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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 04:06

TitreIntroduction.

Si vous suivez ce blog, vous connaissez déjà ce « héros national » thaï. Il est sans doute devenu auprès des Thaïs, grâce au formidable succès du film du Prince Chatrichalerm Yukol, le plus populaire des rois du Siam.* Et nos deux derniers articles, en nous servant des « Chroniques royales d’Ayutthaya »**, décrivent comment le jeune roi de Phitasalunok de 1571 (il a 16 ans), fils du roi Thammaracha, est devenu le héros de l’indépendance retrouvée d’Ayutthaya contre le royaume birman  d’Hongsawadi en 1584 et est devenu à la mort de son père, le roi Thammaracha en 1590, le nouveau roi du royaume d’Ayutthaya, (Sanphet II)  สมเด็จพระนเรศวรมหาราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 2) . Il avait 35 ans.


1/RAPPEL.  Nous le connaissons donc déjà.

  • Son père avait eu un destin étonnant.*** Il avait été le chef d’un complot qui avait assassiné la reine régente (du roi Yot Fa) et son amant  Warawongsathira, l’usurpateur, était devenu Prince Thammaracha de Phitsalunok, et ensuite le vassal du roi Birman, et son allié le plus efficace. pour conquérir Ayutthaya en 1569 et devenir le nouveau roi  d’Ayutthaya en 1569 (vassal des Birmans).

 

Thammaracha

 

  • Thammaracha avait aussi connu la joie de revoir son fils Naresuan, qui otage depuis 9 ans à Pegu du roi d’Hongsawadi Bayinnnaung, avait pu, en échange de sa sœur la princesse SuphanThevi, revenir au Siam pour être promu par son père comme le nouveau  roi de Phitsalunok en 1571 (ou 1572 selon de nombreuses annales),  et surtout  le voir reconquérir l’indépendance du royaume d’Ayutthaya en 1584. (Cf. notre article précédent 63).

2/ Certes les Annales et le film du Prince Chatrichalerm Yukol, diffèrent quelque peu sur le récit de cette indépendance retrouvée.

  • Les annales de 1680, disions-nous,  les moins incertaines dans la datation, nous apprennent qu’en 1582, « il constitue une armée pour défendre les frontières de l’est. » et qu’en 1584 Naresuan prend la décision de son propre chef d’intervenir contre le royaume d’Ava désirant se détacher de sa vassalité d’Hongsawadi.

 

  • « En effet, ce n’est plus un « ordre » que lui adresse le fils de Bayinnaung mais « une requête ». Après avoir recueilli l’avis de son père Thammaracha, Naresuan se porte au secours de MangOeng, toujours à la tête de « 100.000 hommes, 800 éléphants de guerre et 500 chevaux ». Il s’en retourne en vainqueur. » (…) C’est alors qu’à une date non précisée par les annales (mais en 1584 probablement) intervient l’événement majeur du règne de Thammaracha. Naresuan annonce de façon solennelle à ses chefs de guerre et à ses guerriers « le divorce » d’entre les deux royaumes jusqu’à la fin des temps. Le lien féodal est rompu ! C’est le père qui règne, c’est le fils qui prend la décision. »

 

declaration d'independance

 

  • Le film commence en 1581 à la mort  du roi birman Bhadimong (ou Bayinnaung). Naresuan est prié par son père, d’assister au couronnement de Nondabayin (« notre souverain », dit—il). Il lui indique qu’un refus équivaudrait  à une déclaration de guerre. Naresuan le constatera de lui-même puisque lors de la cérémonie de couronnement, la ville de Khang a refusé l’allégeance.****

Une expédition est alors  montée où Naresuan montre ses talents de stratège et gagne la guerre contre la ville de Khang, attisant la jalousie parmi les Birmans.

 

kingnaresuan10


Mais en 1584 ( ?), le royaume  d’Angoua (Ava ) veut faire sécession, et le film dit que c’est Nondabavin qui demande assistance à Naresuan pour rétablir l’ordre. Naresuan accepte avec l’accord de son père, le roi d’Ayutthaya, qui laisse entendre qu’ils regagneront un jour leur indépendance et qu’ils ne pourront pas rester indéfiniment « esclaves » (ce sont ses mots).

Mais le roi Nondabavin tente d’assassiner Naresuan. Le complot est déjoué. Le prince héritier Naresuan,  déclare alors la guerre  au royaume de Hongsawadi et regagne l’indépendance d’Ayutthaya.

  • Wikipédia donne une autre version  quelque peu fantaisiste et prétend qu’ « en 1584, 3 ans après la mort de Bayinnaung,


Bayinung


  •  le royaume d'Ayutthaya cessa de payer son tribut à la Birmanie, ce qui déclencha évidemment une attaque vigoureuse de celle-ci. Naresuan la repoussa et, en 1586, il occupa le Lanna, un état tampon entre les deux royaumes. »

Bref, quelles que soient les circonstances, Naresuan est de fait dès 1581, le roi du royaume d’Ayutthaya, même s’il rend hommage à son père, et préserve les apparences et attendra la mort de son père pour devenir officiellement en 1590 le nouveau roi  d’Ayutthaya, Sanphet II.


                                                              ______________________________

 

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont présenter son règne (1590-1605) en 73 pages.(Elles ne consacreront que 35 pages  pour huit rois de 1605 à 1656 !).


On y voit essentiellement un roi et son frère Ekathotsarot assurer la défense du Muang reconquis contre les Birmans et même l’étendre à Chiang Mai, Tenasserim, Tavoy, Martaban, le royaume khmer de Lawaek, attaquer Ava et assiéger Toungoo.


Le roi Naresuan transmettra à son frère un grand royaume, peut-être le plus grand depuis le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng (1278-1327) (Cf. la stèle de 1292 qui donne la liste des cités vassales du royaume de Sukhotai).

 

ekathotsarot-r-1605-1610-sovrano--L-60jihc


Les Chroniques vont donc décrire « à leur façon » ces différentes « guerres », à savoir :

  • Les guerres contre les Birmans. (La campagne de 1591 qui se termine en 1593 (Wikipédia précise même le 18 janvier 1593) par le fameux duel à dos d’éléphants entre Naresuan et le vice-roi d’Hongsawadi Chaophraya Prap Trai Cak (MinchitSra ?), la guerre de 1594-1596, le siège de Toungoo (1600 ?))…

 

kingnaresuan12

 

  • L’attaque de Martaban, d’Hongsawadi et Toungo (le conflit Moulmein/Martaban) (une vingtaine  de pages)
  • La vassalisation de Chiang Mai, vassal alors d’Hongsawadi(1593 ?) (2p.), le soutien d’Ayutthaya à Chiang Mai contre les Laos de Lan Chang (1p.) et les conflits d’allégeance de Phra Ram Decho avec Chiang Mai et la succession de Hsenwi(1p.)
  • Les guerres et la vassalisation du royaume khmer de Lawaek (1590, 1594, et une succession à régler, 1601, 1603) (env. 13 p.)

 

kingnaresuan13

 

  • La prise de Tavoy et de Tenasserim (3p.), et la révolte de Tenasserim (3p.)
  • Un chapitre confus  avec le Lan Na (10p.)
  • La guerre contre Ava (1604)  qui débouche sur une visite ( ?) à Chiang Mai.

 

foot-soldiers-innwa

  • et la mort du roi Naresuan à Hang Luang en 1605.

 

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Il suffirait alors  de suivre les « Chroniques royales », d’aborder guerre après guerre, et d’en donner les principaux éléments, leurs causes, les forces engagées, la stratégie suivie, les faits marquants, et les conséquences.

Mais si les Chroniques suivent une certaine chronologie, elle est comme souvent incertaine. On passe d’un événement à l’autre sans transition, pour revenir parfois à la suite d’un événement antérieur sans préciser la hiérarchie et l’importance des conflits et guerres traités, ni leurs relations. Il n’y a donc aucune synthèse proposée, ni point de vue géopolitique à un moment donné.


Une énigme ? 

Il s’agit toujours pour nous de chercher à comprendre, de chercher du sens, là où il n’y a que des bouts de chroniques sans lien entre elles le plus souvent, mêlant l’imprécision la plus totale avec le contenu de lettres royales ou de compte-rendus de  Conseil privé du roi, pourtant non accessibles car de caractère sacré.


Mieux, ces lettres sont rapportées de façon identiques par 4 ou 5 versions (donc à des époques différentes), et laissent donc supposer qu’elles ne proviennent que d’une source. Mais laquelle ? Certes, on pense à une reconstitution, mais pourquoi alors, ne le font-ils pas pour « raconter » la guerre, pour proposer une cohérence significative, un récit. 

 

La chronique racontée peut comporter de nombreuses lignes consacrées aux rêves, prophéties, interprétations des auspices et augures, rites parfois,  de nombreuses pages à la description des processions de départ à la guerre qui peuvent aller jusqu'à’ à deux pages et plus (pp.128-129) par exemple pour décrire l’ordonnancement de la procession, les rangs et couleurs, l’ornementation et la musique, le nom des généraux avec le nom de leurs éléphants (1 page), sans oublier le rappel incessant des noms et titres des protagonistes qui pour  Ekathotsarot donne par exemple : « The Supreme Ekathotsarotisuan, Paramount-Refuge and Reverence , Holy-Buddhist-Lord-Over-All » ou en plus court « the Suprem-Holy-Younger-Brother-of-the King-Lord », et sans oublier les formules de politesse pour toute déclaration, ordre royal, et  lettre. comme par exemple celle du gouverneur de la ville de Moulmein demandant son appui aux rois Naresuan et Ekathotsarot (*****Cf. un exemple en note).


Bref, l'histoire de nos chroniqueurs n’a rien à voir avec ce que nous pouvons entendre par l'histoire en Occident.

Tentons, malgré tout, de proposer un « aperçu » de ces guerres et conflits qui ont jalonné le règne de Naresuan pendant 15 ans. (Cf. articles suivants)

 


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*A 51. Cinéma thaïlandais : La Légende de Suriyothai de ChatrichalermYukol (2001) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

 

La Légende de Suriyothai est un film thaïlandais réalisé par ChatrichalermYukol* en 2001, racontant l'histoire de la Reine Suriyothai, participant à côté de son royal époux à une bataille en 1548 contre les envahisseurs birmans, et se sacrifiant pour sauver la vie de son roi Chakkraphat Maha (1548-1569) et de son royaume.

 

legend of suriyothai16


Elle donnait chair aux histoires des héros nationaux racontées dans les manuels scolaires (par contre, Jiratticorn avoue ne pas savoir quand exactement Suriyothai est arrivé dans les livres scolaires.). En effet, tous les jeunes enfants thaïs ont appris à admirer leur princesse Suryothai, son héroïsme, son courage face à l’ennemi, son sacrifice pour son pays et son  royal époux. 

A55.  Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html 

**

62. Le prince Naresuan roi de Phitsanulok, 1571. 

63. Ayutthaya retrouve son indépendance en 1584 et la fin du règne de Thammaracha. (1590)

 

wallpaper-King-Naresuan-Naresuan-2006-1


On pourrait rajouter, outre les films, les statues, mausolée ( Nong Bua Lamphu :  Mausolée du Roi Naresuan.), peintures, reconstitutions historiques (à Surin par ex. pour la fête des éléphants), nom d'université (NaresuanUniversity (NU), dont le campus principal est situé à Phitsanulok, une province du nord de la Thaïlande, a été nommé d'après le Roi Naresuan le Grand), citations (par ex.: « Dans le sud-est asiatique, les éléphants furent utilisés au combat jusqu'à une période avancée du Moyen Âge. Au Siam, les éléphants de guerre étaient très prisés et les chefs de guerre combattaient souvent à dos d'éléphant. En 1593, le roi siamois Naresuan tua le prince royal MinchitSra dans un combat singulier à dos d'éléphant, ce qui mit fin à la guerre contre la Birmanie.)

http://www.dndjunkie.com/civilopedia/fr-fr/UNIT_SIAMESE_WARELEPHANT.aspx

 

***Son père avait eu un destin étonnant Il avait été le chef d’un complot qui avait assassiné la reine régente (du roi Yot Fa) et son amant  Warawongsathira, l’usurpateur, et « intronisé » de fait le prince Thianracha (qui s’était retiré dans un temple), de devenir le roi Chakkraphat. Le nouveau roi l’avait fait  Prince Thammaracha de Phitsalunok,  et lui avait donné sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui  devint la princesse WisutKasatttri,  reine de Phitsalunok. Mais lors de la 3ème guerre contre les Birmans en 1565( ?), assiégé et n’estimant pas avoir eu le choix, le Prince Thammaracha s’était rendu au roi Birman et était devenu son vassal, et son allié le plus efficace. Il avait pris une part très active dans l’annexion d’Ayutthaya en 1569 et avait été récompensé et désigné par le roi d’Hongsawadi comme le nouveau roi d’Ayutthaya


****La cérémonie du couronnement, comprend l’appel des 20 états vassaux qui ont fait allégeance : « Siriké-étaya, Ksaeé, Yongraï, Prié, Batmo, Wattana, Chiengmaï, Na-a-ka-a, Lang chong, Tangoo, Veu-a-noï, Vena-a naï, Chantoung, Tan-o-sri, Tawaï, An-goua, Mo-yang, Mo- kong, Ayutthaya,  Phisalunok »


*****

Comme par exemple celle du gouverneur de la ville de Moulmein demandant son appui aux rois Naresuan et Ekathotsarot : 

 « Your Servant,  having been unable to find any refuge , would ask to take the holy and powerfull condition of constant power of the Holy-Feet-and-Supreme-Holy-Buddhist-Lords-Over-All-Who are possessed of enormous amounts of holy merit and enormous accomplishments just like the Supreme-Holy-Lord- Manahat-King-of-the-Four-Quarters-of Continent-and-Universal-Monarch,Who possessed holy royal power and excellent potency and a empire extending into all four of the great continents and having two thousand lesser islands as satellites as the venerable umbrella interposed over my head, and would ask for an army to advance to help protect the municipality”.


Ce qui pourrait donner :

 « Votre serviteur, ayant été incapable de trouver un quelconque refuge, vous fait la demande de prendre la puissante condition sacrée du pouvoir permanent du Pied-Sacrée-et-du-Suprême-et-Sacre-Buddhiste-Régnant-par-dessus-tous, qui possède une large quantité de mérite et d'accomplissement, comme le Monarque-Suprême-Manahat-Roi-des-quatre-directions-des continents-et-Monarque-Universel, qui possède les pouvoirs royaux sacrés, les pouvoirs puissants, un empire s’étendant sur l'ensemble des quatre grands continents ainsi que sur 2 000 îles mineures et satellites, comme vénérable ombrelle interposée au-dessus de ma tête, et demande également qu'une armée s'avance pour aider et protéger notre  municipalité. »

 

 Historical Atlas Of Thailand

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 04:02

independance (1)Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont donc raconter à quelle occasion et comment Naseruan, le Prince de Phitsalunok et fils du roi Thammaracha, va libérer le royaume d’Ayutthaya de sa vassalité avec le royaume birman d’Hongsawadi, pour retrouver son indépendance en 1584.

La mort du grand roi Bayinnaung en 1581 va modifier l’équilibre géopolitique de la Région.

 

Bayinnaung


1/ « La succession royale au trône de Hongsawadi » et les révoltes au sein du royaume.


« En 1569, le roi de Hongsawadi fut atteint de fièves et mourut. » Cette date est mentionnée dans les annales de 1685. Les autres le situent trois ans plus tôt et celles de 1680 ne mentionnent pas la mort du « roi des rois ». La disparition semble pourtant avoir eu lieu en 1581. Le grand ennemi d’Ayutthaya a disparu.


Les rapports de force vont changer.

« Son fils Mang Oeng qui était vice-roi lui, succéda et nomma à son tour son fils Mang Saem Kliat comme vice-roi. » Il semble que ses successeurs, tels ceux des bâtisseurs d’empire, furent incapables de le maintenir.

 

filsd de bayynung


« Quand le nouveau roi monta sur le trône, le royaume ne connaissait plus la paix, les villes de Rum et de Khang luttaient pour leur indépendance ce dont on avisa le roi Naresuan.  Il gagna la capitale, (Ayutthaya) prit les conseils de son auguste père et lui demande son autorisation pour apporter son aide au royaume de Hongsawadi. »


 « Le prince Naresuan et la campagne contre Rum et Khang »


Il nous a été impossible de savoir quelles sont ces deux villes qui luttaient pour leur indépendance ?

Après avoir pris connaissance de la situation au royaume de Hongsawadi Thammaracha lui donne son accord.  Naresuan retourne alors dans son royaume de Phitsanulok. Il organise une armée formidable, « 100.000 hommes, 800 éléphants de guerre et 500 chevaux » (1). Il attendit le moment propice annoncé par les mages, et monté sur son propre éléphant, conduisit son armée jusqu’à trois jours de marche de la capitale du royaume de Hongsawadi. Il annonça par lettre son arrivée à Mang Oeng qui organisa tous les préparatifs pour le recevoir. A l’arrivée de Naresuan, il lui dit « vous ne pouvez savoir l’immense plaisir que nous cause votre arrivée à la tête de vos troupes. En effet, profitant de la mort de notre royal père, toutes nos villes sont en plein désordre ».


Page56 MapS

Naresuan fit le point de la situation et dit au roi « Votre serviteur a été informé de cette situation et a pris la décision de vous porter secours ». ( Notez le « votre serviteur » du vassal) Mang Oeng donna alors l’ordre (un ordre !) à Naresuan, à son frère, au roi de Chiangmaï et au Prince Sangkhathat (probablement l’un de ses chefs de guerre ?) de partir à l’attaque des deux villes et de celle de Lan Chang ( ?).


Ne rentrons pas dans les détails de cette campagne qui connut d’abord les désordes d’une inévitable confusion entre ces différentes troupes, absence évidente d’une stratégie globale (2). Les alliés livrèrent un siège en règle de ces villes à grand renfort d’artillerie (toujours la compétence des Portugais en matière de guerre de siège et leur connaissance de l’artillerie ?), et firent un grand nombre de prisonniers ainsi que les gouverneurs des villes rebelles dont ils « firent présent » à Mang Oeng de retour à Hongwawadi.

Celui-ci couvrit Naresuan de cadeaux somptueux et donna ordre à toutes les villes situées sur la route du retour à Ayutthaya de lui réserver le meilleur accueil. Naresuan fit à son père un compte rendu des opérations, la victoire fut célébrée par des fêtes somptueuses et Naresuan s’en revint ensuite dans sa ville de Phitsanulok.

naresuan


2/ Ayutthaya  vers son indépendance.


« La reconstruction des fortifications d’Ayutthaya » 

Située, selon les annales en 1580 (annales de 1680, la date est la bonne), en 1571 ou en 1568, les annales ne nous disent pas si Thammaracha utilisa la science des mercenaires portugais et si elle traduisait une arrière-pensée, la prochaine rupture du lien féodal ?


« L’insurrection de Yan Pichian (1581) »


Difficile de dire ce que fut cette insurection que les annales situent avec une différence de 10 ans et quel était cette ville en révolte proche de Lopburi ? Seule la conclusion lapidaire en est intéressante, « les participants furent sévèrement chatiés ».


« Guerre avec Lawek »


Une nouvelle guerre avec le Cambodge ? Aucune des annales ne nous fait la grâce d’en citer la date. Quelle que soit l’indulgence que nous pouvons manifester envers des chronologies chancelantes, nous restons cois. Sachons simplement que le roi du Lawaek assiègea Petchaburi, ne put s’en emparer mais retourna (une fois encore) dans ses pénates avec un « grand nombre de prisonniers ».


« Le retour de Naresuan à Ayutthaya »


Il se situe en 1572 nous disent une partie des annales, en 1563 nous apprennent les autres ? Une certitude, il quitte Phithasnulok pour s’installer dans le nouveau palais qu’il s’était fait construire.

Les annales de 1680, les moins incertaines dans la datation, nous apprennent qu’en 1582, « il constitue une armée pour défendre les frontières de l’est. »


« La guerre entre le royaume de Hongsawadi et  le royaume d’ Ava ».


Elle intervient en 1584. Les forces centrifuges continuent à troubler l’ancien empire du « roi des rois ». Le royaume d’Ava s’agite pour obtenir son indépendance. Cette fois-ci, Naresuan prend la décision d’intervenir militairement, de son propre chef.

En effet, ce n’est plus un « ordre » que lui adresse le fils de Bayinnaung mais « une requète ». Après avoir recueilli l’avis de son père Thammaracha, Naresuan se porte au secours de Mang Oeng, toujours à la tête de « 100.000 hommes, 800 éléphants de guerre et 500 chevaux ». Il s’en retourne en vainqueur.

 

bataille


« La révolte des thaïs yaïs. »


Le royaume d’Ayuthaya subit alors une révolte dans les états Shan, région frontalière de la Birmanie. Le roi de Hongsawadi se porte au secours des insurgés, en vain...


3. « Naresuan rompt avec Hongsawadi », et le royaume d’Ayutthaya retrouve son indépendance en 1584.


C’est alors qu’à une date non précisée par les annales (mais en 1584 probablement) intervient l’événement majeur du règne de Thammaracha. Naresuan annonce de façon solennelle à ses chefs de guerre et à ses guerriers « le divorce » d’entre les deux royaumes jusqu’à la fin des temps.

 Le lien féodal est rompu ! C’est le père qui règne, c’est le fils qui prend la décision, sans – semble-t-il – en tous cas les annales ne nous le disent pas, avoir recueilli l’avis de son père ?


Sa proclamation sollenelle vaut d’être citée :


« Parce que le roi de Hongsawadi n'a pas respecté la fidèle amitié et la tradition royale parce qu’il a rejeté l'harmonie et de la vertu, parce qu’il s’est comporté sournoisement pour amener le malheur sur nous, la capitale et la métropole royale d’ Ayutthaya et le royaume de Hongsawadi ne formeront plus un seul royaume en or comme par le passé, mais ils seront complètement divorcés les uns des autres à partir de ce jour jusqu'à la fin du kalpa. »

 

कल्प

Un « kalpa »  est une notion astronomique et temporelle sanscrite qui nous semble correspondre à 311 milliards d’année, autant dire jusqu’à la fin des temps.

***

Pendant les neuf années qui suivirent, les Birmans tentèrent plusieurs fois de soumettre à nouveau le Siam, mais Naresuan avait pris toutes les mesures défensives nécessaires et repoussa les invasions. La Lawaek sentant probablement où souffle le vent est maintenant un allié. Des révoltes des princes de Phichaï et de Sawankhalok sont reprimées.

 

bataille 2


«  La guerre de 1585 et la victoire de Pa Mok »


L’opération militaire la plus sérieuse se situe en 1585, marquée par une alliance entre le royaume de Chiangmaï et celui de Hongsawadi qui attaquent au nord. Les Cambodgiens profitent évidemment de la situation pour attaquer au sud.

Batailles navales, batailles d’éléphants, charges de cavalerie, combats singuliers entre les chefs. Naresuan triomphe à la battaille de Pa Mok (probablement l’amphoe de la province d’Ang Thong ?).

 

elephant


Il triomphera également  contre les attaques birmanes en 1586 et 1587, avec souvent le concours signalé de son jeune frère. Ne revenons plus sur ces récits de batailles répétitifs, avec toujours un nombre invraisemblable de combattants, d’hypothétiques batailles navales, un héroisme marqué de part et d’autre et une chronologie toujours fuligineuse et les détails météorologiques (niveau des eaux, tremblements de terre en 1588 et 1589).

 

Prince Narusuan


4. « La mort de Thammaracha le grand».


Elle survint historiquement en 1590, date retenue par les annales de 1680, les autres la situant 11 ans plus tôt. Il avait 66 ans et avait régné 32 ans (33, c’est selon !). 


Etrange  destin que ce roi, qui avait été, nous l’avons dit,  le noble Khun Phirenthorathep, de lignée royale, qui avec  Khun Inthorapet, Mun Ratchasaneha et Luang Si Yot avaient réussi une conspiration  et assassiné la reine et Warawongsathira, l’usurpateur,  et proposé au  prince Thianracha (qui s’était retiré dans un temple), de devenir le roi Chakkraphat. Le nouveau roi l’avait fait  Prince Thammaracha de Phitsalunok,  et donner sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui  devint la princesse Wisut Kasatttri,  reine de Phitsalunok.


Il ne devait pas penser alors qu’il deviendrait l’allié du roi birman d’Hongsawadi, lors de « la guerre des éléphants blancs » en 1568.

 

Bayintnaung image


 Certes, il y avait été contraint, les troupes d’Hongsawadi en grand nombre était prêt d’écraser sa cité, avec les conséquences terribles pour  les hommes de sa cité. Il avait choisi d’obéir au roi d’Hongsawadi qui l’invita à se joindre à lui et à rejoindre son armée principale. Il était devenu le vassal des Birmans.


Nous avons raconté, comment il multiplia stratagèmes, initiatives et plan sanguinaire pour entrer dans Ayutthaya, comment  il joua un rôle essentiel dans la chute d’Ayutthaya en 1569.


Il fut « récompensé » par le roi birman d’Hongsawadi, qui le fit roi.


Il eut encore la fierté de voir son fils Naresuan reconquérir l’indépendance d’Ayutthaya en 1584. A sa mort en 1590, Naresuan monte sur le trône. Il a  35 ans.


Une autre histoire siamoise pouvait commencer.


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Conclusions ou « morale de l’histoire » ?

L’étude des sources birmanes au travers les travaux de Pamaree Surakiat (3) nous laisse quelque peu songeurs. « Les études effectuées par les militaires et aussi civils thaïs étaient surtout basées sur  l’étude des batailles ou des narrations des batailles. Leurs analyses étaient donc essentiellement sur les stratégies et les tactiques et excluaient les rapports avec la société. »

Les annales ne nous apprennent effectivement rien sur les « rapports avec la société ».

L’affirmation selon laquelle les sources siamoises (ou birmanes) porteraient sur les « tactiques » ou sur les « stratégies » prête à sourire.

 

stratégie


« Tactiques » ? De toutes ces batailles, nous savons que les combatants étaient héroïques. Combien étaient-ils ? Les chiffres sont fantaisistes. L’infrastructure (infanterie, cavalerie, éléphanterie) est incertaine, tout autant l’armement et l’aide éventuelle des « affreux » Portugais

 

portos

 

ou Japonais. Nous n’avons trouvé dans aucun de ces récits de batailles le génie tactique qui fut, par exemple, celui de Napoléon à Austerlitz en énorme infériorité numérique ou celui d’Alexandre à Gaugamèles où il écrasa les Perses à un contre deux.

« Stratégie » (et non pas « stratégies », il y a une stratégie et des tactiques) : La stratégie est « l’art de conduire les opérations militaires, et celui des moyens combinés avec art pour obtenir un résultat ». La tactique est celui de « ranger les troupes en bataille ». (4)

Les annales fussent-elles birmanes, ne nous ont guère éclairées sur le génie tactique des chefs de guerre respectifs.

Une stratégie globale apparaît-elle ? Les Birmans étendent leur empire pour d’évidentes raisons « économiques » au détriment des voisins qui, pour de non moins évidentes raisons, veulent s’y soustraire. C’est la fable du loup et de l’agneau mais certainement pas de la stratégie.
« le b. a. ba de la géopolitique .....  les guerres menées du 16 ème au 19 ème avaient pour but de contrôler :
·        1/ le commerce entre le golfe de Martaban et celui du Siam.
·        2/ le commerce entre la Chine et le Nord du Siam.
·        3/  le commerce prospère d’Ayutthaya. » (3)

***

Il manque aux Siamois et aux Birmans, ce n’est qu’une simple constatation, de véritables historiens, avant que le prince Damrong, le « père de l’histoire thaïe » comme aiment à l’appeler ses compatriotes eux-mêmes (5)


damrong

 

et plus encore son fils, le prince « Suphat » (6), ne fondent la véritable recherche historique (mais au XIXème siècle)....

Véritables historiens ? tels Hérodote, « le père de l’histoire » ou Thucydide qui le premier a posé les règles d’une méthode historique : recherche de la vérité et non plus simples éphémérides, relation des causes d’une guerre, de ses faits déclencheurs, puis chronologie de cette guerre en accrochant au plus près des événements, afin de donner un portrait fidèle d’un conflit fondamental dans l'histoire du monde et l’expliquer aux générations futures, tout en ayant une vision rationnelle des faits sans voir dans leur enchaînement l'intervention des dieux mais la conséquence des actions des hommes. (7)

 

 

________________________________________________________________

 

 

(1) Ces chiffres sont invraissemblables. Louis XIV à la tête du pays le plus peuplé d’Europe, plus de 20 millions d’habitants probablement vingt fois plus que le royaume d’Ayutthaya ou celui de Hongsawadi, parvenait péniblement à disposer au plus fort de ses campagnes de 400.000 hommes.


(2) Le « commandement unique » confié au général Foch, grand stratège s’il en est, en avril 1918 seulement sur l’ensemble des armées alliées fut à coup sûr un élément majeur dans la victoire au mois de novembre. Les américains retirent la leçon lors de la guerre suivante.


(3) Voir notre article « 60. La guerre contre le Siam au XVI ème siècle, vue du côté birman par un historien thaï ».


(4) Ce sont les définitions du « Grand Larousse du XIXème ».


(5) http://www.prince-damrong.moi.go.th/


(6) Louis Gabaude « le Prince Subhadradis Diskul, 1923-2003 » in « Aséanie » 2003, volume 12.


(7) A titre de comparaison, Grégoire de Tours, père incontestable de notre histoire nationale, vécut au VIème siècle.  « Malheur à nos jours ! L’étude des lettres périt parmi nous, et on ne trouve personne qui puisse raconter dans ses écrits les faits d'à présent.’ Voyant cela, j'ai jugé à propos de conserver, bien qu'en un langage inculte, la mémoire des choses passées, afin qu'elles arrivent à la connaissance des hommes à venir. Je n'ai pu taire ni les querelles des méchants ni la vie des gens de bien. » 


 gregoire timbre

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 04:09

titreC’est en réalité une lente marche d'Ayutthaya vers une inéluctable indépendance que vont nous décrire les » Chroniques royales d’Ayutthaya », traduites par Cushman. Celles de 1680 nous apprennent que, cette année là, « les eaux étaient basses » ce qui ne semble pas d’un intérêt capital, et que « le Roi Naraï monta sur le trône de Phitsanulok ». Ce Naraï นารายณ์ n’est évidemment pas le grand Ramathibodi III, que nous retrouverons un siècle plus tard. C’est Naresuan parfois aussi appelé พระนเรศ Naret (erreur des annales ou erreur de transcription de Cushman ?)


Les autres annales nous donnent une version plus précise (1) mais en datant l’événement de 13 ans auparavant, toujours la même erreur de datation. Le roi Thammaracha place son fils Naresuan (สมเด็จพระนเรศวรมหาราช) sur le trône de Phitsanulok. Thammaracha s’est-il donc débarrassé de la tutelle de son suzerain d’Hongsawadi et mérite-t-il désormais son titre de พระมหาธรรมราชาธิราช Phramaharacha Thammarachatthida,  « grand roi ».  Il ne le semble pas mais les annales ne nous le disent pas.


« La guerre avec le pays du millions d’éléphants » (Lan chang)

 

La Chang


Cette guerre n’est pas signalée dans les annales de 1680. Elle se serait déroulée en 1565. Est-ce un « flash back » ou une erreur de date ? Un retour en arrière ? Il y a effectivement eu une guerre entre Hongsawadi et le Lan Chang en 1565 selon les sources birmanes que nous avons précédemment citées (2). Il ne peut s’agir ici de l’année 1565 puisque Thammaracha n‘est pas encore sur le trône d’Ayutthaya et son fils non plus sur celui de Phitsanulok.


C’est probablement l’expédition lancée par Bayinnaung depuis Phitsanulok, qui a eu lieu en 1572 (3) et qui se termina par un échec, du à la fois au courage des Laos, à l’arrivée de la saison des pluies et à une défection involontaire de Naresuan atteint de la variole (4). Thammarasat et Naresuan sont partis sur « ordre » (ou « invitation » selon une seule des annales) du Roi de Hongsawadi, et c’est encore sur ordre que Naresuan retourne avec son père se faire soigner dans sa capitale. En tous cas, le lien de vassalité existe toujours.


Les annales de 1680 se contentent de nous donner le niveau des eaux à Ayutthaya en 1573, extrêmement basses, en 1574, modérément basses et en 1575, très haute,  Voilà bien des précisions météorologiques sans le moindre intérêt, mais situe la variole du roi Naresuan à la même époque des très hautes eaux.


 « La guerre avec le Lawaek  (Cambodge) (1575) »

 

lawaek 3


De toute évidence, le royaume de Lawaek profite ou tente de profiter d’une situation virtuellement conflictuelle entre le royaume d’Ayutthaya et celui d’Hongsawadi.


Selon les annales de 1680, en 1575, le roi du Lawaek partit avec sa flotte pour Ayutthaya. Il établit son camp à Phananchoeng พนัญเชิง (actuellement dans la province et aux portes d’Ayutthaya)


Phanangchen 4

 

et engagea le combat. Mais ses troupes furent incapables de résister aux contre-attaques et durent s’en retourner. En même temps, ils capturèrent et déportèrent un grand nombre d’habitants capturés dans les villes du sud.  « En cette année, les eaux à Ayutthaya étaient basses ». (Ces mentions systématiques au niveau des eaux dans les annales de 1680 a probablement un sens, mais à ce jour, il nous échappe.)

Les autres annales sont plus prolixes de détails, mais la conclusion est la même (5).

Encore une défaite des troupes du Lawaek qui échouent à assiéger Ayutthaya défendue par Thammarachat peut-être pas roi au plein sens du terme mais vrai chef de guerre et père d’un vrai chef de guerre. Lawaek  doit battre en retraite non sans oublier (triste coutume de l’époque) de déporter – au passage - en nombre la population civile. Comme toujours, nous n’avons qu’une description très événementielle de cette guerre et des incertitudes géographiques qui s’ajoutent aux incertitudes chronologiques.

Une nouvelle fois, les troupes khmères font connaissance avec l’artillerie siamoise mais aucune allusion n’est faite aux Portugais, présents à Ayutthaya depuis plus de 50 ans, dont les mercenaires (présents en tant que tels depuis 30 ou 40 ans), leur connaissance des guerres de siège, leur pratique des armes à feu, leur artillerie, leur science de la navigation, ne furent évidemment étrangers à la déroute cambodgienne ? (6).

 

mercenaires portos


Mais il n’est plus questions d’ordres donnés par le roi d’Hongsawadi à Thammaracha ou à ses fils.


« La guerre avec le Lawaek (1578) »


Nouvelles tentative du Lawaek qui ne désarme pas en 1578, nous apprennent les annales de 1680, et nouvel  échec (7). Les autres annales vont être beaucoup plus prolixes (8).


Une bataille perdue pour les troupes d’Ayutthaya mais en finale une guerre gagnée. Une fois encore, les Siamois semblent bénéficier d’une écrasante supériorité en matière d’armement ?


Intervient ici un détail pittoresque (les annales n’en abondent pas) : L’un des chiens de guerre khmers avait promis sur sa vie à son roi de revenir en vainqueur. Craignant d’être pris au mot, il passa avec famille, armes et bagages à Ayutthaya où le roi lui réserva un accueil triomphal. Mais il tenta de trahir à son tour son pays d’accueil, prit la fuite sur une jonque et réussit à échapper aux troupes de Naresuan qui le poursuivait. Nous ignorons malheureusement quel fut le sort du double félon à son retour et si le roi khmer le prit au mot ?

 

traitre-royal-2643247de1


***

Cette longue théorie de batailles aux côtés du « roi des rois », comme vassal aura une conséquence inéluctable : Naresuan sous l’aile tutélaire de son père va y acquérir la pratique et l’expérience de l’art de la guerre, les attaques du Lawaek sont un prétexte nécessaire et suffisant pour justifier la constitution d’une solide armée de guerrier aguéris et probablement de mercenaires, le suzerain ne peut lui reprocher de s’armer, moins encore de fortifier sa capitale et de se défendre (11).


art de la guerre


Le royaume d’Ayutthaya bénéficie de toute évidence d’une grande « autonomie interne » comme nous disions du temps de la colonisation à propos des pays sous protectorat. Le mort du grand roi birman va, nous allons le voir prochainement, changer le cours de l’histoire, incomplétude de ses successeurs aidant.


Bientôt, Thammaracha ne sera plus ce « puppet king »  selon l’heureuse expression de Wood (10) mais le vrai roi d’Ayutthaya et il va ouvrir les portes du trône à son fils. Ce sera le passage de l’ « indépendance dans l’interdépendance » (12) à la libération.


 pantin

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(1) « Le roi envoya le prince Naresuan son fils (สมเด็จพระนเรศวรมหาราช) prendre possession du trône de Phitsanulok. Il était alors âgé de 16 ans. Le jeune frère du roi Naresuan, Ekathotsarot (เอกาทศรถ) resta auprès de son père à Ayutthaya. »

 

ekasaroth


(2) Harvey, G. E. (1925). History of Burma: From the Earliest Times to 10 March 1824. London: Frank Cass & Co. Ltd.

(3) Phayre, Lt. Gen. Sir Arthur P. (1883). History of Burma (1967 ed.). London: Susil Gupta.

(4) « En 1565, le roi de Hongsawadi conduisit ses troupes au Lan Chang et invita (ou ordonna au ... selon 4 des annales sur 5 ! ) le roi Thammaracha et le roi Naresuan à l’accompagner. Le prince Ekathotsarot, jeune fils du roi resta à la métropole royale sur ordre de son père. Les rois conduisirent donc leurs éléphants, leur cavalerie et leurs troupes à Nongbua dans la province de Lan Chang. »

(Il s’agit de toute évidence de Nongbualamphu, หนองบัวลำภู, traditionnel apanage du prince héritier du royaume de Lan Chang).

« Le roi Naresuan fut alors atteint de la variole et le roi de Hongsawadi ordonna au roi Thammaracha et au roi Naresuan de s’en retourner à Ayutthaya.  A cette occasion, le roi du Lan Chang défendit sa capitale avec vaillanceet l’armée du Hongsawadi ne fut pas de taille à la vaincre. Et comme la saison des pluies approchait, l’armée s’en retourna à Hongsawadi. »

(5) « Le roi du Lawaek s’avance avec sa flotte jusqu’à Phananchoeng. Le gouverneur et les notables de Thonburi avaient avisé le roi de cette avance. N’ayant pas la possibilité d’organiser la défense de la cité, ils s’en étaient enfuis par leurs propres moyens. « Le roi du Lawaek avança jusqu’à l’estuaire de Phananchoeng et fit de nombreux prisonniers de guerre parmi les habitants de Thonburi, Nonthaburi et Chonburi. Aussi, le roi Thammaracha ordonna-t-il aux muangs de Yasothon et de Ratchatani et aux hauts fonctionnaires de lever 12.000 hommes de troupe, de les armer, de les charger sur des bateaux et de les envoyer à l’assaut de la flotte du Laewek. Ils se rencontrèrent à Nonthaburi (Thonburi selon l’une des annales).

Il est difficile de savoir si cette bataille navale décisive eu lieu aux portes d’Ayuthaya (Phananchoeng) ou à celles de Bangkok (Thonburi ou Nonthaburi) ?

 « Tous se battirent avec vaillance. Mais les troupes royales furent vaincues par celles du Lawaek et le seigneur Rachamat ( ?) fut perdu. Les troupes ennemies le prirent vivant et le présentèrent au roi du Lawaek.  Les troupes de Yasothon, celles de Ratchatani et les troupes royales se replièrement alors sur Ayutthaya. Le roi du Lawaek dont les troupes étaient nombreuses installa son camp à Tanao ( ?) vers la cité royale d’Ayuthaya. Le roi ordonna alors à tous les officiels de haut rang d’inspecter leurs troupes, de les préparer et de prendre position sur les fortifications de la ville pour les défendre. Le roi du Lawaek conduisit ses troupes jusqu’au temple de Phananchoeng, composées d’environ trente (dix, c’est selon) bateaux constituant son avant-garde, qui firent force de rame jusqu’au voisinnage de Nai Kai ( ?). Le roi était alors dans une pièce de sa résidence, face à l’île de Kaeo ( ?) en compagnie de tous ses chefs de guerre, ministres et générauxLorsque les navires ennemis arrivèrent, les gros canons du fort de Nai Kai firent feu et tuèrent un grand nombre d’ennemis. Le roi chargea alors ses bateaux de troupes et détruisirent l’ennemi. »

(L’existence de ce que les annales présentent comme de véritables batailles navales est sérieusement mise en cause par la remarquable étude du Prince Damrong « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduit par Jean-Claude Brodbeck in « Arts asiatiques » 1978, tome 34.)

 « Le roi du Lawaek vit alors qu’il ne pourrait s’emparer de la capitale et recula pour prendre position sur l’estuaire de Phra Praedeng  (actuellement dans la province de Samut Prakan, sur les rives de la Chaophraya)  et il organisa ses troupes pour qu’elles s’emparent d’un grand nombre de prisonniers à Suphanburi, Nakhon Chaisi, (actuellement un amphoe de la province de Nakhon Pathom) Ratchaburi et Sakhonburi. Ils s’emparèrent de nobles, de fonctionnaires, de roturiers et les déportèrent en bateau en grand nombre. Il ordonna aussi que l’on s’empare de deux saintes images d’or représentant des espris protecteurs, « le seigneur aux cent mille yeux » et « le seigneur tenant une conque », lesquelles avaient un grand pouvoir magique et qui se trouvaient au temple depuis l’époque de Ramathiboi II. Il s’en retourna ensuite dans son pays. »

(6) Voir à ce sujet le remarquable mémoire de Madame Rita Bernardes de Carvalho, 2006 « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIème et XVIIème siècles ».

(7) « Le roi du Lawaek forma une armée et l’envoya à l’assaut de Petchaburi, mais il ne put s’en emparer et battit en retraite. Au même moment, le prince Cincantu (?) sortit du Lawaek et entra dans le domaine royal. Quelques temps plus tard, il revint au Lawek ».

(8) « Le roi du Lawaek prépara une armada dont le commandement fut confié au prince  Uthetsarat et au prince Cincantu. Composée de 30.000 hommes elle partit assiéger Petchaburi. Le prince Si Surinthon Luchaï et ses officiers préparèrent la défense de la ville. L’ennemi se préparait au pillage, mais ses troupes furent tuées par des armes « en grand nombre ». Nous ignorons tout de ces chefs de guerre.

(9) « Le prince Cincantu avait promis au roi la victoire, demandant à ce qu’il soit condamné à mort en cas d’échec. De peur que le roi du Lawaek ne le prit au mot, il se réfugia avec toute sa famille à Ayutthaya. Le roi l’accueillit avec miséricorde et ordonna qu’il soit comblé de présents. Mais plus tard, il fut réticent à se soumettre à la volonté royale. Il arma secrètement une jonque pour quitter la cité royale. Il s’embarqua avec toute sa famille un lundi à deux heures du matin. Au même moment, le roi Naresuan revenait de Phitsanulok et se trouvait dans son nouveau palais.  Il partit avec sa flotte à sa poursuite au milieu de la nuit. Il réussit à cerner sa jonque. Les deux parties se battirent avec vaillance. « Trois importants Chinois » (Qui étaient-ils au sein de l’armée khmère ?) furent abattus à l’arquebuse. Mais d’un coup de canon, le prince Cincantu détruisit le stock des armes royales. Il se battit avec courage et les troupes royales ne purent s’emparer. Il accéléra sa fuite jusqu’à l’estuaire, en eaux profondes, poursuivi par la flotte de Naresuan qui s’en retourna ensuite à la métropole royale. »

(10) « A history of Siam from the earliest time to the year 1781 »  W.A.R. Wood, consul général à Chiangmaï, à Londres, 1924.

(11) L’histoire ne se renouvelle pas : les Français formèrent, lors de la campagne d’Allemagne puis de la guerre d’Indochine, de solides guerriers algériens dont les cadres les plus compétents constituèrent plus tard l’élite de l’encadrement de l’Armée de libération nationale : Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Krim Belkacem ou Mohamed Boudiaf tous issus des tirailleurs algériens et tous héros de la campagne d’Allemagne, d’Italie ou de la guerre d’Indochine.

(12) Cette formule (qui a fait long feu) est de Guy Mollet, président du conseil lorsqu’en 1955 la France accorde son indépendance au Maroc : « ... le statut d’Etat indépendant uni à la France par les liens permanents d’une interdépendance librement consentie et définie »

 

 

 guy mollet

 

 

 

 

 

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 04:01

titre« Le roi d'Ayutthaya Thammaracha, roi et/ou vassal des Birmans (1569-1590) ?

L’exil et la mort du roi Mahin (สมเด็จพระมหินทราธิราช) »Tel est le titre et le sous-titre du second livre des « Chroniques royales d’Ayutthaya. Nous continuons donc notre lecture critique dotés, nous le pensons, d’un esprit critique ce qui n’est pas un esprit de critique ! Elles sont en effet en matière d’histoire du Siam ancien LE brevet d’érudition spéciale en la matière !

Toutes les sources historiques s’accordent à dater le début du « règne » de Thammarachat comme roi feudataire d’Ayutthaya en 1569 et non en 1556, après la mort de Mahindra en 1568, comme par exemple l’ « Encyclopédia britannica ». Il était le seigneur Phiren Thorathep ขุนพิเรนทรเทพ),  pour les Siamois, il deviendra  พระมหาธรรมราชาธิราช  Phramaharacha Thammarachatthida (« le grand roi Thammaracha »).

Dans son « Repère chronologique », le « Guide vert Michelin », l’un des, sinon le meilleur parmi les guides touristiques, nous dit « 1569 à fin du XVIème,  le roi Bayinnaung de Birmanie s’empare d’Ayuthaya .... » et ne continue la suite de la liste des monarques qu’en 1590 lorsque Naresuan, fils de Thammarachat, libère le pays du « joug birman ». Monseigneur Pallegoix, lui, ne signale Thammaracha que comme « roi- feudataire » de Phitsanulok.

Mais la chronologie officielle du « Royal Institut » - organisme officiel - l’inclut à la dix-huitième place des rois d’Ayutthaya de 1568 à 1590. (1)

Sous le règne du Roi Rama III, le prince Paramanuchitchinorot a rédigé non pas une édition synoptique mais un abrégé des chroniques royales, que l’on peut considérer comme une bonne synthèse, ultérieurement traduite et publiée par Wyatt (2). Nous sommes également en 1569. Il « exécute » ce règne en 12 lignes qui méritent d’être citées, alors que les annales lui en consacrent 45 (2) !

Et tout au long de ces trois chapitres des annales consacrées au règne de Thammaracha, nous allons voir qu’il est bien peu question de lui et beaucoup de son fils Naresuan.

 

Bref, un Roi pour les Siamois ou omniscient pour les Birmans,  le titre est bien ronflant pour un vassal et feudataire !

 

feudataire 3

 

Revenons à nos annales qui vont être plus prolixes que le prince Paramanuchitchinorot.

 

Le roi de Hongsawadi ordonna ensuite au Prince Sunthon Songkram พระยาสุนทรสงคราม (3) de rester auprès de Thammaracha comme conseiller et de demeurer dans la ville avec trois mille soldats pour en assurer la défense. Il dit ensuite au roi Mahin « Prenez toutes vos concubines, tous vos agents, tous vos biens pour les envoyer là où nous devons aller ensemble ». Et un même ordre fut donné à Thammaracha : « Préparez tous les ornements royaux et les vêtements réservés au roi régnant, vos concubines et vos agents et envoyez-les au roi Mahin ». Ainsi fit le roi Thammaracha.

 

Des « ordres », peut-on considérer que le choix du mot soit compatible avec l’exercice d’un pouvoir royal souverain ? Nous verrons (4) que le roi de Hongsawadi ne se considérait pas comme un simple roi mais comme « roi des rois » !

 

La fin du roi Mahin d’Ayutthaya.

 

Mahin 2

 

Quand la cérémonie de l’onction royale de Thammaracha fut terminée, le roi d’Hongsawadi se retira chez lui par la route de Kamphaengphet, accompagné du roi Mahin (มหินทรา une mauvaise transcription de Cushman ? Nous lisons Mahindra ainsi d’ailleurs que le transcrit Wyatt par ailleurs dans sa traduction de l’abrégé des chroniques (loc.cit.).

 

Il le conduisait en fait en otage ce que  ne nous disent pas les annales !

Quand ils atteignirent la frontière, à Khraeng ( ?) le roi Mahin se sentit mal et Lakwaithammu ( ?) alla l’exposer au roi de Hongsawadi. Celui-ci lui envoya ses médecins en leur disant « Si le roi Mahin trépasse, vous serez puni de mort ». Le matin suivant, le roi de Hongsawadi lui rendit visite et lui dit « Faites un petit effort pour prendre les médicaments et quelque nourriture. Ne perdez pas courage, nous partirons ensemble ». Le roi de Hongsawadi campa 18 jours (12 selon d’autres annales) mais le roi Mahin mourut.

Le roi de Hongsawadi entra dans une vive colère et ordonna que les douze médecins, birmans, thaïs et mons fussent punis. Les annales ne nous disent pas si ce fut de mort ? Monseigneur Pallegoix écrit cependant « le tyran leur maître les fit tous massacrer ».

 

Après la cérémonie de la crémation royale, le roi de Hongsawadi s’entoura d’une escorte de gardes birmans, mons et laos pour ramener les cendres du défunt, ses concubines et tous ses biens jusqu’à Ayutthaya. Puis il rentra à Hongsawadi.

Cet épisode de la déportation et de la mort de Mahindra qui se situerait en 1568 (1) est totalement ignoré des annales de 1680. Trés « événementiel », au moins nous apprennent-elles, comment l’on traitait les médeçins au Siam et en Birmanie à l’époque d’Ambroise Paré.

 

medecine ambroise paré

***

Mais continuons la lecture des annales.

 

Le roi Thammaracha réorganise la Région.« Les mouvements administratifs ».

 

« Ensuite, le roi Thammaracha, convoqua les domestiques, les aumôniers et les professeurs brahmanes pour qu’ils viennent lui donner des conseils dans la préparation du gouvernement, le choix des ministres et des conseillers, et aussi les membres de la famille royale et les nobles, grands et moins grands en fonction de leur position antérieure. .... Il procéda ensuite à la désignation des chefs de provinces, des hauts fonctionnaires civils et militaires, des gardes royaux et réorganisa l’armée. Puis il désigna les vice-rois des royaumes voisins et les envoya régner dans les pays- frontières.»

 

Les annales nous donnent ensuite une liste de nominations aux postes clefs du royaume, toutes différentes entre elles, nous vous l’épargnerons ! (5)

 

« La guerre avec le Lawaek (Cambodge) (1570) »

 

Lawaek

 

Après celle de 1556, une nouvelle guerre va éclater avec le Cambodge. Y-a-il confusion dans les annales ? Celles de 1680 la situent exactement en 1570, toutes les autres en 1557, serait-ce celle de 1556 ? (Nous avons, vous vous en souvenez, déjà relever les incohérences chronologiques dans un article précédent. Cf. 59)

 

Les annales de 1680  en donnent une brève mais confuse version dont seule la conclusion est compréhensible.  Les Khmers seront vaincus :  « En 1570, le roi du Lawaek se tenait sur ​​son éléphant à Sam Phihan, région où il y avait des combats. Les habitants de la capitale firent feu sur les attaquants et tuèrent le prince Champathirat sur son éléphant. Les troupes cambodgiennes mirent alors fin à leur agression et s’en retournèrent chez elles. A cette époque, les eaux de la capitale étaient en crue. »

 

Les autres versions sont plus prolixes, beaucoup plus explicites ... mais datées de 1557, citées en note (6).

 

Deux versions convergentes (sauf dans les dates !), une brève, une longue et des conclusions similaires : les troupes khmères se sont avancées jusqu’aux faubourgs d’Ayuthaya, furent désemparées par un heureux coup de canon qui tua leur chef de guerre et contraintes à la déroute. D’après Aymonier (7), analystes des chroniques cambodgiennes, une belle litote, « Il ramena très peu d’hommes dans ses foyers ». « Les thaïs se sont lavé les pieds dans le sang des perfides cambodgiens ».

 

phnom-penh-cranes

 

Il nous confirme par ailleurs la date de 1570 (8) en ajoutant   « Nous sommes contraints faute de mieux d’accepter dans leur ensemble les dates plus ou moins discordantes et toutes d’une exactitude très suspecte que les diverses chroniques indigènes donnent pour les événements de ce temps- là  ».(9)

***

Etrangeté non pas des annales toujours très sèches ou des annalistes, mais de la présentation et des singuliers titrages et sous-titrages que fait Wyatt du travail de Cushman, nous aurions jugé plus judicieux le titre « Bayinnaung le grand roi Birman et Thammarachat, son vassal siamois » et ce sans porter ombrage à la susceptibilité siamoise.

Il fut des vassaux plus grands que leur maître.

 

Clovis se désigna comme « roi des francs » mais reçut de l’empereur d’Orient la consécration de ses fonctions avec les insignes de consul romain. Qui se souvient d’Anastase ?

Triens de l’empereur Anastase

 

Charles Martel fut « Duc de France », et roi de facto, qui se souvient de Thierry IV ?  

 

Thierry 4

 

Il nous faudra attendre encore une quinzaine d’années, beaucoup d’autres guerres et la faiblesse des successeurs du « roi des rois » avant que la rupture ne soit consommée et que Thammarachat ne devienne roi d’Ayutthaya « à part entière ».

 

------------------------------------------------------------------------
(2) « The abriged royal chronicles of Ayudhaya of Prince Paramanuchitchinorot » translated and edited by David K. Wyatt, publié en 1973 dans la revue de la Siam society).

« En l’an 918, année du dragon, onzième jour de la lune descendante, neuvième mois, la cité d’Ayuthaya tomba entre les mains du roi de Pégou. Le roi de Pegu désigna Mahathamaracha comme gouverneur de Pitsanulok et roi d’Ayuthaya. Puis il prit Mahindraracha avec son armée et le conduisit à Pégou. Lorsque  Mahathamaracha devint roi, il était âgé de 54 ans. Il avait deux fils, Naresvara et Ekhadasaratha. Il eut plaisir à voir le premier désigné comme gouverneur de Phitsanulok. Le roi du Lawaek attaqua sa capitale. Quand le roi de Pégou Bayinung mourut, son fils qui était vice-roi monta sur le trône et revint faire la guerre à Ayuthaya de nombreuses fois mais il fut chaque fois vaincu. »

Pour Wyatt, l’année 918 (1556) est une erreur, il s’agit du 30 août 1569.

Les annales abrégées situent ensuite sa mort en 1590 à l’âge de 76 ans, après 35 ans de règne. Nous savions que les siamois n’ étaient pas toujours de grands mathématiciens, mais tout de même ! 1590 – 1569 = ?. Roi à 54 ans, 35 ans de règne ou même 31, nous ne sommes pas à 76 ans ? Peut-importe !

(3) Gouverneur de Lopburi, ne nous disent pas les annales, mais il a laissé son nom à un temple qu’il a construit dans la ville.

temple lopburi note

 

(4) Ce monarque, l’un des plus grands rois Birmans, fut utilisé comme puissant symbole lors de la lutte contre le colonialisme anglais. « Roi des rois » comme il se qualifiait, il reste anonyme pour les annalistes.

 

Bayinung

 

Bayinnaung Kyawhtin Nawrahta en birman, en thaï phrachao Bourèngnaung พระเจ้าบุเรงนอง, ou tout simplement Bayinnaung fut le constructeur d'un empire géographiquement centré en Thaïlande, et la population thaïe lui manifeste souvent son respect. Les thaïs, avons-nous déjà remarqué, ne sont pas rancuniers à l’égard de leurs ennemis ou vainqueurs. Le journaliste Chote Praepan sous le nom de plume de « Jacob » a fait de son histoire un roman historique « ผู้ชนะสิบทิศ » «Puchana sip tit », littéralement «  le conquérant des dix directions ».

 

roman

Le roman a ensuite fait l’objet d’une série télévisée en 1989. La chanson qui l’accompagnait interprétée par Charintra Nanthanakorn reste un classique

http://www.youtube.com/watch?v=XfB0A5AYLcc).

 

chanteur

Voir sur le site de l’Université Chulalongkorn, « Accounts of King Bayinnaung's Life and Hanthawady Hsinbyu-myashin Ayedawbon, a record of his campaigns » (http://www.arts.chula.ac.th/~complit/event/hantawadi.htm).

(5) Harvey, GE « Histoire de la Birmanie depuis les premiers temps au 10 Mars 1824 ». London: Frank Cass & Co. Ltd.

Fervent bouddhiste, « défenseur de la foi » en effet, Bayinnaung entretenait de nombreuses relations avec les bouddhistes de Ceylan, construisait des temples qu’il couvrait d’or, rien d’étonnant à ce qu’il s’entoure des conseils des prêtres pour constituer son « gouvernement ». Son organisation administrative passe, à tort ou à raison, pour avoir inspiré les monarques birmans jusqu’à l’invasion britannique en 1885. Cette politique administrative consistait non pas à gérer directement les territoires conquis mais en conférer la charge à des vassaux, des « barons » en quelque sorte et des « marquis » sur les marches. La différence est de taille entre la colonisation directe à l’anglaise, et la politique du protectorat que suivit partiellement la France, mais peut-on considérer que Bao Daï fut un véritable souverain du Viet-Nam ?

 

BaoDai

 

(6) « Le roi de Lawaek s’est avancé avec ses éléphants, sa cavalerie et son armée par la route de Nakhon Nayok. Son armée était composée de 3.000 » (ou 30.000 selon les versions) hommes.

« Le gouverneur officiel de Nakhon Nayok envoya un rapport pour prévenir le roi. Celui-ci réunit alors tous ses dignitaires et leur dit « le roi du  Lawaek est en marche avec ses éléphants, sa cavalerie et ses troupes, quels sont les plans de mes dignitaires ? ».

Alors, le prince Phétracha, ministre de la capitale (?) déclara « La capitale et la métropole viennent juste d’être construite. Nos troupes sont faibles et épuisées, en petit nombre, et n’ont pas encore totalement récupéré. Nous n’avons, je pense, pas assez d’hommes pour défendre la ville. En outre, le roi a un grand nombre de canons réservés à la métropole royale, cachés dans des endroits secrets, dans des embrasures, mais les boulets et la poudre ne sont pas en quantité suffisante. Prendre position pour résister à un assaut de la métropole royale me semble au-delà de nos forces. J’invite le roi à se rendre à Phitsanulok pour échapper en premier lieu à l’ennemi. »

C’est un conseil de « repli stratégique ». Tous les dignitaires tombèrent d’accord avec lui. Le roi ordonna donc à tous des dignitaires de se préparer à le suivre et à Khun Thep Arachun de préparer les barges royales et celles des concubines.

A ce moment, le prince Phetracha, gouverneur de Phetchaburi, « personnage malfaisant que le roi avait déchargé de ses fonctions », avait préparé un complot, réunissant des hommes, tous originaires du sud et calculé d’attaquer le convoi royal lorsqu’il se rendrait à Phitsanulok.

Les annales ne nous précisent pas si ce Phétracha est le même que ci-dessus ?

Le roi demanda à Khun Thep Arachun « Que pensez-vous de notre départ de la métropole royale ? ». Celui-ci lui répondit « Le roi de Lawaek n’est pas entourré d’une armée nombreuse.  Je vous demande de me faire l’honneur de rester défendre la métropole royale et d’être le premier à affronter l’ennemi. Si nous abandonnions la métropole royale, le roi de Hongsawadi serait bien fondé à nous le reprocher ». Le roi lui donna son accord et lui ordonna d’inspecter les barges et de préparer les détails de l’embarquement.

« Pendant ce temps, le roi de Lawaek s’avançait avec son armée et établit son camp aux environs du village de Khatum ( ?). Le roi ordonna à la ville de Nakhon Phrom ( ?) et à 3.000 hommes de troupe de prendre position sur les murs et autour de la métropole royale. Le roi de Lawaek s’avançait par ailleurs avec son armée et fit halte à Sam Phihan ( ?). Les troupes ennemies étaient postées entre deux monastères, celui de Rong Khong et celui de Kuti Thong. Puis elles  conduisirent  trente éléphants et s’arrêtèrent au monastère de Phra Meru Rachikara avec trois mille hommes (quatre mille, c’est selon). Le roi du Lawaek envoya cinq bateaux pour traverser la rivière et attaquer le prince Sanuk qui défendait les murs. Le roi envoya ses hommes les affronter. Elles étaient en train de perdre du terrain lorsque le roi ordonna de faire donner les canons contre les éléphants ennemis, toujours à Sam Phihan. Champathirat, chef de l’avant-garde du roi du Lawaek fut alors tué sur son éléphant.  Le roi du Lawaek se retira alors avec ses troupes à Kathum. Il lança trois jours plus tard d’autres attaques, sans succès. Il termina la campagne et retourna à Nakhon Nayok et de là au Lawaek. Il envoya alors des éclaireurs par terre et par bateau vers Chantaboun, Rayong et Chachoengsao et il réussit à se faire des ennemis des habitants. »

(7) « Le cambodge -  III – le groupe d’Angkor et l’histoire » Paris 1904.

(8) L’année 1570 semble bien la bonne : voir « อธิบายแผนที่นครศริอยุธยากับคำวินิจฉัยของพระยาโบราณราขชาธานินท์ฉบับชำระครั้งที่๒และภูมิสถนกรุงศริอยุธยา – explanation of the map of the capital of Ayutthaya with a ruling of Praya Boran Rachathanin » – revised, 2d edition and geography of the Ayuthaya kingdom. Ton Chabab print office, à Nonthaburi en 2007, page 92.

 (9) Parlant (loc.cit.) des annales tant siamoises que cambodgienne, Aymonier nous dit « Chez l’un et l’autre nation, ces documents, qui ont la prétention de se substituer aux anciennes chroniques disparues, ne méritent aucune confiance. Aride, sèche et indigeste compilation, la chronique cambodgienne où foisonnent les lacunes, les obscurités et les incohérences, alors que nombre de faits dépourvus de tout intérêt historique y sont soigneusement relatés, est d’une lecture que rend fatigante autant que confuse la répétition incessante des titres ou qualifications honorifiques qui désignent habituellement les princes et les princesses. » Dont acte ! Il accorde toutefois une plus grande confiance aux passages concernant l’époque moderne (du XIVème au XIXème siècle). Dans le récit des événements des derniers siècles qu’elle embrasse, elle présente toutefois malgré des erreurs probables de dates ou de détails, un caractère d’authenticité suffisant ..... ». Il eut le mérite d’utiliser systématiquement ses recherches épigraphiques et celles de Lunet de la Jonquères (« Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » (1897) par Lunet de la Jonquères, qui recouvre en réalité dans le tome II les provinces du Laos siamois - actuel Isan -  du Laos français, de l’ancien Cambodge siamois et du Siam.) pour trouver ou tenter de trouver confirmation des textes.

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 04:01

france-delcasseLes dessous des traités de 1902 et de 1904 entre la France et le Siam.


Il y a 110 ans le(s) diplomate(s) français  ont-ils été acheté  par les  Siamois ?


Nous avons parlé d’abondance du traité franco-siamois de 1893 qui fut signé par le prince Devawongsee et notre ministre plénipotentiaire, Charles Le Myre de Vilers.

 

le myre


La France en 1893 était aux mains des  « républicains modérés » et son président Sadi Carnot avait « une certaine idée de la France », bon sang ne pouvant mentir.


1902 voit la victoire du « bloc des gauches » ; le président de la république est le très modéré Loubet qui s’implique dans la politique étrangère sans avoir aucun pouvoir. C’est depuis le mois de juin le ministère d’Emile Combes et Théophile Delcassé est aux affaires étrangères.


Dès la signature du traité du 3 octobre 1893, il apparait que les Siamois (qui l’avaient toutefois signé sous la menace de nos canonnières) vont s’efforcer de ne point en tenir compte tant en ce qui concerne les questions des délimitations territoriales que celles de nos « protégés » (1)


Le 18 février 1894, Auguste Pavie,

 

A Pavie

 

ministre résident de la France à Bangkok, alerte le président de la république sur la mauvaise foi des Siamois qui « cherchent à éluder les conséquences de l’article IV de la convention » (relatif à nos protégés). Ces plaintes sont réitérées le 22 août 1894 auprès du ministre des affaires étrangères (Hannotaux) et encore le 4 juillet 1895. « Question d’interprétation du traité » prétendent les Siamois (lettre de notre ambassadeur du 30 novembre 1895). La mauvaise foi des Siamois semble insigne : le traité indique qu’en cas de difficultés, le texte français s’impose, les dispositions relatives aux protégés y sont limpides, nonobstant les affirmations du prince Dewawongsee, parfaitement francophone.

De nouvelles difficultés sont signalées par notre ambassadeur tout au long des années 1896 et 1897. C’est alors le roi qui s’empare de ses difficultés et annonce à notre ambassadeur son départ pour l’Europe. Rien n’est apparement ressorti de ce voyage puisqu’en 1898, notre ambassadeur qui vient de rencontrer le roi n’a eu droit qu’à ses souvenirs de voyage (courrier du 30 mars 1898).

A cette époque Delcassé devient ministre des affatres étrangères. C’est alors l’ambassadeur du Siam à Paris, Phy Suriya qui propose à Delcassé d’engager des discussions dont Delcassé se décharge sur notre ambassadeur à Bangkok, Defrance. Le 27 janvier 1899, celui-ci fait part à Delcassé des résultats de ses entretiens à Paris avec Phy Suriya : « ses propositions ne semblent même pas discutables ». Lorsqu’on connait le langage diplomatique, on devine ce que cela veut dire : Il n’y a pas à discuter de l’indiscutable.

 

langage diplomatique


Le roi de Siam se rend alors en Indochine, il y est reçu fastueusement par Doumer (sur instructions formelles de Delcassé) auquel il fait des promesses. Mais le 4 juillet 1899, Delcassé écrit à notre ambassadeur à Bangkok que le gouvernement siamois conteste formellement les promesses faites (« qui auraient été faites ») à Doumer. Le 11 août 1899, il lui enjoint d’avoir désormais une conception restrictive du droit de protection (ce qu’il appelle « consentir des sacrifices appréciables »). En contrepartie, la belle affaire, le roi a promis de rendre l’enseignement du français obligatoire au Siam (belle contrepartie dont on sait comment elle a été respectée !). Le 6 octobre 1899, l’ambassadeur demande à Delcassé s’il peut « lacher du lest » en promettant l’abandon de Chantaboun occupé par les Français en garantie de la bonne exécution du traité de 1893 systématiquement violé par les Siamois depuis 6 ans. En clair, les Siamois exigent l’abandon préalable de Chantaboun avant de rediscuter les conditions d’un traité qu’ils ne respectent pas. Le 31 janvier 1900, notre ambassadeur avise Delcassé de ce que les Siamois refusent de respecter la convention de 1893 sur les protégés mais affirment toutefois qu’ elle a été respectée. C’est de la logique siamoise.

 

duplicite-copie-1.jpg

 

L’ambassadeur change, Klobukovski est désigné, les instructions de Delcassé en date du 25 juillet 1901 sont claires « Nous pouvons abandonner nos prétentions en matière de protection ». Les Siamois détenaient en particulier 35 princes laos qu’ils n’avaient toujours pas à cette date libérés depuis 8 ans malgré les promesses formelles faites à Pavie.

Mais la situation s’aggrave et en juin, Klobukovski laisse entendre à Delcassé (en langage diplomatique) qu’il faut envisager le recours à la force (courrier du 6 juin) : « La situation politique qui s’aggrave ne saurait se dénouer dans un sens favorable à nos intérêts que par une action prompte et énergique ».


Le 19 juin, Delacassé annonce à Klobukovski

 

klobokovski

 

la venue à Paris du sous – secrétaire d’état siamois à l’intérieur, avec lequel « il doit discuter ». Nous reviendrons sur ce personnage !


Klobukoski avait-il senti venir le vent ? Il avait demandé à Delcassé l’autorisation de prendre un congé de quelques mois pour raison de santé, ce qui lui est accordé.  Un bel exemple de « maladie diplomatique » !

Le 9 octobre, Delcassé annonce séchement à un certain Dutasta qui a remplacé Klobukovski à Bangkok, qu’il a signé le traité (dont il lui joint copie) avec le ministre du Siam à Paris.


Le traité a donc été signé par le seul Delcassé avec l’ambassadeur du Siam à Paris, après discussions avec le sous – secrétaire d’état siamois à l’intérieur, apparemment ni le premier ministre Combes (surtout préoccupé de manger du curé)

 

combes

 

ni ses collègues du ministère et encore moins le président de la république (qui n’a toutefois aucun pouvoir)

 

doumer

 

et contre l’avis diplomatiquement donné par notre ambassadeur. L’ensemble de ces correspondances, 80 au total, dont nous ne donnons que de brefs extraits, est libre d’accés et a été publié (2).

***

Delcassé est un spécialiste des reculades (3) : cette convention en est un bel exemple. « L’opinion avait pris parti contre elle avec une vivacité peu commune dans notre pays » (4). Il y a effectivement de quoi être effaré. La France lâche la proie pour l’ombre et abandonne Chantaboun, occupé pour garantir l’exécution « de bonne foi » par le Siam du traité de 1893 et surtout abandonne nos « protégés », une notion dont nous avons déjà parlé.


Nos « protégés » ?


Ce sont essentiellement les personnes issues de territoires présentement sous souveraineté française, pour la plupart des Laos et des Cambodgiens déportés ou issus des déportés par les Siamois dans les campagnes de razzias systématiques de populations, qui avaient quelque intérêt à passer du statut de sous-esclaves à celui de protégé de la France (5).

Pour les Siamois, encore à ce jour, « les gouvernements français et anglais (bravo pour l’erreur que l’on espère de plume) signent une nouvelle convention, le 7 octobre 1902, bâtie sur une compréhension plus large et un esprit plus conciliant de la part du gouvernement français » (6).

Pour les Anglais, c’est un triomphe : « Il convient de féliciter hautement Phya Sri, qui a négocié le dernier traité avec Monsieur Delcassé de sa victoire diplomatique » (7).


Nous abandonnons effectivement les avantages acquis en 1893 et nous retirons notre protection à des personnes qui en jouissaient depuis 10 ans sinon plus - évidente politique de l’autruche -.

 

La presse française s’en donne à cœur joie

 

Sans titre-2

 

y compris la presse favorable au gouvernement :

  • « Fâcheuse convention » (8).
  • « La dernière bassesse de Delcassé ». (9)
  • « On se demande vraiment ce qui a pu décider notre diplomatie à signer un pareil traité ? » (10 ).
  • « Tandis que notre antagoniste progresse (l’anglais) dans la péninsule malaise,  notre politique de prudence nous vaut, à chaque convention, nouvelle l’abandon de quelques avantages dont l’ensemble fait un total important » (11).
  • « Nos diplomates ont manqué de clairvoyance » (12).
  • Le groupe des députés des colonies à l’assemblée se déchaîne et dépose un « livre jaune » sur le bureau du président (13).

Charles Le Myre de Villers, l’habile négociateur du traité de 1893 déplore cette « désastreuse convention », l’abandon de nos protégés et des abandons de territoire aux Siamois contre la récupération de « deux forêts toujours noyées sous les inondations du Mékong et qui nourrissent à grand peine une population de six mille habitants » (14).

Seul Jaurès (on ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi) est favorable (15). 

***

Mais le Siam ne s'embarrasse pas de circonvolutions juridiques, le pays n’a pas de constitution, le roi est maître chez lui et s’imagine de mettre immédiatement le traité à exécution en ignorant ou en feignant d’ignorer que la France en a une qui ne donne force de loi aux traités qu’une fois, après signature, ratifiés par les chambres, promulgués par le président de la république et publiés au Journal officiel.

Le ministre des affaires étrangères et ministre de l’intérieur est le prince Damrong, nous ne ferons pas l’injure à sa mémoire de penser qu’il ignore les méandres du droit constitutionnel français. Les incidents se multiplient dont se fait en particulier l’écho « Le Figaro » dans un très long article (16). « Le Siam exécute à son profit le traité que les chambres n’ont pas encore ratifié » (17). Nous vous épargnerons les articles de presse qui vomissent sur Delcassé et se déchaînent sur la duplicité siamoise.

On parle de guerre, de canonnières, les chambres refusent la ratification et un nouveau traite sera signé le 13 février 1904 entre les mêmes, moins boiteux et rétablissant – mutatis mutandis – les acquis de 1893, en particulier à l’égard de nos chers protégés.

L’incident est clos et le traité de 1902 est maintenant dans les poubelles de l’histoire.

 

 poubelles

***


Mais pourquoi « notre diplomatie » avait signé un pareil traité ? 

La Presse  du 20 février 1903 « suggère » une réponse :

« Une dépêche de Bangkok adressée à l’agence « Paris-nouvelles » dit que les ministres siamois se sont réunis plusieurs fois déjà pour examiner le compte des frais de l’envoyé spécial chargé de signer le traité avec la France, Phy Sri Ahadha. Phy Sri Ahadha avait un crédit illimité, dont il a su user largement. Il compte notamment une dépense de 125 francs par jour pour des fraises puis 125.000 francs pour divers concours nécessaires à sa mission diplomatique, 50.000 francs comme frais de publicités et de nombreuses autres dépenses du même genre ... »


ClemenceauPanama


Si l’on en croit les statistiques de l’Insee, un franc « germinal » du début du siècle dernier équivaut à 3,51 euros de 2009 (18). Plus de 600.000 euros pour s’assurer « les concours nécessaires » compte tenu du prix des fraises en automne à Paris.


Est-ce ainsi que les Siamois ont obtenu des Français « une compréhension plus large et un esprit plus conciliant  » ?


Le journal  rajoute le 25 février :


« Que l’on fasse payer 125 francs de fraises à un exotique aux yeux bridés, rien d’étonnant à cela pour qui connait le respect dont on entoure les rastas de marque dans les grands restaurants parisiens. Si quelque chose peut surprendre, c’est que ce siamois, qui est décidément un boulevardier très avisé ait pu s’assurer des concours politiques et diplomatiques pour une somme de 175.000 francs ».

 

resto


Delcassé dément, l’ambassade du Siam dément, parbleu ! «  Que voudrait-on qu’elle fit ? Est-ce qu’on avoue des tripotages de ce genre ? ».

On nous dit « Mais c’est le ministre du Siam à Paris Phya Suriya Nuvatr qui a signé l’accord ? D’accord. Phy Sri Ahadha n’était qu’un envoyé extraordinaire occulte chargé d’une mission précise et limitée. Il n’a pas à figurer en nom dans les documents diplomatiques. Et ses démarches sont de celles qui n’ont pas à être écrites pour produire leur effet ».

Parbleu ! Si il y a eu distribution d’enveloppes, ce n’est pas l’ambassadeur qui s’en est chargé ! Et le journal termine en parlant de cet accord « que Monsieur Delcassé est le seul à patronner avec une bien dangereuse ostentation ».


Il confirme le même jour que la dépêche est tombée le 19 février dans la nuit, que devant les démenti du journal « Le temps » qui passait à juste titre pour être le journal officieux du gouvernement, qu’il a interrogé le directeur de l’agence, Monsieur Salanson qui maintient fermement, persiste et signe et que son correspondant est un homme de confiance.


Il s’agit de Jean Hess, à son tour interrogé qui confirme en parlant de cette note d’apothicaire, que « le Siam achète avec la même facilité les primeurs et les publicistes. » (19).


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Celui-ci n’est pas un fantaisiste, personnage haut en couleur, il connait parfaitement toutes nos colonies qu’il a arpentées comme photographe et géographe en s’attachant en particulier à dénoncer les abus de l’administration coloniale à l’égard des indigènes (19).

 

Le démenti du Temps, le 28 février, fut dérisoire : « Phy Sri Ahadha ne fut jamais chargé de signer le traité du Siam avec la France, il n’a pas eu davantage de mission officielle » ....


Ce Phy Sri Ahadha que personne ne connaît, ni Siamois ni Delcassé, qui était-il ?


Les Siamois d’une part et Théophile Delcassé d’autre part ont une fière audace. Le 25 octobre 1902, Delcassé écrit à Dutasta, chargé d’affaire de France à Bangkok : « J’ai eu l’honneur de vous communiquer le 9 de ce mois le texte de la convention ..... Vous n’ignorez pas dans quelles intentions le gouvernement siamois avait envoyé en France au mois d’août dernier Phya Sri Sahadeb, sous-secrétaire d’état au ministère royal de l’intérieur. Ce haut fonctionnaire était porteur d’instructions et de pouvoirs qu’il devait remettre au représentant du roi à Paris en vue de régler les difficultés pendantes entre les deux gouvernements .... » (2). Il a naturellement oublié qu’il avait annoncé la venue de ce missi-dominici à notre ambassadeur le 19 juin précedent (à la page 73 du document visa en note 2) ! 

Phy Sri Ahadha ... Phya Sri Sahadeb, compte tenu des fantaisies de transcription des noms siamois, difficile de penser que ce ne soit pas la même personne. Et ce porteur de valises n’est pas n’importe qui, il apparait bien sous le nom de Phyah Sri Sahadeb comme vice-ministre et sous-secrétaire d’état dans la liste officielle des membres du gouvernement de sa majesté depuis 1900 jusqu’en 1909  (20).


Bref, les accusations ne furent pas le seul fait de « la Presse » : 

Le 11 mars, séance à l’Assemblée nationale et intervention de Marcel Sembat, député de la Seine. Il va mettre purement et simplement « les pieds dans le plat » sans susciter une réponse claire de Delcassé (21).

Difficile d’être plus net dans les accusations. A cette époque, ne l’oublions pas, on ne badine pas avec la diffamation, crime passible de la Cour d’assises souvent sanctionné par de la prison ferme (ainsi que Zola en fit l’expérience). Et quand on ne choisit pas la voie judiciaire, celle du duel est encore très en usage.


 Photo Panama-les scandales de 001


Cette affaire n’aura pourtant aucune suite judiciaire, la signature du traité de 1904 ayant calmé les esprits.


Nous ne saurons donc jamais si ... et qui .... sauf les intéressés eux-mêmes. Paix à leurs cendres. (22)

 

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Notes


(1) voir notre article « A77. L'heureux sort des Français au Siam ...il y a un siècle ! » Les français ... et leurs protégés.

(2) « Ministère des affaires étrangères, documents diplomatiques - affaire de Siam 1893 – 1902 ».

(3) Affaire de Fachoda face aux Anglais,


fachoda

 

affaire du Maroc face à l'Allemagne, à la suite de laquelle il dut démissionner. Si dans les deux cas, il avait en face de lui des adversaires de taille, il n’en était pas de même avec le Siam.

(4) « Le nouveau traité franco-siamois du 13 février 1904 ». Maurice Zimmerman, in « Annales de géographie », 1904, tome 13, n° 69, pages 283 s.

(5) « Annales de géographie », 1902, tome 11, pages 472 s.

(6) « La crise franco –siamoise en 1893 » par Piyanuch  Joychoo, mémoire d’études française,  diplôme de maitrise, Université Siplakorn, 2005, ISBN 974 464 967 4.

(7) « Bangkok times » cité par « la Presse » du 15 décembre 1902.

(8) « La presse » du 23 novembre 1902.

(9) « La presse » du 2 novembre 1902.

(10) « Questions diplomatiques et coloniales », 1902, pages 49 s.

(11) « La presse » des 9 et 12 novembre.

(12) « La presse » du 18 novembre.

(13) « La presse » du 20 novembre.

(14) « La presse » du 4 novembre ».

(15) Du moins selon « Le temps » du 26 septembre 1903.

(16) « Le Figaro » du 7 avril 1903.

(17) Interpellation à la chambre du député de la Cochinchine, « Le temps » du 2 avril 1903.

(18) A l’époque, un instituteur gagne 2.200 francs par an et un ouvrier parisien 4 ou 5 francs par jour.

(19) Sur ses aventures au Siam et au Cambodge, voir l’excellent blog

http://www.op-sangha.fr/article-le-prince-yukanthor-38327869.html

(20) « Almanach de Gotha » partie administrative, de 1900 à 1909.

(21) Intervention reproduite dans « la Croix » du 12 mars 1903.


M. Sembat : « D’une manière générale, il importe en matière de politique étrangère de veiller à ce que des influences d’argent n’interviennent pas en ces questions, comme cela s’est vu à diverses reprises en ces derniers temps, pour fabriquer une opinion publique factice. Cela s’est fait pour le récent traité avec le Siam : un haut fonctionnaire de ce pays s’est vanté d’avoir emporté en Europe d’énormes sommes d’argent pour préparer l’opinion en faveur de ce traité (bruits). Et qu’on n’objecte pas que le nom de ce fonctionnaire ne se trouve pas au bas de ce traité ; en pareil cas, à côté du titulaire officiel, il y a l’officieux chargé de mettre de l’huile dans les rouages (rires).

M. Delcassé, ministre des affaires étrangères : «  Je dois vous dire que, dès que le gouvernement siamois a connu la nouvelle en question donnée par je ne sais quel journal, il a protesté officiellement avec indignation contre ce bruit » (rires sur divers bancs).

M. Sembat : «  Cette protestation n’a rien que de très naturel (nouveaux rires) nous ne sommes pas ici pour enregistrer les on-dit mais nous serions contents de savoir la conviction intime de M. Le ministre lui même ».

M. Delcassé répondra à cette séance à beaucoup de critiques sur sa politique étrangère mais gardera à ce sujet un silence pesant.

Aucun journal n’ayant à notre connaissance soutenu le traité de 1902, la conséquence inéluctable est que si des consciences ont été achetées, ce ne furent pas celles de journalistes. La position de Jaurés, apparemment personnelle, n’apparaît pas dans « L’humanité ».

(22) Les Siamois ne pouvaient ignorer (et en tirer leçon ?) que 10 ans auparavant avait éclaté le scandale de Panama, où plus de 150 députés, sénateurs ou ministres avaient été impliqués jusqu’au cou. 151 exactement, dont la liste reste un mystère de l’histoire de la IIIème république (Toutefois, cette fameuse liste a été retrouvée ..... par Arsène Lupin, lire ou relire « Le bouchon de cristal ».)

 

le bouchon 4


Qui étaient les « chèquards » ? Delcassé pouvait - évidemment - d’autant moins en être qu’il appartenait à la Commission d'enquête auto-désignée par les députés parmi les députés pour enquêter sur eux-mêmes et qui déposa un énorme rapport  (« Le rapport Vallé ») chargé de faire « la lumière », ce qu’il ne réussit pas à faire en trois volumes pour plus de 2000 pages.

« Quant aux accusations de corruption portées contre le parlement, nous les avons étudiées et pesées une à une, et nous avons montré combien elles étaient peu fondées » (« Rapport fait au nom de la commission d'enquête chargée de faire la lumière sur les allégations portées à la tribune à l’occasion des affaires de Panama », rapport général par Monsieur Vallé, 1893 premier volume).

 

Arton bouc émissaire

Le système était tellement bien installé dans les barbichettes maçonniques qui se tenaient entre elles qu’après quelques vaguelettes tout se calma et s’oublia dans la paix républicaine retrouvée.

 

222 001


Aujourd’hui encore (c’est ainsi qu’on écrit l’histoire) il est impossible de trouver la liste de ces crapules dans les ouvrages les plus récents et les plus sérieux sur Panama !

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 04:01

titreLa guerre contre le Siam au XVI ème siècle, vue du côté birman par un historien thaï.

Il nous a paru intéressant, après notre article sur l’annexion d’Ayutthaya en 1569 par les Birmans,  d’après les « Chroniques royales d’Ayutthaya » de lire ce que pouvait en dire un docteur en histoire thaï, à savoir Pamaree Surakiat dans son étude* consacrée aux conflits entre la Birmanie et le Siam du 16 ème au 19 ème  siècle.


Introduction de Pamaree.


Pamaree constate qu’il y a eu de nombreuses guerres entre ce qu’il appelle les états pré-modernes de Birmanie et du Siam, entre le 1er empire Toungoo

toungoo 2

 

du milieu du 16 ème siècle et durant celui du Konbaung

 

Kaunbong 3

 

du milieu du 18 ème au début du 19 ème. Il reconnait que les Birmans, ont soumis successivement les capitales d’Ayutthaya, Thonburi et Bangkok, mais curieusement, Pamaree estime que les Siamois ont gagné de nombreuses batailles !

 

Il constate qu’il y a eu  de nombreuses études thaïes concernant ces guerres, mais qu’elles étaient limitées parce qu’elles n’étaient traitées que du point de vue thaï, et que peu avaient étudié la situation politique, économique et social qui avait présidé à la guerre du point de vue birman. Ce qui a impliqué des études plutôt statiques qui ont négligé l’aspect dynamique lié au développement des empires birmans, à savoir le 1er empire Toungo (1485-1599), la restauration de l’empire Toungoo (1597-1752) et l’empire Konbaung (1752-1819).

 

Pamaree critique les études « statiques » des historiens thaïs. 

 

Les études effectuées par les militaires et aussi civils thaïs étaient surtout basées sur l’étude des batailles ou des narrations des batailles. Leurs analyses étaient donc essentiellement sur les stratégies et les tactiques et excluaient les rapports avec la société. On se doute que pour Pamaree, et il le dit, c’est la formation et le développement de l’Etat birman qui a déterminé la stratégie vis à vis du Siam. Il est donc fondamental d’étudier les sources birmanes, qu’il cite abondamment **. (12 pages de références).

 

Nous pouvons donc espérer que  la lecture de l’étude de Pamaree basée sur de nombreuses sources birmanes nous permettra de mieux comprendre les raisons de toutes ces guerres menée par l’Etat birman contre le Siam.

 

Il cite en exemple Sunait Chutintanarond, un historien thaï éminent, dit-il, qui, dans  son livre Cakravartin: the ideology of traditional warfare in Siam and Burma, 1548-1605,

 

chutinanarond 4

 

indique que les guerres des monarques birmans et des rois d’Ayutthaya étaient surtout menés pour des motifs religieux, les cosmologies indiennes,  l’idéologie cakravartin,

 

cakravartin5

 

leur imaginaire Jambudipa, l’idéal politique bouddhiste, leur mandala,  mais que les premiers rois Toungoo  avaient attaqués Ayutthaya pour le contrôle du trafic commercial du golf du Siam, le contrôle de la périphérie de leur royaume comme le Lanna, et les ports de la côte ouest de Tenasserim.

Tenasserin 6

 

Il s’agissait de prendre une place dans le commerce international entre la Chine et l’Océan indien, en tenant compte de l’expansion du commerce musulman et du nouveau commerce européen, qui avec de nouvelles armes (mousquets et canons) et des mercenaires, allait modifier la géopolitique de cette Région.

 On peut donc noter une contradiction de Pamaree qui nous promettait des sources birmanes, de la géopolitique, pour citer un auteur thaï Sunait Chutintanarond, qui déclare que les guerres étaient surtout menés pour des motifs religieux et d’en citer le vocabulaire : l’idéologie cakravartin, leur imaginaire Jambudipa, le mandala Cf. note***), même s’il poursuit en donnant une raison commerciale pour le nouveau pouvoir Toungoo. On peut d’ailleurs ajouter que l’un n’empêche pas l’autre et que l’on a ici oublié que les guerres étaient surtout un moyen pour se procurer des esclaves, de la main-d’œuvre pour coloniser de nouveaux territoires « économiques ».
Pamaree est plus précis en citant le travail monumental (dit-il), de Victor L. Liberman** (1984)
liberman 7

 

qui défend l’idée que les conflits et les guerres menées  étaient motivés  par des intérêts économiques, et le contrôle de la côte de Tenasserim, particulièrement Tavoy, Mergui, et Tenasserim, et les routes commerciales qui vont du golf de Martaban à celui du Siam. Certes.
Il n’est pas sûr d’avoir besoin d’une telle autorité pour découvrir le b. a. ba de la géopolitique. 
Pamaree ensuite, qui n’a pas peur de se répéter, va utiliser l’artillerie lourde de la citation avec cette fois-ci un important historien birman, Myo Myint, qui a appliqué l’analyse géopolitique pratiquée par  Koenig pour la guerre durant le règne de Alaungpaya (1759-1760) et cité le Prince  Damrong , Lieberman et Helen James qui ont envisagé l’aspect l’économique, (comme Birmans, on peut mieux faire).  Tous, dit-il, ont montré  que les guerres menées du 16 ème au 19 ème avaient pour but de contrôler :
·         1/ le commerce entre le golfe de Martaban et celui du Siam.
·         2/ le commerce entre la Chine et le Nord du Siam.
·          3/ le commerce prospère d’Ayutthaya.
Vous avouerez que cela n’est pas une bien grande « révélation ».
Même s’il note (toujours citant d’autres auteurs), l’évolution de ce commerce avec l’arrivée des Portugais au début du 16 ème siècle qui ont augmenté le volume du commerce de l’Océan indien et au sud de la mer de Chine, et la présence d’autres d’étrangers comme les Indiens, les musulmans indiens, les Perses, les Arméniens, qui faisaient déjà commerce avec  les ports du royaume de Pegu comme Bassein, Pegu, et Martaban.

2/Lisons le chapitre consacré à la période des rois d’Ayutthaya Chakkraphat et Mahin, précédemment étudiée. (Le chapitre IV. The first Toungoo empire: the outbreak of Burmese-Siamese warfare)

 

Nous n’allons pas ici reprendre toute son étude qui, nous l’avons dit, couvre la période du 16 ème au  19 ème  (il évoque le royaume d’Ava  jusqu’à son annexion par les Toungoo), mais en rester à la période qui correspond aux rois Chakkrapat et Mahin , que nous avons relaté du point de vue des Chroniques royales d’Ayutthaya. Pamaree consacre 4 pages à cette période  sur une étude de 47 pages (dont 12 pages de références, avions-nous dit !).

 

Au milieu du 16 ème siècle donc, Pegu n’avait pas l’intention d’envahir le territoire d’Ayutthaya, même si leurs mandalas se chevauchaient, spécialement à Tavoy, Mergui et Tenasserim, Pegu, et qu’ils avaient déjà l’expérience d’une rivalité économique. Le roi Tabinshwehti (1531-1550) étant tout occupé à  déplacer la capitale mon  à Pegu. De même qu’Ayutthaya n’avait aucun désir d’envahir Pegu et d’étendre son Territoire au-delà de Martaban.


On peut alors, dit Pamareee,  se poser deux questions :

  • 1/ Pourquoi la 1ère dynastie des Toungoo qui avait pris le contrôle du littoral de Tenasserim voulut  s’étendre et conquérir la capitale d’Ayutthaya ?
  • 2/ Quels sont donc les facteurs et conditions qui ont entraîné le 1er roi Toungoo à modifier son mandala et initier une nouvelle stratégie commerciale différente de celle pratiquée par les rois môns de Pegu ? (Nous ne le serons guère).

Ensuite Pamareee rappelle l’origine du royaume Toungoo. 

 

La première dynastie Toungoo était située à l’intérieur, au centre de la Birmanie,  à mi-chemin de Paunglaung (ou Sittang) , le  bassin entre l’Yrrawady et la rivière Salween. Ce n’était qu’un modeste centre commercial, une cité entre la haute et la basse Birmanie, le Kayah et le plateau Shan. Sa situation géographique ne lui permettait pas d’avoir une stratégie pour étendre son pouvoir aux terres bien irriguées de la haute Birmanie et aux ports de la basse Birmanie, ni d’avoir le contrôle de la communication et du transport sur la rivière de l’Irrawady. 

 

Mais durant le règne de Mingyinyo (1485-1531), le fondateur de la 1ère dynastie Toungoo, Toungoo était  devenu le refuge de ceux qui fuyaient l’invasion d’Ava et de la haute Birmanie par les Shan. Si bien que le flot continuel des réfugiés a considérablement fait progresser la cité de Toungoo, au détriment de Pegu, flot qui s’est accéléré avec la chute de  la capitale d’Ava en 1527.

Il s’ensuivit une formidable consolidation d’un bastion renforcé par des terres bien irriguées comme celles de Pyinmana, Yamthin (et problablement Kyakse (sic)), ainsi que les potentialités des villages périphériques du royaume de Pegu.

 

Le Shan Mohnyin conquiert donc Ava en 1527 et  consolide les frontières du Nord. Il prélève des captifs, éléphants et chevaux, auprès des communautés môn périphériques, pour augmenter son pouvoir et faire des réserves à des fins  guerrières. Son fils Tabinshwehti lui succède en 1531 et poursuit le plan expansionniste de son père et envahit tout le royaume de Pegu.

 

Il oriente sa politique de la cité de Toungoo à la côte de Pegu qui a de nombreuses richesses naturelles et donne un accès direct au commerce international, aux armes et aux mercenaires étrangers. Le transfert de la capitale de Toungoo à Pegu, non seulement change le mandala de Tabinshwehti, le champ de son pouvoir, mais aussi lui fait profiter du contact avec la culture môn. Tabinshwehti devient le 1er roi birman à établir son pouvoir  dans la basse Birmanie.  Il faut mesurer ce qu’étaient  les Môn de Pegu, par leur économie, leurs arts, et leur rayonnement bouddhiste. Le roi des Môn Tushintakayutpi  (1526-1538) et de nombreux nobles, défaits par Tabinshwehti, descendaient de l’ancienne dynastie Waruru.***(Cf. notre article A26 sur ce fondateur)

 

Et même si les Môn étaient divisés, il n’était guère aisé pour Tabinshwehti de conquérir la loyauté des leaders môn et de stabiliser Pegu. Les Birmans étaient très  minoritaires et n’auraient pu survivre sans leur collaboration. On peut expliquer ainsi la tragique chute de Pegu à la fin à la fin du règne de  Tabinshwehti et de Nandabayin (1581-1599)  par l’échec de cette collaboration.

Tabinshwehti savait que pour asseoir sa légitimité, il était dans l’obligation ainsi que sa Cour  d’assimiler  les traditions et la culture Môn. Il adopta d’ailleurs la coupe de cheveux môn, les costumes môn, et se maria avec la fille d’un noble môn de haut rang et célébra son mariage selon les coutumes birmanes et môn. Mais cela ne fut pas suffisant pour gagner le respect des Môn.

Il conquit malgré tout le bassin du Ramanyadesa, Pegu et Martaban, et put étendre son pouvoir au-delà du bassin de l’Irrawady, et plutôt qu’attaquer les Shan au nord, il mena de nombreuses  guerres contre le royaume d’Arakan à l’Ouest et Ayutthaya à l’Est pour ses intérêts politico-économiques, et pour son cakravartin.****(précise Pamaree).

 

Pamaree nous promettait de la géopolitique et on est encore dans l’Idéologie religieuse.****

 

Evidemment, puisque les pays de la Région avaient adopté le bouddhisme Theravada. Il définissait les principes, les traditions, les croyances, le culte religieux, l’idéal,  mais aussi le modèle politico-religieux de la société, un muang.  

 

« Un muang, avions-noud dit dans notre article 15*****, «  est un territoire entouré de frontières gouverné en partie par un seigneur temporel avec tous ses nobles et fonctionnaires, en partie par des puissances spirituelles », un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité … »

 

Ensuite Pamaree évoque le roi Bayinnaung ( 1551-1581), qui prit presque une année pour restaurer l’ordre à la Cour de Pegu  et mâter les rebellions môn. Il fut considéré comme le plus important et vaillant souverain avec Tabinshwehti. Il fut le premier à recevoir l’allégeance des leaders môn qui l’aidèrent pour vaincre les rebellions birmanes (dont celle de son propre frère).

Il put assurer le contrôle et la stabilité de Pegu et de la basse Birmanie. Curieusement Pamaree ajoute qu’il n’eut pas besoin d’attaquer Arakan et Ayutthaya pour prouver son rôle de cakravartin. Même s’il les attaqua plus tard, en 1563, 1569 et 1580. Il fut le 1er roi birman à étendre son influence sur les cités thaïes à l’est de la rivière Salween. Même s’il possédait une énorme armée bien équipée, il eut des difficultés à imposer son autorité au royaume thaï de Lanna, de culture très différente (sic).Il eut aussi des difficultés avec les Laos de Lan Chang qui avait fait alliance  avec Ayutthaya pour se défendre contre les visées expansionnistes du 1er empire Toungoo. (Nos chroniques d’Ayuttthaya étaient quand même plus précises).

 

Le roi Bayinnaung aimait justifier ses guerres contre Ayutthaya au nom de son cakravartin et de son nouveau mandala qui s’étendait aux cités thaïes de l’Est de la rivière Salween. Le Lanna et Lan Chang essayaient quant à eux, de contrôler le commerce avec la Chine de la haute Birmanie et le commerce maritime avec la région Est de  la baie du Bengale.

Il fut un grand conquérant. Il fit inscrire d’ailleurs en 1557,  sur une cloche de Shwezigon à Pagan, l’ensemble de ses conquêtes :

  • Ketumati, Hanthawaddy, Thayeikhettaya, Pagan, Ava, Mong Mit, Hsipaw, the Ruby Lands, Mogaung, Mohnyin and Kalei,

 ainsi que les 20 portes de son mandala :

  • Zinme [Chiang Mai], Ohnbaung [Hsipaw], Mohnyin, Mogaung, Tavoy, Kalei, Mone, Nyaungshwe, Thayawaddy, Theinni, Tanintharyi [Tenasserim], Ayutthaya, Martaban, Pagan, Bassein, Thayekhettaya, Ava, Toungoo, Linzin [Lan Chang] and Dala.

 

Et c’est tout. On était encore ici loin de la géopolitique et plus près de la géographie « religieuse ».

 

Pamaree nous avait promis d’étudier les motifs, autre que militaires,  des guerres entre les Birmans et les Siamois d’Ayutthaya vus du côté birman avec ses 12 pages de références, de nous exposer le contexte socio-économique et les principaux facteurs. Nous n’en sommes pas si sûrs ou du moins, nous ne les avons pas vus.

 

Les informations données sur le commerce international de la Région sont plus que limitées, dirions-nous pour rester polis. Bref, nous n’avons rien appris et nos « Chroniques royales d’Ayutthaya » sont encore plus informatives.

 

Poursuivons-en la lecture et abordons le nouveau règne de Thammaracha avec le destin « légendaire » de son fils Naresuan, un « héros » thaï.

 

Une nouvelle dynastie, la dynastie Sukhotaï.

 


 

 ________________________________________________________________________________________

 

 

*THE CHANGING NATURE OF CONFLICT BETWEEN BURMA AND SIAM AS SEEN FROM THE GROWTH AND DEVELOPMENT OF BURMESE STATES FROM THE 16TH TO THE 19TH CENTURIES

de Pamaree Surakiat Ph. D. candidate in History, Department of History, Faculty of Arts, Chulalongkorn University, Bangkok, Thailand.March 2006 

 

ARI Working Paper No. 64 Asia Research Institute ● Singapore

** The main ones are Burmese chronicles, for instance, U Kala Mahayazawingyi, Mahayazawinthit, Hmannan Mahayazawindawgyi, Konbaungset Mahayazawindawgyi, Toungoo Yazawin, Moattama Yazawin, Zatadawbon Yazawin, Rajadhirij Ayeidawbon, Hanthawaddy Hsinbyumyahsin Ayeidawbon, Nyaungyan Mintaya Ayeidawbon,Alaunghpaya Ayeidawbon etc.

 

Burmese primary sources, such as Royal Orders and inscriptions have also been consulted. There are, in addition, contemporary traveler’s accounts, for example,including those of Gaspero Balbi, Duarte Barbosa, Thomas Bowrey, Nicolò d’ Conti, A.Dalrymple, Cesar Fedrici, Peter Floris, Thomas Forrest, Alexander Hamilton, Nicolas Pimenta,Fernão Mendes Pinto, Tomé Pires, Salvador Ribeyro, Father Vincenzo Sangermano, Hieronimodi Santo Stefano, Jeremias van Vliet and Ludovico di Varthema.

 

  • Prince Damrong Rajanubhab’s monumental work −- Our Wars with the Burmese (1917) -- was the pioneer. In spite of the fact that his approach was unquestionably Siamese-centric and Siamese nationalist, he attached much importance to the Burmese historical context.
  • The Burmese chronicle−HmannanMahayazawindawgyi [The Glass Palace Chronicle] was consulted in his work.
  • Nidhi Eoseewong (1986),
  • Similarly, William J. Koenig (1990) also discussed the geopolitical causes of the Burmese invasion of Ayutthaya during the late 18th century in his important study entitled TheBurmese polity, 1752-1819: politics, administration and social organization in the early Konbaung period.
  • Victor B. Lieberman (1984), who has done a great amount of research on pre-modern Burmese history, conducted analysis of almost all pre-modern Burmese-Siamese conflicts from 16th to 19th centuries in his monumental study− Burmese administrative cycles: anarchy and conquest, c. 1580-1760.

 

 

*** L’idéologie cakravartin, leur imaginaire Jambudipa, le mandala ?

Ses concepts sont en fait très complexes, car ils ont de nombreuses significations. Contentons-nous ici d’un aperçu.


Le cakravartin ?

 

cakravartin bis

 

Voir le bouddhisme et l’autorité politique.

En plus de leur essence divine, les rois du bouddhisme Theraveda héritaient de la notion politico-religieuse de cakravartin ou monarque universel qui devait préparer le monde pour l’arrivée du prochain bouddha. Le cakravartin était le modèle du souverain pieux qui devait par des moyens pacifiques assurer la propagation du bouddhisme et assurer la prospérité du clergé bouddhiste.

 

Le Mandala ? (in Wikipédia)

 

mandala 8


Le mot mandala, en hindouisme, a les sens suivants : "1) disque, cercle, sphère ; 2) toute figure géométrique apparentée au cercle ; 3) structure, forme d'organisation ; 4) dessin que l'on trace sur le sol ou sur un autre support à l'occasion de divers rites". Jean Herbert et Jean Varenne, Vocabulaire de l'hindouisme, Dervy, 1985, p. 65.

Mais ici, nous y voyons surtout la vision que peut avoir le roi de son « territoire » religieux.


Jambudipa ? (in wikipédia)

 

jambudvipa9

Dans la cosmologie indienne, il y a de nombreux mondes dont les Mondes terrestres Manusyaloka (tib. mi) – Ce monde est composé des quatre continents situé dans l’immense océan entourant Sumeru. Ils sont trop éloignés l’un de l’autre pour qu’une liaison nautique soit possible, et seuls les cakravatin (souverains universels) peuvent circuler de l’un à l’autre par les airs grâce au joyau magique cakraratna (pali cakkaratana). L’ensemble est ceint d’un cercle de montagnes nommé Cakravada (pali: Cakkavada). Les quatre continents sont :
  • Jambudvipa (sk.) ou Jambudīpa (pali) situé au sud, la demeure des humains. Il a la forme d’un triangle avec la pointe sud tronquée, dite « forme de chariot », qui pourrait être inspiré de celle de la péninsule indienne. Il est long de 10 000 yojanas (Vibhajyavada) ou a un périmètre de 6 000 yojanas (Sarvastivada) ; la côte sud fait 3 yojanas et demi. Le continent doit son nom à un immense jambu (jamrosat ou jamelonier) de 100 yojanas de haut qui pousse en son centre. Ce continent n’est pas le plus riche, mais c’est le lieu idéal pour la progression spirituelle puisque tous les bouddhas y apparaissent. Les habitants font de 1 m 50 à 1 m 80 de haut et vivent entre 10 et 80 000 ans.
  • Pūrvavideha (sk.) ou Pubbavideha (pali), situé à l’est. Aparagodānīya (sk.) ou Aparagoyāna (pali), situé à l’ouest. Uttarakuru, situé au nord.

**** Cf. 15. Notre Histoire. Le  muang  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html


*****le fondateur Waruru in A26. Notre Histoire : Fondation du royaume môn d’ Hanthawaddy en 1287. Vassal de Sukhotai ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a26-fondation-du-royaume-mon-d-hanthawaddy-en-1287-103435939.html 

 

 

 

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 04:05

  artUne erreur de 20 ans ou une équation du premier degré ?


L’histoire événementielle est un récit d’événements « vrais » que l’on a choisis selon les sources disponibles (documents ou témoignages) et que l’on a écrit en suivant la chronologie.

En effet, « Fixer l’ordre des temps et des événements est une nécessité reconnue. La chronologie est l’un des yeux de l’histoire et sans elle, l’ensemble des faits qui sont parvenus jusqu’à nous n’est qu’un chaos ténébreux qui ne nous éclaire pas » ainsi nous dit un grand classique qui n’a pas vieilli d’un jour, « L’art de vérifier les dates » (1).


Et pourtant, existent toujours de doctes discussions sur la date exacte de la naissance du Christ (an 1 de notre ère ?) sur celle de sa mort (an 33 ?), sur celle de la fondation de Rome (732 avant Jésus-Christ, oui, mais en quelle année est-il née ?), jusqu’à celle de la publication du Cid de Corneille dont il ne serait pas certain que la première représentation ait bien eu lieu en 1637 comme nous l’avons tous appris !

L’auteur de « L’Art de vérifier les dates » avait oublié le Siam.


Les « Annales d’Ayutthaya » dans leurs différentes versions sont datées au vu du calendrier de l’ancien Siam sur lequel il nous faut donc revenir. 

  • Le premier des observateurs attentifs et scrupuleux du Siam et de son calendrier lunaire fut La Loubère (2). Il nous dit « la plus récente des deux époques siamoise se rapport en l’an de grâce 638 ». Il s’est entouré des conseils du grand Cassini dont « le travail sera sans douté admiré de tous les savants ».


Cassini 1


  • Exit La Loubère, si nous l’en croyons, il faut donc selon Cassini ajouter aux années portées dans les annales, 638 pour obtenir l’année du calendrier grégorien.

 

  • Monseigneur Pallegoix, observateur tout aussi attentif et scrupuleux se penche plus longuement sur l’ancien calendrier siamois (3) et en fait remonter l’origine en 638 (lui aussi) de notre ère. Nous sommes évidemment loins de notre actuel calendrier : l’année est composée de douze mois lunaires de 29 ou 30 jours avec adjonction d’un 13ème mois tous les trois ans, nécessité par le fait que le mois lunaire a 29 jours, le tout inséré dans des cycles de 12 ans. L’année a son début, jamais le même jour mais avec un décalage de 1 ou même 2 mois.

 

  • Le site Internet http://www.louisg.net/C_thailandais.htm donne une analyse moins « poussièreuse » peut-être mais guère plus complète de cet ancien calendrier lunaire utilisé jusqu’au passage au calendrier solaire en 1889.

 

cal lunaire

 

638 ans nous apprend-t-il (mais avec un point d’interrogation tout de même) à ajouter pour retomber sur nos années grégoriennes. L'ère débute ou aurait débuté le jour de l'éclipse de soleil de l'an 638 de notre ère, notée le 21 mars par les Chinois.

Aucun des trois auteurs ne se hasarde à pousser plus avant dans la détermination des jours et des mois correspondant à notre calendrier grégorien.

Mais il est une évidence, le début de l’année traditionnelle n’étant pas fixe mais mobile, l’addition doit donc pouvoir- être selon les années de 638 ou 639 ?

Peut-on de là être plus précis et situer un événement au jour et au mois et non plus  seulement à l’année grégorienne ? L’auteur du site nous renvoie à ce qu’il pense être le seul convertisseur :

  • Universal Calendar Calculator diffusé parCumberland Family Software. Selon lui, ce logiciel serait le seul qui donne des conversions entre le calendrier grégorien et les calendriers thaïlandais.

Restons-en là pour une double raison :

  • Raison pratique, nous n’avons pas pu accéder à ce logiciel.
  • Raison de bon sens, il ne nous semble pas crucial de savoir si un événement qui s’est déroulé en 1539  l’a été le 15 août ou le 18 janvier. Ayutthaya aurait été fondée le jour de la Saint Casimir ? La belle affaire ! Et pourquoi pas celui de la Saint Bernard ou de la Saint Alain ?

Une hypothétique erreur d’une année sur 1500 ans est dérisoire, du 0,06 pour mille, si l’erreur est de 8 jours ou même de 1 mois, la rechercher relève du grotesque. La physique et la chimies sont des sciences, même « appliquées ». Il est fréquent pour simplifier des calculs incluant le nombre π (pi) d’utiliser le racourci 22 /7 qui ne donnera pas 3,14159 et sa suite interminable mais 3,1428 .... voire même la racine carré de 10 qui donnera 3,1622, le tout largement suffisant quand il ne s’agit pas d’envoyer une fusée sur Saturne.

 

pi


Les anciens asiatiques (Chinois, Indous, Tibétains, Siamois) utilisaient le calendrier lunaire.

Pour quelles raisons, probablement parce que les phases de la lune sont bien visibles mais il en est probablement bien d’autres ? Bien que leurs calendriers ne coïncident pas avec le calendrier siamois, il nous a semblé intéressant de savoir si quelques érudits avaient pû établir des tables de correspondance avec notre calendrier actuel ?


Calendrier chinois ? Fréret écrit en 1796 un ouvrage qui n’a pas vieilli dans son aspect scientifique, « la Chronologie des Chinois » (4), rien de moins que 400 pages d’explications astronomiques et scientifiques difficiles à comprendre pour qui n’a pas de notions de cosmographie.


Calendrier des Indiens ? Même observation ! (5), 350 pages d’une haute tenue scientifique, astronomique et cosmographique. L’auteur propose plusieurs procédés de calcul qui ne donnent pas tous le même résultat.

 

indiancalendarwi00sewerich-93


Calendrier tibétain ? Avouons que nous n’avons pas cherché, mais nous aurions probablement trouvé quelques ouvrages tout aussi complexes.


Malheureusement aucun ouvrage et encore moins de tables de correspondance concernant l’ancien calendrier siamois. Peut-être quelque érudit nous en fera-t-il un jour l’hommage ?


Restons-en donc là. Nous savons donc avec certitude qu’il faut ajouter aux années traditionnelles mentionnées dans les « Annales » 638 ans (ou 639 ?) pour avoir une année grégorienne. Hélas ! ce n’est pas terminé !


***


L’édition synoptique de Cushman des « Chroniques royales d’Ayutthaya » porte sur 8 annales, nommées de A à K datées de 1680 pour les plus anciennes (A) à 1855 pour les plus récentes (G) et une dernière non datée que l’on présume postérieure (K). Le texte n’est pas toujours convergent, celui des annales A est en général beaucoup plus succint, la datation l’est parfois mais pas toujours. Ainsi, toutes annoncent-elles la mort du roi Ramathibodi en 731 (731 + 638 = 1369). Mais les annales A annoncent le début du règne de Borommarachathirat en 786 (1424) alors que les autres le situent en 780, 6 ans d’écart.


Ce sont les annales A qui disent vrai. Les exemples vont par la suite se multiplier allant jusqu’à 20 ans d’écart.


L’accession au trône de Yot Fa a-t-elle eu lieu en 908 (annales A) c’est à dire en 1546 ou en 889 (1527) comme le disent toutes les autres ? Ce sont encore les annales A qui disent vrai. La différence de 19 ans est de taille.


Nous pouvons parfois trouver la lumière dans des éléments extérieurs, ainsi, une attaque du royaume de Hongsawadi datée de 910 (1548) dans les annales BCDEFG (les annales A n’en parlent pas) a eu incontestablement lieu en 1568. Les annales birmanes la situent « à la fin de l’année 1568 » (6). Admirons – au passage et sans rire – la précision d’un site Internet qui la donne le 15 août 1568. Les dates données par le prince Damrong, orfèvre en matière d’histoire du Siam, dans son « Histoire des bateaux de guerre siamois » (7) le confirme même si nous la trouvons parfois ailleurs datée de 1569. De la fin de l’année 1568 à l’année suivante, il n’y a évidemment qu’un pas.


Les annales font parfois référence à des événements naturels, tremblements de terre en particulier. Malheureusement pour nous, les séismes violents ou pas, sont fréquents dans le nord-ouest du pays et il n’en a pas été tenu de listes exhaustive.


Nous avons toutefois trouvé un élément plus concret, rattaché à un élément datée avec une certitude scientifique cette fois, l’apparition dans le ciel de l’ « arc d’Indra », incontestablement une comète, que les annales A situent en 891 et toutes les autres en 871, enfin un point de repère pour faire un sort à cette différence de 20 ans. 891 à plus ou moins 1 an, c’est 1528 – 1530. L’histoire des comètes est connue depuis la nuit des temps (l’étoile du berger en aurait été une permettant de dater la naissance du Christ ?). Il n’en apparait guère plus d’une vingtaine par siècle, quelques-unes seulement visibles à l’oeil nu. Quid du XVIème ?


Nous avions précédemment parlé trop rapidement peut-être de la comète de Halley, apparue dans le ciel chinois en septembre 1531 mais datée toutefois par le grand Flammarion en 1532 (8).

 

camille

 

Il y eut au XVIème siècle cinq apparitions de comètes, 1531, 1532, 1533, 1556 et 1577 (9). Les deux premières ont été notées par les astronomes chinois, elles ont donc été certainement visibles du ciel siamois, point les trois autres. La confusion a longtemps été faite (peut-être par Flammarion lui même ?) entre celle de 1531 (qui a eu l’estimable honneur d’être baptisée du nom de Halley) et celle de 1532 (10). Amédée Guillemin (11) la distingue de la comète de Halley. Dorénavant, elle est pour les savants « comète périodique 153 p » ou disons plutôt qu’elle semble bien être cette 153 p (re)découverte en 2002.

 

comete 153


***


Nous sommes donc enclin à penser que les bonnes dates (à plus ou moins une année) sont celles des annales A et non celles des autres ?


Mais un mystère plane sur cette erreur systématique de 20 ans ce qui n’est pas rien (on considère en généalogie que 20 – 25 ans, c’est une génération à ces époques). Imaginez-vous que nos grands-pères, mobilisés le 1er août 1914 et démobilisés (pour ceux qui ont eu de la chance) l’été 1919 ne l’aient été que l’été 1939 et eussent dû repartir pour un nouveau tour ? Nous aurions tendance à penser que les annales de 1680 utilisèrent une tradition orale qui était plus vivace en ce qui concernait les siècles précédents que celles de 1855 ?


Regrettons pour conclure que parmi ceux qui citent doctement les annales (« elles nous apprennent que.. » « nous savons par les annales que ... » ; oui mais lesquelles ? nul n’ait souligné ni même relevé ces incohérences chronologiques.


Restons-en donc à cette datation à l’année près, fidèles aux annales d’Ayutthaya de 1680, aller plus avant dans la précision revient selon nous à se plonger dans les (passionnantes) querelles byzantines sur le sexe des anges.

***


Vous avez été bien longs, nous direz-vous pour nous faire découvrir une vérité première, une simple équation du premier degré :


 x = y + 638 + δ


(année grégorienne étant x, année traditionnelle étant y et δ (delta) la marge d’erreur qui est de + 1.)

Oui certes, mais il nous fallut cependant chercher à savoir si cette erreur de 20 ans étant corrigible ou pas ! Le ciel a répondu.

 

 cosinus

______________________________________________________________________________

 

      Sources


(1) Publié en 1750 par Charles Clémencet, avec la collaboration de Maur Dantine et d'Ursin Durand. Cetet oeuvre classique dont le titre complet est « L'Art de vérifier les Dates ou faits historiques des chartes, des chroniques, et anciens monuments depuis la naissance de Jésus-Christ, par le moyen d'une table chronologique, où l'on trouve les années de Jésus-Christ et de l'Ere d'Espagne, les Indictions, le Cycle pascal, les Pâques de chaque année, les Cycles solaires et lunaires. Avec un Calendrier perpétuel, l'Histoire abrégée des conciles, des papes, des empereurs romains, grecs, français, allemands et turcs ; des rois de France, d'Espagne et d'Angleterre, d'Écosse, de Lombardie, de Sicile, de Jérusalem, etc., des ducs de Bourgogne, de Normandie, de Bretagne ; des Comtes de Toulouse, de Champagne et de Blois par des religieux bénédictins de la congrégation de Saint Maur. » a connu de nombreuses rééditions (1770, 1783, 1784, 1787, 1818, 1834 et un reprint plus récent).


(2) « Du royaume de Siam » 1694, volume I pages 246 à 252.


(3) « Description du royaume thaï ou Siam » 1854 volume I  pages 252 à 256


(4) Oeuvres complètes de Fréret, tome XIV, « la chronologie des Chinois » à Paris en 1796.


(5) « The indian calendar with tables for the conversion on Hindu and Muhammadam into A.D. dates, and vice versa » par Robert Sewell, à Londres en 1896.


(6) « A short strory of Burma »  par S.W. Coks, compilation d’annales birmanes publiée à Londres en 1919.


(7) « Histoire des bateaux de guerre siamois » par le prince Damrong, traduite par Jean-Claude Brodbeck, publiée in « Arts asiatiques » 1978, tome 34.


(8) « Astronomie populaire » par Camille Flammarion, à Paris en 1880.

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(9) « Cométographie ou traité historique et théorique des comètes » par M. Pingré, deux volumes à Paris, 1793.


(10) « L’astronomie dans l’encyclopédie », article de Pierre Humbert in « revue de l’histoire des sciences et de leurs applications », 1951, tome 4 numéro 3-4.


(11) « Les comètes » par Amédée Guillemin, à Paris, 1875.

 

 

delta

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 04:05

ChakrapatLe roi Chakkraphat a eu une vie mouvementée et a subi bien des déboires, bien des défaites, lui qui pourtant avait eu droit au titre de seigneur des éléphants blancs.  Il pensait en avoir fini en se faisant moine à 59 ans,  et en abdiquant en faveur de son fils Mahin, « en 914, l’année du rat ».

 

année du rat 2


Malheureusement, le roi Mahin et le Phraya Ram crurent nécessaire de venir l’implorer pour qu’il reprenne le trône et vienne sauver le peuple du royaume.

Ils l’informèrent du voyage du Prince Thammaracha à Hongsawadi, dénonçant  ainsi  ce qui pouvait être vu comme une trahison.  Ils lui proposèrent de se hâter et d’en profiter pour aller  reprendre sa sœur (mariée au Prince)  et son neveu à Phitsalunok pour les ramener à Ayutthaya. Chakkraphat donna son accord et ordonna à Phraya Ram d’organiser la défense de la capitale, pendant que lui-même et le roi Mahin iraient par bateau prendre la princesse Wisutkasattri et son fils, le Prince Ekathotsarot, ainsi que les familles à leur service.


Le roi Mahin demanda la permission de détruire Kamphaengphet qui était sur la route et aussi de  prendre ses habitants pour les amener à Ayutthaya.

 

Mahin


Mais ensuite les Chroniques sont peu claires.


Elles racontent dans un paragraphe les circonstances de l’attaque de Kamphaengphet, face à Phraya Si Ratchadecho, pour signaler ensuite qu’ils retournent sur Ayutthaya et apprendre deux paragraphes plus loin, que la Princesse Wisutkasattri et son fils, le Prince Ekathotsarot sont à Ayutthaya.  N’étaient-ils pas à Phitsalunok ? Entre les deux, on nous indique les préparatifs de défense de la capitale par Phraya Ram.


Toujours est-il que des officiels de Phitsalunok vont rapidement informer le Prince Thammaracha qui était à Hongsawadi.  Le roi d’Hongsawadi apprit par le Prince  les plans  de Phraya Ram et du roi Mahin et le retour de la princesse Wisutkasattri à Ayutthaya. (Il n’est pas question du roi Chakkraphat ???).


Le roi d’Hongsawadi en fut indigné et exprima son désir d’intervenir, dans la mesure  où Ayutthaya avait perdu sa loyauté et  considérait Thammaracha, « son royal jeune frère », comme un ennemi. Il ordonna au Prince Thammaracha de retourner de suite à Phitsalunok et de préparer les sept cités du Nord à la guerre avec les vivres, les éléphants, les chevaux, et les troupes.


La 4ème guerre entre les Birmans et Ayutthaya était déclarée.


La quatrième guerre de 1569 qui aboutira à l’annexion d’Ayutthaya par les Birmans d’Hongsawadi  est racontée avec force détails dans les 25 pages de la fin du chapitre 2 des « Chroniques royales d’Ayutthaya ». ( pp. 49-74), avec des divergences sérieuses entre la source A et les cinq autres sources  (BCDEF).


Relater cette guerre dans le cadre d’un blog est fastidieux pour le lecteur. Aussi avons-nous mis en note, en suivant la chronologie des Chroniques, les principaux éléments.


On peut y remarquer les différentes étapes,  avec la scène du  départ du roi d’ Hongsawadi en procession avec ses éléphants, ses troupes … pour atteindre en 35 jours, précise-t-on, les frontières de Kamphaengphet. Elles décrivent ensuite la stratégie du roi d’Hongsawadi, la tactique employée, le dispositif de ses armées d’Hongsawadi, la préparation de l’encerclement et du siège d’Ayutthaya. Tout est noté, comme pour montrer le « génie militaire » du roi d’Hongsawadi. (Curieux pour des annales  siamoises !).


On y voit les troupes en présence :


 (permettant d’apprendre la zone d’influence du roi d’Hongasawadi et donc ses vassaux)


Du côté Birman, sous les commandements de l’Uparat, du Prince Thammaracha de Phitsalunok, et les rois de Phrae (neveu du roi)  et d’ Ava (beau-fils du roi) :

  • les Birmans et les Môns d’Hongsawadi, de Ava, Tongu, Pruan, et les troupes thaïes Yai de Pasaenu, Kong, Mit, Tala, Nai, Umuang, Sapha Bua sae, Sop, les troupes laos de Chiang Mai, commandées par Phra Saen Luang Phing Chai, (le roi de Chiang Mai étant malade ( !)). Le Prince Thammaracha commandant les 7 cités du Nord. On annonce une armée d’un million d’hommes. (Une façon asiatique pour dire que l’armée était nombreuse).

Du côté d’Ayutthaya, sous le commandement de phraya Ram 

  • D’un côté les forces des cités de Chainat, Suphanburi, Lopburi, Phetburi, Ratburi, Nakhon Nayok, Saraburi, Phromburi, Sanburi, Nakhon Chais, Thonburi, Marit. Les 3 autres côtés étaient gardés par le Phraya Khlang à la palissade de Chai Gate, Phra Insa  Nakhon Ban à celle de Chai palace, Phra Thai Nam à celle de Chi Khan Gate, Phraya Si Ratchanedo commandait de Chi  Khan Gate au coin de la cour royale et Phraya Thamma était en charge des troupes qui gardaient de coin de la cour royale jusqu’au Palace royal.
  • Le roi Mahin a ordonné au Phraya Ram de demander l’aide du royaume lao de Lan Chang.

 

La bataille pouvait s’engager.


Les Chroniques montrent le contraste entre le roi Mahin d’Ayutthaya qui  n’est  pas intéressé par la guerre, qui reste en son palais, précise–t-on, en laissant tout le commandement  aux mains de Phraya Ram et le roi d’Hongsawadi, un chef de guerre intraitable, habile, fin tacticien,  aux méthodes expéditives.(Par ex. punit de mort Phraya Kiat qui a perdu sa position ; le roi de Phrae ayant laissé échapper une jonque chinoise doit défiler devant ses troupes comme un criminel, sacrifie ses hommes pour construire un pont … etc) .

 

Jonque chinoise

 

Un bon stratège préparant bien les différentes étapes en amont :

  • Le roi d’Hongsawadi, une fois toutes ses troupes rassemblées,  organisant  ses 4 principales armées aux 4 coins cardinaux, avec la principale basée au temple de Maheyong.
  • La préparation du siège (la construction des tunnels, de palissades, du bouclier de terre pour arriver aux remparts, qui coûta de nombreux hommes)

 

siège

 

  • La constitution d’un stock de riz et de vivre  pour un an. (avec des méthodes musclées. Tout officier sera puni de mort en cas de quota jugé insuffisant)  

A l’inverse, les Chroniques montrent un Ayutthaya divisé, désuni, trahi par la naïveté de son roi et de son commandant en Chef

  • Leur chef Phraya Ram découragé est prêt à négocier. Le Conseil des plus haut dignitaires pensent à la trahison et vont partir combattre chacun de leur côté, avec un roi laissant faire.
  • Le roi qui livre son commandant en chef contre une promesse de paix, qui fait arrêter le Prince Saowarat qui commandait 15 000 hommes (sic) au centre du dispositif et qui répondait avec hardiesse à toute tentative des ennemis.
  • Le roi Mahin qui croit à l’évasion de Phraya Chakkri, prisonnier des Birmans, et qui en plus,  lui confie la défense de la capitale avec tout pouvoir ! il en profitera pour désorganiser la défense de  la capitale, remplacer les soldats par des civils, décourager l’ardeur au combat des soldats et prévenir l’ennemi du moment propice pour l’attaque.

 

Les Chroniques royales d’Ayutthaya poursuivent l’éloge du roi d’Hongsawadi, toujours en fin stratège. (propose au roi Mahin une nouvelle alliance et la paix s’il lui livre son commandant en chef Phraya Ram. Surenchérit en demandant l’hommage des hauts dignitaires, une fois Phraya Ram livré) et qui a l’intelligence de laisser le Prince Thammaracha mettre en œuvre ses plans.


En effet, son vassal et allié, le Prince Thammaracha de Phitsalunok,

 

Thammarachat

 

multiplie les initiatives,  stratagèmes et plan secret :

  • Contre Lan Chang qui entre en guerre, l’idée, avec la « complicité » de Phraya Ram prisonnier, de faire un faux document provenant d’Ayutthaya pour  inviter le roi de Lan Chang  à venir rapidement pour profiter de la situation avantageuse due au manque de vivres d’Hongsawadi, et qui est sur le point d’abandonner sa campagne. Et effectivement, le roi de Lan Chang se précipitera dans l’embuscade mené par l’Uparat (le roi de Lan Chang put s’enfuir, mais perdit de nombreux hommes).

 

  • Le plan « sanguinaire » de Thammaracha qui propose au Phraya Chakkri, pris en otage lors de la guerre précédente, un stratagème qui permettra de prendre la capitale facilement. Il s’agissait de faire croire à son évasion, (on n’hésita pas à sacrifier une trentaine de soldats qui  furent exécutés et empalés devant la palissade pour la rendre plus crédible !). Le plan réussit mieux que prévu car le roi Mahin lui confia tout le commandement des forces armées.

L’attaque finale et la chute d’Ayutthaya en 1569.


Le roi d’Hongsawadi, organisa ses soldats en quatre divisions, avec chacune couleurs et armes différentes. La 1ère, habillée avec une  tunique noire et armée d’une épée et d’un  bouclier, la 2ème tunique verte et armée d’une épée dans chaque main, la 3ème tunique rouge, armée de  fusils (à mèches), la dernière, violette et armée de lance et d’une  épée fixée au dos. Le roi ordonna alors la route à suivre au Prince Thammaracha et à l’Uparat le long de l’île de Kaeo, pour rejoindre au même moment les divisions des rois de d’Ava et de Phrae et attaquer. Ils eurent de nombreux morts dus aux flèches enflammées, aux perches, bambous, mais ne reculèrent pas.

 

Bataille


Et les armées de Thammaracha et de l’Uparat forçèrent le passage et capturèrent la palissade de Phra Mha Thep,  qui recula et  put regrouper ses troupes devant les monastères de Kho et de Krabu, pour de nouveau subir un nouvel assaut et devoir reculer et se regrouper au monastère de Phao Khao. Leurs lignes furent enfoncées, divisées, et les troupes d’Hongsawadi purent entrer dans la cité.


La guerre était finie.


Evidemment, on donne une date exacte et même  le jour et l’heure ! (« the eleven day of the waning moon of the ninth month in 918, a year of the dragon, eighth of the decade, at three nalika in the morning ». (Extraordinaire, non ?).

 

-annee-du-dragon


Les Chroniques décrivent la cérémonie de rédition, où, en présence de l’Uparat et du Prince Thammaracha (un honneur),  le  roi d’Hongsawadii  manifestera le respect dû au rang royal du roi Mahin (invitation à s’asseoir, offre du bétel), que celui-ci méprisera.


Même dans la défaite on nous montre un roi Mahin mesquin, peu « royal ». Le roi d’Hongsawadi termina la cérémonie en rappelant que cette guerre ne pouvait qu’augmenter sa renommée et étendre ses frontières dans toutes les directions. Non sans humour, il invitale roi  Mahin à le suivre pour vivre avec lui à Hongsawdi. Une façon élégante de lui annoncer qu’il était désormais son otage.


Il demanda au Prince Thammaracha d’escorter le roi Mahin et il envoya l’Uparat dans la ville rassembler tous les habitants, et  de prendre toutes les statues pour les emmener à Hongsawadi. Il dit au roi Mahin de préparer toutes ses concubines, personnel du palais, et possessions pour ensuite faire le voyage ensemble, et au prince Thammaracha de prendre les parures et les ustensiles royaux avec les concubines et serviteurs.


Les Chroniques signalent en une simple phrase que le roi d’Hongsawadi invita le Prince Thammaracha a accéder au trône d’Ayutthaya.


On termine le chapitre en précisant que le roi d’Hongsawadi envoya le Phraya de Nakhon Si Thammarat, Phra Si Akkharat, Khun Kasettrathibodi, Khun Rakmonthian, Mün Narinsi, une centaine en fait de Khun et Mün, et 10 000 hommes et femmes libres à Ayutthaya. Un cadeau au nouveau roi ? Une réorganisation du royaume ? (Curieusement, Phraya Chakkri n’apparait pas).


Le royaume d’Ayutthaya était désormais annexé au royaume d’Hongsawadi.


Le roi Thammarcha allait régner de 1569 à 1590. Mais cela est une autre histoire à raconter.

 

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Nota.

 

Nous ne comprenons pas toujours pas cette présentation fantaisiste des « Chroniques royales d’Ayutthaya » de la défense d’Ayutthaya. Le roi Mahin est présenté, une fois de plus, comme un incapable, un naïf et un idiot.


On déclare qu’il se retire en son palais, alors que la guerre fait rage. Il donne tout pouvoir à Phraya Ram pour mener la guerre, et le livre ensuite au roi d’Hongsawadi, croyant à la paix proposée.


Ensuite il croit à l’évasion du Phraya Chakkri, qui avait été fait prisonnier avec son frère, lors de la guerre « des éléphants blancs » et pire lui  donne tout pouvoir pour mener la guerre. Il ne dit rien au comportement ubuesque de Phraya Chakkri (condamner un héros, démobiliser les soldats et les remplacer par des civils).


Nous avons le sentiment que les chroniqueurs siamois  de ces annales ont été payés par l’ennemi. Ils seraient, en tous cas, mis en prison de nos jours, tant ici, une fois de plus, le lèse-majesté est évident.


Surtout que  tout est fait pour mettre en valeur le roi d’Hongsawadi. Ainsi on le voit en bon stratège, en fin tacticien, en conquérant impitoyable. On décrit abondamment la magnificence, la force  ordonnée de ses armées partant en campagne, son aptitude vigoureuse à insuffler l’énergie de la victoire.


Cf. par exemple l’attaque finale scénarisée du point de vue du roi d’Hongsawadi : avec une bonne organisation, avec une couleur différente pour chacune des 4 divisions, une bonne coordination et synchronisation ; ils avancent et arrivent en même temps ; la scène est sonorisée (troupe et armes à feux résonnent « comme un tremblement de terre ». Et en une phrase, la messe est dite : « Les armées du Prince Thammracha et de l’Uparat attaquent, entrent en force, et capturent la palissade du Phra Maha Thep ». Hongsawadi a gagné la guerrre.


Que penser d’un tel parti pris  pour l’ennemi. Un comble pour des chroniques royales dites siamoises.


Nous avons suffisamment critiqué la Thaïness pour nous interroger sur le silence des experts. Cf.in 41. LA REFERENCE.  Les chroniques royales d’Ayutthaya de Richard D. Cushman. Cf. en note,  Lagirarde François s’en prenant à la traduction, sans critiquer, les incohérences, invraisemblances, ellipses, incongruités …


« BMV et RCAC ont sans aucun doute été publiés dans le but de devenir des références incontournables. D'une certaine façon ces deux publications ne peuvent qu'y réussir puisque :


1) aucun document de l'importance de BMV n'était directement accessible aux chercheurs  2) la traduction de Cushman est la seule des longues chroniques à jamais avoir vu le jour.


« La traduction n'est donc pas seulement faible, elle est parfois totalement inexacte » … Bref, le lecteur de RCAC se heurte continuellement à des phrases mystérieuses qui appartiennent à un premier essai de traduction ou à une exégèse inachevée. »

 

Il est vrai que la rédaction de ces Chroniques, si l’on en juge par la traduction, n’a aucun style, si ce n’est une volonté de confusion, de désordre, de bouts de phrases rassemblées à la hâte, une syntaxe en fatras. Mais que pensez de l’intrigue ?


Tout ceci peut expliquer l’absence d’une traduction française, et le niveau plus que moyen de notre prestation.


Ainsi en va-t-il pour la datation plutôt aléatoire entre les différentes sources. Cf. notre article suivant :

 59. Une chronologie incertaine pour écrire l’histoire d’Ayutthaya.

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D’après « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » :

 

La 4ème guerre entre les Birmans et Ayutthaya était déclarée. ( 25 pages. pp. 49-74. Fin du chapitre II)


Les cinq sources (BCDEF) décrivent ensuite, une fois de plus, avec force détails superlatifs (or, diamants, ornements royaux magnifiques, la beauté des bannières, des armes, des couleurs, des sons, la pompe, les signes astrologiques favorables, etc), la scène du  départ du roi d’ Hongsawadi en procession avec ses éléphants, ses troupes … pour atteindre en 35 jours, précise-t-on, les frontières de Kamphaengphet. Elles décrivent ensuite le dispositif des armées d’Hongsawadi, la tactique employée, la préparation de l’encerclement et du siège d’Ayutthaya. Tout est noté, comme pour montrer le « génie militaire » du roi d’Hongsawadi. (Curieux pour des annales  siamoises !).


Bref. Le roi d’Hongsawadi met en place sa stratégie et ordonne au roi de Phrae, commandant des forces navales, et à ses troupes sur terre de se rejoindre à Nakhon Sawan.


Les troupes du roi réunissaient les Birmans et les Môns d’Hongsawadi, de Ava, Tongu, Pruan, et les troupes thaïes Yai de Pasaenu, Kong, Mit, Tala, Nai, Umuang, Sapha Bua sae, Sop ; les troupes laos de Chiang Mai, étaient commandées par Phra Saen Luang Phing Chai, le roi de Chiang Mai étant malade ( !). Le Prince Thammaracha commandait les 7 cités du Nord. On annonçait le nombre d’un million d’hommes. (Une façon asiatique pour dire que l’Armée était nombreuse).


Pendant ce temps Ayutthaya s’organisait, mais pas avec la rapidité suffisante puisque seule une partie des 4 districts put entrer à l’intérieur de la capitale, et les petites cités éloignées durent rester dans les forêts avoisinantes.


Le roi d’Ayutthaya et Phraya Ram organisèrent néanmoins leurs forces :

  • Phraya Ram restait au centre, prêt à suppléer l’un des 4 côtés défaillants.
  • Les forces des cités de Chainat, Suphanburi, Lopburi, Phetburi, Ratburi, Nakhon Nayok, Saraburi, Phromburi, Sanburi, Nakhon Chais, Thonburi, Marit, occupèrent le fort de  Ratanachai.
  • Les 3 autres côtés étaient gardés par le Phraya Khlang à la palissade de Chai Gate, Phra Insa  Nakhon Ban à celle de Chai palace, Phra Thai Nam à celle de Chi Khan Gate, Phraya Si Ratchanedo commandait de Chi  Khan Gate au coin de la cour royale et Phraya Thamma était en charge des troupes qui gardaient de coin de la cour royale jusqu’au Palace royal.

Bref, les responsabilités de défense avaient été assignées.


Quant à Hongsawadi ?

  • En arrivant à la capitale, les troupes d’Hongsawadi reçurent la mitraille (canon Naraï ente autre), qui fit beaucoup de morts parmi les éléphants, les chevaux et les soldats.
  • Le roi d’Hongsawadi, une fois toutes ses troupes rassemblées,  organisa ses forces : l’Armée de l’Upparat et l’armée de Thammarcah étaient face au rempart de l’Est, l’armée du roi d’Ava au Sud, l’armée du Phraya de Thala, des Thai Yai et de Chiang Mai à l’Ouest, celle des  Phraya de Basein de Tongu, de Aphaikhamani, de Martaban, de Phataba, de Phathaboet au Nord.
  • Et la principale armée serait basée au temple de Maheyong

Nous passerons ensuite sur la mise en place du siège avec la construction des tunnels, de trois cordons de palissades qui prendront 2 mois. Les soldats d’Ayutthaya tuèrent de nombreux soldats pendant ces « travaux ».


Auparavant le roi Mahin avait ordonné au Phraya Ram d’envoyer un message au roi de Lan Chang pour lui demander son aide.


Mais le roi d’Hongsawadi mesura que le siège et l’attaque d’une grande capitale comme Ayutthaya n’avait rien à voir avec les autres sièges déjà réalisés dans le  passé, surtout avec la situation particulière de son emplacement : un mont « Méru » entouré d’eau.

  • Il voyait la difficulté et estima que cela prendrait une année pour réussir. Aussi convoqua-t-il ses Phraya et commandants pour leur faire part de son analyse et pour les inviter à trouver assez de riz et de vivres pour tenir un an, en précisant qu’un inventaire de chaque brigade sera fait avant l’attaque et que l’officier responsable serait puni de mort en cas de vivres insuffisantes.
  • Une fois, l’inventaire fait, le roi d’Hongsawadi ordonna les dernières préparations avant l’attaque, à savoir l’établissement de chemins protégés par des « boucliers » de terre pour arriver aux remparts. Ils durent subir de nombreuses « canonnades et coups de feux » et des sorties meurtrières d’Ayutthaya.  

La bataille pouvait s’engager.


Enfin, on pouvait le croire, lorsque le paragraphe suivant les « Chroniques royales d’Ayutthaya » annoncent la mort du roi Chakkraphat (BCDEFG). (en 917, l’année du lièvre, la 7 ème décade, après 34 ou 35 jours de grave maladie, et après 32 ans de règne (BCDE) (ou 37 ans F))

 

année du lièvre

 

presque en catimini, et pour déclarer de suite que le roi Mahin, n’était pas intéressé par la guerre, qu’il restait en son palais, en laissant tout  aux mains de Phraya Ram, y compris le commandement de tous les soldats qui défendaient la capitale. Et de décrire Phraya Ram, dans toute sa pompe, inspectant, organisant et  motivant ses soldats.


La source A nous avait déjà annoncé trois pages auparavant, à la sauvette, alors que les troupes d’Hongsawadi encerclaient Ayutthaya, « le roi Maha Chakkraphat tomba malade et mourut. » Et c’est tout.


Nous sommes étonnés une fois de plus par ces « Chroniques royales » sensées, comme toute chronique royale, être à la gloire des rois dont elles racontent les hauts faits, et qui ici, sont dans le lèse-majesté. Un roi qui meurt dans l’anonymat et son successeur de fils qui se retire en son palais en pleine guerre !!!


Le roi d’Hongsawadi, un chef de guerre intraitable, aux méthodes expéditives.


 Phraya Kiat, qui a subi une attaque de Phraya Chakkrarattana et a perdu sa position, est puni de mort par le roi en colère, malgré l’arrestation de Phraya Chakkrarattana. Pire, l’Uparat (son fils et 2 ème personnage du royaume d’Hongsawadi !) est exclu de son armée, faute d’avoir puni Phraya Kiat.


Toutefois, l’Uparat, conscient que le roi de Phrae (neveu du roi)  et d’ Ava (beau-fils du roi) lui sont favorables, mais n’ont  pas  un pouvoir suffisant pour obtenir son pardon va demander à Thammaracha de plaider sa cause, sachant qu’ il est le seul  à pouvoir le faire. Le roi d’Hongsawadi accordera en effet sa grâce à Thammaracha.


De même le roi de Phrae ayant laissé échapper une jonque chinoise dut subir la colère du roi d’Hongsawadi et dut défiler devant ses troupes comme un criminel.

Il fut également très en colère quand son ordre d’attaque du pont sur la rivière en face du fort Rattanachai échoua. Les officiers furent punis. Il dut alors réorienter ses forces et envoya l’Uparat, le roi Ava et le roi de Phrae prendre trois autres positions.

Mais le roi inspectant, constata qu’ils n’avaient pas encore construit un pont sur les douves, se demanda,  s’il ne fallait pas en tuer un, pour que les deux autres soient capables de construire le pont. Mieux, le roi demanda à son inspecteur lui rendant compte des travaux : « A combien de terre portée par un homme équivalait un homme mort. »  L’inspecteur répondit qu’un homme mort équivalait à 7 porteurs de terre. Vous devinez quelle furent les consignes données à l’Uparat, aux rois de Phrae et d’Ava. Les hommes ne furent pas épargnés et durent travailler jour et nuit. Après 3 mois, les murs de la capitale furent atteints.


Ayutthaya divisé


Pendant ce temps, Phraya Ram construisait une deuxième palissade derrière les remparts à l’intérieur de la capitale, mais apprit la perte de l’île de Kaeo.


Phraya Ram en fut découragé et consulta son Conseil envisageant une « négociation ». Les dignitaires lui rappelèrent qu’une négociation ne pouvait être envisagée qu’en montrant sa force et qu’après avoir tué beaucoup d’ennemis. Devant l’attitude du Praya Ram, ils pensèrent à la trahison et partirent chacun de leur côté combattre l’ennemi. Le roi les laissant faire, précise-t-on.


Mais on apprit que Phra Maha Thep qui défendait l’ïle de Kho, résistait encore derrière ses palissades, après que les murs aient été détruits par les Birmans et que le Prince Si Saowarat était venu à son  secours, et qu’il avait tué de nombreux ennemis et empêcher que la palissade soit prise.


Le stratagème du roi d’Hongsawadi.


Constatant les difficultés pour prendre Ayutthaya, la venue de la saison des pluies, et les hommes « contrariés » le roi d’Hongsawadi confia à Thammaracha un stratagème pour se saisir du Phraya Ram, l’architecte de la défense d’Ayutthaya.

 Il s’agissait d’envoyer une lettre au roi Mahin, lui révélant que son père avait trahi leur amitié avec Phraya Ram qui s’était porté garant de la défense d’Ayutthaya. Mais son père était mort et le roi d’Hongsawadi renouvelait son alliance d’amitié à la condition qu’on lui livrât Praya Ram. Alors il retournerait avec toutes ses armées à la capitale d’Hongsawadi. (On apprend même, qui transmis la lettre à l’intérieur d’Ayutthaya, et à qui il la donna et qui l’a reçu (« the reigning lady of the inner Palace Department »), qui la transmis au roi Mahin. On apprend vraiment des secrets !)

Le roi Mahin réunit son Conseil (ministres, nobles de haut rang, chef des moines) et leur présenta la proposition du roi d’Hongsawadi. Les Conseillers estimèrent que si le roi voulait cette alliance, il devait alors livrer Phraya Ram.


Le roi ordonna alors de livrer Phraya Ram au Prince Thammaracha. Le patriarche et quatre moines furent désignés pour le livrer. Et Thammaracha put l’amener devant le roi d’Hongsawadi. Celui-ci demanda alors à son Conseil s’il devait donc renouer son alliance comme auparavant. Tous les nobles de haut rang présents estimèrent que la capture de Phraya Ram était équivalent à la prise de du royaume d’Ayutthaya et ils demandèrent la permission d’attaquer et de prendre la capitale. (Contrairement aux sources BCDEF, la source G prétend que tous les nobles présents étaient pour une alliance immédiate).


Le roi ne fut pas de cet avis et ordonna aux officiers de rester sur leur position. (Une fois de plus, on voit le roi Mahin, écoutant son Conseil sans intervenir, et livrer son commandant en chef et le roi d’Hongsawadi s’opposer à l’avis de son conseil). Mais le roi d’Hongsawadi posa une nouvelle condition et transmis au patriarche d’Ayutthaya sa volonté que tous les dignitaires de la capitale viennent auparavant lui rendre hommage avant de signer l’alliance.


Il n’est pas besoin d’être un fin stratège pour voir le grossier piège.

Néanmoins, le roi Mahin crut bon de réunir son Conseil pour connaître leurs réponses. Ils lui dirent qu’ils seraient fait prisonniers et emmener avec leur famille.   Ils lui proclamèrent alors leur volonté de se battre. (Seul Phraya Thama était prêt à se rendre).


Le roi d’Hongsawadi attendit sept jours (délai qu’il avait accordé) et s’entretenant avec le Prince Thammaracha, lui déclara qu’ Ayutthaya ne voulait pas de l’alliance  et qu’il devait ordonné l’assaut. Mais Thammaracha lui demanda de suspendre son ordre et de le laisser tenter une ultime négociation. Il se présenta en palanquin devant les positions tenues par Phra Maha Thep et demanda l’autorisation d’entrer pour discuter des affaires du royaume. Phra Maha Thep fit tirer sur l’ambassade.

Le roi d’Hongsawadi donna ses ordres.


Encore un curieux comportement du roi Mahin.


Le Prince Saowarat qui commandait 15 000 hommes (sic) au centre du dispositif répondait avec hardiesse à toute tentative des ennemis, mais sans prévenir son père ( ?). Curieusement, le roi Mahin, (on précise « qui n’avait aucun intérêt à la guerre ». (notez ces charges permanentes des Chroniques contre le roi d’Ayutthaya), eut des doutes sur la loyauté du Prince Saowarat et l’envoya au monastère Phra Ram. Pourquoi ? On ne sait pas. (la source A précise : pour être exécuté).


Lan Chang entre en guerre contre Hongsawadi.


« Pendant ce temps-là », les envoyés Khun Ratchasena et Khun Maha Wichai avaient livré le message royal de Mahin auprès du ministre des Armées de Lan Chang, expliquant la situation , demandant leur appui, sachant, était-il précisé, qu’Ayutthaya était une digue qui protégeait Lan Chang, et que si celle-ci tombait, les troupes d’Hongsawadi ne manqueraient pas de les attaquer ensuite. Le roi informé fut en colère et décida d’attaquer de suite les troupes d’Hongsawadi, surtout qu’il se rappelait le kidnapping de sa future femme, la princesse Thepkasattri. Il précisa en outre que cela ne pouvait que renforcer leur alliance pour leur futur. Il choisit un moment favorable selon les augures pour partir avec ses troupes.


La réponse deThammaracha.

Le prince Thammarcha fut informé  de l’arrivée des troupes de Lan Chang aux environs de Nakhon Thai. Il informa en audience au roi d’Hongsawadi que l’armée de Lan Chang était sur le chemin entre Phetchabun et Saraburi. Curieusement les Chroniques royales précisent que le roi demanda la confirmation à son prisonnier Phraya Ram. Il estima de suite que si cette armée arrivait près d’Ayutthaya, cela galvaniserait les défenseurs de la capitale d’Ayutthaya et qu’il fallait en conséquence aller au-devant de ces troupes et les mettre en déroute.


Thammaracha eut encore l’idée, avec la « complicité » de Phraya Ram de faire un faux document provenant d’Ayutthaya pour  inviter le roi de Lan Chang  à venir rapidement pour profiter de la situation avantageuse due au manque de vivres d’Hongsawadi, et sur le point d’abandonner sa campagne.


Le roi ordonna à l’Uparat de suivre avec son armée les bords est de la forêt de Sak river et de préparer une embuscade avec ses  troupes des deux côtés de la rivière près de Suraburi. Entre temps le  faux message d’Ayutthya était arrivé et c’est tout joyeux que le roi de Lan Chang tomba dans l’embuscade. Il put s’enfuir, mais perdit de nombreux hommes, et de nombreux éléphants, chevaux et soldats furent capturés (Toujours dans cet ordre). On peut deviner la joie du roi d’Hongsawadi, et la tristesse du roi Mahin, de tous ses officier et soldats quand ils apprirent la nouvelle.

Le nouveau plan « sanguinaire » de Thammaracha.


Pendant que le roi d’Hongsawadi organisait l’attaque finale pour prendre Ayutthaya, le Prince Thammaraaha eut un nouveau plan qui éviterait de perdre un grand nombre d’hommes. Il proposa au prisonnier Phraya Chakkri un stratagème qui permettrait de prendre la capitale facilement.  (Vous vous souvenez, Phraya Chakkri était le principal opposant aux birmans et avait été donné en otage avec Ramesuan,  le fils ainé du roi Chakkrapat, et Phra Sunthon Songkhram, lors de la défaite de la 3ème guerre pour deux éléphants blancs.  Cf. 56). Il lui rappela pour le convaincre, que lui aussi avait été un sujet du seigneur des éléphants blancs, mais que celui-ci était mort  et qu’ils étaient devenus des sujets du roi d’Hongsawadi. Il lui montra qu’il était en grande faveur auprès du roi et qu’il ne tenait qu’à lui d’acquérir aussi cette faveur. Chakkri accepta, reconnaissant.


Thammaracha communiqua son plan secret  au roi d’Hongsawadi, qui l’approuva.


 Il s’agissait, dans la première partie du plan,  de faire croire  que Praya Chakkri bien que gardé par une trentaine de soldats laos, môns, et birmans, se soit échappé avec ses fers. Le lendemain, on montra une agitation dans le camp qui indiquait une recherche. Et pour crédibiliser la fausse évasion, le roi ordonna, qu’une trentaine de soldats furent exécutés et empalés devant la palissade !


Il est dit que le roi Mahin crut à l’évasion du Phraya Chakkri et qu’il lui confia la défense de la capitale avec tout pouvoir ! (Nota. Une fois de plus, les Chroniques royales montraient la stupidité du roi Mahin). Mais ce n’était pas fini.


Il est dit que Phraya Chakkri pendant un mois, contribua à renforcer les palissades, les douves et les bastions et à entraîner ses soldats au combat avec succès. Et puis, il commença son travail de sape, à désorganiser la défense de  la capitale. Il accusa et punit le soldat le plus vaillant de désertion de poste et de trahison envers le gouvernement.


Mieux. Il remplaça les soldats par des civils  et inversement !!! Les officiers furent découragés, et l’armée perdit sa force au combat. Il envoya alors un message secret au roi d’Hongsawadi, qui décida de l’attaque. (On ne  comprend pas ici la notion de civil, car l’armée était essentiellement composée de sujets paysans et esclaves du roi. Et puis, on suppose qu’une telle manœuvre doit prendre un certain temps, non ?)


L’attaque finale et la chute d’Ayutthaya en 1569. Racontée dans l’article plus haut.

 

 

 titre

 

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 04:07

sceauAprès avoir perdu une nouvelle guerre contre les Birmans d’Hongsawadi qui a entrainé la prise en otage de son fils ainé ainsi que les deux principaux opposants aux Birmans avec leurs familles, le roi d’Ayutthaya Chakkraphat reçoit une lettre du roi de Lan Chang lui demandant en mariage sa fille ainée, la princesse Thepkasattri.

Nous allons voir que cette demande d’alliance  va se transformer en fiasco et l’entrainer dans une nouvelle guerre.


Mais que représentait ce royaume lao  de Lan Chang  en 1568 ?


Beaucoup font naître le Laos avec Chao Fa Ngum (1316 - 1373).

 

roi fondateur

 

Chassé très jeune par son père, il est élevé à la Cour  d’Angkor. Il est dit qu’il devient le fils adoptif du roi Khmer. Celui-ci va l’aider  à conquérir les 3 provinces de Muang Seua (actuellement Luang Prabang), de Wieng Chan (Vientiane), du plateau de Khorat, et  réunir ainsi les trois  royaumes en un seul, le royaume de Lan Xang Hom Khao, "Le royaume du million d’éléphants et du parasol blanc" -le premier royaume lao-dont la capitale devint tout naturellement  Muang Seua (Luang Prabang), ville natale de Fa Ngum.

Chao Fa Ngum se fit appeler Sam Sen Thai, le roi des 300 000 thaïs. Il  introduisit le bouddhisme Theraveda et encouragea la venue d’artisans, d’artistes, de moines khmers qui modifièrent  considérablement la culture du nouveau pays. Il connut alors une relative prospérité avant de connaître au XV ème sècle une instabilité politique  (on ne compte pas moins de sept monarques entre 1426 et 1438 et six encore entre 1479 et 1520). Il faut attendre 1520, et le sacrement de Phothisarat pour que cesse l’instabilité provoquée par la valse des rois.

La situation jusqu’alors était critique et les intrigues nombreuses. Le royaume était menacé de toute part, à commencer par la capitale d’alors, Luang Prabang, située non loin des terribles birmans. Le roi avait deux alternatives : jouer la carte du nord en s’unissant avec les principautés thaïes, ou celle du sud en se regroupant avec Vientiane et en faisant alliance avec les Cambodgiens.

La seconde solution fut retenue. Photisarat, n’eut de cesse à partir de ce moment d’équiper et renforcer son armée, de restaurer dans le royaume la sécurité, et de faire du Bouddhisme, la seule religion officielle. (d’après wikipédia)

A la fin de son règne, en 1545 ( ?), il installa son fils  sur le trône du royaume de Lanna. Nous avions évoqué dans un article précédent (A51**) les circonstances de cette « installation » :

« Peu de temps après le règne du roi Muang  Kaeo, le glorieux royaume de Lan Na a commencé à sombrer dans le déclin. Faute d’héritier « légitime » les aristocrates de la ville font appel au roi du pays « du million d’éléphants », Jayachetthadhiraja, fils du roi de Luang Prabang et d’une princesse de Chiang Mai. Celui-ci accepte et s’installe à Chiangsaen en 1546, à Chiangraï ensuite et à Chiangmaï enfin. Capricieux, en 1547, il  décida de retourner à Luang Prabang. » 

En 1548, à la mort de son père, il devient le nouveau roi de Lan Chang sous le nom de  Settharitat 1er (1548- 1571).


Histoire du Laos CUsVW-infos 01 (4)

 

Il sait, pour l’avoir connu avec son père, qu’un royaume ne peut se maintenir que par ses alliances. Il doit choisir entre les Birmans et les Thaïs du royaume d’Ayutthaya.

En 1560, les « menaces et les raids » des Birmans ne lui laissent que peu de choix. Il transfère sa capitale à Vientiane. Mais en 1565, les Birmans prennent la capitale et même si elle reprise aussitôt par les Laos, on comprend le désir du roi Settharitat de s’allier au roi d’Ayutthaya.

                                               ______________________________

 

Il est temps de revenir aux « Chroniques royales d’Ayutthaya ».

 

Livre-royal-antique-Coree-du-Sud pics 809


La demande d’alliance du roi de de Lan Chang au roi d’Ayutthaya. 


Elle va prendre la forme d’une lettre demandant en mariage au  roi d’Ayutthaya,  sa fille, la princesse Thepkasittri, avec les formules rituelles dans ces circonstances.

 

princesse


Le roi Chakkraphat, comme il est d’usage va réunir son Conseil, qui lui confirma que cette royale alliance était une bonne alliance,  qui obligerait le roi de Lan Chang à le soutenir en cas de conflit (on devait penser aux Birmans). Lettre d’accord fut envoyée pour unir les deux sangs et confirmer la nouvelle grande alliance.


Les ennuis commencèrent.


Mais, alors que le roi de Lan Chang était à ses préparatifs pour envoyer une escorte de 500 hommes et des femmes de haut rang, la princesse Thepkasittri tomba gravement malade.

Le roi Chakkraphat était dans la plus grande confusion et mesurait l’impossibilité d’en informer le roi de Lan Chang. Il décida alors d’offrir sa fille la princesse Kaeo Fa avec une escorte de reine, de 500 hommes et de 500 femmes esclaves.

 

princesse 3


Le roi de Lan Chang refusa cet échange et renvoya la princesse Kaeo Fa, précisant que tel n’était pas l’alliance prévue, et bien que la princesse Kaeo Fa soit cent fois plus belle, elle n’était pas la fille de la reine Suryothai, qui avait donné sa vie pour sauver son royal époux.

Heureusement, la princesse Thepkasittri retrouva la santé et le roi Chakkraphat put donner l’ordre (“ in the fifth month of 913, a year of the boar, third of the decade”) à Phraya Maen d’escorter la princesse avec 1000 hommes libres.  Et ils prirent la route de Samo So…


La princesse Thepkasittri est interceptée par le Prince Thammaracha sur l’ordre du roi d’Hongsawadi.


Le Prince Thammaracha, informé  du départ de la princesse vers Lan Chang envoya un courrier express au roi d’Hongsawadi, qui ordonna au Phra Taba avec Fasüatan et Mangklokmo sous ses ordres de capturer la princesse. Ce qui fut fait, dans une embuscade réalisée à Maroeng, à la frontière de Phetchabun. 

 

embuscade


Le roi de Lan Chang, en colère, décida alors de prendre  la cité de Phitsalunok qui avait été à l’initiative de cet enlèvement, mais il y renonça, sur une demande du roi Chakkraphat. (Pourquoi ? arguments donnés par le roi ? Et  qu’est devenue la princesse ?)


Ensuite curieusement, les « Chroniques royales d’Ayutthaya » consacrent un petit chapitre pour signaler un fait de la plus haute importance : ni plus ni moins que :

  • l’abdication du roi Chakkraphat à l’ âge de 59 ans et qui se fait moine

 

monastère de

 

  • l’accession au trône du Prince Mahin, à l’âge de 25 ans (« en 914, l’année du rat »)

Pourquoi « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » sont plus prolixes pour le roi d’Hongsawadi et ici, ne consacrent aucune ligne à la cérémonie -si essentielle- de l’intronisation ?

 

Un complot pour impliquer Lan Chang dans la guerre contre Hongsawadi. (Titre de Wyatt)


Le roi Mahin voulait  sa revanche pour l’offense subie par son père. Il ne pouvait plus supporter le Prince Thammaracha, qui avait désormais toutes les cités du Nord sous son pouvoir et, nous l’avons vu, voulait intervenir dans les affaires du royaume. Il profita de la nomination de  Phraya Ram de Kamphaeangphet à Chantabun pour s’entretenir avec lui (on ne connait pas le contenu de leur conversation, mais on le devine) et demander au roi de Lan Chang de prendre Phitsalunok. 


Il envisagea aussi un plan secret avec Phraya Si Ratchadecho et Phra Thai Nam qui devaient aider  le gouvernement de Phitsalunok, et profiter du siège de Phitasalunok par Lan Chang pour faire prisonnier le Prince Thammaracha.


Mais ceux-ci informèrent le prince Thammaracha du plan secret convenu avec Phraya Ram et de l’attaque prévue de Lan Chang. Le Prince Thammaracha en informa le roi d’Hongsawadi.


Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » racontent ensuite la tactique suivie par Lan Chang avec les armées de Phraya Saen Surin Kwang Fa à Tao Tai, Phraya Mü Fai à Wat Khao Phram, et Phraya Nakhon à Sa Kaeo et Phraya Mü Lek à Bang Sake ; et l’aide apportée par le roi Mahin qui amena une partie de ses troupes par eau et installa son principal camp  près de Pak nam. Phraya Ram et Phraya Chakri constituant l’avant-garde dans le voisinage du monastère de  Culamani.


Informé, le roi de Lan Chang attaqua la ville de Phitsalunok avec 3000 hommes, mais subit de lourdes pertes. Il voulut réorganiser sa défense avec des « mines », mais le Prince Thammaracha, après inspection, ordonna à Khun Si d’attaquer avec 500 hommes. Ce qui obligea Lan Chang à une retraite.


Le Prince Thammaracha mis en œuvre un plan pour contrer les forces navales d’Ayutthaya. Il eut  l’idée de construire des radeaux et d’y mettre le feu  pour  les envoyer contre les barques et pirogues  de l’ennemi ; ce fut un succès et  bateaux et hommes périrent en grand nombre. Les survivants rejoignirent l’armée principale.

 

bateau


Le roi Mahin et le roi de Lan Chang ne pouvaient que constater leur défaite et décidèrent leur retour en leurs capitales.


La guerre était finie.


Phraya Si Ratchadecho et Phra Thai Nam (Vous vous souvenez, du complot du roi Mahin pour faire prisonnier le Prince Thammaracha) choisirent des chemins différents. Phraya Si Ratchadecho rejoignit Phitsalunok et Phra Thai Nam, Ayutthaya.

  • Les déboires du Phraya de Phukam et du Phraya Süa Han envoyés par le roi d’Hongsawadi pour défendre Phitsalunok. 

 

vientiane 3

 

Le roi d’Hongsawadi avait eu le temps d’ordonner au Phraya de Phukam et au Phraya Süa Han d’aller défendre Phitsalunok avec une armée de 1000 chevaux, mais ils arrivèrent pour constater que les armées de Lan Chang s’étaient déjà retirées. Ils purent entrer à Phitsalunok et ils furent  récompensés par le prince Thammaracha.


Mais le Phraya de Phukam et le  Phraya Süa Han demandèrent alors l’autorisation au Prince de poursuivre l’armée de Lan Chang. Le Prince Thammaracha s’y opposa, prétextant les coutumes. Les deux Phraya rappelèrent les ordres reçus par leur roi et l’assurance d’être punis par celui-ci. Le Prince mis en avant la victoire, et que cela dépendait de sa responsabilité. Ils pouvaient craindre, ajouta-t-il, une manoeuvre de l’ennemi. Les deux Phraya passèrent outre et s’élancèrent à la poursuite de l’ennemi lao.


Pendant ce temps, le roi de Lan Chang avait regroupé ses forces et ordonné aux trois armées de Phraya Saen Surin Kwang , Phraya Mü Fai et Phraya Nakhon d’assurer la défense des arrières. Au passage étroit du Vicinage de Wari, ils organisèrent une embuscade, dans laquelle tombèrent  le Phraya de Phukam et le  Phraya Süa Han. Ce fut une terrible défaite avec un grand nombre de cavaliers et d’hommes tués. Les deux Phraya purent retourner néanmoins à Phitsalunok.


Mais ils savaient qu’ils risquaient la mort en revenant à Hongsawadi après leur défaite. Ils implorèrent le Prince Thammaracha de venir plaider leur cause à Hongsawadi. Ce qu’il fit avec son fils le Prince Naseruan. Le roi d’Hongsawadi  accéda à sa demande et  accorda la vie sauve au Phraya de Phukam et au  Phraya Süa Han , bien, précisa-t-il, qu’ils méritaient la mort. Le Prince Thammaracha fut honoré par l’estime ainsi démontrée.

  • Thammaracha veut sa revanche sur Phraya Ram. 

Le Prince Thammracha ayant appris le rôle joué par Phraya Ram auprès du roi Mahin dans le déclenchement de la guerre et le pacte avec Lan Chang pour conquérir Phitsalunok, envoya un ordre au roi Mahin pour que Phraya Ram  devienne le Phraya de Phichai.


Phraya Ram expliqua au roi que le Prince Thammaracha n’avait pas d’ordre à lui donner, surtout que le Prince était désormais sous les ordres du roi d’Hongsawadi et qu’il transférait en ce moment de nombreuses familles nobles de son royaume en la capitale d’Hongsawadi. Phraya Ram  l’assurait de pouvoir défendre la capitale en cas d’attaque. Le roi Mahin se rangea à son avis. On devine qu’ils n’en avaient pas fini avec le Prince Thammaracha. (Cf. article suivant)

                                               _________________________

 

Le roi de  Lan Chang avait crû protéger son royaume en s’alliant avec le roi d’Ayutthaya par son mariage avec la princesse Thepkasittri, fille de la glorieuse reine Suryothai.


Il avait connu le déshonneur de voir sa future femme prisonnière, et la honte de la défaite par le Prince Thammaracha, qui avait aussi défait les troupes envoyées par le roi Mahin. 

  

Les causes du conflit demeuraient avec le roi d’Hongsawadi et son vassal, le Prince Thammaracha de Phitsalunok. Une nouvelle guerre était-elle à prévoir ?


fin

 

------------------------------------------------------------------------

 

 

*Le Lan Xang. Quelques dates.         

 

sceau (1)


(wikipédia)


** Le LANNA, in


http://www.alainbernardenthailande.com/article-51-un-autre-royaume-thai-au-nord-le-lanna-1260-1564-111070952.html


De 1495 à 1525, c’est le fils du roi Yod, Muang Kaeo, qui a été mis en place par les factieux.  Il est couronné roi à l'âge de 13 ans. En 1507, il engage les hostilités contre Ayutthaya en attaquant son avant-poste, Sukhotai. C’est un échec. En 1515, Ramadhibodi II capture Lampang et déporte ses habitants à Ayutthaya par la force. Munag Kéeo fortifie alors Lamphun et renforce les défenses de Chiangmaï pour qu’elles puissent résister aux premiers obus.

Il est considéré comme ayant eu une foi inébranlable dans le bouddhisme et effectué divers actes méritoires, construction de nombreux lieux de culte et bâtiments religieux et établit la préminence intellectuelle du Lanna.

Il mourut en 1526 d’un plat de lap, préparé à partir de viande de cheval crue, à l’âge de 44 ans après 30 ans de règne.

Peu de temps après le règne du roi Muang  Kaeo, le glorieux royaume de Lan Na a commencé à sombrer dans le déclin.

Faute d’héritier « légitime » les aristocrates de la ville font appel au roi du pays « du million d’éléphants », Jayachetthadhiraja fils du roi de Luang Prabang et d’une princesse de Chiang Mai. Celui-ci accepte et arrive s’installer à Chiangsaen en 1546, à Chiangraï ensuite et à Chiangmaï enfin. Capricieux, en 1547, il a décidé de retourner à Luang Prabang. 

Par la suite, il y a eu une lutte féroce pour le pouvoir entre les aristocrates du Lanna et ceux de Phrae. Nous entrons dans une époque de successions chaotiques consacrant la décadence et l’affaiblissement du royaume jusqu’à son invasion par les Birmans sous le règne du Jao  Mae Thao Ku, après une bataille de trois jours et trois nuits. 

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 05:00

titreDevant le refus du roi Chakkraphat de lui envoyer deux éléphants blancs, le roi birman d’Hongsawadi décide de venger l’affront en déclarant sa troisième guerre contre le royaume d’Ayutthaya. (Les Chroniques royales y consacrent 5 pages et demie. pp. 43- 49)

La décision prise, le roi d’Hongsawadi analyse, devant ses principaux ministres, les raisons de deux échecs précédents.

La principale, dit-il, est la situation d’Ayutthaya entouré d’eau, tel le Mont Meru avec la mer de Sithandon,

 

le-mont-meru-au-lever

 

qui oblige à avoir des vivres suffisants pour tenir une longue campagne, surtout que les cités vassales de Phitsalunok, Sawankhalok, Sukhotai, Khamphaengphet, et Phichai ont, elles aussi, des vivres en abondance.  Donc, si nous prenons ces cités du Nord, Ayutthaya ne pourra pas éviter d’être prise.

Après avoir été approuvé par ses principaux ministres, le roi envoya l’ordre au roi d’Ava, son gendre, au roi de Phrae, son fils ainé, et au roi de Chiang Mai et aux autres seigneurs  des grandes ou petites cités vassales, de préparer éléphants, chevaux, et troupes et de venir se rassembler à Hongsawadi à la fin de la saison des pluies.

Il est précisé  ensuite les forces engagées et pour que l’on comprenne qu’elles étaient importantes, on n’hésite pas  sur les chiffres (« 900 000 hommes ! 700 éléphants de guerre ! 15 000 chevaux ! » (sic) ) et de repréciser les royaumes et cités engagés :


elephants


Ava, Chiang Mai, Phukam, Pruan, Phrae, Lakhoeng, Cittong, Tôngu, Bassein, Bua Phüan, Sariang, Trang, Martaban, Moulmein, et Tavoy. Le roi nomma l’Upparat comme  le chef de l’avant-garde, le roi d’Ava formant l’aile droite, le roi de Phrae, l’aile gauche, et le roi dc Chiang Mai, l’arrière garde. (On reprécise pour chacun le nombre d’hommes, d’éléphants et de chevaux)


Nota. On peut observer ici que Chiang Mai est aux côtés des troupes birmanes. Nous avons raconté brièvement l’histoire du Lanna et de ses multiples guerres/alliances/traité de paix … contre (ou avec)  le royaume d’Ayutthaya, Sukhotai ou Phitsalunok… En 1564, Chiang Mai est défait et occupé par les Birmans.

(Cf.  http://www.alainbernardenthailande.com/article-51-un-autre-royaume-thai-au-nord-le-lanna-1260-1564-111070952.html)


Le départ.


Ensuite, comme pour la deuxième guerre, un long chapitre décrit le départ de l’armée birmane dans toute sa magnificence. (p. 44)


On ne peut que répéter notre étonnement de voir ainsi magnifier l’ennemi, de décrire le roi d’Hongsawadi dans toute sa splendeur, sa pompe, son faste et son éclat. Magnifique sur son éléphant dont on donne le nom (Thewwanak Phinai), avec toutes ses parures, ses bijoux d’or et de saphirs, ses armes décorées, ses gardes du corps sur des chevaux somptueux, au milieu des bannières, drapeaux, ombrelles et parasols, avec l’armée derrière, marchant en rang, en procession, au son des gongs et des tambours …  partant le jour choisi par les astrologues.

 

elephant blanc


Des chroniqueurs birmans n’auraient pas fait mieux. On apprend la stratégie, les tactiques choisies de la bouche même du roi birman. Il est celui qui mène le jeu, qui  a la force, la manière, la subtilité dans les négociations, l’humour même, la générosité (il relâche tous les prisonniers et épargne les habitants d’Ayutthaya).


Il réussit sur tous les fronts, il retourne le Prince de Phitsalunok sans avoir à combattre (2ème personnage du royaume ?), obtient sa revanche d’ « honneur » (aura 4 éléphants blancs au lieu de 2), et une victoire sur le royaume d’Ayutthaya, là encore sans combattre, et en prenant en otage l’héritier du trône et ses deux principaux adversaires.

 

752ElephantRoyal

 

Un véritable triomphe que des  chroniques birmanes auraient pu raconter. Mais voilà, nous sommes dans les « Chroniques royales d’Ayutthaya » !

 

 Poursuivons le récit.

 

Les étapes de la marche vers l’ennemi. (p.45)

 

7 jours pour atteindre Martaban, 5 jours pour traverser la rivière de Martaban, et 20 jours pour atteindre Kamphaengphet.

 

kamphaengphet

 

 

Ensuite le roi organise sa stratégie.

 

Il ordonne au roi de Chiang Mai de construire 200 bateaux de guerre (de type kajang laoka) que les Phraya de Haripunchai et de Nakhon Lampang amèneront en petites quantités et assembleront au canton de Rahaeng. Puis le roi amena l’armée principale à Sukhotai pour y établir des palissades afin  de s’y installer. Après avoir conféré avec les Phraya de Sukhotai et Sawankhalok, il se dirigea à Phitsalunok pour y établir l’enceinte royale.

 

Sans titre-1


Le Prince Thammaracha de Phitsalunok. Réaliste ou traître ?


Pendant ce temps le Prince Thammaracha de Phitsalunok avait été informé de l’arrivée des troupes d’Hongsawadi aux frontières et avait sollicité un renfort à Ayutthaya tout en invitant tous les habitants de la région à venir dans la cité préparer sa défense.

Mais présentement il pouvait voir le roi d’Hongsawadi préparer le futur assaut en fabriquant échelles, en creusant et en montant murs en terre plus haut que les murs de la cité.  Ensuite, il reçut une lettre du roi birman  lui proposant une négociation.


La première réponse du Prince fut de rappeler que son royaume  appartenait au roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, et qu’il ne pouvait accepter de venir en audience.


Dans sa réponse, le roi d’Hongsawadi expliqua que Phitsalunok était très petit et que son avant-garde suffirait pour occuper la cité.


Alors le Prince invita quatre moines à évaluer la situation. Le roi birman leur montra ses échelles et ses murs et leur transmis un autre message pour le  Prince qui indiquait qu’il ne faudrait qu’une heure à ses soldats pour franchir les murs.


Le Prince fit alors le point avec son Conseil, constatant que l’armée d’Ayutthaya n’était pas arrivée, mais que les forces du roi d’Hongsawadi étaient considérables (on entendait les voix et les sons assourdissants des hommes et des éléphants et des chevaux) ; et qu’elles leur seraient faciles d’attaquer et de détruire la cité, les hommes et les moines et la sainte religion. En conséquence, il était prêt à se rendre, et à  mourir pour sauver les hommes de sa cité.

Le lendemain, il obtenait une audience et le roi d’Hongsawadi l’invita à se joindre à lui et lui accorda 7 jours pour préparer ses hommes (30 000) et à rejoindre l’armée principale. Dès lors le roi pouvait assembler ses forces à Nakhon Sawan.

 

Plus tard, alors que l’armée était enfin regroupée à Nakhon Sawan, comme prévu.(avec les bateaux construits par le roi de Chiang Mai) , le roi d’Hongsawadi voulut connaître l’opinion du Prince Thammaracha concernant la raison qui avait poussé le roi Chakkraphat à préférer deux éléphants blancs à son royaume ou bien, ajouta-t-il, « peut-être que quelqu’un s’y opposât » ?  

 

elephant blanc 2


Le Prince répondit qu’au début, le roi ne savait pas quelle attitude adoptée et qu’il demanda conseil auprès de ses conseillers, mais le Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkram, lui indiquèrent que les éléphants blancs représentaient la gloire de leur capitale et qu’ils étaient prêt à la défendre si cela était nécessaire.


Le roi d’Hongsawadi ria alors et lui dit que les peuples ignorants ne savaient pas apprécier leur propre force et celle des autres. Ils sont semblables au petit oiseau et au lièvre. Le lièvre qui a de petites pattes s’imagine capable de « sonder » l’océan mais il  coule au premier sondage  et se noie, de même le petit oiseau qui invite Garuda à traverser l’océan mais qui n’a pas sa facilité et tombe  et se noie. Ils sont comme les conseillers qui ont garanti le sauvetage de la capitale.


Le Prince Maha Thammaracha. Un destin « étonnant ».


On se rappelle que le Prince Thammaraaha  était  le noble Khun Phirenthorathep, de lignée royale, qui avec  Khun Inthorapet, Mun Ratchasaneha et Luang Si Yot avaient réussi une conspiration  et assassiné la reine et Warawongsathira, l’usurpateur et proposé au  prince Thianracha (qui s’était retiré dans un temple), de devenir le roi Chakkraphat.


Le nouveau roi l’avait fait  Prince Thammaracha de Phitsalunok,  et donner sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui  devint la princesse WisutKasatttri,  reine de Phitsalunok. Et aujourd’hui, il se retrouvait aux côtés des troupes birmanes. Fallait-il voir là une trahison ? une ruse ? un opportunisme ?


Certainement une autre conception de l’honneur si l’on se souvient de la position prise par le roi Chakkraphat et son fils le  Prince Ramesuan, avec Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram  prêts à défendre leur « honneur » au prix d’une guerre. (Cf. article précédent).

Et pendant ce temps, le roi Chakkaphat avait reçu le rapport du Prince de Phitsalunok et décidé d’envoyer Phraya Phichai  Ronnarong et Phraya Wichit Ronnarong  l’aider au plus vite avec 10 000 hommes. Mais ceux-ci arrivés à la frontière de Nakhon Sawan apprirent que le roi d’Hongsawadi avaient déjà pris Phitsalunok et toutes les cités du Nord et qu’il approchait de Nakhon Sawan, et même que le Prince Thammaracha était à leurs côtés.

 

armée siamoise


Informé, le roi Chakkraphat en fut plutôt effrayé et  demanda leur plan  au Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkram, qui le rassurèrent en disant qu’ils attendaient leur descente sur la capitale pour partager leurs forces afin de les attaquer. Le roi organisa alors la défense de sa capitale.


L’attaque de la capitale. 

Les Chroniques racontent en deux paragraphes la stratégie adoptée et le mouvement des corps d’armée de l’Upparat, du roi de Phrae, du Phraya de Tongu, de Cittong, de Lakhoeng, du Phraya de Bassein, de Sariang, pendant que l’armée principale était au Wat Pho Phuak et le Prince Thammracha à Makham Yong derrière la réserve royale. Bref, les armées avaient encerclé la capitale et en un jour avaient fini de construire les ponts. Le roi et les habitants de la capitale pouvaient constater qu’ils étaient trois ou quatre fois plus nombreux que lors de leur précédente attaque.

 

bataille


L’échange de lettres royales. 

Le roi d’Hongsawadi constatant après sept jours nulle attaque d’Ayutthaya envoya une lettre au roi Chakkraphat, en lui rappelant, après les formules d’usage :

  • L’historique du présent conflit (la réponse favorable à sa lettre demandant la liberté de ses deux fils prisonniers, lors de leur dernière guerre)
  •  Sa demande de deux éléphants blancs en termes choisis (reconnaissance de ses « mérites », amitié plus grande, et la gloire de sa capitale d’Hongsawadi).
  • Sa réponse insultante (se moquant des jolies femmes d’Hongsawadi et insinuant qu’une réponse favorable n’aurait qu’attiré des forces ennemies)
  • La réalité du présent (l’encerclement de sa capitale depuis 7 jours, le refus du combat, se moquant au passage sur son peu d’empressement à venir « s’amuser » un peu).
  • L’offre de venir discuter s’il ne voulait pas combattre ou sinon il était assuré de perdre son royaume.

Le message était clair.

Le roi Chakkraphat cette fois-ci n’eut pas besoin de son Conseil et déclara que devant l’énorme armée qui faisait face, ses soldats n’avaient pas la capacité de sauver la capitale et que s’il ne capitulait pas, tous les moines, brahmanes et habitants seraient exterminés ainsi que leur sainte religion profanée.

Ensuite le roi expliqua la disposition et le cérémonial de la reddition (place et hauteur des trônes par ex.). Le jour suivant, après les formules d’usage, le roi d’Hongsawadi décida les termes de la reddition :

  • Au lieu des 2 éléphants blancs  refusés, le roi voulait désormais 4 éléphants blancs.
  • Le Prince Ramesuan sera désormais notre « fils » (prisonnier). (Il passa outre à l’argument du roi  Chrakkraphat qui lui rappelait qu’il était son successeur en lui disant qu’il lui restait le Prince Mahin)
  • Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram accompagneraient le Prince Ramesuan, ainsi que leurs enfants et leurs femmes.

Le roi d’Hongsawadi accepta la demande du roi Chakkraphat d’épargner tous les habitants d’Ayutthaya et de relâcher tous les  prisonniers.


La troisième guerre était terminée et le roi d’Ayutthaya dut accompagner le roi d’Hongsawadi avec les illustres prisonniers et leurs familles,  jusqu’à  Kamphaengphet avant de retourner à Phitsalunok. (Curieux ce retour à Phitsalunok , dont le Prince Thammaracha venait de passer à l’ennemi !)


Suit un paragraphe relatant  une rébellion mâtée du Sultan de Pattani. (p. 49).

 

pattani


Décidemment, le seigneur des éléphants blancs avaient fort affaire dans son royaume, et ses tribulations n’étaient pas terminées.


Nous allons voir comment une demande d’alliance du roi de Lan Chang se transforme en fiasco et en guerre.

 

 

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Nota.

Il serait intéressant de confronter cet épisode des Chroniques royales avec des sources birmanes. Un livre de S. W. Cooks de 1919, « A short history of Burma », loin de nous éclairer, de renforcer l’histoire décrite dans les Chroniques d’Ayutthaya, propose en fait une version toute différente. Mais de cela nous commençons à être habitué.

Ainsi, cette guerre aurait été due à des combats aux frontières et  à la demande d’UN éléphant blanc. Ayutthaya est prise en mars 1564. Le roi, la reine, et un des fils sont prisonniers et emmenés à Pegu avec trois éléphants blancs. Le fils ainé est appelé à gouverner le Siam comme une province birmane. *


Qui croire ?


Extrait : Invasion of Siam.

 

In 1563 Bayin Naung repeated the folly of Tabin Shwehti. He picked a quarrel with the king of Siam, because some Siamese had fought with the Burmans on the frontier, and he demanded one of the white elephants of Siam. This was not given, so he invaded the country. Ayuthia was captured in March, 1564, and the king, his queens, and one of his two sons were taken prisoners to Pegu, together with three white elephants. The elder prince was left to govern Siam as a Burmese province. Bayin Naung then returned to Pegu, where a rebellion had broken out, leaving his son Nanda Bayin in command of the army. He found that the rebels had burned down many new buildings in the capital. These he restored, and built for himself a new palace of great splendour which took three years to finish.

Rebellions in Pegu.

 Bayin Naung had very soon to leave the capital again, for the chiefs of Zimme and of Linzin (Luang Prabang) on the Mekong were giving trouble. Again he was recalled to Pegu by a rebellion headed by a Shan prisoner. Narabadi, king of Ava, who had been taken captive to Pegu in 1555, asked for troops and dispersed the rebels. Bayin Naung on his arrival pursued the rebels to Dalla and captured thousands of them. In the meantime Nanda Bayin had captured the chief of Zimme, and the Linzin chief had fled across the Mekong

(1565).

 

Second invasion of Siam.


Bramahin, crown prince of Siam, was ruling in Ayuthia as the vassal of Burma. His father, the late king, had become a priest, and was allowed to return to Siam. The king's second son died, and the queen with her daughters also returned to their own country. The late king now threw off the yellow robe, and with his son revolted. Bayin Naung led an army at the end of the year 1568 from Martaban into Siam. He defeated the enemy who were attacking Pitsalauk, and laid siege to Ayuthia. The city was taken through the treachery of a Siamese noble, who opened the gates to the Burmese.

The old king poisoned himself, and Bramahin was put to death. Bayin Naung then set out in pursuit of the chief of Linzin, who had attacked his army at Ayuthia. He failed, and returned to Pegu at the end of 1570, having lost the greater part of his troops. In the following year the Linzin chief was killed while fighting in Cambodia.”

 

 

fin

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