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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 03:01

Gavroche 2013-June-1Le magazine Gavroche, Thaïlande, de juin 2013 contenait un dossier au titre alléchant « La France en Isan » ;  la lecture des 6 pages consacrées à ce sujet nous a bien bien déçus.

 

Nous savons que l’ « Isan » n’est pas une réalité ethnique, linguistique ou historique mais un terme générique qui recouvre ce que l’on appelait autrefois le « Laos siamois » et « le Cambodge siamois ». A une époque où la France avait une vocation missionnaire et colonisatrice, ces provinces auraient parfaitement pu tomber dans le giron de la république, les populations pouvant espérer, en étant « sujets » français, avoir un sort meilleur qu’en étant esclaves du roi du Siam. L’histoire ne l’a pas voulu.

 

20 provinces (et non 22 !) sur les 77 que compte le pays, un peu plus du quart, 26 % avec une population originaire dont non ne sait trop le chiffre compte tenu des centaines de milliers d’Isans qui vont chercher fortune dans le reste du pays.

 

Et nous, Français (qui n’avons pas l’outrecuidance d’être « la France ») nous sommes ou serions, sur les un peu plus ou un peu moins de 10.000 inscrits consulaires, 529 seulement (5,29 % exactement) dont 201 « plus de 60 ans » c’est-à-dire en fait des retraités.

L’inscription consulaire n’est qu’un volet qui n’est pas forcément significatif.


 

Carte consulaire

Elle nous facilite (au moins à nous retraités) la vie pour un certain nombre de démarches administratives (certificats de vie, renouvellement du passeport, attestation annuelle de revenus), nous sommes à l’évidence beaucoup mieux accueillis au Consulat lorsque nous prenons rendez-vous en indiquant notre numéro d’inscription. Ce n’est nullement une obligation (1). Elle ne trouverait d’intérêt majeur qu’au cas de troubles graves nécessitant un rapatriement forcé en catastrophe. Cela arrive en Afrique, ici, ce n’est qu’une hypothèse (que nous espérons d’école). Lors du coup d’état en dentelle de 2001, pendant les troubles de Bangkok il y a quelques années, nous avons été judicieusement avisés à de nombreuses reprises par SMS d’avoir à nous tenir à carreau. C’était une bonne chose.

Quant à ceux qui ne jugent pas utiles d’être inscrits, combien sont-ils ? Mystère. Il y a ceux qui font du mi-temps ou du trois quart de temps et rentrent de temps à autre en France, il y a ceux qui pour une raison ou pour une autre (perception d’allocations chômage, RSA ou autre RMI), ne souhaitent pas aller aviser le consulat de leur présence ici, ils existent, nous n’osons dire en grand nombre. Il y a aussi, c’est très marginal mais ça existe (nous en connaissons) ceux qui, anarchistes dans l’âme et réfractaires à toute démarche administrative, vivent depuis des années dans dans un village sans le moindre visa, en flagrant over-stay, avec un passeport périmé, au vu et au su de tous y compris de la Police (quelques billets de mille aidant ???) qui ne leur cherche pas « garouille » comme on dit en Provence dans la mesure où ils ne bougent pas une oreille. Voilà des personnages souvent pittoresques qu’il eut été intéressant de rencontrer (à condition qu’ils le veuillent !) pour avoir un aperçu non pas de « la France » mais des « Français » en Isan.

 

Tintin

(extrait de "Tintin en Thaïlande")


La seule source chiffrée plausible pourrait provenir des onze (à ce jour) bureaux d’immigration de la région pouvant donner le nombre de visas de quelque nature que ce soit (retraités, marié, travail, missionnaires (2)) délivrés à des français.

 

« La France » en Isan ?

 

Inutile d’épiloguer ou de pleurer sur le lait renversé, elle est totalement absente sur le plan diplomatique ou consulaire alors qu’il y a seulement cent ans, elle entretenait des consulats honoraires ou vice consulats à Nan, à Udonthani, à Khorat et à Ubon alors qu’il y avait en tout et pour tout dans le pays 200 ou 300 résidents. La création de postes d’ « îlotiers » aussi sympathiques soient-ils, n’y change rien puisqu’ils n’ont pas la moindre compétence administrative des consuls honoraires.

 

Mais « la France en Isan » c’est aussi, il ne fallait pas l’oublier, la présence de puissantes entreprises françaises, pouvait-on oublier le « Groupe Accor » et tous ses Pullman ou Sofitel, présents dans toutes les grandes villes ?


logo-accor

 

Pouvait-on oublier cette entreprise provençale née dans une bergerie de Forcalquier, « l’Occitane », qui a une luxueuse antenne à Khonkaen et au moins une autre à Udonthani ?


 

Occitanbe

 

N’oublions pas surtout pas non plus cette petite épicerie de Saint-Etienne, devenu « le Casino » présentes dans la multitude de « Big C » où nous faisons parfois nos courses ?

 

Green-truck-BigC-Thailand

 

Citons, et restons en là « Total » (la « Compagnie française des pétroles ») qui exploite déjà mais continue ses recherches, notamment de gaz et en particulier dans la Province de Kalasin.

 

cfp


Toutes ces entreprises ont en permanence ou à temps partiel des cadres français, ils ne sont pas là pour raison matrimoniales mais tout simplement pour (bien) gagner leur vie. Il y a un monde entre leur vie et la notre.

Et les missionnaires français des « Missions étrangères » ? Ils ne sont pas là non plus (on le suppose) pour des raisons matrimoniales, ils sont encore nombreux dans les diocèses des provinces limitrophes du Mékong où l’on rencontre autant de clochers d’églises que de djedis de temples bouddhistes. Ils sont sous la juridiction de l’archevêque de Tharé (à quelques kilomètres de Sakhonnakhon) et s’ils ne se livrent plus à l’évangélisation des « païens », ils accomplissent, dans l’ombre, avec l’aide de nombreux volontaires (notamment français) des tâches « caritatives » (orphelinats, cliniques, enseignement) que nous ne devons pas oublier.

 

MEP

 

Pour le reste, une quinzaine de personnes semblent avoir été rencontrées, provenant de neuf provinces seulement (Buriram, Surin, Kalasin, Khorat, Ubon,Khonkaen), aucun résident des grandes métropoles (Udon, Khorat, Ubon et dans une moindre mesure Khonkaen) alors qu’effectivement, ils sont beaucoup plus nombreux que les « rats des champs » que nous sommes ? Là aussi, il y a un monde entre leur vie et la notre.

 

rats-copie-1.jpg

 

Que retenir de tout cela ?


Une vision de chacun qui ne suscite pas forcément l’unanimité, des portraits bien ficelés, mais un titre bien mal choisi, l’article aurait été beaucoup mieux intitulés « Enquête sur la vie de quinze français dans l’Isan profond ».

 

romain

 

Ce n’est pas en six pages que l’on peut décrire « la France en Isan », mais comme on dit ici บ่ เป็น ยัง, que je ne traduis évidemment pas puisqu’il paraît que pour vivre en Isan, il faut en parler la langue (en réalité, l’un des quinze ou vingt dialectes toujours pratiqués au quotidien à côté du « beau langage »).

 

Nota. Nous proposerons la semaine prochaine une lecture critique de ce dossier.

 

      fin 

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(1) Voir à ce sujet la très instructive et amusante décision du Conseil d’Etat ayant opposé le Consulat de Bangkok à un français irascible et plaideur (conseil d'Etat statuant au contentieux  N° 217175 du 25 avril 2001) in :

 

http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000008020577&fastReqId=513381282&fastPos=1

 

(2) Ils ont un visa pour eux, le visa « R ».

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 03:02

TITRE 0 3. Les années 1980-2000.*


Rappel. Nous avions précédemment évoqué la période de 1932 jusqu’ à la fin des années 70, pour repérer surtout comment la littérature ou plutôt les écrivains avaient « répondu » aux événements historiques vécus par les Thaïlandais. Nous avions appris que le renversement de la monarchie absolue en 1932 n’avait pas « inspiré » les écrivains, mais avait ouvert le pays aux étudiants avec par exemple  la création de l’Université de Thammasat en 1937


thammasat 2

 

qui jouera un rôle important dans leur prise de conscience d’une action à mener pour changer la société.  Ensuite, malgré la censure et le contrôle de la culture par Phibun de 1938 à 1944, de nombreux écrivains affirmaient leur volonté d’agir, et se reconnaissaient dans un mouvement, « L’Art pour le peuple », dont les chefs de file étaient Sri Burapha,


sriburapa2

 

Seni Saowapong et Itsara Amantakun.


Mais la dictature de Sarit de 1957 à 1963,

 

Field Marshal Sarit Sarit Dhanarajata 3

 

le contexte de la guerre froide, l’alliance avec les Américains et la lutte « contre la propagation des idées considérées comme subversives, et notamment communistes » allaient entraîner ce qu’on appellera le Yuk muet, l’Age sombre, ou yuk thanin (Age sauvage) avec la répression sévère contre les écrivains progressistes.

D’autres choisiront une littérature a-politique avec les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan),


Sayong KWAN

 

et les romans à l’eau de rose.


Les années 60 verront surgir de nombreux groupes littéraires et mouvements étudiants, aux orientations esthétiques et idéologiques très diverses, qui iront du  classique, à l’art pour l’art, à la contestation du pouvoir en place. (Cf. notre article 108). Même durant la dictature du gouvernement Thanom et Phrapas (1963-1973) avec la loi martiale en 1971, des textes contestataires mettront en cause de façon virulente la politique menée par les Etats-Unis en Thaïlande et en Asie du Sud-Est. Des étudiants radicaux se tourneront vers le marxisme. Les « événements d’octobre 1973 », le massacre du 6 octobre 1976 et  le coup d’Etat marqueront cette période.


« La traduction des penseurs politiques, les idées marxistes, la lecture des auteurs thaïs radicaux de la première génération comme Sri Burapha, Seni Saowaphong, Issra Amanrakun et surtout l’ouvrage de Chit Phumisak,


Phumisak

 

(L’Art pour la vie, l’art pour le peuple) … vont encourager une nouvelle génération d’écrivains à s’engager ou à être profondément influencé dans ce qu’on appellera « la littérature pour la vie », comme les auteurs Charles Korbjitti, Sila Khomchai, Wanish Jarungidanana, et Win Lyovarin …


Win lowarin


Les nouvelles écrites entre 1973 et 1976 reprendront ces principes pour s’engager auprès des étudiants, des travailleurs, le combat des paysans, des opprimés. On est loin, dit Mme Louise Pichard-Bertaux des palais, des aventures princières, des histoires d’amour et de fantômes.


Suchat Sawatsi, et sa femme Wanna Thappanon (Sidaoruang) sont les meilleurs représentants de cette époque, et Sila Khomchai ou d’autres qui commencent à écrire comme Khamphun Buntawi, Seksan Prasertkun, Khamman Khonkhai et Atsiri Thammachot  …


Mais, « A la fin des années 1970, la plupart des intellectuels qui avaient pris le maquis en octobre 1976 reviennent à Bangkok » […] « Face à un remise en question rendue nécessaire par les changements de société, assure Mme Louise Pichard-Bertaux, les auteurs issus des années 1973-76 réagissent différemment », entre la recherche de nouvelles voies d’écriture jusqu’à l’abandon de la littérature.


Cette répression sera si efficace, si traumatisante, que les écrivains qui pouvaient se reconnaître dans la « Littérature pour la vie » renonceront aux thèmes les plus politiques.


Même Suchat Sawatsi s’en étonnera. Passe encore, dit-il, pour la lutte armée pour le pouvoir, la situation politique ayant changée, mais comment comprendre l’abandon du thème de la vie des ouvriers dans les usines. « S’il est en effet indéniable que la montée de la classe moyenne constitue un des phénomènes fondamentaux de ces dernières années, cette classe moyenne, que je sache, n’en a pas pour autant éliminé la classe ouvrière. Cette dernière s’est au contraire développée de façon non négligeable, et des problèmes graves comme celui du travail des enfants ont pris l’importance que l’on sait. Alors pourquoi la condition des ouvriers d’usine est-elle pratiquement ignorée par la nouvelle contemporaine ? »


ouvriers d'usine


Il continue, non sans humour, « Serait-ce à dire que l’effacement de la dictature du prolétariat du discours politique a eu pour corollaire l’avènement de la dictature des classes moyennes dans la littérature ? ». (Cité par Mme Louise Pichard-Bertaux, Panorama de la nouvelle thaïe, Bangkok, Naga Press, 1994).


La société a changé, avions-nous dit, beaucoup d’anciens ont renoncé à leurs idéaux, une nouvelle génération d’écrivains arrive.


Si on voulait poursuivre dans la veine de Suchat Sawatsi, nous pourrions dire que si la « Littérature pour la vie » voulait dénoncer les méfaits et changer la société de leur temps, les écrivains des années 1980 seront changés par la nouvelle société thaïe en mutation.


Mme Louise Pichard-Bertaux nous donne les principaux traits de cette société marquée par une expansion économique, avec le développement de l’industrialisation, l’exode vers les villes, une urbanisation accélérée, l’ouverture au tourisme de masse … et surtout la croissance spectaculaire de la classe moyenne qui va imposer son modèle de vie et ses valeurs (la famille réduite, la maison, la voiture, la consommation …). Cette industrialisation (et cette nouvelle société de services pourrait-on rajouter) va donc aussi  accélérer l’exode rural ( La Thaïlande était largement rurale dans les années 1980. L’agriculture employait encore 59 % de la population active, en 2008) et par là même désorganiser les familles et les valeurs traditionnelles, provoquer une perte d’identité.


La crise économique de 1997 va provoquer, nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, « chez les intellectuels une remise en question de la société de consommation capitaliste. Plusieurs mouvements de retour aux valeurs traditionnelles – et parfois ultra-nationalistes, voire xénophobes (contre les Occidentaux) (…) se mettent en place pour contrer ce que certains appellent la déliquescence de la société thaïe : corruption, débauche, destruction de l’environnement, perte des valeurs bouddhistes, drogue, prostitution, sida … » 

 « En renonçant à notre propre échelle des valeurs en haut de laquelle figure le bouddhisme, dit  Ekavida Na Thalang, nous avons déclenché une réaction en chaîne que nous ne maîtrisons plus (…) Nous avons engagé notre société dans une voie sans issue en reniant notre patrimoine culturel. » (Thalang 2001, Ekavida Na Thalang, secrétaire général de la Commission de la Culture de 1988 à 1991)


D’autres, sans être aussi conservateurs et traditionnalistes,  déplorent cette évolution et « leurs écrits sont souvent emprunts d’une certaine nostalgie, pour une vie plus simple, moins matérialiste », mais, nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, ils appartiennent à la  classe moyenne, « participent eux-mêmes à cette société de consommation ». Peu vivent de leur plume, précise-t-elle, et travaillent souvent dans la publicité, les médias ou l’édition commerciale.


Mme Louise Pichard-Bertaux montre ensuite l’importance « En 1981, (de) la parution de Khamphiphaksa (Le Jugement)


 

KAMPHIPAKSA

 

de Chart Korbjitti (qui) annonce un nouveau tournant dans la littérature thaïe ». Elle en donne quelques caractéristiques : le roman se situe dans un milieu rural. Il n’oppose plus comme pour la « Littérature pour la vie », oppresseur et opprimés, mais l’individu face à la  société des « honnêtes gens », un « héros » « sans le sou et alcoolique », « face à la population d’un village en proie au mirage de la modernisation ». Ce premier roman aura un grand succès public et sera récompensé en 1982 par le Southeast Asian Writers Award.


Mme Louise Pichard-Bertaux va ensuite signaler une série d’auteurs et œuvres qui ont compté dans les années 80.

  • 1983, Nikhom Rayawa, « Iguane et branche pourrie » (Takuat kap kop phu). 1984, « Hautes berges, lourdes grumes » ( Taling sung sung nak), (prix SAW de 1988)
  • 1984, Phraphatson Sewikun, « Le Temps mis en bouteille » (Wela nai khuat kaew)
  • 1984, Wimon Sainimnuan, « Serpents » (Ngu). Dénonce les injustices sociales. Aura en 2000 le SEA Write avec son roman Amata.
  • 1985, Atsiri Thammachot, « La Mer et le temps » (Thalae lae kanwela)
  • 1987, Wanich Jarungidanan, “Cobra” (Mae bia). Le conflit entre tradition et modernité.
  • 1988, Chart Korbjitti, « Les Chiens enragés » (Phan ma ba). L’individu et sa place dans la société et le thème de la marginalité (alcool, drogues, amitié et dérive).
  • 1989, Sila Khomchai, « La Place du tigre » (Thang seua)

 

Et au milieu des années 90, deux romans forts :

 

Les auteurs de nouvelles.


Mme Louise Pichard-Bertaux évoque de nouveau les auteurs choisis pour son étude :

  • Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin, lauréats du SEA Write. (Cf. nos articles 104 et 105) 
  • Et Wat Wanlayangkun, Chamlong Fangchalachit, et trois nouvellistes appréciés des lecteurs et critiques : Phaithun Thanya (SEA Write 1987 pour son recueil « Construire en sable » (Ko kong) ), Anchhan (SEA Write 1990 pour son recueil « Choses précieuses de la vie » ( Anani heng chiwit) ), Kanokpong Songsomphan (SEA Write 1996 pour son recueil « Un autre royaume » (Phen din uen) )

 

On ne peut ici reprendre tous ses romans et nouvelles, tant leur diversité de style et d’intrigues sont nombreuses, mais avec Mme Louise Pichard-Bertaux on peut signaler les trois principaux thèmes qui concernent les changements de la société thaïlandaise en milieu urbain et rural, avec ses travers.


 Ainsi, les écrivains thaïlandais critiquent la société de consommation, son individualisme et la montée de la classe moyenne. Beaucoup regrettent les valeurs traditionnelles et fustigent les nouvelles marginalités et la pollution.


La société rurale est traitée avec sa modernisation, la migration vers les villes, la difficulté du retour au village, les valeurs religieuses et croyances ébranlées …


En fait, c’est l’ensemble de la nouvelle société qui est racontée dans ses excès et ses aspirations, comme une meilleure reconnaissance du rôle de la femme. Les écrivains osent désormais aborder « la corruption qui gangrène la politique et le clergé », la prostitution, le sida et la drogue.


Mais Mme Louise Pichard-Bertaux se contente le plus souvent d’énumérer, et continue avec les nouvelles d’inspiration philosophique, la science-fiction, les récits de fantômes, d’épouvante, d’horreur, humoristiques, et autres histoires d’amour à l’eau de rose ou de familles déchirées par les jalousies … sans signaler l’importance, le rôle joué par ses différents genres dans les changements sociétales.


Pire, elle ne donne aucune information quantitative sur  ces publications, On ne peut pas ainsi mesurer la place et l’importance qu’occupe la littérature au sein de la société thaïlandaise.


Or, dans un autre article, nous rapportions les propos de Marcel Barang, l’un des meilleurs connaisseurs et traducteur de la littérature thaïe, qui indiquait que l’activité littéraire thaïlandaise était faible et que la population s’en désintéressait.

(Cf. notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html)


On peut ajouter qu’il en est de même pour les études en français sur la littérature thaïlandaise.


Jean Baffie, dans la préface du livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, ne citait que Paul Schweisguth,

 

titre

qui avait publié une étude sur la littérature thaïe en 1951 ( !), les travaux de Mme Jacqueline de Fels pour les décennies 1970 et 1980 et Gilles Delouche pour la littérature classique. Cela faisait peu. Même si nous  avions lu avec intérêt l’étude de Jean Marcel, écrite en 2006 : « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise » (Cf. A23), nous n’étions pas en mesure de préciser le rôle qu’a pu jouer la littérature thaïlandaise dans l’évolution de son Histoire.

 

JEAN MARCEL


Alors comment pouvions-nous conclure à propos des rapports de la Littérature thaïlandaise avec son Histoire ?


Nous savons que la relation entre la littérature et l’histoire a suscité et suscite encore de multiples débats, même si pour le moins l’historien considère la littérature comme une source, et que les études littéraires s’efforcent de situer les œuvres littéraires dans leur contexte historique. Il en est ainsi car la littérature a de nombreuses définitions, et que l’histoire a de nombreuses écoles et des fonctions diverses.


On peut dire par exemple avec Simone de Beauvoir


 

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que : « la littérature est une activité exercée par les hommes pour les hommes afin de dévoiler le monde où nous vivons», ou avec Georges Mounin


MOUNIN

 

que «la littérature reste considérée souvent comme la seule, et toujours la meilleure ethnographie de la culture d’un pays donné...» ;

 

mais nous préférons l’historien Paul Veyne : « L’histoire est récit d’événements : tout le reste en découle. Puisqu’elle est d’emblée un récit, elle ne le fait pas revivre, non plus que le roman (…) Comme un roman, l’histoire trie, simplifie, organise » (« Comment on écrit l’histoire »).

 

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 Les historiens racontent donc des intrigues comme les romanciers avec leurs choix (personnages, événements, espaces et temporalité …), leur style. Nul historien, nul écrivain ne dit la Vérité, mais nul ne doute que les événements choisis par Mme Louise Pichard-Bertaux sont les événements majeurs de l’histoire du Siam et de la Thaïlande et que les mouvements littéraires et les écrivains qu’elle nous a présentés ont joué un rôle dans cette histoire.


Son livre, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande» nous donne quelques clés, des références essentielles pour poursuivre notre « compréhension » de la société thaïlandaise.



___________________________________________________________________________

 

 

*selon le livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »

 

 

TITRE 

 

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 03:02

2. De 1932 à la fin des années 1970.


 Nous poursuivons notre lecture du livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande », pour donner quelques repères sur la littérature thaïlandaise dans ses rapports avec l’Histoire. Nous en sommes au 24 juin 1932, une date historique; la monarchie absolue est renversée pour instaurer un régime constitutionnel.* Cet événement majeur de l’Histoire thaïlandaise ne semble pas avoir produit d’effet littéraire immédiat. La première nouvelle sur ce bouleversement, Nuang tae arayatham (« A cause de la civilisation ») est écrite par Yot Watcharasathiern et est publiée en juillet 1935. La même année, le roi Rama VII part pour Londres et abdique.

1937 : une année prolifique.**


En 1934, Pridi (l’un des deux principaux protagonistes avec Phibun de la révolution), alors ministre de l’intérieur, avait créé l’Université de Thammasat, sur le modèle de Sciences Po de Paris. En 1937, l’université s’ouvre réellement aux étudiants  pour devenir assez rapidement le « centre du mouvement progressiste ».


 Quatre romans majeurs vont paraître  qui mettent « en scène la classe dirigeante, avant et après 1932, face au bouleversement des valeurs traditionnelles ».

  • Khanglang phap (Derrière le tableau) de Sri Burapha.
  • Phu di (Quelqu’un de bien) de Mme Dokmai Sot.
  • Ying khon chua (La prostituée) de K. Surangkhanang.
  • Phlai Maliwan (L’Eléphant Maliwan) de Mme Thanom Mahapaoraya.

 

Khanglang phap (Derrière le tableau) de Sri Burapha est son oeuvre la plus connue. « Au-delà d’une simple histoire d’amours contrariées, l’auteur dépeint l’opposition entre une classe moyenne émergente, avide de pouvoir et d’argent, et les aristocrates, qui ont perdu de leurs privilèges et parfois leur fortune, mais qui souhaitent conserver des valeurs morales qui se heurtent aux aspirations matérialistes de la nouvelle société thaïe ». Phu di (Quelqu’un de bien) de Dokmai Sot est considéré par beaucoup comme son meilleur roman et montre l’importance des valeurs traditionnelles pour rester une phi di « quelqu’un de bien ») malgré les  aléas dramatiques de la vie. Ying khon chua (La prostituée) de K. Surangkhanang est « le premier ouvrage littéraire en thaï qui traite de la prostitution ». Phlai Maliwan (L’Eléphant Maliwan) de Mme Thanom Mahapaoraya n’est pas politique et en donnant un rôle à un éléphant se veut plus « siamois ».


1938-1944. Phibun contrôle la culture et la littérature.


Il  faut connaître cette période de l’Histoire de la Thaïlande et le

rôle qu’a joué Phibun dès 1938 dans la mise en place énergique d’un ultra- nationalisme thaï, la thainess, qui s’est exercée dans tous les domaines (politique, économique et culturel) pour comprendre la place et les choix opérés par les écrivains.  (Cf. notre article sur le nationalisme ***). Pendant la guerre en 1942, il décrète les Ordonnances Ratthaniyom (Nationalites), une « révolution culturelle », une « occidentalisation » forcée qui impose de nouvelles normes aussi bien dans les façons de s’habiller, de se coiffer, de se saluer, que dans la morale, la langue, l’orthographe …

Phibun voulait imposer ses idées et tout contrôler. Il crée le 27 juin 1942, l’Association de la littérature de Thaïlande (Wanakhadi Samakhom Haeng Phratet Thai) et le 29 septembre le conseil National de la culture (Sapha Watthanatham Haeng Chat).


On retrouvera des écrivains pro-régime comme Seni Butsaoaket qui fera l’apologie de la xénophobie dans sa nouvelle Dokmai khlong chat (Fleur de la Nation), ou comme Sri Burapha qui se refusera à toute publication pendant cette période. D’autres s’auto-censureront avec des sujets sans danger. Peu, comme Bunyun Kolomlabut oseront défier les « Ordonnances », comme dans sa nouvelle de 1942,  Thoe hai pai nai (Toi, où as-tu disparu), « brocardant l’interdiction d’utiliser le pronom personnel thoe », ou comme  Malai Chuphinit (Riem Eng) en 1944 -alors que Phibun est contraint de quitter le pouvoir-  critiquer les choix du gouvernement, rappeler les devoirs du soldat, s’opposer à l’impérialisme japonais dans trois nouvelles, alors que la Thaïlande est encore l’alliée du Japon et de l’Allemagne nazie.


« La fin de la guerre provoque un renouveau littéraire. »


Mais si Mme Louise Pichard-Bertaux signale que les écrivains retrouvent leur liberté d’expression, elle ne cite pas d’œuvres, à l’exception de deux journaux, le Bow daeng (Ruban rouge) de San Thewarak, et le Sayam Samai qui encouragent à la création littéraire.


Après la mort du roi Ananda Mahidol le 8 juin 1946, trouvé mort une balle dans la tête. Son frère lui succède, mais il poursuit ses études en Suisse. (Il ne sera couronné qu’en 1950). Pridi est contraint à la démission et est remplacé par le maréchal Thamrong. Le 8 novembre 1947, un coup d’Etat le  renverse et en avril 1948, Phibun reprend le pouvoir avec l’appui du chef de la police, le général Phao et le chef de l’armée, le général Sarit.


Dans ce contexte, les écrivains estiment que la littérature a un rôle à jouer. Le 26 janvier 1950, les plus engagés créent le Chomrom nakpraphan (Club des Ecrivains).


Le Silapa  phuea prachachon ?  (L’Art pour le peuple).


Ce Club des Ecrivains va créer un mouvement de littérature engagée connu sous le nom de Silapa  phuea prachachon (L’Art pour le peuple), dont les chefs de file sont Sri Burapha, Seni Saowapong et Itsara Amantakun.  Ils « s’interrogent sur leurs choix politiques, leur engagement face aux disparités sociales et la position de l’art dans la société ». Mais là encore aucune référence littéraire n’est donnée. Mais cela n’empêchera pas le pouvoir d’emprisonner Sri Burapha de 1952 à 1957 pour ses tendances marxistes. On aurait aimé lire des prises de position. Surtout qu’il est précisé qu’ils retrouveront une audience auprès des écrivains  des années 1970 qui s’engageront dans le mouvement Wankham phuea (Littérature pour la vie).

Mme Louise Pichard-Bertaux s’appuyant sur Saithip Nukunkit (1994) note que la nouvelle devient le genre littéraire majeur et a évolué depuis 1932. Les auteurs ont une plus grande maîtrise de l’intrigue et du suspense. Si  entre 1932 et 1942, les écrivains sont plutôt sensibles au romantisme et à l’idéalisme, ils s’orientent après-guerre, sous l’influence occidentale, vers plus de symbolisme, de réalisme, et de  naturalisme. Une coupure s’est faite.

« Avant 1950, les thèmes sont surtout liés aux problèmes familiaux de personnages appartenant à la classe aisée ou moyenne : l’amour, la vengeance, les relations familiales forment très souvent le cœur du récit. Après cette date, la littérature engagée aborde les sujets de société, d’économie et de politique, puisant des modèles de personnages dans toutes les classes sociales, rêvant d’une société idéale ».


Mais si les écrivains se rencontrent, discutent, s’organisent, sont plus conscients des enjeux littéraires, leur audience est restreinte et le Pouvoir va redevenir dictatorial.


La vie politique thaïlandaise va connaître de nouveau un coup d’Etat le  16 septembre 1957 qui envoie Phibun et Phao en exil, et un autre le 20 octobre 1958 de Sarit Thanarat qui va abolir la constitution et installer un régime dictatorial  jusqu’à sa mort en 1963. Ce sera une période sombre pour les écrivains, enfin pour ceux qui ne partagent pas la vision idéologique américaine. Ce sera « la guerre froide », la période de confrontation idéologique et politique entre deux grands blocs, entre les Etats-Unis et l’URSS … la guerre de Corée (1950-1953), la guerre d’Indochine (1946-1954), la guerre du Viet Nam (1964-1975).


 Le Yuk muet, l’Age sombre, ou yuk thanin (Age sauvage) pour les écrivains progressistes, marqué par la censure et la répression.


La Thaïlande sera un allié des Américains qui lui donnera une aide militaire et économique. « Le gouvernement de Sarit lutte contre la propagation des idées considérées comme subversives, et notamment communistes, aidé par les services spéciaux américains et la CIA. » « Toutefois, avions-nous dit****,  Sarit utilisera l’aide américaine pour un grand programme d’infrastructures (routes, électricité, irrigation). Près de 3 milliards de dollars seront investis chaque année, pour atteindre jusqu’à 8 % du PNB au moment où plus de 40 000 soldats américains sont  sur le sol thaïlandais. »


La Thaïlande se transforme, les écrivains décrivent ses changements, et les nouvelles disparités, l’écart entre Bangkok et les zones rurales, enfin dans les limites définies par la censure. Mme Louise Pichard-Bertaux cite un long extrait de l’article 17 de la constitution provisoire de 1957 qui interdit en fait toute critique contre le roi et la famille royale, la politique étrangère du gouvernement, et tout autre institution gouvernementale, bien sûr interdit le communiste et toute « prophétie » susceptible de troubler l’ordre public …  La répression est active.


L’autodafé du 1er juillet 1959.


Le gouvernement Sarit va appliquer à la lettre l’article 17 en procédant sur la place de Sanam Luang à Bangkok, à un autodafé où seront brûlées «  toutes les oeuvres interdites et saisies. Plusieurs écrivains, dont Itsara Amantakun, sont emprisonnés, alors que d’autres choisissent l’exil (Sri Burapha en Chine, Khamsing en Isan) ». Khamsing (alias Lao Khambhom) avait publié un recueil de nouvelles intitulé Fa bo kan (Le ciel n’est pas une barrière), nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, où il dénonce les inégalités entre le milieu urbain et le milieu rural, l’attitude de l’Administration centrale face aux paysans.


Bref, les écrivains n’auront plus le choix qu’entre le silence, l’exil,  ou ce qui sera intitulée plus tard « la littérature de l’eau croupie » (wannakam nam nao) ; Une littérature uniquement divertissante, sans aucune critique ni référence à la société présente.


« La littérature de l’eau croupie » ?


« La littérature de l’eau croupie se divise en trois genres : les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan), et les romans à l’eau de rose.


 (le khwan, est-il précisé en note, « âme, essence vitale, force » est un organe essentiel du corps humain, au même titre que le cœur et l’esprit).


Les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), sont des adaptations de romans chinois avec des héros aux pouvoirs surnaturels dans  un univers fantasmagorique. Les auteurs les plus connus sont W. Na Muanglung et N. Nopparat. Les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan), mettront en scène les phi, ces esprits malins aux pouvoirs maléfiques. Le maître du genre est Phanom Thien dont le roman le plus connu est Phet phra uma (Les diamants de Phra Uma). Enfin les romans dits à l’eau de rose que l’on connaît en France sous la collection Harlequin. Cette littérature sera très populaire, et sera reprise plus tard en BD, ou en feuilletons à la télévision et au cinéma.


Les groupes littéraires des années 1960.


Si les écrivains sont muselés, paradoxalement dit Mme Louise Pichard-Bertaux, à l’été 1959, l’Association Langue et livres de Thaïlande (Samakhom Phasa lae Nangsue haeng Prathet Thai) créée le 28 mai 1958, est reconnue par l’association internationale du PEN club. ***** Il est vrai que ses écrivains ne s’intéressent qu’aux œuvres classiques. D’autres vont suivre dans les années 1960, « tourné(s) vers l’esthétisme dans la littérature et dans l’art, et ne revendiquant aucun engagement politique. » Ainsi le Klum num nao sao suai (Groupe de beaux jeunes gens et jeunes filles), avec Suwanni Sukkonta, le club de poésie, le Chomrom Wanasin composé d’étudiants des universités de Chulalongkorn et de Thammasat.


Trois autres mouvements, plus engagés politiquement, seront la plupart du temps censurés. Ainsi, le Klum prachan siaw fondé par Suchat Sawatsi, suscite des débats qui ne sont pas appréciés par le Pouvoir. De même pour le « Chet sathaban (Sept institutions), qui rassemble des étudiants de sept universités, et le Klum sapha na dom (Groupe de l’Assemblée du dôme), fondé par des étudiants de Thammasat ». Les étudiants n’ont plus peur, se réunissent, s’organisent, comme par exemple le Centre national des étudiants de Thaïlande, créé en 1965. (qui manifestera en 1972 contre l’impérialisme économique du Japon).


Le gouvernement Thanom et Phrapas (1963-1973)****** ne peut juguler cette contestation ; et le premier ministre institue en 1971 la loi martiale. Mais des textes contestataires circulent comme le pamphlet d’étudiants de l’université de Thammasat intitulé « Phai khao (Le Péril blanc), qui met en cause de façon virulente la politique menée par les Etats-Unis en Thaïlande et en Asie du Sud-Est. Les étudiants radicaux se tournent vers le marxisme … ».


La « Littérature pour la vie »  et  la période historique de 1973-1976 (les « événements d’octobre 1973 », le massacre du 6 octobre 1976 et  le coup d’Etat).


La guerre froide, la présence américaine, la guerre du Viet Nam, la contestation étudiante, le régime corrompu de Thanom Phrapas, le désir de plus de liberté, de démocratie, d’une vie meilleure pour les laissés pour compte … la traduction des penseurs politiques, les idées marxistes, la lecture des auteurs thaïs radicaux de la première génération comme Sri Burapha, Seni Saowaphong, Issra Amanrakun et surtout l’ouvrage de Chit Phumisak, Silapa pheua chiwit silapa pheua prachachon (L’Art pour la vie, l’art pour le peuple)******* … vont encourager une nouvelle génération d’écrivains  à s’engager ou à être profondément influencé dans ce qu’on appellera « la littérature pour la vie », comme les auteurs Charles Korbjitti, Sila Khomchai, Wanish Jarungidanana, et Win Lyovarin.


Mme Louise Pichard-Bertaux souligne l’importance qu’ont pu jouer la vie, l’oeuvre et les idées de Chit Phumisak ; Elle rappelle quatre de ses principes qui formeront la base de « la littérature pour la vie », à savoir (citant Rungrat) :

  • Dénoncer la laideur de la vie (injustice, oppression …).
  • Dénoncer les causes et les conséquences de cette laideur.
  • Exposer les moyens  de supprimer cette laideur.
  • Exposer les possibilités d’une vie nouvelle, qui s’appuierait sur la beauté, la simplicité et la clarté.

 

Les nouvelles écrites entre 1973 et 1976 reprendront ces principes pour s’engager auprès des étudiants, des travailleurs, le combat des paysans, des opprimés. On est loin, dit-elle,  des palais, des aventures princières, des histoires d’amour et de fantômes.


Suchat Sawatsi, et sa femme Wanna Thappanon (Sidaoruang) sont les meilleurs représentants de cette époque, et Sila Khomchai ou d’autres qui commencent comme Khamphun Buntawi, Seksan Prasertkun, Khamman Khonkhai et Atsiri Thammachot  …


Mais ce mouvement qui avait pu se développer après la chute des deux dictateurs en octobre 1973  (Le 14 octobre, Thanom avaient donné l’ordre à l’armée de tirer dans la foule, tuant une centaine de manifestants. Le roi était intervenu, l’armé divisée n’avait pas soutenu les deux dictateurs, qui avaient dû s’exiler), pendant une période d’instabilité politique (six gouvernements avec 3 premiers ministres en 3 ans), va s’achever le 6 octobre 1976, par un massacre de la police qui tire sur les manifestants et tue plus de 400 personnes. Un coup d’Etat s’ensuivit, avec le pouvoir confié à un civil (Thanin), mais la même faction  militaire procéda à un autre coup d’Etat en 1977 avec le général Kriangsak.


La répression sera sévère. Beaucoup seront arrêtés, d’autres se cacheront (comme Sucaht Sawatsi et Sisaoruang) ou prendront le maquis (comme Sila Khomchai). La plupart des écrits de 1973-1976 seront interdits à la publication et à la vente ; « La littérature pour la vie » ne peut plus désormais s’exprimer. Une note de bas de page est très explicite. « De nombreux intellectuels qui possèdent des livres interdits les enterrent dans leur jardin et ne les ressortiront de leur cachette qu’au début des années 1980 ».


Mais pour comprendre cette répression et le traumatisme qui a suivi, il est nécessaire de lire d’autres études pour comprendre ce que peut représenter le pouvoir militaire en Thaïlande.*******(Cf. nos articles A 50, 82, 83)

Par exemple Jean Baffie,  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » :


« Pour faire court. L’armée a été l’élément moteur de la « révolution de 1932 » et s’est considérée dès lors « comme la gardienne d’une identité proprement thaïe » et après le coup d’état du maréchal Sarit en 1959, gardienne de la royauté et du respect dû au roi. Une idéologie efficace à laquelle s’est rajoutée une culture du coup d’état permettant d’assurer en fait des intérêts économiques puissants ».


Ou le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande » :


« Mais l’armée pouvait à juste titre justifier cette guerre, surtout en 1975, où le Laos et le Vietnam tombaient sous le régime communiste et que la  guérilla communiste menait « sa guerre » au cœur même de la Thaïlande. (en 1979, la guérilla communiste a pu compter jusqu’à 14 000 hommes en armes, disent nos auteurs).  L’armée « royaliste » était là dans son rôle.

Mais, au nom de la lutte contre le communisme, « l’armée devient un instrument de répression politique utilisé contre les syndicats, les intellectuels et les étudiants. » Une page noire de l’histoire de ce pays. »

Cette répression sera si efficace, si traumatisante, que les écrivains qui pouvaient se reconnaître dans la « Littérature pour la vie » renonceront aux thèmes les plus politiques.


Même Suchat Sawatsi s’en étonnera. Passe encore, dit-il, pour la lutte armée pour le pouvoir, la situation politique ayant changée, mais comment comprendre l’abandon du thème de la vie des ouvriers dans les usines. « S’il est en effet indéniable que la montée de la classe moyenne constitue un des phénomènes fondamentaux de ces dernières années, cette classe moyenne, que je sache, n’en a pas pour autant éliminé la classe ouvrière. Cette dernière s’est au contraire développée de façon non négligeable, et des problèmes graves comme celui du travail des enfants ont pris l’importance que l’on sait. Alors pourquoi la condition des ouvriers d’usine est-elle pratiquement ignorée par la nouvelle contemporaine ? »


Il continue, non sans humour, « Serait-ce à dire que l’effacement de la dictature du prolétariat du discours politique a eu pour corollaire l’avènement de la dictature des classes moyennes dans la littérature ? ». (Cité par Mme Louise Pichard-Bertaux, Panorama de la nouvelle thaïe, Bangkok, Naga Press, 1994).


« A la fin des années 1970, la plupart des intellectuels qui avaient pris le maquis en octobre 1976 reviennent à Bangkok » […] « Face à un remise en question rendue nécessaire par les changements de société, assure Mme Louise Pichard-Bertaux, les auteurs issus des années 1973-76 réagissent différemment », entre la recherche de nouvelles voies d’écriture jusqu’à l’abandon de la littérature.

 

La société a changé !  Les anciens ont renoncé à leurs idéaux, une nouvelle génération d’écrivains arrive.



                                                           __________________

 

(Cf. notre article 52 http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

« L’ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien » de Saneh Sangsuk : (…) Si j’avais un minimum de conscience politique, c’était bien plutôt parce que j’avais lu des ouvrages illustrés de photos sur les événements du 14 octobre [1973] et du 6 octobre [1976] imprimés et vendus sous le manteau. Ils m’avaient fait sentir l’inconvenance, l’injustice, voire la terrible cruauté de ce que l’Etat avait fait à ceux dont les opinions divergeaient de façon objective ».

Il nous explique qu’il était trop jeune. Pour les événements du 14 octobre, il était, au début du secondaire un « garnement » avec ses copains « à planer dans la fumée du haschich », et 3 ans plus tard, pour les événements du 6 octobre, il était «  en fin de secondaire dans le Sud et trop stupide pour comprendre le sens véritable de la liberté et de la démocratie »  (p. 311).

 

 _________________________________________________________________________________

 

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-les-relations-franco-thaies-l-entre-deux-guerres-67544057.html


** Sous-titre de Mme Louise Pichard-Bertaux.


***Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html


****Cf. Nos articles. 15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan ! A.46. « L’agent orange » en Isan ? Les autres « retombées » américaines en Thaïlande et en Isan.


***** Le PEN club international est une association d'écrivains internationale, apolitique et non gouvernementale, fondée en 1921 par Catherine Amy Dawson Scott avec l’appui de John Galsworthy. Elle a pour but de « rassembler des écrivains de tous pays attachés aux valeurs de paix, de tolérance et de liberté sans lesquelles la création devient impossible ».

La section française du PEN Club est fondée en 1921. (wikipédia).


*****Thanom Kittikachorn, né le 11 août 1911 à Tak en Thaïlandeet mort le 16 juin 2004 à Bangkok) a été le 13e premier ministre de Thaïlandeen 1958. Il a été réélu en 1963 et est resté à la tête du pays pendant dix ans, jusqu'en 1973. Il est le premier ministre thaïlandais à avoir gouverné pendant le plus longtemps.  

Praphas Charusathien,général de l' armée royale thaïlandaiseet ministre de l'Intérieur dans les gouvernements de dirigeants militaires Sarit Thanarat et Thanom Kittikachorn .  En 1957, Sarit l'a nommé ministre de l'Intérieur, une position dans laquelle il a continué à servir après la mort de Sarit en 1963. Le nouveau Premier ministre a été Thanom Kittikachorn, dont le fils a épousé la fille de Praphas. De 1963 à 1973, il était en outre vice-premier ministre et commandant en chef de l'armée royale thaïlandaise . Pendant ce temps, Praphas était l'homme fort en arrière-plan qui tirait les ficelles dans le gouvernement Thanom. Il était connu pour les transactions financières obscures et des intrigues politiques.


******Chit Phumisak (thaï: จิตร ภูมิศักด, 25 septembre 19305 mai 1966) est un historien et poète thaïlandais.

Né dans une famille pauvre, dans la province de Prachinburi, dans l'est de la Thaïlande, il étudia la philologie à l'Université Chulalongkorn à Bangkok. Ses écrits, anti-nationalistes, ont été considérés comme dangereux pour l'État par le gouvernement anti-communiste de Sarit Dhanarajata. Il est arrêté en 1957, accusé d'être communiste, et après six ans de prison il est déclaré innocent par une cour et remis en liberté. En 1965, il rejoint le Parti communiste thaïlandais dans la jungle des montagnes Phu Phan dans la province de Sakhon Nakhon. Le 5 mai 1966, il est abattu par des villageois, près du village de Nong Kung dans le district de Waritchaphum. Son corps fut brûlé et aucune cérémonie n'a été célébrée pour sa mort avant 1989, quand ses cendres ont été installées dans un stûpa.

Son livre le plus important est Le Visage du féodalisme thaï (โฉมหน้าศักดินาไทย, Chomna Sakdina Thai) écrit en 1957 sous le pseudonyme de Somsamai Srisootarapan. Kawi Kanmuang et Kawi Srisayam sont d'autres noms de plume de Chit Phumisak. (wikipédia)


*******

La fin de la dictature Thanom Phrapas de 1973.  « Pour la première fois, la bourgeoisie urbaine, menée par les étudiants, avait défait les forces combinées de la vieille classe régnante et de l'armée et gagné la bénédiction apparente du Roi pour une transition vers la pleine démocratie, symbolisée par une nouvelle constitution qui prévoit une législature entièrement élue. » (wikipédia)


Le coup d’Etat de 1976.


Selon wikipédia ; mais la présentation de ces événements sera différent selon l’idéologie défendue.

. À la fin de 1976, la bourgeoisie modérée a tourné le dos au radicalisme de plus en plus militant des étudiants basé à l'université Thammasat. L'armée et les parties de droite ont lutté contre les radicaux de gauche avec des groupes paramilitaires tels que les « Village Scouts » et le « Red Gaurs ». L'exemple s’est présenté en octobre quand Thanom est revenu en Thaïlande pour entrer au monastère. Des manifestations violentes d'étudiants se sont heurtées à des contre-manifestants. Le 6 octobre 1976, l'armée a lâché les paramilitaires sur les manifestants, et a utilisé cette orgie de violence, dans laquelle des centaines d'étudiants ont été torturés et tués, pour suspendre la constitution et reprendre le pouvoir. À partir de cette date, de nombreux gauchistes prennent le maquis pour rejoindre le parti communiste thaïlandais (PCT) d'obédience maoïste.


Mieux :Jean Baffie :


« Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale », in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html


Ou Cf. Notre lecture de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », l’Harmattan, IRASEC, 2002.

In

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 03:04

marcel-barang.jpgQuelques repères.

Nous avons déjà proposé une petite introduction à la littérature thaïlandaise avec l’aide de Jean Marcel et de Marcel Barang*. Enfin, c’était plutôt un parcours de lecture possible des grands écrivains thaïlandais qui avaient été traduits. On a depuis, présenté quelques oeuvres de  Pirah Sudam, Chart Korbjitti, Saneh Sangsuk, Pramoj Kukrit … et récemment des nouvelles de  Chart Korbjitti, Atsiri Thammachot, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, Win Lyovarin, tous lauréats du SEA Write, traduites par Louise Pichard-Bertaux, pour son livre « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »**

2 ecrire bangkok

Mais le livre de Mme Louise Pichard-Bertaux offre aussi dans sa première partie une introduction « permettant de comprendre l’évolution de la littérature moderne » thaïlandaise avec son lien aux principaux événements historiques du pays. Une occasion pour nous de compléter le début de notre introduction à la lecture des œuvres thaïlandaises.  


La préface de Jean Baffie confirme la qualité du travail et l’inscrit dans la lignée de  Paul Schweisguth (1951 !), et de madame Jacqueline de Fels, et de Delouche pour la littérature classique. ***

 

3 delouche


Avant de commencer, nous nous souvenons de Jean Marcel qui  dans une étude « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise » (2006), nous invitait entre autre,  à nous méfier de ce que nous connaissions de l’histoire de la littérature occidentale et de nous rappeler que la civilisation du Siam (Thaïlande)  est « la plus aux antipodes de la nôtre », comme « toutes les civilisations extrême-orientales ».

 

Il est de fait que d’entrée madame Pichard-Bertaux nous apprend que « l’introduction de la prose en Thaïlande est relativement récente, puisqu’elle ne date que de la fin du XIXe siècle. ». Trois facteurs principaux, dit-elle, ont favorisé l’adoption et l’expansion de la prose : l’imprimerie,  le journalisme et le développement du système éducatif. On aurait pu rajouter de façon plus générale : l’ouverture du royaume aux idées et aux technologies occidentales par le roi Rama IV, (Mongkut,1851- 1868). Le roi Rama III étant « plutôt hostile aux apports occidentaux ».

 

C’est ce que dit d’ailleurs ensuite madame Pichard-Bertaux, qui  proposera un petit historique avec  quelques dates significatives pour :

 

L’imprimerie :

 

4 imprimerie

  • 3 juin 1836.  Première impression en thaï à Bangkok d’un fascicule de doctrines chrétiennes par le révérend Charles Robinson.
  • 1839. 1er document officiel imprimé en thaï, décret interdisant de fumer de l’opium.
  • 1841. 1ére maison d’édition par Dan Beach Bradley.

5 bradley

 

  • 1844-1845. 1er mensuel en Thaï imprimé par Bradley. L’imprimerie de Bradley publie en 1861, le Nirat London, le nirat le plus long de la littérature classique thaïe, qui relate la découverte du monde occidental par un membre d’une ambassade siamoise auprès de la reine Victoria. D’autres publications suivront, comme par exemple en 1862, un manuel d’enseignement de lecture et d’écriture rédigé sous l’ordre du roi Naraï, et deux ouvrages en prose en 1862-1863, le code des trois sceaux et des annales royales qui vont de la fondation d’Ayutthaya à la 11 éme année du règne de Rama I…
  • D’autres sources évoquent 1856,  pour les débuts de l’écriture en prose moderne, avec  la Gazette royale, publication du gouvernement qui informe le public, des décrets, lois et autres nouvelles.

 

 

6 journaux siamois

 

Le système éducatif :

 

  • 1852. 1ére école ouverte par une épouse d’un missionnaire protestant, Mme Mutton, imitée par le Chinois Sinsae KI-Eng Kuay-Sien . (A la Cour, les fils d’aristocrates étaient éduqués par des lettrés, et certaines pagodes donnaient un enseignement aux garçons). En 1857, ils s’associent, encouragés par Rama IV, pour  créer une nouvelle école à Thon Buri.
  • Mais il faut attendre l’accession au trône de Chulalongkorn (1868-1910) pour voir la création de trois écoles royales et le début d’une éducation nationale. Ici pas de date n’est donnée, si ce n’est qu’« En 1909, un an avant la mort du roi Chulalongkorn, on dénombre 131 écoles, 748 maîtres, un total de 14174 élèves, garçons et filles confondus, à Bangkok et sa région ; dans les provinces 82 écoles, 155 maîtres, 3938 élèves » (Pichard-Bertaux citant de Fels)

 

 

Les journaux :

 

  • 1874-1875. Le 1er hebdomadaire thaï, le Darunowat (Propos pour les jeunes), dirigé par Kasemsansopkak (fils de Rama IV et demi-frère du roi Chulalongkorn).
  • Sept 1875-1876. Le premier quotidien thaï au titre anglais Court, dirigé par un frère du roi Phanuphanthuwongworadet.
  • Il est dit que d’autres journaux et revues verront le jour sous le règne du roi Chulalongkorn, où se signaleront des écrivains  désirant «  publier des textes novateurs  et d’une écriture différente des canons classiques. »

 

Bref, on remarque que Rama IV a initié l’ouverture à l’Occident, son intérêt aux nouvelles technologies, aux  idées nouvelles, mais c’est son fils, le roi Chulalongkorn appuyé par ses frères qui vont encourager sinon développer la presse, l’éducation, et permettre l’émergence d’une nouvelle façon de penser, d’écrire.

 

Naissance de la nouvelle thaïe.

 

Mme Pichard-Bertaux nous prévient que les avis divergent quant à la date et même le texte de la première nouvelle thaïe, mais elle estime que la première fiction thaïe Sanuk nuk (Plaisantes pensées) est publiée par le prince Phichit Prichakon (frère du roi) en 1886

 

7 Pichit prinakon

 

dans le numéro 28 du Wachirayam Wiset. « L’Histoire est située en décor réel, le monastère Boworn Niwet, où l’auteur avait séjourné. Elle rapporte les propos de quatre jeunes bonzes sur le point de quitter la vie monastique. » Une nouvelle (ou un début de roman) qui provoque un véritable scandale dans le clergé et à la Cour. Sanuk nuk restera sans suite. « Mais pour une première, c’est un coup de maître, dit Mme Pichard-Bertaux : l’auteur introduit dans le même temps un genre littéraire et la censure ».

 

La presse va jouer un rôle fondamental dans la diffusion littéraire.

 

Ici (comme en France), de nombreux périodiques ont publiés des nouvelles, romans en feuilletons, adaptations ou créations. On compte plus de 300 périodiques de 1886 à 1929. Les plus importants et/ou influents après le Wachirayam Wiset (1886-1894), est le Lak Witthaya (plagiat !) (1900-1902). Les trois fondateurs, le prince Bidyalangkarana, Phraya Surintharacha et Chao Phraya Thammasakmontri,

 

8 jao phraya thammsak

 

après leurs études en Angleterre,  ont l’idée de  publier des nouvelles et feuilletons traduits de l’anglais, ainsi que des fictions thaïes.


Tous les manuels de littérature thaïe considèrent le roman de Nokyung Wiserkun (Mae Wan)  intitulé Kwam Phayabat (La vengeance) comme le premier roman thaï. Il est l’adaptation du roman de Marie Corelli Vendetta. Ensuite le Thawi Panya (1904-1907) est créé en 1904 par le prince hériter Wachiratawut.  Plus tard, en 1918, devenu entre-temps  le roi Rama VI, il fonde l’hebdomadaire Dusit Samit (1918- 1921),

 

9 Dusit samit

 

où de nombreux textes littéraires et satires humoristiques sont publiés. Le Si Krung (1913-1927) « consacrera ses colonnes à la littérature ». Même le département des Etudes militaires, publiera à partir de 1916 dans le mensuel Sena sueka lae phae witthayasat « des textes littéraires, dont de nombreuses histoires policières ». Un éditorial d’octobre 1923 de Luang Saranupraphan, cité par Fels, « « dresse un panorama intéressant de la littérature de l’époque » :

 

« En général, à cette époque, les auteurs préfèrent traduire des oeuvres étrangères plutôt que d‘en composer eux-mêmes selon leur pensée et leur conception thaïe. Pallier cela est difficile car les lecteurs estiment pour la plupart, et c’est ancré en eux, que les histoires occidentales sont mieux que les thaïes. Jugeant étrange la façon de développer leur écrit et difficile de bien les faire comprendre,  les Thaïs n’osent pas  écrire, pour les publier, des histoires thaïes ; Et certains auteurs désirant punir les lecteurs qui admirent trop les « novels » d’Occident inventent des histoires originales thaïes en empruntant des noms farang pour leur personnages, comme Dick, Bob, Philip. Ainsi laissent-ils croire que l’histoire est occidentale. De toutes façons, leur œuvres se vendent bien ».

 

« De 1920 à 1925, paraît le quotidien Syam Rat qui publie essentiellement des fictions chinoises traduites en thaî. »… le Sap Thai (1921-1927)  … l’hebdomadaire féminin Satri Thaï ((1925-1926) … le Thai Kasem en 1924 (1924-1935), avec les premières œuvres d’une femme, Dokmai Sot, le prince Akatdamkoeng, et Kulap Saipradit (Sri Burapha) –« dont l’influence sera considérable sur la littérature moderne ; Il  crée d’ailleurs en 1929 son propre magazine Suphap Burut (Gentleman) », un bi-mensuel  (1929-1931) où sont publiés nouvelles, romans en feuilleton, essais, articles d’intellectuels. « Il participera à l’édition de plusieurs autres magazines au cours de sa carrière. »

 

 

On a là trois des quatre auteurs qui avec Malai Chuphinit vont être considérés, comme les quatre pionniers de la littérature moderne thaïe. « Comme l’écrit Jacqueline de Fels :

 

« Avec des œuvres reflétant des transformations considérables dans la société et dont le succès ne s’est jamais démenti, ces quatre écrivains d’une origine sociale différente, sont considérés comme les premiers grands  romanciers de l’époque moderne ».

 

Le prince Akatdamkoeng (1905- 1932) laisse peu d’œuvres à la postérité. Dokmai Sot (1905-1963), bien qu’étudié dans les manuels scolaires, est considérée par beaucoup comme « démodée ». Malai Chuphinit (1903 ou 1906-1963)  est  un auteur prolifique (une cinquantaine de romans, plus de 500 nouvelles, des traductions, des pièces de théâtres …).


Kulap Saipradit ou Sri Burapha (1905-1974) est celui qui a eu « sans doute le plus d’influence sur les écrivains  d’aujourd’hui ». Il est considéré par Marcel Barang (nous rappelle Mme Pichard-Bertaux) comme le premier auteur engagé thaï. Il connaîtra la prison et l’exil (il est mort à Pékin) du fait de ses engagements en faveur de plus de justice sociale et sur la nécessité de changer de  système (Mme Pichard-Bertaux aurait pu préciser plus de 4 ans en prison et 16 ans d’exil !).  Entre 1928 et 1932, il publie au moins huit romans, dont le plus important est Songkkhram chiwit (La Guerre de la vie) (1932).

 

Le coup d’Etat de 1932 va non seulement transformer la monarchie absolue en un « régime constitutionnel » mais transformer la société civile et la production littéraire  … (Cf. article suivant).

 

12 coup d'état 1932

 

_______________________________________________________________

 

 

* Cf. 23. Introduction à la littérature thaïlandaise ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html


24. Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html


**Cf. Articles 104 et 105.

 Louise Pichard-Bertaux, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande » Connaissances et Savoirs, 2010.


***      Paul Schweisguth, « Etude sur la littérature siamoise », Imprimerie nationale, 1951 409p


Jacqueline de Fels, « Promotion de la littérature en Thaïlande » (L’Harmattan, 2004)


Gilles Delouche, né le 3 août 1948 à Orléans, est un universitaire français spécialiste de la littérature classique siamoise (thaï), professeur des universités à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) depuis 1987 après avoir enseigné de 1971 à 1987 à la Faculté des lettres de l'Université Silpakorn (Thaïlande), qui lui a décerné un doctorat honoris causa

 

 fin

 

 

 

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 03:05

titreNotre dernier article proposait une lecture linéaire de 10 nouvelles écrites* par cinq écrivains thaïlandais : Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin. Elles ont été traduites en français par  Louise Pichard-Bertaux, pour son livre « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »**. Il s’agit ici de proposer LA vision « littéraire » de Bangkok de ces différents auteurs, de repérer ce qui leur est commun, leurs différences, leurs spécificités, mais aussi les « trous noirs », ce qu’ils n’ont pas vu ou voulu voir.


Bangkok est la capitale de la Thaïlande, certes. Elle est aussi une grande mégalopole de 10 millions d’habitants***, la « Ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d'émeraude,

 

Bouddha-d-Emeraude-BKK 3

 

ville imprenable du dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, généreuse dans l'énorme Palais Royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédiée à Indra et construite par Vishnukarn ».****

 

Bangkok ou Krungtep pour Win Lyovarin :


2

 

« (pas de définition)

Si Bangkok était un livre, ce serait un livre de dix millions de caractères, avec des intrigues nombreuses et confuses, comme tous les films thaïs d’il y a vingt ans. Si Bangkok était une femme, ce serait une femme de petite vertu fascinée par la culture occidentale à bon marché. Une femme trop fardée qui cacherait sa décrépitude sous les cosmétiques. Si Bangkok, était un cocktail, il serait composé de : 10% de douceur naturelle, 40% de douceur synthétique,  30% d’essence de plomb, 20% de déchets ».


De façon plus conventionnelle on peut dire que Bangkok est le centre du pays, le cœur de la Nation, du Pouvoir royal, religieux, politique, militaire, financier, commercial, culturel … un espace avec ses quartiers (chinois,

 

quartier chinois4

 

affaires, temples, centres commerciaux de luxe, grands condominium, ses résidences de luxe, ses universités, ses marchés ...), mais aussi ses bidonvilles où s’entassent les nouveaux arrivants de la campagne, ses lotissements loin du centre pour les classes moyennes, ses usines, ses chantiers … ses lieux de prière, de travail, de formation, de plaisir, d’achat … ses avenues et ses « 56 000 soi » … Bref, autant dire que les sujets ne manquent pas.


Mais le sujet qui caractérise Bangkok pour trois des auteurs (Sila Khomchaï, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin) dans  cinq nouvelles sont les embouteillages*****. Le paradigme en quelque sorte qui permet de critiquer, de condamner le mode de vie que doivent subir, quotidiennement, la majorité des Bangkokiens.


1/ Le temps des déplacements et des embouteillages à Bangkok.

 

embouteillages 5


Nos trois auteurs utilisent des styles, des tons différents, même si c’est l’humour qui prévaut. La dénonciation est la même, quel que soit le moyen de transport utilisé (ici, voiture, bus, taxi) et la classe sociale à laquelle on appartient. (même si la classe moyenne est la plus représentée) : le temps de transport pour aller et revenir du travail, est non seulement long (plus de deux heures pour la majorité), mais pénible, fatiguant, stressant, angoissant …  par ses embouteillages, la pollution, la chaleur moite …


Ainsi Sila Khomchaï, a choisi de traiter le sujet avec humour en présentant une famille se disant elle-même de la classe moyenne se rendant au travail et commentant leur « séjour » dans leur voiture, et les étapes de leur trajet (écouter les nouvelles à la radio, manger, prendre le café avec d’autres automobilistes faire l’amour, amener les enfants à l’école, discuter, penser à s’étirer, jardiner parfois lors des arrêts …).

 

vie en voiture6


Le temps passé en voiture est si long chaque jour que Sila dit que désormais il y a une vie en voiture comme il y a une  vie au bureau et une vie à la maison. « Avoir une voiture est indispensable, parce qu’on y passe autant de temps qu’à la maison ou au bureau. ». Il faut une voiture « assez spacieuse pour accueillir père, mère et enfant, avec tout l’équipement nécessaire aux activités familiales », « la transformer « en maison et bureau mobiles ».


Après la voiture, le bus.

 

Bus 7


Wanich Jarungidanan, dans Capitale, va donc raconter le long retour d’un employé de bureau à son domicile en bus, l’occasion d’évoquer le calvaire quotidien des employés et ouvriers de retour dans leur banlieue après leur travail de la journée.


Notre « héros » se sent déjà « faible et fatigué » parmi les embouteillages, un chemin de croix, feu rouge après feu rouge, carrefour après carrefour, « chaos » après « chaos, arrêt de bus après arrêt de bus, parmi les vapeurs polluées, la chaleur humide … dans les bus bondés, la promiscuité, l’indifférence des uns et des autres, - « Personne ne prête attention aux autres », « ne parle à personne »-, les combats pour monter et descendre, le manque d’air, la suffocation, l’odeur de la sueur, et la fatigue grandissante après plus de deux heures de bus, d’épuisement, de découragement …


Le plus original par le style, les formes stylistiques choisies et l’humour est incontestablement Win Lyovarin, avecPetit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, et La ville des pêcheurs. (Cf. article précédent).


Son « Petit lexique » est l’occasion pour Win de raconter en  45 entrées sous forme humoristique, une journée d’une famille de la classe moyenne,  «  qui aime sa vie répétitive de tous les jours, comme plusieurs millions de robots à Bangkok »),  de son réveil à son retour à la maison, le soir. Un lexique formant une clé de compréhension humoristique de la classe moyenne, où on peut remarquer que les embouteillages occupent une bonne place. Dès le lever, on commence une course contre la montre, et on songe aux embouteillages à venir. (Embouteillage : « Equipement de série sur toutes les voitures achetées).  Et c’est la voiture, « le temps de la compétition », du gagne temps, des invectives, du petit déjeuner, du regret de ne pas pouvoir déménager au centre faute d’argent. Et après le travail, le retour avec encore les embouteillages, et s’il pleut, cela signifie « encore plus d’encombrements et un retour à la maison encore plus tardif que d’habitude. » Et « deux millions huit cent soixante-seize mille cinq cents habitants de Bangkok » qui disent « à la même minute » : « il faut qu’elle tombe à cinq heures, quand on sort du travail, pour faire des saletés d’embouteillages ». Et Sawang d’aller chercher sa femme, avec toujours ce retour lancinant et ces satanés embouteillages. « Regarde ça, les voitures n’avancent plus », lui dit sa femme.  Un peu plus tard, en prenant l’un des fils à l’école, « Il y a des embouteillages, mon chéri » pour justifier le retard. On n’en sort plus.


Après la voiture, le bus, on peut aussi utiliser le taxi.

 

bangkok-taxi 9


Deux nouvelles y sont consacrées dans des registres et des fonctions différents ;  La ville des pêcheurs de Win Lyovarin, et Merci Bangkok, de Sila Khomchaï.


La ville des pêcheurs de Win Lyovarin dans une forme originale choisit de nous embarquer dans un taxi avec un chauffeur isan accomplissant 10 itinéraires, avec des clients de toute condition et d’âge différent, évoquant des sujets divers, dont certains n’échappent pas aux récriminations contre les fatals embouteillages :

  • Critique et virulent : “Un vrai système de transports en commun, c’est pas  demain la veille qu’on l’aura. Comment peuvent-ils (ces fils de putes de députés) nous laisser mariner dans ce embouteillages », disent les chanteurs.
  • Résigné, fatigué, écoeuré : «  oui, c’est dur. Mais comment faire ? Je ne suis pas né fils de banquier », ou plus loin : « Moi, je suis un vrai chauffeur de taxi, mais à présent, je suis fatigué de tout cela. Toutes les professions ont leurs difficultés, mais franchement, j’ai chargé des gens à Phetchaburi, et pour venir ici, j’ai mis plus d’une heure ! Il est déjà minuit, et c’est toujours aussi embouteillé. Il faut que je supporte ça… »,  dit le chauffeur de taxi.
  • Exaspéré et en colère : « Quel foutu encombrement ! On pourrait mourir au milieu de la rue que ça ne bougerait pas plus », dit le couple en route en urgence vers un hôpital (Cf. article précédent).

 

Le taxi de Merci Bangkok, de Sila Khomchaï, oublie les embouteillages pour évoquer la violence et la peur dans Bangkok, la nuit. (Cf. ci-dessous)


2/ Critique de Bangkok, avec ses soï et ses bidonvilles.

 

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Si les nouvelles ne décrivent pas la vie dans les condominiums luxueux, ou dans les lotissements des classes moyennes,  situés surtout en banlieue,  « Nous habitions dans le même soï », de Wanich Jarungidanan et Quitter le canal  de Sila Khomchaï dressent un portrait déchirant des soï et des bidonvilles.


La vie dans les soïUne description qui fait peur.


La nouvelle « Nous habitions dans le même soï », de Wanich Jarungidanan, bien que consacrée à l’impossibilité pour un étudiant de  « déclarer sa flamme » à une autre étudiante qui habite le même soï, et qu’il n’ose pas aborder est aussi l’occasion de décrire la vie d’un soï « semblable aux 56 000 autres soi de Bangkok et de Thon Buri, étroit et populeux », un milieu criminogène et violent.

 

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La description est terrible, sinistre, cruelle, virulente … :


 « Ici, comme dans les autres soï, il y a « les habituels marginaux bruyants. Des groupes de bons à rien vantards qui trainent toute la journée », « des dealers et des accrocs à la drogue », « des voyous princiers et des voyous minables », « des spécialistes dans toutes les branches du crime ». Une violence que chaque habitant va connaître un jour ou l’autre : « J’ai déjà vu deux hippies battus presqu’à mort devant le café ». Et surtout la nuit où « Très peu de femmes osent emprunter ce soï à la nuit tombée ; les vols et les attaques physiques y sont monnaie courante ».


Un soï avec l’alternance du bruit du jour et du silence de la nuit,  avec sa typologie particulière : bordée de bâtiments et de boutiques dans la première partie, et ensuite une « alternance de maisons et de terrains vagues, avec des habitations éparpillées, qu’on ne peut même pas appeler maisons. En fait ce soï est un bidonville de plus en Bangkok ». « L’espace près de l’avenue est assez habité, mais quand on pénètre plus avant, on entre dans un autre monde »


On y trouve aussi le « traditionnel » canal, plein d’herbes et d’ordures, « avec l’odeur infecte qui se répand partout », et avec cette caractéristique si courante à Bangkok, d’être situé « à une dizaine de minutes de marche des immeubles luxueux de l’avenue. », que notre « héros » traduit, en plaisantant : Bangkok, enfer ou paradis ?

 

Notre héros apprendra « dans le journal, à la Une », que  celle qu’il avait aimée et qu’il n’avait jamais pu aborder avait été tuée.


Le Bangkok des bidonvilles.


La nouvelle  Quitter le canal  de Sila Khomchaï est centrée sur une scène de vie d’une mère avec sa petite fille et son fils de 11 ans vivant dans un bidonville, une baraque de tôle  à côté d’un pont bruyant et d’un canal à l’eau croupie et à l’odeur répugnante,  sur lequel passent des bateaux avec des prostituées offrant leur service.

 

379859-canal-bidonville-de-bangkok 11

 

Une scène de vie d’une famille pauvre - que le père a abandonné pour vivre avec une autre femme- essayant de survivre au jour le jour avec ce qu’ils ont trouvé dans  les rebus des marchés, des poubelles et des chapardages dans les restes des restaurants.

La mère prendra la décision de quitter ce bidonville, voulant épargner à sa petite fille de vendre son corps plus tard, mais pour aller où ?

Combien sont-ils de paysans pauvres à atterrir ainsi dans un bidonville après avoir rêvé à une vie meilleure. « A la capitale, il y a tout ce qu’il faut pour qu’on s’en sorte », avait pourtant dit le père.


3/ La vie « moderne » de Bangkok. Le prix à payer : la fatigue, la peur de l’autre, la violence, les foyers brisés, les espoirs déçus


Les nouvelles n’évoquent pas les lumières de la ville, ses charmes culturels, ses temples de prière et de consommation et ses marchés pittoresques, ses lieux festifs ni ses nuits fébriles avec ses beautés tristes comme le dirait Sangsuk, ni ses joies, ni ses plaisirs, ni ses ivresses ou si peu ou si mal, comme ces deux hommes en costume de ville dans La ville des Pêcheurs, heureux de pouvoir se payer des « filles » dans les karaokés.

 

Bar-karaoké-Japon-12


Non, si on peut apercevoir un « Notre vie est heureuse et dynamique », ce n’est que par antiphrase, et après un terrible réquisitoire :


« nous, humains, avons détruit la nature tout autour de nous, notre propre nature intérieure a été ravagée par la vie urbaine, le travail, la pollution, la circulation saturée…la vie de famille qui constituait un hymne au bonheur de par son rythme et ses composantes, a basculé dans l’incohérence et l’instabilité ». (Khomchaï, Une famille dans la rue).


Une autre nouvelle de  Win Lyovarin, la ville des pêcheurs, montre aussi que pour la majorité des Bangkokiens, le temps des transports qui augmentent leur fatigue, leur stress, après leur journée de travail, leur donne peu de temps pour s’occuper des enfants le soir. « Ca fait plusieurs soirs que je finis tard comme ça. Mes enfants ne se souviennent pratiquement plus de la tête que j’ai. Je suis trop crevé, dès que j’arrive, je me couche », dit un père de famille. Ou un autre venant chercher sa fille  dans une discothèque : « Un père qui n’a jamais eu du temps à donner à ses enfants… Tout le temps à travailler », et qui reconnaît : “Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacré à mes enfants. Je passe mes journées à travailler pour rapporter de l’argent à ma famille. Le résultat est là : un foyer brisé. »


  • La violence, la peur de l’autre. 

 

2bangkok460


Et après la fatigue du travail, des embouteillages, la pollution,  la violence des soï, la misère des bidonvilles, les enfants à l’abandon et ses foyers brisés, Sila Khomchaï de Merci Bangkok, plonge Bangkok dans la peur de la nuit.  


Un Bangkok de nuit qui agresse, tue, viole, kidnappe… s’insinue dans les consciences, les bouscule, et qui transforme l’autre en un danger, un criminel potentiel, en quelqu’un dont il faut se méfier.

 

la nuit 13


Ainsi dans le taxi, le passager et le chauffeur ont peur l’un de l’autre. Chacun s’attend à être attaqué et est sur la défensive. Ils lisent les journaux, ont vu « les photos en noir et blanc de tous ces morts à la une des journaux », ont entendu un proche leur raconter une mésaventure ou un crime.

« Au cours de ces dernières années. Il n’avait pas vu un seul journal sans un article sur un vol, un meurtre, un viol ou un kidnapping. Des histoires qui donnent à réfléchir quand on promène sur soi une grosse somme d’argent au cœur de la ville. Ce matin encore, un cadavre sans tête s’étalait à la une des journaux ». « Une sale histoire se produit à chaque heure … ».

Alors ils se méfient, interprètent négativement l’attitude et les gestes de l’autre :

Le chauffeur est crispé sur son volant, « son cœur battait plus vite, en alerte », il est inquiet, il se pose plein de questions … « c’était que ça n’annonçait rien de bon ». Il avait eu un collègue qui s’était fait braqué le mois dernier et s’était fait taillé l’oreille par un coup de rasoir d’un passager.

Le passager trouve le chauffeur « bizarre ». « Le regard et l’attitude du chauffeur de taxi le mettaient mal à l’aise ». Il a peur. Lui aussi sait que Bangkok est dangereux.

ET dans le huis-clos du taxi, la tension monte, « comme si le doigt était déjà sur la détente », « l’atmosphère équivoque et oppressante », les deux hommes se sentent à la merci de l’autre et se préparent à répondre à une attaque surprise.


Bangkok les a transformés. Le commentaire du narrateur est explicite :


« (L)a violence, qui avait augmenté jusqu’à devenir un élément indissociable de la ville de Bangkok ». « Ils ont entendu tellement d’histoires sur Bangkok, la nuit ».


A la fin de la nouvelle, quand le passager descend, et pousse le portail de sa maison, « il se sentit soulagé », « le chauffeur de taxi ressentait la même chose ». Ils ont le sentiment que cette fois-ci, ils s’en sont  « tirés sains et saufs encore une fois. Bien que rien n’est changé à Bangkok ».


  • Alors, quand Bangkok  devient ainsi si difficile à vivre, quand le quotidien devient insupportable, misérable, cruel, absurbe … on se souvient des espoirs déçus, et on rêve parfois.

 

On peut se souvenir comme la famille vivant dans le bidonville de Quitter le canal  de Sila Khomchaï, aux promesses du mari : « On ne sera pas misérable comme on l’était chez nous. Tout va bien se passer. A la capitale, il y a tout ce qu’il faut pour qu’on s’en sorte. Ce sera toujours mieux que de travailler dans leurs champs et de les enrichir par notre travail. On va  y arriver », qui les abandonnera et laissera sans ressources, au milieu de la pollution, du bruit, des odeurs répugnantes, et de la prostitution.


On peut rêver : « La nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve. Je voyais Bangkok comme la ville Utopia, il n’y avait pas de voiture, l’eau des canaux était propre, il n’y avait pas de fumées de pots d’échappement, je voyais des arbres d’un vert tendre … ».


utopia

 

Mais avec  les retours à la réalité.


Et sa femme, de l’interrompre : « T’es dingue ! N’importe quoi ! Va te coucher ! tu te lèves tôt demain. » (Win Lyovarin, Lexique…)

  • On peut penser et regretter les charmes du village.

 

 Comme notre héros de Capitale  qui coincé dans le bus, entend un « cinglé », un jeune gars du Nord-Est, qui se met à chanter « Idylles », une chanson mélodieuse dont les paroles lui rappellent le bonheur perdu et sa triste condition : « je suis pauvre », la nécessité de quitter la maison , et l’espoir de revenir « Lorsque je serai riche, tout ira bien … ». Et la chanson d’évoquer la nature, les senteurs, les parfums, « le parfum de terre sous la pluie », « Le doux parfum de la joue d’une très jolie fille », la pêche, « le doux son des chants populaires » (Capitale)

  • Un regret d’autant plus douloureux, que le retour est vécu comme  impossible par certains.

 

« Pourquoi les gens sont venus s’entasser à Bangkok » « dans cette affreuse grande ville » ?« Si seulement on pouvait choisir » … « Si seulement j’avais un peu d’argent … Je ne serais pas obligé de subir la torture de rester assis là. Je pourrais épouser ma fiancée. »

Ou :  

« J’aimerais rentrer chez moi, en province. Je voudrais tellement, mais qu’y ferai-je ?  Il n’y a pas de travail du tout, hormis pêcher ou ramasser des coquillages. Pas suffisamment pour vivre. Je ne pourrais pas supporter de prendre un emploi de manœuvre dans une rizerie. »

Ils sont donc plusieurs à penser le village comme le bonheur perdu, le lieu de l’amour laissé, de la famille qui attend, des amis, de la convivialité, au milieu des charmes de la nature, des traditions et des activités festives qui donnent sens à la vie. Mais certains se souviennent de la nécessité qui leur a fait quitter le village, la nécessité de trouver un travail rémunérateur, pour faire face aux charges, se marier et se payer les nouveaux objets.


4/ Le retour au village.


vie a la campagne

 

Trois nouvelles l’évoquent.

La ville des Pêcheurs se termine sur la décision du chauffeur de taxi de retourner à Buriram.

- « Mais vous, c’est pareil ; vous conduisez tard toutes les nuits. Vous avez du temps pour votre famille ? »- « Elle n’est pas ici, elle est en province. » - « C’est dur la vie de couple quand on est chacun de son côté ». -“Oui, j’espère que ça ne va plus l’être ! Car ce soir, c’est ma dernière nuit comme chauffeur de taxi. Demain, je rentre à Buriram ». Mais on ne sait pas ce qu’il va retrouver, ni s’il pourra rester.


Le personnage de  « De retour au village » de  Chart Korbjitti, n’éprouve  nul besoin de revenir, même si la vie à la ville  lui parait « insignifiante » avec cette course vaine aux choses, le crédit pour acheter, la maison, la télévision, le réfrigérateur, et puis la voiture … Il a le sentiment que le village ne bouge pas, que les choses sont restées en l’état, comme il y a 15 ans.


Par contre, l’« héroïne » de Atsiri Thammachot dans Le Passé est le passé se trouve contrainte de revenir  au village, après avoir perdu son poignet dans une usine de Bangkok, par « une machine infernale (qui) l’avait transformée en une handicapée qui était rentré chez elle solitaire et désespérée.  En plus l’énorme somme d’argent qu’elle avait reçue pour compenser son poignet tranché lui avait fait perdre tout ce qu’elle avait jamais eu dans la vie ».


Elle était pourtant partie à Bangkok avec « la volonté et l’espoir de se confronter aux problèmes du monde, et surtout, elle avait le devoir de soutenir sa famille envers toutes les difficultés. » Mais le retour au village est tragique.


A part l’empathie exprimé par le grand-père, notre « handicapée » est écoeurée par la cupidité de sa famille qui ne pense qu’aux moyens de dépenser l’argent, sans la consulter, ni  exprimer la moindre sympathie. La mort du grand-père causée par deux cambrioleurs la première nuit de son retour la poussera à la fuite, encore plus désespérée.


Notre jeune femme n’a pas eu  ici le ressort du mai pen rai.


Le  « mai pen rai » ?

 

Mai-Pen-Rai-balinese


La nouvelle de  Chart Korbjitti, in « La ville Mai pen rai », est consacrée, avec humour à  cette expression que tous les Thaïlandais utilisent dans leur quotidien pour faire face aux situations gênantes, difficiles voire graves parfois, comme le rappelle  dans sa note Louise Pichard-Bertaux :


« Cette locution signifie littéralement « ça ne fait rien », « ça n’a pas d’importance ». Mais plus qu’une simple expression de langage elle résume une façon de vivre, une philosophie du quotidien qui permet de prendre ses distances par rapport aux problèmes de la vie ».


Le conte, vous vous en souvenez, met en scène un dictateur qui veut imposer la disparition du man pen rai, cette « manière de vivre venue de leurs ancêtres », où l’on pouvait décider de son temps, selon sa convenance,  et qui est désormais incompatible avec la vie moderne, l’ère des usines, des machines, l’ère du progrès, « le grand bonheur du futur ». « Quand les machines fonctionnent, les hommes doivent fonctionner ». Nulle place pour le man pen rai. Mais la chute finale suggère que les Thaïlandais ne peuvent y renoncer, tant elle est partie intégrante de leur culture.

 

                                               ___________________

 

En guise de conclusion.


Alors quelle vision de Bangkok dans le corpus proposé?


Si Chart Korbjitti semble suggérer que cette philosophie du man pen rai est chevillée au corps des Thaïlandais et peut les aider à surmonter les affres de la vie moderne en ville, les autres nouvelles ont surtout montré, nous l’avons vu, une vision très négative voire destructrice de Bangkok, même si le ton humoristique est privilégié bien souvent. Alors après le man pen rai, l’humour pour supporter  la vie à Bangkok ?


Bangkok, « cette affreuse grande ville », est surtout vu à travers ses embouteillages, le paradigme du temps perdu pour la famille et les enfants, les foyers brisés,  la fatigue, le stress, la pollution, la chaleur moite … vécus différemment selon la classe sociale à laquelle on appartient. La classe moyenne apprécie sa voiture, qui devient un nouveau lieu de vie. Désormais il y a une vie en voiture comme il y a une  vie au bureau et une vie à la maison. Les ouvriers et les employés souffrent dans les bus bondés, dans la promiscuité, la suffocation, la chaleur, l’odeur de la sueur  et l’indifférence du voisin.


Et la nuit, Bangkok se transforme en un lieu violent, une « violence, qui avait augmenté jusqu’à devenir un élément indissociable de la ville de Bangkok », où règne l’anxiété, la peur alimentées par les « une » des journaux, sur les vols, les meurtres, les viols et les kidnappings, si ce n’est par les mésaventures vécues par des proches. Une peur qui vous fait voir « l’autre » comme un danger.


La vision de l’urbanisme n’est guère plus favorable.


Si on évoque furtivement la présence des immeubles luxueux des avenues, c’est pour mieux décrire la violence et les dangers de vivre dans un soï, « semblable aux 56 000 autres soï de Bangkok et de Thon Buri, étroit et populeux », au milieu des truands, des criminels, et des drogués,  un autre monde où «  les vols et les attaques physiques y sont monnaie courante ».

Ou bien encore, la vie dans les bidonvilles, où les pauvres, les femmes abandonnées avec leurs enfants, survivent dans des baraques de tôle, au milieu du bruit, des déchets, près d’un canal à l’odeur répugnante, dans la promiscuité de la prostitution.


Dans ce cadre de vie délétère, il est difficile de voir des gens heureux.


Si les représentants ici de la classe moyenne, veulent parfois se convaincre de vivre une vie heureuse et dynamique, ils ne peuvent que reconnaître qu’ils vivent comme des robots,


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« comme plusieurs millions », une vie répétitive, « ravagée par la vie urbaine, le travail, la pollution, la circulation saturée », avec une vie de famille qui «a basculé dans l’incohérence et l’instabilité ». Le constat est terrible.

Et ce n’est pas la femme abandonnée dans un bidonville avec ses deux enfants, ni la jeune femme qui retourne au village après avoir perdu son poignet dans un accident de travail, qui vont atténuer ce tableau sombre. Ni le chauffeur de taxi qui a décidé de retourner à Buriram, excédé par les embouteillages, la peur, et l’éloignement de sa famille.

Certes, ici ou là, on pourrait citer quelques « occurrences » qui indiquent des gens heureux de leur situation, mais ce n’est pas un hasard s’ils ont « réussi » et parlent de leur argent qui peut tout acheter, même les filles.  


Mais cela est très marginal, et LA vision qui demeure est une vision de Bangkok, embouteillée, bruyante, polluée, saturée, dangereuse, violente, criminogène, anxiogène, stressante …


 La ville des espoirs déçus. On était venu pour trouver un travail rémunérateur, une vie meilleure pour soi et aider la famille, et on se retrouve dans un bidonville ou un soï qui y ressemble, tuée, abandonnée, séparée, mutilée … ou pour le moins fatigué et résigné.


Bien entendu, d’autres Bangkok existent, d’autres vies possibles. On pense aux nobles, moines, militaires,  politiques, classes aisées, prostituées … on pense à la nouvelle génération vivant sans complexe leur nouvelle religion consommatrice d’ « objets » et d’ « idoles » à la mode, leur addiction à internet, facebook … 


Et il y a aussi d’autres auteurs; D’autres lectures de ce corpus, comme par exemple le livre de Louise Pichard-Bertaux : « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande. »** 


Et il y a votre propre expérience …


 

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*Atsiri Thammachot. Le Passé est le passé, Quitter le canal. Chart Korbjitti,  La ville Mai pen rai, De retour au village . Sila Khomchaï. Une Famille dans la rue, Merci Bangkok. Wanich Jarungidanan, Capitale, Nous habitons dans le même soi. Win Lyovarin, Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, La ville des pêcheurs.


**Connaissances et Savoirs, 2010.


Ils sont tous, dit Louise Pichard-Bertaux,  lauréats du SEA Write, (le prix le plus prestigieux attribué chaque année à un auteur de chaque pays des 10 membres de l’ASEA), « tous connus du grand  public et cités dans les diverses études faites sur la littérature thaïe contemporaine », tout en précisant que d’autres auteurs sont aussi talentueux.


***voire 15 millions avec le grand Bangkok.


**** Wikipédia : en thaï : กรุงเทพมหานครอมรรัตนโกสินทร์มหินทรายุธยามหาดิลกภพ นพรัตน์ราชธานีบุรีรมย์อุดมราชนิเวศน์มหาสถานอมรพิมานอวตารสถิต สักกะทัตติยะวิษณุกรรมประสิทธิ์.


Sa transcription :

Krungthepmahanakhonamonrattanakosinmahinthrayutyamahadilokphopnoppharat ratchathaniburiromudomratniwetmahasathanamonphimanawatansathitsakkathattiyawitsanukamprasit

 

***** Sila Khomchaï. Une Famille dans la rue et Merci Bangkok. Wanich Jarungidanan, Capitale, et Win Lyovarin, Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, La ville des pêcheurs.

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 03:02

titreIl s’agit ici de profiter du travail de traduction et du livre de  Louise Pichard-Bertaux, in « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »*, pour  tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok de cinq écrivains majeurs thaïlandais.


Les cinq auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux sont Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti,


200px-Chart Korbjitti

 

Sila Khomchai,

 

sila khomchai

 

 

Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin. Ils sont tous dit-elle, lauréats du SEA Write**,

 

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« tous connus du grand  public et cités dans les diverses études faites sur la littérature thaïe contemporaine », tout en précisant que d’autres auteurs sont aussi talentueux.


Elle a sélectionné 10 nouvelles de ces auteurs « suffisamment variées sur le plan de l’intrigue, des personnages et des lieux pour offrir une image globale de la ville ».


Louise Pichard-Bertaux précise elle-même dans son préambule que deux parties bien distinctes composent son  livre :

  • La première, intitulée « Le livre et la ville », traite des aspects théoriques et de l’analyse des textes.
  • La seconde, « Les auteurs et leurs nouvelles », est dédiée aux notes biographiques et aux traductions de dix nouvelles dans leur intégralité. (p. 29)

 

Nous avons choisi de lire directement ces nouvelles pour ne pas être influencé par la lecture critique et savante de Louise Pichard-Bertaux.

  1. Atsiri Thammachot. Le Passé est le passé, et Quitter le canal.

 

La première nouvelle de sept pages, « Le passé est le passé »,

 

le passé c'est le passé

 

curieusement, ne se passe pas à Bangkok, même si il y est fait référence au chapitre 3, où nous apprenons que la jeune femme avait perdu son poignet dans une usine à Bangkok, par « une machine infernale (qui) l’avait transformée en une handicapée qui était rentré chez elle solitaire et désespérée.  En plus l’énorme somme d’argent qu’elle avait reçue pour compenser son poignet tranché lui avait fait perdre tout ce qu’elle avait jamais eu dans la vie ». On évoque « l’ombre du démon ».


Bangkok, est évoqué en un seul paragraphe, pour imaginer la jeune femme  « innocente »  qui « ne connaissait rien de la vie » employé dans une usine, découvrant les « bassesses humaines », et vivant la solitude, dans la nostalgie de la vie conviviale du village, avec « le devoir de soutenir sa famille envers toutes les difficultés ».


Bangkok la laisse handicapée à vie, mais la nouvelle est centrée sur le retour au village avec son indemnité, et cette question : que faire avec cet argent ?  « L’argent du démon » ?

 

argent du démon


L’occasion pour chacun d’exprimer ses désirs.


Avec la jeune sœur qui veut une radio et une gourmette ; le grand-père qui veut investir dans une charrette et un bœuf et donner le reste à la petite; le père qui pense au froid qui arrive et veut acheter des couvertures, des matelas et des oreillers. Et on songe à l’argent qui reste. Le père et la mère pensent à un pistolet pour protéger l’argent, et la jeune sœur avance l’idée de prêter l’argent aux paysans et de  toucher les intérêts annuels. Même le Maire était venu pour prendre l’argent et le « protéger » pour la nuit.

Heureusement, deux cambrioleurs essayeront en vain  de le voler dans la nuit et tueront le grand-père et son chien.  


La jeune femme qui était partie à Bangkok pour aider sa famille, était revenue handicapée, constatant qu’à part l’empathie exprimée par son grand-père, la famille ne songeait  qu’à l’utilisation de son indemnité, en fonction des désirs générationnels  de chacun.


Loin d’aider, la jeune femme découvrait finalement, que les billets de banque avaient amené la mort du grand-père, révélé la cupidité familiale, et la laissaient dans son désespoir. Elle avait décidé de fuir, sans savoir où aller.

La deuxième nouvelle Quitter le canal est une courte nouvelle de 4 pages.


Elle présente ce que peuvent vivre des centaines de milliers de pauvres dans les bidonvilles de Bangkok.

 

bidonvilles

 

Elle est ici centrée sur une scène de vie d’une mère avec sa petite fille et son fils de 11 ans vivant dans une baraque de tôle  à côté d’un pont bruyant et d’un canal à l’eau croupie et à l’odeur répugnante,  sur lequel passent des bateaux avec des prostituées offrant leur service. Une scène de vie d’une famille pauvre que le père a abandonné pour vivre avec une autre femme, essayant de survivre au jour le jour avec  ce qu’elle trouve dans  les rebus des marchés, des poubelles et des chapardages dans les restes des restaurants.


Une famille, qui comme tant d’autres, est venue à Bangkok en espérant une vie meilleure :


« On ne sera pas misérable comme on l’était chez nous. Tout va bien se passer. A la capitale, il y a tout ce qu’il faut pour qu’on s’en sorte. Ce sera toujours mieux que de travailler dans leurs champs et de les enrichir par notre travail. On va  y arriver ».


Mais une famille qui va connaître la désillusion, la pauvreté, la fuite du père, la misère dans un bidonville nauséabond, la promiscuité avec la prostitution, avec le sentiment d’une « vie en pièces », « cruelle », au milieu d’autres familles qui ont échoué près « de ce canal puant »,  conscientes de leurs vies « sales, vides et sans utilité ».


La nouvelle se terminera avec la décision de la mère de partir, de « prendre les enfants et  quitter tout ça ».

Elle pensait alors bien sûr à leur condition misérable, mais voulait éviter à sa petite fille de devenir comme la tante Daorueang, « belle et maquillée » et du « vernis aux ongles » qui tapinait sur le canal.


  1. 2.      Chart Korbjitti, « La ville Mai pen rai », et « De retour au village ».

 

La troisième nouvelle La ville Mai pen rai  est très courte (3 pages). Elle se présente comme un conte avec une chute finale, qui transforme ce que nous venons de lire en « antiphrase », une invitation humoristique à comprendre qu’il est difficile voire impossible à un Thaïlandais de renoncer au Mai pen rai.

mai pên rai

Mai pen rai ? Une note en bas de page nous apprend que : « Cette locution signifie littéralement « ça ne fait rien », « ça n’a pas d’importance ». Mais plus qu’une simple expression de langage, elle résume une façon de vivre, une philosophie du quotidien qui permet de prendre ses distances par rapport aux problèmes de la vie. Quiconque passe du temps en Thaïlande apprend très vite l’importance et l’omniprésence de cette expression, qui revient sans cesse, même dans les situations les plus graves ».


Le conte commence par un ordre du chef du parti qui ordonne que « Les habitants de la ville doivent impérativement renoncer à leur comportement man pen rai », pour le Progrès, sous peine d’amende et d’emprisonnement.

Les habitants ne comprenant pas pourquoi ils doivent renoncer au man pen rai, cette « manière de vivre venue de leurs ancêtres », le chef est obligé de justifier cette mesure à la foule rassemblée.


On apprend alors que la ville est entrée dans une ère nouvelle, l’ère des usines, des machines, l’ère du progrès, qui va éliminer les grosses fatigues, les dos courbés des travaux de plantation, un ère qui va apporter le grand bonheur du futur. Mais cela implique de « renoncer à ce comportement mai pen rai aujoud’hui même.


On ne peut plus, dit-il, comme autrefois, décider de son  temps de travail, de planter des pois et du sésame, man pen rai, selon  sa convenance individuelle. Désormais, « Quand les machines fonctionnent, les hommes doivent fonctionner ». Nulle place pour le man pen rai.


Mais à la fin du conte, à une question posée sur le nom de la ville, le chef répond « man pen rai ». Comme pour indiquer que, quelles que soit les transformations de la ville moderne, de la ville « industrielle », du « progrès », il sera difficile de renoncer au man pen rai, à cette philosophie de vie ici proposée, comme le dernier rempart aux fausses valeurs modernes, aux fausses promesses « d’économie de temps, économies d’argent ».


Avec le man pen rai du chef, Chart Korbjitti, nous invite à relire alors tout le conte à l’envers, critiquant la vie en ville, défendant le mode vie paysan ou du moins indiquant que les paysans en allant à la ville ne gagnent pas au change, et que leur man pan rai  est leur meilleure garantie contre les cadences imposées par la production moderne.


La quatrième nouvelle « De retour au village » évoque une visite au village natal d’un narrateur, accompagnant, par hasard, sa mère venue vendre le terrain de l’ancienne maison familiale, 14 ou 15 ans après le départ à la ville de la famille alors qu’il était en classe de  7ème.


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Curieusement la nouvelle ne décrit aucune ville, mais s’attarde sur quelques étonnements du narrateur qui  a bien du mal à reconnaître les habitants de son ancien village et inversement. Il se rend compte que les souvenirs de son monde d’enfance sont différents aujourd’hui. (« ce qui paraissait si grand avant que ne quitte le village était à présent si petit »), et constate qu’il avait même oublié Phi Hua To, un handicapé à la grosse tête, qui ne pouvait pas marcher, et chez lequel, dit-il, il était toujours fourré.  Il lui fabriquait tous les jouets qu’il désirait avec un bout de bois. Il est étonné car Phi Hua To lui réclame une sarbacane qu’il aurait dû lui ramener il y a 14 ou 15 ans, et il s’aperçoit que son univers est toujours le même « Il n’avait pas changé du tout ». Il est surpris de le voir lors de son départ lui réclamer encore une sarbacane, comme si le temps  s’était arrêté.


L’occasion pour lui de réfléchir à la fin de la nouvelle sur sa vie, qu’il décrit de façon banale en énumérant après son mariage, l’achat de la maison, et puis de la télévision, et puis du réfrigérateur, et puis de la voiture … et puis ces jours-ci le futur achat d’un terrain à Mae Hong Son pour y passer la saison fraiche.


L’attitude de « Phi Hua To lui fait comprendre sa vie « insignifiante », et cette course vaine « aux choses ». Pour autant, il n’éprouve nulle nostalgie du village, et nul désir d’y retourner.


Et moi, en six ans, j’avais voulu toujours plus de choses. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais besoin de tout ça, alors qu’une personne handicapée comme Phi Hua To ne voulait qu’une sarbacane ».


Chart Korbjitti ici, n’évoque nullement la ville si ce n’est son mode de vie qui « obligerait » à entrer dans la société de consommation, à vouloir « toujours plus de choses ».


  1. 3.      Sila Khomchaï. Une Famille dans la rue et Merci Bangkok.

 

La cinquième nouvelle Une Famille dans la rue est une nouvelle de huit pages qui tente, avec beaucoup d’humour,  de nous convaincre que la vie peut être heureuse en voiture dans les embouteillages de Bangkok, enfin, à condition que la voiture ait « tout l’équipement nécessaire aux activités familiales. »

 

vivre en voiture


C’est la première nouvelle du corpus qui traite d’un problème majeur de Bangkok : les embouteillages monstres qui transforment chaque jour,  tout trajet en un moment pénible et incertain, et le temps pour aller au travail et retourner au domicile en un cauchemar. Si bien que des millions de « Bangkokiens » passent chaque jour des heures dans leur voiture (ou les transports publics).


e,bouteillages


Sila Khomchaï a choisi de traiter le sujet avec humour en présentant une famille se disant elle-même de la classe moyenne se rendant au travail et commentant leur « séjour » dans leur voiture, et les étapes de leur trajet. Mais un humour noir, une forme de politesse du désespoir pour paraphraser Duhamel, une forme de « sélection naturelle » qui oblige ses habitants à adapter leur voiture aux conditions de transport dans la ville encombrée et polluée.


Il y a désormais, dit le narrateur, une vie en voiture comme il y a une  vie au bureau et une vie à la maison. « Avoir une voiture est indispensable, parce qu’on y passe autant de temps qu’à la maison ou au bureau. »


Aussi notre héros apprécie les efforts de sa femme, pour rendre leur voiture confortable et la transformer « en maison et bureau mobiles ».


Il décrira les différentes « activités » de ce périple quotidien : camper dans la rue, déjeuner sur la voie express, faire l’amour, écouter la radio, regarder ce que font les passagers des voitures arrêtées derrière eux, descendre de la voiture « pour marcher et s’étirer », et rencontrer ainsi les gens et parler de leurs problèmes, de politique, des  affaires ou du sport; penser au travail urgent à faire, rêver (d’une voiture neuve) ; assister à des scènes cocasses, comme cet homme qui jardine et plante un ou deux bananiers  sur un terre-plein chaque jour, pour « absorber la pollution », créer un jardin et qui l’invite ce jour à faire de même et à venir « prendre un café dans sa voiture »… bref, on comprend qu’il faille une voiture :


« une nouvelle voiture, assez spacieuse pour accueillir père, mère et enfant, avec tout l’équipement nécessaire aux activités familiales.

C’est urgent et indispensable pour une vie heureuse dans les rues de Bangkok ». (La nouvelle conclut avec ces mots).


Mais si Sila Khomchaï a choisi l’humour et évoque un nouvel art de vivre dans la voiture, il ne cache pas ce qu’il pense de cette vie à Bangkok :


« nous, humains, avons détruit la nature tout autour de nous, notre propre nature intérieure a été ravagée par la vie urbaine, le travail, la pollution, la circulation saturée … la vie de famille, qui constituait un hymne au bonheur de par son rythme et ses composantes, a basculé dans l’incohérence et l’instabilité ».

 

embouteillages 2


On ne peut pas être plus clair.


La sixième nouvelle Merci Bangkok, de sept pages et demie, se déroule, la nuit à Bangkok : un grand type émerge de l’ombre, il appelle un taxi, une lumière rouge d’une enseigne …lui donne « un air sarcastique et sombre, effrayant ». « Il serrait dans ses bras un gros sac noir ». Un chauffeur de taxi le prend. Il est crispé sur son volant, « son cœur battait plus vite, en alerte », il est inquiet, il se pose plein de questions … « c’était que ça n’annonçait rien de bon ».


Dès la première page, l’atmosphère est donnée, le suspense est créé. Que va-t-il se passer ? Qu’y-a-t-il dans ce sac noir ?

En fait les deux hommes ont peur et se demandent ce que l’autre va faire. Chacun interprète négativement le physique et l’attitude de l’autre. Ils ont entendu tellement d’histoires sur Bangkok, la nuit.

Le chauffeur de taxi avait eu un collègue qui s’était fait braqué le mois dernier et s’était fait taillé l’oreille par un coup de rasoir d’un passager.


Bangkok-Dangerous-2008


« Il sentait la peur se mêler à sa colère. On sait qu’à Bangkok, les voyous sont partout, au point qu’on ne les remarque même plus. Une sale histoire se produit à chaque heure … », précise le narrateur.


Le passager trouve le chauffeur « bizarre ». « Le regard et l’attitude du chauffeur de taxi le mettaient mal à l’aise ». Il a peur. Lui aussi sait que Bangkok est dangereux.


« Au cours de ces dernières années. Il n’avait pas vu un seul journal sans un article sur un vol, un meurtre, un viol ou un kidnapping. Des histoires qui donnent à réfléchir quand on promène sur soi une grosse somme d’argent au cœur de la ville. Ce matin encore, un cadavre sans tête s’étalait à la une des journaux », rappelle un commentaire en italiques du narrateur.


Au fil de la nouvelle, chacun va essayer de se rassurer, de raison garder, mais en vain. « Est-ce qu’il (le passager) n’était pas en train de rendre les choses plus effrayantes qu’elles n’étaient ? ». Ils ne peuvent pas oublier ce qu’ils ont lu dans les journaux, « les photos en noir et blanc de tous ces morts à la une des journaux. ».  « L’odeur du meurtre ».


« (L)a violence, qui avait augmenté jusqu’à devenir un élément indissociable de la ville de Bangkok » ,  accentue encore un commentaire en italiques.


Bangkok est devenu le grand personnage, l’esprit malin, qui tue, viole, kidnappe … s’insinue dans les consciences, les bouscule, et qui transforme l’autre en un danger, un criminel potentiel, surtout la nuit.


Ici, dans l’huis-clos du taxi, la tension monte, « comme si le doigt était déjà sur la détente », « l’atmosphère équivoque et oppressante », les deux hommes se sentent à la merci de l’autre et se préparent à répondre à une attaque surprise.


A la fin, quand le passager descend, et pousse le portail de sa maison, « il se sentit soulagé », « le chauffeur de taxi ressentait la même chose ». Il est dit dans le dernier petit paragraphe « qu’ils leur avaient été donné de s’en tirer sains et saufs encore une fois. Bien que rien n’est changé à Bangkok ».


Sila Khomchaï,  a su de manière originale avec ces deux nouvelles,  Une Famille dans la rue et Merci Bangkok, présenter deux caractéristiques évidentes pour Bangkok : le cauchemar des embouteillages et le temps passé en voiture et la violence qui inocule la peur à ses habitants.

 

  1. 4.  Wanich Jarungidanan, Capitale, Nous habitons dans le même soi.

 

La septième nouvelle Capitale  est une nouvelle de 11 pages qui raconte le long retour d’un employé de bureau à son domicile en bus, l’occasion d’évoquer le calvaire quotidien des employés et ouvriers de retour dans leur banlieue après leur travail de la journée.


Une occasion pour notre narrateur d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il observe et de s’interroger sur sa présence dans « cette fin du monde » en pensant avec bonheur et nostalgie  à sa province et à son village natal, en écoutant une chanson d’un passager qui doit être du Nord-Est, et qui lui rappelle celle qu’il aime, et un certain art de vivre qu’il a perdu en venant à la Capitale.


Donc après la traversée de Bangkok en voiture, en taxi, nous avons ici le retour interminable en bus à la maison en  fin de journée, alors que notre « héros » se sent déjà « faible et fatigué » parmi les embouteillages, un chemin de croix, feu rouge après feu rouge, carrefour après carrefour, « chaos » après « chaos, arrêt de bus après arrêt de bus, parmi les vapeurs polluées, la chaleur humide … dans les bus bondés, la promiscuité, l’indifférence des uns et des autres, (« Personne ne prête attention aux autres », « ne parle à personne »),  les combats pour monter et descendre, le manque d’air, la suffocation, l’odeur de la sueur, et la fatigue grandissante après plus de deux heures de bus, l’épuisement, le découragement …


On peut penser en contraste à  la voiture  de Sila Khomchaï d’Une Famille dans la rue. Il y a là deux façons différentes de vivre les mêmes embouteillages géants de Bangkok. Mais ils ont en commun le temps passé sur les routes encombrées de la capitale, et la même nécessité d’habiter en banlieue, quand on est de la classe moyenne.


Mais ici, notre « héros », regrette sa province et se demande « pourquoi les gens sont venus s’entasser à Bangkok » « dans cette affreuse grande ville » ?


Bankok sois


Mais il sait et dit de suite : « Si seulement on pouvait choisir ». Et un peu plus loin : « Si seulement j’avais un peu d’argent … Je ne serais pas obligé de subir la torture de rester assis là. Je pourrais épouser ma fiancée ». Eh oui, ils sont tous à la recherche d’un salaire qui peut les faire vivre et aider la famille pour  beaucoup.


Mais le prix à payer est terrible. Surtout ce jour pour notre héros qui entend un « cinglé », un jeune gars du Nord-Est, qui se met à chanter « Idylles », une chanson mélodieuse dont les paroles lui rappellent le bonheur perdu et sa triste condition : « je suis pauvre », la nécessité de quitter la maison , et l’espoir de revenir « Lorsque je serai riche, tout ira bien … ». Et la chanson d’évoquer la nature, les senteurs, les parfums, « le parfum de terre sous la pluie », « Le doux parfum de la joue d’une très jolie fille », la pêche, « le doux son des chants populaires » … les charmes de la vie au village.

 

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Mais aussi la triste réalité de la pauvreté « je suis si pauvre, personne ne me regarde », et les gens doivent partir, quitter, la maison, le père, la mère, Malaï, la fiancée… pour trouver un dur travail en ville.


La huitième nouvelle est donc « Nous habitions dans le même soï », une nouvelle de 9 pages et demie, sur les efforts quotidiens de notre personnage  pour « rencontrer » une jeune fille étudiante qu’il croise chaque matin en allant à la station de bus, et dont il est tombé amoureux, , mais qu’il n’ose pas aborder à cause d’une timidité extrême.

Mais c’est aussi l’occasion de décrire la vie d’un soï, « semblable aux 56 000 autres soï de Bangkok et de Thon Buri, étroit et populeux »,comme le précise le personnage.

La nouvelle commence avec la description de ce milieu criminogène et violent : « ici, comme dans les autres soï, il y a « les habituels marginaux bruyants. Des groupes de bons à rien vantards qui trainent toute la journée », « des dealers et des accrocs à la drogue », « des voyous princiers et des voyous minables », « des spécialistes dans toutes les branches du crime ». Une violence que chaque habitant va connaître un jour ou l’autre : « J’ai déjà vu deux hippies battus presqu’à mort devant le café ». Et surtout la nuit où « Très peu de femmes osent emprunter ce soï à la nuit tombée ; les vols et les attaques physiques y sont monnaie courante ».


Soi


Un soï avec l’alternance du bruit du jour et du silence de la nuit,  avec sa typologie particulière : bordé de bâtiments et de boutiques dans la première partie, et ensuite une « alternance de maisons et de terrains vagues », un bidonville, « en fait », mais où, plus on pénètre « plus avant, (plus) on entre dans un autre monde ». On y trouve aussi le « traditionnel » canal, plein d’herbes et d’ordures, « avec l’odeur infecte qui se répand partout », et avec cette caractéristique si courante à Bangkok, d’être situé « à une dizaine de minutes de marche des immeubles luxueux de l’avenue. », que notre « héros » traduit, en plaisantant : Bangkok, enfer ou paradis ?


 


Après ces deux pages de description du soï, nous allons apprendre qui est ce « nous  » du titre Nous habitions dans le même soï, qui commence avec « Et un bon matin, je l’ai vue ». A l’arrêt de bus.


Et ensuite nous avons droit à six pages de l’amoureux transi, par la timidité, par son ignorance en matière de drague (dont il est conscient et qu’il s’avoue), par son impossibilité d’aborder la jeune fille. « Je ne trouvais pas de moyen de la connaître vraiment. Je ne savais pas comment faire sans me montrer impertinent ». Et jour après jour, semaine après semaine, on assistera à ses nombreuses et vaines tentatives pour lui parler, bien qu’il ait préparé longuement la situation, les mots à dire … Il pensait à elle tout le temps, même la nuit.  Il la suivra jusqu’à son Université, ira jusqu’à organiser son emploi du temps pour la voir partir et revenir de l’Université, essayant de lui parler, mais il ne pouvait sortir un mot de sa bouche, tant son anxiété était grande. Il la suivait, la regardait, espérait un miracle …mais la nouvelle se terminera sur un drame (2 pages).


Un jour, « mon attente fut déçue : elle ne revint pas avec le bus ». Et puis,  deux voitures de police entrèrent dans le soï, et il va peu à peu craindre, deviner et apprendre  qu’ « il y avait un mort, qu’une femme avait été tuée. »

Le lendemain, dans le journal, à la Une, il apprenait qui était celle qu’il avait aimée, « comment elle s’appelait, d’où elle venait, avec qui elle vivait, …mais cela n’avait plus d’importance ».


Bangkok ici, à travers la vie d’un soï, semblable aux autres soï, avait précisé Wanich Jarungidanan, apparaissait comme dangereuse, violente, criminelle ... brisant les amours naissants.


  1. 5.      Win Lyovarin, Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, La ville des pêcheurs.

 

Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne , est une nouvelle de 15 pages et demie, qui présente donc comme le titre l’indique, un lexique de 45 entrées, sensées décrire une journée d’une famille bangkokienne, puisque la nouvelle commence et se termine avec la définition particulière  et humoristique du « réveille-matin » : « Outil que l’homme a inventé pour se torturer lui-même. (…). »


Entre ses deux « réveille-matin » Lyovarin va donner les définitions de 45 mots, sur un mode humoristique, toujours sur deux formes, avec une définition humoristique proprement dite en italiques, suivie d’un commentaire ou d’une scène familiale de la vie d’une  famille, avec là aussi avec l’humour toujours présent. Un lexique qui formerait en quelque sorte les unités significatives du mode de vie  de la  classe moyenne de Bangkok. Un code de compréhension humoristique !


Mais justement pour notre sujet « Bangkok », ici « Krungtep »,  Lyovarin précise « Pas de définition », comme pour mieux en souligner la complexité, la diversité , le mélange détonnant, en proposant toutefois plusieurs analogies ; « Si Bangkok était un livre … », « Si Bangkok était une femme … », « Si Bangkok, était un cocktail, il serait composé de : 10% de douceur naturelle, 40% de douceur synthétique,  30% d’essence de plomb, 20% de déchets ».


Le ton est donné, il ne se relâchera plus.


Sawang Rongsawat, 42 ans, de la classe moyenne, vice-directeur d’une société d’export, marié avec Uraï, 32 ans, employée,  3 enfants, va donc raconter sa journée bangkokienne. La journée d’un robot (« C’est un homme simple, qui aime sa vie répétitive de tous les jours, comme plusieurs millions de robots à Bangkok »).


Robocop-towatchpile


Il se lève tôt, à 5 heures, a mal à la tête, prend deux cachets, écoute la radio avec la pub, est pressé par sa femme, qui pense déjà aux embouteillages à venir. (Embouteillage : « Equipement de série sur toutes les voitures achetées).

Et c’est la voiture, « le temps de la compétition », du gagne temps, des invectives, du petit déjeuner, du regret de ne pas pouvoir déménager au centre faute d’argent ; l’arrivée à l’école, là où « la qualité de de l’enseignement est proportionnelle au prix des études », au bureau (« Endroit où l’on doit se montrer au travail du lundi au vendredi pour augmenter le stress »), la pause du déjeuner (« Fin du premier round ».


Là suit 7 pages où Sawang discute avec son ami Wibun au restaurant, l’occasion pour eux d’aborder de nombreux sujets de discussion : le nombre d’enfants, l’assurance, le salaire mensuel (« Argent versé pour le fait de se lever à cinq heures du matin, de déjeuner dans la voiture et … (voir au début »), le paiement de impôts (« Service le plus efficace (que j’ai jamais vu) de l’administration »), le crédit (« Encore trois ans à payer pour l’emprunt immobilier, huit mois pour la voiture. Et ma femme pense acheter un four à micro-onde à crédit »), avec « les frais scolaires des enfants et l’essence, il me reste de quoi acheter de l’alcool et des cigarettes ». Ah, la carte de crédit ! (« en sixième position sur l’échelle de l’indispensable, après la voiture. Pourquoi indispensable ? ma foi, vous pouvez oublier de mettre votre pantalon avant de sortir de chez vous, mais n’oubliez pas votre carte de crédit »).


Sawang, contrairement à Wibun n’apprécie pas le progrès, (« chose qui nait avec le développement d’un pays. Visible concrètement dans la rue : gratte-ciel, essence de plomb et déchets de plastique. En général, le progrès est inversement proportionnel à la surface verte d’un pays ») et de donner ensuite l’exemple du portable (« ce pilon high-tech à la mode qui devient indispensable » et que les gens ne quittent plus, même en faisant l’amour.


Ensuite suit une discussion avec son médecin (3 pages et demie), qui permet d’aborder de façon humoristique le problème de l’alcool, « Remède relaxant utilisé contre le stress. Peut changer le comportement des gens » ou ensuite sa pression sanguine élevée (« Sang qui se conduit mal. Provoque une augmentation inutile du budget national de la santé »).

Et on arrive à l’heure de sortie du travail. « Fin du 15ème round. Commence environ une  demi-heure avant la sortie du travail ».


Et le retour et de nouveau les embouteillages.


Et s’il pleut, cela signifie « encore plus d’encombrements et un retour à la maison encore plus tardif que d’habitude. » Et « deux millions huit cent soixante-seize mille cinq cents habitants de Bangkok » qui disent « à la même minute » :   « il faut qu’elle tombe à cinq heures, quand on sort du travail, pour faire des saletés d’embouteillages ».


Et Sawang d’aller chercher sa femme, et toujours ce retour lancinant avec ces satanés embouteillages. « Regarde ça, les voitures n’avancent plus », lui dit sa femme.  Un peu plus tard, en prenant l’un des fils à l’école, « Il y a des embouteillages, mon chéri » pour justifier le retard.


Et le diner à acheter au centre commercial, la location d’une cassette vidéo pour les gamins (une bande dessinée japonaise), la pensée de pouvoir enfin écouter un disque compact …  et l’évocation d’un rêve de la nuit dernière à sa femme :


« La nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve. Je voyais Bangkok comme la ville Utopia, il n’y avait pas de voiture, l’eau des canaux était propre, il n’y avait pas de fumées de pots d’échappement, je voyais des arbres d’un vert tendre … ».

Et sa femme, de l’interrompre : « T’es dingue ! N’importe quoi ! Va te coucher ! tu te lèves tôt demain. » 

Et le « réveille-matin » de sonner.


Une fois de plus, la nouvelle avait porté sur les embouteillages, le stress, la course contre la montre, le quotidien qui transforme les hommes en robots, au milieu de la pollution, des déchets de plastique, du gigantisme des gratte-ciels … Le « progrès » ?


Le progrès qui avait éliminé le temps de vivre, la douceur, la pureté des canaux, l’ombre et le vert des arbres  … et imposé un nouveau mode de vie, avec la publicité, le crédit, les objets de consommation que tout le monde doit avoir, la voiture, les téléphones portables … « les outils que l’homme à inventer pour se torturer lui-même », pour paraphraser  Win Lyovarin.


La  dixième nouvelle est donc la nouvelle de  Win Lyovarin, la ville des pêcheurs. Une nouvelle de 9 pages et demie encore originale dans la forme puisque Win Lyovarin,choisit de nous embarquer dans un taxi avec un chauffeur isan accomplissant 10 courses, 10 itinéraires, avec bien entendu des clients de toute condition et d’âge différent, un panel ?


Une occasion d’appréhender les préoccupations du moment de deux jeunes prostituées, de trois chanteurs de 25-30 ans, d’un couple et d’un adolescent blessé isan, de deux « hommes d’affaires », de deux femmes de la classe moyenne ou supérieure de 40-50 ans, d’un guide thaï et d’un étranger, d’un jeune couple , d’un homme de la classe moyenne d’une trentaine d’années, puis d’un autre de 40 ans.


Le taxi commence à 17h30 à Samyaek Kaset pour aller à Patpong pour terminer sa journée à 3h 40 pour rejoindre sa maison de Phetkasem.

Le chauffeur va pouvoir entendre les conversations de ses clients qui portent sur les sujets les plus divers : la nécessité d’avorter pour une prostituée, la critique des embouteillages,  des « fils de pute » de députés, la corruption des flics, l’hôpital interdit aux pauvres, l’argent qui permet l’accès aux filles « de classe supérieure » dans les karaokés, le lifting pour ne pas perdre son mari volage, les étudiants et leur famille indifférente, l’excès de travail, les rentrées tardives des pères et les enfants qui ne les voient plus, avec leur lot de « foyers brisés », et la décision finale du chauffeur de taxi, de rentrer au  pays, à Buriram, rejoindre sa famille.


Les sujets sont effectivement variés, mais ont en commun pour la plupart, une fois de plus, la critique des embouteillages et les réactions qu’ils provoquent :

  • Critique et virulent : “Un vrai système de transports en commun, c’est pas  demain la veille qu’on l’aura. Comment peuvent-ils (ces fils de putes de députés) nous laisser mariner dans ce embouteillages », disent les chanteurs.
  • Résigné, fatigué, écoeuré : «  oui, c’est dur. Mais comment faire ? Je ne suis pas né fils de banquier », ou plus loin : « Moi, je suis un vrai chauffeur de taxi, mais à présent, je suis fatigué de tout cela. Toutes les professions ont leurs difficultés, mais franchement, j’ai chargé des gens à Phetchaburi, et pour venir ici, j’ai mis plus d’une heure ! Il est déjà minuit, et c’est toujours aussi embouteillé. Il faut que je supporte ça… »,  dit le chauffeur de taxi.
  • Exaspéré et en colère : « Quel foutu encombrement ! On pourrait mourir au milieu de la rue que ça ne bougerait pas plus », dit le couple en route en urgence vers un hôpital.

 

Au temps passé dans les embouteillages s’ajoute le temps passé au travail, avec ses conséquences : la fatigue, les enfants délaissés, les foyers brisés … 

  • « Ca fait plusieurs soirs que je finis tard comme ça. Mes enfants ne se souviennent pratiquement plus de la tête que j’ai. Je suis trop crevé, dès que j’arrive, je me couche », dit un père de famille.
  • «   - Je suis ton père.

-          Un père qui n’a jamais eu du temps à donner à ses enfants… Tout le temps à travailler. », reproche à son père, une fille d’un autre père de famille.

 

Et le père de reconnaître :

  • “Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacré à mes enfants. Je passe mes journées à travailler pour rapporter de l’argent à ma famille. Le résultat est là : un foyer brisé. »

 

Il interrogera alors le chauffeur de taxi :

- « Mais vous, c’est pareil ; vous conduisez tard toutes les nuits. Vous avez du temps pour votre famille ? »

- « Elle n’est pas ici, elle est en province. »

- « C’est dur la vie de couple quand on est chacun de son côté ».

Et le chauffeur de taxi lui confier sa décision :

-“Oui, j’espère que ça ne va plus l’être ! Car ce soir, c’est ma dernière nuit comme chauffeur de taxi. Demain, je rentre à Buriram ».


Et la nouvelle s’achève sur la dernière course :

« Itinéraire : Phetkasem- Maison. Heure : 3h40 ».

 

        Atsiri                           ___________________________

 

Il s’agissait pour nous de tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok, de la ville écrite par cinq auteurs majeurs thaïlandais, Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin, dans 10 nouvelles,  choisies et traduites par Mme Louise Pichard-Bertaux.


Nous avons maintenant les principaux éléments de notre lecture linéaire, qui peuvent nous permettre de proposer UNE VISION de Bangkok, la vision de nos cinq auteurs.


Il y a bien sûr d’autres auteurs***, et donc d’autres perceptions comme celle de Saneh Sangsuk par exemple que nous avons déjà étudiée.****


Un nouvel article est donc nécessaire.  

 

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*Connaissances et Savoirs, 2010.


Louise Pichard-Bertaux 


http://gsite.univ-provence.fr/gsite/document.php?pagendx=8562&project=chinois 

Diplômée de l’INALCO en thaï et en Birman, docteur en langues et littératures orientales.



Parcours : De 1984 à 1989, j’ai travaillé comme professeur de Français Langue Etrangère à Bangkok, en Thaïlande, pour l’Alliance Française et l’Université Thammasat.
En 1986, j’ai quitté la Thaïlande pour un an et suis partie en Birmanie où j’avais obtenu une bourse d’études grâce à un programme d’échanges INALCO-MAE / Gouvernement Birman.
En septembre 1989, lors de mon retour en France, j’ai enseigné le FLE à Rouen puis, en 1993, j’ai intégré l’IRSEA (CNRS-Université de Provence) à Aix-en-Provence sur un poste de documentaliste. Depuis 2005, je suis responsable du Fonds Asie du Sud-Est de la Maison Asie-Pacifique (CNRS-Université de Provence)

Le doctorat que j’ai présenté en 2004, intitulé « Fiction, ville et société : le milieu urbain dans les nouvelles thaïes contemporaines » est basé principalement sur la traduction de nouvelles thaïes.

Publication de la thèse remaniée : manuscrit accepté aux Editions Connaissances et Savoirs sous le titre de « Ecrire Bangkok : la ville dans la nouvelle thaïe contemporaine ».

** Le Southeast Asia Writers Award, le SEA Write, après plusieurs avatars a été restauré en 1979. C’est le prix le plus prestigieux attribué chaque année à un auteur de chaque pays des 10 membre de l’ASEAN, composé de la Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, et Vietnam.


***24. Notre Isan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html 

  • La liste recommandée par Marcel Barang :

Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตย บน เส้นขนาน)), Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000. Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube, 1998. Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998. Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998. Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

Il nous fallait poursuivre la recherche avec notre réflexe google, wikipédia :

  •  7 auteurs étaient répertoriés :1/ Chart Korbjitti  2/ Kukrit Pramoj  3/ Pira Sudham  4/ Siriphan Taechachiadawong (ou Koynuch). 5/ S. P. Somtow, 6/ Chit Phumisak 7/ Khamsing Srinawk

 

Et puis au fil de recherches « hasardeuses », on nous disait que :


 8/Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang


9/Zakariya Amataya est le lauréat 2010 du SEA Write pour son premier recueil de poésie, No women in Poetry. Il regroupe près de dix ans de travail et d'écriture. Sa prose est emplie d'images, de métaphores et de paradoxes pour évoquer différents thèmes allant des limites du langage au temps qui nous échappe.


10/Siriworn Kaewkan fait partie des auteurs les plus remarquables de la nouvelle génération. Sa plume est versatile : il publie des poèmes, des nouvelles, des essais et des romans. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont une nomination pour le prix SEA Write de 2006 pour son livre The murder case of Tok Imam Satorpa Karde (Ed. Pajonphai, 2006, version anglaise 2010). Ce roman traite du conflit qui oppose les séparatistes musulmans au gouvernement thaïlandais dans le sud du pays.


11/Dans les années 70, un mouvement littéraire, nommé « La littérature pour la vie », émergea suite à la situation politique qui entravait la liberté d'expression. Les principaux thèmes abordés étaient alors les inégalités sociales et une critique de la société. Quel était ce mouvement, son importance ?


12/ Sunthorn Phu, était considéré comme le plus grand des poète thaïlandais du XIX ème siècle, reconnu et honoré par l'UNESCO en 1986 à l'occasion de son bicentenaire


On pourra désormais rajouter 4 autres auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux  (Chart Korbjitti ayant été déjà cité)Atsiri Thammachot, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, Win Lyovarin.

Tous lauréats du SEA Write.

 

****Bangkok et la « beauté triste de la vie ». Cité dans notre article

A 52. Un grand écrivain thaïlandais : Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

 

 

p. 317 Ce qui voulait dire que s'en était fini des dérives dans les nuits fébriles de Bangkok, de toutes ces fois où je rentrais saoûl pendu à ton cou, vacillant titubant parmi les lumières de couleur qui font de tout homme un immortel provisoire, de ces nuits où je commençais à m'habituer aux poses provocantes des voyous protecteurs de bars; aux obscénités con-cul-pissantes des filles de bars à gogo, les filles les moins vêtues au monde, qui se contorsionnent lascives au rythme de la musique et qui, parfois, quand elles ôtent sournoisement leur dernière frusque, lèvent haut la jambe pour frapper du pied un mobile fait de coquillages accroché au plafond bas; à la solitude des filles au coeur brisé, qui vernissent de gaieté feinte leur esseulement d'oiseau loin du nid; aux débits de boissons aux serveuses aux seins nus et aux débits de boissons qui ont un miroir pour plancher et des serveuses en minijupe sans sous-vêtement et aux bordels en tout genre qui pullulent, autant d'endroits où la morale est raide morte, mais c'est dans ces putains d'établissements qu'on voyait une barquette d'offrande aux bonzes dont l'arbuste artificiel était fleuri de billets de banque de dénominations diverses que les papillons de la nuit iraient offrir à quelque monastère, celui de leur village natal probablement. Telle était la beauté triste de la vie. Peut-être avait-elle toutes sortes d'autres beautés cachées, mais toutes tristes. ( p. 317)


 fin

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 05:05

titre Nous arrivons au tome 3 de la trilogie de Axel Aylwen, intitulée Le Dernier Vol du Faucon. Nous avons laissé Phaulkon sur une victoire provisoire. Il a pu rassurer les Hollandais, repousser sans combattre une tentative d’occupation de Mergui par le gouverneur anglais de Madras, « convaincu » les Français de rebrousser chemin sur Songhkla, mater une révolte indigène et remplacer  Barnaby et Samuel White par Ivatt, son homme de confiance, comme gouverneur de Mergui. Nous sommes en 1688.


Le prologue précise que le roi Naraï règne depuis 32 ans et qu’il a su jouer, comme Phaulkon, des rivalités hollandaises, anglaises et françaises. Phaulkon est arrivé il y a 12 ans et il est barcalon depuis 5 ans. Mais pour l’heure, toutes les menaces sont toujours présentes. Le roi est très malade et sa succession n’est pas encore assurée, surtout qu’un vaste mouvement de mécontentement mené par le général Petraja, le chef du Conseil privé du roi et le général en chef de l’armée des éléphants veut chasser les étrangers et prendre le pouvoir.


Phetracha


On peut alors s’attendre à assister à une terrible lutte pour le pouvoir entre Phaulkon, Petraja, Sorasak, les successeurs royaux, les deux frères du roi, la fille du roi, et le courtisan Pra Piya que le roi veut imposer. Mais Aylwen va choisir d’introduire de nouvelles intrigues qui vont transformer son roman « historique » en une suite d’histoires où se mêlent l’invraisemblable, la cruauté, les chausse-trappes, les combats sanglants, assassinats, tuerie, têtes tranchées, viols, tunnel secret, masque et déguisement, médium et présages, ruses, menaces,  … dignes des séries B, avec un final délirant, et qui n’a rien d’historique.

 

livre op serieb


Aylwen, dès le chapitre 2 introduit la venue de la  1ère femme de Phaulkon venue d’Angleterre  avec son fils Mark, 16 ans, le fils dont Phaulkon ignorait l’existence !


 

fils inconnu

 

Imaginons leur pérégrination, au milieu des tumultes de la guerre de succession, jusqu’ à la scène des « retrouvailles ».

Le chapitre 1 commence mal pour Phaulkon qui apprend par une médium réputée, qu’il n’a plus que 2 mois à vivre et qu’il sera décapité.


Mais le principal sujet de ce tome est bien la guerre de succession entre Petraja et Phaulkon, qu’on suivra au milieu de nombreuses péripéties secondaires avant la lutte finale, quelque peu surprenante.

La première donnée est le refus de Yotapep, la fille du roi d’épouser Pra Piya, le successeur désigné par son père. Elle aime son frère cadet. Leur querelle sera violente, le roi la menaçant de bannissement, de tuer celui qu’elle aime. Mais sa fille est inflexible et lui montre le danger que représente son fils bâtard Sorasak (Petraja le faisant passer pour son fils) en lui rappelant l’époque sanglante du roi Prasat Tong qui avait usurpé le trône. (L’Histoire est plus complexe. Cf. notre article 72 prochain et comment Naraï est arrivé au pouvoir, après avoir contribué à tuer son frère ainé et ensuite son oncle.).


Ensuite on voit Petraja dans la mise en œuvre de sa première tactique de conquête du pouvoir.


Un Petraja qui ne tergiverse pas pour utiliser des moyens expéditifs sur ce qu’il estime représenter un danger potentiel. Ainsi, n’hésite-t-il pas à ordonner à son capitaine de tuer deux femmes et 50 personnes discrètement dans un « accident » d’un bateau coulé   pour régler une plainte présentée par une femme et sa suite accusant son « fils » Sorasak, gouverneur de Phitsalunok, d’avoir abusé de sa jeune fille de 16 ans. (Ch. 4).

Petraja donc pour obtenir l’appui bouddhiste a décidé de faire une retraite au monastère de Louvo dirigé par le deuxième personnage bouddhiste de l ’Etat. Après 6 mois, il est convoqué par l’abbé. Petraja abat ses cartes


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et l’abbé, en termes subtils, lui promet son appui et l’encourage à rejoindre la Cour après lui avoir rappelé le danger représenté par les farangs.


1ère confrontation de Phaulkon et de Petraja chez le roi très affaibli. (Ch.8).


Le roi leur demande d’assurer sa succession avec Phra Piya. Petraja demande l’autorisation de lever des troupes ; Phaulkon obtient un sursis de 3 jours promettant d’apporter les preuves contre un conspirateur, pensant bien sûr à Petraja.


Petraja en action.


Il se rend à Ayutthaya, pour convaincre sur ordre du roi, la fille du roi d’épouser Phra Piya. Il ne lui cache pas ses ambitions, sa haine des farangs, sans sous-estimé les talents de Phaulcon (seigneur de guerre chinois, dit-il, rusé comme un commerçant indien).

 

rusé

 

Devant son refus, il a l’idée de lui proposer d’épouser Phra Piya, mais avec la possibilité de voir Chao Fa Noï comme elle l’entend.  Il obtient ensuite l’accord de Chao Fa Noï contre son aide de prendre le trône. Il lui demande aussi de faire croire au roi que son autre frère Chao Fai Apartot a décidé de souiller ses cendres.


Mais Aylwen voulant rester romanesque invente un jeune amant et une jeune amante cachés derrière un paravent de la chambre de Chao Fa Noï et ayant entendu le plan établi.


amant caché


Ainsi à ce stade, nous avons pu constater que Petraja a commandité l’assassinat du père Malthus en laissant des preuves accusant Phaulkon, obtenu l’appui du clergé, demandé au roi le pouvoir de lever des troupes, et établit un plan de prise de pouvoir avec la fille du roi et son oncle.


Phaulkon réplique avec moins d’atouts.


Les trois jours sont écoulés et Phaulkon doit donner le nom du conspirateur au roi. Et comme par hasard ( !), Phaulcon peut aller devant le roi avec le jeune qui a entendu le plan de Petraja. Phaulcon joue alors son va-tout et peut dénoncer le complot de Petraja avec la confirmation du jeune témoin. Phaulkon propose en outre au roi d’envoyer deux lettres aux oncles qui pourront les confondre.

Mais on apprend au chapitre suivant que les jésuites ont lâché Phaulkon et ont même envoyé une lettre à Desfarges pour qu’il intente une action d’urgence contre Phaulkon qui n’a pas tenu ses promesses. On n’évoque même pas le père Tachard, si essentiel pour Phaulkon dans sa stratégie auprès des Français.

 

jésuite


Ici Aylwen abandonne la crédibilité historique, pour tomber dans le roman feuilleton.


On aura droit aux retrouvailles de Phaulcon et de son amante siamoise, à l’ accusation de Phaulcon pour meurtre du père Malthus par le père Ducaze auprès de sa femme, à l’installation de sa 1ère femme anglaise et du fils de Phaulkon au sein du palais occupé par Maria qui ne les connait pas encore, à leur rencontre avec Phaulkon qui ouvre les bras à son fis, au récit de la vie de Nelly,  à la menace de Maria de quitter le Siam pour la France sous 30 jours en emportant 50 % des parts … ouf !


Pendant ce temps (ch. 20) on apprend que Petraja a déjà commencé à lever des troupes à Louvo et à Ayutthaya, que le Patriarche et l’abbé de Louvo sont dans la confidence et qu’il a profité de l’hésitation du roi pour s’enfuir du palais.


Les dés sont jetés.


Mais comme la situation n’est pas assez complexe ( !), Aylwen met en scène au chapitre 21 l’ambition de Sorasak qui se sait fils de Naraï et qui veut se faire reconnaître par celui-ci comme le successeur et futur roi. Pour l’heure, on le présente à 25 ans comme un redoutable lutteur invaincu de boxe thaïe dont le surnom « Le Tigre » fait trembler tous les boxeurs, et comme un jeune homme brutal sadique, cruel, violeur et sodomite de jeunes enfants !

 

Tiger-king

 

On le voit quitter Phitsalunok pour rejoindre Petraja réfugié au monastère de Louvo après sa fuite du palais. (Tous les monastères étaient des refuges sacrés et inviolables.) Evidemment, il intercepte à la porte du monastère, un message du frère du roi Chao Fa Noï destiné à Petraja, qui lui permet de connaître  le plan de celui-ci. Petraja lui confie deux missions : éliminer Somchaï, le meurtrier du père Malthus, prisonnier chez Phaulkon et de chercher à savoir pourquoi le roi a ordonné son arrestation. En échange Sorasak lui demande de le reconnaître comme le futur roi ! (Cohérence ?)


Ensuite Aylwen a choisi du chapitre 22 à 29, les révélations, les déguisements, les fausses lettres, les rumeurs (la mort du roi, et l’invasion française), les pertes de lucidité du roi, son changement d’avis sur la succession, les vraies et les fausses trahisons, les mensonges, les intermédiaires, les renversements de situation, les allées et venues des uns et des autres dans leur course au pouvoir, pour arriver au chapitre 29 à la prise du palais royal par Petraja et l’arrestation de Phaulkon. Nous ne sommes plus dans l’Histoire mais avec un écrivain qui aurait mal lu Dumas.


Auparavant (du ch. 22 à 29 donc), on voit un Phaulkon s’occupant pendant 4 jours de son fils retrouvé, précise-t-on, pendant que le roi est à peine lucide ; Phaulkon dans la chambre du roi se reprochant d’avoir laissé filer Petraja, surpris d’y rencontrer Sorasak. ( le rassurant pour Petraja, lui révélant faussement que le roi délire en ce moment). 


On verra ensuite Sorasak rendre compte à Petraja sans apprendre ce qu’ils se sont dit, ni les instructions données précisément. (Il lui demande de faire imiter une lettre écrit par Phaulkon ; pourquoi ? on le saura plus tard). (Ch. 22). Et puis le roi envoyer la concubine de Phaulkon, Suninda chercher sa fille Yotapep à Ayutthaya afin de lui transmettre un message très important (la trahison de Petraja). Et dans le même chapitre 23, Suninda voulant informer Phaulkon mais qui rencontre la 1ére épouse de Phaulkon Nelly et son fils et qui découvrent leur situation réciproque, pour arriver au chapitre suivant avec un Sorasak déguisé en garde du roi et qui profite de l’absence de Phaulkon pour officiellement s’introduire chez lui et prévenir le prisonnier qu’il sera délivré le lendemain, et de suivre Sorasak rendre compte de sa mission à Petraja pour apprendre par celui-ci qu’il a l’intention de prendre le trône, d’épouser Yotapep et de faire de lui son successeur. Il lui révèle qu’il a fait croire à Chao Fa Noï qu’il lui apportait son soutien. Sorasak lui répond qu’il  veut que Naraï le reconnaisse comme son fils. Petraja le met en garde.


Clair, non ?   (Tout cela dans un même chapitre !)


Et puis au chapitre suivant, on revient sur Nelly qui avoue qu’elle est venue au Siam pour tuer Phaulcon pour toucher l’argent du testament de son défunt mari, mais qu’elle a changé d’avis !! ! et d’apprendre de suite après, sans transition, la mort de Somchaï dans sa tentative d’évasion.


Vous suivez ??? Vous avez de la chance.


Aylwen le croit et précise au chapitre suivant que le 15 mai 1688 ( ?), Desfarges décide d’aller  à Louvo avec 80 hommes, le messager Ivatt lui ayant demandé son aide pour contrer Petraja. Mais Desfarges s’arrête au séminaire d’Ayutthaya et demande au père Ducaze pourquoi les gens fuient sur son passage. Il lui apprend  les rumeurs qui annoncent  la mort du roi et que les Français vont s’emparer du pays ! Desfarges rencontre ensuite Maria, la femme de Phaulkon, qui ne le rassure pas et lui dit que le problème est que le roi n’a pas encore nommé de successeur. Desfarges est furieux, se sent trahi (pourquoi ?) et retourne à Bangkok. Quel général !


Aux chapitres 27 et 28, on apprend qu’enfin, Phaulkon a décidé de recruter des mercenaires portugais et métis, mais il n’en a que 35 !


Mais surtout que le roi a  changé d’avis pour sa succession. Il a constaté que Phra Piya n‘a pas l’étoffe de lui succéder et a opté pour son frère Chao Fa Noï et son mariage avec sa fille Yotapep.


On peut s’inquiéter des talents de stratège de Phaulkon. Celui-ci accepte que ce soit Suninda qui soit chargée par le  roi de convaincre Chao Fa Noï qui est quand même prisonnier en son palais à Ayutthaya, depuis qu’il avait couché avec la concubine favorite du roi, et sœur de Petraja.  De même Phaulkon lui demande aussi de mettre sa première épouse Nelly dans un bateau pour Bangkok et de la charger de convaincre Desfarges de venir l’aider !!!


On doit, je crois, plus s’inquiéter pour l’écrivain Aylwen qui a fait ici des choix absurdes, tant historiques que de crédibilité romanesque.


Même si Phaulkon est un personnage qui suscite la controverse, tout le monde lui reconnait un intelligence hors du commun et surtout des talents de diplomate remarquables. Comment peut-on imaginer un seul instant qu’il puisse penser à Nelly pour convaincre le général Desfarges de venir l’aider. (qui lui en veut pour l’avoir duper lors de son arrivée au Siam) !


Bref, au chapitre 29, Petraja passe à l’attaque.


Alors que Phaulkon vient à peine d’apprendre le retour du général Desfarges au fort de Bangkok par le major Beauchamp, le fils ainé de Desfarges et le Lt Fretteville, que le père de Bèze (le médecin du roi) lui annonce que le roi malade a officiellement appelé Petraja à gérer les affaires du royaume, et que celui-ci avait décidé son arrestation et appelé les habitants à prendre les armes contre les Français. Le roi qui n’a plus toute sa conscience a recommandé dans un moment de lucidité à Phaulkon de fuir à Bangkok.


Mais Phaulkon, le grand stratège ( ?), va avec trois militaires français et une escorte d’une vingtaine d’hommes conduit par le Portugais Joao Pereira sensés venir le rejoindre à la porte sud  se jeter dans la gueule du loup. Petraja a en effet prit le contrôle du palais. Dès la 1ère porte, Phaulkon se retrouve seulement avec les 3 militaires français qui sont vite désarmés, et tués. Phaulkon est prisonnier.


Mais qu’on se rassure, Aylwen va trouver le moyen de faire délivrer Phaulkon qui était au cachot dans la salle de torture,

 

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par le Portugais Joao Pereira et 27 hommes (précise-t-on) au chapitre 32. 28 hommes dans un palais royal avec des centaines de garde ! Mais Aylwen, qui aime les ellipses, terminera son évasion au chapitre 34 ! Phaulkon face à 100 siamois, qui arrivera, depuis les remparts à sauter dans une couverture et à réussir, bien que blessé, à s’enfuir. Quel héros !

Mais auparavant, on avait appris au chapitre 30, que Suninda avait été arrêtée juste après avoir fait la proposition royale à Chao Fa Noï, et que celui-ci avait été assassiné par les hommes de Petraja déguisés en prêtres.

 

Au chapitre suivant, on est  à Bangkok, avec Nelly en train d’essayer de convaincre le général Desfarges et on voit arriver le major Beauchamp et le Lt Fretteville qui étaient il y a peu, vous vous en souvenez,  avec Phaulkon à Louvo ! A la demande du major Beauchamp d’intervenir avec force, le général Desfarges a l’idée lumineuse d’envoyer une lettre à Petraja exigeant la libération immédiate de son fils.


Et puis au 33, on revient sur Suninda qui est au cachot et est accusé par les assassins d’avoir tué le frère du roi. Et, on va la confronter à ………. Maria, la femme de Phaulkon !!! Que fait-elle là ?


L’histoire est de plus en plus incohérente et est difficile à suivre avec ses ellipses incompréhensibles, ses allers et retours, ses passages d’une ville à l’autre, d’une intrigue à l’autre.

Aylwen ne maitrise plus son histoire. Et cela va empirer.


Au chapitre 34, nous sommes dans la chambre du roi.


On est revenu à Louvo. Nous sommes le 18 mai 1688, précise Aylwen. Il s’en est passé des événements depuis le chapitre 26, le 15 mai 1688. Le roi ne reconnait pas sa fille Yotapep. Phra Pya est là aussi atterré. Et Yotapep de déclarer qu’elle veut épouser Phra Piya, d’accuser Petraja d’avoir tué son oncle, d’être un traître et qu’il soit arrêté. (Cohérence ? Petraja avait conclu le même accord). Rien que cela. Petraja arrive à s’enfuir. Décidemment le maître du palais maîtrise peu la situation.

Au chapitre 35, on est de nouveau avec Desfarges, qui reçoit une lettre officielle de Petraja qui lui annonce qu’il est le nouveau régent, que Phaulkon a été destitué, et qu’il songe à le remplacer par ………. son fils, « retenu » à Louvo. Et hop, dans le même chapitre, Desfarges est à Louvo et est reçu par Petraja au Palais. Aylwen ne voit même plus les incohérences de son intrigue. Petraja fuyait devant les ordres donnés par la fille du roi et il est de nouveau tout de suite après aux commandes, et à donner des ordres de régent.

Petraja demande à Desfarges d’amener les troupes de Bangkok et de Songkhla à Louvo pour repousser une attaque d’ennemis du Nord-Est. Et pour rester crédible, il donne 3 jours à Desfarges sous peine de voir ses deux fils exécutés. Desfarges veut entendre l’ordre du roi ; on l’amène au roi qui est inconscient mais qui se lève d’un coup. Il peut constater que le roi est vivant !


Les 10 derniers chapitres (36 à 45) sont délirants, insensés, extravagants, abracadabrants … et ne suivent plus aucune cohérence, aucune logique, ni une quelconque véracité historique.


Un aperçu ?  (en suivant les chapitres et je ne caricature pas.) 


Sorasak à la recherche de Phaulkon rencontre Maria dans sa maison à Ayutthaya ; Phaullkon est en fait caché dans un abri secret depuis 4 jours dans sa maison de Louvo. Mais il a pu envoyer son fils Mark à Bangkok « caché » sur une civière. Sorasak emmène Suninda à Louvo. Ensuite, on est avec Ivatt qui arrive de Mergui à Bangkok, et qui a vu le Lt Cricq attaqué et coulé alors qu’il allait chercher des renforts. Nelly et Mark lui demandent alors de pouvoir retourner sur Louvo aider Phaulkon.(Ils viennent à peine d’arriver). Mais Phaulkon (ch. 38) est alors déguisé en moine


 

déguisé en moine

 

et se dirige à pied vers Ayutthaya. Anek, ( l’homme de confiance de Phaulkon), trouve la maison vide de Phaulkon, mais il y trouve Sorasak qui l’oblige à avouer où est Phaulkon. Comme il l’ignore, Sorasak lui laisse son bateau pour le chercher (crédible, non ?). Petraja ne peut pas retrouver Phaulkon mais Anek le retrouve. Phaulkon, démasqué est poursuivi par 12 hommes, mais parvient au bateau qu’Anek lui avoue être de Sorasak, lui apprenant aussi que celui-ci a Suninda. Ivatt arrive à Louvo avec Mark et Nelly au débarcadère de Phaulkon où il doit se battre contre les soldats de Sorasak. Ivatt va mettre Nelly et Mark dans la cachette de Phaulkon pendant que Sorasak les épie. Et puis, on apprend que la petite Lek qui jouait le rôle de Suninda  s’est enfuie, et qu’elle a rencontré le colonel Virawan (le bras armé de Petraja) sur le fleuve et à qui elle apprend le rôle joué par Sorasak. Virawan avec ses 80 gardes arrivant au quai de Phaulkon rencontre Ivatt qui s’étonne que Virawan recherche aussi Phaulkon, qui a fait fouiller la maison en vain. (On se souvient qu’il y a Nelly, Mark, Sorasak. Ah oui, dans la cachette secrète !) Et puis au chapitre suivant (ch.42), Phaulkon arrive aussi à Louvo et doit plonger pour arriver à son tunnel secret de sa maison ! 

 

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Comme il n’y pas assez de monde, Aylwen fait aussi venir Maria dans la maison, qui ouvre la trappe, pour découvrir Sorasak qui se met nu et la viole…  et Maria peu après expulse son bébé, mort-né !!! On arrive dans un  film gore !

 

film gore


Mais Ivatt, allez savoir pourquoi revient à la maison avec son géant tamoul qui se saisit de Sorasak. Maria en train de mourir dit à Suninda (on l’avait oubliée) qu’elle était en fait venue pour mettre Phaulkon dans un guet-apens prévu dans la chambre du roi !!! (de mieux en mieux)


Vous suivez ???


Le final avec les chapitres 43 à 45 valent aussi leur pesant de fiction délirante.


Au chapitre suivant Suninda est au palais.


Elle peut bien sûr, grâce à la complicité du chef de garde accédée à la chambre du roi. (Décidemment le nouveau régent Petraja  a peu d’expérience militaire !) Le roi lui souffle un PLAN (on ne saura pas lequel). Après Suninda, c’est Phaulkon, qui déguisé, arrive aussi dans la chambre du roi ! (Pourquoi est-il venu ?). Il entend le roi dire qu’il doit quitter le pays ! On apprend que Suninda est arrêté par le colonel Virawan.

Et puis, sans transition, au chapitre suivant, le roi Naraï annonce que c’est son dernier jour de vie et on le voit s’habiller royalement pour aller au jardin (pourquoi ?), arriver dans la cour royale, et assister à la décapitation de Phra Piya par Petraja ! avec Suninda agenouillée promise au même sort.


decap


Et comme il n’y a pas assez de monde dans  le palais (la place la plus gardée du royaume) et que la situation n’est pas assez  absurde, on voit Ivatt et ses gardes indiens arrivés avec Sorasak sur une civière et le roi Naraï qui le désigne comme son successeur en échange de Suninda, qui surenchérit en réclamant aussi son enfant !!!

 

Vous ne connaîtrez pas les échanges entre tous ses prétendants, ni ce que va faire Petraja ! ni ce que va devenir Naraï.


Et Phaulkon, me direz-vous ?


Eh bien, sans transition Aylwen, qui a dû boire une substance interdite, nous présente au dernier chapitre six cavaliers, Phaulkon, Suninda et sa fille, sa première femme anglaise Nelly et son fils Mark, ainsi que son homme de confiance Anek sur la route vers Chiengraï !!! et ensuite Phaulkon leur proposer de passer en Chine !!!!!!!!!!!!!!!!


A ce niveau, que pouvons-nous dire ? Le délire est tel que nous n’avons pas envie de faire les rectifications historiques.


Et Petraja ? Le voit-on triompher ? se déclarer roi ?


Non. Aylwen préfère écrire la scène finale avec le colonel Virawan qui propose à  Petraja de mettre un masque représentant Phaulkon et d’exécuter un jésuite devant témoins !!!!!!!!!!!


fin


Quelle trouvaille pour la fin !


Et pour en remettre une couche, Aylwen rajoute un épilogue historique, où il est dit que Pétraja épousera la fille de Naraï, qu’il aura deux fils et règnera 15 ans et mourut à 72 ans. Que  Sorasak épousera aussi Yotapep  et règnera 7 ans pour mourir de ses débauches ! Que Desfarges négociera son départ et mourut en mer. Que l’évêque fut emprisonné avec les chrétiens ! (quelles précisions !!!)


Ce tome 3 est vraiment une catastrophe.


On ne peut comprendre les choix d’Aylwen. Pire, on peut même soupçonner une autre personne qui aurait voulu discréditer l’écrivain du 1er tome.


Manifestement on a ici un écrivain de 3 ème zone qui a perdu tout contrôle, toute crédibilité historique et littéraire.


L’histoire du Siam est difficile à appréhender. Il n’est pas nécessaire d’être incohérent, d’écrire des fictions historiques délibérément fausses, absurdes, extravagantes, ineptes …

 

                                                                              ____________________________

 

 

 

Et pourtant si vous cherchez dans google d’autres avis, vous pourrez trouver par exemple :


Résumé de "Le faucon du Siam. 3. Le dernier vol du faucon"

Cela fait plusieurs années déjà que Constantin Phaulkon, un navigateur grec d'origine et anglais d'adoption, occupe les fonctions de Grand Barcalon (Premier ministre) auprès du roi de Siam. Mais, en plus des jalousies et des intrigues que la vieillesse et la maladie du monarque déchaînent contre lui, il lui faut compter avec l'hostilité des missionnaires jésuites, que gêne sa sympathie pour le bouddhisme, et aussi avec les appétits des Français et des Hollandais, impatients d'accroître leurs possessions coloniales . Dans ce contexte trouble surgit une femme : Nellie, accompagnée d'un garçon de seize ans, le fils que Phaulkon a eu d'elle après une brève liaison. Pour se venger de son abandon, elle est prête à braver les périls... L'extraordinaire fresque romanesque du Siam au XVIIe siècle, entamée par Axel Aylwen avec Le Faucon de Siam et poursuivie dans L'Envol du Faucon, prend ici des allures de drame shakespearien. Ce passionnant voyage dans une histoire méconnue est aussi l'occasion de réfléchir aux heurts des civilisations, des sociétés, des pensées différentes.


http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/aylwen-axel/le-faucon-du-siam-3-le-dernier-vol-du-faucon,1044095.aspx


Vous avez bien lu « des allures de drame shakespearien »,  « une histoire méconnue », « l'occasion de réfléchir aux heurts des civilisations, des sociétés, des pensées différentes. »

 

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Manifestement nous n’avons pas lu le même livre.


       

Nota.


D’ailleurs savez-vous de quel auteur il s’agit ? Cherchez et dites-nous si vous trouvez une bio-bibliographie d’ Aylwen ?

 

 

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 04:02

titreNotre article précédent présentait le tome 1 de la trilogie de Axel Aylwen, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon. Mais la méthode choisie et nécessaire était laborieuse et peu agréable à la lecture. Elle montrait néanmoins comment un grec au passé déjà aventureux, était parvenu au Siam à devenir le 1er ministre du roi.


Le prologue du tome 2 rappelle la stratégie de Phaulkon qui avait osé de son propre chef, forger de faux documents qui indiquait l’alliance du Siam avec la France « avec la connivence des jésuites sur place »  pour contrer le projet hollandais de  « s’installer » au Siam.


Mais curieusement le chapitre 1 commence le 30 septembre 1687 avec l’arrivée de la deuxième ambassade française menée par de la Loubère et Céberet avec 5 grands navires et 1400 hommes commandés par le général Desfarges qui a la mission d’obtenir la cession des ports de Bangkok et de Mergui ! (Sportès dira 1610 hommes dont 636 soldats)

 

Marine


Comme nous le signalions dans l’article précédent, il est étrange qu’Aylwen n’ait pas évoqué la  1ére ambassade de Louis XIV menée par le chevalier Alexandre de Chaumont et l’abbé de Choisy, qui était arrivée  au Siam le 23 septembre 1685 pour convertir le roi Naraï, et qui était repartie  le 22 décembre 1685. Etrange, car il n’évoque pas ainsi le rôle  du Chevalier de Forbin qui était resté à la demande de Phaulkon pour organiser l’armée siamoise et pour devenir le nouveau « gouverneur » de Bangkok.


Bref.


A peine arrivé, le père Tachard est le premier à quitter le bateau pour aller annoncer à Phaulkon la mauvaise nouvelle. Phaulkon est en colère, car il voit de suite ses plans contrariés et les difficultés à surmonter. Et ce n’est pas le titre de comte de France avec l’ordre de Saint Michel que lui a accordé Louis XIV qui va le rassurer.


ordre de saint michel


Pour une  ellipse, c’est une ellipse ! Aylwen privilégie donc d’entrée la version colonisatrice de la France.


Il met en scène l’ambassadeur siamois Kosapan (qui est le frère cadet du précédent 1er ministre) qui revient de son ambassade en France, et qui a entendu le chef de l’ambassade de Laloubère déclarer à Claude Céberet, le deuxième envoyé :


« Une fois le Siam entre nos mains, Claude, vous serez libre de dicter la politique commerciale française comme vous l’entendez (Céberet est l’un des 12 directeurs de la Cie des Indes), mais « l’objet de notre mission est avant tout la conversion du roi du Siam ».


Kosapan, retenu depuis 4 jours sur le bateau, veut donc s’échapper pour prévenir son roi que la France veut annexer son royaume et n’ont pas les 50 gardes d’élite demandés par Phaulkon pour protéger le roi. (La demande de Phaulkon est différente selon les différents témoignages).


Phaulkon est surpris lui-même par les prétentions françaises qui lui sont confirmés par le jésuite Tachard. Bangkok et Mergui sont les deux places les plus stratégiques du royaume. Et Mergui a déjà été « confié » aux Anglais via Samuel White.

mergui1764

 

(On ne dit pas que Tachard avait une mission de Phaulkon lors de la 1 ère ambassade).


On va voir alors un Phaulkon qui sait faire face à des situations nouvelles imprévues. Il a de suite l’idée d’accorder Bangkok comme base commerciale mais d’être ferme sur Mergui.


Au ch. 3 en audience devant le roi (qui se rappelle de leur 1ère entrevue, 6 ans auparavant), il présente à sa façon les informations  données par Tachard qu’il n’a pas encore vérifiées, précise-t-il. Phaulkon est ensuite surpris de voir Kosapan

 

Kosan Pan Standing

 

qui confirme au roi la volonté des Français de soumettre le Siam et d’imposer la foi catholique au roi.


Mais Phaulkon, une fois de plus sait  trouver immédiatement un PLAN pour contrer les Français, à savoir :


1/ Chaque soldat français débarqué devra prêter allégeance au roi Naraï. 2/Chaque soldat français débarqué devra entrainer un soldat siamois 3/ Le roi exprimant ses doutes sur leur acceptation ; Phaulcon lui dit qu’il leur fera miroiter sa conversion prochaine 4/ Céder Bangkok à des fins commerciales 5/ Envoyer des femmes siamoises pour enlever aux soldats français l’envie de combattre.


Il est dit que le roi accepte pour des raisons géopolitiques vis-à-vis des Hollandais et pour éviter le bain de sang, mais qu’il vengera l’affront.


Mais le tome 2 va se poursuivre sur deux fronts et deux intrigues vont se mêler, car Phaulkon ne doit pas seulement obtenir l’appui des Français pour se maintenir au pouvoir, il doit aussi faire face à la piraterie de Samuel White, son subordonné à Mergui, et d’un acte de piratage qui va mettre en ébullition tout le Sud avec la menace de Golconde d’entrer en guerre et des Anglais qui veulent prendre le port de Mergui, en représailles. Phaulkon va  dans un premier temps envoyer Ivatt pour régler ce conflit commercial et diplomatique.

 

Golconde


Aylwen va entrelacer ces deux histoires durant le tome 2 et nous serons simultanément en Inde et au Siam, à Mergui, à Bangkok, à Ayutthaya et à Louvo, la résidence d’été du roi. Nous verrons comment Phaulkon va essayer de redevenir le maître de la situation avec les nouvelles ambitions  des Français et celles des Anglais qui rêvent de s’implanter au Siam.


Le diplomate Phaulkon va devoir s’employer au milieu de toutes ces rivalités sans oublier les Hollandais et aussi les dignitaires siamois sur fond de fin de règne, où la succession peut faire basculer tous les pouvoirs acquis.

 

Phaulkon et les Français.


Les Français ne veulent pas du plan de Phaulkon et pour commencer ils ne veulent pas prêter allégeance à Phaulkon. Celui-ci trouvera un subterfuge quand ils devront s’incliner devant la lettre du roi Louis XIV emmenée en grande pompe à Bangkok dans une barque royale, qu’ils devront suivre dans d’autres barques selon un protocole,  une étiquette, un apparat fastueux qui les impressionnent.


Ensuite, on voit le général Petraja passer en revue une troupe de 500 siamois dans le fort de Bangkok. Il les informe qu’ils seront formés chacun par un farang. Il rencontre Phaulkon et ne lui cache pas ce qu’il pense des Français et lui dit qu’il ne sera pas à son poste à vie. La menace est bien affichée. Bref les deux hommes se savent ennemis. Phaulkon retourne à Ayutthaya avec le Ct Beauchamp et 50 hommes d’élite. Il rend compte de sa mission au roi qui exprime ses inquiétudes quant à sa succession avec deux frères aux multiples travers et handicaps.


De La Loubère est enfin reçu par le roi avec cérémonie et faste. Il s‘étonne ensuite à Phaulkon que le roi ne lui ait pas parlé de sa conversion. (Il faut savoir que tous les témoignages attestent de cette obsession française à vouloir à tout prix convertir le roi Naraï).


pieuvre


Pendant ce temps, on voit au chapitre 17, Petraja organiser sa « rébellion ». Il a déjà réuni cinq hommes, Kosapan, les musulmans Abdula Maffid et son frère Mohammed, mandarins en disgrâce depuis leur révolte manquée, et deux officiels siamois dont l’abbé de Louvo (le deuxième de la hiérarchie bouddhiste siamoise). Ils ont tous des bonnes raisons de  vouloir chasser les Français et Phaulkon. Petraja enfonce le clou et rappelle la menace que représentent les Français, Kosapan évoque leur impolitesse envers les mandarins. Petraja aspire au trône et se dit prêt à trouver un plan pour chasser les Français.


Après la réception royale, de La Loubère et Ceberet retournent à Bangkok. Le général Desfarges reste à Ayutthaya et est choyé par trois belles servantes. Le Ct Beauchamp et sa garde accompagnent le roi à Louvo.


Le combat est engagé.


On va suivre désormais les attitudes et les positions des uns et des autres. Petraja et ses complices estiment qu’ils ne peuvent rien tant que Phaulkon a l’appui des Français. Mais Phaulkon ne l’a pas encore obtenu.


On va voir ensuite Kosapan en action, avec son plan (en accord avec Petraja), de déstabiliser la femme de Phaulkon, Maria, en prétextant un danger que lui a confié la seconde épouse de Phaulkon Suninda (que Maria ignorait) concernant des soulèvements éminents des Maures à Mergui. Kosapan  apprend aussi à la très catholique Maria que Suninda a été chargé d’organiser les prostituées pour le bien-être des Français à Bangkok. Maria ulcéré le chasse.


Phaulkon en audience avec le roi obtient Songkhla pour les Français en précisant que c’est sa dernière concession. Le roi évoque pour la première fois sa décision de confier la succession à Piya, son fils adoptif, mais sa fille, dit-il,  refuse de l’épouser.


Les Français sont divisés. Phaulkon est loin encore d’avoir l’appui des Français.


De La Loubère, en colère, non seulement refuse Songkhla mais lance un ultimatum au général Desfarges lui ordonnant un PLAN d’invasion du Pays.


Le général Desfarges refuse, estimant au contraire que sa mission est en voie d’être remplie. Il occupe le fort de Bangkok, dit-il, sa garde est auprès du roi et ils viennent d’obtenir Songkhla. De La Loubère le menace de la cour martiale lui rappelant que la mission est de convertir le roi, et d’occuper Mergui et Bangkok.


Phaulkon n’est pas au bout de ses peines, surtout qu’une rencontre avec les jésuites, les pères Tachard et de Bèze lui confirmant la menace de guerre de La Loubère, la division des Français, l’importance attachée à la conversion du roi Naraï.


Phaulkon leur confie son inquiétude sur la santé du roi, son asthme,  ses difficultés à parler, la nécessité de le soigner pour gagner du temps. Il aurait besoin de 1 à 2 ans. Il réclame des renforts français.


Sa rencontre ensuite avec de La Loubère

 

ศักดินา la Loubère สี

 

n’est pas pour le rassurer, car il reste sur ses positions et lui rappelle, une fois de plus, que l’objectif 1er de sa mission est la conversion du roi. Il lui apprend en outre sa décision de repartir en France avec 12 canonniers. C’en est trop pour Phaulkon. Ils se quittent fâchés. (Ch.33).


On apprend au chapitre 35, après une ellipse d’Aylwen, que de La Loubère  a lancé de son proche chef, une opération sur Mergui en faisant croire que les Français vont occuper Songkhla qui leur a été confié par le roi. Phaulkon est informé par un vieux prêtre Portugais sur place que 50 Français sont effectivement à Songkhla mais que 100 autres sont partis prendre Mergui.


Mais au Chapitre 40, devant la grave situation à Mergui, -les Anglais vont bientôt prendre la ville -Phaulkon décide de s’y rendre avec 250 éléphants et le Lt Dularic et ses 12 bombardiers.


bombardiers


Il est temps de revenir au chapitre 9 pour comprendre l’historique de cette affaire qui a failli coûter la prise de Mergui par les Anglais.


Si Phaulkon a dû être informé que ses anciens « associés » Richard Barnaby, gouverneur de Tenasserim a des difficultés à gérer sa province, et que Samuel White en charge du port et du commerce de Mergui, commet de nombreuses malversations, et pirate à l’occasion, un rapport de Thomas Ivatt, représentant commercial du roi de Siam au port de Madapolam ( ou Masulipatam), un port très actif  du royaume de Golconde (Inde), lui confirme la piraterie de Samuel White et surtout la grave situation provoquée par la prise de la Nlle Jérusalem  par le capitaine Coates, subordonné de White, qui appartient au seigneur Demarcoa du royaume de Golconde, dont le gouverneur veut déclarer la guerre au Siam.


Ivatt va essayer de résoudre le conflit avec beaucoup de courage. Et le roman se transformera  en récit d’aventure.


On verra Ivatt monter seul à bord de la Nlle Jerusalem et essayer de convaincre Coates de rendre le bateau ; on le verra se rendre devant le gouverneur et essayer de dédouaner les Siamois avec l’appui du propriétaire, mais Ivatt sera arrêté et mis dans une fosse à tigres. Il sera sauvé par le Ct anglais Fowles, contre une rançon et la promesse de ramener au gouverneur de Golconde le capitaine Coates.


On le retrouve au chapitre 15 sur un petit bateau en mer en direction de Madras

 

Madras City 1909

 

où l’attend le gouverneur anglais Yale, qui lui communiquera ses griefs sur le commerce siamois qui combat les intérêts de la Cie anglaise, sur les dangers que fait courir le piratage opéré par Samuel White sur son commerce avec Golconde qui le croit complice. Il lui réclamera  un  dédommagement important, sous peine de guerre.


On va suivre alors Ivatt à Mergui (où il apprend un démêlé commercial à propos de rubis et d’avance non rendu entre Samuel White et le frère du gouverneur de Madras),  puis son retour à Ayutthaya, où Phaulkon l’honore en le nommant mandarin de 2 ème classe avec 40 esclaves. Ivatt lui raconte bien sûr ce qu’il a vécu et le désir du gouverneur anglais Yale d’obtenir Mergui.


Phaulkon lui fait alors une mise au point.


Il lui explique pourquoi jusqu’ à présent il a épargné Samuel White, car il est le fils de son père adoptif Georges White, mais que désormais il va jouer la carte des Français et laisser les Anglais.

 

Mais, il lui avoue « une marge de manoeuvre étroite » car, dit-il, « les Français veulent conquérir le Siam ».


C’est donc un Phaulcon lucide que l’on va voir agir. En commençant avec Samuel White dans un jeu du chat et de la souris où White va essayer de gagner du temps et de sauver sa peau et de réaliser  son rêve : « rejoindre l’Angleterre avec sa fortune » acquise par piraterie.


Au chapitre 24, Samuel est convoqué par Phaulkon à Louvo.


 

Lopburi1 1

 

 

Il demande à Davenport son adjoint, de modifier certains comptes. On apprend à l’occasion que les escroqueries de Samuel sont multiples, et qu’il a par exemple, détourné des fonds destinés aux fortifications de Mergui et qu’il n’a rien partagé avec le Conseil des 5 (instance qu’il manipule et qui est chargée en principe de diriger la Province sous l’autorité du gouverneur). Il est d’autant plus inquiet qu’il est informé des remous provoqués par l’arraisonnement du bateau de la Nlle Jérusalem.


De fait au chapitre 26, après l’avoir fait attendre 10 jours, Phaulkon va accuser Samuel de toutes ses malversations et le condamner à rembourser les Anglais à Madras, le propriétaire du bateau la Nlle Jerusalem, et les dommages et intérêts pour Golconde, d’une somme qu’il évalue à 500 000 livres (une somme énorme !). Il l’informe que Coates a été condamné et qu’il a  la cangue au cou.


Il demande ensuite à Ivatt s’il estime que Samuel White va rembourser, Ivatt lui répond que Davenport, son secrétaire, va le surveiller, mais qu’il peut toujours s’enfuir. Phaulkon nomme alors Ivatt gouverneur de Mergui et lui demande d’aller à Madras pour rassurer les Anglais et les assurer que le Siam va payer. Au chapitre 28, Samuel White est de retour à Mergui, tout heureux de n’avoir pas été arrêté comme son subordonné Coates. Il réfléchit alors à un plan pour s’en sortir et couler des jours heureux en Angleterre.


Il envisage donc de rembourser le gouverneur Yale, de rendre la Nlle Jerusalem avec son chargement, de déguiser ses bateaux en bateaux français pour faire encore quelques coups avant de se retirer. Mais apprenant qu’un bateau, encore plus beau que la Nlle Jerusalem est actuellement à quai à Mergui pour avarie, il a alors l’idée d’aller vendre sa cargaison à Atjeh (Sumatra) et d’utiliser ce bateau pour s’enfuir en Angleterre, non sans avoir noyé l’équipage.


Il ne savait pas encore (Cf. ch.22), que l’Angleterre avait un nouveau roi  Jacques II (6 février 1685- 1688)

 

Jacques II

 

qui avait promulgué une nouvelle loi qui interdisait désormais à tout Anglais de servir un monarque étranger. Le gouverneur Yale avait alors confié à son frère Thomas Yale de retour à Madras (après avoir essuyé le refus de Samuel White d’acheter les rubis et de rendre l’avance), son intention de proposer à Samuel White de livrer Mergui, si important pour le commerce dans la Région, en échange de son immunité et de la possibilité de retourner en Angleterre avec un bateau.


Le combat pour Mergui se prépare.


Le gouverneur Yale apprenant alors  que 7 navires français avec un millier de soldats étaient arrivés au Siam et que Phaulkon voulait leur donner Mergui, envoya en urgence le capitaine Weltden à Mergui pour proposer à Samuel White de lui livrer Mergui ou de l’arrêter en cas de refus.


Ivatt apprenant que les Monghols ont envahi Golconde (2 octobre 1687 selon wikipédia) retourne à Madras pour assurer le gouverneur que le Siam payera sa dette, et que le capitaine Coatès a été condamné à mort. Le gouverneur l’informe de la décision royale de Jacques II qui interdit à tout anglais de travailler pour un Prince étranger. Ivatt lui rétorque qu’il va se faire siamois. Il lui promet également de lui  livrer Samuel White. Le gouverneur l’informe alors qu’il se rendra à Mergui pour toucher la dette, et qu’il prendra Mergui en cas de non-paiement.


Le capitaine Weltden arrive un mois plus tard à Mergui. Il voit le bateau Santa Cruz partir. Intervient alors dans l’histoire le Conseil de Tenasserim, qui apprend par Samim Youssef (l’un des frères des 3 membres du Conseil chargé de gérer la Province avec le gouverneur) que Samuel White a tué tous les membres de l’ équipage du Santa Cruz et qu’il est en train de renforcer les fortifications  de Mergui. Le gouverneur Yale ayant constaté que les Monghols ne veulent pas prendre Madras décident de partir à Mergui avec deux bateaux.


Davenport informe Weltden de l’intention de Samuel White de quitter Mergui. Au chapitre 36, le capitaine Weltden rencontre Samuel White et l’informe qu’il a deux semaines pour rapatrier tous les Anglais résident à Mergui et qu’il doit aussi l’emmener afin qu’il soit jugé pour ses faits de piraterie.

 

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On retrouve Weltden au chapitre 39 et 3 nuits plus tard, bien accueilli par White et ses belles Birmanes. Weltden est satisfait du travail de White qui a fait signer à de nombreux Anglais la proclamation de Jacques II. Son lieutenant Mason le met en garde contre le double jeu de White et lui demande l’autorisation de réquisitionner son bateau Le Résolution qui est au large. Weltden ne partage pas son pessimisme. Toutefois, au chapitre suivant, Weltden demande à White de mettre son bateau La Résolution à côté du sien,  de lui livrer  Mergui, en échange d’un sauf- conduit pour l’Angleterre à bord du Résolution.


Revenons aux Français.


Au chapitre 38, Desfarges avait été convoqué par Phaulkon à Louvo, qui l’avait menacé d’emprisonnement voire d’exécution. Desfarges, devinant que Phaulcon était informé du PLAN des Français de prendre Mergui, avoua, tout en se désolidarisant. Sous la menace il lui demanda de prendre le Lt Dularic et ses canonniers pour descendre sur Mergui et ceci d’autant plus qu’il y avait une menace anglaise.


Ivatt à peine arrivé à Louvo  est prévenu qu’il doit repartir avec Phaulkon le lendemain. En effet, disions-nous plus haut, Phaulkon a décidé de se rendre à Mergui avec 250 éléphants et le Lt Dularic et ses 12 bombardiers pour faire face à la menace anglaise et française. (Ch. 40).

 

Ensuite du chapitre 41 au dernier chapitre 46 du tome 2, Aylwen va multiplier à l’intérieur de chaque chapitre des allers et retours entre tous les protagonistes engagés dans la bataille pour Mergui, comme pour mieux en souligner la confusion, les tumultes, les tactiques des uns et des autres.


La bataille pour Mergui. 

  • Le capitaine St Clair partant de Songkhla est en route vers Mergui sur le Gaillard aux 52 canons avec Vaudricourt prévu pour en être le gouverneur.(Ch. 41).
  • Phaulkon arrive en avant-garde avec quelques hommes aux faubourgs de Tenasserim. Ses hommes délivrent Davenport qui y était en prison, qui l’informe de la situation. Phaulkon décide de continuer sur Mergui et demande à Ivatt d’attendre les bombardiers et les éléphants qui sont à 7heures de route.
  • Selim a organisé les Maures et les habitants de Mergui pour chasser les étrangers et est prêt à lancer l’attaque.
  • Le gouverneur Yale arrive sur Mergui.

L’émeute est déclenchée.


Ch 44. Alors que Mergui devait être livré aux Anglais le lendemain, Selim Yussuf le chef des émeutiers lâche ses hommes qui vont attaquer sur plusieurs fronts au gré de leur fureur meurtrière. La ville est en émeute.

Le bateau de Weltden est attaqué, et il peut s’échapper ainsi que White qui dormait à bord. Le gouverneur a moins de chance et est tué et mutilé. La maison de White est incendiée. Tous les étrangers Anglais, Espagnols et Portugais rencontrés, sont massacrés. C’est un carnage.


Phaulkon, bien entendu garde la tête froide, et envoie Davenport (le secrétaire de White) à bord du bateau de White le Resolution pour convaincre Rob Janisson de quitter le bateau avec 20 marins pour aller chercher White qui est en danger quelque part en mer. Il y parvient en les informant que White a réussi à négocier son départ pour l’Angleterre avec son trésor.


Au chapitre suivant, on suit les deux chaloupes de White et de Weltden et on assiste à leurs combats pour échapper à leurs poursuivants. Ils sont finalement secourus et White peut espérer alors se reposer sur son bateau le Resolution. Il est alors surpris d’être accueilli par … Phaulkon ! La confrontation est inévitable surtout que Phaulkon a eu le temps de visiter les cales et de voir le trésor de White avec les marchandises du Santa Cruz. White a encore le culot d’essayer de se justifier, mais en vain, car Phaulkon sait tout.


Mais ensuite Phaulkon est surpris de voir arriver les deux bateaux anglais commandés par le gouverneur Yale. Il se doute que la visite n’est pas amicale.


La bataille finale. La grande victoire de Phaulkon.

Le dernier chapitre (47). 

  • Phaulkon prend les devants et se présente au gouverneur anglais Yale, en tant que barcalon. Il lui annonce que la compensation financière va lui être versée, et que les Anglais qui ont été tués l’ont été par une révolte des indigènes Maures qui vont être châ tiés. Il le rassure également sur son intention de ne pas laisser les Français s’installer à Mergui et qu’il a nommé Ivatt comme le nouveau gouverneur.
  • Ensuite Phaulkon va faire face aux Français. Apprenant qu’Ivatt est arrivé à Mergui avec ses éléphants et ses canonniers, il ordonne au Lt Dularic de tirer sur le bateau français avec ses 9  canons de longue portée. (On imagine mal un Lt français tirer sur un bateau français !!!)
  • Avec une ellipse, on le voit sans transition, à bord du vaisseau français annoncé au chef d’escadre Vaudricourt la présence de quatre bateaux anglais (deux qu’il peut voir et deux qui vont arriver au petit jour, lui dit-il). Il lui montre ses troupes au port sous les tirs du Lt Dularic ( ?). Il sort une lettre du général Desfarges lui rappelant que les Français ont la charge de Songhkla. Bref, ses « arguments » sont suffisants pour faire entendre raison à Vaudricourt. Et le Gaillard de retourner à Songhkla.
  • Phaulkon va ensuite transférer le trésor de Samuel White, payer les Anglais et garder le reste.

La victoire de Phaulkon est complète à la fin du tome 2.


Les Anglais retournent à Madras, les Français à Songhkla, et Phaulkon peut installer son homme de confiance Ivatt comme gouverneur de Mergui.


Enfin complète ! Les Français ne sont toujours pas  ses alliés. Le roi est toujours très malade et Petraja est toujours là.

 

Sauf que,

 

Aylwen est en plein délire, ou disons pour rester plus littéraire, en pleine fiction. Phaulkon n’a jamais -historiquement- chassé les Français de Mergui. S’il est vrai qu’il y était hostile comme la Cour, il est un fait que « fin janvier 1688 toutefois, du Bruant, à la tête de 150 hommes environ, part finalement occuper Mergui. » selon Forest. « Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam, L’Harmattan, 1998).

 

Nous y reviendrons dans « notre » Histoire du Siam. Il était temps désormais de lire le tome 3.

 

naraiC 

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 04:02

titreAxel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.*

 


Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulcon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’Etat du général Petracha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

Constantin Phaulkon


Mais toute lecture implique un pacte, un choix parmi de multiples entrées possibles. Surtout, quand ici, « l’histoire » se déroule  au milieu de nombreuses intrigues secondaires, en passant d’un lieu à un autre, d’un personnage à un autre, en discontinu, même si, bien entendu, Phaulkon est le héros, dont on peut suivre les aventures, la réussite ou non, son ambition affichée dès le début : « faire fortune » « devenir un acteur fondamental dans le commerce du Siam, et pourquoi pas le premier ». Le pari est fou, présomptueux, mais nous voudrons, au fil du texte, vérifier s’il va réussir ou non.


Mais l’histoire a deux spécificités. Elle prend pour héros, un personnage ayant existé, -un personnage historique même-et se situe dans un pays, le Siam, au XVII ème siècle , qui a le pouvoir de faire rêver, de nous introduire -nous lecteurs européens-  dans un pays « exotique » que nous connaissons peu.


Ainsi le plaisir de lecture se démultiplie, et invite, si on le désire, à seulement suivre l’histoire et tous ses rebondissements, ou/et vérifier-en fonction de ce que l’on sait-  des écarts constatés entre le Phaulkon d’Aylwen et de l’idée que nous en avions, d’être à l’affut éventuellement des erreurs historiques, et d’apprécier cette société siamoise au vu de notre regard occidental…

Surtout que notre lecture n’est pas « innocente ». Elle arrive après bien des lectures, bien des jugements portés sur Phaullkon.

Nous avons déjà parlé longuement du roi Naraï et du grec Constance Phaulkon, devenu son étonnant premier ministre, en 1682 jusqu’ à sa mort le 5 juin 1688. Les raisons en sont simples. 

Le personnage est fascinant et a vécu une ascension fulgurante, et il a joué un rôle majeur dans les relations internationales et politiques du Siam, mais surtout il a bénéficié de nombreux récits, témoignages, et suscité des jugements les plus contradictoires, tant à son époque que  de nos jours.

Mais beaucoup se sont interrogés sur ses objectifs, ses intérêts,  son rôle effectif dans la politique menée par le roi Naraï,

 

King Narai

 

jusqu’à la « révolution » de 1688, qui a conduit Petracha au Pouvoir.

  • Récemment, dans notre article (89) consacré au livre de Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »**, « on apprenait le plan « secret » de  Phaulkon  et des jésuites  (relayé par le jésuite Tachard et appuyé par le confesseur jésuite de Louis XIV de La Chaise (« qui avait l’oreille du roi » et de Mme de Maintenon ) : envoyer 70 jésuites déguisés, s’emparer de l’appareil d’Etat, convertir le roi, avec l’aide de « l’homme providentiel », Phaulkon. Ce plan entrait dans la stratégie jésuite de convertir le roi du Siam. »

 

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  • Auparavant, dans nos « relations franco-thaïes », on pouvait lire les témoignages contradictoires des différents « ambassadeurs »  des deux ambassades de Louis XIV de 1685 et 1687, comme ceux de l’abbé de Choisy, du chevalier de Forbin, de La Loubère, du père Tachard ... etc. Nous avions même tenté dans un portrait de montrer en quoi le personnage pouvait être sujet à controverses.(Portrait de Constantin Phaulkon, grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688))***

En effet, les différents portraits et témoignages dépendent des différents points de vue liés aux projets des différents acteurs et du jeu diplomatique adopté par Phaulcon aux différents moments de l’histoire.  Il est aisé de comprendre que les opinions peuvent diverger selon que l’on soit Anglais, Hollandais, Français, ou Siamois, selon que l’on soit diplomate, missionnaire (et/ou jésuite), militaire ou négociant … ou un adversaire thaï comme le général Petracha. (Cf. en note quelques opinions)****.


Le tome 1.


Il n’est pas possible de rendre compte des 668 pages et des 40 chapitres, et ceci d’autant plus, que le livre est essentiellement construit sur l’alternance des lieux et des personnages à chaque  chapitre et donc sur une multiplicité d’intrigues en discontinue.


Mais pour cet article, nous avons choisi de suivre Aylwen présentant de façon chronologique, les douze ans de la vie de Constantin Phaulkon, arrivé en 1679 au Siam à 30 ans. Nous avons procédé à des « regroupements » structurels permettant de repérer l’itinéraire, les étapes, les plans élaborés par Phaulkon pour parvenir à devenir à la fin du 1er tome le barcalon du roi Naraï en 1682. (Cf. en notes, le suivi chronologique de ce 1er tome et ensuite notre « reconstitution » structurelle.).


Mais on ne devient pas barcalon, sans stratégie, sans qualités, sans actions, sans protecteur, sans avoir éliminé des adversaires, suscité des jalousies, sans avoir « conquis » le barcalon en place et puis le roi Naraï tout puissant. On entre ici dans le jeu des nouvelles puissances étrangères (les Hollandais, Anglais, Français), des ambitions, dans le jeu politique siamois où l’arrivée du farang au pouvoir va susciter des jalousies, des rivalités, des combats sanglants.


Le roman commence en 1676, Phaulkon est à Bantam à Java.

 

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On apprend succinctement à la fois l’origine de Phaulkon(quitte l’île de Cephalonie


 

carte

 

sur un bateau anglais en clandestin à l’âge de 9 ans. Il y demeure mousse pendant 6 ans avant de travailler avec son mentor Georges White pendant 10 ans à la Compagnie des Indes), et la situation géopolitique de la région.


(dominé par les Hollandais et qui ont le monopole au Siam du commerce des peaux siamoises avec le Japon, et leur ambition de contrôler le commerce du Siam, le commerce des Maures depuis Mergui, leur proximité avec la Cour, l’intention de Naraï de se rapprocher des Anglais, l’absence de flotte siamoise …).


Un an après, Phaulkon est nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes.


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Georges White, son mentor, lui fait entrevoir les possibilités de commercer à leur compte et de réussir un gros coup au Siam.


Le 1er plan est vraiment difficile à réaliser.


Il s’agit de vendre 5 canons hollandais à la reine de Pattani en rébellion contre le roi Naraï, pour ensuite utiliser l’argent pour acheter des marchandises à Madras et prouver au roi et/ou barcalon que les Maures qui ont la responsabilité du commerce royal en place, les volent et prendre leur place.


On suivra ensuite au fil des chapitres l’ascension de Phaulcon en plusieurs étapes :


1/ On retrouve Phaulkon au Siam en 1679, il a 30 ans. 


Mais le plan est risqué, et effectivement le roman nous plongera dans les aventures de Phaulkon avec son naufrage à Ligor où il sera prisonnier par le gouverneur avec ses compagnons Barnaby et Ivatt ; on assistera à sa rencontre avec Suninda, une belle danseuse. (Il ne sait pas alors le rôle qu’elle jouera dans sa vie, qu’il la retrouvera à Ayutthaya et qu’elle  deviendra sa future concubine). On constatera ses qualités exceptionnelles, ses multiples ressources.


(Combattant de boxe thaïe, se fait saluer par un éléphant blanc, diplomate, est capable de justifier sa présence et même à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor ! Il arrivera à se sortir de ce guépier et obtiendra l’autorisation de se rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert par le gouverneur au roi Naraï.)


Ce sera aussi l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaïe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, les superstitions, les présages comme celui de trouver un éléphant blanc.).


2/ Au chapitre 13, on arrive à Ayutthaya, et on est plongé dans le faste de la Cour, son protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.


On fait alors connaissance des principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants) qui vont jouer un rôle dans l’histoire et de leur relations complexes.


La fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique,


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coureur de jupon), aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, (qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique). On imagine déjà les problèmes à venir.


Phaulkon va pouvoir examiner les forces en présence, identifier ses « amis » et ses rivaux,  déployer ses qualités (apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), et ses talents de « diplomate », révéler son ambition, arrêter sa stratégie. Il veut créer une flotte marchande pour Naraï, et doit pour ce faire dans un premier temps, discréditer les Maures en place et convaincre le barcalon qu’il est l’homme de la situation et qu’il peut multiplier les bénéfices siamois par trois.


De nombreux chapitres nous présenteront ses rencontres avec ses rivaux comme le général Petraja, qui était déjà le militaire le plus titré et qui vient d’être nommé président du Conseil du roi, le Maure Mohammed Rachid, chef du service des Banquets du roi. Il sait qu’il peut compter sur Maître Phanik, un Portugais bien en place et qui le conseillera. Il est en outre le « tuteur » d’une ravissante jeune fille d’origine japonaise Maria, qui deviendra sa femme ultérieurement, mais n’anticipons pas.


Les idées et les talents de Phaulkon arrivent jusqu’aux oreilles du barcalon,

 

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qui lui accorde un premier entretien. (Ch. 18). Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on.


3/ Phaulkon, avec un certain aplomb et lucidité  peut enfin lui offrir ses services :


Phaulkon indique les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui,


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avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement.


Phaulkon dénonce également les malversations du commerce des Maures (il a fait son enquête sur le commerce Maure et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler). Il lui  propose également de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise de fond et de lui ramener le triple.

Le barcalon est séduit et lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois, et de travailler au ministère du commerce.


Phaulkon a réussi la première étape de son ascension.


Cette réussite n’échappera pas à ses rivaux et on assistera sur de nombreux chapitres (Ch. 26 à 39) –selon la méthode d’Aywen  de disséminer les différentes intrigues au fil des chapitres-  comment les adversaires de Phaulkon vont tenter de s’organiser pour l’éliminer. Un complot sera organisé par le chef des Mocassars, (Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes), avec l’aide du général Petraja et de son fils Sorasak, pour l’éliminer.

 

maures

 

Il en réchappera et arrivera même à prendre sa revanche.


 4/ Sa réputation, entretenue on l’imagine, par le barcalon lui vaudra de franchir une nouvelle étape  dans son ascension.


Phaulkon aura l’honneur de rencontrer le roi, qui le nommera mandarin de 3ème classe(un ordre nobiliaire qui en compte 5) et sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang (Ch.30, p.507). Il était désormais un noble siamois.


5/ L’alliance avec les Français.


Mais Phaulkon ne veut pas en rester là. Il a aussi des ambitions politiques. Ici, le roman présente une lacune puisque curieusement, il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre de Phaulkon avec le père Vachet, jésuite français, qui lui propose une alliance avec les Français. (Ch. 32)


Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi.  On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.


Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité, avant l’arrivée du vrai.


Au chapitre 34, Phaulkon a droit à une 2ème audience avec le roi, au cours de laquelle il va montrer les avantages de s’allier aux Français.


Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue  (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. 

 

traite nimègue

 

Il mit fin à la guerre de Hollande.), et d’ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de l’amitié française, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et qu’il demande de profiter de la lumière d’un prêtre. On est déjà dans la stratégie.


5/ Le chapitre 37 (p.615) est un chapitre clé.

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Phaulkon est nommé mandarin de 2ème classe et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français. Les amis de Phaulkon Barnaby, Samuel White et Ivatt sont aussi récompensés. (Barnaby est nommé gouverneur de Tenasserim, Samuel chef du port de Mergui, des postes clés).

Phaulkon a gagné la confiance du roi. Il sait l’honneur qu’il vient de lui faire en le nommant manadarin de 2 ème classe. Il n’y a plus désormais au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.


Le 1er tome se termine en happy end pour Phaulkon.


Au chapitre 38, Phaulkon triomphe de l’embuscade tendue par les Maures et Petraja et Sorasak.


Au chapitre 39 (p. 640), le barcalon meurt. Phaulkon devient le nouveau barcalon et mandarin de 1ère classe.


Et au dernier chapitre (40), une ambassade thaïe est envoyée en France. Phaulkon stoppe le projet d’invasion des Hollandais en les rassurant sur leur intérêt commercial au Siam,  et en leur rappelant qu’il est le nouveau barcalon et en leur montrant le faux traité signé avec les Français qui vont arriver avec 5000 soldats, et ……………….  Phaulkon se marie avec la jeune catholique Maria selon les voeux des jésuites français.


Phaulcon est devenu le deuxième personnage de l’Etat.


Il est étrange qu’Aylwen n’ait pas évoqué la  1ére ambassade de Louis XIV menée par le chevalier Alexandre de Chaumont et  l’abbé de Choisy, qui était arrivée  au Siam le 23 septembre 1685 pour convertir le roi Naraï.

 

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Elle était repartie  le 22 décembre 1685 vers la France, après trois mois  de séjour, avec un traité qui autorisait la conversion chrétienne des sujets siamois et la protection des convertis.


Elle laissait le Chevalier de Forbin avec la charge d’organiser l’armée siamoise  à la demande du roi (Phaulkon ?). Il était même nommé  « gouverneur » de Bangkok. (Cf. notre article 8 des relations franco-thaïes).

On quittait le tome 1 sur la réussite extraordinaire de Phaulkon. Il était devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï.

On se doutait que les tome 2 et 3 allaient nous plonger dans d’autres aventures et dans la politique menée désormais par le nouveau barcalon.

       

 ____________________________________________________________________________________________

 

* The Falcon of Siam est paru en 1988 alors que la traduction française est parue en 1996 aux Éditions Anne Carrère (Paris).  Roman (poche). Paru en 05/1998.


**Sportès, « Pour la plus grande gloire de Dieu », Points/seuil, (1993).


*** Les relations franco-thaïes. Entre autres :


8. Les relations franco-thaïes, La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy.

 

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http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html


6. Les relations franco-thaïes, Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html


10. Les relations franco-thaïes : La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.html


11. Les relations franco-thaïes : Portrait de Constantin Phaulkon, grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-les-relations-franco-thaies-un-grec-comte-de-france-et-1-er-ministre-du-roi-de-siam-64176013.html


Mémoire du père de Beze sur la vie de Constance Phaulkon, premier ministre du roi de Siam, Phra Narai, et sa triste fin. Suivi de lettres et de documents d'archives de Constance Phaulkon
Volume 14 de Bulletin de la Maison Franco-Japonaise, Bulletin de la Maison Franco-Japonaise

 


****Par exemple :

Pour l’Abbé de Choisy : « Contrairement au Chevalier de Forbin, il ne voit nulle « diplomatie », nul plan « machiavélique » dans les  agissements de cet Européen. « Cet homme-là a du grand », précise-t-il. (Article 8)

Le récit du Chevalier de Forbin est un long réquisitoire contre les manoeuvres de M. Constance. (Cf. Article 6).

 

-Claude de Forbin (1656-1733)


Dans le livre de Sportès :

  • le père de Lionne auquel le Secrétaire de la marine de Seignelay, demande son avis.  Ses arguments sont explicites :

 « trop d’intrigues politiques, le plan repose sur un seul homme, un aventurier en qui on ne peut avoir confiance « aujourd’hui du côté français, demain du côté des Hollandais ou des Perses », « il ne semble tenir son pouvoir que de la seule, et fragile, faveur du roi »

Veret, chef du comptoir français à Ayutthaya :

« ce Constance n’est pas plus Premier ministre que je suis pape  (...) c’est quelque chose aussi comme un ministre du Commerce » (il régit tout le commerce et a le monopole d’achat), « c’est un fourbe », qui a su berner de Chaumont et Choisy (de la 1ère ambassade), leur faire croire à la richesse du Siam (aurait promis à de Chaumont , le monopole du poivre, alors qu’il n’y a pas de poivriers) et faire de Tachard, sa dupe (pp. 88-89).

L’abbé de Lionne  rééquilibre le jugement sur le personnage :

« Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi, entreprenant, généreux à dépenser pour paraître, fier, emporté, inégal, sur qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses et les donnant comme véritables avec mille circonstances superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant rien, qui ne se soucie que de lui, éclairé pour connaître le faible des gens et les prendre par là ; d’une humeur hautaine et insupportable à tout le monde et par-là ne s’étant  pas pu conserver un ami; qui a été souple quand il était peu de choses mais qui présentement prend un air de hauteur qui révolte tout le monde contre lui ; détesté de toutes les nations qui sont au Siam (…)

Qu’il est détesté de tout le peuple de Siam pour les impositions qu’il fait mettre sur les habitants ;  qui si le roy venait à mourir serait déchiré en mille pièces par les siamois, avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié mais selon qu’il espérera ou craindra, si on lui remet les choses ; qui fera échouer le voyage à venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute l’autorité (…) (article 11).

                                   ________________________________


***** Quelques repères chronologiques du tome 1. 40 chapitres.


Le chapitre 1 commence en janvier 1676, à Bantam, Java.

  • Phaulcon a 26 ans, il a été nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes orientales. On  rappelle brièvement sa biographie  (quitte la Grèce clandestinement à 9 ans sur un bateau anglais, 6 ans comme mousse, est adopté par Georges White travaille 10 ans pour la Cie des Indes)

Chapitre 2 à 12 : Le plan pour réussir. Le naufrage et sa vie de prisonnier à Ligor. Comment il réussira à partir pour Ayutthaya. (sa capacité à faire face aux situations, ses qualités (rusé, opportuniste et courageux)

  • Dès le chapitre 2, on est en 1679, il a 30 ans, il est capitaine d’un jonque et on apprend son ambition  (s’enrichir et prouver au roi du Siam son efficacité commerciale), son PLAN (vendre 5 canons à la reine de Patani, alors en rébellion contre le roi Naraï, acheter alors des marchandises (Samuel White parti les acheter à Madras) et les vendre à un bon prix pour prouver au roi que les Maures en place , en charge du commerce royal, le volent.)
  • Mais, il fait naufrage et ai fait prisonnier par le gouverneur de Ligor avec ses compagnons Barnaby et Ivatt, sa relation avec le gouverneur de Ligor, rencontre avec Suninda, sa future concubine). Et il a un rendez-vous avec le bateau de Samuel White. Suspense.
  • Ch. 7 à 12 seront, outre l’histoire du héros, l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaîe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, la chance et l’honneur de trouver un éléphant blanc …).
  • Phaulkon à force de ruses (la dernière, il arrive à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor !) et de beaucoup d’opportunismes et de chance obtiendra l’autorisation de de rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert au roi Naraï.

Cf. ensuite ch. 23, 25 (surtout p.429) le plan établi et sa réalisation avec Samuel White (le frère de Georges) et Ivatt pour s’enrichir et prouver sa compétence au barcalon.


Ch13 Ayutthaya :

Phaulcon est impressionné par le protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.

  • La Cour : L’étiquette,   les principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants (le plus haut titre militaire qui vont jouer un rôle dans l’histoire)
  • L’intrigue : la fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique, coureur de jupon, aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique).  

On  revient à la Cour au ch. 28. La réception de l’ambassade de Chine (le cérémonial, la hiérarchie)


Ch. 14-15. Phaulkon est à Ayutthaya

  • Ses talents linguistiques (apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), ses ambition politiques (veut créer une flotte marchande pour Naraï, suggère au général Petraja (qui vient d’être nommé Président du Conseil privé du roi) un rapprochement avec les Britanniques pour contrer les ambitions hollandaises, demande à Maître Phanik, (un Portugais bien installé et père adoptif de Maria, sa future femme), comment discréditer les Maures en charge du commerce auprès du barcalon (1er ministre) (démontrer leur détournement et promettre de multiplier les bénéfices siamois par 3).

Ch 18. 1ère rencontre cruciale de Phaulcon  avec le barcalon. (Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on)

  • Phaulkon évoque son expérience de 2 ans à Bantam, lui montre les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement. Le barcalon semble séduit et lui prose de travailler au Ministère du Commerce.

Ch. 20, 21et 22. Phaulkon et le barcalon.

  • Lui dénonce les malversations du commerce des Maures (il fait son enquête sur le commerce Maure   et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler).
  • Lui propose de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise et lui ramener le triple.
  • Le barcalon séduit lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois.

Ch 26 à 39 Les rivaux de Phaulkon : les Hollandais et les Maures.


La méthode d’Aywen : dissiminé en plusieurs chapitres l’évolution d’un sujet.

Ch 26 Conseil de Tenasserim ; les Maures. Ch. 29, 31, 33  les rivaux : Les Hollandais, et les Maures. Ch. 33. Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger représenté par les Maures, conscients qu’il veut prendre leur place, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes)

Ch36. Le plan des Macassars de se révolter contre Phaulkon avec Sorasak et l’appui de son père Petraja. Ch. 38. Embuscade contre Phaulcon par les Maures et Sorasak. Echec.


Ch.30 (p.507). La 1ère rencontre de Phaulkon avec le roi. L’ascension commence.


Phaulkon est surpris pat l’étiquette, le protocole, mais surtout est promu par le roi, mandarin de 3ème classe (la hiérarchie comporte 5 classes), avec le titre de Luang Vichaiyen, et le poste de sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang. 

Il était désormais un noble siamois et avait obtenu un poste important.


Ch32.  Le nouveau PLAN de Phaulkon. L’alliance avec les Français. 

Il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre du père Vachet, jésuite avec Phaulkon.

Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi. On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.

 Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité.


Ch. 33.

Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger représenté par les Maures, conscients qu’il veut prendre leur place, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes)

Phaulkon lui demande Maria en Mariage. Il la rencontre au chapitre 35. Elle lui précise qu’elle ne veut pas de Suninda (sa mia noy).


Ch.34. 2ème audience de Phaulkon , et le barcalon, avec le roi. Proposition de s’allier aux Français.

Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. Il mit fin à la guerre de Hollande.), et ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de son amitié, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et demande la lumière d’un prêtre. On est déjà dans la stratégie.

Ch. 35. Rencontre Phaulkon-Maria (Cf. plus haut au Ch. 33)

Ch36. On apprend que les Macassars (musulman des Célèbes) vont se révolter contre Phaulkon,  avec l’aide de Luang Sorasak, et l’appui de son père Petraja.


Ch. 37 (p.615) est un chapitre clé. Phaulkon nommé mandarin de 2ème classe et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français.

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Le roi accepte le projet d’alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français.
  • Le roi nomme Phaulkon, mandarin de 2ème classe (il n’y a plus, au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.) Barnaby est nommé gouverneur de Mergui, Samuel ? du port de Mergui et Ivatt ?

Ch.38. L’embuscade échoue. Ch.39. Phaulkon se venge et les écrase. Ils n’en restent que 6.

 

Ch. 39. (p. 640) Phaulkon devient barcalon.

  • 12 vaisseaux hollandais  partent de Battavia vers le Siam.
  • Le barcalon meurt.
  • Phaulkon est nommé mandarin de 1ère classe après sa victoire contre les Macassars.
  • Petraja espère être nommé barcalon et avoue en secret vouloir éliminer les farangs. Mais le roi propose à tous les mandarins de1ére classe de trouver le poids d’un gros canon avant de se prononcer (sic).
  •  Phaulcon trouvera une astuce pour le trouver. Il est nommé barcalon. (1682 ? date non donnée)

Ch. 40. Dernier chapitre.

  • Phra Pipat est nommé ambassadeur pour l’ambassade du Siam qui doit aller en France.
  • Phaulkon arrive à arrêter le plan d’invasion des Hollandais. Il rappelle qu’il est le nouveau barcalon et qu’il peut les rassurer sur leur place commerciale. Il montre le faux traité signé avec les Français et leur annonce l’arrivée de 5000 soldats français.
  • Petraja « grince des dents » et son fils Sorasak est nommé gouverneur de Phitsalunok.

 

  • Et happy end du 1er tome : Phaulcon se marie avec Maria (1682) et sa mia noy Suninda attend un bébé.

________________________________________

Notre « reconstition structurelle permettant de suivre les étapes de l’ascension de Phaulkon.

 

Le roman commence en 1676, Phaulkon est à Bantam à Java.

(port commercial convoité tour à tour par les Anglais, Portugais et Hollandais au XVII ème siècle). On va apprendre au cours de ce 1er chapitre, l’origine de Phaulcon (quitte Cephalonie sur un bateau anglais en clandestin à l’âge de 9 ans. Il y demeure mousse pendant 6 ans avant de travailler avec son mentor Georges White pendant 10 ans à la Compagnie des Indes), la situation géopolitique de la région (Phaulkon a lu tous les récits des voyageurs portugais, le monopole des Hollandais pour le commerce des peaux siamoises avec le Japon, et leur ambition de contrôler le commerce du Siam, le commerce des Maures depuis Mergui,leur proximité avec la Cour, l’intention de Naraï de se rapprocher des Anglais, l’absence de flotte siamoise …).


Un an après, Phaulkon est nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes. Georges White lui fait entrevoir les possibilités de commercer à leur compte et d’appâter le roi du Siam.


Au deuxième chapitre, on retrouve Phaulkon au Siam en 1679, il a 30 ans. 

 Il est capitaine d’une jonque et est censé livrer des draps à Bangkok à l’agent général anglais au Siam, M. Barnaby. Mais il a dans ses cales 5 canons hollandais. On apprendra alors le plan élaboré par Georges White et Phaulkon, avec l’aide de Samuel White (le frère) et Ivatt, un homme plein de talents.


On suivra alors au fil des chapitres l’ascension en plusieurs étapes :


1/ Le 1er plan risqué. (Ch. 1 à 12 (pp.1-218) et ch. 23, 25 (surtout p.429) le plan établi et sa réalisation avec Samuel White  et Ivatt pour s’enrichir et prouver sa compétence au barcalon.)

Vendre 5 canons hollandais à la reine de Pattani en rébellion contre le roi Naraï, pour ensuite utiliser l’argent pour acheter des marchandises à Madras et prouver au roi et/ou barcalon que les Maures qui ont la responsabilité du commerce royal en place, les volent et prendre leur place.

Il faut avouer qu’au départ, leur plan est quelque peu « ambitieux » pour ne pas dire «utopique».


Le plan est une chose, mais avant de le réaliser,  le roman nous plongera dans les aventures de Phaulkon (son naufrage ; prisonnier par le gouverneur de Ligor avec ses compagnons Barnaby et Ivatt, sa relation avec le gouverneur de Ligor, rencontre avec Suninda, sa future concubine). Et il a un rendez-vous avec le bateau de Samuel White. Suspense. Ce sera l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaïe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, la chance et l’honneur de trouver un éléphant blanc, le contrôle du pouvoir …). L’occasion aussi de montrer les qualités et les  ressources de Phaulkon  (combattant de boxe thaïe, rusé, se faire saluer par un éléphant blanc, diplomate, capable de justifier sa présence et même à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor ! Il arrivera à se sortir de ce guêpier et obtiendra l’autorisation de de rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert par le gouverneur au roi Naraï.)

 

2/

2ème étape : le chapitre 13 introduit Ayutthaya. 


Phaulcon est impressionné par le protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.

  • La Cour : L’étiquette,   les principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants (le plus haut titre militaire qui vont jouer un rôle dans l’histoire)
  • Une intrigue royale : la fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique, coureur de jupon, aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique).

Phaulkon est sur les lieux de son ambition :

  • Il déploie ses qualités et ses talents de « diplomate ».

Ses talents linguistiques(apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), ses ambition politiques (veut créer une flotte marchande pour Naraï, suggère au général Petraja (qui vient d’être nommé Président du Conseil privé du roi) un rapprochement avec les Britanniques pour contrer les ambitions hollandaises, demande à Maître Phanik, (un Portugais bien installé et père adoptif de Maria, sa future femme), comment discréditer les Maures en charge du commerce auprès du barcalon (1er ministre) (démontrer leur détournement et promettre de multiplier les bénéfices siamois par 3).

  • Il va connaître les forces en présence à Ayutthaya, et veut dans un premier temps, discréditer les Maures en place et convaincre le barcalon qu’il est l’homme de la situation. 

  Ch 14 à 15. Phaulkon à Ayutthaya. Cf. aussi Ch. 27 et 28. Les premières rencontres (le Portugais Maïtre Phanik, père de Maria (sa future femme), ses futurs ennemis (le général Petraja, le Maure Mohammed Rachid, chef du service des Banquets du roi).

  • Ch 18. (p. 308). 1ère rencontre cruciale de Phaulcon  avec le barcalon. (Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on

La proposition de Phaulkon :

Phaulkon indique les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui, avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement.


. Phaulkon et le barcalon. (Ch. 20, 21et 22)

  • Phaulkon dénonce au barcalon, les malversations du commerce des Maures (il fait son enquête sur le commerce Maure   et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler).
  • Lui propose de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise et lui ramener le triple. Le barcalon séduit, lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois, et de travailler au ministère du commerce.

Ch 26 à 39. Les rivaux de Phaulkon : les Hollandais et les Maures. Le général Petraja et son « fils » Sorasak.

Il faut suivre au fil de ses chapitres –selon la méthode d’Aywen  de dissiminer les différentes intrigues au fil des chapitres-  comment les adversaires de Phaulkon vont tenter de s’organiser pour l’éliminer.

Ch. 19 Petraja négocie avec le chef des Macassars (p. 333), Ch 26 à 39 : (Ch 26 Conseil de Tenasserim ; les Maures, Ch. 29, 31, 33  les rivaux : Les Hollandais, et les Maures. Ch. 33 Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger et le pouvoir représenté par les Maures, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes. Ch36. Le plan des Macassars de se révolter contre Phaulkon avec Sorasak et l’appui de son père Petraja. Ch. 38. Embuscade contre Phaulcon par les Maures et Sorasak. Echec.


3/ La réussite du plan.


Ch.30 (p.507). La 1ère rencontre de Phaulkon avec le roi. L’ascension commence.

Phaulkon est nommé mandarin de 3ème classe et sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang.


4/ Le nouveau PLAN de Phaulkon. L’alliance avec les Français. (Ch. 32)

Il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre du père Vachet, jésuite avec Phaulkon.


Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi.  On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.

 Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité, avant l’arrivée du vrai.


Ch.34. 2ème audience de Phaulkon, et le barcalon, avec le roi. Proposition de s’allier aux Français.


Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. Il mit fin à la guerre de Hollande.), et d’ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de son amitié, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et qu’il demande de profiter de la lumière prêtre. On est déjà dans la stratégie.


5/ Phaulkon devient barcalon et mène la politique extérieure et le commerce du Siam.


Ch. 37 (p.615) est un chapitre clé. 

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Le roi accepte le projet d’alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français.

 Phaulkon est nommé mandarin de 2ème classe (il n’y a plus, au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.)et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français. Les amis de Phaulkon Barnaby, Samuel White et Ivatt sont aussi récompensés. (Barnaby est nommé gouverneur de Tenasserim, Samuel chef du port de Mergui, des postes clés)

Ch. 39. (p. 640) Le barcalon meurt. Phaulkon devient le nouveau barcalon et mandarin de 1ère classe.


Le 1er tome se termine en happy end.Ch. 40. Dernier chapitre.


-HappyEnd


Une ambassade thaïe est envoyée en France.

Phaulkon stoppe le projet d’invasion des Hollandais en les rassurant sur leur intérêt commercial au Siam,  et en leur rappelant qu’il est le nouveau barcalon et en leur montrant le faux traité signé avec les Français qui vont arriver avec 5000 soldats.

Phaulkon se marie, et sa mya noï attend un bébé.


 fin

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 04:01

logo Il y a un siècle, la « Siam society » à la demande du Roi Rama VI, a lancé le débat sur la romanisation du thaï.

Aucune procédure de romanisation au sens strict (1) n’avait, jusqu’à présent, été réalisée. Les méthodes d’apprentissage de la langue dont nous avons surabondamment parlé (2) donnaient une transcription insuffisante du siamois destinée à l’apprenant (comme actuellement l’Alphabet Phonétique International utilisé par les linguistes ou la méthode « Assimil » la plus répandue chez les francophones).

Nous avions souligné dans nos deux articles sur les premières grammaires siamoises, la modernité de la transcription adoptée par Monseigneur Pallegoix et encore dans un autre (3) une certaine mauvaise humeur devant les transcriptions fantaisistes (monstruosités du style «  E-san », « Esarn » ou autres Is-âneries) du nom de notre région d’adoption, l’Isan.

Nous sommes en 1913.

A cette époque, les érudits orientalistes européens utilisent de façon systématique pour transcrire les mots sanscrits ou palis le système Hunterian, système de transcription du Dévanagari.

 

hunterian

 

Mais ni le Sanscrit ni le Pali ne sont la langue vernaculaire du Siam.

La question est d’importance, pour la transcription des noms propres en particulier, question sur laquelle tous s’accordent à rechercher une solution uniforme et nécessaire. Le débat est lancé par le roi, qui se flatte de son titre de « patron » de la « Siam society » mais qui signe modestement « Vajiravudh R. » (4).

Il est relancé dans un autre article (5) que le « Bulletin de l’école française d'extrême orient » (6) attribue fort injustement au seul Paul Petithuguenin (7) alors qu’il est co-signé de deux noms tout aussi prestigieux, celui d’Oscar Frankfurter (8) et celui de Josiah Crosby (9).

 

befo

 

La signature d’un Français, d’un Allemand et d’un Anglais est significative de l’intérêt à chercher sinon à trouver un mode de romanisation transcription qui transcende nos barrières linguistiques.

Mais il semblerait que les auteurs des deux articles (tous familiers du sanscrit et du pali)  ne se soient pas préalablement concertés ? C’est tout simplement un débat sur lequel le monarque a souhaité que la Siam Society se penche.

 

Ce débat est-il clos ? Existe-t-il cent ans après une romanisation du thaï ?

Ceux que la question intéresse consulteront avec intérêt la thèse du Professeur Carral (qu’il soit chaleureusement remercié de nous l’avoir fait découvrir)

 

large frederic.carral

 

dont le contenu va bien au delà de ce que son titre peut laisser supposer (10).

N’entrons pas dans les détails, mais quelques mots sur ces deux propositions tout aussi érudites l’une que l’autre.

Nous savons que la langue thaïe est tonale, le ton changeant ou pouvant changer du tout au tout le sens d’une syllabe. Nous savons aussi que la longueur d’une voyelle dans une syllabe peut changer du tout au tout le sens d’un mot, aussi importante sinon plus que la tonalité (ดุ dou bref = méchant ดู dou long = regarder). Nous savons aussi que s’il y a 44 consonnes, elles ne représentent que 20 sons consonantiques fondamentaux, qu’elles sont divisées en trois classes (selon un mécanisme subtil qui, en fonction du choix de la classe de la consonne permet de déterminer le ton de la syllabe). Mais nous savons aussi que certaines consonnes au sein ou non de la même classe ont plusieurs formes d’écriture (4 kh, 3 ch, 2 d, 2 t, 6 th, 2 n, 3 ph,  2 y, 2 l, 4 s et 2 h !). C’est tout simplement un tribut payé à l’étymologie à laquelle nos érudits du début du siècle dernier sont particulièrement sensibles.

Les uns et les autres conviennent donc :

- qu’il est inutile que le système de romanisation marque les tonalités, ce qui n’aurait effectivement aucun intérêt pour la lecture d’une carte de géographie,

- qu’il convient de marquer la longueur de la voyelle,

- qu’il convient de marquer l’expiration notée en thaï par la présence de l’équivalent de la lettre h isolée ou suivant une autre consonne (11).

- qu’il convient de marquer l’étymologie.

Etymologie


Pour marquer la longueur, le monarque choisit une solution extrêmement simple, poser un accent circonflexe sur la voyelle longue (a bref, â long). Îsân et non Isan. Solution similaire pour notre érudit trio, l’accent circonflexe étant remplacé par un trait horizontal (a bref, ā long). Īsān et non Isan.

Ne nous attardons pas sur la marque de l’étymologie, qui n’est peut-être pas d’un intérêt majeur en 2013. Disons simplement que le monarque choisit la consonne en fonction de l’origine du mot, siamois, ou sanscrit-pali. Il écrira donc lân xâng (ล้าน ช้าง) et non lan chang pour parler du « million d’éléphants ».

Pour marquer l’expiration qui existe en thaï, en anglais et en allemand mais pas en français, le monarque utilise la lettre h, isolée ou postposée après la consonne qui nécessite une expiration.

Nos trois érudits (certainement pénétrés de culture gréco-latine) adoptent une autre solution, elle est (elle était alors) universelle, ils utilisent le « spiritus asper », l’ « esprit rude » du grec ancien qui est justement destiné à marquer une légère expiration (un signe diacritique en forme d’accent posé par eux conventionnellement après la consonne). Mais qui sait encore ce qu’est un « esprit rude » (12) ?

 

      ***

Il existe enfin une difficulté qui n’est résolue ni par les uns ni par les autres, mais les uns et les autres n’ont pas honte de ne parler que d’ébauche : Il existe deux voyelles o en thaï, l’une fermée (le dôme), longue ou brève (โอ - โอะ), l’autre ouverte (la pomme) longue ou brève (ออ - เอาะ). Pour les uns et pour les autres, la solution est à trouver.

***

 

Sommes-nous plus avancés un siècle plus tard ?


La question est actuellement  réglée par le système de romanisation officielle de l’Académie royale de Thaïlande, version améliorée en 2000. Vous la trouverez sous ses deux versions, thaïe et anglaise, sur le site

  http://www.arts.chula.ac.th/~ling/tts/

 

Non seulement la question est réglée, mais elle a FORCE DE LOI. Le système a en effet été homologué par la Huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, tenue à Berlin, 27 août-5 septembre 2002 :


« La Conférence,

« Constatant que, dans sa résolution 14, la première Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques avait recommandé l’adoption du système général thaï amendé de l’Institut royal thaïlandais en tant que système international de romanisation des noms géographiques thaïs,

Constatant aussi qu’en 2000, le Gouvernement thaïlandais a officiellement adopté la version révisée de ce système comme norme nationale et que le système ainsi révisé a été mis en place,

Recommande que ce système révisé, dont les principes ont été énoncés dans le rapport intitulé  « Principles of romanization for Thai script by the transcription method »   présenté par la Thaïlande  à  la huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, soit adopté comme système international de romanisation des noms géographiques thaïs


Voilà qui est limpide !


Le système actuel vaut ce qu’il vaut mais il a le mérite d’exister.


Il n’est pas certain qu’il vaille mieux que la version royale et centenaire.


Il ne tient pas non plus compte des tonalités, mais cela est sans importance lorsqu’il s’agit d’établir une carte géographique, d’écrire des panneaux de signalisation ou les enseignes des administrations.

Il utilise aussi pour marquer l’expiration non pas l’ « esprit rude » cher aux hellénistes mais tout simplement la lettre h.

Il ne fait par contre aucune différence entre les voyelles courtes et les voyelles longues.

Il n’a pas résolu non plus la question de la différence pourtant fondamentale entre les o ouvert et  le o fermé.

Il ne tient aucun compte de la nécessité ( ?) de marquer l’étymologie du mot.


Faut-il s’en plaindre avec un esprit chagrin ou ne peut-on passer outre ?


Essayons de comparer ce qui est comparable : rh, th et ph, c’est une rançon que le français paye aux étymologistes. La France compte 65 millions d’habitants dont 64 millions ne doivent plus même soupçonner l’existence du grec classique, quelques dizaines de milliers ont peut-être encore des souvenirs de leur jeune âge passé à fatiguer le gros dictionnaire Bailly (13).

 

Bailly

 

Quelques centaines ou peut-être quelques milliers lisent encore le grec aperto libro ....pour lesquels notre langue reste pourtant grevée des rh, th et ph. « Filosofía » (φιλοσοφία) pourra écrire un espagnol qui en connait l’origine et « philosophie » un français qui l’ignore.

Mais si la norme officielle du gouvernement fait fi des considérations étymologiques, il n’en est pas de même de celle du palais royal, il a en effet la sienne, qui reste largement inspirée de celle de Rama VI.

ภูมิพลอดุลยเดช, le nom sanscrit de notre roi, se transcrit Phumiphon-adunyadet mais pour lui (il en a choisi la transcription) Bhumibol Adulyadej. 

Sous cette seule réserve qui met en cause l ‘éventualité de supprimer de l’alphabet thaï une douzaine de lettres sinon inutiles du moins superfétatoires - ce qu’a fait le Laos sans état d’âme - nous pouvons considérer que la romanisation du thaï depuis le projet centenaire de son roi n’a pas sérieusement avancé d’un iota (14).


Ce qui est à déplorer, ce ne sont pas les défauts de tel ou tel système de romanisation, mais que, une fois un système adopté de façon quasi officielle, son respect ne soit pas assuré.


Sur les cartes routières bilingues, en général, sur les panneaux de circulation dans les grandes villes ou les routes principales, en général (encore que ...), sur les routes secondaires (dans la mesure où les panneaux sont bilingues), pas toujours. Quant au reste, ne citons que deux exemples : นครศรีธรรมราช, la grande métropole du sud, l’ancienne Ligor, elle est Nakhonsithammarat. Vu sur un bâtiment officiel il y a quelques années un texte en caractère romains (à l’anglaise ?) que j’ai pu lire à la française « Nacore si tu m’arraches ». Sans parler des panneaux sur les autobus « du gouvernement » qui se rendent à สกลนคร, Sakonnakhon que je peux lire (à la française toujours) « ça colle, Nakore ? ». Ceux-là, nous pouvons les voir tous les jours à la station de bus de Kalasin !


***

 

Nous laisserons la conclusion au monarque sous sa royale responsabilité après qu’il nous ait dit que cette question ne concernait pas essentiellement les Siamois mais les Européens (15) :

« Je voudrais répondre à une question, est-ce que le système proposé est destiné aux chercheurs, aux touristes et aux globe-trotters ou aux résident européens ?

S’il est destiné aux chercheurs, le système devrait à mon avis autant que possible être fondé sur le système Hunterian afin de les aider dans leur travail de recherche de l’étymologie et des dérivations.

S’il est destiné aux résident européens, alors il faudrait y qu’il y ait au moins trois tableaux distincts tant pour la phonétique que pour l’orthographe, l’un pour les résidents de Bangkok, l’autre pour les résidents des régions du nord et un troisième pour la péninsule malaise, à moins qu'ils ne préfèrent adopter le tableau des lettrés, qui conviendrait à l’ensemble du Siam.

Si ce sont les touristes et les globe-trotters qui sont concernés, alors je suis fortement enclin à leur donner le fameux conseil de Mr Punch à ceux qui sont sur le point de se marier : n’en faites rien ! » (16).

 

______________________________________________________________________________

 

Notes 

(1) Comme le Vietnamien est passé des idéogrammes aux caractères romains, le turc des caractères arabes aux caractères romains ou le persan qui s’est arabisé en passant des caractères archaïques aux caractères arabes).


(2) A. 58 « Les premières grammaires de la langue thaïe ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306867078&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=381357180202

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306868366&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=631357180150

 

 (3) Article 3 « Notre Isan ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1202705910&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=861357180259

 

(4) Vajiravudh  « The romanisation of Siamese words » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(5) « Method for romanizing Siamese » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(6) Tome 13, 1913, page 8.

 

(7) Nous connaissons déjà cet érudit qui fut à la fois consul de France, président de l’alliance française au Siam et responsable de florissantes affaires commerciales.

 

(8) Bibliothécaire de la Bibliothèque nationale de Thaïlande, auteur d’un solide « Element of siamese grammar » publié à Bangkok en 1900, membre fondateur de la Siam society, il fut comme sujet allemand expulsé vers les Indes où les anglais le retinrent honteusement prisonnier jusqu’en 1920.

 

frankfurter

 

(9) Il fut de longues années consul de Grande-Bretagne à Bangkok.

 crosby

 

(10)  Frédéric CARRAL est  lecteur à l’Université Thammasat, et en France docteur en sciences du langage. Sa thèse soutenue à la prestigieuse Université de Paris V (« Paris-Descartes », fille de la Sorbonne) « L’écriture dans l’espace urbain à Bangkok. Supports et alphabets » est disponible sur le site

http://thammasat.academia.edu/FredericCarral.

 

Elle est bien résumée dans son article publié dans le Bangkok post le 5 mars 2010 « Tourist translation …. Dans les rues de Bangkok ».

 

(11) Contrairement à ce qu’on lit trop souvent, il n’y a pas de h aspiré, en français du moins, il y a un h muet, un h répulsif (qui refuse la liaison) et éventuellement expiré (ha, ha, ha !).

 

(12) Du passage du grec classique au latin, l’esprit rude s’est tout simplement transformé en h, lettre qui n’existait pas en grec.

 

(13) Molière nous consolait-il ?

« Quoi, Monsieur sait du grec ! Ah ! permettez, de grâce

Que, pour l’amour du grec, monsieur, on vous embrasse. »

 « Les femmes savantes » acte III, scène V.

 

(14) Voir à ce sujet les pertinentes observations du professeur Carral dans sa thèse, loc.cit. en particulier pages 68 – 160.

 

(15) « Cette question de la romanisation concerne essentiellement les Européens plus que mon peuple, mais en même temps, je serais heureux de voir une sorte de système uniforme adopté, plutôt que d'avoir à supporter des systèmes aléatoires et de fantaisie, que chaque groupe, chaque individu, semble utiliser pour romaniser ma langue. »


(16) « Mr Punch’s book of love, being the humour of courtship and matrimony », ouvrage de John Leech publié à Londres en 1910 par le journal Punch, un classique de l’humour anglais.

 

punch

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