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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 22:30
197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Nous avions vu que Phraya Phahon était devenu le deuxième 1er ministre de la monarchie constitutionnelle le 21 juin 1933 à la suite d’un coup d’Etat. Après de nombreuses crises ministérielles et les élections du 7 novembre 1937 qui avaient amené à l’Assemblée une forte opposition au gouvernement, il avait été contraint de démissionner le 11 septembre 1938. En décembre 1938, un conflit majeur éclata entre le gouvernement et l’opposition de l’Assemblée à propos du budget, sur fond de lutte pour le pouvoir entre civils et militaires. Le 16 décembre 1938,  le colonel Phibun ( พิบูลสงคราม, appelé aussi Luang Pibulsonggram, ou Phibunsongkhram ou Pibul Songgram ou Pibul ou plus simplement Phibun)  était élu par l’Assemblée pour devenir le 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il conservait le Ministère de la défense et prenait celui de l’intérieur. (Il sera aussi deux fois ministre des affaires étrangères entre 1939-1942)

 

Une dictature militaire et nationaliste dirigé par le 1er ministre Phibun, commandant en chef de l’armée, et ministre de l ’Intérieur venait de s’installer au royaume de Siam, en maintenant toutefois la vitrine du système parlementaire et en conservant Pridi (ปรีดี พนมยงค์) qui sera son ministre des finances et d’autres « libéraux » dans son gouvernement. 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Nul ne pouvait s’en étonner. Nous avions déjà constaté, qu’après avoir maté la rébellion royaliste de 1933, il était devenu l’homme fort du gouvernement, et en septembre 1934 le commandant en second de l’armée de terre et le ministre de la Défense. « Il était convaincu qu’un pays ne pouvait progresser que par sa puissance militaire, et par l’élaboration d’une doctrine qui s’appuyait sur les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon. » (in notre article 194)  Il va créer d’ailleurs en 1935 le mouvement des Yuwachon (ยุวชนทหาร youwachon thahan, littéralement jeunes-hommes soldats) pour former la jeunesse à la discipline militaire, à la culture physique, et à œuvrer pour le bien et l’unité de la Nation, sous l’autorité d’un chef. 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Phibun manifesta d’entrée sa volonté d’éliminer toute contestation et opposition surtout – évidemment -  quand on s’en prenait à sa personne. Ainsi fin décembre, Phibun échappa à deux tentatives d’assassinats qu’il régla par de multiples arrestations qui touchaient aussi bien des membres de la famille royale, des membres de l’Assemblée ou des rivaux militaires. En janvier le chef de la police affirmait avoir découvert un complot royaliste. Des « cours spéciales » furent établies « pour juger entre autres  Rangsit Prayurasakdi, prince de Chainat (un des plus jeunes fils  du roi Chulalongkorn et futur Régent

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

.....et Phraya Suradet, l’un des chefs militaires qui avaient participé au coup d’Etat de 1932. » (Fistié, pp. 169-170) Si certains furent autorisés à quitter le royaume (comme Phraya Suradet), 36 furent condamnés à l’emprisonnement à vie, et dix-huit furent fusillés. La répression policière était implacable  et le message était clair : nulle opposition n’était désormais tolérée, aussi bien « civile » que royaliste. Même l’Assemblée nationale, malgré l’opposition manifestée par quelques députés isolés « ne se risqua plus jamais à prendre position contre le premier ministre, dans une affaire qu’il jugeait importante : au cours de l’année 1939 elle vota toutes les mesures que lui proposa le gouvernement. » (Fistié, p. 169)

 

Le gouvernement Phibun va se caractériser par un militarisme croissant fondé sur un nationalisme virulent et ouvertement « raciste » contre les Chinois et un projet d’assimilation des autres peuples du pays. Elle se traduira par une idéologie, la thainess, avec un programme politique et économique nationaliste, une série de mesures culturelles coercitives (Cf. les 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942), une propagande active orchestrée par Luang Wichitwathakan, 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

.... qui avaient pour objectif la fondation d’un nouveau pays, « la Thaïlande » des Thaïs « libres », une grande nation à l’égale des plus grandes, une nation moderne, défendue par son Armée et dirigée par son leader.

 

Une nation libre, forte et indépendante, qui avait certes comme modèle le Japon, mais qui ne voulait pas tomber sous sa sphère d’influence. Nous verrons d’ailleurs que la politique extérieure de Phibun en son début sera pragmatique et fondée sur les rapports de force de la géopolitique mondiale, ce qui – ma foi - est le b.a-ba de toute diplomatie.

 

Nous avions d’ailleurs déjà noté par exemple à propos du Japon, qu’un rapprochement politique et commercial dès 1933 qui avait abouti à un traité signé en mars 1938 (qui accordait aux ressortissants japonais résidant au Siam les mêmes droits civils et économiques que ceux des Siamois), ne signifiait pas un alignement et n’empêchait pas Phibun de déclarer à la radio de renforcer l’Armée car le Japon menaçait d’ envahir la Malaisie en passant par le Siam.

 

Nous verrons d’ailleurs comment le gouvernement Phibun mènera sa politique étrangère en entamant dès juin 1939, des négociations franco-britanniques qui aboutirent à deux accords signés le 12 juin 1940 à Bangkok, pendant qu’il négociait avec le Japon, et surtout comment l’effondrement de la France en juin 1940 avec l’armistice signé le 22 juin avec les Allemands allait annuler ces accords,  modifier les rapports de force, et entrainer la Thaïlande  à entrer en guerre contre la France en décembre 1940 … Une guerre que nous allons évidemment analyser, avec la célèbre bataille navale de Koh Chang du 17 janvier 1941.

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Dès lors,  - on le comprend-  la deuxième guerre mondiale allait monopoliser l’action du gouvernement.

 

L’attaque de Pearl Harbour le 7 décembre 1941 par les Japonais allait engager les Etats-Unis le 8 décembre 1941 dans la seconde guerre mondiale auprès des Alliés, tandis  que ce même 7 décembre les Japonais débarquaient au Siam, mettant le gouvernement devant le fait accompli. Nous étudierons les conséquences de ce coup de force au sein même du gouvernement divisé, qui aboutira néanmoins au pacte d’alliance avec le Japon, le 21 décembre 1941, qui allait entrainer la Thaïlande à déclarer la guerre à la Grande –Bretagne et aux Etats-Unis le  25 janvier 1942. Dès lors deux camps se formèrent  avec un Phibun dans la collaboration pro-japonaise et une résistance certes limitée mais réelle à l’intérieur menée par Pridi et Luang Adun et une autre plus conséquente, les Free Thaï qui se forma au début depuis les Etats-Unis (Cf. le rôle prépondérant de l’ambassadeur Seni Pramoj)  et l’Angleterre … 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

La politique de Phibun devenait claire en prenant par exemple un militaire d’origine germano-thaïe, le colonel Prayun, qui professait des idées d’inspiration nazie, comme ministre de l’Education nationale, ou en envoyant Phya Phaon et Luang Thamrong au Japon sceller l’amitié des deux pays et qui aboutit – pour faire  vite - au traité signé à Bangkok le 20 août 1943 après une entrevue entre Phibun et le premier ministre japonais en personne à Bangkok, qui restituait à la Thaïlande les quatre Etats malais cédés à la Grande Bretagne en 1909, entre autres. (Infos dans Fistié)

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Nous étudierons évidemment les événements qui touchèrent la Thaïlande pendant cette période et dans quelles circonstances Phibun fut contraint de donner sa démission le 1er août 1944.  

 

Le retrait de Phibun et de l’armée créait un nouvel espace politique alors que le Japon n’avait pas encore capitulé (15 août 1945) et qu’il y avait encore 50.000 Japonais en Thaïlande … 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Nous verrons comment le nouveau pouvoir de la Thaïlande négociera la fin de la guerre avec les Alliés, avec le retour de Pridi au premier plan (alors Régent unique depuis fin décembre 1941) et la nomination des premiers ministres  Khuang Aphaiwong ( 1er août 1944-31 août 1944) et Tawi Boonyaket (31 août 1945- 17 septembre 1945) assurant l’intérim avant l’arrivée de Seni Pramoj (17 septembre 1945-31 janvier 1946). 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Seni Pramoj était le représentant le plus connu des Free Thais, ambassadeur de Thaïlande à Washington qui avait refusé  de remettre la déclaration de guerre aux Etats-Unis et s’était engagé dans la résistance ; ce qui avait décidé les Etats-Unis à ne pas se considérer en guerre contre la Thaïlande. En fait, une tactique de Pridi qui avait nommé tout le gouvernement (A l’exception d’un seul ministre ami de Seni) et à qui Seni avait dit qu’il n’acceptait le pouvoir que jusqu’à la conclusion du traité de paix. (Fistié, p.193)

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Nous avions donc  quelques repères pour écrire ce chapitre important de l’histoire de la Thaïlande (1939-1945) dans lequel  on pouvait distinguer deux périodes, celle  qui allait de la prise de pouvoir de Phibun le 16 décembre 1938 jusqu’à sa démission le 1er août 1944, et celle qui analysait la nouvelle politique thaïlandaise jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

On avait là une série d’articles possibles qui se devait d’étudier :

 

La politique du gouvernement Phibun qui se caractérise dès 1939 par :

 

Un régime militaire autoritaire ouvert aux « civils », avec l’apparence d’un système parlementaire.

(Cf. La composition du gouvernement, 14 militaires sur 25, mais  avec Pridi ministre des finances et  Nai Direk Chayanam. Cohésion interne jusqu’en décembre 1941. IX Assemblée 16 décembre 1938-7 mars 1942) Voir la prise en main musclée et les premières mesures économiques)

 

Un nationalisme virulent.

 

(La doctrine, la thainess, la répression contre les Chinois et l’assimilation, les 6 premiers mandats « culturels » avec le 1er mandat  du 24 juin 1939 qui  changea le nom du pays, le Siam devenait désormais le  Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou la Thaïlande. (Tout un symbole)) La propagande et le culte de la personnalité.

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Une politique extérieure opportuniste qui s’adapte aux événements mondiaux jusqu’au 7 décembre 1941 avec les Japonais qui débarquent en Thaïlande.

 

(L’accroissement des crédits militaires ; Cf. l’évolution selon le contexte géopolitique ; tout d’abord, les deux accords avec  la Grande-Bretagne et la France signés le 12 juin 1940 et le traité signé avec le Japon ; ensuite  les négociations différentes selon les pays ; avec les Anglais (Le traité anglo-thaï en voie de ratification le 31 août 1940) ; Mais avec l’effondrement de la France en juin 1940, le refus de ratifier avec les Français (demande de rétrocession de territoires) ;  La Thaïlande entre en guerre contre la France en décembre 1940. La guerre franco-thaïe (La bataille navale de Koh Chang du 17 janvier 1941 ; la convention de paix signée à Tokyo le 9 mai 1941). Les Japonais débarquent en Thaïlande le 7 décembre 1941. Trois tendances mais Phibun impose son choix. (Pacte d’alliance avec le Japon, le 21 décembre 1941.)

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

La Thaïlande déclare la guerre à la Grande –Bretagne et aux Etats-Unis le  25 janvier 1942.  

 

(Phibun est nommé « field marshal  » par décision unanime de l'Assemblée nationale du 28 juillet 1941 ; Début décembre 1941 loi martiale, Phibun devient « le « Guide » ; Une politique plus « musclée ». Phibun dans sa collaboration avec les Japonais. La résistance extérieure (Les free Thaï) et intérieure.)

 

197 . INTRODUCTION. LE GOUVERNEMENT DE PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)
  • Les événements qui contraignent Phibun à donner sa démission le 1er août 1944.

 

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* Nos principales sources :

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

Il s’appuie lui-même abondamment sur le  Bangkok Times de l’époque.

Et B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History », River Books, 2011 

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Pour les 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942, in A177.  « Les seins nus de  Thaïlande qu’on ne saurait voir. » http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/a177-les-seins-nus-de-thailande-qu-on-ne-saurait-voir.html

 

30. In « Les relations franco-thaïes » :

 « La deuxième guerre mondiale »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-les-relations-franco-thaies-la-2-eme-guerre-mondiale-67649933.html

et « 17 janvier 1941: la bataille navale de Koh-Chang. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-janvier-1941-la-bataille-navale-de-koh-chang-thailande-114422430.html

 

Sur le nationalisme : Cf. A9 ; et A57 :

 

Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

 

A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

Sur le nationalisme :

 

A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

168. Le « nationalisme » de Rama VI (1910-1925).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

 

Article 45. « Les chinois en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

170. Rama VI face à deux modèles  le modèle « occidental » et le modèle « siamois ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/170-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois.html

 

 

 

 

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 22:00
196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Nous savons que Pridi et Phibun étaient partis de concert à l'assaut de la monarchie absolue. Les réformes, en particulier celles du roi Chulalongkorn, avaient développé deux classes nouvelles, les fonctionnaires et  les militaires. Formés aux techniques occidentales, éduqués en Europe, ils baignaient dans des idées neuves. Mais le total absolutisme royal monopolisait les hautes dignités et les charges suprêmes entre la foule des princes du sang suscitant le mécontentement de ces fonctionnaires et de ces militaires.  

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Jaloux par ailleurs de la richesse et de la puissance des princes dont la présence rendait toute promotion impossible, ils portaient des idées nationalistes qui s'accommodaient en outre mal de l'influence des conseillers étrangers,  anglais et américains surtout, auprès des princes.

 

***

 

Nous savons déjà aussi qu’un petit noyau de ces jeunes fonctionnaires et juristes aux idées plus ou moins progressistes se forma au début des années 30 et obtint peu à peu l'appui d'officiers supérieurs. Les chefs en étaient un jeune avocat (il est né avec le siècle), Pridi Phanomyong ...

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

 

et deux autres qui firent ensuite beaucoup parler d’eux : Khuang Aphaiwong, né en 1902, de culture française, qui sera ultérieurement premier ministre 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

et un officier subalterne, alors jeune capitaine (il est né en 1897) formé à l’école d’artillerie de Fontainebleau, Phibun Songgram. Ce serait dans l’un de ces cafés du quartier latin où l’on continue à refaire le monde que ce petit groupe prépara un coup d'État qui réussit en une journée sans une goutte de sang. Ce petit groupe avait été à l'origine de la révolution et prit le nom de « Parti du Peuple », bien qu'il ne comprît pas l’ombre d’un élément populaire et, avec de brèves éclipses, resta au pouvoir  jusqu'en 1945.

 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Du 28 juin 1932 jusqu’à la prise du pouvoir par Phibun après la chute de Phraya Phahon le 16 décembre 1938, le Siam connut sept cabinets ministériels sous la direction successive de deux premiers ministres. Pibun sera le chef du huitième et le troisième premier ministre du Siam.

 

Nous allons donner la chronologie de cette irrésistible ascension qui fit en 6 ans d’un capitaine le chef des armées siamoises et le premier ministre tout puissant de son pays, une ascension plus rapide que celle de Bonaparte. Il y a de cette austère chronologie quelques leçons à tirer.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le premier « cabinet ministériel »  (du 28 juin 1932 au 10 décembre 1932)

 

Ce premier « comité public » autoproclamé est en réalité un cabinet ministériel dont il n’avait pas le nom. C’est à l’instigation du Roi que seront dans l’avenir utilisés les termes de « cabinets » et de «  ministres », celui de « comité » ayant une connotation par le régime soviétique au sein duquel le pouvoir appartenait en réalité au « comité central » (dont Staline, par exemple, n’était « que » le secrétaire).

 

Le Président en est  Phraya Manopakorn Nitithada (1).

 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

La liste officielle donne le nom des membres de ce cabinet sans ordre alphabétique, il faut donc en déduire qu’il s’agit d’un ordre hiérarchique même si chacun d’eux n’a le titre que de « membre du comité » (2).

 

Le premier de la liste est le Contre-amiral Phya Preechacholayuth sur lequel nous n’avons pas de renseignements. Vient en second le Phraya Srivisaravaja, probablement un civil. Il est suivi du Général  Phraya Phahon Phonpayuhasena que nous connaissons déjà (3).  Le quatrième est  le  Colonel Phraya Songsuradej  sur lequel nous savons peu de choses (1891–1944) sinon qu’il a été cadet dans une académie militaire allemande (probablement  Berlin en même temps que Phraya Pahon), qu’il fut l’un des responsables du coup d’état et qu’il fut exilé en Indochine en 1939 après sa rupture avec Phibun. Il y mourut en 1944. Le numéro cinq est le colonel Phraya Rithakkanee dont nous savons simplement qu’il eut ultérieurement des fonctions ministérielles. Il en est de même du sixième, probablement un civil, le Phraya Pramuanwichaphul. Vient encore un lieutenant-colonel au septième rang, Phra Prasartpittayayuth. Nous trouvons (nous allions dire enfin !) au huitième rang le Major Luang Phibhunsongkram (Plaek Phibhunsongkram). De capitaine, il est devenu major, le premier grade des officiers supérieurs, l’équivalent de commandant. Après lui, le  Commander Luang Sindhusongkramchai qui aura ultérieurement aussi des fonctions ministérielles. Son grade (dans la marine) correspond à celui de Lieutenant – colonel (capitaine de frégate). Il est suivi au dixième rang par Luang Praditmanudham (Pridi Banomyong). Nous trouvons ensuite (onzième et douzième rang) Luang Dejasahakorn (un civil qui aura aussi d’autres fonctions ministérielles ultérieurement) et  Mr. Tua Labanukram un civil non titré (il n’est que « Mister ») qui aura également un poste ministériel ultérieurement. Le numéro treize n’est pas le moins atypique : Mr. Prayun Bhamaramontri,  un militaire malgré le « mister » (4). La lanterne rouge est un civil, Mr. Naeb Bahalayodhin, qui aura des postes ministériels ultérieures.

 

Les militaires sont en majorité (9 sur 15). La plupart des membres de ce « comité » n’ont laissé aucune trace dans l’histoire ou tout au moins n’en avons-nous pas trouvé.

 

Ce « comité » fut responsable de l’élaboration de la constitution de décembre. Ils n’étaient pas trop de quinze pour ce faire.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le second Cabinet (10 décembre 1932 – 1er avril 1933)

 

Il est celui de Phraya Manopakorn (1). Il est composé de vingt membres qui ne sont plus membres d’une espèce de soviet, mais des « ministres ». Ils sont vingt et tout comme au sein du précédent « comité » la liste n’est pas alphabétique mais présentée selon un ordre hiérarchique qui établit la hiérarchie des préoccupations gouvernementales : 

 

Ministre des finances : poste que s’attribue Phraya Manopakorn 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

.... ministre de la défense : amiral Phraya hya Rajawangsan, nouveau venu, ministre des affaires étrangères : poste attribué à un nouveau venu Phraya Srivisaravaja, ministre de l’économie : Phraya Wongsanupraphan, un ancêtre direct de la reine Sirikit, un membre de la famille royale rangé du côté des insurgés, ministre de l’éducation : Chao Phraya Dhammasakmontree (5), ministre de l’intérieur : Phraya Jasaenyabodeesriboriban, un nouveau venu sur lequel nous n’avons aucun renseignement, et le ministère de la justice enfin, attribué à Phraya Devaviturapahulasarutabodee sur lequel nous n’avons aucun renseignement. Indépendamment du premier ministre, il n’y a qu’un militaire, ministre de la défense.

 

Nous trouvons à la suite de ces sept ministres principaux (6) treize autres que ne sont que « ministres », citons les dans leur ordre d’apparition, un marin, le contre-amiral Phraya Preechacholayuth, le Général Phraya Phahon Phonpayuhasena (Phot Bahalayodhin) qui sera bientôt premier ministre, encore un militaire, le Colonel Phraya Songsuradej, venu du précédent cabinet, et encore un colonel, Phraya Rithakkanee, lui aussi venu du précédent cabinet,  Phraya Pramuanwichaphul, le lieutenant-colonel Phra Prasartpittayayuth, toujours au ancien, Pridi revient au quatorzième rang suivi du Commander Luang Sindhusongkramchai, autre ancien,  Pibun arrive ensuite, toujours avec grade de major, Luang Dejasahakorn, lui aussi est de retour, « Mister » Prayoon Bhamaramontri également. Naeb Bahalayodhin est monté d’un grade, il est avant-dernier Tua Labanukram se retrouve bon dernier. Une majorité de militaires, 7 sur 13 parmi ces ministres sans portefeuille. La plupart de ces ministres avec ou sans portefeuille n’ont laissé aucune trace dans l’histoire.

 

Que faut-il penser de cette inflation de ministres sans portefeuille ?

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Les sept ministères principaux proviennent directement de l’organisation administrative et ministérielle créée par Rama V dont on peut penser quelle suffisait amplement aux besoins de la direction du pays :

 

Le Siam est à cette époque peuplé de 12 ou 15 millions d’habitants. Il est permis de se poser la question de savoir si la nécessité se faisait sentir de cette pléthore de ministres sans attribution précises et surtout sans aucune structure administrative, des ministres sans cabinet ministériel, sans  fonctionnaires sous leurs ordres? A quoi pouvaient-ils donc servir ? Il y a une explication d’évidence, il s’agissait tout simplement de remercier les putschistes par un titre flatteur et probablement lucratif (bien que nous n’ayons trouvé aucun élément sur la manière dont ils étaient rémunérés).

 

Le Siam traverse une crise économique et financière grave partiellement à l’origine du coup d’état, on a cisaillé la liste civile du monarque mais on n’a pas mégotté sur la création de postes d’une apparente inutilité. Du népotisme royal, est-on passé à un très peu démocratique copinage ? Le premier ministère (le 23ème dans l’histoire de la Thaïlande) qui vit disparaitre cette inflation de postes probablement de complaisance et au sein duquel nous ne trouvons que de vrais ministres  fut celui de Phibun (du 24 mars 1952 au 26 février 1957).

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le troisième cabinet (1er avril 1933 – 16 décembre 1933)

 

C’est un cabinet présidé par Phraya Phahon Phonpayuhasena (3) où nous ne retrouvons pas les sept  ministères hiérarchisés tels les sept vertus. Leur nombre et leur ordre a changé : C’est un cabinet relativement restreint :

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

La défense, première servie, est confiée au Major général Phraya Prasertsongkram, nouveau venu que nous retrouverons plus tard.

 

L’intérieur est confié à Phraya Udompongpensawasdi, nouveau venu, l’économie à Phraya Komarakulamontree, autre nouveau venu qui a à son actif d’avoir grandement participé à l’introduction du système métrique, les finances sont confiées au Chao Phraya Sridhammadhibes, autre nouveau venu, l’éducation au Chao Phraya Dhammasakmontree, autre prince lui aussi nouveau venu et la justice au Phraya Nitisastrapaisal qui continuera une carrière ministérielle. Voilà pour les six ministères « nobles ». Nous retrouverons ensuite huit ministres sans portefeuille, en tête, Phraya Suriyanuwatra alias Gerd Bunnag (retour par la petite porte de la puissante famille Bunnag ?) 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

le contre-amiral Phraya Preechacholayuth, de retour, un nouveau colonel, le colonel Phra Sitthiruengdejaphol, Phibun, Lieutenant-colonel qui est monté en grade, un marin,  le Commander Luang Suphachalasai, l’un des artisans majeurs du coup d’état de 1933, un autre marin, le commander  Luang Sindhusongkramchai que nous connaissons déjà, Luang Naruebesmanit  et Luang Sirirajamaitree, les deux derniers, probablement des civils, dont nous ne savons rien.

 

Comme tout cabinet qui se respecte, celui-ci connaîtra des remaniements, le contre-amiral Phraya Preechacholayut démissionne le 8 août 1933 et le même jour sont désignés deux nouveaux ministres, le capitaine Phraya Wichitcholathee et le lieutenant Luang Thamrongnavaswadhi.

 

Le 1er Septembre 1933, Prahya Nitisastrapaisal a été nommé ministre de la Justice et Phraya Abhibanrajamaitree (Torm Bunnag), encore un Bunnag, a été nommé ministre des Affaires étrangères, deux nouveaux venus dont nous ignorons tout. Le 1er Octobre 1933, Pridi a été nommé ministre et le 9 Décembre 1933, le capitaine Phraya Wichitcholathee fraichement nommé, démissionne de son poste en raison de maladie grave. Encore un cabinet comportant une majorité de militaires (un tiers), des remaniements et une majorité de ministres sans fonctions précises encore oubliés de l’histoire.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le quatrième cabinet (16 décembre 1933 – 22 septembre 1934)

 

C’est un cabinet Phraya Pahon. Il a été un peu élargi  puisqu’il comprend 19 ministres avec ou sans portefeuille.

 

La défense est toujours en tête, reste attribuée au Major général Phraya Prasertsongkram. Les finances à nouveau au Chao Phraya Sridhammadhibes. Les affaires étrangères restent confiées  à Phraya Abhibanrajamaitree (Torm Bunnag), l’éducation revient au premier ministre, Phraya Phahon avec un vice-ministre, un nouveau venu Phraya Sarasasanaprapha. Le ministère de l’intérieur est confié également au premier ministre et ministre de l’éducation.  Phraya Phahon. Phraya Nitisastrapaisal reste ministre de la justice. Une création, un « ministère de la maison royale » est confié au Chao Phraya Worawongsapiphat, un prince nouveau venu. Phraya Komarakulamontree que nous venons de rencontrer se voir confier le ministère de l’économie.

 

Suivent ensuite dix ministres sans portefeuille, Phra Dulayataranapreechawai, un modeste lieutenant de vaisseau Luang Thamrongnavaswadhi qui continuera une carrière ministérielle et finira avec grade d’amiral, Luang Naruebesmanit, membre du précédent cabinet. Phibun a le numéro 13 qui lui portera chance. Après lui Phraya Manawarajasewi, nouveau venu et le commander Luang Suphachalasai de retour. Phraya Samantharathaburin, qui commence une longue carrière ministérielle. Les trois derniers sont le Colonel Phra Sitthiruengdejaphol, le commander Luang Sindhusongkramchai et Phraya Suriyanuwatra  alias Gerd Bunnag, tous trois de retour. Moins de militaires, certes mais tout autant de ministres sans fonctions précises. Beaucoup de remaniements durant ces dix mois, nous vous en épargnons le détail.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

L’ascension au sein du cinquième cabinet (22 septembre 1934 –  9 août 1937).

 

C’est un cabinet Phraya Phahon  de 17 membres.

 

Phibun, qui a accédé au grade de colonel, devient en tête ministre de la défense. Phraya Manawarajasewi revient au second rang ministre des finances. Le premier ministre s’attribue le ministère des affaires étrangères. Phra Sarasasanapraphan, de vice-ministre, devient ministre de l’éducation nationale. Pridi bénéficie également d’une belle ascension puisqu’il devient ministre de l’intérieur. Phraya Nitisastrapaisal conserve la justice, Chao Phraya Worawongsapiphat, Le contre-amiral Phraya Sorayuthaseni, un nouveau venu, devient ministre de l’économie. Ils sont suivis de neuf ministres sans portefeuille, Phra Dulayataranapreechawai, un marin, le commander  Luang Thamrongnavaswadhi qui débute une carrière ministérielle après être monté en grade, de Luang Naruebesmanit de retour, d’un autre marin, le commander Luang Suphachalasai, toujours en poste, d’un nouveau et modeste simple « Khun » Smaharahitakadee qui débute lui aussi une carrière ministérielle, du colonel Phra Sitthiruengdejaphol qui continue la sienne comme le Capitaine Luang Sindhusongkramchai, d’un autre simple « Khun » Sugandhavitsuksakorn et,  toujours là, un membre de la famille Bunnag, Phraya Suriyanuwatra (Gerd Bunnag) (7). Ce cabinet connut, jusqu’à la démission du premier ministre, le 9 août 1937, de multiples remaniements (1er août 1935, 12 février 1936 et 30 septembre 1936) dont nous vous faisons grâce.

 

Des militaires toujours, des ministres sans portefeuille de plus belle et toujours des remaniements.

 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

 

Le sixième cabinet (du 9 août au 21 décembre 1937)

 

C’est un cabinet Phraya Phahon de 20 ministres.

 

Phibun demeure le premier sur la liste comme ministre de la défense. Les finances sont confiées à un nouveau venu, Phraya Chaiyayotsombat, son premier poste, auquel on a adjoint un vice-ministre Khun Smaharahitakadee. Pridi quitte l’intérieur pour les affaires étrangères. Le premier ministre se réserve l’agriculture, nouveau ministère. Le capitaine Luang Sindhusongkramchai prend du galon et devient ministre de l’’éducation. Le commander Luang Thamrongnavaswadhi devient ministre de l’intérieur. Chao Phraya Mahidhara, un prince, devient ministre de la Justice. Le colonel Phra Boriphanyuthakij est à l’économie, assisté d’un vice-ministre, encore un colonel, Luang Chamnanyuthasilpa. Sur les dix ministres sans portefeuille, nous trouvons ou retrouvons quatre militaires dont trois nouveaux venus (le capitaine Phraya Wicharnchakrakij, le capitaine Phra Wechayantarangsarit, le commandant Luang Suphachalasai  et le colonel Phraya Abhayasongkram) et cinq nouveaux venus chez les civils (Luang Nathanitithada, Luang Wichitwathakarn – futur responsable de la propagande de Pibun -  Phraya Srisena, Phraya Samantharathaburin alias Ben Abdullah évidemment un musulman, Phra Sarasasanapraphan qui a été rétrogradé et Khun Sugandhavitsuksakorn.

 

Les militaires reviennent en force (à l’instigation de Pibun ?) autant chez les ministres titulaires de charges précises que chez ceux qui n’en ont pas, et des remaniements.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le septième cabinet (du 21 décembre 1937 au 16 décembre 1938)

 

C’est toujours un cabinet Phraya Phahon avec Phibun au ministère de la défense, le Phraya Chaiyayotsombat aux finances et Pridi aux affaires étrangères. Le Colonel Phraya Rithakkanee devient un « vrai » ministre avec le portefeuille de l’agriculture avec un vice-ministre, le commander  Luang Suphachalasai, un marin qui avait pris une part active au coup d’état. Le commander Luang Thamrongnavaswadhi prend l’intérieur avec un policier vice-ministre, le colonel de police Luang Adulyadejajaras. Chao Phraya Sridhammadhibes passe à la Justice. Les colonels Phra Boriphanyuthakij et Luang Chamnanyuthasilpa sont respectivement ministre et vice-ministre de l’économie. Les postes principaux sont aux mains des militaires.

 

Il n’y a plus que sept ministres sans portefeuille, trois militaires  (le capitaine Phraya Wicharnchakrakij, le captaine Phra Wechayantarangsarit  et le colonel Phraya Abhayasongkram, des anciens) et quatre civils (un nouveau venu, Luang Kowitabhayawongsa, Luang Naruebesmanit, Luang Wichitwathakar et  Phra Sarasasanapraphan) (8)

 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Le 16 décembre 1938, Phibun accède au poste de premier ministre qu’il occupera jusqu’au 7 Mars 1942 puis, devenu d'abord « Major-général » « field marshall » en 1941,  c’est-à-dire maître absolu des forces armées (sous l'autorité constitutionnelle évidemment théorique du roi,  « chef des armées ») , encore du 7 mars 1942 au 1 Août, 1944 (9).

 

Le pouvoir vient de passer progressivement à l'aile la plus nationaliste de ce qui continuait à s'appeler sans rire le « Parti du Peuple ».

 

Une page de l’histoire du Siam est tournée.

 

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Notes

 

(1) Voir notre article  190 « LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933) ».

 

(2) Ces renseignements sont puisés dans le site officiel http://www.cabinet.thaigov.go.th/eng/cab_01.htm et la suite jusqu’à nos jours. (02, 03, etc…)

 

(3) Voir nos articles 191 « PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE » et 192 « LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938) ».

 

(4) Né à Berlin le 5 février 1897, mort à Bangkok en  1982. Son père est « petit fonctionnaire » au Consulat de Berlin et sa mère allemande. Dans les années vingt, malade de la tuberculose, il se rend en Suisse puis retourne étudier en France où il fait la connaissance de  Pridi.  De retour au Siam, il devient fonctionnaire des postes et télégraphes. Lors du coup d’état, il dirige un petit détachement de marins pour occuper le siège du ministère.

 

Depuis toujours, il s’inquiète de la politique économique de Pridi qu’il considère comme un communiste. Il quitte le gouvernement après le deuxième coup d’état de Phraya Phahon. Entre 1938 et 1943, il est à la tête du mouvement « Yuwachon » (ยุวชนทหาร littéralement « jeunes-hommes soldats »)  dont il est l’un des fondateurs et que l’on assimile souvent un peu trop hâtivement aux « jeunesses hitlériennes » - ce n’est pas l’uniforme dont les Thaïs sont friands qui fait un nazi - et que nous assimilerions  plus volontiers à notre ancienne préparation militaire élémentaire qui existe toujours sous le même  vocable.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

Les seuls combats que mèneront ces jeunes gens furent d’ailleurs de tenter de s’opposer au débarquement japonais

Membre en 1941 de la Commission militaire mixte Siam-Japon, il est interné comme prisonnier de guerre (probablement par les Anglais ?) ce qui lui valut probablement la sanction de n’être titré ni « phraya » ni « luang ». Nous le retrouverons ultérieurement dans les Cabinet Phibun. Manifestement frappé d’ostracisme, les seuls renseignements sur lui proviennent de Wikipédia en allemand.

 

(5) Son titre de Chao Phraya laisse à penser qu’il est de sang royal. C’est un écrivain mais ses œuvres n’ont pas été traduites. Nous n’en connaissons que les paroles de l’hymne national actuel.

 

(6) Faut-il y voir le symbolisme du chiffre sept, important dans le bouddhisme ???

 

(7) Il est permis de s’étonner de retrouver dans plusieurs cabinets un  membre de la famille Bunnag. Au premier rang des grandes familles du royaume, tout aussi prolifique que la famille royale, ils étaient les bénéficiaires privilégiés de ce népotisme forcené dont se plaignaient les putschistes.

196  –  LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME

"(8) Le 26 juin 1933, le premier ministre a présenté son programme au parlement en des termes dépourvus d’équivoque et sans s’embarrasser de circonvolutions, c’est du style militaire et non du style d’avocat  :

 

« Le gouvernement est appelé à diriger les affaires de l'Etat, conformément à la Constitution, par conséquent, il maintiendra la sécurité nationale, pour le bien du peuple ».

« Le gouvernement maintiendra des relations étroites avec les autres nations souveraines »….

« En sus de notre nation, l'éducation de nos enfants et nos et autres points d'intérêt, le gouvernement se doit d’annihiler le

communisme et de rétablir la confiance et l'unité parmi la population »

« Le gouvernement doit maintenir le taux de change actuel ».

 

(9) Le titre de « Major-général  » correspond chez nous à celui de Général d'armées. Celui de « field marshall » que l’on peut traduire (mal) par « Maréchal » n’a rien à voir avec le terme français de « Maréchal » qui n’est pas un grade mais une distinction attachée à un général ayant commandé victorieusement en chef devant l’ennemi en temps de guerre. Singeant  la conception anglo-saxonne, le « field marshall » en Thaïlande est tout simplement le commandant suprême des armées de terre, de l’air et de mer.

 

 

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 22:00
195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

De tous temps, les états structurés ont éprouvé la nécessité de recenser leur population pour servir divers objectifs,  conscription militaire, répartition de l'impôt, connaissance du nombre et des richesses de la population, etc ...

 

Nous connaissons tous l’un des plus célèbres de l’antiquité, celui de Quirinius, gouverneur de Syrie sous l’empereur Tibère « pour recenser tous l’univers » (1) resté célèbre pour avoir valu à Jésus-Christ de naître dans une étable. Il fut précédé de bien d’autres, en Egypte et en Chine en particulier. 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Tel ne fut pas le cas du Siam au moins jusqu’au XIXème siècle : Les « Chroniques » et les « Annales » que nous avons longuement analysées ne nous donnent que des chiffres de toute évidence fantaisistes et hyperboliques tout autant que ceux de « La Génèse ».

 

Les premiers observateurs de l’expédition de Louis XIV ne nous encombrent pas de chiffre, y compris La Loubère qui fut certainement l’observateur le plus attentif et le plus scrupuleux.

 

Nous avons évidemment les chiffres de la période du XIXème, provenant de visiteurs étrangers, diplomates européens ou américains, érudits, missionnaires dont on ne sait trop sur quels paramètres ils ont fondé leurs conclusions, probablement leurs «observations personnelles » ? Leurs chiffres sont complétement divergents tant sur le nombre total d'habitants que sur leur répartition ethnique. Leurs données sont  généralisées et extrapolés à partir de Bangkok, des zones environnantes, des provinces de la rivière Chao Phraya et des zones côtières sur l'ensemble du pays sans la moindre expérience (sauf peut-être Monseigneur Pallegoix) des régions hors Bangkok.

 

Ainsi par exemple, Crawford en 1822 évalue la population totale à 5.000.700 habitants dont 4.200.000 thaïs (84 %), 700.000 Chinois (près de 14 %), 15.000 Malais, 50.000 khmers et 42.000 Mons. Il ignore les Laos.

Monseigneur Pallegoix en 1854 aboutit à un chiffre total de 6.000.000 habitants dont 1.900.000 Thaïs (un peu moins d’un tiers), 1.000.000 de Laos (16 %), 1.500.000 Chinois (un quart de la population), 1.000.000 de Malais (encore 16 %), 500.000 Khmers (un peu plus de 8 %), 50.000 Mons et autant de Karens.

Aymonier en 1901 est à 8.000.000 dont 3.000.000 de Thaïs (37.50 %), 1.000.000 de Laos (12,50 %), 2.000.000 de Chinois (un quart), 1.000.000 de Malais (12,50 %), 800.000 Khmers (10 %), 100.000 Mons et 100.000 Karens. Terminons avec Lunet de la Jonquières en 1904 et restons-en là : Une population totale de 5.197.000 habitants comprenant 1.766.000 Thaïs (presque 34 %), 1.354.000 Laos (26 %), 523.000 Chinois (un petit peu plus de 10 %), 753.000 Malais (14,50 %), 490.000 Khmers (9,50 %), 130.000 Mons, 130.000 Karens et 51.000 « autres » (probablement les Indiens ?).

Ces divergences nous font douter que chez ces érudits, faute d’éléments sérieux, l’arithmétique soit une science certaine.

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Nous vous avons parlé (2) d’un premier mais très partiel recensement ne concernant que Bangkok, qui a eu le mérite d’effacer de nos esprits certaines légendes bien tenaces, notamment celle selon laquelle ce sont les Chinois qui étaient maître des industries que la morale réprouve (Jeu, prostitution, usure) et nous a dévoilé avec une relative certitude que la population du Monthon était alors de 170.000 personnes (alors que Monseigneur Pallegoix l’évalue à « 4 ou 500.000 »).

 

Les Chinois composent alors 38 % de la population du Monthon de Bangkok ce qui a pu susciter la peur (irrationnelle ou pas) de Rama VI de voir son pays transformé en province chinoise. En 1897, Ernst von Hesse-Wartegg, un célèbre voyageur et écrivain allemand a pu écrire « Selon la plupart des estimations récentes, je suis entré dans Bangkok, Siam a environ dix millions d’habitants. Parmi ceux-ci sont un demi-million de Laos, un million de Malais, un million de Cambodgiens, un demi-million de Mon, Karen, Birman, et trois millions de Siamois. Il y a le même nombre de Chinois. Si l'immigration chinoise reste aussi élevée qu'elle l’est actuellement, les Chinois seront plus nombreux que les Siamois dans une décennie » (3)

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Il semble pourtant évident que si cette proportion élevée de Chinois (25 ou 30 %) est plausible pour Bangkok ou certaines zones côtières, elle n'a aucun sens dans le reste du royaume qui n’a pas connu d’installation de Chinois dans les régions centrales et méridionales avant 1920.

 

Mais nous avons une certitude, tout au long du XIXème siècle, le Siam manqua de méthodes sophistiquées pour dénombrer sa population et toutes ces estimations restent discutables. Il n’existe aucun chiffre de la population globale pour tout le royaume.

 

L'équivalent d'un bureau de la statistique était le ministère des registres (krom suratsawadi กรมสุรัวดี) mais sa fonction consistait à vérifier si un groupe particulier remplissait ses obligations à l’égard du gouvernement et combien de main-d’œuvre et d’argent pourrait leur être demandé :

 

Le pays est composé de roturiers (phrai ไพร่) et d’hommes valides qui paient l’impôt (chaichakan, ชายฉรรจ์), obligés de répondre à la  corvée au bénéfice de la couronne, qu’ils soient personnellement attaché au roi (les hommes du roi, phrailuang ไพร่ หลวง), ou à des seigneurs (phraisom ไพร่สม). Ils représentaient environ un quart de la population totale, les chaichakan attachés à différents services (กรม) selon des critères tels que la profession et l'origine ethnique. En outre,  nous trouvons les esclaves pour dette (that ทาส) et les prisonniers de guerre (chaloeisuk เชลยศึก) enregistrés séparément.

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Le gouvernement de Bangkok ne s’intéressait pas à la compilation des informations recueillies (une simple addition des chiffres des différentes catégories de personnes) mais pour autant qu’elle l’ait fait cela n’aurait concerné que les  seuls roturiers mâles et pas leurs épouses et leurs enfants. Les esclaves, probablement un quart de la population totale, sont en tous les cas en dehors des procédures d’enregistrement.

 

En outre, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, un grand nombre de personnes avaient fui les guerres birmanes en cherchant refuge dans les zones montagneuses et dans  la jungle. Ni persuasion ni coercition n’ont pu entraîner leur retour dans les zones agricoles, ils échappaient ainsi au contrôle du gouvernement et éludaient l’enregistrement officiel.

 

La décision de réaliser un recensement sérieux fut de toute évidence liée à l’organisation de l'administration provinciale sous l’égide du prince Damrong Rachanuphap, ministre de l'intérieur. Il crée en 1892 le système des  thesaphiban (เทศาภิบาล), de nombreux huamuang (หัวเมือง) fusionnés dans les divers cercles (monthon มณฑล ou monthon thesaphiban มณฑล เทศาภิบาล).

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

 

Les nouveaux monthon furent placés en 1892 sous l'autorité d’un krasuang mahatthai (กระทรวง มหาดไทย) équivalent d’un ministère de l’intérieur.  Le krasuang mahatthai contrôlait les provinces du nord, le krasuang kalahom (กระทรวง กลาโหม ministère de la défense), les provinces du sud, et la krom tha (กรมท่า ministère de la marine) les provinces côtières. Ce fut seulement après cette réorganisation que des données statistiques plausibles purent être recueillies sous l’égide du ministère de l’intérieur (krasuang mahatthai). C’est alors que furent entrepris les préparatifs d'un recensement à l'échelle nationale quelques années avant 1904. Le décompte commença en janvier 1904 et fut réalisé en cinq mois (4).

 

Mais dans six monthon le recensement ne pu être réalisé (5). Quant aux douze monthon où le recensement a été effectué, les résultats ont été décrits par les auteurs du recensement comme « satisfaisants ». En effet, deux ou trois mois après que le personnel administratif avait achevé le recensement, les fonctionnaires reçurent l'ordre de faire une enquête post-censitaire dans certaines communes choisies au hasard pour savoir si le recensement initial avait été correct ou non. La conclusion fut que le personnel administratif avait effectué du très bon travail et que les erreurs ne dépassaient pas, confluèrent-ils, en moyenne, 2%. Le travail dura au total 5 mois.

 

Comment procéda-t-on ?

 

Le recensement exigeait évidemment une solide administration provinciale. Il manquait de fonctionnaires de district (amphoe krommakan กรมการ อำเภอ), de chefs de commune (kamnan กำนัน) et de chefs de village (phouyaiban ผู้ใหญ่บ้าน) disponibles et surtout compétents.  L'administration provinciale a été mis en place étape par étape et put alors débuter l’enquête (banchi samruat บัญชี สำรวจ). Des registres ont été distribués aux chefs de district et aux chefs de village ce qui ne manqua pas de poser des problèmes puisque, si les chefs de district et les chefs de village dans leur majorité savaient lire, fort peu savaient écrire pour remplir correctement dans le registre. Pour cette raison, le recensement détaillé n'a pas pu être réalisé immédiatement et il fallut donc plusieurs essais pour obtenir un résultat concret. 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Dans les monthon du sud, Saiburi, Kelantan Trengganu, il ne se trouva tout simplement pas un fonctionnaire capable de conduire le recensement

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Précisons enfin que le premier recensement à l'échelle national au Siam (kansamruatsammanokhruaratsadonthuaratchaanachakthai,การสำรวจสำมาโนครัวราษฎรทั่วราชอาณาจกรไทย) n’a été réalisé qu’en 1909 – 1910 et amélioré en 1910-1911 et 1911-1912 et en outre que seul le recensement de 1919 qui a suivi fut conforme aux normes internationales contemporaines. A partir de 1960, la Thaïlande entreprend des recensements au début de chaque décennie conformes aux directives de l'ONU.

 

Mais les deux premiers recensements globaux (1910 – 1911 et 1929) qui aboutissent le premier à une population globale de 8.130.000 habitants et le second à 9.210.000, nous permettent d’analyser plus en profondeur les résultats du recensement partiel de 1904. Ils ont toutefois leurs lacunes, celui de 1910 – 1911 ne donne pas de données ethniques, celui de 1919 est « torturé » puisqu’il inclut dans l’ethnie thaïe tous les pratiquants du bouddhisme Theravada, Chinois, Khmers, Birmans

 

Cette hésitation à reconnaître les races autres que la race thaïe semble bien être la conséquence directe de la montée du nationalisme sous le règne du roi Vajiravudh (1910-1925), visant à unir tous les citoyens  sous la bannière «nation – religion -roi », création du sentiment de  « thainess » au sein d’une population pluriethnique, une notion qui n’apparait pas encore dans le recensement de 1904.

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Ce recensement a une portée limitée puisqu’il ne couvre que les douze cercles intérieurs (monthon มณฑล), environ les trois cinquièmes de la Thaïlande d’aujourd’hui. Bangkok et ses environs (Monthon Krungthep), le Nord-ouest (Lanna ล้านนา), le Nord-Est (Isan  อีสาน)   et une partie du sud malais  ne sont pas couverts. 

 

Les monthon recensés sont colorés en jaune et les monthon non recensés, en rouge (d’après une carte du professeur Volker Grabowsky (note 3) :

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Il fournit une ventilation des différentes races (chat / chuachat, ชาติ เชื้อชาติ), en précisant les critères de définition de ces groupes ethniques. Il comprend enfin les ménages (maison) et les animaux de trait.

 

Les chiffres globaux :

 

La population des 12 monthon est la suivante :

 

1.624.462 hommes et 1.683.570 femmes soit un total de 3.308.032 personnes réparties par monthon comme suit :

 

Nakhon Si Thammarat :   645.545

Krung Kao : 484.236

Nakhon Ratchasima :  402.068

Ratchaburi : 344.402

Prachin Buri : 282.053

Nakhon Chaisi : 246.734

Nakhon Sawan : 228.497

Phitsanulok : 196.739

Phuket : 178.599

Chumphon : 129.901

Chanthaburi : 94.977

Phetchabun : 74.281

 

La répartition par ethnies est la suivante :

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

 

La répartition par ethnies est la suivante :

 

Thaïs :  2.677.987  -  80,95 %

Malais : 289.423 -  8,75 %         

Chinois : 195.498  - 5,90 %

Khmers : 78.704  -  2,37 %

Mons : 29.156

Karens: 19.257

Vietnamiens : 4.757

Cham : 1.601

Shan :  944

Birmans : 607

Indiens : 518

Javanais : 371

Blancs : 178

Tavoys :  45 (ทวาย), une ethnie de Birmanie probablement en voie   de disparition ?

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

La question de la répartition par ethnies posa quelques difficultés : Bien des habitants du royaume étaient d’origine mixte et difficiles sinon impossibles à classer selon des critères raciaux. Nous allons le voir avec la communauté chinoise.

 

Les ethnies non thaïes

 

Un peu plus de 80 % des habitants de ces douze monthon sont des thaïs ethniques, quant aux 25 % de non-thaïs, il reste à savoir comment ont été définies les procédures d’enregistrement :

 

Les Chinois

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

 

Commençons par les chiffres, ils sont 195.498 répartis par monthon comme suit, entre parenthèse, le nombre d’habitants recensés dans la province suivi du pourcentage lorsqu’il est significatif :

 

Ratchaburi :   38.767   - (344.402)  - 11,25 %

Prachin Buri : 35.912   -  (282.053)  - 12,73 %

Nakhon Chaisi : 33.992   - (246.734)  -  13,77 %

Phuket : 32.408   -   (178.599) - 18,14 %

Krung Kao : 18.615   - (484.236)        

Chanthaburi : 10.080  -  (94.977) -  10,61 %

Nakhon Si Thammarat : 9.303   -   (645.545)

Nakhon Sawan : 6.283    -    (228.497)

Phitsanulok : 4.442 -  (196.739)

Chumphon : 3.129   -   (129.901)

Nakhon Ratchasima : 2.431   -   (402.068)

Phetchabun : 136   -   (74.281)

 

                                                                                    

C’est toujours l’ethnie la plus nombreuse et qui domine la sphère économique. Ils sont installés depuis la période de Sukhothai, actifs dans le commerce et l'artisanat. Taksin (1767-1782), le libérateur est lui-même à demi chinois. Jusqu’au milieu du XIXème ils sont en petit nombre hors Bangkok.

 

Leur venue sera encouragée dans les décennies suivant la fondation de la nouvelle capitale de la Thaïlande (1782) et connaîtra une inflation galopante à la suite du traité de Bowring en 1855 et la  rébellion Taïping dans le sud de la Chine (de 1850 à 1865, des millions de morts et des millions de fugitifs).

 

En outre, la Chine est déjà en état de surpopulation et le Siam ensuite d’une période de guerres perpétuelles, en état de sous-population.

 

Si l’immigration massive commença en 1917, le recensement de 1904 révèle que les Chinois constituent une minorité non négligeable dans les douze monthon intérieurs, 5,90% du total. Ainsi, dans le bassin inférieur de la Chaophraya, 13,77% à Nakhon Chaisi, 12,73% à Prachinburi, 11,25 % à Ratchaburi, le long de la côte orientale, 10,61 % à Chanthaburi) et sur la côte sud-ouest à 18,14 % Phuket. Le recensement n’inclut pas le monthon de Bangkok où 198.000 seront dénombrés en 1909. Si l’on tient compte d’un taux d’augmentation de la population de 1,5 % par an, des 195.498  Chinois enregistrés  dans les 12 monthons  et des 198.000 de Bangkok, on peut estimer le total à près de 400.000 chinois pour le pays.

 

Mais il faut probablement réajuster ces chiffres à la hausse : La plupart des chefs de commune et des chefs de village qui avaient la responsabilité du recensement ne parlaient ni ne comprenaient le Chinois. Les Chinois immigrés avaient dans la plupart des cas pris des femmes thaïes auxquelles ils avaient évidemment fait des enfants. Les descendants mâles portaient habituellement la natte chinoise mais après plusieurs générations, ils étaient incapables de parler chinois. Les femmes  s’habillaient et se coiffaient dans le style thaï. Comment dès lors déterminer s’ils (elles) étaient Thaïs(es) ou Chinois(es) ? Les recenseurs eurent pour instructions de s’attacher à des critères apparents bien que superficiels, les vêtements ou la coupe de cheveux. Les instructions données aux responsables étaient les suivantes : « Toutes les femmes portant des vêtements de style thaïlandais seront comptées comme Thaïes ». Même chose évidemment pour les hommes portant encore la natte. Il fallait pour être considéré comme Chinois porter des tresses !

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les Malais

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Commençons par les chiffres selon les provinces, selon le même schéma que pour les Chinois :

 

Nakhon Si Thammarat : 240.642  -   (645.545)  - 37,27 %

Phuket : 34.903 - (178.599)  - 19,54 %

Krung Kao :  5.235  - (484.236)

Prachin Buri : 5.137  - (282.053)

Chumphon : 1.986  - (402.068)

Ratchaburi : 1.380 - (344.402)      

 

Dans certains monthon on les compte sur les doigts d’une main.

 

Ils constituent la plus importante minorité non bouddhiste du Siam. Tous les Malais sont tous attachés à la religion du Prophète et pratiquement tous les mahométans thaïs sont d'origine malaise. La grande majorité vit dans l'extrême sud du pays. Ils forment aujourd’hui la majorité de la population dans les  provinces de Pattani, Yala et Narathiwat qui constituaient alors  le noyau du Sultanat de Pattani, état tributaire (prathetsarat  ประเทศ ราช) du Siam depuis la période d'Ayutthaya. En 1904, cette région dépendait du monthon de Nakhon Si Thammarat. Deux ans plus tard fut créé le monthon de  Pattani. Dans les monthon de Saiburi, de Kelantan et de Trengganu, les musulmans une écrasante majorité mais le recensement de 1904 ne couvre pas ces territoires que le Siam a dû céder à la Malaisie britannique en 1909. Satun, la partie la plus septentrionale du monthon de Saiburi (Kedah), restée siamoise, a rejoint le monthon de Phuket.

 

Le dénombrement des Malais a probablement été plus facile et plus fiable que celui des Chinois. La religion, la langue, les coutumes (port de la barbe pour les hommes, voile pour les femmes) ont facilité la tâche des fonctionnaires chargés du recensement. Si l’on tient compte du recensement de 1919 incluant les Malais de Bangkok, on peut raisonnablement estimer qu’il y avait en 1904 330.000 Malais au Siam.

 

 

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les Khmers

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Voilà les chiffres par monthon de ces 78.704 personnes qui constituent 2,4% de la population des monthon intérieurs, recensés au vu essentiellement de critères linguistiques :

 

Nakhon Ratchasima : 41.038 -  (645.545)   -  6,30 %

Ratchaburi : 19.886  -   (344.402)   -   5,77 %           

Prachin Buri : 10.732 -  (282.053)   -   3,80 %

Chanthaburi : 3.296  -   (94.977)   -   3,47 %

Nakhon Chaisi : 3.135   -  (246.734)

 

Dans certains monthon on les compte sur les doigts d’une main.

 

Ils constituent donc le troisième groupe ethnique en importance auquel nous attribuons deux origines, les Khmers vivant dans les zones frontalières du Cambodge (Prachin Buri et Nakhon Ratchasima) et les descendants des captifs de guerre (Ratchaburi et Nakhon Chaisi).

 

Le second groupe est le plus faible en nombre. Lors des guerres entre le royaume d’Ayuthaya et le Cambodge, un grand nombre de Cambodgiens ont été déportés au Siam. Les chroniques parlent de 90.000 prisonniers de guerre cambodgiens capturés lors de la conquête d'Angkor en 1431. Ce sont ces captifs comprenant de nombreux scribes et des artisans qui ont contribué à répandre la culture et les coutumes Khmers à Ayutthaya. Il y eut des vagues ultérieures, après 1771 et dans les années 1840. Les prisonniers de guerre cambodgiens et leur descendance constituèrent une partie importante de la main-d'œuvre dans le centre du Siam.  Les canaux (khlong คลอง) de Bangkok ont été creusés part 10.000 ouvriers khmers. La concentration de Khmers ethniques à Ratchaburi est consécutive à la défaite de 1771 due à Rama Ier qui y installa 10.000 Khmers. Ce sont les khamen doem (เขมร เดิม Khmers d’origine

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Un autre groupe connu sous le nom khamen mai (เขมร ใหม่ nouveaux Khmers) est probablement arrivé dans le courant du troisième règne. Mais tous ces Khmers vivant au milieu d’une population siamoise et bouddhiste comme eux ont été facilement assimilés, plus en tous cas que dans les zones frontalières du Cambodge où ils restent les plus nombreux. La plupart des 41.000 khmers du monthon de Nakhon Ratchasima vivaient dans la partie sud-est, actuellement la province de Buriram. En dehors de Buriram, de nombreux Khmers vivaient dans le monthon Isan que le recensement de 1904 ne couvre pas. Si l’on considère qu’actuellement dans les provinces de Surin et Sisaket les Khmers ethniques représentent respectivement 70% et 30% de la population, on peut supposer qu’en 1904 ces pourcentages étaient similaires sinon supérieurs, aux 78.000 Khmers des douze monthon intérieurs il faudrait en rajouter 175.000 Khmers vivant à Sisaket et à Surin. Relevons aussi l’existence d’un nombre important de Khmers vivant dans la partie sud de Ubon Ratchathani, mélangée avec des populations tribales, les Kui (6)

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

On peut donc en extrapolant supposer qu’il y avait en 1904 entre 250 et 300.000 Khmers vivant au Siam. Ce chiffre ne tient évidemment pas compte de plus de 200.000 Khmers qui vivaient dans les provinces cambodgiennes de Battambang et de Siem Reap, territoires qui firent jusqu’en 1907 partie de la Thaïlande sous le nom de monthon Burapha non visé par le recensement (7).

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les Mons

 

Nous les trouvons pour un total d’un peu plus de 29.077 personnes réparties comme suit, recensés eux aussi au vu de critères linguistiques :

 

Ratchaburi :  12.806

Nakhon Chaisi : 6.822

Nakhon Sawan : 2.943

Krung Kao : 2.532

Nakhon Ratchasima : 2.259

Prachin Buri : 1.715

 

 

 

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

 

Ils sont (ou ils étaient) les descendants d'immigrés en provenance de Birmanie inférieure, ceux de l’époque du Dvaravati avaient alors probablement complètement disparu (8). Ils sont arrivés au Siam depuis la fin du XVIème siècle, captifs de guerre (en 1595, après la conquête de Pegu par le roi Naresuan), ou encore déserteurs des armées birmanes (recrutés en 1662 quand les Birmans lancèrent une guerre contre la Chine) ou enfin réfugiés politiques après la destruction de Pegu par les Birmans en 1757 et en 1815.

 

On les trouve essentiellement dans le monthon de Ratchaburi et au sud et à l'ouest de Bangkok (monthon de Krung Thep et Monthon de Nakhon Chaisi). Ils épousèrent volontiers des Thaïes ethniques ce qui facilita une complète assimilation. Dans le nord-ouest et le nord-est du Siam, ils sont inexistants. Le recensement de 1909 ne les distingue plus comme race distincte. Peut-être, compte tenu du monthon de Bangkok, étaient-ils encore 50.000 en 1904 ?

 

 

Les Karens

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Nous savons qu’ils sont un peu plus de 19.000 répartis comme suit :

 

Nakhon Sawan :  10. 819

Ratchaburi  : 6.288

Nakhon Chaisi : 1. 232

Prachin Buri : 523

Phetchabun : 288

Nakhon Ratchasima : 65

 

… et très peu ailleurs dans les autres monthon.

 

 

Les Thaïs « originaires »

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Le recensement de 1904 ne distingue pas les Thaïs des Laos habitants du nord-est, le « Laos siamois ». D’après les explications fuligineuses données en introduction du recensement, la différence ne peut se faire. Laos et Siamois parlent la même langue avec simplement un accent et un vocabulaire différent mais ils proviennent de la même souche. En outre, tous les Laos se considèrent comme Thaïs ! Nous retrouvons la tendance à faire l’impasse sur des ethnies autres que celles du centre dégagée bien avant le recensement de 1904. Ainsi, en 1899, les monthon du nord-ouest et du nord-est ont été rebaptisés pour éradiquer toute trace ethnique khmer ou lao. Le monthon Lao Phuan est devenu Udon dans le nord-est, celui de Lao Chiang est devenu Phayap dans le nord-ouest et l'ancien monthon Khamen  (Khmer) s’est transformé en monthon Burapha. De nombreux Laos vivaient dans toutes les provinces centrales, Suphanburi, Saraburi, Ratchaburi et Chanthaburi. Ils étaient issus des prisonniers de guerre réinstallés il après les deux grandes guerres entre Bangkok et Vientiane (1778 et 1877- 78). Si au départ les roturiers lao avaient été reconnus comme tels et organisés dans des divisions spécifiques (kong กอง) l’ethnicité lao a ensuite été éradiquée …

Pas de Laos dans le recensement de 1904 alors qu’ils représentent probablement 30 % de la population mais dénier la réalité ethnique, ce n’est pas la supprimer !

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les religieux

 

Le recensement nous apprend qu’il y a 2.939 personnes cataloguées comme « prêtres des autres religions non bouddhistes » dont la ventilation par monthon ne nous est pas donnée. Il s’agit pour l’essentiel des imans de la religion du Prophète et des quelques missionnaires catholiques ou protestants. Ils opèrent dans 354 mosquées, ou églises chrétiennes.

 

Par contre, nous savons que pour satisfaire aux besoins religieux de ces 3.308.032 de Siamois (enlevés les mahométans et les chrétiens, il en reste en moins 3 millions), le pays disposait de pas moins de 51.724 moines et de 10.411 novices (personnes dans le service religieux banphachit บรรพชิด). 62.315 religieux pour 3 millions d’habitants, cela fait un peu plus de 2 « confesseurs » pour 100 personnes, une proportion qui devait déjà faire pâlir de jalousie les missionnaires catholiques (il y a dans la France de 2015 un peu plus de 20.000 prêtres pour un peu plus de 60 millions d’habitants !). Pour des raisons inexpliquées, ces ecclésiastiques ne sont pas inclus dans le chiffre global de la population.

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Le nombre de moines selon les monthon est le suivant :

 

Krung Kao :  11.401

Ratchaburi :  7.948

Prachin Buri :  5.211

Nakhon Ratchasima :  5.048

Nakhon Si Thammarat :  4.755

Nakhon Sawan : 4.510

Phitsanulok :  4.171

Nakhon Chaisi : 3.092

Chanthaburi :  1.666

Chumphon :  1.607

Phuket :   1.005

Phetchabun :   650 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Le nombre des moinillons (novices) par monthon est le suivant :

 

Nakhon Ratchasima :  3.820

Krung Kao : 1.304

Phitsanulok : 1.216

Nakhon Sawan : 1.097

Phetchabun : 566

Prachin Buri : 504

Nakhon Si Thammarat : 433

Ratchaburi :  421

Phuket : 377

Chumphon : 344

Nakhon Chaisi : 295

Chanthaburi :  34

 

Les temples

 

Ces religieux opèrent dans 5.699 monastères bouddhistes répartis comme suit :

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Ces religieux opèrent dans 5.699 monastères bouddhistes répartis comme suit :

 

Krung Kao :  1.128

Nakhon Si Thammarat :   843

Nakhon Ratchasima :  642

Prachin Buri : 602

Ratchaburi :  524

Nakhon Sawan :  455

Phitsanulok :  428

Nakhon Chaisi : 333

Chumphon :  203

Chanthaburi :  201

Phuket :  174

Phetchabun :  166

 

Il nous est difficile d’en tirer quelques conclusions que ce soit, les provinces les plus peuplées ne sont pas forcément les plus religieuses ? En tout état de cause, au XXIème siècle, le nombre des temples n’a pas diminué, bien au contraire puisqu’on en construit tous les jours, celui des moines non plus, mais la population a été multipliée par 10.

 

Les maisons

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Nous entrons (enfin ?) dans des renseignements plus concrets mais les conclusions à en tirer ne sont pas d’une évidence criante : le recensement nous apprend qu’il y a 1.624.462 hommes et 1.683.570 femmes soit un total de 3.308.032 personnes mais combien cela représente-t-il de foyers ? Si l’on tient compte de la marmaille, probablement moins de la moitié des 3.308.032 personnes. En effet, le recensement a décompté 1.053.781 « maisons » ce qui fait que chacune d’elle serait occupée par un peu plus de 3 personnes, ce qui correspond à un couple avec un enfant ? La répartition de ces « maisons » par monthon respecte peu ou prou cette proportion :

 

Nakhon Si Thammarat  : 192.220

Krung Kao  : 183.147

Ratchaburi : 118.885

Nakhon Ratchasima : 107.013

Prachin Buri  :   97.806

Nakhon Sawan :   85.170

Nakhon Chaisi : 81.646

Phitsanulok :   52.712

Phuket :   45.453

Chumphon :  36.797

Chanthaburi :  33.142

Phetchabun :  19.789

 

Chaque foyer semble avoir donc eu son logement selon les normes de l’époque sans que malheureusement nous puissions savoir si l’occupation était locative ou en pleine propriété ?

 

Les bêtes de somme :

 

Ce sont les outils de travail, les tracteurs de l’époque, le recensement  nous annonce dans nos monthon 2.036 éléphants, 35.812 chevaux, 1.104.751 vaches et  1.144.478 buffles.

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les éléphants, les caperpilar de l’époque, sont peu nombreux : 

 

Nakhon Si Thammarat :  567

Chumphon :  416

Nakhon Sawan   :   249

Phuket :  234

Nakhon Ratchasima : 215

Phitsanulok   :  202

Ratchaburi  :    97

Krung Kao  :    20

Prachin Buri   :  15

Phetchabun  :   13

Nakhon Chaisi  :   8

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les chevaux qui sont également utilisés comme bête de trait (les Thaïs ne les mangent pas) sont répartis comme suit :

 

Krung Kao : 11.120

Prachin Buri  : 5.290

Nakhon Ratchasima :  4.869

Ratchaburi  :  2.855

Phitsanulok :  2.572

Nakhon Sawan  :  2.470

Nakhon Chaisi :  2.298

Chanthaburi  :   2.192

Phetchabun  :  1.032

Chumphon :   686

Nakhon Si Thammarat  : 243

Phuket  : 185

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les vaches (qui donnent le lait) sont 1.104.751, en moyenne probablement une par foyer, réparties comme suit :  

 

Nakhon Si Thammarat : 339.952
Ratchaburi :   292.393
Nakhon Ratchasima :  243.219
Nakhon Chaisi :  16.384
Krung Kao :   52.323
Prachin Buri :   24.288
Phetchabun :   15.470
Phuket :  6.509
Nakhon Sawan :  5.628
Phitsanulok :    5.581
Chanthaburi : 1.908
Chumphon :   1.096

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les buffles enfin, 1.144.478 buffles, les tracteurs de l’époque (encore selon toute apparence un par foyer) sont répartis comme suit :

 

Krung Kao : 149.216

Nakhon Sawan :  136.317

Nakhon Si Thammarat : 134.956

Nakhon Ratchasima : 106.510

Phuket :  135.468

Prachin Buri :   128.307

Phitsanulok :   103.866

Chumphon :    96.671

Nakhon Chaisi :  68.912

Chanthaburi :  42.635

Phetchabun :   23.648

Ratchaburi :   17.972

 

En admettant donc que la richesse soit répartie (ce qui reste à démontrer), chaque famille a donc ou aurait donc une vache (pour le lait) et un buffle (pour le travail de la terre) ? Le recensement n’a porté ni sur les cochons ni sur les poulets.

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Les véhicules

 

Il ne s’agit évidemment pas de véhicules « à moteur à gaz de pétrole »,  il n’y en a que quelques uns à Bangkok, ils appartiennent au Roi.  Lorsque les chemins de terre sont impraticables en saison des pluies, on circule par voie d’eau. Le recensement, sans en faire la ventilation par monthon, dénombre 113.920 chars à bœufs et 293.519 navires. 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

Reste enfin à savoir si ces chiffres sont fiables et si l’erreur de 2 % admise par les recenseurs correspond à la réalité.

 

Le résultat était en tous cas flatteur puisque les recensements de ce siècle comportent toujours une erreur minimum de 1 % (avouée donc minimisée) Le professeur Grabowski pour sa part et avec une logique mathématique conclut à une sous-estimation de 25 % au vu d’une part des chiffres du recensement de 1909 – 1910, conduit de manière moins empirique et d’autre part de la réalité arithmétique d’un accroissement annuel de la population de 1,5 % par an. Pourquoi ces sous-estimations ?

 

On peut y voir plusieurs raisons : Tout d’abord, dans les zones montagneuses en particulier, certains villages sont encore et toujours très difficiles d’accès (dans les actuelles provinces de Phetchabun ou de Nakhonsithammarat pour celles que nous connaissons, ce n’est pas pour rien que les maquis communistes s’y cachèrent pendant des années), c’était évidemment pire en 1904 notamment en saison des pluies en l’absence de toutes voies de communication. Dans les régions maritimes ensuite, toute une population instable d’habitants de la mer pour la plupart d’origine malaise occupant plus ou moins temporairement les îles de la mer d’Andaman ou les « cent îles » de l’actuelle province de Suratthani (alors dépendant de Nakhonsithammarat) ne devait pas non plus être bien facile à recenser, la nonchalance des fonctionnaires siamois aidant. 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

On peut aussi supposer que les administrés étaient probablement réticents à apparaître sur des listes établies par l’administration préférant vivre cachés pour vivre heureux sans dévoiler leurs modestes richesses, « phobie administrative »  tout simplement, une opération de recensement de grande envergure laisse évidemment supposer de lourdes arrières pensées fiscale ? Si nous y ajoutons l’absence d’un système d’état civil fiable, ces erreurs sont parfaitement plausibles.

 

 

 

 

 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

 

NOTES

 

(1) Saint Luc, II, 2.

(2) Notre article 152  « Le premier recensement effectué au Siam en 1883 ».

(3) « Siam, das Reich des weißen Elefanten ». Leipzig 1899 cité par le professeur Grabowski (voir la note suivante). 

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

(4) Ce recensement méconnu des auteurs a fait l’objet d’une traduction et d’une remarquable synthèse du professeur Volker Grabowsky dans le journal de la Siam society  « The Thai Census of 1904 : Translation and Analysis » volume 84 - I de 1996. Elle est étayée d’une énorme bibliographie, de sources essentiellement thaïes.

 

Professeur d’ethnologie à l’Université de Hamburg, il est le grand spécialiste allemand de la Thaïlande. Il ne semble pas qu’il a fait l’objet d’une publication imprimée comme celui de 1883. Il se trouve aux Archives nationales de Bangkok : « ทูลถวายบัญชีสำมะโนครัวพลเมืองซึ่งได้สำรวจเมื่อ ศก ๑๒๓ Présentation des résultats du cens de la population effectué l’année 123)  National Archives, Bangkok, R.5, Mahatthai 2.19 I 4 ».

195 – LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904.

(5) Le recensement vise donc les monthon de Nakhon Si Thammarat, Nakhon Ratchasima, Nakhon Sawan, Krung Kao (Ayutthaya), Ratchaburi, Nakhon Chaisi, Phitsanulok, Chumphon, Prachinburi, Phuket, Phetchabun et Chanthaburi. Les six monthon exclus sont celui de Bangkok puisque ne dépendant pas du  ministère d’intérieur et Phayap, Udon, Isan, Burapha et dans le sud Saiburi, Kelantan et Trengganu considérés comme un seul monthon,  faute de personnel compétent.

 

(6) Les Kui (กูย), aussi connus sous le nom de khamen padong (เขมรป่าดง Khmers de la forêt) étaient nombreux jusqu’au XVIIème siècle en Isan mais se sont progressivement assimilés aux Laos ou aux Khmers. On estime que 150.000 personnes parlant le Kui vivent encore dans les provinces de Surin, Sisaket et Ubon Ratchathani.

 

(7) Un recensement fut effectué par les français en 1911 dans la nouvelle province de Battambang (comprenant alors Siem Reap) pour un résultat de 242.813. C’est en présupposant un accroissement annuel de la population de 1,5 % par an que le professeur Volker Grabowsky parvient à une approximation cohérente de 200.000 vivant dans le monthon de Burapha selon le décompte en 1904.

 

(8) Il subsistait toutefois à cette époque quelques centaines de Mons vivant dans des villages  reculés des provinces de Chayaphum et Petchabun qui étaient ou prétendaient être des descendants de la période Dvaravati

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 22:01
194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

Nous avions choisi de traiter en deux articles le deuxième gouvernement de la monarchie constitutionnelle survenu après le coup d’Etat du 21 juin 1933 fomenté par Phot Phahonyothin (Phraya Phahon), qui allait devenir le 2ème premier ministre du 24 juin 1933 au 11 septembre 1938. Ainsi, après la partie  consacrée à la période du 21 juin 1933 à l’abdication du roi Rama VII, le 2 mars 1935, nous allons chercher à comprendre ce qui a caractérisé la vie politique et l’action du gouvernement Phahon jusqu’à son retrait de la vie politique le 16 décembre 1938, et la prise du pouvoir par le colonel Phibun.

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194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

Le gouvernement et l’Assemblée n’avaient pas été affectés par la déclaration du roi lors de son abdication le 2 mars 1935 qui disait  être : « heureux de remettre (son) pouvoir de gouverner au peuple dans son ensemble (et qu’il n’était) pas disposé à l’abandonner à aucune personne ni à aucun groupe pour l’utiliser d’une manière absolue sans se soucier de l’avis  du peuple. » (Cité par Fistié, p.156) 

 

Nous avions vu que  l’Assemblée avait désigné le jeune prince Ananda Mahidon, qui avait alors dix ans, et qui de fait, ne pouvait jouer aucun rôle politique entre les deux forces qui se partageaient le pouvoir ...

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

... que l’on présentait toujours – par facilité - les « civils » menés par Pridi (ministre de l’intérieur en février 1934 et des Affaires étrangères en 1937) et les « militaires » menés par le colonel Phibun (ministre de la Défense du 1er avril 1934 jusqu’au 19 août 1941 et commandant en second de l’Armée durant le gouvernement Phahon), avec un premier ministre qui essayait de maintenir le lien entre ces deux forces, aidé nous dit Fistié, par deux hommes, Luang Thamrong Nawasawat (secrétaire général du gouvernement)  et  Khuang Aphaisong (ami intime de Pridi). Mais de fait, les deux factions poursuivaient des buts différents, et le rapport de force se fera progressivement en faveur des militaires.

Mais les deux considéraient que seul un peuple éduqué serait en mesure d’exercer son droit démocratique et de fait, le régime issu du Coup d’Etat de 1932  fit un effort considérable en faveur de la scolarisation.

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Le budget du Ministère de l’éducation fit plus que quadrupler en cinq ans, passant de 3 413 000 bath en 1933-1934 à 14 400 000 bath en 1938-39. Et une étude en 1935 révélait que sur 1 750 000  enfants d’âge scolaire 1 026 000 fréquentaient l’école. (90 % des élèves étaient dans le primaire). Un recensement de 1937 prétendait que 31,11 % des habitants de plus de 10 ans savaient lire et écrire. (Le pourcentage pour les femmes était trois fois plus faible.)

 

Nous avions vu précédemment que la grande réforme administrative de  Pridi, contenue dans la loi du 31 mars 1934 qui instituait des assemblées de province et certaines communes décentralisées se voulait comme un apprentissage de la démocratie et du régime démocratique, mais que les résultats furent décevants. 5 % de l’électorat par exemple s’étaient donnés la peine d’aller voter pour les assemblées municipales. Il faut reconnaître que le mode choisi du suffrage indirect pour l’élection des élus, le refus du gouvernement  de reconnaître les partis politiques réduiront la volonté démocratique à un slogan.

 

Et ceci d’autant plus que Phibun, l’homme fort du gouvernement, qui était devenu commandant en second de l’armée de terre et le ministre de la Défense en septembre 1934, était convaincu qu’un pays ne pouvait progresser que par sa puissance militaire, et par l’élaboration d’une doctrine qui s’appuyait sur les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon.  Il va créer d’ailleurs en 1935 le mouvement du Yuwachon sur le modèle des jeunesses hitlériennes, dit-on.

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Le Yuwachon thatan ? (Les jeunesses militaires)

 

Phibun est un militaire, convaincu que l’Armée doit diriger le pays, que la jeunesse doit être formée à la discipline militaire, à la culture physique, et à œuvrer pour le bien et l’unité de la Nation, sous l’autorité d’un chef. Nul besoin ici du modèle des jeunesses hitlériennes.

 

Rama VI, avant lui, avait créé les « Tigres sauvages » et les Scouts, et leur avait transmis la nécessité de défendre la Nation, de s’entraîner pour avoir un esprit fort, et un corps discipliné, et de s’exercer aux manœuvres militaires, à la marche au pas, au défilé, sous l’autorité de leur roi. (Cf. article 162) 

 

De plus, le Yuwachon, contrairement à l’Allemagne, ne  sera jamais un mouvement de masse. 

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Il passa de 400 membres à sa création, à 3000 environ en 1937, et n’étaient présents que dans 10 districts. Ils étaient 6 000 en septembre 1938, et 11 000 membres en 1939. **

 

Mais il est évident que pour Phibun, l’Allemagne hitlérienne, l’Italie fasciste, et l’Empire  du Japon pouvaient être des sources d’inspiration, comme la Turquie d’ailleurs. Il exprimera souvent à la radio et dans des publications, son admiration pour Hitler et Mussolini. (Il enverra un observateur à Berlin et fera publier un ouvrage sur Mussolini)  D’autres noteront que la culture allemande fut encouragée par des manifestations sportives, des films, et l’enseignement de l’allemand (Institut Goethe) via une association qui comprenait des officiers militaires thaïs et des Allemands.** 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

(Le Duce serait venu à Bangkok en décembre 1937 signé un traité d’amitié et de commerce. Fistié et Terwiel n’en disent rien)

 

Mais c’est surtout avec le Japon, que dès 1933, le gouvernement siamois opérera un rapprochement politique et économique.

 

Ainsi le Siam avait été la seule nation à s’abstenir à la Société des Nations a voté une motion contre le japon qui venait d’envahir la Mandchourie.

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Parallèlement, les relations commerciales augmentèrent, et des négociations en 1934 confirmèrent cette politique de donner une part de plus en plus croissante aux importations japonaises. (30% en 1937 (et 80% pour les cotonnades) contre 3,5% en 1925. In Fistié) Un traité fut même signé en mars 1938 qui accordait aux ressortissants japonais résidant au Siam les mêmes droits civils et économiques que ceux des Siamois.  Dès 1935, le premier groupe de jeunes officiers siamois partit au Japon pour compléter leur formation.

 

Mais ce rapprochement n’était pas aux yeux de Phibun un alignement, et Fistié note qu’en 1938, dans un de ses discours radiodiffusés, il avait justifié l’effort militaire siamois par la crainte de voir le Japon attaquer Hong Kong et d’envahir la Malaisie en passant par le Siam.

 

De même, si Phibun admirait Mussolini,  son gouvernement avait bien voté en 1936, les sanctions contre l’Italie à la SDN pour son occupation de l’Ethiopie. 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

Pridi (***1), de retour d’un voyage d’étude avait été nommé ministre des affaires étrangères en 1937, pour mener à bien les négociations qui devaient être entreprises à propos des traités signés de 1925 à 1926 qui arrivaient à expiration et qui accordaient au Siam sa pleine indépendance. (***2)

 

(Nous n’avons, quant-à-nous, trouvé aucune mention d’une date d’expiration dans les traités signés  avec la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, le Danemark, le Portugal, l'Espagne, la Belgique, l'Italie, le Japon et la Norvège et les Etats-Unis en 1920) (Cf. Notre article 177. Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925.) )

 

Fistié nous dit qu’après les pourparlers de Pridi menés de novembre 1937 à mars 1938 avec la France et la Grande-Bretagne le succès fut au rendez-vous et le Siam retrouvait tous ces droits. (Sans nous préciser lesquels (***3)). 

 

(Une note 24 p. 164, précise que le prince Wan Waithayakon, conseiller du Ministère des Affaires étrangères, contribua grandement à ce succès.(***4))

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

Les militaires vont au sein du gouvernement avoir de plus en plus d’influence.

 

Ainsi « En 1937, 11 des 22 membres du gouvernement étaient des militaires et si, dans la fraction élue de l’Assemblée, 8 seulement des 78 députés appartenaient à l’armée ou à la police celles-ci étaient représentées par 53 des 78 membres nommés. » ils furent aussi très actifs pour placer les leurs à des postes civils importants. En 1935 par exemple, sur huit postes civils importants à pourvoir, les militaires en obtinrent sept.  (Fistié)

 

Si nous avons vu que l’éducation était un objectif important du gouvernement, l’effort militaire fut plus conséquent si l’on en juge par le budget de l’Armée. Celui-ci représentait 17% du budget de l’Etat avant le coup d ‘Etat de 1932. Il progressera ensuite régulièrement pour représenter 23 % du budget en 1933-34, et atteindre 27 % en 1937-1938.

 

Terwiel note qu’entre 1933 et 1938, les forces armées furent équipées comme jamais auparavant. La marine reçut 24 bateaux de guerre modernes construit au Japon et en Italie ; L’armée de terre put équiper 33 bataillons, renforcer une division blindée et trois sections d’artillerie ; L’armée de l’air reçut 200 avions construits aux Etats-Unis.                                                                                                                                                                                             

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Mais cela ne veut pas dire qu’après les élections de 1933 et 1937, les membres élus de l’assemblée n’ont pas cherché à jouer leur rôle et à exercer un contrôle sur le gouvernement.

 

Il y eut durant les 5 ans du gouvernement Phahon pas moins de huit cabinets avec de nombreuses crises ministérielles. La première eut lieu en septembre 1934, l’Assemblée avait refusé de ratifier l’accord international conclu par le gouvernement sur le contingentement du caoutchouc. Le 1er ministre dut même se séparer des ministres responsables de la signature et du ministre des Affaires économiques Sarasat, un proche de Pridi. (In Fistié)

 

Les tensions s’exprimaient sur fond de violence. Ainsi en février 1935, nous dit Terwiel, Phibun échappa à une tentative d’assassinat, en août, un complot fut déjoué (18 officiers furent arrêtés et leur leader condamné à mort).

 

En 1937 par exemple, certains députés élus essayèrent bien de faire reconnaître des partis politiques, comme le Parti politique du peuple, ou le Parti travailliste, mais le 20 mai 1937 le gouvernement refusa toutes les demandes d’autorisation. En juillet 1937, une  crise majeure se déclencha par l’initiative de l’Assemblée qui posa des questions au gouvernement concernant des achats de terrain royaux obtenus à bas prix. Elle  établit une liste de personnes coupables parmi lesquels certains conseillers d’Etat dont Phibun et des membres du Conseil de Régence.

 

La faction militaire en réaction demanda aux membres nommés de ne plus participer aux séances de l’Assemblée. Pour sortir de l’impasse, des négociations secrètes eurent lieu entre les clans civils et militaires qui aboutirent au remplacement de trois ministres. Un nouveau gouvernement était formé le 10 août 1937, et fut approuvé par l’Assemblée le 11 août.  Les élections du 7 novembre 1937 ne calmèrent pas les esprits et un autre gouvernement (le 8ème) eut lieu le 23 décembre 1937.

 

L’année 1938 fut  marquée par des rivalités et des débats tout aussi virulents comme ce fut le cas lorsque Luang Wichit Wathakan (Wichit), directeur du Département des Beaux-Arts  prononça (publia ?) en juillet 1938 un discours antichinois d’une virulence extrême, où,  comme Rama VI, il les comparait aux juifs d’Europe, et suggérait d’employer les solutions nazies.  (Cf. Charnvit  Kasetsiri ****) 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

(Luang Wichit Wathakan ?

Il sera l’idéologue et le promoteur le plus actif du nationalisme thaï du gouvernement Phibun. Il deviendra en 1942 son ministre des affaires étrangères. En novembre 1947, il sera de nouveau aux côtés de Phibun lors du coup d’Etat ; il deviendra son ministre des Finances et des Affaires économiques. Le 20 octobre 1958, il participera encore au coup d’Etat du  Maréchal Sarit et aura la fonction de vice-premier ministre. Autant dire que c’est une personnalité politique de premier plan que  nous aurons l’occasion de mieux  connaître au cours des articles suivants, tant son influence fut grande dans la vie politique du pays.)

 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

Le 11 septembre 1938, Phot Phahonyothin (Phraya Phahon), renonçait à son poste de 1er ministre. (Nous n’avons  pas encore vu dans quelles circonstances exactes.) En décembre 1938, un conflit majeur éclata entre le gouvernement et l’Assemblée qui vota un amendement contraignant le gouvernement à détailler son budget. Phahon ne pouvait plus concilier les points de vue des deux factions qui se disputaient le pouvoir et donna sa démission définitive. Il se retira alors de la vie politique.

 

Le 16 décembre 1938,  le colonel Phibun était élu par l’Assemblée pour devenir le 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle.

 

Nul ne pouvait prévoir alors ce 16  décembre  qu’il resterait 1er ministre jusqu’au 1er août 1944 pour revenir au pouvoir à la faveur d’un autre coup d’Etat et établir de nouveau une dictature du 1er mars 1947  au 16 septembre 1957. Un long règne !

 

 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

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* Nos principales sources :

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

Il s’appuie lui-même abondamment sur le  Bangkok Times de l’époque.

Et B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History », River Books, 2011 

 

** Phantri  Sonsak  Ngamkhongkunkit, in “German Connection and the Establishment of the First Military Movement in Thaïland”

 

***

(1) Voyage sur lequel les renseignements nous font cruellement défaut.

 

(2) En voici la liste exhaustive :

- Traité franco-siamois du 14 février 1925 organisant la disparition progressive des juridictions d’exceptions à mesure que seront rédigés les codes siamois (ce que l’on peut effectivement considérer comme un « succès diplomatique » bien que la question ait été récurrente et la disparition des privilèges d’exterritorialité prévue de longue date) et ne réglant par ailleurs aucunes questions frontalières. L’article 27 stipule en effet expressément « Le présent traité sera, à partir, du jour de l'échange des ratifications, et sous réserve des dispositions des articles 15 et 26, substitué au traité d'amitié, de commerce et de navigation, conclu à Bangkok le 15 août 1856. Il annulera en outre, à dater du même jour, les autres traités, conventions et arrangements passés entre la France et le Siam, exception faite toutefois des clauses relatives à la définition et à la délimitation des frontières (contenues dans le traité du 3 octobre 1893, la  convention du 13 février 1904, le traité du 23 mars 1907 et son protocole annexe et à l'exercice du droit de la protection française au Siam (articles 10 et 11  de la convention de 1904)… ainsi que de toutes les dispositions intéressant l'Indochine française et compatibles avec les stipulations du présent traité et des protocoles qui lui sont annexées … ».

- Traité d'amitié, de commerce et de navigation entre la France et le Siam du 12 janvier 1926.

- Protocole annexe au traité du 12 janvier 1926, concernant la juridiction applicable aux ressortissants français au Siam,

- Protocole annexe au traité du 12 janvier 1926 destiné à régler les rapports entre l'Indochine française et le Siam,

- Convention entre la France et le Siam du 25 août 1926,

- Traité d’amitié, de commerce et de navigation conclu à Bangkok le 7 décembre 1937 entre la France et le Siam,  confirmant les dispositions de 1925 en ce qui concerne le Cambodge, protocole du même jour et arrangement commercial et douanier concernant l’Indochine du 9 décembre  et réglant par ailleurs les questions frontalières avec le Cambodge  lui permettant de retrouver, à l'intérieur de ses frontières, presque tout l'ensemble de sa population. Ce résultat était d’ailleurs probablement dû à l'action persévérante des souverains successifs du Cambodge et de l'État protecteur, chargé de la conduite des relations internationales du pays. Le Siam n’y a gagné aucun avantage territorial. C’est au contraire en invoquant à cor et à cri les dispositions de ce traité que le Cambodge a obtenu la reconnaissance par la Cour Internationale de Justice de la Haye la reconnaissance de ses droits sur le temple de Preah Vihar.

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

(3) Allusion probable à la disparition totale et définitive des privilèges d’exterritorialité au profit des nationaux et sujets français ?

 

(4) Le prince Waithayakon วรรณไวทยากร, petit fils du roi Mongkut, était effectivement, en 1924, sous-secrétaire aux affaires étrangères, et fut donc partiellement responsable de la négociation de plusieurs amendements importants aux traités de 1925 – 1926 et probablement aussi de celui de 1937.

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.

**** Charnvit Kasetsiri, « The first  Phibun Governement and its involvement in world war II »3

 

194. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATIONDU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938.
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 22:02
193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Nous vous avons conté les voyages du roi en Europe (1). Le dernier, celui de 1934, fut sans retour. Nous vous avons également parlé de son abdication (2). Nous savons que ce monarque (3) n’était, pas plus que son frère et prédécesseur frappé de « théâtromanie », destiné au trône et n’avait reçu aucune éducation à cette fin. Ayant une vocation militaire contrariée par un triste état de santé, jardinier du dimanche et musicien goûtant la vie de famille, 33ème et presque dernier fils du roi Chulalongkorn, c’est une succession de décès prématurés qui le conduisirent sur le trône (4) jusqu’à son abdication le 2 mars 1935.

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Pourquoi cette abdication ?

 

 

- Des motifs politiques :

Nous n’avons pas la prétention de répondre à une question qui est resté à ce jour au moins partiellement sans réponse. Ce monarque certainement rempli de bonne volonté (lors de son couronnement le 25 février 1926, il fit serment d’assurer « à son peuple justice et protection »),  de celles dont malheureusement l’enfer est pavé, fut la victime de deux coups d’état successifs qui le surprirent et le désemparèrent. Il semble pourtant qu’il était dans ses intentions intimes de réformer le pays en profondeur, fruit probable de l’expérience de son éducation anglaise et de son incontestable anglomanie. Nous devons à Prudhisan Jumbala, professeur de sciences politiques une analyse reposant sur un document de la main du roi, sans date, et probablement resté inédit donnant son opinion sur la dictature et la démocratie (5). 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Cet article est intéressant dans la mesure surtout où nous n’avons à ce jour trouvé que des extraits de sa lettre d’abdication.

 

Le roi écrit « … Il me semble que, s’il est admis que nous pourrions bien un jour être obligés d'avoir une certaine forme de démocratie au Siam, nous devons nous y préparer progressivement. Nous devons apprendre et nous devons nous éduquer. Nous devons apprendre et expérimenter de façon à avoir une idée de la façon dont un gouvernement parlementaire pourrait fonctionner. Nous devons essayer d'éduquer les gens à être politiquement conscients, à comprendre leurs intérêts réels de sorte qu'ils ne seront pas induits en erreur par des agitateurs ou de simples rêveurs utopiques. Si nous voulons avoir un parlement, nous devons enseigner les gens à voter et comment élire des représentants qui prennent leurs intérêts à cœur. » 

 

Si cette lettre a été écrite avant le coup d’état, sa vision est prémonitoire, si elle l’a été après elle vise expressément les « colonels » responsables des coups d’état successifs et Pridi dont les visions étaient effectivement utopistes (6).

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Le roi est évidemment sceptique quand à l’application d’une démocratie « à l’occidentale » dans son  pays mais il est également conscient que les jours de l’autocratie étaient comptés, ce qui impliquait un changement progressif assurant la paix intérieure, évitant les effusions de sang (ce fut son soucis constant) et – le problème était récurrent dans cette région du monde - les interventions extérieures des puissances encore coloniales. A l’inverse des révolutionnaires qui prétendaient construire une démocratie « par le haut », le Roi, nous apprend Prudhisan Jumbala, a étudié de façon approfondie la possibilité d’élargir l'autonomie locale des municipalités pour accéder à une démocratie « par le bas » (7).

 

***

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Mais le projet de loi municipale de 1931 est resté en sommeil après le coup d’état. Ni dans la première constitution, ni dans la seconde, nous ne trouvons rien autre que des grands principes vides de sens concret : reconnaissance des droits fondamentaux et des libertés du peuple, mais surtout de nombreuses dispositions destinées à préserver la domination de l’oligarchie militaire.

 

Le nouveau régime n'avait pas fonctionné depuis une année, que le 1er avril 1933, le président du Conseil, Phraya Manopakonnitithada se livra à un putsch contre-révolutionnaire que le roi approuva. Son geste, bien plus que celui de son ministre, fut sévèrement apprécié par les classes  dirigeantes, auxquelles le nouveau régime constitutionnel avait donné d'appréciables satisfactions. Aussi bien, les factions s'agitèrent, les révolutionnaires échauffèrent les esprits, et, moins de deux mois plus tard, le 20 juin 1933, le colonel Phraya Pahon, suivi de quelques soldats et marins, faisait irruption dans le Palais Royal, et mettait fin à la dictature de Phraya Mano pour établir la sienne. Un Phraya « de gauche » se substituait à un Phraya « de droite », pour le plus grand malheur du Siam et de son peuple, qui n'avait rien à gagner à ces pronunciamientos successifs.

 

Le roi, cependant, avait encore le droit de nommer la moitié des membres de l'Assemblée législative. Il ne crut pas devoir en user et fit preuve, en la circonstance, d'une hautaine indifférence. De son côté, le peuple se désintéressait des élections : un dixième à peine des électeurs inscrits se présentèrent aux urnes. 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

L'Assemblée se réunit, mais Prajadhipok, invoquant de légitimes raisons de santé, avait quitté  le Siam et cherché refuge en Europe.

 

Nous sommes en 1934, le gouvernement de Bangkok est aux mains de ce qu’il faut bien appeler un dictateur militaire, le colonel Phraya Pahon, qui détient la présidence du Conseil depuis le soulèvement dont il eut l'initiative. Après lui, l'influence politique la plus considérable est exercée par M. Luang Pradit (Pridi), rédacteur de la constitution et l’un des fondateurs du Parti du Peuple. Cette junte militaire prétendait représenter « le peuple » alors que les masses siamoises s’en souciaient probablement moins que de leur bol de riz et restaient probablement aussi profondément attachées à leur roi et à leurs bonzes.

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Depuis l'automne dernier, le roi résidait en Angleterre, à Knowle Park, près de Cranleigh.

 

 

 

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

De graves dissentiments s'étaient élevés entre lui et le gouvernement de son pays. Pour essayer de les aplanir, une délégation présidée par le président de l'assemblée nationale siamoise se rendit à Londres. Les négociations échouèrent, et le 2 mars le roi signait son acte d'abdication sous la forme d'une déclaration adressée au peuple siamois le même jour transmis au messager. Le roi explique très nettement les raisons de sa décision. « Lorsque Phraya Pahon et ses partisans s'emparèrent du pouvoir par la force des armes, le 24 juin 1932, ils m'invitèrent à conserver le pouvoir comme roi constitutionnel. J'acceptais cette invitation dans la pensée que Phraya Bahon et ses partisans établiraient une constitution analogue à celle des autres pays qui ont un gouvernement constitutionnel, de façon que le peuple eût son mot à dire dans l'administration et dans les questions politiques qui touchent au bien-être général. Cette idée était la mienne, et je songeais au moyen de la réaliser sans révolution. Puisqu'un coup d'Etat avait eu lieu, et que ses auteurs déclaraient n'avoir en vue que l'établissement d'une constitution, ce qui était conforme à mon propre vœu, je crus bon de me rendre à leurs désirs. »

 

Le roi déclare qu' « il fut déçu car le pouvoir demeura entre les mains des promoteurs de la révolution, et ne passa point aux représentants du peuple. La constitution temporaire donna tout le pouvoir à un parti. La constitution permanente, tout en concédant quelque chose aux représentations du roi, admit encore que la moitié des membres de l'Assemblée seraient choisis par les chefs de ce parti. En fait, ils furent choisis non en raison de leurs talents, mais en raison de leur docilité. Il fallut dissoudre l'Assemblée, suspendre la constitution Phraya Pahon fit un nouveau coup d'Etat, et les chances d'une heureuse solution s'éloignèrent.

 

Il poursuit « Je ne puis pas admettre que le pouvoir soit exercé en mon nom par un parti. Je veux bien remettre mon ancien pouvoir au peuple, mais non pas à une personne ou à un parti qui l'exerceront d'une façon autocratique. »

 

Et il termine, le ciel ne l’a pas entendu : « Je suis prêt à remettre les pouvoirs que j’ai exercés autrefois au peuple dans son ensemble, mais je ne suis pas prêt à les remettre à toute personne ou tout groupe qui les utilisera d'une manière autocratique sans écouter la voix du peuple » (8).

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Les points précis sur lesquels portèrent les négociations du roi avec la délégation siamoise ne sont que l'application de ces idées, le roi aurait voulu faire abroger la disposition en vertu de laquelle la moitié des membres de l’Assemblée étaient choisis et non élus, il aurait voulu que les délits politiques fussent jugés publiquement, par les tribunaux ordinaires, il aurait voulu enfin mettre un terme à l'action politique des officiers.  Elles furent longues et difficultueuses. Le peuple siamois réclamait son monarque ; celui-ci mettait, à son retour, certaines conditions,  choix des députés par des fonctionnaires, éloignement des officiers de la politique, amnistie des condamnés politiques, réintégration des fonctionnaires destitués, confirmation de son droit de grâce et certaines assurances tendant à sa sécurité personnelle, réellement menacée. Une tentative d'assassinat sur la personne de Luang Pibunsonggram, ministre de la défense du Siam et l'un des responsables de l'éloignement du roi, permit d'espérer que de telles conditions seraient acceptées. Elles ne le furent point.

 

C'est ainsi que S. M. Prajadhipok abdiqua le plus simplement du monde. Il n’avait pas vocation d’être la marionnette de Phraya Pahon, ce que Victor-Emmanuel III était entre les mains de Mussolini.

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

C'est seulement le 7 mars que furent proclamées à Bangkok l'abdication du roi Prajadhipok et par l’Assemblée nationale l'accession au trône de son neveu Ananda et pour éviter l'apparence d'interrègne les actes ont été antidatés du 2. Le nouveau roi  était un enfant, qui poursuivait ses études à Lausanne. Il bénéficiait de la légitimité dynastique et son éloignement était d’une grande commodité pour les militaires en poste.

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

La question s’est posée de savoir pour quelles raisons le roi n’a pas désigné son successeur, elle reste posée. La « loi du palais de 1924 » lui conférait quelques latitudes à ce sujet, elle était expressément visée dans la constitution de décembre 1932 (9).

 

Il y avait effectivement plusieurs de ses frères ou cousins susceptibles de lui succéder indépendamment des questions très juridiques consécutives à la loi du palais, le prince Paribatra, son frère préféré mais exilé après le coup d’état, les héritiers du prince Chakrabongsee écartés comme porteur de sang russe-orthodoxe et Ananda, le fils de feu le prince Mahidol dont il est possible que Prajadhipok soit allé consulter la veuve lors d’un voyage en Suisse (1). Soucieux toujours d’éviter un bain de sang, il a soigneusement évité de désigner un frère, demi-frère ou cousin qui aurait pu apparaître comme le « Philippe-Égalité » de la dynastie. L’exemple de trois guerres carlistes qui ensanglantèrent l’Espagne au siècle précèdent ne lui avait probablement pas échappé pas plus que celui de la France déchirée au lendemain de la guerre de 1870 par les querelles entre les orléanistes, les légitimistes et les bonapartismes qui conduisirent directement à l’instauration de la république.

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Il est incontestable que ce désir de faire le bonheur de son peuple, comme il fut celui de son père et de son frère, même s’ils agissaient en « despotes éclairés », et l’incapacité de faire quoique ce soit face à des régimes militaires successifs dont ce fut le dernier des soucis fut une raison suffisante pour qu’il abandonne un trône du haut duquel il ne régnait ni ne gouvernait (10).

Nous ne voyons pas qu’il souhaitait le rétablissement du « droit de vie et de mort sur ses sujets », certes, le droit de grâce lui avait été supprimé par la première constitution, il lui avait été à nouveau conféré par la seconde du mois de décembre (11) aux termes d’un article 55 sans équivoque : « Le droit de grâce appartient au Roi ». Cette affirmation a été répandue par la presse française (« l’Humanité » en particulier, faut-il s’en étonner ?). Depuis longtemps la justice quoique rendue au nom du roi l’était par des tribunaux. Que le roi ait souhaité conservé ce beau privilège ne signifie nullement qu’il ait souhaité retourner à la justice telle qu’elle était rendue au temps du Roi Naraï.

***

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Des motifs personnels :

 

Ils ne sont pratiquement jamais évoqués mais n’ont probablement pas été étrangers au fait qu’une fois débarqué à Marseille en janvier 1934, le roi soit resté en Europe sans espoir de retour pour y finir ses jours dans sa thébaïde anglaise.

 

Il est certain tout d’abord, évident même, qu’il avait tout à craindre pour sa vie et n’avait nulle envie de terminer sa carrière comme certains de ses lointains prédécesseurs, enfermé dans un sac de soie, battu à mort avec un bâton de santal et jeté dans la Chaophraya.

 

Nous savons aussi que sa santé était précaire (il est mort à 47 ans) et qu’il avait des problèmes de vision particulièrement graves puisqu’atteint de cataracte, ce trouble de la vision qui conduit irrémédiablement un homme jeune à la cécité, qu’il avait tenté de faire soigner aux Etats-unis, en France avant de se confier en Angleterre à l’habileté du Dr Sir Stewart Duke qui était alors le spécialiste mondial de l’ophtalmologie à l' « Hôpital Clinic » de Londres. Ce souci n’était certainement pas un « prétexte », quels que soient les progrès qu’avait pu effectuer la médecine au Siam depuis Rama V, on peut penser que le traitement de la cataracte n’y était peut-être pas parfaitement au point.

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Le roi enfin, dans l’incapacité physique de satisfaire à sa vocation militaire, avait une dilection marquée pour une calme vie de famille en sacrifiant à ses goûts agrestes et musicaux plus forts qu’une vocation d’autocrate pour laquelle il n’avait pas été formé.

 

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De l’abdication jusqu’à la mort (12)

 

Le roi passa le reste de sa vie en compagnie de sa reine Rambhai Barni en Angleterre.  Il vivait alors  à Knowle House, dans le Surrey, un comté jouxtant la ville de Londres. 

 

Il se déplaça ensuite à Glen Pammant, toujours dans le Surrey.  

 

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Ils allèrent ensuite à Vane Cour, une vieille maison dans le village de Biddenden dans le Kent. Ils y menèrent une paisible de vie de couple partageant leur temps entre la marche à pied, le jardinage et la musique (13).

 

 

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À ses loisirs, le roi commença à écrire l’histoire de sa vie. Ils s’installèrent ensuite en 1938, Compton House, dans le village de Wentworth, à Virginia Water dans le comté de Surrey.  De juillet 1940 jusqu’en juin 1941, c’est le « blitz », le bombardement massif de Londres par la Luftwafe. Le couple fait comme des millions d’habitants de Londres et des environs, il s’installe dans une petite maison dans le Devon, puis à Lake Vyrnwy Hôtel à Powys dans le pays de Galles (14), où le roi est victime d’une première crise cardiaque. Le roi sentant probablement sa fin prochaine souhaite retourner à Compton House pour y mourir. Il succombe à un arrêt cardiaque le 30 mai 1941 à seulement 47 ans. Il a malheureusement laissé sa biographie inachevée (15). 

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La crémation a eu lieu le 3 juin au Golders Green Crematorium au nord de Londres, une cérémonie toute simple en présence de la seule présence de la reine et d’une poignée de proches parents (16).

 

 

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N’ayant pas d’enfants, le couple avait adopté un petit neveu, le prince Chirasakdi, petit fils du roi Chulalongkorn (17).

 

Celui-ci va constituer un deuxième grand chagrin dans la vie de la reine : engagé comme pilote dans le service des transports aériens auxiliaires de la Grande-Bretagne, son avion s’écrase en 1942.

 

La Reine reste encore à Compton House pendant huit ans avant de revenir en Thaïlande en 1949, portant les cendres de son défunt mari.

 

***

 

Disons quelques mots de cette reine qui fut une grande reine et un support constant pour son mari tout au long de leur vie commune.

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La reine Rambai Barni Svasti (รำไพพรรณี สวัสดิวัตน์) était née le 20 décembre 1904 d’un Prince fils du roi Mongkut. Elle fut selon la tradition élevée au palais par la Reine régente Sri Bajarindra (ศรีพัชรินทรมาตา), mère de son futur époux.

 

Elle souhaita, après la déclaration de guerre aux puissances centrales en 1917 participer aux services de santé partis sur le front occidental mais n’en obtint pas l’autorisation, pas plus que son futur époux auquel le roi Vajiravudh avait ordonné de démissionner de son grade dans l'armée britannique et de retourner à Siam pour y prendre ses fonctions d’héritier du trône après son passage dans un temple comme moine temporaire.

 

Nous savons (3) que le mariage royal eut lieu le 26 août 1918 en présence de roi Rama VI au Palais de Sukhothai, un cadeau de mariage du roi. Il est le premier mariage monogame de la dynastie bien avant que soit adoptée le code civil de 1925 prohibant l’usage des épouses « mineures ».

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La Reine est restée en Angleterre pendant la guerre mondiale. Sans que les difficultés de communication avec son pays devenu la Thaïlande lui permettent de participer directement au mouvement antijaponais des « Thaïs libres » (Serithai เสรีไทย), elle l’aurait soutenu au moins financièrement, participant à l’organisation des Thaïlandais vivant au Royaume-Uni, la plupart étudiants, et usant de son influence auprès des membres du gouvernement britannique et des membres de la famille royale pour soutenir le Mouvement  des « Thaïs libres ».

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Rien ne la prédisposait à avoir la moindre affinité avec le gouvernement alors en place qui s’opposa par tous les moyens à son retour en Thaïlande. Sa demeure (le Palais de Sukhothai) avait été confisquée par ce gouvernement qui en avait fait l’immeuble du ministère de la Santé. Après avoir obtenu au bout de trois ans l’autorisation de retour, à l’instigation du jeune roi Ananda et de sa mère, elle fut accueillie par la Princesse Mère, au Sra Patum Palace (วังสระปทุม). 

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Le Palais Sukhothai fut en définitive attribué à la propriété de la Couronne mais sa jouissance lui en fut accordée à titre viager. Elle consacra le reste de ses jours à s’occuper d’organisations caritatives et de représenter la famille royale à ce multiples occasions. Elle mourut le 22 mai 1984 à l’âge de 79 ans. Son enterrement fut celui d'une reine, l’incinération eut lieu  le 9 avril 1985 à Sanam Luang (สนามหลวง), face au Grand Palais, endroit où sont effectuées les crémations royales. Elle avait une dévotion pour son époux, manifestant comme lui sa volonté d'adopter des manières « occidentales », abandon de la polygamie, adoption systématique des vêtements occidentaux au lieu des vêtements traditionnels ... 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

.... assouplissement du protocole, commune détestation de l'atmosphère à Bangkok, tous deux préférant passer leur temps dans le palais d'été de Hua Hin.

 

Il émerge de ce roi une image positive, déterminé à étudier les courants politiques circulant alors en Europe à l’époque de la crise mondiale avant les turbulences de la Seconde Guerre mondiale. Il exerça avec le soutien de son épouse sa charge avec conscience jusqu’à son abdication, affirmant, parfaitement lucide que la « Monarchie absolue, comme la démocratie, peut devenir nuisible à tout moment, parce que les deux principes reposent sur la perfection de la nature humaine, un concept très fragile. Une démocratie saine dépend de la solidité de la population, et une monarchie absolue bienveillante dépend des qualités du roi » (18).

 

Le Musée qui lui est consacré, inauguré en 2001, en donne une bonne et souvent émouvante image (19).

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Notes

 

(1) Voir notre article 183 – « Le roi Rama VII, un grand voyageur ».

 

(2) Voir notre article 192 – « Le deuxième gouvernement de la monarchie constitutionnelle au Siam de Phraya Phahon (24 juin1933 - 11 septembre 1938) ».

 

(3) Voir notre article 180 – « De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925) ».

 

(4) Est-ce une constante de la vie politique siamoise au cours du siècle dernier ? Rama VI, homme de théâtre, est monté sur le trône par hasard, il en fut de même pour Rama VII. Son neveu qui lui succéda en 1935 ne s’intéressait, vivant à Lausanne, qu’à son cher piano et rien ne le prédestinant au trône. Il en fut de même de notre roi actuellement régnant qui ne devint roi qu’à la suite du décès tragique de son frère aîné qui l’arracha à son cher saxophone ?

 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(5) « King Prajadhipok and democracy in Siam » publié dans le Bangkok Post du 22 février 2014.

(6) Prudhisan Jumbala date cette note de 1927.

(7) Gardons-nous de gloser sur le terrain particulièrement glissant  de la philosophie du droit constitutionnel : la démocratie « par le haut » c’est à la fois le « centralisme démocratique » défini et mis en place par Lénine, mais aussi, du moins le prétend-t-il, celui de l’actuel régime Birman, la démocratie « par le bas », c’est la « démocratie directe » chère à Rousseau, la démocratie athénienne ou les  Landsgemeinde de certains cantons suisses, opposée aux systèmes de démocratie représentative habituellement pratiqué dans les pays occidentaux.

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(8) Cité in « Affaires étrangères. Revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique » n° 1 de 1935 pages 182 s.

« … ข้าพเจ้ามีความเต็มใจที่จะสละอำนาจ อันเป็นของข้าพเจ้าอยู่แต่เดิมให้แก่ราษฎรโดยทั่วไป แต่ข้าพเจ้าไม่ยินยอมยกอำนาจทั้งหลาย ของข้าพเจ้าให้แก่ผู้ใด คณะใดโดยเฉพาะ เพื่อใช้อำนาจนั้นโดยสิทธิขาดและ โดยไม่ฟังเสียงอันแท้จริงของประชาราษฎร” ข้าพเจ้าและพระชายาขอขอบใจรัฐบาลที่แสดงความหวังดีมา ข้าพเจ้ามีความเสียใจที่ข้าพเจ้าและรัฐบาลไม่สามารถที่จะตกลงกันได้ในปัญหาต่างๆ ซึ่งเรามีความเห็นแตกต่างกัน ข้าพเจ้าขอให้รัฐบาลมั่นใจว่า ข้าพเจ้ามิได้มีความโกรธขึ้งหรือแค้นเคือง เนื่องด้วยเหตุการณ์ที่ได้เกิดขึ้นเลย และขอให้คณะรัฐบาลจงบรรลุความสำเร็จทุกประการ... »

Cité sur le blog http://kingprajadhipokstudy.blogspot.com/

 

(9) Voir nos articles 189-1 et 189-2 sur « La constitution du 10 décembre 1932 ».

 

(10) Constatons, sans émettre le moindre jugement de valeur, que le premier gouvernement à prendre d’énergiques mesures en faveur de la « Thaïlande d’en bas » fut le gouvernement de Thaksin plus ou moins régulièrement issu d’élections libres, renversé par un coup d’état militaire, suivi par celui de sa sœur, elle-même plus ou moins régulièrement élue et également renversée par un coup d’état militaire, l’un et l’autre, gouvernements « populistes » avec tout ce que ce qualificatif recouvre de vices et de vertus. Cette constatation ne contredit en rien l’immense quantité d’actions ponctuelles d’ordre « caritatif » accomplies par le roi et sa famille auxquelles ils consacrent une partie de leur fortune mais qui relèvent d’une autre philosophie, un paternalisme qui, tout autant que le populisme, a ses vices et ses vertus.

 

Nous vous épargnerons des discussions oiseuses d’ « experts es-Thaïlande » le plus souvent auto-proclamés sur le montant de la fortune de la couronne. Celle-ci est gérée par le สำนักงานทรัพย์สินส่วนพระมหากษัตริย์ (Crown Property Bureau) créé en 1936. Cet organisme n’a pas honte de préciser que ces avoirs sont « considérables » : pour 2010 et pour la seule partie facilement chiffrable, 6,7 milliards de dollars, et pour la partie difficilement chiffrable, 8.300 raïs dans la capitale (évalués à 33 milliards de dollars procurant d’énormes revenus locatifs) et 33.000 raïs dans le reste du pays. Les avoirs incluent de judicieux investissements (par exemple la célèbre Siam cement, bénéfices 2010 : 2,5 milliards de baths). Nous n’avons pas l’intention de détailler une comptabilité d’épicier mais tout simplement de préciser à nos « experts » qu’il suffit de prendre la peine d’aller consulter le site Internet du CPS (http://www.crownproperty.or.th/เรื่องเด่น/บทสัมภาษณ์) dont l’essentiel est d’ailleurs en thaï, pour avoir tous détails sur les propriétés de la couronne et encore plus de détails sur l’affectation de ces énormes revenus à des dépenses d’intérêt général. Une simple comparaison, la fortune de Thaksin, l’ancien premier ministre évincé, a, lors de son blocage par la justice thaïe, été évaluée à « seulement » 2,3 milliards de dollars. 

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(11) Voir notre article 189-2 « La constitution du 10 décembre 1932 – suite et fin ».

 

(12) Tous ces détails sur la vie et la mort du roi et sur la reine proviennent des sites Internet :

http://www.soravij.com/royalty/rama7/rama7.html

http://www.soravij.com/royalty/indi/bhanurangsri.html

http://madmonarchist.blogspot.com/2012/07/consort-profile-queen-rambai-barni-of.html

 

(13) Nous connaissons la passion du roi pour le jardinage : il a dessiné et offert un magnifique jardin arboré à l’Université d’Eton en 1929 (notre article 180 : « De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925) »

 

(14) Cet hôtel de grand luxe est toujours en activité : http://www.lakevyrnwy.com/the-hotel.html

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(15) Sans doute, s’il n’a pas été égaré, ce manuscrit dort-il dans les collections du « King Prajadhipok Museum » créé en 2001 à Bangkok ?

 

(16) L’Eglise anglicane a admis la crémation en 1885. Le Golders Green Crematorium fut le premier crématorium du pays et se flatte (!!!) d’avoir « accueilli » tout ce que le pays compte de distingué ! L’église catholique romaine ne la tolère (sous conditions) que depuis 1963, l’église catholique orthodoxe et l’Islam la réprouvent

193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(17) Nous savons malheureusement peu de choses sur ce garçon. Il est le fils du Prince Benbadhanabongse (เพ็ญพัฒนพงศ์), né en 1882, 38ème fils du roi Chulalongkorn. Le prince étant mort en 1909, on peut évidemment dire que ce fils a une bonne trentaine d’années à la mort de son père adoptif. Son père a eu deux enfants d’une union légitime mais celui-ci n’apparait pas des généalogies officielles. (12). On peut supposer qu’il était né « d’une liaison » de son père ?

 

(18) cité sur le blog http://kingprajadhipokstudy.blogspot.com/

 

(19) King Prajadhipok Museum –  situé à Panfa Bridge Intersection.


 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 07:25
169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Ils étaient classifiés en 4 catégories, par ordre de préséance,

1°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une reine de sang royal, les « très excellents rejetons du sage seigneur ».

2°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une princesse fille de roi, « les « enfants royaux de première classe ».

3°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une princesse petite-fille de roi, les  « enfants royaux ».

4°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une concubine, les « jeunes gens royaux » (1).

Un premier texte ponctuel intervint sous Rama V le 13 août 1900 (année 128 de l’ère Rathanakosin). Elle concerne l’établissement d’un registre de l’état civil (naissance et décès) dans la seule province de Bangkok. Elle prévoit que les naissances devront être déclarées dans les 15 jours et les décès dans les 24 heures mais les personnes de sang royal ne sont pas astreintes à ces formalités.

L’abolition de l’esclavage en 1905 va entraîner la nécessité d’attribuer en outre un nom à ces malheureux qui en étaient dépourvus (2). La question sera définitivement réglé, avons-nous vu, en 1913. Ne revenons pas sur les difficultés d’ordre technique que les fonctionnaires royaux durent résoudre.

Le choix du prénom (ชื่อ tchu) obéit à des règles traditionnelles complexes que nous avons partiellement abordées dans un précédent article (3) même si actuellement (paraît-il ?) certains se croient obligés d’affubler leur marmaille de prénoms tels que แจก (Jack). Il semble que la plupart de ces prénoms soient strictement intraduisibles ? Seuls les chrétiens attribuent à leur enfant un prénom compréhensible pour nous, les plaçant sous la protection de leur saint patron. Nous avons ainsi assisté au baptême catholique d’une petite Bernadette. Les musulmans s’en tiennent aux prénoms coraniques, nous avons un ami mahométan qui répond au prénom de Kacem qui n’a rien de siamois.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

 

Le nom de famille, c’est นามสกุล (namsakoun) que nous préférons traduire par « lignage » plutôt que par « famille ». Le lignage, c’est la lignée mâle, bien sûr, la société n’est pas matriarcale ! Du jour au lendemain, les Siamois durent donc, non sans difficultés, aller déclarer leur namsakoun à l’amphoe en obéissant à de strictes consignes royales. Il fallait éviter les doublons, une personne de la lignée X ne peut être confondue avec celle de la lignée Y.

Comment éviter ces doublons à l’époque où l’informatique était inconnue ? Mystère ? (4)

Je peux au moins savoir avec une quasi-certitude, tout au moins à l’intérieur de mon amphoe que tous ceux qui ont le même nom que mon épouse sont de la même lignée (ญาติ yat) la parentèle, même si le lien de parenté « cousin-cousine », mais à quelle degré, n’est pas toujours facile à déterminer. Peut-être ces nouvelles dispositions permirent-elles d’éviter les unions consanguines dont l’on sait que, si elles sont mauvaises pour les lapins et les chevaux, le sont aussi pour les êtres humains ? 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Elles devaient pourtant être nombreuses à une époque où les villages vivaient en autarcie en l’absence de moyens de communication faciles et où l’endogamie devait être omniprésente. Toujours est-il que dès 1913 fut proclamé une interdiction du mariage entre tous les ascendants ou descendants légitimes ou naturels et les alliés dans la même ligne et en lignecollatérale, entre les frères et sœurs légitimes ou naturels, qu'ils soient ou non utérins ou consanguins, entre l'oncle et la nièce, la tanteet le neveu.

Ces dispositions sont présentes reprises dans le code civil actuel en son article 1450. Nul ne peut s’attribuer un namsakoun qui appartient à autrui (5). Le problème s’est évidemment posé dans une population illettrée probablement alors à plus de 90 % (6). Il y eut alors une attribution autoritaire de namsakoun sur une liste de plusieurs milliers de noms (« environ » 3.000) établie par les services royaux (7). La liste suit l’ordre alphabétique thaï de la lettre ก à la lettre อ la quarante-deuxième. Sa majesté poussa même la fantaisie jusqu’à donner la transcription romanisée du nom : le premier de la liste est กงกะนันทน์ transcrit Kankanandana et le dernier ไอศะนาวินtranscrit Aisanavin.

Le système, avons-nous vu, fut long à se mettre en place et ne fut probablement pas exempt de fantaisies, nous en avons cité quelques exemples criants datant de plus d’un siècle après la promulgation de la Loi (8).

 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Actuellement, nous le constatons tous les jours, les thaïs n’utilisent jamais, sauf dans les démarches strictement administratives, le nom de famille mais systématiquement le prénom. Cela n’a rien à voir avec les usages occidentaux.

Sur les affiches électorales par exemple, le prénom du candidat est inscrit avant son nom de famille et en caractères deux ou trois fois plus gros. La courtoisie fait qu’il peut être utilisé précédé du pronom personnel คุณ khoun que l’on peut à la rigueur considérer comme l’équivalent de « Monsieur » (Madame ou Mademoiselle). Les termes de นาย naï (Monsieur) นาง nang (Madame) et นางสาว nangsao (Mademoiselle) ne sont jamais utilisés dans le langage courant mais uniquement sur les documents administratifs.

Nul ne parle de ชินวัตร (Chinawat nom de famille) mais systématiquement de ทักษิณ (Thaksin, prénom) tout comme sa sœur est ยิ่งลักษณ์ Yingluk ! Plus familièrement, c’est le surnom qui est utilisé (ชื่อเล่น tchulén, littéralement « prénom-jouer »). Il est en général monosyllabique (mais pas toujours), nous connaissons ainsi les เล็ก lék(petit), น้อย noï(un petit peu) et autres นก nok (oiseau). L’aîné de la famille est volontiers baptisé หนึ่ง nung (un- 1

Thaksin dans l’intimité duquel nous ne sommes pas, est แม้ว Maeo (chat

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Le roi lui-même n’échappe pas à la règle, s’il est formellement ทรงพระเจริณ songphracharoen(9), littéralement « Sa Majesté », il devient volontiers de façon familière ในหลวงnaïluang qui est strictement intraduisible (10).

***

Il est enfin un élément qui ne rapproche pas les usages thaïs des pratiques occidentales. 

 

Le nom de famille n’est pas immuable comme il l’est en principe en droit français (11). La famille de Thaksin, toujours elle, munie à l’origine d’un nom que nous n’avons pu retrouver, s’est fait attribuer en 1938 celui de ชินวัตร Chinawat (« habitué à faire le bien »), tout un programme ! Il en est un exemple plus récent et plus sympathique : La charmante championne olympique จันทร์พิมพ์ กันทะเตียน ChanphimKanthatian, médaillée d’or aux jeux olympiques de Pékin en 2008 après l’avoir été d’argent précédemment (12) avait en 2007 sur les conseils d’une diseuse de bonne aventure, changé ses prénom et nom en ประภาวดี เจริญรัตนธารากูล PraphawadiCharoenrattanatharakun. Bien lui en prit !  On peut traduire son prénom par « celle qui est bonne » et son  nom de famille par « heureuse pierre précieuse ». 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

La procédure semble relativement simple, une simple déclaration enregistrée à l’amphoe. Celle qui suit en tous cas a été effectuée à l’amphoe de mon village dans la journée à l’aide évidemment d’un petit billet, beaucoup plus facile et moins onéreux (13) que la procédure française !  

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Le système mis au point sous Rama VI permet donc d’individualiser les personnes sans difficultés.

Nous n’avons pu savoir combien il y avait au Siam de namsakoun disponibles mais leur complexité évite très certainement les risque de confusion. En France où il y aurait (13) 1.200.000 noms de famille disponibles mais tout de même, paraît-il, plus de 4.000.000 de Martin, le risque est limité par la pluralité des prénoms, phénomène qui surprend les Thaïs non habitués à fréquenter des occidentaux tout comme d’ailleurs les patronymes « à tiroir ».

En Espagne où il existe beaucoup moins de nom patronymiques disponibles qu’en France et où le concept de pluralité de prénoms est inconnu, il y est remédié en attribuant un double nom, celui du père suivi du premier de la mère précédé du pronom y (et) : L’ancien roi Juan Carlos est de Borbón y Borbón, Borbón puisque son père était Borbón et sa mère Borbón y Orleans. Son fils Felipe est lui estFelipe de Borbón y Grecia puisque sa mère est de Grèce.La précision n’est pas inutile si l’on sait que la descendance de Philippe V, fils de France devenu roi d’Espagne, ce qu’il est convenu d’appeler les « Bourbons d’Espagne », divisés en une multitude de branches et de lignes est présentement innombrable en Espagne.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Nous nous posons enfin la question de savoir comment font nos voisins Viets ? Il y aurait (13) 120 noms de famille différents dans ce pays où 40 % de la population (quelques dizaines de millions) porte  le nom de Nguyen. Consultez simplement pour vous en convaincre l’annuaire téléphonique de Paris ! Celui d’Internet, site officiel de la poste, nous en dénombre 1.518 pour seulement (si l’on peut dire) 3.029 Martin !

Si Rama VI est allé chercher un modèle, mais en avait-il besoin, il l’aurait trouvé chez les Romains mais il est permis de penser que ni lui ni ses maîtres anglais ne lui ont appris l’histoire romaine, où tout individu (sauf évidement les esclaves) était individualisés par trois paramètres, le praenomen, le prénom, en général celui d’un ancêtre, le nomen, le nom, non pas de la famille mais de la phratrie, la gens et enfin un cognomen, un surnom. Ainsi Cicéron était Marcus Tullius Cicero, Marcus de son prénom, Tullius, de la gens des Tullius, et Cicero (pois-chiche) puisque sa branche des Tullius aurait gagné sa fortune dans la culture de cet excellente légumineuse !

Tout individu appartient pas sa naissance et par droit du sang à un groupe, que ce soit la phratrie des Grecs, la gens de Romains, un clan ou une tribu et éventuellement à un groupe plus restreint et étriqué, celui de la famille bourgeoise de la France du XIXème siècle, celle que haïssait André Gide (« Familles, je vous hais, foyers clos, porte refermées, possessions jalouse du bonheur »). Il y est sans difficultés défini par son appartenance au groupe et à l’intérieur du groupe, ce que l’on appelle un prénom !

Puisque nous sommes chez les Romains, rendons-donc à César ce qui est à César et cessons de considérer Rama VI comme le singe de l’occident.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

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L’introduction des noms de famille héréditaire s’est étendu en France lorsque la hausse de la démographie ne permet plus de différencier les individus par leur prénom à une époque où les prénoms s'appelaient d'ailleurs « noms » et suffisaient largement à l'identification des personne dans des espaces géographiques restreints. Antérieurement, seuls les nobles portaient un nom de famille héréditaire. Pour distinguer les personnes « du commun » portant le même prénom (dans le cadre relativement limité des Saints du calendrier ou de la Bible pour les protestants) on y assortissait un surnom ou un pseudonyme indiquant tantôt sa provenance (Dupont), tantôt le nom de son père (Dejean), tantôt une singularité physique : Anatole France raconte l’histoire de la famille Tricouillard (14), 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

tantôt ses malheurs (Cocu) ou son métier (Les Fabre sont des forgerons en Provence), les Martin – le nom le plus porté en France – ont probablement un lointain aïeul qui s’est placé sous la protection de grand Saint Martin de Tour. Ces appellations ont naturellement été choisies lorsqu’il fallu fixer un nom de famille quand Louis XI interdit les changements de nom et François Ier impose dans l’Ordonnance de Villers-Cotteret en 1539 la tenue des registres de baptême en langue française. Mais l’usage des noms de famille était depuis longtemps entré dans les mœurs.

***

Notes

 

(1) Voir « La famille royale de Siam » par Eugène Gibert, à Paris, 1886.

(2) Le problème s’était posé en France lors de l’abolition de l’esclavage dans les colonies en 1848 et définitivement dans tous les états aux Etats-Unis en 1865. En Guadeloupe en particulier, les officiers d’état civil manifestèrent leur rogne en attribuant volontiers aux esclaves libérés des noms « saugrenus ou dégradants ». Il suffit de consulter un annuaire téléphonique ce département pour s’en convaincre.

(3) Voir notre article A 34 « Le choix du prénom en Isan »

(4) A ce jour, expérience vécue non pour une personne physique mais pour une société « personne morale » : lors de la constitution de la société, l’administration demande à l’impétrant de proposer une liste de noms (raisons sociales) pour procéder en quelques secondes à une vérification informatique.

(5) Disposition que nous retrouvons dans l’article 18 de l’actuel code civil thaï.

(6) Cette difficulté était pratiquement inconnue en France lors de la généralisation de l’état civil au XVI° siècle. Tous ceux qui ont farfouillé dans les registres subsistants ont constaté que les actes signés d’une simple croix (souvent les femmes) sont une rare exception. Peu ou prou, les français de cette époque savaient au moins écrire leur nom… Une pierre dans la mare de l’histoire officielle « à la Jules Ferry ».

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

(7) Consultable sur le site (en thaï évidemment) :

http://phyathaipalace.org.a33.readyplanet.net/นามสกุลพระราชทาน

Nous n’avons pas eu la patience de les compter tous mais il doit effectivement y en avoir approximativement 3.000 sur près de 800 pages.

(8) Notre article A 126 « Jacques Vergès et l’état civil siamois »… Plus d’un siècle après la promulgation de l’édit royal ! 

(9) Voir par exemple les arcs de triomphe dressés à l’entrée des villes.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

(10) Voir par exemple les bandeaux souvent apposés sur les automobiles เรารักในหลวง raoraknaïluang « Nous aimons le roi ».

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

(11) Il faut pour changer de nom et éventuellement de prénom en France, justifier d’un « intérêt légitime ». La procédure de changement de prénom est relativement simple (Juge de la famille). Il s’agit le plus souvent de franciser des prénoms d’origine étrangère. 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Celle de changement de nom est lourde, longue et onéreuse. Le motif principal est de sa débarrasser d’un nom ridicule, la demande étant publiée au Journal officiel, nous ne trahissons aucun secret, c’est ainsi que Monsieur Bordel par exemple, demande à s’appeler dorénavant lui et ses enfants Borde ou Bordas. Viennent ensuite les demandes concernant le désir de mieux s’intégrer à la communauté nationale, ce fut et c’est encore le cas de beaucoup de naturalisés italiens, espagnols ou polonais ainsi que de français de souche musulmane (Mohamed Belkacem souhaite devenir Michel Belle). 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Il y a enfin les demandes de pure vanité favorisée par certaine complaisance du Garde des sceaux et éventuellement du Conseil d’état. Ne citons pas le nom d’un ancien président de la république dont le grand-père réussit à se faire « particuler » en ajoutant à son nom celui d’une arrière-arrière-arrière-arrière-arrière- etc … grand-mère qui ne s’appelait d’ailleurs non pas « d’E … » mais vulgairement « De… » 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Contentons nous de citer Molière dans « l’Ecole des femmes » :

 

« Quel abus, de quitter le vrai nom de ses pères,

« Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimères !

« De la plupart des gens c’est la démangeaison : Et sans vous embarrasser de la comparaison,

« Je sais un paysan qu’on appelait Gros-Pierre,

« Qui n’ayant pour tout  bien qu’un seul quartier de terre,

« y fait tout à l’entour faire un fossé bourbeux,

« Et de Monsieur de l’Isle en prit le nom pompeux ».

 

La lecture du chapitre des demandes de changement de nom publiées au J.O est l’une des seules où cette lecture peut arracher un sourire.

(12) Née en 1984, cette frêle thaïe de 53 kg a arraché à Pékin 223 kilos, près de 5 fois son poids.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

(13) Selon le site généanet.

(14) Dans « L’orme du mail ».

 

 

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 22:02
192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

1/ Du 21 juin 1933 à l’abdication du roi Rama VII, le 2 mars 1935.

 

Le gouvernement de Phraya Manopakon de la nouvelle monarchie constitutionnelle installée  après le Coup d’Etat n’avait duré qu’un an, du 28 juin 1932 au nouveau coup d’Etat du 21 juin 1933, fomenté par Phot Phahonyothin (Phraya Phahon). Il allait devenir le 2ème premier ministre de la monarchie constitutionnelle du 24 juin 1933 au 11 septembre 1938.

 

5 années importantes de l’histoire du Siam, où les crises ministérielles ne manqueront pas, où aura lieu une tentative de coup d’Etat royaliste mené par le Prince Boworadet en octobre 1933, 

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

l’abdication du roi Rama VII le 2 mars 1935, et où deux forces vont animer la vie politique et se partager le pouvoir, avec un premier ministre assurant l’équilibre,  à savoir les « civils » menés par Pridi (qui sera ministre de l’intérieur et des Affaires étrangères)*,  

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

et les militaires représentés par Phibun, qui en septembre 1934, devint ministre de la défense, et succédera à Phraya Phahon, le 16 décembre 1938, en conservant le ministère de la défense et en prenant celui de l’intérieur, pour commencer une belle carrière de dictateur (1er ministre du 16/12/1938 au 1/8/1944 et du 1/3/1948 au 16/9/1957).

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Mais n’anticipons pas, et reprenons le fil de « notre » Histoire.

 

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » et  B. J. Terwiel in « Thailand’s Political History », constitueront de nouveau nos principales sources pour traiter cette période de l’histoire du Siam.**

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

Nous avions vu qu’après le coup d’Etat du 21 juin 1933, la loi martiale fut proclamée et un télégramme fut envoyé au roi l’informant que l’Armée et la Marine prenait en main  le contrôle de l’administration du pays dans le seul but de rouvrir l’Assemblée du Peuple  et en le rassurant sur leur loyauté à son égard. Le télégramme était signé par Phraya Phahon, Luang Phibun (devenu lieutenant-colonel), et Luang Supha Chalasai (capitaine de frégate). 

 

« Le 24 juin, Phraya Phahon, se rendit à Hua Hin auprès du roi Prachathipok qui légitima le coup d’Etat, abrogea le décret prononçant la clôture de l’Assemblée et approuva la composition du nouveau gouvernement, présidé par Phraya Phahon lui-même. » (Fistié p. 149)

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Le nouveau gouvernement se composait de huit hauts fonctionnaires de l’Ancien régime à qui on avait confié des ministères, et huit conseillers d’Etat sans portefeuille dont cinq militaires (Dont Phibun, et - comme par hasard - Phraya Song Suradet, Phraya Rit Akkhanaï, ainsi que  le lieutenant-colonel Phraya Prasat qui avaient démissionné avec Phahon du gouvernement Manopakon le 13 juin).

 

Le 26 juin, une déclaration présentait la politique économique et sociale du gouvernement en termes généraux et rassurants.

 

Elle affirmait : « Non seulement le gouvernement fera tout son possible pour le bien-être du public en général (…) mais il entreprendra de promouvoir la confiance mutuelle et l’unité au sein du peuple. Il réprimera donc rigoureusement toute doctrine communiste ». (Cité par Fistié (p. 149), citant Bangkok Times Weekly Mail du 3 juillet 1933)

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

Le même jour, le 26 juin, à l’Assemblée, les 56 membres présents votaient la confiance au gouvernement Phraya Phahon, qui allait être le 2ème premier ministre de la nouvelle monarchie constitutionnelle au Siam.

 

Outre les élections à préparer, le gouvernement s’attela à définir sa politique économique. Il en présenta les principes directeurs le 30 août au Conseil économique réorganisé, et en publiera le 19 septembre le programme détaillé.

 

Fistié nous dit que ce programme se voulait volontariste et prévoyait une diversification de l’économie, avec le développement des voies de communication, la création d’un secteur industriel semi public, la recherche de  marchés à l’étranger pour les  produits siamois, et l’amélioration des conditions de production et de commercialisation de l’agriculture. Son inspiration était plus nationaliste que socialiste, avec l’objectif de développer la participation des Siamois à la vie économique de leur pays, comme salariés ou comme entrepreneurs.

 

(On regrette ici de n’avoir pas encore trouvé des exemples de mesures plus concrètes)

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Mais ce qui allait aussi dominer la vie politique à cette période du pays fut le retour de Pridi au Siam.

 

Si Phraya Manopakon avait réussi, après son coup de force politique du 1er avril, d’exclure Pridi et quatre de ses partisans du nouveau Conseil d’Etat, et à l’envoyer en exil à Paris, le nouveau coup d’Etat du 20 juin de Phaya Phahon allait remettre en selle politiquement Pridi, qui avait de nombreux soutiens à Bangkok. Après que le roi et le gouvernement aient obtenu l’assurance qu’il coopérait et renoncerait à ses « idées économiques », il se vit offrir une place de conseiller d’Etat. Dès le 31 août, il embarquait à Marseille, et le 29 septembre 1933, il était de retour à Bangkok, « accueilli par une délégation d’étudiants en droit et le 9 octobre la Goverment Gazette annonçait sa nomination comme conseiller d’Etat à compter du 1er courant. » (Rapporté aussi par le Bangkok Times du 9 octobre 1933) (Fistié).

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Dès le 5 octobre, il était déjà opérationnel pour présider une commission qui avait pour objectif d’améliorer la Constitution afin que le « coup d’Etat » du 1er avril ne soit plus possible. Cette commission avait peut-être été pensée pour  apaiser et répondre à ceux qui réclamaient des sanctions contre les responsables de ce coup d’état de Phraya Manopakon. On pense à une pétition en juin signée par 400 étudiants en droit et en administration, une autre de l’Association des  employés du tramway, et un vote du 3 août à l’Assemblée réclamant une commission d’enquête. Mais le 30 juin, Phraya Phahon avait déjà répondu aux étudiants que le Conseil d’état n’avait aucun esprit de revanche contre ceux qui avaient violé la Constitution.

 

Mais le retour de Pridi ne pouvait que donner un argument de plus à ceux qui préparaient un nouveau coup d’Etat.

 

La tentative de coup d’Etat royaliste du 11 octobre à fin octobre 1933 du Prince Boworadet.

 

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

En réaction contre le nouveau coup d’Etat du nouveau Premier ministre Phraya Phahon, et  outré par le droit donné à quiconque de pouvoir poursuivre le Roi, le Prince Général Boworadet, soutenu par les royalistes « constitutionnels »  vont tenter de renverser le pouvoir.

 

Le Prince Boworadet avait été, vous en souvenez, ambassadeur du Siam en France, et ministre  de la Défense du Conseil suprême de Rama VII. Il avait été contraint de démissionner en octobre 1931 à l’occasion d’une crise de régime qui l’avait opposé au ministre des finances et au Prince Phucharat, ministre des communications (demi-frère du roi). Le litige portait sur l’invalidation d’une décision du Prince Boworadet qui avait promu 92 officiers en mai 1931, malgré la volonté du gouvernement de limiter les dépenses du pays pour faire face à la grave crise économique.

 

(Terwiel évoque la promotion de plus de 200 officiers, et de l’augmentation des salaires de 90 officiers)

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  • Dans la nuit du 11 au 12 octobre 1933.
  • Une partie des troupes de Korat et des troupes du génie stationnées à Ayutthaya sont transportées par voie ferrée et prennent position à Bang Khen (près de la  capitale) et à Don Muang (principal aérodrome du pays).

 

  • Le 12 à 14 h, une lettre signée du colonel Si Sit Songkhram est remise à Phraya Phahon.

Elle reprochait au gouvernement son attitude envers le roi et le retour de Pridi qui allait « reprendre ses activités communistes ». Elle donnait une heure au gouvernement pour démissionner avant l’usage de la force. Elle annonçait la nomination par le roi d’un gouvernement dans lequel il n’y aurait aucun militaire. (In, Le Bangkok Times du 13 octobre 1933)

(Le colonel Si Sit Songkhram avait été, vous l’avons déjà dit, nommé commandant en chef de l’armée par Phraya Manopakon, lors de la démission de Phraya Phahon, quelques jours avant son coup d’Etat. 

On peut être aussi étonné que le Bangkok Times puisse donner ainsi des informations sur un coup d’Etat en cours.)

 

  • Le 12 encore, le gouvernement répond par la proclamation de la loi martiale et un communiqué réfutant les arguments avancés et la condamnation de cette révolte.
  • Le 13, une lettre signée de Boworadet le présentait comme le défenseur de la Constitution et des prérogatives royales ; il exigeait le retrait des militaires de la vie politique et réclamait une loi d’amnistie.
  • Phraya Phahon envoya un rapport au roi, qui était à Hua Hin, réfutant les arguments de Boworadet et répondit à celui-ci en le désignant comme le seul responsable de la situation.
  • Le roi dans un télégramme répondit à Phahon et condamna la révolte. (Quand exactement ?)

Luang Phibun fut désigné pour commander les troupes loyalistes et dès le 13 au soir, ordonna une violente charge d’artillerie contre les positions tenues par les rebelles. Pendant trois jours les combats furent acharnés. Mais l’arrivée de troupes fraiches, permit aux troupes loyalistes de reprendre l’aéroport et de forcer les troupes royalistes à se retirer sur Khorat « en espérant pouvoir arrêter les forces adverses dans la passe montagneuse de Pak Djong, située au sud-ouest de la ville. 

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Mais le 23 octobre, un communiqué officiel faisait état de combats violents à la hauteur des kilomètres 140 et 142 de la vie ferrée de Bangkok à Korat où l’avant-garde gouvernementale fit son entrée le 27 au soir. » Le lieutenant-colonel Phibun arrivait le lendemain avec le gros des troupes. Les forces rebelles tentèrent alors de se retirer en direction de Ubon, mais la garnison, restée fidèle au gouvernement vint à leur rencontre. Elles rebroussèrent chemin vers Korat pour se rendre. (Surtout, nous dit Terwiel, que la tentative de faire venir des troupes de Phetchaburi pour aider Boworadet avait échoué.)

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  • Les « civils » favorables à Pridi, avaient manifesté leur volonté de combattre.

Les civils favorables à Pridi, composés surtout d’étudiants et d’ouvriers (avec les syndicats dont Fistié nous dit qu’ils comprenaient 3.000 membres environ), s’étaient retrouvés dans une opposition de gauche en réclamant des sanctions contre les responsables du coup d’Etat du 1er avril mené par Manopakon. Mais, lors de la tentative du coup d’Etat de Boworadet, ils avaient spontanément proposé au gouvernement de s’engager pour participer à la lutte contre les « contre-révolutionnaires ». Le Bangkok Times du 17 octobre rendait publique une lettre de Praya Phahon qui déclinait pour l’instant leur offre et les invitait à « insuffler au peuple la confiance au gouvernement ». (Cité par Fistié) Toutefois, toujours le Bangkok Times du 18 notait que des étudiants en droit volontaires avaient reçu un équipement militaire et que des civils s’étaient également portés volontaires et avaient été autorisés à combattre. (Sous la direction de Nai Sanguan Tularak (avait été membre du Sénat provisoire et porte-parole du Parti du Peuple), de Nai Sim Wirawaitthaya (Ces deux derniers connus pour être des disciples de Pridi) et de Nat Bunlom Boengsunthon

 

Bref, en cette fin d’octobre 1933 la révolte était vaincue, même si quelques combats sporadiques eurent encore lieu jusqu’à la fin du mois. De nombreux leaders de la tentative du contre-coup d’Etat avaient été tués, dont le colonel Phraya Si St Songkhram, et le Prince Boworadet avait fui (le 25 octobre ?) avec 32 officiers par avion en Indochine. (Terwiel)

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  • Les conséquences.

La répression envers ceux qui avaient soutenu la révolte put s’exercer. Dix-sept officiers furent arrêtés et condamnés à mort, mais leur peine fut commuée en prison. De nombreux membres de la famille royale furent arrêtés, condamnés,  exilés, ou mis en résidence surveillée. (Mais Fistié et Terwiel ne donnent ni le nombre ni des noms) D’autres, comme le Prince Damrong prirent les devants et quittèrent le royaume. Le roi et la reine quittèrent Hua Hin pour rejoindre Songhla à la frontière malaise. (Quand exactement ?)

 

Toute l’opposition princière avait été neutralisée et l’armée avait renforcé sa position d’arbitre avec un homme qui désormais émergeait, Phibun, qui sera nommé colonel (à 38 ans), et commandant en second de l’armée. (Sera ministre de la Guerre en septembre 1934) ; Il était devenu le numéro 2 du gouvernement.

 

Quant-au roi ?

 

Pour Terwiel, le prestige du roi avait pâti. Ils étaient nombreux dans le camp royaliste à chercher à comprendre ses choix, surtout qu’il avait appris que les supports de la révolte étaient plus importants que ceux que Phahon lui avait communiqués, et que de nombreuses garnisons de province dont celle de Phetchaburi, proche de Hua Hin, auraient pu se joindre au Prince Boworadet, sur l’une de ses injonctions. Mais justement, suggère Terwiel, le roi n’avait peut-être pas voulu se mettre à la merci de Boworadet. De même ceux qui avaient soutenu le gouvernement pouvaient regretter que le roi ne leur avait pas apporté un soutien bien effectif.

 

L’attitude du roi sera plus claire, en décembre, après les élections quand il manifestera son désir de quitter le royaume pour aller se faire soigner les yeux. Le gouvernement lui proposera de faire venir un grand  spécialiste, mais le roi insista et partit en janvier 1934. Il ne reverra plus son royaume.

 

Son dernier acte royal fut le discours du Trône qu’il prononça le 10 décembre 1933, à l’occasion du premier anniversaire de la promulgation de la Constitution, devant la nouvelle assemblée élue.

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Des élections.

 

En effet, après l’échec de la tentative du coup d’Etat du Prince Boworadet et l’épuration politique des opposants, le gouvernement avait procédé à l’élection de 78  représentants du peuple pour la moitié des membres de l’Assemblée, l’autre moitié avait été nommé par le roi sur une liste et comprenait donc 78 membres également dont 45 officiers militaires et cinq de la Marine. Le 15 octobre Chao Praya Thammasak devenait le Président de l’Assemblée. (Il avait déjà occupé ce poste en 1932).

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Une réorganisation administrative ?

 

Le gouvernement voulut réaliser une plus grande centralisation et par la loi du 9 décembre 1933 avait aboli les monthon de l’Ancien régime pour redéfinir 10 provinces  divisée en 70 changwat. Les anciens gouverneurs furent remplacés par des « commissaires » dirigeant des « commissions provinciales, composée de chefs des différents services. Mais si la loi avait certes supprimé un échelon administratif, elle se réduisit finalement aux nouvelles nominations.

 

Mais l’oeuvre législative de Pridi, contenue dans la loi du 31 mars 1934, eut une toute autre portée, même si son efficacité fut relative. (In Fistié)

 

Mais auparavant, Pridi dut être blanchi de l’accusation de communisme dont l’avait accusé le gouvernement Praya Manopakhon et le roi. En février 1934, une commission  ad hoc présidée par le prince Wan Waitaya Worawan (Petit-fils du roi Mongkut et doyen de la faculté de Droit, un des rares de la famille royale intégrée au nouveau régime) avec deux « experts », un Anglais, Sir Holland et un Français, M. R. Guyon (conseillers juridiques du gouvernement) fut chargée de juger Pridi.

 

La méthode choisie fut plutôt curieuse, car après avoir défini les critères du communisme,

 

ils procédèrent à l’interrogatoire de  Pridi ; lequel  dut répondre aux questions posées, du style « Souhaitait-il instituer un gouvernement par des soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats ? Voulait-il nationaliser et confisquer les banques ? Etablir la dictature du prolétariat ? Etait-il membre de l’Internationale communiste ? etc. 

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Pridi fut lavé de toute accusation et fut intégré au gouvernement en tant que ministre de l’Intérieur. Il put mettre en œuvre un vaste plan de réforme de l’administration contenu donc dans sa loi du 31 mars 1934.

 

La loi était assez complexe et se voulait comme un apprentissage de la démocratie et du régime démocratique. Elle instituait une « assemblée provinciale » au niveau du changwat. Ses membres devaient être élus pour 4 ans, à raison d’un élu par district. Elle devait surtout examiner les finances provinciales et établir un rapport sur le budget, ses délibérations et ses observations qu’elle devait envoyer au ministre de l’intérieur, qui n’était pas tenu  de les suivre. Le texte prévoyait d’envoyer des « conseillers » chargés de guider les membres des Assemblées provinciales.

 

Mais Fistié remarque que les Assemblées de changwat  ne purent se réunir qu’en octobre 1936. Les résultats étaient si décevants qu’en 1937, l’Assemblée du Peuple dut repousser une proposition demandant leur suppression. La loi voulait aussi créer certaines municipalités décentralisées (Comme Bangkok, Chiengmai, Ayutthaya, mais aussi des bourgades rurales, mais la liste n’est pas donnée).  « Elle prévoyait l’élection au suffrage universel d’une assemblée qui choisirait son propre président et devant laquelle serait responsable un conseil exécutif dont les membres seraient désignés par le Commissaire de la Province. »

 

(Nous n’avons pas (pour l’instant) d’évaluation de cette réforme importante dont le succès dépendait d’hommes compétents. Aussi Pridi va fonder le 27 juin 1934, une université des sciences morales et politiques (l’Université de Thammasat) ).

 

 

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L’abdication du roi Rama VII.

 

Le roi était donc parti le 12 janvier 1934 pour soigner ses problèmes oculaires. Notre article « Le roi Rama VII, un grand voyageur » raconte entre autre ce grand périple, où soit disant  « Sur le chemin, il a également fait des visites d'observation pour étudier divers modèles de démocratie pratiquée dans les différents pays, et de rencontrer de nombreux dirigeants et dignitaires de ces pays à l'époque ». Pour y apprendre le fonctionnement d’une démocratie de première main ? » (Notre article 183 ***)

 

Ce grand périple  le verra à Londres début mars. Il visitera ensuite l’Italie,  Vatican, la France avant l’opération chirurgicale effectuée le 10 mai 1934, et puis le Danemark, l’ Allemagne, la Belgique, la Tchécoslovaquie, la  Hongrie et la Suisse, pour y « rencontré des monarques européens et d’anciens rois,  des chefs d'Etat et des chefs de gouvernement, des politiciens de tous bords », comme par exemple le premier ministre britannique,  Ramsay Mac Donald, S.S. le Pape Pie IX, le prince héritier Humbert d’Italie, le chancelier Hitler le 14 juillet 1934 et son ministre des affaires étrangères Konstantin Von Neurath,  le président Lebrun en France, etc. (Cf. 183*** pour les détails et commentaires)

 

 

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

Nul doute que toutes ces rencontres lui avaient permis de vérifier qu’il était reçu en tant que roi et que les politiques menées en Europe étaient fort diverses.

 

Certes un roi qui n’était plus un monarque absolu, mais qui tenait aux prérogatives que lui accordait la Constitution. Or, en septembre 1934, trois lois furent votées qui amendaient le Code pénal, le Code de procédure et le Code pénal militaire, dans lesquelles le roi voyait une atteinte à ses prérogatives. Le roi renvoya les lois avec ses observations, mais l’Assemblée confirma son vote par 75 voix contre 36.

 

Le 27 octobre le roi menaça d’abdiquer si l’Assemblée ne voulait pas tenir compte de ses vœux.

 

Un processus allait s’engager qui allait aboutir à son abdication le 2 mars 1935, et son exil en Angleterre jusqu’à sa mort,  que nous allons vous  raconter dans notre prochain article.

192. LE DEUXIÉME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

"N-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

* Puis plus tard, ministre des Finances, régent, et 1er ministre (24 mars 1946-23 août 1946))

**  Nos principales sources :

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

Il s’appuie lui-même abondamment sur le  Bangkok Times de l’époque.

Et B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History », River Books, 2011 

 

*** 183. Le roi Rama VII, un grand voyageur.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/183-le-roi-rama-vii-un-grand-voyageur.html

 

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 22:01
191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Phraya Phahonphon Phayuhasena ou plus simplement Phraya Phahon (พระยาพหลพลพยุหเสนา), est né à Bangkok le 29 mars 1887 sous le nom de Phot Phahonyothin (พจน์ พหลโยธิน) (1).

 

Il est le fils du colonel  Phraya Phahon Phon Phayuhasena (พระยาพหลพลพยุหเสนา) ou encore Kim Phahonyothin (กิ่ม พหลโยธิน) d’origine chinoise teochew (teochiu) et de son épouse thaïe Chap  Phahonyothin (จับ พหลโยธิน). 

 

Son éducation

 

Son éducation primaire se fit à l’école du temple Wat Chakkrawanrachawat (วัดจักรวรรดิ์ราชาวาส) à Bangkok.

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

A l’âge de 11 ans (1898), nous le trouvons à l’école du temple Wat phichaiyattikaram (วัดพิชัยญาติการาม), toujours à Bangkok

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

En 1901, il a 14 ans, il est admis à l’école des cadets militaires (Rongriannairoiphrachunlachomklao โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า) dont il sort en 1904. 

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

De là et jusqu’en 1908, nous le trouvons, bénéficiaire d’une bourse du gouvernement (sa famille est pauvre et il le restera lui-même toute sa vie) à la très prestigieuse l’académie militaire prussienne de  Lichterfelde, dans la banlieue de Berlin (Hauptkadettenanstalt), le Saint-Cyr ou le West point de la Prusse dont il sortira muni d’un diplôme d’artilleur.  On trouve écrit partout (Wikipédi-aneries) qu’il y fut le condisciple de  Hermann Göring. Nous sommes dans le domaine de la fantaisie la plus totale. Hermann Göring, plus jeune que lui, il est né en 1893, est entré à l’école en 1910 et en est sorti summa cum laude en 1911 alors que Phraya Phahon l’avait quittée depuis trois ans ! (2). 

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En 1912, enfin et pendant un an, nous le trouvons au Danemark au collège d’ingénieurs de Copenhague où il étudie les « arts mécaniques » (probablement en liaison avec sa spécialité d’artilleur ?) avant de revenir dans son Siam natal.

 

Sa carrière militaire

 

Il retourne toutefois un an en Allemagne pour effectuer un stage en qualité de lieutenant au 4ème régiment d’artillerie. Ce n’est pas là non plus que nous pourrions situer une hypothétique rencontre avec Göring puisque celui-ci était aviateur d’une part et d’autre à cette époque effectuait un périple culturel de plusieurs mois en Italie (2) et (3). Phraya Phahon va suivre ensuite une carrière militaire brillante sinon fulgurante qui, d’un grade de lieutenant subalterne, va le conduire à la tête des forces armées siamoises (4).

 

***

 

Son entrée dans la vie politique

 

Les raisons de son entrée fracassante dans la vie politique restent tout de même mystérieuses. Il est certes issu d’un milieu modeste mais il n’a pas été victime du népotisme qui rongeait le régime et qui fut l’une des causes du coup d’état. Il bénéficie des largesses royales pour suivre l’enseignement de la très prussienne académie de Lichterfelde, il est ensuite intégré comme lieutenant dans un régiment d’artillerie allemand, probablement sur de puissantes recommandations, ce qui n’était pas à la portée du premier venu. Sa carrière militaire enfin se déroule des débuts jusqu’à son accession au poste suprême à 45 ans, un âge où un officier français issu de Saint-Cyr accède au mieux au grade de lieutenant-colonel.  Ce n’est évidemment pas en Prusse qu’il a pu étudier in situ (comme Pridi à la faculté de droit de Paris) ce qu’était un régime démocratique. Ses origines partiellement chinoises sont-elles une explication ?

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Les chefs militaires du coup d’état, évidemment maîtres du jeu,  ils sont quatre (les quatre ทหารเสือ tahansua, littéralement les « soldats-tigres ») les « quatre mousquetaires ».

 

 

 

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Indépendamment de Phrayaphahon, leur chef de file, nous trouvons le colonel Phrayasongsuradet alias Thepphanthumsen (พระยาทรงสุรเดช ou เทพพันธุมเสน) (5),

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.
191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

et un lieutenant- colonel, Phraprasatphitthayayut alias Wanchuthin  (พระประศาสน์พิทยายุทธ ou วันชูถิ่น) (7). n>

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Ils sont la frange militaire du Khana Ratsadon (คนะระษฎร), le Parti populaire) responsable de la révolution de 1932. Trois d’entre eux sont passés par l’armée allemande qui n’était pas une école de démocratie et probablement tous par l’école des cadets, en quelque sorte, une réunion d’anciens élèves. Phraya Phahon est le militaire le plus ancien le plus élevé en grade et considéré comme le leader de facto du parti et de la révolution elle-même. C’est lui qui lut la « déclaration du nouvel Etat siamois » au palais royal, proclamant la fin de la monarchie absolue et l'établissement d’un état constitutionnel. En raison du rôle clé qu'il a joué, il est nommé membre du nouveau cabinet, un cabinet de colonels, du 28 juin au 10 décembre 1932 qui n’est formellement pas composé de ministres mais de « membres du cabinet » dirigé par le contre-amiral Phraya Preechacholayuth commandant en chef la marine royale (8).

 

Nous le trouvons dans le second cabinet, du 10 décembre 1932 au 1er avril 1933 présidé par Phrayamanopakonnitithada  (พระยามโนปกรณ์นิติธาดา) alias Konhutasing (ก้อนหุตะสงห์),  

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

... en qualité de « ministre » aux côtés en particulier de Pridi, autre « ministre », et encore dans le troisième cabinet du même du 1er avril au 20 juin 1933 comme « ministre » (9).

 

Il devient premier ministre (le second dans l’histoire de la tumultueuse démocratie siamoise) dans le quatrième cabinet (21 juin 1933 – 16 décembre 1933) dans lequel Pridi est absent, désigné par décret royal du 21 juin 1933. C’est à cette époque qu’échoue le coup d’état « légitimiste » du Prince Borowadet (11 octobre 1933).

 

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Nous le trouvons encore comme premier et ministre de l’éducation dans le cinquième cabinet (16 décembre 1933 – 22 septembre 1934), dans lequel Pridi est toujours absent, désigné par décret du 16 décembre 1933.

 

Il est encore désigné comme premier ministre par décret royal du 22 Septembre 1934 dans le sixième cabinet de l’histoire du Siam, du 16 décembre 1933 au 9 août 1937 avec Pridi comme ministre de l’intérieur. Le 2 mars 1935, le roi a abdiqué et, probablement sur les conseils de Pridi, le juriste du cabinet, le pouvoir royal est transmis à la branche Mahidol représentée par le petit prince Ananda. La solution est à la fois formellement très légaliste et bien commode puisque le roi légitime n’a que 10 ans et termine en compagnie de son  jeune frère ses études à Lausanne (10). C’est sous cette législature que le premier ministre promulgue au nom du roi le « code civil et commercial » le 5 juin 1935.

 

Il se retrouve encore premier ministre dans le septième cabinet, par décret du 9 août 1937 et ce jusqu’au 21 décembre 1937 avec Pridi comme ministre des affaires étrangères.

 

 

 

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

***

Dès après le coup d’état, trois factions se dégagent au sein des révolutionnaires, celle de Phraya Phahon et de ses féaux « mousquetaires », le « gratin » des officiers supérieurs de  l’armée de terre, celle de Luang Phibunsongkhram .....

 

 

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

...composée plus spécifiquement de deux sous-factions, celle des officiers subalternes et celle de la marine, et enfin les civils sous la direction de Pridi Phanomyong qui était probablement le seul véritable « démocrate » de l’histoire.

 

Nous avons longuement (9) parlé de la crise constitutionnelle de mars 1933, conséquence inéluctable de la composition tricéphale du premier cabinet ministériel, suscitée par le projet économique de Pridi, le fameux « dossier jaune »  contenant des éléments considérés comme « socialistes » et conduisant à ce coup d’état dans le coup d’état, à l’élimination de Pridi, à la démission de provisoire de Phraya Phahon pour « raisons de santé ». En vérité, ce fut un coup d’état sans effusion de sang (encore un) fomenté par nos « mousquetaires » réalisé le 20 Juin avec la complicité évidente de Pibul (que nous retrouverons comme ministre sans portefeuille dans le quatrième cabinet), conduisant  Phraya Manopakorn Nititada à l’exil à Penang et recevant la bénédiction plus ou moins forcée du roi depuis son palais de Huahin

 
191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Les cinq années suivantes furent une lutte pour le maintien ou la conquête du pouvoir, révolte du prince Boworadet au bout de quatre mois seulement. Son échec cimente le pouvoir de Phraya Phahon qui se maintient, malgré les divergences internes, par une personnalité écrasante, sa qualité de chef des armées, et le soutien de la faction Pibul que nous retrouvons ministre sans portefeuille dans le quatrième et le cinquième cabinet, comme ministre de la défense dans les trois derniers cabinets (paradoxe bien siamois,  Pibul en tant que ministre de la défense est le supérieur hiérarchique du chef des armées Phraya Phahon mais celui-ci est le supérieur hiérarchique de Pibul au sein du cabinet … ) Cette montée en flèche laisse à penser que, confident du grand vizir, il envisageait peut-être déjà de devenir grand vizir à la place du grand wizir  ? Un scandale immobilier obscurcit le dernier cabinet de Phraya Phahon : des biens de la couronne auraient été cédés à de hauts fonctionnaires à des conditions financières avantageuses mais il semble certain que Phraya Phahon n’y a pas trempé directement. Toujours est-il que des élections défavorables en novembre 1937 le conduisent à présenter la démission de son cabinet en septembre 1938 et que les élections de décembre voient le triomphe de Phibun.

 

La multiplication du nombre des cabinets sous le même premier ministre est significative de ces querelles internes et souvent feutrées mais en dehors des personnages de premier plan (Pridi ou Pibun) les renseignements sur les autres ministres sont embryonnaires (le dernier cabinet de Phraya Phahon comporte 18 ministres, le premier de Pibun en comporte 25) ce qui rend une analyse des ces « remaniements » aléatoire !

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Mais notre ex-premier ministre n’imite pas Cincinnatus qui retourna cultiver son jardin. 

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

Nous le retrouverons Professeur hors-cadre à l'Université des Sciences morales et politiques, Président de la Ligue de protection et de secours par voie aérienne, Président d’une Commission d'enquête économique, siégeant à la Commission des Lois, indépendamment du poste de chef des armées et inspecteur général des Forces armées royales thaïlandaises qu’il réoccupe du 15 août 1944 au 29 mars 1946.

 

Sans revenir sur la position plus ou moins sinusoïdale du Siam pendant la 2ème guerre mondiale, contentons nous de rappeler  qu’un traité d'alliance avait été conclu avec le Japon  le 21 décembre 1941 et que  le 25 janvier 1942, la Thaïlande avait bel et bien déclaré la guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne. En avril 1942, Phraya Phahon avait été chargé d’une mission diplomatique au Japon auprès du premier ministre, le tout puissant amiral Tojo, mission sur laquelle les renseignements ne sont pas surabondants sinon inexistants mais qui démontre la confiance dont il jouissait auprès de Pibun (12) et que par ailleurs ses options personnelles ne le rapprochaient pas des Thaïs libres.

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

 

Il fut honoré de multiples décorations, la dernière en date lui fut allouée en 1943 par le roi Rama VIII formellement mais par Pibun, la plus prestigieuse dont peut rêver un thaï, le grand cordon du très illustre ordre de Chulalongkorn  (เครื่องราชอิสริยาภรณ์จุลจอมเกล้า,  Khrueangratchaitsariyaphonchunlachomklao) qui n’est actuellement plus conféré qu’à des têtes couronnées. 

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Nous avons par ailleurs fort peu de renseignements sur sa vie personnelle, sinon qu’il fut marié à une dame Bunlong Phahonpholphayuhasena (คุณหญิง บุญหลงพหลพลพยุหเสนา) qui ne semble pas lui avoir donné une descendance ?

 

Etait-il un pieux bouddhiste ? Sa biographie ne fait mention d’aucun passage dans un temple comme moine temporaire ?

 

Il était en tous cas un homme probe, ce qui mérite d’être signalé, mort le 14 février 1947 d’une hémorragie cérébrale – il a 60 ans - sa proche famille ne put payer les cérémonies funéraires, ce fut ou ça aurait été Phibunsongkhram, son ancien protégé qui dut les financer de sa poche ?

 

***

 

Sa biographie officielle (1) conclut sobrement le récit de sa vie en le qualifiant de « l’homme qui a transformé la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle ».

 

Notes

 

(1) Les renseignements sur sa carrière proviennent, nous pensons que la source est assurée, du site officiel de l’armée thaïlandaise http://www.rta.mi.th/ « pour le pays, les religions, la monarchie et le peuple ». La rubrique qui nous intéresse : http://www.rta.mi.th/command/command11.htm mais la source (en thaï et très partiellement en anglais) est malheureusement sèche comme un livret militaire.

191. PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE.

 

(2) Source : la vie du maréchal Göring a fait l’objet d’une très volumineuse thèse d’histoire en 1989 « Göring, a biography » par David Irving.

 

(3) L’histoire ne retient que le caractère maléfique de Göring. Celui-ci fut aussi, aux côtés de Manfred Von Richtofen, « le baron rouge », l’un des as parmi les pilotes de chasse allemands avec 22 victoires homologuées.

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(4) Lieutenant au 4ème régiment d’artillerie à Rachaburi en 1914 ; Lieutenant au 2ème régiment d’artillerie de Bangsu (dans la banlieue nord de Bangkok) en 1915.Il est élevé au grade de capitaine en 1916. Il devient commandant le 9ème régiment d’artillerie de Chachoengsao à l’est de Bangkok en 1917. En 1918, il reçoit le titre de noblesse de « luang » (หลวง) et l’année suivante, il est éleva au rang de major – général (second grade inférieur des officiers généraux, équivalent de lieutenant-colonel). Il est nommé inspecteur général de l’artillerie en 1919 et élevé au grade de colonel en 1923. Il est nommé directeur de l’école d’artillerie de Lopburi en 1926. En 1929, il redevient inspecteur général de l’artillerie. En 1931, il est honoré de son titre de Phraya Phahon Phonphayuhasena et la même année, il devient Inspecteur général, adjoint du chef d'état-major de l'armée. L’année suivante, il devient commandant en chef des armées siamoises, le 11ème dans l’histoire de l’armée royale sous la présente dynastie, poste qu’il occupera sans discontinuer du 6 août 1932 au 18 juin 1933, du 24 juin 1933 au 4 janvier 1938 et du 15 août 1944 au 29 mars 1946.

 

(5) Né en 1892, lui aussi issu de l’école des cadets, il a passé plusieurs années en qualité de sergent dans un régiment allemand jusqu’à son retour au Siam en 1913. 

 

(6) Né en 1889, nous savons peu de choses sur lui. Il est probablement lui aussi issu de l’école des cadets.

 

(7) Né en 1894, il est lui aussi issu de l’école des cadets et a lui aussi effectué un séjour en Allemagne ! Il est le seul des nos mousquetaires à avoir participé à la première guerre mondiale dans le corps expéditionnaire siamois.

 

A la déclaration de guerre en 1917, Phraya Phahon pour sa part fut chargé d’assurer la sécurité de l’évacuation du personnel de l’ambassade d’Allemagne à Bangkok.

1(8) … aux côtés du contre-amiral Phraya Preechacholayuth alias Charubha,  de Phraya Srivisaravaja alias Tianliang huntrakool, de Phrayasongsuradet, de Phraya Rithakkanee, de Phraya Pramuanwichapul, du lieutenant-colonel Phraprasatphitthayayut, du Major Pibulsongkram, du commandant Luang Sindhukamalanavin, de Pridi bien sûr, de Luang Dejesahakorn, de Prayoonbhamaramontri  et de Naebbahalayodhin.

 

(9) Sur ce premier cabinet, voir notre article 190 « Le premier gouvernement de la nouvelle monarchie constitutionnelle du Siam (28 juin 1932 – 21 juin 1933) ».

 

(10) Voir notre article 175 « La loi du palais pour la succession royale en 1924 ».

 

(11) Pour connaître la composition des cabinets siamois, voir le site http://www.cabinet.thaigov.go.th/eng/cab_01.htm ... et la suite…02, 03, etc.

 

(12) Il existe sur cette visite des sources japonaises qui nous sont inaccessibles mais quelques lignes toutefois dans un ouvrage traduit du japonais  « Tensions of Empire, Japan and Southeast Asia in the Colonial and Postcolonial World »  par Ken'ichi Goto et ‎Paul H. Kratoska – 2003. Les discussions auraient porté sur la création d’une grande sphère de prospérité entre les deux pays frères en Asie de l’Est. Sa biographie officielle (1) se contente de faire mention de cette mission sans en préciser ni le but ni le résultat.

 

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 22:01
190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Le gouvernement de Phraya Manopakon  Nitada  (Phya Manopakon) du 28 juin 1932 au nouveau coup d’Etat du 21 juin 1933, fomenté par Phot Phahonyothin (Phraya Phahon), 2ème premier ministre de la nouvelle monarchie constitutionnelle au Siam (21 juin 1933-11 septembre 1938).

 

Notre chronologie de « notre » histoire de la Thaïlande allait désormais changer après ce coup d’Etat du 24 juin 1932 qui instaurait une monarchie constitutionnelle et qui allait confier le pouvoir du Siam à des gouvernements ayant à leurs têtes des 1ers ministres. (Nous en sommes au 37 ème)

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

(Si Phraya Manopakon n’eut pas le titre de 1er ministre, il en eut la fonction et fut Président du Comité du Parti du peuple avec la Constitution provisoire du 27 juin 1932, et Président du Conseil d’Etat après la Constitution du 10 décembre 1932)

Nous avions vu précédemment que la constitution provisoire, signée par le roi le 27 juin 1932, fixait le cadre juridique de la nouvelle monarchie constitutionnelle. Les auteurs du coup d’Etat réunis au sein du Parti du Peuple (Le Khana Ratsadon) nommèrent le 28 juin 1932, une Assemblée  de 70 membres, qui mit à sa présidence  Chao Phraya Thammasak, ancien ministre de l’Instruction publique de 1917 à 1926, et à l’exécutif, un Comité du Parti du Peuple avec 15 membres, avec comme président Phraya Manophakon, qui était alors premier juge à la Cour d’Appel.

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Le 29 juin, un cabinet restreint de 7 ministres était annoncé en son sein. Il comprenait, selon Terwiel*, Phraya Prasoetsongkhram (Défense), Chaopraya Wongsanupraphan (Agriculture et commerce), Phraya Chasaenbodi (Intérieur), Phraya Pramuanwichchapun (Instruction publique), Phraya Siwisanwacha (Affaires étrangères) Phraya Manophakon (Finances), et Phraya Thepwitun (Justice), les autres restant sans portefeuille comme Pridi ..... 

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

et Phibun.  (In Fistié **) 

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Un nouveau pouvoir était né dans le royaume de Siam, surtout que la Constitution provisoire du 27 juin n’accordait plus aucun pouvoir effectif au roi, même si celui-ci, nous dit Lingat***,  restait le chef suprême du pays et que c’est en son nom, que les lois étaient faites et les  décisions rendues.

 

Le nouveau Pouvoir : le Parti du Peuple.

 

La Révolution avait chassé du pouvoir tous les membres de la famille royale. Le Conseil suprême avait été bien sûr dissous, et son Chef, le Prince Boriphat, avait été contraint à l’exil. Le pouvoir était désormais au sein du Parti du Peuple. 

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Si le nouveau président de l’Assemblée Chao Phraya Thammasak, et Phraya Manophakon, le président du Comité du Parti du Peuple, avaient été choisis pour des raisons tactiques, les autres postes avaient été accordés à des membres éminents du Parti.

 

(Terwiel*, nous dit que Phraya Manophakon, qui occupait le poste de  premier juge à la Cour d’Appel dans l’ancien régime,  s’était distingué en demandant à l’ancien Conseil suprême de diminuer le montant de la liste du roi. Wikipédia nous rappelle qu’il siégeait au Conseil privé du roi Rama VI).

 

Mais que pouvait représenter ce nouveau Parti du Peuple ?

 

Nous avions vu que le Parti du Peuple (le Ratsadon Khana), qui n’était alors qu’un groupe « révolutionnaire » avait été fondé  le 17 février 1927, dans un hôtel parisien, par sept étudiants siamois, à savoir : le Lieutenant Prayoon Pamornmontrise, le Lieutenant Plaek Khittasangkla (alias Phibul ou Phibun), étudiant de l’Ecole de l’ Artillerie de Paris, le Lt Thatsanai Mitphakdi, étudiant à l’Académie de Cavalerie française, Tua Lophanukrom, étudiant les  sciences en Suisse, Luang Siriratchamaitri, diplomate à l’ Ambassade du Siam à Paris, Nauep Phahonyotin, étudiant en Angleterre, Pridi Panomyong, étudiant en droit à la faculté de Paris et à l’ « Ecole libre des sciences Politiques », « Sciences-Po ». 

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Ils s’étaient donnés 6 objectifs : «  Le pouvoir au Peuple, la sécurité nationale, le bien-être pour tous, l’égalité, des droits de liberté  pour le peuple, et l’enseignement public pour tous » ;  et se disaient prêt si nécessaire, à renverser le gouvernement et le système de la Monarchie absolue. (Cette proclamation sera reprise dans le tract distribué à la population lors du coup d’Etat de 1932. )

 

De ce groupe émergera deux leaders qui joueront un rôle fondamental dans l’histoire du Siam, à savoir Pridi  Phanomyong (ou Pridi) et  Phibulsonggram  (ou Phibul ou Phibun.)

 

Fistié nous avait appris que Pridi était venu en France, grâce à une bourse d’Etat, poursuivre  ses études à Caen où il obtint sa licence, puis à Paris, où il devait décrocher son doctorat en droit privé le 4 février 1927. De retour au Siam en 1927, il obtenait une chaire à l’Université Chulalongkorn, puis un poste au département chargé de la rédaction des lois. « Il allait bientôt se faire le propagandiste des idées démocratiques, devenant rapidement – tout comme il l’avait été à Paris - le centre d’un petit groupe de jeunes gens étudiants ou de jeunes officiers, dont il était à la fois l’inspiration et l’espoir. » 

 

Quant à Phibun. « Né le 14 juillet 1895, fils d’un modeste fonctionnaire, (il) était rentré très jeune dans l’armée. Sorti de l’Académie militaire de Bangkok avec le grade de lieutenant, il avait obtenu « une bourse militaire » pour suivre en France les cours des écoles de perfectionnement d’artillerie de Poitiers et de Fontainebleau. 

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C’est à cette époque qu’il entra sans doute en contact avec Pridi. Il devait rentrer au Siam peu avant ce dernier, en 1926, après avoir brillamment passé ses examens. »

 

(On peut se demander comment Phibun, rentré au Siam en 1926 a pu fonder le Ratsadon Khana le 27 février 1927 à Paris ?)

 

(Une note de Fistié citant Lapomarède, estime que les étudiants siamois en 1930 était au nombre de 200 en Grande-Bretagne, 50 aux Etats-Unis, 40 en France, 25 aux Philippines, et 3 ou 4 en Indochine Française. )

 

De retour au Siam, une centaine de nouveaux adhérents les rejoignirent, qui venaient de l’Armée, de la Marine, de l’Administration, et de la société civile. 

 

Le parti s’organisa alors - dit-on - en quatre branches : les civils furent dirigés par Pridi, la Marine par le capitaine de vaisseau Luang Sinthusongkhramchai, l’Armée par le capitaine Phibun, mais les officiers supérieurs par le colonel Phraya Phahonphon Phayuhasena (dit Phot Phahonyothin, dit Phraya Phahon). 

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Wikipédia signale que le colonel Phot Phahonyothin était le chef du Parti et Luang Pradit (Pridi) son second.

 

Comment imaginer que cette centaine de « comploteurs » allait pouvoir renverser un régime de monarchie absolue en 4 jours, sans effusion de sang ! Lingat prétend même que les promoteurs du mouvement du 24 juin étaient au nombre de 53, s’appuyant sur la cérémonie de réconciliation du 7 décembre, où ils obtinrent le pardon du roi. Wikipédia donne une liste nominative composée de 44 membres pour la partie militaire et de  46 pour les civils.

 

Une chose est sûre, le Pouvoir était désormais au sein du Parti du Peuple, qui avait réussi à éliminer le monopole politique de l’oligarchie princière. « Les officiers supérieurs qui n’avaient pas participé au coup d’Etat furent pour la plupart mis à la retraite. Ce fut le cas de trois généraux de division, de neufs généraux de brigade, et de vingt-deux colonels dont la liste figure dans le Bangkok Times du 9 juillet 1932. » (Fistié, note 38, p. 137) A l’inverse furent promus ceux qui y avaient participé.

 

Ce fut l’une des premières mesures du gouvernement, avec  le communiqué du 3 juillet annonçant la suppression prochaine de l’impôt sur les salaires et son remplacement par un impôt général sur les revenus. 

 

La principale tâche du nouveau gouvernement de Phraya Manopakon  fut d’élaborer la Constitution définitive. Une commission fut constituée, présidée par Phraya Manopakorn lui-même, et dont Pridi fut un des plus actifs, aidés par des hauts fonctionnaires de l’ancien régime.  Le 7 décembre, dans une audience solennelle, le roi accordait son pardon aux auteurs du Coup d’Etat et le 10 décembre la constitution fut promulguée. 

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(Il est important de se rappeler que la nouvelle constitution avait réussi  à faire disparaître la référence au nom même du Parti du Peuple et que le Conseil d'Etat n’était plus comme l'était le Comité du Parti du Peuple, une émanation exclusive de l'Assemblée. Le roi était redevenue « sacrée et inviolable » et avait retrouvé la plénitude de la souveraineté qui lui avaient été totalement supprimées en juin : il était le chef direct des armées de terre et de mer, et exerçait les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire par l’intermédiaire des organismes constitutionnels. (Expliqué en notre article précédent 189)

 

Pridi fut très actif pour créer des sections dans les provinces pour le Parti, appelé désormais « Association du Peuple ». Fistié nous apprend qu’en novembre 1932, des sections avaient été créés dans 14 changwat et que la présidence du Comité exécutif avait été confiée à Phraya Nitisat Phaïsan, premier juge à la Cour d’Assise de Bangkok. L’Association du Peuple  organisait des réunions dans les provinces pour expliquer la signification du nouveau régime.

 

Mais une organisation rivale, l’« Association nationale »  tenta de se constituer en janvier 1933.

 

La présence du major-général Phraya Sean Songkhram (ancien commandant de la 1ère division de la garde, qui avait été blessé au moment de son arrestation par les auteurs du coup d’Etat du 24 juin 1932 et avait été mis à la retraite) au sein de cette « association » avec celle de princes, la positionnait ouvertement comme un adversaire du nouveau régime.

 

Certains y virent une manœuvre de Manopakon pour se débarrasser de l’« Association du Peuple» (ex- Parti du Peuple).

 

Le roi en tous cas, nous dit Fistié, adressa une « requête » au gouvernement demandant que l’agrément soit refusé à cette nouvelle « Association nationale » et qu’il serait judicieux de dissoudre « l’Association du Peuple », pour « qu’il n’y ait  absolument aucun parti politique », considérant, disait-il, que « Le Siam n’a reçu une Constitution que tout récemment et l’existence de partis politiques siamois semble prématurée. La population de notre pays n’est pas encore adaptée à la forme démocratique de gouvernement et elle ne comprend pas  sa véritable nature. » Bref, le Peuple ne comprenait pas encore la démocratie.

 

(Un argument qui sera encore repris lors des « événements » de 2010 et qui demeure !)

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Le gouvernement entendit la « requête royale », refusa l’agrément à l’ « Association nationale » et décréta, que désormais aucun militaire et fonctionnaire ne pourrait appartenir à l’ « l’Association du Peuple ». Curieusement, il n’y eut pas d’objection publique.

 

L’«Association du Peuple » procéda à sa dissolution et se transforma en « club privé » ! 

 

La crise était-elle déjà au sein du Conseil d‘Etat ? Sans aucun doute.

 

Elle fut plus explicite en mars 1933, lorsque Pridi présenta son projet économique à l’Assemblée des représentants du Peuple.

 

Manopakorn et son gouvernement  avaient eu comme mission de mettre en œuvre le programme en 6 points du Parti du Peuple. (Cf. Rappel ****) Le point 3 de ce programme affirmait : « Le nouveau gouvernement promet de promouvoir la prospérité des citoyens en fournissant à chacun un emploi rémunérateur en promulguant une politique économique nationale destinée à mettre fin à la pauvreté. »

 

Encore fallait-il se mettre d’accord sur la stratégie et les moyens utilisés pour atteindre cet objectif.

 

Il était clair pour Manopakon que la révolution politique de juin 1932 ne pouvait en aucun cas se transformer en une révolution économique et sociale, et dès le 13 juillet 1932, nous dit Fistié, il déclarait aux représentants de la presse, qu’il ne pouvait être question de confisquer la propriété privée, malgré certains articles parus dans ce sens. Il avait ajouté, que bien qu’ami du peuple, le nouveau gouvernement n’était pas l’ennemi des princes.

 

Si la majorité du Conseil d’Etat partageait ses idées, il n’en était pas de même de Pridi et de sa minorité.

 

Le projet économique de Pridi. (Le dossier jaune !)

 

Le projet de Pridi était donc présenté le 12 mars devant une commission de 14 membres (dont 5 membres de l’Assemblée, 7 membres du Conseil d’Etat, parmi lesquels Pridi) qui devait faire rapport au gouvernement. Il prit la forme de trois documents, avec l’exposé des motifs et deux projets de lois, dont l’un portait sur la rémunération des travailleurs et l’autre sur les pouvoirs économiques du gouvernement.

 

Nous n’allons pas ici reprendre les mesures préconisées, qui s’inspiraient des socialistes utopiques français et de l’expérience  de la planification soviétique. Le projet étatisait l’économie et transformait le Siam en une « société coopérative » qui évoquait par certains aspects, nous dit Fistié, le phalanstère de Fourier. Il transformait tous les Siamois en salariés et en fonctionnaires, encadrés par une organisation dirigée par le Parti du Peuple. 

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Certes, Pridi avait prévu des accommodements, qui écartaient par exemple toute idée de confiscation sans indemnité, qui interdisaient toute nationalisation d’entreprises étrangères, et qui laissaient dans le secteur privé  un large secteur de l’économie, comme les mines d’étain ou l’exploitation du teck, par exemple.

 

Ce projet « révolutionnaire » sera déjà refusé par une minorité de cette commission, qui en présentera un autre. Il provoquera au sein du gouvernement des discussions nombreuses et virulentes. Le plus modéré était le ministre de la Défense, le vice-amiral Phraya Rachawongsan; Le ministre des Affaires étrangères, Phraya Siwisan Wacha, quant-à lui,  n’approuvait que certaines parties, mais le plus virulent contre le projet « Pridi » fut le colonel Phraya Song Suradet, l’un  des personnages clés du coup d’Etat. 

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Quant au président du Conseil d’Etat Manopakon, il menaça de démissionner si ce projet lui était imposé. Les opposants au projet reçurent un renfort de la part du roi qui déclara :

 

1/ Le programme de Pridi était communiste et qu’il allait mettre en œuvre une collectivisation intégrale.

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2/ Qu’il allait mettre le pays en ruine, au regard de  l’échec de la collectivisation agraire en Russie et de son premier plan quinquennal.

 

3/ Qu’il pouvait entraîner une intervention étrangère, anglaise ou française.

 

(Surtout que le Siam avait réorienté sa politique étrangère en s’appuyant sur le Japon, que les relations anglo-siamoises s’étaient refroidies, et que l’Indochine française venait de faire face aux agitations du Parti communiste indochinois.)

Le coup d’Etat au sein du gouvernement.

 

Mais si Pridi était minoritaire au Conseil d’Etat, il était majoritaire à l’Assemblée, où la tension était visible (Certains députés venaient avec des révolvers), aussi Manopakorn et la majorité militaire du Conseil d’Etat avec l’appui du roi, proclama l’état d’urgence le 1er avril, dissous le Conseil d’Etat, et ensuite l’Assemblée et forma un nouveau cabinet, en excluant Pridi et quatre de ses partisans. (Cf. Note pour la formation de ce cabinet *****)

 

Le 2 avril 1933 était promulguée une loi contre le communisme, qui pouvait punir tout propagandiste communiste à 10 ans de prison et tout communiste d’une association communiste à 5 ans. Des journaux, et des périodiques furent interdits. (Lesquels ?)

 

Le 17 avril, Pridi « était autorisé à poursuivre ses études à l’étranger, avec une bourse annuelle de 1000 livres ». Il s’embarquait le 17 avril pour la France via Singapour.

 

Manopakon avait donc réussi à « éliminer » politiquement Pridi et le courant « radical», et  il se crut alors assez fort pour essayer d’écarter les militaires du nouveau Conseil d’Etat. 

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Fistié ne dit rien sur les manœuvres de Manopakon, ni sur les raisons qui poussèrent les trois colonels, qui avaient signés l’ultimatum au roi du 24 juin 1932, à savoir Phraya Phahon, Phraya Song Suradet, Phraya Rit Akkhanaï, ainsi que  le lieutenant-colonel Phraya Prasat, à démissionner le 13 juin du Conseil d’Etat et de l’Armée. Ces démissions avaient certainement pour but de préparer le coup d’Etat qui eut lieu, six jours plus tard, le 20 juin 1933.

 

Phraya Phahon fit arrêter Phraya Manopakon.

 

La loi martiale fut proclamée et un télégramme fut envoyé au roi l’informant que l’Armée et la Marine prenait en main « le contrôle de l’administration du pays dans le seul but de réouvrir l’Assemblée du Peuple. » et le rassurant sur leur loyauté à son égard. Le télégramme était signé par Phraya Phahon, Luang Phibun (devenu lieutenant-colonel), et Luang Supha Chalasai (capitaine de frégate).

 

(Terwiel pense que Phraya Phahon avait pris l’initiative du coup d’Etat car il craignait un coup préparé par Phibun).

 

« Le 24 juin, Phraya Phahon, se rendit à Hua Hin auprès du roi Prachathipok qui légitima le coup d’Etat, abrogea le décret prononçant la clôture de l’Assemblée et approuva la composition du nouveau gouvernement, présidé par Phya Phahon lui-même. » (Fistié p. 149)

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Une nouvelle page de l’histoire de la toute récente monarchie constitutionnelle, présidée par Phraya Phahon allait s’écrire.

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Manopakorn, fut exilé à Penang (Malaisie anglaise) jusqu’à sa mort en 1948.

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

Phraya Phahon était donc devenu le 2ème premier ministre de la nouvelle monarchie constitutionnelle au Siam. Il se maintiendra à ce poste jusqu’au 11 septembre 1938, après une tentative de coup d’Etat royaliste d’octobre 1933, l’abdication du roi Rama VII le 2 mars 1935, une nouvelle succession, et bien des crises internes au sein du gouvernement, que nous aurons plaisir à découvrir et à raconter, en commençant, dans l’article suivant par un portrait du nouveau chef du gouvernement Phraya Phahon.

190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

 Notes et références.

 

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », constitue notre principale source pour traiter cette période de l’histoire du Siam. Il s’appuie lui-même abondamment sur le  Bangkok Times de l’époque.

 

*p. 260 in, B. J. Terwiel dans son « Thailand’s Political History », River Books, 2011 

 

**Pierre Fistié, in, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », (Armand Colin, 1967  

 

***Lingat, correspondant de l'Ecole française d'Extrême-Orient, au Siam, « Instauration du régime constitutionnel », pp.541- 547, in « Chronique  de l'année 1932. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 33, 1933. pp. 411-548

 

**** Programme en 6 points du Parti du Peuple :

  1. La liberté et l’égalité du peuple en matière politique, judiciaire et commerciale doivent être assurées.
  2. La paix et la tranquillité, sans qu’aucun mal ne soit fait à qui ce soit, doivent être garanties.
  3. Une politique économique nationale  doit être élaborée pour garantir à chacun un travail rémunérateur.
  4. Des droits égaux pour chacun doivent être garantis. Aucun groupe ne jouira de privilèges spéciaux aux dépens d’autres groupes.
  5. Le peuple jouira de la liberté sauf dans le cas où celle-ci est en contradiction avec les quatre points ci-dessus.
  6. Le peuple doit recevoir l’éducation la plus complète possible.

 

*****Fistié cite en note 20, p. 146, en évoquant  la dissolution du Conseil d’Etat le 1er avril 1933, que Pridi avait 4 partisans, sans donner le nom, et que les militaires du Conseil d’Etat sans portefeuille, qui y restèrent étaient Phraya Pricha Cholawut (commandant en chef de la Marine), Phraya Song Suradet (directeur des opérations miltaires), Phraya Rit Akkanaï (commandant de l’artillerie), lt. col. Phraya Prasat Pittyayut, du major Luang Phibun (commandant en second de l’artillerie), et le lieutenant commander Luang Sinthu Songkramchaï (assistant en chef  du Chef de l’Etat-Major de la marine) (remplacé par le capitaine de corvette Luang Supha Chalasaï (commandant de la flottille des canonnières). 

 

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 22:01
189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Nous continuons notre lecture de la constitution de 1932 en abordant la partie relative aux organes qui exercent le pouvoir au nom du roi, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire. Elle est articulée en 52 articles répartis en cinq chapitre ventilés comme suit : Chapitre 3 : L'Assemblée des représentants du peuple (articles 16 à 45), Chapitre 4 : Le Conseil d'Etat (articles 46 à 57), Chapitre 5 : Les Tribunaux (articles 58 à 60), Chapitre 6 : Dispositions finales (articles 61 à 63), Chapitre 7 : Entrée en vigueur de la Constitution et dispositions transitoires (articles 64 à 68).

 

Allions-nous entrer dans un régime « démocratique » ? À vous de juger. 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Ce texte, fort mal rédigé et fort mal construit (1), fut l’œuvre de la première assemblée issue de la constitution provisoire qui n’avait elle-même d’autre légitimité que celle qu’elle s’était octroyée, s’érigeant en assemblée constituante avec il est vrai, la bénédiction plus ou moins implicite du roi, lui même affaibli par ses problèmes de santé, désemparé devant l’éviction du cercle de ses intimes et craignant probablement, à tort et peut-être à raison, pour sa vie et celle de ses proches détenus en otages (2).

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Chapitre trois : l’Assemblée des représentants du peuple : Le pouvoir législatif est exercé par les « représentants du peuple ».

 

Article 16 : L’Assemblée des Représentants du Peuple sera composée de membres élus par le peuple.

Article 17 : Les conditions d'électorat et d'éligibilité, le mode d'élection et le nombre des membres de l'Assemblée des Représentants du Peuple seront fixés par la Loi Electorale.

Article 18 : Les membres de l'Assemblée des Représentants du Peuple seront élus pour une période de quatre ans. Si une vacance se produit pour une cause, autre que l'expiration de la période en cours, un nouveau membre sera élu pour pourvoir à la vacance, mais il n'exercera la fonction que pour le reste de la période non expirée.

Article 19 : Avant  d'entrer en fonctions, les membres de l’Assemblée des Représentants du Peuple s'engageront, devant l'Assemblée, par une déclaration solennelle, à soutenir et à observer cette Constitution;

Article 20 : Les membres de l'Assemblée des Représentants du Peuple sont les représentants de la Nation siamoise entière, et non pas seulement de ceux qui les ont élus. Ils doivent exercer leurs attributions conformément aux prescriptions de leur conscience et ne sont liés par aucun mandat impératif.

Article 21 : La qualité de membre de l’Assemblée des Représentants du Peuple prend fin :

1° par l’expiration de la période en cours ou par la dissolution de l'Assemblée ;

2° par décès ;

3° par démission ;

4° par la perte de l'une des conditions d'éligibilité déterminées par la loi électorale ;

5° par la révocation prononcée par l'Assemblée si celle-ci estime que la conduite du membre dont il s'agit est susceptible d'être préjudiciable à ses intérêts. Une telle résolution nécessite la majorité des deux tiers des membres présents.

Article 22 : Le Roi nommera les membres de l'Assemblée des Représentants du Peuple que celle-ci aura désignés pour être Président et Vice-Présidents de l'Assemblée.

Article 23 : Le Président de l'Assemblée des Représentants du Peuple dirigera les débats conformément au règlement intérieur. Le Vice Président remplacera le Président quand celui-ci sera absent ou dans l'impossibilité d'exercer ses attributions.

Article 24 : Au cas où, ni le Président, ni le ou les Vice-Présidents n'assistent à une séance de l'Assemblée, les membres présents éliront parmi eux un Président temporaire, pour présider cette séance.

Article 25 : A toute séance de l’Assemblée des Représentants du Peuple, la présence d'un tiers du nombre total de ses membres formera le quorum.

Article 26 : A moins de disposition, spéciale contraire de cette Constitution, toutes les questions seront dans l'Assemblée des Représentants du peuple décidées à la majorité des votes. Chaque membre n'aura qu'une voix. En cas de partage, le Président de la séance aura voix prépondérante.

Article 27 : Dans les séances de l'Assemblée des Représentants du Peuple, les membres, pour les paroles prononcées par eux, soit pour exposer des faits, soit pour exprimer leur opinion ou expliquer leur vote, bénéficieront d'une immunité complète. Aucune procédure légale, quelle qu'elle soit, ne pourra être engagée contre eux.

Ce privilège s'étend à l'impression et à la publication des procès verbaux dé la séance ordonnés par l'Assemblée et aussi aux exposés de faits, et d'opinions faits à l’Assemblée parles personnes qui-y ont été invitées par elle.

Article 28 : L'Assemblée des Représentants du Peuple aura, chaque année, une ou plusieurs sessions régulières, suivant qu'il en sera décidé. La première, session sera convoquée au plus tard 90 jours après l'élection. La date des sessions régulières sera fixée par l'Assemblée.

Article 29 : La durée d'une session régulière de l'Assemblée des Représentants du Peuple sera de 90 jours, mais cette durée pourra être prolongée par le Roi. Pendant la période de quatre-vingt-dix jours, le Roi peut .proroger la session.

Article 30 : Le Roi convoque l'Assemblée des Représentants du Peuple pour sa session régulière : il ouvre la session et en prononce la clôture. Le Roi peut ouvrir la session en personne, ou charger l'héritier du Trône, s'il est majeur, ou le Président du Conseil d'Etal, d'accomplir cette cérémonie à s'a place.

Article 31 : Chaque fois que l'intérêt de l'Etal l'exige, le Roi peut convoquer une session extraordinaire de l'Assemblée.

Article 32 : Toutes les fois qu'ils l'estiment nécessaire dans l'intérêt de l'Etat, un tiers au moins du nombre total des membres de l'Assemblée peuvent adresser au Président de l'Assemblée une demande le  requérant de solliciter du Roi la convocation d'une session extraordinaire. En ce cas, le Président de l'Assemblée devra adresser celte demande au Roi et contresigner le décret du Roi.

Article 33 : Pendant la session de l'Assemblée des Représentants du Peuple, si une action criminelle est intentée contre l'un de ses membres, le tribunal doit obtenir l'autorisation de l'Assemblée avant que l'affaire soit jugée. L'action du tribunal ne doit pas enlever au membre dont il s'agit sa liberté d'assister aux séances de l'Assemblée. Par contre, les procédures judiciaires intervenues, avant qu'il puisse être soulevé une exception de qualité, demeurent valables.

Article 34 : Pendant la durée des sessions de l'Assemblée, aucun de ses membres ne peut être arrêté ou détenu, sauf le cas de flagrant délit auquel cas, avis doit en être donné sans délai au Président de l'Assemblée. Celui-ci peut ordonner la remise en liberté du prisonnier.

Article 35 : Le Roi a le droit de dissoudre l'Assemblée, des Représentants du Peuple en vue de faire procéder à de nouvelles élections. Le décret de dissolution doit prescrire que les nouvelles élections auront lieu dans une période de quatre-vingt-dix jours.

Article 36 : Aucune loi ne peut être promulguée que sur l'avis et avec le consentement de l'Assemblée des Représentants du Peuple.

Article 37 : Le budget annuel de l'Etat doit être fait sous forme de Loi. Si le budget n'est pas achevé à temps pour la nouvelle année, le gouvernement peut appliquer provisoirement le budget de l'année précédente.

Article 38 : Après qu'un projet de loi a été voté par l'Assemblée des Représentants du Peuple, le Président du Conseil d'Etat doit le soumettre à la signature du Roi, et le projet deviendra exécutoire après sa publication au Journal Officiel.

Article 39 : Si le Roi désapprouve le projet, l'Assemblée, après un mois écoulé à dater du jour où le projet a été soumis au Roi par le Président du Conseil d'Etat, — que le dit projet ait été ou non renvoyé à l'Assemblée dans ce délai, — statuera à nouveau sur le projet par un vote secret sur appel nominal. Si l'Assemblée confirme le projet, il sera soumis une seconde fois au Roi. Si le Roi ne le revêt pas de sa signature dans les quinze jours, le projet peut être immédiatement promulgué et publié comme loi.

Article 40 : L'Assemblée des Représentants du Peuple a le pouvoir de contrôle sur les affaires de l'Etat.

En séance de l'Assemblée, chacun de ses membres a le droit d'interpeller les Conseillers d'Etat sur toutes les questions rentrant dans leurs attributions ; mais ceux-ci peuvent refuser de répondre s'ils estiment que la question ne doit pas être rendue publique pour des raisons de sécurité publique ou d'intérêt vital de l'Etat.

Article 41 : L'Assemblée des Représentants du Peuple a le droit d'émettre un vote de défiance contre les Conseillers d'État, individuellement ou collectivement. Une motion de ce genre ne peut être soumise au vote le jour où elle est discutée.

Article 42 : Les séances de l'Assemblée des Représentants du Peuple sont publiques, conformément au règlement de l'Assemblée. Toutefois des séances secrètes peuvent avoir lieu sur la demande du Conseil d'Etat ou de 15 membres au moins.

Article 43 : L'Assemblée des Représentants du Peuple peut nommer, soit une Commission ordinaire composée de membres de l’Assemblée, soit une Commission spéciale composée, de membres de l’Assemblée et de personnes étrangères à l'Assemblée, aux fins d'étudier ou de procéder à une enquête sur toute question rentrant dans les attributions de l'Assemblée et de soumettre à celle-ci un rapport sur la question. Ces Commissions ont le pouvoir de citer toute personne susceptible de donner des explications ou son opinion sur la question faisant l'objet de l'élude ou de l'enquête. Les privilèges de l'Assemblée tels qu'ils sont fixés à l'article 25 de cette Constitution, s'étendent aux personnes qui remplissent leurs obligations conformément aux dispositions du présent article.

Article 44 : Aux séances d'une Commission mentionnée à l'article 43, la présence de la moitié du nombre total de ses membres constitue le quorum.

Article 45 : L'Assemblée des Représentants du Peuple a le pouvoir d'édicter des règles pour la tenue de ses séances et la conduite de ses débats en exécution des dispositions de cette Constitution.

 

Il y a une manifeste incohérence à parler de la souveraineté de la Nation (première partie) tout en attribuant le pouvoir législatif à une assemblée, quel qu’en soit le nom, élue par le « peuple ». C’est l’ « assemblée des représentants du peuple ».

 

Il y aurait eu de longues (et oiseuses) discussions sur le nom que devait porter l'Assemblée législative. Dans la Constitution provisoire, elle était dénommée « Sénat du Peuple », il fut envisagé celui d’ « Assemblée Nationale » mais elle a été baptisée, à l’instigation de Pridi, par un évident souvenir de l’Assemblée issue de la révolution de 1848, « Assemblée des Représentants du Peuple » un point marqué au bénéfice de l'école française. Le journal le plus servilement anglophile du Siam, le Bangkok Times  fit d’ailleurs la grimace (3).  

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Le principe d'une Assemblée unique et « démocratique », c'est-à dire exclusivement élue « par le peuple » (mais nous allons voir comment), est donc définitivement adopté. Éternel choix des constituants, entre une Assemblée unique dont la souveraineté peut conduire au pire excès (tel fut le cas de la « Convention nationale » en France entre 1792 et 1795) ou de la création d’une chambre haute qu’elle soit par essence aristocratique comme l’était la Chambre des lords en Angleterre avant son démantèlement, la chambre des pairs en France jusqu’en 1848 ou élue au suffrage universel mais indirect comme le Sénat américain ou le Sénat français. Tempérer la passion d’une assemblée par la raison d’une chambre haute et confier une parcelle du pouvoir à une chambre haute, « un miroir brisé où la France ne se reconnait pas » disait Gambetta ?

 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Et ces « représentants du peuple », comment seront-ils désignés ?

 

Nous observons seulement que la Loi Constitutionnelle est allégée de tous les détails où s'était complu la rédaction provisoire concernant les conditions d'électorat, d'éligibilité, le mode d'élection et le nombre des représentants. Tout cela est réservé à la future Loi Electorale. La Constitution se borne à fixer la durée du mandat parlementaire : quatre ans. Nous verrons ce que fut la Loi électorale qui conduisit aux élections de 1933.

 

La nouvelle constitution éradique une disposition ouvertement totalitaire de la constitution provisoire :

 

Celle-ci prévoyait en son article 12 que les élections seraient à trois degrés. Au premier degré seraient électeurs tous les habitants d'une commune (moo ban), sans distinction de sexe, âgés de 20 ans accomplis (article 14). Le suffrage est indirect mais reste, à ce stade, universel.  Par contre, et là, nous entrons non plus dans  un système démocratique mais dans un système ouvertement fasciste, pour les deux autres degrés, il faut faire partie de ce que nous appellerions maintenant le « politiquement correct » : « seront éligibles à l'Assemblée et aux collèges électoraux d'arrondissement  (tambon) et de changwat les individus de nationalité siamoise, âgés de 20 ans accomplis, qui auront subi avec succès un examen politique préalable d'après un programme établi par l'Assemblée provisoire (article 11) ».

 

Robert Lingat cite sans frémir une seconde cette disposition, sans même prendre la précaution d’écrire « toutefois ne seront éligibles que ….. ». Le peuple était souverain mais pour être grand électeur au premier degré et grand électeur au second degré, il fallait subir un examen de ce que l’on ne sait trop comment qualifier, de soviet local ou de Conseil fasciste ou du mélange fort peu harmonieux des deux, le Comité du Parti du Peuple, une émanation exclusive de l'Assemblée. Ce silence pudique de Lingat s’explique (voir la note 6 de la première partie de cet article).

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Mais, rassurez-vous, la Constitution prend des précautions contre les personnalités indésirables, agitateurs démagogues ou réformateurs trop audacieux à qui leur qualité de parlementaire vaudrait peut-être un crédit dangereux. Nous restons de façon plus subtile mais tout aussi sournoise dans le « politiquement correct ».

L’article 21 nous apprend que : La qualité de membre de l’Assemblée des Représentants du Peuple prend fin : par ….. « 5° par la révocation prononcée par l'Assemblée si celle-ci estime que la conduite du membre dont il s'agit est susceptible d'être préjudiciable à ses intérêts. Une telle résolution nécessite la majorité des deux tiers des membres présents ».

Comment interpréter autrement cet article aux termes duquel un représentant du peuple peut être révoqué par l'Assemblée, si elle estime que la conduite de ce représentant est préjudiciable à ses intérêts? On s'imagine qu'il s'agit de barrer la route aux agitateurs communistes ou extrémistes : le coup d'Etat du 24 juin en avait peut-être mis quelques-uns en évidence (4). 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Ceci étant, l'Assemblée siamoise reçoit ainsi toutes les attributions des parlements européens : pouvoir législatif (article 36), pouvoir budgétaire (article 37), droit de contrôle (article 40) et d'enquête (article 43) sur toutes les affaires de l'Etat.

 

Nous retrouvons la responsabilité ministérielle devant l'Assemblée, responsabilité collective du Cabinet et responsabilité personnelle de chacun des Ministres (article 41). Un vote de défiance à l'égard du Cabinet doit entraîner sa démission (article 51). Il faut relever qu'une motion de défiance à l'égard du Cabinet ou d'un Ministre, pris individuellement, ne peut être votée le jour même de la discussion (article 41). C'est une sorte de précaution contre ce que le tempérament national peut avoir d'impulsif et une invitation à recourir à la méthode de ces concessions réciproques où excellent les Siamois lorsque le point d'honneur ne les a pas butés.

 

Nous nous trouvons donc devant un régime représentatif qui évite les excès d'un parlementarisme redoutable dans un pays qui vient à peine de naître à la vie politique moderne, une Assemblée unique omnipotente pouvant se révéler une autre et pire forme de l'absolutisme aboli. La session annuelle légale de l'Assemblée est donc limitée à trois mois. Certes, l'Assemblée conserve-t-elle la faculté, soit de décider une ou plusieurs sessions supplémentaires, soit d'adresser une requête au Roi en vue de la convocation d'une session extraordinaire. Mais, le souverain possède de son côté le droit de proroger les sessions et de dissoudre l'Assemblée. Les auteurs de la Constitution ont d’évidence voulu prémunir leur pays contre les possibilités d'une dictature, dictature du monarque ou dictature d'un parti.

 

Ainsi le Roi peut dissoudre l'Assemblée en vertu de son pouvoir souverain sans prendre avis ni conseil que de lui-même.

 

Mais il n'a pas le droit constitutionnel de supprimer le Parlement et de nouvelles élections doivent avoir lieu dans les trois mois. De même, au point de vue constitutionnel, un parti politique ne peut imposer ses directives ou ses ordres à ceux de ses membres qui font partie de l'Assemblée. 

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Le mandat impératif est expressément interdit (5). L'élu représente la nation entière et doit voter suivant sa conscience ; il prête serment à la Constitution. Il y a dans tout cela une réaction évidente contre les tendances dictatoriales du Parti du Peuple, auteur du coup d'Etat et la constitution provisoire du mois de juin.

 

Chapitre 4 : Le Conseil d’état :

 

Article 46 : Le Roi nomme un Conseil d'Etat, composé d'un Président et de quatorze à vingt-quatre conseillers d'Etat. La nomination du Président du Conseil d'Etat doit être contresignée par le Président de l'Assemblée. Le Conseil d'Etal est chargé de la conduite du Gouvernement de l'Etat.

Article 47 : Le Président et quatorze conseillers d'Etat doivent être choisis parmi les membres de l'Assemblée des représentants du peuple. Les autres conseillers peuvent être choisis parmi les personnes ayant des connaissances ou une expérience spéciales. Ces personnes peuvent n'être pas membres de l'Assemblée, mais doivent être aptes à occuper une situation politique.

Article 48 : Les conseillers d'Etat qui ne sont pas membres de l'Assemblée des représentants du peuple ont droit d'entrée et de parole aux .séances de l'Assemblée, mais sans droit de vote. Les privilèges énumérés à l'art. 27 ci-dessus s'appliquent à eux « mutadis mutandis ».

Article 49 : La nomination d'un membre de l'Assemblée des représentants du peuple comme Conseiller d'Etat ne l'oblige pas à démissionner de l'Assemblée.

Article 50 : Le Conseil d'Etat doit posséder la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple pour la conduite des affaires de l'Etat.

Un Conseiller d'Etat qui a été chargé d'un ministère est constitutionnellement responsable vis-à-vis de l'Assemblée pour les actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions. Chaque Conseiller d'Etat, qu'il ait été ou non chargé d'un ministère, est collectivement responsable de la politique générale du Gouvernement.

Article 51 : Le Conseil d'Etat doit démissionner collectivement quand l'Assemblée des représentants du peuple a émis un vote de défiance contre le Conseil, ou quand l’Assemblée qui lui a donné un vote de confiance a cessé d'exister. Dans les deux cas, le Conseil démissionnaire reste en charge jusqu'à ce que le nouveau Conseil assume ses fonctions.

Outre cette cause la qualité de membres du Conseil d'Etat prend fin individuellement

1° par décès;

2° par démission;

3° par perte des qualités requises à l'art. 21;

4° à la suite d'un vote de défiance émis par l'Assemblée.

Article 52 : En cas d'urgence, lorsqu'une réunion de l’Assemblée des représentants du peuple ne peut être convoquée en temps utile, le Roi peut prendre des décrets d'urgence qui auront provisoirement force de loi.

Ces décrets seront soumis à l'approbation de l’Assemblée dès sa prochaine réunion. Si elle les approuve, ils deviendront immédiatement lois; dans le cas contraire, ils cesseront d'être en vigueur. Néanmoins, cette décision de l'Assemblée n'affectera pas la validité des actes faits pendant la période où les décrets d'urgence étaient en vigueur.

L'approbation ou la désapprobation de l'Assemblée sera exprimée en forme de loi.

Article 53 : Le Roi proclame la loi -martiale dans les conditions et de la manière prescrites par la législation en cette matière.

Article 54. Le Roi déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités avec les Etats étrangers.

Une déclaration de guerre ne peut intervenir que si elle n'est pas contraire aux dispositions du pacte de la Société des Nations.

Les traités qui opèrent une -modification dans le territoire du Siam, ou pour l'application des dispositions desquels une loi est nécessaire, doivent recevoir l'approbation de l'Assemblée des représentants du peuple.

Article 55. Le droit de grâce appartient au Roi.

Article 56. Le Roi peut faire des règlements royaux, à condition qu'ils ne soient pas en contradiction avec les lois.

Article 57. Sous réserve des prescriptions des articles 32 et 46, toute loi, tout rescrit royal et tout ordre royal relatifs aux affaires de l'Etat doivent être contresignés par un membre du Conseil d'Etat qui, de ce fait en assume la responsabilité.

 

Le pouvoir exécutif ou plutôt la « conduite du Gouvernement », incombe à un Conseil d'Etat  qui, par sa composition et ses attributions, diffère fondamentalement du Comité établi par la Constitution provisoire. Le Conseil d'Etat comprend un minimum de 15 membres (comme l'ancien Comité), mais il peut recevoir un nombre de membres supplémentaires jusqu'à concurrence d'un total de 25 (président compris).

 

On peut s’étonner de lire sous la plume de Robert Lingat : « La nouvelle Constitution ne diffère pas, dans ses grandes lignes, de la Constitution provisoire du 27 juin ».

 

Première constatation :

 

toute idée de dictature de parti semble écartée, le nom même de Parti du Peuple a disparu, et cette suppression a une portée considérable.

 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Seconde constatation : 

 

le Conseil d'Etat n'est pas, comme l'était le Comité du Parti du Peuple, une émanation exclusive de l'Assemblée. Certes, l'Assemblée joue-t-elle un rôle direct et prépondérant dans le choix du Conseil d'Etat  et dans son maintien à la tête des affaires, puisque le Président du Conseil et quatorze Conseillers sur 24 doivent appartenir à l'Assemblée et que celle-ci par un vote de défiance reste toujours maîtresse d'amener la démission collective du Conseil.

 

Mais il y a une contrepartie. En vertu des dispositions de l'article 47, le Roi peut nommer Conseillers d'Etat dix personnalités, prises en dehors de l'Assemblée, et qui, par leur valeur ou les services déjà rendus, lui paraissent qualifiées pour une participation au Gouvernement du pays. Ainsi la possibilité reste ouverte au Monarque d'introduire dans l'organe exécutif des hommes investis de sa confiance et peut-être acquis à ses desseins. L'influence, sinon l'intervention personnelle du souverain pourra dès lors s'exercer dans l'ombre sans porter atteinte à l'axiome des monarchies constitutionnelles : « Le Roi règne mais ne gouverne pas. »

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

La portée de la concession faite à l'autorité royale est fondamentale : il suffit au Monarque du contreseing d'un seul Conseiller d'Etat pour prononcer légalement la dissolution de l'Assemblée.

 

Peut-on dans ces conditions assimiler le Conseil d'Etat au Cabinet ou au Conseil des Ministres d'un régime parlementaire occidental ?

 

Le Conseil d’Etat n’a pas de tête. Sans doute la Constitution pose-t-elle le principe de la responsabilité collective du Conseil devant l'Assemblée des représentants du peuple et de la responsabilité individuelle des Ministres dans l'exercice de leurs fonctions. Mais, sur bien des points importants, le texte est loin d'être explicite. On ne peut par exemple tirer de sa lecture que tout chef d'un département ministériel fasse nécessairement parti du Conseil d'Etat ni surtout que le Président du Conseil d'Etat ait les attributions dévolues en France au Président du Conseil des Ministres ou eu Angleterre au Premier. Revenons à l’esprit des réformateurs du 24 juin : dans leur zèle révolutionnaire à extirper tout vestige de pouvoir personnel, les hommes du Parti du Peuple se montraient particulièrement hostiles à l'idée de voir un Président du Conseil constituer lui-même son Ministère et diriger la politique du pays avec des collaborateurs à sa dévotion : « Il y a cinq mois, il suffisait de parler d'un Premier Ministre éventuel pour faire froncer les sourcils, car le seul Premier que l'on voulût admettre était le Comité Exécutif qui  effectivement en exerçait les fonctions. » (6). A cet égard, les rédacteurs de la Constitution définitive ont eu le scrupule de ne pas démentir la Constitution provisoire et théoriquement, ils n'ont pas établi de Premier Ministre.

 

On relève d’ailleurs de troublantes similitudes entre le Conseil d'Etat siamois et ce qui pourrait bien selon une heureuse expression d’Archimbaud, être son « père putatif », le Conseil ou « Yuan » exécutif de la République chinoise de 1928. ou ses ordres à ceux de ses membres qui font partie de l'Assemblée. 

 

 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Cette constitution est le résultat d'un compromis entre une révolution qui n'a pas tout gagné et une monarchie qui n'a pas tout perdu, ce qui va occasionner, nous le verrons, des retours périodiques de crises et de conflits.

 

Relevons une singularité formelle : La Constitution provisoire avait attribué au Comité Exécutif du Parti du Peuple un certain nombre de droits ou prérogatives, que la Constitution définitive a réintégrés dans la fonction royale. Toutefois le législateur n'a pas cru devoir les changer de chapitre et nous les trouvons énumérés dans les six derniers articles (52 à 57) du chapitre consacré au Conseil d'Etat.   La rédaction de la constitution laisse apparaître quelques lacunes dans sa construction formelle comme nous l’avons dit, fruit probable d’une rédaction précipitée ? (7).

 

Chapitre cinq : Les tribunaux.

 

Article 58. Le pouvoir judiciaire sera exercé au nom du Roi par les tribunaux conformément aux lois.

Article 59 : Aucun tribunal ne pourra être établi que par une loi.

Article 60 : Les juges sont indépendants dans le jugement des procès et prononcent leurs sentences conformément aux lois.

 

 

Il n’y a rien autre à commenter. Les Tribunaux siamois étaient évidemment totalement indépendants du pouvoir exécutif, ils le sont toujours, tout comme le sont toujours aussi à ce jour les Tribunaux français.

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Chapitre six : Dispositions finales :

 

Article 61 : Les dispositions de toute loi qui seraient contraires à cette constitution ou en conflit avec elles sont nulles et sans valeur.

Article 62 : Le droit d'interpréter cette constitution appartient exclusivement à l'Assemblée des représentants du peuple.

Article 63 : Cette constitution ne peut être modifiée que dans les conditions suivantes :

1° Une proposition d'amendement ne peut être faite que par le Conseil d'Etat ou par un quart au moins du nombre total des membres de l'Assemblée des représentants du peuple;

2° Quand une proposition a été adoptée, aucune autre suite ne peut lui être donnée pendant une période d'un mois. A l'expiration de cette période, la proposition doit être soumise à nouveau à l'Assemblée;

3° Le vote doit avoir lieu sur appel nominal, et le nombre des votes en faveur de l'amendement être au moins des trois quarts du nombre total des membres de l'Assemblée.

Quand à ces deux reprises le vote aura eu lieu de la façon ci-dessus prescrite, il sera procédé conformément aux articles 38 et 39.

 

Nous avons parlé de quelques négligences rédactionnelles, il y a ici quelque incohérence à mettre le « final » avant le « transitoire » !

 

Il est dit dans l’exposé des motifs que ce chapitre contient des dispositions constitutionnelles qui n'auraient pu trouver place dans les autres chapitres.

 

Les plus importantes parmi elles figurent aux articles 62 et 63 relatifs à l’interprétation et à la modification de la constitution. La référence à la constitution américaine est probable : Il est possible que les rédacteurs se soient en effet inspirés à cet égard de la Constitution américaine. Commentant le projet de Constitution le Bangkok Times écrivait : « Le trait saillant de la Constitution des Etats-Unis est le formidable appareil de dispositions qui s'oppose aux changements; et le Siam s'est montré également soucieux de prévenir tout au  moins des modifications inconsidérées ».

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Chapitre sept : entrée en vigueur de la constitution et dispositions transitoires :

 

Article 64 : Sous réserve des prescriptions de ce chapitre, la Constitution entrera en vigueur à dater du jour de sa publication.

Article 65 : Jusqu'à l'époque où plus de la -moitié du nombre total des citoyens appelés à voter pour les candidats à l'Assemblée des représentants du peuple en vertu de cette Constitution auront passé leur examen d'éducation primaire, et au plus tard dix ans après la date où est entrée en vigueur la Constitution provisoire du Siam de l'an 2475 de l'ère bouddhique, l'Assemblée des représentants du peuple sera composée de deux catégories de membres en nombre égal ;

1° Les membres de la première catégorie sont ceux qui seront élus par le peuple dans les conditions fixées par les articles 16 et 17;

2° Les membres de la seconde catégorie sont ceux qui seront nommés par le Roi conformément à la loi sur l'élection des membres de l’Assemblée, des représentants du peuple pendant la période d'application des dispositions transitoires de la Constitution provisoire de l'an 2475.

Article 66. Si pendant la période visée à l'article 65 il est procédé à une dissolution de l'Assemblée des représentants du peuple conformément aux dispositions de l'article 35, cette dissolution ne produira effet qu'à l'égard des membres de la première catégorie.

Article 67. Sous réserve des dispositions de l'article 21 (2°, 3°, 4°, 5°), les membres de la deuxième catégorie, occuperont leurs sièges pendant toute la période fixée par l'article 65 ; mais ils ne pourront se réunir en Assemblée si cette dernière est dissoute conformément à l'article 31.

Article 68. A partir de l'entrée en vigueur de cette Constitution, et jusqu'au moment où les membres prévus à l'article 65 auront assumé leurs fonctions, l’Assemblée des représentants du peuple continuera à être composée des soixante-dix membres qui ont été nommés en vertu de la Constitution provisoire du Siam de l'an 2475.

 

Ce dernier chapitre consacre, au moins en apparence, la révolution du 24 juin, en assurant aux fondateurs du Parti du peuple leurs sièges à l'Assemblée des représentants aussi longtemps que la majorité des électeurs n'aura pas fait ses preuves d'instruction primaire et, s'il le faut, pendant une période de dix ans. Telle est en effet la disposition transitoire prévue à l'article 10 de la Constitution provisoire. Ce privilège institué au bénéfice des membres du Sénat révolutionnaire, la Constitution définitive le leur reconnaît expressément dans son article 65-2°. Elle n'y ajoute qu'une nuance, mais qui est de taille : les représentants, issus de la révolution, seront nommés par le Roi. Les rédacteurs ont cru toutefois devoir expliquer ce privilège d'une façon qui écarte désormais l'idée d'une dictature de parti. « Le chapitre VII » dit l'exposé des motifs auquel nous nous sommes plusieurs fois référés « ne contient que des dispositions transitoires. La Constitution provisoire avait prévu trois périodes pour l'application de la réforme constitutionnelle, et  les dispositions transitoires dont il s'agit ici visent la seconde période: La partie la plus importante du chapitre VII est celle de  l'article 65 qui a trait à la création d'une Assemblée Nationale dont les membres appartiennent à deux catégories, la première formée de membres élus par le peuple et la seconde de membres nommés  par le Roi. Les membres de l'Assemblée sont répartis en deux catégories, parce que nous venons à peine d'adopter une Constitution dont le fonctionnement ne nous est pas encore absolument familier; et par suite, il a paru opportun qu'une catégorie de représentants possédant déjà quelque expérience politique soit désignée pour participer aux travaux de l'Assemblée en collaboration avec  les représentants de la catégorie élue par le peuple. »

 

Tout cela est fort clair : il n'est plus question de Parti du Peuple, le nom même n'en est pas prononcé.

*** 

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Si nous nous sommes attardés longuement et avec complaisance sur la vision qu’avaient nos « coloniaux » des événements de 1932, c’est pour la seule raison que tous craignaient que la possibilité d’une « bolchévisation » du Siam ne soit contagieuse et ne fasse tâche d’huile aux travers de 2.000 kilomètres d’une frontière qui constituait une passoire. Si Henri Cucherousset a de solides affinités avec la droite nationale ou nationaliste, Archimbaud pour sa part appartient au Parti Radical qui manifeste à cette époque tout à la fois un anticommunisme viscéral et un anti cléricalisme maladif.

Le risque fut-il réel ? Il est évidemment aisé d’en discuter un peu plus de 60 ans plus tard. N’oublions toujours pas que le quart, au moins, des réformateurs, le plus virulent, avait du sang chinois dans les veines. Nos deux journalistes français manifestent une crainte, c’est que dans cette lutte entre un vieux Siam conservateur et un jeune Siam réformiste et derrière eux deux éléments ethniques dont on ne peut prédire lequel finira par s'arroger la primauté, s’affrontent un élément siamois attaché à un système aristocratique couronné par un monarque et un élément chinois qui est soupçonné de se diriger vers une démocratie en partie bolchévisante. Il ne faut tout de même pas oublier que la crainte de nos journalistes n’était pas innocente : Tout ce que l’Indochine française compte de nationalistes, d’indépendantistes ou de militants bolcheviks est accueilli sans barguigner au Siam. Hô Chi Minh pour ne citer que lui vit au Siam (soi-disant) dans la clandestinité de la fin des années 20  au début des années 30, on peut toujours visiter à Nakhon Phanom la maison qu’il avait ou aurait occupée. Ils sont accueillis par les Siamois avec une totale inconscience et inscrits en masse avec tout autant d’inconscience par nos consuls sur la liste des protégés français. Impunité au Siam puisque protégés français, impunité en Indochine puisqu’ils ont passé la frontière. La crainte d’une contagion par osmose sur notre Indochine n’était donc pas une hypothèse d’école. Nous savons pour avoir analysé la grève des Chinois du Siam en 1910 que la communauté était probablement partiellement sinon largement « bolchévisée ».

 

***

 

La Constitution du 12 décembre 1932 a fondé au Siam une monarchie constitutionnelle et placé dans une Assemblée représentative la source unique de la légalité, l'initiative des propositions de loi appartenant d'ailleurs aussi bien au roi ou à ses ministres qu'aux membres de l'Assemblée. Les auteurs de la Constitution ont donné la préférence à un régime parlementaire unicaméral, comportant l'admission des ministres à la Chambre et leur responsabilité devant elle. Mais face à une chambre unique, ils ont dressé un rempart, un pouvoir royal fort quoique limité : fort, en ce sens que le monarque a qualité pour ratifier la loi et dissoudre l'Assemblée ; limité, en ce que le veto du Roi ne saurait être que suspensif et que le droit de dissolution n'implique pas celui de gouverner sans Parlement. La Constitution siamoise crée un Conseil d'Etat qui par sa composition et son rôle tient à la fois d’un Conseil des Ministres en régime parlementaire, du Conseil Privé de la défunte monarchie absolue et du « Yuan » exécutif de la République chinoise. Recruté en partie dans l'Assemblée, et en partie seulement, et, responsable devant elle, le Conseil d'Etat a pour fondement de son autorité la confiance des représentants du peuple. Mais en même temps il ne faut pas oublier que les deux cinquièmes de ses membres sont nommés directement par le Roi. En cas de dissentiment entre la couronne et le Parlement, le monarque trouvera ainsi dans le Conseil d'Etat une ou plusieurs personnalités, une seule suffirait, entrant dans ses vues politiques, et lui offrant, par la dissolution d'une Assemblée récalcitrante, le moyen légal de gagner du temps: Or, en un pays tel que le Siam où à l'explosion d'une violence impulsive succède toujours une longue période de bon sens résigné, gagner du temps, c'est gagner la partie. On sait par ailleurs que la nation siamoise est l'une des plus métissées, l'une des moins homogènes qui soient au monde, la classe cultivée y reflète un mélange ethnographique et un conflit de tendances spirituelles, accentués par la diversité des écoles étrangères où s'instruit la jeunesse. De cette diversité et de ce conflit, il est aisé de trouver les traces dans la première Loi Constitutionnelle que le Siam a cru tirer de son propre fonds. En examinant cette loi et en la commentant article par article, nous nous sommes pris à songer tantôt à la Constitution américaine tantôt à la japonaise, tantôt à telle autre. Toutefois, l'évocation de la Constitution chinoise de 1928 s'impose. La ressemblance est criante lorsque le 27 juin les réformateurs firent signer au Roi leur Constitution provisoire : tout y rappelait la Chine du Kuomintang, et les trois périodes successives de pouvoir militaire, de tutelle politique, de régime constitutionnel et la dictature du Parti du Peuple et le fonctionnement du Comité Exécutif. Mais le nouveau Gouvernement siamois donna aux puissances étrangères les assurances les plus satisfaisantes quant à son désir de maintenir l'ordre dans le royaume et de s'opposer à toute aventure communiste. 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Il importait alors de savoir quel serait le résultat des futures élections générales, feraient-elles appel à un large suffrage populaire souhaité par Luang Pradit ou se borneraient-elles à instaurer un suffrage restreint basé sur le cens électoral et les capacités. La réponse fut claire : les élections générales ont pu se dérouler paisiblement l’année suivante, le 15 novembre. Nous en avons longuement parlé, n’y revenons pas (9).

 

Concrètement le dernier mot appartint à l'effectif total du corps électoral composé au final de 5.036 délégués, On peut évidemment considérer sans rire que les 78 députés élus par 5.036 électeurs l’ont été de façon « démocratique ».

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

Messieurs Archimbaud et Cucherousset furent rassurés, la Constitution du 10 décembre et surtout la loi électorale marqua l’acte de décès du parti du peuple et des risques de bolchévisation, mais il est des morts qui ressuscitent. Si la bolchévisation du Siam ne réussit pas, celle de l’Indochine française (Vietnam, Laos et dans une moindre mesure Cambodge) ne fut pas le fruit d’une contagion siamoise.

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

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Notes

 

(1) … moins toutefois que celui de la constitution provisoire qui est véritablement bâclé.

 

(2) Voilà bien pourtant un paramètre dont nul ne parle mais dont il faut bien parler puisqu’il n’était de toute évidence certainement pas étranger à l’attitude du roi. Quatorze ans auparavant seulement, et sur ordre de Lénine, les bolcheviks, pour éradiquer toute possibilité de renaissance du régime tsariste, avaient assassiné non seulement le tsar et sa famille mais toute une série de princes qui tenaient de près ou de loin à la famille Romanov. Le roi, pour autant que cette crainte ait existé, en eut du moins une confirmation à postériori lorsque, pendant la guerre civile espagnole, les rouges fusillèrent (deux ou trois douzaines, martyrs oubliés de l’histoire) tout ce qui leur tombait sous la main et qui de près ou de loin  touchait à la famille prolifique des Bourbons d’Espagne pour éradiquer la dynastie, en vain d’ailleurs puisque c’est toujours un Bourbon qui règne à Madrid.

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

(3) Article du 7 décembre : « Au seul point de vue de la dénomination on ne peut  que regretter que l'Assemblée reçoive désormais le qualificatif d’« Assemblée des Représentants du Peuple ». Ce changement, bien entendu, n'affecte en rien les pouvoirs et obligations du Parlement siamois, et notre objection ne porte que sur l'adoption d'un terme un peu lourd, alors que le Comité de Rédaction en avait choisi un  parfaitement digne et à tous égards satisfaisant... L'exposé des motifs, annexé au projet, a bien mis en lumière là pensée des rédacteurs en disant : L'Assemblée doit sa naissance au peuple, comme l'implique son nom d'Assemblée Nationale. C'est évidement le désir d'inclure dans la Constitution le terme de Peuple qui a prévalu sur toutes les autres considérations, et c'est, après  tout, une affaire qui ne regarde que le Siam. »

 

(4) Ne soyons toutefois pas étonnés de cette disposition en un temps où nos députés et sénateurs français bénéficient de l’immunité parlementaire : Jusqu’en 1958, l’assemblée nationale était elle-même juge de la validité de l’élection de ses membres, ce qui conduisit à quelques évictions scandaleuses, éviction de députés bonapartistes sous la IIIème république, évictions de députés poujadistes sous la IVème république. La constitution du 4 octobre 1958 mit fin à ces dispositions honteuses en créant à cette fin le Conseil Constitutionnel.

 

(5) Le mandat impératif est lié à la notion de souveraineté populaire définie par Rousseau qui s'oppose à la souveraineté nationale. Les représentants du peuple doivent respecter le mandat qu’ils ont reçu de leurs électeurs, ils détiennent un mandat impératif et ne représentent que les électeurs qui les ont élus. Tel est le cas des grands électeurs pour les élections à la présidence des États-Unis. Les mandats impératifs ont toujours été interdits par les Constitution successives de la France. Sous la IIIème république, les comités électoraux cherchèrent à contourner cette interdiction en faisant signer à leurs candidats des « lettres de démission en blanc » que les instances judicaires annulaient de façon systématique. Ils sont interdits et frappés de nullité par la constitution de la Vème république (article 27 « Tout mandat impératif est nul »). Dans un régime politique qui a choisi la souveraineté nationale, les élus sont censés représenter l'ensemble de la nation. C’est une pure fiction qui a toutefois connu en France un émouvant cas pratique : lorsque les départements d’Alsace et de Lorraine germanophone furent annexés par la Prusse, leurs députés voulurent démissionner de l’Assemblée nationale. Il leur fut alors rétorqué qu’ils n’étaient pas les représentants des populations des départements conquis mais les représentants de la France. Mais allez-donc faire comprendre aux électeurs de Marseille que le député de Metz était censé le représenter ! Cette fiction qui n’a évidemment pas échappé aux rédacteurs permet aux élus de violer allégrement leurs promesses électorales. Rien de nouveau sous le soleil.

 

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).

(6) « Bangkok Times », éditorial du 19 novembre.

 

(7) Lors de la préparation de la Constitution du 4 octobre 1958, le Général De Gaulle aurait exigé de Michel Debré, son garde des sceaux, qu’il soumette le texte à un membre de l’Académie française pour que sa forme en fut parfaite. Ce fut probablement le baron Antoine de Levis-Mirepoix qui en fut chargé. Pour récompense, il reçut du Général via la chancellerie l’autorisation de porter officiellement son titre de Duc espagnol.

 

(8) La constitution utilise explicitement le mot de « pouvoir judiciaire ». Comparons-là avec la constitution française de 1958 qui utilise le terme d’ « autorité judiciaire » lourd de sous-entendu !

 

(9) Voir notre article A 182 « Une journée d’élection peu ordinaire ».

 

Une série de timbres imprimées le 24 juin 1939 pour célébrer le septième anniversaire de l'accession du Siam à la démocratie représente le siège des forces armées ("The royal thai survey depatment"), faut-il y voir un symbole ?

189 – 2 – LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932 (SUITE ET FIN).
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