Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 22:09

 

Il est un aspect méconnu de l’œuvre du Maréchal Phibun lors de sa première gouvernance de 1938 à 1944, c’est la réforme de l’orthographe qu’il tenta d’imposer au pays. Il n’en est pas d’autres sources qu’en thaïe ce qui explique qu’elle soit passée sous silence.

 

 

Revenons très rapidement sur l’histoire de l’écriture thaïe qui a ou aurait commencé en 1289 il y a plus de sept cent ans. Nous en avons longuement parlé (1).

 

 

La langue est l'un des outils que les êtres humains utilisent pour communiquer entre eux. Toute langue se compose de mots, associés d'après les règles  de sa grammaire. Tout mot représentant une idée se compose d'un ou de  plusieurs sons de voix, appelés syllabes. Pour figurer graphiquement les syllabes, on se sert de signes appelés lettres.

 

 

Les difficultés de la langue écrite.

 

De même que l'arithmétique possède neuf chiffres effectifs et un chiffre sans valeur propre (zéro), de même la langue thaïe possède soixante-quinze lettres effectives et une lettre sans valeur propre (อ). De ces soixante-quinze lettres, trente-deux représentent les variations de la voix humaine : on les nomme voyelles pour celte raison.

 

 

Quarante-quatre autres lettres ne servant qu'à modifier les sons des voyelles, ont, à cause de cela, reçu le nom de consonnes.

 

 

 

Les raisons de cette complexité sont multiples :

 

En dehors de consonnes dites irrégulières, fruits de l’étymologie, il existe 20 sons consonantiques fondamentaux répartis entre 44 consonnes lesquelles sont divisées en trois classes, normale, haute et basse, chaque son consonantique doit ou devrait avoir sa consonne dans chacune des classes. La multiplicité de certaines consonnes, il existe par exemple 6 formes de TH, est l’un  des paramètres de cette complexité.

 

 

Il existe enfin 32 sons vocaliques, voyelles simples, diphtongues ou triphtongues qui doivent tous avoir une forme brève et une forme longue, ce qui est essentiel pour déterminer le ton sur lequel doit être prononcé la syllabe. Ces sons vocaliques présentent sinon une difficulté, on s’y habitue, du moins un  aspect déconcertant, c’est que la voyelle n’est pas écrite après la consonne comme dans notre langue, elle peut l’être devant, derrière, dessus, dessous ou autour. Il existe une autre difficulté pas toujours facile à surmonter, il existe trois voyelles (a, o et ô) qui ne sont parfois pas écrites.

 

 

Cette complexité se justifie au moins pour partie car elle permet à l’écrit de donner le ton sur lequel la syllabe doit être prononcée, neutre, haut, bas, montant et descendant et cela selon un mécanisme véritablement mathématique.

 

 

Notons encore une difficulté, c’est l’absence de majuscules pour les noms propres ce qui rend parfois pénible la lecture d’un simple quotidien.   Il est enfin une difficulté majeure qui n’existe pas dans le langage parlé, l’écriture ne sépare pas les mots entre eux mais seulement les phrases. Nous avons parlé de cette dernière difficulté qui cause bien des difficultés au traducteur (2).

 

notonsencoreunedifficultéc’estl’absencedemajusculespourlesnomsproprescequirend parfoispéniblelalectured’unsimplequotidienilestenfinunedifficultémajeurequin’xistepas danslelangageparlé l’écritureneséparepaslesmotsentreeuxmaisseulementlesphrasesnousavonsparlédecettedernièredifficultéquicausebiendesdifficvultésautraducteur                    

L’évolution de l’écriture depuis le XIIIe siècle.

 

L’époque de Sukhothai.

 

La langue thaïe est la langue nationale de la société thaïlandaise, elle a évidemment  changé depuis la période Sukhothai (environ 1238-1350), la période d’Ayutthaya (environ 1350-1767) et l’ère Rattanakosin à partir de 1782. Ces changements sur plus de sept siècles sont allés et venus progressivement en fonction de divers facteurs pouvant modifier la prononciation, le système sonore, le sens des mots. Ramkhamhaeng le Grand qui régna à partir de 1289 est le créateur présumé de l’écriture actuelle. Quelle langue parlait-il alors et pourrait-elle être comprise d’un Thaï du XXIe siècle qui utilise pourtant – toutes proportions gardées – son écriture. Ramkhamhaeng régna à l’époque de Philippe le Bel, et qui comprend aujourd’hui, sauf les spécialistes, cet ancien français et peut en déchiffrer les écrits ?

 

 

On pense qu’antérieurement à l’ère de Sukhothai, les habitants utilisaient des écritures venues des Indes (Pallawa) ou de l’empire khmer.  Nous n’en connaissons rien autre que par l’épigraphie. Khun Sri Intharathit fut le fondateur du royaume en 1279 et son fils Ban Muang lui succéda un an seulement. On pense que ces deux règnes s’appuyèrent sur la culture traditionnelle de l'empire khmer et utilisaient ses systèmes linguistiques et alphabétiques. Ramkhamhaeng  succèda à son frère Ban Muang en 1279 et régna jusqu’en 1298. Il est considéré comme le créateur de l’écriture thaï si l’on en croit la stèle qui porte son nom et qui fut découverte en 1833 par le roi Mongkut alors qu’il était moine et que l’on date approximativement de 1292.

 

Cette écriture serait selon les érudits un mélange des scripts des Môns et de l’écriture khmère archaïque.  Elle s’écrit sur la ligne de gauche à droite. Elle comprenait trente-neuf consonnes (quarante-quatre aujourd’hui) et vingt voyelles (trente-deux aujourd’hui). Curieusement, on n’y trouve que sept chiffres, 1, 2, 4, 5, 7 et 0  alors que ces Thaïs savaient évidemment compter sur leurs dix doigts. Ces découvertes épigraphiques à venir nous donneront peut-être une explication. Il comporte deux signes de tonalités seulement (quatre de nos jours) le signe de tonalité EK (เอก) et THO โท). EK et THO signifient un et deux en sanskrit. Les voyelles sont placées devant, derrière et autour de la consonne  qui les supportent. Il n’y a pas alors de voyelles dessus ou dessous comme aujourd’hui. Les formes sont plus arrondies que celles de lettres actuelles avec lesquelles la comparaison n’est pas facile pour un non initié !

 

 

 

 

La période d’Ayutthaya.

 

Rien ne semble avoir été changé au début de la période d’Ayutthaya (1350). La plupart des rares documents anciens transmis à ce jour sont sur du matériel dur, argent, étain, pierre. Ce sont de brèves inscriptions sur des sujets religieux.

 

L’âge d’or débute avec le règne de Ramathibodi II  en 1491 jusqu’à celui de Naraï qui se termine en 1688. C’est un âge d’or et le pays s’ouvre à l’étranger. Le développement des affaires génère la prospérité et la nécessité de trouver à l’écriture des supports plus commodes que la pierre, le kradat farang ou papier de goyave (กระดาษฝรั่ง) ou les feuilles de latanier. Beaucoup des documents de cette époque sont des documents commerciaux datant du roi Naraï et conservés essentiellement dans des archives occidentales. Nous voyons toutefois apparaître deux nouvelles consonnes : ฑ (TH) et ฮ (H) (3).

 

 

Depuis lors, le nombre des consonnes reste stable.

 

Surgissent aussi deux nouveaux signes de tonalité ตรี (TRI) et จัตวา (JATTAWA) qui signifient trois et quatre en thaï archaïque et en sanskrit (4).

 

Apparaissent aussi cinq voyelles composées, เอะ  (OE au son bref) เอียะ (IA au son bref)  เอือะ (UA au son bref)  อัวะ (OUA au son bref), เออะ  (autre OE au son bref).

 

En 1732, l’alphabet des consonnes et la liste des voyelles est le  même que de nos jours.

 

 

A quelques détails près, la description que donne de l’écriture thaïe le chevalier de La Loubère recueillie lors de sa mission de 1688 conserve toute sa valeur. (5)

 

 

La fin de la période d’Ayutthaya commence sous le règne de période du roi Phra Phet Racha (1788) et se termine avec la chute d’Ayutthya en 1767. C’est une période néfaste pour le commerce avec les étrangers, la guerre avec la Birmanie fait perdre son indépendance au pays ce qui ne favorise pas le développement de l'écriture et de la littérature. Rares sont les documents de la fin de la période d’Ayutthaya, car une grande partie a été détruite et brulée par les Birmans.

 

Le roi Taksin rétablit l’indépendance du pays et installe la capitale à Thonburi. Il se préoccupa de la restauration ou de la récupération de documents anciens. Il n’y aura pas de changement majeur à l'époque Rattanakosin mais la forme des caractères évolue en fonction en particulier du développement des documents écrits et de l’apparition de l’imprimerie qui entraîne l’élaboration de fontes et du développement des polices thaïes. Il en sera évidemment de même avec l’apparition massive de l’informatique dans le dernier quart du siècle dernier.

 

 

Les projets de réforme de l’écriture.

 

Nous en connaissons trois :

L’alphabet Ariyaka du roi Rama IV (อักษรอริยกะ)

La nouvelle méthode du roi Rama VI (อักษรวิธีแบบใหม่)

La méthode du Maréchal Phibun  (อักษรสมัยจอมพล ป. พิบูลย์สงคราม)

 

L’alphabet arikaya.

 

Nous lui avons consacré un article (6).  Il n’a pas été inventé en 1847 par le roi spécifiquement pour écrire sa langue mais pour écrire les textes sacrés du pali. Le pali n’a en effet pas d’écriture dédié et est transcrit dans l’alphabet du pays où il est lu. Il faut aussi préciser, ce qui en simplifie l’écriture,  que ce n’est pas une langue à tons. Nous en parlons à nouveau  car certaines des règles qu’il préconise seront reprises dans le projet de Rama VI. Il est évidement plus simple que l’alphabet thaï puisqu’il ne comporte que 33 consonnes et 8 voyelles.

 

 

Les consonnes et les voyelles sont placées sur une seule ligne et les voyelles sont écrites derrière la consonne comme dans les alphabets romains. Il sépare les mots entre eux et utilise des signes de ponctuation. Enfin, ce qui n’est pas le cas en thaï, lorsqu’une consonne termine une syllabe, elle est prononcée comme elle doit l’être ; par exemple dans une syllabe qui aura pour consonne finale un R,  celui-ci se prononcera N. Cette écriture fut utilisée un temps dans son ordre mais ne lui a pas survécu d’autant que l’alphabet thaï permet de transcrire parfaitement le pali.

 

Méthode d'écriture du pali avec l'alphabet thaï  :

 

 

La nouvelle méthode du roi Rama VI.

 

Nous savons qu’il est le premier à avoir lancé sur le plan académique l’idée de la romanisation du Thaï (7). Mais romaniser dans le but de transcrire en  caractères romains les noms propres, géographiques en particulier, était une nécessité qui est réglée depuis le début du siècle dans le  cadre d’une convention internationale. Il n’y a rien à voir avec une simplification de l’écriture.

 

Le Roi Rama VI avait remarqué que l'écriture thaïe était déconcertante pour les étrangers, en particulier par l’écriture sans espaces entre les mots et l’existence de voyelles non écrites. Il décida donc d’écrire sur une seule ligne, les voyelles posées après les consonnes comme dans l’alphabet romain.

 

 

Ne pouvant utiliser les voyelles thaïes, il utilisa non pas de nouvelles voyelles mais tout simplement celles de l’alphabet arikaya, un bien peu harmonieux mélange. Le projet qui ne fut utilisé que chez ses proches, une espèce de sabir qu’eux seuls pouvaient comprendre, fit long feu. Nous n’en avons pas trouvé d’autre exemple qu’une carte de vœux de bonne année.

 

La méthode du Maréchal Phibun.

 

Ce fut assurément la plus sérieuse et aurait peut-être pu et dû perdurer. Il ne s’agissait pas en effet de bouleverser l’écriture mais de la simplifier.

 

Nous sommes en 1942, il bénéficie depuis 1938 du pouvoir absolu. Il a créé le 18 mai 1842 dans le  cadre de sa politique culturelle le Comité de promotion de la culture et de la langue thaïe  (คณะกรรมการส่งเสริมวัฒนธรรมภาษาไทย - Khanakammakansongsoem Watthanathamphasathai).

 

Le but en est d’améliorer  la culture, et de promouvoir la langue thaïe et les livres et de proposer une nouvelle orthographe. Ce fut peut-être aussi à l’instigation des occupants japonais qui éprouvaient quelques difficultés à la lecture des caractères thaïs ne fut-ce que sur les panneaux de signalisation.

 

Ce comité est composé de 26 personnes, tous universitaires érudits de haut niveau.  Le 14 juillet 1942, le Comité a établi des règles pour l'utilisation des caractères thaïs et a publié un nouveau dictionnaire d'orthographe. Cette simplification de l’orthographe ne durera malgré une propagande massive que deux ans et trois mois. Le comité considéra que l’écriture était l’un des trésors culturels de la langue mais devait être amélioré compte tenu de l’existence de nombreux caractères répétitifs voire inutiles.

 

 

Les voyelles.

 

Voici le premier exemple d’une voyelle inutile, le son AÏ se transcrit par une voyelle brève, posée avant la consonne qui la supporte. Il en est une autre forme, , également brève, également posée avant la consonne. Elle se trouve dans 20 mots d’usage quotidien que les petits thaïs apprennent par cœur dans une comptine dont ils encombrent peut-être inutilement leur mémoire. Nul ne peut en dire l’origine et donner des explications à ce doublon.

 

 

L’exemple suivant est plus caractéristique encore. La liste des 32 voyelles en comprend quatre venues directement du sanscrit ; , ฤๅ, et ฦๅ se prononcent respectivement RU (bref), RU (long), LU (bref), LU (long). Elles sont bien grammaticalement considérées comme des voyelles aussi curieux que ce soit. Les deux dernières sont devenues totalement obsolètes et ne se trouvent que dans des textes archaïques. Les deux autres se trouvent dans de nombreux mots d’usage quotidien, citons l’ermite qui a deux orthographes possibles, ฤๅษี (RU long) ou ฤษี (RU bref). Les choses vont se compliquer; ฤๅ se prononce toujours RU (long).  se prononce au gré des circonstances RI, RU ou RE bref, selon des règles qui ne sont pas bien logiques mais grammaticalement immuables: Il est rarissime en position initiale et sa prononciation est aléatoire mais le plus souvent RU. Nous le rencontrons dans deux mots courant (et leurs composés bien sûr) prononcée RU : ฤดู (rudou) la saison et ฤษี (rusi), que nous connaissons.

 

– Elle se prononce RI lorsqu'elle suit les consonnes ก (K), ต(T), ท (TH), ป (P), ศ (S) et ส (autre S). Nous aurons ainsi อังกฤษ angkrit anglais.

 

– Elle se prononce RU lorsqu'elle suit les consonnes ค (KH),  น(N),  พ (PH),  ม (M)  et (H). Nous trouvons ainsi toujours dans des mots du quotidien ainsi วันพฤหัสบดี wanphruhatboodii (jeudi), et encore พฤษภาคม phrutsaphaakôm (le mois de mai).

 

Et enfin RE dans un seul mot, ฤกษ์ rek, le moment propice.

 

Dans tous ces mots, la voyelle-consonne sanskrite devra (avantageusement) être remplacée par la lettre R (ร) assortie de la voyelle qui convient !

 

Un dernier exemple enfin et vous comprendrez le souci du Maréchal. Nous avons parlé plus haut de l’introduction de la voyelle composée เอือะ (UA au son bref). Elle est en principe nécessaire puisque chaque voyelle doit avoir sa forme brève et sa forme longue, soit. Plusieurs ouvrages français ou anglais vous diront qu’elle est « rare ». C’est une erreur car vous ne le trouverez nulle part dans aucun écrit. Pourquoi donc l’inclure dans la liste des voyelles que doivent apprendre les gamins ? Tout simplement, nous dit une petite grammaire à l’usage des jeunes gens,  car elle pourra servir un jour ! Quelle prévoyance inutile !

 

Voilà donc six voyelles qui pourraient parfaitement disparaître de la liste des trente-deux. Il en resterait 27 ce qui serait déjà suffisant

 

Précisons que ce que nous venons d’écrire ne provient pas d’un ouvrage de grammaire érudit mais d’un ouvrage de vulgarisation destinés non pas aux savants mais aux écoliers.

 

Et on peut difficilement lire sans sourire que la grammaire thaïe est basique !

 

Manuel de lecture  :

 

 

Les consonnes.

 

Dans l’alphabet des 44 consonnes dont déjà deux sont obsolètes, le Maréchal préconise la suppression de 13 d’entre elles et la simplification d’une dernière : ฃ (KH), ฅ (TH), ฆ (KH),  ฌ (N),  ฎ (D), ฏ (T), ฐ  (TH), ฑ (TH),  ฒ (TH), ณ (CH), ศ (S),  ษ(S) et  ฬ (L).

 

La dernière qui est un deuxième Y est maintenue mais on supprimera l’appendice qui est en dessous et qui interdit de l’écrire d’un seul trait de plume comme les autres. 

 

Il est d’autres curiosités dont le Maréchal préconise la suppression, le lettre R doublée (รร) devient voyelle et se prononce en fonction des circonstances A ou AN ainsi l’oncle s’écrit peut-être BRR mais se prononce BAN (บรร). La lettre R cause aussi des perturbations au bon sens ; associée à la lettre TH (ทร) elle devient S tout simplement ! ทราย  ce n’est pas THRAÏ mais SAÏ (le sable).    

 

 

Le système ne règle toutefois pas la difficulté majeure des mots qui ne sont pas séparés dans la phrase.

 

Il ne règle pas non plus la difficulté née de l’absence de majuscule.

 

Notons que la ponctuation se répand, surtout dans la presse, elle fait l’objet d’explications dans les grammaires, en ce qui concerne du moins les signes qui nous sont familiers, guillemets, parenthèses, point d’interrogation, d’exclamation, de suspension et final, virgule.

 

Notons encore que ce système allégé ne porte pas atteinte à la possibilité de déterminer l’origine palie ou sanskrite du mot. L’étymologie reste respectée (8).

 

Les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie royale postérieures à 1942 n’ont pas tenu compte de ces possibles modifications (9).

 

Ces propositions reçurent du public un accueil fort peu chaleureux paraît-il, plus encore dans le monde érudit, tous attachés à leurs caractères thaïs traditionnels. L’abandon fut consacré en 1944 et le Maréchal ne reprit pas son projet lorsqu’il revint au pouvoir en 1948.

 

Il faut préciser que l’écriture traditionnelle a fort bien passé le cap informatique. Tout se trouve sur le clavier, les caractères usuels, les caractères obsolètes, divers signes diacritiques également tombés en désuétude ainsi que ceux qui permettent les petites modifications  de l’écriture pour transcrire le pali. Le positionnement des voyelles qui peut se faire sur plusieurs niveaux avec éventuellement un signe diacritique encore au niveau supérieur s’est fait sans difficultés

 

Il est toutefois une préconisation du Maréchal qui perdure, l’utilisation des chiffres internationaux improprement appelés chiffres arabes, qui était au demeurant déjà largement pratiquée. Les chiffres traditionnels ne se trouvent plus guère que dans des documents administratifs comme les titres de propriété. Il est difficile de trouver une horloge portant les chiffres thaïs et, à notre connaissance du moins, aucune calculatrice.

 

Rappelons que le nombre d’alphabets réellement créés ex-nihilo est relativement restreint, comme celui de Ramkhamhaeng. Les peuples ont souvent préféré adopter et éventuellement adapter un système existant plutôt que de réinventer la roue (10). Il est permis de penser que les Thaïs sont légitimement fiers d’une écriture qui s’est forgée au fil des siècles aussi complexe soit elle.

 

 

SOURCES

 

Sur l’écriture

 

« Contribution à l'étude du système phonétique des langues thaï » d’Henri Maspero In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 11, 1911. pp. 153-169.

 « Méthodes de segmentation et d’analyse automatique de textes thaï » par Krit Kosawat, thèse de doctorat, Université de Marne-la-Vallée, 8 septembre 2003.

« MÉTHODES POUR INFORMATISER DES LANGUES ET DES GROUPES DE LANGUES « PEU DOTÉES » par  Vincent BERMENT, thèse de doctorat, Grenoble, 18 mai  2004.

Il nous faut remercier tout particulièrement un fidèle lecteur suisse du blog, Stéphane Duina, qui a eu l’amabilité de nous transmettre un ouvrage exceptionnel très modestement baptisé « Notes de grammaire thaïe » et daté de 1974. C’est l’œuvre d’un missionnaire des Missions étrangères, Victor Hippolyte Larqué  en poste à Bangkok où il décède en 1990. L’auteur reprend et complète la grammaire en latin de Monseigneur Pallegoix qui date de 1854, bien plus que de modestes notes, c’est une somme grammaticale. Cet ouvrage monumental ne porte pas de mention ISBN et ne semble pas voir été déposé à la Bibliothèque nationale . Il est probablement au seul usage interne des Missionnaires, sa communication n’en fut que plus précieuse.

 

Sur les réformes de l’écriture.

 

L’ouvrage universitaire de Madame Milika Mapha est fondamental,

 

 

il est en thaï :

 

« เอกสารประกอบการสอน วิวัฒนาการภาษาไทย » (Matériel pédagogique, évolution de la langue thaïe) par มัลลิกา มาภา, en thaï. Publication de l’Université Rajabhat d’Udonthani, département de langue thaï, Faculté des sciences humaines et sociales, 2016.

 

En dehors de cet ouvrage :

 

Sur l’alphabet arikaya, voir notre article visé note 6. La page Wikipédia en thaï est bien ficelée :

https://th.wikipedia.org/wiki/อักษรอริยกะ#:~:text=อักษรอริยกะ%20เป็นอักษรที่,รับความนิยมจนเลิก

 

Sur l’alphabet de Rama VI, la page Wikipédia en thaï est bien construite :

https://th.wikipedia.org/wiki/การปรับรูปแบบการเขียนอักษรไทยโดยรัชกาลที่_6

 

Sur l’alphabet du Maréchal la page Wikipédia en thaï est remarquable :

https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยสมัยจอมพล_ป._พิบูลสงคราม#:~:text

 

Tous les ouvrages universitaires sont numérisés.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 353 - LES ORIGINES DE L’ÉCRITURE THAÏ CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-353-les-origines-de-l-ecriture-thai-contemporaine-5.html

(2) Voir notre article A 377- DES DIFFICULTÉS DE TRADUIRE LE THAÏ EN FRANÇAIS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/06/a-377-des-difficultes-de-traduire-le-thai-en-francais.html

(3)  Ce ฑ (TH) est l’un des nombreux TH. Il a probablement été ajouté pour transcrire des mots issus du pali ou du  sanscrit. Il est rarissime, heureusement d’ailleurs car en fonction des circonstances, il se prononce D ou TH !

La lettre ฮ (H) est un deuxième H qui semble avoir été créé pour transcrire des mots d’importation, par exemple ฮ่องกง (Hong Kong) ou แฮมเอร์เกอร์ (hamburger), ce qui est concevable à une époque où les échanges diplomatiques et commerciaux se sont multipliés et plus encore de nos jours : Curieusement, elle remplace parfois le ร (R) dans la langue Isan, du Nord-est. Cette précision n’est pas inutile, il y a plus de 20 millions de thaïs qui parlent cette langue locale, très proche du Lao, lui-même très proche du thaï. รถ (rốt – auto) deviendra ainsi ฮถ (hốt)

(4) On ne les trouve guère que dans des mots d’importation,  chinois pour le premier qui est également utilisé dans des mots que ma mère m’a interdit de prononcer ici.

(5) « Du royaume de Siam » tome second, 1691.

(6)  Voir notre article A 352 - อักษรอริยกะ - LE ROI RAMA IV CRÉE L’ALPHABET ARIYAKA – L’« ALPHABET DES ARYENS » – POUR TRANSCRIRE LES TEXTES SACRÉS DU PALI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-352-le-roi-rama-iv-cree-l-alphabet-ariaka-l-alphabet-des-aryens-pour-transcrire-les-textes-sacres-du-pali.html

 (7) Voir nos articles A91. La romanisation du Thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

et 165. Le Roi Rama VI et la romanisation du Thaï.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

(8) La question de l’étymologie se pose par contre dans les projets de simplification de l’orthographe en français. Les personnes lettrées  d'Italie, d'Espagne, de Portugal et de tant d'autres  pays, savent comme nous que philosophe vient du grec φιλόσοφος, cependant elles ont le bon esprit d'écrire filosofo. Le mal est-il si grand ? Le France comprend 67 millions d’habitants dont 66,500 millions ne soupçonnent pas même l’existence du grec. Est-ce pour satisfaire à quelques dizaines de milliers de savants qui peuvent lire le grec à livre ouvert que notre langue est grevée du PH ?

(9) Voir notre article A 204 - LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

(10) Ainsi « nos ancêtres les Gaulois » dont la civilisation druidique était orale et utilisaient en tant que de besoin l’alphabet grec.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 22:26

Patrick vient donc d'écrire et de publier en 2021, un guide touristique de 96 pages en français sur la province d'Udonthani, située en Isan du Nord ; sa quatrième édition après « L'Isan: Udonthani et sa province » (2010),

 

 

« Isan du nord » (2011),

 

 

et « L'Isan : La province de Nong Khai »(2015).

 

 

Un guide unique et indispensable pour qui veut visiter la province et sa capitale Udonthani, en sachant que le Guide vert Michelin, culturellement le plus solide, ne consacre qu'une page et demie à la province et le Lonely Planet, 7 pages avec une grande partie consacrée à l’hébergement. (Pour se  procurer le guide. Cf. (1))

 

 

 

 

Il est le fruit d'une longue expérience, dont nous avions déjà profité en 2011 en présentant son blog, dans le cadre de notre propre recherche sur l'Isan. Il avait en janvier 2011 écrit 480 articles en 3 ans ! Déjà à l'époque, il parcourait la province, visitait dans les villes et villages les temples et les sites les plus connus, participait à toutes les  festivités de la ville d'Udonthani et aux principaux événements culturels de la région, avec toujours ce souci de partager ensuite ce qu'il avait appris et admirer, à l'aide de belles photos. Déjà, à cette époque -il y a 10 ans-  il ne présentait que ce  qu'il avait visité. (2)

 

 

 

Le nouveau  guide ne se limite pas à ce qu'il appelle « Attractions touristiques » (pp. 26-74), mais nous donne auparavant (p.5) une carte et le nom des 20 provinces de l'Isan (La Thaïlande en possède 77 (changwat)) et le nom des 20 districts (amphoe) de la province d'Udonthani avec une carte (p.6), en rappelant qu'elle est composée de 155 sous-districts (tambon), de 1682 villages, avant de présenter rapidement l'Isan en une page (p.7), et la province (pp.8-16) avec quelques observations sur sa géographie, sur quelques symboles, l'économie, le climat, « la petite histoire » en 1 page et demie, avec son passé préhistorique (le parc de Phra Bat, le site de Ban Chiang), sa fondation en 1296 par le roi Mangrai et le Prince Prajak qui en devient le gouverneur en 1894, pour revenir sur la ville d'Udonthani (p.16) avec la composition de sa population  qui est d'environ de 240 000 habitants (Avec ses communautés laos, chinoises, vietnamienne, et d'expatriés), la gastronomie et des informations pratiques (pp.18-20) sur la santé, internet, la poste, la location d'une voiture, l'immigration, les numéros de téléphones importants, et sur les loisirs (pp.20-25) citant 6 activités (l'hypodrome, 2 lieux de pêche, 5 golfs, 4 centres nautiques)   avec leurs coordonnées GPS, et le shopping (1page). (3)

 

 

 

 

Évidemment, ces 23 pages nous donnent de nombreuses informations, mais comment ne pas être superficiel, en voulant traiter tous ces sujets (Histoire, géographie, économie, administration, etc ), des liens  d'internet auraient été ici nécessaires.  Mais  Patrick est évidemment bridé par les contraintes de l’édition sur papier, les exigences de l’imprimeur et des considérations budgétaires.

 

 

 

« Attractions touristiques » (pp. 26-74).

 

Patrick va donc rendre compte des « excursions » touristiques qu'il a effectuées dans les 20 districts de la province, dont l'intérêt porte surtout sur les informations qu'il donne pour parvenir à ces sites en ayant soin de donner les coordonnées GPS et la graphie en caractères thaïs (3)), à l'exception du  9e, le district de Non Sa At et du 16e, le district de Si That, qu'il n'a pas (encore) visités. S'il cite  une quarantaine de temples et édifices sacrés,, ce qui nécessite déjà de nombreuses journées touristiques, il faut savoir que 1187 temples ont été inventoriés par le Sangha dans la province !

 

 

 

Il commence donc par  le 1er district de Muang Udonthani.  (pp. 26-41)

 

 

Il signale 16 visites à effectuer en ville et 13 en dehors de la ville. C'est dire que le touriste qui séjourne à Udonthani aura un emploi du temps bien chargé. 14 sont consacrés à des temples et des « édifices » religieux et lieux sacrés (stupas, chédi, arbre sacré, sanctuaire), en recommandant le Wat Pa Ban Tat, situé à 16 km de la ville, un monastère dédié à Phra Luangta Maha Bua Yannasampanna,  l'un des moines les plus vénérés de Thaïlande décédé le 30 janvier 2011 et  5 aux musées (Retenons deux musées dont la visite est instructive : Le Musée provincial qui est construit dans un bâtiment d’architecture européenne. Il est à l’échelle humaine et particulièrement instructif sur l’histoire de la province.

 

 

Le Musée Militaire Ramesuan est situé dans un ancien centre de renseignement et d’espionnage de la CIA et nous éclaire sur cette période trouble de l’histoire du pays.),

 

 

et des belles balades comme le lac et le parc de Nong Prajak, la ferme d'orchidées, « Udun -Sunshine », le marché de Nong Bua, le village de Ba Na Ka, les villages aux fleurs et aux champignons...

 

 

Le 2e district de Kut Chap (à 24km d'Udonthani) avec 2 temples (Le wat Bunnimit « dans un lieu plein de calme proprice à la méditation » et le temple  aux dinosaures), une grotte avec des peintures rupestres (La Sing Cave) et un parc (« Phuhinjomtat Forest Park »). 

 

 

Le 3e district Nong Han

 

 

(à 35 km d'udonthani) (4p. 1/4) avec 7 temples dont le célèbre site archéologique de BAN CHIANG, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1992,

 

 

...que Patrick décrit en une page et demie, avec son musée national et en nous nvitant à visiter de sympathiques villages  aux environs (Ban Kham O, Ban Pu Lu, Ban Dong Yen et Ban Tat), spécialisés dans l'artisanat. (Cf. Nos 2 articles sur Ban Chiang  (4) )

 

 

Le 4e district de Nong Saeng.

 

 

3 pages pour 3 sites dont 2 p. consacrées au Parc de Phu Phoilom (situé à 50 km d'Udonthani) et la chute d'eau de Than Ngam que Patrick apprécie particulièrement, avec le bouddha blanc de Phu Foi Lom et la pagode aux 9 bouddhas Suwan Kalaya.

 

 

Le 5e district Prachaksinlapakkhom,

 

 

avec un seul site (en une demi-page) : Le lac aux Lotus.(p. 51)

 

 

(Les Thaïs l'appellent la « mer aux lotus rouges » (ทะเลบัวแดง).  L'occcasion de faire une belle balade en bateau le matin sur le lac parmi les lotus en fleur.

 

 

Le 6e district de Nong Wua So (39km)

 

 

4 pages pour 8 balades dont 6 temples (Dont le wat de Ban  Nong Waeng Yao recommandé par Patrick pour sa beauté et ses sculptures) et le réservoir Huai Luang Dam et le parc d'attractions du PC Ranch. (parc à thème).

 

 

Le 7e district Kumphawapi (43 km) 3 pages pour 4 sites, dont 2 temples.

 

 

Une occasion de voir à Khumphawaphi des singes en liberté et à 3,3 km le Wat Phrathat Don Kaeo, un stupa sacré dont l'origine remonterait aux 12 et 13e siècles. Et une balade à l'Arche de pierre, le plus long pont de pierre de Thaïlande, situé dans une réserve forestière. Patrick nous donne ici (p. 58) tous les contacts nécessaires pour réussir cette excursion.

 

 

Le 8e district Phen

 

 

(43 km) ½ page pour le Chedi PrathatNang Phen du Wat Koh Kaew.

 

 

Le 9e district de Non Sa At.

 

 

Patrick ne mentionne aucun site mais le district en comporte huit qui ont tous leur page Internet !

 

 

 

Le 10e district Ban Phue.

 

 

5 p. ½ pour 9 sites dont 5 temples et stèles, mais avec des particularités. Ainsi dans l'enceinte du temple Pa Maha Chédi ChaloemPhrakat Ban Kho, on trouve aussi un musée des moines à visiter ou dans l'enceinte du temple des supplices et du paradis (avec des sculptures sanguinolentes ou sur  l'Eden), se trouve également le temple aux miroirs. Patrick nous conseille aussi deux belles balades, l'une au Parc Historique de Phutthapat (avec ses grottes  ses falaises), où on peut visiter le wat Phutthabat Bua Bok, et le site de Phra Buddhabat Buaban, un parc qui permet de se promener pour s'arrêter devant un mausolée d'une empreinte de Bouddha, des chédis et des stèles.

 

 

Le 11e district Chai Wan

 

 

(p. 65) avec son Wat Pa Santikawat, son stupa et un musée « en l'honneur de la vie et des enseignements de Luang Pu Bun Chan » qui a séjourné dans ce temple.

 

 

Le 12e district Phibun Rak,

 

 

(En deux pages (pp. 66-67)), avec une seule excursion au Wat Pratan du village de campagne de Phibun Rak, signalé comme magnifique.

 

 

Dans le 13e district Ku Kaeo,

 

 

le Wat Ku Kao Rattanaram avec  une ruine et pagode de l'époque khmère et dans le même village, le Wat Si Kunaram avec « un magnifique chédi au milieu d'un beau jardin »

 

 

Dans le 14e district Thung Fon, l

 

 

le chédi du wat Luanpor Thongkham au centre du village de Thung Fon.

 

 

Dans le 15e district Sang Khom

 

 

(p.68) à 70km d'Udontani vous propose une sortie en famille et/ou amis sur un lac où on peut se restaurer sur une paillote flottante et se baigner.

 

 

Dans le 16e district de Si Thaht,

 

 

aucune excursion effectuée.

 

 

Dans le  17e district de Ban Dung,

 

 

de nombreuses excursions sont proposées. (3p.)

 

On peut visiter des sites d'exploitations de sel « Le plus intéressant est celui sur la route 2022 » nous conseille Patrick.

(Elles sont nombreuses non seulement dans la province mais en Isan. Nous avons consacré plusieurs articles tant aux légendes qui s’y attachent qu’aux menaces chinoises qui pèsent sur elles (5)).

 

 

Le temple de  Ban Dung, un grand Bouddha et un autre temple très populaire le Kham Chanod, où on vient pour se faire bénir et faire des offrandes ; et trois sanctuaires,  son pont naga et les nagas qui se trouvent  dans le lac près de la forêt... (Cf. Notre article sur ce temple (6)).  Puis le Wat Pa Aranya dans le village de Ban Lao Luang, et un peu plus loin le chédi du wat Pa Don tat.

 

 

Le 18e district de Wang Sam Mo.

 

 

Patrick nous cite un seul temple, le Wat Tham Sumontha Pawana (วัดถ้ำสุมณฑาภวนา) sans explication et ajoute « trop difficile à expliquer pour s’y rendre. Utiliser les coordonnées GPS ».

 

 

(Il s’agit d’un temple du « bouddhisme de la forêt » dont la vocation n’est pas d’accueillir de simples visiteurs dévots mais de proposer des stages de formation à la méditation bouddhiste.) (Cf. Notre article 7)

 

 

Le 19e district Nam Som.

 

 

Là encore aucun commentaire si ce n'est que le chemin pour aller à la grotte et au wat de Tham Pha Dam à à 100 km d'Udonthani et le temple San Poo Som de la ville Nam Son.

 

 

Et enfin au 20e district de Na Yung

 

 

(pp.73-74), à 130 km d'Udonthani près du village de Na Yung, le wat Pa phu Kon avec son chédi et au sommet de la montagne un temple avec un bouddha couché en marbre blanc que Patrick considère comme le plus beau de la Province. Ensuite deux itinéraires sont proposés pour admirer les  chutes d'eau dans  le parc forestier de Na Yung.

 

 

Si le guide de Patrick nous aide à trouver le chemin de nombreuses « Attractions touristiques » de la Province d'Udonthani, on peut regretter ses commentaires lacunaires. Des liens internet auraient pu y suppléer, surtout que de nombreux temples ont leurs propres pages Facebook avec de nombreuses photographies.

 

 

Événements, commémorations, fêtes et festivals. (pp .75-83)

 

Patrick en cite une trentaine en donnant les dates du calendrier et en mêlant les fêtes d'Udonthani et nationales et en précisant à la fin qu'il ne donne ici  « qu'un aperçu des manifestations les plus importantes ». On peut signaler que si vous suivez son blog « Patrick en Thaïlande », vous aurez une idée de son insatiable curiosité et de son désir de partager toutes les festivités du peuple thaïlandais. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/)

 

Il termiine son guide (pp.83-92) sur les différents moyens pour se rendre à Udonthani, un petit lexique de thaï, la monnaie utilisée en Thaïlande, un glossaire et enfin le plan de la ville d'Udonthani  (p. 92).

 

 

Vous aurez compris que cet article ne vise qu'à vous encourager à vous procurer ce nouveau guide de Patrick D. qu'il met gratuitement à votre disposition. (Cf. (1))

 

 

   NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Le guide est distribué gratuitement et est disponible chez deux annonceurs :

« Thai-french backery » 288/5-6 - Nong Bua – Muang Udonthani  - Udonthani 41000 (lat.  17° 25’ 45’’ et long.  102° 48’36’’)

« Zig-Zag restaurant » 333/69 -  Sam Phrao – 2410- Ban Nong Bu – Udonthani 41000

Au Musée d’Udinthani

Au centre d’informations touristiques, place Thung Si Muang (Udonthani)

Et chez l’auteur : udonthanifrancophone@hot;qil.co;

 

(2) 2. Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-2-decouvrir-l-isan-via-les-blogs-71317647.html

un forum : http://udonthani.les-forums.com/forums/

 

(3) Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000e) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000eThinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000e pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000e.

Patrick donne aussi le nom des temples en thaï qui est parfois nécessaire pour le trouver.

 

(4) Voir nos articles :

9. La civilisation est-elle née en Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

A 327- LE PILLAGE DU SITE DE BAN CHIANG (THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/a-327-le-pillage-du-site-de-ban-chiang-thailande.html

A 323 - UDONTHANI, UNE VILLE D'ISAN QUI DOIT SON EXISTENCE À LA COLONISATION FRANÇAISE ET SA PROSPÉRITÉ À LA GUERRE DU VIETNAM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-323-udonthani-une-ville-d-isan-qui-doit-son-existence-a-la-colonisation-francaise-et-sa-prosperite-a-la-guerre-du-vietnam.html

 

(5) Voir nos articles :

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 300- LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 325 - ชาวอีสานไม่ต้องการให้มีเหมืองโปแตชในนาข้าว - LES HABITANTS DE L'ISAN NE VEULENT PAS DE MINES DE POTASSE DANS LEURS RIZIÈRES –

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-325-les-habitants-de-l-isan-ne-veulent-pas-de-mines-de-potasse-dans-leurs-rizieres.html

 

(6) Cf. Notre article A 411- LES NAGAS DE KHAM CHANOT

http://www.alainbernardenthailande.com/2021/01/a-411-les-nagas-de-kham-chanot.html

(7) Sur le bouddhisme de la forêt voir notre article :

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 22:28

 

Nous connaissons la ville de Khonkaen qui ne fut pendant des années qu’un  modeste point de passage assoupi et poussiéreux sur la route du nord, à peine connu et signalé par les visiteurs du XIXe siècle. « Khon Kaen, siège d'un Ampheu, a l'allure d'un grand village, bâti des deux côtés d'une large avenue plantée d'arbres. Les bâtiments administratifs sont tous eu bois, les anciens sont couverts en tôles ondulées ou en tuiles de  bois, les nouveaux en tuiles de ciment confectionnées sur place » écrit le journal hebdomadaire l’Éveil économique de l’Indochine en 1932 (1).

 

 

Elle bénéficia ensuite des gigantesques travaux de désenclavement, œuvres des rois Rama V, Rama VI et Rama VII, ligne télégraphique, chemin de fer qui ne l’atteignit qu’en 1942, aéroport. Elle bénéficia encore des efforts du Maréchal Sarit (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), premier ministre de 1959 en 1963.

 

 

Personnage controversé, adulé ou vilipendé, il reste toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier non sorti du sérail dans l’histoire de l’armée thaïe. Il est encore à  le seul premier ministre de sang partiellement Isan-Lao par sa mère. Il se considérait comme Isan, il en parlait la langue dont il avait conservé l’accent ce dont il se flattait. Bénéficiant du soutien royal, il est à l’origine de la création de l’Université de Khonkaen, qui vit le jour un an après sa mort en 1964. Elle fut la toute première Université d’État créée en dehors de Bangkok. 

 

 

Le choix de l'Isan et  Khonkaen furent un choix de passion et de raison dû à sa position centrale.  Khonkaen lui doit son surnom de « porte d’accès à l’Isan » (ปสระตูสู่อีสาน). 

 

 

La création de l’université fut pour l’essentiel à l’origine de l’expansion de la ville à partir des années 60, et est due en grande partie à Sarit. Sa statue, toujours fleurie, est érigée  au centre du « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์). Personnage complexe, il cultiva l'image d'un père bienveillant à travers sa rhétorique et ses fréquentes visites dans des villages reculés où il dormait dans une tente et cherchait à connaître les besoins des gens.

 

 

 

Les années suivant la création de l’Université virent le développement de la ville, l’accent étant mis sur le développement des infrastructures et le désir d'inculquer le  sentiment d'identité nationale et d'unité parmi ses citoyens.  Les us et coutumes étaient dictés par Bangkok, et les écoliers par exemple n'étaient pas autorisés à parler la langue locale. Le pays connut ensuite une brève période de démocratie de 1973 à 1976, puis intervient le régime militaire après un coup d'État sanglant en 1976. Militants et étudiants fuirent Bangkok pour se cacher dans les régions reculées du pays, beaucoup en Isan.

 

 

Les années de réconciliation vinrent dans les années 80 avec le général Prem Tinsulanonda (เปรม ติณสูลานนท์) et l'amnistie des insurgés communistes.

 

 

Après la fin de la guerre froide, de nouvelles attitudes se sont développées chez les anciens adversaires. Les gouvernements de  la Thaïlande et du Laos, après une série de crises ponctuées par plusieurs escarmouches aux frontières, établirent des relations commerciales qui ont abouti à l'ouverture du marché indochinois en 1988, Des échanges universitaires, touristiques et commerciaux ont rapidement vu le jour avec protocoles d'entente entre les établissements d'enseignement des deux côtés de la frontière. Les échanges comprenaient non seulement des marchandises mais aussi le patrimoine culturel. Le premier pont de l’amitié thaï-lao sur le Mékong fut achevée en 1992,

 

 

suivi d'uneautre en 1997, reliant Mukdahan à Suvannakhet

 

 

et d'un troisième en 2011, reliant Nakhon Phanom avec Khammouan.

 

 

De manière significative, la zone bordant le fleuve a commencé à être reconnue  comme une région de diversité écologique, ethnique et culturelle, comme le montre la création au sein de l’Université du Centre de recherche sur la pluralité dans la région du Mékong qui gère des programmes d'études sur le  Mékong dans d'autres universités. On y met en valeur la sagesse locale, les connaissances locales, les produits, l'artisanat, les dialectes et les coutumes et les divers sous-groupes ethniques.

 

Mais il manquait encore à cette identité retrouvée un symbole culturel et un héros en dehors du khaen (cette orgue à bouche en bambou),

 

 

des dinosaures de Phuwiang

 

 

ou du très controversé Sarit.

 

 

Au début du XXIe siècle, des changements importants commençaient à se produire qui transformèrent Khonkaen en l'un des principaux centres urbains de croissance et d'investissement en Thaïlande. Ils se manifestèrent par une augmentation en flèche du nombre des  nouveaux hôtels, des restaurants, des établissements de loisir, des lotissements et des immeubles collectifs.

 

 

Il en fut de même dans le campus universitaire ou se construisirent de nouvelles résidences étudiantes, des condominiums, des lotissements et de nombreux petits commerces.

 

 

Les rizières sont devenues des lotissements et dans toute la ville, d'innombrables bâtiments vieux de quelques décennies seulement furent démolis pour faire place à de nouveaux. L'entrée principale de la ville a été redéfinie par la construction du centre commercial Central Plaza, d'une nouvelle porte et la rénovation du sanctuaire du pilier de la ville, faisant de ce qui était autrefois un marais la partie la plus animée de la ville.

 

 

Le palladium

 

Khonkaen a finalement trouvé et adopté un symbole significatif, celui de l’histoire épique et légendaire du prince Sinchai (ท้าวสินไซ)

 

 

et celle du mythique prince Siho (ท้าวสีโห), à la fois éléphant et lion.

 

 

De couleur bleue, couleur royale, ces personnages ornent le sanctuaire remodelé du pilier de la ville (lak muang - หลักเมือง),

 

 

plusieurs  carrefours et des lampadaires tout le long du large boulevard bien éclairé devant le centre commercial Central Plaza.

 

 

En 2006, le choix de ce symbole fut le fruit de la collaboration de dirigeants de la municipalité,  de membres du corps professoral de l'Université de Khonkaen  ainsi que de l'influent abbé d'un monastère bouddhiste situé à la périphérie de la ville, le Wat Chaisi (วัดไชยศรี).

 

 

Tous souhaitaient promouvoir la ville et inculquer à ses habitants un sentiment de civisme, de cohésion et de fierté de leur patrimoine local. Cherchant  de plaire aux jeunes en alternative aux super-personnages bioniques des mangas  japonais et coréens,  hélas populaires, la municipalité organisa un concours pour que les habitants soumettent leurs idées. Le choix porta sur le personnage de Sinchai  correspondant à la perfection à ces objectifs.

 

 

Qui était-il ?

 

L'épopée de Sinchai est depuis longtemps l'une des aventures préférées des habitants des deux rives du Mékong.  On en attribue la paternité à un auteur dont nous ignorons tout, Thao Pang Kham, qui vivait sous le règne de Phra Chao Suriyawongsa Thammikaratch (พระเจ้าสุริยวงศาธรรมิกราช) qui régna de 1643 à 1698.

 

 

Ce fut l’âge d’or de paix et de prospérité dans l'histoire de Lan Xang, un empire qui s’étendait de l’actuel Laos bien sûr et sur la rive droite du Mékong englobant pratiquement toute la province thaïe du Nord-est, l’actuel Isan. C’est également l’âge d’or de la littérature lao. Ce texte est considéré comme un  jataka non canonique, récit d’une vie antérieure de Bouddha en la personne de Sinchai. L’histoire est en effet un résumé de l’éthique bouddhiste et de ses valeurs intemporelles, justice, honnêteté, convivialité, souci des autres et esprit civique.

 

 

Lue dans les sermons par les moines, elle était aussi interprétée  dans les théâtres d’ombres locaux et dans le chant traditionnel lao-isan du molam (หมอลำ). Elle est probablement née d'une tradition orale locale, transmise par le biais des sermons de moines. La première version la plus connue est celle de Thao Pang Kham dont nous venons de parler.

 

 

Ces textes étaient traditionnellement transcrits sur des manuscrits en feuilles de latanier que l’on trouve dans les bibliothèques des temples de l’Isan et du Laos. Cette épopée est représentée sur les peintures murales sur de nombreuses salles d’ordination (sim - สิม) datant pour la plupart du début du XXe siècle (2). Nous en donnons un très bref résumé en fin d’article.

 

 

Le développement

 

L’opération municipale constitua tout un réseau : elle obtint le soutien de l'université bouddhiste nationale dont l’un des membres avait passé plus de dix ans aux Indes pour y étudier le bouddhisme. Ce réseau mit également en train les fonctionnaires municipaux en contact avec l'abbé du temple Wat Chaisi, qui utilisait les peintures murales de Sinchai sur les murs de la salle d'ordination pour enseigner l'histoire et ses principes aux jeunes adolescents.

 

 

L'abbé avait obtenu un tel succès dans le village où se trouve le temple que les villageois renommèrent leurs rues d'après des personnages de l’épopée. Le réseau s'est rapidement élargi pour inclure des universitaires et des artistes de la province voisine de Maha Sarakham ainsi que de l'autre côté de la frontière au Laos.

À Vientiane, le groupe de ces érudits a rencontré les descendants d'un érudit isan de haut niveau, feu Mahasila Viravong (มหาสิลา วีระวงส์), qui avait atteint un rang élevé dans la hiérarchie bouddhiste, et avait étudié avec des intellectuels d'élite thaïs à Bangkok, avant de déménager au Laos où il a édité une édition en prose de l’épopée en langage contemporain.

 

 

Ses héritiers ont créé au Laos une association qui se consacre à l'épopée tant sur le plan de l’éthique que comme source d'enseignements. L’étude de l’histoire fait d’ailleurs partie des programme de l'enseignement secondaire.

 

 

La première spectaculaire apparition de Sinchai et de Sang Thond fut celle de l’implantation de plus de cent lampadaires dans la ville de Khonkaen représentant les personnages de l’histoire dans la grande avenue et divers carrefours de la ville

 

 

 

Dans ses efforts pour faire connaître et expliquer le contexte de l’épopée et sa signification, la ville a parrainé la publication de plusieurs ouvrages par des universitaires locaux sur son histoire et sa signification et sa représentation dans les peintures murales des chapelles d’ordination  dans les temples. Pour atteindre les jeunes - l'un des objectifs du maire - Sinchai est devenu le thème des « Jeux Sinchai ». Un programme relatif à l'histoire de Sinchai qui comprend des exercices de lecture et d'écriture en Thai Noi, le script local mais obsolète, sous forme de cours d’abord facultatifs puis obligatoires en 2013 dans les écoles municipales de la ville.

 

 

La municipalité a également parrainé la création de versions animées de l'histoire de Sinchai disponibles sur CD et Youtube. Elle a incorporé des scènes de l'histoire, basées sur les peintures murales d'un temple bouddhiste voisin (Wat Sanuan Wari dans le district de Ban Phai, province de Khonkaen) dans les bancs des arrêts de bus de la ville (2). Les représentations de Siho sur les lampadaires proviennent également  de ce temple. Un colloque a été organisé entre les membres du corps enseignant de Khonkaen et de Maha Sarakham, des élèves des écoles municipales de Khonkaen et d’autres de Vientiane.

 

 

Une troupe d’étudiants de Mahsarakham y représenta une dans théâtrale avec la participation des élèves du secondaire de Khonkaen. Une exposition de dessins d’enfants incluant la récitation de versets du Sinchai a été parrainée par une douzaine d’entrepreneurs locaux.

 

 

Durable ou pas ?

 

L'épopée de Sinchai continuera-t-elle à prospérer à Khonkaen au point qu'elle deviendra finalement son symbole?  Dans quelle mesure est-il durable ? 

 

La question de savoir si un symbole émanant d'une ancienne épopée laotienne peut être adoptée et estimée par une population urbaine thaïlandaise dépend de nombreux facteurs. On peut penser que compte-tenu du contexte, la collaboration entre les élus municipaux, les universitaires locaux et les moines, Sinchai a de bonnes chances de survie, plus que les dinosaures ou le Maréchal Sarit !

 

 

L’épopée

 

Nous ne prétendons pas reprendre les 6000 couplets du texte complet de la légende et nous contenterons d’un modeste résumé (4).

 

Il y a longtemps, dans la ville royale de Pengchan (นครเป็งจาล)  vivaient un roi nommé Kusarat (พญากุศราช)

 

 

et sa femme, Chanthathewi (นางจันทาทวี).

 

 

Le roi avait une belle-sœur cadette nommée Sumontha (นางสุมณฑาqui lui était très chère ainsi qu’à tous ceux qui la connaissaient.

 

 

Un jour, un yak (ยักษ์ - géant souvent traduit par ogre) venu du royaume des géants, doté de pouvoirs magiques, transforma son corps et prit la forme d'un oiseau géant puis s'envola pour Pengchan.

 

 

En survolant la ville, il vit Nang Sumontha se promener dans les jardins du palais. Il tomba immédiatement  amoureux d'elle, la captura  et l'emmena dans son palais.

 

 

Quand le roi l’apprit et après être devenu moine, il décida de partir à la recherche de sa sœur bien aimée. Il alla au loin sans la trouver  mais en cours de route, il prit sept nouvelles et belles épouses qui rejoignirent sa première femme dans son palais. Elles étaient filles de Nanthaset (นันทเศรษฐี).  Finalement, deux des épouses de Kusarat, par l'intercession du dieu Indra, donnèrent naissance à des garçons, extraordinaires tant par leur formes que par leurs pouvoirs magiques.

 

 

L’épouse principale Chantha donna naissance à un garçon mi-éléphant mi-lion qu’on appela le prince Siho  (ท้าวสีโห).

 

Une autre, Lun (นางลุน) donna le jour à des jumeaux, le premier muni d’armes magiques, un arc et une épée, s’appela le prince  Sinchaï (ท้าวสินไซ). L’autre  avait le bas du corps enfermé dans une coquille, on l’appela donc le prince  Sang Thong (ท้าวสังข์ทอง) ce qui signifie « Conque d'Or ». 

 

 

A la même époque, les six autres épouses donnèrent le jour à des garçons sans caractéristiques particulières.

 

Craignant qu’ils ne soient évincés du pouvoir au profit de ceux qui étaient dotés de pouvoirs magiques, elles complotèrent avec l’aide d’une diseuse de bonne aventure. Celle-ci fit croire au monarque que ses trois fils seraient de mauvais augure pour son royaume et fit chasser de la ville  les deux épouses et les trois enfants.

 

Ils s’installèrent alors dans la forêt où le Dieu Indra  leur fit construire un   palais magnifique. Lorsque  Sinchai atteignit l’âge de sept ans, il avait déjà acquis une grande sagesse et une exceptionnelle habileté dans le tir à l’arc,  ce qui lui valut l’amitié des garudas

 

 

et des nagas.

 

 

Pendant ce temps à Pengchan, les six autres fils du roi grandissaient également. Le roi déplorait toujours la perte de sa sœur cadette et envoya les six jeunes hommes à sa recherche.

 

 Ils partirent alors dans la forêt où ils rencontrèrent Sinchai, Sang Thong. Ils découvrirent alors qu’ils étaient tous du même sang. Les six princes de  forme ordinaire en furent ravis et préparèrent un plan pour inciter les autres à rechercher leur tante.

 

 

Les neuf frères partirent alors dans la forêt et en chemin furent attaqués par des créatures féroces, fantômes, arbres magiques, Yak, serpents, éléphants gigantesques. Les six princes étaient terrifiés mais les trois autres triomphèrent de tous,  tant par leurs pouvoirs magiques que par leur courage.

 

 

Sinchai atteignit alors la ville du yak en partant à la recherche de nourriture. Il en profita pour demander à sa tante de revenir à Pengchan. Elle refusa car elle était tombée depuis longtemps amoureuse de son ravisseur.

 

Lorsque le Yak  fut de retour, il se battit avec  Sinchai, mais n’eut pas le dessus. Toutefois l’arrivée et l’aide de Siho lui permirent de vaincre le yak et de la tuer.

 

 

Le retour fut difficile, les frères s’étant heurtés à une armée d’un million de Yak qu’ils purent anéantir avec l’aide du roi des nagas.

 

 

Leur tante accepta alors de revenir avec ses neveux à Pengchan, où elle retrouva son frère avec une immense joie.

 

La vie reprit son cours et tous vécurent heureux.

 

 

En cours de route, Sinsai diffusa les enseignements bouddhistes à ceux qu’il combat itavec succès, donnant ainsi à l'épopée la qualité moraliste recherchée par les édiles.

 

 

On retrouve des épisodes de Sinchai dans de nombreux temples de l’Isan.

 

Citons en particulier le wat Phochaïnaphung (วัด โพธิ์ชัยนาพึง) situé dans la province de Loei,

 

 

le Wat Pumin dans la province de Nan (วัดภูมินทร์),

 

 

le Wat Chaisi (วัดไชยศรี) situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Khonkaen

 

 

auquel une section de l’Université de cette ville consacre une activité d’étude et de sauvegarde,

 

 

le Wat Sa Bua Kaeo (วัด สระบัวแกว) dans la province de Mahasarakham,

 

 

le Wat Sanuan Wari (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) toujours dans la province de Khonkaen, district de Pai,

 

 

le Wat Burapha à Roi Et (วัดบูรพาพิราม),

 

 

le Wat Klang Ming Muang (วัดกลางมิ่งเมือง) à Roi Et,

 

 

le Wat Pratu Chai (วัดประตูชัย) à Roi Et

 

 

le Wat Thung Si Muang  (วัดถึงศรีเมือง) à Nakhon Phanom.

 

 

Les peintures murales du  Wat Chaisi sont les plus étendues puisque couvrant les quatre côtés des murs extérieurs et intérieurs de la chapelle et ont été réalisées par un moine qui voulait inciter les laïcs n’ayant pas le temps ou la possibilité d’étudier dharma à prendre exemple sur les vertus de Sinchai et tentent donc de représenter l'histoire complète sans toutefois être disposées de façon séquentielle.

 

 

Celles du Wat Sanuan Wari sont les plus souvent utilisées pour illustrer l'histoire dans les livres ou les médias.

 

 

dans son article du Journal de la Siam society, volume 103 de 2015. Madame Brereton  en a inventorié dans 74 chapelles  (voir nos sources). Nous  ne citons pas les temples du Laos, où les peintures et les sculptures ne manquent pas.

(3) Nous avons consacré un  article à cet érudit tout autant Isan que Lao :

A 366 - มหาสิลา วีระวงส์ - MAHA SILA WIRAWONG, UN GRAND ÉRUDIT DE L’ISAN ET DU LAOS (1905 1987 ) 

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/a-366-maha-sila-wirawong-un-grand-erudit-de-l-isan-1905-1987.html

 

 

(4) L'un des manuscrits de feuille de palmier de Sinchai a été découvert à la Bibliothèque nationale thaïe de Bangkok par Mahasila Viravong qui y travaillait.. Il a translittéré le manuscrit sur feuille de palmier en lao.

 

 

Après son retour au Laos, il a publié la première édition de Sang Sinxay en 1949. La deuxième édition a été publiée en 1951. Sa dernière édition en 1969, combina les deux premières éditions en un seul volume. Le poème a été réimprimé sept fois au total entre 1949 et 1983.

 

 

Dans les années 1980, il a commencé à traduire Sinchai en lao contemporain espérant qu'une nouvelle édition en prose aiderait les générations futures à comprendre et à apprécier le poème. Il mourut avant d'avoir terminé la traduction, qui fut achevée par son gendre. La nouvelle édition, intitulée Sinxay, a été publiée pour la première fois en 1991 sa fille. En 2009, pour commémorer le 450e anniversaire de la fondation de Vientiane, celle-ci a publié le premier volume commémoratif et le deuxième en 2011. Le poème a été traduit pour la première fois en français par Nhouy Abhay et Pierre Somchinne Nginn en 1965, sous le titre Sinsay: chef d’œuvre de la littérature lao.

 

 

Une autre traduction en français de Dominique Menguy, basée sur la version lao moderne de 1991, a été publiée en deux volumes en 2003 et 2004 sous le nom de Sinxay: L’épopée de Pangkham. Ne parlons pas des versions anglaises.

 

 

Il existe naturellement une foule de versions Internet en thaï.

 

SOURCES

 

« Will Khon Kaen Become "Sinsai City"? Using an Ancient Lao Epic to Inspire a Modern Thai Municipality » par Bonnie Pacala Brereton in Journal of African & Asian Local Government Studies, 2012.

« Preserving Temple Murals in Isan : Wat Chaisi, Sawatthi Villagem Khonkaen, sustainable model » par Bonnie Pacala Brereton, in Journal de la Siam society, volume 103 de 2015.

« Sinxay as a Jataka Nauk Nibat – A Jataka Outside the Circle » par Peter Whittlesey in The Journal of the International Association of Buddhist Universities, volume IX de 2016

 

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 22:08

 

Nous avons rencontré à diverses reprises le roi Vajiravudh (Rama VI) intervenant par des discours, des essais, des articles de journaux, des poèmes, des pièces de théâtre, traducteur de nombreuses œuvres littéraires en thaï,

 

 

...sur la scène politique littéraire, artistique et sociale de son royaume pour défendre sa politique nationaliste, le bouddhisme et le passé glorieux du Siam. Il n’était pas destiné à régner. 29e fils du roi Chulalongkorn, il fut envoyé vivre et étudier en Angleterre dès son plus jeune âge. Il fut élevé au rang de prince héritier au brusque décès prématuré de son frère Maha Vajirunhis. Il lui fallut neuf ans avant de revenir d'Angleterre au Siam en 1902 et hériter ensuite du fardeau de la fonction royale à la mort de son père en 1910. Écrivain par vocation et roi par hasard, il dut passer de ses études artistiques aux matières militaires et à l'administration publique. Tout au long de son règne, sous le pseudonyme de « Asvabhahu », il publiera de nombreux articles sur les sujets les plus divers dans le journal «  Siam Observateur », le premier quotidien du pays (1).

 

 

 Sa conception du monde résumée dans le slogan «  la nation, la religion, le roi »  (le roi étant au niveau supérieur) dont il fut le créateur se retrouve dans sa conception des œuvres artistiques dont il a inspiré ou dirigé l’édification.

 

 

Nous bénéficions sur ce sujet d’une très fine analyse du professeur Nuaon Khrouthongkhieo qui enseigne l’histoire de l’art à la faculté  des sciences humaines et sociales à l’Université Suan Dusit de Bangkok (2). 

 

 

Il a sélectionné les œuvres d'art créées selon les souhaits et à l'initiative royale du roi Vajiravudh pour en tirer la conclusion que ses modèles artistiques préférés comprenaient l'art traditionnel thaïlandais, l'art occidental et la combinaison des deux.   Ses intentions étaient à travers la création de monuments ou d'œuvres d’art, de diriger le nationalisme et de préserver, diriger et créer l’identité thaïlandaise. Le choix de l’adaptation de styles occidentaux contemporains représente la prospérité du Siam et son entrée dans la modernité.

 

 

Nuaon Khrouthongkhieo cite l’un de ses articles écrit en anglais dans le Siam Observer du 13 mai 1914: « ...When “Young Siam” became obsessed with the idea of “Civilization-at-any-price! It was but natural for them to think that in order to become effectively civilized, they would have to turn back upon everything that belonged to the old order of things. It appeared that the most effective way to become civilized was to start with a clean slate… ». Ne traduisons que les deux derniers mots « table rase ».

 

N’oublions toutefois pas que ce mouvement vers un art moderne avait connu une  préparation précoce sous les règnes précédents du roi Mongkut et du roi Chulalongkorn, son grand-père et son père.

 

 

Certes,  l’introduction de la culture occidentale dans la société siamoise était censée être un outil de modernisation du Siam mais elle  affectait aussi la tradition artistique thaïe. Ainsi de nombreux artistes traditionnels thaïs furent négligés car ne pouvant pas s'adapter à ce nouveau style de goût moderne occidental.

 

 

C’est néanmoins au roi que l’on doit la création du Département des Beaux-arts visant à préserver les arts et l'artisanat thaïs et à rassembler des divisions mineures s'occupant des arts, dont certaines relevaient du Ministère des travaux publics et du Département des musées du Ministère de l'éducation. Le Département des Beaux-Arts nouvellement créé relevait du ministère des Palais, de sorte que le roi lui-même avait sur lui un contrôle direct.

 

 

 

 

Il créa également l'École académique des beaux-arts, plus tard intitulée Académie des arts de Pohchang. Il commença également à favoriser l’organisation d’expositions annuelles d'art et d'artisanat comme événements pour promouvoir la préservation des arts et de l'artisanat thaïlandais.

 

 

Lui-même a dirigé la conception par ses architectes occidentaux, de divers palais, planifié et dessiné lui-même la salle du trône de Phimanchakri dans le palais de Phayathai

 

 

ainsi que la construction de la salle du trône du Palais Sanamchan dans le style traditionnel thaï. Il avait sans conteste des compétences artistiques exceptionnelles dans de nombreuses branches. Mais ce faisant, il contribua aussi  par l’art à forger l’identité thaïe. C’est en quelque sorte un message caché que Nuaon Khrouthongkhieo met à son crédit

 

 

Quelles sont donc les œuvres qu’il situe dans cette perspective ?

 

Elles concernent à la fois des œuvres architecturales proprement dites, palais et temple, établissements d'enseignement, une série de ponts, des sculptures et des peintures, Bouddha ou déités traditionnelles, peintures murales ou fresques ainsi – et ce qui n’est guère connu, ses propres peintures ou dessins.

 

 

Nous y retrouverons à la fois l'architecture traditionnelle, l'architecture d'influence occidentale,  mélange des deux notamment dans le choix des techniques et des matériaux.

.

Son long séjour dans un pays étranger l'avait éloigné de ses parents plus âgés et du monde des courtisans. Dès après le couronnement, il sentit que son statut royal de monarque absolu était contesté par différents groupes, en particulier le groupe de militaires qui conspira pour faire le coup d'État manqué de 1912, tous jeunes militaires censés être fidèles à leur roi. Le contexte mondial fait encore que les esprits progressistes de la société s’éloignent de la monarchie absolue.

 

 

Il doit encore faire face aux troubles persistants causés par les immigrants chinois (3).

 

 

Il doit aussi faire face aux occidentaux, toujours colonisateurs virtuels. La situation dans la société siamoise est partiellement alors fondée sur le manque de solidarité du peuple. À travers ses écrits dans divers médias, il s'est accroché à l'idéologie bouddhiste et a utilisé des analogies bouddhistes pour élever son statut à celui de roi vertueux tout en niant fermement l'idéologie occidentale comme le socialisme et la démocratie. Bouddhiste aussi, il partageait également les croyances brahmanes et hindoues.

 

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE – LES PALAIS.

 

LE PALAIS DE SANAMCHANDRA  (พระราชวัง สนาม จันทร์).

 

 

Le palais de Sanamchandra  (พระราชวัง สนาม จันทร์), le « palais du jardin de la lune » est un complexe de palais construit dans la province de Nakhon Pathom, à 56 km à l'ouest de Bangkok et à environ un kilomètre du sanctuaire du Phra Pathommachedi.

 

 

Il comporte cinq bâtiments

 

 

et un sanctuaire au dieu Ganesh (พระพิฆเนศ) 

 

 

Avant sa montée  sur le trône, le prince héritier Vajiravudh venait dans cette ville pour rendre hommage au Phra Pathommachedi. Il souhaita y construire un palais pour lui servir de résidence lors de ses pèlerinages. Il en dessina les plans. Il considérait la région comme sacrée. En 1907, il a acheté environ 135 hectares de terre à la population locale autour de Noen Prasart Hill (เนิน ปราสาท) probablement sur le site d’un ancien palais disparu. 

 

 

Il fit ensuite concevoir et superviser la construction du palais par un architecte de Bangkok. La construction fut achevée en 1911. Son nom choisi par le roi vient du fait que l’ensemble inclut une pièce d’eau naturelle appelée « Sanam Chand » (สระน้ำ จันทร์).

 

 

Le roi aurait également destiné ce palais à lui servir de place forte en période de crise. Il y tenait régulièrement les réunions de ses « tigres sauvages ».

 

 

Devenu ensuite après sa mort  et selon ses  volontés le site de l'académie militaire, il devint ensuite en 1965, une annexe de l'Université de Silpakorn, spécialisée dans les études archéologiques, artistiques et architecturales, qui avait un besoin urgent d'une grande surface. L’expansion se fit d’autant plus volontiers que le palais avait appartenu à un monarque artiste lui-même. Le sceau de l’Université représente d’ailleurs Ganesh, dieu de l'art.

Ce choix fut d’autant plus approprié que Nakhon Pathom est un site archéologique important du Dvaravati. En 1981, le Département des Beaux-Arts a inscrit le Palais Sanam Chandra comme site historique et en entreprit la restauration sous la direction de la princesse Bejaratana Rajasuda, la fille unique de Vajiravudh (เพชรรัตนราชสุดา) morte en 2011.

 

 

On trouve dans ce gigantesque ensemble (actuellement fermé au public) plusieurs catégories de style, style thaï traditionnel avec des décorations représentant des œuvres d'art de l’époque Sukhothai et d’Ayutthaya et d’autres aux influences khmères.

 

 

D’autres constructions sont de style occidental, leur but est utilitaire plutôt que de glorifier le statut royal.  La décoration des salles varie en fonction de leur destination, soit des cérémonies rituelles souvent de style chinois, soit plus « décontracté » en fonction des nécessités de la vie quotidienne.

 

 

LE PALAIS PHAYATHAI (วังพญาไท) 

 

 

Ce palais est situé au cœur de Bangkok non loin du monument de la victoire.

 

 

Il ne reste aujourd'hui qu'un seul bâtiment du palais d'origine construit par le roi Chulalongkorn. La reine mère Saovabha l’occupa jusqu’à sa mort. Le roi Vajiravudh fit démolir la plupart des bâtiments du palais et construire de nouvelles structures dont il fit sa résidence préférée. Il est caractéristique des goûts du monarque. L’extérieur est comparable à une gentilhommière de campagne en Europe. La construction utilise des poutres de béton armé  ce qui réduit l’épaisseur des murs et procure un environnement plus spacieux. La décoration intérieure est de goût moderne, fleurs et motifs géométriques.

 

 

Le design intérieur se distingue par des couleurs vives, une décoration de style art nouveau de plantes et des motifs géométriques. L’agencement privilégie le confort.

 

 

LE PALAIS MRIGADAYAVAN  (พระราชนิเวศน์มฤคทายวัน).

 

 

Le mot « Mrigadayavan » est celui du parc aux cerfs en Inde où Bouddha a prononcé son premier sermon.

 

 

Il est situé à Chaam à environ 175 kilomètres au sud de Bangkok sur les rives du golfe de Thaïlande. Le roi n’y fait que de brefs séjours, au cours de l'été 1924 où il resta trois mois et deux mois à l'été 1925, après quoi il mourut. Le roi souhaitait en faire un lieu de vacances. Il dessina lui-même les plans   des seize bâtiments en teck élevés sur des piliers en béton et reliés entre eux par une série de passerelles. La construction a eu lieu entre 1923 et 1924, sous la direction de l'architecte italien Ercole Manfredi (4).

 

 

Il est une exceptionnelle combinaison des styles thaï et occidental.  La disposition du palais ressemble à celle d’un temple thaï traditionnel, un bâtiment central entouré d'une galerie sur quatre côtés. Le style occidental est visible dans la structure modulaire, les balcons et les ouvertures en toiture particulièrement adaptés au climat tropical.

 

 

En dehors de ses constructions nouvelles conformes à ses goûts, le roi Vajiravudh entreprit la restauration de certains bâtiments construits à l'époque de son père dans de nouveaux styles occidentaux. Les choix de styles occidentaux étaient variés, comme la salle du trône Ananta Samakhom (ห้องบัลลังก์อนันตสมาคม) dans le style de la renaissance néo-italienne

 

 

et Phra Ram Ratchaniwet (พระรามราชนิเวศน์) dans le style du baroque allemand.

PHRA RAM RATCHANIWET (พระรามราชนิเวศน์)

 

 

Il est également connu sous le nom de palais de Ban Puen (พระราชวัง บ้าน ปืน), est situé dans la province de Phetchaburi. Il fut commandé en 1910  par le roi Chulalongkorn qui mourut avant son achèvement. Son fils le fit achever en 1916. Il est l’œuvre de l'architecte allemand Karl Döhring.

 

 

Ces bâtiments alliant l’art traditionnel à celui des occidentaux place le roi entre la tradition et la modernité vers laquelle marche son pays. L’utilisation de technologies de constructions difficiles montrent à quel point les Siamois s'adaptèrent au monde occidental moderne mais la majesté n’en est pas absente non plus.

 

 

Ces constructions tendent moins vers le faste que le fonctionnel et la simple convivialité. Elles démontrent ou sont censées démontrer  l’attachement du peuple à son roi 

 

 

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

 

LE  WAT PHRA PATHOM CHEDI  (วัดพระปฐมเจดีย์ราชวรมหาวิหาร) est un ancien monastère restauré depuis les règnes de Rama IV jusqu'à Rama VI.

 

 

Il avait été construit en même temps que le Phrapathom Chedi (พระปฐมเจดีย์).

 

 

La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

 

Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

 

Ce site est la preuve  de l’existence d’un passé long et glorieux du Siam. De nombreux artefacts découverts autour du site, plaques et inscriptions en pierre, ainsi que des amulettes imprimées à l'image de Bouddha.

 

 

Le roi Chulalongkorn pour sa part les rattachait à l’époque des envoyés du roi Asoka venus évangéliser le pays,  porteurs de reliques de Bouddha et ayant construit le stupa pour les y abriter. La restauration de Phra Pathom Chedi s'avérerait donc essentielle  pour prouver l'antique civilisation du Siam.

 

 

L’ARCHITECTURE CIVILE

 

 L’ÉCOLE ROYALE DES PAGES (โรงเรียนมหาดเล็ก)

 

 

Elle est devenue le collège Vajiravudh College (วชิราวุธวิทยาลัย) dépendant de l’Université Chulalongkorn, dont la construction a commencé sous Rama V et s’est poursuivie après sa mort. Le roi souhaitait en faire le phare de l’éducation moderne pour le bien être de la nation. Il préféra manifestement construire des bâtiments éducatifs, plutôt que des monastères, comme sous les règnes précédents.

 

 

La disposition a été conçue pour placer des bâtiments à chaque extrémité des quatre coins; ces bâtiments renfermaient alors l'auditorium central qui servait à rassembler les étudiants dans les rituels de prière. Le roi Vajiravudh avait l'intention de créer une atmosphère semblable à un monastère afin que les quatre bâtiments de chaque côté soient comme des cellules de moines, adaptées pour être des logements pour les enseignants, et l'auditorium était la salle de sermon d'un monastère. L'auditorium a été conçu par l'architecte anglais Edward Healey, combinant le style d’une église chrétienne et d’un temple siamois. Le tracé est celui d’une croix romaine. Les portes et les fenêtres étaient  en forme d’arc gothique, les décorations dans la tradition siamoise et les frontons ornés de symboles royaux.

 

 

Le grand bâtiment de la Faculté des arts (คณะ อักษรศาสตร์) fut construit pour préserver l’architecture traditionnelle à l’intention des générations futures. Le bâtiment, également conçu par Edward Healey, est un bâtiment sur deux étages utilisant du béton armé. Il est sous la forme de la lettre E, entouré de balcons communicants. Son toit triangulaire pointu comporte les décorations architecturales siamoises  traditionnelles ainsi que des figures mythiques de Vishnu chevauchant un Garuda, considéré comme un symbole royal et national.

 

 

LES MONUMENTS

 

LE MONUMENT DES VOLONTAIRES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (อนุสาวรีย์ทหารอาสาสงครามโลกครั้งที่ ๑) fut édifié  à la mémoire des 19 soldats siamois morts des suites de la Première Guerre mondiale (5).

 

 

Sa forme est celle des stupas de Sukhothai, son importance n'est pas dans son aspect traditionnel mais dans le message qu'il véhicule. Dans la tradition siamoise,  construire un stupa est un acte vertueux pour se souvenir des ancêtres ou des événements spéciaux. En général, les stupas sont construits dans des temples ou des espaces sacrés, celui-ci l’a été dans un espace public ainsi accessible à tous.

 

 

LE MONUMENT DE DON CHEDI (พระบรมราชานุสรณ์ดอนเจดีย์est situé à Donchedi dans la province de Suphan Buri et relève du même concept.

 

Le projet d'origine non réalisé extrait de l'article du  professeur Nuaon Khrouthongkhieo

 

 

L’idée en est venue au roi à la lecture des chroniques siamoises sur la bataille d’éléphants entre le roi Naresuan et le grand vice-roi de Birmanie. Il a demandé alors au gouverneur de Suphan Buri de retrouver le site de cette bataille. On trouva les ruines d’un stupa  qui fit penser au roi que c'était le lieu de la victoire, là  où le roi Naresuan avait regagné l'indépendance de la nation.

 

La découverte de cet  ancien stupa en 1913 fut considérée comme un signe du ciel. Le roi ordonna la construction d'un nouveau stupa pour couvrir l'ancien sous forme de bourgeon de lotus dans le style de Sukhothai et le projet ne vit pas le jour faute de financement. La découverte eut lieu peu après la rébellion militaire de 1912. Le but du monument fut alors de renforcer l'unité et la solidarité au sein de  la nation,

 

 

LES PONTS

 

Le roi Vajiravudh commanda six ponts dont les noms commencent par « Charoen - เจริญ » c’est-à-dire « prospère ». Il y en eut cinq à Bangkok : Charoen Rat 31  (สะพานเจริญรัช ๓๑),

 

 

Charoen Rat 32 (สะพานเจริญราษฎร์ ๓๒),

 

 

Charoen Phat 33 (สะพานเจริญพาศน์ ๓๓),

 

 

Charoen Sri 34 (สะพานเจริญศรี ๓๔)

 

 

et Charoen Sawat 36 (สะพานเจริญสวัสดิ์ ๓๖),

 

 

un pont à Nakhonpathom, Charoen Sattra  (สะพานเจริญศรัทธา).

 

 

Il ordonna enfin la construction d'un autre pont appelé Pont Rama VI (สะพานพระราม ๖).  

 

 

Les ponts « Charoen » sont tous constitués d'une structure en béton ferraillé avec une belle décoration,   initiales ou symboles du roi Vajiravudh  comme Charoen Rat 31 qui  porte les initiales royales au centre du pont.

 

 

Cette plaque est placée contre le bouclier d'un tigre portant une épée,  symbole des tigres sauvages. Nous trouvons les nagas sur Charoen Rat 32.

 

 

Le pont Rama VI utilisa la technologie la plus récente, une construction en porte-à-faux de poutres en acier. La construction dû s'arrêter à mi-chemin pendant la Première Guerre mondiale, puis s'est poursuivie jusqu'à son achèvement sous Rama VII.

 

 

Tout  comme son père, Rama VI continua à construire des ponts dans Bangkok et dans le pays. À partir de 1895, Rama V, son père, construisit chaque année de nouveaux ponts tant dans l’intérêt évident du public que pour orner la ville. La construction de ces ponts était considérée comme un bienfait majeur et acte de bienveillance émanant d'une personne vertueuse.

 

 

SCULPTURE

 

LES STATUES DE BOUDDHA

 

Comme ses prédécesseurs, le roi Vajiravudh  continua à faire sculpter ou fondre des représentations de Bouddha en particulier à chacun de ses anniversaires.

 

 Relevons en particulier le Phra Nirokantrai  (พระพุทธนิรโรคันตรายชัยวัฒน์

 

 
ou Phra Ruang Rojnarit (พระร่วงโรจนฤทธิ์) au temple de Phrapathomchedin ramené de Si Satchanalai (ศรีสัชนาลัย_ en triste état puis restaurée. Les intentions religieuses sont évidentes mais le roi s’intéressa aux techniques modernes de moulage des sculptures anciennes. 

 

 

LES DÉITÉS

 

Le roi Vajiravudh  quoique fervent bouddhiste , comme la plupart des Thaïs avait des  croyances multiculturelles. Il a commandé une statue de la divinité hindoue Ganesh, combinaison d’un style idéaliste hindoue et des figures humaines réalistes occidentales. Cette statue est comme protectrice et son sanctuaire au palais de Sanamchandra.

 

 

Thao Hirunphanasun était une divinité qu’il pensait être son propre protecteur. Elle a une histoire singulière : Quelques années après la répression de la rébellion Shan par l’armée du Siam en 1902, le jeune prince héritier du royaume, Vajiravudh a effectué en 1905 une visite officielle dans le nord où la rébellion avait eu lieu. Le voyage dura trois mois avec des grandes difficultés. Il passait ses nuits dans la jungle où la rébellion avait eu lieu, la région n'était pas entièrement pacifiée et il put plusieurs fois craindre pour sa vie,

 

 

Il était protégé par Thao Hirunphanasun (Le gardien d'argent - Démon de la Jungle). Peu de temps après son retour, il ordonna qu’une statue du démon gardien soit érigée dans le palais Phayathai de Bangkok (6).

 

 

C'est l’un des aspects ambigu du bouddhisme thaï. Le prince qui avait passé neuf ans à faire ses études en Grande-Bretagne et avait voyagé à travers l'Europe, agit d'une manière quelque peu contradictoire à la forme moderne du bouddhisme qu'il défendrait en tant que futur roi du Siam !

 

Cette statue a été installée  au palais Phyathai en tant que protecteur régional, dans le même but que l'image de Ganesh au palais de Sanamchandra.

 

Une autre statue remarquable fut fondue sous son règne. Elle se situe au sanam luang (สนามหลวง). C’est celle de la déesse de l’eau, Nang Thorani  (พระแม่ธรณี) à laquelle notre ami Philippe Drillien a consacré un très bel article (7). Cette construction n’est pas innocente : La reine mère s’intéressait à la distribution d’eau potable à la population. Le roi engagea d’énormes travaux à cette fin avec pour symbole la déesse se tordant la chevelure.

]

 

La statue a été dessinée par le Prince Narit dans un style thaï traditionnel. Mélange de croyances et de réalisation de travaux publics, elle symbolise une pensée du roi selon laquelle il n’y a pas de beauté sans fonction.    

 

 

PEINTURES

 

LA SALLE DU TRÔNE  (พระที่นั่งอนันตสมาคม  - Ananta Samakhom)

 

 

Le roi Vajiravudh a lui-même décidé du contenu et la structure des peintures. Il voulut représenter les principales fonctions des rois de la dynastie Chakri sous le dôme du plafond.

 

 

 

Les peintures combinent des techniques occidentales, notamment des perspectives et des figures humaines réalistes, ainsi que des ornements d'art traditionnel comme les créatures mythiques, un garuda, le grand naga et Erawan l'éléphant, véhicule du dieu hindou Indra. Ces peintures symbolisent la stabilité et la prospérité du royaume de Siam sous la monarchie absolue.

 

 

Elles sont l'oeuvre de l'italien Galileo Andrea Maria Chini (8).

 

 

LE VIHAN DU  WAT PHRA PATHOM CHEDI

 

Le roi Vajiravudh engagea la rénovation du Vihan principal, en supprimant le mur de séparation et en pénétrant le mur au fond de la pièce pour faire une plus grande ouverture de sorte que la vue de Phrapathomchedi soit dégagée.

 

 

Son peintre en chef supervisa d’autres dessins d’anges en position de salut tirés de sculptures trouvées autour de Phrapathom chedi.

 

 

Ces peintures n'imitaient pas directement les anciennes mais étaient plutôt une combinaison de styles thaïlandais occidental et traditionnel. On y retrouve des techniques occidentales telles que la variation des tons de la lumière à l'ombre et  des traits du visage et d’anatomie réalistes, mais on y trouve aussi l'art traditionnel, anges et créatures mythiques telles que garuda et naga. Un autre détail distinctif du Vihan principal est que l'image de Bouddha n'a pas été placée à l'arrière du temple comme elle devrait l'être dans une disposition thaïlandaise traditionnelle. Au lieu de cela, la représentation de Bouddha est placée au bout de la salle avec vue sur le Phra Pathom Chedi à l'arrière. Sur le côté opposé du mur, nous trouvons une peinture représentant la restauration de Phra Pathom Chedi du passé à l'époque contemporaine.

 

 

LES PROPRES DESSINS DU ROI

 

C’est un aspect du roi que nous fait découvrir le professeur Nuaon Khrouthongkhieo ; Le roi écrivain, traducteur, concepteur, architecte et maître d’ouvrage.  Non seulement il dessinait les esquisses de ses constructions ou le plan des fresques mais dessinait lui-même. Ses premiers dessins datent de peu de temps après la déclaration de guerre à l’Allemagne et à l’Autriche en 1917. Il s’agit essentiellement de caricatures exposées dans des expositions auxquelles il participait. Certaines ont été publiées dans le Dusit Smith Journal et d’autres vendues aux enchères ce qui lui permit d’acheter un navire de combat et des armes pour ses tigres sauvages.

 

La plupart des dessins du roi Vajiravudh étaient des caricatures de ses proches courtisans et étaient célèbres pour leurs ressemblances, de sorte qu'il était facile de reconnaître qui était le modèle. Par exemple, le dessin de l’un de ses proches, nous dit Nuaon Khrouthongkhieo était particulièrement ressemblant. Nous le croyons sur parole. C’est en réalité un rébus dont la solution nous échappa évidemment. Tous ces dessins se trouvent aux Archives Royales auxquelles Nuaon Khrouthongkhieo a eu accès et ne semblent pas avoir été diffusés.

 

 

Le message laissé par le roi est triple :

 

1) La construction de plusieurs bâtiments véhiculent des symboles de la monarchie : Palais de Sanamchandra, principaux bâtiments du Vajiravudh College et de la Faculté des arts de l'Université Chulalongkorn, tous construits pour célébrer le roi Chulalongkorn et lui-même.

 

 

Le Monument des Volontaires de la Première Guerre mondiale a été construit à l’occasion de l’entrée du Siam aux côtés des alliés dans la Première Guerre mondiale. La série de ponts « Charoen » a été construite sur plusieurs années consécutives à l’occasion de son anniversaire. Ils sont décorés de plusieurs symboles qui lui sont propres. La représentation de la mission des rois Chakri est mise en évidence dans le dôme de la salle du trône d'Ananta Samakhom. Toutes ces œuvres constituent des souvenirs communautaires pour le peuple thaï et marquent l’importance de la nation et la nécessité de manifester sa gratitude envers la monarchie.

 

 

2) Le roi Vajiravudh soutient le nationalisme par ses choix, ce qui est manifeste dans la comparaison des styles architecturaux entre l’époque de son père et la sienne. Il était clair qu’il préférait adapter les caractéristiques traditionnelles thaïes dans les bâtiments plutôt que d'adopter tout le style occidental. Son intérêt pour les arts traditionnels siamois s'est développé parallèlement à son étude de l'archéologie et de l'histoire des royaumes siamois, en particulier du royaume de Sukhothai. En raison de son idéal nationaliste et de sa fierté de la longue histoire du royaume siamois, sans adopter directement l'ancien style traditionnel, il a essayé ce style pour qu'il soit compatible avec un usage moderne.

 

 

Peu de temps après sa montée sur le trône, le royaume connut des problèmes sociaux et politiques, notamment les difficultés économiques et la rébellion militaire en 1912 marquant le ressentiment de la classe moyenne envers l’autoritarisme du régime monarchique absolu. Il a tenté de les résoudre en revendiquant la légitimité de son pouvoir et en mettant l’accent sur le nationalisme pour soutenir son statut de chef de file du pays et pour susciter la fierté nationale au vu d’une longue histoire et de la prospérité du Siam. La préservation des arts anciens est destinée à maintenir le sentiment national et la fierté de la nation.

 

 

3) Les choix artistiques du roi vont dans le sens du maintien sinon de la création de l'identité thaïlandaise alliés à la sauvegarde d’ouvrages d’art anciens, alors que la préférence des élites étaient pour les styles occidentaux. Ils négligeaient les arts traditionnels populaires donc peu populaires. Son intention fut  d'encourager les Siamois à prendre conscience de la valeur esthétique des arts de leur pays qu’ils soient tangibles ou immatériels comme les spectacles, représentation de l'identité nationale qui devait durer avec le temps. Or  il fut confronté à un manque de solidarité dans la population et ainsi utilisa les arts pour encourager le sentiment national en créant une histoire nationale et des souvenirs communautaires à travers des sites commémoratifs et des monuments avec lui-même au centre.

 

Sa culture occidentale lui avait appris que le mont « Monument » est tiré d'un mot latin « monumentum » qui vient de « monere » signifiant « avertir ou rappeler ». Les monuments fonctionnent comme un pont pour transférer les souvenirs sociaux et leurs héritages du passé au présent.

 

 

Il mourut trop jeune, à 44 ans, pour résoudre cette question purement métaphysique de la possibilité de cumuler la tradition et la modernité en conciliant les différents paramètres qui la composent. Le caractère pusillanime de son frère  qui lui succéda conduisit le pays à une ouverture à la démocratie en 1932, laquelle repose toujours depuis 89 ans sur des bases chancelantes (9).

 

 

NOTES

 

(1)  Voir notre article 173. Rama VI, Écrivain, Traducteur, Journaliste, Promoteur De La Littérature Au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/173-rama-vi-ecrivain-traducteur-journaliste-promoteur-de-la-litterature-au-siam.html

 

(2) THE ROYAL INTENTION TO PRODUCE WORKS OF ART IN KING VAJIRAVUDH’S REIGN par Nuaon Khrouthongkhieo in

 Humanities, Arts and Social Sciences Studies Vol.20(1): 90-118, 2020,  publication de l’Université Silipakorn 

 

(3) Voir notre article  167. La Grève Générale Des Chinois De 1910 Au Siam. Quelques mois avant la mort du roi Chulalongkorn (Rama V), se déroule à Bangkok en juin 1910,

http://www.alainbernardenthailande.com/article-167-la-greve-generale-des-chinois-de-1910-au-siam-125257905.html

 

(4) Sur cet architecte capable d’incroyables prouesses techniques notamment dans la salle du trône, voir notre article :

A 244 - LES ARCHITECTES ET LES INGENIEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-243-les-architectes-et-les-ingenieurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

 

(5) Voir notre article A 176 - พวกเขาถึงตายทำไม ? LE MEMORIAL DE BANGKOK A LA MEMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

 

(6) Sur ce singulier épisode, voir l’article de  Preedee Hongsaton (ปรีดี หงส์สต้นin The Thammasat Jiournal of History , 2019.

 

(7) Voir l’article de Philippe Drillien : 

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-361-le-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.4-les-legendes-liees-au-bouddhisme-lao-la-legende-de-nang-thorani-philippe-drillien

 

Partager cet article
Repost0
22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 03:34

 

La truffe est un capricieux champignon parasite qui naît et se développe sous terre dans des conditions qui restent encore partiellement  mystérieuses. Elle est le «diamant noir de la cuisine » de Brillat-Savarin et le « divin tubercule » de Curnonsky, parlant de l’espèce principale, la Tuber melanosporum  que vénèrent les amateurs, connue sous le nom de truffe du Périgord, 

 

.... bien que l’essentiel de la production française ne vienne pas du Périgord mais essentiellement du Vaucluse, du Haut-Var, de la Drome provençale, des Alpes-de-Haute Provence surtout, une véritable truffière, et dans une moindre mesure du Gard et de l’Hérault.

 

 

La production se situe entre la fin du mois de novembre jusqu’au mois de février, ce qui en fait la reine des menus de fêtes. Les mêmes régions produisent également entre les mois de mai et celui de juillet la truffe blanche moins estimée, dite « truffe de la Saint Jean » car ayant moins d’odeur et d’un goût moins puissants.

 

 

De l’autre côté des Alpes se cultive la truffe blanche du Piémont, Tuber magnatum,  que les gastronomes transalpins préfèrent à tort ou à raison à la nôtre. Elle est la truffe des magnats, des seigneurs. Les unes et les autres atteignent toutefois des prix pharaoniques.

 

 

Il faut aussi parler de la truffe de Chine, Tuber indicum, nous y reviendrons car elle est bien une truffe mais aux qualités inférieures et surtout au centre de nombreuses escroqueries.

 

 

Tous les spécialistes ayant étudié ce précieux cryptogame savent depuis longtemps qu’on la trouve en Chine, aux Indes et au Japon et lui donnaient le nom de truffe d’Asie. La truffe se retrouve en effet un peu partout dans le monde là où il y a des arbres, un sol calcaire et un climat ni trop humide ni trop chaud ni glacial. Il en existe – paraît-il - environ deux cent espèces inventoriées n’ayant pas toutes les mêmes qualités gastronomique (1).

 

 

LA DÉCOUVERTE DES TRUFFES EN THAÏLANDE

 

Elle fut annoncée en 2017 dans la presse occidentale et sur un site gouvernemental officiel (2) et avec scepticisme dans le quotidien « La Provence » qui est celui justement des régions productrices du Sud-est (3). Tous d‘ailleurs s’étonnent qu’il n’ait été donné aucune précision sur les qualités gastronomiques des tubercules locales.

 

L’histoire de cette découverte a été décrite avec précision par les chercheurs de l’Université de Chiangmaï qui en furent à l’origine (4).

 

 

Il s’agit du professeur Saisamon Lamyong (ดร.สายสมร ลำยอง), du professeur Nakarin Suwannarat (นครินทร์ สุวรรณราช) et du professeur Chaturong Khamla, (ดร.จตุรงค์ คำหล้า) chercheurs au Laboratoire de recherche sur le développement durable des ressources naturelles dépendant de la Faculté des sciences de Chiangmaï.

(ห้องปฏิบัติการวิจัยด้านการพัฒนาอย่างยั่งยืนของทรัพยากรธรรมชาติ - คณะวิทยาศาสตร์ มหาวิทยาลัยเชียงใหม่)

 

 

Elle fut révélée à l’occasion d’une conférence de presse du lundi 4 septembre 2017. Les chercheurs l'avaient  découverte dans le Parc national de Doi Suthep-Pui (อุทยานแห่งชาติดอยสุเทพ-ปุย) dans la région de Chiangmai. Ce parc a une faune et une flore spécifique mais on y note la présence de chênes en dehors d’espèces qui ne sont pas censées être porteuses de truffes. La découverte fut  celle d’une truffe blanche apparemment d’une nouvelle espèce et qui fut par la Princesse Sirindhorn baptisée Truffe blanche au divin parfum (เห็ดทรัฟเฟิลขาวเทพสุคนธ์ hettrufflekhaosukhon). Elle reçut le nom scientifique de Tuber thailandicum (ทูเบอร์ไทยแลนด์ดิ-คัม)

 

 

Les chercheurs de l’Université se consacraient à l’étude des champignons  en Asie et connaissaient depuis longtemps l’existence de truffes aux Indes, en Chine et à Taïwan. Il s’agit essentiellement de la tuber indicum, espèce à laquelle appartient la truffe chinoise. Ces chercheurs, en dehors de la truffe, sont à l’origine de la découverte de nombreuses espèces de champignons sauvages inconnus. A ce jour, que ce soit en Europe, en Asie, en Amérique et en Australie, et bien que l’on connaisse, avons-nous dit, deux cent espèces de truffes inventoriées par les mycologues, aucune ne l’avait  été en climat tropical.  Une autre nouvelle espèce de truffe avait été découverte en 2016, la truffe du Lanna (Tuber lannaense - ทูเบอร์ลานนาเอนเซ่), la deuxième en Thaïlande.

 

 

Une dernière découverte fut celle de la truffe blanche italienne Tuber magnatum (ทูเบอร์แม็กนาตัม), considérée comme la plus chère au monde. Les chercheurs ont publié dans la revue Mycol Progress en 2016 une étude serrée sur le résultat de leurs recherches et l’analyse des espèces découvertes par  des procédures scientifiques qui nous dépassent mais dont il résulte qu’il s’agit bel et bien de truffes soit d’espèces nouvelles soit d’une espèce connue, la truffe du Piémont (5).

 

 

QUELQUES QUESTIONS

 

SOUS QUELS ARBRES ?

 

Si nos truffes se trouvent en général dans les racines des chênes truffiers au moins dans les fermes de trufficulture, on les trouve à l’état sauvage et spontané sous bien d’autres arbres (6). Nos chercheurs visaient-ils systématiquement la truffe invisible sous les chênes du parc ou d’autres champignons ?

 

 

SELON QUELLE MÉTHODE ?

 

C’est l’odeur de la truffe qui conduit à sa découverte et nous connaissons trois façons de la renifler, le cochon qui a le meilleur odorat que le chien qui vient en second et l’homme en dernier. Nous avons quelques peines à imaginer nos chercheurs arpentant le parc en tenant une truie en laisse (7).

 

 

LA TRUFFICULURE  A-T-ELLE UN AVENIR EN THAÏLANDE ?

 

Il y a un préalable incontournable, c’est celui de la qualité olfactive et gustative du produit. Nous ne connaissons à cette heure aucun élément concret

 

 

Une fois choisi l’arbre truffier, il faut lui trouver un terrain géologiquement et climatiquement adapté (8).

 

 

La trufficulture est une invention française relativement récente : Joseph Talon, le précurseur, semait des glands et récoltait des truffes près d'Apt en 1808.

 

 

Il y a de nombreux aléas. C’est un investissement à long terme : Un arbre truffier commence à produire vers 5 à 8 ans selon les espèces, les densités de plantation et l’entretien. Le plein rendement se produit la 12e année mais peut alors durer des dizaines d’années. Un paysan thaï qui vit au jour le jour n’a évidemment pas les capacités de se lancer dans cette opération. Il est un autre aléa de taille, le rendement d’une truffière bien entretenue varie de façon considérable en fonction des conditions climatiques en particulier, on parle pour les truffières bien gérées du Sud-est d’une production tombant à 20 kilos l’hectare et pouvant grimper jusqu’à 90 voire un quintal ce qui se traduit par des cours en sinusoïde. On compte selon le mode de plantation entre 250 à 400 arbres à l’hectare (9).

 

 

 

 LA CONCURRENCE CHINOISE

 

Notre propos n’est pas de la discréditer. Les truffes de Chine sont comestibles. Leur aspect ne permet pas à l’œil de les différencier de la Tuber melanosporum (10). Le prix est tout simplement environ moins du dixième de celui d’une truffe « du Périgord ». Au goût et à l’odeur, elles se rapprocheraient plutôt des truffes blanches d’été mais d'une beaucoup moins bonne valeur gastronomique, c 'est du médiocre  très  médiocre (11).

 

La question fondamentale est que si la Thaïlande devient une truffière de qualité, elle fera l’objet de la même intrusion nauséabonde des Chinois sur le marché de la truffe en France. Elles font l’objet d’une fraude massive, il est de nombreux exemples de truffes chinoises vendues comme Tuber melanosporum, en général mélangées à quelques rares Truffes « du Périgord », ses cousines. Une prestigieuse épicerie fine de Paris s’y est fait prendre il y a quelques années par des truffes chinoises parfumées chimiquement. Pour la direction générale de la répression des fraudes, la seule mention Tuber indicum pour une denrée contenant de la truffe de Chine tant dans le commerce de détail qu'au niveau de la restauration est insuffisante et susceptible d'induire en erreur le consommateur. Il en est d’ailleurs de même de la simple indication « truffes noires » sqns ndicqtionde lq provenqnce. Or la protection du consommateur en Thaïlande est loin d’avoir la rigueur de la législation française en matière notamment d’étiquetage sur l’origine du produit. Nous le savons déjà pour le vin (12).

 

 

Si l’existence de truffes de la même espèce que les truffes piémontaises est confirmée, souhaitons un bel avenir à la future production thaïe.

QUELQUES PAGES INTERNET POUR LES AMATEURS

 

https://www.truffe-noire.fr/

https://www.visitvar.fr/fr/fiche/trufficulteurs-4854638/

https://parcduverdon.fr/fr/terroir-et-savoir-faire/la-truffe-noire-de-provence-ou-tuber-melanosporum

http://www.fft-truffes.fr/

https://www.facebook.com/Association-Des-Trufficulteurs-Des-Alpes-De-Haute-Provence-114468199401336/

https://www.facebook.com/syndicat.trufficulteursduvaucluse.9

https://www.facebook.com/truffesduperigordbordeaux

NOTES

 

(1) Citons en particulier Adolphe Chatin qui en parle dès 1869 dans son précieux « La truffe : étude des conditions générales de la production truffière »  ou Robert Loire dans une étude récente « Les truffes » In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 71 année, n°2, février 2002. pp. 1-14;

 

(2) Sur le site : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique-et-universitaire/veille-scientifique-et-technologique/thailande/article/decouverte-de-truffes-blanches-en-thailande

 

(3) Journal du 8 septembre 2017.

 

(4) Sur le site : https://prcmu.cmu.ac.th/perin_detail.php?perin_id=1017

 

(5) Mycological Progress 2016 « Morphological and molecular evidence support a new truffle, Tuber lannaense, from Thailand ». Cette revue est en quelque sorte le journal official des mycologues du monde entier.

 

 

(6) Diverses espèces de chênes, chêne pubescent dit « truffier »,  Chêne vert, Chêne liège, chêne kermès etc… Les noisetiers, les cèdres, les pins, pin d’Alep ou pin noir d’Autriche, les ifs, les buis, les hêtres et de nombreuses autres espèces selon l'emplacement géographique. S’il y a des chênes dans le parc, il y a aussi des résineux. La truffe de Chine dans le Yunnan et le Sé-Chouan est cultivée dans les clairières des forêts de pins

 

(7) Le cochon, en général la truie qui est plus docile, traque pour elle-même, et doit être surveillée de près. Elle est plus difficile à garder à la maison que le chien et son usage tend à disparaître.

 

 

Les chiens, quelle qu’en soit la race, même le plus horrible roquet, doivent faire l’objet d’un apprentissage.

 

 

Truie ou roquet, ils ont le mérite de ne s’attarder que sur les truffes venues à maturité. L’homme est le dernier en piste car son odorat n’a pas la finesse de celui de ces animaux. Quelques espèces de mouches survolent l’emplacement des truffes pour déposer leur ponte sur le sol. Existent-elles en Thaïlande ? 

 

 

Elle n’est pas facile à identifier, mais lorsqu’elle est repérée l’odorat confirme et il ne reste qu’à creuser. C’est essentiellement le procédé utilisé par les pilleurs de truffières car il n’y a pas de signe extérieur mais le rendement est dérisoire.

 

 

(8) En France les chercheurs de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) qui ont réalisé des efforts gigantesques pour le développement de la trufficulture définissent le Ph du sol qui doit être dépourvu d’acidité, en général calcaire et sa perméabilité.

 

 

(9) Ces chiffres reposent pour partie sur des suppositions : Jamais un paysan avisé ne vous avouera quel est le rendement de ses arbres d’autant que sur les marchés beaucoup de transactions se font de la main à la main souvent dans l’arrière salle du café du village. Par ailleurs, en dehors des exploitations trufficoles bien visibles, beaucoup de paysans dans les régions déshéritées ont souvent une truffière dans les collines qui n’apparaît pas comme telle au cadastre et échappe aux hommes de Bercy qui n’ont pas un nez de chien truffier. Cette production s’écoule « hors TVA » sur les petits marchés locaux ou chez les restaurateurs qui ont en général un discret fournisseur attitré. Il n’y a par ailleurs pas de déclaration de récoltes comme dans la viticulture. Les estimations de la superficie des truffières en France est tantôt de 10.000 hectares, tantôt 20.000, allez-donc savoir.

 

 

(10) Voir à ce sujet «  Étude préliminaire de I'ascocarpe de Tuber  indicum, truffe chinoise récemment introduite en France » in Comptes rendus de l'Académie des sciences. Série 3, Sciences de la vie - 1996-06. 319. En dehors bien sûr du goût et de l'odeur, les différences n’apparaissent qu’à l’échelle microscopique.

 

 

(11) Quand nous parlons de médiocre, ce n’est pas péjoratif, « in medio stat virtus » écrivait Horace,

 

(12) Voir notre article A 385 - LE VIN EN THAÏLANDE, DU MEILLEUR AU PIRE

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/08/a-385-le-vin-en-thailande-du-meilleur-au-pire.html

 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 22:01

 

Il est singulier que les premiers observateurs ayant visité le Siam ne s’attardent guère sur la nourriture de ses habitants. La Loubère nous parle évidemment d’une foultitude de fruits, du riz et de la trilogie poulet-cochon-poissons sans nous parler d’une quelconque pâtisserie. Monseigneur Pallegoix n’est guère plus prolixe à ce sujet. Il nous parle toutefois de gâteaux au riz gluant fermenté, de gâteau à la « pistache de terre » (arachide), de gâteaux parfumés au lait de coco et de confiture de tamarin, le tout sans s’y attarder.

 

 

Les Siamois d’alors qui disposaient de tous les ingrédients nécessaires à la pâtisserie (sucre bien sûr, de canne ou de palme, lait, farines, œufs de poule ou de cane, matières grasses …) faisaient-ils alors bien la différence  entre la cuisine proprement dite et la pâtisserie au sens strict ? Elle n’est au demeurant pas toujours évidente dans un pays comme le nôtre où la tradition gastronomique est ancienne. Ce n’est ici pas certain dans la mesure où on sert volontiers une tranche d’ananas avec du sel et où la cuisine mélange allégrement le sucré et le salé (เปรี้ยวหวาน – priaowan) ce qui n’est pas désagréable en soi, nous mangeons bien du canard à l’orange, du sanglier aux airelles ou des cailles aux raisins.

 

 

C’est peut-être lorsque Maria Guyomar de Pina, veuve de Phaulkon, l’ancien premier ministre du roi Naraï fut condamnée à servir à perpétuité dans les cuisines du palais royal à la fin du XVIIe siècle que la notion de pâtisserie proprement dite se peaufina. Elle y introduisit de nombreuses recettes de douceurs qu’elle connaissait de par ses origines paternelles portugaises mais en utilisant les produits locaux. Ces recettes débordèrent de la cour vers le reste du pays et elle y acquit le titre de « reine des desserts thaïlandais » sous lequel elle est toujours connue (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย). Nous lui avons consacré un article (1). Il est évidemment difficile de lui attribuer l’invention de telle ou telle douceur bien qu’elles soient probablement nombreuses mais c'est d'elle que date l'histoire de la pâtisserie au Siam.

 

 

Si aujourd'hui la consommation de pâtisseries s’étale tout au long de l’année, certaines d’entre elles sont plus spécialement affectées à des périodes précises, de fêtes en particulier, sachant que pour les Thaïs toutes les occasions de faire la fête sont bonnes. Nous avons consacré un article à quelques-unes d’entre elles qui sont plus spécialement consommées à l’occasion des fêtes du nouvel an bouddhiste, du 13 au 15 avril de chaque année (2).

 

 

Nombreux sont ceux qui après tout ne mangent de crêpes qu'à la chandeleur, de bûche qu'à noël et de galette des rois qu'à l’épiphanie.

 

 

La nouvelle année administrative commence depuis plus d’un siècle comme la nôtre le 1er janvier. Ce  sera donc une nouvelle occasion de faire la fête, quelques pâtisseries sont donc spécialement affectées à cette époque même si vous les trouverez tout au long de l’année sur les étals de nos marchés mais en moindre abondance.

 

Les postes royales leur ont d'ailleurs consacré en ce début d'année une très belle émission de timbres-poste  à huit d’entre elles.

 

 

Commençons par le khanom thongmuangsot (ขนมทองมัวสด) 

 

C’est une espèce de crêpe croustillante cuite à la poêle, souvent vendue enroulée dans des feuilles de pandan, mélange de farine, de sucre, de lait de coco et de graines de sésame. Il est probable qu’il s’agit d’une recette inspirée directement  par Maria Guyomar.

 

 

L’origine du khanomtom (ขนมต้น) serait ancienne, associée à certaines cérémonies comme la pose du pilier fondateur d’une maison. Nous y trouvons de la farine de riz gluant, du jus de pandan, de la noix de coco râpée, du sucre et palme et de canne. Il est également cuit à la poêle et nécessite de nombreuses manipulations.

 

 

Le khanom kliplamduan (ขนมกลิบลำดวน

 

 

...est à base de farine,  de sucre et d’huile végétale. C’est une espèce de biscuit cuit au four et souvent coloré  avec  des colorants en principe alimentaires, vert pour la pandan,

 

 

fleurs de pois bleus pour le bleu

 

et curcuma pour le rouge.

 

 

 

Le khanom sampanni (ขนมสำปันนี) est une espèce de bonbon aux diverses couleurs, cuit longtemps en casserole, mélange de farine de tapioca, de sucre et de lait de coco et également coloré à volonté.

 

 

Le khanom piakpun (ขนมเปียกปูน) est encore une espèce de bonbon acidulé qui peut se faire sans cuisson, farine de riz, sucre de palme, jus de citron vert. Le mélange est souvent épaissi à l'aide d'arrow-root, d’agar-agar ou d'amidon de tapioca.

 

 

Le khanom  wunkrop (ขนมวุ้นกรอบ) est également une espèce de bonbon gélatineux et multicolore mélange d’agar-agar, d’eau de fleur de jasmin, de sucre,  d'arrow-root et toujours les colorants naturels.

 

 

Le khanom  tako (ขนมตะโก้) est une espèce de crème composée à base de farine de riz ou de farine de haricot mungo, de sucre et mélangé avec de l'eau de fleur de jasmin. Au mélange crémeux, on ajoute de la crème de coco épaisse semblable à notre crème fouettée occidentale.

 

 

Le khanom rerai (ขนมเรไร)  est à base de farine de riz, farine de tapioca, arrow-root, lait de coco, noix de coco râpée et sucre, le tout  cuit à feu doux dans une casserole.

 

 

Ces gourmandises, plus bonbons que pâtisseries, appellent quelques observations :

 

Il est difficile de trouver les recettes même en anglais. Internet dévoile toutefois une multitude de  sites qui donnent toutes explications utiles le plus souvent par vidéo, chaque cuisinier ayant se recette qu’il considère évidemment comme la meilleure.

 

Nous notons l’usage presque systématique de produits gélifiants gélatineux que certains peuvent trouver parfaitement écœurants mais on ne discute pas en matière de goûts.

 

Il nous semble, au vu des recettes que nous avons pu consulter sur la toile que les proportions de sucre, qu’il soit de palme ou de canne, que sa présence pourrait être diminué systématiquement de façon drastique … mais c’est encore question de goût.

 

 

NOTES

 

(1) A 265 - MARIA GUIMAR, ÉPOUSE DE CONSTANTIN PHAULKON ET« REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-266-maria-guimar-epouse-de-constantin-phaulkon-et-reine-des-desserts-thailandais.html

 

(2) A 308 - LES DESSERTS DE SONGKRAN (NOUVEL AN BOUDDHISTE) EN THAÏLANDE ET AU LAOS - ขนมส่งความสุขรับขวัญปีใหม่

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-308-les-desserts-de-songkran-nouvel-an-bouddhiste-en-thailande-et-au-laos.html

 

 

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 22:34

 

 

 

Le premier journal apparut au Siam sous le règne de Rama III (de 1824 à 1851). Il fut l’œuvre éphémère d’un missionnaire évangéliste américain, Dan Beach Bradley.

 

 

Rappelons que le « traité d’amitié et de commerce entre sa Majesté le magnifique roi du Siam et les États-Unis d’Amérique » dit « traité Roberts » date de 1833 et fut à la fois le premier conclu par les États-Unis et une nation asiatique et le premier conclu par le Siam avec une nation occidentale.

 

Dan Beach Bradley naquit le 18 juillet 1804 et mourut à Bangkok le 23 juin 1873.

 

Il vit le jour dans une famille missionnaire à Marcellus, une petite ville dans l’état de New York. Il reçut une formation médicale  et obtint son diplôme de l'Université de New York en 1833. Bradley était profondément croyant depuis son enfance. En novembre 1832, alors qu'il avait 28 ans, il décida de consacrer sa vie à la prédication du christianisme dans un pays païen. Il devint missionnaire sous la supervision de l'American Board of Commissioners for Foreign Mission (ABCFM). Cette agence protestante fondée en 1810 avait pour mission d’envoyer des missionnaires à l'étranger mais aussi en dehors des motifs religieux, un but caritatif en général, comme l'ouverture d'écoles et d'hôpitaux.

 

 

Le 30 novembre 1832, le bureau lui assigne pour zone d’activité l'Asie du Sud-Est. Il quitta Boston en juillet 1834 et arriva à Bangkok le soir du 18 juillet 1835. C’est l’époque des débuts de la modernisation du pays sous l’égide du roi Nangklao. Il début son apostolat en ouvrant un dispensaire public, offrant tout à la fois des soins gratuits et l'enseignement du christianisme à ceux qui venaient à lui. Pour les Siamois, il était « Mo Bradley – หมอบรัดเลย์» le Docteur Bradley (mais non le « révérend »). 

 

 

Sa réputation de bon médecin arrive jusqu’aux oreilles du roi et des élites de la cour. Nombreux sont ceux qui font appel à ses soins. Par ailleurs, dès son arrivée au Siam il installe une imprimerie en rachetant la presse et les fontes du Capitaine James Low,

 

 

...un britannique de l’armée des Indes, responsable du premier ouvrage en caractères thaïs, une grammaire à l’usage des fonctionnaires et militaires tout autant que des commerçants et des missionnaires publiée à Calcutta en 1830. Nous ignorons dans quelles conditions ils se sont rencontrés ? Peut-être lors d’une escale à Calcutta ? C’est probablement l’ouvrage qui, au cours de ce long voyage, lui permit de s’initier à la langue.

 

Il n’est pas le créateur de la première imprimerie au Siam comme on le lit trop souvent. Nous avons consacré un article à cette question, mais le premier à y avoir utilisé des caractères thaïs (1).

 

Il va publier des ouvrages pieux. Nous avons par exemple une vie du Christ publiée en 1841 qui semble d’ailleurs être une traduction de l’évangile de Saint Mathieu. Le roi lui confie aussi l’impression de documents officiels : on cite l’impression de la décision royale d‘interdiction du pavot.

 

 

 

L’ouverture du pays au monde occidental entraîne l’arrivée de nombreux étrangers, commerçants, explorateurs, voyageurs en sus bien sûr des missionnaires. Il va imaginer de les doter d’un journal d’information en deux éditions, l’une en thaï et l’autre en anglais. Le premier journal japonais ne sera publié que 17 ans plus tard !

 

 

Le titre du journal est « The Bangkok Recorder » et หนังสือจดหมายเหตุ (nangsue chotmaihet), un terme aujourd’hui désuet pour désigner un journal, aujourd’hui on lit หนังสือพิมพ์ (nagsuephim). Le format de la version thaïe est de 15,24 x 22,86 cm (6 x 9 pouces) et l'édition anglaise double ces dimensions. La mise en page est sur deux colonnes sur 4 pages. Le journal va connaître une double vie, 1844–1845, et 1865–1867. Nous ne nous sommes penchés que sur la version thaïe qui a été numérisée et n’avons pas consulté une version anglaise dont nous ignorons si elle l’a été.

 

 

La numérisation des numéros subsistants a été effectuée par les soins du secrétariat de sa majesté le roi en 1994 (2).

 

 

 

 

LA PREMIÈRE PÉRIODE : 1ER JUILLET 1844 – 15 OCTOBRE 1845.

 

Le journal est mensuel, publié en principe le 1er juillet du mois : 16 numéros de juillet 1844 à octobre 1845. Il ne manque que les numéros d’août et septembre 1845. Le prix de chaque numéro est de 1 tical (1 baht). Peut-on faire la comparaison aujourd’hui ? Le journal donne des mercuriales, n’oublions pas qu’il est au moins partiellement destiné aux négociants (poivre, sucre, sel, cuir, ivoire, et bien sûr le riz).

 

On parvient sans trop de difficultés à trouver que le prix du riz de bonne qualité est de 1/25 de baht au kilogramme. Les douze numéros coûtent donc 25 kilos de riz. Si nous prenons du bon riz à environ 50 bahts le kilo (prix moyen début 2020), 1,250 bahts, la somme était probablement importante (3). Reste à savoir ce que gagnait un siamois modeste à cette époque ? Ce calcul est toutefois parfaitement aléatoire, Nous ignorons la diffusion de cette première série mais toujours est-il que le numéro de juin 1845 annonce que le journal sera désormais distribué gratuitement aux officiels et aux prêtres (de quelle religion ?) qui le demandent et pour les autres d’un salung c’est-à-dire un  quart de baht et ce, dans le but d’en augmenter la circulation. Ce ne fut probablement pas le cas puisque le journal publiait son dernier numéro en octobre. Nous ignorons les raisons de cette cessation d’activité mais il est probable que ce fut l’absence totale de succès.

 

Les articles

 

Ils sont assez éclectiques. En dehors des mercuriales nous trouvons quelques fois les « chiens écrasés », la découverte d’un éléphant géant, une invasion de tigres à Singapour ou l’attaque d’un paysan par un boa. Une histoire des îles sandwich jouxte celle de la pèche à la baleine en Amérique, l’utilité des pigeons voyageurs ou les mérites des chevaux arabes.

 

Plusieurs articles concernent les sciences: la composition  de l’atmosphère ou des notions de chimie élémentaire, les acides, les gaz, la vitesse du son, les avantages de l’électricité.

 

Nous trouvons de nombreuses fables notamment celle du loup et de l’agneau et la traduction de quelques proverbes américains de bons sens.

 

Les nouvelles proprement dites, d'Amérique, Chine, Singapour, Ceylan, ne sont pas nombreuses.

 

Beaucoup d’articles portent sur des sujets médicaux : le traitement des ulcères sur plusieurs numéros et la recette d’une lotion pour les soigner, plusieurs articles sur les fièvres intermittentes ( ?), les mérites de la vaccination, plusieurs articles aussi  sur la circulation du sang, les seuls d’ailleurs à être illustrés,  et d’autres sur les vertus de la quinine.

 

 

Les sujets religieux sont systématiquement à deux exceptions près, un article en octobre 1844 sur la tolérance religieuse en Turquie relatant un incident concernant un musulman converti au christianisme  et un article sur les écritures chrétiennes, simplement explicatif et non didactique en janvier 1845.

 

 

Pendant 20 ans, Bradley se consacre à ses activités missionnaires sans convertir personne mais probablement aussi à la rédaction de son dictionnaire, le premier dictionnaire thaï – thaï qui est un véritable travail de romain.

 

 

Il nage aussi dans les difficultés financières, ses mandants protestants américains sont pingres alors que les missions catholiques bénéficient via la presse des Missions Étrangères très répandue dans les milieux bien-pensants. On donne volontiers son obole pour « la conversion des petits Chinois ».

 

 

LA SECONDE PÉRIODE ; 1ER MARS 1865 – 16 FEVRIER 1867.

 

Le journal reparaît, toujours sur 4 pages mais tous les 15 jours, et sans qu’apparemment le prix de l’abonnement ait été changé. Il a également été numérisé, il ne manque que quelques numéros. La situation au Siam a changé, La roi Mongkut est monté sur le trône et poursuit la modernisation de son pays. Aux États-Unis, la guerre de sécession qui vit au moins 700.000 morts est pratiquement terminée, les derniers bastions confédérés ont rendu les armes en juin 1865. Elle ne fut probablement pas étrangère à la décision de Bradley de reprendre la publication de son journal. La France poursuit par ailleurs son expansion coloniale en Asie du Sud-est, le protectorat sur le Cambodge est de 1863. Le premier traité avec la France est de 1856, le second de 1863 par lequel la France s’est emparé du Cambodge.

 

 

 Bradley va  faire  ni plus ni moins qu’une avant-première de « The Voice of America » profitant de la liberté exceptionnelle que le roi Mongkut confère aux occidentaux.

 

 

Dans les 48 numéros de mars 1865 à février 1867, le ton du journal change du tout au tout. D’une revue plus ou moins scientifique, Bradley en fit un organe de critique de l’administration siamoise, se mêlant, il faut bien le dire, de ce qui ne le regardait pas. Ses éditoriaux ne vont pas manquer d’irriter le roi par de permanentes critiques de la politique étrangère du Siam et des conseils « éclairés » sur la manière de gérer la politique intérieure. Un incident va éclater lorsque Louis Gabriel Alberic Audaret, premier consul de France à Bangkok,  officier de marine de formation, fut essentiellement responsable du traité par lequel le Siam reconnut la protectorat de la France sur le Cambodge qui était auparavant un état tributaire du Siam. Un article du journal accuse ouvertement le dit consul de se mêler des affaires intérieures du Siam invoquant les visées expansionnistes de la France et la fable du loup et de l’agneau. Aubaret en fit proprement un casus belli, en bon marin, il rêvait d’en découdre, et engagea contre l’américain un procès en diffamation. Le roi serait alors intervenu pour que Bradley perde son procès. Il fut condamné à une amende de 400 dollars. Les finances du journal étaient chancelantes, Bradley mit les clefs sous la porte avec le dernier numéro du 15 février 1867.

 

 

Une première fois, dans le numéro du 22 juillet 1965,  Bradley avait publié un  article provenant d’un lecteur intitulé « ควมมสงสไส เรือง เปรสซิเดนต์ ที่ เมือง อเมริกา » (khuam masongsasai  rueang  pretsiden  thi  mueang  amerika) que l’on peut traduite par Célébrer le président des Etats-Unis d’Amérique.

 

Le lecteur (probablement Bradley lui-même) évoque l'enthousiasme d'un Américain qui vivant à Bangkok faisant l’éloge du Président et de la forme républicaine du gouvernement. Pour nous résumer, si les principes démocratiques avaient été respectés, il n’y aurait pas eu de guerre civile et il aurait suffi d’attendre l’élection  future au lieu d’assassiner le Président Lincoln. Le dit lecteur demande alors à Bradley de fournir plus d'informations sur les États-Unis pour que les Thaïs qui lisent le journal Bangkok soient en mesure de respecter les États-Unis, le phare de la démocratie dans le monde.

 

 

Ce commentaire provocateur fut à l'origine des leçons sur le libéralisme que Bradley donna alors à ses lecteurs pendant près d'un an. De juillet 1865 à mars 1866, Bradley publiera régulièrement des articles sur la Guerre civile américaine, l’esclavage et la constitution des États-Unis. Il y défend avec acharnement la cause de l'abolition de l’esclavage et du bon droit du gouvernement de Lincoln dans la guerre civile. L’éloge des valeurs américaines perdure au XXIe siècle !

 

Sa critique de l’esclavage est peut-être justifiée sur le plan des principes, l’esclavage existait au Siam et n’a été aboli qu’en 1909 mais il faut savoir de quoi nous parlons. L’esclavage au Siam n’a rien à voir avec celui qu’ont connu les Etats-Unis. Monseigneur Pallegoix qui connaissait le pays peut-être mieux que Bradley nous écrit « … on peut dire, en général, que les Thaïs ont beaucoup d'humanité pour leurs esclaves, ne les font travailler que très modérément et les traitent souvent beaucoup mieux qu'on traite les domestiques en France » (4). L’esclavage est souvent volontaire, les esclaves ne sont pas de malheureux nègres arrachés de force à leur Afrique par des trafiquants en général arabes, vendus par les chefs de leurs tribus. On ne lâche pas des molosses sur les esclaves fugitifs au Siam.

 

 

La comparaison de l’esclavage aux États Unis avec celui du Siam relève tout autant de la mauvaise foi que de l’ignorance. Rappelons enfin que la liberté proclamée des esclaves dans le pays de Bradley et l’affirmation de leurs droits civiques resta pendant quelques dizaines d’années un vœu pieux.

 

 

Entre octobre 1865 et janvier 1866, Bradley va publier dans sa revue des pans entiers de la constitution des États-Unis qu’il présente comme un modèle de gouvernement républicain.

 

Le lecteur doit se convaincre que le pouvoir souverain appartenait au peuple, et que le peuple l’exerçait par l’intermédiaire de ses représentants. Les États-Unis étaient un pays d’hommes libres, gouverné par la loi plutôt que par la volonté arbitraire d'un seul homme.

 

Dans son numéro du 1er juillet 1865, Bradley donne en exemple celui d'Andrew Johnson, dix-septième président des États-Unis, un pauvre devenu roi dans son pays. Né en effet dans une famille misérable, il perdit soin père très jeune et dut gagner sa vie en cousant des vêtements. Il n'eut pas la possibilité d'aller à l'école mais apprit à lire et les mathématiques grâce à sa femme. Élu à un poste modeste lorsqu’il avait vingt ans, il prospéra et devint vice-précident et assuma la présidence en avril 1865 après l'assassinat d'Abraham Lincoln.

 

 

Bradley plaide évidemment en faveur d’une presse libre… mais ce qu’il écrit est bien la preuve que le gouvernement du Roi Mongkut ne l’a jamais censuré.

 

A-t-il vraiment introduit l’idée du libéralisme au Siam comme on peut le lire sous la plume d’un éminent universitaire thaï dans un article publié en 2015  (5) ? C’est une évidente exagération. Le même universitaire nous apprend, il n’y a pas de raisons de mettre ses chiffres en doute, que le  31 janvier 1866, le journal ne comptait que 102 abonnés pour la plupart membres de la famille royale et bénéficiaires de la gratuité, nobles ou riches chinois tous parfaitement réfractaires aux concepts libéraux prônés par Bradley avec lesquels ils sont en total désaccord. Il ne développe d'ailleurs sa théorie que du bout des lèvres.

 

Comment par ailleurs la diffusion aux abonnes était-elle assurée puisque les services postaux officiels datent de 1883 ?

 

Si le journal est mort, il mourut de sa belle mort tout simplement parce qu’il n’intéressait personne !

 

Son œuvre d’évangélisation fut également un échec cuisant puisque une page Internet qui lui est consacrée fait état de la contribution directe à une seule conversion (6).

 

Ne restons pas sur cette vision négative.

 

En dehors de son œuvre médicale qui fut immense et de son monumental dictionnaire, il a laissé une énorme œuvre écrite dont les manuscrits se trouvent dans les archives de la bibliothèque de l’Université de Yale confié par son fils Cornelius, également missionnaire à Bangkok (7).

 

NOTES

 

 

(1)  voir notre article

A 270- LES DÉBUTS DE L’IMPRIMERIE AU SIAM - จุดเริ่มต้นของการพิมพ์ในสยาม

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-270-les-debuts-de-l-imprimerie-au-siam.html

 

(2) https://dl.parliament.go.th/bitstream/handle/lirt/296974/2536_สมหมาย_ุนตระกูล_b.pdf

 

 

(3) Le cours du riz est donné au kwian (เกวียน), une unité de volume qui correspondrait au contenu d'un char à bœuf soit environ 2 000 litres, La densité du riz étant de 0,9, le poids est donc de 1800 kilos

 

 

(4) « Description du royaume thai ou Siam », tome I, page 299.

 

(5) Parkpume Vanichaka « The Beginning of Liberalism in Thailand: Dan Beach Bradley and Bangkok Recorder » in Journal of the Graduate School of Asia-Pacific Studies, n° 29(2015-3)pp.21-36.

 

(6) https://fr.qaz.wiki/wiki/Dan_Beach_Bradley

 

(7) Il a rédigé des notes non publiées sur l’histoire du Siam, une liste des 61 enfants du roi en vie en 1852, un essai sur la langue siamoise et son écriture, et plusieurs cartes du Siam, voir :

https://archives.yale.edu/repositories/12/resources/2921/collection_organization

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 22:40

 

« Les proverbes sont le fruit de l'expérience de tous les peuples, et comme le bon sens de tous les siècles réduit en formules » écrivait Rivarol.

 

 

Pour Bescherelle, ce sont une « espèce de sentence, de maxime exprimée  en peu de mots, et devenue commune et vulgaire »….


 

 

« Mais à force d’être popularisés et vulgarisés par les écrivains », nous dit Larousse dans son grand dictionnaire du XIXe « les proverbes finirent par être appliqués sans goût et sans discernement ». Cervantès -son Don Quichotte date de 1605- les voue au ridicule dans la bouche de Sancho Pança dont ils jaillissent à chaque instant.

 

 

Le héros de la Manche lui conseille un jour où il en abusa plus que de raison (1) : « Tu feras bien, Sancho, de te débarrasser de cette multitude de proverbes que tu mêles à tout ce que tu dis. Les proverbes, il est vrai, sont de courtes sentences mais la plupart du temps, les tiens sont tellement tirés par les cheveux qu’ils ont moins l’air de sentences que de balourdises… »

 

 

Il est d’ailleurs même un proverbe garant de tous qui dit que « les proverbes ne mentent pas ». Jugeons sur pièces.

 

 

 

Les Thaïs en ont aussi leurs lots et plus encore : expressions idiomatiques (สำนวน - Samnuan), proverbes proprement dits (สุภาษิต – Suphasit) et autres aphorismes (คำพังเพย - Kham Phangphoei).

 

Si vous tapez dans le moteur de recherche Google, en français « Proverbes thaïs » : 256.000 entrées, en anglais « Thais proverbs » : 1.570.000 entrées et en thaï « สุภาษิตไทย » 2.400.000 entrées.

 

 

Il n’est un manuel d’apprentissage de la langue qui n’en donne quelques exemples choisis pour en démontrer l’étendue de la sagesse populaire. Nombreux sont ceux qui relèvent en vérité de ces aphorismes dont se délectait le bon Monsieur de La Palice : « Paris ne s’est pas fait en un jour », la belle affaire ! On trouvera facilement à chacun d’eux son équivalent en français même si y apparaissent l’éléphant et le cobra !

 

 

Il en est tout de même qui sont l’expression de la sagesse populaire d'une société et nous permettent de mieux connaître cette société elle-même.

 

Un éminent universitaire d’origine à la fois française, vietnamienne et Lao, feu Anatole-Roger Peltier, a dressé un inventaire de 628 d’entre eux (2).

 

Notre propos n’est évidemment pas d’établir une liste à la Prévert mais vous donner un bref aperçu de ceux que vous ne trouverez probablement pas dans les doctes manuels d’apprentissage, ceux dont la verdeur peut offusquer la pudeur de beaucoup de lecteurs thaïs ou français ! Nous vous les livrons il est vrai avec un certain sourire.

 

 

Les premiers sont d’un réalisme grossier peut-être mais certes pas vulgaires :

 

กำ ขี้ ดี กว่า กำ ตด kam khi dee kwa kam tôt 

Une merde vaut mieux qu'un pet (qui pue).

Celui-ci nous semble d’ailleurs plus spécifiquement Isan où l’on parle « gras » plus volontiers qu’à Bangkok.

 

 

Ne soyez pas choqués, ce vocabulaire a sa place dans le Dictionnaire de l’Académie royale qui précise toutefois en  tant que de besoin que le mot « ne doit pas être utilisé par les personnes convenables ». La scatologie n’est d’ailleurs pas inconnue parmi les plus grands de nos auteurs : Rabelais, Molière ou Céline.

 

Il est l’équivalent assez cavalier de notre mieux vaut tenir que courir.

 

 

Restons donc à la scatologie :

 

ขี้ใหม่หมาหอม khi maï ma hom. Pour un chien la merde fraîche sent bon.

 

 

C'est la traduction en thaï de l'adage que Suétone attribue au féroce Empereur Domitien, le cadavre d'un ennemi sent toujours bon.

 

 

 

Nous continuons dans ce registre :

 

ไม่มีมูลฝอยหมาไม่ขี้ maï mi foï ma mai khi Le chien ne chie que sur de la merde.

Nous dirions Les chiens ne font pas des chats ou tel père, tel fils.

 

 

Il a un équivalent : กินบนเรือนขี้บนหาังคา kin bôn ruan khi bôn lang kha : Quand on mange sur le toit, on chie sur le toit à peu près l’équivalent de comme on fait son lit, on se couche.

 

 

Mais y a-t-il quelque chose de plus stupide qu'un proverbe qui en contredit un autre ?

 

Le proverbe : Tel père, tel fils, est peut-être idiot mais celui- ci ne l’est pas moins : À père avare, enfant prodigue, est tout aussi bafouilleux.

 

 

Que dire des deux réunis ? Appliquons au thaï un proverbe qui dit strictement le contraire du précédent :

 

ถ้ามีฝอยหมาไม่ขี้ tha mi foï ma mai khi S’il y a de la merde, le chien ne chie pas. Comment voulez-vous qu'on s'y reconnaisse ?

 

 

 

Certes, il est un proverbe en langage « pour gens convenables » sur le sujet, va--il nous donner une réponse ?

 

ลูกไม้หล่นไม่ไกลต้น lukmai lon mai klai ton Le fruit ne tombe pas loin du pied de l’arbre. C’est donc Tel père, tel fils ?

 

 

Comme en français, à chaque proverbe, « fruit du bons sens des peuples », nous trouvons son contraire.

 

ปากหวานน้ำก้น pak ouan nam kôn bouche sucrée, jus de cul  un peu apprenez Monsieur que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, mais c’est joliment dit !

 

 

Nous vous livrons le dernier avant de quitter la merde :

 

เห็นขี้ดีกว่าไส้ hén khi di kwa saï  Il vaut mieux voir la merde que les boyaux, un peu notre il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints.

 

 

Nous allons maintenant en quittant la scatologie et la merde de chiens vers les sentiments (si l’on peut dire) : Le premier de notre liste est le moins charitable :

 

ดูช้างให้ดูหางดูนางให้ดูแม่ dou tchang haï dou hang dou nang haï dou mè Pour jauger un éléphant regarde sa queue, pour jauger une femme regarde sa mère.

 

Il paraît en effet, que si, pour jauger un cheval, il faut examiner sa mâchoire, pour jauger un éléphant, il faut soulever sa queue ?

 

 

La seconde partie du proverbe se passe de commentaire.

 

 

Nous n’allons pas non plus tomber dans la galanterie française avec le suivant :

 

รักวัวให้ผูกรักเมียให้ตี rak wouaô haï phouk rak mia haï ti Si tu aimes ta vache attache la bien, si tu aimes ta femme frappe la bien.

 

Les ouvrages « convenables » remplacent l’épouse par l’enfant (ลูก louk) mais l’original est là ! Proverbe thaï ou proverbe musulman, ils sont 10%  dans le pays.

 

 

l est un diction que l’on cite souvent comme un vieux « proverbe arabe » : « Bats ta femme tous les matins, même si tu ne sais pas pourquoi, elle le saitt».

 

Dicton stupide, dirons certains mais comme tant de stupidités, il circule toujours… Il est peut-être aussi une interprétation un peu élastique d’une Sourate du Coran ? (3). 

 

 

 

รักนิด ๆ รักนาน ๆ rak nit nit rak nan nan Aimer un peu, aimer longtemps.

« Plaisir d’amour ne dure qu’un instant… » Nous dit la romance de Florian ou « pour une amourette qui passait pas là… » !

 

 

Terminons par une expression  convenable cette fois-ci

 

ไก่เห็นตีนงูงูเห็นนมไก่ kaï hén tin ngou hén nôm kaï Quand les serpents auront des pattes et quand les poules auront du lait….Pour nous  Quand les poules auront des dents mais d’une façon plus imagée !

 

Le proverbe se prête à tout. Ceux-ci n’ont peut-être pas la portée spirituelle des Proverbes du Roi Salomon mais nous ne trancherons pas la question de savoir s’ils sont vraiment la richesse des nations !

 

« La bienséance et l’honnêteté sont préférables au mot propre disait voltaire », ce qui est singulier dans une bouche pétrie de culture  classique. Bien avant Rabelais, Molière et Céline que nous venons de citer, les délicats poètes du siècle d’Auguste, Horace, Martial, Virgile   n’avaient pas peur de parler de stercus venu du grec σκωρ (skôr) ou de merda !

 

« Je suis grossier mais pas vulgaire, merde ! » disait le regretté Coluche.

 

Terminons par une expression  convenable cette fois-ci

 

ไก่เห็นตีนงูงูเห็นนมไก่ kaï hén tin ngou hén nôm kaï Quand les serpents auront des pattes et quand les poules auront du lait….Pour nous  Quand les poules auront des dents mais d’une façon plus imagée !

 

 

Le proverbe se prête à tout. Ceux-ci n’ont peut-être pas la portée spirituelle des Proverbes du Roi Salomon mais nous ne trancherons pas la question de savoir s’ils sont vraiment la richesse des nations !

 

« La bienséance et l’honnêteté sont préférables au mot propre disait voltaire », ce qui est singulier dans une bouche pétrie de culture  classique. Bien avant Rabelais, Molière et Céline que nous venons de citer, les délicats poètes du siècle d’Auguste, Horace, Martial, Virgile   n’avaient pas peur de parler de stercus venu du grec σκωρ (skôr) ou de merda !

 

« Je suis grossier mais pas vulgaire, merde ! » disait le regretté Coluche.

 

 

NOTES

 

- 1- Au sujet d’une histoire d’amour entre Basile et Quitterie, la litanie de Sancho est la suivante : « le bon Dieu y mettra ordre -  il y a du remède à tout - L'avenir n'est connu de personne -  Il passe bien de l'eau sous le pont dans vingt-quatre heures  -  Ce qui n'arrive pas une fois arrive l'autre - Souvent il pleut et fait soleil en même temps - Tel se couche en bonne santé qui le lendemain se relève mort - Qui peut se flatter d'attacher un clou à la roue de la fortune?  - Entre le oui et le non  d'une femme je ne voudrais pas risquer la fine pointe d'une aiguille - l'amour a des lunettes qui lui font paraître le cuivre de l'or - le pauvre est riche à ses yeux, et le verre devient du diamant ».

 

 

-2- « Dictons et Proverbes Thaïs », à Bangkok, 1980, 99 pages.

 

- 3 - La sourate «An Nisa – les femmes » dans la version diffusée par la Grande Mosquée de Paris que nous présumons donc parfaitement orthodoxe, dit dans son verset 34 « Les hommes ont autorité sur les femmes en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à leurs maris et protègent ce qui doit être protégé pendant l’absence de leurs époux avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les… ».

 

 

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 22:56

 

 

 

LOY KRATHONG

 

 

Nous avons parlé de la fête de Loy Krathong » (ลอยกระทง), la fête des « paniers flottants »,  qui se déroule la nuit de la pleine lune du 12e mois lunaire, cette année 2020, le 31 octobre (1).

 

 

****

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

 

Une étude circonstanciée et beaucoup plus détaillée a été faire par notre ami du site Merveilleuse Chiang Mai  qui lui a consacré une série d’articles particulièrement érudits et aussi merveilleusement illustrés, il n’est pas inutile de les rappeler (2).

 

 

 

 

En  dehors de la description de ces cérémonies aussi pittoresques que festive, nous avons cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ? Les notes de cet article donnent nos sources.

 

 

 

Le premier consulté fut évidemment le grand érudit et infatigable chercheur du folklore siamois, Phraya Anuman Rajadhon. Il fut le premier chercheur thaï à avoir étudié en profondeur le folklore de son pays, à se pencher sur ses traditions séculaires sinon millénaires et à recueillir inlassablement la tradition orale.

 

 

 

Cette fête marque la fin de la saison des pluies, rivières et canaux sont en pleines eaux, le ciel est clair et l’humidité de l’atmosphère a (relativement) disparu. Le dur labeur des labours et de la plantation du riz est terminé. Il reste aux paysans un mois de tranquillité avant le temps de la récolte. Les fêtes peuvent alors commencer. Il n’y voit qu’un cérémonial auquel il ne faut donner aucune signification religieuse, mais il signale (son article est de 1951) avoir interrogé des personnes âgées qui lui ont expliqué qu’il s’agissait d’un acte de révérence à l’égard de la déesse mère des eaux, Mè Khongkha, la Mère de l'eau (พระแม่คงคา) qui nous semble appartenir au panthéon des divinités hindouistes. Elles ajoutaient qu’en dépit de dons généreux de celle-ci à l'homme, celui-ci pollue son eau de multiples manières et qu’il est bon, par conséquent, de lui demander pardon (3).

 

 

 

Il nous donne une autre explication plus religieuse : Bouddha avait laissé l’empreinte de son pied sur la rive sablonneuse de la rivière Nerbudda, dans le Deccan à la demande du roi des Naga, qui voulait adorer l'empreinte à l’endroit où le Seigneur avait disparu. Le Loy Krathong serait donc un acte d'adoration de la sainte empreinte qui se trouve aux Indes mais il ne nous la donne qu’avec le sourire, il a étudié les canons bouddhistes et ne l’a trouvé narré nulle part.

 

 

 

 

Il fait également référence à la tradition de Sukhothaï et la légende de la belle Nang Nophamat (นางนพมาศ) qui appartenait à la cour du roi Loethai  probablement. Le roi et sa cour étaient allés pour un pique-nique au bord du fleuve une nuit de cette pleine lune, mais cela ne nous explique pas les raisons de ce lâcher au fil de l’eau de paniers en feuilles de bananier portant bougies et bâtons d’encens.

 

 

 

 

Il cite  enfin deux sources : la première est de la main du roi Chulalongkorn lui-même : Phraratchaphithi sipsongduan  (พระราชพิ ธิ ๑๒ เดือน) ou « les cérémonies royales au cours des douze mois de l'année » écrit en 1888. Les conclusions du monarque sont simples : « Pour le roi, Loi Krathong n'a rien à voir avec une quelconque cérémonie ou rite. C’est simplement une occasion de réjouissance à laquelle tous les gens participent et pas seulement la famille royale;  ce n’est ni une cérémonie bouddhiste ni brahmaniste ».

 

 

 

 

Il nous renvoie enfin à consulter le Dr. Quaritch Wales, auteur d’un ouvrage publié à Londres en 1932 « Siamese State ceremonies », un coup dans l’eau, cet érudit décrit effectivement la cérémonie mais n’en donne aucune explication ni religieuse ni historique.

 

 

Peut-on dans ces conditions déterminer sérieusement l’origine historique de Loy  Krathong ?

 

Une offrande aux esprits de l’eau ? Une action de grâce à la déesse de l’eau, pour ceux qui vivent de l’eau, source de vie économique ? Tout simplement un passe-temps agréable pour une soirée au frais, en plein air au bord de l’eau et à la lumière de la pleine lune  ou tout à la fois et pour une fois une fête purement civile ?

 

Notre ami de Merveilleuse Chiang mai  a ouvert d’autres portes, ceux d’entre vous que le sujet intéresse consulteront son site avec profit, c’est à ce jour et à cette heure très certainement ce que vous pourrez lire de plus sérieux sur cette fête.

 

Les origines chinoises ?

 

La fête est peut-être venue de Chine par le Lanna : il existait en Chine de nombreuses fêtes consistant à faire flotter des bougies,  disparues avec le régime actuel mais qui subsisteraient encore à Java et Singapour.

 

 

Les origines indiennes ?

 

Les indiens pratiquent une fête consistant à faire flotter des lampes, la fête des lumières (Diwali) célébrée en automne qui remonte à la nuit des temps, probable rite agraire pour remercier la déesse des eaux de ses bienfaits. 

 

 

Les origines khmères ?

 

Les khmers ont absorbé la culture indienne et on retrouve chez eux la légende de Nang Nophama remerciant la mère des eaux mais associant Bouddha à la fête.

 

 

Le Lanna ?

 

Y –a-t-il un rapport entre la fête de Loikrathong et celle de yipéng (ยี่เป็ง)  que les habitants du Lanna fêtent le même jour ? 

 

 

Il y a donc une certitude, c’est qu’en réalité, les origines et la signification de cette fête sont incertaines même si toutes tournent autour des bienfaits de l’eau et que le lien avec la fête celtique d’Halloween sont de pure fantaisie.

 

 

HALLOWEEN

 

 

 

 

Le hasard a voulu -c’est un pur hasard- que la fête sinon bouddhiste du moins thaïe de Loy Krathong, tomba le 31 octobre de cette année 2020, le jour de la fête celtique de Halloween qui est figée au 31 octobre de notre calendrier julien. Les Celtes avaient probablement un calendrier non pas lunaire mais solaire qui ne coïncide pas avec le calendrier lunaire puisque le cycle de la terre autour du soleil ne coïncide pas avec celui de la lune autour de la terre.

 

 

 

La référence au soleil qui donne vie à la terre dans une civilisation qui vit dans le froid permanent tout au long de l’année importe plus qu’une référence à la lune qui ne brille que dans le froid de la nuit. Quoi de plus naturel alors de vénérer l’astre du jour et non celui de la nuit.

 

 

En se rappelant que Loy Kratong est tombé ces dernières années le 3 novembre en 2017, le 21 novembre en 2018, le 10 novembre en 2019 et le 31 octobre en 2020, il n’y a donc aucune déduction ésotérique fuligineuse à en tirer au niveau des rapports entre les Celtes et les bouddhistes.

 

 

 

Si nous nous amusions à ce jeu stupide, nous trouverions au hasard de la comparaison des calendriers des liens évidents entre le bouddhisme et le christianisme. Nous savons que la seule fête chrétienne, la plus grande assurément, établie selon un cycle lunaire est celle de Pâques.

 

 

La définition est la suivante : Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après. Elle varie entre le 23 mars et le 25 avril. Les fêtes de la nouvelle année thaïe sont désormais fixées entre le 13 et le 15 avril. Les coïncidences entre Pâques (fête de la résurrection) et la nouvelle année ont été nombreuses, n’en citons que quelques-unes passées et à venir : Le 13 avril : 1941, 1950, 2031, 2036 et 2104. Le 14 avril : 1963, 1968, 1974, 2047, 2058, 2069 et 2104. Le 15 avril : 1900, 1906, 1979, 1990, 2001, 2063, 2074, 2085 et 2096. Nul n’a pensé y faire un lien. Mieux vaut que nous en restions là !

 

 

Que savons-nous de cette fête d’Halloween : avant J.-C., les druides qui détenaient le savoir tenaient sous leur emprise le monde celte.

 

 

 

 

Chaque année le 31 octobre, ils célébraient en l'honneur de leur divinité païenne Samhain (ou Samain), un festival de la mort : Ils se déplaçaient de maison en maison, réclamaient des offrandes pour leurs dieux et exigeaient parfois des sacrifices humains.

 

 

 

 

En cas de refus, ils proféraient des malédictions de mort sur cette maison : C’était en quelque sorte « la bourse ou la vie ». Pour éclairer leur chemin, ces malfaisants portaient des navets évidés et découpés en forme de visage dans lesquels brûlait une bougie faite avec de la graisse humaine de sacrifices précédents car les sacrifices humains ne leur étaient pas étrangers. La christianisation des terres celtes fut réelle mais relative, les traces de paganisme subsistaient encore en Bretagne jusqu’à la veille de la révolution de 1789. Au 18e et 19e siècle, les immigrants irlandais exportèrent cette vieille coutume dans leur terre d’accueil en remplaçant toutefois le navet par une citrouille pour on ne sait quelle raison. Si on a tenté d'associer à cette fête à la tradition chrétienne de la Toussaint, ce n’est qu’une hypothèse ; les origines en sont païennes sinon sataniques.

 

 

 

 

Le problème mais il est de taille est qu’elle fut au fil des années transformée en une méprisable mascarade commerciale. C’est exactement la même perversion de cupidité qui fit d’Odin, dieu celtique transformé en Saint Nicolas par l’église catholique puis en père Noël pollué par l’image qu’en donna Coca Cola.

 

 

 

 

Que ce jour soit considéré comme un festival d’automne où les enfants se costument en personnages de l'histoire américaine n’a rien de répréhensible.  Ce serait aussi bien et plus sain qu’ils le fassent pour mardi gras : Que certains pratiquent encore le culte d’Odin et de Wotan, de Lucifer ou de Satan pourquoi pas si les sacrifices humains ont disparu.

 

 

 

 

Mais la question est surtout que les Américains ont exporté cette fête devenue exclusivement commerciale là où elle n’a rien à faire, non seulement en Europe, mais aussi en Thaïlande en particulier.

 

Il est modestement permis de penser que moins de 0,0001 % ceux qui fêtent Halloween savent ce que cette fête représente.

 

Quand nous lisons sur une page Internet qui se donne les apparences du sérieux : La similitude entre Halloween des Celtes et Loy Krathong de Thaïlande est frappante, les deux festivals sont organisés pour protéger des démons et du mal …  nous devons rester cois ! Ce sont les rédacteurs qu’il faudrait frapper. Est-il permis d’écrire de telles bêtises ? Internet le permet mais que ceux qui ont vu lors de ces festivités une invocation quelconque aux démons nous le disent !

 

Nous savons que la croyance en des êtres surnaturels est innée chez l'homme. Les Thaïs les qualifient du terme générique de ผี « phi ». La traduction que l’on retrouve dans la plupart des lexiques ou dictionnaires, « fantôme » « démon » ou « esprit » est sinon mauvaise du moins très largement insuffisante.  Ce sont « Des choses que les êtres humains croient exister sous une forme mystérieuse, que l’on ne peut pas voir mais qui ont parfois un corps » (3). Nous nous sommes longuement penchés sur ces créatures, car effectivement nous vivons au milieu d’elles (4).  Leur étude est d’autant plus singulière que la ligne de démarcation entre les dieux et les créatures célestes bienfaisantes et les démons et créatures célestes malfaisantes est beaucoup plus difficile à faire que dans notre tradition biblique ! Il y a en effet de mauvais dieux et de bons démons.

 

 

Mais il est une certitude, c’est que les fêtes de Loy Kratong ne font intervenir  aucune de ces créatures et ce n’est que le hasard d’une coïncidence de dates qui est à l’origine de ces fuligineuses comparaisons.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article : R9. UNE DES PLUS BELLES FÊTES DE THAÏLANDE : LE LOY KRATHONG (22 NOVEMBRE 2018) :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html

 

(2) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-chinoises

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-2eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-3eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-naraka

 

(3) Définition donnée par le dictionnaire de l’académie royale (édition 2002) qui en donne ensuite une très longue liste non exhaustive.

 

 

 

(4) Voir notre article :

A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES « Phi » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 22:57

 ภาษาไทยเป็นภาษาของใจ

 

 

Nous sommes parfois déconcertés par les rapports des Thaïs avec les sentiments, sentiments amoureux, sentiments amicaux  ou sentiments familiaux. Les sentiments y sont aussi nombreux et variés qu’ailleurs, mais ils se passent dans le cœur et souvent ils y restent. La langue thaïe a un mot pour chacun de ces sentiments ressentis dans le fonds de son cœur. C’est au cœur que l’on donne le plus de qualificatifs. En Thaïlande, même si on ne les montre pas, les sentiments du cœur sont nombreux, et dirigent la vie, plus peut-être la raison et la réflexion.

 

 

 

La langue est tout en expressions imagées particulièrement dans le domaine des sentiments. Elle utilise tout simplement à cette fin des mots composés (คำประสม - khamprasom). Ne revenons pas sur la grammaire thaïe, si elle est plus franche que la nôtre, elle est beaucoup plus complexe que ce que l’on lit trop souvent, notamment dans sa syntaxe.

 

 

Composée pour l’essentiel de mots monosyllabiques représentant un concept, l’adjonction au premier d’un autre mot en préfixe ou en suffixe représentant lui même un autre concept forme un troisième mot représentant un troisième concept au sens différent avec souvent beaucoup de subtilités : A et B peuvent donc donner AB ou BA  qui donnent C avec un sens différent de ses deux composants.

 

 

Ainsi nous avons eu de la peine à quantifier le  mot cœur (chaï – ใจ) qui est tout à la fois le cœur, centre des sentiments et des émotions et l’organe qui bat dans notre poitrine et nous donne la vie. Le cœur-organe vital est plus volontiers hua-chaï  (หัวใจ  Littéralement  - tête-cœur).  N’entrons pas dans des cours d’anatomie, mais remarquons la construction de trois mots concernant l’organe : 

 

 

 

หัวใจห้องล่าง (huachai hong lang), Littéralement Coeur chambre basse, c’est le  ventricule qui très logiquement va devenir หัวใจห้องล่างขวา (huachai hong lang khwa) qui est le ventricule droit et หัวใจห้องล่างซ้าย (huachai hong lang sai) le ventricule gauche. La construction de ces mots est d’une logique implacable.

 

 

Mais quittons l’anatomie pour entrer dans les sentiments.

 

 

Vous entendrez souvent เข้าใจ (khao chaientrer – cœur), c’est comprendre mais comprendre quelqu’un n’est-ce pas un peu entrer dans son cœur ?

 

 

Deux autres mots du langage courant dans lesquels le positionnement du cœur en change le sens :

ดีใจ (di chai – bien- cœur) être bien dans son cœur, c’est évidement content 

 

 

Si nous mettons le cœur en préfixe, nous avons ใจดี (chai di – cœur – bien) qui devient généreux, bon.

 

 

สนใจ (son chai – intéressé – cœur), être attentif : être attentif aux propos de votre interlocuteur, n’est-ce pas faire preuve de cœur ?

 

 

Vous entendrez aussi souvent ใจเย็น souvent d’ailleurs doublé en ใจเย็นๆ  (chai yen – cœur – froid – froid), une façon pittoresque de dire « du calme ! ».

 

 

Si nous mettons chai en suffixe, nous aurons เย็นใจ (yen chai – froid – cœur) dont être calme et détendu.

 

 

A l’inverse bien sûr, ใจร้อน (chai ron – cœur – chaud), voilà un  impétueux !

 

 

Nous เสียpouvons d’ailleurs compléter ใจร้อนใจเร็ว  (chai ron chai reo – cœur – chaud – cœur vite) ce qui est tout simplement un superlatif du précédent !

 

 

Et si chai vient en suffixe nous aurons ร้อนใจ (ron chai – chaud - cœur), c’est de façon moins logique anxieux.

 

 

Continuons notre promenade avec le mot เสีย (sia – détérioré) : เสียใจ (sia chai – détérioré – cœur) devient désolé

 

et si le préfixe devient suffixe, ใจเสีย (chai sia - cœur - détérioré) devient découragé.

 

 

Nous ne prétendons pas vous donner des leçons d’apprentissage de la langue mais simplement citer quelques expressions courantes qui démontrent la complexité des sentiments du cœur et la diversité du langage pour les exprimer. Il est difficile d'imaginer une seule phrase en thaï sans rencontrer le mot chai traduisant, en dehors au concret, de l’organe, l’émotionnel, le mental, le spirituel, une condition ou un état physique et fait référence à l’abstrait, les sentiments.

 

Si nous cherchons à les inventorier, le Dictionnaire de l’Académie royale donne une centaine d’entrées mais ne concernant que les mots où il se trouve en préfixe.

 

 

Si nous poursuivons la recherche, le mot intervient 1997 fois dans un mot composé bi ou trisyllabique dans ce qui nous parait l’un des meilleurs sites sur la langue thaïe, malheureusement anglophone : http://www.thai-language.com/. En dehors de plus de 20.000 clips audio, son dictionnaire comprend 76.542 entrées, beaucoup plus que dans le Petit Larousse qui n’en contient que 63.000, 1997 entrées incluant le mot chai !

 

 

Le dictionnaire thaï-français de Charles Degnau qui en contient un peu plus de 19.000 entrées intègre environ 900 mots composés de bi ou pluri-syllabiques contenant le mot chaï.

 

 

A titre simplement indicatif, le Dictionnaire de Monseigneur Pallegoix qui est toujours un instrument utile même s’il faut parfois le dépoussiérer, comprend environ 30.000 entrées.

 

 

Remercions-les donc avec un « merci » spécifiquement isan : khopchai (ขอบใจ – remercier – cœur) qui est plus parlant que le classique khopkhun (ขอบคุณ – remercier – vous) même si en thaï de Bangkok il est considéré comme familier !

 

 

Sans aller plus avant un Français « moyen » utilise environ 5 000 mots pour se faire comprendre mais ce ne serait qu’une moyenne qui cache des distinctions importantes : Le vocabulaire quotidien et pratique varierait de 300 à 3 000 mots, selon le milieu dans lequel on évolue. Le vocabulaire actif compte de 800 à 1 600 mots pour les élèves du secondaire et 3 000 mots pour l'adulte moyen. Le vocabulaire de « culture générale » - soit les mots dont on connaît la signification, mais que l'on utilise moins fréquemment au quotidien - varierait entre 2 500 et 6 000 mots pour les élèves du secondaire, et entre 20 000 à 30 000 mots pour les personnes cultivées. Nous donnons ces chiffres sous bénéfice d’inventaire.

 

 

Quelques sites Internet, rares, parlent de cette utilisation systématique du mot chai en la qualifiant d’utilisation « métaphorique ». C’est à notre avis une erreur grammaticale majeure puisque cette forme de construction des mots n’est en rien une métaphore. Nous avons tous appris ou aurions-nous dû, au niveau tout au plus du Certificat d’études ou de l’examen d’entrée en sixième, ce qu’est une métaphore. Le plus bel exemple que citent tous les manuels est tiré de Victor Hugo : La métaphore, est une figure de style fondée sur l'analogie. Elle désigne une chose par une autre qui lui ressemble ou partage avec elle une qualité essentielle. La métaphore est différente d'une comparaison ; la comparaison affirmant une similitude : « La lune ressemble à une faucille » ; tandis que la métaphore la laisse deviner, comme quand Victor Hugo écrit « cette faucille d’or dans le champ des étoiles. ».

 

 

Bref, la langue thaïe sait ce qu’est une métaphore (อุปมา upama) (1).

 

 

Quel que soit le nom que l’on donne à cette forme de rhétorique, elle n’est l’apanage ni des écrivains ni des poètes. Comprendre et utiliser ce mot, c’est sans doute une façon de comprendre la mentalité thaïe, et l’identité thaïe alias « thainess ». Dans l’exemple que nous venons de citer « Comprendre » (เข้าใจ - khao chai), un mot simple du langage courant qui veut parfois dire bien davantage que « J’ai compris ce que  vous m’avez dit » mais «  ce que vous m’avez dit est entré dans mon cœur » (2).

 

 

NOTES

 


(1) Il semblerait que nous soyons en présence d’une hypallage, figure de style qui rapproche deux termes logiquement incompatibles dans une relation inédite. L’étude approfondie des tropes et de la rhétorique n’est toutefois pas de nos spécialités et elle est aujourd’hui largement méconnue !

 

 

(2)  Notons  que dans la même rhétorique, les Thaïs font un surabondant usage du mot (หน้า na),qui est le visage

 

 

Partager cet article
Repost0