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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 03:03


humqnité

Le grand socialiste et le grand Roi se sont-ils rencontrés ? Non évidemment, mais la visite de Rama V à Paris en 1907 a suscité la verve de Jaurès. La république est alors présidée par Armand Falllières, bon républicain mais friand de visites royales ce qui n’est pas du goût du député des « mineurs de Carmaux » que la misère de son enfance a conduit au socialisme (représentant d’une espèce présentement en voie de disparition). Voici comme il nous présente avec humour cette troisième visite royale de l’année (« L’Humanité » du 19 juin 1907) :

 

Encore un roi à Paris !

 

Chulalongkorn, roi de Siam, est arrivé hier à Paris, sans ses femmes mais avec tous ses ministres

La série continue : Depuis hier, Chulalongkorn, roi de Siam est notre hôte. En moins d’un mois, c’est le troisième roi que reçoit Paris.

Fort heureusement, cette fois ci, l’armée n’avait pas été mobilisée ni la circulation interrompue. Pas de personnages chamarés, Monsieur Mollard (1) lui même était en civil.

A 5 heures 35, le train royal entre en gare de l’est. Il est en retard. Pourtant le personnel de la compagnie en est encore à changer pour la troisième fois le tapis que doivent fouler les pieds royaux.

Le train stoppe, mais, fatalité ! Le train royal dépasse de dix mètres le malencontreux tapis. Il est trop tard pour le porter devant Chulalongkorn. Ce seront les aide-cuisiniers du wagon restaurant qui en profiteront ! Tout le monde rit sauf Monsieur Mollard.  Pourtant le roi, petit et joufflu, vétu d’une redingote, descend, alerte, son haut de forme sur la tête, tandis que les personnages officiels, sur le quai, se sont respectueusement découverts.

rama

Toujours nue-tête, Monsieur Mollard accompagne Chulalongkorn, toujours couvert, jusqu’à la voiture de la légation du Siam.

Ce roi jaune ne paraît nullement ému d’être entourré par tous ces européens obséquieux, et c’est tout au plus qu’il daigne tendre négligement la main aux personnages que lui présente, en sa langue, son ministre à Paris.

Dans la foule venue nombreuse aux alentours de la gare de l’est, il y a une désillusion. Chulalongkorn n’a pas amené un seul échantillon des deux milles femmes qui peuplent son harem, pas même une de ces princesses célestes qui sont à la fois, quelles moeurs ! soeurs et épouses du roi.

 

(1) Cet Armand Mollard remplissait les délicates fonctions de chef du protocole à l’Elysée. Le visage sinistre, la barbe noire, une tête respirant l’hypocondrie, il est à droite du président Poincarré sur la photographie, il n’inspire pas la joie de vivre.

 Mollard

Il faillit bien connaître cinq ans plus tard une triste fin, sacrifié sur l’autel des relations internationales, qu’il n’aurait toutefois pas due à Rama V. En 1912, le Shah d’Iran visite à son tour Paris et fort curieux de tout, manifeste le désir morbide d’assister à une exécution capitale. On accepta pour ne pas le froisser d’autant qu’il y avait par hasard un « candidat » sous la main. Hélas ! Le Président de la république Armand Fallières, adversaire acharné de la peine de mort, exerçait systématiquement son droit de grâce en provoquant souvent la colère de l’opinion publique.

 fallieres droit grace 02

Mais il fallu bien complaire à sa hautesse et un malheureux dont l’histoire a oublié le nom en fit les frais. Fallières prit sur lui de ne pas signer le décret. La cérémonie, alors en principe publique, fut cantonnée à la cour de la Santé. On mène donc sa Majesté boulevard Arago. Il faut préciser que dans le délicat métier de bourreau la vitesse d’exécution est la qualité première. Deibler doit être salué comme un excellent bourreau, vif, précis, il ne laissait jamais traîner sa besogne. Cette vitesse faillit causer l’incident diplomatique. Ce matin-là, Deibler se surpassa et l’affaire fut expédiée en quelques minutes, au grand dam du Shah, qui exprima vigoureusement sa déception : « Je n’ai rien vu… Recommencez ! » « Mais, Votre Altesse, nous n’avons plus de condamné ! » Alors, le monarque, tendant un index impérieux vers Mollard : « Mais prenez-donc celui-ci ! ». Le procureur général dut expliquer au monarque qu’il n’était pas possible d’accéder à son royal désir. Le malheureux en fit une jaunisse, et probablement pour le récompenser on lui accorda son « bâton de maréchal » en l’envoyant finir sa carrière de fonctionnaire dans une sinécure, le poste de ministre plénipotentiaire au Grand duché de Luxembourg.

 

 

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 03:04

Gonzesses 6

 Tout le monde a une opinion sur la prostitution de Thaïlande, du touriste de passage aux résidents étrangers censés en savoir plus, mais peu sont capables de l’analyser.

Il m’a paru intéressant  d’apprendre ce qu’ « un ethnologue », Bernard Formoso, avouant 6 ans « de données collectées entre 1984 et 2000 à Bangkok et dans le Nord-Est. Quoique les trois ans que j’ai passés sur place au fil de différents séjours ethnographiques fussent consacrés à d’autres thèmes, la prostitution s’affiche tellement sur place qu’elle m’interpellait comme étudiant de la société thaïlandaise, soucieux d’interpréter le sens des normes et formes de déviances qu’elle produit ». Une expérience de terrain  qui de plus s’appuyait sur une solide connaissance des autres études sur le sujet (Cf. en note). (in, Anthropologie et Sociétés, vol. 25, n° 2, 2001, p. 55-70. Corps étrangers : tourisme et prostitution en Thaïlande

http://www.erudit.org/apropos/utilisation.html)

 

Les données sont une chose, l’interprétation une  autre, d’autant plus que Formoso annonçait dans son introduction les points de vue divergents des Thaïs eux-mêmes, selon qu’ils sont  les intellectuels issus de l’aristocratie, ceux de la classe moyenne citadine (dont Carabao [chanteur très populaire] reflète l’opinion) et la paysannerie.

 

Malheureusement, les résultats sont assez inégaux, même si le sujet est traité sérieusement en insistant sur les multiples et divergentes représentations  et un faisceau de causes historiques, économiques, sociologiques, et culturelles. Curieusement on ne voit  aucune étude de terrain et   les évaluations chiffrées demeurent anciennes. La prostitution dite « forcée »  ne  montre pas assez les liens et les pratiques des gangs maffieux

 

Toutefois, si l’industrie du sexe, pourtant si essentielle n’est pas traitée, il nous invite à ne pas oublier les causes internes, locales, pour comprendre le « succès » de cette prostitution thaïlandaise. Le rappel et l’explicitation de la thèse  de Foucault, ainsi que la »tradition » de la mia noï apportent toutefois des éléments très intéressants dans la compréhension de cette pesante « réalité ».

 

Revenons sur les éléments traités :

 

Dans le chapitre Un État proxénète ?

 

1/On signale la classique progression du tourisme, avec malheureusement des chiffres de 1998 (On est ainsi passé de 630 000 visiteurs par an en 1970 à 7,8 millions en 1998. À cette date 57,9% des touristes étaient asiatiques, 26,8% étaient européens, 6,8% nord-américains et 1,8% provenaient du Moyen-Orient (Tourism Authority of Thailand 1999), et de 1995 pour l’économie, ce secteur générait 7,1 milliards de dollars américains de recettes, il était la première source de devises étrangères et comptait pour 13% du PIB.)

 

 On peut se demander avec  le doublement du nombre de touristes (15 millions en 2010), quel est le nouveau pourcentage du PIB de ce secteur.

gonzesses 9

 

2/Ensuite,  à juste titre, l’auteur évoque le sex ratio qu’il évalue à 2/3 des touristes ( !), sans nous révéler la méthode de calcul. Ce chiffre nous parait excessif et surtout ne rend pas compte de l’évolution des pratiques touristiques (plus de couples observés à Phuket par ex., ces dernières années)  Or,  cet indicateur avec le chiffre économique ( % par rapport au PIB) sont d’une importance majeure pour mesurer l’ampleur de cette industrie, et justifier ainsi l’accusation d’ « Etat proxénète » ( certains intellectuels thaïlandais, comme Ing (1990 ), [ont ] accusé l’État de proxénétisme)

 

3/ Ensuite sur l’évaluation du nombre de prostituées,  on reste comme dans beaucoup d’articles « d’ experts », sur des évaluations si disparates , qui autorise chaque pékin à donner aussi son chiffre. On va ici allégrement  d’une hypothèse basse de 300 000 prostituées à une hypothèse haute  de 2 millions !

 

Toutefois , il est bien de donner la tranche d’àge qui amplifie le phénomème (Notons plutôt la tranche d’âge entre 10 et 13 % des filles de 14 à 29 ans ce qui est  considérable si on prend en compte le turn over important ) (Surtout si l’on considère que ces jeunes ne pratiquent l’activité qu’en moyenne 18 mois à 2 ans, que le « roulement » est important et qu’à l’échelle d’une génération c’est un pourcentage bien plus grand de garçons et de filles qui sont amenés à khai tua heng, à « vendre leur corps »…auxquelles s’ajouteraient de 25 à 30 000 filles de moins de 15 ans et de 30 à 50 000 garçons ou jeunes hommes qui satisfont la clientèle pédophile ou homosexuelle.)

 

Formoso par contre -contrairement à beaucoup-  n’oublie pas de signaler les prostituées exerçant à l’étranger (En contrepartie, les prostituées thaïlandaises sont nombreuses à exercer dans les pays riches. Ainsi, en 1996, elles comptaient pour 60 % des employées de l’industrie du sexe japonaise (Bello 1998 ).

 

Il est dommageable que pour toutes ces données ; on en reste encore à des chiffres de 1998  voire des  années 80.

 

4/ Ensuite on rappelle dans le chapitre  « Les migrants du sexe » :  le profil des Thaïlandais qui se prostituent : Les enfants mis à part, il s’agit de personnes jeunes, âgées de 18 à 24 ans, qui proviennent surtout des zones rurales où vit encore 70% de la population. Leur niveau d’instruction est faible, même si dans les années 1990 un nombre croissant de jeunes citadines, étudiantes ou employées du tertiaire, se sont prostituées en free lance, pour étancher leur soif consumériste et répondre au déclin des bordels et salons de massage que stigmatisaient les campagnes contre le sida (Phongpaichit 1998). Le Nord, dont les filles sont réputées les plus jolies, fournit le principal contingent de migrantes du sexe (plus de 70%), loin devant le Nord-Est, région la plus déshéritée.

 

Là une surprise : 70 % des prostituées proviendraient du Nord alors que je croyais qu’elles venaient aussi du Nord-Est ?

 

Les motivations ?

 

On nous redit le schéma causal classique «  économique » :   familles pauvres, excès de main d’œuvre (et donc pas d’emploi sur place),  expérience conjugale malheureuse, enfants à charge… pour aboutir curieusement à la  distinction entre ce qu’on appelle « la prostitution forcée » et   les «mercenaires du sexe » (selon l’expression de Cohen 1986 ), qui « entrent volontairement dans les filières de la prostitution, attirés par des revenus relativement importants et par des conditions de travail souvent moins dures que dans l’industrie ou la construction.  (…) et « [entretenant] avec leurs employeurs des rapports contractuels plutôt lâches. »

 

 

Il est désolant de réduire- dans le cadre d’une « étude qui se veut sérieuse- l’analyse à seulement 2 catégories de prostituées : les esclaves et les mercenaires du sexe. Si les  deux existent, il en existe aussi bien d’autres. (Cf. notre article à paraître sur les femmes tarifées d’Isan). Chacun sait qu’il y a beaucoup à dire sur la soi-disante  « liberté »   supposée des filles du Nord et du Nord-Est exerçant la prostitution.

 

On reste sur notre faim sur l’évocation de « la prostitution forcée » et on émet des  forts doutes aussi sur la thèse de la  filiation directe qu’il y aurait entre la pratique de l’esclavage pour dette du XIX ième siècle  et la « vente » de leur fille que pratiqueraient les paysans, sans faire aucune référence aux pratiques et organisations maffieuses.

 

L’argument d’autorité qui met en avant les chercheurs thaïs ne suffit pas :   « Les études des chercheurs thaïlandais révèlent que les cas de prostitution forcée, à la suite d’une « vente » ou une mise en gage, touchent moins de deux filles sur dix. Ces cas prolongent l’esclavage pour dette qui, au 19e siècle, avait pris le pas sur les razzias comme procédé de mise en servitude(Turton,1998 ).

On peut s’insurger contre les parents pour qui cette « vente » est une transaction normale. À vrai dire cette « normalité » s’inscrit dans une longue tradition contre laquelle le roi Chulalongkorn (1868-1910) avait tenté de lutter en abolissant l’esclavage, mais qui a perduré dans les bastions de pauvreté. »

 

Certes, il est vrai que le Siam a été une société esclavagiste (sujet traité dans « Les relations franco-thaïes ») jusqu’en 1905, officiellement. On a pu même  compter jusqu’à 1/3 d’esclaves composant la population. Chaque homme  avait la « liberté » de se vendre pour éponger ses  dettes  (surtout de jeu !) ou de vendre une de  ses filles.

Mais, il faudrait pour le moins démontrer que cette pratique courante et « normale » au XIX ème siècle soit la même que celle pratiquée par les maffieux aujourd’hui. Pire, ne pas connaître les méthodes maffieuses décribilisent quelque peu les dires des  dits chercheurs.

 

De plus, il est regrettable que Formoso promettant des études de terrain, n’ait pas pu décrire la triste réalité de ces bordels de ville et de campagne où les « filles » sont retenues prisonnières, et subissent les traitements les plus inhumains.

 

( Cf. Le Petit Journal du vendredi 29 avril 2011." Les autorités ont fait une descente mercredi dans deux bordels du district Khlong Rang de Prachin Buri (Est) et secouru plus de 30 Laotiennes âgées entre 13 et 17 ans, rapportait la presse thaïlandaise. Ces filles travaillaient dans deux karaokés-restaurants, situés à environ 500 mètres d'un poste de police".  http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html)

 

 

 

5/ Ensuite on revient sur les clients en distinguant les facteurs externes et internes.

 

Pour l’externe, on rappelle les deux grandes migrations (l’immigration de millions de coolies chinois (fin 19 ème jusqu’en 1947), et les G’Is américains pendant la guerre du Vietnam de 1964 à 1975. Il oublie les centaines de milliers de Japonais et les milliers bordels de campagne pendant la 2 ème guerre mondiale.

 

Pour les autres facteurs, on met en avant le boom industriel des années 1985-1996, avec  le besoin de main d’oeuvre féminine,  la pratique courante du  concubinage et de la mia noi et le rôle que pourrait jouer le bouddhisme.

 

Si ces deux « migrations » ont effectivement jouer un rôle fondamental  dans le marché de la prostitution, il aurait fallu distinguer et analyser le nombre (des millions pour les Chinois, 50 000 pour le soldats US) et leur nature différente impliquant donc des formes de prostitution différentes.

 

De plus si tous les éléments cités jouent ou ont joué un rôle, il manque l’évaluation de leur importance dans le processus. De plus la raison invoquée à propos du boom industriel et de son besoin de main- d’œuvre bien que réelle est très insuffisante : « La possibilité ainsi offerte à de nombreux jeunes de se soustraire un temps au contrôle social de leur communauté est un autre facteur à considérer pour comprendre l’essor de la prostitution ».

 

Le phénomème d’urbanisation et de migration vers les villes est un phénomène « universel » qui n’a pas forcément entraîné partout un boum dans la prostitution, même si cela a joué un rôle bien sûr.

 

Par contre, la prise en compte du phénomène du concubinage et de la mia noi et du bouddhisme est original et est peu souvent analysé pour expliquer la croissance de la prostitution.

 

« Pour être un référent essentiel, l’idéologie bouddhique ne peut à elle seule

expliquer la condition des femmes thaïes et le recours d’une partie d’entre elles à la prostitution », nuance à juste titre Formoso.

 

La pratique très répandue des relations extra-conjugales de la part des

hommes thaïlandais et l’usage répandu de la mia noï,  surtout parmi les élites, contribuent fortement à la mercantilisation des femmes, et à la banalisation des bordels, karaoké, massages et autres lieux de prostitution. 

 

« Le concubinage et la mia noi

À l’époque prémoderne, l’étiquette voulait que les nobles entretiennent un nombre de concubines et, au-delà, de dépendants correspondant à leur rang. Le concubinage était l’une des facettes du système suivant lequel tout phrai, ou « homme libre » et, à la suite, sa femme et ses enfants devaient se placer au service d’un nai (« patron »). Or, si la polygamie

a officiellement été abrogée sous Rama VI (1910-1924), les setthi (« richards ») ont

pris le relais des aristocrates pour la maintenir vivace à travers l’institution de la

mia noi (« petite épouse »). La norme veut ainsi qu’un homme fortuné fasse profiter

plusieurs femmes de ses largesses, les unes et les autres ne partageant pas le

même toit — les apparences de la monogamie sont préservées. L’épouse officielle,

la mia yai (« grande épouse ») est rarement dupe, mais la pratique est si ancrée

dans les moeurs qu’elle ferme le plus souvent les yeux. Les hommes publics

donnent le ton, à l’image de Sarit Thannarat, premier ministre de 1958 à 1963, qui

entretenait une cinquantaine de mia noi. »

 

Ensuite Formoso nous propose une hypothèse originale : c’est peut être cet « esprit de mianoï » qui est apprécié par les touristes farang.

 

« Les attentes des filles qui ont charmé le touriste étranger au point de lui servir

de compagne durant son séjour sont cohérentes avec ces conceptions. À défaut

de devenir mia yai et de s’expatrier, elles maintiennent volontiers avec leurs éphémères

petits amis farang des relations épistolaires qui, remarque Cohen (1986), mêlent en un tout complexe attachements sentimentaux et intérêts pécuniaires.

Bref, elles se campent en position de mia noi qui, en retour des marques de générosité épisodiques de leur amant, sont prêtes à lui servir encore de compagne lors d’une autre visite. »

 

 

6/ Regards croisés  et les préjugés.

 

Formoso nous montre bien que les avis et préjugés dépendent de la position occupée dans l’ échelle sociale ,  de l’origine « ethnique » (Thaï, Thaï-siamois, Chinois…) , et régionale et du sexe (homme/ femme). Autant  dire que les opinions sont multiples, divergentes, voire opposées :

 

Ainsi, selon le point de vue adopté, les filles qui se prostituent sont stigmatisées

ou dotées d’attributs positifs. Diabolisées par les maîtresses de maison chinoises

ou de la bonne société thaïe, certaines expressions pour les qualifier sont

éloquentes : fan po kui (« fantômes barbares et étrangères » en teochiu) ou phuak

narok (« créatures infernales » en thaï), elles jouissent évidemment d’une

meilleure image auprès des hommes auxquels elles offrent l’occasion de plian rot

chat (« de changer de saveur »).

  gonzesses 7

Le cas particulier du mari farang

 

Formoso nous présente la thèse  de Foucault (1976) utile pour interpréter les opinions

divergentes des nationalistes thaïlandais et des couches populaires à l’endroit du

Farang et de sa sexualité :

 

« tandis que les milieux nationalistes conçoivent ce rapport comme une manifestation de l’impérialisme farang et déplorent ses effets sur le mode de la dilution du corps social thaï, la frange la plus défavorisée de la société thaïlandaise voit dans le « bon époux farang » le moyen de contourner la soif de domination des élites urbaines nationales et donc une chance de promotion sociale. En la matière, le salut provient des « corps étrangers », extérieurs à un ordre hiérarchique multiséculaire qui en soi n’offre guère aux démunis

de possibilités d’amélioration de leur destin ».

 

Il nous donne un exemple basé sur son expérience :

 

Dans le Nord-Est où j’ai travaillé, de nombreuses familles thaïes ou sino-thaïes faisaient ainsi parfois mention d’un ou plusieurs gendres étrangers. Lorsque je demandais des précisions sur les circonstances de la rencontre, les réponses restaient allusives : la fille en question était descendue à Bangkok pour « se promener » ou travailler.

Comment deux personnes ne parlant pas la même langue avaient pu échanger

assez d’idées et d’émotions pour vouloir vivre ensemble ? On n’en disait rien,

cultivant ainsi l’illusion d’un effet magique lié au cosmopolitisme bangkokien.

Magie positive, car le mari farang était généralement présenté comme quelqu’un

de « bien » (khon di), de généreux (mi namchai) et de plus fidèle que la moyenne

des maris du cru, bien que falot, car maîtrisant rarement la langue et les usages

thaïs.

 

La paysannerie de l’Isan donc, si elle préfère jeter un voile, un non-dit,  sur les lieux et les circonstances de la rencontre voit d’un bon œil « ‘l’homme de cœur » qui « n’hésite pas à prendre comme épouse principale une pauvre fille de la campagne. ». Elle le voit aussi comme une réelle promotion sociale, « l’occasion de subvertir un ordre hiérarchique très pesant qui surdétermine les effets d’une origine modeste »

 

 

 

Formoso peut conclure en insistant sur les représentations multiples et discordantes que suscite le tourisme sexuel au sein de la  société thaïlandaise et les  nombreuses causes  , internes et externes , sur fond d’antagonisme larvé entre les élites urbaines et la frange rurale, pauvre. Il nous met en garde contre toute « appréhension simpliste » qui ne verrait la cause  de la prostitution massive que dans la seule demande touristique et qui oublierait la demande locale  appuyée par une longue tradition de polygamie et de mercantilisation des femmes.

 

  Gonzesses 3

__________________________________________________________________________

Livres cités par Formoso :

Il fallut attendre les années 1980 et l’essor aux États-Unis des gender studies

pour qu’émergent diverses études consacrées soit à la condition des prostituées

(Khin 1980; Truong 1990; Odzer 1994; Seabrook 1996; Bishop et Robinson 1998),

soit à la teneur de leurs rapports avec les touristes (Cohen 1982, 1986, 1987;

O’Merry 1990; Walker et Ehrlich 1992), soit encore à la sexualité et aux relations

de genre (Manderson 1997; Hamilton 1997; Jackson et Cook 1999). Quant à

l’économie politique et aux aspects sociologiques de la prostitution, leur analyse

revint pour l’essentiel à des chercheurs thaïlandais en sciences sociales, comme

Phongpaichit (1982, 1998), Kietthubthew et Satthaporn (1987), Santasombat (1992)

ou Boonchalaksi et Guest (1994). 


Références données par Formoso :

Bao J., 1999, « Reconfiguring Chineseness in Thailand : Articulating Ethnicity along Sex/

Gender and Class Lines » : 63-77, in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and

Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm Books.

Barmé S., 1999, « Proto-Feminist Discourses in Early Twentieth Century Siam » : 134-153,

in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai,

Silkworm Books.

Bello W. (dir.), 1998, A Siamese Tragedy, Development and Disintegration in Modern

Thailand. New York, Zed Books.

Bishop R. et L. S. Robinson, 1998, Night Market : Sexual Cultures and the Thai Economic

Miracle. New York et Londres, Routledge. , 1999, « Genealogies of Exotic Desire : The Thai Night Market in the Western Imagination » : 191-205, in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm Books.

Boonchalaksi W. et P. Guest, 1994, Prostitution in Thailand. Bangkok, Institute for

Population and Social Research, Mahidol University.

Cohen E., 1982, « Thai Girls and Farang Men : The Edge of Ambiguities », Annals of

Tourism Research, 9 : 403-428., 1986, « Lovelorn Farangs : The Correspondence between Foreign Men and Thai Girls », Anthropological Quaterly, 59, 3 : 115-127.

———— , 1987, « Sensuality and Venality in Bangkok : The Dynamics of Cross-Cultural

Mapping of Prostitution », Deviant Behavior, 8 : 223-234.

Formoso B., 1987, « Du corps humain à l’espace humanisé, système de référence et représentation de l’espace dans deux villages du nord-est thaïlandais », Études Rurales 107-

108 : 137-170.

———— , 2000, Thaïlande, Bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant. Paris, La

Documentation Française, « Asie Plurielle ».

Foucault M., 1976, L’histoire de la sexualité. Vol. 1. Paris, Gallimard.

Hamilton A., 1997, « Primal Dreams : Masculinism, Sin, and Salvation in Thailand’s Sex

Trade » : 145-165, in L. Manderson et M. Jolly (dir.), Sites of Desires, Economics of

Pleasure, Sexualities in Asia and the Pacific. Chicago, University of Chicago Press.

Harrison R., 1999, « The Madonna and the Whore : Self/“Other” Tensions in the

Characterization of the Prostitute by Thai Female Authors » : 168-190, in P. Jackson

et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm

Books.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 04:46

Sans titre-1Le thaï, vous le savez, est une langue monosyllabique tonale : la même syllabe, prononcée sur l'un des 5 tons, normal, bas, descendant, haut ou montant, donne un mot qui a ou peut avoir 5 sens différents, « peut avoir ... » dis-je ? Tout simplement parce que l’écriture thaïe telle qu’elle est, avec ses 44 consonnes, ses 32 voyelles et ses 4 signes de tonalités, permettrait, ont calculé des informaticiens qui auraient pu s’occuper à des choses plus sérieuses, de construire plus d’un milliard de mots, la belle affaire !


La longueur de la voyelle dans la syllabe a également son importance, courte, semi-longue et longue, le sens du mot change du tout au tout. Définir la longueur d'une voyelle, ce n’est pas bien compliqué. Mais comment définir les tonalités ?

Une première définition, celle de la grammaire thaïe (mais si ! il y a bien une grammaire thaïe contrairement à ce qu’on lit et entend trop souvent, nous allons y revenir) :

Le ton moyen est neutre,

le ton bas est un peu plus bas que le moyen,

le ton haut commence sa courbe mélodique un peu plus haut que la hauteur moyenne puis monte légèrement,

le ton descendant commence sa courbe mélodique plus haut que la hauteur moyenne puis monte légèrement avant de redescendre,

le ton montant commence sa courbe mélodique un petit peu plus bas que le ton bas puis descend légèrement avant de remonter.

Tout ceci peut se mettre en courbes mathématiques ou en notes de musique, je vous en fais grâce.

Ne nous soucions pas de ce que dit la grammaire et soyons concrets (ou essayons de l’être) :

Le ton neutre est celui du ââââhh que vous fait prononcer le médecin en vous faisant tirer la langue « dites ââââhh ».

Le ton grave est celui du grand méchant loup dans « La chèvre de Monsieur Seguin » « ouohouohouh je suis le grand méchant loup ».

Le ton haut est le cri de la chèvre de Monsieur Seguin « hiiiii, un grand méchant loup » ;

Le ton descendant, c'est Raimu retrouvant sa chatte dans la femme du boulanger « ââââhh, enfin, te voila, salope ! »

Le ton montant sera plutôt une interrogation « ââââhh bon, tu crois ? ».

Le meilleur exercice sera de vous faire lire par votre épouse les dix syllabes suivantes : กา ก่า ก้า ก๊า ก๋า ปี ปี่ ปี้ ปี๊ ปี๋ soit ka ka ka ka ka et pi pi pi pi pi.

 

Le français connaît aussi les tonalités dans le langage parlé, mais elles changent alors le sens de la phrase et non celui du mot : « tu viens » (je constate), « tu viens ? » (je questionne), « tu viens ! » (c’est un ordre), « tu viens » (je te supplie).

Quelques précisions utiles, la lettre h en thaï est fortement expirée, qu'elle précède une voyelle, ou qu’elle suive p pour donner le son ph (jamais f comme en français), k pour donner kh, t pour donner th, prononcez-les à la limite du postillon pour être sur de ne pas vous tromper. Contrairement à ce qu’on lit trop souvent, le h n’est pas « aspiré » mais « expiré ». Le h n’est pas plus aspiré en thaï qu’en français. C’est une hérésie de parler de h aspiré dans les deux langues.

Attention encore, il n'y a pas de sons nasaux en thaï comme en français (le pain, brun, non), la voyelle doit être prononcée distinctement de la consonne finale : aï’n, u'n, o'n. Il n'y a pas non plus de sons liés, toutes les lettres, voyelles et consonnes, doivent être prononcées bien séparément et de façon distincte, non, no'n.

Notez l'existence de trois consonnes spécifiques au thaï, le ng (comme dans ping-pong), le dj (comme dans djellaba) et le tch (comme dans tchèque). Guère de différence à l’oreille entre le dj et le tch. Guère de différence non plus entre le b et le p et entre le d et le t. Ne parlons pas du r et du l, peut-être entendrez-vous un jour une speakerine de la télé thaïe faire de la publicité pour les montres Rolex ! Ne rigolez-pas, elle sort de chez l’orthophoniste mais le résultat n’y est pas !


Et la grammaire ?

 

Elle est, dans la syntaxe d’une redoutable complexité tenant à la fois à la structure de l’écriture et aux diverses échelles du langage :

La langue thaïe se subdivise en effet (dit la grammaire, toujours elle) en 5 étages dont les deux premiers sont du « Ratchasap » (tout simplement « langage royal »), celui qui concerne le Roi et la famille royale (1), et celui qui concerne les moines bouddhistes (2). Vient ensuite celui destiné aux autorités administratives (en Thaïlande on respecte les flics à tort ou à raison), (3) puis le langage courtois (4) et enfin, le langage familier (5). La grammaire oublie la sixième catégorie, le langage vulgaire et grossier. Je ne l’oublie pas car le dictionnaire de l’Académie royale, moins pudibond que le Larousse, ne fait pas l’impasse.

Effectivement, aux niveaux 5 (et à fortiori 6), cela peut ressembler au français de « Tintin au Congo » : « toi être farang bon »

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ou « aroï banania ».

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Effectivement, la grammaire proprement dite est beaucoup plus franche (ça ne veut pas forcément dire simple) que la nôtre : pas de masculin, pas de féminin, pas de singulier, pas de pluriel, pas de conjugaison des verbes, pas de déclinaison, pas d'articles définis ou indéfinis, pas de pronoms possessifs, pas de déclinaison et la construction des phrases – plus en langage parlé qu’en langage écrit bien sûr – reste assez libre. L'adjectif se place après le mot qu'il qualifie, La répétition du même mot est fréquente, pour exprimer l'excès, le superlatif ou le pluriel. Pratiquement jamais d’utilisation du pronom personnel dans le langage familier en particulier.

 

Ne pensez toutefois pas que cette franchise, toute relative, de la grammaire traduise l’existence d’une langue primitive comme il est trop souvent écrit, loin de là, et ce dès que nous passons à l’échelle numéro 2, à fortiori de 3 à 5 et plus encore dans le thaï écrit. Le « Petit Prince », par exemple,

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ou les « aventures de Tintin »

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ont été remarquablement traduits en thaï, tout en finesse. ฉันต้องดูแลรับผิตชอบดอกกุหลาบของฉัน, mot à mot « je devoir veiller-sur excuser aimer fleur-rose de moi », « Je suis responsable de ma rose ». 4 verbes pour un seul concept « être responsable » ! 10 mots pour les 6 de la phrase en français.

Les nuances que la langue française traduit, notamment, par la conjugaison de ses verbes ou l’extrême précision de son vocabulaire, noms et adjectifs, et l'utilisation d'une grammaire complexe, (concordance des temps, accords du participe passé, futur antérieur et autres douceurs) sont reproduites de façon différente, en particulier et en particulier seulement, par une certaine répétitivité de mots synonymes, l’adjonction de mots supplémentaires. Cela a fait dire à certains que les langues tonales d’Asie du sud-est sont une dialectique de la répétition, il ne faut surtout pas s’irriter en entendant un thaï qui semble répéter dix fois la même chose, il cherche simplement à être précis. La structure intellectuelle du langage explique bien des paramètres.

 

Un autre élément participe au caractère répétitif de la langue, l’utilisation des « classificateurs ». Essayons d’être clair : le classificateur est un mot qui, ajouté à la suite d’un nom, le classe dans une catégorie et spécifie à quelle classe appartient ce nom, il suit en général un nombre pour en préciser le nombre ou la quantité : Je n’ai pas « deux frères aînés » mais «  j’ai frère aîné deux personnes », « j’ai chat un animal » et non pas « j’ai un chat » et je vais aller acheter « bière trois bouteilles ». Il en existe un nombre impressionnant (trois mille environs pour la grammaire), à chaque objet, à chaque nom correspond son classificateur. Lorsqu’un thaï est à cours de vocabulaire, il ira chercher l’équivalent dans sa langue d’un « machin » ou d’un « truc ». Pas de gaffe avec les classificateurs : Si j’étais de famille royale, le classificateur que j’utiliserai pour classer mes deux frères serait différent  « j’ai frère aîné deux personnes-de-sang-royal » et serait différent de celui du matou celui que j’utiliserai pour les éléphants blancs de l’écurie royale «  j’ai éléphant blanc un animal-sacré ». Vous ne parlerez jamais correctement le thaï si vous ne vous pénétrez pas de ce mécanisme.

Et les fameuses particules enfin, les kha et les khrap que vous entendez à tout bout de champ ? Lorsque je commençais à regarder la téléivision thaïe, j’avais l’impression que les présentatrices ne parlaient que de caca caca ! Elles ne veulent strictement rien dire ou plutôt elles veulent dire que vous êtes polis. Il en existe un nombre invraissemblable compte tenu de la qualité de celui qui les utilise face à celle de son interlocuteur. Vous pensez- bien que le Roi ne dit pas khrap ! Contentez-vous de ces deux là (kha et khrap) en fonction de votre sexe et ne vous hasardez pas à en utiliser d’autre au risque de commettre une gaffe, d’être ridicule ou d’être grossier. Ma femme ne rit pas, mais pas du tout, lorsque j’utilise pour m’amuser celle qui est réservée au Roi, et moins encore celles du langage de la rue, mais oui, il y a même des particules très familières que vous pouvez utiliser avec un gamin mais qui virent à la discourtoisie si vous les utilisez avec une personne du même rang que vous. N’oubliez jamais la verticalité de la société siamoise qui se traduit bien évidemment dans son langage !

 

Il n’y a pas de grammaire en thaï ?  Pour ne citer que les références francophones,

1) le dictionnaire français-anglais-thaï de Monseigneur Pallegoix (édition de Bangkok en 1896) comprend une remarquable introduction grammaticale, reprenant sa première grammaire thaïe en langue française de 1856.

 

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2)  le « Précis de grammaire thaïe » de Dupuis et Boonniyom (ISBN 2842792084) – plus de 250 pages mais toute la structure du langage écrit en est absente (cela en ferait probablement autant, 500 pages ? Beaucoup plus qu’une petite édition de la grammaire de l’académie française).

Pourquoi je n’en cite aucune autre (si j’en oublie de sérieuses, c’est que je les ignore, alors merci de me les signaler) y compris les ouvrages de grande diffusion que l’on retrouve volontiers dans les librairies spécialisées ? Tout simplement parce que, quand l’auteur d’une grammaire est incapable de m’apprendre qu’il y a en thaï 44 consonnes et 32 voyelles, il est tout aussi coupable que celui qui me prétendrait qu’il y en a 24 lettres dans notre alphabet. Et pourtant ...... le plus cancre des plus cancre d’une école d’un village sait que sa langue comprend 44 consonnes et 32 voyelles.

Pour les références en langue thaïe, indépendamment du « dictionnaire de l’académie royale » et de sa remarquable introduction grammaticale, (édition 2002 ISBN 9749588045),

 

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je donnerai à qui me le demandera les références des ouvrages grammaticaux en langue thaïe de ma modeste bibliothèque.

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’apprentissage de la langue (parlée et écrite), je ne puis faire mieux que de vous renvoyer aux propos que j’ai tenu sur l’excellent forum de notre ami Patrick :

http://udonthani.les-forums.com/forum/35/apprendre-le-thailandais/


Je n’en change pas un iota, y compris ce que j’ai écrit sur les sites Internet qui sont, comme la langue d’Esope, la meilleure (rarement) ou la pire des choses (le plus souvent). Les deux ouvrages écrits que j’y recommande plus spécialement (un francophone et un anglophone) vous apprendront le « beau langage », celui des élites de Bangkok et pas forcément celui que vous entendez tous les jours, vous passerez peut-être pour ringard, un snob ou un prétentieux, mais ça vaut mieux que de passer pour un plouc ou un charretier.

 

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Et l’Isan là dedans ? C’est tout simplement du lao écrit en thaï c’est à dire 70 ou 80 % de thaï. Un vocabulaire spécifique et des décalages de tonalité, et encore moins de grammaire à la base que le thaï de base. Attention tout de même, il est à manier avec précaution, tel mot qui dans votre village signifie tout simplement « une jeune fille » pour pourra être compris à Bangkok comme « une salope » ou quelque chose de similaire.

 

L’histoire de l’écriture est loin d’avoir livré tous ses secrets. Y-a-t-il eu une écriture spécifique à la langue Isan (Lao) ?

Il y a en tous cas une stèle (de lecture difficile et de date incertaine) au Musée national de Kohnkaen qui serait un specimen de cette écriture. L’origine de l’écriture thaïe reste obscure ... Pour les rares érudits laos qui se sont interessé à l’histoire de leur écriture, elle remonterait pour certains aux débuts de l’ère chrétienne, pour d’autres elle serait antérieure de plus d’un siècle à la fameuse stèle de Ramkhamhaeng dont la découverte flatte le nationalisme thaï.

Les deux écritures, thaïe et lao, procèdent de la même méthodologie. Laquelle a influencé laquelle, laquelle a copié laquelle ?

 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 03:18


Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or !


 
quadrangle 06Un article de Danielle Tan :
Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6,
permet de comprendre que, malgré les grandes transformations (ouverture des frontières, ouverture des nouvelles voies de communication (voir l’inauguration, le 31 mars 2008 , de la nouvelle « autoroute » de 228km qui relie  de Houeisay (sur la frontière thaïe), à Boten (sur la frontière chinoise), en à peine trois heures ,  les vastes plantations d’hévéa, de maïs et de canne à sucre qui ont progressivement remplacé les champs d’opium, l’économie illicite (quel euphémisme !) et la corruption politico-administrative sont toujours bien présents.

Il ne  s’agit pas ici de résumer cet excellent article mais de signaler tous  les intérêts en jeu  dans ces zones frontalières, ces « sites d’exception », qui mettent en oeuvre des formes exceptionnelles du pouvoir qui n’obéissent pas aux lois et qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal.

 

1/ En effet, l’ouverture des frontières et l’amélioration des infrastructures ont effectivement accéléré les échanges commerciaux, mais permit aussi de développer  la contrebande et les réseaux internationaux du crime organisé.

 

Les réseaux des marchands chinois ont su s’adapter et changer leurs mules en 4x4, en bus et en camions  tout en empruntant les mêmes pistes désormais macadamisées. Les pilules de yaa baa et les migrants illégaux suivent le même chemin que les caravanes d’opium d’autrefois.

 

Si à l’époque coloniale, les grands bénéficiaires étaient les notables locaux taï/lao, depuis l’indépendance du Laos, les membres importants du Parti communiste ont su profiter de cette longue « tradition » ainsi que tous les échelons des agents de l’État (administration,  police, armée) …et les hommes d’affaires thaï et chinois. En effet ceux-ci sont obligés de s’associer avec des entreprises d’Etat et/ou des « officiels » laos de l’État et l’armée dans des joint-ventures pour continuer de développer leurs activités illicites sur le territoire lao.

 

2/ Ainsi Danielle Tan donne l’exemple des hommes d’affaires thaïs et chinois qui ont su, dès l’interdiction de l’exploitation forestière par le gouvernement thaï le 17 janvier 1989, investir dans l’industrie du bois et enrichir « au passage les militaires et l’administration provinciale pour obtenir les licences et les concessions. La commercialisation du bois était systématiquement sous-enregistrée et les taxes non payées étaient partagées entre les différents officiers ». 

 

Ensuite même si «  En 1994, l’État soucieux de réguler les excès de l’exploitation forestière, mais surtout de casser les alliances frontalières dangereuses entre certains entrepreneurs thaïs et officiels provinciaux, accorda le monopole de ce secteur à trois entreprises d’État liées à l’armée, qui se sont réparti le territoire. »

Rapidement ,  elles ont su se « ménager » d’autres accords « officiels  »  et illicites avec les  compagnies chinoises qui ont investi dans l’hévéa par exemple, si on en juge par le transport du bois qui se fait la nuit sur la route 17B qui relie Muang Sing, près de la frontière avec la Chine,à Xieng Kok, poste-frontière sur le Mékong faisant face à la Birmanie

 

 

3/ On retrouve la même logique en ce qui concerne le trafic de drogue. «  Par exemple, la campagne d’éradication du cannabis menée par le gouvernement thaï dans les années 1980 a poussé les trafiquants à délocaliser leur production vers le Laos, le Cambodge et la Birmanie.

Depuis l’ouverture officielle des frontières avec le Laos en 1988, le pays est devenu un des

plus gros producteurs pour la Thaïlande car les champs se trouvaient juste de l’autre côté du

Mékong, en face d’Ubon Ratchathani et de Nakhon Phanom. Les trafiquants thaïs

fournissent les graines, les techniques et avancent l’argent de la récolte aux producteurs lao,

sous le contrôle étroit de l’armée lao. »quadrangle 05

 

 

 

4/ Mais l’avènement du Quadrangle économique, matérialisé concrètement par le

Corridor sud n’a pas seulement offert des opportunités lucratives pour les grands réseaux du crime organisé et les agents de l’État, il est aussi devenu une autoroute libre pour des milliers de petits entrepreneurs chinois, originaires du Yunnan voisin et de provinces plus éloignées (Hunan, Sichuan, Zhejiang) venus tenter leur chance au Laos. Au niveau des postes frontaliers, la myriade de commerçants chinois, comparés à une « armée de fourmis » par certains officiels lao, sont devenus les nouveaux partenaires privilégiés des douaniers

 

quadrangle 035/ La contrebande pratiquée par les Chinois permet en fait aux populations montagnardes d’avoir accès à des produits de consommation car ils les distribuent dans les zones les plus éloignées, où les commerçants lao ne vont pas. En ce qui concerne la contrebande pratiquée par les Lao, plus au niveau de la frontière thaïe en raison de la proximité culturelle, elle constitue une source de revenus complémentaire importante : les femmes font des allers-retours réguliers en tuk tuk ou en pirogue pour rapporter des produits de consommation de Thaïlande et les vendent ensuite dans leur boutique installée dans la maison familiale. Le troisième rapport du Pnud sur le développement humain (2006) recommande même de ne pas prendre de mesures pour l’instant pour changer la situation car le commerce informel permettrait de lutter contre la pauvreté et cette situation « ne coûte rien au gouvernement ».

 

 

6/ Il faut préciser que les Chinois ont été sciemment courtisés pour venir tempérer la prépondérance des Thaïs dans l’économie lao et contrebalancer la tutelle politique exercée

traditionnellement par les Vietnamiens. La stratégie du gouvernement lao est de tirer un

maximum de bénéfices à travers la mise en concurrence de ces trois puissances. Dans le Nord-Laos, il apparaît de plus en plus clairement que l’État et ses agents privilégient

aujourd’hui la collaboration avec les investisseurs et les commerçants chinois pour tirer

profit du commerce transfrontalier.

 

Au Laos, le gouvernement semble avoir adhéré à cette vision puisqu’il tente aujourd’hui à travers la mise en place de zones économiques spéciales de légaliser et de normaliser des activités considérées comme illicites, comme le jeu ou la prostitution. En fait, il fait de ces zones frontalières des « sites d’exception », qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal.

 

 

C’ est vraiment le nouveau quadrangle d’or , qui profite aussi bien aux Etats lao, thaï, chinois et vietnamien , au crime organisé , aux hommes d’affaires thaïs et chinois, aux montagnards , au petit peuple de chaque côté des frontières , et à tous les échelons des « corrompus »

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 04:22

Vous avez dit “farang” ?


Revenons une fois pour toutes sur le terme ฝรั่ง – farang, qu'utilisent les thaïs pour qualifier les occidentaux : ce mot, c’est du moins ce que l’on lit à peu près partout, proviendrait du mot « français » que les thaïs ne parviennent pas à prononcer, la consonne doublée « fr » n'existe pas en thaï et se prononce « far ». Lors de la tentative de colonisation du Siam par les troupes de Louis XIV entre 1685 et 1688 les siamois nous auraient alors baptisés non pas « français », mais « farançais » devenu « farangsais » (le son nasal n'existant pas en thaï) et par extension « farang » pour les autres. Il n'en est peut-être rien ? Il y a une coïncidence à tout le moins étrange ? Le farang est un fruit local, la goyave, dont la couleur de la chair rappelle étrangement celle de notre peau. Il est un procédé de réduction qui consiste à refuser à l’autre toute intelligence. Ainsi le terme de « melon », apparu probablement dans les années 60 chez les français d’Algérie, est une forme de simplification qui consiste tout simplement à considérer l'autre comme un fruit ou un légume ? La plante ne bouge pas, ne travaille pas. En nous appelant ainsi, les thaïs nous appelleraient tout simplement des melons, la connotation raciste en moins (encore que…). 

C'est moins bête que de dire les « blancs » puisque nous n'avons pas la peau blanche, ou les « jaunes » (je cherche désespérément un asiatique à la peau jaune depuis que je réside en Asie). Pour le reste, un noir, c'est parfois un นิโกร – nikrô, le mot est d'utilisation récente, importé de l'américain (negro, bien moins gentil que black) lorsque le pays servait d'arrière-base aux troupes US au Vietnam, il n'est pas académique et certainement négatif dans la bouche des thaïs. Ceux qui veulent donner dans le genre politiquement correct diront plus volontiers un « farang dam », un Farang noir.

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 04:27

 Il y a corruption et corruption

 


Un article du 18 janvier 2011 du « Petit journal » titrait :


 « POLITIQUE – 53,2% des Thaïs seraient prêts à vendre leur vote (sondage)


Une majorité des Thaïlandais seraient prêts à vendre leur vote lors d'éventuelles élections, selon une enquête de l'Université de l'assomption de Bangkok qui a sondé 2.604 électeurs dans la capitale et 18 autres provinces, rapportait dimanche The Nation. 53,2% des personnes interrogées accepteraient de l'argent, contre 40,2% qui refuseraient et 6,6% étant indécis. La région du nord-est, bastion des manifestants antigouvernementaux "chemises rouges", rassemblerait la plus forte proportion de personnes prêtes à monnayer leur voix avec 69,6%, juste devant Bangkok où se concentre une bonne partie des supporters du Parti démocrate au pouvoir. Enfin, 79,5% des interrogés reconnaissent que la pratique de l'achat des votes aurait lieu dans leur communauté, contre 20,5% réfutant son existence. Cette année, la Thaïlande devrait connaître des élections, à une date toujours non fixée.
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) »

 


Mais il y a vendre et vendre.

 

 

 Là encore nous avons une « tradition » thaïe ou du moins une façon particulière d’acheter et de vendre, une « corruption » qui ne peut se comprendre que dans un « contexte » thaïlandais voire «  asiatique ».

Car en fait le « sondage » ne raconte qu’une partie de cette pratique. 

 

Prenons le cas d’un village près de Kalasin que je connais. Au moment des élections, les candidats passent de maison en maison et comme tous les candidats du monde « annoncent » les merveilles qu’ils vont apporter au village et sollicitent le vote des habitants.

Mais ici, ils remercient la promesse de vote  en donnant qui 200 baths, qui 300, qui même 1 000 baths parfois.

 

Vous pourriez dire, à juste titre : « mais c’est de la corruption », sauf que, les roués paysans promettent leur vote à tous les candidats.

 

Considérant que « la corruption est un moyen que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir, sa conscience » (Petit Robert) et qu’ici le « corrompu » agit comme il l’entend, peut-on encore parler de corruption ?


Et si vous demandez au « roué » paysan quel est l’intérêt retiré par le futur « député », il vous répondra : « dans 4 ans, il sera riche ».

 

Etonnant, non ?

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:31

-Allo ma chère, alors vous êtes au courant pour le « coup d’Etat » ? 

-Bah non, je ne savais pas. Mais comment l’avez-vous  su ?

-Eh bien par le 1 er ministre.

-Mais qu’a-t-il dit ? 

-Eh bien qu’il était « confiant » parce que le chef des armées ne complotait pas pour le renverser. 

 

-Allo, oui c’est moi.  Mon mari m’a dit qu’il n y avait rien à craindre parce qu’il a

entendu que le vice-1er ministre savait que «  certains groupes  (de militaires ) appellent sûrement à un coup d’Etat » « mais que ce n’était pas la solution pour le pays ».

- Ouf, ça me rassure. Bon, allez, à demain à 17h pour le thé, ma chère.

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Nous avions programmé l’article sur le « Constitution Day » depuis longtemps, lorsque le Petit Journal publiait le 28 janvier :    Abhisit assure que l'armée ne fera pas de coup d'Etat

Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva a réfuté hier les allégations de la part de l'opposition, la veille, selon lesquelles l'armée préparerait un coup d'Etat contre lui alors que la tension dans la rue augmente. Il s'est dit "confiant" que le chef des armées Prayut Chan-O-Cha ne complotait pas pour le renverser. Un peu plus tôt, le vice-Premier ministre Suthep Thaugsuban a tout de même été plus nuancé, estimant que"certains groupes (de militaires) appellent sûrement à un coup d'Etat", mais qu'une telle manœuvre ne serait "pas la solution pour le pays". De son côté, le porte-parole de l'armée Sunsern Kaewkumnerd a assuré que "le chef de l'armée avait répété ne pas vouloir faire un coup d'Etat et, dans les circonstances actuelles, aucun militaire ne s'y risquerait »

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On croit rêver !

On est donc dans un pays où les discussions  sur un coup d’ Etat éventuel sont  sur la place publique et où l’on peut sans danger , alors que le crime de lèse majesté est allégrement utilisé pour bâillonner les opposants, conclure non sans humour :


« En cas de prise du pouvoir par les militaires, la Thaïlande connaîtrait depuis 1932 sa 19ème tentative de coup d'Etat, cinq après le dernier qui a évincé du pouvoir l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra ».


Nota. Tout le monde aura compris que cette réaction n’a rien contre l’article du Petit Journal , dont je suis un fervent lecteur.

 

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:25

Une tradition thaïe ?

 

J’ai rendu compte (Cf. article 2 ) du livre de Pompinol Seanawong, «  Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture », qui se donnait comme objectif de fournir

« des connaissances fondamentales sur les caractéristiques sociales et culturelles thaïes ». Je pense qu’elle devra inclure dans une prochaine édition le  "Constitution Day".

 

En effet, j’ai souri en lisant :

 

Pierre BENEDETTI, qui le 10 décembre 2010, écrivait dans « le petit journal de Bangkok » :

« Les Thaïlandais fêteront ce 10 décembre le "Constitution Day", un jour férié qui symbolise la promulgation de la première constitution permanente du royaume, et l’avènement de la monarchie constitutionnelle en 1932. Dans son histoire démocratique, la Thaïlande a connu 18 chartes et de nombreux coups d’Etat, dont le dernier en date remonte à 2006 ».

 

En effet, le 12 juin 2006 : lors du 60ème anniversaire de l'intronisation du roi Bhumibol de Thaïlande, le roi avait vu  20 Premiers ministres, 15 Constitutions (ou 18 chartes selon d’autres sources) et 17 coups d'Etat.  Et même le 19 septembre 2006, le roi pouvait assister  au 18ème  coup d’Etat militaire: qui évinçait Thaksin Shinawatra et le  19 août 2007 constater que 58% d’électeurs avaient approuvé une nouvellle constitution ! 

 

Certes, le sujet prête peu à sourire, mais il est indéniable que l’histoire de la Thaïlande a été marquée par ses coups d’Etat et auparavant, par les exécutions sommaires lors des successions ou les « révolutions »  de palais. Ainsi, par exemple Ratsadathiratkumara, 1533-1534 (5 mois, roi enfant), Kaeofa,1546-1548 (assassiné à 15 ans), Worawongsathirat, nov.1548-janv.1549 (usurpateur hors dynastie, assassiné), Mahintharatthirat, 1568-1569 (déposé par les Birmans), Chetthathirat II , 1628-1629 ; exécuté, Atitthayawong, 1629 ; roi enfant, déposé et exécuté, Chao Fa Chai,  sept.1656 ; règne quelques jours, exécuté, Si Suthammaracha, sept. 1656-nov. 1657 ; déposé et exécuté …et la « révolution de Pitracha de 1688 » (Cf. notre 13. Les relations franco-thaïes) où celui-ci exécute les deux frères légitimes successeurs du roi Naraï. Et au 19ème siècle,  pour le royaume de Thonburi (1767-1782), comment le général Tahksin se proclame roi  et est « éliminé » par son général en chef qui fonde la dynastie Chakri  actuelle à Bangkok en 1782, sous le nom de Rama I … et Rama VIII (auto censure)…

 

Comment expliquer ce triste record (qui ne compte pas les tentatives royalistes des années 30) ?


Les réponses sont forcément multiples, selon les opinions politiques des uns et des autres, selon que l’on appartienne à la famille royale, aux différentes factions de l’Armée, aux différentes familles commerçantes et industrielles, thaïes et sino-thaïes qui ont participé au Pouvoir, aux classes dirigeantes des différents Partis qui ont animé la vie politique depuis 1932… selon … selon …

Selon que l’on soit royaliste ou républicain, du Nord , du Centre ou du Sud,  de gauche ou de  droite, jaunes ou rouges, laïcs ou non, pro-chinois ou pro-américain, Thaïs ou farangs …


En effet, il est même beaucoup de « farangs » qui s’interdisent et interdisent toute proposition d’analyse au nom du principe « obligatoire » de neutralité ou au nom de la peur du « crime de lèse majesté ».


Il est vrai que le pouvoir en place utilise beaucoup ce moyen pour empêcher toute pensée critique et l’exercice des libertés démocratiques.

 

Il n’est pas pourtant si téméraire d’évoquer le coup d’Etat de 1932 qui transformait la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle, la rébellion royaliste du Prince Boworadet d’octobre 1933, l’abdication de Rama VII le 2 mars 1935 dans une lettre envoyée d’Angleterre, que Phibun principal auteur avec Pridi, du coup d’Etat de 1932, mettra sur pied en 1938 un régime inspiré du fascisme européen, qu’à la fin de la guerre, il sera arrêté par les Alliés et inculpé de crimes de guerre pour être acquitté sous la pression populaire, etqu’il exercera un pouvoir dictatorial de 1938 à 1944 et de 1948 à 1957

Ce n’est pas un secret de savoir  qu’en 1954 : la Thaïlande est membre fondateur de l'Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est, l'OTASE, pacte militaire pro-occidental, qu’en 1957, le maréchal Sarit Dhanaraj(=Thanarat) prend le pouvoir et force Phibun à s'exiler au Japon et que le pays profite d’une aide américaine conséquente pour les infrastructures (on évoque 3 milliards de dollars chaque année entre 1951 et 1975), qu’un accord sera signé autorisant… à installer des bases aériennes « américaines » dans l'est du pays, d'où décollent les bombardiers B 52 qui vont pilonner le Nord Viêt Nam.

On n’offense personne en constatant que les militaires resteront au pouvoir jusqu'en 1973 (année où l’armée tire sur les manifestants le 14 octobre avec 77 morts), que la « révolution de 1973 » a été suivie d’une brève et instable démocratie, suivie par un nouveau coup d’État en 1976, et d’autres qui verront le général Prem Tinsulanonda règner sur la Thaïlande à la tête d’un régime militaire en 1980, et avec un mandat démocratique à partir de 1983 jusqu’en 1988 où le général Chatichai Choonhavan lui succède . Par la suite, le pays est demeuré une démocratie, mise à part une brève période sous un régime militaire de 1991 à 1992

Beaucoup ont vu en 1997, la "Constitution du peuple", comme une véritable avancée démocratique, avec la création d’organes indépendants de contre-pouvoir tels que la Commission électorale, la Commission nationale anti-corruption (NACC), et la Commission des droits de l’homme.

Qu’en 2001, le parti Thai Rak Thai (les Thaïs aiment les Thaïs) gagna les élections et que  le premier ministre Thaksin Shinawatra put gouverner, jusqu'à  septembre 2006, (où bien qu’élu deux fois élu au suffrage universel),  il fut renversé par des généraux putschistes voulant « sauver la démocratie en danger ». Mais les électeurs donneront le 23 décembre 2007 une large victoire aux élections législatives du Parti du pouvoir du peuple (PPP) au sein duquel se sont regroupés les partisans de Thaksin Shinawatra.

On n’évoquera pas les « événements » de 2008 à 2010 encore trop « sensibles », bien que l’on aimerait connaitre le fonctionnement et le rôle de la Cour Constitionnelle, qui a pu contraindre le 1er ministre Samak Sundaravej à démissionner pour… avoir présenté une émission culinaire pendant son mandat (sic), et ensuite le 2 décembre 2008 dissous le parti au pouvoir, reconnu coupable de fraude électorale, et interdit au Premier ministre toute activité politique pendant cinq ans.

On ne dira rien sur les « événements » d’avril et de mai 2010, de l’état d’urgence qui a suivi…


Peut-on dire que la démocratie a du mal à s’installer quand on doit subir un coup d’Etat miltaire tous les 4 ans en moyenne et qu’on utilise le « crime de lèse majesté » pour faire taire les opposants, dans un système  où les gens ne sont pas des citoyens (prachathipattai baep Thaithai) mais des sujets du roi et des serviteurs de la nation (phonlamueang) .

 

Il est bien de fêter le « Constitution day », il serait bien aussi de fêter une constitution qui garantisse la démocratie et redonne à l’Armée sa fonction de défense nationale.

 

_________________________________

 

Je ne peux que recommander la lecture du petit journal, qui chaque matin nous livre les principales informations thaïlandaises et les principaux événements de la vie francophone en Thaïlande :  (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) et que M. Benedetti veuille me pardonner d' avoir "détourné" son article.

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 04:58

Un cinéma d’art, en difficulté

 

affiche-oncle-boonmeebEn Mai 2010, au moment où la Thailande s’entredéchirait dans les rues de Bangkok, c’est non sans quelque ironie que l’on a vu le triomphe au festival de Cannes , du cinéaste Apichatpong Veerasethakul, avec son film « Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures » et qui obtint la Palme d’Or. Même si le sujet du film semble bien loin des événements évoqués, il prend ses racines dans la culture thaïe et nous verrons ce qu’un tel film peut apporter à la Thaïlande d’aujourd’hui

L’histoire tient plus du conte légendaire que d’une critique sociale. : « Oncle Boonmee souffre d’une insuffisance rénale aigüe et décide de finir ses jours auprès des siens à la campagne. Etrangement, les fantômes de sa femme décédée et de son fils disparu lui apparaissent et le prennent sous leurs ailes. Méditant sur les raisons de sa maladie, Boonmee va traverser la jungle avec sa famille jusqu’à une grotte au sommet d’une colline- le lieu de naissance de sa première vie… »

 

On comprend toute de suite que ce conte onirique vise à mettre du baume au cœur du peuple thaïlandais, en le ramenant à ses authentiques valeurs. C’est un hymne à la beauté de la vie dans ce qu’elle a d’exceptionnelle mais aussi d’ordinaire. Ainsi chaque événement du film fait partie d’un tout, rien n’arrive au hasard. Les scènes les plus irréalistes, prennent tout leur sens dans une certaine logique de la vie. Et quand on est confronté comme dans le film à des situations incompréhensibles, alors on accepte en silence. On est à peine surpris de voir resurgir l’épouse défunte devenue fantôme à la table de la famille on l’est à peine lorsqu’on assiste au retour du fils disparu, évanoui dans la nature, devenu singe aux yeux rouges brillants dans la nuit. Le fantastique est quotidien, la réincarnation naturelle. C’est le voyage spirituel d’une âme en transit… Voilà pour l’identité culturelle thaïe.

 

apichatpong-weerasethakul.

 

Apichatpong Weerasethkul est né en juillet 1970. Il grandit à Khon Kaen où ses parents sont médecins dans un hôpital. Il est diplômé de la grande université de Kong Kaen en architecture, puis il obtiendra un master en Beaux Arts à « l’Art Institute de Chigago » en 1997. Depuis le début de 1990 il tourne des films expérimentaux et documentaires axés sur les habitants modestes des régions de l’Isan (grand réservoir des chemises rouges). Il tournera ensuite plusieurs longs métrages qui l’ont fait connaître hors de Thaïlande. Ses œuvres aiment partir d’une histoire évoquant un quotidien banal pour basculer à mi chemin dans une imagerie poétique, onirique et mythologique. Le cinéaste cultive le goût du mystère et la lenteur dans le style contemplatif qui confronte le moderne à l’archaïque. Mais dans cet univers du cinéaste tout est normal si l’on ose dire. Simplement  il faut accepter qu’on peut être soi et un autre, être là et ailleurs, hier et aujourd’hui

 

Apichatpong Weerasethkul, est donc considéré comme un cinéaste majeur du début du XXIe siècle. Il n’a que 40 ans en  2010, mais il n’est pas le seul et nous citerons plus loin le cas de Tanwarin Sukkhapisit, autre figure de proue de ce cinéma d’art si original.

 

On sera donc d’autant plus étonné d’apprendre que le film, Oncle Boonmee est censuré aux moins de quinze ans en Thaïlande au motif qu’on y voit un bonze s’adonner aux joies du karahoké, et une scène d’amour entre une princesse et un poisson-chat !


apichatpong-weerasethakulto

 

Apichatpong Weerasethakul (avec Tanwarin Sukkhapisit)  est la figure phare d’une nouvelle vague du cinéma thaïlandais. Déjà en 2004 il avait reçu le prix spécial du jury à Cannes pour  « Tropical malady ». En 2007 de la sortie de son film Sang Sattawat (Syndromes and a Century) en Juin 2007, les censeurs thaïs s’étaient manifestés avec violence en émettant un avis défavorable à la sortie en salle du film en Thailande. Il fut distribué en DVD.

Les censeurs reprochaient des scènes jugées inappropriées, notamment l’une qui montrait un moine jouant de la guitare !!! scènes jugées obscènes ou blasphématoires. Mais n’oublions pas qu’en thailande, ne pas se lever pendant l’hymne royal (qui ouvre toute séance de cinéma) vous conduit en prison. On avait donc demandé au cinéaste de retirer ces scènes mais il avait préféré renoncer à la sortie de son film en salles plutôt que de le couper. Dans un communiqué, le cinéaste indique en comparant ses films à ses enfants «  Peu m’importe qu’ils soient aimés ou méprisés. Si mes descendants ne peuvent vivre dans leur propre pays, qu’ils soient libres. Puisque d’autres lieux les accueillent chaleureusement tels qu’ils sont, il n’y a aucune raison de les mutiler par peur du système. »Belle preuve d’indépendance !


En effet ce film (Syndrome and a Century) a été sélectionné au festival international du film de Venise et a reçu le prix du meilleur film asiatique au festival à Deauville. En 2002 Blissfully Yours avait reçu le prix « un certain regard. » et Tropical Malady est classé par les Cahiers du cinéma comme troisième film le plus important des années 2000/2009.

 

 Oncle-Boonmee-scene-film

 A côté de toutes ces aventures, le sort de la palme d’or seulement interdit aux moins de quinze ans (et non aux mois de 18/20 ans) c’est plutôt une bonne nouvelle  voire une victoire pour celui qui a fondé en 2007 le Mouvement libre du cinéma thaïlandais. : Et la conclusion était toute dans cette interrogation du journal « The Nation »  «  des signes montrent que le gouvernement est plus réceptif… Est-ce parce que les autorités commencent à voir le cinéma comme un art plutôt que comme un divertissement ?

Mais les faits donnent déjà une sorte de réponse. En 2010, après la palme d’or d’Apichatpong Weerasethakul  le cinéaste Tanwarin Sukkhapisit a vu son film « Insects in the backyard » dont le héros est un père transsexuel, censuré totalement au motif d’immoralité. Le mince espoir qui semblait se dessiner est tombé à l’eau et Tanwarin Sukkhapisit a rejoint le combat d’Apichatpong Weerasethakul  pour la « libération du cinéma thailandais » et la réforme par le ministère de la culture du comité de la censure décidemment mal inspiré.

 

UncleBonmee-le-singe-aux-ye


On peut se poser la question, comment un pays peut- il produire une œuvre aussi belle et nuancée sur l’homme en général, comme Oncle Boonmee, et en même temps se laisser déchirer par les divisions politiques les plus barbares et les plus simplistes ; les interlocuteurs ne sont plus que des couleurs, les rouges contres les jaunes, et la communication n’est plus qu’une condamnation primaire… On peut comprendre de voir défiler d’étranges portraits d’adolescents soldats, au sourire dérangeant, possible écho de la guerre civile qui gronde en Thaïlande.  Il faut se garder d’interprétations hâtives et plutôt se laisser enivrer par le calme du propos, par son rythme paisible comme l’est la vie des paysans de l’Isan.

 

Ce film est donc le bienvenu dans le paysage thaïlandais pour remettre les choses en perspective, et au-delà du conflit pour redonner le sens des vraies valeurs thaïes bien éloignées de nos cinémas réalistes, et militants…La Thaïlande peut fièrement revendiquer ces grands artistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 04:40

La bataille navale de Koh-Chang du17 janvier 1941 

 

koh-chang-map2Le 17 janvier 1941 au cours de la  2 ème guerre mondiale a lieu la "Bataille Navale de Ko Chang". Il est écrit dans les livres d’ histoire thaïe que "Les Thaïs remportèrent une grande victoire" .

Le 17 janvier est d'ailleurs fêté chaque année pour commémorer les héros navals qui sacrifièrent leurs vies pour protéger leur pays.


 

Nous vous proposons une version française :


 

 

 le-mekong Le pouvoir panthaïe s’efforçait de mobiliser son opinion publique et publiait un «livre blanc» récapitulant les actes hostiles commis par la France et énumérait les territoires que cette dernière avait arrachés à la mère-patrie. Pour appuyer ses revendications, le pouvoir en place à Bangkok se livra à quelques gesticulations militaires : incursions terrestres et aériennes, incidents sur le Mékong, fleuve frontière avec le Laos. Des gesticulations que Pierre Boulle (voir les références bibliographiques) décrit avec humour.

 

 

 La presse franco-indochinoise de l’époque raille Phibun, ce « maréchal d’opérette » qui n’a pas, comme le nôtre, gagné son bâton face à l’ennemi. Mais ce maréchal a une armée équipée par le Japon et l’Italie, peut-être aussi des mercenaires belges, habiles pilotes de chasse dans une aviation moderne, et ouvertement affiché un désir de revanche face aux « traités inégaux » conclus avec les puissances coloniales.

Face à lui, un vieux maréchal qui, aux dires de son médecin, le docteur Ménétrel, n’est « lucide que le matin ». Le destin de l’Indochine française est entre les mains de l’Amiral Decoux. Il a gagné ses étoiles pendant la première guerre et entre les deux. Il remplace comme Gouverneur le général Catroux, favorable à ce qu’on appelait alors « la dissidence ».

Une guerre franco-thaïe a-t-elle un sens sous ces tropiques 

Une colonie où la France n’est pas chez elle dit-on à Bangkok, L’Indochine est française dit-on à Saigon. Cette guerre incongrue offre pourtant à la France la seule victoire navale des deux guerres, flotte contre flotte, dont les artisans resteront toujours des pestiférés, aucun navire kochangfrançais ne portant fièrement sur ses flancs le nom de Koh Chang.

Les sources thaïes et les sources françaises se renvoient la responsabilité des affrontements ayant conduit au déclenchement des hostilités ?

Fabienne MERCIER-BERNADET  (article paru dans la très savante Revue historique des armées, n°223, 2001) insiste sur la responsabilité des Thaïs dans cette guerre d’escarmouche. « Le conflit franco-thaïlandais (juin 1940-mai 1941), une manipulation japonaise ? » titre-t-elle, pour conclure in fine que le point d’interrogation était de trop.
La radio de Bangkok multiplie en tous cas les invectives sur les ondes.
Pierre Boulle se retrouve à Savannakhet et ne fut pas impressionné par les  « gesticulations », petites bombes thaïes qui ne font aucun dégâts pas plus que n’en font les Potez français qui bombardent l’autre rive du Mékong. Les Thaïs invoquent de leur côté un bombardement ravageur de NakhonPhanom ?

Le site officiel du Ministère de la marine français décrit d’abondance la bataille navale. Je le présume impartial. Celui du Ministère de la marine thaïe aussi, je le présume également impartial ! Chacun accuse l’autre.

amiral-decouxIl est apparu en tous cas évident à Decoux que la Marine siamoise allait entrer en action. Pour mettre fin aux « agressions » siamoises, il décide de frapper la Thaïlande au moyen d'une offensive et charge l'amiral Jules Terraux et le capitaine de vaisseau Régis Bérenger de cette mission. Ses ordres étaient simples et brutaux « rechercher et détruire les forces navales des siamois ».

Cette opération contre la marine siamoise aboutira au combat de Koh Chang. L’armée du Laos a reçu ordre de faire diversion en engageant en même temps un fantastique tir d’artillerie sur plus de 100 kilomètres le long du Mékong, et faire le plus de bruit possible avec de vieilles automitrailleuses pour donner aux Siamois l’impression que quatre divisions de panzer vont fondre sur leur pays. Pierre Boulle s’en donna à cœur joie !

Les parties sont au moins d’accord sur les forces en présence.

Côté Siamois toute la marine thaïe est là :

Deux garde-côtes cuirassés (un seule disent les thaïs), dix torpilleurs, deux avisos, quatre sous marins et deux mouilleurs de mine. Ce ne sera pas un jeu d’enfants.

Côté français

lamotte-piquet1Les forces navales d’Indochine. Le croiseur Lamotte-Picquet de 8000 t, deux Avisos coloniaux, le Dumont d'Urville et l'Amiral Charner de 1970 t chacun, et deux avisos, le Tahure et le Marne respectivement  650 et 700 tonnes.

La Marine siamoise à Koh Chang possède une supériorité écrasante sur la division navale française d'Indochine, en tonnage (16.600 tonnes contre 12.500 pour la France) et en hommes (2.300 contre 950).

Ses bâtiments ou tout au moins certains d’entre eux sont récents, japonais ou italiens. La flotte française est âgée, nos marins ne connaissent pas les côtes siamoises mais ils savent que les fonds sont dangereux. L'issue du combat est aléatoire.


L'engagement

Bérenger décide de concentrer ses forces sur Koh Chang.

Le 17 janvier à 5 h 45, l'ordre d'attaque est donné, l'action commencera à 6h15.  Le temps est magnifique, nos bateaux se profilent sur un horizon dégagé, l'ennemi se fond dans la grisaille du petit matin.

domburi-couleLes Siamois ouvrent le feu à 6 h 14 avec des pièces de 203. Les deux sections d'avisos ripostent immédiatement. Les premiers coups, tirés à 12500 m. par les avisos coloniaux sont longs mais essentiels : Ils détruisirent un poste d'observation situé à terre et relié téléphoniquement à Chantaboun.

Le croiseur Lamotte ouvre le feu avec des pièces de 155 à 6h19, à 10000 m des bâtiments siamois, à 6 h 20, il lance ses torpilles, il ouvre le feu avec des 75 à tir rapide. Quelques minutes plus tard, il concentre tout son feu sur un second torpilleur, le premier ayant été détruit aux premiers coups de 155.

Quelques minutes plus tard encore nos avisos se rapprochent de l’ennemi, concentrent leur feu sur les torpilleurs. Deux se retrouvent la quille en l'air, le troisième explose. Nos marins voient une colonne de fumée de trois ou quatre cents mètres. Il ne reste plus rien sur rade. La première phase de l'engagement est terminée. Le croiseur Lamotte reprend la direction du mouillage. Béranger demande aux avisos de porter le coup de grâce aux torpilleurs,

A 6 h 38, il aperçoit à 4000 m un garde-côtes faisant route au nord-est et l’attaque engage immédiatement au 155. C'est le fameux Dombhuri. Il navigue en zigzag entre les îles pour tenter de dérégler le tir des français. Ses tirs sont lents mais précis.

Le croiseur Lamotte évolue difficilement, ses hélices brassent la vase. Il ne peut plus se hasarder sur des fonds inconnus. Bérenger décide donc de revenir à l'ouest. Le Dombhuri est en flammes, il cherche à se cacher derrière les îlots mais à chaque apparition, le croiseur reprend le feu.

le-Potez25-a-kochangA 7 h 50, le CV Bérenger ordonne le repli ne pouvant poursuivre le Dombhuri dans les eaux peu profondes où il s'est réfugié et on craint une riposte aérienne qui n'aura pourtant pas lieu

A 8 h 58, toutefois un biplan Vought Corsair lâche deux bombes sur le croiseur. A 9 h, une bombe manque l'Amiral Charner. Jusqu'à 9 h 40, quelques avions apparaissent, cherchent à profiter du soleil mais sont accueillis par la défense anti aérienne et les oblige à prendre la fuite.


Bilan

Le bilan en trois heures de combat est dramatique du côté siamois. Deux torpilleurs coulés, l'un d'eux, légèrement atteint, a pu prendre la fuite. Le Dombhuri a coulé en feu. 40 % du tonnage de leur flotte de combat. Les pertes en hommes sont effroyables, 82 survivants seulement sur les quatre bâtiments ; un tiers de la flotte de guerre siamoise hors de combat pour longtemps. Côté français, on ne déplore aucune perte, ni en hommes ni en matériel. Pour les Thaïs, les pertes en hommes ont été minimes, 36 morts, les Français cachent à la fois la mort de leurs hommes et les très importants dégâts que leur artillerie aurait porté à au moins deux bâtiments français. C’est en tous cas ce que martèle Radio Bangkok face à radio Saigon .

indochine-kochangTrois raisons ont contribué à la victoire de Koh Chang :

• Un stratège de génie, le CV Bérenger : Lorsque les spécialistes (dont je ne suis pas) examinent les choix du commandant, ils admirent sa lucidité et son bon sens dans la simplicité, difficile dans le feu du combat.

• Nos équipages sont enthousiastes et surentraînés. La marine n'a pas subi comme nos troupes de terre et d'air, la déroute du printemps 1940. Leur esprit de combativité est intact.

• Un hasard bénéfique les premiers obus détruisent le poste de guet terrestre relié téléphoniquement à la base ennemie, retardant de ce fait l'intervention de l'aviation siamoise qui eut été gênante en plein combat naval. Par ailleurs, autre coup du sort heureux du croiseur Lamotte qui tua le Commandant duDombhuri et ses seconds dés les débuts de l'engagement.

Le retour à Saigon-Cholon est triomphal.

L’hebdomadaire « Indochine » tire le 1er février un numéro spécial. Question posée à un marin, « succès facile ? » « Succès total mais non pas succès facile, les Siamois se sont bien battus, ils ont bien manœuvrés, ils se sont bien servi de leur matériel. Ajoutez que leurs torpilleurs étaient modernes et rapides ». Le journal y ajoute de multiples photographies des bâtiments en flamme et ironise sur les « mensonges de Radio Bangkok »

 

Ne retenons de cette bataille gagnée mais inutile que l’ordre du jour de Béranger à ses troupes le lendemain pour les féliciter et louer aussi le courage des marins siamois.

legion-d'honneur-pour-koh-cLes Siamois font de même. Des deux côtés on distribue les médailles à la pelle. On reste chevaleresque d’un côté comme de l’autre.

La situation politique ne permettra pas au Gouvernement de l'État français de tirer le moindre profit de ce brillant fait d'armes, mais c'est une toute autre histoire de gagner une bataille et de perdre une paix. C’est terminé, un armistice est signé, le Japon tire les ficelles, nous cédons aux Siamois à peu près tout ce qu’ils voulaient. Des croix de guerre sont aussi distribuées à la pelle à l’armée du Laos.

On peut voir à Trat le monument « aux mort siamois du 17 janvier 1941 pour la défense de la Patrie ».

 

 

 kohang-4Une pensée pour ces marins thaïs morts courageusement pour rien. Le 19 janvier 1941, radio Saigon salue le courage de ces marins au cours d’une bataille épuisante... Une cérémonie à leur mémoire a lieu tous les 17 janvier à Trat.



 

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Vous pouvez, si cela vous amuse, trouver un « wargaming » appelé Wargaming Koh Chang, je ne vous dis pas où, car je trouve cela du dernier mauvais goût. Origine américaine évidemment.

Sources françaises

http://www.netmarine.net/bat/croiseur/lamotte/kohchang/, (site officieux du Ministère de la marine)

http://patrianostra.forum-actif.eu/t1909-le-comment-de-la-guerre-franco-thailandaise#23390 (site officieux de la légion étrangère)

Pierre Boulle, « Aux sources de la rivière Kwaï », Julliard, 1966, ISBN 2 266 00968 0.

Fabienne MERCIER-BERNADET Revue historique des armées, n°223, 2001) « Le conflit franco-thaïlandais (juin 1940-mai 1941), une manipulation japonaise ? »
« Maréchal » numéro 201, 2001, « une guerre oubliée : le conflit franco-thaïlandais », une revue « maréchaliste » contenant des articles de fond souvent fort sérieux.
Sources thaïes

http://www.navy.mi.th/navalmuseum/002_history/html/his_b23_gauchang_thai.htm (site apparemment officiel de la marine thaïe)

th.wikipedia.org/wikiการรบที่เกาะช้าง

http://www.btinternet.com/~david.manley/naval/genquar/kohchang.htm

http://www.bloggang.com/mainblog.php?id=skyman&month=26-01-2007&group=2&blog=1

 

 

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