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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 22:02

 « L’EXPIATION AVANT L’ABSOLUTION ».

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

 

Le traité entre le Siam et l’Angleterre signé à Singapour le 1er janvier 1946 est d’une instructive lecture (1).  

 

Notons que nous parlerons tout au long de cet article de « Siam » et non plus de « Thaïlande » : Dès le déclenchement de la guerre en effet, les Anglais considérèrent que la connotation du mot Thaïlande était par trop irrédentiste, à chacun ses préoccupations sémantiques, aussi futiles soient-elles, ce ne fut pas celle des Américains !

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Rédigé seulement en anglais, Il porte le titre de « Accord pour la fin de l’état de guerre » (pourquoi ne pas parler de « paix » ?) et a été signé à Singapour le 1er janvier 1946. Avant de nous pencher sur les circonstances de sa signature et son contenu, il nous faut bien évidemment souligner dans son introduction quelques traits dont on ne sait trop s’ils sont de l’humour anglais ou pure hypocrisie de Pridi ? (2)

 

Citons le premier paragraphe de son préambule « Considérant que, par une proclamation faite à Bangkok le 16 Août 1945, le Régent de Siam a fait, au nom de Sa Majesté le Roi de Siam, proclamer la déclaration de guerre faite par le Siam, le 25 Janvier 1942, contre le Royaume-Uni être nulle et non avenue en ce qu'elle a été faite contrairement à la volonté du peuple siamois et en violation de la Constitution et des lois de Siam »…

 

La volonté du peuple siamois ?

 

On peut évidemment se poser des questions sur cette affirmation par laquelle le régent semble bien assimiler sa propre volonté avec celle du peuple siamois ! Il semble bien (voir NiK Anuar et Nik Mah note 1) que si les Anglais estimaient que la majorité du peuple était contre les Japonais, elle n’était pas non plus en faveur des alliés, Ce serait la raison pour laquelle, après l’entrée des Japonais en Thaïlande le 8 décembre 1941 les Anglais considérèrent le pays comme territoire occupé sous contrainte par l’ennemi.

 

Lors du traité d’alliance de la Thaïlande avec le Japon, quelques jours plus tard, les Anglais se refusent à déclarer la guerre pensant que la population deviendrait irrémédiablement antijaponaise lorsqu’elle se rendrait compte du comportement des troupes d’occupation et ce d’autant plus que l’évolution de la situation militaire dans le Pacifique était éminemment incertaine ! En tout état de cause, le Siam était alors régi par la constitution de décembre 1932, laquelle conférait à l’Assemblée des représentants du peuple (censée représenter la volonté du peuple siamois) toute latitude et toutes compétences pour faire « tomber le gouvernement » (3) avant la chute de Pibun le 1er août 1944 !

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

La violation de la constitution et des lois du Siam

 

La référence aux « lois du Siam » (lesquelles ?) ne veut strictement rien dire. La référence à la constitution est précise mais d’une totale et définitive mauvaise foi puisque Pridi qui en était au moins partiellement le rédacteur ne pouvait en ignorer les termes : « Article 54. Le Roi déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités avec les Etats étrangers. Une déclaration de guerre ne peut intervenir que si elle n'est pas contraire aux dispositions du pacte de la Société des Nations. ».

 

Qui pouvait déclarer la guerre en l’absence du roi Ananda, alors en Suisse ? L’absence du roi est prévue par l’article 10 de la constitution (4), le pouvoir exécutif est exercé par le régent ou le conseil de régence. Lors de la déclaration de guerre, le conseil de régence est composé du Prince Arthityathiparpa, de Chao Phraya Yamaraja et du général Chao Phraya Pichayendrayodhin. Or, la déclaration de guerre a été signée du General Chao Phraya Pichayendrayodhin et de Chao Phraya Yamaraja. L’article 10 de la constitution ne donne aucun élément sur le fonctionnement du conseil de régence et surtout ne précise nulle part que ses décisions doivent être prises à l’unanimité.

 

Il semble donc que la déclaration de guerre a été effectuée de façon parfaitement légale.

 

On peut supposer que ce texte, rédigé par Pridi, juriste d’excellente formation, était simplement destiné à leurrer ses interlocuteurs anglais, indiens ou australiens dont on peut penser qu’aucun n’avait pris la peine de lire la constitution de 1936.

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Les mouvements de résistance

 

D’autres paragraphes de ce préambule ne contiennent que de belles déclarations d’intention dans un style très diplomatique mais sans intérêt sur le fond. Le dernier d’entre eux est de la même farine que celui que nous venons de citer : « Considérant que le Gouvernement du Royaume-Uni et le Gouvernement de l'Inde, en considération des actes de répudiation déjà menées par le Gouvernement siamois, et non oublieux des services rendus par le mouvement de résistance au Siam pendant la guerre avec le Japon, le désir de amener l'état de guerre à une fin immédiate ».

 

Nous avons longuement abordé la question du mouvement des Frees thais (5) et pouvons sourire devant cette affirmation, sachant que ce mouvement de « résistance » n’a jamais réalisé le moindre fait d’arme contre les Japonais et …c’est surtout développé lorsque la défaite des troupes japonaises était devenue une inéluctable certitude. Plus concrètement, en ce qui concerne par exemple le seul cas du maquis de Tiang Sirikhan monté en mai 1945, dans la forêt de Phupan (près de Sakonnakhon) et comprenant une centaine d’hommes, nous savons qu’il reçut en parachutage 34 tonnes d’armes, de quoi armer une division entière (6) et que ces armes ont probablement passé la frontière du Mékong pour aller alimenter en 1946 les maquis anti-français dans le nord du Laos où Tiang a probablement trouvé une fin sans gloire ?

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

La « Libération ».

 

La capitulation japonaise intervient le 15 août, sans que la « résistance » ait engagé la moindre action. Le lendemain, Pridi qui souhaite évidemment voir son pays s’en sortir à moindre frais, lance sa proclamation de paix, et annonce que le Siam était prêt à restituer la Grande-Bretagne, les quatre sultanats malais et les deux États shans, ainsi qu'à réparer les dommages causés aux citoyens anglais et américains. L'Assemblée des Représentants du Peuple approuvait à l'unanimité cette déclaration.

 

Le 16 août, le cabinet Kuang Aphayavong remettait au Régent sa démission officialisée le 31. La « Résistance » contrôle la capitale, Pibun est arrêté, Des agents américains arrivés à Bangkok sont fêtés comme des libérateurs. Ils déclarent en effet que jamais les États-Unis n'ont considéré la Thaïlande comme un pays ennemi. Telle ne sera pas l’attitude des Britanniques qui persistent à considérer « le Siam » comme un pays ennemi. Bangkok s'inquiète.  

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Le gouvernement de transition de Bunyaket est formé le  31 août et déclare devant la chambre que son intention est d’exécuter la proclamation royale du 16 août.  Mountbatten qui a été nommé commandant suprême des forces alliées en Asie du Sud-Est (SACSEA) depuis 1943 convoque à son quartier général de Kandy (à Ceylan) des plénipotentiaires siamois pour y signer un accord sur les modalités de l'entrée au Siam des troupes britanniques chargées du désarmement des Japonais. Selon diverses sources américaines (citées en abondance en particulier par Tarlin « ATONEMENT BEFORE ABSOLUTION : BRITISH POLICY TOWARDS THAILAND DURING WORLD WAR II », note 1) l'intervention de Washington évite au Siam le pire.

 

Un accord militaire est effectivement signé le 8 septembre. Mais le Siam est placé entre les États-Unis qui le considèrent comme un allié et la Grande-Bretagne et ses colonies qui le considèrent comme un pays ennemi contre lequel ils sont toujours juridiquement en guerre. Le 17 septembre, le cabinet de Bunyaket cède la place à Seni Pramot revenu dare-dare de Washington pour former le nouveau gouvernement dont le programme exposé à la chambre le 19 septembre est, en politique intérieure, instauration d'un régime démocratique fondé sur la Constitution, en politique extérieure, coopération avec les Nations Unies.

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Les entretiens anglo-siamois, commencés en septembre à Kandy, dans des circonstances difficiles, sont repris à Singapour en décembre. L'attitude britannique s'est assouplie probablement devant l'attitude du gouvernement de Washington et de la presse américaine.

 

Le traité de paix anglo-siamois est signé le 1er janvier 1946 à Singapour, du côté anglais par le diplomate Sir Maberley Esler Dening, collaborateur direct de Mountbatten, 

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

du côté du gouvernement des Indes par Madhav Shrihari Aney, 

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

du côté thaï par le Prince Viwatchai Chaiyant (หม่อมเจ้าวิวัฒนไชย ไชยันต์), 

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

le lieutenant-General Phraya Abhai Songgram (พระยาอภัยสงคราม) qui fut plusieurs fois ministre, en 1934, en 1936, en 1937 et en 1938 et par Nai Sem Vinicchayakul (เสริม วินิจฉัยกุล), un financier qui sera gouverneur de la banque de Thaïlande en 1947 et plusieurs fois ministre des finances, de janvier à octobre 1958, de 1969 à 1971 et de 1972 à 1973. 

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Les deux premiers articles concernent la répudiation de toutes les mesures prises en exécution de la déclaration de guerre du 25 Janvier 1942 ainsi que les acquisitions de territoires au détriment des britanniques postérieures et 7 décembre 1941 et de réparer les dommages causés aux intérêts britanniques dans ces territoires. Les articles 3, 4 et 5 développent cette question.

 

L’article 6 constitue une véritable déclaration d’intention pour la politique étrangère siamoise à venir, compte tenu de l’importance du pays pour la défense de la Malaisie, de la Birmanie, de l’Inde et de l’Indochine et de l’Océan Indien. L’accession de tous ces pays à l’indépendance dans les immédiates années suivantes rendit évidemment cette décision de principe rapidement obsolète.

 

L’article 7, c’est le vieux serpent de mer du canal de l’Isthme de Kra. Nous savons que les Anglais ont toujours entendu rester maîtres du trafic maritime dans le détroit de Malacca. Les Siamois s’interdisent à nouveau de percer ce canal sans l’accord des Anglais, reprenant ce faisant les engagements antérieurs de 1893 et 1909 (7).  

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Par les articles 8 et 9 Le Siam s'engage à rétablir les relations commerciales et de navigation, à signer avec l'Angleterre un traité d'établissement, de commerce et de navigation sur la base de certains principes spécifiés et à participer à toute convention internationale sur l'étain et le caoutchouc, en accord avec l’organisation des Nations Unies. Le même engagement est souscrit à l’égard des Indes par l’article 10.

 

Dans l’attente (article 11) les dispositions du Traité de commerce et de navigation signé à Bangkok le 23 Novembre 1937 retrouvent leur application.

 

Par l’article 12, le Siam s’engage et à participer à toute convention internationale sur l'étain et le caoutchouc, en accord avec l’organisation des Nations Unies ou son conseil économique et social.

 

Article 13 : Le Siam s'engage en outre à interdire, au plus tard jusqu'au 1er septembre 1947, toute exportation de riz, d'étain, de caoutchouc et de teck, sauf sur décision des « Boards » alliés, d’en réglementer le commerce et d’en stimuler la production.

 

Article 14 et 15 : Le Siam doit livrer à titre de « don gratuit » (dommages de guerre !), à une organisation à spécifier, une quantité de riz égale à tous les surplus accumulés, sans pouvoir cependant dépasser 1.500.000 tonnes de riz ou son équivalent en paddy. Jusqu'en 1947, il livrera également à cette organisation tous les surplus provenant des diverses récoltes.

 

C’est ce que Tarling (note 1) appelle « Atonement before absolution » (l’expiation avant l’absolution).

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Article 16 : Le Siam s'engage encore à accorder à l'aviation civile britannique un traitement qui ne pourrait être moins favorable que celui obtenu par les «Imperial Airways » en 1937. Article 17 : Le Siam s’engage à participer aux mesures et accords de sécurité, approuvés par l'O. N. U., qui pourraient intervenir dans le Sud-Est asiatique.

 

Enfin tous les traités, accords et conventions existant au 7 décembre 1941 étaient remis en vigueur par les articles 19 à 21.

 

Selon l’article 22, le gouvernement du Royaume-Uni et le Gouvernement de l'Inde engagent également à soutenir la candidature de Siam à l'adhésion à l'Organisation des Nations Unies.

 

Une disposition finale contient (tout de même) une disposition relative à l’entretien réciproque des sépultures de guerre (8).

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Si la question de la restitution des territoires occupés ne posa pas de difficultés, celle de la livraison gratuite de riz en causa beaucoup plus. Ce riz était destiné par les Britanniques aux Malais qui en avaient un cruel défaut. Mais il était détenu par des grossistes chinois qui préférèrent le faire transiter en fraude vers la Malaisie ou Hong Kong où ils le vendaient, compte tenu de la pénurie, à un prix bien supérieur au cours officiel. Les stocks étaient par ailleurs de 800.000 tonnes.

208 - LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES

Intervient alors le 6 mai 1946, un accord tripartite auquel participaient les Américains remplaça les livraisons gratuites par lachat de 1.200.000 tonnes de riz par la Grande-Bretagne au prix de 12 livres 14 shillings la tonne (9). 

Notes et références.

 

(1) Sources :

texte du traité http://treaties.fco.gov.uk/docs/pdf/1951/TS0010.pdf).

Il a malheureusement été peu étudié par les auteurs français (Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » 1969, lui consacre une page, Philippe Mullender in « L'évolution récente de la Thaïlande » In  Politique étrangère, n°2 - 1950 lui en consacre deux. Les sources anglaises sont beaucoup plus complètes : de l’historien anglais Nicolas Tarling « RICE AND RECONCILIATION : THE ANGLO-THAI PEACE NEGOTIATIONS OF 1945 » publié dans le Journal de la Siam society, 1978, volume I, pages 60-111, du même « ATONEMENT BEFORE ABSOLUTION : BRITISH POLICY TOWARDS THAILAND DURING WORLD WAR II » in Proceedings of the Seventh IAHA [International Association of Historians of Asia] Conference (Bangkok) 2: 1433–1449. NiK Anuar et Nik Mahmud « Anglo-american negociations on the post warm Settlements with Siam- a survey » publication de Universiti Kebangsaan Malaysia 1980, p. 193-205).

 

(2) Rappelons qu’à cette date, après l’éviction de Pibun, le cabinet est dirigé (jusqu’au 31 août 1945) par le Major Kuang Abhayavongsa et que Pridi est régent.

 

(3) Voir notre article 189-2 « La constitution du 10 décembre 1932 – suite et fin ».

 

(4) Voir notre article 189-1 « La constitution du 10 décembre 1932 ».

 

(5) Voir notre article 202 « LA RÉSISTANCE DES THAÏLANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE ».

 

(6) Voir notre article 203 « TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN ».

 

(7) Voir notre R 8 « Pourquoi le roi Chulalongkorn a refusé le projet du canal de Kra ».

 

(8) Chaque pays a ses préoccupations, dans le traité siamo-australien du 3 avril 1946, la question de l’entretien des tombes vient immédiatement en tête.

 

(9) Sur cette question, voir l’article de Tarling Nicolas Tarling « RICE AND RECONCILIATION : THE ANGLO-THAI PEACE NEGOTIATIONS OF 1945 » cité note 1.

Intervient alors le 6 mai 1946, un accord tripartite auquel participaient les Américains remplaça les livraisons gratuites par l’achat de 1.200.000 tonnes de riz par la Grande-Bretagne au prix de 12 livres 14 shillings la tonne (Notes et références.

 

(1) Sources : texte du traité http://treaties.fco.gov.uk/docs/pdf/1951/TS0010.pdf).

Il a malheureusement été peu étudié par les auteurs français (Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » 1969, lui consacre une page, Philippe Mullender in « L'évolution récente de la Thaïlande » In  Politique étrangère, n°2 - 1950 lui en consacre deux. Les sources anglaises sont beaucoup plus complètes : de l’historien anglais Nicolas Tarling « RICE AND RECONCILIATION : THE ANGLO-THAI PEACE NEGOTIATIONS OF 1945 » publié dans le Journal de la Siam society, 1978, volume I, pages 60-111, du même « ATONEMENT BEFORE ABSOLUTION : BRITISH POLICY TOWARDS THAILAND DURING WORLD WAR II » in Proceedings of the Seventh IAHA [International Association of Historians of Asia] Conference (Bangkok) 2: 1433–1449. NiK Anuar et Nik Mahmud « Anglo-american negociations on the post warm Settlements with Siam- a survey » publication de Universiti Kebangsaan Malaysia 1980, p. 193-205).

(2) Rappelons qu’à cette date, après l’éviction de Pibun, le cabinet est dirigé (jusqu’au 31 août 1945) par le Major Kuang Abhayavongsa et que Pridi est régent.

(3) Voir notre article 189-2 « La constitution du 10 décembre 1932 – suite et fin ».

(4) Voir notre article 189-1 « La constitution du 10 décembre 1932 ».

(5) Voir notre article 202 « LA RÉSISTANCE DES THAÏLANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE ».

(6) Voir notre article 203 « TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN ».

(7) Voir notre R 8 « Pourquoi le roi Chulalongkorn a refusé le projet du canal de Kra ».).

 
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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 22:01
207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle.

 

Le 15 août 1945, l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 16 août 1945, le Régent Pridi, proclamait au nom du roi, que la déclaration de guerre faite par le Siam, le 25 Janvier 1942, contre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, était nulle et non avenue en ce qu'elle avait été faite contrairement à la volonté du peuple siamois et en violation de la Constitution et des lois de Siam. Il affirmait également que le Siam était prêt à restituer les territoires annexés en Malaisie et en Birmanie. (Remarquons que Pridi utilise de nouveau « Siam » pour désigner son pays).

 

Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, on se doute qu’une nouvelle page de l’histoire de la Thaïlande allait s’écrire, d’une part parce que le monde allait se réorganiser après les accords de Yalta et la création de l’ONU, et d’autre part par l’incertitude qui pouvait planer sur le sort que lui réserveraient les grandes puissances occidentales, surtout la Grande-Bretagne et la France qui n’avaient pas renoncé à retrouver leur empire colonial d’avant-guerre.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.
207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

En effet, la Thaïlande avait été l’alliée du Japon, mais en même temps, un mouvement Free Thais aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne avait clairement pris position contre la politique de collaboration choisie par son pays, et s’était organisé pour combattre les Japonais avec l’aide des services secrets britannique, américain, et chinois. A l’intérieur, sous l’égide du régent Pridi et du Chef de la police Adun, une résistance à l’occupant avait été reconnue par les Alliés. (Cf. Nos articles précédents sur ce sujet.)

 

Et effectivement, «  Aussitôt connue la capitulation japonaise, l’amiral Mountbatten enjoignait à Pridi d’envoyer une délégation à Kandy (le Q.J. du South East Asia Command à Ceylan) », « qui se vit présenter (Avant même que Seni Pramot ait succédé à Thawee Bunyaket), par les militaires britanniques et leurs conseillers du Foreign Office des préliminaires de paix en 21 points. » qui n’étaient ni plus ni moins que la mainmise anglaise sur la réorganisation de son armée, la supervision alliée  sur les exportations de riz, de caoutchouc et d’étain, et la réparation des dommages causée aux biens alliés. (Fistié, p.195.)*

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il s’agissait bien pour Pridi le Régent,  les Free Thais, et pour tous ceux qui voulaient encore jouer un rôle politique de négocier au plus vite avec les Alliés un accord de paix, qui fasse oublier la politique de collaboration avec les Japonais, et qui redonne au Siam son indépendance.

 

Pour le Régent Pridi, un homme s’imposait pour mener à bien cette négociation : Seni Pramot.

 

Nous avions vu dans les articles précédents le rôle joué par Seni Pramot, pendant la deuxième guerre mondiale, alors qu’il était ambassadeur de son pays aux Etats-Unis à Washington. Dès le 9 décembre 1941, il avait exprimé son désaccord à la radio  sur la décision de son gouvernement de collaborer avec les Japonais et avait refusé de transmettre la déclaration de guerre du 25 janvier 1942 de la Thaïlande aux Etats-Unis. Il avait alors fondé le mouvement Free Thais, avec son  attaché militaire le Lt- colonel Khap Khunchon (Kharb Kunjara) et la majorité des étudiants siamois alors en étude aux Etats-Unis et dirigé avec les Free Thais de Londres la résistance de l’extérieur, avec l’appui des services secrets britannique, la  Special Operations Executive (SOE), et américain, l’Office of Stratégic Services (OSS).

 

Durant toute la guerre, non seulement le gouvernement américain le reconnaîtra toujours comme l’ambassadeur de la Thaïlande, mais comme le chef de la résistance extérieure thaïlandaise contre les Japonais.

 

Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์qui avait dirigé le gouvernement depuis la chute de Phibun, le 1er août 1944 remettait au Régent sa démission le 16 août 1945, qui sera officialisée le 31.** (Cf. Notre article 201 sur ce gouvernement). 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Tawee Bunyaket (ทวี บุณยเกตุ parfois transcrit de façon erronée Tawee Punyaketu), ministre de l’éducation dans le précédent gouvernement et membre actif du mouvement Free Thais était nommé par le Régent  Pridi pour assurer l’intérim jusqu’au retour à Bangkok de Seni Pramot.

 

Tawee Bunyaket,  le 1er septembre 1945 annonçait la couleur : le pays veut rejoindre « le concert des nations » : « Le gouvernement doit coopérer avec les Nations Unies, en toutes circonstances, pour les relations internationales et de collaborer avec elle pour établir la stabilité mondiale, dans le respect de la Charte de San Francisco ». (In note 2, notre article 205)

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 17 septembre 1945,  M.R. (Mom Rachawang) Seni Pramot (หม่อมราชวงศ์เสนีย์ ปราโมช) se voyait confier la direction du 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il n’accepta qu’à la condition que sa mission se termine à la conclusion du traité de paix avec les Alliés.*

 

Tous les membres du cabinet seront désignés par Pridi représenté par le président de la chambre des représentants, le Phraya Manawarachasewi, à l’exception du Phraya Nolarachawasuwachana, ministre de la justice, choisi par Seni Pramot.  (Ancien et très temporaire ministre des finances dans le gouvernement de Pahon du 22 septembre 1934 au 1er août 1935). On retrouvait dans ce gouvernement des hommes que nous avons déjà évoqués parmi les Free Thais, comme le général Adun, Direk, Sanguan,  Prajua Bunnag, Tawee, Tiang Sirikhan, Chamrong … 

 

Le mercredi 19 septembre 1945, la déclaration de politique générale en 11 points était lue à l’Assemblée.

 

Les buts prioritaires de ce gouvernement sont en premier lieu « de rétablir un régime démocratique, de gouverner en allégeance avec les institutions de la nation, de la religion, du roi et de la constitution,  d’établir une séparation entre les politiques et les administratifs pour aboutir à une véritable démocratie, de restaurer la morale et l’éthique du peuple thaï qui ont été détériorés en, ces temps de guerre …. » Le onzième objectif étant : « Le gouvernement doit suivre la proclamation royale de paix du 16 Août 1945 (lancée par Pridi au nom du roi), et collaborer avec les Nations Unies, afin que la stabilité du monde doit être fermement établie » 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il s’agissait bien pour Seni, qui avait pris aussi le portefeuille des Affaires étrangères, non seulement de négocier la paix avec les Alliés, mais aussi d’installer un régime vraiment démocratique.

 

Le 15 octobre 1945, l’Assemblée du temps de guerre fut dissoute et la date des élections fut fixée au 12 janvier 1946.  Une nouvelle constitution devait être élaborée, dans laquelle les restrictions qui interdisaient aux membres de la famille royale de participer à la vie politique devaient être levées. (Elle sera soumise à l’Assemblée en mars 1946.) On allait assister à une recomposition politique avec le retour des royalistes, qui vont se regrouper sous la forme d’un « Parti Progressiste », réuni autour de Kukrit Pramot, le frère cadet de Seni, avec le souci de se démarquer des velléités supposées de Pridi de ressortir son plan économique de 1933.

 

Le traité anglo-siamois du 1er janvier 1946. (Analysé dans l’article suivant)

 

Mais pour l’heure, la priorité était pour Seni de négocier les exigences britanniques sur son pays. La délégation siamoise était revenue de Kandy avec les 53 demandes exigées par l’amiral Mountbatten. Le soutien des Etats-Unis à la délégation siamoise avait fait renoncer les Britanniques aux « 21 points » initiaux qui leur auraient assuré la mainmise sur le Siam.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Avant d’analyser dans l’article suivant, le traité anglo-siamois du 1er janvier 1946, rappelons que dans celui-ci,  les Britanniques exigeaient la livraison gratuite de 1.500.000 tonnes de riz (soit le montant annuel moyen des exportations d’avant-guerre), pour faire face à la situation dramatique de certains territoires britanniques et en particulier la Malaisie. « D’après ce texte, tout le surplus de riz accumulé dans le pays à la date du traité devait être remis gratuitement à un organisme dont les membres étaient désignés par la Grande-Bretagne et, jusqu’à la date du 1er septembre 1947, tout l’excédent de la production sur la consommation locale  devait être mis à la disposition du même organisme à un prix convenu. ». Fistié (Note 11. Notons au passage que ce traité comportait en outre l’engagement par le Siam de ne pas creuser de canal au travers de l’isthme de Kra.) Nous verrons que ce traité  se révélera inapplicable du moins dans ses clauses relatives aux livraisons gratuites de riz.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

La négociation pour l’exportation de son étain était très différente.

 

En effet, la production de l’étain était en grande partie dans les mains des sociétés anglaises et australiennes, et celles-ci voulaient en limiter son exportation pour obtenir des compensations de guerre. Mais sous la pression des Etats-Unis, grand importateur d’étain, un accord tripartite signé entre le Siam, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie aboutit le 7 décembre 1946. L’accord sur la base d’un stock évalué à 16.000 tonnes d’étain  du 8 décembre 1941 à la fin de la guerre allait prévoir une compensation financière. Il mettait en place une commission jusqu’en septembre 1947 chargée d’activer les exportations d’étain ; Les concentrés d’étain étant mis en part égale pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, au prix du marché malaisien. Par la suite, les Américains développeront leurs achats de concentrés d’étain pour leurs fonderies du Texas ; ce qui causera une réduction de la quantité de l’étain siamois pour la fonderie anglaise de Penang. (Cf. Fistié)

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.
Il est évident que ces traités et surtout les livraisons de riz ne pouvaient qu’aggraver les difficultés du gouvernement siamois, surtout que les marchands chinois qui commerçaient le riz « préféraient le faire sortir en fraude vers la Malaisie ou vers Hong-Kong où la pénurie permettait de le vendre à un prix infiniment plus élevé que le prix officiel. » (Fistié)
207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

L’admission du Siam à l’ONU.

 

Au niveau international, il était impératif pour le Siam de se faire reconnaître comme un membre des Nations-Unies (ONU).

 

Si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne accordèrent leur soutien au Siam, trois autres pays, membres du Conseil de Sécurité, à savoir la Chine, l’URSS et la France, posèrent leurs conditions.

Seni eu la satisfaction de pouvoir signer un traité d’amitié sino-siamois le 21 janvier 1946, qui établissait  leur relation diplomatique. (Le Dr Li arrivera à Bangkok en ambassadeur, en septembre 1946 et en octobre,  Sanguan Tularak sera désigné comme le représentant du Siam auprès du gouvernement du Kuomintang.) .

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

(Mais sa démission du 31 janvier 1946  et sa place comme ministre des affaires étrangères jusqu’au  24 mars 1946, l’empêchera d’obtenir personnellement l’accord avec les Soviétiques en 1946 et de signer le traité du 17 novembre 1946 avec la France. Ce sera lors du gouvernement du contre-amiral « Thamrong » (Le 17ème gouvernement du 23 août 1946 au 30 mai 1947) que le Siam sera admis officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946. Nous y reviendrons.)

Les difficultés du gouvernement Seni furent aussi d’ordre économique et social, avec les séquelles de la guerre et de l’occupation japonaise.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Les exportations de riz avaient considérablement chuté. Elles étaient passées de 31,5 millions de picul en 1939-1940 (1.890.000 tonnes), à 19,4 millions de picul en 1941 (1.164.000 tonnes), 12,5 millions en 1942 (750.000 tonnes), 9 millions en 1943 (540.000 tonnes), et 5,1 millions en 1944 (301.000 tonnes), à cause bien sûr des détériorations, comme le dit Fistié, des  communications maritimes nippones ; le Japon était devenu le principal client avec 7,3 millions de picul en 1941 (394.200 tonnes), 8,6 en 1942 (464.400 tonnes), 4,1 en 1943 (221.400 tonnes), et 0,22 en 1944 (11.880 tonnes). Mais le Siam ne souffrait pas de pénurie alimentaire, même si 34 % de la superficie plantée avait été endommagée par les conditions atmosphériques en 1942, car la superficie plantée avait crû, passant de 21,6 millions de rai en 1939-1940 à 26,5 millions en 1944-1945.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Outre le réseau ferroviaire sérieusement endommagé (Souvenons-nous que 18.500 bombes avaient été largués durant le conflit et tués 8.700 personnes et détruits 9.600 bâtiments.), la principale difficulté fut l’énorme inflation qui avait réduit le bath au dixième de sa valeur, inflation évidemment due aux exigences japonaises. Elle avait provoqué une baisse importante du pouvoir d’achat des fonctionnaires et aggravé le climat social.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Les Japonais avaient tout d’abord imposé une dévaluation du bath pour l’amener à une parité avec le  yen. Ils avaient ensuite fait des emprunts, qui étaient en fait des « frais d’occupation » payés en grande partie par la Thaïlande par des emprunts nationaux. Mais à part le milliard de bath supplémentaire demandé par les Japonais pour la période allant de du 1er juillet au 31 décembre 1945, Fistié ne nous donne pas de chiffres pour ces emprunts, à moins qu’il ne faille les trouver dans le tableau (p.200) qu’il nous donne consacré aux « Dépenses extraordinaires » et au « Fonds pour la défense du royaume » qui donnent par exemple 10,09 millions de bath en 1943, 108,20 en 1944 pour les « Dépenses extraordinaires »  et 44,60 millions de bath en 1943 et 73,20 en 1944 pour le « Fonds pour la défense du royaume », alors que le budget pour le ministère de la Défense était de 75 millions de  bath (29% du budget) en 1944, et de 47 millions en 1945 (17% du budget) pour nous donner une idée de l’effort consenti. Mais le tableau (p.201) sur l’évolution du coût de la vie sera plus parlant pour les non-économistes (que nous sommes) :

 

Sur une base 100 de 1937, nous avons :

 

1939 … 103 ;

1940 …113 ;

1942 … 177 ;

1943 … 222 ;

1945 … 905 ;

1946 … 1072 ;

1947 … 1247. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Cette évolution du cout de la vie toucha exclusivement les titulaires de revenus fixes comme les fonctionnaires. Cette situation encouragea la corruption, qui devenait pour certains le seul moyen de survivre, voire pour d’autres de s’enrichir. On pense à ceux qui étaient par exemple dans le circuit de l’exportation du riz. Fistié cite Reeve qui expose ce mécanisme  qui montrait tout l’intérêt à sortir du riz en fraude, plutôt que de le livrer au gouvernement, quand on pouvait faire un profit supplémentaire de 300 £ la tonne. On peut imaginer la tentation du fonctionnaire des douanes ne gagnant que 100 £ env. par an. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

On peut également mesurer cette corruption « par la discordance entre l’évolution de la production de riz et celle des exportations « officielles ». Les exportations « contrôlés » étaient passées de 3,2 millions de picul en 1945 (218.300 tonnes), à 7,5 en 1946 (511.600 tonnes), pour redescendre à 6,4 en 1947 (436.500 tonnes), alors que la moyenne d’avant-guerre était de 25,5 millions de picul et que la production avait augmentée (90 millions de picul - 6.1400.000 tonnes). Un contrôle des changes tenté en 1946 avait aussi échoué.

En 1947, la banque du Siam admettait : « L’expérience acquise en 1946 a indiqué clairement que les contrôles des changes et du commerce tels qu’ils étaient appliqués récemment étaient inefficaces et pouvaient même retarder le rétablissement de l’économie du pays. » L’aveu de l’échec était clair. (Fistié p.200,  citant Reeve « in « Public administration in Siam »)

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Les désaccords entre Seni et Pridi commencèrent dès son entrée en fonction. Si Seni acceptait les interventions de Pridi dans la politique intérieure, il n’apprécia pas que celui-ci intervienne dans les négociations avec les Alliés. Ainsi dès septembre, Pridi avait voulu que Seni acceptât rapidement « les 53 points » soumis au Siam par la Grande- Bretagne, alors que celui-ci voulait négocier point par point. Rapidement, il se rendit compte que les pressions de Direk et de Thawi Bunyaket (les ministres des Finances et de l’Intérieur) pour hâter la signature du traité provenaient de Pridi. Il avait quelque peu le sentiment d’avoir été utilisé.

 

De plus, les désaccords politiques vont accentuer leurs divergences.

 

N’oublions pas que Seni Pramot est de la famille royale, descendant de Rama II (Il porte le titre de Mom Rachawan attribué aux arrière-petits-fils de roi). C’est un traditionnaliste qui a tenté de réintroduire le phanung (« pantalon » traditionnel thaï) imposé par Phibun. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il est évidemment proche de son frère Kukrit Pramot qui a formé un « Parti progressiste » avec les royalistes libérés et ceux rentrant d’exil, qui estiment que les partisans de Pridi sont inefficaces et corrompus. La dissolution de l’Assemblée du temps de guerre le 15 octobre et la décision des élections fixées au 12 janvier 1946 ne pouvaient qu’accentuer ces différences « idéologiques ».

 

Seni pouvait être satisfait de la signature du traité le 1er janvier 1946  avec les Britanniques, mais les résultats des élections du 12 janvier 1946 remportées certes à une large majorité par les anciens Free Thais, partisans de Pridi, ne pouvaient qu’accentuer  le fossé politique.

 

En effet, on put constater, que si les partis n’étaient pas encore formés officiellement, 57 députés se regrouperont au sein d’un nouveau parti, le  « Parti Sahacheep » fondé par Thongin Phuripat (accusé aux côtés de Tiang Sirikhan de communisme et de séparatisme), et que le « Parti progressiste », réuni autour de Kukrit Pramot n’avait obtenu que 18 sièges, alors que 7 députés restaient indépendants.***

 

(Nous verrons que des élections  complémentaires qui auront lieu le 5 août 1946 dans 45 provinces pour augmenter le nombre de députés, selon la nouvelle constitution, équilibreront le rapport de force entre le parti démocrate fondé le 6 avril avec Kuang Aphaiwong et les frères Pramot, et la formation du « Front constitutionnel regroupant avec le Parti Sahacheep  tous les partisans de Pridi.)

 

Mais en ce mois de janvier 1946, surtout après les résultats des élections,  la crise était inévitable, et Seni ne pouvait que constater qu’il n’était plus le chef du gouvernement. (Mais l’avait-il été ?) Il donna donc  sa démission le 31 janvier 1946.

 

Il n’avait gouverné que 4 mois !

 

Mais Seni poursuivra son engagement politique au sein du parti démocrate, fondé le 6 avril, aux côtés de son frère et dont la présidence fut confiée à Khuang Aphaiwong, après que celui-ci eut accepté de prendre la direction du 14 ème gouvernement, mais dut aussi renoncer, moins de deux mois plus tard, le 24 mars 1946, ouvrant une nouvelle crise ministérielle, qui « obligera » Pridi à prendre officiellement le pouvoir. Ce sera notre prochaine étude.

 

On  retrouvera Seni Pramot dans des cabinets ministériels et comme 1er ministre du 15 février 1975 au 13 mars 1975  et du 20 avril 1976 au 6 octobre 1976.  (Et chef de l’opposition à la maison des représentants du 22 mars 1975 au 12 janvier 1976.)

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*Pierre Fistié, restera notre fil rouge avec  « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

**Khuang Aphaiwong. (17 mai 1902-15 mars 1968) sera de nouveau premier ministre, après la démission de Seni Pramot,  du 31 janvier 1946 au 18 mars 1946, puis du 10 novembre 1947 au 6 février 1948, et encore du 21 février 1948 au 8 avril 1948. C’est dire qu’il fut un homme politique majeur ; Il sera de plus l’un des principaux fondateurs du Parti démocrate.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

2*** Wikipédia. General elections for the National Assembly were held in Siam on 6 January 1946. In the first elections since the Second World War, a total of 2,091,788 votes were cast and voter turnout was 32.5%. A second round of elections was held in 47 provinces on 5 August in order to increase the number of MPs to the number set in the constitution.

 

At the time there were no political parties,so all candidates ran as independents. There were unofficial affiliations. Supporters of Pridi Banomyong (Sahachip Party and the Constitutional Front) took 57 seats, the Democrat Party took 18 seats and a further seven seats went to unaffiliated representatives.

 

http://en.wikipedia.org/wiki/Siamese_general_election,_1946

 

 

 

Il est évident que ces traités et surtout les livraisons de riz ne pouvaient qu’aggraver les difficultés du gouvernement siamois, surtout que les marchands chinois qui commerçaient le riz « préféraient le faire sortir en fraude vers la Malaisie ou vers Hong-Kong où la pénurie permettait de le vendre à un prix infiniment plus élevé que le prix officiel. » (Fistié)

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 22:06
206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Cette brève chronologie est établie au vu des renseignements trouvés sur le site Internet http://www.cabinet.thaigov.go.th/, site officiel bilingue qui donne depuis le 28 juin 1932 la composition des cabinets ministériels successifs, les mouvements internes et l’exposé de la politique générale prononcé par le premier ministre devant la chambre, établis au vu des éléments publiés dans « The royal gazette » (équivalent de notre journal officiel : ราชกิจจานุเบกษา - Ratchakitchanubeksa). Elle a elle-même un site Internet non bilingue : (http://www.mratchakitcha.soc.go.th/) équivalent de notre « légifrance ».

 

 

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Le 5 août 1945, le Japon capitule. Le 16 août, Pridi lance au nom du roi une proclamation royale de paix : « Considérant que, par une proclamation faite à Bangkok le 16 Août 1945, le Régent de Siam n'a, au nom de Sa Majesté le Roi de Siam, proclamé la déclaration de guerre faite par le Siam, le 25 Janvier 1942, contre le Royaume-Uni nulle et non avenue en ce qu'elle a été faite contrairement à la volonté du peuple siamois et en violation de la Constitution et des lois de Siam … »

 

Le 1er ministre en poste, Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์), désigné par le régent Pridi le 1er août 1944, donne sa démission le 31 août 1945.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Ensuite, du 31 août 1945 au coup d’Etat du 8 avril 1948, qui voit le retour de Phibun au pouvoir, nous voyons 15 gouvernements en moins de 3 ans, six premiers ministres (1) et deux coups d’Etats militaires, avant que la dictature de Phibun ne s’installe pour plus de 9 ans.

 

Le 12ème gouvernement de Tawi Bunyaket (ทวี บุณยเกตุdu 31 août au 17 septembre 1945 soit 17 jours est un gouvernement intérimaire, l’ordonnance le désignant est signée du régent Pridi. Tawi Bunyaket, ancien ministre de l’éducation dans le précédent gouvernement et membre actif du mouvement Free Thai doit assurer l’intérim jusqu’au retour à Bangkok de Seni Pramot, considéré le meilleur interlocuteur auprès des Alliés (surtout américains).

 

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

En août et septembre 1945 éclatent des émeutes dans le quartier chinois de Bangkok.

 

Le 13ème gouvernement est celui de M.R. Seni Pramot (หม่อมราชวงศ์เสนีย์ ปราโมช) du 17 septembre 1945 au 31 janvier 1946 qui dure  4 mois (2). L’assemblée est dissoute après les élections du 12 janvier. Le premier ministre et les membres du cabinet ont tous été désignés par Pridi représenté par le président de la chambre des représentants, le Phraya Manawarachasewi, en dehors du Phraya Nolarachawasuwachana, ministre de la justice, ancien et très temporaire ministre des finances dans le gouvernement de Pahon du 22 septembre 1934 au 1er août 1935, choisi par Seni Pramot.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.
 

Les buts prioritaires de ce gouvernement sont en premier lieu « de rétablir un régime démocratique, de gouverner en allégeance avec les institutions de la nation, de la religion, du roi et de la constitution,  d’établir une séparation entre les politiques et les administratifs pour aboutir à une véritable démocratie, de restaurer la morale et l’éthique du peuple thaï qui ont été détériorés en, ces temps de guerre …. » La préoccupation dernière, la onzième (était-elle le dernière des préoccupations ? On peut le supposer), est la suivante : « Le gouvernement doit suivre la proclamation royale de paix du 16 Août 1945 (lancée par Pridi au nom du roi), et collaborer avec les Nations Unies, afin que la stabilité du monde doit être fermement établie » (3).

 

L’assemblée nationale est dissoute le 15 octobre 1945.

 

Le 1er janvier 1946, un traité de paix en 53 points est signé avec les Britanniques entraînant des frictions entre Pridi et Pramot. Les territoires des états shans et les sultanats malais sont évidemment restitués à l’Angleterre. Il se révèle inapplicable en ce qui concerne les livraisons de riz que doit le pays au titre de dommages de guerre.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Les élections du 12 janvier 1946 sont remportées à une large majorité par les anciens Free Thais partisans de Pridi, groupés ou non au sein d’un nouveau parti, le  « Parti Sahacheep » fondé par Thongin Phuripat (accusé aux côtés de Tiang Sirikhan de communisme et de séparatisme). Un nouveau parti, le « Parti progressiste », réuni autour de Kukrit Pramot (คึกฤทธิ์ ปราโมช), frère cadet de Seni, futur premier ministre en 1975-1976, faisant son apparition en politique, avec des royalistes, de nouveau autorisés à entrer en politique.

 

 

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Seni Pramot donne sa démission le 31 janvier 1946 et s’ouvre une crise ministérielle.

 

Le 14ème gouvernement voit le retour de Khuang Aphaiwong désigné par le président de la chambre des représentants, le Phraya Manawarachasewi dure du 31 janvier 1946 au 24 mars 1946, 2 mois. Sa démission entraîne une crise ministérielle.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Sous ce gouvernement, le tribunal thaïlandais chargé de poursuivre Phibun comme « criminel de guerre » renonce à la procédure en invoquant la non-rétroactivité des lois, Phibun ne pouvant être poursuivi pour des faits réprimés par un texte qui n’existait pas lorsqu’il était censé les avoir commis (4).  

 

Un Traité tripartite avec les Grande-Bretagne et les Etats-Unis concernant les livraisons de riz est signé le 6 mai 1946 alors que le pays connaît de graves problèmes de spéculation et de contrebande.

 

Pridi Banomyong  est ensuite nommé Premier ministre, c’est le 15éme gouvernement,  le 24 mars 1946 (jusqu’au 11 juin 1946) par décision du Phraya Manawarajasewi, président de la chambre des représentant agissant au nom du roi Rama VIII.

 

Sous ce gouvernement, nous assistons, le 6 avril 1946, à la fondation du « parti démocrate »avec d’anciens « Progressistes » et des indépendants. La présidence en est confiée à Khuang Aphaiwong,  1er ministre précédent. Le nouveau parti regroupe 60 membres et devient le parti le plus important, avec les deux frères Pramot. En réponse, Pridi réunit les indépendants restants et le parti Sahacheep pour former un « Front Constitutionnel ».

 

En mai 1946, à la suite de débats mouvementés à l’Assemblée, le texte d’une nouvelle Constitution entre en vigueur.

 

Ce 15ème gouvernement se termine sur un événement dramatique : Le matin du 9 juin, le jeune roi est retrouvé une balle dans la tête et un révolver à ses côtés. Devant la consternation dans le pays, Pridi démissionne mais est immédiatement confirmé.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Son gouvernement, 16ème gouvernement, du 11 juin 1946 au 23 août 1946 dure encore ce que durent les roses. Il a été désigné » par deux « régents temporaires » et le président de la chambre des représentants sous la signature royale. Un Conseil de régence présidé par le prince Rangsit (พระองค์เจ้ารังสิต), le 52ème fils du roi Chulalongkorn, oncle du roi, qui nomme le frère cadet du roi défunt, le prince Bhumibol Adulyadej comme nouveau roi et qui confirme Pridi dans ses fonctions. Pridi démissionne en arguant « de la difficulté de la position et de maladie grave » le 21 Août 1946.  

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Le 17ème gouvernement (du 23 août 1946 au 30 mai 1947) est présidé par le contre-amiral « Thamrong » (ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์ en réalité Thawan Thamrongnawasawat) désigné par les régents, le président de la chambre des représentants et le président du Sénat agissant au nom du jeune roi. Le contre-amiral Thamrong, ancien ministre de la justice de Phibun, s’est rangé dans le camp civil, ainsi qu’une grande partie de la marine. Direk Jayanama  (ดิเรก ชัยนาม) est ministre des Affaire étrangères.

 

Ancien putshiste de 1932, ancien ministre des affaires étrangères de Phibun, ancien des Free Thai, c’est aussi un intime de Pridi. Il va s’appuyer sur le « Front constitutionnel» de Pridi. Un autre gouvernement Pridi sans Pridi ?

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

C’est en tous cas sous ce gouvernement que le Siam (le mot « Thaïlande » est répudié) entre dans le « concert des nations » ce dont aucun de ses prédécesseurs n’avait été capable :

 

La déclaration de politique générale du premier ministre devant l’assemblée est pour la première fois à ce sujet dépourvue de toute équivoque :

 

« Le gouvernement considère les affaires étrangères comme sa première priorité …. Il doit agir avec sagesse pour bénéficier de la confiance internationale, et celle des souverainetés, qui constituent les Nations Unies …À cet égard, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces pour promouvoir de bonnes relations avec les Nations Unies et les autres souverainetés, collaborer avec ladite institution, respecter les obligations internationales ».

 

Ce ne fut pas sans sacrifices ainsi que nous l’avons détaillé dans notre article 205 (« La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française – suite »). Pour écarter les vétos au Conseil de sécurité, celui de l’URSS, on annule l’interdiction du parti communiste datant de 1933, celui de l’Angleterre écarté par le traité du 1er janvier, celui de la France, on renonce au bénéfice des acquisitions territoriales de 1941. Le traité franco-siamois est signé à Washington le 17 novembre 1946, le Conseil de sécurité donne son accord le 12 décembre et l’assemblée générale le 15 décembre. Le traité du 17 novembre est l’œuvre du Prince Wan Waithyakon (วรรณไวทยากรqui sera le premier représentant permanent du Siam aux Nations-Unies et de Khuang Aphaiwong. Avec les anglo-saxons, ce sera plus mercantile, par exemple, le 7 décembre1946, accord sur l’étain (dont le Siam est riche) est signé avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

C’est sous son gouvernement que la Thaïlande était admise officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946.

 

(L’admission de la Thaïlande à l’ONU ? Trois membres du Conseil de Sécurité peuvent s’y opposer. La Chine signera un traité d’amitié le 23 janvier 1946. L’Union soviétique ne s’y opposera plus, après l’abrogation de la loi anticommuniste de 1933 et la décision d’échanger des ambassadeurs (cela se fera en 1947). Pour la France, la Thaïlande dut consentir à restituer les territoires cambodgiens et laotiens annexés en 1941, par le traité du 17 novembre 1946 signé à Washington par le prince Wan Waitthayakon et Khuang Aphaiwong. La Thaïlande était admise officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946. En 1947, le prince Wan était nommé ambassadeur aux États-Unis et aux Nations Unies.) 

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

Le 18ème gouvernement du 30 mai 1947 au 8 novembre 1947 est encore un gouvernement Thamrong.  Atthakitti Banomyong, frère consanguin de Pridi, devient ministre des affaires étrangères.

 

Le 8 novembre 1947, encore un coup d’état (5), celui du général Phin Chunhavan (ผิน ชุณหะวัณ) (Il avait commandé pendant la guerre les armées ayant occupé les états shans) 

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et du colonel Luang Kat Songkram (หลวง กาจ สงคราม) son gendre, ancien chef de la police de Phibun une fois celui-ci revenu au pouvoir. (Nous l’avons déjà rencontré ; Voir notre article 203 « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan »).

 

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Ce sont tous deux des hommes-liges de Phibun. Le coup d’état bénéficie du soutien du colonel Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), à la tête d’un régiment de blindé et autre vétéran de l’occupation des états shans. 

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Ils auraient demandé à leur supérieur hiérarchique et chef des armées, le général Adun Adunladechat (อดุล อดุลเดชจรัส) de prendre le pouvoir. 

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Celui-ci aurait décliné l’offre et prévenu au dernier moment Pridi et Thamrong qui purent  se mettre à l’abri, ainsi que les leaders Free Thais. Ils confièrent alors au maréchal Phibun (n’oublions pas qu’il est chef des armées) le soin d’appliquer l’état d’urgence.

 

Après une entrevue avec celui-ci,  Khuang Aphaiwong  accepta de former un nouveau gouvernement. Ce sera le 19ème  gouvernement du 10 novembre 1947 au 21 février 1948 où nous ne retrouvons aucun des auteurs du coup d’état mais Phibun reste chef des armées.

 

Il en sera de même dans son 20ème gouvernement du 21 février 1948 au  8 avril 1948. Nous retrouvons aux affaires étrangères le même Phraya Siwisan Wacha qu’en 1933, après le coup d’état, un prince, Wiwat Chai (วิวัฒนไชย) aux finances 

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et Krurit Pramot comme ministre (sans portefeuille) mais pas son grand frère Seni. 

 

Des élections ont eu lieu en février 1948,  ce qui n’empêche pas, le 8 avril 1948, un nouveau coup d’état des mêmes Phin Chunhavan et Phao Siyanon. Le prince Rangsit, régent, demande à Phibun de former un nouveau gouvernement.  

 

Un nouveau régime allait s’installer avec le maréchal Phibun, qui sera 1er ministre du 8 avril 1948 au 16 septembre 1957. (9 ans, 5 mois, avec 6 gouvernements (du 21 au 26), avant de subir un coup d’Etat du  16-21 septembre 1957 du Maréchal Sarit Thanarat.

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Du 8 avril 1948 au 25 juin 1949 (21ème cabinet), du 25 juin 1949 au 29 novembre 1951 (22ème cabinet au cours duquel le Siam retrouva définitivement son nom de Thaïlande), du 29 novembre au 6 décembre 1951 (23ème cabinet), du 6 décembre 1951 au 23 mars 1952 (24ème cabinet), du 24 mars 1952 au 26 février 1957 (25ème cabinet), du 21 mars au 16 septembre 1957 (26ème cabinet) jusqu’au coup d’état du maréchal Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), au mois de septembre, ministre de la défense dans le dernier cabinet, nommé par décret royal « commandant suprême de toutes les forces armées, parce que le maréchal Phibun Songkhram est incapable de diriger le peuple et de gouverner le pays ». Le maréchal Sarit ajouta « qu'il aurait volontiers rencontré M. Phibun Songkhram pour s'excuser de ce qu'il avait dû faire et l'inviter à continuer à vivre tranquillement en Thaïlande. Il serait même disposé à mettre une garde à disposition du premier ministre, si celui-ci en exprimait le désir. Phibun a commis quelques erreurs et suivi les mauvais conseils de quelques collaborateurs, mais il a fait aussi beaucoup de bien à notre pays. Je continue à le considérer comme mon supérieur hiérarchique. » Le général en chef de la police, le fameux Phao Siyanon, ministre de l'intérieur dans le dernier cabinet, s'exile (il mourut en Suisse). « Comme on lui demandait si c'était de son propre gré ou sous la contrainte, le maréchal Sarit répondit en souriant que l'un et l'autre étaient vrais » (6).

***

NOTES.

 

(1) : Tawi Bunyaket (ทวี บุณยเกตุ) - Seni Pramot (หม่อมราชวงศ์เสนีย์ ปราโมช) – Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) - Pridi Banomyong  (ปรีดี พนมยงค์) – Thamrong (ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์) – Phibun Songkhram (พิบูลสงคราม).

 

(2) M.R = Mom Rachawong = ม.ร หม่อมราชวงศ์ est un titre de noblesse attribué aux arrières petits-fils de roi.

 

(3) Déclaration à l’assemblée du mercredi 19 septembre 1945),

 

(4) Plus précisément, la question des criminels de guerre, au premier rang desquels figurait Phibun, avait été résolue d'une manière originale. Une loi sur les criminels de guerre avait été votée par le Parlement fin 1945, mais lorsque Phibun, des généraux et des amiraux passèrent devant le Tribunal, celui-ci déclara qu'une loi de 1945 ne pouvait avoir d'effet rétroactif et qu'elle ne pouvait donc s'appliquer aux personnalités en cause. Elle était, d'autre part, inconstitutionnelle d'après le tribunal parce que ses raisons en étaient extrêmement confuses. Les « Phibuniens » bénéficièrent d’un non-lieu et ne furent nullement discrédités devant l'opinion. Celle-ci considérait d'ailleurs que la politique qu'ils avaient suivie était honorable et avait évité de grands maux au pays. Phibun, qui avait déclaré en sortant du Tribunal qu'il quittait la vie politique, commença peu à peu à sortir de l'ombre

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(5) Ce coup d'État eut lieu dans la nuit du 8 au 9 novembre 1947. Les coups d'État au Siam ont toujours  à peu près la même forme : l'armée occupe les points stratégiques et les principaux bâtiments publics de la ville, et, le matin, la population apprend qu'elle a un nouveau gouvernement. Ce fut un coup d’état sans effusion de sang. Pridi, menacé d'arrestation, réussit à s'enfuir à Singapour, grâce, semble-t-il, à l'appui des ambassades anglaise et américaine, qui reconnurent ainsi les services qu'il avait rendus pendant la guerre à la cause des Alliés. Il ne revint jamais plus en Thaïlande.

206 . UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

(6) Toutes ces informations ont été transmises à la presse occidentale par l’agence Reuter.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 22:05
205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

L’après-guerre.

 

La déclaration du successeur de Pibun, Kuang Abhaiwongse (ควง อภัยวงศ์) le 3 août devant l’assemblée nationale est brève et ne nous éclaire en rien (1). 

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

 

Celle de son successeur, Tawee Bunyaket (ทวี บุณยเกตุ)  le 1er septembre 1945 annonce la couleur, le pays veut rejoindre « le concert des nations » (2). 

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

C’est ensuite Seni Pramot (เสนีย์ ปราโมช) qui prend les rênes jusqu’au 31 janvier 1946. Sa déclaration de politique générale est parfaitement incolore et inodore (3). 

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

Celle de son successeur, le major Kuang Abhavavongsa, en poste jusqu’en mars 1946 est tout aussi insipide. Pridi qui lui succède est, le 13 juin 1946 plus précis (4). C’est sous le gouvernement du contre-amiral Thawal Thamrongsawadhi (ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์) au pouvoir d’août 1946 jusqu’en mars 1947 que l’abcès va être crevé. Sa déclaration de politique générale est sans équivoque (5). 

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

Le 17 novembre 1946 est signé l’ « accord de règlement franco-siamois » à Washington.

Ce fut le prix à payer pour l’admission du Siam aux Nations-Unies par la 13ème résolution du 12 décembre 1946 à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité. L’admission fut votée par l’Assemblée générale à l’unanimité le 15 décembre (résolution A/RES/101(I)). Le texte de la résolution 207 est un monument de l’art de l’écriture diplomatique notamment dans les déclarations pleines de sous-entendus du représentant des Philippines et des Indes :

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

On remarque l’utilisation systématique du mot « Siam », celui de « Thaïlande » est désormais banni et il faudra attendre le retour de Pibun au pouvoir pour revenir en « Thaïlande ». Naturellement le site officiel des Nations-Unies d’où nous avons extrait ce texte est muet sur les discussions de couloirs !

 

L’article 1er annule purement et simplement le traité de Tokyo de mai 1941 au terme duquel la Siam et la France considéraient les frontières entre le Siam et l’Indochine comme définitivement établies.

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

Mais le Siam n’a pas tout perdu puisque le travail doit en réalité être effectué par une Commission tripartite (Siam-France-Pays neutre) qui doit statuer sur les questions frontalières et entendre les arguments de chacun avant de trancher. Va-t-on repartir à zéro ? Le rapport de la Commission d’arbitrage sera publié le 27 juin 1947. Elle doit statuer en fonction d’un certain nombre de critères : motifs d’unité ethnique, économique ou géographique, frontières naturelles, frontières adéquates du point de vue géographique : chaîne continue de montagnes constituant la ligne de partage des eaux, principal chenal navigable, ligne de faîte des montagnes, repères naturels bien marqués et facilement reconnaissables, forêts. .. Et des concepts, charabia et baratin, bien dans le style bêlant anglo-américain : libre-échange, le bonheur et le bien-être véritables des habitants des districts frontaliers dépendent de libres échanges avec leurs voisins de l’autre côté de la frontière, les zones libres de douanes et démilitarisées favorisent les échanges et stimulent le maintien de rapports amicaux entre les habitants d’un bassin fluvial.

 

Nul ne se soucie alors du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », le dernier (et le seul) à y avoir pensé dans les rapports franco-siamois, ce fut en définitive Napoléon III qui homologua le souhait des Cambodgiens ou tout au moins de leur monarque de se placer sous sa protection et il ne le fit pas en envoyant des canonnières.

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

De façon singulière, seules les langues française et anglaise sont utilisées ce qui n’a évidemment pas dû être un avantage pour les délégués siamois. Et si la commission tripartite est composée de Français et de Siamois, les trois autres membres « neutres » sont un Anglais, un Américain et … le seul vrai neutre, un Péruvien ! Les dés étaient de toute évidence pipés.

 

Mais il faut reconnaître aux délégués siamois un courage certain, car ils entendent remettre en cause de façon globale la totalité des délimitations frontalières antérieures à 1941, bien au-delà des prétentions de Pibun !

 

La raison en est simple : bien que se déroulant après la chute de Pibun, l'abandon de la réclamation siamoise sur les territoires « perdus » aurait porté une grave atteinte à la popularité du gouvernement. Ce fut un combat d’arrière-garde (6).

 

En définitive, ce sont les délimitations effectuées par la puissance coloniale sous la menace de la force plus ou moins directe qui seront purement et simplement homologuées (7). Première manifestation dans le temps d’une doctrine dégagée par ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale », quelques qu’en soient les conséquences, les frontières nées de la colonisation sont ce qu’elles sont, on ne doit pas les toucher. L’Afrique en paye encore le prix beaucoup plus lourdement que l’Asie.

 

Nous ne sommes pas encore à l’heure de la décolonisation.

 

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

 

Notes et références

 

 

(1)« Je crois qu’il ne sera pas facile d’administrer les affaires de l'Etat en cette période de guerre et de crise. Néanmoins, je vais travailler, de concert avec le Conseil des ministres, à la limite de mes capacités, afin de briser tous les obstacles que le gouvernement va trouver ».

 

(2) « Le gouvernement doit coopérer avec les Nations Unies, en toutes circonstances, pour les relations internationales et de collaborer avec elle pour établir la stabilité mondiale, dans le respect de la Charte de San Francisco ».

 

(3) Par exemple « Le gouvernement doit rétablir la mentalité, la morale et l'éthique du peuple thaïlandais, qui a été détériorés pendant les temps de guerre … »

 

(4) « Il est essentiel d'établir de bonnes relations avec les Nations Unies …. À cet égard, le gouvernement a l'intention de resserrer les liens existants et une bonne entente avec l'Organisation des Nations Unies et de collaborer avec elle selon les idéaux établis par ladite institution…. »

 

(5) « Le gouvernement considère les affaires étrangères comme sa première priorité …. Il doit agir avec sagesse pour bénéficier de la confiance internationale, et celle des souverainetés, qui constituent les Nations Unies …À cet égard, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces pour promouvoir de bonnes relations avec les Nations Unies et les autres souverainetés, collaborer avec ladite institution, respecter les obligations internationales ».

205 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE (suite).

(6) Voir l’article de Charnvit Kasetsiri « THE FIRST PHIBUN GOVERNMENT AND ITS INVOLVEMENT IN WORLD WAR II » In Journal de la Siam society, 1974, volume 62-2.

 

(7) Les trois points litigieux sur lesquels portaient les revendications siamoises étaient les suivants :

• En ce qui concerne les territoires de la rive gauche du Mékong (c’est-à-dire le Laos encore français, ce que Pibun n’avait jamais osé demander) au vu d’arguments d’unité ethnique et géographique que la Commission balaye d’un trait de plume au motif essentiel que ce serait amputer l’Indochine française d’un tiers de son territoire.

• En ce qui concerne les territoires de la rive droite du Mékong enclavé dans le territoire siamois, l’analogie de langage, d’origine et de culture des habitants de chaque côté de la frontière actuelle ne suffisent pas, en eux-mêmes, à justifier une modification de cette frontière en faveur du Siam.

• En ce qui concerne le territoire de Bassac (Champasak) situé à l’ouest du Mékong et au nord de la rivière Se Lam Pao, n’épiloguons pas, même revendication siamoise, même réponse.

 

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 22:02
204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

De Pibun à l’après-guerre.

 

Il est une constante de la politique étrangère siamoise, c’est le traumatisme causé après 1893 par le démembrement partiel de territoires sur lesquels le pays avait (ou prétendait avoir … c’est une autre question), des droits historiques au profit des deux puissances coloniales qui le cernent, la France et l’Angleterre. Une Alsace-Lorraine en quelque sorte, non pas une mais trois, les territoires du Laos, les territoires du Cambodge et les sultanats du nord de la Malaisie. C’est une réalité sous-jacente, selon le mot qu’aurait prononcé Gambetta, « Y penser toujours, n'en parler jamais. ». Cette pensée devait évidement s’exacerber avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement ouvertement nationaliste.

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Un bref retour en arrière s’impose :

 

Sans parler des accords passés au temps de Louis XIV avec le roi Naraï, devenus immédiatement obsolètes, le premier traité conclu avec la France est celui du 15 août 1856.

 

Il ne concerne pas la question frontalière mais révèle à tout le moins un certain état d’esprit de l’Empereur qui discute (ou feint de discuter) d’égal à égal avec le roi, ne donnons qu’un exemple significatif, l’article 22 :

 

 « Le présent traité ayant été rédigé en français et en siamois, et les deux versions ayant la même portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi sous tous les rapports, aussi bien que le texte siamois ». C’est une disposition qui était conforme à la coutume internationale depuis que le français avait perdu sa qualité de langue universelle de la diplomatie.

 

Nous retrouvons la même disposition dans le traité de Paris du 15 juillet 1897 « réglant la position du royaume du Cambodge » qui constitue un premier démembrement, le roi du Cambodge ayant souhaité se placer sous la protection de l’empire français plutôt que de rester sous celle, plus ou moins formelle, du roi du Siam :

 

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

« Sa Majesté le Roi de Siam et Sa Majesté l'Empereur des Français, désirant régler définitivement, d'un commun accord, la position faite au Royaume du Cambodge par suite du traitée conclu a Oudon, entre la France et ce Royaume, le 11 aout 1863,

Article 1er : Sa Majesté le Roi de Siam reconnait solennellement le protectorat de Sa Majesté l’Empereur des Français  sur le Cambodge.

Article 4 : Les provinces de Battambang et d'Angkor (Nakhon Siemrap) resteront au .Royaume de Siam. Leurs frontières, ainsi que celles des autres provinces siamoises limitrophes du Cambodge, telles qu'elles sont reconnues de nos jours de part et d’autre, seront, dans le plus bref délai, déterminées exactement à l'aide de poteaux ou autres marques, par une commission d'officiers siamois et cambodgiens, en présence et avec le concours d'officiers français désignés par le Gouverneur de la Cochinchine.

Et les formes sont respectées dans les mêmes termes que précédemment par l’article 8 :

« Le présent traité ayant été rédigé en siamois et en français, et les deux versions ayant la même portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi, sous tons les rapports, aussi bien que le texte siamois. ».

Ce traité sera suivi d’un acte additionnel signé à Saigon le 14 juillet 1870. Lorsque s’élevèrent des difficultés purement sémantiques, un autre acte additionnel signé à Bangkok le 7 juin 1872, les règles de façon bilatérale, par exemple, dans la version française, le mot « nature » est remplacé par le mot « espèce » dans un paragraphe concernant les droits de pêche.

Ces traités avaient été négociés et ne constituaient pas un diktat.

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Le ton va changer en 1893, la république a décidé d’exporter notre belle civilisation occidentale chez les sauvages, avec eux, elle ignore la courtoisie internationale. Le droit international n’existe qu’entre les nations civilisées. C’est alors purement et simplement la politique de la canonnière et de l’ultimatum (1) (2).

 

Menacé par les canonnières françaises braquées sur son palais, le roi s’incline.

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Ce qui est qualifié de « traité de paix » et qui est en réalité un diktat est signé le 3 octobre 1893. Ne citons que les articles qui concernent cette question frontalière :

Article 1er : Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l'ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve.

Article 8 : Le Gouvernement français se réserve d'établir des Consuls ou il le jugera convenable dans l'intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et a Muang-Nan.

 

Pour le reste, l’ambiance a changée depuis la chute de l’empire :

 

Article 9 : « En cas de difficultés d’interprétation, le texte français fera seul foi ».

 

L’article 8 n’est pas innocent, mais sa portée n’a probablement pas dans l’immédiat  attiré l’attention des Siamois: nous allons dès 1894 trouver Charles Hardouin, l’homme-lige de Pavie, comme consul à Korat et en 1895 et 1896 à Nan… où lui succède Lugan, autre homme-lige de Pavie (3).

 

caricature siamoise :

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Pourquoi Nan et Korat ? Cette disposition a pu sembler anodine aux Siamois, elle ne l’était pas. Dans ces deux monthons, on trouve de nombreux nationaux installés : pour le tek à Nan mais surtout de nombreux Laotiens susceptibles de jouir de la « protection » française et à Korat de nombreux Khmers également susceptibles de devenir nos protégés. Nous savons que Hardouin, tout autant par exemple que le jeune Raphaël Réau ou Madame Massieu (4) sont de fervents partisans de la solution qui consiste pour la France à s’emparer du Siam non pas par les armes mais en multipliant le nombre des protégés, s’emparer du Siam sans en avoir les moyens. Le consulat de Nan en particulier, selon le Siam Observer, est devenu une « usine à fabriquer les protégés ».

 

On peut comprendre que les Siamois considèrent l’année 1893 comme la plus triste de leur histoire. Notons que dès que le drapeau français fut hissé à Chantaboun, le premier bâtiment édifié par l’armée fut la prison, elle est toujours là.

….. « Y penser toujours, n'en parler jamais. »…..

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Le choix du Mékong comme frontière a le mérite d’être clair, même si le fleuve n’est pas une frontière naturelle. L’attribution des iles à la France ainsi que la création d’une zone démilitarisée de 25 kilomètres tout au long de la rive droite, côté Siamois va aboutir à cette conséquence inéluctable que le parti colonial va considérer que le fleuve est propriété de la France, tout simplement, et que le Siam doit abandonner sa souveraineté sur la bande démilitarisée.

 

La "zone d'influence française" vue par le parti colonial (Eugène Picanon, 1901) :

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Or, le Mékong est sans conteste un « fleuve international », une notion dégagée par le droit international dès le XIXème siècle, prenant sa source dans les neiges du Tibet, à 4 000 mètres d'altitude et traversant successivement cinq pays de l’Asie du Sud- Est, la Birmanie, le Laos, le Siam, le Cambodge et l’Indochine. La question de la délimitation des  souverainetés dans les fleuves frontière est assurément complexe. On admet en général que la limite est le thalweg, c’est la solution « par défaut ». La question de l’attribution des îles est floue, l’attribution des iles à l’un des riverains, c’est le cas, est une solution mais ne résout pas des questions pratiques : elles sont soumises à l'action du courant, elles sont loin d'être immobiles, en constant mouvement et peuvent se réunir pour n'en former plus qu'une seule. Il va y avoir de toute évidence des difficultés d’interprétation mais là encore, les signataires siamois n’étaient probablement pas avisés des subtilités du droit international (5).

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Après l’échec de la convention Delcassé de 1902, la convention du 13 février 1904 (6) va tenter d’apporter quelques précisions.

 

L’article 1er (7) contient en germe la question de l’attribution future du temple de Preah Vihar, alors inaccessible du côté Cambodgien. 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Il a donné lieu à de longs développements devant la Cour Internationale de Justice de La Haye qui l’a néanmoins attribué au Cambodge (d’où il n’y avait pas d’accès) dans des conditions à tout le moins douteuse.

L’article 2 (8) constitue un nouveau démembrement : il attribue à la France toute une province située sur la rive droite du Mékong, incontestablement siamoise, ce que ne prévoyait pas la convention de 1893. Un succès pour le parti colonial … et un oubli de Pavie ? C’est l’actuelle province laotienne de Sayaburi (ou Xayaburi). Mitoyenne de la province de Nan, on peut penser que le consul Lugan (sans interruption depuis 1897) l’avait peuplé de protégés français ?

 

En bleu, le cours du Mékong :

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Nous retrouvons encore le même article relatif à l’interprétation du traité, directement contraire aux principes les plus élémentaires du droit international dégagés depuis des siècles (9).

 

Le traité du 23 mars 1907 est un nouvel abandon conclu sous forme d’un échange équitable qui est un marché de dupe (10).

 

De l’aveu des commentateurs français de l’époque (11), les territoires rétrocédés au Siam ne présentaient aucun intérêt majeur : Le port de Trat (ตราด et non Kratt) situé à l’extrême sud-est du pays (rétrocédé à la France en 1904 en contrepartie de son évacuation de Chantaboun), le chapelet d’îles et d’ilots au sud du cap Lemling (en réalité แหลมสิงห์ lèmsing, un amphoe de la province de chonburi) ce qui signifie le cap du lion)  situées face à la côte, Koh Chang jusque et y compris Koh Kut (เกาะกูก) peuplées de quelques villages de pécheurs, ne présentaient aucun intérêt ni stratégique ni économique (8.000 habitants sur 2.000 km2

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

pas plus que la pointe de territoire de Dan-Saï (ด่านซ้าย) actuellement amphoe de la province de Loei) sur la rive droite du Mékong au Sud du Luang-Prabang, enclave sans importance de 1.200 km2 peuplée de 8.000 Siamois,

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.
 

...... face à la cession de 40.000 kilomètres carrés et 250.000 habitants dans une région riche en production de riz, en produits de la pêche et en  minéraux, soigneusement décrit par Pavie qui en avait dressé la carte : 

 

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Ce n’est plus la fable du loup et de l’agneau qu’il faut citer mais celle du loup et du chien !

 

Naturellement nous retrouvons la clause sempiternelle sur l’interprétation du traité (12)

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Les Siamois ne se sont pas résolus à admettre l’abandon de leur suzeraineté sur le Cambodge et les muangs laotiens et encore moins à l’abandon de provinces qu’ils considéraient comme siamoises. Le désir de revenir à la situation précoloniale est permanent.

 

***

Lorsqu’éclate la guerre de 14, le roi  Vajiravudh clame la neutralité de son pays dans un conflit que ne le concerne guère. Ce fut fort tardivement qu’il invoqua « les grands principes » pour entrer en guerre aux côtés des alliés, se plaçant du côté des vainqueurs, puisqu’en juillet 1917, le sort des puissances centrales était irrémédiablement joué. En sus des « grands principes », probablement espérait-il en tirer quelques avantages pour le Siam tant en ce qui concerne la question épineuse des protégés français que celle des territoires perdus. Les avantages qu’en retira le pays dans l’immédiat ne furent que financier même s’ils furent considérables, avec l’attribution des avoirs allemands saisis conformément aux lois de la guerre telles qu’on les concevait à l’époque (13). Ce n’était pas un cadeau mais un droit. La question de la disparition des privilèges d’extraterritorialité ne fut réglée qu’en 1925 et définitivement qu’en 1937. Les revendications territoriales, pour autant qu’elles aient été abordées, ne reçurent aucune suite.

 

Le roi accueil le corps expéditionnaire revenu d'Europe (1919) :

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La question de la délimitation fut réglée de façon un peu plus précise par la convention du 25 août 1926 fixant (article 3) la limite frontalière au thalweg du fleuve et reconnaissant au Siam la propriété d’un certain nombre d’iles antérieurement propriété française mais rattachées par les alluvions à la rive siamoise sans qu’il soit rien touché aux acquisitions antérieures de la France au détriment du Siam.

 

Mais au moins cette définition coupe court aux éventuelles prétentions françaises sur une totale souveraineté sur le fleuve. C’est aussi la première mesure d’internationalisation du Mékong reconnaissant à l’une et l’autre partie la liberté de navigation qui en découle mais elle ne bénéficie alors  qu'aux deux riverains. Cette internationalisation restreinte était entièrement justifiée parle faible intérêt international présenté par le Mékong dans cette portion. De fait, les deux riverains étaient aussi ses deux seuls usagers (14).

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L’irrésistible ascension de Pibun va changer la donne :

 

Ministre de la défense en 1934 puis en 1937, premier ministre en 1938 jusqu’en 1944,  il n’attend pas le déclenchement de la guerre en 1939 pour asseoir de bien modestes revendications territoriales portant essentiellement sur quelques iles du Mékong à rajouter à la liste du traité de 1926, et ce probablement dès son accession au poste de premier ministre.

 

Le Siam clamera d’ailleurs son intention de respecter une stricte neutralité. Une note du ministre des colonies, à l’époque Georges Mandel sous gouvernement Daladier, datée du 27 octobre 1939 est significative. A cette date, nul ne peut encore penser que la France va s’écrouler en quelques jours devant l’offensive allemande. Le monde entier est persuadé, y compris le haut commandement militaire allemand (sauf Hitler) que son armée, forte de la victoire de 1918, reste invincible. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » fut peut-être un mot de Paul Reynaud, député des Basses-Alpes (qui ont parfois eu les députés qu’elles méritaient) mais il reflétait une opinion unanime.

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Mandel fut peut-être un admirable défenseur des droits de l’homme mais sa note proprement méprisante sinon insultante pour les Siamois traduit une opinion dans la droite ligne de celle de Jules Ferry, nous sommes là pour apporter à ces populations inférieures les bienfaits de notre admirable civilisation occidentale. Si l’on en croit Réau, les documents diplomatiques transitant télégraphiquement de France vers l’ambassade de Bangkok et vice-versa étaient soigneusement recueillis par les Siamois. On peut évidemment penser que ce qui était vrai en 1900 l’était à fortiori en 1939 ? (15)

 

Mais l’effondrement de la défense française, et la signature de l’armistice de la France avec l’Allemagne le 22 juin 1940 allait changer les rapports de force.

 

Une divine surprise pour Pibun. Ne revenons pas sur l’histoire de la guerre franco-siamoise : Bangkok réclamera officiellement le 13 septembre 1940 au gouvernement de Vichy la rétrocession des territoires laotiens de la rive occidentale du Mékong  (mais non la rive gauche) et les trois provinces cambodgiennes de Sisophon, Siemrap, et Batambang, le gouvernement français refusa le 17 septembre.

 

La guerre éclate en janvier 1941, déclenchée par les Siamois « sans déclaration de guerre préalable » (16) et se termine sans vainqueurs ni vaincus. Les Japonais - qui ne sont « entrés » au Siam qu’en décembre 1941 – proposent sinon imposent – leur médiation qui aboutit le 9 mai 1941 à la convention de Tokyo. Victoire à la Pyrrhus pour Pibun, semi-défaite pour les Français. Il semble que la médiation japonaise ait calmé les appétits de Pibun qui, moyennant une indemnité à payer de 6 millions de piastres indochinoises (17) (qui ne seront évidemment jamais versées en totalité à la France), n’obtient pas la restitution des territoires de la rive gauche du Laos qu’il revendiquait (c’est-à-dire tout le Laos Français) mais une partie des territoires cambodgiens et la province de Sayaburi ou Xayaburi.

 

Pour les Français, ce sont des territoires « annexés » par le Siam, pour les Siamois, ce sont des territoires « récupérés ». 70.000 kilomètres carrés et 500.000 habitants.

 

Version française :

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Version anglaise : 

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Chacun écrit l’histoire à sa façon mais il est plus confortable de l’écrire du côté du vainqueur. C’est tout de même pour Pibun un retentissant succès. De toute sa politique d'expansion nationaliste, la récupération des territoires perdus en Indochine, fut la partie la plus populaire. Elle a été acceptée par tout le pays et a mobilisé une immense majorité de la population derrière le régime.

 

Le monument de la victoire, toujours en place, fut immédiatement érigé (bien que certains le considèrent comme « politiquement incorrect ») 

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et une série de timbres commémoratifs émise.

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Par la suite, tout en maintenant l’affirmation qu’il veut conserver la neutralité de son pays et refuse systématiquement d’adhérer au pacte anti-Kominterm, Pibun entre en guerre contre l’Angleterre et les Etats-Unis le 25 janvier 1942. Si en 1917, Rama VI avait délibérément choisi le bon camp, le choix de Pibun fut malheureux.

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Nous y trouvons plusieurs raisons qui l’expliquent même si elles ne le justifient moralement pas :

 

• Sa sympathie pour les régimes des puissances de l’axe est certaine, mais comme nous venons de le préciser, elle n’est pas allé jusqu’à l’adhésion à l’internationale anti-communiste et les proclamations de neutralité bien après l’entrée des Japonais au Siam, contre laquelle il était impuissant à lutter (pour autant qu’il l’ait souhaité) son constantes. Il déclare à diverses reprises que « le Siam ne sera pas la Pologne de l’Asie-du-Sud-est ».

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• En janvier 1942, les forces de l’Axe sont maitresses de l’Europe et d’une partie de l’Afrique du nord, elles sont aux portes de Moscou,

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.... un bataillon de SS plante très symboliquement le drapeau à croix gammée au sommet de l’Elbrouz aux portes de l’Asie. 

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Londres résiste mais noyée sous une pluie de bombes. Les Japonais pour leur part, après s’être rendus maîtres de la Corée, d’une partie de la Chine, de la Mandchourie ont envahi les Philippines, la Malaisie, Singapour, les Indes néerlandaises et les iles du Pacifique. 

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Ce choix malheureux fut temporairement payant puisque, à la suite de la visite du général Tojo à Bangkok, en juillet 1943, un nouvel accord nippo-thaï fut signé, la Thaïlande obtenait une partie des conquêtes de l'armée nippone, annexant deux États shans de Birmanie sur lesquels elle avait (ou prétendait avoir) des droits historiques, au total 31.000 kilomètres carrés, 

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et quatre États de Malaisie (Kedah, Perlis, Kelantan et Trengganu) rétrocédés par le Japon, qu’elle avait dû céder sous la force en 1909 à la Grande-Bretagne, 38.000 kilomètres carrés.

 

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Mais plus dure sera la chute. Pibun doit quitter le pouvoir le 1er août 1944.

 

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Notes et références

 

(1)  « Ultimatum du 20 juillet »

« Le Gouvernement français exige :

La reconnaissance formelle par le Siam des droits de l’Empire d'Annam et du Royaume du Cambodge sur la rive gauche du Mékong et sur ses iles ;

L'évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong, dans un délai qui ne pourra excéder un mois ;

Les satisfactions que comportent les incidents de Tong-Xieng-Kham et de Kammoun, et les agressions dont nos navires et nos marins ont été l'objet dans la rivière du Menara ;

Le châtiment des coupables et les réparations pécuniaires dues aux familles des victimes ;

Une indemnité de deux millions de francs pour les divers dommages causés à nos nationaux ;

Le dépôt immédiat d'une somme de trois millions de francs en piastres pour garantir ces réparations pécuniaires et ces indemnités, ou, à défaut, la remise à titre de gage de la perception des fermes et revenus des provinces de Battambang et de Siem-Reap.

Le  Gouvernement siamois devra faire connaitre dans un délai de quarante-huit heures s'il accepte ces conditions »

Et on en rajoute dix jours plus tard avec un certain sens de l’humour noir (probablement à la suite d’un oubli de Pavie) :

 

« Conditions additionnelles du 30 juillet 1893

«  Désireux de donner une nouvelle preuve des sentiments de modération qui l'ont constamment inspire, le Gouvernement français se contentera, comme garantie indispensable de l'exécution pratique des clauses de l’ultimatum, d'occuper la rivière et le port de Chantaboun jusqu'à la complète et pacifique évacuation des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du Mékong ».

 

(2) Il y aurait beaucoup à dire sur les « incidents » visés par le texte de l’ultimatum, systématiquement montés en épingle par la presse coloniale et solennellement contredits par la presse siamoise, le Siam observer notamment qui cite volontiers la fable du loup et de l’agneau. Réalité ou prétexte ? Il est un magnifique exemple de l’attitude de la presse française dix ans plus tard (mais évidemment gardons-nous de généraliser). Le 5 avril 1903, Le Petit Journal, le plus fort tirage de la presse française (jusqu’à 2 millions d’exemplaires) affiche dans tous les kiosques de France et de Navarre une image retentissante :

 

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Des soldats siamois curieusement vêtus d’uniforme européens ? Il n’existe pas de Photoshop  mais le journal a de bons dessinateurs. Il faut tourner la page pour connaître ce qui semble être la vérité. L’incident a eu lieu dans la ville de Thafa (บ้านท่าฟ้า) dans la province de Phayao  (พะเยา) à la limite des états shans : l’armée siamoise s’est avancée pour réprimer une révolte ou une insurrection. Il n’y a pas eu de français tués mais deux laotiens dont il n’est nullement justifié qu’ils aient été nos protégés ? Cet événement avait  été diffusé par le Courrier d’Haïphong, du 23 mars 1903 que  «…quatre Français et deux Anglais employés à la Compagnie La Bombay Burmah Trading furent pris et fusillés » En réalité, il n’y eut ni Européens ni Français ni protégés français tués.

 

On a fait mieux depuis, en 1989, avec l’affaire de charniers de Timisoara qui ne fut pas à l’honneur de notre presse.

 

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(3) Après avoir participé à toutes les expéditions de l’ « explorateur aux pieds nus », il fut récompensé par un poste de Consul à Luang-Prabang précédemment occupé par Pavie avant de finir sa carrière à Nan. Le consulat de Nan avait compétence territoriale sur Le Vice-consul à Nan avait  compétence sur les villes suivantes : Chiangraï, Chiangsaen, Chiangmaï, Lampang, Lampun, Phrai, Tak, Kampaengphet, Phichai et Sukhothai. Celui de Korat sur tous les territoires des circonscriptions laotiennes et cambodgiennes situés sur la rive gauche du Mékong. Hardouin s’est distingué par son zèle à Korat et à Nan. Le ministre britannique à Bangkok écrit à son gouvernement « beaucoup d’embarras avaient été causés par la pratique suivie par M. Hardouin, le consul français, dans la délivrance des certificats d'immatriculation française, non seulement aux indigènes venant réellement de la rive gauche du Mékong mais à leurs enfants et petits-enfants qui n'y avaient jamais en réalité jamais mis les piedsThe Bangkok Times  écrivait en décembre 1898 : « Le consul M. Hardouin, ne cache nullement son désir d'affaiblir le gouvernement siamois par la création de très grand nombre de protégés». (The Bangkok Times Weekly Mail du 27 décembre p.134)

 

(4) Voir nos articles 144 et 145 « Raphaël Réau, Jeune Diplomate Français Au Siam. (1894-1900) » et A 192 – « A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »

 

 

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(5) Voir le très savant et très juridique article de François Schroeter « Le système de délimitation dans les fleuves internationaux » In  Annuaire français de droit international, volume 38, 1992. pp. 948-982.

 

(6) Voir notre article A 90 « Les dessous des traités de 1902 et de1904 entre la France et le Siam ».

 

(7) Article 1er « La frontière entre le Siam et le Cambodge part, sur la rive gauche du Grand Lac, de l'embouchure de la rivière Stung Roluos, elle suit le parallèle de ce point dans la direction de l'Est jusqu'à la rencontre de la rivière Pré Ivompong Tiam, puis, remontant vers le Nord, elle se confond avec le méridien de ce point de rencontre jusqu'à la chaine de montagnes Pnom Dang Rek. De là elle suit la ligne de partage des eaux entre les bassins du Nam Sen et du Mékong, d'une part, et du Ammon, d'autre part, et rejoint la chaine Phnom Padang dont elle suit la crête vers l'Est jusqu'au Mékong. En amont de ce point, le Mékong reste la frontière du Royaume de Siam, conformément à l’article 1 du traité du 3 octobre 1893. »

 

(8) Article 2 « Quant à la frontière entre le Luang Prabang, rive droite, et les provinces de Muang Phichai et Muang Nan, elle part du Mékong a son confluent avec le Nam Huong et, suivant le thalweg de cette rivière jusqu'à son confluent avec le Nam Tang, remontant ensuite le cours du dit Nam Tang, elle atteint le ligne de partage des eaux entre les bassins du Mékong, et celui de la Ménam en un point situe près de Pou Dene Dine. À partir de ce point, elle remonte vers le Nord, suivant la ligne de faite entre les deux bassins jusqu'aux sources de la rivière Nam Kop dont elle suit le cours jusqu'à sa rencontre avec le Mékong ».

 

(9) Article 15 « En cas de difficultés d’interprétation de la présente Convention, rédigée en français et en siamois, le texte français fera seul foi. »

 

(10) Article 1er « Le Gouvernement siamois cède à la France le territoire de Battambang, Siem-Reap et Sisophon …. »

Article 2 « Le Gouvernement français cède au Siam les territoires de Dan-Sai et de Kratt …  ainsi que toutes les iles situées au sud du cap Lemling jusques et y compris Koh Kut ».

 

Les trois cartes officielles annexées au traité : 

 

 

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(11) par exemple Maurice Zimmermann « Traité du 23 mars 1907 avec le Siam » In Annales de Géographie, t. 16, n°87, 1907. pp. 277-278.).

 

L’enclave cédée de Dan Saï ne constituait probablement que la partie nord jouxtant le Mékong de l’actuel amphoe qui comporte 1.732 km2.

 

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(12) Article 8 « En cas de difficultés d'interprétation du présent traité rédigé en français et en siamois, le texte français fera seul foi ».

 

(13) Traité de Versailles : Article 136 «  Tous biens et propriétés de l'Empire ou des États allemands au Siam, à l'exception des bâtiments employés comme résidences ou bureaux diplomatiques ou consulaires, seront acquis de plein droit au Gouvernement siamois, sans indemnité. Article 137 « L'Allemagne renonce à toute réclamation, pour elle ou ses nationaux, contre le Gouvernement siamois relativement à la saisie des navires allemands, à la liquidation des biens allemands ou à l'internement des ressortissants allemands au Siam….. »

 

(14) Quoc Dinh Nguyen « L'internationalisation du Mékong » In Annuaire français de droit international, volume 8, 1962. pp. 91-115.

 

(15) Mandel considère que toutes les discussions avaient été réglées par le traité de 1926, qu’il n’était pas question de revenir sur l’article 1er du traité de 1893, qu’il n’était pas question de revenir sur la propriété française d’iles devenues presque-iles, que la France avait bien assez de concessions en admettant la notion de « thalweg-frontière », que la concession de huit iles au Siam en 1926 constituait déjà un sacrifice. Il faisait sienne la réaction du gouverneur général de l’Indochine du 30 juillet selon laquelle la demande présentée par les négociateurs siamois ne devait être admise sous aucun prétexte. « Admettre la possibilité de révision de frontière et d’une nouvelle délimitation, même s’il ne s’agit que de quelques iles du Mékong, serait un acte de faiblesse que le Siam ne manquerait pas d’exploiter. Il est indispensable que nous voisins soient persuadés que, dans ce domaine, nous nous maintenons strictement aux textes en vigueur et qu’ils ne peuvent compter de notre part, sur aucune concession ». Pire qu’un refus, c’est un refus d’ouvrir seulement des discussions.

 

(16) Ce sont évidemment aux vaincus que l’on reproche, en poussant des cris d’orfraie, d’avoir engagé des hostilités armées sans déclaration préalable comme au temps des guerres en dentelle. Ce n'est guère que depuis la paix de Paris de 1763 qu'une déclaration de guerre expresse et solennelle a cessé d'être tenue pour indispensable. 

 

(12) Article 8 « En cas de difficultés d'interprétation du présent traité rédigé en français et en siamois, le texte français fera seul foi ».

 

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Voir à ce sujet l’article de Michel Voelckel « Faut-il encore déclarer la guerre ? » In Annuaire français de droit international, volume 37, 1991. pp. 7-24. Il n’y a pas une guerre depuis le milieu du siècle dernier, pour en rester là sans remonter aux guerres napoléoniennes ou à la guerre du feu, qui ait été engagée après une déclaration en bonne et due forme.  Mais n’est-il pas plus simple d’imputer la responsabilité à quelques dirigeants du pays vaincu – vae victis ! Formellement d’ailleurs et pour autant que Pibun ait eu connaissance de la note de Mandel, on peut parfaitement la considérer comme un casus belli. 

 

(17) Si on peut évaluer pour 1941 la valeur d’une piastre indochinoise à 4 francs et le franc de 1941 à environ un tiers d’euro, l’indemnité  de 24 millions de francs représenterait 8 millions d’euros 2015 ?

 

(18) Nous en trouvons de multiples exemples dans la presse française de l’époque qui, si elle est localement inféodée au gouvernement du Maréchal, est singulièrement beaucoup plus libre en ce qui concerne les événements d’Asie…. Tout au long de l’année 1941, elle fait état d’agissements en général anglais, le plus souvent sur la foi de renseignements émanant d’agences de presse américaines ce qui les rend plausibles : Le 9 janvier puis le 9 aout 1941 des troupes britanniques sont massées massivement à la frontière siamoise, plusieurs dizaines de milliers d’hommes et des centaines d’avions au nord de la Malaisie. En juillet et octobre 1941, la Grande-Bretagne « exerce des pressions » pour changer le gouvernement. Le 15 aout 1941, le Siam  refuse d’accorder des bases navales aux anglais qui répondent par des bombardements sporadiques. Ce refus est consécutif à une première demande anglaise du mois de février offrant en contrepartie les Etats Shans à la Thaïlande. Le 6 août, l’Associated Press annonce que les Anglais se livrent à des préparatifs tendant à leur assurer le contrôle de bases importantes en Thaïlande notamment Bangkok et l'isthme de Kra. Le 21 août, on parle de 73.000 hommes dont 42.000 hindous et 250 avions. Pour les Anglais, si nous devons envoyer des troupes au Siam, c’est pour défendre le Siam lui-même. C’est la reproduction mot pour mot du discours du délégué Japonais à la Société de Nations lorsqu’il expliqua l’invasion de la Chine en 1937 !

 

 

 

 

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Pibun répond à la radio que la Thaïlande ne reculera pas, que les Thaïs défendront leur pays jusqu'à la dernière goutte de leur sang Ce n'est plus le Siam du siècle dernier, c'est une Thaïlande nouvelle qui résistera à toute atteinte à ses droits souverains. Etc…etc…

(Journaux consultés, des dizaines de numéros : Le Figaro, le Journal des débats, Le Matin, La Croix, Le temps, Ouest éclair, Paris soir, Le petit parisien).

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 22:01
202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Nous avions vu que le Japon avait attaqué les Etats-Unis (Pearl-Harbour) le 7 décembre 1941, la Grande-Bretagne (Singapour) le 8 décembre et envahi la Thaïlande. 

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Mis devant le fait accompli, le maréchal Phibun signait un traité d’alliance le 10 décembre 1941 avec le Japon et déclarait la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne le 25 janvier 1942. Différents mouvements de résistance thaïlandais vont s’organiser sous l’appellation Free Thais avec l’objectif de lutter contre l’occupation japonaise, et de redonner au pays son indépendance, avec la collaboration des services secrets britannique, la  Special Operations Executive (SOE), et américain, l’Office of Stratégic Services (OSS).*

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Le livre d’E. Bruce Reynolds de 462 pages  « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », paru en 2004, et basé sur des documents partiellement déclassifiés, devrait nous éclairer sur cette page de l’Histoire de la Thaïlande. 

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.
 

Cette lecture devrait nous permettre de :

 

Comprendre que la Thaïlande se situe dans le jeu géostratégique des grandes puissances britannique, américaine, et chinoise pendant la seconde guerre mondiale, où chacune n’agit que du point de vue de son intérêt, à savoir son combat contre les Japonais et son objectif d’après-guerre. La Grande –Bretagne voulant retrouver, voire augmenter son empire colonial, et les Etats-Unis assurer l’indépendance des pays colonisés.

 

Distinguer les différents mouvements Free Thais. Leurs rivalités.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Le  premier mouvement, est né aux Etats-Unis, sous l’impulsion de Seni Pramot, alors ambassadeur à Washington, qui a manifesté son désaccord sur la politique de collaboration choisie par Phibun et refusé de transmettre la déclaration de guerre de son pays aux Etats-Unis, le 25 janvier 1942. L’autre, en Angleterre, avec à sa tête le  prince Suphasawat, (ou Subha Chin Svasti Svastivat, en exil et frère de l’ex-reine) et le Dr Puey Ungpakorn, le chef du courant des étudiants thaïs libres. Le troisième s’est formé à l’intérieur de la Thaïlande avec Pridi, régent, et son rival le général Adun, le chef de la police. (Qui devait avoir son propre réseau, mais dont Reynolds ne dit rien). Et le quatrième en Chine avec le général Tai Li, chef des services secrets de Tchang Kai chek, et s’appuyant sur les Sino-Thaïs. (Dont Reynolds dit peu) ; avec un rôle particulier joué en Chine par le  lieutenant –colonel  Khap (Kharb), rival de Seni, auparavant attaché militaire à l’ambassade de Thaïlande à Washington.

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On s’apercevra que les Free Thais  de l’extérieur n’étaient qu’une centaine, dont une cinquantaine organisée au sein du FSM (Free Siamese Movement) en Grande Bretagne (35  entrèrent dans une unité spéciale du Pionner Corps le 7 août 1942. Après un entraînement, ils arriveront à Bombay en avril 1943 et auront de nouveau 5 mois d’entraînement avec la Force 136) ; 16 autres dont la reine choisirent  de se porter volontaires pour des tâches non-militaires)alors qu’aux Etats-Unis, malgré l’appel de l’ambassadeur Seni, seuls 19 hommes Free Thais et plusieurs formateurs/guerilla de l’OSS avec Smith s’embarqueront le 17 mars 1943 au port de Baltimore, pour atteindre, après un entraînement de 4 semaines, par petits groupes, après bien des péripéties, Kumming puis Chungking en Chine, entre le 19 juillet et le 13 août 1943. A cette période 16 autres sont encore à l’entrainement aux USA et le général Cheng à Chamkat (Chine) inspectait  un camp d’entrainement de 100 sino-thaïs volontaires. A Puerth, le général Tai Li, le chef des services secrets chinois préparait une petite armée pour intervenir en Thaïlande.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.
 

 

Au niveau intérieur, si Pridi en août 1942, avait informé les Britanniques qu’il  avait formé un groupe secret anti-japonais « X O Group ». Un des membres, Sawat Trachu, révéla dans un mémoire qu’ils n’étaient que 10 ! Une année plus tard, nous verrons comment Pridi s’est renforcé, a envoyé une mission avec Sanguan à Chungking (Chine) en septembre 1943, où il peut constater que Chamkat, qu’il retrouve, refuse même de révéler les noms des Free Thais de Bangkok à Khap. (Il y aurait eu à cette époque, 4 ministres, 4 généraux, trois colonels de police et 52 autres membres importants.)

 

L’action. Nous verrons qu’il faut attendre en fait,  janvier/février 1944 pour qu’une base  OSS Free Thais  s’organise à Ssumao (ou Simao, Chine, dans le Yunnan, à la frontière du nord du Laos) avec le 1er essai d’infiltration.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Une base  avec à sa tête Chamrap, et Khap comme commandant militaire, son adjoint Winchien, Chintamai, intendant, Nitthipat, (signal officer), Phiset, chef technicien, Bunrot, renseignement, et Bunliang, médecin. Les cibles sont alors Chiangmai pour Somphong, Lampang pour Ian; Udon, pour Karawek ; Uttaradit, pour Karun ;  Tak, pour Phon ; Ban Pong, pour Bunyen ; Samut Prakan, pour  Sawat ; Sattahip, pour Phisut ; Aranyaprathet, pour Pao et Ranong, pour Chok. Nous suivrons leurs missions.

 

Le 17 juin 1944, un nouveau groupe de 14 officiers thaïs formés par l’OSS arrivera à Calcutta (Formés d’octobre 1943 à février 1944 pat l’OSS aux Etats-Unis).

 

Le second de Khap, Chamrat apprendra lors d’une mission d’inspection à la frontière, l’existence d’un groupe de la Force 136 au nom de code  HAINTON, comprenant deux lieutenants thaïs Free ThaisArun Sorathet et Khamhaeng.

 

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Autant dire que jusque-là, les services américains et anglais ne travaillaient pas en collaboration.

 

Enfin le contact, et les premiers échecs.

 

L’échec de Chamkat (avec Lo, Phaisan, Krachang) en août 1943,  pour communiquer des micro-films et l’échec de l’opération PRICHARD pour contacter Pridi (Trois radios « white elephants », le rendez-vous manqué avec le sous-marin Tactician du 9 au 12 décembre 1943)Un autre échec en novembre 1943, avec 2 agents thaïs venus d’Angleterre (Rinthakul et Sawat Sisuk) débarqués d’un sous-marin dans le sud, mais ratant leur rendez-vous pour repartir (Pour quelle mission ?). Une autre opération (SUN) avec 5 sino-thaïs parachutés à Nahon Pathom le 6 mars dont deux avaient été tués par la police, deux capturés et transférés à Bangkok et le cinquième avait pu s’échapper.

 

 

Autant dire que jusque-là, les services américains et anglais ne travaillaient pas en collaboration.

 

Enfin le contact, et les premiers échecs.

 

L’échec de Chamkat (avec Lo, Phaisan, Krachang) en août 1943,  pour communiquer des micro-films et l’échec de l’opération PRICHARD pour contacter Pridi (Trois radios « white elephants », le rendez-vous manqué avec le sous-marin Tactician du 9 au 12 décembre 1943)Un autre échec en novembre 1943, avec 2 agents thaïs venus d’Angleterre (Rinthakul et Sawat Sisuk) débarqués d’un sous-marin dans le sud, mais ratant leur rendez-vous pour repartir (Pour quelle mission ?). Une autre opération (SUN) avec 5 sino-thaïs parachutés à Nahon Pathom le 6 mars dont deux avaient été tués par la police, deux capturés et transférés à Bangkok et le cinquième avait pu s’échapper.

 

L’opération APPRECIATION du 14 mars avec trois Force 136 (« Eléphants blancs »), Puai Ungpakon, Prathan Premkamon, et Prem Buri qui sont parachutés dans la province de Chainat au nord-ouest de Bangkok, mais capturés trois jours après et envoyés à Bangkok ; Celle du  4 avril 1944, avec trois officiers thaïs, Samran Wannaphruk, Rachid Buri et Thana Posanayong  parachutés à Nakhon Sawan et arrêtés par la police. Un autre échec  encore le 10 mai 1944, l’opération BILLOW, avec 4 sino-thaïs (Eléphants rouges) au Sud, destinée à préparer une base de sabotage, dont 2 seront tués dans un échange de tirs et deux arrêtés.

 

Au milieu de l’année 1944, le moral n’était pas au rendez-vous pour la Force 136 de Calcutta. Six Eléphants blancs étaient perdus et deux missions d’ Eléphants rouges avaient été un désastre.

 

Nous verrons que la démission de Phibun le 1er août et la formation du gouvernement  Aphaiwong, le 3 août 1944, composé de nombreux fidèles de Pridi (Devenu le seul régent le 31 juillet, après la démission du prince Athit ), va changer la donne.

 

En septembre/octobre 1944, les premiers contacts sont établis.

 

De fait la mission BRILLIG permettra à Krit et Phasoet Pathumanon, le 8 septembre 1944 de rencontrer Pridi et d’établir un contact avec l’Inde. La mission HOTFOOT, avec Bunmak et Wimon qui après l’échec de DURIAN, établira  le  1er contact de l’OSS avec Adun, le chef de la police le 22 septembre 1944, et avec  Pridi. Adun coopérera et les aidera à sortir des radios du CID. Et le 5 octobre 1944Pao pourra établir, pour la première fois, un contact avec l’OSS basé à Ssumao. Il leur apprendra la présence des 7 Free thaïs qui ne sont pas libres de leur mouvement, du fait qu’Adun est surveillé par les Japonais.

 

 Et l’OSS va s’engager avec Pridi.

 

Les contacts des Américains avec Pridi étaient encore limités au début d’octobre 1944, malgré le 1er contact du 5 octobre 1944 établi avec la base OSS de Ssumao. Mais au moins le colonel  Heppner du Détachement 404 pouvait, le 10 octobre, par radio informer le  général Donovan, le patron de l’OSS,  de ce premier succès et de la présence de Wimon auprès de Pridi.

 

Bref, cela bougeait, pendant que Pridi et Adun s’activaient également et  envoyaient leurs propres représentants (Thawin et Adun) qui atteignaient Ssumao le 11 décembre 1944. Nous verrons qu’à la fin de 1944, les négociations de Pridi avec le Foreign Office et la SOE avaient dû s’interrompre car les Anglais ne voulaient parler que des questions militaires.

 

En novembre 1944 donc, commenceront les opérations en Thaïlande, avec ARISTOC (Chiangmai) de l’OSS et COUPLING (entre Khon Kaen et Loei) de la SOE. Mais il faudra attendre 1945 pour que de nombreuses  opérations  larguent en différents points de la Thaïlande, des officiers Free Thais, opérateurs radios, et armes, aidés par des formateurs OSS et SOE pour établir des bases de résistance.

 

SIREN avec  Greenlee et Wester qui rencontre Pridi le 28 janvier, qui leur livre son plan de guerre en coordination avec les Américains ; Pridi estime alors  qu’il a 50 % de l’armée derrière lui et qu’ il veut former un Comité avec Seni et Sanguan pour négocier avec les Alliés. Washington en est informé.

L’OSS assure Pridi qu’il a désormais le contrôle des OSS Thaïs en Thaïlande. Pridi nomme alors Bunmak, pour assurer le commandement de tous les officiers Free Thais  du  territoire.

 

L’opération BRILLIG de la Force 136, qui le 2 janvier largue des armes près de Hua Hin, pour Tiang Sirikan, un député proche de Pridi ;  Le 27 janvier, l’opération CANDLE qui parachute des armes à Sakhon Nakhon encore  pour Tiang, qui affirme que 150 hommes sont en train de s’entraîner. INFLUX pour exfiltrer des nouvelles recrues. Ensuite, les Britanniques voulurent  renforcer la puissance radio près de Bangkok ;  SAVANNA, le 29 janvier parachutait trois Free Thais.

 

Toutefois, le 20 février, un avion vient extraire Chat, Direk, Thanat et deux Free Thais de la Force 136 (Qui ?) près de l’île de Tao dans le golfe de Thaïlande ; un second avion prend 7 policiers thaïs pour les entraîner en Inde. Le 22 février à Trincomalee, Mountbatten ne reçoit pas la délégation thaïe.

 

Bref, on pouvait constater que mi-février 1945, les Etats-Unis et l’OSS avait pris des décisions importantes.

 

Pridi, était désormais le seul leader des Free Thaïs en Thaïlande ; Que le Détachement 404 de Coughling assurait désormais toute l’organisation des opérations en Thaïlande ;  Que les Free Thais de Chine seraient rapatriés à Ceylan ; Que le colonel Sharp était rappelé à Washington, pour mieux le contrôler.

 

Adun, avait compris et libéra tous les Free Thais qui étaient sous son contrôle, y compris Ian et Sawat, qu’il avait envoyés à Korat, et Bunyen et Pao à Hua Hin.

 

Pridi pendant cette période s’active.

 

Il nomme de nouveaux gouverneurs ; il va recruter parmi les fils de ses fidèles à l’université de Chulalongkorn et de Thammasat. Le 24 mars, 5 d’entre eux dont Piya Chakkapak seront exfiltrés par hydravion pour recevoir un entraînement OSS de radio à Trincomalee (Ceylan) ; 19 autres les suivront. En mars encore, à sa demande, l’amiral Sangwon Suwannachip a déjà recruté 300 volontaires parmi les étudiants de Chulalongkorn pour les enrôler dans la police militaire.

 

L’OSS en collaboration avec les actions dirigées par Pridi, commença à renforcer ses infiltrations.

 

Le premier fut Sunthon Kantalaksa à Ko Surin rejoignant l’équipe BALMORAL (le lieutenant  John D. Calhoun et 5 hommes)A la fin de janvier 1945, la mission comprenait 7 américains et 7 chinois et malais. Le 23 mars, deux hydravions amenaient un renfort de trois officiers thaïs OSS (Prayun Atthachinda, Amnuai Phunphipat, et Charoen Watthanapanit)  à l’île de Sattakut avec une tonne de matériel et embarquaient 7 hommes envoyés par Pridi afin qu’ils reçoivent un entrainement. Le 28 mars, un B24 parachutait un autre officier thaï, Charok Losuwan et du matériel entre Phrae et Lampang.

 

Le 2 avril 1945, Greenlee rendait compte à Pridi de sa mission de Washington.

Son plan de guerre était refusé et il lui était demandé de coopérer avec Adun. Ils s’accordèrent pour établir des bases d’entraînement de guérilla à Korat avec Ian et Sawat, à Phetburi avec Pao, à Nakhon Si Thammarat avec Bunyen, et Phiset à Kengtung pour réunir les renseignements.

 

Mais pendant ce temps, les bombardements n’épargnaient pas  les civils, comme celui qui au début avril avait tué 400 civils et 50 militaires thaïs près de Korat ;  le 7 avril, des avions américains attaquaient l’aéroport de Don Muang et détruisaient deux avions qui venaient d’arriver avec le commandant thaï de l’armée du Nord. Le 14, des B24 anglais et américains bombardaient Bangkok pendant deux heures, et tuaient 200 civils et privaient presque toute la capitale d’eau et d’électricité.

 

La Force 136 allait mettre en œuvre l’opération ROGER, qui avait pour objectif, l’invasion de l’île de Phuket. Dans cette optique, elle allait placer 10 radios dans 6 localités : Yala, Prachuap, Chumpon, Pang Nga, Takuapa, et Bandon (Opérations PRIEST et SQUALID). Prasoet Prathumanon de la mission BRILLIG qui était en Thaïlande, fut rejoint par Sawat Sisuk qui fut parachuté le 9 mai, après un passage en Inde, pour établir un camp à Pratburi et à Prachuap, près de la ligne de chemin de fer. Fin avril, Wattana Chitwari et trois officiers britanniques avaient été déposés en hydravion à l’île de Terutao et 20 soldats thaïs avaient été emmenés pour un entrainement en Inde.

 

Dans le même temps, l’opération PANICLE amenait  dans la nuit du 27/28 avril 1945, le brigadier Jacques, le major A. T. « Tom » Hobbs, et le prince Supasawat ( Major Arun)

 

L’opération PATTERN, qui le 26 mai, voit Pao Khamurai accueillir deux parachutés,  le Major Eben B. Bartlett Jr, un vétéran OSS ayant opéré en France, et le sergent Verlin Gallaher et un radio thaï près de Phetburi pour établir dans la jungle un camp de guérilla. Le 29 mai, un B24 anglais venu avec une équipe de formateurs de guérilla se scratchait (zone YIELD entre Lopburi et Korat) ; 5 membres se tuaient dont  Rapieraski, le seul Américain de l’OSS qui soit mort en opération en Thaïlande.

 

Les 8 survivants étaient pris par une patrouille de police thaïe et emmenés à Bangkok. Les autres, 3 américains et Smith furent transférés au quartier général de SIREN. Greenlee les fit évacuer.

 

Le 12 mai, l’OSS larguait Holladay (Missionnaire qui parlait thaï) et Chalong Pungtrakun. Ils étaient accueillis par un officier Free Thais et emmenés  dans un camp situé à 60 km de Sakhon Nakon. Holladay dans un message à Coughlin le 16 mai 1945, disait que 100 hommes recevaient chaque semaine un entraînement et que Tiang avait déjà préparé 10 camps séparés et s’apprêtait à construire une piste d’atterrissage. (Cf. Notre mise au point sur Tiang et la résistance à Sakhon Nakhon dans notre article suivant 203, intitulé « TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN »)

 

Le 30 mai, Force 136 y parachutait le major britannique David Smiley et le sergent « Gunner » Collins et deux Thaïs entrainés en Inde. 100 hommes en uniforme vinrent prendre le matériel et l’apportèrent au camp avec une vingtaine de chariots à buffalos. Le lendemain, Tiang fit rencontrer Holladay et Smyley. Amnuay resta avec Holladay et Chalong partit sur Udon Thani pout y établir une station.

 

Le brigadier britannique Jacques et le capitaine P. C. Ashwell revinrent à Bangkok avec le radio thaï, le capitaine Phrapit Na Nakhon le 1er juin pour y établir le quartier général de Force 136.

 

Le 1er juin voyait également l’opération OCCASIONavec le 1er avion britannique atterrissant à l’aéroport de Nan, près de Loei, avec Sawang Sankoset et le radio Rinthakul, chargés de recruter des agents indépendants de Pridi, pour surveiller les mouvements de troupes japonaises entre Lampang,  Korat et Ubon. Adun les mis sous son contrôle.

 

Du début avril à mi-juin, le Force 136 largua en 3 fois, plus de matériel que le Détachement 404, avec 35 tonnes de matériel pour Sakhon Nakon (CANDLE).

 

La FORCE 136 se concentrera d’ailleurs sur CANDLE près de Sakhon Nakon, puis COUPLING près de Loei et Khon Kaen et NERONIAN près de Sukkhotai, avec 15 parachutages en juin. (Mais à Sukkhotai (NERONIAN) ils ne seront encore que 50 à s’entrainer mi-juillet  1945 en forêt profonde)

 

De petites opérations seront mis en oeuvre, comme SQUALID près de Prachuap, SUNGOD près de Nakhon Si Thammarat/Surat Thani, PRIEST pour Krabi, Phang Nha, Songkhla, et BROCADE à l‘extrême sud en coopération avec la guérilla chinoise de Malaisie.

 

Mais de toutes façons, fin  juillet 1945, la résistance n’était pas prêtemême si Pridi prétendait que 7 zones de guérillas étaient déjà opérationnelles.

 

Encore le 16 juillet, l’OSS envoyait Smith et Georges avec le major Griswold et le prince Yuthitsakian à la base DIAGRAM près de Phu Khieo (entre Khon Kaen et Petchabun) pour entraîner et armer 300 hommes de « l’aviation ». Le 22 juillet, le capitaine Van Mumma, le chef Gilbertson et un radio étaient  parachutés près de Khonpai (YIELD) pour rejoindre le chef de la base, le superintendant de la prison de Klongpai ; et 16 policiers ne commencèrent leur entraînement de 10 jours que les derniers jours de juillet. Dans la deuxième semaine de juillet, 14 soldats de la police militaire rejoignaient le site « SELFISH » près de Rayong et se mettaient sous les ordres de l’officier OSS Free Thais Anon Na Pompet. Des armes et munitions venant de Bangkok leur étaient livrées dans la nuit du 21 juillet ; un autre le 23. Le capitaine G. Loetterle, le sergent Howard Costa, et « John » Jack Carrol et Gerald Bennatts arrivaient le 24. Une nuit plus tard, d’autres OSS les rejoignaient, le lieutenant H. T. Bush, le sergent Kennet Hughues, et Pfc Lamber Smith.

 

Evidemment tous ces vols accrus de B24 et de C47 fin mai et en juin, en différentes zones du pays n’avaient pas échappés aux Japonais et l’ambassadeur japonais avait prévenu le 1er ministre d’une possible réaction. Pridi avait demandé aux alliés d’interrompre provisoirement les largages. Mounbatten avait accédé à la requête de Pridi.

 

 Mais les bombardements avaient continué. Reynolds cite celui de nuit du 10 juillet opéré par huit B24, de la station de chemin de fer de Thonburi qui avait tué 90 personnes et blessé 400. Il y en eut d’autres (le 14, le 29 juillet, etc.).

 

(Un rapport en décembre 1945 indiquera que 18 500 bombes avaient été largués durant le conflit et tués 8700 personnes et détruits 9600 bâtiments.)

 

De toutes façons,  Pridi avait ordonné de ne pas déclencher les hostilités, surtout qu’entre le 24 et le 27 juillet une mission conjointe d’inspection de trois officiers thaïs et de trois japonais devait être  effectuée à  Tak, Sawankhalok, Phu Khieo, Udon, Khon Kaen et Ubon. La Force 136 et les groupes OSS s’étaient donc retirés en pleine jungle.

 

Le 15 juillet, une compagnie japonaise fut envoyée à Sakhon Nakon, et commença des patrouilles de nuit. Un bataillon d’infanterie devait suivre … Certes les Japonais surveillaient Pridi, les membres du gouvernement, les chefs de l’armée, les suspectaient de double jeu, mais n’avaient pris aucune mesure contre eux  en ce début d’août.

 

Le 6 août une bombe nucléaire rasait Hiroshima, et le 9 août Nagasaki. Le 15 août l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon.

 

Reynolds n’avait signalé aucun acte de sabotage, ni de faits d’armes contre les Japonais.

 
202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

L’opération APPRECIATION du 14 mars avec trois Force 136 (« Eléphants blancs »), Puai Ungpakon, Prathan Premkamon, et Prem Buri qui sont parachutés dans la province de Chainat au nord-ouest de Bangkok, mais capturés trois jours après et envoyés à Bangkok ; Celle du  4 avril 1944, avec trois officiers thaïs, Samran Wannaphruk, Rachid Buri et Thana Posanayong  parachutés à Nakhon Sawan et arrêtés par la police. Un autre échec  encore le 10 mai 1944, l’opération BILLOW, avec 4 sino-thaïs (Eléphants rouges) au Sud, destinée à préparer une base de sabotage, dont 2 seront tués dans un échange de tirs et deux arrêtés.

 

Au milieu de l’année 1944, le moral n’était pas au rendez-vous pour la Force 136 de Calcutta. Six Eléphants blancs étaient perdus et deux missions d’ Eléphants rouges avaient été un désastre.

 

Nous verrons que la démission de Phibun le 1er août et la formation du gouvernement  Aphaiwong, le 3 août 1944, composé de nombreux fidèles de Pridi (Devenu le seul régent le 31 juillet, après la démission du prince Athit ), va changer la donne.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

En septembre/octobre 1944, les premiers contacts sont établis.

 

De fait la mission BRILLIG permettra à Krit et Phasoet Pathumanon, le 8 septembre 1944 de rencontrer Pridi et d’établir un contact avec l’Inde. La mission HOTFOOT, avec Bunmak et Wimon qui après l’échec de DURIAN, établira  le  1er contact de l’OSS avec Adun, le chef de la police le 22 septembre 1944, et avec  Pridi. Adun coopérera et les aidera à sortir des radios du CID. Et le 5 octobre 1944Pao pourra établir, pour la première fois, un contact avec l’OSS basé à Ssumao. Il leur apprendra la présence des 7 Free thaïs qui ne sont pas libres de leur mouvement, du fait qu’Adun est surveillé par les Japonais.

 

 Et l’OSS va s’engager avec Pridi.

 

Les contacts des Américains avec Pridi étaient encore limités au début d’octobre 1944, malgré le 1er contact du 5 octobre 1944 établi avec la base OSS de Ssumao. Mais au moins le colonel  Heppner du Détachement 404 pouvait, le 10 octobre, par radio informer le  général Donovan, le patron de l’OSS,  de ce premier succès et de la présence de Wimon auprès de Pridi.

 

Bref, cela bougeait, pendant que Pridi et Adun s’activaient également et  envoyaient leurs propres représentants (Thawin et Adun) qui atteignaient Ssumao le 11 décembre 1944. Nous verrons qu’à la fin de 1944, les négociations de Pridi avec le Foreign Office et la SOE avaient dû s’interrompre car les Anglais ne voulaient parler que des questions militaires.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

En novembre 1944 donc, commenceront les opérations en Thaïlande, avec ARISTOC (Chiangmai) de l’OSS et COUPLING (entre Khon Kaen et Loei) de la SOE. Mais il faudra attendre 1945 pour que de nombreuses  opérations  larguent en différents points de la Thaïlande, des officiers Free Thais, opérateurs radios, et armes, aidés par des formateurs OSS et SOE pour établir des bases de résistance.

 

SIREN avec  Greenlee et Wester qui rencontre Pridi le 28 janvier, qui leur livre son plan de guerre en coordination avec les Américains ; Pridi estime alors  qu’il a 50 % de l’armée derrière lui et qu’ il veut former un Comité avec Seni et Sanguan pour négocier avec les Alliés. Washington en est informé.

 

L’OSS assure Pridi qu’il a désormais le contrôle des OSS Thaïs en Thaïlande. Pridi nomme alors Bunmak, pour assurer le commandement de tous les officiers Free Thais  du  territoire.

 

L’opération BRILLIG de la Force 136, qui le 2 janvier largue des armes près de Hua Hin, pour Tiang Sirikan, un député proche de Pridi ;  Le 27 janvier, l’opération CANDLE qui parachute des armes à Sakhon Nakhon encore  pour Tiang, qui affirme que 150 hommes sont en train de s’entraîner. INFLUX pour exfiltrer des nouvelles recrues. Ensuite, les Britanniques voulurent  renforcer la puissance radio près de Bangkok ;  SAVANNA, le 29 janvier parachutait trois Free Thais.

 

Toutefois, le 20 février, un avion vient extraire Chat, Direk, Thanat et deux Free Thais de la Force 136 (Qui ?) près de l’île de Tao dans le golfe de Thaïlande ; un second avion prend 7 policiers thaïs pour les entraîner en Inde. Le 22 février à Trincomalee, Mountbatten ne reçoit pas la délégation thaïe.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Bref, on pouvait constater que mi-février 1945, les Etats-Unis et l’OSS avait pris des décisions importantes.

 

Pridi, était désormais le seul leader des Free Thaïs en Thaïlande ; Que le Détachement 404 de Coughling assurait désormais toute l’organisation des opérations en Thaïlande ;  Que les Free Thais de Chine seraient rapatriés à Ceylan ; Que le colonel Sharp était rappelé à Washington, pour mieux le contrôler.

 

Adun, avait compris et libéra tous les Free Thais qui étaient sous son contrôle, y compris Ian et Sawat, qu’il avait envoyés à Korat, et Bunyen et Pao à Hua Hin.

 

Pridi pendant cette période s’active.

 

Il nomme de nouveaux gouverneurs ; il va recruter parmi les fils de ses fidèles à l’université de Chulalongkorn et de Thammasat. Le 24 mars, 5 d’entre eux dont Piya Chakkapak seront exfiltrés par hydravion pour recevoir un entraînement OSS de radio à Trincomalee (Ceylan) ; 19 autres les suivront. En mars encore, à sa demande, l’amiral Sangwon Suwannachip a déjà recruté 300 volontaires parmi les étudiants de Chulalongkorn pour les enrôler dans la police militaire.

 

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.
L’OSS en collaboration avec les actions dirigées par Pridi, commença à renforcer ses infiltrations.

 

Le premier fut Sunthon Kantalaksa à Ko Surin rejoignant l’équipe BALMORAL (le lieutenant  John D. Calhoun et 5 hommes)A la fin de janvier 1945, la mission comprenait 7 américains et 7 chinois et malais. Le 23 mars, deux hydravions amenaient un renfort de trois officiers thaïs OSS (Prayun Atthachinda, Amnuai Phunphipat, et Charoen Watthanapanit)  à l’île de Sattakut avec une tonne de matériel et embarquaient 7 hommes envoyés par Pridi afin qu’ils reçoivent un entrainement. Le 28 mars, un B24 parachutait un autre officier thaï, Charok Losuwan et du matériel entre Phrae et Lampang.

 

Le 2 avril 1945, Greenlee rendait compte à Pridi de sa mission de Washington.

 

Son plan de guerre était refusé et il lui était demandé de coopérer avec Adun. Ils s’accordèrent pour établir des bases d’entraînement de guérilla à Korat avec Ian et Sawat, à Phetburi avec Pao, à Nakhon Si Thammarat avec Bunyen, et Phiset à Kengtung pour réunir les renseignements.

 

Mais pendant ce temps, les bombardements n’épargnaient pas  les civils, comme celui qui au début avril avait tué 400 civils et 50 militaires thaïs près de Korat ;  le 7 avril, des avions américains attaquaient l’aéroport de Don Muang et détruisaient deux avions qui venaient d’arriver avec le commandant thaï de l’armée du Nord. Le 14, des B24 anglais et américains bombardaient Bangkok pendant deux heures, et tuaient 200 civils et privaient presque toute la capitale d’eau et d’électricité.

 

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.
 

 

La Force 136 allait mettre en œuvre l’opération ROGER, qui avait pour objectif, l’invasion de l’île de Phuket. Dans cette optique, elle allait placer 10 radios dans 6 localités : Yala, Prachuap, Chumpon, Pang Nga, Takuapa, et Bandon (Opérations PRIEST et SQUALID). Prasoet Prathumanon de la mission BRILLIG qui était en Thaïlande, fut rejoint par Sawat Sisuk qui fut parachuté le 9 mai, après un passage en Inde, pour établir un camp à Pratburi et à Prachuap, près de la ligne de chemin de fer. Fin avril, Wattana Chitwari et trois officiers britanniques avaient été déposés en hydravion à l’île de Terutao et 20 soldats thaïs avaient été emmenés pour un entrainement en Inde.

 

Dans le même temps, l’opération PANICLE amenait  dans la nuit du 27/28 avril 1945, le brigadier Jacques, le major A. T. « Tom » Hobbs, et le prince Supasawat ( Major Arun)

 

L’opération PATTERN, qui le 26 mai, voit Pao Khamurai accueillir deux parachutés,  le Major Eben B. Bartlett Jr, un vétéran OSS ayant opéré en France, et le sergent Verlin Gallaher et un radio thaï près de Phetburi pour établir dans la jungle un camp de guérilla. Le 29 mai, un B24 anglais venu avec une équipe de formateurs de guérilla se scratchait (zone YIELD entre Lopburi et Korat) ; 5 membres se tuaient dont  Rapieraski, le seul Américain de l’OSS qui soit mort en opération en Thaïlande.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Les 8 survivants étaient pris par une patrouille de police thaïe et emmenés à Bangkok. Les autres, 3 américains et Smith furent transférés au quartier général de SIREN. Greenlee les fit évacuer.

 

Le 12 mai, l’OSS larguait Holladay (Missionnaire qui parlait thaï) et Chalong Pungtrakun. Ils étaient accueillis par un officier Free Thais et emmenés  dans un camp situé à 60 km de Sakhon Nakon. Holladay dans un message à Coughlin le 16 mai 1945, disait que 100 hommes recevaient chaque semaine un entraînement et que Tiang avait déjà préparé 10 camps séparés et s’apprêtait à construire une piste d’atterrissage. (Cf. Notre mise au point sur Tiang et la résistance à Sakhon Nakhon dans notre article suivant 203, intitulé « TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN »)

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Le 30 mai, Force 136 y parachutait le major britannique David Smiley et le sergent « Gunner » Collins et deux Thaïs entrainés en Inde. 100 hommes en uniforme vinrent prendre le matériel et l’apportèrent au camp avec une vingtaine de chariots à buffalos. Le lendemain, Tiang fit rencontrer Holladay et Smyley. Amnuay resta avec Holladay et Chalong partit sur Udon Thani pout y établir une station.

 

Le brigadier britannique Jacques et le capitaine P. C. Ashwell revinrent à Bangkok avec le radio thaï, le capitaine Phrapit Na Nakhon le 1er juin pour y établir le quartier général de Force 136.

 

Le 1er juin voyait également l’opération OCCASIONavec le 1er avion britannique atterrissant à l’aéroport de Nan, près de Loei, avec Sawang Sankoset et le radio Rinthakul, chargés de recruter des agents indépendants de Pridi, pour surveiller les mouvements de troupes japonaises entre Lampang,  Korat et Ubon. Adun les mis sous son contrôle.

 

Du début avril à mi-juin, le Force 136 largua en 3 fois, plus de matériel que le Détachement 404, avec 35 tonnes de matériel pour Sakhon Nakon (CANDLE).

 

La FORCE 136 se concentrera d’ailleurs sur CANDLE près de Sakhon Nakon, puis COUPLING près de Loei et Khon Kaen et NERONIAN près de Sukkhotai, avec 15 parachutages en juin. (Mais à Sukkhotai (NERONIAN) ils ne seront encore que 50 à s’entrainer mi-juillet  1945 en forêt profonde)

 

De petites opérations seront mis en oeuvre, comme SQUALID près de Prachuap, SUNGOD près de Nakhon Si Thammarat/Surat Thani, PRIEST pour Krabi, Phang Nha, Songkhla, et BROCADE à l‘extrême sud en coopération avec la guérilla chinoise de Malaisie.

 

Mais de toutes façons, fin  juillet 1945, la résistance n’était pas prêtemême si Pridi prétendait que 7 zones de guérillas étaient déjà opérationnelles.

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Encore le 16 juillet, l’OSS envoyait Smith et Georges avec le major Griswold et le prince Yuthitsakian à la base DIAGRAM près de Phu Khieo (entre Khon Kaen et Petchabun) pour entraîner et armer 300 hommes de « l’aviation ». Le 22 juillet, le capitaine Van Mumma, le chef Gilbertson et un radio étaient  parachutés près de Khonpai (YIELD) pour rejoindre le chef de la base, le superintendant de la prison de Klongpai ; et 16 policiers ne commencèrent leur entraînement de 10 jours que les derniers jours de juillet. Dans la deuxième semaine de juillet, 14 soldats de la police militaire rejoignaient le site « SELFISH » près de Rayong et se mettaient sous les ordres de l’officier OSS Free Thais Anon Na Pompet. Des armes et munitions venant de Bangkok leur étaient livrées dans la nuit du 21 juillet ; un autre le 23. Le capitaine G. Loetterle, le sergent Howard Costa, et « John » Jack Carrol et Gerald Bennatts arrivaient le 24. Une nuit plus tard, d’autres OSS les rejoignaient, le lieutenant H. T. Bush, le sergent Kennet Hughues, et Pfc Lamber Smith.

 

Evidemment tous ces vols accrus de B24 et de C47 fin mai et en juin, en différentes zones du pays n’avaient pas échappés aux Japonais et l’ambassadeur japonais avait prévenu le 1er ministre d’une possible réaction. Pridi avait demandé aux alliés d’interrompre provisoirement les largages. Mounbatten avait accédé à la requête de Pridi.

 

Mais les bombardements avaient continué. Reynolds cite celui de nuit du 10 juillet opéré par huit B24, de la station de chemin de fer de Thonburi qui avait tué 90 personnes et blessé 400. Il y en eut d’autres (le 14, le 29 juillet, etc.).

 

(Un rapport en décembre 1945 indiquera que 18 500 bombes avaient été largués durant le conflit et tués 8700 personnes et détruits 9600 bâtiments.)

202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

 

De toutes façons,  Pridi avait ordonné de ne pas déclencher les hostilités, surtout qu’entre le 24 et le 27 juillet une mission conjointe d’inspection de trois officiers thaïs et de trois japonais devait être  effectuée à  Tak, Sawankhalok, Phu Khieo, Udon, Khon Kaen et Ubon. La Force 136 et les groupes OSS s’étaient donc retirés en pleine jungle.

 

Le 15 juillet, une compagnie japonaise fut envoyée à Sakhon Nakon, et commença des patrouilles de nuit. Un bataillon d’infanterie devait suivre … Certes les Japonais surveillaient Pridi, les membres du gouvernement, les chefs de l’armée, les suspectaient de double jeu, mais n’avaient pris aucune mesure contre eux  en ce début d’août.

 

Le 6 août une bombe nucléaire rasait Hiroshima, et le 9 août Nagasaki. Le 15 août l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon.

 

Reynolds n’avait signalé aucun acte de sabotage, ni de faits d’armes contre les Japonais.

 
202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, ET DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Pour rester dans le cadre de ce blog, nous nous sommes limités à l’analyse des points les plus importants de l’ouvrage de Reynolds  en essayant de comprendre que la Thaïlande se situait dans le jeu géostratégique des grandes puissances britannique, américaine, chinoise, distinguer les différents mouvements et les différents points d’opération, de décrire leurs rivalités, d’évaluer le nombre de résistants et celui des opérations menées et de nous demander enfin pourquoi la résistance n’a effectué aucune opération de sabotage, ni de guérilla contre les Japonais en Thaïlande.

La lecture de l’ouvrage de Reynolds dont la lecture est difficile (non pas parce qu’il est en anglais mais parce qu’il est assez décousu, un homme de terrain peut ne pas être un historien accompli) permettra à ceux qui sont intéressés de rentrer dans le vif du sujet de façon plus complète. Il est facilement accessible puisque numérisé sur le site

http://www.e-reading.club/bookreader.php/138836/Thailand%60s_Secret_War%3A_The_Free_Thai,_OSS,_and_SOE_during_World_War_II.pdf

 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 22:16
201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Le 4ème gouvernement du 1er ministre Khuang  Aphaiwong* de la Monarchie constitutionnelle. (1er août 1944-31 août 1945) 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Phibun donnait sa démission le 1er août 1944 après avoir essuyé un refus de l’Assemblée nationale le 22 juillet 1944, d’établir un service de travail obligatoire qui lui était nécessaire pour construire une nouvelle capitale à Phetchabun, jugée plus défendable, dans une période où il souhaitait se désengager de sa collaboration avec le Japon. Les revers japonais, la démission forcée du premier ministre japonais Tojo le 18 juillet, disions-nous... 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

avait sans doute influé sur sa décision ainsi que le sentiment qu’il n’était plus le « guide» absolu au sein de l’armée dispersée sur différents théâtres d’opération.

Toujours est-il que le 1er août 1944, après dit-on, que Phya Phahon ait refusé la charge, l’Assemblée désigna Khuang Aphaiwong comme premier ministre, qui forma le 11ème cabinet, en mettant à l’écart les représentants de l’armée de terre (seul le vieux Phahon subsistait comme ministre sans portefeuille), alors que la marine obtenait trois postes dont celui de ministre de la défense attribué au vice-amiral Sinthu, et que Pridi, seul régent, voyait plusieurs de ses partisans accéder aux postes ministériels. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Fistié** estime que le gouvernement Aphaiwong a servi en fait de paravent aux activités pro-occidentales de Pridi aidé par le chef de la police toujours en place, le général Luang Adun. Il est sûr que le gouvernement Aphaiwong dut s’employer pour convaincre les Japonais que la nouvelle politique mise en place n’était pas dirigée contre eux, pendant que Pridi et Adun agissaient pour se faire reconnaître comme alliée du camp occidental et organisaient la résistance intérieure avec les services secrets américain et britannique, les fameux OSS (Office of Strategic Services) 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

et SOE (Special Operations Executive).

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Un nouveau gouvernement qui avait donc écarté l’armée trop compromise avec les Japonais, mais avait conservé l’appui de la marine, et qui de nouveau remettait sur la scène politique les royalistes. La libération en octobre de 64 royalistes qui avaient été emprisonnés par Phibun en fut le signe le plus visible.

Un exercice toutefois difficile alors que 50.000 Japonais occupaient encore la Thaïlande et que la situation financière et économique était dramatique, du fait des « emprunts »  et des « exportations » de riz, d’étain et de caoutchouc réclamées par l’occupant pour soutenir son effort de guerre. Cette situation devint intenable lorsqu’en septembre les Japonais réclameront un milliard de bath supplémentaire pour la période allant du 1er juillet 1945 au 1er janvier 1946. (Fistié, p.192 et note 40).

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Fistié nous apprend que dès décembre 1941, le ministre des finances fut autorisé à rompre le lien entre le bath et la livre sterling ; qu’en avril 1942 il fut contraint d’établir une parité entre le bath et le yen qui déprécia considérablement la monnaie, avec des emprunts japonais qui atteignirent jusqu’à un milliard et demi de bath, de sorte que la monnaie n’avait plus que la huitième de sa valeur. (Alors qu’au début de la guerre la circulation fiduciaire était d’environ 200 millions de bath).

L’histoire de ce 4ème gouvernement du 1er ministre Khuang  Aphaiwong du 1er août 1944 au 31 août 1945 sera surtout centrée sur sa volonté de se faire reconnaître comme « allié » des puissances américaines et britanniques et sur la résistance clandestine menée à l’extérieur avec les Free Thais  aux Etats-Unis et en Grande Bretagne et  à l’intérieur du territoire avec  l’action des unités spéciales de l’OSS américaine et de la SOE britannique. (Cf. en note  leurs définitions.***) 

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La résistance extérieure.

 

Nous avions déjà dit dans notre précédent article, que la résistance à la politique pro-japonaise de Phibun connue  vint  des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Le premier geste fut celui de Seni Pramot, alors ambassadeur de la Thaïlande à Washington, qui avait dit son désaccord à la radio le 9 décembre 1941 sur la décision de son gouvernement de collaborer avec les Japonais et avait refusé de transmettre la déclaration de guerre. 

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(Les Etats-Unis avaient reconnu sa légitimité et ne se considérera pas  en guerre contre la Thaïlande.) Il fut à l’origine du mouvement Free Thais qui allait réunir la majorité des étudiants siamois alors en étude aux Etats-Unis. Il en fut de même en Grande-Bretagne sous la houlette de Puey Ungpakorn (1916-1999. Commandant à titre temporaire (General List) dans l'armée britannique (Force 136)), et du prince Suphat Sawat (Il avait accompagné la famille royale en exil en Angleterre en 1935, sa sœur étant la femme du roi de Thaïlande. Après une formation complémentaire à l’Académie militaire royale de Woolwich, 

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il avait été nommé sous-lieutenant de la General List (officier sans spécialité) le 28 décembre 1942)

 

(Nous reviendrons dans notre prochain article sur leur action.)

 

La « résistance » intérieure.

 

De même nous avions vu avec Charnvit  Kasetsiri que Thawee Bunyaket et Khuang Aphaiwong qui avaient donné leur démission à Phibun en décembre 1941 avaient eu l’intention de résister à la politique pro-japonaise, en formant un gouvernement en exil en Chine. Il fallait pour cela qu’ils se fassent nommer président et vice-président de l’Assemblée pour être crédible auprès des Alliés avant de partir avec Pridi, le nouveau Régent et d’autres députés. Mais le refus de Phibun fit échouer ce plan.

 

Fistié (pp. 187) quant-à  lui évoque une opposition qui chercha à s’organiser sous l’autorité de Pridi, qui fut même rallié – en secret - par Luang Adun, le chef de la police. (De fait, ils furent le plus souvent rivaux, car Adun était proche de Phibun)

 

Dès 1942, une mission clandestine fut envoyée en Chine mais disparut. Une autre avec Balankura atteignit les troupes de Tchang Kaï-chek  

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mais fut arrêté par les services secrets du général Taï-Li. Il lui laissa néanmoins envoyer un message radio à Washington qui resta sans réponse. Balankura fut maintenu au secret et mourut. Sans nouvelle, Pridi fit une nouvelle tentative avec Sanguan Tularak (connu comme fidèle de Pridi) et Deng Tilaka qui réussit cette fois-ci à prendre contact avec le colonel Kunjara (attaché militaire siamois à Washington) et un groupe de jeunes Free Thais  placés sous le commandement de l’américain Nicol Smith (Pas de date, ni de lieu donnés). Celui-ci avait reçu la mission de l’O.S.S. d’évaluer la présence et l’importance de la résistance intérieure en Thaïlande. Sanguan Tularak et Deng Tilaka purent se rendre aux Etats-Unis discuter avec Seni Pramot. 

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Avec l’accord du nouveau gouvernement, dès septembre, Pridi et Adun avaient établi le contact par radio avec les hommes de Nicol Smith, basé à Szemao en Chine. De fait, une tentative d’infiltration eut lieu en septembre 1944. Si deux des hommes de Nicol Smith furent tués par les Japonais; quatre autres furent arrêtés pat les Thaïs et  emmenés au QG de la police de Bangkok et purent établir un contact radio avec la station de Szemao en Chine.

 

En janvier 1945, deux officiers américains, Dick Greenlee et John Foster (qui avait vécu 17 ans en Thaïlande) venus clandestinement, rencontraient Pridi (alias Ruth) et Adun (Betty). (D’autres ?) Il s’agissait pour eux de faire oublier la politique de collaboration avec les Japonais dirigée par Phibun, et de se faire reconnaître par les Alliés. Un accord obtenu auprès du « South East Asia Command » de passer à l’attaque contre les Japonais ne pouvait que contribuer à mieux préparer l’après-guerre. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Aussi Pridi leur révéla un plan qui prévoyait une attaque siamoise contre les forces japonaises. L’armée siamoise, disait-il,  pouvait aligner 10 divisions de 10.000 hommes. Il incluait la marine prête à remonter le Chao Praya et à bombarder les installations japonaises à Bangkok  et l’appui du numéro 2 de la marine, l’amiral Luang Sangwon, commandant 3.000 gendarmes pour assurer la sécurité des agents américains et britanniques. (D’après Fistié)

Si  le projet fut différé sine die car il nécessitait l’appui de trois divisions américaines, Greenlee put convaincre le département d’Etat de la sincérité de Pridi et d’Adun. De plus, l’offensive britannique n’était prévue qu’en novembre 1945 et  les Free Thais ne pouvaient donc pas passer à l’action avant. D’ailleurs Nicol Smith, après avoir reçu ses ordres du Département d’Etat à Washington et de l’amiral Mountbatten à Ceylan fut parachuté en Thaïlande (Quand ?) pour informer Pridi de n’entreprendre aucune action contre les Japonais.

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A ce stade, nous ne disposions que des informations donnés par Fistié, qui citait  Nicol Smith, Blake Clark, « Into Siam, Underground Kingdom »,  (Bobbs-Merril, 1946) ; et Alsop et Brades, « Sub Rosa, The OSS and American espionage » (Raynal and Hitchcock,1948).

                                  

              --------------------------------------------------

 

L’accès à l’article d’ E. Bruce Reynolds intitulé “ The Opening wedge : The OSS in Thailand” in “The secrets war, The Office of strategics services in world war II”. (Edited by Georges C. Chalou, National archives and records administration, Waghinton DC, 1992.)  allait nous permettre de confirmer ou non les informations de Fistié et surtout de présenter l’action de l’O.S.S américaine et d’évaluer la résistance thaïlandaise

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Reynolds signale en premier lieu que s’il n’y a eu aucun grand combat sur le territoire Thaïlandais, l’action de l’Office of Stratégic Service (OSS) a été très importante la dernière année de la guerre dans ce pays.

 

Ensuite Reynolds remarque les divergences de points de vue entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

 

Les Américains ont de suite apprécié et reconnu la décision de l’ambassadeur siamois Seni Pramot et des dizaines de collaborateurs et d’étudiants siamois de résister aux Japonais, et les ont  associés à l’action de l’OSS dès sa création, en formant les Free Thais sous le commandement de l’attaché militaire le Lt colonel Khap Khunchon (Kharb Kunjara).

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Ils ont de plus considérer qu’ils n’étaient donc pas en guerre contre la Thaïlande. A l’inverse des Britanniques qui se sont sentis humiliés après leur défaites en Malaisie et en Birmanie, face au Japon avec la participation  de la Thaïlande à leur côté. La conséquence fut que la résistance proclamée par le prince Suphat Sawat à Londres n’eut pas le même impact.

La seconde portait sur leur projet d’après-guerre pour l’Asie du Sud-Est et  du rôle qu’ils entendaient faire jouer à la Thaïlande. Autrement dit, la Grande-Bretagne entendait bien retrouver et asseoir son Empire colonial d’avant-guerre alors que les Etats-Unis voulaient que les pays colonisés retrouvassent  leur indépendance. Cette conception divergente sur l’avenir de l’Asie du Sud-Est et de la Thaïlande explique les rivalités entre les O.S.S et la S.O.E. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

De fait, un contingent de 21 Free Thais, commandés par le capitaine Nicol Smith embarque en mars 1943 pour atteindre à la fin de l’été, Chunking. Alors que Phibun  a tenté en vain de se rapprocher des forces chinoises du Yunnan, Pridi a réussi à se faire reconnaître comme résistant, surtout après avoir tenté de former un gouvernement en exil, en envoyant un émissaire au printemps et deux autres (Reynolds ne donne pas de nom) en septembre 1943 auprès de Nicol Smith, qui ne pourra agir à cause du chef de la police secrète de Chiang Kai-shek, Tai Li. Toutefois malgré son obstruction, en juin 1944, une opération est tentée qui voit deux hommes tués et quatre autres arrêtés par la police thaïe et incarcérés à la prison de la  Criminel Investigations Division  (CID) de Bangkok. La CID a également en ses murs 10 agents thaïs entrainés par les Britanniques qui ont été parachutés ou arrivés en Thaïlande par sous-marin dans les six premiers mois de 1944. (Reynolds ne donne pas plus d’informations)

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

La chute de Phibun à la fin de juillet 1944 et l’installation d’un nouveau régime avec le nouveau premier ministre Aphaiwong va changer la donne. Pridi fera libérer les « royalistes » et le 18 août 1944 (là, c’est précis) l’un des prisonniers thaïs réussira à prendre contact par radio avec la force britannique 136 (Une unité du SOE. Cf. en note ***). Le général Adun (reconnu par les SOS sous le nom de code Betty), chef de la police a dû ici jouer un rôle. Toutefois Pridi demanda que des agents lui soient envoyés et mis sous son contrôle, car il se méfiait du général Adun  qu’il savait proche de Phibun.

Mais l’OSS fut étonné de constater qu’aucun thaï « prisonnier » de leur unité ne put prendre contact avec leur base en Chine ; ce qui les fit douter de leur efficacité, surtout que la tentative d’envoyer deux de leurs agents via un sous-marin britannique échoua. (Quand ?)

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La rivalité entre les deux agences ne fut que renforcer et confirma la suspicion de l’unité du OSS (basée  à Kandy, à Ceylan, auprès du  quartier général de l’amiral Lord Louis Mounbatten (le  SEAC)) que les Britanniques voulaient rétablir leurs colonies. Wagshinton le pensa également ; et même après des échanges de courrier diplomatique, le sentiment américain était que l’action des Britanniques en Thaïlande était plus politique que militaire. Davies du OSS déclara même que leur intention était d’incorporer la Thaïlande à l’Empire britannique. En septembre 1944, à la conférence de Quebec, le président Franklin D. Roosevelt eut à cœur de préciser qu’il n’était pas question de vouloir rétablir l’ordre colonial ancien.

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

L’OSS réussit néanmoins a parachuté deux hommes le 8 septembre 1944. L’un fut arrêté et l’autre put joindre Pridi, et établir le premier contact avec Smith à Szemao en Chine, le 5 octobre 1944.

Toutefois, le responsable officier du détachement 404, le Dr Dillon Ripley émettait encore des doutes sur Pridi dans un message du 17 novembre 1944 envoyé au général Donovan, chef des OSS.  (Le Détachement 404 était chargé de la coordination des opérations de collecte et d'organisations clandestines de l'OSS et de la Special Operations Executive (SOE) en Extrême-Orient ) 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Il lui reprochait de préférer le SOE et d’avoir reçu l’autorisation des Japonais prévoyant leur défaite. Il proposait d’envoyer des agents thaïs sans prévenir Pridi. Toutefois, au dernier moment –par courtoisie- Pridi fut informé que l’OSS allait établir une base à Doi Angka, près de Chiangmaï. Malheureusement les trois agents thaïs largués dans la nuit du 1er novembre furent arrêtés. De même trois autres débarqués d’un sous – marin à Ko Kaden (mer Andaman, au sud-ouest) furent dénoncés par des pêcheurs. Il y eut des doutes au sein du OSS, mais le 14 décembre, Pridi demandait au général Donovan, aide et l’envoi d’un représentant américain. Reynolds cite d’autres avis comme celui de l’officier OSS John Wester, qui avait eu  une grande expérience en Thaïlande, qui témoignait que Sanguan Tularak, connu pour être pro-américain, débarqué du sous-marin,  avait réussi avant son arrestation à envoyer un message à Pridi.

Bref, de multiples avis, rapports, memorandum,  bien souvent contradictoires, circulaient sur le rôle que pouvait jouer la Thaïlande, ainsi que sur les différends entre Pridi et Adun, et sur les rivalités entre l’OSS, le SOE, le Detachment 404, la Force 136 (Unité spéciale de la SOE chargé des opérations spéciales pour encadrer les maquis des territoires d’Asie occupés par les Japonais), voire les intrigues entre les Britanniques et les Chinois. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Si dès août 1944, le chef des opérations spéciales de l’OSS, le Lt Col Carl O. Hoffman, avait informé Seni Pramot, qu’il avait stocké les armes et  fournitures pour 20 000 résistants thaïs, on peut constater qu’en décembre 1944, aucune opération effective armée n’avait été effectuée sur le sol thaïlandais.

Le 25 janvier 1945, Dick Greenlee et John Foster, envoyés par l’OSS peuvent  rencontrer Pridi clandestinement, qui leur transmet un plan pour attaquer les Japonais avec l’aide de deux divisions américaines. (Reynolds donne peu de précisions) Le 4 février 1945, ils quittent la Thaïlande pour rendre compte à leurs supérieurs. Le Lt Gen. Sultan, le nouveau commandant des forces américaines en Inde/Birmanie ne voit pas d’intérêt dans le plan de Pridi, contrairement au nouveau chef du Detachment 404, le Col. John Coughlin, qui envoie Greenlee à Washington.

Dans la nuit du 31 mars 1945, Greenlee accompagné du capitaine Howard Palmer (a vécu son enfance en Thaïlande comme fils de missionnaire) arrivaient à Bangkok par hydravion pour retrouver Pridi.  Ils obtenaient l’accord d’Adun de coopérer avec Pridi. Pendant que Palmer ait escorté le Lt  McGarry ( ?)  hors du pays le 21 avril et soit revenu le 23 mai pour rester seul  après le départ de Greelee le 30 juin, on apprenait le désir exprimé de nouveau par Pridi de vouloir attaquer les Japonais (On l’en dissuada).

Le 20 avril 1945, le patron du OSS le général Donovan fait savoir que le plan Pridi n’était pas retenu et que la Thaïlande devait rester une zone de « Communications ».

Toutefois, le nouveau commandant du Detachment 404, le Lt Col. Booth arrive à convaincre le général Donovan, qui donne ordre à la mi-mai 1945 d’’organiser une véritable programme d’entrainement et de soutien pour une résistance intérieure afin d’augmenter l’influence américaine en Thaïlande. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Le 12 mai 1945, des agents (combien ?) Free Thais, équipés d’une radio partirent de Bangkok pour installer une base près de Sakon Nakhon.

 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Ils furent rejoints par un compagnon parachuté.  Le 26 mai dans  la nuit, trois américains furent déposés près de Petchaburi  pour encadrer et entrainer des résistants. (Nombre ?) Par contre le 28, un avion anglais avec une mission importante dans la plaine centrale (où ?) était abattu. Edward Napierralski et 4 membres de l’équipage furent tués ; 9 survivants furent secourus par la police thaïe. Cinq avec un Américain et un australien échappés (d’où venaient-ils ?) furent pris par un C47 cargo et emmenés à Phukhio au nord-est le 14 juin. Les autres furent internés à Bangkok.

 

Il faut finalement attendre la fin de juin 1945 pour que l’action du OSS en Thaïlande devienne effective avec l’apport d’une douzaine de C47 larguant environ 75 tonnes d’armes et de matériels, et le parachutage d’un Américain formateur pour la guérilla et d’un radio thaï à Kanchanaburi dans la nuit du 25 juin.

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Le plan prévoyait 214 Américains et 46 Free Thais pour entraîner 12 bataillons de guérilla de 500 hommes. La fin de la guerre le 15 août 1945 ne permit pas –bien sûr- sa mise en action.

 

Reynolds estime que si la Force 136 a eu des ambitions plus importantes, l’effort fut équivalent. (Ils organisèrent en fait des bases en premier lieu près de Sakhon Nakon, puis près de Loei et Khon Kaen, puis ensuite près de Sukkhotai, de Prachuap, de Nakhon Si Thammarat/Surat Thani, de Krabi, Phang Nha, Songkhla, et à l‘extrême sud en coopération avec la guérilla chinoise de Malaisie. (Développé dans l’article suivant)

 

Mi-juillet, Lloyd Georges, spécialiste du Detachement 404 vint avec Smith et le major Griswold en Thaïlande afin de faire le point de la situation. George et Smith purent rejoindre Palmer à Bangkok.

 

Mais de fait,  le 21 juillet 1945, deux américains et un Thaï furent parachutés près de Klong Pai ; Le 24 et 27 juillet, sept américains et deux Thaïs à Rayong ; Le 27 juillet, trois Américains et un Thaï  près de Phrae ; Le 27 juillet également trois Américains vinrent renforcer le camp de Kanchanaburi. Pendant cette période les C47 parachutèrent 100 tonnes d’approvisionnements.

 

Pridi était encore en train de songer à entrer dans l’action que le 15 août 1945 l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Il ne semble pas  qu’auparavant, il y ait eu le moindre combat ou fait de résistance à Kanchanaburi, Sakhon Nakon, Petchaburi, Rayong, Phrae, Klong Pai, Phukhio …

Du moins Reynolds n’en dit rien et signale que le contingent OSS au Suan Kulap Palace était de 30 officiers et hommes au début septembre, et que l’on a ensuite beaucoup exagéré le nombre de vols et le nombre d’Américains rapatriés, qu’il estime  à 296 Américains POWs.

 

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 L’après-guerre.

 

Le 15 août 1945 l’empereur Hiro Hito avait donc annoncé la reddition du Japon.

 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Dès le 16 août, Pridi avec l’approbation de l’Assemblée, « proclama nulle et non avenue la déclaration de guerre de 1942 à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et affirma que le Siam était prêt à restituer les territoires annexés en Malaisie et en Birmanie. » (Fistié, p. 194) (Remarquons que rien n’est dit sur les territoires  cambodgiens repris aux Français en 1941.)

 

Aphaiwong donnait sa démission le 30 août. Tawi Bunyaket (Tawee Punyaketu) était nommé pour assurer l’intérim du 31 août au 17 septembre 1945, 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

......avant le retour M. R. Seni Pramot (ou Pramoj), le 1er résistant et chef des Free Thaïs, qui était le plus légitime pour négocier au mieux auprès des alliés et pour faire reconnaitre son pays comme une nation indépendante. Nous verrons comment il s’y emploiera du 17septembre 1945 au 31 janvier 1946.

 

                                                ---------------------------------------

 

Mais auparavant, nous allons essayer d’en savoir davantage sur la guerre  des services secrets américain (OSS) et britannique (SOE) et des Forces thaïlandaises libres, les Free Thais,  durant la seconde guerre mondiale,  avec le livre d’E. Bruce Reynolds intitulé « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », (Cambridge Military Histories, Cambridge University Press,  2004).

Ce sera notre prochain article. 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

NOTES.

 

* Khuang Aphaiwong. (17 mai 1902-15 mars 1968) est le 4ème premier ministre de Thaïlande. Si, comme nous venons de le voir, il l’a été du 1er août 1944 au 31 août 1945, nous le retrouverons –de nouveau comme premier ministre du 21 janvier 1946 au 18 mars 1946, puis du 10 novembre 1947 au 6 février 1948, et encore du 21 février 1948 au 8 avril 1948. C’est dire qu’il fut un homme politique majeur ; Il sera de plus l’un des principaux fondateurs du Parti démocrate, mais de cela nous reparlerons.

 

**Pierre Fistié, restera notre fil rouge avec  « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

 

*** Wikipédia.

 

L'Office of Strategic Services (OSS, « Bureau des services stratégiques ») était une agence de renseignement du gouvernement des États-Unis. Elle a été créée le 13 juin 1942 après l'entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale pour collecter des informations et conduire des actions « clandestines » et « non ordonnées » par d'autres organes. Elle a été démantelée à la fin de l'année 1945 pour être remplacée par la CIA.

 

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Le Special Operations Executive  (SOE, « Direction des opérations spéciales ») est un service secret britannique qui opéra pendant la Seconde Guerre mondiale (créé le 19-22 juillet 1940 par Winston Churchill et dissous le 30 juin 1946), avec pour mission de soutenir les divers mouvements de résistance, au départ ceux des pays d'Europe occupés par l'Allemagne, et progressivement ceux de tous les pays en guerre, y compris en Extrême-Orient. Il eut aussi une action dans les pays faisant partie de l'Axe, et eut des sections dans les pays neutres (Espagne, Syrie, etc)

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

La Force 136 était une unité du SOE  (« Direction des opérations spéciales ») formée par les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, pour encadrer les maquis dans les territoires d’Asie occupés par les Japonais et y mener des actions subversives. Elle était constituée de militaires britanniques ou d’autres pays alliés.

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

Les Forces thaïlandaises libres (Free Thai Movement ou Seri Thai) étaient un mouvement de résistance clandestin contre le Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement a été une importante source de renseignement militaire pour les Alliés dans cette région. Les Forces Thaïlandaises Libres étaient le seul mouvement de résistance de la Seconde Guerre mondiale qui a utilisé ses propres avions de combat.

 

 

Les Forces Thaïlandaises Libres furent créées et dirigées par Pramot, ambassadeur de Thaïlande à Washington de 1940 à 1945. Les officiers sont principalement formés aux États-Unis par l'OSS. De fait, la résistance armée thaïlandaise souffrira de la rivalité politique entre Américains et Britanniques, ces derniers ayant intégré des Thaïlandais dans leur Force 136.

 

 

 

Le Docteur Puey Ungpakorn (1916-1999, MBE) est le chef du courant pro-britannique des étudiants thaïs libres. Commandant à titre temporaire (General List) dans l'armée britannique (Force 136), il est promu Membre de l’Ordre de l'Empire britannique (MBE) à titre militaire le 29 août 1946.

 

 

 

Après la guerre, économiste renommé, il est directeur de la Banque de Thaïlande de 1959 à 1971. Recteur de l’université Thammasat de Bangkok, il trouve refuge en Angleterre en 1976 à la suite d’un coup d’État de droite.

 

Le Prince Subha Chin Svasti Svastivat (OBE) appartient aussi au courant pro-britannique. Ancien officier de l’armée thaïlandaise, il accompagne la famille royale qui s'exile en Angleterre en 1935, sa sœur étant la femme du roi de Thaïlande. Après une formation complémentaire à l’Académie militaire royale de Woolwich, il est nommé sous-lieutenant de la General List (officier sans spécialité) le 28 décembre 1942.

 

Chargé dans un premier temps de fonctions administratives, il se porte volontaire pour opérer dans son pays quand Anthony Eden autorise l’envoi de volontaires thaïs. Lieutenant-colonel à titre temporaire à la fin de la guerre, il est nommé Officier de l’Empire Britannique (OBE) à titre militaire le 29 août 1946

.

 

 

 

 

 

 

201. DE LA CHUTE  DE PHIBUN  À  LA FIN DE LA 2ème GUERRE MONDIALE  (1er AOȖT 1944 - 31 AOȖT 1945)

"Autres livres, non encore consultés.

 

The Thai Resistance Movement During The Second World War, John B. Haseman, Chalermnit Press, Bangkok.

 

Free Thai, compiled by Wimon Wiriyawit, White Lotus Co., Ltd, Bangkok, 1997.

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 22:01
200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

En ce 9 mai 1941, le gouvernement, l’armée et tous les Thaïlandais étaient heureux et fiers d’avoir battu les Français, et d’avoir récupérer les anciens territoires vassalisés du Cambodge et du Laos perdus depuis 1867. Ils avaient pu apprécier l’appui des Japonais mais n’entendaient pas devenir pour autant leur nouveau vassal.

 

Le gouvernement pouvait ressentir quelques craintes en apprenant qu’à la fin de juillet 1941, l’armée impériale japonaise faisait son entrée dans la capitale cambodgienne et se préparait pour sa prochaine étape « expansionniste » contre la Grande Bretagne en Malaisie et en Birmanie.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Le Japon avait certes demandé et obtenu l’accord verbal du gouvernement pour transiter par des ports, des terrains d’aviation et des voies ferroviaires thaïs, mais celui-ci craignait une invasion. Aussi avait-il fait savoir qu’il résisterait jusqu’au dernier homme, et le 11 septembre l’Assemblée votait une résolution dans ce sens. (Fistié, p. 183)*

 

L’inquiétude ne pouvait que se renforcer en apprenant  qu’en Indochine, malgré l’accord signé avec la France, (qui lui donnait le droit d’utiliser trois aérodromes et de pouvoir transiter avec 6.000 soldats par le Tonkin), le Japon le 22 septembre, avait franchi la frontière sur soixante-dix kilomètres avec 25.000 combattants et  pris Lang Son. Même si un cessez-le-feu avait été proclamé quatre jours après, des troupes japonaises avaient débarqué sur la plage de Dong Tac et marché sur Haïphong … Un accord sera trouvé, mais pour combien de temps.

 

Phibun tentera en vain d’obtenir une assistance américaine et britannique ; il envoya même en novembre une mission militaire sous le commandement du colonel Luang Suranarong à Singapour. (Fistié, p.183) 

 

Mais le 7 décembre 1941, l’ambassadeur du Japon à Bangkok  se rendait à la résidence du premier ministre pour présenter un ultimatum  en  exigeant une réponse dans l’heure. Il donnait trois choix possibles au  gouvernement : Le premier était d’accorder le libre passage des troupes nippones à travers le territoire thaïlandais pour aller combattre en Malaisie et Birmanie ; le second était de signer un traité de coopération militaire et le troisième de déclarer la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. L’ambassadeur dut néanmoins attendre le retour de Phibun en urgence le 8, qui était en tournée d’inspection sur la frontière indochinoise.

 

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

La réunion décisive du gouvernement du 8 décembre 1941.

 

L’ultimatum était de nouveau présenté au gouvernement alors que le maréchal Hisaichi Terauchi, avait pris la décision de débarquer sur plusieurs fronts en Thaïlande. Si l’Armée impériale ne rencontra aucune résistance à Battambang, elle dut faire face à des actes de résistance à Nakkon Si Thammarat, Pattani ... jusqu’à la bataille de Prachuab Khirikhan.  (Les Thaïlandais déclareront 116 tués, pour la plupart des gamins du Yuwachon Tahan) (Cf. In notre article 30** )

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

 

Il faut comprendre cette « invasion » en Thaïlande dans le cadre de l’entrée en guerre du Japon contre les Alliés, à savoir l’attaque surprise le 7 décembre 1941 des Etats-Unis à Pearl Harbour et celle du 8 contre la Grande-Bretagne (à une heure de décalage horaire près)  avec la 25 ème armée du général Tomoyuki Yamashita avec sa diversion près de Kota Bharu et son débarquement à Singora et Pattani au Sud-Est de la Thaïlande, pour attaquer le nord  de la péninsule malaise. (Cf. en note quelques faits d’armes de l’armée thaïlandaise***)

 

On sut par le ministre des affaires étrangères Nai Direk Chayanam le contenu de cette réunion de gouvernement, où trois tendances purent s’exprimer ; l’une pro-alliée défendue par Pridi, une autre pro-japonaise prête à donner satisfaction à la demande japonaise, appuyée par le ministre de la Défense pour qui toute résistance était impossible, et la troisième plus hésitante. Phibun convaincu d’avoir la majorité ordonna un cessez  le feu et en informa immédiatement l’ambassadeur japonais.

 

La réunion se poursuivit pour décider de la politique à suivre, à savoir conclure une alliance défensive avec le Japon ou déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. « Cette fois Nai Direk, soutenu par Pridi et par Adun l’emporta et obtint que l’on s’en tint à la première solution. » (Fistié)

 

Toutefois dès le lendemain, Phibun va négocier –seul- avec les Japonais, et le 10 décembre (ou le 11) signait un traité d’alliance en se passant du paraphe de Nai Direk, pourtant ministre des affaires étrangères. La signature solennelle eut lieu le 21 décembre 1941 au temple du Bouddha d’Emeraude. (In Fistié, pp.184-185)

 

Entre-temps, Phibun éliminait de son gouvernement Pridi et Nai Direk. Pridi était nommé Régent officiellement le 17 décembre, et Nai Direk, (non sans y voir un certain humour) ambassadeur à Tokyo. Les ministres « civils » Thawee Bunyaket et Khuang Aphaiwong (il sera le successeur de Phibun à sa résignation en 1944) donnaient leur démission.

 

Phibun se nommait ministre des affaires étrangères et de la Défense le 15 décembre. (Il se fera également ministre de l’éducation le 16 février 1942) et prenait Luang Wichit, l’ultranationaliste et propagandiste du mouvement pan-thaï comme vice-ministre aux affaires étrangères.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Il allait poursuivre le remaniement de  son gouvernement du 15 décembre  au 16 février 1942, avec des arrivants et des changements de poste. (Cf. Liste en note ****) Il était bien le Guide de la nation (C’est ainsi qu’il voulait être appelé) et concentrait déjà  tous les pouvoirs, même si le 7 mars 1942, il forma un autre gouvernement (Xème Assemblée) de 24 membres avec 18 militaires, encore plus resserré sur sa personne.

 

Phibun avait désormais les mains libres pour mener sa politique de collaboration avec les Japonais, et après le traité d’alliance avec les Japonais du  21 décembre 1941, la Thaïlande de Phibun déclara la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, le 25 janvier 1942.

 

La nouvelle politique choisie pro-japonaise n’était pas uniquement du seul ressort de la contrainte ou du fait accompli, mais résidait aussi, sur l’impact du modèle japonais auprès des élites thaïlandaises, selon  Charnvit  Kasetsiri. (*****)

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Ce modèle, provenait d’une nation d’Asie qui avait démontré que l’Ouest n’était plus invincible, et que les farang blancs n’étaient plus des dieux comme pouvaient le penser les Siamois autrefois. (« mai chai thewada yang  thi khuai  nuk » ).

 

ll justifiait le rôle du leader dans un gouvernement fort et du rôle central  de l’armée dans le processus de développement du pays. Il encourageait les civils à la discipline et aux valeurs militaires (Cf. par exemple le salut au drapeau chaque matin à 8h). Il encourageait les jeunes à se mobiliser comme dans le mouvement des Yuwachon Tahan (jeunes soldats), il assurait que les élèves reçoivent un entrainement militaire (avec des uniformes comme les soldats). On vit même en mai 1943, l’office du premier ministre promulgué le code du Vira Dharma, copié sur le Bushido, le code des samouraïs. (du  style « Le Thaï aime plus sa nation que sa propre vie » ou « Les Thaïs sont unis et suivent leur leader »). (Cf. En note les 14 lois****)

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L’appel à un nouvel ordre fondé sur l’Asie pour les Asiatiques et les différents  succès remportés par les Japonais ne pouvaient que séduire de nombreux leaders siamois. Leur propre victoire sur les Français, qui leur permettait par le traité du 9 mai 1941, de retrouver  leurs territoires d’antan du Laos et du Cambodge, avec la médiation du Japon, leur annonçait des victoires futures bâties sur l’effondrement de la France et de la Grande Bretagne. De même Charnvit  Kasetsiri pouvait remarquer que les diplomates siamois avaient interprété et apprécié  l’accord culturel du 28 octobre 1942  comme une reconnaissance mutuelle de leur culture.

 

La Thaïlande entre dans la deuxième guerre mondiale aux côtés du Japon, le 25 janvier 1942.

 

Nous n’allons pas ici raconter (Le pourrions-nous d’ailleurs ?) la participation effective des troupes thaïlandaises auprès des Japonais lors de leurs campagnes contre la Malaisie britannique et la Birmanie. Elles furent sans doute auprès d’eux en janvier 1942 pour envahir la Birmanie et prendre Rangoon le 7 mars 1942 et également en janvier 1942 pour attaquer Tenasserim au sud. Wikipédia signale que « Trois divisions d’infanterie et une de cavalerie, soutenues par des groupes de reconnaissance armés, fer de lance des Forces royale de l’air thaïlandaise, débutent le 10 mai une percée vers la Birmanie. Elles affrontent la XCIIIe division chinoise qui battait en retraite. Leur principal objectif, la ville de Kengtung, est prise le 27 mai. D’autres affrontements, en juin et en novembre, achèvent de repousser les Chinois dans le Yunnan. »

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Une chose est sûre, la Thaïlande, obtenait lors d’une conférence impériale japonaise le 31 mai 1943, l’administration des deux Etats Shan de Kengtung et Mongpan, et  le retour des quatre Etats malais de Perlis, Kedah,  Kelantan, et Trengganu, cédés en 1909 à la Grande-Bretagne.

 

Phibun rencontrait en juillet à Bangkok, le premier ministre japonais Tojo en personne dont les conséquences fut le transfert effectif et reconnu des quatre Etats malais par le traité du 20 août 1943.

 

Phibun ne manqua pas de rappeler que c‘était la première fois dans l’histoire du pays que celui-ci contrôlait des Etats Shan. Il put exprimer la fierté du pays de retrouver le pouvoir et la gloire d’antan, et justifier les intérêts communs et complémentaires de la Thaïlande et du Japon pour éliminer l’influence occidentale en Asie du Sud-Est.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

La résistance.  

La résistance à la politique pro-japonaise de Phibun connue  vint  des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Le premier geste fut celui de Seni Pramoj, alors ambassadeur de la Thaïlande à Washington, qui avait dit son désaccord à la radio le 9 décembre 1941 sur la décision de son gouvernement de collaborer avec les Japonais et refusé de transmettre la déclaration de guerre. (Ce qui avait décidé les Etats-Unis à ne pas se considérer en guerre contre la Thaïlande.) Il fut à l’origine du mouvement Free Thai qui allait réunir la majorité des étudiants siamois alors en étude aux Etats-Unis. Il en fut de même en Grande-Bretagne sous la houlette du prince Suphat Sawat.

 

Mais Charnvit  Kasetsiri nous apprend que Thawee Bunyaket et Khuang Aphaiwong qui avaient donné leur démission à Phibun en décembre 1941 avaient eu l’intention de résister à la politique pro-japonaise, en formant un gouvernement en exil en Chine. Il fallait pour cela qu’ils se fassent nommer président et vice-président de l’Assemblée pour être crédible auprès des Alliés avant de partir avec Pridi, le nouveau Régent et d’autres députés. Mais le refus de Phibun fit échouer ce plan.

 

Fistié (pp. 187) quant-à lui évoque une opposition qui chercha à s’organiser sous l’autorité de Pridi, qui fut même rallié –en secret- par Luang Adun, le chef de la police. Dès 1942, une mission clandestine fut envoyée en Chine mais disparut. Une autre avec Balankura atteignit les troupes de Tchang Kaï-Chek  mais fut arrêté par les services secrets du général Taï-Li. Il lui laissa néanmoins envoyer un message radio à Washington qui resta sans réponse. Balankura fut maintenu au secret et mourut. Sans nouvelle, Pridi fit une nouvelle tentative avec Sanguan Tularak (connu comme fidèle de Pridi) et Deng Tilaka qui réussit cette fois-ci à prendre contact avec le colonel Kunjara (attaché militaire siamois à Washington) et un groupe de jeunes Free Thai  placés sous le commandement de l’américain Nicol Smith (Pas de date, ni de lieu donnés). Celui-ci avait reçu la mission de l’O.S.S. d’évaluer la présence et l’importance de la résistance intérieure en Thaïlande. Sanguan Tularak et Deng Tilaka purent se rendre aux Etats-Unis discuter avec Seni Pramoj.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Et la première tentative d’infiltration eut lieu en septembre 1944. Fistié raconte que deux hommes furent tués par les Japonais et quatre autres furent arrêtés par les Thaïs et conduit au QG de la police de Bangkok, où ils purent prendre contact par radio avec la mission restée en Chine à Szemao. Ils apprirent que le N°1 et le N°2 de la résistance intérieure n’étaient autre que Pridi et le général Adun, qui reçurent alors un nom de code ; Pridi celui de « Ruth » et Adun celui de « Betty ». (Le récit est quelque peu laconique !)

Mais en fait de résistance, il s’agit plutôt de service de renseignements. Déjà, il faut se rappeler que l’O.S.S. (Bureau des services stratégiques) était une agence de renseignement du gouvernement américain (l’ancêtre de la CIA) créé le 13 juin 1942 pour collecter des informations et conduire des actions clandestines et que selon Charnvit  Kasetsiri citant Direk******, les étudiants siamois faisant partie des Free Thai, et ayant été entrainés par l’O.S.S. n’était qu’une centaine. Les étudiants siamois d’Angleterre avaient un autre statut car faisant partie d’un pays en guerre contre eux, les volontaires furent rattachés à l’armée comme corps de pionniers. (Cf. Note ******)

La chute de Phibun.

On peut (peut-être) voir un changement de sa politique en octobre 1943, quand il nomme Wichit comme ambassadeur au Japon et rappelle Direk aux affaires étrangères le 23 octobre. Il tenta ensuite de prendre contact avec Tchang Kaï-Chek, mais en vain.  (quand ?)

Il mit à exécution le 10 avril 1944 son projet de construire une nouvelle « capitale » à Phetchabun, jugée plus défendable, située à 300 km de Bangkok. La malaria décimant la main d’œuvre, il présenta lui-même à l’Assemblée le 22 juillet 1944, une loi établissant un service de travail obligatoire. La majorité des militaires étant hors de Bangkok, deux partisans de Pridi, Nai Thong In Phuriphat et Nai Tieng Sirikahn réussirent à convaincre la majorité présente à voter contre le projet.

Phibun va se retirer au quartier général de Lopburi. Pridi va lui envoyer Khuang Aphaiwong pour le convaincre de démissionner. Quels arguments utilisa-t-il ? Phibun ne pouvait ignorer le débarquement des Américains en Europe et la bataille du Pacifique qui faisait rage. La démission du premier ministre japonais Tojo le 18 juillet et son remplacement par le général Koiso pouvait l’inquiéter ; et puis ses services de renseignements lui avaient peut-être transmis des mauvaises nouvelles sur les contacts de ses opposants extérieurs avec l’O.S.S ; Ses tentatives auprès des Occidentaux avaient échoués ; L’éparpillement de ses généraux sur le théâtre des opérations, voire la défection de certains ; et l’opposition récente de l’Assemblée sur l’un de ses projets majeurs avaient peut-être fait le reste.

Toujours est-il qu’il avait pris conscience que sa position n‘était plus tenable et il avait donné sa démission le 1 er août 1944.

Un nouveau gouvernement allait se former, alors que la 2ème guerre mondiale se poursuivait et que plus de 50.000 Japonais occupaient encore la Thaïlande. 

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

À la fin de la guerre, Phibun fut arrêté par les Alliés et inculpé de crimes de guerre. Il fut finalement acquitté sous la pression populaire, une majorité de Thaïlandais considérant qu'il n'avait fait que servir les intérêts du pays et son indépendance. Il décida de le servir encore en prenant le pouvoir du 1er mars 1948 au 16 septembre 1957. Une histoire que nous ne manquerons pas de vous raconter évidemment.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

 

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*Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

 

**In, Article 30 http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-les-relations-franco-thaies-la-2-eme-guerre-mondiale-67649933.html

« La Thaïlande et l’alliance avec le Japon ?

 

*** L’invasion de l’armée japonaise le 8 décembre 1941 en Thaïlande selon wikipédia.

 

L’armée japonaise ne rencontra aucune résistance à Battambang, pour avancer de Sisophon jusqu’à Aranyaprathet, tandis le 1er bataillon japonais d'infanterie du 143e régiment d'infanterie débarquait à Chumpon le matin du 8 décembre et rencontra  une vive résistance. Le combat  cessa en fin l'après-midi après que les Thaïs ont reçu l'ordre de cesser le feu.

 

De même d’autres troupes japonaises (le 3e bataillon d'infanterie du 143e régiment d'infanterie, le 18e régiment aérien avec une unité des transmissions de l'Armée de l'Air, le 39e bataillon antiaérien, et la 6e compagnie de travailleurs) débarquèrent de trois navires pendant la nuit du 7 décembre à Nakhon Si Thammarat, où étaient le quartier-général de la 6ème armée royale thaïlandaise et le 39e bataillon d'infanterie. La bataille  dura jusqu'à midi, et cessa sur l’ordre du premier ministre Phibun.

 

D’autres débarquement eurent lieu à Pattani et s’opposèrent jusqu’au cessez le feu au quarante-deuxième bataillon thaï d'infanterie. Le commandant thaï du bataillon fut tué dans l'action.

 

Le 2e bataillon japonais d'infanterie du 143e régiment d'infanterie  débarqua à 3 heures du matin, et  occupa la ville de Prachuap Khiri Khan, où était à le QG de la cinquième Armée de l'Air thaïe, sous le commandement du commandant Pravat Chumsai. Les aviateurs thaïs près du terrain d'aviation au sud purent résister jusqu'au midi du lendemain au cessez-le-feu.

 

Le 3e bataillon japonais du régiment des gardes impériaux a débarqué à Samut Prakan pour prendre Bangkok, mais renonça du fait des négociations.

 

Le 8 également la ville portuaire de Songkhla était l'un des objectifs principaux de la 25e armée de Yamashita. La garnison thaïe de Khao Kho Hong (le 41e bataillon d'infanterie et le 13e bataillon d'artillerie) a immédiatement occupé les positions à côté des routes menant vers la Malaisie, mais a été balayée par les Japonais. Une autre confrontation s'est produite à Hat Yai. 

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

Une compagnie japonaise d'infanterie du 1er bataillon du 143e régiment d'infanterie a débarqué au village côtier de Ban Don au matin du 8 décembre, pour marcher dans Surat Thani où ils ont été opposés aux volontaires thaïs de la police et du civil.

 

Wikipédia nous informe également « que le 8 décembre, une force britannique, la colonne "Krohcol", comptant plusieurs régiments indiens, passa la frontière thaïlandaise afin de couper la route aux Japonais, mais se heurta les jours suivants à la résistance de la Police Royale thaïlandaise, notamment dans la ville de Betong. L'opération de contournement fut un échec stratégique pour les troupes alliées qui, attaquées également par l'armée japonaise, durent se retirer de Thaïlande le 11.

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.

**** Mouvements dans le cabinet IX du 26 septembre 1941 au 15 février 1942.

 

12. On September 26, 1941 : Major General Luang Seriruengrit (Jaroon Ratnakula) was promoted from Deputy Minister of Commerce to Deputy Minister of Defense, Luang Chamnannitikasetra (Uthai Saengmanee) from Deputy Minister of Justice to Deputy Minister of Commerce and Khun Smaharahitakadee (Po Poragupta) was appointed Deputy Minister of Interior. 13. On October 31, 1941, Luang Wichitwathakarn (Wichit Wichitwathakarn) was appointed Deputy Minister of Foreign Affairs. 14. On December 15, 1941, Field Marshal Plaek Pibulsongkram was appointed Minister of Defense and Minister of Foreign Affairs, Lieutenant-General Mangkorn Phromyothi, Deputy Minister of Defense and  Mr. Direk Jayanama, Deputy Minister of Foreign Affairs.15. On December 17, 1941, Mr. Pridi Banomyong was elected Regent and Mr. Wilas Osatananda resigned from the position. 16. On the same day, Colonel Phra Boriphanyuthakij (Phao Peeralert), Minister of Commerce, was appointed Minister of Finance. 17. On the same day, Mr. Wanich Panananda was appointed Minister. 18. On January 5, 1942, Mr. Direk Jayanama, Deputy Minister of Foreign Affairs, was appointed Ambassador to Japan. 
19. On January 13, 1942, Major General Pichit Kriangsakpichit was appointed Deputy Minister of Interior. 
20. On February 4, 1942, Mr. Uthai Saengmanee, Deputy Minister of Commerce, was switched to Deputy Minister of Agriculture and M. L. Deja Snidvongs, Deputy Minister of Agriculture, was switched to Deputy Minister of Economy. 21. On February 16, 1942, Major General Phra Boriphanyuthakij (Phao Peeralert) was removed from Minister of Economy, Vice Admiral Sindhu Kamalanavin was appointed Minister of Commerce and Field Marshal Plaek Pibulsongkram was appointed Minister of Education. 22. On the same day, Mr. Tawee Punyaketu, Air Vice Marshal Boonjiam Komolamitra, Major General Sawasdi Sawasdironarong were appointed Ministers.

 

*****Charnvit Kasetsiri, « The first  Phibun Governement and its involvement in world war II »,

Page 57, note 64.   The Vira Dharma was announced by the Office  of the Prime Minister on May 2, 1943.    It ran as follows:

 

1. The Thai love their nation more than their lives. 2. The Thaï are excellent  warriors. 3. The Thai are gocd to their friends and bad to their enemies. 4. The Thaï love Buddhism more than their lives. 5.  The Thaï are sincere. 6. The Thaï are peace-Iovlng. 7. The Thai are gratef'ul. 8. The Thai are industrious. 9. The Thaï  are an agricultural  people who grow their own food. 10. The Thaï bequeath  good tbings to their children. 11. The Thaï enjoy a good life. 12. The Thai are well dressed. 13. The Thai have respect  for  children,  women, and the aged. 14.  The Thai  are united  and follow their leader.

This code was immediately  abolished on September  18,  1944, when the new civilian  government  came to power.

 

******Thai kap songkhram.  lok khrang  thi 2, (Thailand and W.W. IIJ. Bangkok, 1966)

Moreover, unlike  the  Americans,  the  British  accepted  Siam's  declaration   of  war  and Siamese  citizens  were  regarded   as  enemy  allens.      However,   the   British government  was eventually  persuaded  to  co-operate   with  the  embryo   Free Siamese Movement.    Members were attached  to the British Armed Forces with the status of a Pioneer Corps.   This was the same treatment  given  to German and Italian  exiles in England.    (Direck, op. cit., p. 381).

 

200. LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 7 DÉCEMBRE 1941 Á SA CHUTE LE 1er AOȖT 1944.
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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 22:01
199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Nous avions vu que malgré l’idéologie panthaïe affichée par le gouvernement Phibun manifestant la volonté de reconquérir les territoires sur lesquels autrefois le Siam avait exercé sa suzeraineté au Laos, Cambodge, Malaisie, voire dans d’autres régions, il avait bien fallu négocier avec les grandes puissances toujours menaçantes.

 

Ces négociations aboutirent à deux pactes de non-agression, qui furent signés le 12 juin 1940 à Bangkok avec la France et la Grande-Bretagne,  tandis qu’à Tokyo était signé un « traité concernant la continuation des relations amicales et le respect mutuel de l’intégrité territoriale ».

 

Mais l’effondrement de la défense française, et la signature de l’armistice de la France avec l’Allemagne le 22 juin 1940 allait changer les rapports de force en Orient. 

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Si le gouvernement japonais profitera de la défaite française en Europe pour adresser un ultimatum au gouvernement général français d’Indochine pour obtenir un droit de passage pour acheminer du matériel militaire vers la République de Chine, la Thaïlande verra là une occasion de suspendre la ratification de l’accord signé et de revendiquer des territoires que la France lui avait pris au Laos et sur la rive droite du Mékong. (Revendications encouragées en sous-main par le gouvernement japonais.)

 

L’amiral Decoux signalera qu’ « au lendemain de l’armistice, une violente campagne anti-française se déclenchait tout au long du Mékong. Des tracts, à tendance irrédentiste, réclamant en termes agressifs la rétrocession du Cambodge et du Laos étaient, dès le début du mois d’août 1940, diffusés clandestinement en territoire indochinois » (A la barre de l’Indochine. Histoire de mon gouvernement général (1940-1945). Paris, Plon, 1949.)

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Bangkok réclamera officiellement le 13 septembre 1940 au gouvernement de Vichy la rétrocession des territoires laotiens de la rive occidentale du Mékong  et les trois provinces cambodgiennes de Sisophon, Siemrap, et Batambang. Le gouvernement français refusa le 17 septembre.

 

 Le 14 octobre, un communiqué de l’amiral Decoux transmettait le désir du gouvernement de Vichy de négocier, mais le gouvernement Phibun refusera et par la voix de son ministre de la propagande Luang Wichitwathakan mènera une campagne anti-française par radio et par voie de presse pour soulever la population, en rappelant que les territoires du Laos et du Cambodge avaient été extorqués à la Thaïlande par l’Empire colonial français

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

« Les relations se dégradent et la tension monte. Chaque incident est vite monté en épingle par Bangkok. L’aviation thaïlandaise n’hésite plus à faire des incursions dans l’espace aérien indochinois et les troupes thaïlandaises se concentrent aux frontières du Cambodge et du Laos ».** La guerre était proche.

 

Nous vous avons déjà raconté cette guerre franco-thaïlandaise dans notre article « 30. Les relations franco-thaïes : lors de la deuxième guerre mondiale ».** Rappelons les principaux éléments.

 

« Attaque de l'Indochine française

 

En cette fin septembre 1940, le gouvernement de Phibun constate, après les événements de Lang Son (du 22 au 26 septembre 1940),  que les Japonais ont pu sans grande difficulté envahir l’Indochine au Nord et vaincre l’Armée française, même si sur ordre  de l’Empereur du Japon, la division est évacuée par mer et la souveraineté française est rétablie le 30 novembre.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Les forces en présence. (In Wikipédia)

 

Les forces françaises en Indochine se compose d'une armée de 60.000 hommes, (dont 12.000 venant de métropole), organisée en 41 bataillons d'infanterie, deux régiments d'artillerie, et d'un bataillon de génie. L’Armée de l’air comprend une centaine d’avions dont 60 peuvent être envoyés en 1ère ligne La faiblesse la plus évidente de l'armée française est son nombre de chars : 20 contre 134 pour l’Armée thaïlandaise.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

L’Armée thaïlandaise est bien  équipée et se compose également de soixante mille hommes environ, « divisée en quatre armées, la plus importante étant l'armée de Burapha avec cinq divisions.  (…) la Force aérienne disposait d'environ 200 avions de combat et de 120 avions d'entraînement (…) La marine regroupait pour sa part une trentaine d'unités, dont deux garde-côtes cuirassés de construction japonaise, le Thonburi et le Sri Ayuthaya (armés de quatre canons de calibre 203 mm), neuf torpilleurs de construction italienne (pourvus de six tubes lance-torpilles de 533 mm) et quatre sous-marins côtiers (livrés en 1938 par le Japon). Elle comportait également une petite aviation anti-sous-marine, et deux bataillons de fusiliers-marins

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Déclenchement des opérations

 

En novembre 1940, les Thaïlandais, profitant que l’Armée française est occupée à mater une révolte paysanne animée par Tran Van Giau, multiplient leurs incursions en territoire cambodgien. L’aviation thaïlandaise mène aussi  des raids de représailles sur les villes de Thakhek et Savannakhet au Laos. Le Gouverneur Decoux est autorisé à répondre aux provocations thaïlandaises.

 

Le 1er décembre, la Thaïlande bombarde une nouvelle fois Thakhek, une barge est attaquée près de Nongkaï tuant deux soldats français. Les accrochages sont multiples aux alentours de Vientiane. Les Thaïs bombardent l’artillerie française le long  du Mékong. Et dans ce mois de décembre la liste des accrochages est longue, avec des embuscades de patrouilles, des bombardements de jour de l’aviation  thaïe au Laos de Thakhek, Packsé et Vientiane puis les villes cambodgiennes de Sisophon, Battambang, Stung Treng, Mongkol Borey et Siemréap.

 

L’aviation française, quant à elle, effectue  des raids de nuit en représailles sur les centres thaïlandais de Oudorn, Sakon Nakonn, Aranya, Lakhon, Prachinburi, Makhonn Phanom, Waddhana et Sisaket, avec peu de résultats. Les Français perdent officiellement 2 chasseurs. Les Siamois reconnaissent  la perte de 5 appareils, 13 aviateurs tués et 5 blessés. 

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

La Thaïlande occupe Pak-Lay et Bassac.

 

Pendant ce temps, la propagande nationaliste prend la forme de l’intolérance religieuse et les missionnaires et  religieux français du Nord-Est sont expulsés au Laos, le 28 et 29 novembre 1940 et les religieux catholiques siamois sont persécutés. Deux religieuses et cinq catholiques siamois de la Province de Song Khorn sont fusillés pour avoir refusé de renier leur religion.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

Début  janvier 1941, les Thaïlandais, délaissent le Laos bien protégé par le Mékong,  et déclenchent leur attaque principale contre le Cambodge, en progressant sur deux axes vers Battambang et Samrong dans le but de repousser les Français dans la région de Sisophon. Le fort de Polpet tombe. Les forces thaïlandaises s’emparent aussi  de Yang Dang Khum et de Phum Preav. Leur aviation bombarde Samrong. L’Armée Isan prend le poste de Vang Tao après de violents combats. Les Français se replient sur Ban Dou et  sur le Fleuve Pasqué.

 

L’Amiral Decoux contre-attaque le 16 janvier avec le 5 ème régiment d’ infanterie  les villages thaïlandais de Yang dang Kum et de Phum Preav. Des combats très meurtriers ont lieu, mais les légionnaires doivent décrocher de Phum Preav.

 

L’appui des canons antichars arrivent à stopper l’avance thaïlandaise. Les pertes des deux côtés sont lourdes et les deux armées se retirent sur un échec français (Le 17 janvier, le 3°RTT a été mis en déroute à Yang Dang Khum).

 

A Bangkok,  on publie des communiqués de victoire.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

 

La bataille de Koh Chang du 17 janvier 1941.

 

(Cf. notre Article 4, une version française : « 17 janvier 1941: La bataille navale de Koh-Chang ». In http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-janvier-1941-la-bataille-navale-de-koh-chang-thailande-114422430.html)

 

« Le 17 janvier 1941 au cours de la  2 ème guerre mondiale a lieu la "Bataille Navale de Koh Chang". Il est écrit dans les livres d’histoire thaïe que « Les Thaïs remportèrent la victoire. Le 17 janvier est fêté chaque année pour commémorer les héros navals qui sacrifièrent leurs vies pour protéger leur pays. »

 

Alors que la situation à terre est critique pour la France,  la bataille Navale de Koh Chang va changer cet avantage terrestre thaïlandais.

 

L’amiral Jean Decoux donne l'autorisation à l'amiral Terraux, commandant la Marine en Indochine, d'exécuter une opération contre la Marine thaïlandaise.

 

Le 16 janvier 1941, une petite escadre française composée du croiseur Lamotte-Picquet et des avisos Dumont-d’Urville, Amiral Charner, Tahure et Marne, commandée par le Capitaine de Vaisseau Bérenger croise au large des côtes siamoises. Le 17, un avion de reconnaissance découvre la flotte thaïlandaise au mouillage dans la baie de Koh Chang.

 

L’escadre française, malgré son infériorité numérique  entame le combat. En moins de deux heures le bilan est lourd pour la flotte thaïlandaise qui perd 40 % de sa puissance. Trois torpilleurs (Songkla, Cholburi et trat) sont coulés et le Lamotte Piquet endommage irrémédiablement les garde-côtes Dombury et le Sri Ayuthaya.

 

Le bilan des pertes humaines diverge selon les sources.***

 

La marine française déclare que plus de 300 hommes sont morts du côté thaïlandais avec 80 survivants. La marine thaïlandaise ne reconnait que 36 hommes.

 

Le gouvernement thaïlandais n’en annonce pas moins sa victoire et radio Bangkok proclame la destruction de cinq navires. Pendant ce temps  l'Escadre du Lamotte-Picquet arrive intacte  à Saigon, fière d’avoir remporté une grande victoire navale.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

La fin du conflit avec  la « médiation » du Japon.

 

Le 19 janvier 1941, les avants gardes terrestres thaïlandaises arrivent sur Mung Cao, dans le Sud Laos. Le 24 un raid de bombardiers thaïlandais touche l’aéroport français d’Angkor. Dès le 20 janvier, le gouvernement japonais présente une offre de «médiation » dans le conflit qui oppose la France de Vichy à la Thaïlande en Indochine, « dont les termes comminatoires ne laissaient aucun doute sur son caractère d’ultimatum ». Il envoie une note aux belligérants le 22 janvier 1941 pour imposer des négociations.

 

Le 30 janvier, l’accord d'armistice définitif entre la France et la Thaïlande, est signé à Saigon à 20 heures, sur le cuirassé japonais Natori. Il prévoit l'arrêt des combats, en attendant la signature d'un traité de paix, qui doit être négocié dans quelques jours à Tokyo. Le 31 janvier, une trêve de deux semaines avec un retrait des troupes terrestres de 10 km est signée.

 

Le 7 février, une conférence s'ouvre à Tokyo pour régler le problème de façon définitive.

 

La délégation française est dirigée par le gouverneur général René Robin, les Thaïlandais par le prince Varanarn. Le ministre japonais des affaires étrangères Matsuoka préside les débats. Les Français rejettent les revendications siamoises jusqu'au 2 mars, malgré la pression japonaise, mais l'arrivée de Darlan à la tête du gouvernement de Vichy (25 février) entraîne  une attitude plus conciliante.

 

Le 11 mars, sous la contrainte japonaise, un accord est signé. Le 9 mai 1941, un traité stipule que  la Thaïlande obtient les territoires, qu’elle avait dû cédés à la France « coloniale » en 1867 : les provinces cambodgiennes de Battambang (en totalité), de Siem Réap, de Kompong-Thom  et de Stung Treng (en grande partie) soit plus de 50.000 km2 (le quart de son territoire, et plus de 420.000 personnes). Le Laos cède les territoires de la rive droite du Mékong (provinces de Sayaburi et Champassak). Le roi du Laos et du Cambodge n'ont pas  été consultés.

 

La guerre franco-thaïe était terminée. Elle avait note Fistié, réalisé l’unanimité nationale et assuré la cohésion du régime.

 

La Thaïlande avait pris sa revanche historique sur la France non sans l’appui ferme du Japon, qui avait mené de fait toute la négociation … en pensant à son expansion, qui n’allait pas tarder à se manifester.

 

Le 7 décembre 1941 les Japonais attaquaient  Pearl Harbour ;  tandis  que ce même 7 décembre les Japonais débarquaient au Siam, mettant le gouvernement devant le fait accompli.

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

 

Cf. l’article suivant « Le gouvernement Phibun Songkhram. Du 7 décembre1941 à sa chute le 1er août 1944. » 

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------

*Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

**

http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-les-relations-franco-thaies-la-2-eme-guerre-mondiale-67649933.html

 

Bibliographie et sources

 

Fabienne Mercier-Bernadet, « Le conflit franco-thaïlandais (juin 1940-mai 1941), une manipulation japonaise ? », Revue historique des armées, no 223, 2001.

 

Dossier sur la Guerre franco-thaïlandaise et l'invasion japonaise, dans Le Franc-Tireur N°1 de 1996

 

Yann Mahé et Étienne Le Baube, Les opérations terrestres de la guerre franco-thaïlandaise. 1940-1941, article illustré par Guillaume Le Baube, dans Champs de bataille no 19. Cet article analyse et détaille le déroulement des opérations.

 

Cf. J. Billiottet (ancien médecin major de l'Amiral Charner), Le combat de Koh Chang.

 

Colonel David Smiley Au coeur de l’action clandestine. Des Commandos au MI6, L’Esprit du Livre Éditions, 2008

 

Journal officiel britannique, London Gazette du 27 août 1946 

 

E. Bruce Reynolds Thailand’s Secret War. The Free Thai, OSS, and SOE during World War II, Cambridge University Press, 2004

 

*** Les pertes. Les sources sont très divergentes.

L'armée française aurait eu un total de 321 tués, et capturé 21 Thaïlandais. L'armée thaïlandaise aurait eu 54 tués et 307 blessés et capturé 222 hommes. Certaines sources donnent même  3.600 morts. 

199. LA GUERRE FRANCO-THAïLANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.
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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 22:00
198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

1/ Le gouvernement Phibun (Cabinet IX) du 16 décembre 1938 au 6 mars 1942.

 

Le 16 décembre 1938,  le colonel Phibunsongkhram ou plus simplement Phibun était « élu » par l’Assemblée pour devenir le 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il conservait le Ministère de la défense et prenait celui de l’intérieur.

 

Un régime militaire dirigé d’une main de fer par son leader allait  gouverner le pays, mais ouvert en son premier gouvernement à la « société civile avec Pridi qui sera son ministre des finances, et d’autres « libéraux » comme Nai Direk Chayanam (ancien vice-ministre des affaires étrangères de Pridi et futur vice-ministre des affaires étrangères de Phibun le 14 juillet 1939)

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

 

Luang Thamrong, ministre de la justice et Khuang Aphaiwong, ministre des Communications, qui avaient joué le rôle d’agents de liaison entre les militaires et les civils ; tout en maintenant la vitrine du système parlementaire. Un gouvernement  qui sera composé de 15 militaires sur 25 membres et qui allait garder sa cohésion jusqu’au 7 décembre 1941.

 

(Mais il y eut de nombreux changements, promotions, arrivées, départs au fil de ce cabinet, pas moins de 22 mouvements jusqu’au 16 février 1942. On peut remarquer au 19 août 1941, l’arrivée du Vice-Amiral Luang Sindhu comme ministre de l’éducation et du colonel Prayoon comme vice-ministre de l’éducation, un germano-thaï connu pour ses idées d’inspiration nazie.)

 

En effet, ce jour-là,  les Japonais débarquent au Siam et mettent le gouvernement devant le fait accompli. La discussion s’engagera alors, mais le choix de Phibun sera en faveur d’un pacte d’alliance avec les Japonais le 21 décembre 1941, qui allait marquer une rupture politique avec Pridi … 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

 … et les « civils » et entrainer la Thaïlande dans la guerre contre la Grande –Bretagne et les Etats-Unis le  25 janvier 1942.

 

Pridi était éliminé à la demande des Japonais et nommé Régent et Phibun, le 7 mars 1942,  formait un nouveau gouvernement (Cabinet X) de 23 membres composé de 17 militaires, et intégrait de nouveau Wichit Wathakarn (Son plus zélé nationaliste et propagantiste antichinois) comme vice-ministre des affaires étrangères, et le 19 juillet 1942 lui cédait sa place comme ministre des Affaires étrangères. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

La chute annoncée des Japonais, le refus des occidentaux de négocier avec lui, une action de l’Assemblée, vont contraindre Phibun de démissionner le 1er août 1944.

 

Ainsi, est-il nécessaire de bien distinguer ces deux périodes du gouvernement Phibun  (16 décembre 1938-1er août 1944), qui correspondent en fait à deux gouvernements très différents dans leur composition, leur politique, leur contexte.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

1/ Le gouvernement Phibun (Cabinet IX) du 16 décembre 1938 au 6 mars 1942.

 

 Il est bon de rappeler que Phibun, l’homme fort de la vie politique siamoise depuis octobre 1933, après avoir maté la rébellion royaliste de Borowadet, et devenu  en septembre 1934 le commandant en second de l’armée de terre et le ministre de la Défense, n’avait jamais caché ses opinions politiques.

 

« Il était convaincu – disions - nous dans notre introduction - qu’un pays ne pouvait progresser que par sa puissance militaire, et par l’élaboration d’une doctrine qui s’appuyait sur les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon », mais qui devait rester siamoise. ( in notre article 194)

 

La création en 1935 du mouvement du Yuwachon  confirmait pour lui, la nécessité de former la jeunesse à la discipline militaire, à la culture physique, pour œuvrer pour le bien et l’unité de la Nation, sous l’autorité d’un chef. (Cf. 192).

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

De même, il avait manifesté au niveau de la politique extérieure la volonté de maintenir l’indépendance de son pays dans ses choix et décisions  politiques.

 

Une nation libre, forte et indépendante, qui ne voulait pas tomber sous aucune sphère d’influence.

 

(Nous avions ainsi déjà donné l’exemple du Japon, avec un rapprochement politique et commercial dès 1933 qui avait abouti à un traité signé en mars 1938 (qui accordait aux ressortissants japonais résidant au Siam les mêmes droits civils et économiques que ceux des Siamois), mais qui ne signifiait pas un alignement.)

 

Il n’est donc pas étonnant que ce même militaire – héros national - qui arrive à la tête de l’Etat – avec les pleins pouvoirs -  en étant le commandant en chef de l’armée et en prenant le ministère de l’Intérieur, va s’engager vers un militarisme croissant, mettre en œuvre une idéologie nationaliste et réprimer toute opposition et toute contestation. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Mais ce qu’il l’est moins - et qui fait la particularité de ce gouvernement -  est qu’il va ouvrir son gouvernement à neufs civils dont Pridi au ministère des finances, et d’autres comme Nai Direk Chayanam, un proche de Pridi, (vice-ministre et ministre des affaires étrangères), Luang Thamrong, (ministre de la justice) et Khuang Aphaiwong, (ministre des Communications).

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Un régime dictatorial ?

 

« Notre introduction » indiquait que :

 

«  Phibun manifesta d’entrée sa volonté d’éliminer toute contestation et opposition surtout – évidemment -  quand on s’en prenait à sa personne. Ainsi fin décembre 1938, Phibun échappa à deux tentatives d’assassinats qu’il régla par de multiples arrestations qui touchaient aussi bien des membres de la famille royale, des membres de l’Assemblée ou des rivaux militaires. En janvier 1939, le chef de la police affirmait avoir découvert un complot royaliste. Des « cours spéciales » furent établies « pour juger entre autres  Rangsit de Prayurasakdi, prince de Chainat (un des plus jeunes fils  du roi Chulalongkorn et futur Régent) ...

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

1... et Phya Suradet, l’un des chefs militaires qui avaient participé au coup d’Etat de 1932. » (Fistié, pp. 169-170) Si certains furent autorisés à quitter le royaume (comme Phya Suradet), 36 furent condamnés à l’emprisonnement à vie, et dix-huit furent fusillés. La répression policière était implacable  et le message était clair : nulle opposition n’était désormais tolérée, aussi bien « civile » que royaliste. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Même l’’Assemblée nationale, malgré l’opposition manifestée par quelques députés isolés « ne se risqua plus jamais à prendre position contre le premier ministre, dans une affaire qu’il jugeait importante : au cours de l’année 1939 elle vota toutes les mesures que lui proposa le gouvernement. » (Fistié, p. 169) L’Assemblée n’hésita pas  le 17 septembre 1940 à prolonger pour une nouvelle période de dix ans, le système transitoire pour l’élection de la totalité des membres de l’Assemblée, prévue par  la Constitution du 10 décembre 1932 avant le 27 juin 1942.

 

L’heure n’était plus à la démocratie, d’ailleurs l’avait-elle déjà été ?

 

Le régime reposait sur l’armée, et la propagande était explicite qui montrait dans tout le pays, nous dit Fistié (citant Landon, p. 170), une affiche  où était représenté « un soldat brandissant le poing et portait en légende que le royaume était la maison et que les forces armées en étaient la clôture. » 

 

Phibun, comme chef des armées, se devait dans la logique du système, consolider sa légitimité et sa popularité auprès des cadres de l’armée.

 

Les crédits furent augmentés et passèrent par exemple de 25 % du budget (1//4/ 1938- 31/3/1939) à 31 % (1/4/1939-30/9/1939). (Il est vrai aussi que les « hostilités » avec la France commencèrent à partir de décembre 1940); une trentaine de généraux furent promus (Grade nouvellement créé), des milliers de décorations distribués (8.000 pour la seule année 1941). 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Il se fit appeler le « Guide » de la nation. Il fit remplacer la photo du roi par la sienne, et « son image était projetée avant chaque séance sur les écrans  de cinéma ».  (Fistié, p.185) Un culte de la personnalité en somme, assez commun à cette époque parmi les chefs de gouvernement.

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Une réforme fiscale audacieuse en faveur du peuple.

 

Si Phibun fit augmenter les crédits militaires, il permit à Pridi, ministre des finances, « d’opérer une réforme fiscale allégeant la charge qui pesait sur les agriculteurs. (Fistié, p. 172) ».  « Le nouveau code des impôts, voté en mars 1939, supprima en effet purement et simplement la capitation » et presque complétement l’impôt foncier (qui reviendra en 1943 et surtout en 1944). Ils furent remplacés par un impôt sur le revenu sur les entreprises commerciales et les professions libérales. Ces mesures furent d’autant plus populaires que – nous le savons -  les commerçants étaient avant tout Chinois.

 

Mais, nous dit Fistié, ces nouveaux impôts directs ne compensaient pas les anciens et il fallut instaurer des impôts indirects, qui passèrent de 44.463. 394 bath en 1938-1939 à 71.169.556 bath en 1941, et dont l’essentiel provenait des douanes (45. 000.000 bath).

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Un régime autoritaire caractérisé par un nationalisme ouvertement discriminatoire pour les Chinois et les autres peuples vivant en Thaïlande et impérialiste (doctrine pan-thaïe incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn).

 

Il faut auparavant – pour comprendre - resituer le nationalisme siamois dans son histoire et le contexte de l’époque, qui n’eut depuis  Rama III (1824-1851) que la volonté légitime de préserver l’indépendance du pays face aux velléités colonisatrices des Hollandais, des Anglais et des Français. Nous vous avons  raconté comment les différents rois, selon leur personnalité, leur formation, ont fait face à cette « modernité occidentale » et à cette volonté colonisatrice hollandaise, anglaise et française, et comment ils ont essayé de trouver les moyens pour défendre leur pays, leur nation, comment ils ont âprement négocié les différents traités.

 

Ainsi quand Phibun arrive au pouvoir fin 1938, lui « le révolutionnaire » de 1932, peut mesurer les dangers qui s’annoncent pour son pays. Phibun connait l’Europe, il s’y est formé « militairement ». Il a en son « patrimoine » la même conviction du prince Damrong, premier conseiller du roi Prajaddhipok», qui dans les années 1920, popularisait  le slogan  « Le Siam aux Siamois » (Cf. Dovert***, pp. 231-232). Il apprécie certes, les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon, mais il veut un nationalisme thaïlandais.  

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Nous avions déjà avec Dovert donner certains éléments de cette politique (In ***A163.) : « La politique nationaliste mise en place par Phibun sera d’autant plus efficace, qu’il aura pratiquement tous les pouvoirs le 20 décembre 1938. Il avait déjà lancé « les jeunesses militaires » calquées sur celui des « Tigreaux » (ลูกเสือ louk sua littéralement les « enfants tigres ») de Rama VI, et dès 1937 proclamé « que l’exemple du développement allemand, japonais, et italien serve de source d’inspiration. » Il définira sa modernité par rapport à l’Occident (vêtement occidental, interdiction des chiques de bétel), tout en fixant « le contenu d’une tradition nationale « purement thaïe » ». 

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Dans notre article A177****, nous précisions : «  Le nationalisme de Phibun s’exerça aussi de façon autoritaire dans le pays afin d’ « élever l'esprit national et la moralité de la nation », par un certain nombre de lois qui définiront « la tradition nationale » par une série de 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942.

 

(On y verra d’ailleurs curieusement certains éléments occidentaux.)

 

Le 1er mandat  du 24 juin 1939, changea le nom du pays, qui devenait désormais Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou Thaïlande.

 

Ce 1er mandat était important car il manifestait la volonté de Phibun non seulement d’intégrer les différentes populations non-Thaïes du Nord et du Nord Est et du Sud du pays, mais il déclarait la primauté des Thaïs.

 

Le deuxième mandat du 3 juillet 1939 portait sur la prévention de danger pour la nation et des rapports à avoir avec les étrangers.

 

Le troisième mandat  du 2 août 1939 visait l’unité du pays et disait qu’il ne  fallait désormais  n’utiliser que le nom de « Thai » pour désigner tous les Thaïlandais. (Exit l’appellation Thaïs du nord, Isan, Thais musulmans)

 

Le quatrième mandat du 8 Septembre 1939 portait sur le respect dû au drapeau national, l’hymne national, et l’hymne royal.

 

Le cinquième mandat  du 1er novembre 1939 invitait les Thaïlandais à consommer thaïlandais et à faire un effort pour améliorer la qualité de la production thaïlandaise. 

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Le sixième mandat  du 10 décembre 1939 portait sur la musique écrite par Phra Chenduriyang et les paroles de l’hymne national. (Cet hymne national est le même aujourd’hui)

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Le septième mandat du 21 mars 1940 indiquait que chaque personne thaïlandaise devait avoir une carrière stable pour être utile à la nation.

 

Le huitième mandat du 26 avril 1940 portait sur l’hymne royal  raccourcissait les paroles de l’hymne royal, et remplaçait le mot « Siam » par le mot « Thaï ».

 

Le neuvième mandat du 24 juin 1940  portait essentiellement  sur le respect dû à la langue thaï, et sur l’honneur de l’apprendre, de l’enseigner et de la parler.

 

Le onzième mandat du 8 septembre 1941 était plutôt curieux et portait sur les activités quotidiennes. Il expliquait comment gérer une journée et comment se comporter au travail, pendant le temps de loisir et de la nuit.

 

Le douzième mandat du 28 janvier 1942  portait sur la protection des enfants, des personnes âgées et des handicapés.

 

Le Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou Thaïlande reposait désormais sur la notion de « peuple thaï », une réalité ethnique (ชนชาติ chonchat thai), la « race thaïe » qui reléguait les minorités en « non-thaïes » ou « moins thaïes » et qui marginalisait les élites indiennes et chinoises. 

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« Mais c’est surtout la communauté chinoise qui sera visée ».

 

« Elle subira une politique discriminatoire qui réduira sa place dans la vie publique. Dovert donnera comme exemples : les prix des permis de séjour augmentés de 600 % en cinq ans ; des conditions plus contraignantes pour l’accès à la nationalité et à la terre ; la fermeture de la  quasi-totalité des journaux et des écoles chinoises (230 en 1937-38 et plus que 2 en 1944) ; et l’interdiction d’exercer 27 activités (transformation du riz, la pêche, la marine marchande, la boucherie, le commerce de détail, etc). » (A163.)

 

Une politique antichinoise qu’il faut comprendre comme une volonté de contrôler leur immigration, de limiter leur puissance économique, en tentant de « thaïfier » l’économie, précise Fistié, qui se traduira par la création d’entreprises d’Etat dont les résultats seront décevants voire illusoires. 

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Une doctrine qui va se traduire sur le plan intérieur par une politique d’assimilation.

Ainsi la minorité malaise, quant-à elle, verra abrogées les dispositions particulières les concernant dans le Code civil et de commerce de 1934, pour être soumise à de nouvelles règles juridiques qui la soumettaient au droit commun thaïlandais et leur refusaient désormais les juges islamiques, de porter des vêtements « islamiques », et  lui imposaient un enseignement en thaï rendu obligatoire.

 

A l’extérieur, l’idéologie panthaï incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn affichera l’ambition de se réapproprier les terres sur lesquelles le roi de Siam avait ou aurait jadis exercé des droits de suzeraineté, ainsi que  les territoires (Laos, Cambodge, Malaisie) annexés illégalement ensuite par les puissances européennes et même certaines régions d’Inde, de Chine, de Birmanie, voire du Tonkin et du Tibet habités par des peuples de race ou de langue thaïe.

 

Mais cette doctrine se confronta aux exigences de la réalité politique et de la nécessité de négocier avec les grandes puissances.

 

« A la fin de juin 1939, une conférence militaire franco-britannique s’était tenue à Singapour pour envisager les mesures à prendre dans le cas d’un conflit généralisé en Extrême-Orient. » (Fistié, p. 175) Les négociations qui suivirent aboutirent à deux pactes de non-agression, qui furent signés le 12 juin 1940 à Bangkok,  tandis qu’à Tokyo était signé un accord entre la Thaïlande et le Japon, qui portait le titre, nous dit Fistié de « traité concernant la continuation des relations amicales et le respect mutuel de l’intégrité territoriale ».

 

Mais l’effondrement de la défense française, et la signature de l’armistice avec l’Allemagne le 22 juin 1940 allait changer les rapports de force en Orient. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Si le gouvernement japonais profita de la défaite française en Europe  pour adresser un ultimatum au gouvernement général français d’Indochine, la Thaïlande verra là une occasion de suspendre la ratification de l’accord signé et de revendiquer des territoires que la France lui avait pris au Laos et sur la rive droite du Mékong. (Revendications encouragées en sous-main par le gouvernement japonais, avec lequel un traité d’amitié avait été signé le 12 juin.)

 

La presse dénoncera les traités signés avec la France en 1907, et  avec l’Angleterre en 1908, et alimentera le courant nationaliste.

 

L’amiral Decoux signalera qu’ « au lendemain de l’armistice, une violente campagne anti-française se déclenchait tout au long du Mékong. Des tracts, à tendance irrédentiste, réclamant en termes agressifs la rétrocession du Cambodge et du Laos étaient, dès le début du mois d’août 1940, diffusés clandestinement en territoire indochinois » *****

 

Bref, la Thaïlande allait s’engager dans un processus qui allait aboutir à ce qu’on a appelé la guerre franco-thaïlandaise d’octobre 1940 au 9 mai 1941. C’est ce que nous  vous proposons d’étudier dans notre prochain article.

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*Notre principale source :

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

 

**Sur le nationalisme.

Nous avons consacré de nombreux articles. Citons-en quelques-uns :

 

Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

 

Notre Isan 14 :   Le nationalisme thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html

 

A.57 « Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

 

*** Rappel. Sur les Chinois, nos articles :

L’article de Dovert : « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

Présenté dans deux de nos  articles :

 

A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

 

« A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

 

« A45. Les Chinois de Thaïlande », d’après l’article «  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande» de Jean Baffie, qui dénonce le mythe de la « thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network, 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

****A177.  « Les seins nus de  Thaïlande qu’on ne saurait voir. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/a177-les-seins-nus-de-thailande-qu-on-ne-saurait-voir.html

 

***** Decoux (Amiral), A la barre de l’Indochine. Histoire de mon gouvernement général (1940-1945). Paris, Plon, 1949.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)
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