le terme est parlant – « personne importante du village ». 

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Le kamnan doit rapporter chaque mois à l'officier de district les événements dans sa commune. Il rencontre ses chefs de village à son domicile pour les informer des nouvelles procédures gouvernementales ou pour régler les conflits mineurs dont l'importance est pas assez grand pour être porté à l'attention du responsable du district. Les questions le plus souvent soulevées concernent les problèmes d'irrigation commune, gérés en grande partie par les paysans eux-mêmes. Les chefs de village doivent – sauf urgence – faire rapport de leur activité   au kamnan avant la réunion mensuelle tenue au bureau du nai amphœ. Le kamnan est en charge de l'état civil et des problèmes de santé; il doit signaler les naissances et les décès dans la commune tous les mois à l'officier de district. Le chef de famille est responsable de la déclaration de la naissance d'un enfant dans les quinze jours devant le kamnan dont dépend sa commune, ce qu'il fait en rapportant la naissance à son propre chef de village. Les décès doivent être déclarés dans les vingt-quatre heures. La déclaration des décès est gérée par le « médecin du village » dont nous parlerons plus bas, il constate la mort, puis transmets au chef du village qui transmet à son tour au kamnan. La brièveté du délai de 24 heures relève d la nécessité de prendre toutes mesures utiles en cas de maladie contagieuse.

 

Ce sont ces chefs de village qui sont à la base de la démocratie locale, laquelle devait, selon l’opinion de Rama V constituer un début vers la lente marche de son pays vers une démocratie élective (8). Ce régime fut en vigueur jusqu’aux réformes administratives de 1992 – 1994 (9) et sérieusement battu en brèche par le régime issu du coup d’état du 22 mai 2014 du général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์ โอชา) (10).

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Le chef de village est élu par les hommes et les femmes du village. Il l’est pour un mandat de 5 ans mais il existe de nombreux exemples d’élection ne fixant pas de terme fixe et de chefs de village continuant à servir tant qu'il conservait la confiance et le respect de ses villageois. Il n’était alors rare pour un chef de village respecté de conserver son poste jusqu'à sa mort ou à la retraite. Mais retiré en général à 60 ans, de concert avec d'autres vieillards du village, il pouvait  servir de conseiller informel au nouvel élu et exercer une grande influence sur la vie du village. L’élection se fait lors d’une réunion de tous les adultes qui souhaitent voter. Chaque ménage sera représenté par au moins un membre adulte. Il n'y a pas de campagne électorale : le chef sortant et son conseil informel des aînés recommandent un ou deux candidats d’expérience, hommes respectés du village et ces conseils sont unanimement suivis. L’élection est publique et à la majorité simple. Habituellement, le candidat le plus populaire sera l'assistant du chef et il est habituellement élu : familier des démarches administratives, en rapport direct avec le kamnan et le nai amphœ, il s’est en général acquis le respect des villageois.

 

Une première observation peut nous étonner sinon choquer, le vote n’est en général jamais secret. N’épiloguons pas sur les avantages respectifs du vote public et du vote à bulletin secret (11). 

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Par ailleurs, si la Chefferie confère prestige et honneur à l’élu, elle comporte de lourdes responsabilités et exige un temps considérable. La rémunération payée par le gouvernement central est notoirement insuffisante. Le chef ne peut se dispenser de faire des contributions fréquentes au temple, pour les mariages et les funérailles, et de fournir de la nourriture, de noix de bétel, des liqueurs, cigarettes et cigares. Seul un villageois relativement prospère peut se permettre d'être chef, un jeune homme compétent a peu de chance d'être élu. Il faut encore signaler l’existence du mouban (หมอบ้าน) littéralement le « médecin du village » qui n’est pas un vrai médecin, il n'a pas de formation médicale moderne, mais il est versé dans la tradition médicale indigène voire la sorcellerie. Son rôle fut pratiquement officiel jusqu’avant la seconde guerre mondiale. Il n’a certainement pas disparu de nos villages à ce jour quoique plus discret. Il était utilisé par les responsables de la santé de district pour diffuser des informations aux villageois sur la santé et les maladies, vacciner les bébés du contre la variole, délivrer des médicaments occidentaux, signaler les cas de maladie grave aux responsables du district. Charlatan peut-être mais le plus souvent assez intelligent pour comprendre les rudiments de la médecine moderne et susceptible de coopérer avec l'agent de santé de district tout en pouvant faire œuvre de guérisseur. 

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N’ayons garde d’oublier l’abbé du temple qui joue le plus souvent, via l’école du temple, le rôle de l’instituteur du village et celui – en  dehors du système judiciaire – de « juge de paix », tout autant que celui de l’Iman  dans les provinces mahométanes du sud. Lorsqu’il existe une école publique, l’instituteur respecté car instruit.

 

C’est dans ce cadre fortement hiérarchisé et « verticalisé » (13) que vivent les habitants dont la plupart des habitants ne sont jamais allé au-delà du chef-lieu de la province et situent leurs problèmes au niveau du quotidien : entretien de la voirie, amélioration du service de l’électricité, création d’un service de distribution publique de l’eau – problème crucial pour un paysan – notre namprapa (น้ำประปา) beaucoup plus que les questions de politique générale intérieure et encore plus extérieure.

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C’est évidemment toujours dans ce cadre qu’il faut parler des élections de 1988 et d’avant et peut-être dans une moindre mesure de celles d’après. Nous avons vu (note 2) que depuis les premières élections, le taux de participation a augmenté de façon significative. Mais la proportion d’analphabètes chez les personnes âgées reste importante, notamment chez les femmes, probablement encore 70 % dans le dernier quart du siècle dernier, ce sont d’ailleurs elles qui constituent le plus fort des troupes abstentionnistes. Fort peu d’électeurs  voient ou entendent les candidats qui ne font pas « la tournée des popotes », lisent les journaux ou prennent un véritable intérêt pour les élections nationales, le suffrage rural y reste encore étranger. Il y a encore fort peu de radios, encore moins de télévisions et il n’y a guère que les chefs de village, les abbés et les instituteurs qui lisent les journaux. Les instituteurs doivent souvent faute de moyens se mettre à plusieurs pour partager le coût d'un abonnement.

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Quelques semaines avant une élection, les chefs de district donnent instructions aux chefs de village pour encourager leurs villageois à voter; les chefs rassemblent la population pour l’inciter à voter, instruire ceux qui ne l’ont jamais fait de la façon de procéder et attribuer un numéro d'enregistrement à chaque personne ayant le droit de vote. La liste des inscrits est envoyée par le chef du bureau de vote local (le plus souvent l'école primaire la plus proche) et des scrutateurs sont nommés pour le dépouillement. Le jour précédant les élections, le chef de village envoie son assistant dans tous les foyers pour leur rappeler que l'élection aura lieu le lendemain. Si l’électeur n’a jamais ni vu ni entendu ni rien lu des candidats, il lui est constamment rappelé que l'élection aura lieu. 

 

Le plus souvent, aucun des candidats n’a visité le village, aucune « littérature de campagne » n’a été distribuée, et comme la plupart des habitants ne lisent pas les journaux, bien peu ont une idée claire des enjeux de la campagne. Les villageois ont fait leur choix en partie sur la base de ce que le chef de village, l’abbé du temple et le maître d'école leur ont appris au sujet des candidats, en partie aussi sur la proximité de la ville natale du candidat. Même inconnu, un homme de la ville la plus proche, est considéré comme un enfant du pays obligatoirement meilleur que ses rivaux venant des régions les plus éloignées de la province. Les électeurs doivent simplement être âgés de plus de 21 ans. Une technique fort simple est utilisée pour favoriser le choix des illettrés : Chaque candidat reçoit un numéro. Ces numéros sont imprimés en chiffres thaïs (même les illettrés connaissent les chiffres thaïs). Là, le scrutin est secret : L'électeur peut alors passer dans l'isoloir, effectuer son choix, placer le bulletin numéroté dans l’enveloppe officielle, elle doit être scellée pour assurer le secret et aller pointer sur la liste d’émargements avant de mettre l’enveloppe dans l’urne. Le scrutin terminé, les urnes sont envoyées à l’amphœ le plus souvent sous escorte policière, le dépouillement a lieu et les résultats  téléphonés ou télégraphié vers le chef-lieu.

 

Un bureau de vote dans la campagne (2008) :

 

 

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Fort curieusement, la question de la sincérité des scrutins ne fut guère agitée avant les années 1990 mises à part, ponctuellement, les fraudes massives alléguées probablement non sans raison à l’occasion des élections de 1957 (2). Peut-être simplement parce que les problèmes – réels – se sont surmultipliés à partir de cette époque de façon spectaculaire. Il est vrai aussi que le nombre des élections a été multiplié - parlement, sénat, municipalités, conseil provincial, conseil de sous-district, etc…  Les Thaïs et surtout les candidats sont devenus les plus expérimentés au monde tant dans la façon de voter que dans celle de « faciliter » les résultats.

 

Nous savons que le clan « Choonhavan » (« Soi Rajakru ») est richissime, ses alliés Samak Sundaravet et Chamlong Srimuang ne le sont pas moins même s’ils prêchent la vertu. Cela a pu lui permettre de constituer un réseau relationnel puissant au niveau des gouverneurs de province et par eux des responsables des tambon et des amphœ et par ces derniers encore sur les chefs de village. Dans un contexte de petites ou toutes communes rurales, de toute évidence le chef de village pouvait raisonnablement prédire le comportement des électeurs. Ce n’est pas la politique du futur gouvernent à l’égard du Cambodge ou de la Chine qui préoccupe nos paysans, mais, beaucoup plus importante, la question de l’installation de l’eau courante ou du pavage des chemins de terre impraticables en saison des pluies. Nous n’entendrons parler que beaucoup plus tard de manœuvres tortueuses, inscription d’électeurs fictifs, campagnes violentes et « persuasives » par l’intimidation. Un rapport de synthèse significatif (13) sur les élections de 2001 (nous ne sommes plus en 1988) établi par un membre de la commission électorale et du « Réseau asiatique pour des élections libres (ANFREL) », organisme privé créé à Bangkok en 1997 et dépendant de l’ « International  Institute for Democracy and Electoral Assistance » est effrayant…à tel point que l’auteur – qui a examiné les 1920 plaintes soumises à la commission électorale à la suite des élections de 2011 a cru devoir préciser en fin d’article qu’il préférait laisser son vrai nom de côté  et « The Asia Foundation » préciser que ses propos n’engageaient que lui. On peut le comprendre lorsqu’il cite le nom d’un « parrain » politique d’une province proche de Bangkok qui aurait dit volontiers « Je n’ai pas d’ennemis, ils sont tous morts ». Mais selon lui, ces turpitudes se sont surtout développées dans le cadre de la constitution de 1997 (actuellement obsolète) et à l’avènement de la décentralisation et le développement d’une administration locale élective. Pour lui, opinion que l’on n’a pas l’obligation de partager a donné lieu à des distorsions et des écarts de voix énormes que l’on ne saurait connaître dans une démocratie avancée : Dans le nord-est, le parti « phua thaï » de Yingluck Shinawatra obtient 60 % des suffrages et le « parti démocrate » de Abhisit Vejjajiva moins de 10 %, dans le nord, la distorsion est moins flagrante, 50 % et 20 %. Mais la proportion s’est inversée dans le sud, 60 % pour le « parti démocrate » et 10 % pour le « phua thaï ». 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

On peut penser sans trop de mauvais esprit que les rivaux se tiennent par la barbichette.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Que penser enfin des « achats de voix » ?

 

Ont-ils existé de façon massive lors de nos élections de 1988 ? Le sujet a été traité de façon surabondante, des dizaines de pages « Google » sur le sujet « Vote-Buying in Thailand », un peu moins sur les pages francophones. Nous en avons consulté beaucoup et limité notre étude à l’une d’entre elle (14). La question est moins simple qu’il n’y parait.

 

Selon la légende, l'achat de voix aurait commencé de façon spectaculaire dans la province de Roiet en 1981, initiée par les militaires et se serait amplifié les années suivantes. Pauvreté des électeurs sans instructions ? Système de patronage ? Lors des élections, les banques auraient constaté des hausses massives de dépôt d’argent. L’achat des votes fait-il partie de la culture politique; cela ne fait guère de doute. Certes, si un électeur bénéficie de la générosité d’un un candidat, ce pourrait être considéré comme une mauvaise manière de ne pas le « rembourser ». Mais que se passe-t-il si l’électeur reçoit de l’argent de plusieurs candidats avant de voter à leur guise ? Nos auteurs citent un moine bouddhiste qui aurait déclaré qu'il n'y avait rien d’immoral à prendre l'argent d'un candidat et à voter pour un autre. Tout est dit ! Comment le donateur peut-il savoir ce que sera le vote du donataire dans le secret de l’isoloir d’autant que de longue date l’introduction des appareils photos et maintenant des téléphones est interdite dans les bureaux de vote, pas de possibilité de photographier subrepticement l’introduction du bulletin dans l’enveloppe. Il est par contre une certitude, nous la constatons tous les jours, les Thaïs sont sensibles au « paraître ». A peine d’être stigmatisé comme « khiniao » (ขี้เหนียว radin tout simplement) le candidat – surtout dans les élections locales – se doit d’offrir des billets ce qui nous semble relever de la même philosophie (si l’on peut dire) que les impressionnantes tournées d’apéritifs offertes, au moins dans les petites villes, par les candidats à la mairie ou à un poste de conseiller général (15). Mais il est une certitude, c’est que les distributions de billets par les candidats ou leurs représentants locaux reste une pratique massive, peut-on toutefois la qualifier d’ « achats de votes » ? Les électeurs de 1988 ont probablement compris, tout en empochant les billets,  que les candidats avaient le potentiel d'offrir plus d'avantages ayant plus d’impacts que quelques billets rouges ou bleus : dépenses d'infrastructure et projets de développement, sachant que s’ils ne respectaient pas leurs promesses ils en subiraient la sanction au scrutin suivant. C’est bien ce qu’a compris Taksin qui a complétement changé la donne par des promesses nationales attrayantes et surtout tenues.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Faute d’études sérieuses portant spécifiquement sur la période qui nous intéresse, il nous est difficile d’en dire plus mais nous en tirons une certitude, c’est que la démocratie en Thaïlande n’est pas comme le bon vin, elle ne s’améliore toujours pas avec les années.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

 

NOTES

 

(1) Article 233 « CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (08/08/1988-09/12/1990), « MISTER NO PROBLEM ».

 

(2) Un rappel :

Le 15 novembre 1933, premières élections législative de l’histoire, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants. Taux de participation de 41,50 %. (Voir notre article A 182 « Une journée d’élections peu ordinaire ! ») Le 7 novembre 1937, élections générales, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants : Taux de participation de 40,20 %. Le 12 novembre 1938, élections générales, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants : Taux de participation de 35,00 %. Le 6 janvier 1946, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 32,50 %. Le 29 janvier 1948, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 29,50 %. Le 26 février 1952, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 39,00 %. Le 26 février 1957, élections générales qui voient la victoire du parti de Phibun, le Seri Manangkasila  (พรรคเสรีมนังคศิลา), le taux de participation inhabituel (57.50%)  permet de supposer des fraudes massives ? Le 12 décembre 1957, élections générales : Le taux de participation retourne « à la normale », 44,10 %. Le 10 février 1969, élections générales : Taux de participation de 49,20 %. Le 26 janvier 1975, élections générales : Taux de participation de 47,20 %. Le 4 avril 1976, élections générales. Taux de participation de 44,00 %. Le 22 avril 1979, élections générales: Taux de participation de 43,90 %. Le 18 avril 1983, élections générales : Taux de participation de 50,80 %. Le 27 juillet 1986, élections générales : Taux de participation de 61.40 %. Le 24 juillet 1988, nous sommes donc à 63,60 %. Ce taux se maintiendra – mutatis mutandis – lors des élections à venir : 59,20 % le 22 mars 1992, 61.60 % le 13 septembre 1992, 62,00 % le 2 juillet 1995, 62,40 le 17 novembre 1996, 69,94 % le 6 janvier 2001, 72 % le 6 février 2005, 65,20 % le 2 avril 2006, 75,03 % le 3 juillet 2011, 64,08 % le 2 février 2014. 60 % enfin au référendum du 19 août 2007. Notons qu’aux élections locales de Bangkok du 30 avril 2006, la participation citadine varie selon les secteurs entre 35 et 40 % seulement.

 

(3) Voir notre article  10 « Corruption ou coutume ? »

 

(4) Nous avons vu dans notre article 4 « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan » que la population des campagnes dès l’origine s’est regroupée – pas d’habitat isolé - et a organisé des communautés de vie autour des points d’eau nécessaire à la vie et à la culture du riz et au centre de ses champs. Les fermes isolées ne se trouvent guère qu’aux immédiats environs des grandes villes. L’onomastique est significative : dans la liste actuelle des quelques 7500 tambon, nous avons relevé 139 Huay (หวั้ย – ruisseau), 435 nong (หนอง  – étang), 50 bo (บ่อ  – puits), 45 bung (บึง  – marais), 78 nam (น้ำ), 13 paknam (ปักน้ำ – estuaire) et 24 Hat (หาด – berges).

 

Cette vue aérienne est significative de la structure des villages en zone rurale. Elle représente sur le terrain 8 km x 6. Il s‘agit du tambon de Huaymek (province de Kakasin) situé dans l’amphœ du même nom (qui en comporte trois). Elle couvre 15 villages pour environ 9.000 habitants, étroitement regroupés autour de lacs créés de main d’homme depuis des temps immémoriaux (1) alimentés par de petites rivières (2). 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

(5) Jacques Vallin « La population de la Thaïlande » In: Population, 31ᵉ année, n°1, 1976. pp. 153-175; Jacques Vallin est un éminent spécialiste de la démographie.

http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1976_num_31_1_15934

 

(6) Quelles sont les villes en 1970 : Zone urbaine de Bangkok 3. 793.000 et, tout étant relatif, Chiangmai 93.000, Nakonratchasima 77.000, Pitsanulok 71.000, Udonthani 70.000, Hatyai 57.000, Ubonratchatani 52.000, Nakonsawan 51.000, Nakonsrithammarat 51.000 et Songkhla  51.000.

 

(7) Comme ils le font toujours non moins systématiquement pour les fêtes importants, Loikratong et nouvel an.

 

(8) Voir notre article A  194 « LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885 ».

 

(9) Voir Chaiyan Rajchagool « TAMBON ADMINISTRATION ORGANIZATION: ARE THE PEOPLE IN THE DRAMATIS PERSONAE OR IN THE AUDIENCE ? » publication de l’Université de Chiangmai, 2012.

 

(10) Si les motifs allégués sont louables – lutter contre la corruption – reste à savoir si l’utilisation qui en est ou en sera faire le sera.

 

(11) Les thuriféraires des deux Bonaparte, le 1er et le 3ème se plaisent à rappeler – un peu sommairement - que leurs deux coups d’état, celui du 18 brumaire et celui du 2 décembre reçurent une onction démocratique via le plébiscite. Celui du premier révélait une majorité digne du chef d’état d’une république bananière avec une participation de 20% d’électeurs qui ne votaient pas à bulletin secret mais devaient avoir le courage de signer sur un registre « oui ou non ». Il en était de même pour celui du troisième sous strict contrôle des sous-préfets et des curés. Mais loin de nous l’idée de comparer les deux situations !

 

(12) En Thaïlande rurale la monarchie jouit encore d’un respect qui a été plus ou moins fortement entamé dans les centres urbains; chaque fois que le roi rendait visite dans ses provinces des  régions rurales, les paysans travaillant au bord des routes se mettaient à genoux quand passait la voiture royale passe.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

(13) « Dark Reality to Vote Buying in Thailand » par un « Asia Foundation staff member », publication du 13 juillet 2011.

 

(14) Voir à ce sujet  « Vote-Buying and Reciprocity » par  Frederico Finan (professeur à l’Université de Berkley) et Laura Schechter (professeur à l’université du Winsconsin),  UW Madison, août 2011.

 

(15) Est-ce un bon exemple ? Après diverses péripéties judiciaires, les comptes de campagne de l’un d’entre nous, conduisant une liste aux élections municipales dans une petite ville de province comportaient – sur un total de 77.000 francs – ses factures de frais de « mission réception » pour plus de 15.000 francs et ont été homologués sans barguigner par le Conseil d’état en 1996.

 

AUTRES SOURCES

 

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

 

 

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