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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 22:03
234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Nous avons vu que le gouvernement de Prem, du 3 mars 1980 au 4 août 1988 (8 ans 5 mois) ne fut pas facile, non seulement parce qu’il dut subir deux tentatives de coups d’Etat, quatre tentatives d’assassinats, mettre un terme à l’insurrection communiste thaïlandaise sur son sol, faire face aux menaces communistes laotiennes et vietnamiennes aux frontières, mais aussi parce qu’au niveau de la politique intérieure, il dut sans cesse composer et négocier avec les différents partis pour soutenir son action gouvernementale, encadrés et contrôlés par les différentes factions militaires, au fil des cinq gouvernements, et de trois élections générales. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Il s’agira – ici - de montrer que la vie politique thaïlandaise est mouvementée, complexe, et échappe bien souvent à nos catégories occidentales ; que « la démocratie thaïlandaise » est  particulière, spécifique à l’histoire de ce pays, et ce, même dans la période des années 80.  

 

1/ Les limites de la démocratie, la prolifération des partis. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Il faut déjà se rappeler que la période démocratique qui s’est exercée depuis la chute du maréchal Thanom le 14 octobre 1973 jusqu’au coup d’Etat d’octobre 1976, ne fut pas de tout repos. 

 

Certes, il y eut des élections, mais c’est oublier qu’il y eut 42 partis qui ont  participé aux élections de 1975, et 39 l’année suivante. C’est oublier la difficulté voire l’impossibilité de gouverner avec tant de partis. On verra d’ailleurs, après le gouvernement de Sanya (14/10/73-15/02/75), le 1er ministre Seni Pramot (15/02/1975-14/03/1975) démissionner au bout de 27 jours et son successeur, son  frère Kukrit (14/03/75-20/04/76) dissoudre le parlement un an après pour procéder à de nouvelles élections, pour retrouver son frère Seni (20/04/76-06/10/76) renversé par un coup d’Etat six mois après, pour de nouveau retrouver une dictature, celle  de Thanin (06/10/75-20/10/77) qui décidera de dissoudre  le parlement, d’interdire les partis politiques et les manifestations et de mettre hors circuit les membres actifs des syndicats, des associations d’étudiants progressistes et des paysans. (Cf. Notre article 230). Une dictature qui sera suivie d’un nouveau coup d’Etat du général Kriangsak, qui va de nouveau autoriser les partis, procéder à des élections  en avril 1979, où se présenteront 39 partis. (7 partis auront 70% des 301 sièges) ! 

 

Bref,  quand le général Prem prend le pouvoir le  3 mars 1980, il sait que la prolifération des partis nuit à l’exercice de la démocratie. Il fait voter en juillet 1981 une loi pour l’éviter.  Elle spécifiait qu’un parti qui voulait participer aux élections devait avoir au moins 5.000 membres, répartis  sur 4 régions ; et qu’il devait avoir au moins 50 membres dans 5 provinces à l’intérieur de chaque région. La loi stipulait également que chaque parti devait présenter au moins la moitié des postes offerts ou 174 candidats. La loi  fut effective aux élections de 1983. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

2/ Une démocratie sans illusion.

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Barbara Leitch LePoer**, rappelle qu’ils étaient nombreux à ne pas croire à la démocratie à cette époque. Elle cite Chawalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ), le nouveau commandant en chef de l’armée en 1986, qui n’hésitait pas à dénoncer les politiciens véreux et hypocrites, ou en février, à soutenir que la Constitution et les élections ne suffisaient pas pour faire une démocratie, surtout que le système était contrôlé par peu de gens qui pensaient beaucoup plus aux profits qu’ils pouvaient en retirer. Mais ses propos avancés devant un comité parlementaire  en avril 1987 montraient également ses propres illusions, quand il espérait une vraie démocratie de style thaïlandais (sic), avec le roi à la tête de l’Etat, qui réduirait en priorité les inégalités, et où on verrait les hommes politiques, les gouvernements, et les militaires travailler «  main dans la main et dans la même direction. » Vaste programme ! (On verra plus tard ce qu’il fit de ses sages propos)

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3/ Une  autre difficulté à l’exercice de la démocratie : Les partis changent de majorité et/ou se divisent.

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Les majorités changent de coalition non seulement à cause des résultats des élections, mais aussi des  ambitions de leurs leaders, au milieu des rivalités à l’intérieur de leur parti.

 

Ainsi par exemple, si le Parti d’action sociale (พรรคกิจสังคม - Social Action Party) soutient le 1er gouvernement, il est dans l’opposition dans le second pour revenir dans la coalition les trois suivants; 

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Si le Prachakon Thai – Parti des citoyens de la Thaïlande  (พรรคประชากรไทย ou Party of Thailand) est l’opposant principal dans les trois premiers gouvernements, il est dans la coalition gouvernementale dans le 4ième, pour retourner dans l’opposition dans le 5ième

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Il est vrai qu’il n’est pas aisé pour un observateur « étranger » de s’y reconnaître. Prenons les exemples des trois principaux partis durant cette période, comme  le Parti d’action sociale (พรรคกิจสังคม Social Action Party), le Parti de la nation thaïe  (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party)... 

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...le Parti démocrate (พรรคประชาธิปัตย์ - Democrat Party).

Le Parti démocrate est le plus vieux parti de Thaïlande fondé par Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) le 6 avril 1946 après les élections de janvier 1946, gagné par Pridi. C’est un parti royaliste et conservateur, dont la base électorale est au sud de la Thaïlande et à Bangkok. Le mini-parti des frères Seni et Kukrit Pramot le rejoindra jusqu’en 1974, année à laquelle Kukrit fondera le Parti d’action sociale avec les plus libéraux du Parti Démocrate.

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Nous avons déjà rencontré le Parti démocrate, puisque ses deux premiers présidents, Aphaiwong (1946-1968) et ensuite  Seni Pramot (1968-1979) furent 1er ministres. Le 3ème président du parti, fut le Colonel Thanat Korman (ถนัด คอมันตร์), ancien ministre des affaires étrangères, (1979-1982), le 4ème sera M. Phichai Rattakun (พิชัย รัตตกุล), un homme d'affaires, qui prendra la direction du parti le 3 avril 1982. On se doute - comme dans tous les partis - qu’il y eut de nombreuses crises internes, surtout en juillet 1986 et en janvier 1987, où Phichai Rattakun fut reconfirmé, et qu’ensuite l’ex-lieutenant-colonel Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์)  devint secrétaire général du parti à la place de  Wirakan Musikaphong (วีระกานต์ มุสิกพงศ์), pourtant soutenu par le puissant businessman Chaloemphan  Siwikon (เฉลิมพันธ์ ศรีวิกรม์).

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Rattakun démissionnera en 1991 pour ouvrir la voie à M. Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย), que l’on retrouvera par la suite (puisqu’il sera 1er ministre de 1992 à 1995 et de 1997 à 2001)… Autant dire que ce Parti a joué un rôle majeur dans l’histoire du pays, du moins quand les dictatures n’interdisaient pas les partis ou  se cachaient derrière des paravents « démocratiques ». Il sera le 3ème parti en termes d’élus aux élections de 1983 derrière le Parti d’action sociale (Social Action Party), le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party), le 1er en 1986 devant le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party)  et le Parti d’action sociale (Social Action Party) pour s’effondrer aux élections de 1988 et perdre 52% d’élus, et de nouveau être derrière le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party) et le Parti d’action sociale (Social Action Party). 

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Le Parti d’action sociale a été formé en 1974 avec les plus libéraux du Parti Démocrate sous la direction de Kukrit Pramot, qui a cédé sa place  en décembre 1985 au ministre des affaires étrangères (Il le sera de 1980 à 1990) Sitthi Sawetsila (สิทธิ เศวตศิลา). Aux élections de 1986, les résultats décevants (Le parti perd 41 % d’élus) créent un conflit interne - augmenté par la rumeur que le général Athit Kamlang-ek  (อาทิตย์ กำลังเอก) - qui en  mai 1986 provoque le départ de Buntheng Thongsawatdi  (บุญเท่ง ทองสวัสดิ์)  et de plusieurs membres pour former un nouveau parti, le Parti démocratique uni (พรรคสหประชาธิปไตย - United Democraty Party). 

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Le  Parti de la nation thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » a été fondé en 1974 par le major général Chunhawan,  le fils unique du maréchal Phin (ผิน ชุณหะวัณ) (avait fomenté le coup d’Etat qui avait installé le maréchal Phibun en 1948, ministre ensuite), et sa belle-famille : Praman Adireksan (ประมาณ อดิเรกสาร) marié à sa sœur Charoen (เจริณ) qui sera vice premier-ministre et ministre plusieurs fois ensuite et favorable à l’élimination du mouvement étudiant en 1976) et de Siri  Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน), également majors généraux. Sa sœur Udomlak (อุดมลักษณ์) avait épousé Phao, patron puissant de la police du temps de la dictature de Phibun (เผ่า ศรียานนท์), puis son ministre de l’intérieur en 1957. (Cf. 218 et 220). Le parti sera dirigé jusqu’en juillet 1986 par Praman (Il était aussi le président de l’Association des industries thaïes et de celle de l’Association du textile thaï) et après les élections de 1986 par Chatichai Chunhawan. 

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Autant dire que c’est un parti familial, constituant un clan puissant, le « Rajakhru clan » tant au niveau militaire, économique et politique.  Il sera –évidemment- pro-militaire et se positionnera très à droite, prêt « à tuer » la gauche du pays à sa création, pour  devenir un parti de pouvoir sans idéologie affichée. Il sera le deuxième parti aux élections de 1983 et 1986 et dans l’opposition ; il gagnera les élections  de 1988 et leur leader le major général Chunhawan deviendra  premier ministre. Son gouvernement fut désigné par les opposants comme le « gouvernement buffet » où la famille et les « amis » (De nombreux businessmen  avaient rejoint le Parti et avaient été élus) purent se servir allégrement dans les fonds publics ; enfin jusqu’au nouveau coup d’Etat du 23 février 1991, condamnant – bien sûr - la fortune mal acquise, et installant d’autres factions au pouvoir. (Cf. Son portrait dans l’article précédent)

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4/ De plus, des  nouveaux partis se créent à l’occasion des nouvelles élections, pour disparaître pour certains aux suivantes.

 

(Enfin nouveau ! Nous verrons ci-dessous, comment une partie de certains se retrouve dans des nouveaux partis)

 

Ainsi on compte 9 nouveaux partis lors des élections du 18 avril 1983,  7 lors des élections du 27 juillet 1986, comme par exemple le Parti du peuple (พรรคราษฎร - Ratsadon Party).

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Ce parti, le 4ème membre de la coalition gouvernementale, avait été formé en mai 1986, remplaçant alors le Parti d’union nationale (พรรคสหชาติ National Union). Son leader était Thianchai Sirisamphan (เทียนชัย ศิริสัมพันธ์), ex- vice-commandant en chef de l’armée. Ratsadon était connu en tant que parti militaire, puisque ceux qui avaient les postes de responsabilité étaient tous des généraux à la retraite, qui espéraient ainsi entrer au Parlement. 

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Ou en 1986,  le Parti des Thaïs unis (พรรครวมไทย - Ruam Thai Party) ... 

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... et le Parti de la communauté (พรรคกิจประชาคม).  

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Formés aussi en 1986. Le leader  du Parti des Thaïs unis était Narong Wongwan (ณรงค์ วงศ์วรรณ), un ancien membre du Parti d’action sociale et avait été récemment ministre de l’agriculture. 

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Le Parti de la communauté était dirigé par son fondateur Bunchu Rojanasathien (บุญชู โรจนเสถียร), ancien vice-premier ministre, et un des  leaders du Parti d’action sociale, et ex-président  de la Bangkok Bank. (In Barbara Leitch LePoer**)

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Ou bien le nouveau Parti de la force de la vertu (พรรคพลังธรรม - Palang Dharma Party) formé lors des élections du 24 juillet 1988, (PDP) qui obtiendra 14 élus, sans compter les petits partis qui n’auront peu ou pas d’élus.

 

Nous retrouverons le Parti de la force de la vertu, associé à la secte bouddhiste Santi Asoke (สันติ อาโสเก), et dont de nombreux membres viennent du Parti des forces unies (รวมพลัง - Ruam Phalang). Un certain  Thaksin Shinawatra rejoindra le Parti de la force de la vertu en novembre 1994, mais cela est une autre histoire).  

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De plus, on peut remarquer que ces nouveaux partis trouvent toujours des électeurs, comme par exemple pour les élections de 1983, sur les 9 nouveaux partis, 4 représenteront 16,7 % des électeurs ; Pour celles de 1986, le Parti de l’union démocratique  (สหพรรคประชาธิปัตย์ - United Democrat Party) aura 38 élus, le Parti du peuple thaï (พรรคปวงชนชาวไทย - People Party, 18 élus) ; le Community Action, 15 élus ; l’United Thai Party,19 élus. Ils  totaliseront 30 % des électeurs.

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5/ Une « démocratie » avec les militaires, maître du jeu politique ?

 

Nous savions donc que  les années 1980 considérées comme démocratiques avec trois élections,  n’avaient pas enlevé – par miracle - la puissance des militaires (enfin des différentes factions militaires) dans le jeu politique.

 

Après tout, le 1er ministre Prem était l’ancien chef des armées. Son prédécesseur, le général Kriangksak Chamanan était également chef des armées, et devint premier ministre aux termes d’un coup d’état. (11/11/ 1977 – 3/3/1980) Et c’est un autre général, le général Chunhawan qui lui succédera le 4 août 1988, certes à l’issu d’élections générales. (Mais surtout, rappelons-nous, fils du maréchal Phin et membre du clan puissant, le « Rajakhru clan »)

 

Prem, nous l’avons vu, n’a pu prendre et exercer le pouvoir qu’avec l’appui de certaines factions de l’armée, même celle des jeunes Turcs, du moins au début. (Dont les principaux membres venaient de la classe 7 (gradués de 1960) de l’académie militaire royale Chulachomkhlao). S’ils tentèrent par la suite deux coups d’Etat (En avril 1981 et en septembre 1985), c’est parce qu’ils eurent le sentiment que Prem s’appuyait sur d’autres factions militaires. D’ailleurs le général Athit Kamlang-ek (อาทิตย์ กำลังเอก), qui fit échouer le 1er coup fut promu commandant de la 1ére armée (Poste stratégique pour fomenter et les coups et contre-coups; Il deviendra même commandant en chef de l’armée en octobre 1982. Une promotion rapide appuyée par le roi), et de nombreux membres de la classe 5 (Gradués de 1958) (Faction rivale des »Jeunes Turcs) furent également promus à des postes clés.

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On vit aussi l’ancien général 1er ministre Kriangsak fonder un parti, le Parti national-démocrate (พรรคประชาธิปัตย์ Chat Prachathipatai)  pour participer aux élections du 18 avril 1983. Il obtiendra d’ailleurs 15 élus. Mais il sera aussi de la tentative du coup d’Etat de septembre 1985. On voit ainsi les différents moyens pour accéder au pouvoir ou pour s’y maintenir, comme ses nombreux généraux et colonels à la retraite qui ont choisi de devenir des élus parlementaires comme par exemple ceux du  Parti de la nation thaïe (ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » fondé par le major général Chunhawan, qui obtiendra 73 élus (sur 324) aux élections de 1983.

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Malgré les trois élections des années 80, l’armée conservait donc un pouvoir important sur la scène politique, même si elle était traversée par des rivalités comme celles, par exemple des factions des classes 5 et 7. Le baromètre de l’influence des différentes factions pouvait d’ailleurs s’observer chaque année, en septembre, dans le tableau des promotions. Ainsi, nul doute par exemple qu’en 1983, la classe 5 était la plus influente.

 

Ainsi le nouveau commandant en chef de l’armée Athit (nommé en octobre 1982, effectif en septembre 1983) aura une action politique très active sur le gouvernement, en intervenant par exemple à la télévision pour transmettre son désaccord sur la dévaluation de 1984, en soutenant les élus militaires à la retraite pour amender la constitution en faveur de l’armée, en donnant des injonctions à certains sénateurs et ministres « militaires ». Mais la tension fut telle avec Prem, que le roi va jouer l’apaisement et Athit se fera plus discret, mais ne renoncera pas à agir.

 

Pour d’autres, quand on voit le pouvoir s’éloigner, on oublie la démocratie et on pense, au sein de sa faction, en l’occurrence celle des « Jeunes Turcs », au coup d‘Etat, comme celui tenté en septembre 1985, après l’échec de celui de 1981. On retrouvera le colonel Manunkrit Rupkhachon (มนูญกฤต รูปขจร) ...

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et d’autres plus prestigieux, comme le général, ancien premier ministre Kriangsak, un autre ancien commandant en chef, le général Sem Na Nakhon (เสริม ณ นคร), un ancien vice-commandant en chef, 

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... le général Nat Thephasdin Na Ayutthaya (ณัฏฐ์ เทพหัสดิน ณ อยุธยา); le maréchal de l’air Trairong Intharathat (ไตรรงค์ อินทรทัต); le vice-commandant de l’aviation, le maréchal Arun Prompthep. Excusez du peu.

On peut remarquer également des tensions entre l’armée et des partis politiques comme celle qui va opposer par exemple, le leader du Parti Démocrate, le général Harn Linanond, ancien commandant de la 4ème armée de province, au général Athit. Harn  devra quitter l’armée en 1984, mais s’opposera avec ses collègues à l’extension d’un an d’active pour Athit qui devait prendre sa retraite en septembre 1985. On retrouvera une autre tension lors de la première élection pour un gouverneur à Bangkok en novembre 1985, où l’ex-major général Chamlong Simuang (จำลอง ศรีเมือง), proche de Prem et ex-leader de la promotion 7, fut vivement soutenu par Athit. 

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Athit d’ailleurs devenait trop actif contre Prem, aux yeux du gouvernement, qui le démissionnera  le 27 mai, alors qu’il devait « légalement » se retirer le 1er septembre 1986, pour être remplacé par le général Chawalit Yongchaiyut, un fidèle de Prem. Mais Athit n’en tint pas compte.

 

Quand Chawalit prit effectivement ses fonctions, il déclara que désormais les militaires ne feraient plus de politique ! Il déclarera même qu’il se retirerait en 1988. Parole de soldat !

 

Effectivement, « en 1988, il devint ministre de la défense avec rang de vice-premier ministre dans le gouvernement Chatichai Chunhawan, jusqu'en 1991 ;  Il fut ensuite ministre de l'intérieur de 1992 à 1994, puis à nouveau ministre de la défense et vice-premier ministre de 1995 à 1996. Le 25 novembre 1996, il devenait le 22ème Premier ministre de Thaïlande. Il a démissionné un an plus tard, le 8 novembre 1997, au plus fort de la Crise économique asiatique. » (Wikipédia)

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Nous n’avions eu d’ailleurs aucune illusion sur le rôle de l’armée pendant ces années 80.

 

Le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande »*** nous avait déjà aidé à comprendre  comment l’Armée avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique régulièrement par des coups d’états, au nom du roi et de la « sécurité nationale », connaissant cette loi non écrite qui veut que « Pour défendre leurs intérêts acquis, qu’ils soient individuels ou institutionnels, les militaires doivent coûte que coûte maintenir leur emprise politique » (Dubus). (Cf. Nos articles A82 et A83 « Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique? »)

 

Nous n’avions pas oublié la liste des officiers généraux 1ers ministres, les dictatures du maréchal Phibun de 1938 à 1944 et de 1948 à 1957… du maréchal Sarit en 1957-1963 (Cf. notre article 223. « Les militaires, l’oligarchie dominante à la mort du maréchal Sarit en 1963) ... le long « règne » de 10 ans du maréchal Thanom de 1963 à 1973, aidé de deux autres « tyrans » … la « révolution de 1973 » … le coup d’Etat de 1976 qui installe la dictature civile de Thanin … suivie du coup d’Etat du général Kriangsak en novembre 1977… qui cèdera sa place, comme nous l’avons vu, à son commandant en chef de l’armée, le général Prem, proche du roi. 

 

Dubus et Revise nous montre comment le système s’est installé entre les généraux et les hommes d’affaires, comment ceux-ci  voyaient leurs affaires protégées, bénéficiaient des contacts, des contrats publics, et comment les généraux s’enrichissaient en siégeant au sein des conseils d’administration, comment certaines familles militaires avaient construit des empires économiques.

 

Ainsi le livre décrit comment « le général Sarit a opéré pour s’enrichir (exclusion, association, contrôle, partage avec les fidèles  (Il est dit que son ministre de l’intérieur, le général Praphat, était dans 44 conseils d’administration), nouveaux secteurs d’activités contrôlés par l’Armée …). A l’inverse,  grâce à leurs relations militaires, certains clans comme Sukkree Potiratatangkun, Thaworn Phornphrapa, Uthane Techapaibun et  le clan Rattanarak, propriétaire de la banque d’Ayutthaya … vont s’enrichir et prospérer.

 

« L’empire militaro-économique, bâti sur des mariages d’intérêt, de connivence et de convenance avec les grandes familles industrielles, ne cesse de s’agrandir. Il s’étend à de multiples secteurs d’activités : finance, aviation civile, audiovisuel, assurance, immobilier, textile, cuir, verrerie, batteries et conserves. Les officiers occupent les postes clés des ministères et des entreprises d’Etat. L’armée « institutionnalise » son pouvoir.» (p. 137). Les coups d’Etat seront là pour redistribuer les cartes … politiques et ….. économiques.

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6/ Une autre difficulté pour comprendre la politique thaïlandaise : le modèle des partis politiques.

 

Comme nous le montre Jean Baffie, dans son article  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale ». (in Thaïlande contemporaine) (Cf. Notre lecture de cet article in A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.**)

 

« En effet, la conception du parti politique en Thaïlande  est très différente de celle des pays occidentaux. Leur nombre ? Leur changement de nom ? Leur composition (les klum - กลุม – un groupe),  le rôle des militaires, l’importance de certaines familles et même de « parrains », le rôle de l’argent (populisme, corruption, achat des votes, intimidation parfois) … font partie des « mœurs » politiques de ce pays.

 

On a vu – dit-il, depuis 1946, 155 partis alors qu’il n’en reste qu’une douzaine aujourd’hui (En 2010), et encore changent-ils bien souvent de nom. (…) Et la plupart ont une vie brève. « En août 1995, un magazine présentait les dix plus importants. Moins de six ans après trois (avaient) déjà disparu (…) deux autres (n’avaient) plus de députés ». 

 

Mais « l’originalité » de ce système politique réside dans les klum.

 

Le klum n’a rien à voir avec les « courants » existants dans nos partis politiques. Il représente nous dit Baffie, « la véritable unité de base de la politique thaïlandaise ». Le klum  a été créé par un leader (un général influent, le chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local …). Il a ses propres sources de financement, souvent un bulletin de liaison (ou un média pour les plus riches). Son objectif est d’obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement).

 

Il va donc s’associer pour créer un parti, ou négocier son arrivée dans un parti existant, ou quitter un parti pour en rejoindre un autre au pouvoir ou susceptible de l’obtenir. Les exemples sont nombreux où un changement d’alliance a non seulement fait changer de 1er ministre, mais a changé le cours de l’Histoire. » […] Vous pouvez vous demander pourquoi des formations qui sont au pouvoir et ont la majorité décident de changer leur alliance ?  Des nouvelles convictions ? La pression des militaires ? L’achat de leur « alliance » ?  La proposition de postes ministériels ? »

 

« Les klum « animent » donc la vie politique thaïlandaise. Certains  sont si puissants et organisés qu’ils pourraient même se constituer en parti. » Baffie donnera quelques exemples … sans parler des moyens  utilisés : les tueurs, la corruption, « l’achat » des votes. Baffie cite d’ailleurs le général Kriangsak, contraint de démissionner de son poste de 1er ministre en mars 1980, qui employa des grands moyens pour être élu député. « C’est ainsi qu’il engagea 30 millions de baths (env. 730.000 euros) pour sa campagne, dont au moins 10 millions allaient servir à l’achat de voix ».

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

 

Finalement, on se rendait compte, que même les années 1980, pourtant souvent présentées comme démocratiques, avec ses trois élections générales, ses partis politiques, ses députés, ses votes de lois, avaient quelques spécificités « thaïlandaises » avec ses familles puissantes, ses clans, ses klum, ses factions militaires, son système militaro-économique, ses achats de vote …

 

Mais soyons plus précis en étudiant le contexte, le cadre hiérarchisé et « verticalisé » des élections de 1988, tant au niveau national que local. Ce sera notre prochain article.

___________________________________________________________________

 

Sources.

 

*Barbara Leitch LePoer, ed. Thailand: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1987. (In POLITICAL DEVELOPMENTS, 1980-87) Source: U.S. Library of Congress

 

**Cf. Notre A 50. “Clés pour comprendre la politique en Thaïlande. »

Lecture de l’article de Jean Baffie « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale », (in Thaïlande contemporaine, IRASEC)

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

Cf. Notre A82 « Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société? », et A83. Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique? Lecture de « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, l’Harmattan, IRASEC, 2002.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 22:03
233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Chatchai  Chunhawan  (ชาติชาย ชุณหะวัณ) fut premier ministre du 4 août 1988 au  9 décembre 1990 et du 9 décembre 1990 au 9 janvier 1991, moins de deux ans et demi, après avoir été vice-premier ministre de Prem son prédécesseur. Le 15 avril 1988, une motion de censure avait été déposée à la Chambre des représentants par les partis d'opposition et les débats fixés au 9 mai. Cependant, le 29 avril, le roi dissout le parlement à la demande probable de Prem qui n’était plus assuré de la cohésion dans son propre camp divisé par un différend concernant un projet de loi sur les droits d'auteur. Prem a quitté ses fonctions le 3 août 1988 assurant la gestion des affaires courantes jusqu’à la désignation de son successeur, lui-même ayant probablement décliné l’offre de Chatchai de le faire se succéder à lui-même.

 

Nous connaissons (1) le résultat de ces élections qui se sont déroulé le 29 juillet. Il est difficile de parler de « triomphe » du parti « de la nation thaïe » (พรรคชาติไทย)...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... de Chunhavan puisqu’il ne fait élire que 87 députés sur les 357, mais il a des alliés, le « parti de l’action sociale » (พรรคกิจสังคม) ...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... en recueille 53, « le parti des Thaïs » (พรรครวมไทย)...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

...en a 34,  le  « Parti de la population (ratsadon) » (พรรคราษฎร)....

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..en obtient 21, le « parti de la Thaïlande » (พรรคประชากรไทย)...

 

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...31, et le nouveau « Palang Dharma » - la force de la vertu – (พรรคพลังธรรม)...

 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... y ajoute 15 nouveaux venus, ce qui va lui assurer un solide majorité aux assises beaucoup plus rurales que citadines. La participation a en tous cas été massive (16.944.931 sur 26.658.637 soit 63,56 %). Il faut noter que malgré la présence de 16 partis en lice et celle de plus de 3.606 candidats dont 366 femmes (dont seules 5 seront élues), il s’est tout de même trouvé près de 600.000 électeurs ayant voté blanc ou nul ce qui peut être considéré comme un signe de rejet au moins sur le plan local ? Ce n’est pas une assemblée de jeunes (2) et sa composition sociologique ne semble pas la rapprocher de la « Thaïlande d’en bas » (3).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Chatchai devint donc premier ministre à la suite d’une élection régulière par une chambre des députés élue au bénéfice d’une participation électorale flatteuse, le premier depuis 12 ans.

 

En remontant à la source, peut-on dire que ces élections ont été régulières au sens où nous l’entendons mais avec nos yeux d’occidentaux et un recul de près de trente ans ?

 

Les candidats sont élus au bénéfice de leur influence personnelle, et d’un « relationnel », les chefs de village, les chefs de district, les notables locaux - usuriers, propriétaires d'usines, propriétaires de maisons de jeu, grands propriétaires terriens - aux positions économiques et sociales dominantes eux-mêmes bien connectés avec les électeurs locaux par le biais de la parenté et des liens d'amitié. Il faut aussi parler des « distributions de cadeaux », que ce soit des billets de banque ou des distributions en nature (fournitures de produits agricoles), sans parler des distributions de faveurs mais aussi des menaces ou des violences physiques qui ne sont pas inexistantes (4). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».
Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).
233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée - qui ne fut pas non plus une partie de plaisir - 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

...en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

.. fréquente les établissements de nuit les plus huppés ...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

 

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

SOURCES

 

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

 

(1) voir notre article 232

 

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

 

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

 

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

 

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

 

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

 

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

 

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

 

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).

 

 

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée -qui ne fut pas non plus une partie de plaisir -en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

 

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

 

 

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

 

 

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

 

 

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson, fréquente les établissements de nuit les plus huppés et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

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https://www.youtube.com/watch?v=veTp5u0rLlA

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

 

SOURCES

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

(1) voir notre article 232

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).

 

 

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée -qui ne fut pas non plus une partie de plaisir -en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

 

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

 

 

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

 

 

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

 

 

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson, fréquente les établissements de nuit les plus huppés et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

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https://www.youtube.com/watch?v=veTp5u0rLlA

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

 

SOURCES

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

(1) voir notre article 232

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 22:02
232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Le général Prem est une des figures majeures de l’histoire politique et militaire thaïlandaise. Il devient premier ministre le 3 mars 1980, après la démission de Kriangsak le 29 février 1980, qui avait été 28 mois à la tête de l’Etat. (Cf. Article précédent).

 

Le général Prem a déjà une carrière derrière lui. Il entre en politique en 1959 dans le Comité chargé d’écrire la nouvelle Constitution ; Il a été sénateur de 1968 à 1971 ; député de 1972 à 1973 ; conseiller du 1er ministre Thanin en 1976 ; vice-ministre de l’intérieur en 1977-1978 du 1er ministre Kriangsak, et ministre de la défense dès 1979 (Il le restera jusqu’en 1986) ; commandant en chef de l’armée en 1978-81. Mais surtout, il restera 1er ministre 8 ans et 5 mois jusqu’au 4 avril 1988, et continuera à jouer un rôle politique majeur jusqu’à aujourd’hui (2016) comme conseiller et président (le 4 septembre 1998), du Conseil privé du roi.

 

(Il faut rappeler que Prem est né le 26 août 1920, et a donc aujourd’hui 95 ans et est toujours le président du Conseil privé du roi.)

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Politique.

 

Il est difficile, dans le cadre d’une introduction, de rendre compte de la diversité des 3 gouvernements et des 5 remaniements ministériels de Prem durant ces 8 ans et 5 mois. Le 1er (42ème) (12 mars 1980-19 mars 1983), le 2ème (43ème ) (30 avril 1983-5 août 1986, et le 3ème gouvernement (Le 44ème ) ( 5 août 1986- 28 avril 1988 ou 4 août officiellement), qui ont dépendu des changements de coalition et des trois  élections législatives qui ont eu lieu le 18 avril 1983 avec la victoire du Social Action Party, le 27 juillet 1986 avec la victoire du Parti démocrate ; et enfin les élections du 24  juillet 1988 remportées par le Parti National thaï, et son leader, le major général Chaitichai Chunhavan (parfois transcrit Junhavan ou Choonhavan) provoquées par Prem qui avait dissous le parlement. Prem refusera alors de former un nouveau gouvernement, et le général Chunhavan lui succédera le 4 août 1988. (Cf. Les cabinets et les résultats des élections en note. * et **)

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Le gouvernment ne fut pas facile car le général Prem dut au fil de ses trois gouvernements et cinq remaniements et deux élections générales, composer avec les partis, eux-mêmes divisés en factions,  pour obtenir ses différentes coalitions, sans oublier des nouveaux partis qui se formaient à l’occasion des élections. (On en comptera 9 nouveaux, lors des élections du 18 avril 1983,  7 lors des élections du 27 juillet 1986.) (Cf. Notre prochain article qui en donnera quelques clés)

 

Elections de 1983 :

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Elections de 1986 :

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

De plus, le général Prem devra faire face à deux tentatives de coups d’Etat militaires en avril 1981 et en septembre 1985 menés par les « Jeunes Turcs ».

 

Nous avons déjà évoqué l’arrivée des « Jeunes Turcs », qui dans les années 1970, ont modifié fondamentalement la hiérarchie du pouvoir militaire dans leur action « politique », réservée jusque-là aux généraux et à la 1ère armée de Bangkok. Ils provenaient surtout des régiments et des bataillons de province et avaient fait « leur classe » contre les « communistes intérieurs » et combattu au Laos avec les Forces Spéciales américaines. Ils ont contribué à politiser toute l’armée au nom de la lutte contre la corruption, le communisme et le capitalisme, et sont en tout cas intervenus avec leur leader le major Général  Manoonkrit Roopkachon  dans le jeu politique. Plusieurs autres factions  comme  la  5ème classe de l’Académie militaire royale Chulachomklao, mené par  Suchinda Kraprayon (Commandant en chef des armées en 1990, 1er ministre en avril 1992) , les « Soldats démocratiques » ou des leaders comme les généraux Arthit Kamlang-ek (Commandant en chef de l’armée de 1982 à 1986) et Pichit Kullavanit proche du Palais ou encore Chavalit Yongchaiyudh (Commandant en chef des armées en 1987) proche de Prem, joueront aussi un rôle important durant cette période et ensuite.

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Mais quand le général Prem prend la tête du pays, les « Jeunes Turcs » et leur leader, le major Général  Manoonkrit Roopkachon  se sentent frustrés et écartés du pouvoir. (Rappelons que  le major Général  Manoonkrit Roopkachon  a déjà participé aux coups d’Etat de 1976 et 1977)Ils vont tenter un coup d’Etat le 1er avril 1981.  Mais pendant que Prem escorte alors la famille royale jusqu’à Korat, Arthit Kamlang-ek joint ses troupes à Chavalit et à la  5ème classe de l’Académie militaire royale Chulachomklao, pour reprendre la capitale et faire échouer le coup d’Etat, après une négociation le 3 avril avec les leaders. Certains sont autorisés à quitter le royaume. (Lesquels ?)

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Un deuxième coup d’Etat sera mené par les  « Jeunes Turcs » le 9 septembre 1985.

 

Pendant que Prem est à l’étranger, les « Jeunes Turcs » vont tenter un second coup d’Etat, menés par Manoon et son frère Manas, avec 32 tanks et plusieurs centaines d’hommes, et le support de pointures comme l’ex-1er ministre Kriangsak, l’ex-commandant suprême le général Serm Na Nakhon, l’ex-général en chef Yos Thephasdin, l’ex- maréchal de l’aviation Krasae Intharat et l’ex-général en chef de l’aviation Arun Promthep, et 9 leaders syndicaux.  

 

« dont surtout Ahmad et Sawat qui  se rangèrent du côté des révoltés et essayèrent de mobiliser les travailleurs. Dès 15 h 30 le coup avait échoué. Les jours suivants, Ahmad Khamthesthong et Sawat Lookdote, tous deux sénateurs, furent questionnés et arrêtés pour avoir soutenu le coup. Alors que les généraux, instigateurs du coup, furent rapidement libérés sous caution, les syndicalistes arrêtés, dont Ahmad et Sawat, passèrent près de deux ans en prison. » in notre article 231).

 

Et pourtant, en dix heures, les troupes gouvernementales dirigées par le général Chavalit feront échouer le coup d’Etat. Wikipédia ne note que 59 blessés et 40 officiers arrêtés. Ekkayuth  sera cité comme le financier du coup. (Ekkayuth avait dû fuir en Angleterre en 1983, après un scandale financier provenant d’une frauduleuse pyramide sur les supermarchés)

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Quatre tentatives d’assassinats.    

  

Si les « Jeunes Turcs » n’avaient pas réussi leur coup d’Etat au début d’avril 1981, d’autres officiers, issus du la même faction et d’ex-communistes tenteront d’assassiner Prem en 1982, opposés qu’ils étaient, à son  projet d’amnistier les communistes. Beaucoup évoquent ces 4 tentatives d’assassinats, mais sans en donner les dates, ni les auteurs. Pourtant les journaux de l’époque ont certainement relaté ces tentatives si on en juge par le « New York Times » du 30 octobre 1982, publié à Bangkok, qui nous informe qu’un sergent et un civil qui seraient impliqués dans la tentative d’assassinat à la grenade, en juillet, du 1er ministre Prem ont été arrêtés au Nord-Est, et interrogés par les autorités. (Bref, on a ici peu appris)

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

La fin de la guerre contre les communistes  et l’amnistie.

 

Nous avons vu dans notre article précédent (In 231) que la lutte féroce du 1er ministre Thanin menée  contre les communistes, non seulement avait été un échec, mais avait contribué à augmenter les effectifs des insurgés, qui étaient passés de 14 à 16 000, et les provinces « infiltrées », qui étaient passées de 36 à 48 (Sur 72 provinces) en 1979. « De grands moyens ont été mis en œuvre mais n’ont pas réussi à stopper la légère fièvre de contagion communiste qui caractérisait la situation thaïlandaise : trop de corruption, surmultiplication des programmes, faiblesse d’analyse de la situation et manque de bonne utilisation militaire des soldats. Les gains communistes étaient légers mais constants. » (In 231)

 

Le gouvernement Kriangsak avait poursuivi cette stratégie pour combattre les insurgés, mais deux événements majeurs vont  fondamentalement changer la donne.

 

- L’avènement au pouvoir de Deng Xiaoping en Chine (Comité central du PCC 12-18 décembre 1978), qui va entreprendre une politique radicalement différente au niveau politique et économique (Echanges commerciaux avec l’Occident, changement de stratégie politique, reconnaissance diplomatique par les Etats-Unis, etc.)

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Et l'invasion du Cambodge de Pol Pot par le Vietnam en janvier 1979, avec ses conséquences : menaces sur les frontières thaïlandaise ; afflux des milliers de réfugiés aux frontières, et une courte guerre sino-vietnamienne du 17 février au 16 mars 1979.

 

(Rappelons-nous que le gouvernement thaï avait été le premier à reconnaître  en avril 1975, le régime communiste des Khmers rouges)

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Le gouvernement Kriangsak pouvait estimer  que le danger principal pour le pays était désormais ces divisions vietnamiennes aux frontières. Un rapprochement avec Pékin s’imposait et Kriengsak ira à Pékin rencontrer Deng Xiaoping, chef suprême de la Chine. De même le gouvernement changera alors son attitude envers les réfugiés khmers, voyant en eux pour l'avenir une force d'opposition anticommuniste à ne pas négliger. (Voir dans notre article précédent sa politique « humanitaire » menée envers les réfugiés, en pensant à cette géopolitique).

 

Kriangsak  ira également à Washington en février, pour obtenir l’appui américain, et  va mener une offensive diplomatique internationale pour obtenir le départ des Vietnamiens du Cambodge et pour faire reconnaître la légitimité du régime des Khmers rouges par l’ONU (Une résolution de l’ONU sera adoptée en novembre 1979). Kriangsak ira même à Moscou en mars 1979, pour expliquer que sa politique sur la question cambodgienne n’était ni anti-soviet ni prochinoise. (C’était la première fois qu’un 1er ministre thaïlandais allait à Moscou).

 

Mais Kriengsak donnait sa démission le 29 février 1980, prétextant qu'il n’avait plus le soutien du public. On peut se douter qu’il ne devait plus avoir le soutien des factions militaires influentes et qu’il fut « pousser » vers la sortie. D’ailleurs –comme par hasard-   le général Prem, qui était son ministre de la Défense, et  commandant en  chef de l’armée lui succédera le 3 mars 1980. Devant la nouvelle donne internationale et les troupes vietnamiennes aux frontières, il ne pouvait  que poursuivre la politique initiée par Kriangsak pour mettre fin à l’insurrection communiste. Elle sera facilitée par la volonté de la Chine de ne plus soutenir la guérilla communiste en Thaïlande et par une crise interne  entre les vieux cadres du parti communiste thaïlandais et les nouvelles recrues étudiantes « intellectuelles ».

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« Elle aura des conséquences importantes, comme le mouvement révolutionnaire étudiant dissident Thaï-Isan Kou Chat  qui émerge en mars 1979, soutenu par le Vietnam, et dont le but immédiat est la libération du nord-est de la Thaïlande (Isan) et son rattachement à la « République populaire et démocratique des peuples du Laos ». (In 231) La vieille garde soutenue par Pékin (et Moscou), lance un appel à l’unité nationale, contre l’agresseur, et invite les autorités thaïes à se joindre à la lutte.

 

L’insurrection est désormais divisée, les soutiens en argent, riz, munitions et armes diminuent fortement ; les conditions de vie sont plus difficiles  et les objectifs ne sont plus les mêmes, la confusion idéologique est totale. La lassitude, le doute s’installe chez beaucoup. Les anciens étudiants ont interrompu leurs études depuis 1976 et peuvent penser à leur avenir et à leurs parents …

 

La directive du général Prem du 23 avril 1980 (Order 66/2523) promettant l’amnistie à ceux qui déposaient les armes  ne pouvait – dans ce contexte - qu’être bien accueillie. Prem y rappelait la volonté du gouvernement de mettre fin à l’insurrection communiste, en menant une politique différente du gouvernement Thanin, trop droitiste et trop militaire, en privilégiant les mesures politiques à l’action militaire, en combattant l’injustice et en promouvant le processus démocratique. Prem, parallèlement, envoya des émissaires à Pékin et obtint de la Chine qu’elle cessât de soutenir la guérilla. 

 

La politique menée sera un succès surtout que la direction du CPT ne pouvait offrir de solutions crédibles, ni d’explications suffisantes, ni de supports logistiques adéquats. La politique de Prem offrait une alternative, un espoir de se réintégrer. Les premiers qui se rendirent purent constater que l’amnistie était réelle. Les autres suivirent progressivement.  En 1983, l’insurrection était terminée.

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Ce qui n’empêcha pas certains, au retour, de continuer la lutte par d’autres moyens plus « démocratiques », en intégrant par exemple le parti socialiste démocratique ou le parti national travailliste, ou en participant à des magazines politiques, ou des groupes de réflexion débattant sur des nouvelles stratégies de  gauche.

 

Parallèlement, le gouvernement Prem, poursuivit l’action initiée par son prédécesseur, avec l’appui de l’ASEAN pour faire condamner l’agression vietnamienne au Cambodge et pour faire reconnaître le gouvernement du « Kampuchea démocratique ». Une conférence internationale sur le sujet aura lieu  en juillet 1981 à l’ONU à New York. 79 pays y participeront avec 15 pays observateurs, mais elle sera boycottée par le Vietnam, le Laos et l’URSS et ses alliés. La conférence adoptera une résolution demandant entre autre, un cessez le feu, la fin de l’occupation vietnamienne,  et la restauration de l’indépendance du Kampuchea.

 

Nous avons vu que la Chine apportera son soutien à l’ASEAN et à la Thaïlande sur ce sujet, qu’elle décidera de ne plus aider le Parti communiste de Thaïlande, et qu’elle offrira d’apporter son assistance en cas d’attaque du Vietnam. En 1985, un « téléphone rouge » sera installé entre les deux pays, pour mieux coordonner l’action en cas d’incursion du Vietnam en Thaïlande. Un accord permettra même à la Thaïlande de leur acheter des tanks, missiles anti-aériens, et armes diverses.

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La Thaïlande poursuivra également son rapprochement avec les Etats-Unis. Au-delà des exercices militaires bilatéraux, un accord sera signé en octobre 1985, qui mettait en œuvre –pour la 1ère fois- la constitution d’un stock d’armes américain  sur le sol thaïlandais. Le Congrès approuva l’accord en précisant qu’il ne devrait être utilisé qu’en cas d’urgence voire pour repousser une invasion vietnamienne soutenu par l’URSS. Au niveau économique, les Etats-Unis ouvraient leur marché aux marchandises thaïes qui devinrent leur premier client.

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Prem tenta également de rassurer l’URSS et envoya par exemple son ministre des affaires étrangères en mai 1987. La question cambodgienne fut évidemment le 1er sujet. Un protocole commercial fut signé à cette occasion.

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Prem ne négligea pas – bien sûr - le Japon, qui était le principal partenaire économique et le plus gros investisseur étranger en Thaïlande. Mais cela fut perçu comme une domination économique par de nombreux contestataires étudiants, qui organisèrent à la fin de 1984 une grande campagne de boycott des produits japonais. Le gouvernement demanda  alors au Japon d’ouvrir son marché aux produits thaïlandais et de les aider dans le transfert de certaines technologies. Il fut entendu, et on put constater que le déficit de la balance commerciale en 1986 avait diminué de 32 % par rapport à 1984.

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L’autre grand sujet des affaires étrangères (et militaires) furent les relations avec le Laos, surtout que depuis 1975, les communistes du Pathet Lao avait pris le pouvoir, avec le soutien du Vietnam et de l’URSS. (Cf. Nos articles 226 et 227 sur la guerre ouverte et secrète de la  Thaïlande contre le Laos aux côtés des Américains.)

 

Depuis, les escarmouches et les incidents de frontière ne manquèrent pas, aggravés par la fuite massive de réfugiés (400 000 environ entre 1975 et 1987, soit 10% de la population). En 1979, les deux pays tentèrent néanmoins de s’entendre pour améliorer leur relation commerciale et le libre accès au Mékong, mais les tensions demeuraient avec des coups de feu fréquents échangés. 

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En 1981, la Thaïlande interdisait l’exportation au Laos de 273 produits jugés stratégiques ; au milieu de 1984, un clash se produisait quant-au statut territorial de trois villages ; ce qui n’empêchait pas les échanges commerciaux de se poursuivre, car le Laos dépendait de la Thaïlande pour son électricité et leur achetait 75 % de ses marchandises. C’est peut-être pourquoi, en novembre 1986, le Laos prit l’initiative pour que la Thaïlande assouplisse son  embargo. De fait, l’embargo fut réduit à 61 produits. On peut aussi y voir le résultat de l’action des businessmen thaïlandais, qui n’ignoraient pas que le Laos avec l’aide soviétique et vietnamienne étaient en train de construire une route reliant Savannakhet au port vietnamien de Danang ; ce qui permettrait de diminuer leur dépendance.

 

Mais si les discussions se poursuivaient au niveau commercial, la propagande communiste laotienne, les accusations constantes menées contre Bangkok et son allié américain, avec la présence encore en 1987 sur son sol  de  40 000 à 60 000 troupes vietnamiennes,  ne pouvaient pas régler les différends, surtout que Bangkok accusait le Laos de fermer les yeux sur le trafic de l’héroïne.

 

(On peut se douter qu’l y aura de nombreuses étapes avant que le Laos ne devienne membre de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) le 23 juillet 1997).

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

L’économie.

 

Notre article précédent donnait des indications réconfortantes sur la situation économique du pays jusqu’en 1979, tout en montrant les limites, surtout au niveau des bénéficiaires.

 

« Pour la période 1960-1976, le produit national a été multiplié par 6. Dans le même temps, le produit national par habitant s’est vu multiplié par 4, la différence venant bien sûr de l’augmentation de population. En tenant compte du fait que les prix ont presque doublé en seize ans, on estime que la richesse de la moyenne des Thaïs a donc été multipliée par deux. »

 

« C’est le secteur industriel qui bénéficie presque exclusivement de l’expansion, tandis que le secteur agricole ne progresse que très peu. Dans le domaine des exportations, les produits industriels manufacturés représentaient seulement 10 % du total en 1971 et 40% en 1979. Cette expansion industrielle est remarquable, mais elle est en fait la cause de l’accélération du déséquilibre de la richesse, car c’est une toute petite minorité qui en bénéficie. Elle n’a donc pas de retombée sur l’ensemble de la population. »

 

«  Quant à la production agricole, malgré la grande réussite du sucre, du manioc et du maïs, venus s’ajouter au riz traditionnel, elle reste à un taux de croissance considéré comme un des plus bas du monde. En ce qui concerne l’inflation, elle est sérieuse. D’environ 10 % en 1978, elle atteindra entre 15 et 20 % en 1979. »

 

« Les salaires des fonctionnaires du gouvernement ont été augmentés, mais avec effet seulement à partir de janvier 1980. Cette augmentation a été fixée à 20 % et concerne une proportion importante de la population. Il est vrai que le gouvernement a aussi augmenté le salaire minimum journalier des manœuvres et petits ouvriers. Mais cela concerne si peu de gens et pour une somme totale d’augmentation tellement minime, que cela ne peut jouer sur l’inflation. Pour Bangkok, le salaire passe de 35 à 45 baths par jour et en province, de 25 à 35 bahts. »

 

Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon, dans un article intitulé  “Industrialisation rapide et intégration international renforcée. » précisent toutefois que le choc pétrolier de 1973 aura deux effets contradictoires sur le développement. Il suscitera certes un boom des cours sur les matières premières et les produits agricoles, faisant ainsi prospérer en Thaïlande les filières agricoles (sucre, caoutchouc, tapioca, maïs et riz) et l’agro-alimentaire, mais la hausse brutale du cours des hydrocarbures  déclenchera des déséquilibres économiques et financiers, avec l’augmentation des coûts des transports, de production dans l’industrie, des intrants (carburants, engrais, machines) pour l’agriculture mécanisée.

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Le deuxième choc pétrolier en 1979, freinera l’économie mondiale et conduira à la dévalorisation relative des matières premières thaïlandaises, alors que la croissance ralentira et que les recettes publiques diminueront. Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon salueront l’effort mais l’échec du ministre des finances Boonchu Rojanasathien pour favoriser les investissements privés et les projets d’infrastructures stratégiques. La Thaïlande va bien tenter des ajustements (La Banque mondiale fera deux prêts), assainir les finances publiques, mais ils seront limités du fait du tarissement de sources de financement et du ralentissement du commerce international. « La rigueur ne provoque pas véritablement d’opposition à l’intérieur du pays mais la tension politique à Bangkok conduit néanmoins à différer la mise en application de la nouvelle monétaire  politique. (la 1ère dévaluation en 1980 sera insuffisante, celle de 1984, plus sérieuse).

 

Bref, en 1985, la Thaïlande se retrouve dans une situation difficile. Les ajustements structurels (dévaluation, plafond  d’endettement public, gel des grands programmes d’infrastructures) n’ont recréé aucune dynamique et les entreprises sont dans le marasme. 

 

Mais en septembre 1985, un événement externe – le réajustement de la parité du yen par rapport au dollar américain - (Le Japon dut consentir une forte appréciation du yen (l'endaka), qui en un an passa de 260 à 150 pour 1 dollar)  va de nouveau faire naître une nouvelle dynamique de croissance.

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

La Thaïlande relancera ses exportations. Le redéploiement industriel régional amènera un afflux de capitaux et  de nombreuses entreprises internationales – surtout japonaises - s’implanteront en Thaïlande ; elles seront dirigées vers l’exportation et nécessiteront une nombreuse main-d’œuvre. L’industrie deviendra le premier secteur d’exportation (49,9 % contre 44 % pour le secteur agricole). Entre 1987 et 1996 la moyenne de la croissance sera de 9,5 % avec un pic à 13,3 % en 1988. Le volume des exportations de marchandises et de services augmentera de 14,8 % en moyenne avec un pic de 26,1 % en 1988.

 

Et pourtant ses bons résultats économiques n’empêchera pas l’opposition d’ harceler le 1er ministre Prem à coups de débats houleux au parlement, de motions de censure (octobre 86, 22 avril 1987 par exemple), avec des dissensions parmi la coalition des partis (Chart Thai, Democrat, Social Action, et le  Rasadorn)  qui le soutiennent depuis le 5 août 1986, sur fond – comme souvent en Thaïlande - de menaces de coup d’Etat. Devant les difficultés politiques, les rivalités, l’impossibilité de gouverner, Prem renoncera à diriger le pays à partir du 28 avril 1988.

 

Les élections législatives du 24 juillet 1988 recomposeront l’échiquier politique. Le vainqueur en  sera le Thai Nation Party dirigé par le major général Chaitichai Choonhavan (ex-vice 1er ministre de Prem), qui avec 19,3 % des voix obtiendra 87 élus sur 357 sièges. Il est dit que Chaitichai aurait proposé à Prem de redevenir 1er ministre, offre qu’il aurait déclinée.

 

Le 4 août 1988 le roi signait le décret qui nommait le major général Chaitichai Chunhavan, 1er ministre. (Le 45ème gouvernement) (Il était le fils unique du maréchal Phin, donc d’un clan puissant et  était depuis 1974 le fondateur du Thai Nation Party)

 

Prem entrait au Conseil privé du roi. Il en sera le président le 4 septembre 1998.

 

Nous verrons plus tard, que  Prem, au sein du Conseil privé du roi, va jouer un rôle important dans la politique du pays, ne serait-ce que  lors de la crise politique de 2005-2006  suivie par le coup d’Etat du 19 septembre 2006 qui a évincé Thaksin.

232. INTRODUCTION  AUX GOUVERNEMENTS DU PREMIER MINISTRE PREM TINSULANONDA. (3 MARS 1980 AU 4 AOÛT 1988, SOIT 8 ANS 5 MOIS)

Principales sources.

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Prem_Tinsulanonda  

 

Barbara Leitch LePoer, ed. Thailand: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1987.

 

Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon, « Industrialisation rapide et intégration international renforcée. Les étapes du sentier de croissance en Thaïlande », in Thaïlande contemporaine, IRASEC, 2001

 

*Les différents cabinets du 1er ministre Prem :

 

  • 42nd Administration (March 12, 1980 - March 19, 1983)
    • 1st Cabinet (3 March 1980 - 11 March 1981)
      • Coalition partners: Social Action Party, Chart Thai, Democrat, Chart Prachachon and Siam Democrat
      • Major opposition: Prachakorn Thai
    • 2nd Prem Cabinet (11 Mar 1981- 8 Dec 1981)
    • Coalition Partners: Democrat, Chart Thai and a number of smaller parties including Siam Democrat, Ruam Thai and Social Democrat
    • Major opposition: Social Action and Prachakorn Thai
    • Coalition Partners: Social Action, Democrat, Chart Thai and a number of smaller parties
    • Major opposition: Prachakorn Thai
    • 3rd Prem Cabinet (9 Dec 1981-30 Apr 1983)
  • 43rd Administration (April 30, 1983 - August 5, 1986)
  • 4th Prem Cabinet (30 Apr 1983-11 Aug 1986)
    • Colatition partners: Social Action, Democrat, Prachakorn Thai and National Democrat (replaced by the Progressive party in Sep 1985)
    • Major opposition: Chart Thai
  • 5th Prem Cabinet (11 August 1986 – 28 April 1988)
    • Coalition partners: Democrat, Chart Thai, Social Action, Rasadorn
    • Major opposition: Prachakorn Thai, United Democratic, Ruam Thai, Community Action, Progressive
  • 44th Administration (August 5, 1986 - April 28, 1988)

Le 1er cabinet (3 mars 1980-11 mars 1981); Le 2ème ( 11 mars 1981-8 décembre 1981) ;   (11 mars 1981- 8 décembre 1981) ; Le 3ème ( 9 décembre 1981-30 avril 1983) ; Le 4ème (30 avril 1983-11 août 1986) ; Et le 5ème ( 11 août 1986-28 avril 1988),  (ou 3 août 1988

**Les 3 élections du gouvernement Prem.

 

Les élections du 18 avril 1983. 

 

15 partis dont 9 nouveaux plus les indépendants (7,5%) et plusieurs petits partis (0,3%) pour 324 sièges : Le résultat marqua la victoire du « Parti de l'action sociale » qui a remporté 92 des 324 sièges. Le taux de participation était de 50,8%.

 

Le résultat marqua la victoire du « Parti de l'action sociale » qui a remporté 92 des 324 sièges. Le taux de participation était de 50,8%.

 

Parti

Votes

%

Sièges

+/-

Social Action Party (พรรคกิจสังคม)

7.103.177

26.8

92

+ 10

Thai Nation Party (พรรคชาติไทย)

6.315.568

23.8

73

+ 35

Democrat Party (พรรคประชาธิปัตย์)

4,144,414

15.6

56

+ 23

Thai Citizen Party

2.395.795

9.0

36

+ 4

National Democrat Party

2.137.780

8.1

15

nouveau

Siam Democrat Party

839.915

3.2

18

nouveau

Free People Party

474.402

1.8

1

nouveau

Progress Party

338.140

1.3

3

nouveau

Social Democratic Party

297.332

1.1

2

+ 2

New Force Party

195.340

0.7

0

- 8

Thai People Party

180.364

0.7

0

nouveau

Thai People Party

81.845

0.3

4

nouveau

United Nation Party

14.866

0.1

0

nouveau

Labour Democrat Party

1.493

0.0

0

nouveau

Other parties

81.845

0.3

0

-

Independents

2.000.290

7.5

24

- 39

Invalid/blank votes

498.127

-

-

-

Total

12.295.339

100

324

+ 23

Les élections du  27 juillet 1986,

 

pour 347 sièges, 16 partis, dont 7 nouveaux. Elles ont eu lieu le 27 Juillet 1986. Le résultat a été une victoire du Parti démocrate, qui a remporté 100 des 347 sièges. Le taux de participation fut de 61,4%.

 

Parti

Votes

%

Sièges

+/-

Democrat Party (พรรคประชาธิปัตย์)

8.477.701

22.5

100

+ 44

Thai Nation Party (พรรคชาติไทย)

6.496.370

17.3

63

- 10

Social Action Party (พรรคกิจสังคม)

4,560,615

12.1

51

- 41

United Democrat Party

3,814,651

10.1

38

nouveau

People Party

2.786.105

7.4

18

nouveau

Thai Citizen Party

2.612.717

6.9

24

- 12

Community Action

2.268.346

6.0

15

nouveau

Progress Party

1.998.721

5.3

9

+ 6

United Thai Party

1.658.812

4.4

19

nouveau

National Democrat Party

1.078.128

2.9

3

-12

Mass Party

723.758

1.9

3

nouveau

Liberalism Party

404.960

1.1

1

nouveau

Labour Democrat Party

246.512

0.7

1

+ 1

New Force Party

232.027

0.6

1

+ 1

Thai People Party

196.527

0.5

1

+ 1

Rak Thai

85.241

0.2

0

nouveau

Invalid/blank votes

564.060

-

-

-

Total

16.070.957

100

347

+ 23

 

Les élections législatives du 24 juillet 1988, avec 9 partis dont un nouveau, le Palang Dharma Party. Le vainqueur sera le Thai Nation Party qui  obtiendra 87 élus sur 357 sièges. Le grand perdant sera le Democrat Party (- 52%) qui n‘aura plus, que 48 élus. Le Social Action Party obtiendra 54 élus (11,8%), le United Thai Party 34 élus (10,1%), le nouveau parti, le Palang Dharma Party, 14 élus (9,1%), le Thai People Party, 17 élus (8%), le Rak Thai 19 élus (6,2%), le Thai Citizen Party, 31 élus ( ?) (6,1%), le People party, 21 élus (5,9 %).

 

Les tableaux précédents provenant de Wikipedia nous laissent à penser que ses rédacteurs sont fachés avec une arithmétique qui est pourtant du niveau du certificat de fins d'études primaires.Le site de Wikipedia thaï ne donne pas de chiffres de votants assortis de pourcentages fantaisistes, mais uniquement le nombre d'élus et nous nous en tiendrons là.

 

Nom du parti

Nom du leader

élus

 

พรรคชาติไทย

Parti national de la Thaïlande

พลตรีชาติชาย ชุณหะวัณ

Chatchai  Chunhawan

87

 

พรรคกิจสังคม

Parti de l'action sociale

พลอากาศเอกสิทธิ เศวตศิลา

Akat-eksitthi  Sawetsila

53

 

พรรคประชาธิปัตย์

Parti démocratique

นายพิชัย รัตตกุล

Phichai  Rattakun

48

 

พรรครวมไทย

Parti des Thaïs unis

ณรงค์ วงศ์วรรณ

Narong  Wongwan

34

 

พรรคประชากรไทย

Parti de la Thaïlande

สมัคร สุนทรเวช

Samak  Suntharawet

31

 

พรรคราษฎร

Parti de la population (ratsadon)

พลเอกเทียนชัย ศิริสัมพันธ์

Thianchai  Sirisamphan

21

 

พรรคประชาชน

Parti du peuple

เฉลิมพันธ์ ศรีวิกรม์

Chaloemphan  Siwikon

19

 

พรรคปวงชนชาวไทย

Parti des habitants de la Thaïlande

พลเอกอาทิตย์ กำลังเอก

Athit  Kamlang-ek

17

 

พรรคพลังธรรม

Palang Dharma

ตรีจำลอง ศรีเมือง

Trichamlong  Simueang

15

 

พรรคกิจประชาคม

Parti des affaires

บุญชู โรจนเสถียร

Bunchu  Rotchanasathian

9

 

พรรคก้าวหน้า

Parti progressiste

อุทัย พิมพ์ใจชน

Uthai  Phimchaichon

8

 

พรรคสหประชาธิปไตย

Parti démocratique uni

 เริงประเสริฐวิทย์

Roengprasoetwit

6

 

พรรคมวลชน

Parti du peuple

ร้อยตำรวจเอกเฉลิม อยู่บำรุง

Roitamruat-ekchaloem

Yubamrung

5

 

พรรคเสรีนิยม

Parti libéral

พันเอกณรงค์ กิตติขจร

Phan-eknarong  Kittikhachon

3

 

พรรคพลังสังคมประชาธิปไตย

Parti du pouvoir social-démocrate

ชัชวาลย์ ชมภูแดง

Chatchawan  Chomphudaeng

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 22:08
231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Nous vous avons parlé dans notre précédent article  (1) des conditions dans lesquelles le général Kriangksak Chamanan (เกรียงศักดิ์ ชมะนันทน์), chef des armées, devint premier ministre aux termes d’un nouveau coup d’état que la presse occidentale annonce comme le douzième alors qu’il est en réalité, depuis le coup d’état de 1932, le 26ème et depuis le début du siècle le 30ème ! (2).

 

Il n’est pas du « sérail ». Né le 17 décembre 1917 dans le district de Mahachai (dans la province de Samut Sakhon - สมุทรสาคร) sous le nom de Somchit Chamanan (สมจิตต์ ชมะนันทน์), son père, Chèm (แจ่ม) est un modeste lieutenant, officier subalterne, et sa mère, Chua (เจือ) dentiste. Il débute ses études à l’école primaire puis les poursuit dans  le secondaire à l’école Patumkongka (โรงเรียนปทุมคงคา) à Samut Sakhon. Nous le trouvons ensuite à l’école des cadets Chunlachomklao (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า), puis à l’académie militaire (โรงเรียนเสนาธิการทหารบก) et ensuite au collège supérieur de la défense nationale(วิทยาลัยกองทัพบก และวิทยาลัยป้องกันราชอาณาจักร) 

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

... puis enfin, il suit une formation de deux ans aux États-Unis.

 

Il ne va pas gagner ses galons dans les salons de Bangkok. Nous allons le trouver comme jeune lieutenant en première ligne contre les Français lors de l’éphémère guerre franco-thaïe de 1941, puis  en Corée à la tête d’un bataillon baptisé « la brigade des tigres » (Tout un programme ?) et enfin chez les volontaires thaïs pendant la guerre du Vietnam (3).

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Qui sont ces militaires trop souvent – pour partie d’entre eux – qualifiés de façon erronée de « jeunes Turcs » (4) ?

 

Officiers souvent de rang subalterne ayant pour la plupart gagné et mérité leurs galons en Corée, au Vietnam, dans la guerre de 1941 pour les plus anciens et dans les combats intérieurs contre les guérillas communistes. Leur idéologie était peut-être un peu sommaire, « ni Marx, ni Coca cola », considérant non sans raisons que l’enrichissement forcené des hommes d’affaire, y compris dans la haute hiérarchie militaire et du monde politique ayant pour corollaire le sentiment d'injustice sociale des populations défavorisées et la montée du communisme en Asie du Sud-Est. Aussi souhaitent-ils instaurer en Thaïlande une dictature militaire « propre », débarrassée d'une classe politique jugée corrompue, alors  que le bastion thaïlandais est miné de l’intérieur par la corruption, les trafics et la misère.

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Que dire de cette nouvelle prise du pouvoir qui a eu le mérite de ne pas faire couler de sang ? Lorsque Kriangsak eut l'ambition de devenir premier ministre, il utilisa simplement la « procédure » devenue classique, il a organisé un coup d'Etat. Personne n'a été très surpris. Certains même en furent probablement reconnaissants, le premier ministre précédent, installé après un coup d'Etat militaire, s’était révélé trop sévère, même aux goûts de l'armée. S’en choquer avec nos esprits occidentaux ? La Thaïlande semble depuis 1932 avoir adopté sinon institutionnalisé comme procédure de changement de gouvernement le coup d’état, un modèle directement calqué sur les régimes « démocratiques » d’Amérique centrale et du sud aux constitutions présidentielles singées sur celle des États-Unis et leurs sempiternels pronunciamientos. Nul ici ne semble s’en étonner ?

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Il est nommé Premier ministre par décret royal du 11 novembre 1977. Le roi qui ne semble pas avoir manifesté une sympathie particulière à son égard – opposé nous l’avons vu à l’éviction de Thanin - a-t-il signé par lassitude ? (5). Le premier décret signé de sa main désignant un premier ministre est du 21 mars 1957 (désignation de Phibun). Celui-ci sera le 14ème – un de plus mais non le dernier - et le 17ème si l’on y inclut ceux signés en son nom par le Président du Conseil de régence avant son retour de Lausanne.

 

Le général constitue le lendemain un  cabinet étoffé, de 32 membres dont 8 militaires en plus de lui-même qui se réserve le poste de ministre de l’intérieur. Les trois armes sont représentées. Il y eut quelques mouvements internes en août 1978, lui-même quittant l’intérieur pour la défense permutant avec un amiral. C’est le cabinet qui va durer jusqu’aux élections du 22 avril 1979 et sous lesquelles sera promulguée la constitution du 22 décembre 1978, la 14ème depuis la première de juin 1932. 

 

Sa déclaration de politique générale sera délivrée non pas évidement à une assemblée d’élus du peuple mais devant son Conseil des ministres le jeudi 1er décembre 1977. Qu’en dire ? Là encore, depuis que la Thaïlande est devenue en 1932 un ersatz de démocratie, c’est la trente neuvième. Référence est faite évidemment à la démocratie et à la dévotion qui est due à la nation, à la religion et au roi. Pour le reste, comme pour les précédentes dont la lecture est tout aussi fastidieuse, ce ne sont que des déclarations de bonnes intentions directement singées de nos démocraties européennes, avec  boniments, verbiage, délayage, phraséologie, redondance, remplissage et prolixité. On peut supposer sans faire de mauvais esprit que celle-ci est l’œuvre de son premier vice-premier ministre Sunthorn Hongladarom (สุนทร หงส์ลดารมภ์)...

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

... un homme du « sérail » qui fit ses études en Angleterre (Cambridge et non Eton mais c’est tout comme) et qui put se repaître des fariboles que l’on racontait à la tribune de la Chambre des communes.

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Le premier gouvernement (11 novembre 1977 – 21 décembre 1978)

 

Une Constitution définitive ?

 

Le 22 octobre, une Constitution provisoire avait d’abord été publiée (souvent oubliée des « statistiques », elle porte le numéro 13) qui fixait un délai de seize mois pour la proclamation d’une Constitution définitive (la 14ème en 45 ans), la tenue d’élections générales, et la formation d’un nouveau gouvernement. Kriangsak de l’extérieur avait réussi à influencer en sa faveur la rédaction de cette Constitution. Il arrive à faire supprimer le Conseil des généraux. Et surtout, après avoir fait adopter un système parlementaire à deux Chambres, dont une de députés élus, et l’autre de sénateurs nommés, il réussit le tour de force de se faire attribuer la nomination des sénateurs (6).

 

Une constitution tout à fait « démocratique » au sens où nous l’entendons, une chambre basse élue au suffrage universel direct (n’oublions pas que les femmes ont le droit de vote) et une chambre haute non élue mais composée de personnes aux compétences reconnues ou censées l’être, calquée probablement sur le système anglais de l’époque avec sa chambre des Lords non élective, pairs religieux, héréditaires ou nommés par la Reine « sur proposition » du premier ministre.

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Toutefois, en janvier 1979, Kriangsak prit une décision peut-être tactiquement maladroite, celle de restreindre les droits civiques des Thaïlandais « fils d’étranger » dans la loi électorale publiée pour les élections d’avril 1979. Pour la première fois dans l’histoire du pays, les Thaïlandais enfants de père étranger doivent, pour pouvoir voter, remplir certaines conditions de niveau d’étude ou de services rendus à l’état, et en faire la preuve devant l’administration. Près d’un million de Chinois furent concernés directement.

 

Cette mesure n’était pas étrangère aux sentiments antichinois latents en Asie-du-sud-est. Une partie de la population manifestait une allergie aux Chinois qui tenaient les rênes économiques du pays mais cette loi a frappé au cœur tous les Thaïlandais d’ascendance plus lointaine, qui ont ressenti durement cette mesure discriminatoire. Lors des élections d’avril 1979, la presse a été unanime à critiquer cette loi qui explique en partie le résultat des élections. 

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Le scrutin pour l’élection des 301 députés a lieu le 22 mars 1979 et sera marqué par une abstention importante après que les 225 membres du Sénat aient  été désignés par le roi suivant les recommandations de Kriangsak. Une multitude de partis politiques et de candidats – c’est une tradition ici - se sont disputés les sièges de la Chambre des Représentants. La personnalité des 1.600 candidats environ, dont des indépendants, apparut comme aussi sinon plus importante que les autres thèmes de la campagne électorale, économiques ou politiques. Aucun des 36 partis en lice n'a obtenu la majorité à la Chambre; le Parti d'action sociale — centriste — de l'ancien Premier Ministre Kukrit Pramot, a remporté le plus grand nombre de sièges, et le Parti démocrate en a perdu le plus, alors que le Panchakornthai a enlevé 29 des 32 sièges de Bangkok.

 

Voici les chiffres :

 

Nombre d'électeurs inscrits : 21.283.790

Votants : 9.344.045(43,9%)

Bulletins blancs et nuls : 407.518

Suffrages valablement exprimés : 8.936.527

 

Formation politique

Candidats

Sièges 

obtenus

Sièges 

en 1976

Parti d'action sociale

201

2

45

Indépendants

706

63

 

Chart Thai

120

38

56

Prachakornthai

41

32

 

Parti démocrate

185

32

114

Saeritham

60

21

 

Chart Prachachon

35

13

 

Palang Mai

58

8

 

Kaset Sangkom

13

3

 

Kit Prachathipatai

29

3

 

Ruamthai

11

2

 

Thamma-Sangkom

2

1

2

Divers

37

3

24

 

 

301

279

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Le résultat est significatif de la situation dans laquelle se trouve Kriangsak et par la même occasion l’armée. En effet, les quatre partis qui viennent en tête, avec un total de 66,43 % des sièges, sont tous des opposants à Kriangsak et ils sont déterminés à chercher à le renverser. Le parti qui le soutient officiellement n’a que 8,63 % des sièges. Parmi les 225 sénateurs nommés par lui, 32 seulement sont des civils. Tous les autres, soit 193, sont des militaires. Cela dépasse de loin tout ce qu’on avait vu auparavant. La situation créée par Kriangsak est limpide : il doit gouverner avec son sénat contre les députés élus de la nation. Bien sûr, il obtiendra à tout coup la confiance du Parlement réuni, mais qu’en sera-t-il, à la longue, de la confiance du peuple ? Toutefois c’est le président du Sénat qui doit proposer au roi le nom du premier ministre et ce sont les deux Chambres réunies qui votent la confiance. L’avenir de Kriangsak est donc assuré. Mais en avril, Kriangsak n’est pas encore Premier ministre. Il faut d’abord qu’il soit nommé par le roi sur proposition du président du Sénat. Bien que ce ne soit pas précisé par la Constitution, Kriangsak voulut cependant consulter le Parlement, « par souci démocratique », selon son expression. Mais la méthode qu’il employa pour cela ne fut qu’une manœuvre fort peu démocratique. On pourrait la ranger au rang d’un nième coup d’état.

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Le 9 mai, il y eut une séance du Parlement pour les élections des présidents et vice-présidents des deux Chambres. Le lendemain, les députés se mirent en route pour revenir chez eux. Alors que la plupart étaient déjà partis, le président du Sénat, par radio, convoqua d’urgence le Parlement pour le lendemain 11 mai, en vue d’une consultation pour la nomination du premier ministre. Le résultat fut que les sénateurs, la plupart résidant à Bangkok étaient là, mais qu’il manquait la plupart des députés. Sur proposition du nom de Kriangsak, les 349 présents (sur 526) se prononcèrent comme suit : 311 pour, 18 abstentions, et 20 qui sortirent de la salle pour manifester leur mécontentement face à ces méthodes. Le style du gouvernement était donné et un nom accolé à ce régime bizarre : « la démocratie demi-portion ». On acceptera, en se disant que cela vaut quand même mieux que pas de démocratie du tout.

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Le deuxième gouvernement Kriangsak (12 mai 1979 – 3 mars 1980)

 

Dès lors, il fut nommé Premier ministre, par décret royal du 12 mai 1979, signé par le roi probablement encore par lassitude et à son tour, le 24 mai 1979, a formé un cabinet qui durera jusqu’au 29 février 1980. Il s’est encore étoffé, 44 ministres dont 16 militaires des trois armes, lui-même s’attribuant également le ministère de l’agriculture. Mais ce gouvernement « couve un serpent en son sein », Prem Tinsulanonda (เปรม ติณสูลานนท์), ministre de la défense et par ailleurs chef des armées. Notons, le tableau ci-dessous est significatif, que l’imbrication de ce gouvernement avec le monde des affaires et de la finance mérite par rapport à d’autres, si l’on peut dire, un « bon point ». 

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Mais, autres tableaux, la suppression de la corruption généralisée n’est pas à l’ordre du jour même si Kriangsak est resté de l’avis de tous, un homme probe.

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)
231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Sa déclaration de politique générale sera soumise aux chambres le 7 juin. Ne nous attardons pas, elle est de la même farine que celle du 1er décembre 1977.

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Les problèmes auxquels se heurtât le gouvernement furent plus terre-à-terre :
 

Le procès des 18 :

 

Il eut déjà à subir les suites des événements du 6 octobre 1976 dont il n’était en rien responsable. L’affaire se termina par une loi d’amnistie générale au profit des « gentils » et des « méchants » (ou des « méchants » et des « gentils » ?). Une amnistie, c’est l’oubli (mot venu du grec ἀμνηστία, amnêstía  « oubli »). Nous n’en parlerons donc pas, il est même en droit français, interdit de faire allusion à des faits amnistiés. Cette sortie n’est pas une pirouette puisque nous en avons longuement parlé dans notre précédent article (1).

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Linsurrection communiste :

 

Le 19 septembre 1977, Samak  Sundaravej (สมัคร สุนทรเวช), brillant « tombeur » de Kukrit Pramot aux élections de 1976 et futur premier ministre, ministre de l’intérieur du gouvernement précédent, avait prédit : «  Les insurgés communistes seront balayés de la Thaïlande dans les deux ou trois ans qui viennent. Nous sommes en train de tuer de plus en plus de communistes ». Deux ans plus tard Samak reconnut s’être lourdement trompé. Il reconnaissait, à son époque, sept mille communistes armés dans tout le pays. Le chiffre admis en 1979 par les autorités est alors de quatorze à seize mille. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que c’est directement ou indirectement précisément la politique de Samak et de Thanin qui fit augmenter les effectifs communistes. Du temps de Samak, il y avait 36 provinces officiellement  reconnues « infiltrées » : il y en avait 48 en 1979, sur les 72 du pays. Dans les provinces du sud, à la frontière malaise, des opérations combinées thaï-malaises étaient en cours depuis 1976. Non seulement, elles ne cessèrent pas mais elles augmentèrent en importance. Mais la situation au sud est particulière, compte tenu du mouvement de séparatiste des trois provinces musulmanes. Dans le reste du pays, la guérilla est très fluide. Dans le nord-est, par exemple, la situation s’améliore, il n’y a pas de territoire thaï dont on ne puisse dire : c’est une zone bien « libérée », mais en certains endroits il est des villages où les autorités locales ne séjournaient plus la nuit. Dans les montagnes, les communistes avaient des camps suffisamment importants pour que les troupes gouvernementales hésitent à monter des opérations de délogement. Certaines de ces opérations se sont soldées par des pertes sévères. La présence des insurgés se faisait sentir un peu partout par des actions limitées : 27 soldats tués, 9 tués, 5 tués, 19 tués dans des embuscades dans les provinces d’UdonLoeiNanNakhonsithammaratChiengraïTrangPattalungChiengmaï. Il y a eu 35 tués dans l’attaque du camp communiste de la colline 824 (Chiengraï). 

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La machinerie de combat anticommuniste du gouvernement a engendré des unités mobiles de développement, des groupes d’assistance de la population, des unités de volontaires pour la sécurité des villages, des programmes de développement rural, les « Scouts Villageois » (7). Beaucoup de ces programmes se chevauchèrent et ne furent que rarement supprimés, si bien qu’un village pouvait se trouver engagé dans une demi-douzaine d’entre eux en même temps. D’où gâchis, confusion et contradiction, qui jouaient en faveur des communistes. La faillite vint surtout de ce que le gouvernement ne connaissait pas les communistes et pas plus ceux qui les combattaient. Ils voyaient des ombres et des illusions, mais non les communistes eux-mêmes. De grands moyens ont été mis en œuvre mais n’ont pas réussi à stopper la légère fièvre de contagion communiste qui caractérisait la situation thaïlandaise : trop de corruption, surmultiplication des programmes, faiblesse d’analyse de la situation et manque de bonne utilisation militaire des soldats. Les gains communistes étaient légers mais constants.

 

C’est par une crise interne qu’il ne parvint pas à surmonter que le parti communiste thaï va se perdre dès janvier 1979. Elle provient de la rupture entre la Chine et le Vietnam, d’une part, et de l’incompréhension mutuelle entre les vieux cadres du parti et les nouvelles recrues étudiantes « intellectuelles » d’autre part. En octobre 1976 le parti qui aurait compté alors environ 7.000 membres, reçut l’apport soudain de quelque 3.000 intellectuels et en fut déséquilibré. On n’a jamais aimé les « intellectuels » dans quelque parti communiste que ce soit. Les nouveaux étaient trop jeunes, et sans formation politique sérieuse. Ils n’ont rejoint les rangs du parti qu’en raison des circonstances. Par ailleurs, la grande majorité d’entre eux étaient influencés par un socialisme théorique beaucoup plus que par un communisme pratique, dont ils ignoraient d’ailleurs la discipline et le « centralisme démocratique ». A la fin de l’année 1978, ces jeunes entrèrent en conflit avec la « vieille garde » faisant valoir que la stratégie adoptée jusqu’ici par le Parti n’avait pas produit des résultats sérieux. Pour eux, « l’encerclement des villes par la campagne » (notion très maoïste) était une stratégie trop lente. Ils étaient favorables au soulèvement dans les villes, modèle Lénine-Trotski. Finalement certains abandonnèrent purement et simplement la lutte de libération : au cours des premiers mois de 1979, on observa en effet un nombre inhabituel d’insurgés se rendant aux autorités, principalement des étudiants de 1976, « repentis » ou transfuges. Les tableaux ci-dessous sont significatifs.

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)
231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)
231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Le mouvement de libération Thaï-Isan :

 

Le mouvement révolutionnaire étudiant dissident émerge en mars 1979. Son nom est tout un programme Thaï-Isan Kou Chat  (ไทย อีสาน กู้ชาคิ)  c’est-à-dire « Libérer le pays thaï-Isan ». Soutenu par le Vietnam, son centre est au Laos. Son but immédiat : la libération du nord-est de la Thaïlande (Isan) dans le cadre du testament d’Ho Chi Minh et évidement son rattachement à la « République populaire et démocratique des peuples du Laos ». Les cinq têtes de liste du mouvement sont des personnalités bien connues de la période antérieure : Thongpak, un ancien député socialiste surnommé le « leader des khmers rouges  de la Thaïlande », Thoetpum, ancien leader syndicaliste, Thirayut, ancien leader étudiant en 1973, Bun-Yen Wothong, ancien professeur d’université et dirigeant du parti socialiste dissous en 1976, Srithon, ex-leader paysan. Tous sont amis des étudiants de Bangkok victimes du drame d’octobre 1976, et des paysans dont les leaders sont régulièrement assassinés. Leur drapeau est une hache verte sur fond rouge. Le Parti communiste thaï va alors changer de stratégie face à ces deux faits nouveaux : conflit entre la Chine et le Vietnam d’une part, et nouveau mouvement révolutionnaire de libération Thaï-Isan soutenu par le Vietnam d’autre part.

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

Nous entrons alors en plein délire :

 

Le parti communiste se proclame depuis le mois de mai 1979 le champion de la cause nationale thaïe contre la menace vietnamienne. Cet « objectif national », dit-il, est trahi par le gouvernement thaï, qui emploie 90 % de ses forces de sécurité contre la population thaïe, alors qu’il n’en utilise que 10 % à la frontière pour faire face à l’agression, et qui, de plus, compte faire appel à des troupes étrangères (les Américains). Dès lors, la légitimité politique revient de droit au Parti : les membres du parti, en épousant la cause du nationalisme, sont les seuls vrais patriotes. Le gouvernement thaï, par son attitude, est déchu de ses droits. Le Parti lance un appel à l’unité nationale, contre l’agresseur, et invite les autorités thaïes à se joindre à la lutte. Le gouvernement thaï lui accorde alors force félicitations pour son attitude patriotique, « normal, d’ailleurs, puisqu’ils sont thaïs, comme nous ». Par ailleurs, pour se donner une image nationale valable d’indépendance vis-à-vis de l’étranger et ne pas apparaître comme l’ « œil de Pékin » (sinon celui de Moscou), il abandonne en septembre 1979 ses émissions de radio à partir d’une station de Chine du sud au profit d’un émetteur situé en territoire thaï, dans le nord du pays.

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La « real politik » étrangère

 

Mais Kriangsak a les pieds sur terre et est conscient que l’éradication de ces deux mouvements est liée à une reprise de solides relations avec la Chine. Il ne fait guère confiance aux quelques centaines de généraux de son armée qui n’ont rien à faire puisque le pays n’a plus d’ennemis extérieurs. Il aurait dit qu’ils étaient « Mieux dans les bordels que sur le champ de bataille ». Les mouvements centrifuges cesseront lorsque la Chine cessera d’armer les guérillas.

 

Kriengsak s’engage alors dans une « real politik » qu’auraient probablement approuvé Rama IV et Rama V ! A savoir, le rapprochement avec Pékin où il se rend en 1979 pour rencontrer Deng Xiaoping, chef suprême de la Chine. Que pourrait offrir la Thaïlande à la Chine en échange de la suppression pure et simple de l'appui chinois aux  insurgés ? Le moment était bien choisi. Il aurait permis à la République populaire de Chine d’expédier des armes aux rebelles Khmers rouges au Cambodge, en échange du retrait du soutien aux communistes. Version contestée puisque la version « officielle » met la dégringolade des guérillas communistes au compte d’une amnistie.  

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Le problème des réfugiés indochinois et la « real politik »

 

Leur statut va évoluer en fonction des intérêts politiques du moment. D'avril 1975 à janvier 1979, ils ont d'abord été accueillis par la Thaïlande à titre de réfugiés politiques, ce qui correspondait bien à la situation d'alors, les trois pays de départ (VietnamCambodge et Laos) étant devenus communistes et les réfugiés étaient présentés comme fuyant le nouveau régime.

 

Mais tout change en janvier 1979, lors de l'invasion du Cambodge de Pol Pot par le Vietnam. Avec cette invasion d'un pays communiste par un autre pays communiste, le conflit asiatique changeait radicalement d'aspect. Auparavant, la guerre indochinoise était une lutte entre communistes et anticommunistes. Depuis janvier 1979, elle devient la lutte entre les deux superpuissances communistes, Chine et U.R.S.S., pour l'hégémonie régionale, dont l'enjeu immédiat est le Cambodge, et l'enjeu final le Sud-Est asiatique, clef stratégique de la maîtrise océanique.

 

En Thaïlande, les considérations géopolitiques réalistes prirent donc le pas sur la propagande idéologique et l'attitude à l'égard des réfugiés khmers changea en conséquence. Vaincus, les Khmers rouges prochinois restaient malgré tout la seule force de combat éventuellement capable de s'opposer aux divisions vietnamiennes d'invasion. Et les centaines de milliers de réfugiés civils (qui, eux, fuyaient tout autant les Vietnamiens envahisseurs que les sanglants Khmers rouges) représentaient pour l'avenir une force d'opposition anticommuniste à ne pas négliger. Dans ce nouveau contexte, il n'était plus question de considérer les réfugiés fuyant la guerre intérieure cambodgienne comme des « réfugiés politiques ». En effet, à la faveur d'un tel statut, ils seraient passés sous la juridiction internationale du Haut-Commissariat aux Réfugiés (H.C.R) et auraient été perdus pour l'établissement d'une « troisième force ».

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C'est pourquoi, en janvier 1979, le général Kriangsak  décrète que tous les Khmers réfugiés en Thaïlande après le 7 janvier 1979 (date de la chute du régime Khmer rouge à Phnom Penh) ne seraient plus des « réfugiés », mais des « immigrants illégaux », contrevenant aux lois d'un pays souverain. Dès lors les réfugiés khmers des camps de Thaïlande ne bénéficient plus du statut et des droits de réfugiés. C'est « par humanité » qu'ils sont acceptés, mais à titre provisoire, avant de pouvoir être rapatriés, et ils restent passibles des lois sur l'immigration comme un touriste entré en fraude sans visa ! Il s’ensuite le principe de la prison à leur arrivée et l'internement dans des camps de regroupement, et non plus dans des camps de réfugiés sous juridiction du H.C.R comme auparavant. A part certains cas humanitaires, dont les autorités se réservent le droit de juger le bien-fondé, les réfugiés de ces camps pour « immigrants illégaux » se voient refuser la possibilité d'un départ pour un pays tiers. Ces camps sont le lieu privilégié de la « dissuasion humaine », maintenant adoptée ouvertement. Dans cette affaire, la Thaïlande a toujours revendiqué son droit de pays souverain, en faisant de plus remarquer qu'elle n'est pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés et que, par conséquent, elle n'est liée par aucun devoir moral envers eux.

 

Entre février et octobre 1979 eut lieu le grand exode khmer, provoqué par l'avancée vietnamienne en direction de la Thaïlande. On se souvient de cette tragédie : 700.000 réfugiés fuyant la guerre intérieure cambodgienne campent dans les rizières de la frontière, démunis de tout, épuisés, mourant de blessures ou de faim. Comment nourrir, soigner et loger cette foule d'immigrants dit « illégaux » que la nécessité oblige tout de même à recevoir « par humanité pour une durée imprévisible ? »

 

La solution est venue de la Malaisie. Car, au même moment, a lieu aussi le grand exode vietnamien, avec ses milliers d'embarcations abordant les côtes asiatiques. Et le même problème se pose partout : comment les nourrir ? Malgré l'émotion du public mondial et de l’ « opinion internationale », l'aide internationale tarde, alors que les besoins sont immédiats et énormes.

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Face à l'indifférence des gouvernements étrangers, celui de Malaisie prend alors, le 17 juin, la décision brutale, répercutée par la presse du monde entier, de « rejeter à la mer tous les réfugiés vietnamiens et de faire tirer, si nécessaire, sur les embarcations qui approchent ». C’est du chantage mais la Malaisie a gagné ! L'aide étrangère s'organise aussitôt et les réfugiés de la mer sont sauvés.

 

La Thaïlande a compris la leçon que seul un coup de force semblable à celui de la Malaisie sera capable de remuer l'opinion mondiale, à qui il devient nécessaire de rappeler que les réfugiés « terrestres » cambodgiens ont tout autant besoin des secours internationaux que les réfugiés de la mer vietnamiens. Au milieu de juin, le gouvernement de Kriangsak fait donc connaître qu'il a, lui aussi, pris la décision d'expulser les réfugiés cambodgiens dont 43 000 sont donc ramenés de force au Cambodge, dans des circonstances qui provoquent la mort  d'un grand nombre d'entre euxscandale dénoncé même dans la presse thaïe.

 

L'émotion soulevée dans le monde par ces expulsions et la promesse d'aide internationale que cette émotion a suscitée ont fait que, finalement, le gouvernement de Bangkok a suspendu les expulsions, le but recherché étant atteint : le H.C.R accepte de prendre à sa charge l'assistance des « immigrants illégaux », au même titre que les réfugiés.

 

La politique consistant « à agir brutalement pour faire sursauter le monde » ainsi qualifiée par le Siam Rath du 24 juin 1979 a parfaitement réussi : une conférence internationale est convoquée d'urgence à Genève en juillet 1979, selon les vœux des pays de l'A.S.E.A.N pour tenter de trouver une solution au problème des réfugiés indochinois. Bien qu’elle ait été réunie dans un but humanitaire et non politique, de nombreuses délégations blâmèrent le Vietnam pour sa façon de traiter le problème des réfugiés. Sous la pression, Hanoï finit alors par accepter le principe des « départs organisés ». C’était dire que les « émigrants  potentiels », ayant désormais la possibilité de devenir des émigrants légaux, n'auraient plus besoin de fuir en bateau pour gagner le pays de leur choix. De cette façon, le problème aurait été résolu à la source comme ne cessaient de le réclamer les pays de l'A.S.E.A.N.

 

Mais la réalité fut différente. Car les « départs organisés » n'ont fait que diminuer le nombre des réfugiés de la mer, sans arrêter les départs clandestins. Si bien que trois ans plus tard, en 1982, le problème subsistait. Cependant, le but immédiat de la Conférence fut atteint. Les 65 délégations présentes promettent leur aide pour le financement des secours (190 millions de dollars) et pour l'accueil de 260.000 réfugiés des camps.

 

La Thaïlande et la Malaisie sont satisfaites. Devant cette réussite, Kriangsak annule les ordres d'expulsion et annonce sa nouvelle politique des « portes ouvertes » le 19 octobre 1979. A partir de cette date, tous les Cambodgiens massés à la frontière sont invités à venir remplir les camps que l'on va construire exprès pour eux, grâce à l'aide internationale  et 300.000 places y sont prévues. Mais cette « invitation » n'obtint pas les résultats escomptés, car une partie seulement des réfugiés acceptèrent d'être internés dans des camps, les autres, le plus grand nombre, préférèrent conserver leur liberté sur le sol cambodgien. Et c'est ainsi que 160.000 réfugiés supplémentaires sont devenus, sur invitation officielle, des « immigrants illégaux ».  Singulière logique asiatique ?

 

... à proximité d'un camp de réfugiés cambodgiens ...

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Dans un premier temps, seuls les Cambodgiens ont été ainsi déclarés « immigrants illégaux ». Par la suite, mais elle ne sera pas sous la responsabilité de Kriangsak, dans un but de « dissuasion humaine » généralisée, les autorités thaïlandaises décrétèrent le même traitement, d'abord pour les Laotiens, en janvier 1981 (Kriangsak est toujours là), et ensuite pour les Vietnamiens, en août 1981. A partir de ces dates respectives, les Laotiens et Vietnamiens nouvellement arrivés ne sont plus des réfugiés et, comme les Khmers, sont internés dans des camps spéciaux de « dissuasion humaine ». Etant des « immigrants illégaux », ils ne peuvent présenter une demande de départ pour un pays tiers et, de plus, les services officiels des organisations internationales ne peuvent les visiter.

 

La politique menée -« accommodante » à l’égard de Pékin  avec succès, pour éradiquer le communisme et l’irrédentisme Lao-Isan, ne laisse guère de temps à Kriangsak pour gérer en 843 jours les questions internes qui lui tenaient manifestement à cœur. Un succès, un échec, un succès mitigé et une porte ouverte.

 

Le planning familial

 

Une diminution spectaculaire de la mortalité infantile à partir de 1975 (pour les enfants entre 29 jours et un an, elle passe par exemple de 26 à 13 % entre 1975 et 1980) est susceptible d’entraîner rapidement des problèmes de surpopulation. Dès le 7 juin 1978, Kriangsak engage une spectaculaire opération de planning familial  portant sur 1,3 milliards de baht  pour réduire le taux de croissance de la population alors de 2,5% par an à moins de 2,1%.  414 millions de baht proviendront du budget ordinaire et le reste de prêts étrangers : Banque mondiale: 600 millions de baht, USA : 110 millions de baht, Canada : 120 millions de baht, Australie : 60 millions de baht et Norvège : 60 millions de baht. Ce fut assurément un succès à long terme – continué par la suite - puisque le taux était en 1987 de 2,3 % et de 1,9% en 1994.

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L’éradication de la prostitution ?

 

Existant de tous temps, elle prit un aspect spectaculaire qu’elle n’a toujours pas perdu avec l’arrivé des Américains et a continué après eux. Le général est un homme « de famille » à la vie privée exemplaire (une seule femme et deux enfants). Son projet de sauver Bangkok et d'autres villes thaïlandaises de devenir les capitales du sexe en Asie n’aboutit pas. Comment d’ailleurs aurait-il pu mettre un terme à ces « entreprises » qui constituent une part importante des ressources procurées par le tourisme reste une énigme.

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L’économie

 

Settakit (เศรษฐกิจ), tel se nomme le dieu suprême de la Thaïlande.


L’économie de la Thaïlande est florissante. Les années 1977, 1978 et moitié 1979 ont vu connu un boom extraordinaire même si le démarrage date des années 1960. Pour la période 1960-1976, le produit national a été multiplié par 6. Dans le même temps, le produit national par habitant s’est vu multiplié par 4, la différence venant bien sûr de l’augmentation de population. En tenant compte du fait que les prix ont presque doublé en seize ans, on estime que la richesse de la moyenne des Thaïs a donc été multipliée par 2. Sur le plan du revenu par habitant, la Banque Mondiale place la Thaïlande en 1979 au 83ème rang des pays pauvres c’est-à-dire qu’il y en a 82 de plus pauvres.

 

Malheureusement, c’est la répartition de la richesse qui pose des difficultés. 

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iI y a certes de la richesse dans le pays, mais elle n’appartient malheureusement qu’à un petit nombre de personnes. La distribution de la richesse et du revenu laisse beaucoup à désirer. Quelques groupes de la population ont bénéficié de l’expansion économique de ces années plus que les autres. Ces « autres » constituent en fait la majorité de la population : ce sont ceux qui sont employés dans le travail manuel, tout particulièrement les paysans et la basse couche des ouvriers de l’industrie. La minorité riche achète un nombre considérable de véhicules étrangers de luxe dont le prix est pourtant exorbitant et est cause en partie du catastrophique déficit de la balance commerciale. C’est le secteur industriel qui bénéficie presque exclusivement de l’expansion, tandis que le secteur agricole ne progresse que très peu. Dans le domaine des exportations, les produits industriels manufacturés représentaient seulement 10 % du total en 1971 et 40% en 1979. Cette expansion industrielle est remarquable, mais elle est en fait la cause de l’accélération du déséquilibre de la richesse, car c’est une toute petite minorité qui en bénéficie. Elle n’a donc pas de retombée sur l’ensemble de la population. Au contraire, l’industrie moderne qui s’installe en Thaïlande, en employant peu de personnel, n’absorbe pas la nombreuse main-d’œuvre inemployée du pays ; et, en produisant beaucoup, elle oblige les petites exploitations familiales à fermer peu à peu. Quant à la production agricole, malgré la grande réussite du sucre, du manioc et du maïs, venus s’ajouter au riz traditionnel, elle reste à un taux de croissance considéré comme un des plus bas du monde. En ce qui concerne l’inflation, elle est sérieuse. D’environ 10 % en 1978, elle atteindra entre 15 et 20 % en 1979. Mais l’inquiétude vient surtout de son mode d’apparition. En effet, elle est intervenue avant toute augmentation de salaires, avant que l’interaction salaires-prix ait commencé à jouer. De là l’inquiétude des milieux gouvernementaux, économiques et syndicaux. Que va-t-il se passer quand par la force des choses, les salaires commenceront à être relevés. En fait, les salaires des fonctionnaires du gouvernement ont été augmentés, mais avec effet seulement à partir de janvier 1980. Cette augmentation a été fixée à 20 % et concerne une proportion importante de la population. Il est vrai que le gouvernement a aussi augmenté le salaire minimum journalier des manœuvres et petits ouvriers. Mais cela concerne si peu de gens et pour une somme totale d’augmentation tellement minime, que ça ne peut jouer sur l’inflation. Pour Bangkok, le salaire passe de 35 à 45 baths par jour et en province, de 25 à 35 bahts. Tout ceci contient en germe un conflit social que le gouvernement ou son successeur pourra avoir des difficultés à résoudre sereinement.

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Les liens avec le monde ouvrier

 

Les intentions de Kriangsak étaient de transformer ce qui n’était qu’un département du Travail en un bureau autonome dont le responsable aurait rang de ministre et ce dans le cadre d’un projet de plan quinquennal (1982-1986) qu’il ne put évidemment pas mener à terme. Si ce projet ressurgit en 1986, il semblerait que cette décision (qui ne vit le jour qu’en 1993) n'était que politique : un portefeuille de ministre et deux de vice-ministres à partager entre les membres des coalitions. Sous le gouvernement précédent Thanin (octobre 1976 - octobre 1977), les syndicats auxquels on proposait  de participer à des cérémonies religieuses plutôt qu'à des meetings s'étaient rapprochés de chefs militaires, Kriangsak en particulier.

 

Le 20 octobre 1977, dès que celui-ci eut renversé Thanin, les syndicats organisèrent un vaste rassemblement d'union au cours duquel Kriangsak vint serrer la main des leaders syndicaux. Ne disposant pas dans l'armée d'une base suffisamment solide, souhaitait- il  seulement se constituer une clientèle ou laissait-il parler son cœur ? Lorsqu'il devint Premier ministre le 11 novembre 1977, il prit également le poste de ministre de l'Intérieur qui avait sous son contrôle direct le département du Travail et choisit de nommer vice-ministre de l'Intérieur chargé du Travail Damri Noimanee, qui avait été directeur général du département du travail en 1972 lorsque le droit de grève fut à nouveau en vigueur. Il fit nommer sénateurs trois des leaders syndicaux les plus populaires dont Ahmad Khamthesthong et Sawat Lookdote. Dans un entretien avec l'hebdomadaire Suwannaphum du 18 février 1980, quelques jours avant le « départ volontaire » de Kriangsak le 29 février, deux responsables du syndicat du rail, Ahmad Khamthetthong et Sawat Lookdote, ne faisaient pas mystère de leurs liens avec le groupe des « soldats démocratiques ». Lors du coup d’état manqué du mois d'avril 1981 les leaders syndicaux furent convoqués au quartier général des troupes rebelles et plusieurs des plus connus, comme Paisal Thawatchainan et surtout Sawat Lookdote, se montrèrent à la télévision très favorables au coup d’état et très critiques envers le gouvernement du général Prem Tinsulanonda. Ils auraient selon une rumeur persistante, dressé une liste noire des patrons « à éliminer » après leur coup d'État, mais après leur échec, ils réussirent cependant à persuader l'opinion qu'ils avaient agi « sous la pression » et qu'ils étaient opposés l'utilisation de méthodes « non démocratiques » pour conquérir le pouvoir. En janvier février 1983, un autre dirigeant syndical leur reprochait de négliger les conflits des travailleurs pour ne s'intéresser qu'à la politique : ils soutenaient en effet la campagne des militaires pour amender la constitution. Paisal, proche du général Kriangsak, déclarait à l'hebdomadaire tawan mai du 10 août 1981 : « en vérité, les soldats comprennent les ouvriers et ce serait l'idéal si l'institution militaire et les ouvriers se donnaient la main... ». 

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Le 9 septembre 1985, lorsque les militaires déjà auteurs de la tentative d'avril 1981 alliés à quelques généraux en retraite dont probablement le général Kriaengsak, tentèrent un coup d'État, neuf leaders syndicaux, dont surtout Ahmad et Sawat, se rangèrent du côté des révoltés et essayèrent de mobiliser les travailleurs. Dès 15 h 30 le coup avait échoué. Les jours suivants, Ahmad Khamthesthong et Sawat Lookdote, tous deux sénateurs, furent questionnés et arrêtés pour avoir soutenu le coup. Alors que les généraux, instigateurs du coup, furent rapidement libérés sous caution, les syndicalistes arrêtés, dont Ahmad et Sawat, passèrent près de deux ans en prison.

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Toujours est-il que le 29 février 1980, Kriangsak  étonna la Thaïlande et le monde  en adoptant la démarche « démocratique » de démissionner plutôt que d'être renversé, disant au parlement qu'il sentait qu'il n’avait plus le soutien du public (et surtout d’une partie de l’armée !). Il avait exercé le pouvoir sans partage pendant 28 mois. Bien que ce départ ait été qualifié de volontaire, on peut penser que la « pression militaire » a forcé le premier ministre dans un « coup d'état silencieux ». Prem a pris le pouvoir et le gardera pendant 8 ans et 5 mois.

 

Cette chute était-elle liée à la dilection que Kriangsak manifestait à l’égard de Pékin en désaccord avec la géopolitique américaine plus ou moins incohérente du président Carter qui recherchait des accommodements avec Moscou au sujet du Vietnam et que l’on dit avoir été disposé à « céder » le Cambodge contre l’Afghanistan ? Peut-on voir derrière ce coup d’état silencieux la griffe de la CIA ?

 

Kriengsak mourut sans faste et loin du pouvoir le 23 décembre 2003. Bien qu’ayant fondé le parti Chatprachathipatai qui fit élire 15 députés aux élections législatives du 18 avril 1983 et – peut-être – participé au moins indirectement au coup d’état de 1985, il resta jusqu’à sa mort éloigné de la vie politique.

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SOURCES

 

Le site officiel du gouvernement thaï :

https://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm

comprend de nombreux chapitres : Prime Minister History - History of the Cabinet -

Government 's Policy - Best Things Best - Prime Minister Office - Visit the Government House - Government achievement

Le site remarquable site germanophone :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1977.htm (et la suite pour les années 1978 – 1979 – 1980).

Le site des Missions étrangères de Paris, Rapport 1879 :

http://archives.mepasie.org/actualites

 

« Les réfugiés indochinois … De la pitié au cynisme », article signé PAD in Les études de décembre 1982.

« Travail ouvrier et syndicats en Thaïlande », article de Jean Baffie t Xavier Oudin in : Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale numéro 173 de octobre-décembre 1995.

« Coups in Thailand, 1980-1991: Classmates, Internal Conflicts and Relations with the Government of the Military » par Yoshifumi TAMADA in: Southeast Asian Studies, Vol. 33, No.3, décembre 1995.

« Réfugiés asiatiques d'aujourd'hui : vers un nouveau dessin des nations » par Yamane Hiroko In:  Revue française de science politique, 32ᵉ année, n°3, 1982. pp. 505-526.

« Chronicle of Thailand since 1946 » par Nicholas Grossman, Editions Didier Millet, 2009.


NOTES

 

(1) Notre article 230. « LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977 »)

 

(2) Tout est évidemment question de terminologie ! Voir notre article 214 – « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? ». Si nous y ajoutions avant le début du siècle dernier les révolutions de palais qui sont également des coups d’état, la Thaïlande aurait certainement une place d’honneur au « Livre des records ».

 

(3) Nous avons une biographe sommaire sur le site officiel :

http://www.thaigov.go.th/index.php/th/primeminster/item/78221-นายกรัฐมนตรีคนที่-15- พลเอก-เกรียงศักดิ์-ชมะนันทน์.

 

(4) Nous nous sommes dans notre précédent article (1). Interrogé sur ce mouvement dit ou plutôt surnommé « les jeunes Turcs ». Surnommé par qui ?  Ils ne se sont jamais qualifiés de ce vocable. Nous n’en avons en tous cas trouvé aucune trace dans la presse ou les sites thaïs. Ils étaient Thahan Prachathippatai (ทหารประชาธิปไตย = étymologiquement ประชา = le peuple, อธิปไตย = le souverain)  que l’on peut sans erreur traduire par « les soldats de la démocratie » ou « l’armée de la démocratie ». 

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« Jeunes Turcs » ? Mais d’où   vient donc le terme ? Il est probablement issu de l’imagination de quelque journaliste, lesquels ont souvent une permanente et orgueilleuse prétention à l’omniscience et a été unanimement repris et recopié, utilisé à toutes les sauces, bonnes ou mauvaises.

 

« Jeunes Turcs » ? La belle affaire ? C’est le parti, créé à la fin du XIXème siècle, qui a conduit au renversement du Sultan, à la laïcisation forcenée, la « turquification » du pays et à l’éradication du Califat, organe suprême de la religion mahométane, laquelle est privé de tête depuis lors ce qui permet aujourd’hui au premier venu de s’autoproclamer iman avec les conséquences que l’on sait. C’est le mouvement qui a conduit à une infâme épuration ethnique, chrétiens orthodoxes, Kurdes et Arméniens, 1 ou 2 millions de morts...

 

Jeunes turcs à l'oeuvre :

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... sans oublier, « question de détail », l’interdiction d’utiliser l’alphabet arabe traditionnel, toute la population dut apprendre à lire et à écrire ! « Jeunes Turcs » ? Un bel exemple donc et l’exemple d’un vocable utilisé de façon consternante !

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(5) Ce n’est probablement pas un effet du hasard s’il ne fut jamais honoré du titre de « field Marshall » (Chomphon จอมพล).

 

(6) La Constitution prévoit une Assemblée nationale à deux chambres composée d'un Sénat et d'une Chambre des Représentants. Le Sénat se compose de membres nommés par le Roi (en réalité par Kriangsak) parmi des « personnes qualifiées ayant des connaissances et une certaine expérience dans divers domaines culturels ou des affaires pouvant être utiles en matière d'administration de l'Etat ». Le nombre de sénateurs ne doit pas dépasser les trois quarts du nombre total de représentants élus. Les sénateurs seront 225 et tous nommés pour 6 ans. Le nombre des représentants élus est proportionnel au nombre d'habitants de chacune des changwats (provinces) à raison d'un représentant par 150.000 habitants et d'un autre par fraction supérieure à 75.000. Chaque province élit au moins un représentant. Ainsi calculé, le nombre des représentants sera de 301, tous élus pour 4 ans. Est électeur tout Thaïlandais de naissance (nous allons voir que ce mot a son importance) âgé de 20 ans révolus le 1er janvier de l'année des élections, à l'exception des aliénés mentaux, des sourds, des muets et des illettrés, des membres du clergé bouddhiste et des personnes détenues par décision judiciaire. Etablies au niveau provincial, les listes électorales sont révisées chaque année. Le vote n'est pas obligatoire. Est éligible à la Chambre des Représentants tout Thaïlandais de naissance âgé de 25 ans révolus le jour des élections. Ne sont toutefois pas éligibles les faillis non réhabilités, les toxicomanes, les personnes frappées d'interdiction de vote (à l'exception des détenus), les individus qui purgent une peine de prison et ceux qui, le jour du scrutin, ont été libérés depuis moins de cinq ans après une condamnation de deux ans ou plus, sauf s'il s'agit d'un délit commis par négligence.

 

Le mandat de représentant ne peut pas être exercé par les fonctionnaires de l'Etat ou des gouvernements locaux (à l'exclusion des responsables politiques), les titulaires de postes permanents ou les salariés, les employés d'un organisme de l'Etat ou d'une entreprise nationale, les membres d'une assemblée locale et les personnes qui bénéficient d'une concession d'un organe du Gouvernement ou en reçoivent un profit, ou qui sont parties à un contrat passé avec l'Etat. Les sénateurs doivent être des Thaïlandais de naissance âgés de 35 ans. Ils ne doivent toutefois être membres d'aucun parti politique. A l'instar de celui de représentant, le mandat de sénateur ne peut pas être exercé par des agents d'un organe gouvernemental ou d'une entreprise d'Etat, les membres d'une assemblée locale, les responsables ou les fonctionnaires des gouvernements locaux (à l'exception des Ministres et des responsables politiques) et les personnes qui bénéficient d'une concession de l'Etat ou d'un organe gouvernemental ou d'une entreprise d'Etat ou qui sont liées par un contrat passé avec l'Etat. Pour les élections à la Chambre des Représentants, chaque changwat est généralement considéré comme une circonscription qui élit un nombre égal ou approximativement égal de représentants. Le nombre total de circonscriptions est de 126. Les représentants sont élus à la majorité simple, chaque électeur disposant d'autant de voix qu'il y a de représentants à élire dans sa circonscription. Tout candidat à la Chambre doit verser une caution de 5.000 bahts. En cas de vacance de sièges en cours de législature, il est procédé à une élection partielle dans les 90 jours qui suivent, sauf si la durée restante du mandat de la Chambre est inférieure à 180 jours. Les sièges vacants au Sénat sont pourvus par nomination du Roi.

 

La Constitution comporte un long chapitre sur les droits et les libertés du peuple, dans lequel sont garantis la sainteté de la famille, les droits de propriété et d'héritage, la liberté du travail sauf en cas d'urgence nationale ou de conflits armés, et l'inviolabilité des personnes et des communications privées. La censure est interdite, sauf par la loi dans le but de préserver l’« ordre public, les bonnes mœurs, la sécurité publique, ou pour maintenir la sécurité de l'Etat ». Elle garantit encore la liberté de la presse, la liberté d'expression, la liberté de culte, et le droit de réunion pacifique, la liberté de résidence et de circulation dans le royaume, le droit d'organiser des associations bénévoles, le droit de créer un parti politique et de participer à des activités politiques dans un cadre démocratique et enfin le droit de pétition contre les institutions publiques. Ces droits et libertés, cependant, ne doivent pas être utilisés contre l'intérêt de « la nation, la religion, le roi, et la Constitution ».

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(7) Citons en particulier les farouches Thahan Phran (ทหาร พราน, littéralement « soldats chasseurs ») une force d'infanterie légère paramilitaire créée en 1978 à l’instigation du général Chavalit Yongchaiyudh (ชวลิต ยงใจยุทธ) ...

231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)

"... qui patrouille les frontières et fait partie de la Royal Thai Army (กองทัพบกไทย). Ils agissent en collaboration avec la police des frontières (ตำรวจ ตระเวณ ชายแดน), mais sont formés et équipés pour engager le combat tandis ce que ne sont pas les membres de la police des frontières. Leur mission est évidemment de lutter contre le parti communiste (พรรค คอมมิวนิสต์ แห่ง ประเทศไทย) et de chasser les guérilleros de leurs bastions montagnards. L'unité devait être composée de recrues des régions touchées par l'insurrection communiste auxquelles seraient donné des cours de formation intensive de 45 jours, équipés d’ armes modernes, puis renvoyé dans leurs villages pour monter des opérations de contre- guérilla contre les communistes. Orfèvre en la matière, le général Chavalit Yongchaiyudh avait servi d’instructeur aux volontaires avant leur départ pour le Vietnam. Ils furent toutefois, à tort ou à raison, accusés d’avoir incorporé comme recrues des délinquants condamnés et blanchis, des voyous locaux ou de simples mercenaires. Mais leur rôle dans les opérations de contre-guérillas fut essentiel dans la mesure où ils remplacèrent 80 % des unités de l’armée régulière. Leur histoire est « mouvementée », souvent accusés d'atrocités, d’abus de pouvoir, et d'implication dans le trafic de drogue. La suite de leur histoire après 1980 n’est pas d’actualité dans cet article !

 
231 - LES 843 JOURS DU GÉNÉRAL KRIANGSAK CHAMANAN (11 NOVEMBRE 1977 – 3 MARS 1980)
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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 22:01
230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Contexte.

 

La Thaïlande vient de vivre un chapitre important et mouvementé de son histoire entre  le 14 octobre 1973 qui vit la  fin de la longue dictature des maréchaux Thanom et Prapat (9 ans et 10 mois), après les manifestations étudiantes réprimées dans le sang et le coup d’Etat du 6 octobre 1976, qui mettait fin aux espoirs démocratiques, aux revendications sociales des ouvriers, des paysans et des étudiants. Ce nième coup d’Etat annonçait « la reprise en main » du pays par l’Armée, avec l’aide des mouvements d’extrême droite et paramilitaires, au nom « des trois Institutions sacrées du Peuple thaï » que sont la nation, le roi et le bouddhisme, dans le contexte international de la guerre du Vietnam et de  la guerre civile au Laos et au Cambodge.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Notre précédent article vous a décrit l’échec de cette période de trois ans gouvernée par les civils Sanya Thammasak (Du 14/10/1973 au 15/02/1975) ;  

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Seni Pramot (Du 15/02/1975 au 14/03/1975) ; 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Kukrit Pramot (Du 14/03/1975 au 20/04/1976) ; 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

... et de nouveau Seni Pramot (Du 20/04/1976 au coup d’Etat du 6 octobre 1976), qui loin de rétablir la « démocratie » dans « le calme et la sérénité » comme le souhaitait le roi, va être le théâtre de crises sociales, d’ assassinats politiques, de répressions policières, des combats des ouvriers, des étudiants , de la révolte des paysans, et de la « guerre » des militaires contre les zones contrôlés par les communistes.

 

(In 229 : En janvier 1975, le gouvernement donne les renseignements suivants : villages entièrement sous contrôle ou fortement sous contrôle communiste : 412. Villages sous influence sérieuse : 6.000, avec 3,9 millions de personnes (10 % de la population totale), dont 1,9 million dans le Nord-est et 1,3 million dans le sud »).

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Nous vous avons également montré les conséquences de la chute de Saigon et de Phnom Penh en avril 1975, avec la remise en cause de l’alliance avec les Etats-Unis, et la montée des mouvements nationalistes de droite, comme « Nawaphon », « Protection de la Nation », « Protection de la Justice », « l’éléphant Blanc », les « Red Gaurs », qui voulaient en découdre avec les mouvements de gauche, les étudiants, et surtout les communistes qui  menaçaient « réellement » le pays. Nous vous avons donné quelques exemples de ces luttes pendant que l‘armée en 1975-76 reprenait l’offensive avec l’aide des « scouts villageois », contre les villages contrôlés par les activités étudiantes et/ou communistes.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

La campagne pour les élections (janvier - mars 1976) va exacerber les positions et les luttes engagées, au milieu d’affaires de corruption, de grèves, d’exactions de policiers, de généraux qui protestent, et des violences des groupes d’extrême droite … Les élections du 4 avril 1976 seront très différentes de celles de janvier 1975 et verront la victoire de la droite, mais « le parti démocrate, vainqueur à la majorité relative, ne pourra former un gouvernement majoritaire qu’avec l’appui des partis militaires. 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

On en reviendra donc à un gouvernement de Seni Pramot (21 avril - 23 septembre 1976) de coalition hybride civile - militaire, comme le précédent ! » (In 229) et tout aussi inefficace que le précédent, empêtré dans ses divisions politiques, pendant qu’une lutte sans merci s’engagera entre la « gauche » (les ouvriers et les paysans syndiqués, les étudiants radicalisés, les communistes) et les mouvements nationalistes et paramilitaires, soutenus par une propagande militaire très virulente à la radio, comme celle de la station de l’unité des blindés « Yan Kro » ou celle du bonze Kittivudho Bhikkhu par exemple pour qui un bon communiste est un communiste mort.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le retour des maréchaux exilés Praphat (Le 19 août) et Thanom (Le 19 septembre)  va mettre le feu aux poudres, provoquant des manifestations étudiantes et des actions violentes des « Red Gaurs », qui entraînera la démission du gouvernement Séni le 23 septembre 1976. Celui-ci tentera bien de reformer un autre gouvernement le 25 septembre 1976, mais les désaccords et les divisions demeuraient et la propagande anticommuniste et anti-étudiante était encore plus virulente, Ainsi la station Yan Kro, et le « Réseau », par la voix du colonel Uthan, lanceront les 4, 5 et 6 octobre,  des appels aux groupes de « Scouts Villageois » de province à venir à Bangkok pour « balayer » les étudiants hors de Thammasat, et purger ainsi le pays des communistes.

 

Nous vous avons également raconté dans notre précédent article, les manifestations et les événements tragiques qui se sont déroulés du  2 au 5 octobre avec en point d’orgue, ceux du  6 octobre, où des mouvements de droite et d’extrême droite au milieu de la « foule » avec sinon la complicité de la police, du moins son inertie, vont en découdre avec les étudiants retranchés  à l’université de Thammasat. Le bilan sera « officiellement » de 46 morts dont 2 policiers, 190 blessés dont 10 policiers. 3.300 étudiants arrêtés dont 640 étudiantes environ. D’autres sources annonceront des centaines de morts.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le coup d’Etat du 6 octobre1976.

 

A 19 heures, l’amiral  Sangad Chaloyoo annonçait à la radio le coup d’Etat, la mise en place du « Conseil National de Réforme Administrative », avec l’installation de  la loi martiale dans tout le pays.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

La télévision et la presse nationale et internationale relateront cet événement tragique avec force images et photos de scènes atroces, d’étudiants abattus, achevés à terre, lynchés, brûlés …

 

Ainsi par exemple le journal « Le Guardian » du 7 octobre 1976 titrait : « Brutal thai coup »  (***).

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

(La quantité d’articles, de lettres, de récits, publiés dans la presse à propos des événements du 6 octobre et du procès des étudiants, est énorme. Cf. En note ****)

 

Le journal reprenait les déclarations faites à la télévision : le couvre-feu imposé à Bangkok de minuit à 5 heures ; le premier ministre Seni Pramot arrêté ; la constitution de 1974 abolie ; les partis politiques interdits ; les journaux interdit de publication ; la radio et la télévision soumis à la censure ; les commerçants interdit d’augmenter les  prix de leurs produits ; la loi anti-communiste, supprimée il y a 24 ans, réintroduite ; la littérature communiste bannie …

 

Le journal rappelait une annonce de l’amiral Sangad faite également à la télévision, qui assurait que les militaires ne voulaient pas le pouvoir et allaient rétablir la « démocratie » sous l’autorité du roi … dans le futur ! Il justifiait le coup d’Etat des militaires par le fait qu’un groupe d’étudiants avait insulté le roi et résister à leurs arrestations en utilisant des armes de guerre fournis par les terroristes vietnamiens communistes ! Il reprochait à la coalition du gouvernement Seni d’avoir mis la barre trop  à gauche et mis ainsi en danger le pays. Il déclarait qu’il avait agi pour la survie du pays et pour éviter que la Thaïlande tombe sous les coups de l’impérialisme communiste. L’amiral ne fera aucune référence à la violence brutale exercée contre les étudiants mais mentionnera  la mort de civils et de policiers.

 

 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

L’article se terminait en disant que désormais la lutte anticommuniste était le principal objectif du gouvernement et signalait que de nombreux étudiants relâchés avaient rejoint les rangs de l’insurrection dans le Nord-Est du pays.

 

De fait, les 23 généraux et amiraux du coup d’état du 6 octobre s’étaient organisés en « Conseil National de Réforme Administrative », avec pour but de sauver le pays du communisme et d’enseigner, par étapes, la vraie démocratie au peuple thaï. (sic)

 

Le préambule de la Constitution publiée le 22 octobre  confirmait :

 

« Le Conseil National de Réforme a averti le roi qu’un groupe de personnes a exercé des activités qui étaient dommageables à la sécurité du royaume et du trône, ainsi qu’à l’économie nationale. Ces activités ont atteint leur sommet dans les violentes émeutes du 6 octobre, qui ont mis en danger l’Etat et la nation. C’est pourquoi le Conseil a pris le pouvoir et abrogé la Constitution du royaume (celle de 1974).


Le peuple a montré clairement sa foi en un régime démocratique avec le roi comme chef de l’Etat, parce qu’il est le meilleur et le plus apte, pour la Thaïlande, à promouvoir la sécurité nationale et le bonheur public. Cependant, pendant les quarante années passées, cette forme de gouvernement n’a pas atteint les résultats souhaités par le peuple, du fait qu’elle manquait de la structure adéquate, préalablement nécessaire à un développement, étape par étape, de la démocratie. Ceux qui avaient été élus plaçaient leur intérêt personnel au-dessus des intérêts nationaux et ont causé l’échec de la démocratie, en menant la nation au bord du désastre. Il devint alors impératif de sauver la démocratie en planifiant progressivement son développement, par le moyen d’une réforme de l’Administration nationale. Les objectifs de cette Constitution provisoire sont la sécurité nationale et le bonheur du peuple, en maintenant les institutions essentielles du pays : Nation, Religion et Royauté ».

 

(C’était la 10 ème constitution depuis 1932. Elle sera abolie le 20 octobre 1977. Elle ne durera donc que 11 mois et 28 jours ! On peut noter que jusqu’à nos jours, les coups d’Etat militaires sont toujours réalisés pour rétablir l’ordre, sauver la démocratie, au nom du roi, de la Nation et du Bouddhisme ! )                                    

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le gouvernement Thanin Kraivichien (ธานินทร์ กรัยวิเชียร)  (8 octobre 1976 - 19 octobre 1977).

 

Thanin Kraivichien, un civil, est donc nommé premier ministre par décret royal du roi Rama IX le 8 Octobre 1976. A-t-il été choisi par le Conseil des généraux, institution suprême du nouveau régime, ou par le roi comme le pensent certains.

 

C’est un homme du sérail. Il a 50 ans. Son père était propriétaire de l’une des plus grandes boutiques de prêt sur gage à Bangkok. Il étudie le droit à Thammasat dont il sort diplômé en 1948. Il se rend ensuite à la « London School of Economics » poursuivre ses études de droit. Il est diplômé en 1953, et en 1958, est inscrit au barreau de Gray Inn. Il y épouse une danoise. Après son retour en Thaïlande en 1954, il travaille au ministère de la justice, devint juge et rapidement président de la Cour suprême de Thaïlande.

 

En parallèle, il  enseigne le droit à Thammasat, à Chulalongkorn et à l'association du barreau Thaï. Il est l’auteur à cette époque de nombreux ouvrages dénonçant les méfaits du communisme. Après le soulèvement démocratique contre la dictature militaire en 1973, il devient membre de l'assemblée législative « de transition » nommé par le roi. Il est également membre du mouvement Nawaphon. Il anime aussi une émission de télévision dans laquelle il attaque le communisme, le mouvement des étudiants, et les politiciens progressistes.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Il forme son gouvernement le 22 Octobre 1976.

 

Les militaires y sont minoritaires mais occupent des postes importants : Le Général Boonchai Bamrungphong (บุญชัย เบญจรง) est vice-premier ministre et l’amiral Sangad Chaloryu (สงัด ชลออยู่) organisateur du coup d’état d’octobre 1976 est ministre de la défense. C’est le premier cabinet de l’histoire à comporter des femmes : « Khunying » Lursakdi Sampatisiri (เลอศักดิ์ สมบัติศิริ) devient ministre des transports (elle est l’une des femmes les plus riches de Thaïlande, propriétaire de chaînes d’hôtel de luxe et de plusieurs compagnies de transport !) ...

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et Wimolsiri Chamnarnvej (วิมลศิริ ชำนาญเวชa la charge des universités.

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Sa déclaration de politique générale devant le conseil des ministres le 29 octobre est semblable à beaucoup d’autres : Maintien de la trilogie « nation, Religion, Roi »,  sécurité nationale, maintenir l'indépendance du pays et sa souveraineté, supprimer toute menace extérieure, prévenir et réprimer le communisme, la corruption, les malversations, la fabrication et le trafic de stupéfiants, éradiquer la pauvreté, assurer l’indépendance de la Justice, etc ; mais avec une spécificité :  l’annonce d’un retour à la démocratie …………. dans les 12 ans.

 

L’action gouvernementale sera impitoyable contre tous les opposants.

 

De fait, le parlement sera dissous, les partis politiques interdits, les manifestations interdites, les communistes pourchassés, ainsi que les membres actifs des syndicats, des associations d’étudiants progressistes et des paysans. Beaucoup craignant pour leur vie iront rejoindre la guérilla communiste principalement dans le Nord-Est. (Environ 3.000, dit-on. Dans les semaines qui suivent le 6 octobre, une soixantaine de professeurs d’universités, qui se sentaient eux aussi menacés, partent à leur tour.)


Thanin,  comme le maréchal Sarit en son temps, encouragera pour l’exemple, les procès expéditifs des grands criminels. Les fonctionnaires et les enseignants suspects seront renvoyés et/ou subiront des cours d’endoctrinement anti-communistes.

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01Mais Thanin outre le contrôle des médias (Une trentaine de quotidiens sera supprimée) et une censure stricte appliquée, s’en prendra aussi à la littérature en envoyant, dès son entrée en fonction, la police des forces spéciales dans les librairies notoirement libérales, pour se saisir des livres jugés dangereux. 45.000 livres dit-on, seront confisqués et/ou brûlés (Parmi lesquels ceux de Thomas More, George Orwell et Maxime Gorki, dit-on). La police procédera aussi à de nombreuses fouilles  de bureaux et de maisons.

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Thanin, un civil certes, mais un dictateur impitoyable, salué par les uns pour sa politique de « Paix et d’Ordre », et abominé par d’autres, qui considèrent que son gouvernement a été le plus noir de toute l’histoire récente.

 

Mais les mesures répressives et sa campagne anticorruption, outre le fait de s’aliéner de nombreux secteurs de la vie économique, sociale et culturelle, menaçaient les intérêts des milieux d’affaires et des militaires eux-mêmes, sans oublier les « corrompus ».

 

Certes Thanin se révéla très habile, et  sut exploiter, pendant un temps, les divisions à l’intérieur de l’armée en s’appuyant sur les quelques généraux qui demeuraient ses amis. Mais il avait fort à faire, car ses ennemis les plus acharnés, un groupe de jeunes officiers, connus sous le nom de « Jeunes Turcs » ne cessera pas  de critiquer et de contester ses actions gouvernementales. « Ils font paraître régulièrement des communiqués politiques dans la revue hebdomadaire « Tawan Maï » qui leur sert de tribune pour la diffusion de leurs idées » ( In MEP Rapport 1879****).

 

Le mouvement des « Jeunes Turcs » ?

 

Comme il n’est pas aisé de présenter l’origine et l’action  de ce mouvement de façon précise, -au stade de nos recherches actuelles  pour cet article-, il vaut mieux en rester à la présentation qu’en font Chris Baker et Pasuk Phongpaicht, dans leur « A history of Thaïland », pp. 237-238.

 

Après le coup d’Etat d’octobre 1976, l’armée reprend donc le pouvoir, après 40 ans de domination dans la vie politique du pays, interrompue par seulement deux petites périodes « démocratiques ». Mais l’impact de l’aide et de l’alliance avec les Américains et son arrêt en 1975 va prendre des formes diverses. Le nombre des généraux a considérablement augmenté (près de 1000) et a provoqué une sérieuse concurrence et rivalité entre eux. Si de 1930 à 1950, la 1ère armée a su contrôler le pouvoir, elle  a dû ensuite faire face à de multiples centres de pouvoir, comme par exemple  les armées provinciales qui ont vu leur statut et leur taille changés en raison de l’insurrection et le nouveau centre stratégique, l’ISOC (The Internal Security Operations Command). Leurs luttes pour le pouvoir politique a politisé toute l’armée et également les jeunes officiers. Les journaux de l’armée ont publié leurs débats et leurs interrogations sur le rôle que devrait jouer l’armée, face au peuple et au communisme.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Un groupe formé de 90 jeunes officiers vont se réunir sous le nom de Khana thathan num surnommé les « Jeunes Turcs » au début des années 1970 pour faire entendre leur voix et devenir une « force politique »  à la fin des années 1970. La plupart d’entre eux ont été entraînés par les Américains et ont combattu au Vietnam. Ils n’étaient pas qu’anticommuniste(Beaucoup seront impliqués dans la répression du 6 octobre)mais aussi anticapitalistes.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Ils estimaient que les paysans étaient les producteurs et la colonne vertébrale de la nation, et que le communisme n’avait prospéré que par la voracité des capitalistes, qui avaient causé la misère du peuple, mais aussi détruit la nation et les institutions. Les hommes d’affaires avaient même réussi à manipuler les élections. Ils pensaient que c‘était le droit et le devoir des militaires d’intervenir pour que cela cesse. Ils estimaient que la corruption provenait des relations établies entre les hommes d’affaires et les militaires à l’instar de Thanom et Prapat. Ils joueront un rôle dans les coups d’Etats de 1976 et de 1977.

 

Nota.

 

Nous sommes conscient des limites de cette présentation des « jeunes Turcs » qui est pourtant celle de deux éminents historiens reconnus que sont Chris Baker et Pasuk Phongpaicht. Il faudra revenir sur le rôle des différentes factions de l’armée qui se disputent le pouvoir. Il y aura ensuite celle des « Soldats démocratiques » (Thaban prachathippatai) dont beaucoup venaient de l’ISOC et dont un des principaux leaders  Chavalit Yongchaiyudh jouera un rôle important dans l’histoire de la Thaïlande .. commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise ; ministre de la défense et vice-1er ministre ; et en 1996, premier ministre. 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Nous le retrouverons donc) ; et puis la classe 5 de l’Académie militaire … La lecture de « The military in thai politics 1981-1986 » de Suchit Bunbongkarn, nous aidera sûrement à comprendre le rôle des différentes factions dans le jeu politique thaïlandais. La lecture du livre « Armée du Peuple, Armée du roi. Les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise (Cf. Nos articles 82 et 83) nous avait déjà permis d’apprendre que l’armée n’était pas monolithique, que les rivalités entre les différentes armes, les factions à l’intérieur de chacune, animaient la vie politique et leur prise de pouvoir lors des nombreux coups d’Etat depuis 1932.

 

Nous avions donc depuis 1970, avec « les jeunes Turcs », un nouvel avatar original : des militaires anti-capitalistes ! Du moins, dans leur idéologie affichée.

 

Toujours est-il, qu’ils sont nombreux en 1977 à vouloir le départ de Thanin.

 

Les jeunes Turcs tentent un premier complot en mars 1977 qui avorte. Thanin essaye bien par le jeu des promotions de se trouver des alliés parmi les généraux,  mais il échoue à nommer son favori – un amiral- au poste de Commandant Suprême de l’Armée à cause de l’opposition de l’armée de terre. Le poste revint finalement au général Kriengsak, qui va ouvertement critiquer le gouvernement. Il ne sera pas le seul. (Cf. un article de la MEP ;  rapport 1879 *****)

 

Le 22 septembre, un attentat a lieu contre le roi et la reine au cours d’une cérémonie royale dans la province de Yala.  Deux bombes artisanales ont explosé à une cinquantaine de mètres de la tribune royale, blessant quarante-trois personnes. Saisissant cette occasion, des groupements de droite provoquent des manifestations dirigées contre le ministre de l’Intérieur, l’ambitieux Samak Sundaravej (Il avait battu Kukrit Pramoj aux élections. Il sera premier ministre 29 ans plus tard, du 29/01/2008 au 09/09/2008).

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le but de la manœuvre était de le rendre responsable de l’attentat, ainsi que le gouvernement, par son incapacité à assurer efficacement la protection du roi. On espérait par-là vaincre l’opposition du roi à l’éviction de Thanin, ou au moins, de le forcer à démissionner.

 

Il faut attendre le 14 octobre, pour qu’un groupe d’officiers du mouvement des « Jeunes turcs » lance un ultimatum demandant la démission de neuf ministres. Thanin refusa. Le 18 octobre, Kriengsak rencontre Thanin et le met en demeure d’accepter la démission des neuf ministres ou de démissionner lui-même. Thanin s’entête et refuse encore.

 

Les « Jeunes Turcs » décident alors de fomenter un coup d’Etat, mais à la condition formelle que Kriengsak devienne Premier ministre. Mais le général adjoint du chef de l’armée de terre, change de bord au dernier moment et se met à soutenir l’amiral Sangad, qui rappelons-le est le chef du « Conseil National de Réforme Administrative » dirigeant le pays avec le gouvernement Thanin.

 

L’amiral prend de vitesse les « Jeunes Turcs » et annonce à la radio, le nouveau coup d’Etat  le 20 octobre 1977. Il informe le roi du changement de pouvoir, mais celui-ci –apprend-t-on- le reçoit très froidement et manifeste son mécontentement.

 

Mais les « Jeunes Turcs » sont furieux et s’opposent catégoriquement à ce que l’amiral Sangad devienne Premier ministre. Il fallut alors attendre vingt et un jours pour que le 11 novembre 1977, les deux factions se mettent d’accord sur un compromis qui délimitait une délicate balance de pouvoir. Sangad et ses généraux, constitués cette fois en Conseil Politique, restaient l’instance suprême du régime, avec pouvoir cette fois de démettre le Premier ministre. Et le général Kriengsak devint premier ministre et ministre de l’Intérieur, tout en conservant son poste de Commandant Suprême de l’Armée.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Les militaires justifièrent leur intervention en affirmant que le gouvernement de Thanin avait divisé le pays, et ne bénéficiait d’aucun soutien public, et que la situation économique avait empiré. Ils n’hésiteront même pas à dire  que la population était hostile à la suspension à long terme de la démocratie.

 

Le roi Bhumibol nomma immédiatement Thanin à son Conseil privé.

 

Nous venions d’assister à une dictature « civile » entre deux coups d’Etat. (6 octobre 1976- 10 octobre 1977). Allions-nous aller vers un retour de la « démocratie », si souvent  évoquée et si rarement vécue ? En tous cas, un nouveau chapitre de l’histoire allait s’écrire …

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

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*Cf. Notre article 228. « COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM. »

 

** Notre article 229 : « LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS » :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/229-2-les-evenements-politiques-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-suite.html

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/03/le-coup-d-etat-une-specialite-thailandaise_4430619_3216.html#1zyj6gd0zQ1ipTti.99

 

URI : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article3073 Histoire des  luttes populaires > La gauche thaïlandaise et le PCT…

 

***Le journal « Le Guardian » du 7 octobre 1976 « Brutal thai coup » : http://www.theguardian.com/theguardian/1976/oct/07/fromthearchive

 

**** Ces événements du 6 octobre 1976 ont profondément divisé le pays.

 

Cette division s’est manifestée tout particulièrement à l’occasion du procès des étudiants. Les milieux civils et religieux (catholiques compris) ont été fortement secoués par cette affaire. Les trois mille étudiants arrêtés à Thammasat furent relâchés au cours des mois suivants, après examen de leur cas personnel. Les autorités n’en retiennent que 18. Onze mois après leur arrestation, ils sont formellement accusés : neuf chefs d’accusation sont retenus, dont celui d’activités communistes. En raison de la loi martiale, le procès doit avoir lieu à huis clos, sans avocats, devant un tribunal militaire. Mais, dès le début, la pression internationale oblige les autorités à accepter que le procès soit public. La première audience eut lieu le 5 septembre 1977. Des observateurs de différentes ambassades y assistent. Une foule de plusieurs milliers de personnes, dont leurs camarades de classe, sont là pour les acclamer.

 

Mais, à peine six semaines plus tard, a lieu le coup d’Etat qui renverse Thanin. Le procès ne put reprendre que quatre mois plus tard. Or, pendant ces quatre mois, la situation évolue en faveur des accusés et se retourne contre leurs accusateurs.


La quantité d’articles, de lettres, de récits, publiés dans la presse à propos des événements du 6 octobre et du procès, est énorme. Or, ce qui s’écrit dans la presse devient, au fil des mois, une accusation de plus en plus précise contre les assassins des étudiants. Face à cette situation, suivie de très près à l’étranger, les autorités perdent pied peu à peu. Elles acceptent d’abord l’assistance d’avocats ; puis, voyant la mauvaise tournure que prennent les choses, elles sont acculées à l’amnistie.


L’accusation avait retenu 82 témoins. De ceux-ci, 9 seulement auront été interrogés au cours des 35 séances que dura ce procès inachevé. Il aurait pu durer dix ans. Les deux dernières audiences, celles des 7 et 13 septembre 1978, eurent lieu dans un climat de déroute. Les deux témoins de l’accusation n’osent plus parler ; ils ne savent plus rien, ils ont tout oublié. Ce qu’ils savent en réalité, et ont bien compris, c’est que sous peu ce sont eux qui seront accusés par l’opinion publique. Au début de septembre, en effet, la presse est prête à faire des révélations sur les vrais responsables de l’assassinat des étudiants. En fait, nul n’ignore déjà qu’il s’agit des chefs du mouvement « Scouts villageois ». Alors Kriengsak préfère arrêter ce procès devenu par trop dangereux. Le 15 septembre 1978, il fait voter par l’Assemblée une loi d’amnistie. Mais cette loi ne trompe personne : l’amnistie ainsi accordée concerne bien plus les assassins des étudiants que les 18 en principe en cause. En effet, la loi stipule que « toutes les actions commises par qui que ce soit durant les événements des 4-6 octobre 1976, sont amnistiées, et que toute accusation future en rapport avec les événements est irrecevable, en vertu de cette loi d’amnistie ». Les 18 étudiants furent libérés le lendemain. Ils étaient restés deux ans en prison. Mais durant ce procès, et à cause de lui, beaucoup de mal fut fait à ceux qui cherchaient à aider les 18 accusés. Citons le cas du Docteur Koson, président de la « Church of Christ ». Ayant écrit une lettre à Thanin pour lui demander un procès équitable, sa démarche fut jugée de caractère politique par certains groupements protestants. Son cas provoqua de vives discussions dans la presse sur la non-ingérence de la religion dans la politique. Finalement, Koson dut démissionner. Citons encore le cas de
Il y a aussi le cas de Mgr Bunluen, évêque d’Ubon. Membre du comité directeur du « Groupe de coordination pour la religion et la société », il signa plusieurs lettres au nom du groupe, demandant à Kriengsak d’amnistier les 18, comme il l’avait fait pour les auteurs du coup d’Etat manqué du 25 mars 1977 dans un but de réconciliation nationale. Mgr Bunluen fut violemment attaqué pour cette démarche, à l’intérieur de la communauté catholique.

 

*****http://archives.mepasie.org/actualites, Missions Etrangères de Paris (MEP) Rapport 1879 :

 
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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 03:48
229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Comment en est-on arrivés là ?

 

Quand on parle de « démocratie » à cette époque, encore faut-il savoir ce que l’on entend par « démocratie » ! Le but premier des « révolutionnaires » de 1932 n’était pas – au moins pour la grande majorité d’entre eux – de donner le pouvoir au peuple mais de le retirer au roi en abolissant la monarchie absolue et de libérer la caste dirigeante du pouvoir royal. C’est en ce seul sens que le système est « démocratique ». Il demeure sous-jacente l’idée que le peuple, parce que non éduqué, n’est pas encore capable de se gouverner de façon responsable par le moyen de représentants élus. Ce jugement se comprend parfaitement en 1932 du fait d’une éducation nationale balbutiante : Seule la portion minoritaire éduquée de la population revendique pour elle, contre le roi, son droit « démocratique » à se donner le régime qui lui convenait. Mais 40 ans sont passés. 

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D’autres couches de la population ont commencé à revendiquer ce même droit. Il n’y a peut-être pas que du marxisme dans cette attitude. Lorsque le régime des maréchaux Thanom et Praphat s’effondra, à la suite des émeutes étudiantes de 1973, le nouveau régime, civil celui-là, va essayer, par souci démocratique, de mettre en place un gouvernement issu d’une Assemblée élue, et contrôlé par elle. La libéralisation qui en fut la conséquence irrémédiable amena justement le développement des mouvements ouvriers, paysans et étudiants, et l’apparition de revendications sociales, avec grèves et manifestations de rue de plus en plus fréquentes. L’échec de ce régime, auquel la Thaïlande n’était pas encore prête, était en fait inévitable : le genre d’activités qu’il engendrait était « dommageable à la sécurité du royaume et à l’économie du pays », c’est-à-dire dommageable à la classe dirigeante de 1932, fort satisfaite de sa « démocratie absolue ».

 

Un bref rappel de nos articles précédents : Rappels historiques

 

Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) était devenu premier ministre en 1963 à la mort de Sarit Thanarat

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En 1971, il consolide son pouvoir par un coup d’état « administratif », sur l’armée, sur la police et sur l’administration. Il annule la Constitution qui n’a que trois ans, dissout l’Assemblée et proclame la loi martiale, sous l’autorité d’une junte militaire. En décembre 1972, une nouvelle Constitution provisoire est promulguée qui donnait le plein pouvoir aux trois « tyrans » Thanom - Praphat (ประภาส จารุเสถียร) 

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– Narong Kittikachorn (ณรงค์ กิตติขจร fils de Thanom et gendre de Praphat) ...

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.... au prétexte d’une menace d’insurrection communiste. Tous trois promettent la bouche en cœur qu’ils ramèneront le pays vers la voie démocratique dès que la sécurité intérieure serait rétablie. Notons au passage que la nomination de Praphat au rang de « field marshal » de l’armée le 29 mai  est considérée par le mouvement étudiant comme une provocation.

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Mais, les mois passant, le niveau des activités de guérillas ne diminuait pas et, de plus, il apparaissait clairement que le trio n’avait aucunement l’intention de revenir à un régime démocratique.

 

Un mouvement politique prit alors naissance, qui se proposait, par des moyens pacifiques et légaux, de faire pression sur le gouvernement pour hâter la promulgation d’une Constitution permanente. Ce groupe était constitué étudiants des universités, de professeurs, d’anciens membres du Parlement et de citoyens influents soutenus au moins à Bangkok par une partie de la population, qui en avait assez de l’exploitation, de la corruption et de la concussion de ce régime militaire. Personne cependant ne prévoyait les événements qui allaient suivre.


Les « Dix Jours » (6-15 octobre 1973).


Les manifestations étudiantes avaient commencé en juin à l’université Ramakhamhaeng. Le samedi 6 octobre, la police spéciale, sur ordre du ministre de l’intérieur, le field marshal Praphat, arrêtait le leader étudiant du « Centre national des étudiants » (« National Student Center of Thailand »  ศูนย์กลางนิสิตนักศึกษาแห่งประเทศไทย -ศ.น.ท.), Thirayut Boonmee (ธีรยุทธ บุญมี) ... 

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... ainsi que 12 autres « activistes » distribuant distribuaient des tracts réclamant la promulgation rapide d’une Constitution permanente (1). Ces arrestations déclenchèrent une épreuve de force entre les étudiants et le gouvernement. Le Centre national des Etudiants réclamait la libération immédiate des 13 détenus, et le gouvernement, bien sûr, refusait ; il accusait même ces 13 activistes d’avoir voulu profiter de ce mouvement constitutionnel pour renverser le gouvernement. Le mouvement s’était d’ailleurs signalé quelques mois auparavant en appelant à un boycott de 10 jours contre les produits japonais, pour protester contre les investissements japonais en Thaïlande.

 

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A partir du 10 octobre la pression des étudiants devint préoccupante pour le triumvirat. Depuis le 8, les étudiants ne cessaient d’arriver à l’Université Thammasat, venant de toutes les autres universités. Ils étaient déjà 2.000 le 10, campant sur place malgré la pluie. Leur nombre va en augmentant jusqu’à atteindre 200.000 les 12 et 13 octobre. Sur le campus, les discours des leaders se succèdent entrecoupés de mimes sur scène ridiculisant les hautes personnalités du régime : Ces jeux de scène font en effet traditionnellement partie des grandes manifestations étudiantes. Mais alors que cette forme d’action contestataire leur a réussi ce mois d’octobre 73, c’est précisément elle qui va causer leur perte trois ans plus tard, en octobre 76 comme nous le verrons dans les articles suivants.

 

 

 

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Conscients maintenant de leur force, ils prennent une attitude de plus en plus dure face aux refus successifs du gouvernement : le vendredi 12, le Centre national lance un ultimatum de vingt-quatre heures, commençant à midi, exigeant la libération sans condition des 13 détenus. A 20 heures, le gouvernement semble faire une concession : il accepte la libération, mais sous caution. Refus, cette fois, du côté des étudiants. Alors qu’à Thammasat, au milieu d’un meeting monstre, les leaders égrènent heure par heure le compte à rebours de l’ultimatum, le gouvernement, très inquiet, met la police en état d’alerte générale à Bangkok, ainsi que l’armée, dans tout le pays.

 

Samedi 13, quand arriva l’heure fatidique de midi, les 200.000 étudiants se mirent en marche vers le monument de la Démocratie, situé au milieu de l’avenue Rachdamnoen

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La tension est extrême. Alors le Roi prend l’initiative, il fait appeler le premier ministre et les membres de son cabinet, l’entretien dure une heure. A même suite, pendant quatre-vingts minutes de 16 h à 17 h 20 il reçoit une délégation de 9 étudiants du Centre national. L’arbitrage du Roi semble avoir été déterminant. En effet, à 20 heures, le gouvernement annonce la libération des 13 activistes et, de plus, promet de promulguer une Constitution permanente au mois d’octobre de l’année suivante. Les étudiants sont majoritairement satisfaits et rentrent à Thammasat pour fêter leur victoire. Mais une partie d’entre eux, 80.000, doute encore de la sincérité des décisions gouvernementales. Ils veulent aller au Palais Royal pour demander des éclaircissements au Roi. A 23 heures, ils sont réunis le long du mur d’enceinte du Palais. Et c’est le drame. A 1 heure, des rafales d’armes automatiques tuent 3 filles et blessent 2 garçons. La foule reflue vers l’avenue Rachdamnoen, qui va devenir le théâtre de combats très durs.

 

Le 14 octobre, c’est « Jour de Grande Tristesse » comme l’a appelé le Roi.

 

Que s’est-il alors passé ? Ces événements échappent à une analyse sereine. En réponse aux tirs de l’armée, de la police et peut-être d’extrémistes de droite, les étudiants et surtout les groupes de choc des écoles techniques attaquent plusieurs bâtiments officiels, dont certains sont incendiés. Des commandos-suicide, armés de bâtons et de barres de fer, chargent par vagues successives derrière des voitures en marche. Les morts sont remplacés, et on avance toujours. Durant toute la journée, sur l’avenue Rachdamnoen et à Thammasat, c’est la terreur parmi les étudiants enfermés dans le campus. La police et l’armée tirent à balles (on parle même de mitrailleuses) sur la foule entassée à terre. L’Université est située au bord du fleuve, et les étudiants cherchent à s’enfuir à la nage : on tire sur eux du haut des hélicoptères. Les journaux du lendemain parlent de 400 morts et de plusieurs centaines de blessés. Des jeunes pour la plupart. Le chiffre officiel, publié beaucoup plus tard, ne retient que le nombre de 76 tués mais le Roi parlera de « plusieurs centaines de morts » dans son discours du lendemain.

 

Qui est responsable ? Cela n’a jamais pu être tiré au clair mais l’opinion publique rejette la faute sur Prahpat et surtout sur Narong que certains affirment avoir vu tirer sur la foule du haut de son hélicoptère, beaucoup plus d’ailleurs que sur Thanom

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De toute façon, ce qui s’est passé en ce 14 octobre a provoqué la colère générale de la population et aussi la stupeur. Comment était-ce possible ? Jamais, jusque-là, un coup d’état ou une révolution de palais n’avaient fait couler une goutte de sang thaï. Le soir du 14 octobre, il devient évident que le régime ne pourra survivre qu’en multipliant la violence. Le Roi intervient alors une deuxième fois. Dans la nuit du 14 au 15, il s’adresse à la nation dans un discours maintenant historique. Après avoir désigné ce jour du 14 octobre 1973 comme le « Jour de grande tristesse, le plus douloureux de notre histoire », il annonce au pays que le maréchal Thanom lui a remis sa démission et qu’il a désigné Sanya Thammasakti (สัญญา ธรรมศักดิ์) pour le remplacer. Est-ce la fin ? Le triumvirat Thanom – Praphat - Narong est encore là et la menace que représente leur présence ne cesse d’effrayer. 

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La journée du 15 verra encore des émeutes et du sang versé jusqu’à 20 h 45. A cette heure-là, la radio annonce enfin le départ pour l’exil des trois dictateurs. On pense que c’est le Roi qui les a pressés de partir. Le 16 Thanom qui a obtenu sans difficultés un visa américain s’envole pour Boston avec sa famille, PraphatNarong et leur famille sont partis pour Taïwan. Alors, à l’instant même, le calme revient. Définitivement. Et la joie explose. Les étudiants sont devenus des héros. La province a peu participé à tous ces événements. Chiang Mai est la seule ville où il y ait eu des manifestations violentes : les étudiants se sont emparés de l’Hôtel de Ville, et il y a eu des affrontements. Malgré tout, au moins dans les tout derniers jours, les étudiants de toutes les villes un peu importantes, ont organisé des meetings de soutien et collé des affiches. Certains ont réquisitionné des cars pour aller à Bangkok soutenir l’action des étudiants. A Bangkok même, la population n’a pas pris grande part aux événements. On aidait bien, au besoin, les étudiants ; on leur manifestait une grande sympathie, mais on ne marchait pas à leurs côtés. Seuls à faire leur révolution, ils en ont supporté tous les morts, à quelques exceptions près ce qui explique qu’ils aient été consacrés héros à part entière de ces journées sanglantes, et d’autre part, cela révèle aussi – et surtout - leur isolement de fait au sein de l’ensemble de la population thaï. Et leurs erreurs d’après la révolution ne feront qu’accroître cet isolement. Une propagande habilement menée aura alors vite fait de présenter cette cellule isolée comme cancéreuse. La victoire des étudiants signifiait la défaite des dictateurs militaires et donc de tout le corps des militaires par la même occasion, auxquels il faut joindre les policiers. « Journée des héros » pour les étudiants : « journée d’humiliation » pour tout Thaï portant un uniforme. Et, de fait, dans les jours qui suivirent, il n’y eu pas beaucoup d’uniformes dans les rues des villes de Thaïlande. A Bangkok, le trafic des voitures aux carrefours fut réglé par les scouts des écoles, aux pieds desquels la population venait déposer de nombreux cadeaux.

 

Les élèves des écoles techniques avaient fait corps avec les étudiants des universités mais ce sont eux qui ont fourni les commandos de choc et qui ont eu le plus de morts. Et pourtant, seulement un an plus tard, ils devinrent les instruments des partis militaires dans la lutte anti-étudiants ?

 

Le premier gouvernement Sanya (15 octobre 1973 – 22 mai 1974)

 

Sanya Dharmasakti (สัญญา ธรรมศักดิ์), né en 1907, est un intellectuel et un juriste, fervent bouddhiste, d’une honnêteté incontestée. 

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Il a été formé au collège catholique de l’Assomption puis à l’école de droit du ministère de la justice puis au « Bar middle temple academy » à Londres qui a la réputation de former les meilleurs des avocats anglais. Admis au barreau de Londres, de retour en Thaïlande, il suit une brillante carrière dans le monde judiciaire. Admis à la retraite en 1968, il est, lors des événements d’octobre recteur de l’Université de Thammasat. Désigné comme premier ministre par décret royal du 14 Octobre 1973, il choisit son cabinet le 16. Son vice-premier ministre est Sukich Nimmanhaeminda, c’est aussi un intellectuel qui a deux passions, « two B’S », books and birds, les livres rares et les oiseaux, il participe activement aux activités de la Siam society mais suivit une carrière diplomatique (2). Un autre vice-premier ministre est le lieutenant général Sawaeng Senanarong qui semble avoir été proche de Thanom, question d’équilibre ? Le suivant dans l’ordre de préséance, le commandant de l’armée de l’air, Dawee Chulladrabya, c’est un ancien de la guerre franco-thaï et des « Seri thai ». C’est surtout un pionnier du sport qui participa activement à la participation de son pays aux jeux olympiques. Lui aussi est un proche de Thanom, il s’était spécialisé – autre sport - dans les bombardements au napalm des villages dissidents. Les finances, poste clef, sont confiées à un technicien, Boonma Wongsawan, homme d’affaire avisé et probablement proche du roi puisqu’il appartient au conseil d’administration de la « Siam Cement Public Company Limited », société fondée par Rama VI et incluse dans les avoirs de la couronne gérés par le Crown Property Bureau (3). Nous trouverons un autre militaire, le vice-amiral Chalee Sindhusopon, ministre des transports. La défense est confiée à l’amiral Thavil Rayanananda et au général Surakij Mayalarp. Un cabinet de 27 ministres, 9 militaires « seulement » mais fruit probable de choix difficiles entre les diverses tendances des politiciens de l’époque.

 

Choisi pour rétablir le calme et la stabilité, il a pour mission de promulguer en six mois une Constitution et d’organiser des élections.  La déclaration de politique générale de son gouvernement du 25 octobre donne pour objectif numéro 1 « Le gouvernement doit respecter le roi et rétablir la Constitution démocratique, loi suprême de la Thaïlande, le plus tôt possible ».

 

Il n’aura évidemment pas le temps de mettre en pratique les 12 autres chapitres de son programme que nous résumons :

 

«  Le gouvernement estime que la sécurité nationale est indispensable pour les développements, par conséquent, mettra en œuvre des mesures efficaces pour maintenir la sécurité nationale par l'armée royale en fonction de la situation économique nationale, pour supprimer les menaces nationales, directes ou indirectes, et soutenir l'indépendance du pays. En outre, le gouvernement doit améliorer l'efficacité de la sécurité nationale, encourager la compréhension par le public de l'armée, améliorer le bien-être militaire …. »

«  Le gouvernement doit maintenir la stabilité financière, augmenter les revenus et le bien-être des agriculteurs, des travailleurs et de la majorité des citoyens thaïlandais, et, à cet égard, mettre en œuvre une politique de réforme fiscale et de la justice sociale ».

« La politique étrangère doit préserver la souveraineté et l'intégrité du pays. À cet égard, le gouvernement doit respecter la charte des Nations Unies et collaborer avec elles …. En outre, le gouvernement doit soutenir la coopération régionale en particulier avec les pays membres de l'Association des Nations du Sud-Est asiatique, afin de parvenir à la paix, la stabilité, le développement économique et social, les progrès régionaux et le bien-être de tous ».

«  Le gouvernement doit augmenter la productivité agricole …. Maintenir un prix raisonnable aux produits agricoles pour augmenter le revenu et le niveau de vie des agriculteurs ».

«  Le gouvernement doit améliorer, développer et soutenir les transports, en particulier sur eau, qui est le moins cher des modes… »

« Le gouvernement doit élargir les marchés nationaux et étrangers, en fonction de la productivité agricole et industrielle. En ce qui concerne la consommation de biens essentiels, le gouvernement doit maintenir la stabilité des prix, assurer la justice sociale pour les producteurs et les consommateurs … ».

« Le gouvernement doit protéger la population … »

« Le gouvernement doit préserver la légalité, respecter la liberté des juges royaux et favoriser les institutions judiciaires… »

«  Le gouvernement doit améliorer l'efficacité du système de santé… »

« Le gouvernement doit améliorer la productivité industrielle pour diminuer les importations et les exportations, prévenir et réprimer productions toxiques industrielles ».

«  Le gouvernement doit soutenir la liberté et la responsabilité des universités…. En outre, le gouvernement doit encourager la collaboration entre les étudiants et les organismes gouvernementaux, soutenir le rôle des universités dans la diffusion du concept d’administration démocratique avec le roi comme chef de l'Etat. »

«  En ce qui concerne la politique économique, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces, en conformité avec les plans économique et social national, afin de gérer et de distribuer les ressources nationales, en mettant l'accent sur les problèmes urgents en particulier dans les zones les plus touchées … »

 

Ce sont là de fort belles déclarations d’intention sans que soit donnée la moindre précision sur les moyens de mener cette politique à bien. Mais le gouvernement ne parviendra pas même à régler le premier dispositif de son programme, à savoir la rédaction d’une constitution démocratique.

 

Il eut en effet dès le début, à faire face à de graves problèmes.

 

La liberté retrouvée a déclenché une vague de grèves sans précédent. D’où augmentation des salaires, montée des prix et mise en route de l’inflation : 20 % en 74, contre 5 % en 73. 

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Par malchance pour le nouveau gouvernement civil, c’est aussi à ce moment qu’intervient sur la scène mondiale le problème du choc pétrolier qui éclate le 16 octobre 1973.

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De leur côté, les étudiants ne restent pas inactifs. Forts de leur succès, ils ont acquis -ou se sont arrogés non sans forfanterie -  le droit quasi officiel –- d’être les « éducateurs du peuple » en fait de démocratie. Ils visitent les villages et organisent des sessions. Au début, tout se passe bien mais la masse des étudiants se trouva vite débordée par des activistes qui transformaient les tournées de formation en propagande de gauche. Assez rapidement, il y eut des plaintes. Certains villages les mirent même à la porte, quelquefois de vive force. Peu à peu l’opinion publique se monta contre eux. Et quand, un peu plus tard, (en 1975-76), l’armée aura repris en main les villages par le moyen de l’organisation des « scouts villageois », c’est la population elle-même qui sera devenue le fer de lance de la répression anti-étudiants, sans qu’on ait eu besoin de les y pousser beaucoup. Par ailleurs, les manifestations des étudiants ne cessent pas : contre la proposition d’un Sénat nommé en premier lieu, contre la visite du Premier Ministre japonais Tanaka en janvier 1974 (4) et contre la présence américaine. Ils marquent aussi des points en mettant au jour une affaire louche de C.I.A. à Sakonnakhon, après avoir monté l’opinion, en novembre, contre l’ambassadeur US, William Kintner, ancien employé de la C.I.A. En ces occasions, ils ont su jouer de la susceptibilité des Thaïs en matière d’indépendance. La révélation d’un autre scandale est aussi à leur actif : En janvier 1974, le village de Ban Na Sai, dans le Nord-Est, a été brûlé, et ses habitants tués. La version officielle parle d’une attaque des communistes. Or, il fut prouvé que la réalité était tout autre : les auteurs sont les soldats des forces gouvernementales, et l’enquête révèle que ce n’était pas un cas isolé. Une autre opération de répression sanglante, également révélée par Thirayut Boonmee, fut appelée le « red drum murders » (5).

 

De là les manifestations des étudiants qui ont seuls dénoncé ces opérations assassines contre le « Communist Suppression Operation Command » (กองอำนวยการรักษาความมั่นคงภายในราชอาณาจักร)

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Du côté de l’administration rien ne va plus. Les hauts fonctionnaires de l’ancien régime sont restés en place et la bureaucratie gouvernementale continue à fonctionner sur la base du favoritisme et de la corruption. Aux prises avec toutes ces difficultés, Sanya offre sa démission à plusieurs reprises. Mais le Roi le persuade de rester. Cependant, le 22 mai 1974, les discussions sur la Constitution provoquent une « crise grave », et Sanya démissionne (6).

A suivre…

 

SOURCES

Nous avons utilisé d’abondance le site germanophone « Chronik Thailand », très évènementiel,  de Alois Payer sur les années concernées :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1973.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1974.htm etc.....  

Et l’ouvrage tout aussi évènementiel « Chronicle of Thailand: Headline News Since 1946 » de  Nicholas Grossman.

 

Ces trois années troubles ont fait l’objet d’un remarquable travail de synthèse (Rapport n° 1869 à destination de leur hiérarchie) de quatre prêtres des missions étrangères, les R.R.P.P Pierre Dupont, Georges Rassinier, Auguste Tenaud et Monseigneur Germain Berthold, évèque d’Ubon.

 

NOTES

 

(1) Après le massacre des étudiants à l'Université Thammasat, Thirayuth qui a alors 26 ans, ainsi que beaucoup d'autres étudiants et intellectuels prend le maquis dans les bastions communistes de la jungle. Il y devient de plus en plus virulent contre le régime notamment dans les émissions de radio. Après la dissolution du CPT, il se rangea dans la vie civile comme « intellectuel de gauche » (ce mot a-t-il un sens en Thaïlande ?) et devint professeur de sociologie à Thammasat.

 

(2) Voir son éloge funèbre dans Journal de la Siam society (1976-II).

 

(3) Voir le site du CPB qui gère la fortune de la famille royale et les propriétés de la couronne :  http://www.crownproperty.or.th/en

 

(4) Des milliers d'étudiants réservent au Premier ministre japonais Tanaka un accueil hostile à son arrivée à Bangkok pour une visite de deux jours : massés à l'extérieur de son l'hôtel, ils bloquent les entrées avec des bus et exigent départ immédiat. Ils ne se retirèrent qu’après que l'ambassadeur du Japon ait accepté une liste de demandes de leur part :  prêts japonais à la Thaïlande sans conditions – levée des quotas d'importation sur les produits thaïlandais - former tous les investisseurs japonais potentiels en Thaïlande à la tradition et la culture de la Thaïlande. Tanaka put sortir de son hôtel sous les sarcasmes et sous les cris « japanese go home ». La police n'est pas intervenue et seul un service d’ordre estudiantin munis de brassards a évité des débordements devant le « Japanese Trade Center »

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

(5) Source : (SERAS) Southeast Review of Asian Studies Volume 36  (2014): 91--‐111  « Thailand’s Red Drum Murders Through an Analysis of Declassified Documents »  par MATTHEW ZIPPLE University of North Carolina at Chapel Hill. : Le détail de cette opération meurtrière dans la province de Phathalung restent flous (1000 morts ? 3000 morts ?).  Mais (curieusement) nous en connaissons le détail par les archives déclassifiées de la CIA. Les militaires du CSOC arpentent les villages de la province à la recherche de personnes dont les noms figuraient sur une liste noire des terroristes communistes ou  sympathisants connus et les « invitaient » à se rendre à leur campement pour interrogatoire. Si les soldats ne pouvaient pas localiser leur cible, ils arrêtaient les membres de la famille et les soumettaient à un interrogatoire poussé. Nous vous épargnons la description des tortures, l’une d’entre elle consistait à placer le suspect dans un tonneau métallique chauffé au rouge, d’où le nom de l’opération. En février, 1975 des membres du Centre national des étudiants effectuèrent une enquête et interrogèrent 809 villageois dont des membres de la famille avaient été assassinés, et conclurent à une estimation de 3.000 victimes. Le gouvernement ne nie pas mais cherche à minimiser l'importance des tueries : pas de plus de 100 personnes formellement convaincues de communisme. Une enquête officielle du ministère de l’intérieur conclut à 70 ou 80 morts. La participation des États-Unis à ces meurtres reste discutée mais il est établi que l’Ambassadeur en a eu connaissance. Une autre opération dans la province de Loei (bombardement d’un village au napalm) fait 300 morts.

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

(6) Tous les renseignements sur les cabinets ministériels successifs, la liste des ministres et les déclarations de politique général du premier ministre sont accessibles sur le site gouvernemental officiel : https://www.soc.go.th/index.php

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 22:04
228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

 « Notre Histoire » de la Thaïlande est comme la plupart de celles qui tentent de s’écrire « un  récit d’événements vrais » écrit selon les documents trouvés,  un point de vue, une intrigue choisie, comme nous le rappelle Paul Veyne : « Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d’itinéraires qu’ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel. » Mais vous avez pu constater que nous avions parfois peu « d’événements vrais », faute de documents pertinents, mais nous avons poursuivi notre route chronologique depuis les « origines» en nous basant essentiellement sur l’histoire des rois du Siam, en privilégiant certains événements majeurs.

 

Mais  cette histoire a basculé, changé de paradigme le 24 juin 1932, avec l’abolition de la monarchie absolue, l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, l’arrivée au pouvoir des fonctionnaires civils et des militaires. Nous avons alors suivi une autre chronologie, marquée par les 32 gouvernements, constitutions, élections, coups d’Etat, dictatures, la lutte pour le pouvoir entre la monarchie, les civils et les militaires, avec leurs principaux acteurs politiques, comme les civils Pridi, 

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Aphaiwong, 

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Seni Pramot, 

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

... et les militaires, le maréchal Phibun (15 ans au pouvoir. 5 ans et 8 mois entre 1938 et 1944 et 9 ans et 5 mois entre 1948 et 1957), et plus récemment, le maréchal Sarit chassant Phibun et Phao le 18 septembre 1957, installant le civil Phot Sarasin pour 3 mois, pour placer ensuite son homme de confiance le général Thanom, après les élections. Celui-ci devra céder le pouvoir 10 mois après le coup d’Etat du 9 février 1959 du même Sarit, qui va établir une dictature de 4 ans et 10 mois jusqu’à sa mort le 8 décembre 1963. On verra le lendemain, de nouveau le maréchal Thanom et son vice 1er ministre le général Praphat diriger le pays jusqu’à ce jour du 14 octobre 1973, où des manifestations populaires et étudiantes ensanglantées conduiront le roi à annoncer leurs démissions à la radio et à la télévision et à nommer Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) comme premier ministre par intérim, avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Cette date du 14 octobre 1973 (14 ตุลาคม 2516) marquait pour la première fois dans l’histoire de la Thaïlande la volonté des étudiants et du « peuple » de jouer un rôle dans cette histoire, et d’installer – enfin – une démocratie. Certes, on connait la suite et le présent, mais à cette date l’espoir régnait.

 

Il s’agissait alors de chercher à comprendre les raisons qui avaient permis  cette « révolution » étudiante et  populaire, qui s’était réalisée au nom de la « démocratie » et qui avait chassé du pouvoir les deux dictateurs, le maréchal Thanom et le général Praphat qui « régnaient » depuis presque 10 ans sur le pays. (Cf. Notre introduction 224)

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Nous avions bien vu, au fil de l’histoire que la monarchie constitutionnelle depuis 1932, n’avait pas apportée de réelle démocratie, et avait surtout connu des dictatures militaires. De fait,  les ouvriers et les paysans avaient été exclus de la politique, d’une part, parce que le royalistes, les « civils éclairés » de Bangkok et surtout les différentes factions de l’armée avaient monopolisés le pouvoir, mais aussi parce que la révolution industrielle ne commencera véritablement que dans les années 1950.

 

(Un article  de Danielle Sabai et Jean Sanuk et les études de Giles Ji Ungpakorn et de Trivière seront nos principales sources. Cf. Note* )

 

Auparavant, on avait vu l’armée devenir un foyer d’industrialisation, avec un ministère de la Défense créant des entreprises publiques dans le textile et le pétrole, voire par exemple en 1941, lancer elle-même un « plan national d’industrialisation » tout en voulant contrôler voire exproprier les entreprises existantes dont les propriétaires étaient le plus souvent chinois, « afin de créer une économie Thaï pour les Thaïs » Beaucoup d’entrepreneurs chinois n’hésiteront d’ailleurs pas  à se faire « Thaïs » pour diriger les nouvelles entreprises publiques. « Le nationalisme permettra ainsi une jonction de la bourgeoisie industrielle et commerçante avec l’appareil politique civil et militaire. »*

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

L’article de Doryane Kermel-Torrès et de Philippe Schar intitulé « Croissance industrielle et redéploiement spatial en Thaïlande » nous rappelle que :

 

« La prise du pouvoir par le général Sarit en  1957 marque  le début  d'une  politique  active  d'appui  au secteur  privé faisant  suite  à près de trois décennies   de capitalisme  d'État.  

 

Les difficultés économiques  de la fin des années  cinquante, la condamnation  par la Banque  mondiale  de la ligne précédemment   suivie  (rapport de 1959) et le mécontentement des milieux d'affaires vis-à-vis d'investissements industriels   publics  perçus   comme   un  frein   à  leur   propre   capacité d'expansion  conduisent  le nouveau  régime à réorienter  sa politique  industrielle.

 

Entre  1959 et  1963, l'État  se donne un nouveau  cadre administratif  et légal dont l'objectif est de promouvoir le développement   du capitalisme local et d'attirer  les capitaux  étrangers  dans le cadre  d'une  stratégie  d'industrialisation   basée  sur la substitution  des importations : création  du Board of lnvestment   (BOl), National Economie Development  Board (NEDB - Bureau de la planification), etc.

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Ces orientations  suivent  les recommandations  de la Banque  mondiale  et sont clairement  affichées  lors des deux  premiers  plans (1961-1972). L'investissement public dans les infrastructures  nécessaires pour stimuler la croissance économique et l'investissement    privé  (énergie,  transports,  communications)   est financé  par une taxe sur la production  de riz, l'augmentation   des taxes sur les exportations  et l'aide américaine. L'Investment Promotion Act de  1954 est revu afin de promouvoir l'industrialisation  par le biais  de  concessions   fiscales  et  douanières.   Le  BOl, chargé de faire appliquer  ces mesures,  devient  le principal  outil de la politique industrielle.  Cette  stratégie s'accompagne  d'un ensemble  de mesures macroéconomiques   visant  à créer  un environnement   stable.  L'État  s'engage  à ne pas entrer en compétition  avec le secteur privé et exclut toute possibilité de nationalisation. La «  paix sociale » est établie  par élimination  de l'opposition  politique  et syndicale. La croissance annuelle moyenne du produit national brut est supérieure à 8 % entre  1960 et  1970, celle du secteur  manufacturier  est de l'ordre de  10 %. L'industrialisation  de substitution  des importations profite largement du rôle de la Thaïlande   dans la ligne de front anticommuniste  du fait de l'augmentation sensible de la consommation intérieure liée à la présence de l'armée américaine. »

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Effectivement, nous avons vu également le rôle de l’aide américaine dans le développement du pays qui dès 1953, va représenter 2,5 fois le budget de la défense de la Thaïlande, et qui va renforcer le pouvoir des militaires. Cette aide américaine  durant la guerre du Vietnam va s’investir dans de nouveaux secteurs de l’industrie et des services, créer des entreprises, provoquant ainsi un boom économique, et un bouleversement social, avec une bourgeoisie nationale qui va grandir et élargir ainsi « le cercle initial de la bourgeoisie chinoise traditionnelle et du secteur industriel public **», avec l’apparition  d’une nouvelle classe de travailleurs et d’employés dans les services et un accroissement conséquent du nombre des étudiants. (Cf. Notre article 225. » L’aide américaine à la Thaïlande dans les années 1960-1970. »)

 

Quelques chiffres donnent une idée de ce bouleversement social.

 

« La population de Bangkok passe de 780.000 à 2,5 millions de 1947 à 1970, soit un triplement en 23 ans. Entre 1960 et 1970, la classe ouvrière et la « classe moyenne » employée surtout dans les services augmentent de 49% contre une augmentation de la population active de 22% et entre 1970 et 1980 ces chiffres sont respectivement de 85% et 38%. La population étudiante passe de 18.000 en 1961 à 100.000 en 1972 » et voit en ses rangs des étudiants venus de la classe ouvrière.  (In Giles Ji Ungpakorn**). D’autres sources donnent 15.000 étudiants en 1961 et 50.000 en 1972.)

 

Cette nouvelle population ouvrière, de service, et étudiante en croissance n’est pas imperméable aux mouvements étudiants qui secouent le monde dans les années 60 et surtout en 1968, sur fond de manifestations contre la guerre au Vietnam aux Etats-Unis et en Europe, ni aux actions  menées par les partis communistes soviétiques et chinois, les luttes en cours au Vietnam et au Laos, et les guérillas qui se développent dans le pays. De nombreux étudiants thaïs discutent, débattent et partagent les nouvelles idées « révolutionnaires », sur l’impérialisme, la démocratie nécessaire, l’injustice de leur société,  et certains se radicalisent. (« Avant cela, en 1966 le journal radical, Social Science Review, fut fondé par des intellectuels progressifs »Trivière.).

 

Si les idées communistes sont connues, le Parti Communiste a peu d’influence dans les villes  et à Bangkok en particulier, même si en 1969, Giles Ji Ungpakorn nous dit que « l’armée thaïe estime que la guérilla compte 8.000 combattants, et contrôle 412 villages, et que 6.000 autres subissent son influence regroupant près de 4 millions de personnes. » Toutefois le développement des grèves ouvrières et estudiantines à Bangkok laissent entrevoir au Parti communiste la possibilité de briser cet isolement. Malgré la dictature, Giles Ji Ungpakorn relève que « les statistiques officielles qui sous-estiment la réalité enregistrent 34 grèves d’une durée moyenne de 2,6 jours impliquant 7.603 ouvriers en 1972. »

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Déjà « En 1966, des bagarres ont lieu dans les Universités, et le gouvernement a dissous l’Association des étudiants. En juin 1968, des étudiants ont violemment manifesté pour que les troupes américaines ne viennent plus en permission à Bangkok et réclament  le retour du corps expéditionnaire thaïlandais actuellement au Sud-Vietnam.» (In 224) (Cf. notre article 226. «La Thaïlande entre en guerre ouverte au Vietnam aux côtés des Etats-Unis. »)

 

De plus, après 1969, des étudiants – pendant les vacances universitaires- se retrouvent dans des camps à la campagne pour « étudier » et partager la condition rurale des paysans pauvres. « En 1971, 3.500 étudiants étaient allés dans un total de 64 camps. En 1972, un mouvement pour boycotter les produits japonais fut organisé dans le cadre de la lutte contre la domination étrangère de l'économie. » **

 

Saneh Sangsuk, dans  « L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien » évoque ces camps révolutionnaires où les étudiants aux grandes vacances vont travailler au milieu des ouvriers et paysans « en vue d’accéder au statut de « jeunesse nouvelle » selon l’idéal maoïste » (p. 307). « On tournait les boutons du poste pour écouter les émissions de la radio clandestine du parti communiste de Thaïlande et radio Pékin. A l’époque, les « oiseaux de feu » du maquis n’étaient pas encore rentrés en ville. La révolution fonçait espoir en tête. Le parti communiste de Thaïlande grandissait comme jamais auparavant. La stratégie d’ « encerclement des villes par les campagnes » (PCT dixit) rapprochait l’heure de la victoire. Le petit livre rouge de Mao Tsé-toung était interdit et, parce qu’il était interdit, il était facile de se le procurer et on le lisait la nuit à la lueur d’un feu de camp nourri comme si c’était un livre sacré (interdiction de prononcer le nom de Mao Tsé-toung sans témoigner de respect) après une journée de labeur et la séance officielle de récréation en début de soirée » (p.308). (Cf. Notre lecture de ce roman in A52)

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Un contexte économique et politique qui devient désastreux.

 

Mais en 1968-1969, on assistera à une dégradation de la situation économique, avec un désengagement américain et le développement de la subversion « communiste ». On va voir alors les investissements étrangers diminués ainsi que  la croissance (désormais à 5 %), avec une production de riz inférieure à celle de 1966. « La valeur des  exportations de riz tombe de 191 millions de dollars en 1968 à 141 millions en 1969, 120 millions en 1970. Pour la première fois depuis des années, on note en 1969, un déficit de la balance des paiements  (48 millions de dollars), qui ira en s’aggravant en 1970 (611,9 millions de dollars).»(Trivière). Bref, un mécontentement généralisé s’installe aussi bien parmi les paysans que parmi les ouvriers et les étudiants. (Cf. In notre article 224 et Trivière ***)

 

 Au niveau politique, la situation est aussi tumultueuse.

 

Nous avons vu également dans notre introduction au « règne »  du maréchal Thanom, que si une nouvelle constitution est promulguée  le 20 juin 1968 qui autorise de nouveau les partis politiques et que  des élections générales ont lieu le 10 février 1969, le maréchal Thanom et le général Praphat sont toujours  le 7 mars 1969, aux commandes du nouveau gouvernement (7 mars 1969-17 novembre 1971). Certes l’opposition arrive à s’organiser  pour renverser le 1er ministre lors de la séance parlementaire du  22 novembre 1971, mais Thanom la prend de vitesse et réalise un coup d’Etat le 18 novembre 1971, pour installer le Conseil national exécutif. (18/11/1971-17/12/1972). Thanom abolit le parlement, dissout les partis politiques, créé un nouveau Parti révolutionnaire. Le Conseil national exécutif (composé de 12 militaires et 4 civils) présidé par ceux que les opposants vont nommer les 3 tyrans à savoir Thanom et Praphat – bien sûr - et le fils de Thanom et gendre de Praphat, le colonel Narong Kittikachorn vont alors  mener une politique très répressive.

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Le 15 décembre 1972,  Thanom va tenter de faire croire à un changement politique en promulguant une Constitution provisoire et en faisant signer le 18 décembre par le roi, la formation du 32ème gouvernement (18 décembre 1972-14 octobre 1973)mais celui-ci sera toujours dirigé par Thanom et Praphat. Certes les syndicats ont été de nouveau autorisés, mais Thanom et Praphat nomment à l’Assemblée 200 militaires ou policiers et 99 civils.

 

Le mécontentement va de nouveau se manifester.

 

Il faut savoir qu’au début de 1973, le salaire minimum journalier était fixé autour de 10 baths, un taux inchangé depuis le début des années 1950 alors que le prix des marchandises avait augmenté de 50%. On va compter jusqu’à 40 grèves pendant les 9 premiers mois de 1973, et l'une d'entre elle, nous dit Trivière, à la Thai Steel Company, durera un mois, et aboutira à une victoire ouvrière.

 

Trivière relate également un immense  scandale que Thanom essaye en vain d’étouffer, qui en avril 1973 a vu des militaires et des policiers participer à une chasse illégale dans une réserve d’animaux au cours de  laquelle un accident d’hélicoptère a causé de nombreuses victimes. La presse et les étudiants vont s’en emparer et obtenir que la justice soit saisie.

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Les étudiants en mai et en juin 1973 manifestent dans la rue pour réclamer une constitution démocratique et des élections. Ils se mobilisent aussi contre l'augmentation des tarifs de bus de Bangkok et contre le recteur de l'université Ramkamhaeng qui avait tenté d'expulser un étudiant qui avait écrit un pamphlet critiquant la dictature militaire. Il fut obligé de démissionner en juin 1973.

 

La tension arrive à son comble.

 

Quatre mois plus tard, l'arrestation de 11 universitaires et étudiants pour avoir distribué des tracts réclamant une constitution démocratique, eu pour résultat de faire descendre dans les rues de Bangkok des centaines de milliers d'étudiants et de travailleurs le 13 octobre, réclamant également le rétablissement de la constitution et un parlement élu. Une délégation est reçue par le roi. Mais le lendemain au matin, le 14 octobre 1973, l’armée tire sur la foule des manifestants qui ne s’étaient pas dispersés et tue 77 personnes et en blesse plus de 800. 

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Les récits de ces événements sont souvent confus et pas toujours convergents. 400 morts ou 77 (chiffre officiel) ? Dans son discours du lendemain, le roi parle de « plusieurs centaines » ? 

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Il est toutefois probable que deux mouvements paramilitaires de la « droite extrême » plus ou moins liés entre eux ont joué un rôle actif dans ces massacres, le « mouvement Nawaphon » (ขบวนการนวพล « force nouvelle ») .....

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.
 

dont le fondateur aurait ramené des Etats-unis des subsides de la CIA et celui des « Louksuachaoban » (ลูกเสือชาวบ้าน « Villages scouts »), façade respectable (?) du précédent, qui aurait été financé par le ministère de l’intérieur ?

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

L’émoi est à son comble, des émeutes éclatent ; les étudiants résistent à l’université de Thammasat, des bâtiments gouvernementaux sont incendiés. « Les « Tigres jaunes », un groupe d'étudiants militants, mettent le feu au poste de police du pont Parn-Fa » (Trivière). On peut voir l’armée faire rouler des réservoirs d’essence le long de l’avenue Rajdamnoen, avec des hélicoptères qui mettant le feu vers le bas près de l’Université de Thammasat.  Le roi ému par le chaos, fait ouvrir les portes du palais pour que les étudiants puissent s’y réfugier. Thanom ne cède pas, mais le commandant Kris Sivara donne ordre à l’armée de se retirer des rues.

228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

Le roi, pour éviter un nouveau bain de sang convoque Thanom au palais et obtient sa démission, ainsi que celle de Praphat et de Narong. Il l’annonce le soir même à la radio et à la télévision ainsi que la nomination de Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) (Ancien recteur de l’Université de Thammasat proche des étudiants) comme premier ministre par intérim, avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

 

Le 15 octobre, le maréchal Thanom s’enfuyait en secret aux Etats-Unis et le général Praphat et le lieutenant-colonel Narong à Taiwan.

 

Le pays allait-il enfin connaître la démocratie ? C’est que nous allons étudier dans nos prochains articles.

 

 

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Notes et références.

Danielle Sabai et Jean Sanuk, « Coups d’état en Thaïlande : une spirale sans fin ? », lundi 23 octobre 2006 https://daniellesabai.wordpress.com/2006/10/23/coups-d%E2%80%99etat-en-thailande-une-spirale-sans-fin/

 

**Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" Lien: http://redthaisocialist.com/books/71-a-coup-for-the-rich.html

« Le succès du renversement de la dictature militaire éleva énormément la confiance du peuple. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves des travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250.000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, un demi-million de travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (P.C.T) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines. »

 

***Léon Trivière, « La Révolution d’Octobre », « Les Études »,(1945), 05/1974.

Croissance  industrielle   et redéploiement    spatial  en Thaïlande, Doryane Kermel Torrès  et Philippe Schar *

 
228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

dont le fondateur aurait ramené des Etats-unis des subsides de la CIA et celui des « Louksuachaoban » (ลูกเสือชาวบ้าน « Villages scouts »), façade respectable du précédent, qui aurait été financé par le ministère de l’intérieur ?

 

L’émoi est à son comble, des émeutes éclatent ; les étudiants résistent à l’université de Thammasat, des bâtiments gouvernementaux sont incendiés. « Les « Tigres jaunes », un groupe d'étudiants militants, mettent le feu au poste de police du pont Parn-Fa » (Trivière). On peut voir l’armée faire rouler des réservoirs d’essence le long de l’avenue Rajdamnoen, avec des hélicoptères qui mettant le feu vers le bas près de l’Université de Thammasat.  Le roi ému par le chaos, fait ouvrir les portes du palais pour que les étudiants puissent s’y réfugier. Thanom ne cède pas, mais le commandant Kris Sivara donne ordre à l’armée de se retirer des rues.

 

Le roi, pour éviter un nouveau bain de sang convoque Thanom au palais et obtient sa démission, ainsi que celle de Praphat et de Narong. Il l’annonce le soir même à la radio et à la télévision ainsi que la nomination de Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) (Ancien recteur de l’Université de Thammasat proche des étudiants) comme premier ministre par intérim, avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

 

Le 15 octobre, le maréchal Thanom s’enfuyait en secret aux Etats-Unis et le général Praphat et le lieutenant-colonel Narong à Taiwan.

 

Le pays allait-il enfin connaître la démocratie ? C’est que nous allons étudier dans nos prochains articles.

 

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Notes et références.

Danielle Sabai et Jean Sanuk, « Coups d’état en Thaïlande : une spirale sans fin ? », lundi 23 octobre 2006 https://daniellesabai.wordpress.com/2006/10/23/coups-d%E2%80%99etat-en-thailande-une-spirale-sans-fin/

 

**Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" Lien: http://redthaisocialist.com/books/71-a-coup-for-the-rich.html

« Le succès du renversement de la dictature militaire éleva énormément la confiance du peuple. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves des travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250.000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, un demi-million de travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (P.C.T) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines. »

 

***Léon Trivière, « La Révolution d’Octobre », « Les Études »,(1945), 05/1974.

Croissance  industrielle   et redéploiement    spatial  en Thaïlande, Doryane Kermel Torrès  et Philippe Schar *

 

dont le fondateur aurait ramené des Etats-unis des subsides de la CIA et celui des « Louksuachaoban » (ลูกเสือชาวบ้าน « Villages scouts »), façade respectable du précédent, qui aurait été financé par le ministère de l’intérieur ?

 

L’émoi est à son comble, des émeutes éclatent ; les étudiants résistent à l’université de Thammasat, des bâtiments gouvernementaux sont incendiés. « Les « Tigres jaunes », un groupe d'étudiants militants, mettent le feu au poste de police du pont Parn-Fa » (Trivière). On peut voir l’armée faire rouler des réservoirs d’essence le long de l’avenue Rajdamnoen, avec des hélicoptères qui mettant le feu vers le bas près de l’Université de Thammasat.  Le roi ému par le chaos, fait ouvrir les portes du palais pour que les étudiants puissent s’y réfugier. Thanom ne cède pas, mais le commandant Kris Sivara donne ordre à l’armée de se retirer des rues.

 

Le roi, pour éviter un nouveau bain de sang convoque Thanom au palais et obtient sa démission, ainsi que celle de Praphat et de Narong. Il l’annonce le soir même à la radio et à la télévision ainsi que la nomination de Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) (Ancien recteur de l’Université de Thammasat proche des étudiants) comme premier ministre par intérim, avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

 

Le 15 octobre, le maréchal Thanom s’enfuyait en secret aux Etats-Unis et le général Praphat et le lieutenant-colonel Narong à Taiwan.

 

Le pays allait-il enfin connaître la démocratie ? C’est que nous allons étudier dans nos prochains articles.

 

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Notes et références.

Danielle Sabai et Jean Sanuk, « Coups d’état en Thaïlande : une spirale sans fin ? », lundi 23 octobre 2006 https://daniellesabai.wordpress.com/2006/10/23/coups-d%E2%80%99etat-en-thailande-une-spirale-sans-fin/

 

**Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" Lien: http://redthaisocialist.com/books/71-a-coup-for-the-rich.html

« Le succès du renversement de la dictature militaire éleva énormément la confiance du peuple. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves des travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250.000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, un demi-million de travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (P.C.T) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines. »

 

***Léon Trivière, « La Révolution d’Octobre », « Les Études »,(1945), 05/1974.

Croissance  industrielle   et redéploiement    spatial  en Thaïlande, Doryane Kermel Torrès  et Philippe Schar *

 
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 22:02
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

 

Dans notre article « 226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970) » nous avons cité d’abondance l’ouvrage d’un universitaire américain, Ruth, sur la participation de (environ) 12.000 volontaires Thaïs (l’équivalent d’une division) aux côtés des Américains au Sud-Vietnam. Cet ouvrage a l’immense mérite d’être fondé sur des documents d’archives, tant américains que siamois et d’avoir recueilli les souvenirs de nombre d’entre eux.

 

Mais nous avons conclu sur une question : « … il nous parle de l’engagement  de 37.644 volontaires thaïs « au Vietnam », alors que nous avons une estimation à 12.000. Où sont passés les 25.644 qui manquent au décompte ? Ils ne sont pas perdus. Ce sont tout simplement ceux qui ont participé à la « guerre secrète » non plus au Vietnam mais essentiellement au Laos.

 

Les volontaires thaïs du Vietnam ont été indemnisés, récompensés et décorés par les Américains. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Les participants thaïs à la « guerre secrète » au Laos sont les oubliés de l’histoire. Le mémorial du cimetière national d’Arlington est gravé à la mémoire - et à la seule mémoire - des vétérans Hmong et Lao.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Cette guerre fut la guerre des plus infâmes mensonges aux plus hauts niveaux de l’état américain :

 

Mensonges de Kennedy « … Ce que nous voulons au Laos, c’est la paix, pas la guerre… » ;

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mensonges de  Johnson « …Des actions hostiles et répétées contre des navires américains … » faisant allusion au fameux incident du golfe du Tonkin dont la réalité est douteuse et plus encore…

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mensonges de Nixon « … à l’heure actuelle aucune troupe américaine n’est stationnée au Laos … ».

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Or nous avons un aperçu de  cette armée de l’ombre, l’armée de la CIA, mise est en place depuis 1961 dans un reportage effectué en 2003 par une équipe de journalistes allemands de Arte dirigée par l’australien Philip Blenkinsop, diffusé sur la chaine l’année suivante et présentement disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=mWz9E95HZVI (1).

 

Le film « Air America » qui date de 1990, rehaussé par la talentueuse  présence de Mel Gibson, n’est pas un film historique proprement dit mais il nous éclaire sur une certaine ambiance au sein de ces combattants (2). Tourné avec l'aide officielle de l'Armée de l'Air thaïlandaise (3) il était difficile à son réalisateur, pour autant qu’il en ait eu connaissance, de faire allusion à la participation de volontaires thaïs, sujet tabou à l’époque au moins du côté thaï. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Jamais la Thaïlande n’a violé les accords internationaux sur la neutralité du Laos.

 

Quel que soit le plaisir que procure un reportage fouillé ou celui de regarder un bon film d’aventure, nous avons tout de même cherché à en savoir plus.

 

Or, les sources sont squelettiques. Ruth a consulté les archives thaïes nous dit-il, mais compte tenu de la qualité de son étude, nous pensons qu’il n’aurait pas manqué de faire allusion à cette participation « de l’ombre » s’il en avait trouvé trace dans des archives accessibles.

 

Les archives américaines ont certes été « déclassifiées » en 2006 à la demande en particulier de ces vétérans qui revendiquaient une indemnisation à la suite de leur contamination par les défoliants et le fameux « agent orange » (Voir notre article republié R 14 (A 46) )

 

Ceci-dit, les archives déclassifiées ou partiellement déclassifiées concernant la guerre du Vietnam sont non seulement accessibles mais numérisées sur le site officiel de la NSA (4).  « L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM  » mais cette déclassification peut sembler tout simplement et au moins pour partie de la poudre aux yeux pour une double raison :

 

Elle n’a pas au premier chef empêché la destruction probable sinon certaine de documents « sensibles » notamment ceux qui pouvaient mettre directement en cause les agents de la CIA dans le trafic d’opium dont il n’est pas inutile de rappeler qu’il constitue aux États-Unis un crime imprescriptible. 

 

Il est symptomatique de noter que toutes les pilotes interrogées (ils se nomment entre eux les « Ravens », les « Corbeaux »), que ce soit par les journalistes de l’équipe d’ Arte ou les enquêteurs de l’équipe du professeur Alfred W. McCoy (voir nos sources note 5), narrent la bouche en cœur qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils transportaient à l’aller (armement et vivres) et ignoraient  tous ce que contenaient les sacs qu’ils transportaient au retour.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

– Elle comporte par ailleurs de nombreux « blancs » : Nous avons sous les yeux un document déclassifié du 19 février 2009 intitulé « Secret M/R - Undercover armies – CIA and surrogate warfare in Laos »  de plus de 600 pages. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Nous y cherchions un document important ? La lettre adressée par l’ambassadeur de Bangkok au premier ministre Sarit est caviardée. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos » ....
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank ».... 
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi :
 
 
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé :
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ?
 
Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires ViêtCong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 Provider, Pilatus PC-6, Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 Huey, Schweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
» in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoy, autre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

***

Les archives « declassifiées » de la CIA » sont accessibles sans difficultés sur le site de la NSA :  http://nsarchive.gwu.edu/index.html. En particulier : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/

 

 

Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos », une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank », dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi (page 391), ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé » (page 399) », il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ? Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.

 

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires Viêt-Cong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

 

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

 

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

 

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 ProviderPilatus PC-6Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 HueySchweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
 » in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoyautre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

 

Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos », une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank », dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi (page 391), ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé » (page 399) », il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ? Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.

 

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires Viêt-Cong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

 

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

 

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

 

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 ProviderPilatus PC-6Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 HueySchweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
 » in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoyautre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

 
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 22:55
226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

La photographie placée en tête de cet article est celle d’un « mémorial du souvenir » rappelant les noms des 351 soldats thaïs morts en action et celui des 1.358 hommes blessés. Il est situé dans le musée consacré aux vétérans de la guerre de Vietnam (« Vietnam war veteran museum » พิพิธภัณฑ์ทหารผ่านศึกเวียดนาม), lui-même situé de façon très discrète dans l’enceinte du camp militaire Surasi (สุรสีห์) de la 9ème armée à Kanchanaburi

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Nous nous devions de leur consacrer quelques lignes.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Si la guerre de Corée fut celle des Nations-unies avec la participation militaire de 17 pays, compris un bataillon thaï, celle du Vietnam ne fut celle du « free world » que dans les esprits américains, pas même celle de l’OTASE.

 

« Nous voulons plus de drapeaux » demandait l’Amérique. Si l’aide humanitaire des pays du « monde libre » au Sud-Vietnam fut massive, il ne flotta en définitive que 7 pavillons alliés sur les casernements, ceux de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Corée, de la Thaïlande, des Philippines, de la république de Chine et de l’Espagne (1).

 

L’histoire de l’engagement militaire de ces pays alliés a été longuement écrite par deux officiers supérieurs ayant pris une part active au conflit, le  Lieutenant-Général Stanley Robert Larsen et le Brigadier-Général James Lawton Collins Jr (2). 

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Si l’ouvrage est officiel, il est très technique et dépourvu de tout esprit partisan, ce qui mérite d’être souligné mais comme nous l’écrivent ses auteurs « Nous sommes conscients du fait que quelques années doivent écouler avant que  les histoires officielles puissent fournir une analyse détaillée et objective de notre expérience en Asie du Sud-Est… ». C’est dire que tout n’a pas pu être écrit notamment en ce qui concerne « la guerre secrète » à laquelle les Thaïs ont participé activement. Un autre ouvrage, beaucoup plus « humain » vient de Richard A. Ruth, universitaire et historien américain. Il  nous parle longuement de l’état d’esprit de ces hommes, tous volontaires, après avoir interrogé de nombreux vétérans, il est à ce jour le seul à l’avoir fait  (3). Nous avons puisé essentiellement à ces deux sources.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

L’engagement thaï qui a été marginal en 1965 et 1966 est devenu effectif les années suivantes, de 1967 à 1970. Est-il la suite logique de l’engagement effectif de trois bataillons exclusivement thaïs aux côtés des Français lors de notre guerre d’Indochine ? Le parallèle serait hasardeux (4).

 

L’engagement de la Thaïlande au sud-Vietnam (et, nous le verrons ensuite, clandestin au Laos) fut  basé sur une évaluation des menaces qui pesaient éventuellement sur sa sécurité. Menaces intérieure de la part des communistes nationaux ? Menaces extérieures ? Il n’y en a pas du côté de la Birmanie et de la Malaisie mais la Chine pèse massivement dans la région et le Laos voisin est en proie à un mouvement communiste soutenu par le voisin Chinois.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Le 30 décembre 1966 quatre journaux de Bangkok annoncent en gros titre que le gouvernement thaïlandais entend déployer un bataillon de combat de 700 à 800 hommes au Sud-Vietnam. Il attendait une réaction favorable de la population mais la réalité a largement dépassé ses attentes. A Bangkok, plus de 5.000 hommes se sont portés volontaires, y compris une vingtaine de moines bouddhistes et le fils d’un vieux moine. Lorsqu’un journaliste lui demande les raisons de cet engagement, il répond « les communistes sont presque dans notre maison. Je dois quitter ma robe jaune pour les combattre. De cette façon, je sers à la fois mon pays et ma religion ».

 

L’ennemi était-il « dans » la maison ?  Au vu de nombreux éléments, il est permis d’en douter (5).

 

Quatre jours plus tard, le nouvelle est officialisée et le gouvernement annonce l’envoi d’un bataillon thaï renforcé au Sud-Vietnam : les raisons officielles invoquées sont claires : La Thaïlande est située à proximité du Vietnam et sera la prochaine cible des communistes, comme ils l’ont déjà proclamé. Voilà pourquoi la Thaïlande est consciente de la nécessité d'envoyer des unités militaires pour aider le Sud-Vietnam à s’opposer à l'agression communiste Le gouvernement a donc décidé d'envoyer dans un avenir proche, une unité de combat, un bataillon, à prendre une part active dans les combats au Sud-Vietnam dans un proche avenir.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

 

Le 30 décembre 1966 quatre journaux de Bangkok annoncent en gros titre que le gouvernement thaïlandais entend déployer un bataillon de combat de 700 à 800 hommes au Sud-Vietnam. Il attendait une réaction favorable de la population mais la réalité a largement dépassé ses attentes. A Bangkok, plus de 5.000 hommes se sont portés volontaires, y compris une vingtaine de moines bouddhistes et le fils d’un vieux moine. Lorsqu’un journaliste lui demande les raisons de cet engagement, il répond « les communistes sont presque dans notre maison. Je dois quitter ma robe jaune pour les combattre. De cette façon, je sers à la fois mon pays et ma religion ».

 

L’ennemi était-il « dans » la maison ?  Au vu de nombreux éléments, il est permis d’en douter (5).

 

Quatre jours plus tard, le nouvelle est officialisée et le gouvernement annonce l’envoi d’un bataillon thaï renforcé au Sud-Vietnam : les raisons officielles invoquées sont claires : La Thaïlande est située à proximité du Vietnam et sera la prochaine cible des communistes, comme ils l’ont déjà proclamé. Voilà pourquoi la Thaïlande est consciente de la nécessité d'envoyer des unités militaires pour aider le Sud-Vietnam à s’opposer à l'agression communiste Le gouvernement a donc décidé d'envoyer dans un avenir proche, une unité de combat, un bataillon, à prendre une part active dans les combats au Sud-Vietnam dans un proche avenir.

 

Pour s’efforcer d’obtenir une participation plus massive de la Thaïlande, le Président Johnson adresse au Premier ministre Kittikachorn un télégramme qui lui expose :  « ... Dans cette situation, je dois vous exprimer ma conviction personnelle profonde que les perspectives de paix au Vietnam seront grandement accrues dans la mesure où les efforts des États-Unis sont pris en charge et partagés par d'autres nations qui partagent nos buts et nos préoccupations. Je suis très conscient et profondément reconnaissants du soutien constant que vous et votre gouvernement nous fournissez :  Le rôle de vos pilotes et canonniers pour s’opposer aux agresseurs communistes au Laos, nos arrangements pour l'utilisation de certaines bases thaïlandaises par des unités aériennes américaines, les déclarations fermes que vous avez faites pour soutenir nos efforts en Asie du Sud-Est sont, mais mon espoir est  que la Thaïlande trouve les moyens d'accroître l'ampleur et la portée de son aide au Vietnam, en tant que nouvelle démonstration de la détermination du monde libre à travailler ensemble pour repousser l’agression communiste. Il est, bien sûr, nécessaire que vous pesiez avant de décider ce qu’il vous est possible de faire sans porter atteinte aux programmes essentiels que vous avez conçus pour contrecarrer les vues des communistes sur la Thaïlande elle-même. »

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

L’aide initiale

 

La première contribution à l'effort de guerre du Vietnam par la Thaïlande a été faite dès le 29 septembre 1964, quand un contingent de la Thai Air Force est arrivé au Vietnam pour assister les pilotes de l’armée aérienne sud-vietnamienne et assurer leur formation. Le commandant de ce contingent réclame alors le mois suivant la fourniture d’un jet T 33 (le Lockheed T-33 Shooting Star  est un jet d’entrainement et de reconnaissance) pour assurer la formation des pilotes vietnamiens. Il réclame également deux avions C 123 (Le C 123 est un bimoteur de transport de Fairschild) pour permettre le déploiement du contingent

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Il exige également du général Westmorland (commandant des opérations militaires américaines entre 1964 et 1968) que ces appareils soient marqués aux couleurs thaïes. Le MACV (6) n’ayant pas les moyens d’assurer cette formation, elle est confiée au Thaïs et s’est déroulée selon le général Westmorland « de façon tout à fait satisfaisante ». Les deux C 133 seront fournis en provenance de la flotte aérienne du Pacifique. En juillet 1966 le contingent thaï est rattaché au 315ème commando de l’air.  Il y a alors 27 membres de la Royal Thai Air Force sur le terrain et 244 l’année suivante.

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La participation active

 

Le gouvernement décida donc en sus de cette aide militaire certes mais purement technique, d'envoyer une unité, un bataillon, pour prendre une part active aux combats dans le Sud-Vietnam et ce « dans un proche avenir ». Cette unité de combat, sera composé de près de 1.000 hommes, y compris l'infanterie, l'artillerie lourde, des véhicules blindés, et une unité d’intendance. Ils seront en mesure de prendre part aux combats en toute indépendance sans avoir à dépendre d'autres unités de soutien. Le Département de la Défense américain accorde par ailleurs un soutien financier (équipement, installations, allocations pour service hors du pays, indemnités consécutives aux décès, gratifications de décès comme pour les Coréens présents massivement depuis 1965) : aucun fardeau économique ne devait être imposé à la nation contributrice. A la suite de la proposition d’envoi de troupe thaïes, la hiérarchie américaine a souhaité que s’engagent des discussions sur l'organisation, la formation, l'équipement et les problèmes de soutien relatifs au déploiement de l'unité thaïlandaise. Celles-ci vont être ouvertes en janvier 1967 à l’ambassade US de Bangkok concernant l’équipement proprement dit. Le 13 mars 1967, une première unité commence sa formation sur le terrain sous le contrôle de la 9ème division d'infanterie américaine en coopération avec le personnel du MACV mais d’autres commencent le 15 pour régler définitivement les questions d’équipements et d’indemnités. Les unités américaines ne se dessaisissent pas facilement de leur matériel de combat sophistiqué : le redoutable char M 113, les canons de 105mm à tir rapide et des véhicules de transport de troupes. La question sera rapidement réglée. Pour l’assistance navale, les Thaïs obtiennent en juillet 1967 une canonnière (PGM) 107 arguant de la nécessité de ne pas désarmer les troupes navales intérieures « compte tenu de la menace communiste ». Pour l’armement individuel, autres difficultés, mais une première livraison de la très efficace carabine M 16 (1.000 pièces) fut effectuée en juillet 1967 suivi de 4.000 en juillet. Là non plus, arguant de la menace intérieure, les Thaïs obtiennent que cette livraison provienne des stocks américains et non des leurs. Une livraison de 900 carabines M 14 (utilisées par les Coréens) avait déjà été effectuée en avril. En juillet, toutes ces questions sont réglées et vont commencer les discussions sur la date de déploiement de troupes thaïes : il y a alors 2.205 hommes sur le sol vietnamien. Probablement pour tenir les Américains en haleine, le gouvernement thaï annonce le 5 juillet qu’il doit rapatrier une partie de ses troupes pour combattre les insurgés communistes du nord ? 

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Le 27 juillet toutefois le gouvernement thaï annule cette décision. Le déploiement du régiment des « Queen’s cobras » (les « cobras de la reine », nous ignorons l’origine exacte de ce nom de baptême) va pouvoir commencer. Il va se lancer  dans une série de petites opérations aux côtés des combattants sud-vietnamiens mais c’est en octobre 1967 que sera lancée la grande opération qui porte le nom très symbolique de Naresuan

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Elle porte sur la pacification du district de Nhon Trach dans la province de Bien Hoa, où se situe une base aérienne de B 52 et une forte infiltration  de Vietcongs. L’opération est un succès militaire. Les Thaïs se sont montrés pleins de ressources actifs, déterminés et fiers de leur rôle. Au cours de cette opération en outre, leurs soldats du Génie ont construit un hôpital et 48 kilomètres de routes et leurs unités médicales ont soigné 49.000 patients civils. Les sarcasmes de la radio de HanoÏ sur les « mercenaires thaïs » vont cesser et les Américains vont se montrer soucieux d’obtenir une participation plus massive de leur allié. 

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

 

Après discussions avec les Américains qui souhaitaient 20.000 hommes, le Premier ministre thaïlandais propose l’envoi d'une brigade de 10.800 hommes, trois bataillons d'infanterie, un bataillon d'artillerie, un bataillon du génie, et d'autres unités de soutien. Le commandement militaire américain convient qu’une force supérieure en nombre ferait encourir au pays un risque inacceptable pour sa sécurité intérieure. En outre une force thaïe de 15.000 à 20.000 hommes aurait nécessité de la part des Américains un soutien logistique qu’il leur aurait été difficile de fournir. Les discussions commencent le 3 novembre 1967, en janvier 1968, de nouvelles troupes sont déployées au Vietnam. Le déploiement est terminé en juillet 1968 et se constitue la division des « panthères noires » (Black Panther) de 5.700 hommes. 

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Une deuxième tranche de 5.704 hommes commence son déploiement en Janvier 1969 et le termine en février. Compte tenu des rotations, de 6.005 hommes en 1968 (trois bataillons) les effectifs sont portés à 11.568 l’année suivante (6 bataillons) et le seront en 1970 à 11.586 (toujours 6 bataillons). Mais la zone d'opération affectée aux Thaïs est alors caractérisée par un niveau d'action de l'ennemi très faible, elle a été plus ou moins sécurisée par l’opération Naresuan. Le Vietcong est dans l’incapacité d’y mener des opérations. Ce sont alors les Thaïs qui vont prendre l’offensive. Une opération planifiée et réussie fut conduite dans les environs de Ben Cam dans le même district de  Nhon Trach du 24 novembre 1969 au 4 décembre 1969. Il importait de « balayer » une zone de guerilla au sud du village Ben Cam. Les Vietcongs étaient tombés dans un piège thaï dont ils ne purent se dégager. Les Thaïs mènent alors, de façon probablement beaucoup plus efficace que les Américains, des opérations psychologiques qui auraient conduit à de nombreux ralliements et à des retours de stocks d’armes cachées. Ils mettent au point ensuite une tactique de guidage des bombardements en plaçant des observateurs isolés qui s’approchent à trois kilomètres de la zone Vietcong et guident ensuite  les hélicoptères de bombardement. Les américains considèrent que cette tactique  a donné des résultats « palpables, déconcertants et inattendus ».

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Une deuxième tranche de 5.704 hommes commence son déploiement en Janvier 1969 et le termine en février. Compte tenu des rotations, de 6.005 hommes en 1968 (trois bataillons) les effectifs sont portés à 11.568 l’année suivante (6 bataillons) et le seront en 1970 à 11.586 (toujours 6 bataillons). Mais la zone d'opération affectée aux Thaïs est alors caractérisée par un niveau d'action de l'ennemi très faible, elle a été plus ou moins sécurisée par l’opération Naresuan. Le Vietcong est dans l’incapacité d’y mener des opérations. Ce sont alors les Thaïs qui vont prendre l’offensive. Une opération planifiée et réussie fut conduite dans les environs de Ben Cam dans le même district de  Nhon Trach du 24 novembre 1969 au 4 décembre 1969. Il importait de « balayer » une zone de guerilla au sud du village Ben Cam. Les Vietcongs étaient tombés dans un piège thaï dont ils ne purent se dégager. Les Thaïs mènent alors, de façon probablement beaucoup plus efficace que les Américains, des opérations psychologiques qui auraient conduit à de nombreux ralliements et à des retours de stocks d’armes cachées. Ils mettent au point ensuite une tactique de guidage des bombardements en plaçant des observateurs isolés qui s’approchent à trois kilomètres de la zone Vietcong et guident ensuite  les hélicoptères de bombardement. Les américains considèrent que cette tactique  a donné des résultats « palpables, déconcertants et inattendus ».

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La dernière année.

 

Le contingent Philippin s’est retiré en 1969. A la fin de l’année, la presse de Bangkok rapport qu’une vingtaine de membres du gouvernement avaient signé une lettre au premier ministre exhortant au retrait des troupes thaïes du Sud-Vietnam. Les raisons invoquées étaient que la situation dans le sud Vietnam avait été améliorée à la suite du programme américain de vietnamisation et que par contre les problèmes économiques en Thaïlande subsistaient. Le 21 décembre 1969, le ministre thaïlandais des affaires étrangères Thanat Khoman informe les journalistes qu'il avait envisagé le retrait des troupes à la suite de l’annonce par les Etats-Unis d’autres retraits et qu’il était en discussion à ce sujet avec le ministre des Affaires étrangères sud-vietnamien Tran Thanh Chan. Mais deux jours plus tard, changement de cap  et annonce du vice-premier ministre : « la Thaïlande ne retire aucun de ses hommes du Vietnam du Sud. . . . La Thaïlande n'a jamais envisagé une telle démarche. . . Si nous avions l'intention de nous retirer, il nous aurait fallu faudrait consulter le Gouvernement du Vietnam du Sud puisque nous avons envoyé des troupes en réponse à un appel de sa part. Il est vrai que plusieurs pays se retirent les troupes du Sud-Vietnam, mais notre cas est différent… ». Trois mois plus tard, nouveau changement de cap. Lors d'une rencontre avec l'ambassadeur des Etats-Unis en mars 1970, le Premier ministre thaï a indiqué que, compte tenu des réductions continues des Etats-Unis et de leurs alliés, il subissait une « pression considérable » du parlement thaï pour que le retrait soit décidé. La décision fut prise, liée à la détérioration de la sécurité au Laos et au Cambodge et au développement allégué de l'insurrection interne en Thaïlande, ainsi qu’au retrait progressif des troupes américaines. Le retrait s’est effectué graduellement par une élimination des rotations. En juillet 1971, les effectifs des Forces royales thaïlandaises au Vietnam furent réduits à 204 hommes.

 

Bilan : 351 morts au combat et 1.358 blessés. Du fait des rotations, il est probablement passé sur le terrain environ 12.000 volontaires thaïs, chiffre généralement retenu. Pour autant que l’arithmétique ait un sens en la matière, les chiffres officiels nous apprennent que 3.300.000 américains environ sont « passés » au Vietnam à une époque ou une autre, pas toujours partis de bon cœur et la fleur au fusil et que 57.605 sont morts, et ce pour une présence qui a duré de 1960 à 1972, environ 1,75 %. Pour la Thaïlande, de 1964 à 1972, le même calcul nous donne près de 3%.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Des mercenaires, des « combattants de la liberté » ou des « combattants de Bouddha » ?

 

Bénédiction d'un contingent de volontaires par un moine également volontaire :

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Les guirlandes sacrées n'ont pas été oubliées :

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Délaissons les éléments très techniques donnés par nos deux officiers généraux. Venons-en à l’ouvrage de Richard Ruth (cité note 3). La question était effectivement de savoir quels étaient les motifs  qui ont conduit ces volontaires – car ils l’étaient tous – à servir aux côtés des « Forces du Monde libre » dans ce conflit. Sa conclusion est limpide : Contrairement aux autres participants étrangers, les Thaïs sont venus armés de connaissances historiques et culturelles de la région. Ruth montre comment ils ont transformé à leur façon la machine de guerre américaine en traversant la jungle et les plantations hantées par des esprits indigènes. Ruth a eu de nombreux entretiens avec d’anciens combattants thaïs. Bouddhisme thaï contre consumérisme américain… cette guerre n’a pas au moins en ses débuts été impopulaire dans la population thaïe comme elle le fut très vite aux Etats-Unis

 

Le salut aux volontaires dans l'enthousiasme :

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Le camp de base à Beartcat était-il une bulle américaine où les Thaïs dépensaient leur solde en achat de chaines Hi-Fi, de chewing-gum et de Coca ? 

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Toujours selon Ruth, les soldats thaïs ont entretenu un rapport privilégié avec les Vietnamiens beaucoup plus que les Américains : Les personnes qu'ils ont rencontrées dans les zones rurales étaient en grande partie des paysans comme eux, fils et frères de paysans. Ils ne sont pas hostiles aux villageois compte tenu d’une relative similitude de culture et leur sont sympathiques, eux qui sont pris au milieu du conflit.  Un élément important sinon essentiel est souligné par Ruth : les Vietnamiens, maris, frères, fils, neveux sont à la guerre mobilisés plus ou moins de force tantôt par le Vietcong tantôt par le gouvernement catholique du sud. De nombreux Thaïs, nous apprend Ruth, prirent leur place comme petits amis ou amants. Ils participent aussi beaucoup plus volontiers que les Américains aux programmes d'action civique par la reconstruction des écoles dans les villages bombardés, en installant des cliniques médicales et dentaires mobiles et fournissant des secours aux enfants touchés par la guerre. Les Thaïs savent surmonter les appréhensions au sujet des dangers de la jungle et connaissent la nécessité de se protéger contre les balles des tireurs d'élite en utilisant les forces spirituelles étrangères. Le commerce des amulettes et des talismans a été considérable : Ils ont très vite appris par exemple qu’il existait un tabou, on ne peut tuer un cerf qui brame à peine de s’attirer la malédiction des esprits alors que les américains le tuait et le faisait rôtir. Seuls les Thaïs étaient à même de comprendre ces paysages métaphysiques. Il y eux certes des Thaïs qui agirent comme commerçants avant d’agir comme guerriers, des profiteurs et des opportunistes surtout d’ailleurs dans la division des Black Panther. Ils excellaient sur le marché noir, chaîne stéréo ou réfrigérateur pour un kilogramme ou deux de marijuana. Il existait aussi un marché parallèle des armes à feu. Ces images négatives ne doivent pas éclipser les nombreux exemples de bravoure sur le champ de bataille, les sacrifices et la connaissance du milieu local apportée par les troupes thaïes. Ils reçurent tous à leur retour un accueil chaleureux de la population et, plus discret du roi. 

 

Volontaire thaï accompagné de deux irréguliers sud-vietnamiens :

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Notons enfin que, conformément aux lignes directrices de l'Armée royale thaïe pour le recrutement des soldats volontaires pour le Sud-Vietnam, tous devaient avoir obtenu leur diplôme d'études secondaires, ce que le développement de l’éducation avait rendu possible aux ruraux issus des milieux pauvres. Beaucoup d'entre eux avaient poursuivi leurs études tout en servant comme conscrits. Souhaitant grimper dans la hiérarchie sociale, ils n’avaient aucune possibilité de le faire au sein d’une classe moyenne en pleine expansion située presque exclusivement dans la sphère urbaine de Bangkok. Ne souhaitant pas se joindre à la main-d'œuvre non qualifiée dans la capitale, ils pouvaient difficilement acquérir des postes de fonctionnaires civils, de policiers ou d’enseignants dans leurs provinces de naissance, faute d'enseignement supérieur ou, il faut le dire, « des connexions nécessaires » pour obtenir une place dans une administration provinciale. L’armée était une porte de sortie mais ne pouvait absorber tous ceux cherchaient une carrière à long terme, la plupart ne servant que deux ans en tant que conscrits. La possibilité de choisir la division des panthères noires et le régiment des cobras de la reine représentait pour eux une divine surprise pour poursuivre leur carrière dans l’armée.

 

Tous ceux qui ont été interrogés par Ruth ont rappelé leur désir de visiter des pays étrangers et d’en apprendre davantage sur les cultures voisines, reflet d’une élévation corrélative des ambitions ! Aller au Vietnam du Sud devint alors une étape majeure dans leur désir de changer leur vie. À ce jour (Ruth écrit en 2011), de nombreux anciens combattants citent leur temps au Vietnam comme un moment essentiel dans ce processus. Longtemps après qu'ils soient rentrés chez eux, et longtemps après avoir reçu des compensations monétaires (nous n’en avons malheureusement pas le détail mais elles vinrent des Etats-Unis) ils conservent une aura leur permettant de bénéficier d'un statut social particulier, leur permettant aussi de bénéficier d'emplois supérieures à ceux qu'ils auraient obtenu. Et, une génération plus tard, leurs enfants n’ont pas oublié la vie meilleure que leur ont assuré l’engagement de leurs pères, avantages financiers et horizons élargis.

 

Tous ceux qu’a rencontrés Ruth se considéraient comme des guerriers bouddhistes. Le Bouddhisme a joué un rôle crucial dans leur vie : La sangha de Thaïlande a sanctionné leur mission militaire. Le Patriarche Suprême et d'autres moines éminents ont  béni les troupes au départ et les blessés qui revenaient lors de cérémonies publiques. Les unités militaires transportaient des icônes de Bouddha avec leurs armes et leur matériel de soutien. Un autel bouddhiste dominé par une statue de Bouddha de style Sukhothai a été mis en place dans le siège de leur casernement central. Certaines troupes plaçaient des images de Bouddha sur leurs véhicules militaires. Et le symbole le plus emblématique du combattant était sa chaîne d'amulettes bouddhistes qui entourait son cou ou remplissait ses poches. Certains soldats ont apporté jusqu'à 100 minuscules statuettes de Bouddha, assez pour assurer à un bataillon une protection complète. Ces symboles emblématiques étaient tout simplement destinés à neutraliser les esprits maléfiques des forêts de Bien Hoa et auraient impressionné les GI qui s’en portaient acquéreurs à grand prix.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Nous n’avons pas cherché à canoniser ces combattants pour la plupart animés d’une ferveur tout autant bouddhiste qu’anti communiste. Cette guerre a été ce qu’elle a été, une sale guerre comme toutes les guerres. Si nombre des combattants l’ont été à leur corps défendant, Américains pour partie issus de quartiers défavorisés, enrôlés sous une contrainte au moins morale, Coréens sans foi ni loi, mercenaires australiens ou néo-zélandais, tel ne fut pas le cas de ces Thaïs qui pensaient à tort ou à raison participer à une croisade,  ce dont nous n’avons pas à juger. Ils rejoignent sur ce point les volontaires espagnols qui se sont engagés à petit nombre « por el Cristio rey » (note 1).

 

Il y eut dans cette guerre des horreurs commises de part et d’autres, les unes répondant aux autres ou les autres, répondant aux unes. Lorsque le Tribunal Russel a rendu sa décision à Stockholm en 1967, les crimes de guerre visés concernaient les Américains, les Australiens et les Coréens. Le grief fait non pas aux combattants thaïs mais à leur gouvernement fut un grief de « complicité ». Il ne faut évidemment pas donner au jugement d’un tribunal présidé par Jean-Paul Sartre plus d’importance qu’il ne le mérite.

 

Contentons-nous in fine de citer Hélie Denoix de de Saint Marc  (une utile réponse à John Wayne  et à ses Bérets verts ?) : 

 

« Ceux qui prétendent aimer la guerre ont dû la faire loin du carnage des champs de bataille, des cadavres épars et des femmes éventrées. La guerre est un mal absolu. Il n’y a pas de guerre joyeuse ou de guerre triste, de belle guerre ou de sale guerre. La guerre, c’est le sang, la souffrance, les visages brûlés, les yeux agrandis par la fièvre, la pluie, la boue, les excréments, les ordures, les rats qui courent sur les corps, les blessures monstrueuses, les femmes et les enfants transformés en charogne. La guerre humilie, déshonore, dégrade. C’est l’horreur du monde rassemblée dans un paroxysme de crasse, de sang, de larmes, du sueur et d’urine ».

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Nous n’avons qu’un reproche à faire à l’ouvrage de Ruth mais il est de taille : il nous parle de l’engagement de 37.644 volontaires thaïs « au Vietnam », alors que nous avons une estimation à 12.000. Où sont passés les 25.644 qui manquent au décompte ? Ils ne sont pas perdus. Ce sont tout simplement ceux qui ont participé à la « guerre secrète » non plus au Vietnam mais essentiellement au Laos.

Cette guerre sur laquelle le voile se lève peu à peu sera l’objet d’un prochain article.

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NOTES

 

(1) L’engagement des Philippines, en proie à des difficultés politiques internes fut mineur, celui de la Chine nationaliste en proie à la peur d’un débarquement chinois fut symbolique mais peut-être moins dans la « guerre secrète ». L’Espagne du général Franco n’entretenait pas de bons rapports avec les Etats-Unis mais autorisa l’envoi d’une petite force (à condition qu’elle soit presque invisible) de militaires non combattants entre 1966 et 1971 dans le delta du Mékong dans la ville de Go Cong. Il s’agissait d’un petit groupe d’une cinquantaine d’hommes d’un groupe de santé militaire tous volontaires, apparemment tous d’un anticommunisme forcené, commandé par le général Antonio Velazquez-Ribera et le capitan Ramon Gutiérrez de Teran. L’écusson qu’ils cousurent sur leur uniforme américain imposé – celui de la très fascisante phalange - est dépourvu de toute équivoque !

 

Voir :
http://www.abc.es/20090215/nacional-nacional/misiones-pioneros-espanoles-guerra-200902151100.html

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

 

(2) « Vietnam studies – allied participation in Vietnam » publication du « Department of army » 1975.

 

(3) Richard A. Ruth «  In Buddha’s Company : Thai Soldiers in the Vietnam War ». Honolulu, University of Hawai’s Press, 2011.

 

(4)  Nous connaissons l’histoire de trois bataillons thaïs de la Légion étrangère par les souvenirs des anciens combattants français qui pour la plupart (Le général Salan, le colonel Hélie Denoix de Saint-Marc, le général Bigeard qui avait assuré la formation de l’un des bataillons) ont loué leur ténacité au combat (Nghia-Lo et Dien-Bien-Phu en particulier), mais nous ignorons tout de leurs motivations. Ce n’étaient pas des Thaïs de Thaïlande et ils ne se sont probablement pas présentés spontanément à un centre de recrutement de la Légion étrangère. S’agissait-il de véritables volontaires ou de membres des minorités ethniques thaïes nombreuses au Viet-nam qui obéissaient à leurs chefs de village payés par les colonisateurs ? On peut le supposer, ce qui n’enlève rien à leurs qualités guerrières. Voir à ce sujet  « Journal d'un sous-officier de bataillon thaï : Indochine, 1953-1955 » 2012 par Pierre Cesca, ancien sous-officier de l’un des bataillons.

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

(5) Que savons-nous de ce qu’étaient réellement les mouvements communistes de l’intérieur ?

 

–  Nous connaissons leurs « exploits » entre 1966 et 1970, les activités de propagande passent de 6 à 16, les « assassinats de personnes ne voulant pas coopérer » passent de 6 à 12 et les « assassinats de responsables gouvernementaux » passent de 4 à 10. Voir à ce sujet l’ouvrage de Jeffrey  Moore : « The Thai way of counterinsurgency », 2014- ISBN 9781497395701.

 

– Quels sont les effectifs de l’ « armée populaire de libération » ? (กองทัพ ปลดแอก ประชาชน แห่ง) : En 1973 ils auraient été 2.400 dans le nord-est, 2.100 dans le nord, 1.600 dans le sud et 400 dans la région centrale soit un total de 6.500. Voir à ce sujet l’ouvrage de David Morell et Chai-Anan Samudavanija  in « Political conflict in Thailand : reform, reaction, revolution » 1988, ISBN 0-89946-044-5.

 

– Où étaient-ils ou auraient-ils été implantés ? Nous avons un élément (difficile sinon impossible à vérifier), une carte qui situe les « maquis » dans le pays, 33 points d’implantation en 1969 et 9.090 personnes et qui aurait été commentée par  la station de radio communiste « Voix du peuple de Thaïlande » (สถานีวิทยุเสียงประชาชนแห่งประเทศไทย) qui a émis depuis la Chine sur ondes courtes entre 1968 et 1978 reproduite sur le site (thaï) : http://www.politicalbase.in.th/index.php/พรรคคอมมิวนิสต์แห่งประเทศไทย

226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970).

Nous avons lu enfin avec intérêt mais avec un certain sourire les souvenirs d’un participant français venu passer plusieurs mois dans un ou des maquis probablement dans le sud du pays. Voir notre article   A 175 – « Jean-Michel Krivine : « Carnets de mission dans les maquis Thaïlandais (1978) ».

 

Nous en tirons deux conclusions qui ne sont que des constatations :

 

– Le mouvement de « résistance » ne naviguait certainement pas selon l’expression de Mao-Tsé-Tung « au milieu de la population comme un poissons dans l’eau ».

 

–  Alors que ces mouvements plus ou moins héritiers de la résistance « free thai » avaient reçu des parachutages massifis de matériel de guerre et en recevaient probablement depuis la Chine via le Laos et par mer depuis la Chine dans le sud (dixit Krivine) nous n’avons pas relevé de sérieuses actions violentes (sabotages ou assassinats) contre « les impérialistes américains ». Nous connaissons au moins un inventaire précis de l’armement parachuté sur le maquis de Tiang Sirikhan dans la forêt de Phupan à quelques dizaines de kilomètres de Sakonnakhon, à quoi a-t-il servi ? (Voir notre article 203 « Tiang Sirikhann le guerrier de Phupan »). Tout ce que l’on peut connaître est un incident de juillet 1968 : un petit groupe de guérilleros réussit à pénétrer dans la base d’Udonthani et à détruire quelques bombardiers US C-141 « starlifter », des avions F-4D « phantom » ainsi que des hélicoptères de combat.  Ce fut la première et probablement la seule attaque sérieuse contre les forces américaines. Cinq Américains et des Thaïlandais ont été blessés dans l'incident, quatre des envahisseurs ont été tués parmi lesquels un individu reconnu comme officier de l’armée nord-vietnamienne. Ce fut la seule attaque confirmée contre des installations militaires en dehors d’escarmouches occasionnelles sur la base d’Udonthani en particulier.

 

(6) MACV Military Assistance Command / Vietnam : Commandement  d'assistance militaire au  Vietnam, c’était l'unité américaine principale de commandement, basée à Tan Son Nhut près de Saigon et  ayant responsabilité et autorité sur toutes les activités militaires américaines au Vietnam)

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 22:15
225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Nous avons parlé à plusieurs reprises, chiffres à l’appui, de l’aide américaine à la Thaïlande (1), une pluie de dollars qui fut utilisée à armer le pays, pion essentiel dans la géopolitique américaine de lutte contre la montée du communisme en Asie mais qui le fut aussi pour des opérations moins guerrières.

 

Les aides économiques

 

Citons par exemple le « Programme de développement rural accéléré » officiellement lancé le 12 mai 1964 par un accord  entre le Gouvernement royal thaïlandais et la mission de l'USAID (US agency for international development) autrement appelé USOM (United States Operations Mission) qui débloque 3 millions de dollars destiné à six provinces du nord-est dans le but d'augmenter le revenu de la population rurale, d'améliorer les liens entre cette population et le gouvernement et de renforcer l'autonomie locale (2).

 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

De la même façon, le « projet d'éducation rurale »  fut un programme de trois ans portant sur l'enseignement à partir de 1966, parrainé conjointement par le ministère de l'Education et l’USOM, visant principalement à développement éducatif accéléré dans quinze provinces rurales « particulières » (3).

 

En 1969, l’USAID-USOM engage un programme de 49,3 millions de dollars pour l’amélioration du réseau routier dans 22 provinces, programme réalisé sur trois ans.

 

A la même époque, le programme « Nord-Accelerated Rural Development » (NEARDC) engage un programme de 3,4 millions de dollars sur la région de Khorat pour la fourniture de matériel sophistiqué (matériel de TP, matériel de construction destinés aux administrations provinciales, création de stocks de pièces de rechange alors inexistant et formation de professionnels pratiquement inexistante.

 

Toujours à la même époque l’USAID finance (1,2 millions de dollars) un programme de forages pour l’alimentation en eau courante, programme terminé en 1969, assorti de la fourniture de l’équipement d’entretien et la formation du personnel technique en coopération avec le ministère de la Santé publique.

 

Des fonds (mais nous en ignorons le montant détaillé) financent 41 projets essentiellement dans l’agriculture, fourniture de tracteurs, lutte contre les parasites, formation professionnelle, incluant 96 sous-projets, pour une moyenne de 30.000 dollars chacun (30.000 x 96 = 2.880.000 dollars).

 

L’USAID participe (pour un montant indéterminé) sur les années 1966-1969 à la création des « Arnphoe Farmer Groups »  organisations de coopératives dont chacune est dirigée par un conseil d'administration de neuf hommes, et dirigé par un gestionnaire.  

 

Tout le détail de cette activité globalement efficace apparait dans les 30 pages du rapport cité dans notre note 2.

 

On peut penser sans sombrer dans l’angélisme que s’il existe des voies de communication dans nos provinces déshéritées, si nos épouses ont appris à lire, si nos paysans cultivent le riz de façon plus rationnelle qu’à l’époque de Ban Chiang, si nous bénéficions de l’ « eau du gouvernement » (la « nam prapa ») et de l’électricité à peu près partout, c’est au moins partiellement à l’aide américaine étalée jusqu’au grand départ de 1976 que nous le devons.

 

Elle a eu le mérite de tomber sur un pays qui n’avait pas été ravagé par la guerre à l’inverse du plan Marshal qui a servi essentiellement à payer les destructions subies par les pays européens, dues pour partie aux dégâts causés par les anglo-américains eux-mêmes, fruit amer de notre libération.

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

L’USAID a été créée par le président Kennedy – dont les intentions étaient peut-être pures - en 1961 avec pour but « d'aider à réduire la pauvreté, promouvoir la démocratie et la croissance économique, soulager les victimes des catastrophes naturelles et prévenir les conflits ». Si son rôle d’ingérence politique continue à faire couler beaucoup d’encre, on peut penser qu’il n’a pas été totalement négatif en Thaïlande.

 

L’aide militaire

 

Elle est évidemment le corollaire, la suite et le complément d’une aide économique. La Thaïlande a une énorme importance stratégique en termes d'intérêts nationaux américains (pour un américain, promouvoir la démocratie = en priorité lutter contre le communisme) : 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Elle est au centre de la lutte tous azimuts entre le monde libre et les forces communistes en Asie du Sud-Est : La nord-Vietnam a commencé à envahir le sud en 1972, le Laos est partagé entre un gouvernement neutraliste, les communistes du Prathet Lao et les conservateurs dans des querelles dont l’issue est incertaine. La Chine a basculé depuis longtemps, l’Indonésie n’éradiquera son parti communiste qu’en 1965 au prix d’un bain de sang.  Gouvernée par des dirigeants farouchement anti-communistes, la Thaïlande est toutefois dans une situation périlleuse, avec des mouvements communistes ou communisants (4). Les Etats-Unis vont donc chercher à la soustraire à cette influence en « aidant les Thaïlandais à établir des programmes et prendre des mesures pour  développer les zones défavorisées, prendre des mesures économiques et sociales, et promouvoir la capacité des populations rurales à se prendre de plus en plus en charge. Nous espérons ainsi conduire les populations rurales à s'identifier avec leur gouvernement et se tourner vers son gouvernement pour soutenir ses orientations » (5).

 

Par ailleurs la Thaïlande a développé depuis longtemps des liens étroits avec les États-Unis. Le Traité d'amitié et de commerce de 1833 est le premier traité des Etats-Unis avec un pays d’Asie. Cette relation s’est développée après la Seconde Guerre mondiale. Elle a ensuite rejoint l'Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE) en 1954. Menaces communistes à l’intérieur, menaces communistes à l’extérieur, l’aide militaire américaine a commencé en 1950 déjà, essentiellement par l’armement massif de la police, de la police des frontières, de la marine, de l’armée de terre et de l’air. Dès 1950 en effet, les Etats-Unis fournissent une importante aide militaire à la Thaïlande qui a participé à la guerre de Corée. Ils établissent à Bangkok leur « U.S. Military Advisory Assistance Group ». Bangkok devient le siège de l'O.T.A.S.E., en 1954, après que le Gouvernement Phibun eût décidé d'agréger son pays à ce Pacte (6). Un nouveau traité d’amitié est encore signé le 29 mai 1966.

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Citons encore et pour mémoire une opération US baptisée  « Joint Special Operations Command » (qui opère d’ailleurs toujours dans d’autres pays) qui organise un programme de formation pour les civils dans les zones à « risque communiste », en réalité la création d’équipes d 'auto-défense armée contre la guérilla dont le siège est à Hua Hin mais qui a des antennes dans les provinces de Sakon Nakhon, Nakhon Phanom, Ubon Ratchathani et Prachuap Khiri Khan  et qui prend en décembre 1964 le nom d’  « équipes pour la défense des Villages ».

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Les bases américaines, de 1961 à 1975, premier aspect de l’aide militaire

 

Donmuang, le vieil aéroport de Bangkok, c’est essentiellement l’état-major américain qui y est installé dès 1961.

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La base navale de Sattahip est aménagée pour 40 millions de dollars à partir de 1965 pour désengorger le port de Saigon.

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base d’Utapao, toute proche est à  1.000 km de Hanoï. 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base aérienne de Takhli, (dans la province de Nakonsawan)  est à 800 km de Hanoï et à 220 de Bangkok. La Base aérienne de Ubonrachathani, à la frontière du Laos est à moins de 80 km du Vietnam. 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base aérienne de Udonthani est à 40 minutes de Hanoï. C’est également le centre des opérations de la C.I.A. pour ses opérations secrètes, occultes et toujours occultés contre les communistes du Laos comme nous le verrons dans un autre article. 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base aérienne de Korat est  à 700 km de Hanoï. 

 

 

 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base aérienne de Nakhon Phanom, à la frontière laotienne, sert plus spécialement de point de départ pour les opérations de secours aux pilotes abattus dans le nord (7). 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

La base de Khonkaen ne parait avoir eu que des activités administratives.

 

Nous ne parlons évidemment pas du Laos, il est à nos frontières mais comme l’ont affirmé successivement le président Kennedy, son successeur Lyndon Johnson, Richard Nixon ensuite et Henri Kissinger, son très médiatique secrétaire d’état aux affaires étrangères, il n’y a pas de troupes américaines au Laos (8). La guerre est ou sera au Vietnam, pas au Laos !

 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Au moins de façon formelle, ces bases étaient considérées comme des bases de la « Royal Thai Air Force » et commandées par des officiers thaïlandais. La police de l'air thaïe en contrôlaient l'accès avec l’aide de la police de l'air américaine dont les membres ne portaient point d’armes au moins apparentes. 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.
C’est d’elles que partiront plus de 80 % des frappes aériennes qui ravageront le nord-Vietnam. 

 

Celui-ci a certes a mis en garde la Thaïlande en lui demandant de ne pas autoriser les États-Unis à utiliser le pays comme base de départ pour les bombardements mais la Thaïlande a toujours nié l’évidence, la presse de l’époque gardait un silence pesant et censuré et tant du côté thaï que du côté américain, la plupart des documents ne sont pas déclassés donc inaccessibles. Pour elles, les B 52 partaient d’Okinawa…à 8.500 kilomètres.

 

Selon Léon Trivière (6), l’aménagement de ces 7 bases a coûté plus de 2 milliards de dollars. Il évalue par ailleurs de façon globale, l’ensemble des aides militaires et économiques à  2,2 milliards de dollars entre 1949 et 1969 : Routes stratégiques, ponts, installations logistiques diverses : 702 millions. Formation et équipement de l'armée thaïe : 200 millions. Contribution au budget de la défense de Bangkok, dont l'armée est portée à 180.000 hommes : « plusieurs centaines de millions », Développement et entraînement des opérations de la police (dont les effectifs sont portés à 90.000 hommes) et des unités paramilitaires dont nous reparlerons… Naturellement, ces énormes travaux sont effectués par les entreprises locales. Mais c'est une goutte d'eau au milieu des au moins 165 miliards de dollars, coût estimé de la guerre pour les Etats-unis !

 

Ce « formidable complexe militaire américain » a enrichi le pays d'un capital inestimable. Les bases  aériennes et le port de Satatip sont toujours en place. On ne faisait pas, avant les travaux pharaoniques, décoller des B 52 des bases thaïes. L'armée américaine a fait travailler selon le même Léon Trivière directement ou indirectement pour elle environ 90.000 Thaïlandais.

 

Les chiffres qu’il nous livre sont –mutatis mutandis – confirmés par d’autres sources (9).

 

A l’apogée de la guerre, il y a plus d’aviateurs de l’US AIR FORCE en Thaïlande qu’au Vietnam :

 

Une pluie de dollars

 

Au plus fort de la guerre (1969) il avait environ 550.000 militaires affectés au Vietnam. 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.
Les effectifs basés en Thaïlande passent successivement de 7.000 en 1964 à 12.000 en 1965, 25.000 en 1966, 40.000 en 1967, 45.000 en 1968, 50.000 en 1969 qui tous font évidemment vivre « le petit commerce local ».
225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.
Il faut également tenir compte des militaires opérant au Vietnam venant par dizaines de milliers pour « repos et récupération » (« le repos du guerrier ») y dépenser leur solde toujours auprès du « petit commerce local », des centaines de millions de baths, mais il est impossible de chiffrer ces deux postes de ressources qui ont profité directement à la population locale. Peut-être y-a-t-il eu quelques pleurs et grincements de dents lorsque la pluie a cessé (10) ? Certains d’ailleurs y restèrent après la chute de Saigon ou y revirent prendre leur retraite, un apport comme un autre à l’économie locale.
225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Le point de départ de la guerre, nous n’allons pas en écrire l’histoire,  qui amplifiera de façon exponentielle l’aide américaine, c’est l’ « incident du golfe du Tonkin » en août 1964 qui autorise le Président Johnson à déclencher la guerre ouverte (11).

Le bilan global ?

 

Citons encore les chiffres donnés par Trivière confirmés par Kislenko : De 1961 à 1966 le taux d'augmentation du produit national brut fut en moyenne de 7,5 % par an (plus du double de celui de la population, 3,2 %), le revenu moyen par habitant a augmenté de 4 % par an, le volume des échanges commerciaux a monté en flèche.

 

Quelques tableaux seulement mais significatifs couvrent en partie cette période :

 

Production de lignite :

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Ce n’est pas un détail ! Le lignite ne sert pas ici à chauffer les domiciles mais à alimenter les centrales thermiques et aussi ….les chaufferies des navires qui transportent les bombes depuis Okinawa à destination des bases de bombardement. Sa production est multipliée par 5.

 

Production de viandes :

 

 

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Augmentation sensible pendant la période « américaine », les G.I ne se nourrissaient pas de riz gluant et de sauterelles grillées.

 

Produits de la pèche :

 

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Une augmentation fulgurante !

 

Postes de radio et de télévision :

 

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Un incontestable signe de progrès dans l’accès à l’information même si elle était partiellement celle de « Voice of America ».

 

Le nombre d’étudiants diplômés :

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L’évolution jusqu’en 1975 est significative.

 

Cette embellie se stabilisera lorsque les américains entameront leur processus de désengagement devenu effectif en 1973. Les relations entre les deux pays se sont refroidies et plus encore. Il y a au moins une raison fondamentale qui nous a conduits à nous poser une question :

 

Les Américains ont-ils pillé le pays ?

 

 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Notre propos n’est évidemment pas de proférer des affirmations gratuites. Quand on voit toutefois le nombre d’objets d’art bouddhiste anciens, beaucoup de provenance thaïe, dans les galeries américaines de vente aux enchères, la question mérité d’être posée même si nous n’avons pas la réponse. Nous savons que l’exportation en est depuis toujours interdite de Thaïlande. Nous vous avons parlé (12) de ces « bai séma », ces bornes sacrées qui délimitent l’enceinte des chapelles d’ordination. Ce sont probablement des monuments d’origine mégalithiques réaffectés religieusement à l’époque Dvaravati. Elles sont spécifiques au nord-ouest et au nord-est. Celles que nous trouvons dans les salles de vente proviennent de toute évidence de l’Isan, région où était implantée l’armée américaine. 

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

S’il en existait au Laos voisin, elles ont été systématiquement anéanties par les bombardements américains. Comment y sont-elles parvenues ? S’il n’y a pas eu de pillage organisé comme le fit Bonaparte en Italie ou les Allemands en Europe plus récemment, il y a certainement eu des pillards.

 

Mais l’incident qui marqua un tournant dans les relations avec les USA fut le vol du linteau du Dieu Naraï. Une longue et bien triste histoire celle du ทับหลัง  นารายณ์ « thap lang Naraï » le linteau du Dieu Naraï à  Phanom rung dans la province de Buriram. Il est sacré pour les Thaïs. Naraï (Vichnou) est l’un des dieux du paradis bouddhiste qui est descendu sur terre sous la  « forme » de Rama pour combattre le mal. En 1964, le linteau disparait, enlevé de nuit par un mystérieux hélicoptère. Un scandale inouï ! Imaginons un hélicoptère  enlevant de nuit à Marseille la statue de « Notre Dame de la garde » ou à New-York celle de la liberté ! On finit par le retrouver par un pur hasard, la visite d’un membre de la famille royale, le prince Diskul, fils du prince Damrong, à l' « Art Institute de Chicago » en 1973 ; Il a été donné par un certain James Alsdorf, ami du président Reagan, l’un de ces richissimes hommes d’affaire américains qui pratiquent le mécénat fiscal  de préférence lorsqu’il ne leur coûte rien. S’il n’y avait pas de pétrole à piller en Thaïlande, il y avait des œuvres d’art. Pendant des années, le gouvernement thaï et de nombreuses associations ou fondations tentent d’obtenir le retour de l’œuvre volée. Tollé général en Thaïlande ... Manifestations violentes devant le musée de résidents thaïs aux USA.  Menace de rupture des relations diplomatiques ..... En décembre 1988 seulement, la Fondation Alsdorf se décide à retourner le linteau en Thaïlande à l’instigation pressante de l’UNESCO. Il fut réinstallé au cours d’une fastueuse cérémonie expiatoire à laquelle participèrent tous les officiels du pays, y compris de nombreux membres de la famille royale ... La rumeur court encore en Thaïlande que des sept Thaïs impliqués dans le vol, six seraient morts de mort violente ?  (13) Jusqu’au groupe de rock « identitaire » et ultra nationaliste Carabao qui se mit de la partie avec une chanson coïncidant avec la visite de Michael Jackson en Thaïlande. Cela ne fit qu’ajouter à leur popularité. Vous en trouverez la traduction en annexe (14). Ils en rajoutèrent quelques mois plus tard avec une chanson au titre évocateur, อเมริกันอันธพาล « amerikan anthaphaan », « salopards d’américains ».

Mais il est certain que cette rapine constitua un élément essentiel dans le refroidissement des rapports entre les deux pays. L’opinion va basculer vers l’antiaméricanisme. Même si les mouvements d’opinion au sein des étudiants et des universitaires ne sont pas forcément symptomatique de l’opinion publique, elle en est au moins un signe  (15).

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

Nous ne pouvons toutefois éluder – mais ce sera l’objet d’un prochain article – l’aide armée sinon massive du moins redoutablement efficace que - au moins - 30.000 volontaires thaïs ont apporté à leur allié. C’est un aspect bien oublié de l’histoire thaïe. En payant de leur sang (quelque 350 morts au combat) mais probablement 20.000 disparus, ils ont remboursé les États-Unis avec usure et n’ont été payés que d’ingratitudes. Voilà bien un aspect aujourd’hui occulté de l’histoire thaïe, il nous appartient de réparer cet « oubli ».

 

***

 

Mais c’est une autre page de l’histoire de la Thaïlande qui va commencer.

 

***

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 222.2  «  QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN) ».

 

(2) La stratégie générale pour la réalisation de ces objectifs était de décentraliser les activités de développement alors menées par le gouvernement central, et les placer sous le contrôle du gouverneur de la province. Pour aider le gouverneur dans ce nouveau rôle, l’USAID fournit de l'équipement, des conseils, du personnel et les fonds provenant du gouvernement central. Ce programme a porté initialement et presque entièrement sur la construction de routes : voir à ce sujet « A BRIEF HISTORY OF USOM SUPPORT TO THE OFFICE OF ACCELERATED RURAL DEVELOPMENT - One of a series of reports on U.S.A.I.D's participation in Thailand's development - Preparedby USOM Office of Field Operations as an internal staff document  » par James W. Dawson, Assistant Program Officer – 1969. disponible sur le site de l’USAID :

http://pdf.usaid.gov/pdf_docs/Pdacr645.pdf#page=4&zoom=auto

A mettre à son actif dans les provinces concernées : multiplication de la circulation automobile (en saison sèche !) : passage de un véhicule par heure pendant la journée à 12-18 par heure ce qui facilite le trafic commercial et industriel, possibilité de circulation des services gouvernementaux, multiplication par 10 de l’activité des postes, création de nouvelles écoles, des centres de sages-femmes et d'autres centres de soins de santé dont le volume a été triplé.

 

(3) Il s’agit des provinces d’Ubon Ratchathani, Nakhon Phanom, Sakon Nakhon, Udonthani, Nong Khai, Loei, Roi Et, Kalasin, Uttaradit, Nan, Chiang Rai, Yala, Pattani, Narathiwat  et Satun, ces quatre dernières sont les provinces du sud essentiellement musulmanes. Le projet put atteindre ses objectifs : fournir des manuels et du matériel pour 1.875.000 enfants dans ces 15 provinces, former un certain nombre de « superviseur » responsables de l'éducation, leur fournir des véhicules et les équipements nécessaires, créer cinq unités mobiles de formation dans le commerce, la mécanique et les techniques dans les zones rurales. En 1966, un montant total de 738.050 dollars a été consacré à ce projet. Les États-Unis ont contribué pour 545.000 et le solde par le gouvernement thaïlandais. Trente enseignants ont été envoyés aux États-Unis pour suivre une formation et trente autres ont fait des visites d'étude dans de nombreux pays tiers. Le projet s’est continué les années suivantes dans trois autres provinces, Surin, Buriram et Sisaket.

 

(4) Le programme en 1964 du parti communiste de Thaïlande ou Front patriotique thaï  (พรรค คอมมิวนิสต์ แห่ง ประเทศไทย, พ ค ท) en six points est sans équivoque : « Renverser le gouvernement actuel, débarrasser le pays de l'impérialisme américain, et de coopérer avec les« forces de paix internationales » « Développer l'économie nationale » « Améliorer le niveau de vie » « Réforme agraire » « Éliminer la corruption » « Développer la santé, l'éducation et le bien-être social ».

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

(5) Propos du Président Kennedy cités par Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

 

(6) Sur cette implantation – et cette aide - militaire, voir en particulier l’article de Léon Trivière in « Les études » de mai 1974 (la revue des RP Jésuites) « La révolution d’octobre en Thaïlande ».

 

(7) Un bel exemple d’une opération « exfiltration » dans le film Rambo II qui a toutefois été tourné … au Mexique !

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

(8) Cette affirmation mensongère déshonore à tout jamais la mémoire du président Kennedy et de ses deux successeurs qui n’en avaient nul besoin tout comme elle fait honte à ceux qui ont attribué le prix Nobel de la paix à Kissinger. Nous le verrons plus bas.

 

(9) « A Not So Silent Partner : Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina » par Arne Kislenko in « Journal of Conflict Studies » Vol. XXIV No. 1, été 2004

 

(10) La fermeture des bases américaines en France en 1966 voulue par le Général De Gaulle a suscité quelques récriminations dans les petits commerces locaux !

 

(11) Des destroyers américains patrouillant dans le golfe du Tonkin au large de la côte du nord-Vietnam dans les eaux internationales auraient été attaqués par des torpilleurs nord-vietnamiens. C’est la version officielle destinée à faire avaler à l’opinion publique américaine l’engagement de ses boys dans une guerre active alors qu’auparavant, les militaires présents au sud-Vietnam n’étaient que des « conseillers ». Opération de propagande de la NSA (National security agency) ou vérité ? L’essentiel des archives concernant cette affaire n’ont pas été déclassées. Ce qui est certain, c’est que les faucons de Washington voulaient la guerre.

 
225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

(12) Notre article A 196  « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ». Note 9.

 

(13) C’est semble-t-il de cette époque que date une opération de pillage similaire sur le site de Ban Chiang (dégagé en 1966). A qui en imputer l’origine ?  Nous lisons sur le site de  PBS NW HOUR à la date du  23 novembre 2014 : « Cette semaine, les États-Unis ont rendu des centaines d'objets anciens (552 pièces) en Thaïlande -que les fonctionnaires disent- ont été pillées il y a des décennies d'un site archéologique de 5.000 ans classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. La collection d'objets de bronze, de la poterie, des outils de pierre, des perles et des moules de grès a été renvoyé mercredi au cours d'une cérémonie au Musée national de la Thaïlande à Bangkok. Les artefacts ont été trouvés en 2008, lors d'une opération de police sur le Musée Bowers à Santa Ana, en Californie, après une enquête fédérale ayant duré cinq ans. Le musée a accepté de retourner les articles en échange d'une amnistie pour son personnel. Mais quand le chargé d'affaires américain, W. Patrick Murphy, a remis les artefacts à la Thaïlande, il a assuré aux journalistes que les personnes qui auraient été impliquées devraient faire face à des accusations criminelles ». Le site n’a été réellement protégé qu’à partir de 1970. Les ventes aux enchères de prestigieuses officines – curieusement toutes américaines – continuent à proposer aux collectionneurs des objets (poteries en général) provenant du site sans en donner la source. Pillage de militaires américains cupides ? Vente pour une poignée de satangs par les locaux à des militaires américains peut-être commandités par cupides collectionneurs ? Qui connaissait le site à l’époque et qui pouvait y accéder sans difficultés ? N’épiloguons pas. Un essai sur Google « auction ban chiang pottery » des centaines de réponse ! Provenance ? Essentiellement des USA.

225 - L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970.

(14)                                                     

 Le linteau 

 

Ce bloc de pierre, c'est le linteau que les Thaïs réclament aux États Unis.
Nous désirons récupérer ce bien qu'ils nous ont pris.
Pourquoi l'ont- ils pris aux Thaïs?
Leurs hélicoptères étaient basés en Thaïlande pendant la guerre du Viet-Nam.
Quand ils sont partis ils ont tout pris avec eux, même notre linteau.
Et ils désirent garder un pied en Thaïlande.
Ils nous demandent maintenant d'ouvrir des bases militaires ici.
La ville de Phra Narai a disparu avec le linteau, entouré d'un prestige que les Thaïs n'ont jamais oublié.
Narai Narai Narai, le linteau de Narai.
Le linteau de Narai couché, c'est l'orgueil de notre peuple.
Le linteau de Narai couché, les Thaïlandais sont fiers de l'histoire de ce pays en forme de hache d'or.
Elle a uni toutes les générations, toutes les familles, toutes les cultures.
Le linteau de Narai est maintenant dans un musée à Chicago.
C'est un bloc de mille kilos.
Les enfants demandent d'où il vient.
Ils se fichent de Phra Narai, ce n'est pas Michael Jackson.
Reprenez votre Michael Jackson, rendez-nous notre Phra Narai!
Parce que nous ne ressentons pas les mêmes choses.
Parce que nous ne comprenons pas les mêmes choses.
Le linteau de Narai est chargé de vertus pour les Thaïs, alors que vous le conservez simplement par goût.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen de faire la paix.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen, pas moyen...
A quoi sert votre statue de la liberté puisque vous refusez de rendre le linteau de Narai aux Thaïs.

 

(15) Le Committee of Concerned  asian Scholars (CCAS) a été fondée en 1968 par un groupe d'étudiants diplômés et de jeunes professeurs dans le cadre de l'opposition à la guerre américaine. La branche thaïe rédige le 30 Mars 1969 la déclaration d'intention suivante : « Nous sommes opposés à l'agression brutale des Etats-Unis au Vietnam et à la complicité ou au silence de notre profession à l'égard de cette politique... Nous sommes préoccupés par la réticence actuelle des spécialistes à se prononcer contre les conséquences d'une politique asiatique destinée à assurer la domination américaine sur une grande partie de l'Asie. … Nous nions la légitimité de cet objectif et devons tenter de changer cette politique. Nous reconnaissons que la structure actuelle de la profession a souvent perverti et aliéné beaucoup de gens sur le terrain… Notre Comité vise à développer une compréhension humaine des sociétés asiatiques, déploie des efforts pour maintenir l'intégrité culturelle et pour faire face à des problèmes tels que la pauvreté, l'oppression et l'impérialisme…  Notre organisation est conçue pour fonctionner comme un catalyseur, un réseau de communication pour les chercheurs asiatiques et occidentaux…  Le roi Bhumibol a déclaré que les troupes thaïlandaises au Vietnam du Sud participaient à la lutte « pour la liberté » (!) et à protéger la sécurité de cette partie du monde. Nous devons réaliser que le but final de l'agression est de détruire ce que nous avons, y compris la nation thaïlandaise elle-même ».

 

"

C’est d’elles que partiront plus de 80 % des frappes aériennes qui ravageront le nord-Vietnam. 

 

Celui-ci a certes a mis en garde la Thaïlande en lui demandant de ne pas autoriser les États-Unis à utiliser le pays comme base de départ pour les bombardements mais la Thaïlande a toujours nié l’évidence, la presse de l’époque gardait un silence pesant et censuré et tant du côté thaï que du côté américain, la plupart des documents ne sont pas déclassés donc inaccessibles. Pour elles, les B 52 partaient d’Okinawa…à 8.500 kilomètres.

 

Selon Léon Trivière (6), l’aménagement de ces 7 bases a coûté plus de 2 milliards de dollars. Il évalue par ailleurs de façon globale, l’ensemble des aides militaires et économiques à  2,2 milliards de dollars entre 1949 et 1969 : Routes stratégiques, ponts, installations logistiques diverses : 702 millions. Formation et équipement de l'armée thaïe : 200 millions. Contribution au budget de la défense de Bangkok, dont l'armée est portée à 180.000 hommes : « plusieurs centaines de millions », Développement et entraînement des opérations de la police (dont les effectifs sont portés à 90.000 hommes) et des unités paramilitaires dont nous reparlerons… Naturellement, ces énormes travaux sont effectués par les entreprises locales. Mais c'est une goutte d'eau au milieu des au moins 100 miliards de dollars, coût estimé de la guerre pour les Etats-unis !

 

Ce « formidable complexe militaire américain » a enrichi le pays d'un capital inestimable. Les bases  aériennes et le port de Satatip sont toujours en place. On ne faisait pas, avant les travaux pharaoniques, décoller des B 52 des bases thaïes. L'armée américaine a fait travailler selon le même Léon Trivière directement ou indirectement pour elle environ 90.000 Thaïlandais.

 

Les chiffres qu’il nous livre sont –mutatis mutandis – confirmés par d’autres sources (9).

 

A l’apogée de la guerre, il y a plus d’aviateurs de l’US AIR FORCE en Thaïlande qu’au Vietnam :

 

Une pluie de dollars

 

Au plus fort de la guerre (1969) il avait environ 550.000 militaires affectés au Vietnam. Les effectifs basés en Thaïlande passent successivement de 7.000 en 1964 à 12.000 en 1965, 25.000 en 1966, 40.000 en 1967, 45.000 en 1968, 50.000 en 1969 qui tous font évidemment vivre « le petit commerce local ». Il faut également tenir compte des militaires opérant au Vietnam venant par dizaines de milliers pour « repos et récupération » (« le repos du guerrier ») y dépenser leur solde toujours auprès du « petit commerce local », des centaines de millions de baths, mais il est impossible de chiffrer ces deux postes de ressources qui ont profité directement à la population locale. Peut-être y-a-t-il eu quelques pleurs et grincements de dents lorsque la pluie a cessé (10) ? Certains d’ailleurs y restèrent après la chute de Saigon ou y revirent prendre leur retraite, un apport comme un autre à l’économie locale.

 

Le point de départ de la guerre, nous n’allons pas en écrire l’histoire,  qui amplifiera de façon exponentielle l’aide américaine, c’est l’ « incident du golfe du Tonkin » en août 1964 qui autorise le Président Johnson à déclencher la guerre ouverte (11).

 

Le bilan global ?

 

Citons encore les chiffres donnés par Trivière confirmés par Kislenko : De 1961 à 1966 le taux d'augmentation du produit national brut fut en moyenne de 7,5 % par an (plus du double de celui de la population, 3,2 %), le revenu moyen par habitant a augmenté de 4 % par an, le volume des échanges commerciaux a monté en flèche.

Quelques tableaux seulement mais significatifs couvrent en partie cette période :

 

Production de lignite :

 

Ce n’est pas un détail ! Le lignite ne sert pas ici à chauffer les domiciles mais à alimenter les centrales thermiques et aussi ….les chaufferies des navires qui transportent les bombes depuis Okinawa à destination des bases de bombardement. Sa production est multipliée par 5.

 

Production de viandes :

 

Augmentation sensible pendant la période « américaine », les G.I ne se nourrissaient pas de riz gluant et de sauterelles grillées.

 

Produits de la pèche :

Une augmentation fulgurante !

 

Postes de radio et de télévision :

Un incontestable signe de progrès dans l’accès à l’information même si elle était partiellement celle de « Voice of America ».

 

Le nombre d’étudiants diplômés :

L’évolution jusqu’en 1975 est significative.

***

Cette embellie se stabilisera lorsque les américains entameront leur processus de désengagement devenu effectif en 1973. Les relations entre les deux pays se sont refroidies et plus encore. Il y a au moins une raison fondamentale qui nous a conduits à nous poser une question :

 

Les Américains ont-ils pillé le pays ?

 

Notre propos n’est évidemment pas de proférer des affirmations gratuites. Quand on voit toutefois le nombre d’objets d’art bouddhiste anciens, beaucoup de provenance thaïe, dans les galeries américaines de vente aux enchères, la question mérité d’être posée même si nous n’avons pas la réponse. Nous savons que l’exportation en est depuis toujours interdite de Thaïlande. Nous vous avons parlé (12) de ces « bai séma », ces bornes sacrées qui délimitent l’enceinte des chapelles d’ordination. Ce sont probablement des monuments d’origine mégalithiques réaffectés religieusement à l’époque Dvaravati. Elles sont spécifiques au nord-ouest et au nord-est. Celles que nous trouvons dans les salles de vente proviennent de toute évidence de l’Isan, région où était implantée l’armée américaine. S’il en existait au Laos voisin, elles ont été systématiquement anéanties par les bombardements américains. Comment y sont-elles parvenues ? S’il n’y a pas eu de pillage organisé comme le fit Bonaparte en Italie ou les Allemands en Europe plus récemment, il y a certainement eu des pillards.

 

Mais l’incident qui marqua un tournant dans les relations avec les USA fut le vol du linteau du Dieu Naraï. Une longue et bien triste histoire celle du ทับหลัง  นารายณ์ « thap lang Naraï » le linteau du Dieu Naraï à  Phanom rung dans la province de Buriram. Il est sacré pour les Thaïs. Naraï (Vichnou) est l’un des dieux du paradis bouddhiste qui est descendu sur terre sous la  « forme » de Rama pour combattre le mal. En 1964, le linteau disparait, enlevé de nuit par un mystérieux hélicoptère. Un scandale inouï ! Imaginons un hélicoptère  enlevant de nuit à Marseille la statue de « Notre Dame de la garde » ou à New-York celle de la liberté ! On finit par le retrouver par un pur hasard, la visite d’un membre de la famille royale, le prince Diskul, fils du prince Damrong, à l' « Art Institute de Chicago » en 1973 ; Il a été donné par un certain James Alsdorf, ami du président Reagan, l’un de ces richissimes hommes d’affaire américains qui pratiquent le mécénat fiscal  de préférence lorsqu’il ne leur coûte rien. S’il n’y avait pas de pétrole à piller en Thaïlande, il y avait des œuvres d’art. Pendant des années, le gouvernement thaï et de nombreuses associations ou fondations tentent d’obtenir le retour de l’œuvre volée. Tollé général en Thaïlande ... Manifestations violentes devant le musée de résidents thaïs aux USA.  Menace de rupture des relations diplomatiques ..... En décembre 1988 seulement, la Fondation Alsdorf se décide à retourner le linteau en Thaïlande à l’instigation pressante de l’UNESCO. Il fut réinstallé au cours d’une fastueuse cérémonie expiatoire à laquelle participèrent tous les officiels du pays, y compris de nombreux membres de la famille royale ... La rumeur court encore en Thaïlande que des sept Thaïs impliqués dans le vol, six seraient morts de mort violente ?  (13) Jusqu’au groupe de rock « identitaire » et ultra nationaliste Carabao qui se mit de la partie avec une chanson coïncidant avec la visite de Michael Jackson en Thaïlande. Cela ne fit qu’ajouter à leur popularité. Vous en trouverez la traduction en annexe (14). Ils en rajoutèrent quelques mois plus tard avec une chanson au titre évocateur, อเมริกันอันธพาล « amerikan anthaphaan », « salopards d’américains ».

 

Mais il est certain que cette rapine constitua un élément essentiel dans le refroidissement des rapports entre les deux pays. L’opinion va basculer vers l’antiaméricanisme. Même si les mouvements d’opinion au sein des étudiants et des universitaires ne sont pas forcément symptomatique de l’opinion publique, elle en est au moins un signe  (15).

***

Nous ne pouvons toutefois éluder – mais ce sera l’objet d’un prochain article – l’aide armée sinon massive du moins redoutablement efficace que - au moins -  30.000 volontaires thaïs ont apporté à leur allié. C’est un aspect bien oublié de l’histoire thaïe. En payant de leur sang (quelque 350 morts au combat) mais probablement 20.000 disparus, ils ont remboursé les États-Unis avec usure et n’ont été payés que d’ingratitudes. Voilà bien un aspect aujourd’hui occulté de l’histoire thaïe, il nous appartient de réparer cet « oubli ».

***

Mais c’est une autre page de l’histoire de la Thaïlande qui va commencer.

***

 

NOTES

(1) Voir notre article 222.2  «  QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE REGIME DU « FIELD MARSHAL » SARIT (FIN) ».

 

(2) La stratégie générale pour la réalisation de ces objectifs était de décentraliser les activités de développement alors menées par le gouvernement central, et les placer sous le contrôle du gouverneur de la province. Pour aider le gouverneur dans ce nouveau rôle, l’USAID fournit de l'équipement, des conseils, du personnel et les fonds provenant du gouvernement central. Ce programme a porté initialement et presque entièrement sur la construction de routes : voir à ce sujet « A BRIEF HISTORY OF USOM SUPPORT TO THE OFFICE OF ACCELERATED RURAL DEVELOPMENT - One of a series of reports on U.S.A.I.D's participation in Thailand's development - Preparedby USOM Office of Field Operations as an internal staff document  » par James W. Dawson, Assistant Program Officer – 1969. disponible sur le site de l’USAID :

http://pdf.usaid.gov/pdf_docs/Pdacr645.pdf#page=4&zoom=auto

A mettre à son actif dans les provinces concernées : multiplication de la circulation automobile (en saison sèche !) : passage de un véhicule par heure pendant la journée à 12-18 par heure ce qui facilite le trafic commercial et industriel, possibilité de circulation des services gouvernementaux, multiplication par 10 de l’activité des postes, création de nouvelles écoles, des centres de sages-femmes et d'autres centres de soins de santé dont le volume a été triplé.

 

(3) Il s’agit des provinces d’Ubon Ratchathani, Nakhon Phanom, Sakon Nakhon, Udonthani, Nong Khai, Loei, Roi Et, Kalasin, Uttaradit, Nan, Chiang Rai, Yala, Pattani, Narathiwat  et Satun, ces quatre dernières sont les provinces du sud essentiellement musulmanes. Le projet put atteindre ses objectifs : fournir des manuels et du matériel pour 1.875.000 enfants dans ces 15 provinces, former un certain nombre de « superviseur » responsables de l'éducation, leur fournir des véhicules et les équipements nécessaires, créer cinq unités mobiles de formation dans le commerce, la mécanique et les techniques dans les zones rurales. En 1966, un montant total de 738.050 dollars a été consacré à ce projet. Les États-Unis ont contribué pour 545.000 et le solde par le gouvernement thaïlandais. Trente enseignants ont été envoyés aux États-Unis pour suivre une formation et trente autres ont fait des visites d'étude dans de nombreux pays tiers. Le projet s’est continué les années suivantes dans trois autres provinces, Surin, Buriram et Sisaket.

 

(4) Le programme en 1964 du parti communiste de Thaïlande ou Front patriotique thaï  (พรรค คอมมิวนิสต์ แห่ง ประเทศไทย, พ ค ท) en six points est sans équivoque : « Renverser le gouvernement actuel, débarrasser le pays de l'impérialisme américain, et de coopérer avec les« forces de paix internationales » « Développer l'économie nationale » « Améliorer le niveau de vie » « Réforme agraire » « Éliminer la corruption » « Développer la santé, l'éducation et le bien-être social ».