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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 03:01

 

 

19195244Le cinéma thaïlandais ? 

 

Nous avons dû être nombreux et surpris, au mois de mai 2010, d’apprendre que le  réalisateur thaïlandais  Apichatpong Weerasethakul   venait de recevoir la palme d’or du festival de Cannes avec « Oncle Boonme celui qui se souvient de ses vies antérieures ».

Il était récompensé après des films comme  (pris au hasard de la mémoire) : La dolce vita, Un homme et une femme,   Apocalypse now,  Adieu ma concubine, Pulp fiction, Underground, Rosetta, Le Pianiste, Entre les murs, Le ruban blanc…Notre ami Michel avait même consacré un article dans notre blog pour souligner « cet événement ».

 

oncle boomee 01

 

Il y avait donc un réalisateur thaïlandais qui devait certainement avoir une oeuvre derrière lui, un cinéma thaïlandais avec son histoire, ses réalisateurs, ses œuvres, ses idées, ses « visions du monde ».

Comme tout  à chacun on se souvenait de quelques films vus ces dernières années comme Ong Bak,  Bangkok dangerous, Citizen dog, Bang Rajan, Satreelex, the Iron ladies, Tropical malady…  On avait le  préjugé qu’en général les Thaïlandais aimaient surtout les films de série B avec ses films d’horreur, d’action, de comédie plutôt lourde et le mélange des genres. Il pouvait être intéressant, comme pour la littérature thaïlandaise, de trouver un chemin d’accès, avec ses repères historiques, les réalisateurs qui ont marqué et qui font actuellement son actualité, les questions artistiques qu’ils se posent, les principaux films à voir. Enfin, on pouvait essayer, à charge pour nous de compléter et de corriger ultérieurement.  

bangkok dangerous 02


1/ Quelques repèrehistoriques.

Le frère du roi Chulalongkorn, le Prince Sanbassatra est considéré comme le père du cinéma thaï (1897) et  en 1920, une industrie cinématographique locale commence sous l’impulsion surtout du prince Kambeangbejr, qui anime le Service du Film du State Railway of Thailand et qui va permettre aux premiers cinéastes de se  former avec de nombreux documentaires de promotion pour le chemin de fer et d'autres organismes gouvernementaux Une des premières œuvres produites fût Sam Poi Luang: Grande fête dans le Nord, outre Miss Suwanna de Siam (1923),

 

Miss suwana 03

 

l'un des premiers films thaïlandais connus. En 1927 les frères Wasuwat produisent Chok Sorng Chan (Double Chance),dirigée par Manit Wasuwat. Cette même année, une autre société cinématographique, Tai Phapphayon thaïlandaise Company, produit Mai Khit Loei (Unexpected).

Mais 17 films seulement ont été réalisés entre 1927 et 1932 dont il ne restent que quelques fragments.


L'âge d'or

Le premier film parlant thaï  sort le 1er avril 1932 Thang Long (L’ égaré), produit par les frères Wasuwat (Cie Si Kroung), C’est un film idéologique dans la période de réforme politique. En 1933, le premier film couleur est Trésor Papy Som (Pu Som Fao Sap) et en 35 mm, en 1938 Klua Mia (la femme-phobie) par le studio Srikrung.

Mais la dictature de Phibun oriente la production au service de la propagande nationaliste. Son principal opposant Pridi Phanomyong

 

Pridi 04

 

produit L’ éléphant blanc du Roi , en 1940, avec les dialogues en anglais , pour dénoncer la direction militariste prise par son pays.

 

elephant blanc 05


Les campagnes connaîtront surtout le folklore des films itinérants  organisés en plein air dans les villages tantôt par les vendeurs de médicaments ou par différents sponsors  à l’occasion des fêtes des temples, de village ou autre ordinations et crémations (Fouquet). Ils étaient doublés en direct ( jusqu’aux années 1970). Deux films contemporains rendent compte de cette épopée :  Transistor Monrak ( 2000 ) et Bangkok Loco ( 2004).


L'après-guerre: L'ère du 16 mm

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma renaît de façon artisanale, en utilisant les excédents  des films en  16 mm en noir et blanc à partir des stocks de guerre des films d’ actualités. Les films sont doublés en direct. (Ce standard a été utilisé jusqu’en 1972). On peut retenir deux films produits en 1946. Un film d'action , Chai Chatree (Brave Men), dirigé par le journaliste- cinéaste Sawetanant Chalerm, avec un scénario écrit par l'écrivain Malai Chupinij. L'autre film a été une adaptation d'un conte populaire , Chon Kawao (Le Village de Chon Kawao).  On attribue le premier succès de l'époque en 1949 au film Suparb Burut Sua thaïlandaise ( !). La production de petites compagnies éphémères « passe de10 films en 1947/49 à 50 dès le début des années 50. Elle embrasse tous les genres possibles, de l’adaptation des légendes traditionnelles à d’exotiques westerns thai, kung-Fu thai voire Zorro thai »(Cf.Fouquet). Elle s’éteint en 1970 avec la mort accidentelle de la grosse vedette de l’époque, Mitr Chaibancha.


MitrChaibancha 06


Le 35 mm et une 1ére reconnaissance internationale

Le réalisateur Rattana Pestonji


Rattana 07

 

va utiliser le  35 mm et être  le premier thaïlandais en 1954 (1953 ?) (dont le scénario était de Vichit Kunawudhi , l’un des cinéastes les plus importants des années 60/80)  à proposer un film  dans une  compétition internationale, au Asia Pacific Film Festival de Tokyo , et en 1961 avec  Soie noire , et à  présenter le premier film thaïlandais en compétition au  Festival de Berlin.

Mais la production annuelle de films sonores se limite à 2, 3 films par an. En 1970,  deux films remportent un grand succès : Le charme du luk thung de Rangsi Thatsanaphayak et Thon de Piak Poster. On assiste à une amélioration technique avec un jeu des acteurs plus « naturel » mais toujours doublé dans un ton toujours « théâtral ».

Les thèmes ne varient guère puisque sur 200 films en  3 ans, on ne cite que 4 films ayant le courage d’aborder des thèmes sociaux comme Piak Poster avec L’Amant en 1972 traitant de l’adultère, Chatri Chalme Yukhol, en 1973 avec un certain Khan , en 1974 Thepthida Rongraem , La Madone du bordel, Khamrak sut Thai avec Le dernier Amour abordent la corruption, la prostitution et la condition féminine. Toutefois seulement 33 films sortiront entre 1973 et 1976.

En 1977, le gouvernement thaïlandais impose une lourde taxe sur les films importés. Hollywood impose un boycott. La production locale explose (plus de 150 films en 1978 par exemple), mais pour sortir de films d’action bon marché et des films  bas de gamme. Les critiques évoquent une « eau puante » ( Nam Nao). On peut imaginer le style !

Toutefois le Prince  Chatrichalerm Yukol réalisent des films « audacieux », dans les années 1970,  avec Khao Chue Karn (Dr Karn), qui traitait de la corruption dans  la fonction publique ou Hôtel Angel (Thep Thida Rong RAEM), de la  prostitution . De même Vichit Kounavudhi ose un film sur la coutume qu’ont de nombreux thaïs « riches »  de prendre une seconde épouse (la mia noï), ou encore avec Son nom est Boonrawd (1985) sur  la prostitution autour d’une base américaine  pendant la guerre du Vietnam . Vichit est également connu pour deux fictions sur Les  gens des montagnes (Khon Phukao), un récit d'aventure d'un jeune couple des tribus montagnardes, et Look Isan (Fils du Nord-Est), sur les difficultés de vie d’une famille d'agriculteurs d’Isan  dans les années 1930.

Également en 1985, Euthana Mukdasanit

 

 

EutEuthah 08

 

fait un film Pipi Seua lae Dawkmai (Fleurs et papillons  ), sur les difficultés rencontrées le long de la frontière dans le Sud de la Thaïlande et sur les relations entre le bouddhisme et la religion mulsumane. Il a remporté le prix du Meilleur Film au Festival du Film International d'Hawaii .

La nouvelle vague thaïlandaise

Nous avons lu qu’en 1981, les studios d'Hollywood inondent de nouveau le marché thaïlandais   avec la télévision comme bon relais. Mais Fouquet nous dit que si la production annuelle était de 130 films et d’une centaine de 1982 à 1990, une dizaine au milieu des années 90 ,  « elle amorça alors une chute libre pour tomber à 6, fin 98 ».

Il faut attendre  Nonzee Nimibutr , Pen-Ek Ratanaruang et Wisit Sasanatieng  , venant de la publicité à la télévision,  pour voir enfin le succès et une nouvelle reconnaissance internationale. En 1997, Nonzee,  obtient un succès commercial avec Jeunes gangsters, et surtout avec Nang Nak,  et Pen-Ek, voit son film Fun Bar Karaoke , sélectionné au Festival de Berlin ( la première fois depuis  vingt ans).

Wisit, qui a écrit des scénarios pour Dang Bireley Nang Nak  voit Les Larmes du Tigre Noir ,


 

larmes du tigre noir 09

 

inscrit au programme  du  Festival de Cannes . Les frères Pang venu de Hong Kong , se font remarquer avec  Bangkok Dangerous et The Eye 1 et 2.

Ou si vous préférez l’expert Fouquet :

« Le public des salles se trouva réduit à un public d'adolescents aux goûts aussi stéréotypés- dans des genres aussi divers que la comédie (Yongyooth Thongkontun avec Satri lek, 2000),le film noir branché (Oxyde Pang avec Bangkok Dangerous, 2000), le film historique à hémoglobine (Tanit Jitnukul avec Bang rajan, 2000), voire le film thaï traditionnel dans tous ses états exotiques (Nonzee Nimibutr avec entre autres Nang nak, 2000) -; mais aussi des talents plus originaux. Le premier fut Pen-ek Ratanaruang avec, dès 1997, Fan ba karaoke (Fun Bar Karaoke) et qui depuis, via 6ixty-Nin9 (1999), Monrak Transistor (2001)

et Last life in the Universe (2003) a développé un regard ironique et critique

sur la société thaïlandaise contemporaine en même temps … tandis que le plus radical est sans conteste Apichatpong Weerasetsakul, dont le premier long-métrage Blissfully Yours a été présenté à Cannes en 2002, en même temps que Monrak Transistor. Peu de temps auparavant, Wisit Sasanatien avait réalisé Fa thalai chon

(Les Larmes de Tigre Noir, 2000), premier film thaïlandais jamais présenté

à Cannes (2001) et surtout hommage nostalgique au cinéma populaire

thaïlandais ».

 

Le film indépendant

Une nouvelle culture de cinéastes a grandi en dehors du système des studios traditionnels thaïlandais. Apichatpong Weerasethakul  est le plus connu.


 

apitachong 10

 


En 2002 Blissfully vôtre  remporte le Prix d’ « Un Certain Regard » au Festival de Cannes . Tropical Malady , sera aussi lauréat du Prix du jury au Festival de Cannes. Mais ces deux films auront des problèmes avec la censure et n’auront qu’une projection limitée en Thaïlande (CF. chapitre infra sur la censure).

Parmi les autres réalisateurs indépendants on peut citer Aditya Assarat , Anocha Suwichakornpong , Pimpaka Towira, Pramote Sangsorn , Thunska Pansittivorakul et Sompot Chidgasornpongse, Le fleuve de Chao Phraya (1998) Mingmongkol Sonakul, (elle a produit des films de Apichatpong Weerasethakul ( Mysterious Object at Noon ); Pen-Ek Ratanaruang , y compris les Vagues invisibles ; Pimpaka Towira l ' One Night Husband et la mine d'étain par Jira Maligool . Son premier long métrage, I-San spéciale , 3 Amis , co-réalisé avec Aditya Assarat et Pum Chinaradee, et mettant en vedette Napakpapha Nakprasitte


2/Ainsi une première liste de réalisateurs et de films   se dessine pour donner une idée du cinéma thaïlandais dans sa variété, même s’il faut noter une faible production annuelle de qualité.

Apichatpong Weerasethakul – qui a remporté trois prix au Festival de Cannes , dont la Palme d'Or en 2010. « Blissfully Yours » et « Maladie Tropicale », « Oncle Boonme celui qui se souvient de ses vies antérieures 

Le prince Chatrichalerm Yukol, le »vétéran » , le réalisateur de La Légende de Suriyothai


 

 

suriyothai 11

 

(2001) et d’autres grandes fresques historiques comme Naseruan  (la vie d’un roi d’ Ayuthia) (2010) ainsi que des films à thèmes sociaux comme Thoongpoon Khokpho (citoyen à part entière), Siadaï (Dommage)…

Cherd Songsri  (1931-2006) : son œuvre la plus connue Plae Kao (La cicatrice). Il a remporté un prix en 1981 au Festival de Trois Continents de Nantes , France . 

Nonzee Nimibutr – qui à la fin des années 1990 a  redynamise l'industrie du cinéma thaïlandais)avec en  1997 : Antapan Krong Muang), en 1999 : Nang Nak  et réalise  son somptueux Jandara, (2001). (Nonzee Nimibutr se retrouve avec  Peter Chan se retrouvent au générique de Trois Histoires de l'Au-Delà, dont ils réalisent chacun une partie). 2003 : OK Baytong, en 2008 : Pirates de Langkasuka

Pen-Ek Ratanaruang

 

Pen ek Rattanaruang12

 

– Présent dans les grands festivals internationaux, comme en témoigne son Fun Bar Karaoke (qui parle justement des influences occidentales sur la société thaï) qui  fait en 1997 le tour du monde grâce à sa projection à la Berlinale.  Depuis quelques années, chaque film de Pen-Ek Ratanaruang est un événement mondial, comme Vagues. Aurélien Ferenczi, de Télérama.fr rend compte de la sortie de Ploy en salle en France le 16/4/2008 (Trois inconnus enfermés dans une chambre d'hôtel. Un léger soupçon dégénère en jalousie, quand l'apparition d'une jeune femme provoque des conséquences dévastatrices pour un couple marié …) 

Rattana Pestonji  1908/1970),

 

 

Rattana 13

 

le « pionnier »,  le premier cinéaste thaïlandais présent dans une compétition internationale.  Rongraem Nark, (l'enfer à hôtel)  Son premier film en couleurs a été en 1958 Sawan Mued ( ciel sombre ), qui  comporte des chants et quelques scènes de bataille spectaculaires. Prae Dum ( soie noire ),  est considéré comme le premier film noir et comme le meilleur travail de Rattana ,a été en compétition au 11e Festival de Berlin en 1961. Son dernier film a été fait en 1965, Nahmtaan Mai Waan ( sucre n'est pas sucré ). Une farce romantique,

Vichit Kounavudhi 

 

 

Vichit 14

 

L’un des rares à avoir évoqué la vie des « tribus montagnardes avec  Les gens des montagnes (Khon Phukao) (1979), et les difficultés de vie d’une famille d'agriculteurs d’Isan  dans les années 1930 avec  Look Isan (Fils du Nord-Est)

Wisit Sasanatieng - scénariste pour deux des films Nonzee, Gangsters Dang Bireley et les jeunes en 1997 et  le thriller fantôme, Nang Nak en 1999.  s'est fait connaître à Cannes avec Les Larmes du Tigre Noir,  un hommage aux films d'action thaïlandais de 1960 et 1970.  En 2000 ce film sortait sur les écrans français. Depuis, son récent Citizen Dog a obtenu le Prix de la Critique Internationale à Deauville Asie 2005.

Les frères Pang avec le thriller stylisé Bangkok Dangerous, The Eye (2002) et The Eye 2 (2004). Outre leurs multiples films de fantômes, les frères Pang tournent aussi à Hong Kong en 2004 Leave Me Alone, comédie avec Ekin Cheng et Charlene Choi.

Arnaud Dubus dans son livre très documenté sur la Thaïlande (Les Guides de l ’Etat du monde ) cite d’ailleurs dans son chapitre « la palette de saveurs d’un cinéma créatif et impertinent » :  le Prince Chatrichalerm Yukol, Yuthana Mookdasanit, Witjit Khunawout et Choet Songsri et la « nouvelle vague » des années 90 avec Apichatpong Weerasethakul, Pen Ek Ratanaruang, Nonzee Nimibutr. Il reconnait le cinéma audacieux de Apichatpong, l’approche plus traditionnelle de Nonzee qui « revisite les grands thèmes de la culture nationale » comme dans « Nag naak (Madame naak), le « facétieux » Pen-ek « qui remporte un large succès en Thaïlande » avec par exemple Mon rak transistor, last life in the Universe

Mais une première liste qui indique surtout ceux qui ont reçu une reconnaissance internationale, alors que le cinéma populaire est plus important et très différent, à l’instar, peut-être, comme en France, du vieux débat entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial

.

3/ Quelles pourraient être les caractéristiques du cinéma thaïlandais ?

3.1 Deux cinémas ?

Un « cinéma » qui répondrait plus aux normes et à l’esthétique occidentale et un cinéma qui serait plus « thaïlandais » et conçu pour les Thaïlandais !

Dans son étude « Profondeurs insoupçonnées (et remugles?) des "eaux croupies" du cinéma thaïlandais » Fouquet nous montre son étonnement admiratif devant les propos tenus par Jurée Vichit-Vadakan qui revendique les « figures convenues du mélodrame larmoyant avec ses digressions longues, lentes, « incohérentes et décousues » (sic) , loin de de tout lien avec la réalité sociale  qui constituraient le « reflet cinématographique le plus authentiquement thaï que l’on puisse imaginer », loin dit-il, du cinéma engagé alors du cinéma tiers-mondiste et des films thaïs connus en Occident .

 

Ainsi Melaine Brou dans Thaïlander  (10 février 2011), nous dit que «   Le cinéma thaïlandais s’est fait connaître en Occident, et particulièrement en Europe, dans le courant des années 2000 grâce à des films singuliers, empreint d’une fraîcheur propre aux pays du sud-est de l’Asie. Mais dans le Royaume, la réalité est tout autre.

 

3.2 Genres et mélanges de genres. 

Un cinéma thaïlandais qui se caractériserait par un mélange des genres ou « Un genre au sens thaï du terme apparaît avant tout comme une forme dramatique  impliquant une saveur dominante et des saveurs secondaires qui lui sont obligatoirement associées » (écrit Gérard Fouquet, auteur d’une thèse sur le cinéma thaï contemporain. Cité par Dubus).

Un système des saveurs et des genres, que Fouquet nous dit de tradition indienne, avec des combinaisons standard,  des situations, personnages,  jeux, décors … convenus, facilement reconnaissables, dont justement le spectateur thaï apprécie la « saveur », les « émotions » .  Ce qui ne veut pas dire que certains n’ont pas cherché aussi un récit « cohérent » comme M. C. Chatri Chalerm Yukhol et ensuite  Euthana, Permpol, Cheyaroon - Chiwit batsop (Saloperie de vie, 1977) — ou encore de Manop Udomdej - Prachachon nok (En marge de la société, 1981)…


Un bon film thaï populaire doit donc mélanger les genres. « Les Thaïlandais raffolent d'un cinéma (plus léger), mêlant la comédie un peu lourde à divers genres cinématographiques comme l'horreur, l'aventure ou le thriller. »(Brou). Les Thaïlandais aiment rire et se faire peur pendant la même séance.

Avec un casting de stars thaïlandaises de la comédie, et de nombreuses références aux légendes et à la religion, les films populaires jouent à fond la carte du divertissement. Un des genres les plus prolifiques du moment est la comédie horrifique qui permet au spectateur à la fois de rire, et d’avoir peur.

Copiant la recette des feuilletons télévisés qui font le bonheur des Thaïlandais à toutes heures de la journée, ces films utilisent souvent des bruitages de cartoon pour accentuer l’effet comique de situations cocasses.

Un phénomène similaire se retrouve en Corée du Sud où la réalité du box-office coréen contraste étonnement avec les films exportés. En effet, la majorité des cinéastes coréens connus à l’étranger sont acclamés pour l’originalité et la violence à la fois visuelle et psychologique du thème et des personnages; alors que peu de Coréens les connaissent ainsi que leurs oeuvres, préférant les comédies à l’eau de rose. (Brou)

 

3.3 La censure. Une  question  controversée ?

Elodie et Caroline Leroy (22 août 2006 ) prétendent que malgré le phénomène Nang Yon Yuk qui «  implique parfois le retour vers des valeurs conservatrices, voire réactionnaires, les sujets traités par les auteurs subissent en revanche peu de pression de la part de la censure. Selon Arnaud Leveau, historien et correspondant de presse basé à Bangkok, le poids de la censure reste faible. » Et de déclarer, naïvement ( ! ) : « Elle ne s'applique quasiment que sur la nudité et sur les propos relatifs à la famille royale et à la religion. Ainsi, le cinéma thaï peut aborder à peu près n'importe quel sujet… ».

 

Evidemment, si on ne touche pas à la religion, l’autorité royale, les coups d’Etat, le rôle joué par l’Armée dans la vie politique,  le sexe, l’alcool, le tabagisme, les fusils pointés sur les gens … les censeurs risquent de ne rien censurer. Si on a oublié la polémique à propos du film  Syndromes and a Century, et le mouvement pour un cinéma libre qui en 2007 a pris l’initiative d’une pétition signée par des artistes et des savants et qui a été soumis à l' Assemblée nationale législative, et  si on n’entend pas  les prises de position des cinéastes comme Apichatpong Weerasethakul qui voient ses films censurés. Brou confirme : « Les films d’Apichatpong Weerasethakul sont pour la plupart censurés et ne sortent que dans un petit nombre de salles. Les relations difficiles entre les personnages ne plaisent pas beaucoup aux censeurs qui brandissent les principes bouddhiques pour justifier la censure de scènes supposées gêner le public et la morale du pays».

Nous citons encore Arnaud Dubus qui confirme : « le ministère de la Culture, se voyant en gardien de la morale et des bonnes mœurs bien plus que comme promoteur de la créativité culturelle, exerce une stricte censure sur les films de fiction».


3.4 La parole aux cinéastes thaïs. 

Eurasie : Pouvez-vous nous parler du cinéma thaï ? 

Mingmongkol Sonakul : À mon avis, c’est encore une industrie très jeune, qui est encore en période de tâtonnements. Je lui donne environ cinq ans pour vraiment apporter de véritables nouveautés. 

Eurasie : Les réalisateurs thaïlandais doivent-ils être très commerciaux pour réussir en Thaïlande ? 

Mingmongkol Sonakul :

 

 

Mingmongkol 15

 

 

L’industrie du cinéma est de toute façon une activité à risques financiers. Même ceux qui réalisent des films commerciaux ne sont pas assurés d’avoir du succès. Les Thaïlandais ont tendance à aller voir en priorité des films hollywoodiens, plutôt que les productions locales.

Eurasie : Y-a-t-il vraiment une place pour le cinéma d’auteur ? 

Mingmongkol Sonakul : Certainement. Mais une place très restreinte, qui représente une toute petite part de marché. Pas suffisamment importante pour gagner sa vie en tant que réalisateur. Ce qui explique la difficulté pour vivre de ce métier en Thaïlande.

Thrillers, films historiques, films d’horreur, comédies musicales : la production se diversifie énormément et le savoir-faire s’exerce d’un genre à l’autre. Le public thaïlandais répond présent. Mais à l’international, c’est du côté de l’avant-garde que les regards se tournent.

Bref, il reste à chacun de choisir, en fonction de ses go

ûts cinématographiques.

Les salles de cinéma du Royaume sont de qualité et les films locaux (plus de 60 %) mènent la vie dure au cinéma américain, mais il est vrai que le cinéma d’auteur se voit souvent contraint de ne sortir qu’à l’étranger tant la censure est toujours vivace.

Allons voir par nous-mêmes avec :  Ong Bak, Bangkok Dangerous Citizen Dog Monrak Transistor et Last Life in the Universe, Vagues, Leave me alone et One Take Only, The Shutter  One Night Husband , Mehkong Full Moon Party (Killer Tattoo et Bangkok Haunted, Garuda…


Et vive le cinéma !

 

deauvilleasie2007haut

 

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1/Sources et références 

L’inévitable Wikipédia

Mélanie Brou,Thailander du 10/02/20011

Le Cinéma Thaïlandais : Des Origines Au Renouveau - 22 août 2006 Dossier réalisé par Caroline & Elodie Leroy
Histoire et analyses par Anchalee Chaiworaporn sur Thaicinema
Articles de Chadila Uabamrungjit et Anchalee Chaiworaporn pour la Thaï Film Fondation
Histoire du cinéma thaïlandais sur Wikipedia
Présentation par Gérard Fouquet du cycle Introduction au cinéma thaïlandaisFouquet Gérard. Présentation : Profondeurs insoupçonnées (et remugles?) des "eaux croupies" du cinéma thaïlandais. In: Aséanie 12, 2003. pp. 143-156. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_2003_num_12_1_1801


2/ Deux  blogs pour ceux qui aiment le cinéma d’Asie et de Thaïlande, signés obeo.

http://moncineasie.blogspot.com/

http://voyageurasie-soleillevant.blogspot.com/


3/ quelques invitations de obeo :

Les frères Pang: :2 versions de Bangkok dangerous

La bonne : http://moncineasie.blogspot.com/2010/07/bangkok-dangerous-version-thailandaise.html

Pen-EkRatanaruang,  «  La nymphe », son dernier film,  est un « flop » AMHA

http://moncineasie.blogspot.com/search/label/z%20Pen-ek%20Ratanaruang


Toute ma catégorie « Films Thaïlande » si cela  peut fournir des pistes :

http://moncineasie.blogspot.com/search/label/THAILANDE


Un que je trouve très intéressant socialement sous des airs de « Drama » : Love of Siam

http://moncineasie.blogspot.com/2010/09/love-of-siam-rak-haeng-siam.html


Et pour conclure un film qui pour moi marque un tournant dans l’approche du  film noir Thaïlandais: SLICE de KHOMSIRI Kongkiat (boxers)

http://moncineasie.blogspot.com/2010/08/film-slice-la-bombe-thailandaise.html

qui subit l’influence des thrillers Sud- Coréens (les maître du monde  dans cette catégorie)

tout en gardant une très forte identité thaïlandaise.

 

 

 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 03:01

Sans titre-1On a beaucoup écrit sur le Siam, mais pas toujours de façon judicieuse, comme nous allons le constater avec les encyclopédistes du 18 ème et le grand Voltaire. 

 

Les quelques pages que la grande encyclopédie de Diderot et d’Alembert en 17 volumes consacrent au Siam sont consternantes. 

L’auteur, « le chevalier de Jaucourt », se contente de villependier les mémoires de l’époque de la première ambassade (Tachard, la Loubère, Choisy, Gervaise, de Chaumont)  et sa bonne foi n’est pas certaine lorsqu’il cite une seule source, Koempfer.

 

images

Le Chevalier de Jaucourt, qui est-il ? Un marquis de bonne souche, issu d’une longue lignée protestante, un de ces nobles qui sciaient allégrement la branche sur laquelle ils étaient assis. Si l'on en croit Voltaire, Louis de Jaucourt aurait « écrit les trois quarts de l'Encyclopédie » (en réalité 35 % ?).

95px-Blason jaucourtSans ce « nègre de l'Encyclopédie » comme on l’a surnommé, l'oeuvre pharaonique de Diderot et d'Alembert n'aurait jamais pu voir le jour. Lui même s’est ruiné à payer un foule d’autres « nègres » tout en travaillant 16 heures par jour. Dans une telle masse d’écrits, tout ne peut être bon. Il a laissé la trace dans l’histoire d’un phénoménal joueur d’échecs (il est le rédacteur de la notice de l’Encyclopédie à ce sujet, qui fait autorité à dire d’expert)  et  celle de l’ « encyclopédiste méconnu ».

 

Engelbert Kaemepfer (ou Koempfer) (1651-1717) ?

 

Kaempfer

 

Prussien luthérien,  il  est  né en Westphalie 1651. D’une immense culture, il fut un grand voyageur et surtout séjourna au Japon de 1690 à 1692 mais ne fit qu’une escale de deux mois au Siam. Il reste de lui une remarquable description du Japon (« Histoire naturelle, civile et ecclesiastique du Japon » publiée en anglais à Londres après sa mort en 1727 et traduite en français en 1729, plusieurs fois rééditée), qui fit autorité pendant un siècle. Il ne s’attarde guère dans les premiers chapitres sur son bref passage au Siam.


1729 frz ttl


Mais il est une bonne référence pour un encyclopédiste puisque, prussien stipendié par les Hollandais protestants, il peut tout à loisir dans ses souvenirs du Japon laisser éclater son hostilité contre la religion catholique et (celle de ses employeurs Bataves) contre les Français.

Il est inutile d’épiloguer, on trouve dans l’Encyclopédie, le meilleur, du médiocre et le pire, la notice sur le Siam où Jaucourt reprenant Kaempfer fait partie du pire. Je cite quelques perles :


« Les principes de la morale des Siamois sont tous négatifs »


« Les Siamois représentent dans leur temple le premier instituteur de leur religion sous la figure d’un nègre d’une grandeur prodigieuse ... ».


Tout comme Kaempfer qui considérait les Siamois comme « une race noire de l’humanité », Jaucourt pense que les millions de Bouddhas que nous voyons tous les jours à chaque coin de rue sont des nègres !


Kaempfer continue « ils ont tous les traits de la physionomie indienne et chinoise, leur contenance naturellement accroupie, comme celle des singes dont ils ont beaucoup de manières, entre autres une passion extraordinaire pour les enfants... ». Il n’est guère plus crédible, lorsqu’il écrit « le bouddha sakia de l’Inde fut un prêtre de l’Egypte qui s’enfuit de Memphis à l’époque de l’invasion de Cambyse en 525 avant JC ».  La preuve par 9 qu’on écrivait déjà des bétises sur le Siam  il y a près de trois siècles après y être resté deux mois.

 

Quant à Voltaire ! 

 

voltaire-siege

 

Voltaire ignorait tout du Siam et ne s’y est jamais intéressé pas plus qu’il ne s’intéressait aux « terres lointaines ».  Les mots qu’il a prononcés lors du désastreux traité de Paris en 1763, lorsque la France fit abandon du Canada aux Anglais (« ces quelques arpents de neige... ») n’ ajoutent rien à sa gloire. Tout ce que le pays comptait alors de « tête pensantes » qu’on n’appelait pas encore les « intellectuels » ou les « experts en tout » considéraient que l’essentiel étaient de conserver nos « îles à sucre », les Antilles, grâce à quoi ils purent égoïstement continuer à sucrer leur chocolat.


 quelques arpents

 

Nous avons avec beaucoup d’amusement retrouvé dans le 36ème volume des oeuvres complètes de Voltaire, édition de 1784, cet article sous forme de dialogue extrait de son « dictionnaire philosophique » concernant le Siam (copie numérisée de "google books").


Il s’agit du Siam évidemment et pas de la France,  Voltaire était courageux surtout quand il bénéficiait de la protection de Madame de Pompadour (« Maman putain » comme disaient les pieuses filles de Louis XV) mais pas téméraire, le « crime de lèse majesté » existait encore à son époque et Louis XV eut souvent envie de lui étriller les oreilles. Nous n’avons pas non plus envie d’encourrir les foudres de la Justice thaïe de ce siècle. Il ne s’agissait évidemment pas du Siam mais de la France.

Il n’y a plus qu’à le citer sans autre commentaire, en soulignant deux perfidies de trop,  mais c’est du Voltaire, allusion à Rousseau, son ennemi de toujours, meilleur musicien que lui, en citant Rameau ami des encyclopédistes (qui lui aussi haïssait Rousseau), encyclopédistes avec lesquels Rousseau s’était lui même fort rapidement fâché, et celle aux rapports entre le Chevalier Destouches et le jésuite Tachard, équivoques de façon allusive et totalement injustifiée.

 

Restons-en là et lisez ...

 

ANDRÉ DESTOUCHES A SIAM. 


André Destouches était un musicien très agréable dans le beau siècle de Louis XIV, avant que la musique eût été perfectionnée par Rameau, et gâtée par ceux qui préfèrent la difficulté surmontée au naturel et aux grâces. 

Avant d’avoir exercé ses talents il avait été mousquetaire; et avant d’être mousquetaire, il fit, en 1688, le voyage de Siam avec le jésuite Tachard, qui lui donna beaucoup de marques particulières de tendresse pour avoir un amusement sur le vaisseau; et Destouches parla toujours avec admiration du P. Tachard le reste de sa vie. 

Il fit connaissance, à Siam, avec un premier commis du barcalon; ce premier commis s’appelait Croutef, et il mit par écrit la plupart des questions qu’il avait faites à Croutef, avec les réponses de ce Siamois. Les voici telles qu’on les a trouvées dans ses papiers: 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Combien avez-vous de soldats? 

CROUTEF.

Quatre-vingt mille, fort médiocrement payés. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Et de talapoins? 

CROUTEF.

Cent vingt mille, tous fainéants et très riches. Il est vrai que, dans la dernière guerre, nous avons été bien battus; mais, en récompense, nos talapoins ont fait très grande chère, bâti de belles maisons, et entretenu de très jolies filles. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Il n’y a rien de plus sage et de mieux avisé. Et vos finances, en quel état sont-elles? 

CROUTEF.

En fort mauvais état. Nous avons pourtant quatre-vingt-dix mille hommes employés pour les faire fleurir; et s’ils n’en ont pu venir à bout, ce n’est pas leur faute, car il n’y a aucun d’eux qui ne prenne honnêtement tout ce qu’il peut prendre, et qui ne dépouille les cultivateurs pour le bien de l’État. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Bravo! Et votre jurisprudence, est-elle aussi parfaite que tout le reste de votre administration? 

CROUTEF.

Elle est bien supérieure; nous n’avons point de lois, mais nous avons cinq ou six mille volumes sur les lois. Nous nous conduisons d’ordinaire par des coutumes, car on sait qu’une coutume ayant été établie au hasard est toujours ce qu’il y a de plus sage. Et de plus, chaque coutume ayant nécessairement changé dans chaque province, comme les habillements et les coiffures, les juges peuvent choisir à leur gré l’usage qui était en vogue il y a quatre siècles, ou celui qui régnait l’année passée; c’est une variété de législation que nos voisins ne cessent d’admirer; c’est une fortune assurée pour les praticiens, une ressource pour tous les plaideurs de mauvaise foi, et un agrément infini pour les juges, qui peuvent, en sûreté de conscience, décider les causes sans les entendre. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Mais pour le criminel, vous avez du moins des lois constantes? 

CROUTEF.

Dieu nous en préserve! nous pouvons condamner au bannissement, aux galères, à la potence, ou renvoyer hors de cour, selon que la fantaisie nous en prend. Nous nous plaignons quelquefois du pouvoir arbitraire de monsieur le barcalon; mais nous voulons que tous nos jugements soient arbitraires. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Cela est juste. Et de la question, en usez-vous? 

CROUTEF.

C’est notre plus grand plaisir; nous avons trouvé que c’est un secret infaillible pour sauver un coupable qui a les muscles vigoureux, les jarrets forts et souples, les bras nerveux et les reins doubles; et nous rouons gaiement tous les innocents à qui la nature a donné des organes faibles. Voici comme nous nous y prenons avec une sagesse et une prudence merveilleuses. Comme il y a des demi-preuves, c’est-à-dire des demi-vérités, il est clair qu’il y a des demi-innocents et des demi-coupables. Nous commençons donc par leur donner une demi-mort, après quoi nous allons déjeuner; ensuite vient la mort tout entière, ce qui donne dans le monde une grande considération, qui est le revenu du prix de nos charges. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Rien n’est plus prudent et plus humain, il faut en convenir. Apprenez-moi ce que deviennent les biens des condamnés. 

CROUTEF.

Les enfants en sont privés: car vous savez que rien n’est plus équitable que de punir tous les descendants d’une faute de leur père.

ANDRÉ DESTOUCHES.

Oui, il y a longtemps que j’ai entendu parler de cette jurisprudence. 

CROUTEF.

Les peuples de Lao, nos voisins, n’admettent ni la question ni les peines arbitraires, ni les coutumes différentes, ni les horribles supplices qui sont parmi nous en usage; mais aussi nous les regardons comme des barbares qui n’ont aucune idée d’un bon gouvernement. Toute l’Asie convient que nous dansons beaucoup mieux qu’eux, et que par conséquent il est impossible qu’ils approchent de nous en jurisprudence, en commerce, en finances, et surtout dans l’art militaire. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Dites-moi, je vous prie, par quels degrés on parvient dans Siam à la magistrature. 

CROUTEF.

Par de l’argent comptant. Vous sentez qu’il serait impossible de bien juger si on n’avait pas trente ou quarante mille pièces d’argent toutes prêtes. En vain on saurait par coeur toutes les coutumes, en vain on aurait plaidé cinq cents causes avec succès, en vain on aurait un esprit rempli de justesse et un coeur plein de justice; on ne peut parvenir à aucune magistrature sans argent. C’est encore ce qui nous distingue de tous les peuples de l’Asie, et surtout de ces barbares de Lao, qui ont la manie de récompenser tous les talents, et de ne vendre aucun emploi. 

André Destouches, qui était un peu distrait, comme le sont tous les musiciens, répondit au Siamois que la plupart des airs qu’il venait de chanter lui paraissaient un peu discordants, et voulut s’informer à fond de la musique siamoise; mais Croutef, plein de son sujet, et passionné pour son pays, continua en ces termes: 

Il m’importe fort peu que nos voisins qui habitent par delà nos montagnes aient de meilleure musique que nous, et de meilleurs tableaux, pourvu que nous ayons toujours des lois sages et humaines. C’est dans cette partie que nous excellons. Par exemple, il y a mille circonstances où, une fille étant accouchée d’un enfant mort, nous réparons la perte de l’enfant en faisant pendre la mère, moyennant quoi elle est manifestement hors d’état de faire une fausse couche. 

Si un homme a volé adroitement trois ou quatre cent mille pièces d’or, nous le respectons et nous allons dîner chez lui; mais si une pauvre servante s’approprie maladroitement trois ou quatre pièces de cuivre qui étaient dans la cassette de sa maîtresse, nous ne manquons pas de tuer cette servante en place publique: premièrement, de peur qu’elle ne se corrige; secondement, afin qu’elle ne puisse donner à l’État des enfants en grand nombre, parmi lesquels il s’en trouverait peut-être un ou deux qui pourraient voler trois ou quatre petites pièces de cuivre, ou devenir de grands hommes; troisièmement, parce qu’il est juste de proportionner la peine au crime, et qu’il serait ridicule d’employer dans une maison de force, à des ouvrages utiles, une personne coupable d’un forfait si énorme. 

Mais nous sommes encore plus justes, plus cléments, plus raisonnables, dans les châtiments que nous infligeons à ceux qui ont l’audace de se servir de leurs jambes pour aller où ils veulent. Nous traitons si bien nos guerriers qui nous vendent leur vie, nous leur donnons un si prodigieux salaire, ils ont une part si considérable à nos conquêtes, qu’ils sont sans doute les plus criminels de tous les hommes lorsque, s’étant enrôlés dans un moment d’ivresse, ils veulent s’en retourner chez leurs parents dans un moment de raison Nous leur faisons tirer à bout portant douze balles de plomb dans la tête pour les faire rester en place après quoi ils deviennent infiniment utiles à leur patrie. 

Je ne vous parle pas de la quantité innombrable d’excellentes institutions qui ne vont pas, à la vérité, jusqu’à verser le sang des hommes, mais qui rendent la vie si douce et si agréable qu’il est impossible que les coupables ne deviennent gens de bien. Un cultivateur n’a-t-il point payé à point nommé une taxe qui excédait ses facultés, nous vendons sa marmite et son lit pour le mettre en état de mieux cultiver la terre quand il sera débarrassé de son superflu. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Voilà ce qui est tout à fait harmonieux, cela fait un beau concert. 

CROUTEF.

Pour faire connaître notre profonde sagesse, sachez que notre base fondamentale consiste à reconnaître pour notre souverain, à plusieurs égards, un étranger tondu qui demeure à neuf cent mille pas de chez nous. Quand nous donnons nos plus belles terres à quelques-uns de nos talapoins, ce qui est très prudent, il faut que ce talapoin siamois paye la première année de son revenu à ce tondu tartare sans quoi il est clair que nous n’aurions point de récolte. 

Mais où est le temps, l’heureux temps, où ce tondu faisait égorger une moitié de la nation par l’autre pour décider si Sammonocodom avait joué au cerf-volant ou au trou-madame; s’il s’était déguisé en éléphant ou en vache; s’il avait dormi trois cent quatre-vingt-dix-jours sur le côté droit ou sur le gauche? Ces grandes questions, qui tiennent si essentiellement à la morale, agitaient alors tous les esprits: elles ébranlaient le monde; le sang coulait pour elles: on massacrait les femmes sur les corps de leurs maris; on écrasait leurs petits enfants sur la pierre avec une dévotion, une onction, une componction angéliques. Malheur à nous, enfants dégénérés de nos pieux ancêtres, qui ne faisons plus de ces saints sacrifices! Mais au moins il nous reste, grâces au ciel, quelques bonnes âmes qui les imiteraient si on les laissait faire. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Dites-moi, je vous prie, monsieur, si vous divisez à Siam le ton majeur en deux comma et deux semi-comma, et si le progrès du son fondamental se fait par 1, 3, et 9. 

CROUTEF.

Par Sammonocodom, vous vous moquez de moi. Vous n’avez point de tenue; vous m’avez interrogé sur la forme de notre gouvernement, et vous me parlez de musique. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

La musique tient à tout; elle était le fondement de toute la politique des Grecs. Mais, pardon; puisque vous avez l’oreille dure, revenons à notre propos. Vous disiez donc que pour faire un accord parfait.... 

CROUTEF.

Je vous disais qu’autrefois le Tartare tondu prétendait disposer de tous les royaumes de l’Asie, ce qui était fort loin de l’accord parfait; mais il en résultait un grand bien: on était beaucoup plus dévot à Sammonocodom et à son éléphant que dans nos jours, où tout le monde se mêle de prétendre au sens commun avec une indiscrétion qui fait pitié. Cependant tout va; on se réjouit, on danse, on joue, on dîne, on soupe, on fait l’amour: cela fait frémir tous ceux qui ont de bonnes intentions. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Et que voulez-vous de plus ? Il ne vous manque qu’une bonne musique. Quand vous l’aurez, vous pourrez hardiment vous dire la plus heureuse nation de la terre. 

FIN D’ANDRÉ DESTOUCHES A SIAM.

Oeuvres compl tes de Voltaire-1

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 03:05

 daumier avocat convaincuColin Martin accuse la justice thaïe. « La parole est à la défense » :

J’aborde la lecture du livre de Colin Martin au titre volontairement accrocheur « Bienvenu en enfer » (Editions Bamboo Sinfonia, 245 pages. Traduit de « Welcome to Hell ») et manifestement commercial avec beaucoup d’appréhension.

bienvenue-en-enfer

La raison en est double :

1) Ayant exercé pendant trente ans la profession d’avocat et pendant douze les fonctions de conseiller prud’hommal dont six comme président ou vice- président de juridiction, j’ai connu dans l’exercice de l’une ou l’autre de ces fonctions quelques dossiers « sensibles » ou ultra « sensibles » de l’intérieur. J’en ai aussi bien sûr connu d’autres, comme tout le monde, par la presse. Lorsqu’on me demandait dans une conversation « mondaine »  « Que pensez-vous du dossier X ? » ma réponse était triple, il ne pouvait être autrement :

- « C’est un dossier que je connais comme avocat, je ne puis donc rien en dire car je suis couvert par le secret professionnel, il est comme celui de la confession, nul ne peut m’en délier ».

- « C’est un dossier que je connais ou que j’ai connu comme juge et je ne peux vous en parler à peine de trahir le même secret et éventuellement le secret des délibérés. Contentez-vous de lire le jugement que j’ai co-signé, nous étions quatre ».

- « C’est un dossier que je ne connais – comme vous – que de l’extérieur, presse ou éventuellement livre souvent « à scandale » et il faut prendre tout cela au minimum  avec des pincettes». Un bon exemple avec la célèbre affaire Dominici qui a agité la France il y a tout à l’heure 60 ans. Je connais la version du greffier qui « tenait la plume » à cette époque et celle de l’un des deux juges d’instruction qui a mené l’enquête face à celle de Bernard Charles-Alfred, l'un des avocats du "patriarche", un ami très cher disparu en 1985 (à gauche sur la photographie), du petit fils Dominici et de Gilbert Collard son avocat, qui tente d’obtenir la réhabilitation : mon coeur balance mais je penche pour l’avocat, à la fois amitié et « déformation professionnelle ».


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2) Il existe une énorme littérature sur les scandales de la justice, et plus encore sur Internet. Tapez-donc sur un moteur de recherche quelconque « scandales de la justice » ou « scandales des Tribunaux de commerce » et regardez le nombre de pages...

Là, ça devient croquignolesque.

Une invraisemblable quantité de sites ou de blogs sur ces sujets sont l’oeuvre, et je pèse mes mots, de fous furieux, de paranoïaques ou de malades mentaux qui mettent systématiquement les causes de leurs échecs sur le «  complot », des huissiers, des notaires, des franc-maçons, des tribunaux de commerce, des administrateurs judiciaires, des avocats, des juifs, du front national, des franc-maçons, des arabes, des nègres, du parti socialiste ou de je ne sais qui, tous des escrocs, tous de combine évidemment. Il y a des voyous dans toutes les professions, hélas ! Cela veut-il dire qu’elles soient toutes composées de voyous ? Elle est bien commode la « théorie du complot » pour s’absoudre de son incompétence ou de son incurie. Entendrez-vous un commerçant dire «  Je suis en faillite pour cause d’incompétence » ? Et ce, même s’il y a effectivement de temps à autre de vrais scandales.

Il y a aussi une rarissime littérature sérieuse (J’ai lu avec plaisirs les écrits du Procureur de Montgolfier)


montgolfiercopie

 

et une autre pléthorique qui ne l’est pas.

Il y a quelques années, un haut fonctionnaire de police a écrit de fort méchantes choses sur les tribunaux de commerce (français) en évoquant toute une série d’affaires douteuses. Il se trouve que je connaissais un (et un seulement) des dossiers concernés et ses protagonistes. Des erreurs de fait et de droit monstrueuses y sont écrites que l’on ne peut mettre sur le compte de son ignorance des textes relatifs aux procédures collectives, erreurs évidemment volontaires.


Revenons-en à notre Irlandais auquel il était reproché, faut-il le rappeler, un crime de sang ?

Chacun sait que toutes les prisons du monde sont peuplées de criminels innocents essentiellement pour les crimes de sang pour lesquels le risque est énorme. Lorsque je préparais mon examen professionnel, nous avons bénéficié des cours de l’un des plus grands avocats pénalistes de France, il avait défendu les criminels les plus odieux et dû assister à un certain nombre de coupages de tête ou de fusillades (la peine de mort existait encore) et nous affirmait solenellement que JAMAIS un criminel qui risquait sa tête ne lui avait dit « c’est moi, mais faites-moi acquitter ». Il plane toujours un doute aussi ténu soit-il, qui mets notre conscience d‘avocat à l’abri. Si Robert Badinter a accepté de défendre Patrick Henry en toute connaissance de cause, il a refusé de le rencontrer, il a refusé de plaider « pour » lui et n’a plaidé avec succès que « contre » la peine de mort. Chacun sait que tous les occidentaux qui courrent le risque de trafiquer la drogue (en sachant ce qu’ils encourrent ici) sont évidemment victimes d’un complot, drogue mise à leur insu dans leur poche ou dans leur chambre d’hotel ou dans leurs bagages etc...).


L’irlandais était-il coupable, alors 7 ans, c’est peu payé, était-il innocent ? Alors 7 ans c’est énorme. Je ne connais pas son dossier...


Reprenons la procédure du début.

Procédure policière conduite par des ripoux concussionnaires ?

C’est possible. Garde à vue accompagnée de brutalités policières, c’est possible. Voilà bien un domaine où ni les Français ni les Anglais et encore moins les Américains (le phare de la démocratie et de la protection des libertés individuelles) n’ont la moindre leçon de morale à donner à quiconque. Les procédures de Guantanamo valent bien celles de Bangkok.


images (1)

 

Si tous les syndicats de policiers ont beuglé contre la présence d’un avocat lors des gardes à vue à la 20ème heure d’abord, dès son départ ensuite, il faut peut-être y voir une raison cachée, l’impossibilité d’obtenir un aveu (« la reine des preuves ») par des méthodes un peu « brusques » au risque de voir l’accusé se rétracter ensuite devant le Juge d’instruction (« ces aveux m’ont été extorqués par la violence, Monsieur le juge ») ce que les dits juges se refusaient (faisaient-ils semblant ?) à croire, évidemment. Effectivement, les policiers Thaïs n’ont pas ces « contraintes » issues de la Convention européenne des droits de l’homme dont la Thaïlande n’est pas signataire !  Il en est de corrompus, c’est possible, le sont-ils TOUS, un peu fort à avaler.

torture


Le Tribunal et la procédure d’appel ?

La procédure pénale thaïe basée sur le système américain du « coupable-non coupable » est totalement réfractaire aux esprits français (une récente affaire « américaine » l’a bien montré). La procédure a duré des années, certes, mais c’est un grief que les Français ou les Américains sont mal venus à jeter à la figure des Siamois. Je connais une Américaine qui a été condamnée à mort il y a 27 ans au Texas et qui se bat depuis lors de procédure en procédure pour retarder une issue fatale.


chaise

 

Qu’elle soit coupable ou pas, c’est ignoble. J’ai connu un Français, appelons le D. resté 7 ans en détention préventive sur une inculpation d’attaque à main armée et qui a du à l’acharnement de son avocat d’immense talent (pas moi) de se faire enfin acquitter par la cour d’assises. Il attend toujours depuis lors (une quinzaine d’années) la légitime indemnisation à laquelle il peut prétendre. Ceci dit, les « chevaux de retour » préférent incontestablement le régime de la détention préventive à celui de la détention ou de la réclusion, il présente, en France comme en Thaïlande, d’immenses avantages. D. me disait « à tout prendre je préfère quand même avoir passé 7 ans dans notre petite maison d’arrêt familiale qu’à Clairvaux ».  


Procureurs et juges concussionnaires et corrompus ? 

C’est possible ? Le sont-ils tous ? Je me permets d’en douter.

On m’a plusieurs fois posé la question (conversation de salon encore) « mais connaissez-vous des magistrats corrompus ? ». Ma réponse était systématiquement négative. Je réponds aujourd’hui avec du recul sans trahir le secret professionnel même si parfois, ça me démange :

Comme magistrat prud’hommal, j’ai subi des « pressions » (patronales ou syndicales), j’ai réagi comme peuvent l’imaginer ceux qui me connaissent lorsque je suis de mauvais poil. Tous régiraient-ils comme moi, je n’en sais rien ?

J’ai énormément fréquenté les fameux tribunaux de commerce, les magistrats sont élus (tiens, comme aux Etats-unis !), en réalité cooptés, c’est donc une bande de copains, ce qui ne veut pas dire que ce soient tous une bande de coquins.

En ce qui concerne la magistrature professionnelle française, j’ai touché du doigt (et plus encore) deux cas de corruption caractérisés, l’un à un trés, très haut niveau (et plus encore, mais qu’est-ce que j’ai rigolé quand j’ai lu les éloges funèbres prononcés lors du décès de XYZ) et l’autre dans une « honnête moyenne ». En trente ans, c’est fort peu. Dans quelques cas, j’ai eu des « doutes » (pesants) mais j’ai « acquitté au bénéfice du doute ». Peut-être ici pourrais-je dire que j’en rencontrerais trente en deux ans ?

Monsieur Y, en détention préventive dans la « prison sous les cocotiers » de Samui s’est vu demander par son avocat (une crapule) 1 million de bahts destinés (selon lui) à adoucir les réquisitions du procureur ???? Vrai ou faux ??? Procureur crapule ou avocat crapule ? ou les deux ?

Je me plais par contre à dire que j’ai rencontré, fréquenté (ou affronté), des magistrats français, juges, procureurs, juges au tribunal de commerce, une immense, immense majorité, d’une scupuleuse honnéteté. Les autres, ils sont en enfer ou dans les poubelles de ma mémoire.


Le régime carcéral ? 


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Il n’est évidemment pas un « lit de roses », mais comme dans tous les pays du monde, France compris, il s’assouplit lorsqu’on a de l’argent (ou qu’un compagnon de cellule –solidarité oblige- en a). Un exemple chiffré ? Monsieur X et son épouse, sujets Helvètes résidant en France, restent le premier quatre mois et la seconde deux mois incarcérés sous un mandat d’arrêt extraditionnel lancé contre eux par un magistrat suisse fou furieux (ça existe) que la chambre d’accusation a durement envoyé paître. Je détenais des fonds pour leur compte, la plaisanterie leur a coûté 170.000 francs (je dis bien) pour attendre dans le confort que Justice leur soit rendue, nous étions en 1980, faites le compte. Leurs compagnons de cellule les ont vu partir avec regret, finis les bons repas et les petits mandats qu’envoyait le Nanard !

La prison, m’a-t-on appris, doit ou devrait avoir trois fonctions :

Valeur d’exemple,

Valeur de punition,

Favoriser la réinsertion.

N’épilogons pas sur le troisième volet, inexistant en Thaïlande et sur lequel il vaut mieux, pour la France, garder un silence pudique.


Valeur d’exemple ? Ce que nous décrit Martin, c’est certain, est dissuasif. C’était d’ailleurs un paramètre de la lutte contre la peine de mort : Si on veut qu’elle serve d’exemple, que l’on rétablisse la guillotine


3-43

 

et la roue

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en place publique.

 

Valeur de punition ? Il est certain que le régime carcéral qui ne choque pas les Thaïs est plus rude pour les Occidentaux. Les entraves (exceptionnelles en France) sont ici réservées aux longues peines ou aux crimes de sang ou aux évadés potentiels, mais pas « à tout le monde ». Monsieur Y, condamné à 25 ans pour trafic de drogues, est présentement entravé. L’un de ses congénères qui n’avait pris « que » 12 ans pour les mêmes motifs, ne l’était pas. Victor Bout l’était.


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La promiscuité est choquante ? Allez-donc voir à combien de Thaïs sont capables de vivre au quotidien dans 40 métres carrés ? La promiscuité ne les gêne pas. La nourriture y est infâme ? Allez donc voir ce que mangent les thaïs pauvres au quotidien dans mon village ? Là encore, il faut du fric... du fric...


Sévices des matons ?

 

Ce ne sont effectivement pas des « assistantes sociales », nulle part dans le monde d’ailleurs, ils assument probablement sans la moindre finesse la necessité d’établir un minimum d’ordre dans un univers cauchemardesque et surpeuplé.

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D’après Y, quand on fait le gros dos, avec quelques paquets de cigarettes, ils vous fichent la paix. J’ignore si réellement Martin s’est fait violer par les dits matons ou ses compagnons de captivité ? Toujours d’ après Y, la présence des « transexuels » dans les prisons pour hommes est bénéfique et suffisante puisque ces messieurs-dames servent d’exutoires aux appétits des messieurs.


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Il faut donc lire cet ouvrage avec beaucoup de recul et ne pas oublier (pour les donneurs de leçons de démocratie) :


Que la Thaïlande n’est sortie du moyen-âge pour entrer dans ce qu’il est convenu d’appeler un état de droit » qu’il y a moins d’un siècle,

Que la torture, question ordinaire et extraordinaire, la honte du système pénal de l’ancien régime, n’a été aboli en France qu’en 1786,

 

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Que les camps de concentration sont une infame invention des Anglais datant des années 1890 (guerre des Boers)


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contemporaine de celle de l’invention du fil de fer barbelé, honte sur eux, même si on fit mieux depuis, et que les Anglais ont le record européen de la surpopulation pénale,


camps


Que le bagne de Cayenne la honte du système pénitentiaire français au regard du monde entier, n’a été supprimés qu’en 1946,


bagne


Que l’abject systéme de la relégation lié au bagne n’a été aboli en France qu’en 1970. La « relégue » c’était quoi ? Tu te prends 20 ans de bagne mais quand tu sortiras, tu seras astreint à résider 20 ans de plus à Cayenne, ce paradis tropical, tu n’es pas condamné « à perpète mais tu feras quand même perpète ».

Que les « quartiers de haute sécurité » ces culs de basse-fosse qui valaient largement les prisons thaïes n’ont été supprimés qu’en 1975, en France,


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mais pas aux Etats-Unis


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et que les « mitards », autres culs de basse-fosse, existent toujours que je sache, à la discrétion de l’administration pénitentiaire, il est vrai que ses pensionnaires potentiels ont un recours possible... devant l’administration pénitentiaire. J’ai visité avec intéret un mitard (pas comme pensionnaire) et vous affirme que je suis beaucoup mieux dans ma très modeste maison thaïe,


mitard


Que l’ignoble peine de mort n’a été abolie en France qu’en 1981, et ne subsiste ici (crimes de sang et trafics de drogue) que comme épiphénomène (deux dernières exécutions en 2009)

Que l’on pendait encore les voleurs de poules à l’entrée des villages en Angleterre il y a un siècle, en les laissant sécher sur le gibet comme des bécasses pendant des mois «pour l’exemple »,


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Qu’il y a 1 Américain sur 100 en prison aux Etats-unis (1 sur 1000 en France, 3 sur 1000 en Thaïlande) lesquelles prisons sont pires que les prisons thaïes, et là les éléments de preuve certains et incontestables, surabondent,


Qu’il suffit d’être nègre et texan pour être avec certitude condamné à mort dans cet état,


Que le pire système pénal et pénitentiaire au monde en 2011, pire que celui de l’Iran ou de la Chine, bien pire que celui de la Thaïlande, est celui de Singapour, mais là, chut ! Singapour est un état « politiquement correct », ce n’est ni l’Iran ni la Syrie ! Le code pénal y prévoit encore la punition par coups de bâton,


fouet

 

il y a proportionnellement beaucoup plus d’exécution capitales qu’aux Etats-Unis, battu que par le Turkmenistan et la Chine, mais essayez-donc de trouver un éditeur pour éditer un bouquin qui stigmatise le système d’un pays qui vote bien à l’ONU. Que je sache, l’ « observatoire international des prisons » n’a jamais obtenu pour l’un de ses observateurs l’autorisation de visiter une prison singapourienne.

Et qu’enfin, l’Angleterre, pays qui a inventé les droits de l’homme alias « habeas corpus » en 1215, la France qui a exporté la trilogie « liberté, égalité, fraternité » dans toute l’Europe, les Américains dont le concept de « liberty » a triomphé à Gettysburg en 1863, ont eu de tout cela une conception bien singulière en d’autres circonstances,

Irlande,


eire

 

Indo-chine,


1905- INDOCHINE - EXษCUTION 2

 

Algérie,

 

algérie

 

Afrique noire,


atroce-63561

Guantanamo,


 

Guantanamo

 

Abou-Grahib ....


66609 jaquette


J’aimerais connaître la version des juges ou des avocats de Martin ?


Et pour en terminer sur les « avocats voyous », une anecdote qui m’a fait à l’époque grand plaisir : Les barreaux français (un peu moins de 200) ont lancé dans les années 80 une enquète à grand frais sur la manière dont la profession était perçue dans le grand public. Question : «  Que pensez-vous des avocats », réponse générale «  tous des voyous, tous de combine, tous copains avec les juges » etc ... etc... Un long silence et puis ... « ah, mais pas le mien ».

 

 avocat

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 03:09

BienvenuEnEnferonlycover La justice en Thaïlande ?

 

Il ne s’agit pas ici de « résumer » l’histoire par ailleurs bouleversante et dramatique de Colin Martin, qui raconte dans un livre témoignage : « Bienvenu en enfer »(sic), comment d’un simple contrat d’affaires à conclure à Bangkok , il va  se faire arnaquer, perdre tous ses biens, sa famille, se sentir contraint de rester à Bangkok pour que son arnaqueur soit arrêté, se retrouver en prison après avoir retrouvé son arnaqueur, et vivre 7 ans  et demi d’enfer dans deux prisons de Thaïlande en tentant vainement de faire reconnaître son innocence, mais de présenter le portrait monstrueux, effrayant , corrompu des prisons et du système judiciaire qu’il décrit.


«Cette expérience a été pour moi en tout point identique à l’image que je me fais de l’enfer. Pour commencer, je n’aurai jamais dû aller en prison. J’ai été torturé par la police jusqu’à ce que je fasse une fausse confession.

imagesUne fois en prison j’ai été roué de coups sans fin par les gardes. La nourriture était tellement abjecte que j’ai passé des jours et des jours à ne pas manger. J’ai été forcé de porter des chaines aux jambes pendant deux ans. Je suis presque mort de tuberculose parce que les responsables de la prison ne m’ont pas soigné. J’ai vu des choses que personne ne devrait voir.

J’ai vu des prisonniers tués. J’ai vu des prisonniers se violer les uns les autres. C’était un cauchemar éveillé – un de ceux dont je ne peux encore pas sortir. Certains souvenirs de ce qui est arrivé sont plus vifs que d’autres. Un en particulier est vivant dans ma mémoire. Le premier jour de mon arrivée à la prison, on m’a déshabillé, une fois nu j’ai été fouillé avec les autres nouveaux prisonniers.

Les flics, les avocats les gardes et les directeurs de prison chercheront tous les moyens possibles pour vous déposséder de votre argent. Quand j’ai été arrêté, la première fois, on m’a dit que si je payais 300 000 Bahts (environ 7 500 Euros) je serai libéré. Si j’avais payé je serai sorti libre. Mais je n’avais pas l’argent et donc je suis allé en prison. Aussi simple que ça. Je sais maintenant qu’il y a eu beaucoup d’affaires comme la mienne. »


Dès la première page le réquisitoire est terrible et de suite on aimerait interjeter les précautions d’usage : « c’est exagéré », « c’est un témoignage partial », « tout n’est pas comme cela », « il y a des brebis galeuses partout », « il y a aussi des gens honnêtes »…que sais-je encore ? Certes.

On pourrait aussi convoquer les témoignages qui attesteraient que la justice thaïlandaise ne peut se résumer à ces terribles « réalités » insuffisamment dénoncées et combattues, dignes d’un autre âge.  Certes. Mais cela existe.

Mais chaque expatrié ayant un peu d’expérience de la Thaïlande a appris qu’il doit payer le plus rapidement possible, s’il est pris  pour un délit ou un crime, et qu’on lui demande une « caution »,  même s’il a le sentiment d’être faussement accusé. Colin Martin ne le savait pas ; il venait d’arriver.

Chacun sait que la somme augmentera au stade « judiciaire » suivant, selon la règle simple qu’il y a plus de « témoins «  à corrompre. Mais Colin Martin ne le savait pas. Il  croyait à la justice. 

Mais ici on apprend en plus qu’à tous les échelons, en toutes occasions, chaque élément du système carcéral et judiciaire, est corrompu et cherche à se faire de l’argent 

Chaque expatrié ayant un peu d’expérience  pourrait citer aussi des cas où des policiers, des avocats, des juges ont bien fait leur travail, ont rendu « justice » Mais ici, il s’agit des commissariats de  Chonburi et de la Tourist Police de Bangkok    et des prisons  de Chonburi et de Lard Yao de Bangkok. Il s’agit de l’« expérience » de Colin Martin. 

                           .

thaiprisonovercrowdingUne chose est sûre : Colin Martin a passé 7 ans et demi en prison en Thaïlande. Il a été libéré le 18 janvier 2005. Que nous apprend-il ? Que nous dit-il ?


1/Chacun d’entre nous peut se retrouver en prison, pour une raison ou pour une autre.


2/ Même en allant déposer plainte à la Tourist Police,  un  service réservé aux étrangers, la démarche comporte des risques.

« La police me donna l’ordre de me rendre au commissariat chaque matin. Je devais arriver à 7h 30 et ils me gardaient jusqu’à 18h00. » « A un moment je suis même devenu pour eux un suspect. Certains des gars pensaient que je faisais partie de l’arnaque et la police a commencé à enquêter sur moi (…) ils ont commencé à suggérer entre eux que je pourrais être mis en prison, juste au cas où ».


3/ Ne faites pas les mêmes erreurs, apprenez à faire la différence entre la belle LOI THAÏ et les us et coutumes, comme la « réalité » du système judiciaire, la loi des gardiens de la prison, l’usage de la violence et de la torture, et la loi de l’argent omniprésente à tous les échelons. Fort de ce qu’il voit, Colin déclare :

« le système juridique thaï est corrompu jusqu’au trognon. Les criminels peuvent acheter leur libération quelle que soit l’accusation, s’ils ont des contacts et suffisamment d’argent » (p.95).


BangkokJailES 415x275Un système corrompu

L’action des policiers et de la justice dépend de l’argent « suggéré » et donné ou pas. « En Thaïlande, le fait de ne pas payer la police n’est pas une option, c’est une chose attendue » (p.106)

-                     Colin Martin ayant avoué sous la torture, est transféré au commissariat de Chonburi, Le commissaire lui dit alors « que si j’avais 300 000 baths il me libérerait sous caution. En réalité il voulait me faire comprendre que si je lui donnais cet argent il me laisserait partir (…) il m’expliqua que ma vie en dépendait ».

 

-                     Il existe néanmoins une caution légale, qui permet d’être libéré jusqu’au procès,  même si Martin est étonné que celle-ci ne soit pas fixée par le juge mais suggérée par l’avocat : « nous pensons à 1 million de baths » (p.118). (Cette caution sera en fait volée par sa femme thaïe, d’où ses «  problèmes »  ultérieurs).De même quand Martin va en appel, l’avocat suggère 250 000 dollars pour une demande de liberté sous caution, pour l’appel à la Cour Suprême  «  on me conseille de donner 4 millions de baths ».

-                     Evidemment son premier avocat demande 20 000 dollars d’avance

-                     Pire, Martin amené tous les 3 mois en audience  pour son procès alors que  la loi thaïe prescrit que les dates d’audiences ne doivent pas être éloignées de plus de 30 jours, son avocat propose de payer 100 000 baths pour que le procureur puisse « trouver le temps » pour « s’occuper de son affaire ». 

-                     Martin trouve son deuxième arnaqueur après 3 ans de recherche et se retrouve devant le même commissaire auquel il avait déposé plainte et s’étonne que la police n’a pas arrêté son arnaqueur qui avait gardé le même appartement. « Pourquoi ne m’avez-vous pas payé ? Si vous l’aviez fait, je l’aurais arrêté » (p.68).

 

-                   1-prison La prison, dit-il, est géré « comme une entreprise » par le directeur et les gardiens (dit les commandos). Chaque prisonnier recevait un numéro de compte bancaire, ainsi chacun connaissait votre « fortune » ; les commandos contrôlaient la boutique (et pouvait ainsi majorer chaque achat. « Tout dépendait de l’argent » pour obtenir couverture, savon, rasoir, brosse à dent… et surtout la nourriture. « Je savais que le directeur de prison et les gardes volaient tout ce qu’ils pouvaient … et se divisaient les profits selon les grades ». Un barème était appliqué pour chaque « avantage » demandé : changer de cellule, aller à l’école de la prison, demande de liberté sur parole…et le business de la drogue…Les commandos devaient aussi « classer » chaque 6 mois les prisonniers en normal, bon, très bon, excellent, et avaient ainsi le pouvoir, selon la note, d’influer sur les libertés sur parole et les réductions de peine. Libéré, il doit encore payer au centre de détention de l’immigration pour obtenir un endroit pour dormir et une couverture. Emmené à l’aéroport, l’officier de l’immigration, lui demande 500 baths pour lui retirer les menottes, pour se présenter à l’enregistrement de la compagnie d’aviation (indispensable pour être accepté) …

 

Bref un système corrompu où votre sort dépend de l’argent que vous avez. « Tout dépendait de l’argent », dit-il. Etonnant, non ?

 

Des méthodes policières musclées.

Victime d’une arnaque, nous l’avons dit, Colin Martin se retrouve accusé de meurtre au commissariat de la Tourist Police de Bangkok (il aurait tué le garde du corps de son arnaqueur). Il y subit une séance de torture pendant 5 heures (« ils m’avaient torturé pendant 5 heures ») pour le faire avouer ; « Pourquoi as-tu tué ton copain ». On lui écrase deux gros annuaires sur le crâne pendant 20 mn, avec toujours les mêmes questions. On l’électrocute dans l’entrejambe (p.77), sur les testicules, la pointe des seins, l’estomac ! On lui met un sac plastique sur la tête jusqu’à l’évanouissement. On lui pose un pistolet sur la tête avec un « Dis que tu l’as tué ou on te tue »…

Finalement, il avoue et signe une confession écrite …  en thaï. En appel à la Cour Suprême, le juge ne croira pas à la torture policière. Qui croire ?

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La loi en prison, la loi des gardiens.

Nous avons vu suffisamment de livres, de films et de reportages en France sur les prisons françaises pour croire Colin quand il déclare à son arrivée à la prison de Chonburi : « J’ai commencé à réaliser que dans une prison thaïe tous les standards et le codes normaux de conduite sont bonnes pour la poubelle ».

En effet, il découvre que les  gardiens- nommés les commandos- frappent, humilient, violent, tuent en toute impunité, et abusent parfois des femmes des prisonniers. Il donnera des exemples auxquels il a assisté. Ils ont le pouvoir de vous mettre en isolement, de vous déclasser pour l’amnistie et les remises de peine, de participer peu ou prou au trafic de drogue, et de se faire de l’argent sur votre dos en toutes circonstances ( même pour le cadeau de leur anniversaire ou à l’occasion des  grandes fêtes  nationales…).


 « Le système de fonctionnement des prisons thaïes est conçu pour brutaliser les détenus de toutes les façons possibles » (p.134) :

Les prisonniers, non jugés, sont enchaînés 24h sur 24. Ils sont enfermés dans des cellules collectives vers 15h30/16h, et n’ont droit à aucun effet personnel, ni nourriture, à l’exception de l’eau. Les cellules n’ont pas de lit et subissent le vent et les rafales de pluie.   Les néons sont allumés toute la nuit dans les cellules, et un détenu doit se signaler en frappant avec un bambou toutes les heures.  De plus, la menace de viol est  permanent (« j’ai vu des hommes violés »), le jeu et la pornographie créent une ambiance violente avec les queues qui se forment devant les toilettes pour se masturber sur un magazine porno… les bagarres sont fréquentes, sans parler des suicides (« j’ai vu des dizaines de personnes se tuer » p.173).

Le jour, les détenus sont soumis à l’arbitraire des  gardiens (souvent ivres, le soir) et des prérogatives que s’accordent les « chemises bleues ». Ceux-ci sont choisis parmi les prisonniers et bénéficient de privilèges (cellule où ils peuvent manger et fumer, meilleure nourriture, plus grande réduction de peines…) pour assurer leur sale boulot : donnent des ordres, espionnent, font des rapports sur les prisonniers, extorquent argent et cigarettes et battent les prisonniers sur l’ordre du gardien…

Et en subissant la torture, la loi de l’argent et la loi de la prison et des gardiens, vous êtes obsédé par votre procès et votre libération. Vous entrez alors dans un autre monde : le monde judiciaire. 


Sans titre-1Le système judiciaire 

Ici, comme évidemment dans beaucoup de pays, la LOI est une chose, son respect une autre. « Il y a beaucoup de règles et de protection contre les abus mais personne ne les respecte » (p.89).

Dès sa première audience, il est confronté à un nouveau monde : « tout le monde portait des chaines aux pieds ».Il découvre donc que « les prisonniers suspectés de meurtre devaient porter leurs chaines 24h sur 24 jusqu’à la fin de leur procès ». Il apprend aussi par les autres détenus, sans le croire, que son procès aurait lieu dans 4 ou 5 ans.

Curieusement, l’huissier lui signifie son renvoi dans 12 jours, alors qu’il n’a vu, ni juge, ni avocat, et qu’on lui fait signer des documents … en thaï !

Le « rituel » des audiences avec ses « surprises ».

A la deuxième audience, 12 jours plus tard, le greffier appelle les 20 détenus présents et leur dit « Dans 12 jours », sans aucune autre explication.

« J’ai subi exactement la même procédure 7 fois avant de connaître de façon formelle les charges dont on m’accusait ». La police, dit-il, « avait 84 jours pour terminer son enquête. Après ce délai ils devaient soit nous indiquer les motifs des poursuites, soit nous laisser partir » (p.114). Le greffier lui tendit 3 feuilles en thaï. Un gardien lui dira qu’il y était accusé de meurtre !

La troisième audience avec le juge.

Il constate que son avocat, qui n’était venu qu’une fois pendant ses 84 premiers jours d’emprisonnement, n’est pas là. En effet, Colin ne lui pas encore versé ses premiers honoraires (20 000 $US). Le juge lui demanda en thaï  comment il plaidait. Colin dut attendre 2 heures pour obtenir un traducteur. Il apprit son accusation de meurtre au premier degré, toujours sans avocat, ni procureur, ajouta Colin (Il nous dira plus tard que « Les semaines et les mois passèrent sans nouvelles du procureur »). Le juge lui appointa un avocat d’office et « fixa la prochaine audience six semaines plus tard » (p.122).

La quatrième audience, 6 semaines plus tard.

L’avocat. Autre pays, autre mœurs !

Colin Martin est étonné d’apprendre qu’il ne verra pas le juge, mais qu’il a été convoqué au tribunal pour rencontrer son nouvel avocat. Etonné de ne pas l’avoir vu à la prison, la réponse est sans réplique :

« Ce n’est pas de cette façon que ça se passe en Thaïlande » (p.123).

En effet, Colin sera très surpris par la conduite des avocats pendant les futures audiences.

Apprenant que le principal témoin  à charge est mort (en prison), Colin est persuadé que son procès va être annulé. Son avocat lui assure aussi qu’il obtiendra sa libération, et  il lui apprend que l’audience aura lieu dans 15 jours à Bangkok (lieu où le témoin à charge était détenu !) sans sa présence (« il m’expliqua dans une logique qui n’avait de sens que pour lui, que de me transporter jusque là-bas créerait trop de problèmes pour une seule journée » !

6 mois plus tard. Deuxième audience avec le juge. Ubu au tribunal !

Colin n’a pas revu son avocat depuis 6 mois, et ne sait rien de l’audience de Bangkok. Durant cette audience-ci, « il ne tourna pas la tête vers moi ».  Le juge ajournant le procès jusqu’au 26 juin 1998, Colin est effaré de constater que son avocat « était simplement assis et ne disait rien » (p.126). Colin est d’autant plus effaré qu’il peut avoir le sentiment d’être chez Ubu, car le juge est en train de dire que son « affaire » serait traité «  par un autre tribunal devant lequel O’Connor (le témoin à charge) se présenterait ». Or, nous l’avons dit,  le témoin est décédé !

Devant le silence de l’avoca,t Colin intervient devant la stupéfaction de tous pour expliquer au juge qu’O’ Connor était  décédé ! Le juge demande confirmation à l’avocat. Puis,  « Le juge ne dit rien, puis il se retourna et quitta la salle sans dire un mot ».

On peut imaginer les sentiments éprouvés par Colin. Il n’a aucune nouvelle de son avocat pendant 6 mois. Il le revoit à l’audience et constate qu’il ne dit rien ; mieux- qu’il n’a même pas prévenu le juge que le témoin à charge était mort.

On est donc dans un système où la défense n’intervient pas, ne dit rien  de peur de « froisser » le juge. Au cours du récit, dans d’autres audiences où Colin sera tenté de présenter sa version, sa vérité, on lui expliquera que cela  le desservira. 

 Le traducteur d’ailleurs, en l’injuriant, lui « traduit » justement ce que Colin vient de faire : Votre avocat « a fait tout ce qu’il a pu pour vous aider.il est allé jusqu’à Bangkok pour l’audience et aujourd’hui il est venu pour vous aider, et vous,  vous l’insultez en parlant directement au juge » (p.127).

D’ailleurs lors de cette audience, Colin constate de nombreuses irrégularités flagrantes et son avocat ne fait aucune objection, et invite Colin à ne rien dire … « pour ne pas indisposer le juge ».  Colin, malgré tout dit au juge que la reconstitution s’est faite sous la menace. Une fois de plus, « le juge s’est levé et il a quitté la salle ».

 

Le procès, 3 ans plus tard.

Les « conclusions de l’accusation » qui n’en finissent plus. Et les audiences …et les audiences …

« Il avait fallu pratiquement trois ans pour faire citer sept témoins et j’étais allé au tribunal trente fois parce que les témoins ou le procureur ne se présentaient pas aux audiences. En moyenne la majorité de ces audiences ne duraient que dix minutes. Donc en trois ans je n’avais eu que cinq heures d’audience » (p.154).

Un jour, le procureur présente la confession que la police avait fait signer par Colin sous la torture ; six semaines plus tard le procureur fit témoigner un policier qui raconta comment la police avait obtenu ses aveux en « moins de 2 heures » ! Et cela continua ; Il eut même encore droit à une audience où il dut rappeler au juge que le témoin O’Connor était décédé (le procureur avait refusé le certificat de décès !) … et de se faire invectiver une nouvelle fois  par son avocat : « Vous ne devriez pas faire de telle scènes dans une salle de tribunal ! Les gens pensent que vous êtes mal élevé et que vous ne respectez pas le juge » !!!

…et à chaque fois sans acte de conclusion. Et pourtant Colin se bat, écrit à Amnesty international (qui agira avec Colin et obtiendra que l’on retire  les chaines des prisonniers), écrit au Président du tribunal pour que le procureur se mette « au  travail » ;  le magazine Phoenix d’Irlande (Colin est Irlandais) fait campagne, des gens lui écrivent et envoient des colis,…mais force lui est de reconnaître que son activisme n’a « aucun impact sur mon affaire ». 


La défense.

Colin peut enfin témoigner. Il craignait le contre-interrogatoire du procureur, mais celui-ci est absent. « c’était normal en Thaïlande » lui dit l’avocat. Il n’y avait même pas de traducteur. On prit une journaliste dans la salle.

Colin explique donc enfin tout ce «  qui s’était passé » (p.156). Il est étonné que l’on ne lui ait même pas demandé s’il avait tué Hodsworth ! Il put présenter ses témoins. Après le contre-interrogatoire sommaire du juge, le procès était terminé. « On m’indiqua que je serai rappelé dans les 45 jours pour connaître le verdict ».

L’audience du verdict.

Colin est plutôt étonné : « Pas d’avocat, pas de procureur, pas de policier Personne-seulement moi, un journaliste et un garde » ! Et la sentence qui tombe par un juge qu’il n’avait jamais vu  :

« Déclaré coupable … 20 ans, réduit d’un tiers parce que l’accusé a reconnu les faits au commissariat de police (on a vu comment) il lui reste donc 13 ans et 4 mois  … vous pouvez partir ». On peut imaginer ce que pût ressentir Colin (« Mon mode de pensée s’effondra »).


L’Appel et la Cour Suprême. (2 ans et encore 10 mois)

Le marathon juridique continue .Colin ne renonce pas et va poursuivre son combat en Appel, pour voir 2 ans plus tard confirmer le verdict initial et  le 31 juillet 2003 la Cour Suprême  estimer qu’il est coupable, même si le juge est désolé pour l’arnaque et ses conséquences. La Cour déclare également qu’elle ne croit pas à la torture policière. Il aura néanmoins une peine réduite à 10 ans. Mansuétude ! Non. Un usage pratiqué.


thailandColin a appris la loi thaïe et l’usage.

Si vous reconnaissez les chefs d’accusation au commissariat, nous dit Colin, la Cour réduit la sentence d’un tiers. Si vous plaidez coupable au Tribunal, votre sentence est encore réduite de moitié. Donc, si vous êtes accusé dans une petite affaire le système vous invite à un choix simple :

1 ou 2 ans comme coupable ou 5 ans pour prouver votre innocence !

A l’occasion de son Appel, il recense 15 irrégularités dans son recours dont : il  aurait dû y avoir 3 juges présents, un traducteur. Le juge avait agi comme un procureur en procédant à un contre-interrogatoire, aucune arme du crime n’avait été produite au Tribunal « Le soi-disant témoignage de O’ Connor aurait dû être retiré des débats » car il était décédé, de plus il n’était pas un témoin visuel du crime supposé. Mais Colin ne pouvait pas penser, que son nouveau avocat n’aurait mis dans le recours en cours d’ Appel, aucun des points qu’il avait identifiés, et qu’il n’ aurait même pas eu besoin de le signer !


Un autre usage : l’amnistie royale.

Il ne lui restait plus que l’espoir de l’amnistie. En effet, le Roi accordait une amnistie en principe tous les 4 ans  ou à l’occasion d’un événement exceptionnel. En fait, une réduction de peine qui pouvait être de moitié, en fonction du classement établi dans les prisons par les gardiens, sauf pour les meurtres de parents , ou particulièrement « vicieux », de moines, et pour les dealers (le Roi y était farouchement opposé) . Ainsi  avait-il eu une  amnistie en 1993, 1995, 1999. Une autre était annoncée pour l’anniversaire de la  Reine, le 12 août 2004.

Aussi, le 1er ministre Thaksin vient-il lui-même avec la télévision et la presse, à la prison de Lard Yao pour annoncer que le Roi avait accordé une réduction de peine de moitié pour tous les cas de vol, fraude (sauf pour celle concernant une banque !), cambriolage, tentative de meurtre, sauf pour les cas  ayant entrainé la mort et les récidives.

Colin, avec son classement, bénéficia d’une réduction d’un tiers soit 2 ans et demi. Il avait donc encore  6 mois à faire. La date officielle fut fixée au 18 janvier 2005. Il avait réussi, dit-il, « à survivre dans ce trou infernal pendant sept ans et demi ».


Colin Martin a-t-il inventé ce qu’il raconte ? La justice thaïlandaise et son système carcéral sont-ils aussi « particuliers » pour qu’il puisse penser à l’enfer sur terre ? Qu’en pensez-vous ?

 

Nous vous proposons dans l’article suivant de donner la parole à la défense et de « relativiser » le vécu du témoignage de Colin Martin par un examen plus objectif de la justice thaïlandaise dans le contexte international.  

 

 

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Editions Bamboo Sinfonia, 245 pages. Traduit de « Welcome to Hell » par Colin Martin

 

Cf. articles sur le sujet :

http://thailande-fr.com/societe/11828-prisons-thailandaises-bienvenue-en-enfer

 

http://siamlife.blog4ever.com/blog/lire-article-92107-1171388-l__enfer_des_prisons_thailandaises____.html

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 03:09

plan de lectureUn plan  de lecture  possible

 1/ Nous avions le sentiment d’avoir une piste qui nous permettait d’avancer dans notre découverte de la littérature thaïe, disions-nous.

 Nous avions un programme de recherche :    La tradition orale thaïlandaise ?  Le ramanakien ? le likaï ? le khon ? La liste recommandée par Marcel Barang :

Barang

Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles)

      Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003.

      Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002

      Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000

Saneh-Sangsuk

      Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998.

      Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998.

      Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998.

      Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.

      Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

 

2/

Il nous fallait poursuivre la recherche avec notre réflexe google, et wikipédia en premier :

 

7 auteurs étaient répertoriés :1/ Chart Korbjitti  2/ Kukrit Pramoj  3/ Pira Sudham  4/ Siriphan Taechachiadawong (ou Koynuch). 5/ S. P. Somtow, 6/ Chit Phumisak 7/ Khamsing Srinawk

 

Et puis au fil de recherches « hasardeuses », on nous disait que :

 

8/Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang)

Il fut révélé au public français avec le roman L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien (Seuil, 2000), reconnu par les critiques européens comme un chef-d'œuvre. Ce roman autobiographique est la confession d'un jeune Thaïlandais, qui déballe ses faits d'armes peu reluisants et passe aux aveux. Il raconte sa poursuite du bonheur dans un Bangkok violent et hostile qui l'a amené à se réfugier, tel un ermite, dans un village du nord de la Thaïlande.

Venin (Seuil, 2001) une de ses nouvelles, s'est vendu à plus de 25 000 exemplaires en France

venin


Son dernier roman, Une histoire vieille comme la pluie, (Seuil, 2003) relate les récits envoûtants du père Tiane au cours d'une veillée dans un petit village thaïlandais à la fin des années 60. Contes, légendes et récits : ce livre ouvre une fenêtre sur l'histoire de la Thaïlande en soulignant l'importance de la tradition orale.

9/Zakariya Amataya est le lauréat 2010 du SEA Write pour son premier recueil de poésie, No women in Poetry. Il regroupe près de dix ans de travail et d'écriture. Sa prose est emplie d'images, de métaphores et de paradoxes pour évoquer différents thèmes allant des limites du langage au temps qui nous échappe.

10/Siriworn Kaewkan fait partie des auteurs les plus remarquables de la nouvelle génération. Sa plume est versatile : il publie des poèmes, des nouvelles, des essais et des romans. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont une nomination pour le prix SEA Write de 2006 pour son livreThe murder case of Tok Imam Satorpa Karde (Ed. Pajonphai, 2006, version anglaise 2010). Ce roman traite du conflit qui oppose les séparatistes musulmans au gouvernement thaïlandais dans le sud du pays.

 

 

11/Dans les années 70, un mouvement littéraire, nommé « La littérature pour la vie », émergea suite à la situation politique qui entravait la liberté d'expression. Les principaux thèmes abordés étaient alors les inégalités sociales et une critique de la société. Quel était ce mouvement, son importance ?

 

12/ Sunthorn Phu, était considéré comme le plus grand des poètes thaïlandais du XIX ème siècle, reconnu et honoré par l'UNESCO en 1986 à l'occasion de son bicentenaire

 sunthorn phu

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3/ On ne pouvait, certes, tous les aborder et encore fallait-il, qu’ils soient traduit en français et  les trouver.

 

On découvrait que dans les auteurs recommandés, deux étaient de l’Isan, à savoir :

 

 Pira Sudham  et Khamsing Srinawk.

 

Wikipédia les présentait ainsi :

 

 

 

Biographie

Pira Sudham est né dans une famille de paysans pauvres dans le village de Napo,province de Buriram. À quatorze ans, il a été envoyé étudier à Bangkok où il a été un dek wat (un garçon vivant dans un temple et assistant les moines). Il étudia ensuite à l'université de Chulalongkorn de Bangkok où, remarqué par ses professeurs, il obtint une bourse du gouvernement de la Nouvelle-Zélande pour étudier dans ce pays. Il étudia d'abord à l'université d'Auckland puis à l'université Victoria de Wellington. 

Œuvres

Tout en utilisant sa propre expérience de vie, l'auteur met en scène les personnages et les circonstances de la vie des villageois d'Isan. Ses œuvres sont très critiques de l'ignorance organisée et de la corruption érigée en système.

  . Khamsing Srinawk
est un écrivain originaire de la région de l'Isan en Thaïlande. Il écrit aussi sous le nom de Lao Khamhawm. Il est surtout connu pour ses nouvelles satiriques .

D'origine paysanne, né en 1930 dans la province de Nakhon Ratchasima. Ses œuvres ont été traduites en anglais. : 1973, The Politician and Other Stories, Oxford University Press, (la vie héroïque des ruraux villageois thaïlandais dans la seconde moitié du 20e siècle)., Nouvelle La Grenouille aux pattes d’or.

 

Nous avions notre panneau indicateur. J'ai pu disposer de 2 livres de Pira Sudham. La lecture pouvait commencer.

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 03:08

1Quand « oui » signifie « non » dans une langue qui ne connaît ni le « oui » ni le « non »

 

Quand « oui » c’est « non » :

 

Nous avons l’habitude de poser une question sous forme interro-négative : « tu veux ou tu veux pas ? », question qui suscite deux réponses possibles et deux seulement, « oui » ou « non ». C’est clair comme de l’eau de roche.

Attention, en thaï, c’est entièrement différent, même - et surtout - si votre locut(eur)rice parle ou baragouine le français ou l’anglais.

Une question sous forme interro-négative en thaï, c’est หรือยัง ru yang. Exemple d’une question pratique :  คุณมีแฟนหรือยัง khoun mi fèn ru yang : Avez vous un(e) petit(e) ami(e) ?

 

Voila une formule d'interrogation dont il faut nous défier tant elle peut être source d'équivoque. ยัง yang selon les circonstances, c'est encore ou pas encore,  un mot ou son contraire !

Dans notre question utilitaire, précédé de หรืิอ ru le sens est bien ou pas encore ? Mais attention à la réponse :

La réponse négative sera ยัง yang, pas encore (c’est à dire non) ou éventuellement  ไม่ มี maï mi, je n’en ai pas c’est à dire non.

La réponse positive pourrait être มีแล้ว mi lèô : J’en ai déjà un ou plus brièvement แล้ว lèô, une façon de dire oui dans une langue qui formellement ignore le oui et le non comme nous allons le voir ! 

 

Comment reconnaître le sens d'un mot qui est aussi son contraire ? Cette contradiction n'est qu'une apparence car la question doit se comprendre ainsi คุณมี แฟนหรือยัง(ไม่มีแฟน) khoun mii fèèn rǔu yang (maï mi fèn) : littéralement vous avoir petit ami ou ne pas encore (avoir petit ami). La réponse négative est donc ยัง ไม่ มี yang maï mi « encore ne pas avoir » abrégée en ยัง yang "non".

A la question posée par Zanini, la réponse thaïe ne sera pas celle que vous attendez !

2

« Oui » est la réponse positive à la deuxième partie de la question en quelque sorte, le positif, de « je ne veux pas » et « non », le négatif de « je ne veux pas » donc, moins par moins faisant plus, donc « je veux ». Ouf.

 

Concrètement, je viens de demander à ma femme « tu viens boire une bière à l’amphoe avec moi ou pas » et elle m’a répondu « oui » c’est à dire « je réponds par l’affirmative à la deuxième partie de la question ... « ou pas » c’est à dire « je ne viens pas ». Des explications un peu longues mais il fallait bien y passer pour vous éviter des quiproquos parfois cruels. Si vous baragouinez le thaï, vous comprenez la réponse, sinon, il faut du temps avant de s’y faire.

Conclusion fort simple, ne posez jamais de question sous forme interro-négative, et ordonnez : «  Je vais boire une bière à l’amphoe, viens avec moi » !

 

AFFICHE-A4-AH-OUI-MAIS-NON

 

Une langue qui ne connaît ni le « oui »

 

oui

 

ni le « non ».

non

 

 

 

Je me suis amusé à reproduire depuis quatre dictionnaires français-thaï la réponse, allons-y et peut-être encore en ai-je oublié ? Six non et cinq oui !!! On marche sur la tête ?

Dictionnaire numéro 1 :

Oui : ครับ khrapค่ะ kha  – จ้ะ dja

 

Non :  เปล่า plaô ไม่ maï –  ไม่มี maï miไม่ได้ maï daï

 

Dictionnaire numéro 2

Oui : จ้ะ dja

Non : เปล่า  plaôยัง yangไม่มี maï mi –  ไม่ได้ maï daï ไม่เอา maï aôไม่ใช่ maï tchaï

 

Dictionnaire numéro 3

Oui : ได้ daïใช่ tchaï

Non : เปล่า plaô ไม่มี maï mi

 

Dictionnaire numéro 4

Oui : ใช่ tchaïได้ daïจ้ะ djaค่ะ khaครับ khrap

Non :  ยัง yang  – ไม่ได้ maï daïไม่ maï  – ไม่ใช่ maï tchaï

 

Comment vous y retrouver, nom de D...., ce n’est tout de même pas compliqué de dire oui ou non ? Et bien, en thaï, si. Et dire que je lis souvent qu’il n’y a pas de grammaire en thaï !

En réalité, tout est fonction du contexte. Il y a en réalité plusieurs hypothèses et vous me direz si ces subtilités existent en français (ou en anglais ou en espagnol)

 

Répondre à un emmerdeur ou une emmerdeuse

 

 700-15568-Diplôme du plus emmerdeur

 

Un abruti est entrain de pérorer en vous racontant sa vie, les méandres de la politique thaïe ou les dessous du pacte germano-soviétique ? En France, vous l’écoutez d’une oreille distraite et de temps à autre, vous lâchez par correction un oui, oui. En thaï, si vous être un homme, ce sera ครับ ๆ khrap khrap ou une femme ค่ะ ๆ kha kha.

 

Et que vient donc faire ce จ้ะ dja qui voudrait aussi dire oui ? En réalité, จ้ะ, จ๊ะ, จ๋า, จ๋ะ, (quatre tonalités différentes, je rajoute donc trois nouveaux « oui ») ฮะ ha ou enfin ฮ่ะ ha (les deux derniers, deux tonalités différentes, plus spécifiquement Isan, je rajoute encore deux nouveaux « oui ») sont des formes plus familières de ค่ะ kha et ครับ khrap, on les considère comme plus cavalières. Votre interlocuteur babille, en France, vous prononceriez de temps en temps un oui, oui poli, ou un ouais, ouais plus cavalier. Même chose en thaï. Evitez tout de même les dja (qui à l’inverse des khrap et des kha ne sont ni masculin ni féminin), cela pourrait être fort mal compris par un thaï. Voilà donc évacué les oui de nos dictionnaires. Ce sont en réalité des onomatopées, mais intéressant, si vous avez une bonne oreille, faites donc des gammes !

Pour le reste, deux autres oui, ได้ daï et ใช่ tchaï et une demi douzaine de "non" ?

 

Le "oui" ou "le non" que vous utiliserez est fonction de la forme de la question qui est posée.

 

Répondre à une question posée avec ไหม maï (มัย maï).

 

Il s’agit grammaticalement d’une particule qui, placée en fin de phrase (deux tonalités possibles) marque la forme interrogative pure et simple, tout simplement  : est-ce que ?

สบายดี ไหม (ครับ คะ) sabaïdii maï (khrap kha) comment allez-vous ?

Réponse positive, vous reprenez purement et simplement le verbe « aller bien » : สบาย ๆ ขอบคุณ ครับ (ค่ะ) sabaï sabaï khopkhoun khrap (kha) "je vais bien, merci."

Réponse négative, vous reprenez purement et simplement le verbe en le faisant précéder de la particule négative ไม่ maï "ne …. pas" : ไม่สบาย ครับ (ค่ะ) maï sabaï khrap (kha) "je ne vais pas bien". N’utilisez jamais la particule ไม่ maï isolément.

 

Et que viennent faire dans cette galère de « oui » ou de « non » les verbes เอา (ไม่ เอา maï aô), มี mi (ไม่ มี maï mi),  et ได้ daï (ไม่ได้ maï daï) ?

เอา c’est "prendre" au sens de "vouloir", มี mi c’est le verbe "avoir" et ได้ daï c’est pouvoir. Tout simplement pour répondre à une question comprenant l’un ou l’autre verbe :

คุณ เอา ไหม khoun aô maï, « vous prenez » ไม่เอา maï aô « je ne prends pas » c’est à dire « non » เอา « je prends » c’est à dire « oui ».

คุณ มี เงิน khoun mii ngen maï « avez-vous de l’argent ? » Seule réponse possible si la question vous est posée par une femme thaïe ไม่ มี maï mii « je n’en ai pas »

Avec le verbe ได้ daï « pouvoir »  : ไป นอน ด้วย กัน ได้ ไหม ครับ paï non douaï kan daï maï khrap : « Est-ce que nous pouvons aller dormir ensemble ? » ได้ daï « je peux » = oui  ไม่ได้ maï daï « je ne peux pas » = non.

 

Répondre à une question posée avec ใช่ ไหม tchaï maï

 

Une forme de question qui ne pose pas de difficultés particulières. ใช่ tchaï signifie « vrai, exact ». La question ใช่ ไหม tchaï maï « est-ce bien cela ? » suppose, comme avec หรือ ru (nous allons le voir) que votre interlocuteur connaît la réponse : คุณ เป็น คน ฝรังเศส ใช่ ไหม khoun pén khôn farangsét tchaï maï « Vous êtes français, c’est bien cela ? ». Pas de difficultés, réponse positive, ใช่ tchaï réponse négative ไม่ ใช่ maï tchaï.          

 

Répondre à une question posée avec หรือ (รึ) ru

 

Il s’agit de la seconde particule interrogative de base, utilisée comme ไหม maï en fin de phrase avec une nuance, elle suppose que l’on connait à l’avance la réponse de l’interlocuteur, plutôt « n’est-ce pas, c’est bien cela ». สบายดี หรือ (ครับ คะ) sabaïdi ru (khrap kha) « comment allez-vous ? » Vous vous attendez donc à ce que votre interlocuteur réponde oui et ne vous donne pas le détail de sa dernière colique. Réponse positive ou négative comme avec la particule précédente.

 

Répondre à une question posée avec หรือ ยัง ru yang

 

Ne revenons pas sur cette forme interro-négative que nous avons appris à manier il y a quelques instants. Sommes toutes, rien que de bien logique. Une précision toutefois, si vous être conduit à poser une question sous forme interro-négative en françai à un thaï qui le comprend (il y en a quelques uns). A la question Tu ne manges pas ? vous répondrez si ou non. Au lieu de répondre non, le Thaï vous dira oui  sous entendu oui, la proposition est exacte, je ne mange pas et au lieu de vous répondre si, il vous dira simplement je mange. Pensez-y car cela peut conduire à des erreurs d’interprétation désagréable !

 

Répondre à une question posée avec หรือ เปล่า ru plaô

 

เปล่า plaô littéralement, c’est « le vide, le néant » Encore une façon de poser une question alternative, mais cette fois-ci, on ne connait pas la réponse.

ไป นอน ด้วย กัน หรือ เปล่า ครับ paï non douaï kan ruu plaô khrap, « On va dormir ensemble, oui ou non ? » Réponse positive,ไป paï « nous y allons » = oui, réponse négative เปล่า plaô « non ».

 

Je termine en m’apercevant qu’il m’a fallu plus de quatre pages pour essayer d’expliquer, dans la mesure de ma très faible connaissance de la langue siamoise, comment les thaïs traduisaient les concepts positif et négatif de « oui » et de « non » (que Larousse et Littré expliquent en quatre lignes).

Si la langue ignore le concept, c’est que l’esprit siamois l’ignore aussi et doit pour le traduire utiliser des circonvolutions tortueuses.

sondage-oui-non

 

Autre exemple, cherchez dans un dictionnaire, quel qu’il soit, comment les thaïs traduisent le mot « gratuit » ? Et bien le mot n’existe pas ! Vous allez me répondre, « si, le dictionnaire donne le mot ฟรี fri ». Vous avez parfaitement raison, mais fri c’est free et c’est tout simplement importé de l’anglais parce que le mot (donc le concept) n’existe pas en thaï. Je n’ai pas (encore) trouvé André Gide traduit en thaï mais ça m’amuserait de savoir comme est traduit l’ « acte  gratuit » ?

 

 acte-gratuit-45454-16

 

 

 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 03:02

LitteratureNous poursuivons notre découverte de l’Isan, à travers sa culture et aujourd’hui sa littérature, à savoir « tout usage esthétique du langage, écrit et oral », sa production « littéraire », sa façon d’écrire et de dire, ce qui est « sacré », ou pour le moins, ce qu’elle  considère comme fondamental, quand elle veut exprimer ses rapports au (x) monde(s),  « ses réalités », ses « histoires ».

Or, à ce stade, nous n’avons que notre ignorance à avouer. Certes, nous avons lu quelques livres d’auteurs thaïlandais comme Chart Korbjitti, Pira Suddham, connaissons quelques noms comme Kukrit Pramoj, Chit Phumisak, Koynuch, S.P. Somtow, Khamsing Srinawk, Sirphan, Techajindawong… savons l’importance du Ramanakien, des contes et légendes (Avec la mission Pavie, on avait eu accès à de nombreuses informations)  mais de là à oser « parler » de la littérature thaïlandaise ! Mais après tout nous n’étions pas historiens, et nous avions proposé une vision historique des relations franco-thaïes, et depuis, la découverte de notre Isan.

Il nous restait qu’à proposer, humblement, un premier chemin d’accès, un programme de lecture possible.


1/Nous avions un passeur,  une étude de Jean Marcel, qui alors professeur à l’Université Chulalongkorn (Bangkok), avait écrit en 2006, une étude « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise ».

Nous avions déjà présenté une de ses études, sur la vision du bouddhisme, vue par les premiers missionnaires, et diplomates français au Siam,     dans notre blog : http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html

Il nous invite à nous rappeler « d’entrée de jeu », comme  « toutes les civilisations extrême-orientales », la civilisation du Siam (Thaïlande) est » la plus aux antipodes de la nôtre ».

 Il nous suffit de faire appel à notre « expérience » :  « nous aurons assez appris que la moindre attitude des Thaïs devant la vie, devant la mort, devant l’amour, devant l’argent ou la conduite automobile s’avère plutôt visiblement différente de la nôtre; pourquoi faudrait-il donc qu’ils aient vis-à-vis de l’art ou de la littérature les mêmes engagements et les mêmes obligations que nous? ».

 

Fort de cette conviction, il va  préciser sa position, en se démarquant des idées de Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français », reconnaît-il), exprimée dans une interview :

 www.eurasie.net/webzine/article 21 mai 2003

 

 1.1

«  A la question qu’on lui posait, à savoir si les Thaïs s’intéressaient à leur

littérature, il répondait : Guère! Ce qui paraît bien léger quand on n’a pas défini ce qu’est la littérature dans une civilisation où tout, au départ comme on l’a vu, est dissemblable de la nôtre. »

 

1.2

Il reproche aussi à Marcel Barang d’y avoir déclaré : « que beaucoup d’écrivains thaïs n’écrivent que des nouvelles ».

Jean Marcel se reconnaissait, par contre, dans les idées de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il) ) :

 «Il faut bien reconnaître que toute évaluation de la littérature thaïe qui ne tiendrait pas compte du rôle joué par la tradition orale est condamnée à ne donner qu’une image déformée de notre héritage littéraire. »

Et Jean Marcel justifiait au contraire le choix de la nouvelle en rappelant une enquête : « auprès d’un certain nombre de nouvellistes connus nous a révélé qu’ils préféraient tous la nouvelle au roman pour les deux raisons suivantes (conformes en cela à certaines spécificités de la littérature thaïe écrite contemporaine):  

1) elle était plus proche de la forme du récit oral court, dont ils avaient conscience de prolonger la tradition authentiquement thaïe.

2) la publication dans les gazettes quotidiennes en était facilitée.

 (le journal qui publie le plus de textes dignes de l’appellation de littéraires est le Krungthep Turakit (Journal des Affaires de Bangkok)!  Inimaginable dans les pays d’Europe ou d’Amérique…)

 

Tous ces nouvellistes, donc, convenaient cependant qu’il était beaucoup plus difficile pour eux de composer une nouvelle que de concevoir un roman, les contraintes que supposait cette forme brève étant beaucoup plus propices aux plaisirs multiples de l’exécution proprement dite. C’est donc le plus souvent pour des raisons d’art que ceux que l’on appelle les nouvellistes thaïs choisissent de s’adonner à ce genre de courte surface dont ils savent à peine ce qui le différencie du conte ou de la fable de la tradition orale.

«  Et ce n’est pas non plus sans raison si l’une des œuvres majeures de la littérature siamoise écrite est sans doute le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj

Kukrit Pramoj

que l’on considérerait en Occident comme un roman (il est effectivement publié en traduction sous cette rubrique), mais qui est en réalité d’une composition indéfinissable, faite d’une mosaïque de onze courtes biographies d’autant de personnages, qui meurent en même temps lors du naufrage d’un bateau-bus - satisfaisant du même coup à la tradition thaïe du genre bref issu de l’oralité, à thématique philosophique traditionnelle du karma bouddhique et à la particularité de la composition en motifs, qui semble être l’une des caractéristiques spécifiques de toute la culture thaïe (depuis la peinture murale des temples jusqu’à la cuisine!). »


1.3 Un genre justifié par la tradition. « Dans un pays où tous les rois furent des poètes… où la première grande préoccupation de l’actuelle dynastie, après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans en 1767, fut de restaurer dans l’écrit, par la voie d’une tradition orale vivante qui les avaient conservées, les œuvres de l’ancienne dynastie, de façon à pouvoir les sauver une autre fois d’une éventuelle destruction. » 

« Un pays où la meilleure lyrique contemporaine est à chercher dans la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire. »

 « Pour définir les traits majeurs de la culture thaïe, Ajarn Chetana y va d’une métaphore musicale : L’orchestre traditionnel thaï (piphat) se compose, notamment, de deux xylophones appelés ranat; au premier (ranat ek) est dévolu le rôle de mener et de développer la mélodie, alors que le second (ranat thum) sert à ponctuer le rythme en syncope; il serait, si l’on veut, l’équivalent de notre second violon, si seulement il ne lui était pas conféré (et à lui seul) la liberté de procéder à des improvisations, interdites au premier, et c’est donc bien ce second qui paradoxalement mène l’orchestre.  

Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ; c’est de cette position qu’il s’affirme vraiment comme maître. ».

 (« Il en est aussi de même dans la cuisine thaïe, où le responsable du résultat est celui qui découpe et prépare les aliments, le plus souvent en improvisant avec ce qui se trouve sous sa main, le chef en titre se contentant de les faire sauter ».)

« Toute la culture thaïe est sur ce modèle du ranat thum: l’improvisation en est la composante capitale, aussi bien dans la musique que dans le théâtre (notamment le likay). Et qui dit improvisation affirme la primauté de la variante. »

 ramakian

1.4 Et de l’anonymat et de l’improvisation. Je fais appel une fois de plus à Ajarn Chetana, dit-il : «La plus grande partie de notre ancienne littérature est improvisée, jamais archivée, appréciée et assimilée par un public sur place. […] Cette tradition est restée vivante dans notre société. […] Elle laisse un héritage qui n’a pas toujours la forme de l’écrit, car elle ne reconnaît pas la seule suprématie du texte ».

« Les troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels, se déplaçant d’un bout à l’autre du pays, sont innombrables. Et chaque village de province a sa troupe virtuelle, formée des gens du lieu et qui peuvent à quelques heures d’avis vous monter un likay ou un khon de circonstance; certains paysans, souvent illettrés, connaissent par cœur des tirades, ce qui est à peine concevable pour une mémoire occidentale. Evidemment, pour le savoir, il faut être sorti tant soit peu des sentiers battus et rebattus. »

 «  Il va sans dire, en conséquence, que dans une telle culture de l’improvisation, comme le note encore Ajran Chetana, on «ne porte que peu d’intérêt à la personnalité de l’auteur.»

 

Et Jean Marcel de reprocher à Barang de décider que « Chart Korbjitti, dont la Chute de Fak (1981) «a marqué la naissance du roman thaï moderne, en décrivant l’individu affrontant la collectivité.» « Nous y voilà! Un Thaï ne peut être un écrivain que s’il se conforme aux critères de l’Ouest: romancier, moderne et rebelle (ou maudit), et de façon plus moderne: sensationnel et provocateur dans les médias ».

-Chart Korbjitti

1.5 Bref, une littérature différente de la littérature occidentale.

 «  La littérature ayant au Siam un statut plus humble que dans nos parages, elle n’a pas de caractère utilitaire, si ce n’est, le plus souvent, son aspect didactique relatif à l’enseignement bouddhique ». Ou «  Les Siamois ne jouent pas leur Ramakien anonyme, non parce qu’il est un vestige de leur passé, mais parce que la représentation en est ngnam dans le présent - et c’est suffisant ».

« Loin des Thaïs l’idée d’une littérature nationale. S’ils se reconnaissent ainsi dans leur littérature (traditionnelle ou orale ou même contemporaine), ils ne la brandissent nullement comme une arme de revendication nationale, comme ont fait la plupart des jeunes littératures de l’Occident nées du mouvement des nationalités au 19e siècle, et comme le font encore aujourd’hui les communautés minoritaires de l’Occident, ou assimilées. »

 « Ajarn Chetana a montré de façon irréfutable que même les écrivains que l’on pourrait qualifier d’engagés, le plus souvent sous l’effet d’influences occidentales (surtout après les événements sanglants des années 70-73), ont peu à peu, non pas renoncé à l’engagement, mais tempéré leur pensée au profit d’une conception plus ample du monde et de son mystérieux destin. »

 

2/On se devait à ce stade résumer ce que nous avions appris sur la littérature thaïlandaise ? 

-          La littérature thaïlandaise est radicalement différente de la nôtre. Ce que ne semble pas penser Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français). Jean Marcel s’appuie sur l’autorité de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il).

 

-Elle privilégie la « nouvelle », forme qui se rapproche le plus de leur tradition orale, toujours aussi active, comme le Ramanakienle likai (théâtre comique) et le khon toujours joués par des troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels…et la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire.

 

Toute la culture thaïe est sur le modèle du ranat thum, à savoir  l’improvisation (Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ).

 

-   Seuls deux écrivains sont cités : le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj et Chart Korbjitti, La Chute de Fak (1981). Ce qui fait peu pour notre enquête.

 

-    L’étude de Jean Marcel renvoie par contre, à une interview de Marcel Barang, un bon connaisseur sinon le meilleur connaisseur de la littérature thaïe, qui nous conseille de lire (traduit en français) :

 

-          « Win Liaowarin « que je considère comme le meilleur nouvelliste de Thaïlande » dit-il, et

-           

      Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003.

      Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002

      Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000

      Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998.

      Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998.

      Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998.

      Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.

      Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

 

Nous avions le sentiment d’avoir une piste qui nous permettait d’avancer dans notre découverte de la littérature thaïe. Nous avions un programme de recherche :

-          La tradition orale thaïlandaise ?

-          Le ramanakien ? le likaï ? le khon ?

-          Quelques auteurs et œuvres qu’il fallait connaître et lire.

 

__________________________________________________________________________________

Bibliographie sommaire donnée par Jean Marcel

Barang, Marcel «Entretien avec Marcel Barang, traducteur», <www.eurasie.net/webzine/article> 21 mai 2003

Collectif Europe, no 885-886/janvier-février 2003.

Confiant, Raphaël “De l’euphorie triomphante…”, Le Monde, 17 mars 2006

Crofurd, John Journal of an Embassy to the Courts of Siam (1828), [reprint] Kuala Lumpur, Oxford University Press, 1967

Navagaraja, Chetana Fervently mediating (criticism from a Thai Perspective), Bangkok, Chomanad Press, 2004

Navagaraja, Chetana «The Thai Popular Song and its Literary Lineage», Comparative Literature from a Thai Perspective, Bangkok, Chulalongkorn University Press, 1996, p. 137-164

Pramoj, Kukrit Plusieurs vies, traduit par Wilawan et Christian Pelleaumail, Paris, «Langues & Mondes» - l’Asiathèque, 2003

Jean Marcel, « Lettres du Siam », l’Hexagone, 2002.

Site de Marcel Barang


Quant au succès de la « nouvelle» pour les Thaïs ?

On peut se souvenir ce que pouvait en dire Baudelaire :

beaudelaire

« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

 

 

 

 

 

 

 

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 03:07

un-92af9Au long des articles précédents sur le bouddhisme thaï en général et le bouddhisme Isan en particulier, nous avons essayé de comprendre ce qu’est cette « religion »  sans Dieu ni dogme, qui prend en Isan un aspect magique (sinon primitif, datant probablement de la civilisation de Ban Chiang ?). Il nous a semblé y voir quelques paradoxes et incohérences, dont nous voulons, aujourd’hui, vous parler.

L’omni présence de Bouddha en pays thaï est une réalité quotidienne. Les temples fleurissent comme ces moines au petit jour, partant à la quête de leur riz quotidien. Il y a, paraît-il,  383 temples a Bangkok, on en construit et en reconstruit en permanence partout,  plus que de cathédrales au Moyen-âge, temples modestes de village, temples fastueux d’ors et de sculptures en teck, dont la décoration plus spectaculaire que modeste est faite à grands renforts de dons des fidèles dont les noms s’affichent orgueilleusement en dessous de la porte finement sculptée ou du panneau peint avec délicatesse représentant un épisode de la vie du Bouddha sans oublier, de façon ostentatoire, le montant du don.


Les « saintes images », on en voit partout. « Royaume du démon », royaume des « idoles », il est facile de comprendre la stupéfaction des jésuites que Louis XIV vieillissant, envoya à la fin du XVIIème siècle à l’instigation de son confesseur, tenter de convertir « Siam », ce que les prêtres des missions étrangères, présents depuis bien avant eux, n’avaient jamais réussi autrement que dans la confusion, en baptisant des enfants morts- nés, en travestissant la traduction des saintes écritures en remplaçant le nom de Jésus-Christ par celui de Bouddha.

Il est évident que tous les signes extérieurs d’une religion monothéiste sont réunis ?


Telle ne semble pas être l’opinion des thaïs pratiquant le bouddhisme « orthodoxe » dont ils utilisent, toujours, en priant, la langue sacrée, le pali (pour la plupart sans en comprendre un traitre mot). Allez donc expliquer à une « fille de bar » qui va, avant de prendre son poste en début de soirée, faire brûler des bâtons d’encens devant le Bouddha qui trône en place d’honneur dans son établissement, ou à un paysan Isan allant écouter le sermon du temple, offrant boisson et nourriture au buste du Roi Rama V, seul ornement de son intérieur, ou couvrant de minces feuilles d’or un buste de Bouddha, qu’ils font de la «  philosophie » !

 

Cherchant à comprendre, nous avons  trouvé quelque intérêt à étudier le bouddhisme thaï « à la source », tout simplement dans un petit cathéchisme intitulé « Questions et réponses sur l’histoire de Notre Seigneur Bouddha à l’usage des jeunes gens ».

Le terme พระเจ้า - phra djao - que nous traduisons par « Notre Seigneur » pour qualifier Bouddha est celui qu’a repris l’Eglise catholique thaïe pour parler de «Notre Seigneur » Jésus-Christ. Mais ce sont les mêmes mots utilisés par le Thaï pour dire « Dieu » et ils débutent également les titulatures du Roi. C’est très exactement le «  Dominus » latin concernant à la fois l’Empereur déifié et Dieu le Père. Equivoque assurément.

Ce petit catéchisme est présenté comme l’étaient nos « catéchismes des diocèses », sous forme de questions - réponses. Nous le tenons du fils, âgé d’une quinzaine d’années, d’un voisin thaï que son père lui fait réciter quotidiennement. Cette lecture peut-elle apporter quelque lumière que ce soit ? Il ne faut en tous cas pas la prendre avec une logique occidentale. Pour éviter le moindre risque et la moindre équivoque, notre référence constante en matière de traduction est comme toujours le dictionnaire publié par l’Institut Royal (Royal institue) en 2002 (ISBN 974 958 8 045), qui constitue la somme de la langue thaïe au seuil du XXléme siècle.

Il n’y a aucun doute, le mot utilisé - ศาสนา - satsana - ne peut se traduire que par « religion ». La philosophie, c’est  ปรัชญา - prattaya. Le terme satsana s’applique également à la religion du Christ, à celle des mahométans ou à toutes les autres.

Ce « catéchisme » (en thaï, le mot n’existe que pour la religion chrétienne) commence par l’histoire de la vie de Bouddha sur l’historicité de laquelle je ne reviens pas.

Vous le savez, il est né dans la forêt de Lumpini. Ici se situe une question relative à l’accouchement de sa mère dans la forêt, et une réponse !

« Question :

Mais accoucher dans une forêt, n’était-ce pas difficile ?

Réponse :

Pas du tout. Il y avait un récipient pour recevoir les eaux et des créatures célestes pour l’assister, de l’eau chaude et de l’eau froide, pour permettre la bonne arrivée de l’enfant ».  

Nous retrouverons plus bas ces « créatures célestes ».

Le choix du prénom (voir notre article 34) fut fait par 7 brahmanes qui convinrent qu’il devait s’appeler « Sitthatha », ce qui signifie « désir de la perfection ». Suit le récit de sa vie et la narration de son parcours spirituel, jusqu’à l’illumination. C’est ensuite l’exposé proprement dit de sa « doctrine » qui continue sous la même forme de « questions-réponses ».

J’en arrive à une question-réponse qui nous  a « perturbé ».

« Question :

Y- a- t- il des créatures célestes et des dieux ? Qu’a dit Notre Seigneur ?  

Réponse :

Il n’y en a pas du tout. Il faut s’acharner à découvrir la vérité de Bouddha uniquement pour atteindre l’illumination. »

atheisme

Voilà une affirmation strictement contredite par d’autres paragraphes de ce catéchisme. Mais c’est peut-être l’un des avantages de la civilisation thaïe de ne pas avoir généré de Descartes et de créer le paradoxe d’une « religion » monothéiste sans Dieu(x) ! Les « créatures célestes » omni présentes dans la tradition religieuse thaïe, bien qu’elles n’existent pas au dire de son fondateur, sont l’ensemble des habitants du Paradis.


La cosmologie bouddhiste thaïe venue des Indes, le Ramayana est devenu le Ramakian, parle du Paradis occupé par le plus grand des dieux, le bon et grand  Issawon (Siva) - il y a d’autre paradis occupés par d’autres dieux de moindre importance - et des créatures célestes des deux sexes. L’un d’entre eux qui s’était fort mal conduit est renvoyé par Issawon sur terre pour y connaître une fin humaine et à cette fin, il envoie également sur terre son dieu préféré, Naraï (Vishnou) qui se réincarne en être humain, Rama, aux fins de tuer l’ange du mal devenu le Roi Thotsakan. N’oublions pas, pour nous rappeler d’autres souvenirs, les serpents, les nâgas, qui sont dans le monde souterrain et prêtent main forte à Thotsakan et à son armée de démons. On fait vite le rapprochement avec les anges et les démons de la religion chrétienne, avec le serpent tentateur, même s’ils sont sexués. Il y en a de toutes espèces, tout comme les démons. Les chrétiens connaissent (ou connaissaient) les anges et les archanges, les trônes et les dominations, dans les chœurs de la hiérarchie et les anges déchus conduits par l’ange de lumière, Lucifer alias Satan. Le combat entre Rama et Thotsakan dure 14 ans et se termine par le triomphe du Bien sur le Mal.

L’épopée du Ramayana, devenue en thaï le Ramakian a fourni également au vieil Homère des pans entiers de l’Iliade et de l’Odyssée, ce qui rend d’ailleurs les doctes dissertations sur l’historicité des faits relatés dans ces épopées bien aléatoires.

Bouddha en arrive, avant le Nirvana à  l’état d’Arhanta. Les Arhantas sont les saints du Bouddhisme primitif, l’état d’Arhanta précède celui d’éveillé au Nirvana. Les querelles théologiques (ayant naturellement donné lieu à massacres et excommunications) sur les différences entre les deux états présentent (pour nous) à peu près le même intérêt que les querelles byzantines sur le sexe des anges.


Notre « catéchisme » donne ensuite les règles essentielles de « la morale de Notre Seigneur Bouddha » :

« Question :

Comme fondateur d’une religion et maître spirituel, doit-on l’adorer ?

Réponse :

On ne doit pas l’adorer mais le vénérer avec des fleurs et des bâtons d’encens.

A-t-il, comme le Christ, désigné un successeur, une pierre sur laquelle bâtir son « église » ?

« Question :

Avant d’atteindre le nirvana, désigna-t-il un successeur ?

Réponse :

Non, mais il disait en état d’illumination «regardez moi, la vérité c’est l’enseignement que je vous ai donné. Je suis votre maître et je m’en vais. Contentez vous d’appliquer mon enseignement. »

La langue thaïe traduit le mot athée par ผู้ที่ไม่เชื่อว่ามีพระเจ้า phouthimaïtchuawamipradjao, littéralement « personne qui ne croit pas qu’il y a un (des) dieu(x) ». Singulier ou pluriel ? La langue thaïe ne fait pas la différence entre le singulier et le pluriel mais la rédaction nous fait préférer un singulier, donc « Dieu ». Peut-on être plus clair ?

L’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieux est un athée ! Et pourtant, l’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieu(x) a été déifié ! Nous rejoignons ce que l’Eglise catholique romaine considère comme une déviance hérétique de l’église grecque orthodoxe, la « théosis », la déification proportionnelle à la pureté de l'homme. Plus il est purifié des passions, plus haute sera l'expérience qu'il recevra de Dieu, il voit Dieu comme cela fut écrit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »  (Matthieu 5:8).

Saint Mathieu a-t-il connu Bouddha ? Fonctionnaire de l’Empire, le plus érudit des quatre évangélistes, ce n’est pas exclu.

220px-Saint Matthieu

Le bouddhisme était connu à cette époque dans l’angle sud-est de la méditerrannée. Un argument en faveur de ceux qui considèrent (un peu vite) le christianisme comme un schisme du bouddhisme.

 

Pour le Bouddha, il n'y a pas de Dieu créateur de l'Univers, pas de paradis, pas d'enfer, pas de Messie, pas de Résurrection. Tout au contraire. Le bouddhisme ne s'intéresse pas à la métaphysique, à l'origine du monde, aux notions de bien et de mal. C'est une doctrine finalement très pragmatique qui part d'un constat évident : tout est souffrance. Pessimisme total qui rejette même la notion d'âme et rend caduque toute attitude religieuse. Dans la mesure où Dieu n'existe pas, à quoi bon la mystique, les sacrifices, les sacrements ou n'importe quelle forme de culte? Le salut dépend uniquement de la causalité du karma et des moyens de sortir du cycle infernal du samsara. Le Bouddha est authentiquement athée. Sa doctrine vise un seul but : la délivrance.

 

N’ayant aucune prétention à avoir des connaissances théologiques, mais m’étant contenté de ces constatations (qui me semblent d’évidence), j’ai retrouvé les fameuses déclarations du pape Jean-Paul II (qui ont tant fait hurler les bouddhistes de comptoir) sur le bouddhisme.

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« ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous éloignant d'un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n'est pas l'union avec Dieu, mais ce qu'on appelle le nirvâna, c'est-à-dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, ou réside la source du mal. Voila le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme... Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s'unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n'est pas le nirvâna, mais c'est une personne, c'est Dieu, car celle-ci ne peut s'accomplir que dans et par l'amour.... »

 

 Mais le bouddhisme, tel que nous le connaissons ici et plus spécialement en Isan, c’est la transformation singulière en religion monothéiste tintinnabulante du culte intérieur institué par Bouddha... Un culte religieux incontestablement fondé sur la base de l’athéisme et d’innombrables divinités peuplant le  panthéon bouddhiste, dont le fondateur a dit qu’elles n’existent pas.


Le bouddhisme n’a été véritablement connu en France que par Simon de la Loubère, envoyé de Louis XIV à la cour du roi du Siam, mais l'orientalisme connut un un essor rapide au siècle suivant. La publication en 1844, de l'ouvrage magistral d'Eugène Burnouf, « Introduction à l'histoire du buddhisme indien » suscita un formidable engouement pour le bouddhisme.

220px-Burnouf Eugène

Pour les contemporains, Baudelaire et Hugo, le bouddhisme, apparaît avant tout comme une doctrine athée qui prétend ne s'appuyer que sur la raison, place l'expérience individuelle au centre de sa praxis, ne repose sur aucun dogme intangible et propose une morale humaniste sans référence à une quelconque révélation divine. La plupart des intellectuels athées ou anti-cléricaux, Taine, Renan, Nietzsche, Renouvier, Michelet, exaltent le «  rationalisme », « l'athéisme » et le « positivisme » bouddhique contre le christianisme qui représente, selon Auguste Comte, un « stade infantile de l'humanité ». Le Pape 150 ans plus tard n’a rien dit de plus sur l’athéisme fondamental du bouddhisme en chaussant de façon singulière les bottes des mécréants du siècle précédent !

L'enseignement du Bouddha, morale utilitaire sous tendant un égoisme raffiné, a donné lieu à trois écoles d'interprétation différentes ayant suscité conciles, encycliques, excommunications, inquisitions et sanglantes guerres de religion :

Le Grand Véhicule, ou Mahayana, puise son inspiration dans la découverte d'écrits postérieurs - les sutras - selon lesquels le Bouddha ne se limite pas à sa personne physique ni à son enseignement.

Le Petit Véhicule, ou Hinayana, qui considère ces sutras comme hérétiques, reste fidèle aux seuls préceptes donnés par Bouddha à ses disciples. Cette tendance est majoritaire en Asie du Sud-Est - Cambodge, Vietnam, Thaïlande - mais aussi à Sri Lanka. C’est l’orthodoxie.

Le Véhicule de diamant, ou tantrisme, très ésotérique, s'appuie sur une méditation très poussée et sur une primauté du maître initiatique. C'est le bouddhisme du Tibet et de la Mongolie.

 

Il est de bon ton en Occident de se dire « bouddhiste » dans les salons. C’est le bouddhisme d’Hollywood aussi. Le bouddhisme de comptoir souvent. Il est plus distingué de se dire bouddhiste que de s’avouer catholique ou musulman. Le dernier bouddhiste en date est un acteur pour lequel j’ai un faible, Jason Statham (chacun a ses faiblesses), « le Transporteur » bouddhiste, ça ne vous fait pas rigoler ?

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Mais référence est systématiquement faite au bouddhisme tibétain popularisé en particulier par Hergé (« Tintin au Tibet »),

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déviance hérétique qui n’a strictement rien à voir avec le bouddhisme thaï tel que nous l'avons décrit précédemment, et à la personne sur-médiatisée et sur-financé (essentiellement par la CIA pour em.....er les chinois) du Dalaï Lama, ancien chef spirituel du dernier pays ouvertement esclavagiste au monde et bénéficiaire d’un formidable marketing. Ce sont là déviances du bouddhisme sur lesquelles nous reviendrons bientôt.

 medium existence de dieu

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 03:04

Sans titre-1Le système horaire traditionnel est utilisé au quotidien, il est au départ déconcertant : Un rendez-vous manqué  à « 4 heures du soir » ? Ce n’était pas 16 heures mais 22 heures ? Votre maçon s’annonce à « 1 heure du matin », il est courageux pensez-vous ? Bien sûr que non, il viendra à 7 heures. Il est toutefois d’une incontestable logique et fait preuve d’un bon sens total.

 

Ce système repose tout simplement sur des constatations d’expérience : La latitude de la Thaïlande la situe entre tropique nord et équateur, la durée de la journée entre lever et coucher du soleil y est donc d’une remarquable constance, de 6 heures du matin (lever du soleil)

 

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à 6 heures du soir (son coucher)

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avec des décalages dans l’année, bien sûr, mais que représente ce décalage d’une heure sur une journée de travail aux champs ?

 

Ainsi, sous ma latitude (16° 08’’ nord), à la mi-juin, le soleil se lève à 5 h 38 et se couche à 18 h 44. La journée va durer un peu plus de 13 heures. A la mi -décembre, il se lévera à 6 h 31 et se couchera à 17 h 41. La journée durera un peu plus de 11 heures.

Plus nous descendons au sud, et moins la différence est sensible, à Hatyaï (7° nord) par exemple, nous nous rapprochons de l’équateur, mi juin, 6 h 03 – 18 h 35 et à la mi décembre 6 h 22 et 18 h 05. Et dans le sud de la Malaisie, (à 1 ou  2° de l’équateur) ce sera – 6 h – 18 h à quelques minutes près toute l’année.

Sur les mêmes périodes, ce serait à Marseille (43 ° nord) de 5 h 56 à 21 h 21 et de 8 h 09 à 17 h 24 ! Mais il y a un décalage de deux heures par rapport à l’heure du fuseau. Du gachis pur et simple généré en plus par les fameuses « heures d’été » et « heures d’hiver ».

 

Ce sont ces constatations qui ont conduit les anciens siamois à :


prendre pour point de départ de la journée l’heure du lever du soleil (environ 6 heures), et à crééer une première fraction de temps entre le lever du soleil  et le milieu de la journée quand le soleil est au plus haut et culmine,

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• à créer une nouvelle fraction de temps entre le milieu de la journée (midi) et le coucher du soleil (18 h).

• De 18 heures à 6 heures (du matin), la période est elle-même divisée en deux sous périodes : 18 heures – milieu de la nuit, milieu de la nuit – lever du soleil.

Quatre périodes de 6 heures donc reposant sur des phénomènes astromiques visibles à l’oeil nu. C’est tout simplement vivre avec la lumière.

 

Pourquoi cette subdivision en 6 et non en utilisant (ce qui semble venir naturellement à l’esprit) une subdivision par 10 - nous avons dix doigts - ? C’est un mystère que ni ethnologues ni sociologues n’ont à ce jour résolu.

Avec une logique implacable, la Convention avait considéré en 1793 que dans la mesure où les poids et les mesures utilisaient le système décimal, il était absurde de  diviser la journée d’une autre façon. Il fut alors décidé de diviser la journée en 10 heures de 100 minutes de 100 secondes. Le système ne s’imposa pas et l’on revint aux divisions traditionnelles en 1806. Trop déconcertant peut-être ? 9 h 05 du matin, c’était 3 h 86 !, Il n’en reste plus que le souvenir rarissime d’horloges révolutionnaires, de magnifiques exemplaires en particulier au Conservatoire nationale des arts et métiers !

montre-decimale

 

La journée traditionnelle est donc divisée en quatre périodes de six heures, qui correspondent aux phases de la rotation de notre planète,chaque plage horaires a un nom spécifique.


Elle commence non pas à zéro heures, ce qui ne me paraît pas très logique, c’est l’heure à laquelle tout le monde dort, mais au lever du soleil ce qui me paraît beaucoup plus logique. Je me lève au début du jour et non à zéro heure !

 

Le matin, c’est tchaô :

หก โมง เช้า hôk mông tchaô  six heures du matin 

Nous allons avoir un premier décalage déconcertant, puisque les heures sont décomptées à partir de 6 heures !

(หนึ่ง) โมง เช้า (nung) mông tchaô  sept heures du matin, le หนึ่ง nung est  le plus souvent omis. C'est le début de la journée.... C’est le « 1 heure du matin » dont je vous parlais à l’instant.

สอง โมง เช้า  song  mông tchaô huit heures du matin ,« 2 heures du matin» . 

สามโมง เช้า  sam mông tchaô  neuf heures du matin ,« 3  heures du matin ».

สี่ โมง เช้า  sii mông tchaô  dix heures du matin, « 4  heures du matin »            .

ห้าโมง เช้า  ha mông tchaô onze heures du matin , « 5 heures du matin ».

Notez que le mot tchaô  « matin » se place après le chiffre et  après le mot heure โมง mông.

 

เที่ยงวัน  thiang wan  midi

กลางวัน klangwan le milieu du jour,  ou simplement เที่ยง  thiang midi.

Pour les heures de l'après midi, deux mots sont utilisés, บ่าย bà l'après midi, et เย็น yén la soirée, ou la fin de l'après midi,  (เย็น yén c'est également froid, frais, ce sont les heures de la fraîcheur en fin de journée) nous aurons alors sans décalage :

บ่าย โมbaï mông une heure de l'après midi.

บ่าย สอง โมง baï song mông deux heures de l'après midi.

บ่าย สาม โมง baï sam mông  trois heures de l'après midi.

บ่าย  สี่ โมง  baï si mông  quatre heures de l'après midi ou encore สี่ โมง  เย็นsi mông yén

ห้าโมง เย็น  ha môông yén  cinq heures de l'après midi.

หก โมง เย็น hôk mông yén ou encore หก ทุ่ม hôk thoum six heures de l'après midi (du soir)

 

Venons en à la soirée, de dix neuf heures à minuit : les heures deviennent ทุ่ม thoum  et nous aurons cette fois-ci un nouveau décalage (mon rendez-vous de 4 heures du soir ! )

ทุ่ม หนึ่ง thoum  nung  sept heures du soir  ou plus volontiers หนึ่ง ทุ่ม nung thoum  

สอง ทุ่ม  song thoum  huit heures du soir,

สามทุ่ม  sam thoum neuf heures du soir

สี่ ทุ่ม  si thoum dix heures du soir,

ห้า ทุ่ม  ha  thoum onze heures du soir.

Et nous revoilà à minuit.

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คืน khuun : La nuit va de minuit เที่ยงคืน thiangkhun à 6 heures du matin.

Ensuite, les heures, s'appellent, de minuit à l'aube, ตี tii dont vous notez l'emplacement avantle chiffre. Pas de décalage entre 1 heure et six heures du matin !

ตี หนึ่ง ti nung  une heure du matin.

ตี สอง ti song deux heures du matin.

ตี สาม ti sam trois heures du matin.

ตี สี่ ti si quatre heuresdu matin.

ตี ห้า ti ha  cinq heures du matin.

Les deux termes (ทุ่ม thôum et ตี tii) proveniennent du son des cloches du temple, utilisées pour sonner les heures dans les temple, un peu le ding din dong du clocher de nos églises ou du beffroi de nos mairies que donnait l’heure à nos anciens qui n’avaient ni montre ni horloge et n’en avaient nul besoin.

 

Retenez donc bien la position de l'heure par rapport aux chiffres, ตี ti et  บ่าย baï   avant le chiffre, เช้า  tchaô, เย็น yén et  ทุ่ม thoum  viennent après (sauf ทุ่ม หนึ่ง  thoum  nung  sept heures du soir). ตี tii et ทุ่ม  thoum  (c.a.d. « heure du matin » et « heure du soir », ce serait donc une inutile redite) ne sont jamais accompagnés de โมง mông. Par contre, เช้า tchaô (matin) บ่า baï  (après midi)  เย็น yén (soir)  sont accompagnés de โมง mông (heure).

 

Si l'on peut faire précéder l'expression de l'heure du mot เวลา wéla (le temps) celui-ci est le plus souvent omis dans le langage parlé.

En ce qui concerne les minutes, il n'y a pas de mot thaï pour dire le quart, il indiquera tout simplement le nombre de minutes บ่าย สี่ โมง ห้า นาที baï  si mông hanathi quatre heures quinze (après midi). Pour la demi heure, il utilisera indifférement สามสิบ samsip (trente) สามสิบ ou ครึ่ง khrung (demi) : เวลา หก โมง เช้า สามสิบ นาทีwélaa hok mong tchaô saamsìp nathi six heures et demi du matin  et สาม ทุ่ม เครืง sâa thôum khr̂ung neuf heures et demi (soir).

Pour les minutes qui précèdent l'heure, on utilise อีก iik (encore) : หก โมง เช้า อีก สิบห้า นาที hôk mông tchaô ìk sipha nathi « six heure matin encore quinze minute» six heures moins le quart (matin). Notons que les termes et quart et moins le quart n’existent pas en thaï; on ajoutera tout simplement สิบห้า นาที sipha nathi et quart  (quinze minutes)  ou อีกสิบห้า นาที sipha nathi. (encore quinze minutes)

 

Voila qui est compliqué, direz vous. Surprenant certes, cependant, le système repose sur des bases bien réelles (le lever et le couchet du soleil, le milieu du jour et le milieu de la nuit) dont nous a complétement détaché notre système horaires avec ses « heures d’été» et « heures d’hiver» dont on se demande toujours l’utilité ?

Vous ne pouvez toutefois pas vous dispenser de connaître cette manière de décompter les heures. Les thaïs l'utilisent au quotidien et ne sont pas à leur tour conduits à s'imaginer combien elle est déconcertante pour un occidental.

 

La façon officielle est strictement équivalente à la nôtre, c’est le système de l’heure universelle. Elle consiste tout simplement à reprendre la division en vingt-quatre heures en faisant suivre le chifre du mot  นาฬิกา naalika (montre, horloge) : เวลา หก ชั่วโมง นาฬิกา wéla hôk tchouamong nalika, เวลา wéla est en général omis et ชั่วโมง tchouamong l'est systématiquement : หก นาฬิกา hôk nalika.

Dans ce système, pour indiquer la demi après นาฬิกา nalika, on utilisera plutôt 30 minutes, สามสิบ นาที samsìp nathi, comme en français, de 13 heures à 0 h, on ne dit pas et demie.

 

C'est le système suivant le standard international,qui est systématiquement utilisé pour les horaires (trains, avions, ouverrure des commerces ou banques, etc.). Mais dans les conversations, le Thaï utilisera le système traditionnel.


Simple, non ?

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 03:04

Systeme metrique 1954Le système métrique (« système international d’unités ») a été officiellement adopté au Siam en 1923. Toutefois, les « anciens » (et plus encore dans nos régions rurales « retirées ») utilisent encore et toujours partiellement le système traditionnel. Mesures des terrains, négoce de l’or et de l’argent, menuisiers, maçons, artisans, marchands de matériaux, négoce du riz, peut-être aurez-vous l’occasion de l’entendre et peut-être de l’utiliser avec un entrepreneur ou un menuisier de votre village. Dépourvu ni de bon sens, ni parfois de poésie, il serait dommage qu’il se perde.

 

La monnaie ?

 

Vous connaissez le สตางค์ satang  (les pièces jaunes de 25 et 50 qui sont encore distribuées dans les grandes surfaces) qui est l’unité de base.

25 satangs font un สลึง salung

4 salungs font donc 100 satangs et 1 บาท baht autrefois appelé tical.

4 bahts font un ตำลึง tamlung.

20 tamlungs  c’est à dire 80 bahts équivalent à 1 ชั่ง tchang.

 

Ces mesures (au moins le baht et le salung) sont encore et toujours utilisées pour le pesage dans le négoce de l’or et de l’argent, et sont tout simplement le souvenir de l’époque où le baht (monnaie) était étalonné sur l’argent, équivalant à 15,16 grammes d’argent fin. Le tchang est donc un lingot de 1,212,80 kilos.

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Le système monétaire décimal (1 baht de 100 satangs) a été créé par la Roi Rama V en 1897 et actuellement seul utilisé pour la monnaie.

monnaie

Les anciennes dénominations et subdivisions n’intéressent plus que les numismates et les philatélistes. Nous en reparlerons quand j’ouvrirai – si Dieu me prête vie – la chronique philatélique.

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Un petit détail (sans méchanceté), lors de l’achat d’or chez le négociant chinois (ils le sont tous), la pesée est faite sur une balance électronique de précision (du moins on l’espère) au système métrique et le bath-or y pèse 15 grammes tout ronds. Une petite entourloupe de 0,16 / 15,16, un gros 1/1000 ... Rien d’étonnant puisqu’ils pratiquent également tous le prêt sur gage (à usure évidemment).

 

Les longueurs ?

mètre étalon

 

Les anciens thaïs ne se sont pas soucié, vous allez le voir, de la « millionième  partie du quart du méridien terrestre » et moins encore de la longueur d’onde (dans le vide s’il vous plait) de la radiation de l’isotope de je ne sais plus quel métal.

L’unité de base est le กระเบียด krabiat.

Il en faut 4 pour faire un นิ่ว niou (doigt).

20 nious donnent 1 คืบ khup . Retrouvons notre système, 1 kup fait 25 centimètres. Un pan tout simplement.

2 คืบ khups  font 1 ศอก sok. Ce me semble une coudée.

4 soks de 25 centimètres conduisent donc au วา wa de 2 mètres, notre ancienne « toise ».

20 was équivalent à 1 เส้น  sén  de 40 mètres.

400 séns font 1 โยชน์ yot de 16 kilomètres ... une journée de marche !

Pour convertir les petites mesures, je vous laisse le soin de faire la règle de trois.

 

Les volumes ?

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Toujours utilisées dans la mesure du riz ou des balles de riz, par certains marchands de matériaux, nous allons trouver des unités bien concrètes :

 

L’unité de base est le contenu d’une coque de noix de coco, le ทะนาน thanan  qui vaut 1 de nos litres (essayez !  En gros, ça marche).

20 thanans  donnent 1 สัด  sat ou 1 ถัง thang (seau) de 20 litres. Le riz ne se vend pas au poids mais au thang (pas dans les grandes surfaces mais dans nos marchés).

50 sats  font donc 1.000 litres, 1 บั้น ban et une paire de bans s’appelle un เกวียน kwian, tout simplement un char à boeufs ! L’expérience a probablement montré que c’est la charge que pouvait tracter un boeuf ? 1.000 litres de riz pèsent selon sa qualité entre 600 et 850 kilos. Une rapide recherche sur Internet m’apprend qu’un boeuf peut tracter 700 kilos.

Dans le négoce du riz, on utilise le thang et le kwian mais le sat s’appelle สัดหลวง satlouang, « sat royal ».

 

Les poids ?

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Indépendamment des unités utilisées spécifiquement dans le négoce des métaux, nous trouvons

A la base le ไพ phaï.

Il en faut 4 pour faire un เฟึ้อง fuang.

Avec 2 fuangs, nous retrouvons notre สลึง salung et 1 บาท baht avec 4 de nos สลึง salungs et toujours 4 bahts pour 1 ตำลึง tamlung. et encore 20 tamlung pour 1 ชั่ง tchang. et enfin, une unité qui n’est pas utilisée dans le négoce de l’or (évidemment), 60 tchangs font 1 หาบ hap, une charge d’un peu plus de 60 kilos à partager sur chacune de nos deux épaules !

 

Les surfaces ?

 

Ce sont tout simplement les unités de longueur mises au carré, le ตารางวา tarangwa et le  ตารางศอก tarangsok mais on y ajoute deux unités spécifiques que vous connaissez probablement tous, le งาน ngan  de 400 mètres carrés et le ไร raï  de 1.600 mètres carrés.

Celles-là sont utilisées de façon systématique.

 

Ces mesures sont-elles obsolètes ? Je ne le pense pas, au moins chez « les anciens ». L’instauration du système métrique n’a pas un siècle, il en a un peu plus de trois chez nous. Il n’empêche que l’on y parle toujours de stère ou de muid, qui ne sont pas des unités officielles, que la littérature utilisait encore il n’y a guère la lieue, que nous sommes nombreux à avoir parlé longtemps d’ « ancien franc » plutôt que de « centime », à être allé acheter un pain d’ « une livre » et à parler de « pièce de 100 sous » plutôt que de pièces de 5 francs tout comme j’ai souvent entendu les espagnols parler non pas de 5 pesetas mais de « douro » et combien de « pintes », de « chopes » et de « chopines » de bière ai-je bu ?

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Le système traditionnel thaï est plurimillénaire, établi sur ces éléments concrets (une journée de marche, le contenu d’un char à boeufs...) et date de bien avant l’utilisation du système de calcul venu des Indes : utilisation du zéro et numérotation de position, qui facilite énormément le calcul dans le cadre du système métrique décimal et a permis l’invention des machines à calculer. Il a été inventé aux Indes aux environs du 3ème ou 4ème siècle de notre ère et nous a été transmis par les arabes aux environs de l’an 1000. Le calcul n’est pas facile dans les systèmes traditionnels non décimaux mais l’utilisation d’abaques et de bouliers le permet. Romains et égyptiens savaient parfaitement, en sus des quatre opérations, extraire une racine carrée. Essayez seulement de faire une addition avec des chiffres romains !

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J’ai extraits ces renseignements d’un petit manuel scolaire (sans date ni références ISBN mais qui paraît avoir une trentaine d’années) et qui donne les équivalences entre l’ancien et le moderne pour éviter aux élèves l’effort de faire une règle de trois ! J’ai le plus soigneusement possible collationné à l’aide du « dictionnaire de l’académie royale ».

 

Merci de me signaler les erreurs éventuelles ! Il y a selon les sources de petites divergences sur le poids du baht, 15 grammes pour les négociants, 15,16  - 15,20 ou 15,24 selon divers sites Internet. Le chiffre que je retiens est celui du « dictionnaire de l’académie royale ».

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