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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 22:55

 

L’histoire du Christianisme, du Judaïsme, de l'Hindouisme et de l'Islam sont systématiquement marquées par la violence. A travers les âges, les religieux ont toujours invoqué un mandat divin pour massacrer les infidèles, les hérétiques, jusqu'aux dévots au sein de leurs propres rangs.

 

 

Il est à la mode de penser que le Bouddhisme est différent et qu'il se distingue nettement de la violence chronique des autres religions. Il est devenu de bon ton de bêler d’admiration devant chaque phrase qui tombe de la bouche du Dalaï Lama ou de  Aung San Suu Ky pour ne parler que de deux icônes bouddhistes bénéficiaires des 9 millions de couronnes du prix Nobel de la paix.

 

 

Certes, pour certains en Occident, le Bouddhisme est une discipline spirituelle et psychologique plus qu’une théologie au sens habituel. Il offre des techniques de méditation censées promouvoir la lumière et l'harmonie en soi. Mais à l’instar de n’importe quel autre système de croyance, le Bouddhisme ne doit pas être appréhendé uniquement par ses enseignements, mais aussi en fonction du comportement effectif de ses partisans. En ce sens l’histoire du bouddhisme tel du moins que nous le connaissons en pays theravada (Sri Lanka – Birmanie - Laos – Thaïlande – Cambodge est significative. Nous ne nous attarderons pas sur les pays soumis au bouddhisme Mahayana ou au bouddhisme tibétain mais les conclusions seraient les mêmes.

 

 

 

Au Sri Lanka par exemple – d’où nous est venu le bouddhiste Theravada - le mouvement Tamoul du Janatha Vimukthi Peramuna avait créé ses armées bouddhistes et s’est lancé dans plusieurs mouvements insurrectionnels réprimés par le gouvernement central tout aussi bouddhiste avec un bilan probable de 100.000 morts.

 

 

En septembre 2007, des moines bouddhistes birmans utilisèrent les méthodes de protestation non-violentes de Gandhi  (sur lesquelles nous reviendrons, mais cette autre icône n’était pas bouddhiste mais hindouiste) contre leur gouvernement et ont été victimes de la réaction particulièrement brutale du gouvernement, lequel – également bouddhiste – s’est lancé dans une vaste en sanglante action de répression contre la minorité musulmane des Rohingya -  opération qualifiée parfois à tort ou à raison de génocide. En 2012 les affrontements entre les deux minorités ont fait plus de 180 morts et 100.000 personnes déplacées. La même année les émeutes anti-musulmanes dans le centre du pays firent 40 morts. Un mouvement bouddhiste extrémiste, le « 969  », qui prétend protéger « la race et la religion birmane » serait même à l'origine de ces émeutes sanglantes.

 

 

A la tête de ce groupuscule nationaliste dont le nom fait référence à trois principes de base du bouddhisme (les neuf attributs spéciaux de Bouddha, les six attributs de son enseignement et les neuf attributs spéciaux de l'ordre bouddhiste, le «Sangha»), le moine Wintharu, sorti de prison en 2012 après une condamnation pour « incitation à la haine envers les musulmans ».

 

 

Pour nous éloigner de l‘histoire contemporaine et revenir sur celle du Siam, est-il plus triste exemple que celui du fondateur de la dernière dynastie birmane, Alaungpaya (1752-1760), qui fut un bodhisattva peut-être autoproclamé .

 

 

Il est toujours le héros honoré comme l’unificateur de la Birmanie dans des guerres sanglantes et en 1759 attaqua Ayutthaya qu’il ne considérait pas comme un véritable royaume bouddhiste. À sa mort, son fils Hsinbyushin (1760-1776) acheva la tâche en détruisant presque totalement la capitale en 1767 et en déportant des milliers de ses habitants.

 

 

Il fit fondre les statues de Bouddha pour en extraire de l'or. De retour chez lui, cependant, il a reconstruit le Shwedagon Dagoba, qui avait été endommagé par le tremblement de terre, et l'a agrandi, l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme en Birmanie.

 

 

Ces rappels historiques font quelque peu vaciller l’image communément répandue en Occident en particulier par un dalaï-lama, non-violent, détaché des passions et des biens matériels et qui a au demeurant d’ailleurs condamné les violences faites aux musulmans en Birmanie à de nombreuses occasions.

 

 

Malgré ces exemples vertueux que nous lui connaissons, le bouddhisme pourrait-il inciter à la haine? Se fait-on une idée trop simpliste de cette religion en Occident ?

 

Le discours du bouddhisme sur la violence n'est pas univoque mais ambivalent. Au cours de deux millénaires d'interaction avec la société séculière, une casuistique s'est dégagée, qui justifie à la fois l'usage de la violence pour la défense de la doctrine, et la condamne dans les relations sociales internes à la société bouddhiste.


Qu’on le veuille ou non, la violence est un phénomène social qui imprègne toutes les traditions religieuses. En ce qui concerne le bouddhisme, il existe une longue liste d’histoire de bouddhistes qui s'engagent dans des conflits et des guerres. Les monastères bouddhistes ont servi d'avant-postes militaires, les moines ont mené des révoltes et les principes bouddhistes ont servi de rhétorique de guerre aux chefs d'État. Certains de ces actes de violence s'inspirent des écritures bouddhistes; d'autres invoquent des symboles bouddhistes. L'élément central qui entraîne peut-être les traditions bouddhistes dans le domaine de la violence est leur identification : « Je suis bouddhiste », qui coïncide souvent avec un certain nombre de marqueurs ethniques et nationaux (bouddhiste sri-lankais, bouddhiste tibétain, bouddhiste thaï, etc.).

 

La construction d'une identité nécessite la distinction entre ceux à l'intérieur et à l'extérieur de la communauté.

 

Cet élément politisé a été la genèse de nombreuses formes structurelles de violence au cours des siècles. Dans les premières sociétés du sud-est asiatique, les traditions bouddhistes étaient aniconiques et sans marqueurs d'identité stricts, et c’est au Grecs que nous devons les premières représentations de Bouddha (1).

 

 

Le changement intervient dès le premier siècle de notre ère. Le développement d’une identité bouddhiste a conduit les adeptes du Buddhadharma (enseignement de Bouddha) à une nouvelle vision de la politique et des formes d'altérité.

 

Depuis le troisième siècle avant notre ère, les bouddhistes se sont affrontés avec des adversaires de différentes confessions, bouddhistes de différents pays, et même bouddhistes de différentes lignées dans le même pays. Dans la plupart des cas, le mélange de l'autorité bouddhiste et du pouvoir politique fournissent les recettes de la violence.

 

Les premières écritures étaient ambiguës quant à la relation entre les principes bouddhistes et la souveraineté régalienne, en partie en raison du patronage essentiel de Bouddha par les monarques du nord de l'Inde, de Magadha et de Kosala, au cinquième siècle avant notre ère. Au fur et à mesure que les États se développaient, l'autorité bouddhiste servit à légitimer les rois et les dirigeants en leur accordant des titres mi religieux mi- politiques : Ainsi le terme védique de chakravartin, « celui qui gouverne au moyen d’une roue»,

 

 

c’est-à-dire le monarque universel, régissant l'ensemble du monde par sa sagesse et sa vertu ou encore celui de dhammaraja, « dirigeant de la doctrine bouddhiste », c‘est à dire le Roi juste, ou encore dalaï lama qui signifierait « Océan de sagesse ».  Parallèlement, c’est dans le monde romain l’époque de la naissance du Césaro-papisme

 

 

Les États bouddhistes utilisent alors la violence à l'extérieur comme à l'intérieur.  La première littérature religieuse du sud-est asiatique fait référence aux obligations des dirigeants de protéger leurs sujets contre les forces extérieures ce qui implique la guerre et de faire respecter la loi à l’intérieur en infligeant les sanctions physiques.

 

 

À l'ère des États-nations et de la construction de la nation, les bouddhistes comme les Thaïs, les Tibétains, les Cambodgiens, les Birmans et même les Laos communistes considèrent leur nationalité intimement liée au bouddhisme. En raison de cette collusion d'identités, une attaque contre la nation devient une attaque contre le bouddhisme et vice versa.

 

La question de ces identités multiples et interdépendantes nécessite la réponse à une question plus large et surtout plus problématique : qu'est-ce que le bouddhisme?

 

Les statistiques concernant le nombre des bouddhistes dans le monde ne brillent ni par la précision, ni par la fiabilité. Selon des calculs qui se recoupent plus ou moins, à l’exclusion de la Chine où leur nombre est à ce jour inconnu, il est néanmoins possible d’évaluer entre 500 et 700 millions les fidèles qui s’en réclament, le classant ainsi au quatrième rang des grandes croyances. Environ 38 % de ses adeptes se rattachent au Theravada (Petit Véhicule), plus de la moitié (56 %) au Mahayana (Grand Véhicule) et 6 % se définissent par rapport aux quatre grandes écoles tibétaines (Vajrayana, ou Véhicule de Diamant). Il y a en tous cas des bouddhistes dans plus de 135 pays, et chaque communauté possède des caractéristiques uniques endémiques à son école et à son emplacement. De cette manière, le bouddhisme est un système religieux mondial qui englobe un couvert de personnes, de rituels, d'écritures et de croyances.

 

Mais quelle est le lien théorique qui lie ces communautés entre-elles?

 

 

C’est évidemment les enseignements de Bouddha. Les bouddhistes du monde entier se réfugient dans Bouddha, qu'il soit conçu comme historique ou cosmologique. Bien que les enseignements varient selon les communautés bouddhistes, tous reconnaissent les quatre nobles vérités mais c’est bien le seul lien entre elles.

 

La première noble vérité (Dukkha) est que l'existence que nous connaissons, est imbue de souffrances : la naissance est une souffrance, la vieillesse est une souffrance, la maladie est une souffrance, la mort est une souffrance, être uni à ce que l'on n'aime pas est une souffrance.

 

La deuxième noble vérité (samudaya) décrit l'origine ou l'apparition du dukkha. Les souffrances existent parce qu'il y a des causes qui entraînent leur apparition. Donc il est tout à fait logique de connaître ces causes.

 

La troisième noble vérité (nirodha) concerne la cessation ou l'extinction des souffrances. Ces souffrances sont réelles et elles ne cessent de nous tourmenter, nous sommes obligés de nous interroger sur les origines de ces souffrances. Une fois que les origines sont connues, on agit sur les causes pour les éradiquer, jusqu'à atteindre la « libération finale »

 

La quatrième noble vérité (magga) est celle du chemin menant à la cessation des souffrances. Ce chemin est le « noble sentier octuple »: vision correcte, pensée correcte, parole correcte, action correcte, profession correcte, effort correct, attention correcte et contemplation correcte. Par la pratique simultanée des huit composantes du chemin sans en omettre aucune, les bouddhistes pratiquants atteignent progressivement le « but » du chemin, le  nirvana.

 

Il y a donc une cessation à cette souffrance, et un chemin vers cette cessation. Il n'y a pas d'initiation au bouddhisme comme dans le cas d'un baptême chrétien ou de la déclaration de foi islamique (shahadah), bien que certaines traditions bouddhistes  externes au Theravada aient conservé des rites initiatiques.

 

Proche d’une confession de foi laïque les traditions bouddhistes conduisent à chercher refuge dans les trois pierres précieuses, Bouddha, le Dhamma (la doctrine) et le Sangha (communauté des moines). En établissant les paramètres des traditions bouddhistes, il est clair que les pratiques et croyances culturelles varient considérablement d’une région et d’une époque à l’autre.

 

 

Chaque religion mondiale contient des interdits sur la violence; Les traditions bouddhistes ne font pas exception. Il existe de nombreux passages dans les écritures bouddhistes qui soutiennent les notions de non-violence, de compassion et d'équanimité. Néanmoins, comme toutes les autres religions universelles, les traditions bouddhistes comportent des fidèles responsables de violences et qui justifient leurs actes par les saintes écritures, lesquelles peuvent approuver l'usage de la violence ou en étant à tout le moins ambiguës.

 

La plupart des sources canoniques n’ont pas d’auteur spécifié : la raison en est compréhensible : l’indication d’un auteur imposerait la motion de temporalité et réduirait la sacralité de l’écriture. Ainsi importe la nature de ces écrits, leur contenu et leur influence.

 

Pour nous en tenir au bouddhisme theravada, les saintes écritures  sont organisées en trois « paniers de textes », le  Tripitaka 

 

 

: les écritures ayant trait aux  pratiques de la communauté monastique, le Vinaya, Les sutras contenant l’essentiel de l’enseignement que Bouddha a déclaré laisser à ses disciples et l’Abhidharma, la dernière partie des textes canoniques consacrée aux exposés psychologiques et philosophiques de l’enseignement de Bouddha. En dehors de ces écrits canoniques, en pâli pour les  bouddhistes théravada et en sanskrit pour ceux du mahayana il existe en outre  de nombreuses écrits importantes mais non canoniques qui le sont dans la langue vernaculaire locale ou régionale. Ces traditions nées en Asie du Sud-est au cinquième siècle avant notre ère, ont évidemment été influencées par la vision du monde  du sud-est asiatique du sous-continent indien des religions l’ayant précédé, le brahmanisme et le jainisme.

 

 

Toutes font référence aux lois de l’action, le karma. Une personne perd tout mérite en commettant des actions violentes ou même par la simple intention. La plus grave de ces actions est le meurtre. Cette interdiction s’insère en tête des cinq préceptes moraux : s'abstenir de tuer les êtres sensibles, s’abstenir de voler, s’abstenir de mentir, s’abstenir de consommer substances intoxicantes qui obscurcissent l'esprit, et s’abstenir d’inconduite sexuelle. On les retrouve dans les traditions, elles représentant au demeurant une éthique sociale incompressible propre toute vie en société.

 

Mais à ces interdictions sévères vont correspondre des exceptions permettant par nécessité aux rois et aux dirigeants de passer outre.  Rappelons sans entrer dans le détail de l’histoire, celle de celle de Ajatashatrun, roi de Magadha, premier royaume bouddhiste, contemporain de Bouddha, qui fit tuer son père. Pour les casuistes bouddhistes qui n’ont rien à envier aux Jésuites, l’état d’exception dépend de trois paramètres variables : 

 

 

L’intention de la personne qui commet la violence : est-elle accidentelle ou délibérée, et si elle est délibérée, l'esprit est-il débarrassé de la haine et de l'avarice?

 

La nature de la victime (personne humaine, animale ou surnaturelle ?),

 

La nature  de celui qui commet la violence ; la personne est-elle un roi, un soldat ou un boucher ?

 

Ces variables permettent soit de pardonner le meurtre, soit même de le préconiser. Les enseignements du bouddhisme theravada considèrent l’acte violent comme fondamentalement malsain et condamnable. La violence vient en tête des cinq préceptes (2).  Elle entraîne l’exclusion du sangha. Le meurtre est le plus grand des péchés que puisse commettre un être humain.

 

Singulièrement chez les Judéo-chrétiens, le respect de la vie n’intervient qu’au cinquième rang du décalogue dicté par Dieu à Moïse.

 

 

Il en est donné de nombreux exemples dans les textes canoniques, tous tournent autour de la nature de l’action, de celle de son auteur et de celle de la victime. Dans les Jatakas, les récits des vies antérieures de Bouddha, celui-ci a tué des centaines de  créatures.

 

 

Le moine Buddhaghosa qui vécut vers le Ve siècle de notre ère, est l’auteur d’ouvrages non canoniques mais considérés comme fondamentaux par les écoles du bouddhisme theravada. Dans un chapitre relatif au meurtre, il considère que le meurtre des créatures vivantes sans vertus morales  comme les animaux, présente une singulière hiérarchie : il est moins blâmable quand la créature est de petite taille et plus blâmable quand elle est de grande taille. Pourquoi ? Parce que le plus grand effort est requis pour tuer un être de grande taille à cause de sa plus grande substance physique. Dans le cas des êtres qui possèdent des vertus morales, comme les êtres humains, l'acte de tuer est moins blâmable lorsque l'être est de peu de vertu et plus blâmable lorsque l'être est de grande vertu.

 

Les règles du Vinaya et les récits de Buddhaghosa expliquent, entre autres, les habitudes alimentaires des adeptes du bouddhisme theravada : Les bouddhistes laïcs thaï, lao, birmans, cambodgiens  et sri-lankais mangent généralement du poulet et du porc et évitent le bœuf, car c’est est un animal beaucoup plus gros.

 

Par ailleurs la distinction entre humains et non-humains et humains vertueux et non-vertueux se trouve en permanence dans de nombreuses  sources bouddhistes.

 

 

Le roi sri-lankais Dutthagamani qui vécut au deuxième siècle avant notre ère mena une guerre juste contre les envahisseurs Tamoul dirigés par le roi Elara.  Après une bataille sanglante et victorieuse, Dutthagamani se plaignit d'avoir causé le massacre de millions de personnes. Huit moines le réconfortèrent en lui expliquant que ces hommes étaient de mauvaise vie et ne devaient pas être estimés plus que des bêtes.

 

 

Les non-bouddhistes possèdent si peu de vertu qu'ils sont à égalité avec les animaux et de plus le roi avait des intentions pures avec le désir de soutenir et défendre la doctrine bouddhiste. Ce rappel n’est pas innocent car le souvenir de ce monarque fut invoqué lors de la guerre civile contre les Tigres Tamouls ! Ces concepts ont été omniprésents dans la lutte contre les communistes au Siam au siècle dernier : Pour l’éminent moine bouddhiste thaï Kittiwuttho dans les années 1970, un communiste était plus proche d’un animal que d’un être humain et il y avait d’autant plus de bien à le tuer que sa mort servait la doctrine de Bouddha.

 

 

L’empereur Asoka de la dynastie des Mauryan Ashoka reste le modèle absolu du dirigeant juste : après une campagne victorieuse mais sanglante contre les Kalinga au cours de laquelle plus de 100.000 furent tués et 150.000 réduits en esclavage, Ashoka se repentit et se tourna vers la doctrine bouddhiste. Cependant, Ashoka n'a jamais dissous son armée, maintenu la politique de l'État faisant application de la peine capitale. Après sa conversion au bouddhisme, il aurait commis de multiples atrocités, notamment le massacre de dizaines de milliers de Jaïns considérés comme hérétiques.

 

 

Par ailleurs, Bouddha avait reçu de son vivant le soutien des royaumes de Magadha et Kosala mais les querelles entre ces roitelets vit apparaître, peut-être pour la première fois dans l’histoire, la notion de « guerre juste ».

 

 

Telle est l’histoire bien connue des bouddhistes du Jataka Harita Mata Jataka : Il est le 239e Jataka et se situe à une époque où Brahmadatta étai roi de Bénarès. Le Bodhisatta s’était réincarné en grenouille verte. Un serpent d’eau était tombé dans l’une des nasses en osier installées par les populations dans des pièces d’eau pour attraper des poissons. Il fut attaqué par ces poissons et fit appel à la grenouille pour obtenir de l’aide. Celle-ci lui répondit « Vous mangez du poisson lorsqu’il entre dans votre domaine. Les poissons vous mangent lorsque vous entrez dans le leur ». Ainsi, les premiers penseurs bouddhistes justifient la violence d’état.

 

 

On peut situer dans le temps la personne de Moïse vers 1200 ou 1300 ans avant notre ère, bien antérieure à Bouddha. Le cinquième des commandements que lui a dicté Dieu sur le mont Sinaï est le « non occides », tu ne tueras pas. Doit-on y voir la première manifestation de la non-violence nécessaire aux rapports entre les hommes ? Ce précepte recouvre deux choses, la première, c’est qu’il est défendu de tuer. La seconde est d’avoir  une charité et un amour sincères pour nos ennemis, de vivre en paix avec tout le monde, et de supporter patiemment toutes les souffrances de la vie.

 

Le premier précepte fut rapidement interprété par l’Église, nécessité faisant Loi, nous retrouvons la fable de la grenouille, c’est qu’il y a des meurtres qui sont permis et d’autres qui ne le sont pas. Les magistrats peuvent ordonner la mort, vengeance légitime de crimes. C’est ce qui faisait dire à David: « Dès le matin je songeais à exterminer tous les coupables, pour retrancher de la cité de Dieu les artisans d’iniquité ».

 

 

Il y a par ailleurs des guerres justes et des guerres injustes. Cette notion fut complètement dégagée au IV siècle par Saint Augustin à une époque où de nouveaux chrétiens entendaient respecter le précepte à la lettre en refusant de servir le gouvernement civil de quelque façon que ce soit.

 

 

Le second se retrouve plus précisément dans « le Sermon sur la montagne » (Évangile de Saint Mathieu, chapitres 5, 6 et 7). Il fut pourtant cité par Gandhi à de multiples reprises beaucoup plus que des textes bouddhistes ou védiques.

 

Gandhi reste évidemment un modèle respecté et respectable mais il n’est pas certain que ses enseignements aient été suivis par les gouvernements successifs depuis l’indépendance en 1947 et son assassinat en 1948. Si l’Inde a acquis son indépendance, ce n’est certainement pas grâce à la résistance civile non violente des Hindous. La décolonisation est plutôt due à la réunion de beaucoup d’autres facteurs ce qui conduit à rendre son choix pour la non-violence difficile à comprendre même si pendant des années lui-même et 300 millions d’Hindous se sont évertués à l’employer. La sociologie politique et aussi l’histoire nous apprennent, hélas qu’agir selon les préceptes du sermon de la montagne et tendre l’autre joue est un facteur de la propagation du mal.

 

 

Le bouddhisme reste une religion de paix et de compassion et il faut aller au-delà de la lecture de la fable de la grenouille. Il y a une grande force dans les appels bouddhistes à la compassion : Ainsi Siddhattha Gotama, a abandonné sa propre allégeance familiale au nom de la réconciliation. 

 

Il y a une grande force dans les appels bouddhistes à la compassion et à l'acceptation. Parmi les différents exemples dans les Écritures, il y en a un de son fondateur Siddhattha Gotama, qui a abandonné sa propre allégeance familiale au nom de la réconciliation. Dans le Sutta Nipata Atthakatha, les royaumes Sakya et Koliya étaient sur le point de déclarer la guerre pour l'utilisation de la rivière Rohini, qui coulait le long des frontières des deux royaumes. Chaque royaume avait besoin d'eau pour irriguer ses cultures, et une récente sécheresse avait aggravé la gravité de ce besoin. Cependant, au lieu de choisir son propre royaume de Sakya, Siddhattha a conseillé aux deux parties de partager l'eau car le sang était plus important que l'eau. Cet épisode de la vie du maître apparaît  dans les représentations rituelles comme celle du Bouddha du lundi. (3)

 

 

En ce qui concerne les multiples interventions du Dalaï-lama Lama en faveur de la paix dans le monde entier, il est permis de se demander si elles ont eu une quelconque influence pour limiter la violence dans la région tibétaine  (4) ?

 

Le Christianisme apparaît aussi quelques siècles après Bouddha comme une religion de paix et de compassion. Les récits guerriers de la Bible n'en sont pas moins édifiants. Le Christ par ailleurs a chassé les marchands du temple avec une violence extrême.

 

 

Quelques siècles encore apparut  l’’Islam pour lequel la paix est la règle et la guerre, l'exception dictée par la nécessité (5).

 

 

Comme dans tous les systèmes religieux, les traditions bouddhistes contiennent une grande capacité de réconciliation. Mais comme chez les chrétiens ou les mahométans, il serait vain de fermer les yeux sur ses lacunes.

 

SOURCES

 

« Buddhism and Peace:  Peace in the World or Peace of Mind ? » par Karel Werner in International

Journal of Buddhist Thought and Culture, Volume 5, Dongguk University, Seoul,

February 2005, pp. 7-33.

« BUDDHIST TRADITIONS AND VIOLENCE » par Michael Jerryson, deuxième chapitre de l’ouvrage collectif « Religion and violence », Oxford, 2013.

« Religions et violence » par le R.P. Paul Valladier in Les études, avril 1999.

« REGARDS PSYCHANALYTIQUES SUR LA NON-VIOLENCE DE GANDHI » par Manuel Cervera-Marzal in  Revue française de psychanalyse, 2011, volume 75.

« Remarques sur la violence dans l'idéologie bouddhique et la pratique sociale à Sri Lanka (Ceylan) » Par Sarath Amunugama et Éric Meyer in Études rurales, n°95-96, 1984.

« L’islam intérieur » par Abd-al-Wahid Pallavicini, 1991.

 

NOTES

 

 

(1Voir notre article A 341 - LES ARTISTES GRECS À L’ORIGINE DES PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS DE BOUDDHA IL Y A 2000 ANS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/12/a-341-les-artistes-grecs-a-l-origine-des-premieres-representations-de-bouddha-il-y-a-2000-ans.html

(2) voir notre article A 320 - LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Pancasila)   http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html.

 

(3) Voir notre article A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 

(4) Le gouvernement chinois s’irrite parfois, peut-être avec raisons, de certaines de ses déclarations parfaitement intempestives. Ainsi lors d’une visite de quelques jours au Chili  en avril 1999, il prôna le pardon en faveur du général Augusto Pinochet comparant audacieusement le besoin de réconciliation des Chiliens avec sa propre campagne non-violente pour l'ouverture d'un dialogue avec la Chine sur l'autonomie du Tibet.

 

(5) Le sujet est largement développé dans la deuxième sourate du Coran. Dans son essence et dans sa vision de la vie, l'Islam ne réduit pas la paix et ne la revendique pas seulement dans un domaine de la vie. La paix en Islam est la paix qui réalise, concrétise et répand la parole de Dieu sur terre, assoit la liberté, la justice et la sécurité pour tous, non la paix qui met fin à la guerre à n'importe quel prix, même si la terre connaissait l'injustice et la démence, la tyrannie et les autres usurpations du pouvoir de Dieu.

 

 

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 22:36

 

Nous avons rencontré ces créatures semi divines qui vivent dans le monde inférieur et qui peuvent parfois prendre forme humaine ou s’accoupler avec les humains. Nous connaissons l’histoire légendaire de Phra Ruang (พระร่วง), fondateur mythique du premier royaume thaï, né des amours d’un monarque indou avec la reine des Nagas (1).

 

 

Ils sont aussi souvent associés aux plans d’eau, rivières, fleuves ou puits, ainsi ceux du Mékong dont des représentations géantes dominent la rive droite du fleuve (2).

 

 

Il existe dans la province d’Udonthani une forêt de palmiers taraw,  parfois appelé dans nos départements d’outre-mer « palmier crocodile » (le nom scientifique est Livistona saribus) dont le nom en thaï est chanot (ชะโนดฃ) (3). 

 

 

Elle s’étend sur trois tambon (sous districts) : Wang Thong, Ban Muang et Ban Chan (ตำบลวังทอง, ตำบลบ้านม่วง, ตำบลบ้านจันทร์). Elle est parfois appelée « le palais du Naga de Khamchanot » (วังนาคินทร์คำชะโนด). C’est dans le district de Ban Dung (อำเภอบ้านดุง) que se situe plus précisément le domaine du Naga sur une île arborée de ces palmiers, sur le réservoir de Kut Kam (อ่างเก็บน้ำกุดขาม). Elle est située dans le domaine du temple de Kham Chanot (Wat khamchanot - วัดคำชะโนด ou Wat Srisuttho  -  วัดศริสุทโธ)  qui s’étend sur une vingtaine de raïs,  un peu plus de 3 hectares (4).

 

 

On s’y rend en pèlerinage du pays tout entier en raison de la présence de ce Naga dont l’histoire légendaire vaut d’être contée.

 

 

Il en existe des versions diverses transmise essentiellement par la tradition orale, vous ne les trouverez guère que sur des sites Internet en thaï. Nous vous donnons quelques références en fin d’article. Elles sont probablement à l’origine du succès de ces lieux mais la ressemblance de l’arbre chanot dont le tronc ressemble aux écailles du Naga y est probablement aussi pour beaucoup ?

 

 

Autrefois (« il était une fois » !) la région était verdoyante et il y poussait un grand nombre d’arbres et de végétaux dont certains ont depuis disparu : bambou, rotin, toutes sortes de fougères, de légumes et de graminées, coriandre, banians …

 

 

Si la flore était riche, la faune ne l’était pas moins, espèces terrestres ou aquatiques. Les anciens appelaient cette région « la forêt des éléphants de Dong Sua » (ป่าช้างดงเสือ).

 

 

Aujourd’hui beaucoup de ces espèces ont disparu, notamment les porcs-épics dont nous allons parler, on ne les trouve plus que dans les zoos en Thaïlande. Le site reste toutefois un magnifique puits de verdure et un paradis pour les botanistes.

 

 

Il y avait deux Nagas. L’un d’entre eux s’appelait Sisuttho (ศริสุทโธ), c’est celui qui a donné son nom au temple, l’autre se nommait Suwannak (สุวรรณนาค).

 

 

Chacun d’eux avaient 5.000 serviteurs à sa disposition, ils vivaient tous en paix. Il était convenu que si l’un des clans partait en chasse, l’autre restait chez lui et ils se partageraient ensuite le produit de la chasse. Il s’agissait le plus souvent d’éléphants et de porcs-épics.

 

 

Malheureusement une querelle éclata au sujet d’un partage refusé par l’un des deux Nagas auquel on voulut faire prendre de la viande de porc-épic pour de la viande d’éléphant. Une guerre éclata alors entre eux, elle dura sept ans, pour savoir qui aurait la maîtrise des eaux du lac. Ils perturbèrent les créatures célestes (thevada ou deva -  เทวดา) des trois mondes (Sam Phop – สามภพ) (5). Cette référence purement hindouiste  laisse à penser que la légende est antérieure à l’introduction du bouddhisme dans la région ?

 

 

Ceux-ci allèrent alors se plaindre au grand dieu Indra. Celui-ci descendit sur terre dans le monde des marais.

 

 

Aucun des deux clans ne pouvant terrasser l’autre, les deux protagonistes  convinrent à l’instigation du dieu d’une zone neutre appelée Nong kra (l’étang de kra – หนองกระ) et creusèrent chacun une rivière de leur côté, l’une d’entre elle se dirigeant vers la mer qui s’appela  le Mékong. Ses méandres reproduisent d’ailleurs les sinuosités du corps des Nagas.

 

 

L’autre fut  la rivière Nan (แม่น้ำน่าน).

 

 

Indra ne pouvant rester longtemps sur terre remonta dans son paradis de Daodung (สวรรค์ชั้นดาวดึงส์).

 

 

L’un et l’autre lui demandèrent de leur créer une route pour relierle monde céleste, le monde terrestre et les entrailles de la terre. Indra autorisa alors la création de trois points de passage : le premier se trouve au Phrathat Luang à Vientiane (พระธาตุหลวง), aujourd’hui le lieu le plus sacré du  bouddhisme lao.

 

 

La seconde voie se trouve au temple de Nong Khanthaesueanam aux Indes (หนองคันแทเสื้อน้ำ). La troisième voie est à Khamchanot devenu l’un des  lieux les plus célèbres du bouddhisme dans la province d’Udonthani.

 

 

Dans l’enceinte du temple se trouve un étang sacré appelé Bo Kham Chanot (บ่อคำชะโนด). C’est de là selon certains, que le Naga de Khamchanot,  la dernière pleine lune du mois d’octobre rejoint le Mékong pour y cracher ses boules de feu  aux côtés de ses frères du fleuve ? (6).

 

 

]D’autres versions nous parlent d’un couple de Nagas qui vivent de nos jours au fond du lac, le père Srisuttho (ปู่ศรีสุทโธ) et la mère Yasipathumma (แม่ย่าศรีปทุมมา). Ils sortent la nuit et errent dans les jardins du temple.

 

 

Il y a une certitude, c’est que le nombre de personnes qui croient dur comme fer à l’existence de ce ou de ces Nagas ne cesse de croître comme on peut le voir le jour des grandes fêtes bouddhistes. Le jour où les Nagas crachent leurs boules de feu depuis les profondeurs du Mékong, depuis en aval de Nongkhai jusqu’à Bungkhan, les spectateurs se pressent par dizaines de milliers sur les rives du fleuve (6).

 

 

Wat Kham Chanot est célèbre car la croyance que les offrandes faites aux Nagas permettent d’obtenir des miracles est répandue chez tous les visiteurs. Ils peuvent aussi révéler aux fidèles les bons numéros de la loterie nationale. A l’approche des jours de tirage, le 1er et le 16 de chaque mois, la foule afflue. Pour atteindre l’île, il faut emprunter un pont bordé d’une balustrade en forme de Nagas. Il est nécessaire de passer la main sur la balustrade pour conserver la chance.

 

 

Près du sanctuaire sur l’île se trouve un gigantesque arbre chanot sur le tronc duquel peut apparaître au fidèle en pleine concentration spirituelle le numéro gagnant. Au retour dans l’enceinte du temple les vendeurs ambulants de tickets de loterie affluent et le plus difficile va être de trouver celui qui vend le billet au numéro présumé gagnant car on se les arrache.

 

 

Le temple est encore au centre d’une mystérieuse histoire de fantômes. La nuit apparaîtraient des femmes toutes vêtues de blanc sur le côté droit, les hommes tous enveloppés de noir sur la gauche, aucun ne disant un mot. Cette légende a même inspiré un film d’horreur ayant connu en énorme succès en 2007, พีจ้างหนัง (phichagnang). Il a suscité de nombreuses visites du site non plus de fidèles mais de curieux. N’y revenons pas, les histoires de fantômes nous sont bien connues (7).

 

 

Mais les moines du temple, ils sont une dizaine en permanence, ont-ils perdu tout sens du spirituel ? Il existe un gourou qui est ou se dit fils non physique mais spirituel du Naga, Pu Thepnimitnaga (ปู่เทพนีมิตต์นาค) qui a fondé dans la province de Khonkaen un centre spirituel de méditation (Ashram) qui ne dénie pas à Khamchanot son caractère sacré mais réprouve ce qu’il considère comme l’utilisation commerciale du site occupé par des marchands vendant des amulettes et des objets sacrés.

 

 

Il existe effectivement environ 300 stands et circulent environ 200 ambulants vendant essentiellement des billets de loterie pour les raisons que nous savons mais aussi de la nourriture ou des boissons. Il réprouve l’édification de parkings, la construction de toilettes, de boutiques de souvenirs, de salas pour que se reposent les vendeurs ou les visiteurs. Notons simplement qu’il est tout de même difficile de proscrire la construction de toilettes, les pèlerins aussi ont des besoins ! Par ailleurs, il fait foi aux légendes puisqu’il indique que le financement de son groupe provient à la fois des dons de ses fidèles et de ses gains au loto car il ne nie pas se rendre au temple pour y prier et peut-être aussi rechercher les numéros gagnants. S’agit-il d’un pieux maître à penser qui instruit des fidèles dans la foi bouddhiste ou du fondateur d’une société commerciale ? Nous nous garderons d’en discuter (8).

 

Sources en thaï :

 

 

Le moteur de recherches ตำนานคำชะโนด (la légende de Khamchanot) affiche près de 50.000 résultats que nous n’avons évidemment pas tous consultés.

http://club.sanook.com/42435/ตำนานลึกลับ-ผีจ้างหนัง/

https://www.thairath.co.th/content/813876

http://www.khamchanod.in.th/history.php

https://www.sanook.com/horoscope/103709/

https://sites.google.com/site/akanapansri/tanan

https://www.dailynews.co.th/article/801738

https://www.tqm.co.th/blog/ตำนานคำชะโนดที่คนเล่นหวยต้องอ่าน/

Relevons une source en anglais, elle ne manque pas d’humour :

http://www.giunca.com/EdWorld/2019/10/30/wat-kham-chanot-and-the-legend-of-the-giant-serpents/

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 392- LA LÉGENDE DE PHRA RUANG, FONDATRICE MYTHIQUE DE LA NATION THAÏE, A-T-ELLE MIGRÉ CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/09/a-392-la-legende-de-phra-ruang-fondatrice-mythique-de-la-nation-thaie-a-t-elle-migre-chez-les-amerindiens.html

 

(2) Voir notre article A 396- LES REPRÉSENTATIONS GÉANTES DES NAGAS DANS LA PROVINCE DE MUKDAHAN, ENTRE PIÉTÉ Et COMMERCE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/10/a-396-les-representations-geantes-des-nagas-dans-la-province-de-mukdahan-entre-piete-et-commerce.html

 

(3) C’est une espèce de palmier dont la taille est souvent impressionnante et dont les pétioles portent de longues épines que les femmes utilisaient et utilisent peut être encore pour peigner dans le métier à tisser ...

 

 

... et dont les fruits de la taille d’une grappe de raisins ne sont pas un plaisir gastronomique.

 

 

Aujourd’hui rarissime en Thaïlande, sauf dans le sud, il y est connu sous le nom de kho ou sirong (ค้อ​ ou สิ​เหรง). Les branches sont utilisées pour couvrir des paillotes ou confectionner des chapeaux.

 

 

(4) Les coordonnées Google Earth sont plus précisément latitude 17° 44’ 41’’ et longitude 103° 21’ 40’’.

 

(5) Les trois mondes sont les trois sphères hindouistes et non bouddhistes, le ciel, la terre et l’enfer ou le monde souterrain.

 

 

(6) Voir notre article A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

Il est de la plume de notre ami Philippe Drillien.

(7) Voir notre article A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHI"

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

(8) Voir à ce sujet l’article de Supee Samornammm un universitaire d’Udonthani que nous supposons ne pas être un fantaisiste « The Naga Lineage of Kham Chanod Forest and the Creation of Community » dans Journal of the Mekong societies n° 16-3 de novembre décembre 2020.

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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 22:21

 

La fin du XIXe siècle a vu le royaume échapper à la colonisation directe au prix de gigantesques sacrifices territoriaux, d’abandons partiels de souveraineté et de contraintes diplomatiques pour adopter des institutions gouvernementales occidentalisée.

 

L’état-nation va être le fruit de cette histoire et l’identité nationale va avoir des liens étroits avec la religion. Ainsi allons-nous découvrir quatre temples au cœur du développement du nationalisme dont ils sont le bastion sacré (1).

 

 

Une fois en effet soumis à ces empiétements territoriaux et à ses atteintes à sa souveraineté, l'État siamois a rapidement étendu son influence jusqu'aux frontières afin de consolider son pouvoir et de bloquer toute nouvelle intrusion coloniale. A la mort du roi Chulalongkorn et après ses réformes administratives et centralisatrices, l’état-nation va se mettre en place. Immédiatement après sa mort, son fils Vajiravudh devenu monarque va chercher à nourrir ce « nationalisme officiel ». Il copie le dicton britannique « Dieu, le roi, la nation » mais ses efforts ne vont jusqu’alors porter que sur les élites, sans guère de prise sur les masses populaires. Lors de sa mort en 1925, son frère cadet hérite surtout des difficultés économiques et d’une opposition croissante à l’autorité monarchique. Il ne put s'accrocher au pouvoir absolu que pendant sept ans.

 

 

En 1932, un groupe d'officiers militaires et de civils formés en Europe organisa un coup d'État, renversant la monarchie absolue et développant un gouvernement constitutionnel. Au cours des six années suivantes, le groupe putschiste se déchira le long de lignes idéologiques entre civils et militaires dirigés par Phibun. En 1938, la faction Phibun prit le contrôle du gouvernement et  devint Premier ministre.

 

 

Phibun avait l’intention de créer ou de développer le sentiment d’identité nationale unifiée afin à la fois de légitimer son propre pouvoir et de moderniser l’État thaïlandais, remodeler la loyauté traditionnelle envers la monarchie en un engagement envers la nation grâce à de multiples efforts pour développer le sentiment national. Le changement du nom du pays en Thaïlande en 1939 est destiné à mieux refléter le groupe ethnique thaïlandais qui était encapsulé dans ses frontières. Parallèlement aux stratégies se joint la détermination de développer le bouddhisme comme l’une des composantes les plus importantes de l’identité « thaïe ».

 

 

Les institutions bouddhistes au cours des premières années de la modernisation du pays étaient mieux développées que les institutions laïques. Les dizaines de milliers de temples disséminés dans tout le pays servaient traditionnellement de pôles communautaires, fournissant de nombreux services que le gouvernement n'était pas encore en mesure de fournir. Les monastères étaient un centre communautaire, un lieu de rencontre où s'échangeaient nouvelles et potins, un centre de loisirs, un hôpital en période de difficulté, une école de formation religieuse ainsi que de formation laïque, un lieu de dépôt (banque), un entrepôt communautaire pour la location d'équipement, une maison pour les psychotiques et les personnes âgées, une agence d'embauche, une agence de protection sociale; l'horloge du village, un hôtel gratuit, une auberge gratuite pour les étudiants, un centre d'information, une agence de presse, une aire de jeux pour enfants, un centre sportif, un réservoir d'eau potable (2), un centre de conseil.

 

 

Les temples étaient mieux équipés pour fournir des services publics que le gouvernement à presque tous les égards, en particulier dans les zones rurales où vivait la majorité de la population. Ils étaient après la famille l’institution la plus importante de la vie rurale. Le bouddhisme servait aussi de facteur de légitimation pour les élites et la monarchie par la croyance que leur état privilégié était la conséquence des mérites accumulés lors des incarnations précédentes, le roi étant au centre de ce monde spirituel. En renversant la monarchie traditionnelle les auteurs du coup d’état dont Phibun avaient bouleversé ces conceptions hiérarchiques. Celui-ci chercha à insérer le bouddhisme dans la rhétorique nationale. L’un des efforts les plus importants pour ce recentrage du bouddhisme fut l'adaptation des temples dans l’espace de l’identité nationale. L’une de ces méthodes consistait à construire ou à restaurer un monument religieux tombé en ruine ne laissant rien à l’initiative individuelle. Pendant le deuxième gouvernement de Phibun, l'État a dépensé 693 millions de bahts pour la restauration de plus de 5.500 temples à travers le pays.

 

 

Quatre temples furent plus spécialement choisis dans cette optique, représentant les quatre régions du pays, le Nord, le Nord-est, Bangkok et le Sud. Trois d’entre eux existaient avant le développement du sentiment national thaï, déjà considérés comme les sites les plus sacrés dans leurs régions respectives. Le quatrième temple, fut construit par Phibun à Bangkok dans la capitale.

 

 

Le Wat Phra Sri Mahathat à Bangkok  (วัดพระศรีมหาธาตุวรมหาวิหาร)

 

Le temple le plus important pour Phibun  fut celui qu'il fit construire pour commémorer la fin de la monarchie absolue. Au cours d'une réunion du cabinet le 19 septembre 1940, il présenta un plan pour construire un temple qui, dans son esprit, servirait de modèle à tous les monastères bouddhistes et de modèle pour les futurs temples. Il l’avait initialement baptisé « temple de la démocratie » (Wat Prachathipatai - วัดประชาธิปไตย).

 

Il est situé non loin du lieu de la défaite du prince Boworadet peu après le renversement de la monarchie absolue dans le  sous district de Kub  Daeng (ตำบลกูบแดง) dans le district de Bang Khen (อำเภอบางเขน) (3). Phibun avait lors émergé en tant que commandant victorieux de la rébellion et ce temple devait servir à promouvoir sa personne, tout en commémorant la victoire.

 

La Thaïlande est un pays bouddhiste, certes mais aussi un pays démocratique  et le bouddhisme est l'un des fondements du régime démocratique. Le temple fut achevé très rapidement et sa consécration eut lieu le jour de la fête de la Nation, le 24 juin 1942, le dixième anniversaire de la chute de la monarchie absolue. L'édifice prendrait bientôt une importance encore plus symbolique. Lors de la planification et de la construction du temple, une délégation spéciale s'est rendue en Inde. Elle était présidée par le Ministre de la Justice Thawan Thamrongnawasawat (ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์). Elle eut pour mandat de développer de meilleures relations avec la puissance coloniale britannique et le gouvernement indien, mais aussi d'effectuer un pèlerinage national et récupérer des icônes sacrées du berceau du bouddhisme dans les cinq lieux sacrés mentionnés dans les écritures bouddhistes et des branches de l'arbre de la Bodhi à l’ombre duquel Bouddha s'était reposé. Le gouvernement indien autorisa la délégation à obtenir les articles demandés; cinq branches de l’arbre de lq Bodhi (ต้นโพธิ์) 

 

 

... et d'autres reliques qui furent bientôt en route vers Bangkok.  Après un court séjour au Musée national, et non dans un temple bouddhiste, les reliques furent placées dans le Wat Prachathipatai, qui fut rebaptisé Wat Phra Sri Mahathat  (« le saint et grand reliquaire ») pour refléter sa nouvelle nature sacrée. Les reliques bouddhistes venues des Indes ne furent pas les seuls objets sacrés sortis pour renforcer le temple nationaliste. Une image bouddhiste de l'ère Sukhothaï fut retirée du Musée national pour relier l'édifice religieux au passé historique. Il s’agit d’une représentation de Bouddha dans la position de soumission de Mara construit située dans la chapelle principale.

 

 

Le temple fut également destiné à servir de panthéon  pour recevoir 112 urnes destinées à recevoir les restes de ceux qui avaient contribué à la construction de la Thaïlande démocratique. Les branches de l’arbre sont le fruit des immenses mérites accomplis par ceux-ci au profit de la nation.

 

 

Deux restèrent au temple de Bangkok où elles furent plantées ; les trois autres furent envoyés, un dans chaque région, pour être plantés dans les temples considérés comme stratégiques. Le cœur spirituel est à Bangkok mais il rayonne par les arbres de la Bodhi dans les régions du pays. Il est devenu temple royal de première classe en 1942 (4).  La hiérarchisation des temples dits royaux c’est-à-dire en gros construits ou financés par le roi ou la famille royale date de Rama VI en 1915. Ils sont divisés en trois classes selon des critères bien précis.Sa construction fut, pour la plus grande partie financée par une souscription nationale. Il abrite des moines du Mahanikaya (มหานิกาย) et du Dhammayutikanikaya (ธรรมยุติกนิกาย).

 

 

Le Wat Phra That Phanom  (วัดพระธาตุพนม) dans le Nord-Est fut le premier destinataire. Nous le connaissons, situé à environ 50 kilomètres au sud de la ville de Nakhorn Phanom. Ne revenons pas sur son histoire légendaire, nous lui avons consacré deux articles (5). Phibun et son gouvernement estimèrent que le sanctuaire était le monument bouddhiste le plus important du Nord-Est. Pendant près de quarante ans, le temple et le chedi avaient été laissés à l'abandon. L'entretien était effectué plus ou moins bien  par des notables ou des moines locaux, en tant que mémorial contenant une relique de Bouddha. Phibun le considéra comme un élément essentiel pour développer en Isan le sentiment national compte tenu de son importance dans la tradition religieuse du Nord-Est.

 

 

Il en délégua  la restauration au département national des Beaux-Arts qui rapidement commença non seulement la restauration, mais aussi l’agrandissement. Il abandonna les matériaux traditionnels et utilisa une nouvelle technologie, le béton armé. La hauteur du chedi fut augmentée de dix mètres jusqu’à 57 mètres. L'arbre, en provenance de Bangkok fut planté sur le terrain du temple.

 

Au cours des années suivantes, le temple continua à tisser des liens symboliques avec l'identité religieuse et nationale thaïe centrale. En 1950, il obtint le statut « temple royal de première classe ». Quatre ans plus tard, le temple a également reçu un parapluie doré pesant 110 kilogrammes du gouvernement pour commémorer son importance pour l'identité nationale. Le monument n’est plus seulement important pour les bouddhistes locaux, il est devenu l’un des temples identifiant efficacement le monument religieux avec l'identité nationale.

 

 

Le  Wat Phra Mahathat Woromha Wihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) est niché de la capitale provinciale du Sud, Nakhorn Sri Thammarat. Il est le site le plus important du Sud. Cette région fut intégrée au Siam bien avant le Nord-Est ou le Nord (Lanna). Le temple était tout désigné pour rejoindre la volonté nationaliste de participer à l’identité religieuse et nationale unifiée mais ce d’ailleurs bien avant la prise de pouvoir par Phibun. Il avait été érigé en temple royal de première classe par le roi Vajiravudh, lors d'une visite dans la région. Le reliquaire contient une dent de Bouddha arrivée des Indes dans des circonstances miraculeuses. Après la chute de la monarchie absolue, le gouvernement décida de consacrer une partie du temple pour devenir une succursale du Musée national en 1937. L'une de ses structures fut adaptée à cet objectif et a commencé à exposer des objets d’art thaïs symboliques de l’unité nationale.

 

 

Après l’arrivée de Phibun au pouvoir, les efforts du gouvernement pour « nationaliser » le temple continuèrent. L'arbre de la Bodhi arriva avec une escorte gouvernementale le 19 mai 1943.Il était accompagné de Somdej Mahaveerawonge, le chef ecclésiastique de la Sangha de Bangkok, qui  présida à la cérémonie de plantation et des célébrations. Il devint alors le symbole du lien mystique du Sud du pays avec Bangkok.

 

 

Le Wat Phra That Doi Suthep (วัดพระธาตุดอยสุเทพ) est situé dans le Nord, le Lanna, et fut plus difficile à s’intégrer dans le mouvement pour deux raisons ; Le Nord avait été gouverné par une cour royale distincte de celle de Bangkok, et il était difficile de couper complètement ses pouvoirs. Certains membres de la famille royale du Nord conservèrent leurs titres jusque dans les années 1940. 

 

 

Par ailleurs, la religion observée était une variante du bouddhisme Theravada, mais sa pratique était distincte de celle du Sangha de Bangkok. Nous en avons dit quelques mots (6).

 

Le gouvernement considérait la région comme l'un des problèmes potentiels pour l’idée nationale si elle ne pouvait être intégrée dans le schéma « identité religieuse et identité nationale ». Phibun chercha alors à utiliser le symbolisme religieux pour développer l’identité religion-nationale dans la région. C’est alors que le choix du Wat Phra That Doi Suthep - temple sacré au sommet d'une montagne surplombant la plus grande ville de la région fut effectué avec ses implications symboliques.

 

 

L'après-midi du 2 juillet 1943, une foule immense était rassemblée autour de la gare de Chiang Mai.

 

 

Le rassemblement était destiné à recevoir le jeune arbre de la Bodhi générateur de mérites, récupéré par le gouvernement national en Inde. Lorsque l’arbre fut arrivé avec son entourage en provenance de Bangkok, il a été promené dans les rues de la ville puis exposé dans l’un des temples de la ville pendant sept jours de célébrations et de culte. À la fin de septième jour, l'arbre a été transporté sur la montagne surplombant la ville jusqu'à son lieu de repos dans l'un des temples les plus sacrés de la région, Wat Phra That Doi Suthep. Phibun avait gracieusement accordé aux habitants du Nord l'occasion d'élever l'arbre, ce qui liait leur tradition religieuse à Bangkok et aux autres régions du pays.

 

 

Après la plantation de l'arbre sacré, d'autres gestes symboliques confirmèrent ce lien sacré : Le temple fut élevé au rang de temple royal de première classe en 1951. Son chedi fut recouvert d’une nouvelle couche d'or au prix de plus de 540.000 bahts payée par le gouvernement central. Il devint dès lors le symbole de l'identité religieuse nationale thaïe pour la région.

 

Pour favoriser le désenclavement de la région, Phibun fit construire dans les années 1942-1943 des centaines de kilomètres de routes pour rejoindre le Nord.

 

Chacun de ces temples avait une signification symbolique et spirituelle particulière dans le cadre du développement de l’identité religieuse nationale.

 

Chacun d’entre eux contenait également des reliques sacrées du Bouddha, et pouvait servir de substituts aux pèlerinages vers des lieux sacrés du bouddhisme éloignées, en dehors du pays.

 

Ils firent en quelque sorte de la Thaïlande la patrie sacrée du bouddhisme.

 

Ce n'est évidemment pas un hasard si le gouvernement Phibun a promu un temple majeur dans chaque région comme facteur unificateur de l’identité nationale.

 

Ces efforts furent l’un des produits les plus durables de l'ère Phibun. Les dirigeants qui suivirent Phibun, même ceux qui ne l'aimaient pas, se sont retrouvés à rendre hommage aux monuments religio-nationaux qu'il avait adaptés à l'identité nationale à l'exception notable de Wat Phra Sri Mahathat, dont nous parlerons. Ils prirent une importance croissante en raison du soutien gouvernemental continu et grâce aux efforts de feu le roi Rama IX.

 

Après la chute du deuxième gouvernement de Phibun, ses successeurs continuèrent à développer l’identité religieuse et nationale du pays.

 

Le Premier ministre Sarit, reconnut l'importance d'utiliser des symboles religieux pour promouvoir le nationalisme, mais contrairement à Phibun, il choisit de promouvoir le palais en tant que défenseur du bouddhisme et de la nation.

 

Sous Phibun, la monarchie avait été constamment écartée, mais après son éviction, le palais a pu retrouver une grande partie de son ancienne influence.

 

Grâce à l'aide de dirigeants politiques amis du monarque, le roi Bhumibol a pu se confondre avec l'identité religieuse et nationale. Le roi personnifiait l'image nationale et fit des pèlerinages à chacun des temples périphériques mentionnés.

 

Au Wat Phra That Doi Suthep, il participa à la coulée d'une image de Bouddha en or restée au temple, rappel spirituel toujours présent que ce temple sert d’avant-postes à l’identité religieuse nationale.

 

 

Après la tempête qui causa l'effondrement du Wat Phra That Phanom chedi en 1975, le gouvernement national fit rapidement reconstruire le sanctuaire. Le roi Bhumibol présida la cérémonie de la nouvelle consécration.

 

 

Il visita le temple du Sud en pèlerinage officiel.

 

Le seul temple parmi ces quatre qui n’a pas réussi à atteindre cette envergure nationale est le Wat Phra Sri Mahathat, la création de Phibun. Il est relégué à une position secondaire sur les sites Web consacrés au tourisme à Bangkok et ignoré dans la liste suggérée par l’autorité du tourisme de Thaïlande (T.A.T : Tourism Authority of Thailand) des sites religieux importants de Bangkok. Les pages Internet qui lui sont consacrées sont rares et pour l’essentiel en thaï (7).

 

Cet échec peut être attribué à de nombreuses causes, les premières sont pratiques : la surabondance de temples à Bangkok, ils seraient environ 400, et son éloignement du centre de la ville. Il est situé sur  Phaholyothin Road (ถนนพหลโยธิน). Le facteur le plus important est peut-être son incapacité à obtenir le soutien de la monarchie. Le roi Bhumibol et Phibun ne s’aimaient pas, ce qui a incité le roi à choisir plus tard à éviter le « temple de Phibun ».

 

En 1952, le roi et ses proches ont ouvertement boudé la cérémonie de présentation des nouvelles  aux moines dans les temples royaux de première classe. Son emplacement près du monument commémorant la défaite de la rébellion royaliste a probablement ajouté au désir du roi de s’en tenir à distance.

 

Il faut toutefois préciser que le « Phra Phutthasihing » (พระพุทธสิหิงค์) de l'ère Sukhothaï et provenant du Musée national est l’une des représentations de Bouddha les plus célèbres et les plus reproduites en Thaïlande après le Bouddha d'Émeraude (พระแก้วมรกต)

 

et le Phra Buddha Chinnarat (พระพุทธชินราช) de Phitsanulok.

 

 

Son architecture est au demeurant atypique. Le chedi est construit à deux étages, la couche extérieure est un grand chedi de 38 mètres de haut, la couche intérieure est constituée d'un petit chedi situé au milieu, contenant les reliques. Il y a une zone accessible entre les deux, large d’environ deux mètres permettant l’accès aux fidèles. On y trouve l’emplacement des 112 niches destinées à recevoir les cendres des héros mais nous n’avons pas pu savoir qui s’y trouve. L’architecte, Phra Phrom Phichit (พระพรหมพิจิตร) a voulu créer un nouveau style d’architecture thaïe en essayant de privilégier la simplicité des formes géométriques, privilégiant une architecture « démocratique » dont la sobriété tranche avec les ors des constructions habituelles même les plus modestes dont on peut penser qu’elles manquent parfois de sobriété (8).

 

 

Par contre, des dizaines de milliers de personnes affluent aux célébrations annuelles organisées par le gouvernement au Wat Phra That Phanom et au Wat Phra That Doi Suthep. Le Wat Phra Mahathat est plus ou moins boudé au profit du Temple du Bouddha d’Émeraude. La région de Chiang Mai enregistre plusieurs millions de visiteurs dans l’année, le Wat Phra That Doi Suthep est l'un des principaux attraits touristiques de la région. Un dicton local dit « aller à Chiang Mai sans rendre hommage au Phra That Doi Suthep, c’est comme ne jamais aller à Chiang Mai ».

 

Quels sentiments animent ces pèlerins ? Piété ? Sentiment national ? Ou les deux ?

 

 

NOTES

 

(1) Nous retrouvons avec curiosité ce lien entre la nation et la religion dans une déclaration du Président Sukarno en prélude à la construction de la grande mosquée de Jakarta, en 1966 : « C'est mon souhait, ainsi que celui de la communauté de mon pays d'ériger une mosquée du vendredi qui sera plus grande que la mosquée Mohammad Ali au Caire.  Plus grande ! Et pourquoi ? Parce que nous sommes une grande nation! Mon souhait est de construire avec toute la population, une nation indonésienne qui proclame la religion islamique ».

 

 

(2) Les actuels châteaux d’eau construits lors de la lente électrification du pays (les années 80 en Isan) l’ont été sur les puits des temples où les habitants allaient chercher l’eau potable à dos d’homme.

 

(3) Voir nos articles

A 382 - L'ARMÉE THAÏLANDAISE SERAIT-ELLE TENTÉE DE RÉÉCRIRE UNE NOUVELLE VERSION DE SON HISTOIRE, EN CE MOIS DE JUIN 2020...SELON L'AGENCE REUTERS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-382-l-armee-thailandaise-serait-elle-tentee-de-reecrire-une-nouvelle-version-de-son-histoire-en-ce-mois-de-juin-2020.selon-l-agenc

A 383 - H 58 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON CONTEXTE GÉOPOLITIQUE EUROPÉEN ET SIAMOIS

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-383-h-57-la-rebellion-du-prince-boworadet-d-octobre-1933-dans-son-contexte-geopolitique-europeen-et-siamois.html

 

(4) Selon la liste officielle du Sangha, il y a 41.205 temples bouddhistes dans le pays dont 33.902 en activité c’est-à-dire occupés par des moines. En dehors du temple du Bouddha d’émeraude (วัดพระแก้ว) qui est hors classe, il y a seulement 25 temples de première classe :

Voir https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Buddhist_temples_in_Thailand

 

(5) Voir nos articles :

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

(6) Voir notre article A 400- LES SANCTUAIRES BOUDDHISTES DU NORD DE LA THAÏLANDE LIÉS AU CYCLE ZODIACAL DUODÉNAIRE.

Pendant les réformes administratives créatrices de l'État siamois, des milliers de moines de la région avaient refusé d'obéir aux ordres du gouvernement de s'aligner sur le sangha. Nous savons que Lorsque le Nord et le Nord-Est furent définitivement inclus dans l'État-nation au début du siècle dernier, les us et coutumes bouddhistes furent soumises aux nouvelles règles centralisatrices de la réforme «  protestante » initiée par le roi Mongkut et les réformes du Sangha mis en œuvre par le prince Wachirayan (วชิรญาณวโรรส), 47e enfant du roi Mongkut, prince patriarche suprême de 1910 à 1921. Les porte-étendards culturels de la tradition du Nord de la Thaïlande, dirigés par Khru Ba Siwichai (ครูบาศรีวิชัย) en conflit systématique avec le sangha et les autorités centrales, ce qui le conduisit à de longues années de prison, menèrent un combat d’arrière-garde d’un conservatisme qui ne subsiste probablement plus guère que dans l’esprit de moines-vieillards dans les zones les plus retirées.

 

(7) Voir par exemple : https://www.silpa-mag.com/history/article_41235

 

(8) N’oublions tout de même pas la proclamation royale du 15 mai 1942, œuvre évidemment de Phibun qui proclame l’abolition des titres de noblesse de Chao Phraya (เจ้าพระยา), Phraya (พระยา), Phra (พระ), Luang (หลวง), Khun (ขุน)  à compter de ce jour. Toutefois les personnes qui en étaient titulaires et qui souhaitaient les conserver pour des raisons personnelles devaient obtenir l’autorisation royale qui serait accordée si elle était jugée appropriée. Les membres de leur famille pouvaient les utiliser mais comme prénoms ou nom de famille avec l’autorisation du Ministre de l’intérieur : ประกาศ เรื่อง การยกเลิกบรรดาศักดิ์ ลงวันที่ ๑๕ พฤษภาคม ๒๔๘๕

 

 

En sus de ce souci d’ordre « démocratique », Phibun prit d’autres mesures pour apprendre au monde que son pays était « civilisé : Il interdit en particulier la répugnante mastication de la noix de bétel, ce contre quoi même sa mère aurait protesté et ne fut pas appréciée par beaucoup de Thaïs. Néanmoins, les gouverneurs de province reçurent pour instruction de détruire tous les stocks sauf justification d’un un usage industriel.

D’autres mesures allèrent dans le même sens, traduisant aussi un souci nataliste : Tous les enfants nés le 1er janvier 1943 furent désignés «  enfants de la Grande Asie », avec droit à une éducation gratuite toute leur vie.

Il favorisa les mariages de groupe ont été introduits pour encourager l'habitude du mariage en réduisant le coût et en imposant une taxe punitive aux célibataires.

Il lança d'une campagne officielle pour encourager les maris à respecter leurs femmes : celles-ci ne devaient plus être traitées, selon un dicton usuel comme les pattes arrière d'un éléphant : Le mari est le train avant de l’éléphant, sou épouse, le train arrière (Samipenchangthaonachut, Phanyapenchangthaolang สามีเป็นช้างเท้าหน้า...ภรรยาเป็นช้างเท้าหลัง). Les épouses ne devaient plus être battues ou traitées comme des esclaves. Les maris devaient leur permettre de diriger la maison et les embrasser sur la joue avant de partir travailler.

 

SOURCES

 

En dehors de celles que nous citons en notes ci-dessus :

L’ouvrage de Thongchai Winichakul, professeur à l’Université Thammasat, daté de 1994 « Siam Mapped: A History of the Geo-Body of the Nation »

L’article daté de 2007 de Jacob I. Ricks de l’Université Emery d’Atlanta « National Identity and the Geo-Soul:Spiritually Mapping Siam » contient de nombreuses références

Tous les temples cités ont un sinon plusieurs sites Internet officiels

 

ANNEXES

 

Les principes directeurs énoncés par Phibun  pour le peuple thaï nous donnent de lui une vision que ne reflètent pas toujours les études historiques à son sujet :

Les Thaïlandais aiment la Nation au-dessus de la vie elle-même,

Ils sont d'éminents guerriers,

Ils sont diligents dans l’exercice  de l'agriculture, de l'industrie et du commerce,

Ils aiment bien vivre,

Ils aiment bien s'habiller,

Ils sont un peuple dont la parole correspond aux pensées.

Ils aiment la paix,

Ils respectent le bouddhisme plus que leur vie,

Ils honorent les enfants, les femmes et les personnes âgées,

Ils sont solidaires entre eux et suivent leurs dirigeants,

Ils cultivent des denrées pour leur propre consommation,

Ils sont bons pour leurs amis et terribles pour leurs ennemis,

Ils  sont fidèles et reconnaissants,

Ils accumulent des richesses pour leurs descendants.

 

 

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 22:16

 

Les populations primitives, souvent errantes, à la recherche de terrains de chasse vite épuisés et de cueillettes aléatoires, sont montées d’une échelle dans le degré de la civilisation en pratiquant il y a plusieurs milliers d’années, la  culture et l’élevage (1). Ainsi connaissons-nous la civilisation née à Ban Chiang, actuellement dans la province d’Udonthani, qui date probablement d’au moins 5000 ans, avec la culture du riz et l'élevage,  une métallurgie élémentaire, des formes d’art et des rites religieux encore mystérieux (2).

 

 

L’importance des rites est essentielle dans la mesure où, quel que soit le progrès apporté par la culture face à la cueillette, elle reste soumise aux aléas des éléments, pluies, sécheresse, dérèglements du climat, qui vont conduire les paysans à chercher un remède dans le recours à des puissances surnaturelles. Les céréales, base de l’alimentation, y sont particulièrement sensibles, blé et céréales voisines en Europe, en Afrique et au Proche – Orient, riz dans toute l’Asie et maïs en Amérique. Notre histoire est pleine de récits avec ces années d’abondance suivies par celles de famine et de disette. Les Grecs invoquaient Déméter, fille de Jupiter et déesse de la fertilité devenus Cérès chez les Romains.

 

 

Les Gaulois avaient le leur, Cernunos.

 

 

Les Amérindiens, Aztèques, Mayas, Incas, avaient également les leurs dont nous reparlerons

 

 

...comme  la Thaïlande a sa déesse.

Elle connaît depuis une époque lointaine et indéterminée la Mère du Riz qui préside à la destinée de ces récoltes. Elle est généralement connue comme Mae Phosop (แม่โพสพ), la « mère du riz » (mae khaoแม่ข้าว) ou encore maekhwankhao (แม่ขวัญข้าว). En Isan, elle est appelée khosok (โคสก) ou encore sueana (เสื้อนา) ou suearai (เสื้อไร่). Nous en avons déjà dit quelques mots en parlant des « Génies protecteurs » (3).

 

 

N’épiloguons par sur ces diverses qualifications. Est-ce une déesse, un génie tutélaire, une créature céleste ou un esprit ? Considérons-là comme la déesse du riz, et nous l’appellerons Mae Phosop dans cet article, ce qui nous évitera d’entrer dans des discussions théologiques byzantines. On ignore totalement l’origine du nom phosop, peut-être était-ce celui de l’une des femmes d’Indra ?

 

 

Vous ne pouvez pas vous tromper dans ses représentations qui sont surabondantes : C’est une belle jeune femme aux cheveux longs sertis d’un diadème, en position accroupie, tenant une gerbe de riz dans la main droite et parfois un sac de riz dans la main gauche. Elle porte une robe thaïe à l'ancienne, avec un foulard enroulé dans le style traditionnel autour de la poitrine, une extrémité chevauchant l’épaule gauche jusque sous l’épaule droite. Elle est assise sur une estrade dont les côtés comportent  généralement des représentations de fleurs de lotus et de poissons. Lors des cérémonies lui rendant hommage, c’est ainsi que se vêtent les jeunes filles qui la représentent.

 

 

Anuman Rajadhon que nous avons rencontré à de nombreuses reprises comme infatigable collecteur des vieilles traditions folkloriques de son pays a consacré à notre « mère du riz » en 1955 un très bel article (4). Il a certes les qualités d’un immense chercheur mais aussi d’un chercheur qui reste depuis Bangkok un « rat des villes » qui oublie souvent qu’à l’époque où il écrit la population de son pays est essentiellement composée de « rats des champs » dont il parle toujours avec une certaine condescendance. Quand il annonce la disparition programmée de ce rite et des cultes et cérémonies qui lui sont associés, il n’a pas pu constater qu’ils perdurent encore ce siècle même sous une forme peut-être simplifiée, au moins dans le pays profond.

 

 

Il nous rappelle qu’à une époque alors récente (n’oublions pas qu’il écrit en 1955), les Thaïs se devaient de rappeler à leurs enfants qu’en prenant leur repas, composé pour l’essentiel de riz et de condiments,  ils devaient manifester leur respect envers cette nourriture. Il était alors indécent de ramasser un grain de riz tombé sur le sol. Le riz non consommé à la fin du repas ne devait pas être jeté mais replacé dans la marmite au-dessus du riz en train de cuire ou être mis à sécher au soleil pour ensuite être éventuellement utilisé comme chapelure. Ainsi séché, il pouvait aussi être utilisé comme un aliment que les Thaïs consommaient lorsqu’ils partaient en voyage, l’emportant avec eux dans ce panier que nous connaissons bien !

 

 

Ainsi faisaient les militaires lorsqu’ils partaient en expédition. Ces restes de riz pouvaient aussi, être pulvérisés et mélangés à de la chair de noix de coco grillée et devenir une friandise appelée khao tu (ข้าว ตู)…toujours présente sur les marchés.

 

 

 

Avant de commencer le repas, le chef de famille devait fabriquer une boule de riz et la déposer sur le sol pour nourrir les oiseaux et les fourmis en signe du respect que nous devons à tous les êtres vivants. C’est pour cette raison que l’on ne devait pas ramasser un grain de riz tombé à terre par mégarde.

 

Rajadhon y voit une survivance du vieux rite indouiste du Shraddha passé au bouddhisme, qui consiste à donner de la nourriture aux dieux et aux ancêtres.

 

 

Le repas terminé, les assistants se devaient de faire le salut traditionnel du waï (ไหว้) pour remercier Mae Phosop de leur avoir procuré ce repas.

 

 

 

Rajadhon nous dit que ces coutumes étaient alors oubliées à Bangkok mais toujours présentes dans le pays profond.

 

L’étonnement de Rajadhon nous interpelle un peu. Nous sommes encore nombreux (des survivants ?) à avoir appris que l’on ne laissait rien dans son assiette et surtout que l’on ne jetait jamais un morceau de pain, compte tenu du prix payé par ceux qui avaient cuisiné en pensant à tous ceux qui n’avaient rien à mettre sinon dans leur assiette ou dans leur bol. Quant aux miettes de pain qui restaient sur la nappe, elles devaient être secouées dans le jardin pour nourrir non  pas les fourmis mais les oiseaux. Quant à l’usage du bénédicité avant les repas, l’usage ne s’en est peut-être encore pas perdu (5).

 

 

Il en est de même pour les Grâces à la fin du repas (6). Nous retrouvons ces usages chez les chrétiens, catholiques romains, catholiques orthodoxes et protestants, chez les juifs et les musulmans, elles consistent tout simplement à remercier le ciel de ses bienfaits et lui demandeur d’intervenir auprès de ceux qui n’en profitent pas, fussent-ils les oiseaux du ciel.

 

 

En dehors de ces considérations qui ne sont que de bon sens, Rajadhon a relevé sur le terrain, mais il ne s’est soucié que ce qu’il a constaté en direct dans le district de Chaya (ไชยา) au nord de la province sudiste de Suratthani (สุราษฎร์ธานี), ce qui est significatif bien que le district soit largement occupé par des mahométans.

 

 

Les habitants y pensent qu’il y a une divinité du riz nommée Mae Phosop, qui veille à la survie de l’humanité. Tous ceux qui vivent de la terre doivent l’adorer car elle leur donnera santé et richesse. Celui qui ne l’adore pas en souffrira. Il subira la faim et la maladie et sera harcelé par la pauvreté. Celui qui la respecte doit être attentif, soit en récoltant, soit en battant, à ce qu’aucun grain ne se répande sur le sol. Il sera alors heureux et riche. S’il n’est pas attentif, s’il laisse ses rizières piétinées par les bêtes ou envahir par l’eau, Mae Phosop se mettra en colère et lui refusera son soutien. Si son riz est de qualité médiocre, il doit en demander pardon à Mae Phosop.

 

 

Il est encore d’autres précautions qui sont signe du respect dû à la déesse :

 

Si l’on nourrit des animaux avec du riz cru ou bouilli, il ne doit pas être versé sur le sol mais placé par respect dans un récipient. Ne pas le faire et l’éparpiller sur le sol est un manque de respect envers Mae Phosop. Elle en tiendra rigueur au responsable.

 

Le vol de riz est considéré comme un acte gravissime et nul ne s’y risque.

 

Chaque fois qu'une quantité de riz est sortie de la grange, pardon doit être demandé à Mae Phosop.

 

Après avoir pilé le riz, le pilon ne doit pas être placé à l'embouchure du mortier. Si en effet, il tombe dans le mortier, Mae Phosop sera effrayée et se vengera.

 

Ces traditions, a  appris Rajadhon, se retrouvent dans tout le pays mais elles ne sont pas, quoiqu’il en pense, en voie de disparition. Loin de s’affaiblir, il est possible qu’elles se renforcent.

 

 

Il a aussi relevé d’autres croyances singulières :

 

Quand les plants de riz commencent à sortir de terre, on dit que Mae Posop est enceinte. C’est alors qu’il faut pratiquer dans le champ la cérémonie du tham khwan khao (ทำขวัญข้าว). Il s’agit alors de renforcer le khwam, l’esprit vital que tout être vivant, homme, animal ou arbre, a intrinsèquement dans son corps (3).

 

 

Nous savons en effet les effets d’une frayeur ou d’une maladie sur le khwan d’un être humain (3).

 

Dans chaque époque de la vie, naissance, puberté, mariage, une cérémonie de tham khwan est effectuée pour renforcer le khwan. C'est en fait une sorte de confirmation mystique. Il en est ainsi pour le riz.

 

Ainsi, lorsque le riz commence à sortir de terre, c'est un moment difficile  dans la vie de la plante. La cérémonie de tham khwan khao va lui redonner force ; elle est donc nécessaire. Un jour propice est choisi pour son exécution.

 

 

Ce jour est généralement un vendredi, en thaï est wan suk (วันศุกร์) mais ce jour-là c’est un autre wan suk, même prononciation mais orthographe différente (วันสุข) : Vendredi du calendrier c’est « le jour de Vénus » comme chez nous, celui-là, c’est « le jour du bonheur ». Le vendredi est d’ailleurs en général le jour choisi pour toutes ces cérémonies de bon augure. L'heure de l'exécution du tham khwan est généralement de trois à cinq heures de l'après-midi.

 

 

Une banane mûre coupée en petits morceaux, une orange ou tout autre agrume, quelques petits morceaux de canne à sucre sont placés dans une tasse composée de feuilles de bananier appelée krathong (กระทง). Ce sont les mêmes paniers qui sont utilisés pour les fêtes de Loi Krathong (7).

 

Cette coupe est placée dans un chaleo ou chalio (เฉลว ou ฉลิว). C’est une sorte de panier en bambou à mailles ouvertes souvent attaché au cou, tout comme ceux que l'on voit si souvent portés par ceux qui vendent quelque denrées sur les quais de nos gares.

 

 

Dans ce chaleo seront posés un peigne, de la poudre de toilette et une pommade parfumée pour les cheveux. N’oublions pas en effet que Mae Phosop est une femme !

 

Tout cela va être accroché au sommet d'un petit poteau planté dans le champ en offrande à Mae Phosop. Le rituel n’est toutefois pas terminé : Le paysan prélève ensuite une petite quantité de poudre de toilette et de pommade parfumée et les étale ensuite sur la feuille d’un plant de riz, puis la peigne comme s'il coiffait les cheveux de Mae Phosop.

 

Il demande alors à  Mae Phosop enceinte que ses offrandes soient gage de prospérité et le mette à l’abri du danger.

 

 

Cette installation, en dehors de son but rituel, a pour but pratique d’avertir que le riz va sortir de terre et que les passants doivent prendre soin de ne pas laisser leurs buffles, vaches ou autres animaux domestiques entrer dans le champ.

 

 

Pourquoi utiliser des agrumes comme offrande à  Mae Phosop  enceinte ? Chacun sait, vérité d’expérience, qu’une femme en début de grossesse a des « envies » et que les agrumes sont particulièrement recherchés pour lui éviter les nausées matinales.

 

Ce chaleo  est fait de petites bandes de bambou entrelacées de manière à former un certain motif, généralement une figure à six pointes ou huit pontes avec des espaces ouverts entre les lattes. Nous connaissons bien ces objets de bambou tressés auxquels nous avons consacré un article car ils avaient également suscité la curiosité toute citadine de Rajadhon (8).

 

Le chaleo  contient une petite marmite renfermant une décoction médicale dans chaleo  sur le couvercle du pot.

 

 

Après la récolte, il pouvait  rester quelques épis dans le champ. Ils étaient alors soigneusement rassemblés en hommage à l’esprit de Mae Phosop. Celui qui les rassemblait s’écriait « Oh Mae Phosop, s'il vous plaît venez et restez dans ma grange. Ne restez pas dans le champ pour que vos épis soient rongés par les souris ou picorés par les oiseaux. Venez donc dans un  endroit paisible nourrir vos enfants ».

 

 

L’invitation, faite après le battage, était accompagnée d’offrandes de riz bouilli, d'œufs de canard bouillis, de bonbons et de fruits, ni viande ni poisson, nourriture d'une personne sacrée ou ordonnée, pas nécessairement un moine bouddhiste. Il s’agissait probablement de l’écho d’un végétarisme hindou ?

 

Après cette offrande, tout ce qui restait dans la rizière et sur l'aire de battage était ramassé et conservé dans un sac ou un panier.  On l’appelait le riz de Mae Phosop.

 

On confectionnait alors une poupée faite de paille de riz mélangée avec les épis de riz récoltés sur le terrain comme déjà mentionné.  Elle n’était pas vêtue. Elle représentait Mae Phosop, elle-même et était conservée dans la grange familiale. On lui offrait souvent aussi deux pièces de tissu, l'une utilisée comme vêtement inférieur pour la partie inférieure du corps et l'autre comme écharpe pour envelopper la partie supérieure.  Ces deux pièces de tissus étaient étalées sur l'aire de battage et la poupée est placée au-dessus pour signifier que Mae Phosop avait revêtu de nouveau vêtements.

 

 

Lorsque le riz était entreposé dans la grange, rien ne devait en être sorti ni pour la vente ni pour la consommation, sauf les jours propices et avec l'observation de cérémonies appropriées. En général, le fermier réservait  une certaine quantité de riz pour sa propre consommation avant qu’il ne soit  stocké dans la grange. Si le riz devait en être retiré, quelques tasses étaient d'abord mesurées avant qu’il ne soit consommé  ou vendu. La personne qui mesurait le riz ne devait pas être un homme né l'année du rat ou l'année d'autres animaux qui mangent du riz comme le cheval, le porc ou la vache.

 

Lorsque vient l’époque des semailles, la poupée de Mae Phosop et son riz sont sortis de la grange.

 

La poupée est cérémonieusement détruite, le riz des épis dans la poupée et le riz de Mae Phosop sont mélangés avec les autres graines à semer. C’est le gage d’une future bonne récolte. La destruction de la poupée, l’esprit des grains, semble bien être le rappel des anciennes coutumes des sacrifices humains dont le sang répandu sur le sol devaient assurer sa fertilité avant les semailles. Ces sacrifices humains ont-ils existé dans le Siam ancien, rien ne nous le dit. N’oublions pas qu’ils ont existé chez nos ancêtres Celtes ou Gaulois, Srabon en atteste ainsi que Jules César qui a réussi à les éradiquer.

 

Pus proches dans le temps, nous les retrouvons chez les Amérindiens. Ils ont à juste titre indigné les Espagnols de Cortés qui ont répondu en faisant pire (9).

 

 

Rajadhon donne une version de l’histoire de la déesse :

 

Les dieux reçurent l'ordre du Dieu Très-Haut  (c’est-à-dire Indra) d'aller prier Mae Posop de revenir. Où était-elle partie et pour quelle raisons avait-elle quitté les rizières ? L'histoire ne le dit pas.

 

Les dieux la cherchèrent à l'aide de poissons, traversèrent les sept mers et les sept chaînes de montagnes jusqu'à ce qu'ils arrivent à la montagne de diamant où les dieux la retrouvèrent avec ses serviteurs.

 

Après beaucoup de palabres, elle consentit à retourner dans ce qui était sans doute le pays des rizières. Les sept mers et les sept chaînes de montagnes étaient les mers et les montagnes mythologiques entourant le mont Meru, la demeure des dieux de la cosmologie bouddhiste.

 

 

Quand elle revint, elle fut  suivie par un grand nombre de poissons. Le riz et le poisson sont, bien sûr, les aliments de base des Thaïs, « préparer le riz et le poisson » et «prendre du riz et du poisson» sont des expressions idiomatiques parlantes qui signifient « préparer la nourriture » et « prendre un repas ».

 

Cette légende explique que l’estrade sur laquelle elle est assise est souvent entourée de représentations de poissons et des fleurs de lotus dans l’eau.

 

 

Faut-il en trouver l’origine dans l’hindouisme qui a également sa déesse du riz, Dewi Sri ?

 

 

Contrairement à  ce que pense Rajadhon dans sa vision citadine, ce culte à la déesse du riz n’a pas disparu avons nous dit, même si le rituel a pu se simplifier, les Thaïs allaient-ils perdre une occasion de faire la fête ?

 

Les sites Internet qui lui sont consacrés sont pour l’essentiel en thaï. Nous vous donnons toutefois une vidéo de reportage sur la  cérémonie, à Phichit  en 2016. Il y en a beaucoup d’autres. Elles ne bénéficient évidemment pas du battage médiatique qui entoure les fêtes les plus spectaculaires, comme celles de la nouvelle année et de Loi Krathong, et les guides touristiques ne vous en parlent pas.

Une bande dessinée récente :

 

 

Cet ouvrage réédité en 2020  sur les traditions de l'Isan consacre un chapitre à la Déesse 

 

 

NOTES

 

- 1 - Ce n’est pas dire que les populations nomades n’aient pas connu une certaine forme de civilisation bien que les exploits des hordes d’Attila et de Gengis khan surtout adeptes du pillage permettent de relativiser cette affirmation.

 

 

- 2 - Voir notre article 9. La Civilisation Est-Elle Née En Isan ? :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

- 3 – Voir notre article A 401 - LES  « GÉNIES PROTECTEURS » (ขวัญ) : UNE SURVIVANCE ANIMISTE DANS LA THAÏLANDE PROFONDE

 

- 4 – « Me Posop – the rice mother » in Journal de la Siam society,  n° 43-I de 1955.

 

- 5 – La formule la plus courante est « Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l'ont préparé, et procurez du pain à ceux qui n'en ont pas ».

 

- 6 -  Une formule comme une autre, chaque famille ayant ou avait sa formule «  Merci Seigneur pour tous vos bienfaits ».

 

- 7 – Voir notre article R9. UNE DES PLUS BELLES FÊTE DE THAÏLANDE : LE LOIKRATONG (22 NOVEMBRE 2018)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html

 

- 8 – Voir notre article A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/a-216-les-yeux-du-bonheur-en-bambou-tresse.html

 

Ils sont utilisés de façon rituelle comme un charme pour éloigner les esprits du mal, des sortes de yantra, schéma mystique. Ils sont aussi utilisés de façon plus terre à terre, manière pratique de marquer des frontières ou comme signe tabou toujours utilisé par les tribus montagnardes le plus souvent illettrées.

Dans le passé, ils indiquaient pour ces illettrés, par exemple posés sur un bateau ou une charrette que l’objet était à vendre. Ils étaient également un signal sur les chemins prévenant d’une inspection douanière ou policière.

L’article de Rajadhon ;  « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967

Ils font l’objet d’une remarquable étude : « เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » (en thaï) numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

- 9 - Des cœurs arrachés pour les dieux du soleil ou de la pluie. Un enfant noyé pour la déesse de la nature. Pour Xipe Topec, le dieu du printemps et des semailles, on écorche un homme et le prêtre s’habille de sa peau. Il arrive aussi parfois qu’on mange les restes du sacrifié. Les Aztèques ne sont d’ailleurs pas les seuls à le faire. C’est le cas dans quasi toute l’Amérique du sud. Les Incas font la même chose, un peu moins souvent. Les Mayas également, qui jettent les victimes dans des puits naturels pour faire tomber la pluie. Tout cela cessera avec la victoire de Cortès quand, vaincus, les Aztèques seront convertis de force à la religion catholique. Leurs temples seront rasés ou recouverts par des églises. Assimilés à ces sacrifices humains par les Espagnols, leurs monuments, leurs livres, jusqu’à leur langue seront détruits. Toute leur culture sera effacée de la surface de la terre. Ces pratiques expliquent la férocité de la colonisation espagnole même si elles ne l’excusent qu’en partie.

 

Les murs de crânes des Aztèques que les archéologues découvrent en permanance  

 

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 22:09

 

Nous savons que les peuples d’ethnie thaïe dont les descendants constituent aujourd'hui la grande majorité de la population du pays sont les descendants de populations venues probablement de Chine, qui étaient essentiellement animistes, Ils ont commencé à s'installer dans le pays actuel vers le XIe siècle, Ils y ont rencontré les Môns et peut-être des populations apparentées qui étaient déjà adeptes du bouddhisme, vers le XIIIe siècle, ils sont devenus bouddhistes suivant probablement leurs chefs qui établissaient des royaumes indépendants tout comme les Francs de Clovis devinrent chrétiens pour suivre leur chef ce qui ne fut pas marque d'une christianisation en profondeur,

 

 

Les croyances animistes subsistèrent et subsistent encore dans le pays profond faisant vaille que vaille bon ménage avec le bouddhisme orthodoxe malgré les réformes « protestantes » du roi Rama IV qui voulut rendre au bouddhisme sa pureté d'origine,

 

 

Il est une croyance primitive qui a survécu selon laquelle dans chaque personne, il y a un khwan (ขวัญ) que nous traduisons, faute de mieux, c’est la traduction qu’en donne le dictionnaire de Monseigneur Pallegoix, par « génie tutélaire » ou « génie protecteur » (1).

 

 

Ce concept n’a pas disparu de la mémoire collective des populations de la Thaïlande profonde. De nombreux sites Internet lui sont toujours consacrés. Peut-on le définir  C'est une chose immatérielle, sans substance, censée résider dans le corps physique d'une personne. Quand il est là, la personne jouit d'une bonne santé et du bonheur. S'il quitte le corps, la personne sera malade ou subira des effets indésirables. Un bébé qui a facilement peur, aura un khwan avec les mêmes effets : Si son khwan prend peur, il s'envolera dans une région sauvage et ne reviendra pas tant qu'il n'aura pas retrouvé sa nature normale.  S’il ne revient pas, le corps devient celui d’un Phi (2). À mesure que le bébé grandit, le khwan deviendra également plus fort. Il sera plus solide et plus ferme de tempérament comme la personne dans le corps de laquelle il demeure.

 

 

Cette croyance ne se limite pas aux Thaïs de Thaïlande, Nous la retrouvons chez les Shans de Haute-Birmanie, les Laos et d'autres groupes minoritaires thaïs, Elle semble avoir été généralisée dans toute l'Asie du Sud-Est, enracinée dans un passé antérieur au bouddhisme, elle a survécu  et donne lieu à un vocabulaire abondant.

 

 

Le khwan ne se limite pas aux êtres humains.

 

Nous le retrouvons dans les arbres,  les animaux et les objets inanimés utiles à l’homme, qui ont des khwans individuels. Par exemple: un éléphant, un cheval, un buffle ou un bœuf, le poteau d'une maison, une charrette à bœufs, une rizière et même une ville, ont chacun un khwan. Nous sommes loin de la conception pyramidale, occidentale et traditionnelle du monde : les roches qui sont, les plantes qui sont et qui vivent, les animaux qui sont, qui vivent et qui ont des sentiments, et les êtres humains qui sont, qui vivent, qui ont des sentiments et qui possèdent l'intelligence.

 

 

La construction d'une maison traditionnelle était en bois. La partie considérée comme la plus importante était le premier pilier (เสาเอก) appelé « pilier-khwan » (เสา ขวัญ). Les villageois observaient tout un rituel relatif à la sélection de l'arbre et à son implantation. Les piliers sont maintenant en béton mais le rituel demeure.

 

 

Le choix des arbres était essentiel puisque chacun des arbres abattus était la résidence d'un « esprit de l'arbre ». Le choix était essentiel car il y a des esprits féminins et des esprits masculins. Les arbres utiles, par exemple pour construire une maison, un char ou un bateau, ont un esprit féminin appelé « la nymphe des bois » (nang-mai – นางไม้)

 

 

....et les arbres sans intérêt utilitaire et sans valeur économique, comme le pipal ou le banyan, même s'ils sont par ailleurs sacrés, ont un esprit masculin appelé « ange (masculin) de l'arbre » (rukha thewada – รุกขเทวดา) (3).

 

 

La croyance généralisée est que l'esprit demeure dans l'arbre même une fois abattu. Il n'est donc pas souhaitable d'utiliser des arbres provenant de différentes forêts comme poteaux de la maison, car les esprits féminins qui y résident, venant de différentes localités, se querelleraient naturellement entre eux et il n'y aurait pas de paix pour les occupants. Il en est de même pour un char à bœufs ou une pirogue qui ont un esprit comme les poteaux de maison.

 

Une rizière a une « mère du riz » (mae khao – แม่ข้าว) ou encore maekhwankhao (แม่ขวัญข้าว) qui est un khwan. Il faut lui demander  pardon avant de moissonner la récolte (4).

 

 

De même une ville a son esprit tutélaire qui est aussi un khwan  (khwan mueqng - ขวัญเมือง).

 

 

Naturellement, tout ce qui a un esprit a aussi un khwan.

 

Nous savons que les bouddhistes ne croient pas comme les  chrétiens (en particulier) à l'existence d'une âme pérenne et immortelle dans un corps périssable. Ce que les Thaïs appellent « cheta » (เจต) peut se traduire par « esprit » mais ce n'est pas l'âme. Mais on peut suivre Rajadhon lorsqu’il nous dit que le khwan était  l’âme dans son sens premier. Le mot thaï moderne pour l'âme est vinyan (วิญญาณ) qui vient du pali et qui signifie simplement « conscience », Il est donc très probable que les Thaïs ont appréhendé ce mot lorsqu'ils ont élu domicile au Siam après avoir adopté le bouddhisme de l'école du Sud. Les Laos, les Shans, les Birmans et les Mons de Basse-Birmanie et les Cambodgiens ont le même mot « vinyan » pour désigner l'âme dans leurs langues modernes. La négation par le bouddhisme d'une âme individuelle permanente a brisé la vieille croyance animiste des peuples de cette partie de l'Asie qui ont donc adopté le mot vinyan comme un compromis avec la vieille croyance encore apparente chez de pourtant pieux bouddhistes.

 

 

Quelques expressions significatives

 

Néanmoins, le khwan, privé de son âme signifiante d'origine, existe toujours avec des significations décalées, comme on peut le voir dans de nombreuses expressions toujours vivantes.

 

Lorsqu'un bébé naît, son khwan inhérent est dans un état de fragilité et de faiblesse, On l'appelle « tendre khwan » (khwan on - ขวัญอ่อน) qui peut prendre par extension le sens de « soins tendre et affectueux » comme celui d'une mère pour son bébé.

 

 

Un jeune homme peut dire affectueusement à une jeune femme qui est facilement timide « tendre khwan». Lorsqu'un enfant est frappé par une peur soudaine et se mer brusquement à pleurer, on pense que c'est le khwan de l'enfant a pris son envol. On parle alors de « khwan effrayé » (khwan hai - ขวัญหาย), « khwan enfui » (khwan ni – ขวัญหนี) ou de « khwan envolé » (khwan bin - ขวัญ บิน), ces trois expressions exprimant un état d'alarme, de peur ou de surprise. Lorsqu'un homme éprouve une grande peur qui pourrait le tuer, on dit de façon imagée « le kwan fuit, la bile (vésicule biliaire) se fane » (khwan ni di fo - ขวัญหนีดีฝ่อ).

 

 

Une peur soudaine devient « khwan suspendu » (khwan – ขวัญแขวน). « Détruire le khwan »  (thamlai khwan – ทำลาย), c'est causer une grande frayeur. Khwan est parfois utilisé comme qualificatif pour caractériser l’ affection. Par exemple mia khwan (เมีย ขวัญ), luk khwan (ลูกขวัญ), suan khwan (สวน ขวัญ) qui signifient respectivement une femme précieuse, un enfant précieux, un jardin précieux.

 

 

Ces expressions sont en nombre important. Rajadhon en donne une longue liste qui n’est probablement pas exhaustive. Nous avons dit que la langue thaïe était la langue du cœur, elle est aussi celle de l’âme (5) !

 

 

 

Les khwans de l’être humain

 

Les yeux, les oreilles, la bouche, le nez et les mains ont leur kwan particulier; ce sont khwan ta (ขวัญ), khwan hou (ขวัญ หู), khwan pak (ขวัญ ปาก), khwan chamuk (ขวัญ จมูก) et khwan mu ขวัญ มือ).

 

Traditionnellement, une personne a 32 khwan. Cette tradition perdure au moins encore dans le Nord et le Nord-Est et chez les Laos. En dehors des quatre donc nous venons de parler, il y a celui du cœur, des intestins, des reins, etc…

 

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La croyance en la pluralité des âmes se retrouve chez de nombreux peuples primitifs : Chez les Mongols en particulier, les hommes en ont trois. Mais jusqu'à présent, nulle croyance n’atteint ce nombre. Il s’agit probablement d’une influence ultérieure du bouddhisme qui énumère trente-deux parties d'un corps humain ?

 

 

Bien que le khwan ne soit jamais décrit avec une forme physique, l'expression  khwan bin, le khwan s'envole de peur, laisse à penser qu’il doit avoir des ailes ?

 

Ce serait le plus souvent sous la forme d’un papillon ? Nous retrouvons curieusement les vieux mythes européens, le mythe grec de Psyché.

 

 

Chez Homère, les âmes des prétendants tués par Ulysse s’envolent sous forme de chauve-souris.

 

 

Quand le papillon s’envole, il le fait par une ouverture sur le sommet de la tête,  lequel s’appelle d’ailleurs khwan en thaï. C’est la raison d’une coutume dont on parle  beaucoup sans en expliquer l’origine. Un Thaï moyen ne tolérera pas que quiconque touche sa tête. Malheur à la personne qui tapote une tête thaïe, plus encore si cette personne est une femme. Pire encore si la main qui la touche est une main gauche, car cette main est impure, en particulier celle d'une femme. Aucun homme, s'il le peut, ne passera sous une corde à linge, ni ne laissera le vêtement inférieur d'une femme toucher sa tête. En passant ou en se tenant près d'un supérieur ou d'un ancien, il faut baisser la tête afin de ne pas être au-dessus ou à égalité avec la tête de ce personnage. Si ce personnage est assis sur une chaise ou sur une plate-forme surélevée, il faut baisser la tête en passant près de la personne. S'il s'accroupit sur un tapis ou sur le sol, il faut s'agenouiller ou ramper. Ces habitudes sociales sont devenues si conventionnelles qu'elles font maintenant partie de l'étiquette thaïe des bonnes manières et du décorum.

 

 

Le bouddhisme thaï contemporain ne manque pas de nous étonner. Religion sans dieu créateur mais les représentations des dieux du panthéon indouistes sont omni présentes dans tous ses temples. Religion sans créatures célestes, mais nagas,

 

 

garudas,

 

 

kinaris

 

 

...se retrouvent en permanence dans l’art religieux. Pays dans lequel le monarque doit constitutionnellement être bouddhiste mais où ses rites de son ordination sont brahmanistes. 

 

 

Religion sans thaumaturge, Bouddha s’est toujours refusé à accomplir des miracles mais on vient en permanence lui demander d’en accomplir, réussite à un  examen, exemption de service militaire ou gain à la loterie.

 

Nous avons consacré plusieurs articles à la persistance toujours au XXIe siècle de croyances et rituels animistes venus de la nuit des temps sinon de la préhistoire (6).

 

Il fallut attendre le milieu du XIXe siècle pour que les premiers textes sanskrits soient traduits et commencent à livrer un aperçu de cette singulière doctrine religieuse sans Dieu.

 

 

NOTES

 

 

(1) Une étude circonstanciée en a été faire par Anuman Rajadhon « THE KHWAN AND lTS CEREMONIES » in Journal of the siam society, volume 50-II de 1962, pp.119-164.

 

(2) Voir notre article « A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi" » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(3) Le banyan (ต้นกร่าง   tonkrang)  est le  ficus bengalensis qui passe pour avoir des vertus médicinales.

 

 

Le pipal  (โพ – pho)  est le  Ficus religiosa .   C’est l’arbre sacré de la Bhodi sous le feuillage duquel Bouddha a atteint l’éveil.

 

 

(4) Voir l’étude d’Anuman Rajadhon « Me Posop – The rice mother » in Journal of the siam society volume 43 de 1955.

 

 

(5) Voir notre article A 397- LA LANGUE THAÏE EST LA LANGUE DU CŒUR

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/10/a-397-la-langue-thaie-est-la-langue-du-coeur.html

 

(6) Voir nos articles, la liste n’étant pas limitative :

 

Bouddhisme, animisme, brahmanisme

 

21. Le Bouddhisme thaïlandais et d'Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

 

22. Notre Isan, bouddhiste ou Animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES …

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

 

A134. Les "Esprits" Thaïlandais Sont Toujours Vivants.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a134-les-esprits-thailandais-sont-toujours-vivants-120943911.html

 

 

A 331- LE CHAMANISME TOUJOURS PRÉSENT DANS LE BOUDDHISME DE L’ISAN.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-331-le-chamanisme-toujours-present-dans-le-bouddhime-de-l-isan.html

 

 

Des rites venus de la préhistoire

 

A93. Une Chasse Au Buffle Dans La Région De Kalasin En Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a9-une-chasse-au-buffle-dans-la-region-de-kalasin-en-thailande-114713457.html

 

 

A154. La Divination Dans Les Entrailles De Poulet En Isan. Une Vieille Tradition Perdue ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a154-la-divination-dans-les-entrailles-de-poulet-en-isan-une-vieille-tradition-perdue-123941685.html

 

 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/a-216-les-yeux-du-bonheur-en-bambou-tresse.html

 

 

A 208 - LE RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-208-le-rituel-de-la-peche-au-plabuk-le-geant-du-mekong-dans-le-nord-est-de-la-thailande.html

 

 

A 299- LES RITES D’OBTENTION DE LA PLUIE EN ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-299-les-rites-d-obtention-de-la-pluie-en-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 22:05

 

Chaque individu à sa naissance vient au monde sous les auspices d'un animal que détermine l'année de sa naissance au sein du zodiaque duodénaire chinois (1). Il suit encore un signe astrologique qui dépend du mois lunaire de sa naissance et qui a son équivalent dans l'un des mois de notre zodiaque même s’il y a quelques divergences. Il doit enfin vénérer un bouddha qui se rapporte au jour de sa naissance, sachant qu' il y en a huit, deux pour le mercredi en fonction de l’heure de la naissance. Nous vous en avons déjà parlé (2).

 

 

Dans les sociétés bouddhistes Theravada d'Asie du Sud-Est, il existe un certain nombre de lieux saints que les fidèles pensent avoir été visités par Bouddha de son vivant et (ou) des sanctuaires contenant des reliques de l'Éclairé. Comme les rappels de Bouddha qui sont associés à sa personne physique, ces lieux saints sont considérés par ceux qui les connaissent comme des centres vers lesquels les pèlerinages doivent être effectués. Les lieux saints réellement choisis pour les pèlerinages dépendent de la tradition religieuse locale à laquelle adhèrent les fidèles.

 

 

Dans le nord, la région associée à la tradition du nord du bouddhisme Theravada, un certain nombre de centres de pèlerinage furent et sont peut-être encore été liés à une année du cycle de douze ans ou cycle animal : Rat – bœuf ou buffle – tigre – lièvre – dragon – serpent – cheval- chèvre – singe – coq - chien – cochon ou éléphant.

 

 

Dans cette région, cet ensemble de correspondances est exprimé dans la formulation « Il faut vénérer la relique du Bouddha abritée dans un temple correspondant à son année de naissance »

 

 

Quel est donc l’explication de ces correspondances entre un ensemble de centres de pèlerinage bouddhistes et les années du cycle de douze ans ?

 

Il s’agit de la formulation d’un code de conceptions d'ordre moral développé dans l'espace et dans le temps, prêtées (et peut-être encore) au monde habité par les habitants des principautés de Lanna-Thai et partiellement de l’actuel Isan, aujourd'hui les provinces du Nord et du Nord-est (3).

 

 

LE CONTEXTE

 

En 1968, l’anthropologue américaine Charles Keyes effectuait des recherches sur les pratiques religieuses dans le district de Mae Sariang dans la Province de Mae Hong Son. Il y observa un rituel censé assurer la protection d’un individu dans le cadre d’une vie propice.

 

 

Ce rituel était bouddhiste puisque les célébrants étaient des moines bouddhistes. Il est habituel que le rituel soit exécuté au jour anniversaire de la personne qui souhaite protection la même année du cycle de douze ans que l'année de sa naissance.

 

 

Ainsi, selon l'année du cycle animal dans lequel on est né, on doit accomplir certains actes de piété parmi lesquels un pèlerinage dans un sanctuaire bouddhiste particulier. Le chef religieux interrogé par Charles Keyes fut toutefois incapable de se souvenir de l'ensemble des sanctuaires associés au cycle de douze ans; cependant, il lui fit rencontrer une dévote âgée qui a pu se souvenir de onze des douze sanctuaires. D’autres chercheurs qu’il interrogea se heurtèrent à la même difficulté.

 

Le fait est que la correspondance entre le cycle animal et les douze sanctuaires associés à la personne de Bouddha à l’époque contemporaine n’a sociologiquement pas survécu au fil des années, mais était peut-être encore présente dans un passé plus ou moins récent.

 

 

Les recherches de Keynes lui ont permis d’en trouver la liste dans deux ouvrages d’érudits thaïs relatives aux coutumes du Lanna qui constituent en fait un voyage nostalgique vers les coutumes du temps passé.

 

 

L'ensemble des correspondances entre les années de naissance et les centres de pèlerinage était connu des habitants sous forme d’images, qu’ils gardaient chez eux pour leur faire des offrandes. Lorsque Keynes écrit le résultat de ses recherches en 1970, il y a 50 ans, ces images existaient toujours dans les zones rurales, mais il n’a pu s’en procurer un exemplaire. Elles étaient souvent encadrées et placées sur une étagère supportant les images de Bouddha au-dessus de la tête du lit. En sus de la correspondance entre le cycle l'animal et les sanctuaires associés à la personne de Bouddha, il lui est apparu que non seulement il fallait faire un pèlerinage à un sanctuaire particulier en fonction de son année de naissance, mais également, toujours selon l'année de naissance, offrir au Sangha local le texte d'un Jataka spécifique correspondant au jour de la semaine où l'on est né et demander à l’un de ses membres d’en faire la base d’un sermon.

 

 

LE CYCLE ANIMAL DE DOUZE ANS

 

Le calendrier basé sur un cycle duodénaire d'années, chaque année étant associée à un animal, était utilisé dans le nord de la Thaïlande depuis au moins le XIIIe siècle, quand les Thaïs sont devenus le peuple dominant de la région, mais très probablement bien avant.

 

 

Ce cycle est-il d’origine chinoise ? La question est discutée par les érudits. Dans ce calendrier local par exemple l’année du dernier cycle n’est pas le cochon mais l’éléphant et le bœuf devient le buffle, différent en cela de l’année zodiacale des Khmers qui associent à chaque année une constellation du Zodiaque. Nous avons un système complexe, un cycle sexagénaire, basé sur la combinaison d'un cycle duodénaire avec un cycle dénaire (1).

 

Il faut y voir une représentation du cosmos même si la correspondance de ces animaux ne s’emboite pas totalement avec les signes du zodiaque. Le cycle duodénaire serait probablement d’origine totémique selon Lévi-Strauss. (5)

 

 

Le cycle de douze ans permet alors de rattacher la croyance bouddhiste à des éléments cosmologiques.

 

 

LES DOUZE SANCTUAIRES

 

Les douze sanctuaires sont tous étroitement associés à la présence et à la personne physique de Bouddha. L’histoire légendaire de ces sanctuaires est systématiquement d’ailleurs rapportée sur les panneaux explicatifs situés à leur entrée. Selon elles, sept d'entre eux sont associés à des visites faites par Bouddha de son vivant :

 

Phra That Takong (Shwe Dagon) (พระธาตุตะโก้ง - ต้นพระศรีมหาโพธิ์) à Rangoon en Birmanie, associé au cheval

 

 

Phra That Phanom (พระธาตุพนม), que nous connaissons bien, nous lui avons consacré deux articles (6), il n’est pas formellement dans le Lanna, nous nous en expliquerons.

 

 

Phra That Doi Tung, à Chiangsen dans la province de Chiangrai (พระธาตุดอยตุง), associé à l’éléphant, le dernier du cycle animal qui remplace le cochon.

 

 

Phra That Cho Hae (วัดพระธาตุช่อแฮ) à Phrae, associé au tigre.

 

 

Phra That Lampang Luang (วัดพระธาตุลำปางหลวง) à Lampang, associé au bœuf.

 

 

Phra That Hariphunchai à Lamphun (วัดพระธาตุหริภุญชัยวรมหาวิหาร), associé au coq,

 

 
Phra That Chom Thong à Chiang Mai (วัดพระธาตุศรีจอมทอง), associé au rat.

 

 

Chacun de ces sanctuaires contiendrait également une relique de Bouddha qui, dans la plupart des cas, a été apportée au sanctuaire par les émissaires du célèbre roi Asoka. Selon d'autres légendes, le roi Asoka est censé avoir envoyé ses émissaires distribuer les reliques de Bouddha dans le sud-est de l'Asie au IIIe siècle avant Jésus Christ. Deux sanctuaires, Phra That Phanom et le Shwe Dagon, sont aussi censés contenir des reliques des trois bouddhas antérieurs à Gautama Bouddha.

 

 

Les sanctuaires de Phra That Doi Suthep près de Chiang Mai (วัดพระธาตุดอยสุเทพ), associé au cheval

 

 

et le Phra That Chae Haeng (วัดพระธาตุแช่แห้ง) dans la province de Nan est associé au lièvre, contiennent une relique.

 

 

Le sanctuaire de Wat Phra Sing dans la province de Chiang Mai (วัดพระสิงห์วรมหาวิหาร), associé au dragon, contient une représentation de Bouddha qui serait l’objet de la vénération et selon d’autres sources on viendrait y vénérer des reliques contenues de son Phra That qui a été construit au XIVe siècle.

 

 

Un certain nombre de sanctuaires auraient été fondés peu après la disparition de Bouddha, La construction proprement dite des sanctuaires Phra Ket Kaeo Culamani (พระแกดกุลามานี) associé au chien mais qui serait situé dans l’un des paradis bouddhistes sur le Mont Meru

 

 

et celui de Si Maha Pho Bodhi tree (พระศรีมหาโพธิ์ข) à Bodh Gaya aux Indes, associé au serpent serait plus tardive.

 

 

Le Phra That Phanom aurait été construit pour la première fois dans la période protohistorique entre les sixième et dixième siècles, bien que sa forme actuelle il a été établie par le Rois laotiens de Vientiane au XVe ou XVIe siècle. Il semble difficile de dissocier l’histoire de ce sanctuaire de celle du Lanna plutôt que de le rattacher à celle de l’Isan.

 

 

Il est de tous ces temples le plus important, associé au singe. Il est le palladium du Laos et de l’Isan.

 

Le Shwe Dagon birman serait également très ancien mais il ne semble pas être devenu célèbre avant le quatorzième siècle.

 

 

Le Phra That Hariphunchai à Lamphun a apparemment été construit pour la première fois au onzième siècle

 

 

et Phra That Lampang Luang à Lampang au douzième.

 

 

Les autres sanctuaires sont associés à la domination des peuples de langue taï dans le nord de la Thaïlande.

 

Phra That Dôi Tung a probablement été construit la première fois au XIIIe siècle.

 

 

Phra That Doi Suthep,

 

 

Phra That Chae Haeng à Nan,

 

 

Phra That Cho Hae

 

 

et Phra That Wat Phra Sing

 

 

...  datent tous du quatorzième siècle. Phra That Chom Thong date du XVe siècle.

 

 

Il est significatif que certains de ces sanctuaires soient liés, selon leur légende, aux royaumes antérieurs et étaient probablement des lieux sacrés avant de devenir des sanctuaires pour les reliques du Bouddha et peut être même avant Bouddha.

 

Un certain nombre semblent être associés aux sièges traditionnels des anciennes puissances dans le nord de la Thaïlande : Phra That Hariphunchai avec Lamphun, l'ancienne capitale du royaume de Hariphunchai qui dominait la vallée de la rivière Ping avant l'émergence de royaumes taïophones dans cette région; Phra That Dôi Tung avec Chiang Saen, qui était la première capitale du peuple de langue Tai dans la région; Phra That Doi Suthep et Phra That Wat Phra Sing avec Chiang Mai; Phra That Lampang Luang avec Lampang; Phra That Cho Hae avec Phrae; et Phra That Chae Haeng avec Nan. Chiang Mai est exceptionnellement bien loti en étant associé non seulement à deux sanctuaires, dans et au-dessus de la capitale, mais aussi avec un troisième sanctuaire, Phra That Chom Thong situé à une soixantaine de kilomètres de la ville mais toujours dans la vallée de la Ping.

 

 

Le dernier sanctuaire de l'ensemble, celui de Bodh Gaya en Inde, ne contient pas de relique mais il est associé au lieu où le Bouddha a atteint l'illumination assis sous l'arbre Bodhi. C'est l'un des quatre endroits mentionnés dans les écritures bouddhistes.

 

 

En plus de visiter Bodhi à Bodh Gaya, les bouddhistes dévots devaient également faire des pèlerinages au lieu de naissance du Bouddha à Lumpini au Népal,

 

 

lieu où le Bouddha a prêché le premier sermon à Sarnath, près de Bénarès dans l'Uttar Pradesh, en Inde, et au lieu où Bouddha est décédé, aussi situé dans l'Uttar Pradesh.

 

 

 

Le sanctuaire de l'arbre Bodhi a pu représenter pour le nord de la Thaïlande les quatre sanctuaires associés à la vie du Bouddha au Népal et en Inde. Compte tenu de l'association des sanctuaires avec la personne du Bouddha, en tant que lieux où il a vécu ou visité et où une relique est enchâssée, ces sanctuaires sont dignes de pèlerinages des fidèles. De tels pèlerinages devraient être effectués au moment de la pleine lune dans le huitième mois lunaire, c'est-à-dire vers le 30 mai. Celui qui est né une année donnée doit aller présenter des offrandes à n'importe quel reliquaire de bon augure ; ce qui lui permettra de renforcer sa force vitale lui assurant une longue vie car il y recevra e nombreux bénédictions.

 

Si quelqu'un toutefois avait la chance d'être né l'année du chien, il lui serait impossible de remplir cette obligation, car Culamani est situé dans le mythique paradis de Daowadüng.

 

Ce serait aussi difficile, bien que physiquement possible, pour ceux qui sont nés l'année du serpent ou l'année du cheval pour faire leurs pèlerinages obligatoires à Bodh Gaya et au Shwe mais pour eux, il y une possibilité de substitution :

 

L'arbre de la Bodhi au Wat Phra That Doi Suthep ou tout arbre Bodhi dans n'importe quel wat pourrait remplacer l'arbre de Si Maha Pho à Bodh Gaya en Inde.

 

 

 

La relique de Phra Ket Kaeo Culamani pourrait être honorée au Wat Daowadung à Chiang Mai. Il en est de même pour le Wat Phottharam (maintenant Wat Chet Yôt) à Chiang Mai (วัดโพธาราม –วัดเจ็ดยอด) est un sanctuaire construit sur le modèle du Bodh Gaya est un substitut possible au sanctuaire de Bodh Gaya. Il est un lieu de pèlerinage pour les personnes nées l’année du serpent lui aussi.

 

 

Il apparait toutefois que des pèlerinages étaient encore organisés dans la première moitié du siècle dernier en direction du sanctuaire Shwe Dagon dans un passé « relativement récent », mais les observations de Keynes ont été effectuées en 1968.

 

 

Comment interpréter le culte à l'ensemble des douze sanctuaires ? Il faut y voir deux interprétations complémentaires sinon contradictoires, la conception bouddhiste du karma (kam - กรรม) et la croyance au destin (chata - ชะตา).

 

Dans la tradition bouddhiste du nord et du nord-est de la Thaïlande, comme dans d'autres traditions bouddhistes Theravada, le degré relatif de souffrance d'une personne est déterminé par son karma, c'est-à-dire par ses actes humains et leurs conséquences. Les bonnes actions produisent des mérites et les actes pervers produisent le « démérite ».

 

 

À la naissance, nous sommes dotés d’un destin karmique qui est la conséquence de nos actes passés, bons et mauvais, commis dans nos existences antérieures. Il est impossible de savoir si ces actes ont été bons ou mauvais jusqu'à ce que leur fruit de l'acte ait mûri et que la conséquence s’en soit manifestée.

 

Un dévot bouddhiste espère échapper à la règle du karma pour atteindre le nirvana, imitant ainsi le Bouddha. Il peut récolter plus immédiatement des avantages sous forme de réduction de la souffrance dans cette existence ou la suivante, grâce à la poursuite des mérites. Un moyen essentiel pour produire des mérites est de faire un pèlerinage dans un sanctuaire associé à la personne réelle du Bouddha, que ce soit sa personne physique ou ses reliques. Le parallèle avec le régime des indulgences de l’Eglise catholique ne peut être évité.

 

 

Si toutefois le destin karmique d’une personne à la naissance ne peut jamais être connu avec certitude, son chata peut être calculé avec précision si les informations requises, l'heure et le lieu de naissance sont connues.

 

 

Alors que le karma conduit l'individu à accomplir de bonnes actions, son destin le condit à accomplir des actes rituels dirigés vers les éléments cosmiques.

 

L'ensemble des douze sanctuaires fait référence à ces deux croyances, karma et chata.

 

Ils peuvent donc accueillir des pèlerins bouddhistes qui cherchent acquérir des mérites. Comme ils sont liés au cycle cosmique et à la présence physique de Bouddha, mieux accomplir les rituels dans ces sites sacrés que dans le modeste temple du village. Combien de catholiques fervents pensent qu’il vaut mieux prier la Vierge Marie à Lourdes ou à Fatima plutôt que devant sa statue dans leur église de village.

 

 

LE TRAÇAGE DANS L’ESPACE 

 

La carte établie par Keynes fait référence à la numérotation des années duodénaires à partir du premier animal, le rat jusqu’au douzième, éléphant ou cochon.

 

 

Le premier site dans l’espace géographique au sud est That Phanom. Vers le nord-ouest, nous nous dirigeons vers la Birmanie et ensuite vers les Indes. Un retour vers l’Est nous ramène vers huit des douze points sacrés dans un espace de forme ovale et relativement restreint. Ne parlons évidemment pas de l’envol vers le paradis ! De Lamphun à Nan, grand axe presque horizontal de l’ellipse, est d’environ 190 kilomètres. De Lampang à Chiang Saen, axe vertical direction nord-nord-est, elle est d’environ 300 kilomètres.

 

Comme nous l'avons vu, huit de ces sanctuaires sont associés aux sièges traditionnels des principautés du Lanna Thai. Deux seulement situés dans les capitales (Phra That Hariphunchai à Lamphun et Phra That Wat Phra Sing à Chiang Mai), les autres à plusieurs kilomètres des capitales et les quatre autres sanctuaires ne sont pas dans le nord du tout. Keynes estime, ce qui semble assez logique que la topographie politique du nord a été fragmenté en un certain nombre de petites principautés de petite taille liée à la topographie sacrée, marquée par les douze sanctuaires et unissait les peuples habitants dans une communauté spirituelle plus large.

 

Quatre de ces sanctuaires sont situés dans le bassin de la rivière Ping qui traverse le mueang dont la capitale était Chiang Mai. Le rajout de That Phanom dans l’ensemble des sanctuaires sacrés tient au fait qu’il était et est toujours le sanctuaire le plus sacré pour les adeptes du bouddhisme lao - peuples lao du nord-est de la Thaïlande et du Laos proprement dit. Relevons encore que l’utilisation de l’écriture traditionnel sacrée Lao-Isan, actuellement d’ailleurs en cours de renaissance est étroitement liée à l’écriture sacrée du Lanna (7).

 

L’intégration du sanctuaire de Shwe Dagon à Rangoon laisse à penser, toujours selon Keynes, que le bouddhisme du grand nord de la Thaïlande a plus d’affinités avec celui des Mons, des Birmans et de Shans de Birmanie pour lequel le sanctuaire est l’un des lieux les plus sacrés. Aucun sanctuaire n'est situé au centre ou au sud, bien que plusieurs à Sukhothai, Nakhon Pathom et Nakhon Sithamarat en particulier auraient pu se qualifier.

 

Le sanctuaire de l'arbre Bodhi à Bodh Gaya par contre est sacré pour tous les bouddhistes, son inclusion relie les bouddhistes du nord aux bouddhistes du monde connu.

 

Enfin, avec l'inclusion symbolique dans l'ensemble du sanctuaire Phra Ket Kaeo Culamani, rappelle que les dieux et les créatures célestes sont également liés par la loi du karma et pouvaient aussi recevoir le message de Bouddha.

 

Keynes le traduit dans un schéma significatif.

 

 

Ce lien archaïque entre les sanctuaires serait plus fort dans la tradition du nord de la Thaïlande que dans d'autres traditions Theravada partiellement au nord-est et surtout au centre, au sud et au Laos.

 

Lorsque le nord et le nord-est furent définitivement inclus dans l'État-nation au début du siècle dernier, les us et coutumes bouddhistes furent soumises aux nouvelles règles centralisatrices de la réforme – que Keynes considère à juste titre comme protestante - initiée par le roi Mongkut et les réformes du Sangha mis en œuvre par le prince Wachirayan (วชิรญาณวโรรส), 47e enfant du roi Mongkut, prince patriarche suprême de 1910 à 1921.

 

 

Les porte-étendards culturels de la tradition du nord de la Thaïlande, dirigés par Khru Ba Siwichai (ครูบาศรีวิชัย) en conflit systématique avec le sangha et les autorités centrales, ce qui le conduisit à de longues années de prison, menèrent un combat d’arrière-garde d’un conservatisme qui ne subsiste probablement plus guère que dans l’esprit de moines-vieillards dans les zones les plus retirées.

 

 

Si le lien entre les pèlerinages et le rapport cosmique avec le cycle duodénaire s’est probablement perdu, ces sanctuaires tout au long de l’année attirent des myriades de fidèles. Par contre, les représentations des Bouddhas du jour restent omniprésentes, et pas le moindre temple, fut-il le plus modeste, qui n’abrite leur représentation.

 

Si beaucoup de temples de ce pays abritent trop souvent les « marchands du temple » procurant un certain malaise,

 

Rayon de vente des fruits et légumes dans l'enceinte de l'un des temples les plus visités de l'île de Samui

 

 

il en est incontestablement d’autres dont nous pourrions dire en citant Maurice Barrès Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse.

 

 

NOTES

 

(1) Ce calendrier est d’une extrême complexité et ne se limite pas aux calembredaines que l’on trouve dans une certaine presse du style « votre horoscope chinois ». Il s’agit d’un cycle sexagénaire, basé sur la combinaison d'un cycle duodénaire avec un cycle dénaire. La meilleure analyse qui en a été faire est de Georges Coédès et a été publié dans la revue Toungpao de 1934 sous le titre « L'ORIGINE DU CYCLE DES DOUZE ANIMAUX AU CAMBODGE » mais il concerne tout autant le Siam. Selon lui, il fut utilisé bien avant la stèle de Ramakhamhaeng. Les années ne correspondent pas aux années du calendrier grégorien. Nés l’un et l’autre au tout début de l’année 1946, notre signe serait celui du coq allant du 13 février 1945 au soir du 1er février 1946. Notre signe astrologique est celui du capricorne couvrant la période du 22 décembre au 20 janvier.

 

 

(2) A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html


 

(3) Le Lanna Thai se composait d'un certain nombre de principautés majeures : Chiang Mai, Lamphun, Lampang, Phrae, Nan, et Chiang Saen - et leurs dépendances qui se trouvaient principalement dans ce qui est aujourd'hui le nord de la Thaïlande. Alors que ces principautés jouissaient d'une indépendance périodique, elles étaient souvent tributaires de la Birmanie du XVIe au XVIIIe siècle et, après le début du XIXe siècle, sont devenus tributaires du Siam. Au début du XXe siècle, les derniers vestiges de l'autonomie politique locale ont été éliminés suite à la mise en œuvre des réformes provinciales instituées par le roi Chulalongkorn et ses conseillers. A l’époque de sa plus grande extension, il descendait le long de la vallée du Mékong jusqu’à l’actuelle province Isan de Nakhon Phanom incluant le site religieux de That Phanom.

 


 

(4) Ils sont l’un et l’autre datés des années 60 : ประเพณีไทยภาคเหนืย Traditions du nord de la Thaïlande - Prapheni Thai Phaknuea) et ประเพณีสิบสองเดือนล้เนนาไทย (Tradition des douze mois dans le Lanna thaï - Prapheni Sip Song Duean Lanna Thai).

 

 

L’article de Charles Keynes « BUDDHIST PILGRIMAGE CENTERS AND THE TWELVE-YEAR CYCLE: NORTHERN THAI MORAL ORDERS IN SPACE AND TIME » a été publié en 1975 dans la revue « History of Religions »,

 

Les histoires légendaires des sanctuaires de Doi Tung, Hariphunchai, Lampang Luang, Chô Hae, Dôi Suthep, Chae Haeng et That Phanom, tirés de textes écrits sur des feuilles de palmier et maintenant conservés à la Bibliothèque nationale à Bangkok, ont été publiés dans Prachum tamnan phra analysées par François Lagirarde en 1970 : « Temps et lieux d'histoires bouddhiques. À propos de quelques « chroniques » inédites du Lanna » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 94, 2007. pp. 59-94;

 

(5) Claude Lévi-Strauss «La Pensée sauvage », 1962.

 

 

(6) Voir nos deux articles

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

(7) Voir notre article A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?

lainbernardenthailande.com/2019/02/a-304-vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 


 

 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 22:56

 

 

 

LOY KRATHONG

 

 

Nous avons parlé de la fête de Loy Krathong » (ลอยกระทง), la fête des « paniers flottants »,  qui se déroule la nuit de la pleine lune du 12e mois lunaire, cette année 2020, le 31 octobre (1).

 

 

****

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

 

Une étude circonstanciée et beaucoup plus détaillée a été faire par notre ami du site Merveilleuse Chiang Mai  qui lui a consacré une série d’articles particulièrement érudits et aussi merveilleusement illustrés, il n’est pas inutile de les rappeler (2).

 

 

 

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

Le premier consulté fut évidemment le grand érudit et infatigable chercheur du folklore siamois, Phraya Anuman Rajadhon. Il fut le premier chercheur thaï à avoir étudié en profondeur le folklore de son pays, à se pencher sur ses traditions séculaires sinon millénaires et à recueillir inlassablement la tradition orale.

 

 

 

Cette fête marque la fin de la saison des pluies, rivières et canaux sont en pleines eaux, le ciel est clair et l’humidité de l’atmosphère a (relativement) disparu. Le dur labeur des labours et de la plantation du riz est terminé. Il reste aux paysans un mois de tranquillité avant le temps de la récolte. Les fêtes peuvent alors commencer. Il n’y voit qu’un cérémonial auquel il ne faut donner aucune signification religieuse, mais il signale (son article est de 1951) avoir interrogé des personnes âgées qui lui ont expliqué qu’il s’agissait d’un acte de révérence à l’égard de la déesse mère des eaux, Mè Khongkha, la Mère de l'eau (พระแม่คงคา) qui nous semble appartenir au panthéon des divinités hindouistes. Elles ajoutaient qu’en dépit de dons généreux de celle-ci à l'homme, celui-ci pollue son eau de multiples manières et qu’il est bon, par conséquent, de lui demander pardon (3).

 

 

 

Il nous donne une autre explication plus religieuse : Bouddha avait laissé l’empreinte de son pied sur la rive sablonneuse de la rivière Nerbudda, dans le Deccan à la demande du roi des Naga, qui voulait adorer l'empreinte à l’endroit où le Seigneur avait disparu. Le Loy Krathong serait donc un acte d'adoration de la sainte empreinte qui se trouve aux Indes mais il ne nous la donne qu’avec le sourire, il a étudié les canons bouddhistes et ne l’a trouvé narré nulle part.

 

 

 

 

Il fait également référence à la tradition de Sukhothaï et la légende de la belle Nang Nophamat (นางนพมาศ) qui appartenait à la cour du roi Loethai  probablement. Le roi et sa cour étaient allés pour un pique-nique au bord du fleuve une nuit de cette pleine lune, mais cela ne nous explique pas les raisons de ce lâcher au fil de l’eau de paniers en feuilles de bananier portant bougies et bâtons d’encens.

 

 

 

 

Il cite  enfin deux sources : la première est de la main du roi Chulalongkorn lui-même : Phraratchaphithi sipsongduan  (พระราชพิ ธิ ๑๒ เดือน) ou « les cérémonies royales au cours des douze mois de l'année » écrit en 1888. Les conclusions du monarque sont simples : « Pour le roi, Loi Krathong n'a rien à voir avec une quelconque cérémonie ou rite. C’est simplement une occasion de réjouissance à laquelle tous les gens participent et pas seulement la famille royale;  ce n’est ni une cérémonie bouddhiste ni brahmaniste ».

 

 

 

 

Il nous renvoie enfin à consulter le Dr. Quaritch Wales, auteur d’un ouvrage publié à Londres en 1932 « Siamese State ceremonies », un coup dans l’eau, cet érudit décrit effectivement la cérémonie mais n’en donne aucune explication ni religieuse ni historique.

 

 

Peut-on dans ces conditions déterminer sérieusement l’origine historique de Loy  Krathong ?

 

Une offrande aux esprits de l’eau ? Une action de grâce à la déesse de l’eau, pour ceux qui vivent de l’eau, source de vie économique ? Tout simplement un passe-temps agréable pour une soirée au frais, en plein air au bord de l’eau et à la lumière de la pleine lune  ou tout à la fois et pour une fois une fête purement civile ?

 

Notre ami de Merveilleuse Chiang mai  a ouvert d’autres portes, ceux d’entre vous que le sujet intéresse consulteront son site avec profit, c’est à ce jour et à cette heure très certainement ce que vous pourrez lire de plus sérieux sur cette fête.

 

Les origines chinoises ?

 

La fête est peut-être venue de Chine par le Lanna : il existait en Chine de nombreuses fêtes consistant à faire flotter des bougies,  disparues avec le régime actuel mais qui subsisteraient encore à Java et Singapour.

 

 

Les origines indiennes ?

 

Les indiens pratiquent une fête consistant à faire flotter des lampes, la fête des lumières (Diwali) célébrée en automne qui remonte à la nuit des temps, probable rite agraire pour remercier la déesse des eaux de ses bienfaits. 

 

 

Les origines khmères ?

 

Les khmers ont absorbé la culture indienne et on retrouve chez eux la légende de Nang Nophama remerciant la mère des eaux mais associant Bouddha à la fête.

 

 

Le Lanna ?

 

Y –a-t-il un rapport entre la fête de Loikrathong et celle de yipéng (ยี่เป็ง)  que les habitants du Lanna fêtent le même jour ? 

 

 

Il y a donc une certitude, c’est qu’en réalité, les origines et la signification de cette fête sont incertaines même si toutes tournent autour des bienfaits de l’eau et que le lien avec la fête celtique d’Halloween sont de pure fantaisie.

 

 

HALLOWEEN

 

 

 

 

Le hasard a voulu -c’est un pur hasard- que la fête sinon bouddhiste du moins thaïe de Loy Krathong, tomba le 31 octobre de cette année 2020, le jour de la fête celtique de Halloween qui est figée au 31 octobre de notre calendrier julien. Les Celtes avaient probablement un calendrier non pas lunaire mais solaire qui ne coïncide pas avec le calendrier lunaire puisque le cycle de la terre autour du soleil ne coïncide pas avec celui de la lune autour de la terre.

 

 

 

La référence au soleil qui donne vie à la terre dans une civilisation qui vit dans le froid permanent tout au long de l’année importe plus qu’une référence à la lune qui ne brille que dans le froid de la nuit. Quoi de plus naturel alors de vénérer l’astre du jour et non celui de la nuit.

 

 

En se rappelant que Loy Kratong est tombé ces dernières années le 3 novembre en 2017, le 21 novembre en 2018, le 10 novembre en 2019 et le 31 octobre en 2020, il n’y a donc aucune déduction ésotérique fuligineuse à en tirer au niveau des rapports entre les Celtes et les bouddhistes.

 

 

 

Si nous nous amusions à ce jeu stupide, nous trouverions au hasard de la comparaison des calendriers des liens évidents entre le bouddhisme et le christianisme. Nous savons que la seule fête chrétienne, la plus grande assurément, établie selon un cycle lunaire est celle de Pâques.

 

 

La définition est la suivante : Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après. Elle varie entre le 23 mars et le 25 avril. Les fêtes de la nouvelle année thaïe sont désormais fixées entre le 13 et le 15 avril. Les coïncidences entre Pâques (fête de la résurrection) et la nouvelle année ont été nombreuses, n’en citons que quelques-unes passées et à venir : Le 13 avril : 1941, 1950, 2031, 2036 et 2104. Le 14 avril : 1963, 1968, 1974, 2047, 2058, 2069 et 2104. Le 15 avril : 1900, 1906, 1979, 1990, 2001, 2063, 2074, 2085 et 2096. Nul n’a pensé y faire un lien. Mieux vaut que nous en restions là !

 

 

Que savons-nous de cette fête d’Halloween : avant J.-C., les druides qui détenaient le savoir tenaient sous leur emprise le monde celte.

 

 

 

 

Chaque année le 31 octobre, ils célébraient en l'honneur de leur divinité païenne Samhain (ou Samain), un festival de la mort : Ils se déplaçaient de maison en maison, réclamaient des offrandes pour leurs dieux et exigeaient parfois des sacrifices humains.

 

 

 

 

En cas de refus, ils proféraient des malédictions de mort sur cette maison : C’était en quelque sorte « la bourse ou la vie ». Pour éclairer leur chemin, ces malfaisants portaient des navets évidés et découpés en forme de visage dans lesquels brûlait une bougie faite avec de la graisse humaine de sacrifices précédents car les sacrifices humains ne leur étaient pas étrangers. La christianisation des terres celtes fut réelle mais relative, les traces de paganisme subsistaient encore en Bretagne jusqu’à la veille de la révolution de 1789. Au 18e et 19e siècle, les immigrants irlandais exportèrent cette vieille coutume dans leur terre d’accueil en remplaçant toutefois le navet par une citrouille pour on ne sait quelle raison. Si on a tenté d'associer à cette fête à la tradition chrétienne de la Toussaint, ce n’est qu’une hypothèse ; les origines en sont païennes sinon sataniques.

 

 

 

 

Le problème mais il est de taille est qu’elle fut au fil des années transformée en une méprisable mascarade commerciale. C’est exactement la même perversion de cupidité qui fit d’Odin, dieu celtique transformé en Saint Nicolas par l’église catholique puis en père Noël pollué par l’image qu’en donna Coca Cola.

 

 

 

 

Que ce jour soit considéré comme un festival d’automne où les enfants se costument en personnages de l'histoire américaine n’a rien de répréhensible.  Ce serait aussi bien et plus sain qu’ils le fassent pour mardi gras : Que certains pratiquent encore le culte d’Odin et de Wotan, de Lucifer ou de Satan pourquoi pas si les sacrifices humains ont disparu.

 

 

 

 

Mais la question est surtout que les Américains ont exporté cette fête devenue exclusivement commerciale là où elle n’a rien à faire, non seulement en Europe, mais aussi en Thaïlande en particulier.

 

Il est modestement permis de penser que moins de 0,0001 % ceux qui fêtent Halloween savent ce que cette fête représente.

 

Quand nous lisons sur une page Internet qui se donne les apparences du sérieux : La similitude entre Halloween des Celtes et Loy Krathong de Thaïlande est frappante, les deux festivals sont organisés pour protéger des démons et du mal …  nous devons rester cois ! Ce sont les rédacteurs qu’il faudrait frapper. Est-il permis d’écrire de telles bêtises ? Internet le permet mais que ceux qui ont vu lors de ces festivités une invocation quelconque aux démons nous le disent !

 

Nous savons que la croyance en des êtres surnaturels est innée chez l'homme. Les Thaïs les qualifient du terme générique de ผี « phi ». La traduction que l’on retrouve dans la plupart des lexiques ou dictionnaires, « fantôme » « démon » ou « esprit » est sinon mauvaise du moins très largement insuffisante.  Ce sont « Des choses que les êtres humains croient exister sous une forme mystérieuse, que l’on ne peut pas voir mais qui ont parfois un corps » (3). Nous nous sommes longuement penchés sur ces créatures, car effectivement nous vivons au milieu d’elles (4).  Leur étude est d’autant plus singulière que la ligne de démarcation entre les dieux et les créatures célestes bienfaisantes et les démons et créatures célestes malfaisantes est beaucoup plus difficile à faire que dans notre tradition biblique ! Il y a en effet de mauvais dieux et de bons démons.

 

 

Mais il est une certitude, c’est que les fêtes de Loy Kratong ne font intervenir  aucune de ces créatures et ce n’est que le hasard d’une coïncidence de dates qui est à l’origine de ces fuligineuses comparaisons.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article : R9. UNE DES PLUS BELLES FÊTES DE THAÏLANDE : LE LOY KRATHONG (22 NOVEMBRE 2018) :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html

 

(2) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-chinoises

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-2eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-3eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-naraka

 

(3) Définition donnée par le dictionnaire de l’académie royale (édition 2002) qui en donne ensuite une très longue liste non exhaustive.

 

 

 

(4) Voir notre article :

A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES « Phi » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 22:01

 

Nous avons parlé des Nagas, ces créatures mystiques qui peuplent le monde souterrain et sont un lien entre le monde divin et celui des humains.

 

 

Dans un très bel article, notre ami Philippe Drillien a traité de ce phénomène mystérieux, extraordinaire et inexpliqué qui se produit le 15e jour du 11e mois du calendrier lunaire à la fin du carême bouddhique sur un tronçon d’une vingtaine de kilomètres sur les rives du Mékong, en amont de Nongkhai jusqu’à la province de Bungkan en aval, lorsque les Nagas crachent des boules de feu (1).

 


 

Nous avons également parlé de Phra Ruang, le fondateur mythique du fondateur du pays aux environs du Ve ou Ve siècle de notre ère, né des amours du roi d’ Haripunchai et de la reine des Nagas et qui libéra le Siam du joug des Khmers (2), Ce héros civilisqteur appartenait à la race des mortels par son père mais à celle des Nagas par sa mère ce qui lui permettait de fuir les attaques en cheminant sous terre à la façon des reptiles,

 

Le Naga dans les croyances thaïes est le patron de la fertilité et est toujours représenté comme une divinité puissante dans les peintures murales et la sculpture et un certain nombre de traditions qui relient les mythes hindouistes des Nagas au bouddhisme. Ils sont omniprésents de chaque côté de l'escalier d'un temple où ils sont censés servir de porteurs conduisant les fidèles à travers le cycle de l'existence

 

 

 

Les Nagas en particulier ont protégé Bouddha de la pluie pendant qu'il méditait : La sixième semaine après l'Éveil, il était assis sous un arbre, au bord d'un lac. Un violent orage éclata et la pluie fit peu à peu monter dangereusement les eaux. Le Naga Mucilinda, roi des nagas, sortit du lac, enroula ses anneaux sous le corps du bouddha et déploya ses capuchons heptacéphales (à sept têtes) en éventail au-dessus de lui pour le protéger de la pluie durant tout le temps que dura l'orage. Le bouddha, perdu dans sa méditation, les yeux clos, resta dans cette position jusqu'à la fin de l'orage, ignorant du danger qui le guettait.

 

Ils ont reçu une utilisation plus singulière dans le cadre d’un ambitieux programme économique lancé au début du siècle, avec la création de zones économiques spéciales (Special economic zones) concernant quelques provinces frontalières dont celle de Mukdahan.

 

 

Le programme a été initié dans cette province au début du siècle et plus concrètement en 2014 après que le deuxième « pont de l’amitié » sur le Mékong, situé à environ 7 kilomètres en amont du centre-ville, eut été inauguré le 19 décembre 2006 et ouvert le 9 janvier 2007, les travaux ayant commencé le 21 mars 2004. Un événement mystérieux se rattacha à cette construction comme nous le verrons.

 

 

Les Nagas vont intervenir à la suite de la construction ou à l'occasion de trois gigantesques statues d’entre eux, dont la construction fut financée tant par des organismes officiels que par les dons des fidèles.

 

 

Un article du Journal of the Mekong Societies dans sa livraison de mai-août 2020 et sous la signature de trois professeurs de l’Université de Khonkaen, Chittima Phutthanathanapaa, Wanichcha Narongchaib et Rukchanok Chumnanmakc leur est consacré sous un titre singulier : « The Utilization of the Naga Sign in the special Economic Zone of Mukdahan Province, Thailand ». Ces trois universitaires font référence aux théories à tout le moins fuligineuses du Français Roland Barthes qui écrit sous des formes compliquées ce qui est simple à comprendre sans être philosophe ou sémiologue, à savoir que toute représentation religieuse ou para religieuse a un double sens, le sens apparent, un Naga est un gigantesque serpent mythique, ou celui que ne comprennent que les croyants, les symboles qu’il représente (3). Concrètement par exemple, on peut ne voir dans une croix de bois qu’un instrument de supplice, les Chrétiens y voient le symbole du Christ venu racheter les péchés du monde.

 

 

De même, en dehors de la représentation matérielle du Naga, souvent spectaculaires sur le plan de l’esthétique, les Thaïlandais dans leur immense majorité y voient la créature aux pouvoirs extraordinaires qu'ils invoquent à tout instant de leur vie religieuse.

 

 

L’édification de ces représentations des Nagas concerne deux districts, celui de Mukdahan proprement dit et celui de Wan Yai (หว้านใหญ่) en amont des rives du grand fleuve.

 

 

La province ayant pour activité principale l’agriculture et le commerce, le programme SEZ a eu pour ambition de promouvoir aussi le tourisme, essentiellement d’ailleurs le tourisme thaï. Notre propos n'est pas de jouer aux guides touristiques mais de nous pencher sur les singularités qui ont caractérisé ces constructions, la première dans le temps étant apparemment celles qui ont marqué la construction du second pont de l'amitié.

 

 

 

Cet événement fut probablement à l’origine de la construction de deux autres représentations géantes du Naga dans deux autres sanctuaires.

 

 

 

Il est évident au premier chef que chaque endroit a adopté la représentation du Naga pour promouvoir le tourisme. Plus il attire de touristes, plus les entreprises de services et les petites échoppes de vente de souvenirs, d’objets de piété et de nourriture se développent.

 

 

Le Naga géant dans l'enceinte du Wat Roi Phra Phutthabat Phu Manorom dans le district de Mukdahan. (วัดรอยพระพุทธบาทภูมโนรมย์)

 

Ce temple est situé à environ 5 kilomètres en aval de la ville de Mukdahan au sommet de la colline de Manorom haute d'environ 500 mètres au-dessus du niveau du Mékong. Il ne présentait aucunes particularités par rapport aux temples de la région  ...

 

 

.....si ce n'est de permettre un panorama extraordinaire sur la ville de Mukdahan et le fleuve

 

 

....et de recouvrir une empreinte de Bouddha (พระพุทธบาท) que vénéraient les dévots locaux.

 

 

Il était aussi un lieu privilégié de tourisme exclusivement local, oraisons au temple et pique-nique les jours de fêtes ou les fins de semaine.

 

 

Avant que ne soit entreprise la construction d'une gigantesque représentation du Naga, précisons qu'il est dominé aujourd'hui par une statue de Bouddha qui est l'une des plus grandes du pays. La construction en fut décidée en 2011 à l'occasion du septième cycle du Roi Rama IX le 5 décembre de cette année-là.

 

 Croquis affiché avant la  construction 

 

 

Elle débuta en réalité en 2014 et se termina en 2019.

 

janvier 2015

 

 

Avril 2016

 

 

Mars 2017

 

 

Janvier 2020

 

 

D'une blancheur immaculée, symbole de pureté, ses dimensions sont impressionnantes : 39,99 mètres de largeur à la base, elle repose sur un socle en forme de fleur de lotus de 24 mètres de hauteur, la statue proprement dite mesure 59,99 mètres de hauteur et l'ensemble 84 mètres. Nous n'avons pas pu déterminer pour quelles raisons les dimensions en sont données au centimètre. Elle est visible depuis des kilomètres à la ronde.

 

 

 

La construction de la reproduction tout aussi gigantesque du Naga fut entreprise ensuite, 122 mètres de long, 20 mètres de haut et 1,5 mètre de diamètre. Plus qu'un acte de piété, elle repose sur une légende locale : construisant une digue pour se protéger des débordements du fleuve, les habitants aperçurent un Naga de couleur sombre d'environ 30 mètres de long, qui, les voyant, se précipita dans une grotte. Les villageois pensèrent alors que la grotte était reliée au Mékong car ils y découvrirent des vestiges de bateaux et de nombreux trésors, une image de Bouddha en or, des pousses de bambou dorées, des lingots d'or, des bijoux et des pièces de monnaie. Plusieurs villageois cupides ramenèrent certains de ces objets chez eux, mais une fois arrivés à la maison, tout ce qu'ils avaient emporté se transforma en pierre.

 

 

Le Naga demanda ensuite à être ordonné après avoir été éclairé par Bouddha lui-même. Ce n'était pas possible car un Naga est un animal et non un être humain et ne peut réciter les incantations. Un jour, un énorme prunier jambolan s'effondra, bloquant l'entrée de la grotte. Les villageois pensèrent que c'était un signe de la détermination du Naga de pratiquer la méditation sans se distraire du monde extérieur. Il fut dès lors considéré comme le successeur et le dépositaire des principes bouddhistes.

 

Entre 2012 et 2018, les habitants virent dans cette légende l'occasion d'en tirer profit par le développement d'un tourisme pieux et pratiquement exclusivement local. Ainsi fut édifiée la statue.

 

 

Les habitants viennent rendre hommage au Naga avec des fleurs, de l'encens et des bougies. Si leurs vœux sont exaucés, ils y reviendront pour faire de nouvelles offrandes.

 

 

 

C'est un rêve d'un ancien abbé du temple qui ressuscita cette vieille légende et la transmis à des disciples. La couleur de la statue est celle que l’abbé vit en rêve

 

 

Les témoignages relatifs à des vœux exaucés se sont largement répandus sur la toile ! Le plus connu est celui d'un villageois qui gagna le gros lot à la loterie, il devint viral sur les réseaux sociaux puisqu'il affirma que cela s'était produit par l'intervention du Naga.

 

 

 

Les visiteurs s’y rassemblent pour y prier et gagner une bonne fortune. Une zone spéciale pour présenter les offrandes a été prévue et les fidèles sont invités à suivre tout un rituel. Ils doivent d'abord préparer un plateau contenant du bétel et de l'arec, des bâtons d'encens, des bougies et des rubans rouges. Ensuite, ils doivent prier en marchant sous le ventre du Naga divisé en petites sections à des fins différentes, par exemple, la chance, la santé, le travail, l'amour. Après cela, ils allument des bougies et des bâtons d'encens et écrivent leurs vœux sur le ruban rouge, qu'ils nouent autour des arbres.

 

 

 

Le sanctuaire du Naga au second pont de l'amitié  - (san ong pu phayanak lae chut chom wio saphan mittraphap thai - lao haeng thi 2) - (ศาลองค์ปู่พญานาค และ จุดชมวิวสะพาน มิตรภาพไทย-ลาว แห่งที่ 2)

 

Le phénomène de la croyance dans les Nagas a été incontestablement ravivé – même s’il n’avait pas disparu - lors de la construction du deuxième pont quelques kilomètres en amont de la ville.

 

 

Un tourbillon apparut autour du deuxième pilier et la population pensa que dans cette zone se situait la grotte des Nagas. Par la suite, un certain nombre d'incidents tragiques se sont produits : Plusieurs ingénieurs et ouvriers seraient morts, blessés ou auraient disparus (un mort, 14 blessés et 9 disparus). Ces incidents conduisirent à la suspension temporaire de la construction. Plus tard, les villageois et les responsables de la construction consultèrent un chaman spécialiste en ce domaine puisque lui-même pensait être un descendant de Naga donc protégé par eux. Il communiquait avec eux dans ses rêves et suggéra qu'un sanctuaire soit construit sur les lieux pour les Nagas. Une fois la cérémonie d’inauguration du sanctuaire terminée, le chantier se déroula sans incident.

 

 

Il fut admis que le Naga du Mékong entra en colère contre une construction au-dessus de son habitat. Le Naga noir y est représenté enroulant son corps autour d'un pilier doré, son regard tourné vers le Mékong. De nombreuses cérémonies pour solliciter son pardon furent organisées. On lui offre en permanence des pièces de monnaie de Bouddha, des bijoux et des bracelets et on y prie pour que les vœux soient exaucés. La croyance est répandue dans les populations locales que les Nagas ont le pouvoir de provoquer des catastrophes. Une cérémonie mêlant des croyances bouddhistes et hindoues se déroule tous les ans sous l'égide des autorités locales les 8 et 9 juin. Le premier jour est consacré aux prières et aux chants. Les participants y apportent leurs offrandes. Le lendemain, ils gagent des mérites en offrant de la nourriture aux moines et en faisant flotter des lotus sur le fleuve en hommage aux Nagas et au Mékong.

 

 

Kaeng Kabao dans le district de Wan Yai  (แก่งกะเบา)

 

 

Aucune légende et aucun événement mystérieux ne s'y rattache, le miracle viendra plus tard. Le site de Kaeng Kabao (les rapides de Kabao) dans le Mékong ...

 

 

...a longtemps été un site touristique en raison des grandes plaques de roche qui apparaissent pendant la saison sèche lorsque le fleuve est à son niveau le plus bas, situé à une trentaine de kilomètres en amont de la ville.

 

 

Après que ce site ait connu une certaine régression, les responsables du district parrainèrent la construction de l'une des plus grandes sculptures d'un Naga du Mékong. La sculpture mesure 51,40 mètres de long, 11,11 mètres de haut et 1,50 mètre de diamètre Elle est de couleur blanche, symbole de pureté. Sa présence permit un incontestable renouveau sur ces rives du Mékong. Les visiteurs la considèrent toujours comme un signe de bon augure, de bonheur et de prospérité.

 

 

Le rituel qui conjure la malchance consiste à franchir trois points du ventre du Naga - représentant la chance, la richesse et la santé - est censé aider à conjurer la malchance.

 

 

Naturellement tout autour nous trouvons les traditionnelles échoppes, objets de piété et de nourriture. Le Naga a au moins réalisé un miracle le 26 novembre 2018 : un voleur avait tenté de voler de l'argent dans une boîte à donation, mais n'a pas pu s'échapper. Il a été retrouvé allongé sur le sol devant la sculpture Naga, disant que quelque chose l'étranglait et l'étouffait avant que la police ne vienne l'arrêter. Les habitants pensèrent que c’était l'effet des pouvoirs du Naga. Une villageoise affirma d'ailleurs que le Naga lui avait dit dans un rêve qu'il ne voulait pas faire périr le malandrin mais seulement l'immobiliser pour que la police vienne l'arrêter. Cet événement connut un grand retentissement ce qui attira un nombre toujours plus grand de visiteurs, Les lieux sont même surpeuplés les jours de fête, en particulier pour Songkran ou les fins de semaine.

 

Zone de salas aménagés pour le pique-nique

 

 

Pour nos auteurs, chacun des événements surnaturels accomplis autour de ces sites incite une foule de visiteurs y chercher bonne fortune. La population locale y trouve évidemment son profit, d'ordre économique tout d'abord mais aussi sur le plan spirituel.

 

Avantages économiques

 

Les chiffres parlent : En 2008, le nombre de touristes visitant Mukdahan et les alentours était de 264 873, tandis qu'en 2015, il avait plus que doublé pour atteindre 597 873. Les dépenses quotidiennes moyennes étaient de 923,6 bahts par personne en 2008 et 1 141,18 bahts en 2015. La majorité des visiteurs viennent du nord-est mais d'autres viennent des autres provinces persuadés que les Nagas ont le pouvoir d'exaucer leurs souhaits. Les étrangers et plus encore les occidentaux ne sont qu'en petit nombre.

 

Nos auteurs donnent des chiffres sous forme de tableaux qui laissent à penser que l'ensemble de la population a profité de ces initiatives et en est parfaitement satisfaite.

 

 

Avantages spirituels

 

Les chants et les prières accompagnant les cérémonies rappellent systématiquement l'obligation de respecter les cinq préceptes du bouddhisme : Le premier est de s'abstenir de se suicider, ce qui permettra aux gens d'avoir une longue vie et une bonne santé. Le second est de s’abstenir de prendre ce qui n’est pas notre propriété, ce qui garantit la sécurité des biens. Le troisième est de s'abstenir de toute inconduite sexuelle, ce qui permet aux enfants, petits-enfants et conjoints de vivre heureux et empêche les gens de faire du mal. Le quatrième est de s'abstenir de discours nuisibles, de jurons, de mensonges et de sarcasmes. Les personnes qui pratiquent ce précepte seront respectées. Enfin, le cinquième est de s'abstenir de prendre des substances intoxicantes. Ceux qui pratiquent ce précepte seront dotés d'intelligence et de crédibilité. Notons que sur ces sites, il est totalement interdit de consommer de l'alcool et de fumer. Les cinq préceptes sont associés aux mythes des Nagas, qui sont considérés comme de véritables croyants au bouddhisme, qui méditaient et pratiquaient les préceptes dans l'espoir d'être libéré de la souffrance en tant qu'animal et de renaître en tant qu'humain.

 

Il est évident, comme dans toutes les sociétés et toutes les religions, que l'exigence selon laquelle les croyants doivent se comporter selon ces règles de base est le fondement de la paix sociale.

 

Il est remarquable par exemple que dans le passé, la zone autour du deuxième pont de l’amitié était déserte et nul ne voulait y aller la nuit. C'était un lieu mal famé, lieu de rencontre où les adolescents se réunissaient souvent pour des activités illégales ou que la morale réprouve.

 

 

La réhabilitation des lieux en a fait un endroit privilégié alors qu'auparavant, c'était un amas de détritus, de bouteilles cassées, de mégots et de préservatifs. Remercions donc les Nagas qui contribuent par la terreur qu’ils inspirent au respect de la nature.

 

 

Nous n’entrerons pas dans le débat philosophique sur le point de savoir si ce sont les religions, qu’elles qu’elles soient – qui ont créé les règles élémentaires de la vie en société. Ce que nous pouvons constater est que si Dieu est mort comme disait Nietzsche, en tous cas ses paroles demeurent.

 


 

Doit-on sourire de ces croyances ? Certains esprits forts ne manqueront pas de le faire qui conserveront néanmoins précieusement un trèfle à quatre feuilles dans leur portefeuille et ne manqueront jamais de consulter leur horoscope dans leur quotidien habituel,

 


 

NOTES

 

(1) Voir notre article NOTE. A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

(2) Voir notre article A 392- LA LÉGENDE DE PHRA RUANG, FONDATRICE MYTHIQUE DE LA NATION THAÏE, A-T-ELLE MIGRÉ CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/09/a-392-la-legende-de-phra-ruang-fondatrice-mythique-de-la-nation-thaie-a-t-elle-migre-chez-les-amerindiens.html

(3) L'article est numérisé sur le site de la revue :

https://so03.tci-thaijo.org/index.php/mekongjournal

 


 

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 22:12

 

Nous avons consacré plusieurs articles aux représentations rituelles – sinon officielles – de Bouddha. Elles sont 66. Cinq d’entre elles représentent le maître étendu toujours sur le côté droit.

 

Ces cinq gravures sont extrqites de l'ouvrage de Khaisri Sri-Aroon « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) », dont la dernière édition est trilingue (พระพุธทรูปปางตางๆ ในสยามประเทศ) publié à 2000 exemplaires sous l’égide du Ministère de la culture : 


la première représente les songes du futur Bouddha,

 

 

 

 

la suivante  représente Bouddha donnant l’enseignement à Asurindrahu,

 

 

une autre présente une prophétie,

 

 

elle est suivie par Bouddha sur sa fin donnant son enseignement à Subhadda

 

 

et enfin celle de la grande et totale extinction (1).

 

 

Nous avons par ailleurs fait justice d’une croyance trop répandue qui fait d’un personnage ventripotent et rigolard un « Bouddha rieur » ce qu’il n’est pas (2) !

 

 

Pourquoi ce choix systématique du côté droit ? Probablement parce qu’il est assimilé dans la tradition indienne au bien et le côté gauche au mal ? Dans la Bible aussi, le Christ est assis à la droite de Dieu. Lors de la passion de Jésus, c'est le bon larron qui est crucifié à sa droite.

 

 

 

 

Dextre de  Bouddha  - parcelle de l'infini - rayon de l'astre roi

Il existe pourtant de très rares représentations de Bouddha  (mais s’agit-il de lui ?) étendu sur le côté gauche. L’une des plus connue se situe au Cambodge mais dans ce qui fut le Cambodge siamois, dans la pagode de Preah Ang Thom dans le parc national, la montagne sacrée, de Phnom Kulen. Longue de 8 mètres, elle représenterait Bouddha atteignant le nirvana et daterait du XVIe siècle.

 

 

Celle du temple Wat Papradu (วัด ป่าประดู่) à Rayong est la plus connue, elle s’étend sur 11,95 mètres et 3,60 mètres de hauteur. Sa datation est incertaine.

 

 

 

Dans une petite chapelle du temple de Samret (วัด สำเร็จ) sur l’île de Samui se trouve un Bouddha de marbre blanc gisant sur le côté gauche dont les moines résidant disent qu’il a « plusieurs centaines d’années et serait venu de Ceylan ».

 

 

La chapelle contient 80 petites statues, ses portes sont verrouillées, le temple est à l’écart des circuits touristiques organisés et seuls ceux qui ont l’heur de convenir aux moines ont l’autorisation d’y pénétrer. Aucune précision n’a pu nous être donnée sur les raisons de cette position inhabituelle 

 

 

Le Wat Phuthanimit (วัดพุทธนิมิต) dans la province de Kalasin et le district de Sahasakan abrite à quelque distance des bâtiments conventuels dans une petite excavation de 5 mètres de largeur et 3 de hauteur une statue inhabituelle de dimensions plus modestes, 2 mètres de long et 5 de haut.

 

 

Elle semblerait de l’époque Dvaravati, Les habitants des villages voisins lui vouent un culte tout particulier. Le site d’origine est manifestement ancien et on y trouve de nombreuses bornes sacrées dont nous savons qu'elles datent aussi de cette époque et qu’elles sont pour l’essentiel spécifiques à la région de Kalasin (3).

 

 

Signalons enfin, bien que nous soyons en dehors des sites architecturaux et des statues de Bouddha gisant sur le côté gauche la présence au Musée National de  Nan d’une statuette représentant Bouddha gisant « du mauvais côté ». Selon Carol Stratton auquel nous devons une photographie, elle est datée du XIXe siècle (4).

 

 

 

Nous pouvions en rester là des questions que nous nous posions sur l’existence de ces  rarissimes représentations du maître gisant sur le côté gauche, quelques rares statues, une amulette, aucune représentation peinte et surtout aucune explication plausible de ce qui apparait en première analyse comme une incongruité. Nous avons toutefois trouvé une explication qui est plausible, sans qu’elle soit une certitude, c’est tout simplement qu’il ne s’agit pas de Bouddha lui-même mais probablement de l’un de ses disciples.

 

 

C’est tout eu moins une supposition concernant la représentation du Wat Phuthanimit que nous trouvons dans un petit ouvrage fort érudit concernant la province de Kalasin et qui donne de précieuses explications sur les plus importants de ses temples (5). Elle s’applique probablement aux autres représentations.

 

 

Il s’agirait de Moggallana le très saint (พระโมคคัลนะ-เถรเจ้า) parfois orthographié Mahamaudgalyayana, le second en titre des disciples mais le premier pour les pouvoirs surnaturels parmi ces disciples.

 

 

Bien que Bouddha en ait généralement réprouvé l’emploi, il aurait fait pour lui une exception tant la sagesse de Moggallana était grande (6). Il suit Saripputta, premier disciple, le Saint Pierre du bouddhisme


 

 

...et précède Ananda. Si Bouddha possédait des pouvoirs extraordinaires, Moggallana fut le plus célèbre pour ses miracles. Ananda, pourtant le disciple le plus proche, le Saint Jean du bouddhisme, et son cousin, ne put obtenir ces pouvoirs qu’après 25 ans d’entraînement.

 

 

Ils ne viennent jamais spontanément, l’homme les développe de vie en vie. S’ils apparaissent spontanément, c’est qu’ils ont été développés dans des vies précédentes.

 

Moggallana est le thaumaturge du bouddhisme par excellence.

 

Ces qualités exceptionnelles rendent fort plausible la possibilité d’une représentation dans la posture de la grande extinction mais en la différenciant de celle de Bouddha lui-même et le couchant sur le côté gauche.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir nos articles

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

A 332- 1 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (DEUXIÈME PARTIE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-332-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.deuxieme-partie.html

A 332 - 2 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (TROISIÈME PARTIE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-332-2-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.deuxieme-partie.html

 

A 332-3 LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (FIN)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-332-3-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.troisieme-partie.html

 

(2) Voir notre article  A 330 - QUI EST LE « BOUDDHA RIEUR » QUE L'ON PEUT VOIR EN THAÏLANDE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-330-qui-est-le-bouddha-rieur-que-l-on-peut-voir-en-thailande.html

 

(3) Voir notre article A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

 

(4) «  Buddhist Sculpture of Northern Thailand », 2003.

 

 

(5) « กาฬสินธุ์ » (en thaï) (ISBN   974484187 7)

 

(6) Voir le site (en anglais)  « Relatives and Disciples of the Buddha » :

https://www.budsas.org/ebud/rdbud/rdbud-00.htm

 

 

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 22:15

 

Nous avons consacré deux articles au roi Li-Thai, petit-fils de Rama Kamhaeng-le- grand, qui régna de (environ) 1347 à 1368 sous le nom de Thammaracha Ier (1) en vous le présentant comme un pieux bouddhiste adepte du Théravada et premier souverain du Siam à avoir vécu comme moine une partie de sa vie, 30 ans peut-être. On lui doit, entre autres, l’une des plus belles représentations de Bouddha du Siam, le Phraputtachinnarat (พระศรีรัตนมหาธาตุ).

 

 

Il est aussi l’auteur (au moins présumé) du premier traité de cosmologie bouddhiste dont la date reste incertaine, (1348 ?) probablement un recueil des sermons prononcés lorsqu’il était encore moine et qui est considéré aussi comme l’un des premiers textes de la littérature siamoise et en tous cas le texte littéraire le plus important de l’époque de Sukhotai. Ce texte est connu sous le nom de Traiphum Phraruang (ไตรภูมิพระร่วง) c’est-à-dire les trois mondes du roi RuangLi-Thai est considéré comme l’un des piliers de la religion comme le sera son lointain successeur, le roi Mongkut, qui pensait en être la réincarnation.

 

 

Ce texte fut considéré comme aussi important que le Tripitaka (พระไตรปิฎก). Il l’est encore aujourd’hui. Ces trois mondes sont les mondes des sens, ceux des formes, et les mondes informels : Ce concept des trois mondes dont l’origine est probablement védique, ce sont les trois niveaux de la spiritualité, les trois sphères ou plans dans lesquels l'univers entier est analysé d'un point de vue éthique et spirituel, la sphère des sens c’est-à-dire le mondes des désirs, désirs des affections morales, désirs des objets extérieurs, désirs des aliments et désirs charnels ; la sphère matérielle est le monde des formes. Arrivé à ce monde par l'effet de la piété permanente,  l’homme conserve encore une substance corporelle, c'est pour cela qu'on l'appelle le monde des formes. Parvenu à la sphère immatérielle, l’homme se trouve sans souillures et sans désirs.'

 

 

Le texte est en réalité une étude « scientifique » de l’Univers considéré dans son ensemble. Le texte original est probablement basé sur les canons en pali et ses commentaires étudiés par le roi lorsqu’il portait la robe safran et constituait un recueil de ses sermons puisque son titre d'origine était le Traibhumikatha  (ไตรภูมิกถา) Sermon sur les Trois Mondes.

 

 

La forme comme nous allons le voir en est totalement décousue ce qui confirme qu’il s’agit bien de sermons compilés et assemblés en un volume sans ligne directrice et sur des sujets qui peu ou prou recouvrent la cosmologie de l’époque.

 

 

Le texte fut considéré comme si important qu’il déborda dans les pays voisins, au Cambodge et au Laos. Il resta texte fondamental jusqu’après la destruction d’Ayuthaya. S’il en existait des manuscrits, ils furent alors détruits mais le texte subsista par tradition orale. Lorsque la nouvelle dynastie s’établit à Thonburi Les Trois Mondes furent copiés et largement diffusés avec la bénédiction royale. Des peintures murales ornèrent de nombreux temples royaux et les manuscrits sur feuille de latanier se multiplièrent. Certains étaient fidèles à l'original du roi Lithai, d'autres – comme une compilation commandée par le roi Rama Ier au XVIIIe siècle - ont été modifiés ou altérés.

 

 

Nous le retrouverons sous une forme ou sous une autre en dehors des peintures murales dans la sculpture, la littérature et l'architecture traditionnelles. Des anecdotes et des références à cet énorme corpus  reviennent sans cesse dans l'art de la cour, la musique et les contes populaires. Les peintures murales ou les éléments architecturaux nécessitent d’être décodés par un bouddhiste instruit : par exemple l’élément architectural qui relie la flèche supérieure d’un chédi à son corps principal est souvent formé de 31 couches distinctes représentant le nombre des domaines habités par différentes formes de vie.

 

 

 

Ce texte fondamental fait l’objet de nombreuses et érudites études. (Nous donnons quelques-unes de ces sources en annexe). Toutefois la meilleure analyse qui en a été faite en français à notre connaissance est celle de Monseigneur Pallegoix qui lui consacre dans le premier volume de son Histoire du Siam un chapitre circonstancié (2). Ce volume est une description du pays, de ses habitants, de sa géologie, de la flore, de la faune, de son gouvernement, du commerce, de sa langue et de ses lois.

 

 

Mais comment connaître bien un pays si l’on n’en connait pas sa cosmologie et sa religion. La « foi du charbonnier », foi inébranlable, celle que Jean Paul II appelait le « fidéisme » est certes louable, elle est probablement celle de l’immense majorité des Thaïs qui pratiquent le bouddhisme théravada, Monseigneur Pallegoix est allé bien au-delà, fruit de sa connaissance de la langue vernaculaire et du pali tout autant que de ses liens d’amitié avec le moine Mongkut, devenu le toi Rama IV. 

 

 

« Les Siamois ont un ouvrage en soixante volumes qui s'appelle Trai-phum (les trois lieux) il embrasse tout le système des bouddhistes ». Mais  Il a aussi pris connaissance du canon bouddhiste proprement dit, le Tripitaka, qui comprendrait selon les éditions jusqu’à 232 volumes (3).

 

 

 

LA DESCRIPTION DE L’UNIVERS

 

Celui-ci comprend neuf degrés de sainteté : les trois voies, les trois fruits et l’extinction (le Nirvana) qui sont les moyens de traverser le monde.

 

Les talapoins sont les disciples de Bouddha doués de piété, de constance et de sagesse et sont divisés en huit ordres. Ils sont dignes de recevoir les offrandes des fidèles. Celui qui les salue ou qui leur offre des présents acquiert des mérites infinis.

 

Les trois pierres précieuses, ce sont les Ratanatrai  (พระรัตนตรัย) sont les trois diamants : Bouddha, les livres sacrés et le Sangha, la communauté monastique.

 

 

Il y a trois manières d'adorer : l'adoration du corps (ce sont les trois prosternations ou prosternements), l'adoration verbale, l'adoration mentale. Le plus grand pécheur peut obtenir son salut en adorant les trois diamants, excepté celui qui a commis un des cinq crimes suivants le meurtre de sa mère, le parricide, le meurtre d'un saint, tirer une goutte de sang du corps de Bouddha et la dispersion violente des talapoins,

 

Il est un article de foi, c’est celui de l'excellence et des mérites de bouddha : « Si un homme avait mille têtes, cent bouches dans chaque tête, cent langues dans chaque bouche, et par conséquent s'il avait dix millions de langues, quand il vivrait depuis la formation jusqu'à la destruction du monde, il ne pourrait pas célébrer suffisamment l'excellence de Bouddha qui consiste dans une miséricorde infinie et une science universelle ».

 

 

LA DESCRIPTION DES MONDES.

 

Chaque monde a un soleil et une lune qui tournent autour du roi des monts situé au milieu. Par espace, on entend la distance à laquelle peuvent parvenir les rayons du soleil, de la lune et aussi tout le firmament des cieux. L'espace se divise en huit lieux : La terre destructible par le feu, l'eau et le vent, la terre reconstituée à son premier état, les enfers grands et petits, la région des monstres et des géants, la région des animaux privés de raison, la région des hommes, les six ordres des cieux et enfin les cieux supérieurs qui se divisent en deux régions, celle des anges corporels et celle des anges incorporels.

 

La terre est supportée sur les eaux, les eaux sur l'air, à chaque point de l'horizon sont placés dix millions de millions de mondes, ou plutôt les mondes infinis et ces mondes sont tour à tour détruits de façon continuelle par l’eau, le feu et le vent en raison des perversions des hommes et des anges puis reconstruits (4).

 

Notre monde a en son milieu le Mont Meru, roi des monts, entouré de sept rangées de montagnes et de grandes îles situées aux quatre points cardinaux et deux mille petites îles qui entourent les grandes.

 

 

Il est lui-même entouré de hautes montagnes qui sont comme ses murailles. Le mont Meru est enfoncé de moitié dans une grande mer à une profondeur de quatre-vingt-quatre mille lieues, et il s'élève de quatre-vingt-quatre mille lieues au-dessus du niveau de la mer. Dans la grande mer, outre les petits poissons, il y a sept espèces de poissons énormes qui ont jusqu'à mille lieues de long.

 

 

Chaque monde est composé de la région des cieux, de la région des géants, de huit grands enfers entourés de leurs enfers plus petits, et au-delà un enfer d'eau corrosive. Chaque monde a trois cent soixante-dix mille trois cent cinquante lieues de circonférence, ces lieux étant quatre fois plus grande que nos lieux de 4 kilomètres.

 

 

 

Ces descriptions hyperboliques reposent sur la croyance que la terre est plate.

 

 

 

Par ailleurs, la question de la pluralité des mondes agite les philosophes et les scientifiques depuis au moins Epicure qui vivait  au troisième siècle avant notre ère.

Il existe vingt-sept constellations, le cheval, le trépied, le poussin, le poisson, la tête du cerf, la tortue, le navire, le cancer, l'oiseau, le singe, le taureau, la vache, la tête d'éléphant, le tigre, le serpent boa, la tête de buffle, le paon, la chèvre, le chat, le roi des lions, la reine des lions, l'ermite, le riche, le géant, !e rhinocéros mâle, le rhinocéros femelle, le grenier. Des spécialistes ont pu faire le parallèle entre ces constellations telles que reproduites sur des peintures murales et notre connaissance actuelle du ciel.

 

 

Nous avons aussi l’explication des éclipses de la lune et du soleil. Praathit, le soleil   (พระอาทิตย์) et Phrachan la lune  (พระจานทร์) sont deux frères qui ont un frère cadet appelé Phrarahu (พระราหู). Phraathit donnait l'aumône aux moines dans un vase d'or, Phrachan dans un vase d'argent, et Rahu dans un vase de bois noir. Ayant été un jour frappé par ses frères, il en conserva  un esprit de vengeance, et de temps en temps il sort de la région des géants, et ouvre sa bouche énorme, attendant le soleil ou la lune pour les dévorer lorsqu'ils passeront; mais lorsqu'il a saisi le soleil ou la lune, il ne peut pas les retenir longtemps à cause de la rapidité de leur course; et s'il ne les lâchait pas, ils le briseraient.

 

 

LES ANGES DES CIEUX INFÉRIEURS ET LES ANGES DES CIEUX SUPÉRIEURS.  

 

 

Il en est de nombreuses sortes réparties en six ordres en particulier ceux qui habitent sur les arbres et les montagnes, anges de la terre, ceux qui traversent les airs,  anges de l'air; ceux qui ont leur demeure sur le sommet des montagnes ou dans la partie supérieure de l'air égale à la hauteur de cette montagne, appelés les quatre grands rois-anges. Ils constituent le premier ordre. Ne parlons que d’eux. Le premier des rois-anges a sous sa domination les anges des parfums. Un autre a sous sa domination les anges ventrus. Un autre a sous sa domination tous les nagas, ces  serpents fabuleux qui peuvent prendre à leur gré la forme humaine ou une autre forme et qui sont dans les eaux ou sur la terre, Le dernier domine tous les anges qui ne sont pas soumis aux trois premiers rois. On les appelle quelquefois les quatre rois administrateurs du monde.

 

 

 

Les anges des cieux inférieurs 

 

 

 

Au-dessus des six cieux inférieurs il existe seize ordres d’anges corporels au-dessus desquels il y a encore quatre ordres d’anges incorporels. Les anges de la terre naissent de quatre manières, dans le sein d'une mère comme les hommes, dans des œufs comme les oiseaux, dans des fleurs comme le nymphéa. Quelques-uns enfin naissent d'eux-mêmes dans un état parfait. Ceux qui font leur demeure sur les arbres sont aussi appelés anges des arbres. Quelques-uns sont doux, et ne causent aucun dommage aux hommes qui coupent les arbres sur lesquels ils habitent, et vont s'établir ailleurs; d'autres au contraire sont irascibles et en tirent vengeance. Le plus puissant d'entre les anges de la terre et leur roi est appelé communément Phra Isuan, c'est le dieu Siva des Indous.  

 

 

 

Ces anges sont portés dans les airs avec le palais qu'ils habitent. Quelques-uns de ces palais sont de cristal, d'autres d'argent ou d'or et de pierreries très-brillantes. Ils sont abondamment pourvus de fleurs célestes, de musique et de délices de tout genre. Le soleil, la lune et toutes les étoiles sont autant d'anges aériens. 

 

Le vent, la pluie, les nuages les brouillards, la chaleur et le froid sont produits par certains anges l'ange du froid; l'ange de la chaleur; l'ange des brouillards; l'ange du vent;  l'ange de la pluie.  

 

Il est encore des anges au sommet du Mont Meru dans un ciel qui a dix mille lieues de largeur. Ils vivent dans un palais à mille portes, c’est le palais du roi Indra ou Phra-In. Celui-ci  a vingt-cinq millions d'anges femelles pour le servir.  

 

 

Les anges s'assemblent de temps en temps dans une salle immense. Là, Phra In  ordonne aux quatre rois-anges d'envoyer çà et là les anges qui sont sous leurs ordres, pour veiller au salut des talapoins dans tel ou tel temple. C'est là qu'on lit le catalogue des péchés et des mérites des hommes. Les mérites, écrits sur des tablettes d'or, sont gardés dans le ciel et Phra in envoie au roi des enfers le catalogue des péchés écrits sur des peaux de chien.

 

 

 

Les anges des cieux supérieurs

 

Il y a seize ordres d’anges corporels et quatre ordres d’anges incorporels. Certains ne sont adonnés qu’à la contemplation. Ils n'ont ni sexes, ni intestins, ni voies excrétoires; ils ne mangent rien et sont rassasiés d'une félicité continuelle. Ils n'ont pas le sens de l'odorat du goût, ni du toucher.Les anges incorporels n'ont point de corps, ils ont seulement une âme avec les esprits vitaux des yeux, des oreilles, des narines, de la langue, du cœur et des autres membres sans aucune forme ni couleur. Ils habitent dans des palais, mais ils sont tout-à-fait invisibles.

 

 

Monseigneur Pallegoix nous donne une très longue description de chacune de ces catégories d’anges qui peuplent les cieux. Nous ne venons d’en faire qu’un résumé. Le principe n’a rien pour le choquer. Les chrétiens connaissent les anges qui sont, sans que cette classification soit formellement dogmatique, classés par ordres croissants en chérubins, séraphins, trônes, dominations, vertus, puissances, principautés, archanges et anges. Ils peuplent, selon la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, ce que les chrétiens appellent l’univers invisible. Ils sont en nombre incalculable puisque chaque baptisé est accompagné tout au long de sa vie par son ange gardien (5).

 

 

Ils peuplent, selon la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, ce que les chrétiens appellent l’univers invisible. Ils sont en nombre incalculable puisque chaque baptisé est accompagné tout au long de sa vie par son ange gardien (5).

 

 

LA RÉGION DES ENFERS.

 

Nous avons au moins indirectement abordé cette question à l’occasion de la légende de la descente d’un pieux bouddhiste aux enfers (6).

 

 

C’est  encore une question qui ne dut pas perturber Monseigneur Pallegoix puisque la punition des méchants fait partie du dogme de son église mais la présentation bouddhiste est autrement plus pittoresque, c’est le moins que l’on puisse dire et une magnifique source d’inspiration pour les artistes.

 

 

Ceux qui pendant leur vie ont fait de bonnes actions « par pensée, par parole et par action », renaîtront après leur mort parmi les hommes nobles et riches ou dans quelque ordre des cieux. Mais ceux qui, pendant leur vie, ont commis de mauvaises actions « par pensée, par parole, par action et par omission », iront, après leur mort, dans le lieu de douleur, ou dans l'enfer ou dans la région des monstres ou deviendront animaux privés de raison ou bien fantômes. Ceux qui ont commis beaucoup de péchés descendront aussitôt dans les enfers mais ceux qui ont des péchés mêlés de bonnes actions naîtront dans la région du roi des enfers. Alors les démons des enfers les prendront par les bras et les traîneront au palais du roi des enfers, qui leur demandera s'ils n'ont jamais vu les députés des anges, c'est-à-dire un petit enfant dans l'ordure, un vieillard décrépit, un malade, un prisonnier chargé de chaînes, un condamné flagellé et un mort. Si vous en avez vu, pourquoi n'avez-vous donc pas pensé à la mort et à faire des actes méritoires? Alors il leur rappellera les bonnes actions de leur vie passée, et s'ils peuvent se les rappeler, ils sont délivrés des enfers; s'ils en ont perdu le souvenir, les démons les attachent et les conduisent dans l’un des enfers, selon ce qu'ils méritent. C’est en quelque sorte le jugement dernier de la Bible. Il y a huit grands enfers et chacun des grands enfers est entouré de seize autres enfers qui eux-mêmes sont entourés de quarante enfers plus petits. Les huit grands enfers ont la forme d'un coffre de fer carré, de cent lieues de longueur, autant de hauteur, de largeur et d'épaisseur. A chacun des côtés est une porte à l'entrée de laquelle les rois des enfers, ont placé leur tribunal.

 

 

Le premier enfer est celui du vent, un vent qui ressuscite les morts pour qu’ils soient  tourmentés de nouveau. Ceux qui ont tué les animaux, les voleurs, les ravisseurs, les rois qui entreprennent des guerres injustes, les oppresseurs des pauvres iront dans cet enfer; Là, les démons  armés de couteaux et de haches, les coupent par morceaux en sorte qu'il ne reste que les os. Alors il souffle un vent par la vertu duquel ils reprennent la vie, et leurs corps redeviennent entiers comme auparavant en se rencontrant les uns les autres, ils sont transportés de fureur, leurs ongles se changent en lances et en épées; ils se percent et se tuent mutuellement. Ils renaissent de nouveau par la vertu du vent et sont de nouveau coupés en morceaux par les satellites ou les démons, et ils périssent et renaissent successivement jusqu'à ce qu'ils reprennent une nouvelle vie dans la région des monstres; ensuite ils deviennent animaux, puis hommes lépreux, fous, pauvres ou difformes. Un jour dans cet enfer équivaut à neuf cent mille années terrestres.

 

 

Le second enfer au-dessous du précédent comporte une lame de fer élastique qui frappe les corps des damnés. Les démons de cet enfer attachent les damnés avec des chaînes de fer et les étendent sur un pavé de fer rouge; alors ils font vibrer une lame de fer qui les coupe et les dissèque par morceaux. Mais les morts ressuscitent et cherchent à fuir; bientôt repris par les démons, ils sont soumis à des supplices nouveaux et variés et en même temps ils sont brûlés par le feu. Un jour dans cet enfer équivaut à trente-six millions d’années parmi les hommes. Quand les damnés sortent de cet enfer, ils sont encore tourmentés dans l'enfer supérieur, et ensuite passent par tous les ordres mentionnés plus haut. Tous ceux qui, excités par la colère, ont chargé de liens d'autres hommes ou des animaux, les faux talapoins, les menteurs, les brouillons, ceux qui ont étouffé par le feu dans leur retraite les rats ou les serpents vont dans cet enfer.

 

 

Le troisième enfer situé au-dessous du précédent est celui d'une montagne qui écrase les damnés; Ceux qui sont condamnés à cet enfer ont un corps de bœuf, de buffle, de cheval, d'éléphant, de cerf, avec une tête d'homme, ou un corps d'homme avec une tête de bœuf, de cheval, etc. Les démons les chassent comme des troupeaux, les frappent fréquemment avec des barres de fer rouge. Ils fuient entre deux montagnes qui bientôt se heurtent l'une contre l'autre, et les damnés sont tous broyés. Là aussi, aux quatre points cardinaux, sont des montagnes rondes qui roulent tour à tour et écrasent les animaux de cet enfer. Après la mort, la résurrection et de nouveaux tourments.  Y Sont condamnés tous ceux qui traitent durement les troupeaux et les bêtes de somme; les pécheurs et surtout les chasseurs. Ceux qui sortent de cet enfer doivent passer par tous les enfenfers supérieurs et par tous les autres degrés déjà cités. 

 

 

Le quatrième enfer est celui des pleurs et des gémissements des damnés; il est situé au-dessous du précédent. Il est rempli de fleurs de nymphéa, de fer rouge, très-serrées, épineuses, au milieu desquelles les damnés sont plongés et brûlent aussi bien intérieurement qu’à l'extérieur, en poussant des hurlements et des gémissements épouvantables. Sont condamnés à cet enfer pour quatre mille ans surtout les adultères de l'un et l'autre sexe, les faux témoins, les calomniateurs. Un jour dans cet enfer équivaut à cinq cent soixante-seize millions d'années terrestres. Lorsque leur temps est expiré, les damnés passent dans tous les petits enfers qui l'environnent, ensuite ils montent aux enfers supérieurs et ensuite par tous les autres degrés de peines déjà cités.

 

 

Le cinquième enfer est situé au-dessous du précédent,   il est aussi planté de fleurs de nymphéa armées de pointes de fer rouge sur lesquelles sont placés et brûlent les damnés qui poussent des hurlements horribles; mais toutes les fois qu'ils sautent en bas, les démons les broient aussitôt avec un maillet de fer. Nouvelle résurrection, nouveaux supplices. A cet enfer sont condamnés surtout ceux qui ont brisé les têtes des animaux, et ils sont tourmentés pendant huit mille ans.

 

 

Le sixième enfer est celui de la chaleur intense des charbons ardents et des flammes. Les damnés y sont mis à de grandes broches de fer; alors s'allume un grand feu qui les cuit. Quand ils sont tout à fait rôtis, les portes de l'enfer s'ouvrent d'elles-mêmes, et des chiens énormes armés de dents de fer se précipitent aussitôt et dévorent les chairs rôties des damnés, qui bientôt ressuscitent, sont de nouveau mis à la broche et de nouveau dévorés. Les incendiaires surtout et tous ceux qui ont fait cuire des animaux sont y condamnés et leur supplice dure seize mille ans.

 

 

Dans le septième enfer le feu est beaucoup plus intense que dans le précédent. II y a une montagne très élevée et escarpée que les damnés s'efforcent d'escalader pour échapper aux démons qui les poursuivent. Dès qu'ils sont arrivés au sommet de la montagne, un tourbillon de vent très violent les saisit, les précipite en bas, et ils tombent sur des pieux de fer rouge qui les percent et les brûlent. Leur supplice dure des millions d’années. Sont condamnés à cet enfer les rois cruels qui ont fait empaler des hommes.

 

 

Dans le huitième enfer, le feu brûle sans cesse et  cet enfer est plein de damnés, de sorte qu'il n'y a pas de place vide. C'est le dernier et le plus profond des enfers, il est plein d'un feu continuel au milieu duquel les damnés percés de toutes parts de broches brûlantes sont tourmentés par des flammes dévorantes depuis l'apparition du soleil et de la lune jusqu'à l'apparition du nuage qui annonce la destruction du monde. On met dans ce lieu tous ceux qui ont commis des péchés continuels, les rois avides de guerres, les persécuteurs des saints, les parricides, ceux qui ont tué leur mère ou un saint, les infidèles, c’est-à-dire, ceux qui sont hors de la religion, et ceux qui trompent les hommes par des comédies, des danses et des bouffonneries.

 

 

Chacun des huit grands enfers a pour cortège seize enfers plus petits dont le nombre s'élève donc à cent vingt-huit.

 

Ils ont aussi la forme d'un coffre de fer de trente lieues de longueur, de largeur et de hauteur. Ils sont placés par quatre, aux quatre angles de chacun des grands enfers. Le premier de ces quatre petits enfers est rempli d’excréments et y fourmillent de grands vers qui percent et tourmentent les damnés. Le second est plein de cendre brûlante dans laquelle les damnés sont plongés et se roulent jusqu'à ce qu'ils soient réduits en cendre. Le troisième est planté d'arbres dont les feuilles sont des glaives à deux tranchants. Lorsqu'un vent violent souffle, les feuilles tombent de toutes parts sur les damnés et coupent leurs membres par morceaux. En outre, des corbeaux et des vautours aux becs de fer se jettent sur eux, les déchirent, les dissèquent et dévorent toute leur chair avec les entrailles. Le quatrième est le fleuve salé, il est plein d'eau extrêmement salée. Les damnés font tous leurs efforts pour arriver près de ce fleuve afin d'apaiser leur soif; mais il faut marcher sur de grandes épines de fer qui leur déchirent tout le corps; et aussitôt qu'ils sont descendus dans l'eau, les démons les percent à coups de traits ou de trident, ou les pêchent avec des hameçons comme on pêche des poissons, et lorsqu'ils les ont tirés à terre, ils les broient, leur arrachent les entrailles et les coupent en morceaux. Quelquefois même, pour étancher leur soif, ils leur versent du fer fondu dans la bouche.

 

 

En dehors des enfers secondaires il y a dix autres petits enfers qui les entourent de chaque côté, ce qui fait quarante pour chaque grand enfer. On les appelle les régions du roi des enfers, et ils sont au nombre de trois cent vingt; mais il suffira de parler de dix, parce qu'ils sont disposés dix par dix et que chaque dizaine est semblable. Le premier de ces petits enfers est une grande marmite de fer dont l'ouverture a soixante lieues de diamètre, elle est pleine de fer fondu et bouillant, dans lequel on fait cuire les damnés comme des grains de riz dans un chaudron. Le second est rempli d’arbres épineux. Les damnés, serrés de près par les démons, essaient de monter sur les arbres dont les épines déchirent leurs corps les corbeaux et les vautours se jettent sur eux et avec leurs becs de fer ils les déchirent, leur arrachent les entrailles et dévorent leur chair à cause du fer fondu et bouillant dans lequel les démons plongent les damnés après les avoir enchaînés. Le quatrième, enfer est celui des balles de riz parce qu'il y a un fleuve auprès duquel accourent les damnés pour étancher leur soif; mais dès qu'ils ont mis de l'eau dans leur bouche, elle se change en balle de riz ardente qui brûle leurs entrailles. Le cinquième est peuplé de chiens monstrueux armés de dents de fer qui se précipitent sur les damnés et dévorent leur chair. Le sixième porte le nom des montagnes ardentes qui par une rotation rapide écrasent les damnés et les réduisent en poudre. Le septième est mer d'airain fondu dans laquelle nagent les damnés qui sont pris à l'hameçon par les démons, traînés au rivage où on leur fait alors avaler de l'airain fondu. Le huitième est plein de boulettes de fer rouge que les satellites font avaler aux damnés. Dans le neuvième enfer les damnés ont aux pieds et aux mains des lances au lieu d'ongles, et ils se déchirent eux-mêmes. Les démons munis de différentes armes les percent et les coupent de toute manière. Le dixième porte le nom des pierres qui écrasent. Là, les damnés sont exposés à une pluie continuelle de pierres brûlantes qui les écrasent et les réduisent en poudre

 

 

 

Il existe encore des enfers qui occupent l'espace entre les mondes joints et là où il y a trois mondes qui se touchent. Dans cet enfer règnent des ténèbres éternelles et très épaisses; c'est la demeure des infidèles et des impies qui pensent qu'il n'y a ni péchés ni vertus. Ils naissent dans cet enfer avec une figure horrible et un corps énorme; ils sont accrochés par leurs ongles aux montagnes qui sont les murailles du monde, comme les chauves-souris se suspendent aux arbres; si quelquefois ils se rencontrent, ils se mordent et se luttent jusqu'à ce qu'ils roulent en bas dans l'eau qui supporte le monde. Cette eau devient aussitôt corrosive et dissout tous leur corps. Ensuite ils ressuscitent et s'efforcent de remonter avec leurs ongles sur les murailles du monde; ils se rencontrent de nouveau, luttent, sont précipités dans les eaux corrosives où ils sont dissous, et leur supplice recommence sans interruption.

 

 

Cette longue description des enfers et des démons n’a probablement pas étonné Monseigneur Pallegoix, la croyance aux démons faisant partie des dogmes de son église (7).

 

 

LE MONDE DES MONSTRES

 

Au-dessus des enfers et dans les forêts est la région des monstres. Ces pret  (เปรต) sont hideux, ce sont l’équivalent de nos démons ou les âmes des morts. Il ne faut toutefois pas les confondre avec les PHI dont nous avons longuement parlé (8). Ce sont des fantômes affamés. Ils souffrent une soif continuelle mais ils ne boivent pas d’eau. Ils errent pour boire l'humeur qui coule des narines, la sueur, la salive, les flegmes, le pus, l'urine, les excréments, les charognes, toutes les ordures qui font leurs délices. Certains ont une bouche aussi petite que le trou d'une aiguille et souffrent une faim continuelle. D'autres, ressemblent à des squelettes, et répandent une puanteur insupportable. Quelques-uns ont la forme de serpents, de cerfs, de chiens, de tigres, etc. Il y a des pret qui n'ont qu'un pied, un œil, une main; il y en a qui vomissent des flammes par la bouche, dont te corps est enflammé, et qui ont des cheveux hérissés et brûlants; il y a des pret blancs, noirs, jaunes, gigantesques, couverts de tumeurs qui répandent du sang et du pus, à demi-pourris, avec une tête énorme, des ongles de fer rouge; qui ont un corps humain avec une tête de bête ou un corps de bête avec une tête humaine. Ce sont des damnés mais leurs peines peuvent être abrégées et même supprimées par les prières et les aumônes des vivants.

 

 

LES ANIMAUX PRIVÉS DE RAISON.

 

Les animaux sont incapables de sainteté. On les divise en quatre classes, les animaux sans pieds, les bipèdes, les quadrupèdes, les multipèdes.

 

 

On y compte les nagas ou serpents, qui ont la faculté de prendre la forme des hommes et même des anges :

 

 

Ils ont sous terre un royaume de cinq cents lieues de largeur et une ville magnifique resplendissante d'or et de pierres précieuses où habite leur roi. Ils sont doués d'une force admirable et soufflent un poison mortel peuvent même tuer les hommes par leur seul regard ou par le contact. Les Garuda sont des oiseaux monstrueux, avec le corps d'un homme et le bec d'un aigle; ils habitent le bas du mont Meru. Ils peuvent saisir et dévorer les nagas de la petite espèce, mais ils ne peuvent pas enlever les gros.

 

LES HOMMES

 

L'homme est appelé Manut  (มนุษย์) parce qu'il est doué de raison et d'intelligence plus que les autres animaux. C’est l’homo sapiens. Ils se divisent en deux classes,  les méchants et les sages.

 

 

Ils sont soumis à cinq commandements : ne pas tuer les animaux, ne pas voler et tromper, ne pas commettre la fornication et l'adultère, ne pas mentir, ne pas boire toute espèce de liqueurs enivrantes. Les hommes pieux en ajoutent trois : s’abstenir de nourriture depuis midi jusqu'à l'aurore; s'écarter des comédies, de la danse, des chansons, des fleurs et des parfums; ne pas dormir ni s'asseoir sur un lit précieux ou élevé de plus d'une coudée, ni sur des coussins.

 

 

Il y a trois prières à pratiquer et ceux qui les récitent pensent s'acquérir de nombreux mérites : La première est la récitation des trente-deux parties du corps humain, par laquelle on se rappelle l'instabilité des choses humaines et la mort (9). La seconde prière est l’énumération des qualités divines de Bouddha. La troisième est une invocation à Bouddha, à la nature et aux talapoins : « Je sais et je crois que Bouddha est mon refuge, je sais et je crois que la nature est mon refuge, je sais et je crois que les talapoins sont mon refuge ».

 

 

DE L'ORIGINE DES CHOSES.

 

Toutes les créatures ont un commencement qui n'apparaît pas. On ne connaît pas l’origine des choses et il n’est pas séant de faire des recherches sur cette origine.  Les bouddhistes ne reconnaissent donc aucune cause première créatrice, mais ils supposent toutes choses créées : Tout se fait, est gouverné et coordonné par le mérite ou par le démérite. Les vertus générales des tous les être doués de  vie conduisent à la reconstruction des mondes, des cieux et tous les biens en général. Les vices des animaux conduisent à la destruction des mondes, aux enfers, aux différents degrés de peines et à tous les malheurs en général : La beauté, la noblesse, les honneurs, les richesses, la santé et une vie heureuse proviennent des vertus de chacun dans ses vies antérieures de même que la difformité, une basse extraction, les opprobres, la pauvreté, les maladies et les infortunes découlent du démérite de chacun dans les temps passés.

 

 

DE LA TRANSMIGRATION DES ÀMES.

 

Nous sommes évidemment au cœur du bouddhisme. 

 

Quand une personne meurt,  aussitôt le mérite et le démérite se présentent à lui. Si c'est le mérite qui ouvre la voie le premier, il renaîtra dans une vie meilleure et plus heureuse. Si c'est le démérite qui ouvre la voie, il renaitra dans une condition plus méprisable, ou bien descendra de quelques degrés dans quelque degré des enfers ou dans la région des monstres. Ceux qui sont dans les cieux, lorsqu'ils meurent, passent sur la terre ou dans les enfers; mais ceux qui sont dans les enfers ne peuvent reprendre une nouvelle vie parmi les hommes, qu'après avoir passé par tous les enfers supérieurs en suivant les degrés, ensuite dans la région des monstres, la région des géants et enfin par le corps des animaux. Chacun subit des transmigrations innombrables, une succession continuelle de naissances et de morts. Excepté Bouddha et les saints du premier ordre, tous oublient leurs vies passées dont le souvenir est effacé à chaque fois par un certain vent.

 

 

Les âmes doivent nécessairement subir des transmigrations jusqu'à ce que, s'élevant peu à peu par les huit degrés de sainteté, elles soient délivrées de toute concupiscence et alors, ayant traversé la mer orageuse de ce monde, elles abordent au rivage tranquille et éternel que l'on appelle  le royaume immortel et précieux de la grande extinction ou anéantissement.

 

 

CONCLUSIONS.

 

Les conclusions du prélat n’ont rien pour nous étonner, c’est une position que nous retrouverons ainsi développée beaucoup plus tard chez le Pape Jean-Paul II (10)

 

« Quoique les bouddhistes donnent de grandes louanges à leur Bouddha, cependant on peut donc conclure que la religion des bouddhistes est une religion d'athées et quoique cette religion cherche à réprimer les vices par la crainte des châtiments, elle n'offre cependant aucune récompense aux vertus, sinon des plaisirs passagers, et à l'abîme épouvantable de l'anéantissement ! ». Nous ne résonnerons pas en théologien comme sa Sainteté Jean Paul II.

 

 

 

Mais ce texte du XIVe siècle a beaucoup à nous apprendre sur l'essence du bouddhisme et les racines de la culture siamoise. La monarchie thaïe est fortement influencée par les concepts hindous et bouddhistes de la cosmologie. Le monarque est considéré comme un demi-dieu et une réincarnation d'un dieu hindou, et un avatar de Rama, Vishnu, Shiva ou Indra  qui a le droit divin de gouverner son royaume et le devoir de protéger son peuple. Lorsque sa mission est accomplie, il retournera dans les cieux. Ainsi, lorsqu'un roi décède, on prépare le chemin de son ascension. Nous en avons eu une démonstration éclatante lors des cérémonies de crémation de feu le roi Rama IX le 26 octobre 2017 qui préparèrent son retour en tant que Dieu au mont Meru. Le complexe de la crémation reproduit le concept de la cosmologie bouddhiste tel que détaillé dans Traibhumikatha. Le bâtiment central et principal, est une structure  carrée en forme de tente avec un toit à plusieurs niveaux surmonté d'une flèche dorée, symbolise le manoir d'Indra au sommet du mont Meru (11).

 

 

Le Traiphum Phraruang connaît toujours en ce siècle une large diffusion y compris sous les formes actuelles de l’audio-visuel (12).

 

 

NOTES

(1) Voir nos articles

30 : Le déclin de Sukhotai sous le règne du Roi Lithai ? :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-le-declin-de-sukhotai-sous-le-regne-du-roi-lithai-104137500.html

 

RH 15 :  LE ROI LITHAI DE SUKHOTAI (1347-1368 OU 1374). http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/rh-15-le-roi-lithai-de-sukhotai-1347-1368-ou-1374.html

 

(2) « Histoire du royaume thaï ou Siam », premier volume, chapitre XV, publié à Paris en 1854 : CHAPITRE QUINZIEME « ANALYSE DU SYSTÈME BOUDDHISTE, TIR DES LIVRES SACRÉS DE SIAM », pages 417-478.

 

(3) Cette volumineuse source du bouddhisme n’est en soi pas étonnante et de toute évidence la connaissance de ces textes dans leur globalité dépasse les capacités d’un bouddhiste « de base ». On peut être bon chrétien sans connaître les 217 volumes de la Patrologie de l’abbé Migne publiés entre 1844 et 1855 (Patrologia latina et Patrologia Graeca), ensemble des textes des pères et docteurs de l’église que l’on n’étudie que dans les facultés de théologie. Après des études de philosophie, les postulants à la Compagnie de Jésus (jésuites) à laquelle appartient le Pape François doivent étudier la théologie pendant 5 ans (licence et maitrise, certains pouvant aller jusqu’au doctorat). Nous ne sommes plus au niveau de la « foi du charbonnier » !

 

 

(4) Toute cette cosmologie repose sur une croyance en un univers infini. En sommes-nous si loin de nos jours ? Les scientifiques nous apprennent que le diamètre de l'Univers observable serait d’environ 93 milliards d'années-lumière soit 8,8 × 1023 km (8,8 × 1026 m), ou encore 880.000 milliards de milliards de kilomètres  et admettent aussi qu’il est en perpétuelle extension mais aucun d’entre eux n’est capable de dire s‘il est fini ou infini.

 

 

(5) Le Pape François a rappelé à l’occasion de plusieurs homélies le jour de leur fête, le 2 octobre, la réalité de leur existence. Il les compare à un « compagnon de voyage » : « Ce n’est pas une doctrine un peu fantaisiste sur les anges : non, c’est la réalité », avait-il déclaré en 2014. Et en 2015, lors de cette même fête, il déclarait encore : « Il est comme un ambassadeur de Dieu avec nous. Et le Seigneur nous dit ”Ayez du respect pour sa présence !” Quand nous faisons un mal et nous pensons que nous sommes seuls : non, il est là. (…) Le chrétien doit être docile à l’Esprit Saint. La docilité à l’Esprit Saint commence avec cette docilité aux conseils de ce compagnon de chemin ». Le livre de Werber, l’empire des anges a remis dans l’actualité la question de la réalité de leur existence.

 

 

(6) Voir notre article A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA LÉGENDE DE PHRA MALAI

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/06/a-375-des-enfers-bouddhistes-a-l-enfer-des-chretiens-la-legende-de-phra-malai.html

 

(7) N’oublions pas la parole attribuée à Saint Bernard : « la plus grande force du démon est de faire croire qu’il n’existe pas ». La tentation du Christ est l’un des épisodes des évangiles canoniques. Ils remplissent des pages entières de la bible. S’ils ne sont pas catégorisés comme les anges, ce sont les anges déchus. Ils sont en nombre incalculable mais à leur tête se trouverait Lucifer.

 

 

(8) Voir notre article A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHI" http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(9) Ce sont les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la chair, les nerfs, es os, la moelle, la rate, le cœur, le foie, les poumons, l'estomac, le péritoine, les gros boyaux, les petits boyaux, le chile, le suc gastrique, le fiel, les flegmes, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, la graisse liquide, la salive, la morve, les tendons, l'urine, la cervelle.

 

(10) Voir notre article

A.35 Le bouddhisme est-Il athée ? :  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-35-le-bouddhisme-est-il-athee-79098567.html

 

(11) Voir Narongkan Rodsap, Bhu-sit sawaengkit et Nipatpong Pumma « The  Concept of TraiBhum Related to Building a Crematorium and the Royal Funeral Pyre »  in Journal of Humanities and Social Sciences, Vol. 6 (2) pp. 33-46 de février 2016.

 

(12) Une version en thaï est numérisée et facile d’accès :

https://vajirayana.org/ไตรภูมิกถาฉบับถอดความ

Il en est de nombreuses versions imprimées y compris à l’usage des plus jeunes.

 

 

Il est de nombreuses versions en animation vidéos :

http://www.youtube.com/watch?v=ylaZvvO3gag

http://www.youtube.com/watch?v=2WJcY2PVkHg

http://www.youtube.com/watch?v=6lriHpL99ww

http://www.youtube.com/watch?v=9ePpUo8qBAQ

SOURCES

 

Georges Coedès et M. Rœské : « L'enfer cambodgien d'après le Trai Phum (Trï Bhûmî) "Les trois mondes" ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 15, 1915. pp. 8-13;

Mikaelian Gregory et Michel Tranet : « Gambīr trai bhūmi / Traité [de cosmogonie] des Trois Mondes ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 89, 2002. pp. 423-429;

Hiram Woodward  « Bangkok Kingship: The Role of Sukhothai » in Journal of the Siam Society, volume 103 de 2015

Dr. Bonnie Pacala Brereton « Envisioning the Buddhist Cosmos through Paintings: The Traiphum in Central Thailand and Phra Malai in Isan » in Social Science Asia, Volume 3 Number 4, p. 111‐120, 2017

André Bareau «  G. Coedès et C. Archaimbault. Les trois mondes ». In: Revue de l'histoire des religions, tome 187, n°1, 1975. pp. 102-103;

André Bareau  et André. E. Denis « La Lokapannatti et les idées cosmologiques du bouddhisme ancien ». In: Revue de l'histoire des religions, tome 194, n°2, 1978. pp. 190-191;

Deux thèses :

PhraSrisudhammedhi (Suthep Phussadhammo) : « Theravada Buddhism's Influence on The King Lithai's Idea of Politics and Government : A Case Study of Tebhūmikathā » de l’Université Chulalongkorn, 1993.

Phramaha Somdeth Tapasilo (Srila-ngad) « AN ANALYTICAL STUDY OF DEVELOPMENT OF TEBHŪMIKATHĀ IN THAI SOCIETY », thèse de philosophie de l’Université Chulalongkorn, 2017

Ces trois ouvrages anciens furent écrits pour deux d’entre eux avant les écrits de Monseigneur Pallegoix mais rejoignent ses conclusions. Pour le dernier, le bouddhisme est un « paganisme athée » :

François-Marie Bertrand « Dictionnaire universel historique et comparatif de toutes les religions du monde, Tome 2 » publié par l’abbé Migne en 1851.

François-Timoléon Bègue Clavel « Histoire pittoresque des religions, doctrines, cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde anciens et modernes », Tome 1 1845

Abbé Paul de Broglie : « Cours d'apologétique chrétienne : année 1881-1882 », 1884.

 

 

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