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  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 juillet 2020 7 26 /07 /juillet /2020 22:05

 

Nous avons consacré plusieurs articles à Auguste Pavie, ce «héros de la France coloniale» (1). Il a donné son nom à des rues ou des places (Rennes, Guigamp, Retiers)  et des lycées.

 

Il a été honoré par la philatélie indochinoise en 1947.

 

 

Il a aussi été statufié au Laos. Ces statues feront-elles l’objet de déboulonnage lorsque des iconoclastes –le plus souvent incultes– se souviendront qui il était. L’histoire de ces statues est chaotique, elle a été longuement développée sur un blog ami (2). Résumons là.

 

Le  monument de Vientiane :

 

 

HISTOIRE DES STATUES DE PAVIE

 

Au Laos

 

Un terrain arboré au bord du Mékong fut nommé au début des années trente « Place Pavie ». Il s’y trouve aujourd’hui un hôtel de luxe. Au centre fut érigée une statue à sa mémoire due au ciseau  du sculpteur français Paul Ducuing qui a par ailleurs travaillé au Cambodge et au Vietnam. En bronze, elle se composait à l’origine de la statue de Pavie proprement dite et d’un groupe de deux « offrants » composé d'un couple de laos qui portait une plaque de marbre avec la seule mention «Auguste Pavie 1847-1925».

 

 

 

La statue fut démontée à l’arrivée des Japonais, remisée sur un coin de la place et les deux « offrants »  installées dans la cour du Vat Ho Phra Keo, celui-là même qui abritait un temps le Bouddha d’émeraude, paladium des Thaïs.

 

 

Au retour des Français, la statue fut réinstallée au bord de la place jusqu’à ce que la construction de l’hôtel Lane Xang entraine son transfert.

 

 

Après étude de divers emplacements possibles, elle fut remisée à l’ambassade de France et les deux « suppliants » restèrent dans l’enceinte du temple. D’abord visible de l’extérieur jusqu’en 1978, les autorités locales exigèrent qu’elle fut remisée de façon à ne pas être vue des passants. Elle se trouve aujourd’hui dans un coin du jardin de l’ambassade entièrement fermé à la vue extérieure.

 

 

Le groupe des deux « offrants » seraient actuellement au « Musée du Laos National » (ancien Musée de la révolution). Ils y seraient pudiquement représentés comme les génies protecteurs des amoureux. Il est facile de concevoir que ce groupe offrant à Pavie tout simplement leur pays constituait pour le Laos la statue de la honte, le symbole d’un pays conquis par les cœurs et  non par les armes!

 

 

Une deuxième statue identique à celle de Vientiane fut érigée à Luang Prabang mais sans « offrants » en face du Cercle Militaire Français: Après la reconnaissance du Laos comme état souverain par les Nations Unies en 1955, la France maintint une Mission Militaire avec une antenne à Luang Prabang dont les locaux abritèrent la statuede Pavie à résidence, qui disparut de façon restée mystérieuse avant l’occupation de la ville par les forces du Pathet-Lao. Une reproduction ou un moulage en béton se trouve ou se trouverait dans une propriété privative?

 

 

Notre ami Jean-Michel Strobino avait redécouvert au début des années 1990 du cénotaphe à la mémoire d’Henri Mouhot dans les environs de Luang-Prabang, construit au demeurant à l’initiative de Pavie (3). Le lieu de son inhumation reste inconnu.  Le monument a été réhabilité et présentement entretenu par les autorités consulaires. Curieusement, y a été érigée en 2009 par un admirateur du « Souvenir français » un moulage ou une reproduction de la même statue, que le pourtant très sérieux « Bangkok Post » dans un article de 2018 a considéré – regrettable confusion -  comme celle de Mouhot (4).

 

 

En France

 

Son souvenir perdure naturellement à Dinan, sa ville natale oú un buste dû au ciseau d’Anna Quinquaud a été inauguré dans le « Jardin anglais » en 1947 lors du centenaire de sa naissance.

 

 

Il en est un autre à l’Académie des sciences d’outre-mer sur lequel nous n’avons d’autre élément qu’une photographie.

 

 

L’ŒUVRE ÉCRITE DE PAVIE

 

 

Originaire de Dinan, il s'engagea dans l'armée dès l'âge de dix-sept ans, servit en Cochinchine dans l'infanterie de Marine (1868) avant d'être envoyé au Cambodge en 1875, chargé des lignes télégraphiques. En 1879, il est chargé par le nouveau gouverneur de l’Indochine, Le Myre de Vilers, de dresser une nouvelle carte du Cambodge à l’occasion de la construction d'une ligne télégraphique entre Pnom-Penh et Bangkok. En 1885, Le Myre de Vilers qui connait ses qualités lui confie le poste très délicat de consul de France à Luang-Prabang où il devra défendre les droits que la France prétendait alors voir  hérités de l'Annam sur le Laos. M. le Myre de Vilers par ailleurs souhaitait encourager les études géographiques et exploratrices depuis l'achèvement  de la mission Doudart de Lagrée et les voyages de Harmand.  Ainsi, parti de Louang-Prabang, il entreprit de 1887 à 1889 une série de voyages à travers le Laos que Mouhot et Francis Garnier n'avaient fait qu'effleurer. Ses expéditions portèrent dans trois directions principales, vers l'est (Tran-Ninh et la  plaine des Jarres), vers le nord-est (Hua-Panh) et au nord (Sip-Song-Chau). L’objectif  - il y en eut d’autres - était de trouver des routes sûres vers le Tonkin permettant de désenclaver le Laos pour le rattacher solidement à nos autres possessions indochinoises.

 

 

UNE ŒUVRE COLLECTIVE MONUMENTALE

 

COMPTE RENDU DE MISSION : GÉOGRAPHIE ET VOYAGES : 6 VOLUMES ET UN ATLAS.

 

Le premier volume du compte rendu de sa mission « Mission Pavie- Indochine – 1879-1895 – Géographie et voyages – I - EXPOSÉ DES TRAVAUX DE LA MISSION - INTRODUCTION, PREMIÈRE ET DEUXIÈME PÉRIODES - 1879 A 1889 » est publié en 1901,  assortie de 18 cartes et de multiples illustrations.

 

 

La suite « Mission Pavie- Indochine – 1879-1895 – Géographie et voyages – II- EXPOSÉ DES TRAVAUX DE LA MISSION - INTRODUCTION, TROISÈME ET QUATRIÈME PÉRIODE - 1889 A 1895 », assortie de nombreuses cartes et illustrations, est publié en 1906.

 

A partir de 1888, il est entouré d’une série de collaborateurs, civils ou militaires, comme Cupet, Rivière, Pennequin Malglaive, Cogniard, Dugast, Lugan, Counillon, Coulgeans, Massie, Macey ; essentiellement attachés à l’armée coloniale puis aussi Lefèvre-Pontalis, jeune diplomate ou Le Dantec, biologiste, des géographes, des arpenteurs, des géomètres, des médecins, des naturalistes, des ethnologues. Au fil des années, ils seront plus de trois douzaines en sus des auxiliaires indigènes, porteurs et interprètes.

 

 

Le volume suivant l’ordre logique mais publié en 1900 « Mission Pavie - Indo-chine – 1879 – 1895 - Géographie et Voyages – III -  VOYAGES AU LAOS ET CHEZ LES SAUVAGES DU SUD-EST DE L'INDO-CHINE PAR LE CAPITAINE CUPET -  INTRODUCTION PAR AUGUSTE PAVIE ». Les cartes et les illustrations y sont toujours nombreuses.

 

Le volume suivant « Mission Pavie - Indo-Chine - 1879-1B95 - Géographie et voyages – IV - VOYAGES AU CENTRE DE L’ANNAM ET DU LAOS ET DANS LES RÉGIONS SAUVAGES DE L’EST DE L'INDO-CHINE PAR LE CAPITAINE DE MALGLAIYE ET PAR LE CAPITAINE RIVIÈRE » est publié en 1902, riche de cartes et d’illustrations.

 

 

Il sera suivi en 1902 par la « Mission Pavie - Indo-Chine - 1879-1B95  - Géographie et voyages –V -  VOYAGES DANS LE HAUT LAOS ET SUR LES FRONTIÈRES DE CHINE ET DE BIRMANIE PAR PIERRE LEFEVRE-PONTALIS - INTRODUCTION PAR AUGUSTE PAVIE ». Les cartes y sont tout autant nombreuses que les illustrations.

 

 

Le série Géographie et voyages se termine en 1911 avec la « Mission Pavie - Indo-Chine - 1879-1B95  - Géographie et voyages –VI -  passage du Mé-Khong au Tonkin – 1887 et 1888 » toujours assorti de cartes et d’illustrations.

 

 

Elle est remarquablement complétée, en 1906, par un « Atlas – Notices et cartes » incluant l’Indochine française, Siam et le « Laos occidental » (Laos siamois) ainsi que le Yun-Nan.

 

Nous parlerons plus bas de  la suite et fin de - Géographie et voyages –VII.

 

 

 

LITTÉRATURE     

 

Pavie s’en est souciée avant la géographie! C’est simplement en 1898 qu’il publie « Mission Pavie - Indo-Chine – Etudes diverses – I – Recherches sur la littérature du Cambodge, du Laos et du Siam ». Le texte fera l’objet d’une réédition en 1903 sous le titre «  Contes populaires du Laos, du Cambodge et du Siam ».

 

 

L’ouvrage avait été précédé en 1894 d’un « Mission Pavie - Indo-Chine – Tome II –Littérature et linguistique – Dictionnaire Laotien par M. Massie ».

 

 

HISTOIRE

 

 

Avant de publier le résultat des recherches, constatations et investigations Pavie avait publié en 1898 « Etudes diverses - II – recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du  Vietnam contenant la transcription  et la traduction des inscriptions par M. Schmitt ». L’ouvrage, même s’il a vieilli en raison des découvertes ultérieures, reste fondamental. Il comprend la reproduction, soit photographique soit pas estampage, de nombreuses inscriptions épigraphiques y compris naturellement celle qu’il appelle l’ « INSCRIPTION THAÏE DU ROI RAMA KMOMHENG », il est le premier ouvrage accessible au public à en avoir dévoilé le contenu, même si la traduction du père Schmitt fut ultérieurement discutée par ses confrères en érudition.

 

 

HISTOIRE NATURELLE

 

 

Le volume  publié en 1904 «  MISSION PAVIE INDO-CHINE - 1879 -1895 - Études diverses – III - RECHERCHES SUR L'HISTOIRE NATURELLE DE L'INDO-CHINE ORIENTALE » est probablement, sur la plan scientifique, le plus important de tous. « Publié avec le concours de professeurs, de naturalistes, de collaborateurs du Muséum d’histoire naturelle de Paris », il est un phénoménal inventaire des ressources de la région en anthropologie (préhistoire), zoologie (insectes, arachnides, myriapodes, crustacés, mollusques et gastéropodes, vertébrés (poissons, batraciens, reptiles,  oiseaux, mammifères. Il comporte des centaines de reproductions, gravures ou photographies. Il n’est pas certain que plus d’un siècle plus tard, l’ouvrage ait son équivalent.

 

 

Ces volumes retracent l’histoire d’une vaste reconnaissance territoriale destinée à fixer les futures limites entre l'Indochine française, la Chine, le Siam et la Birmanie. Ses résultats scientifiques sont impressionnants et sans équivalent  dans l’histoire de la colonisation française. Les recherches de Pavie et de ses collaborateurs ont débordé le Laos en portant sur le Tonkin, la Cochinchine,  l'Annam, le Cambodge et le sud de la Chine. Ils ont visité environ 600.000 km2, soit plus que la superficie de la France, reconnu, relevé et partiellement cartographiés, 70.000 km d'itinéraires terrestres et fluviaux. La mission fut pluridisciplinaire, ne négligeant ni l'histoire, ni la littérature, ni le folklore. Pourquoi dès lors cette question posée dans le titre de cet article.

 

 

UNE ŒUVRE PARTISANE?

 

 

C’est le dernier volume de ses comptes rendus de mission, publié en 1919 seulement qui doit être examiné d’un œil plus critique : « MISSION PAVIE - INDO-CHINE - 1879-895 - Géographie et voyages – VII - JOURNAL DE MARCHE (1888-1889) -  ÉVÉNEMENTS DU SIAM (1891-1893) ». Publié bien après qu’il ait pris sa retraite en France en 1904, il est probable que la publication en fut retardée pour diverses raisons restées mystérieuses dont la guerre n’était pas la seule. Il ne s’agit plus de la description scientifique des découvertes de lui-même et des membres de sa mission mais du récit  de la conquète du Laos, conquète par les cœurs et non par les armes de cet « explorateur aux pieds nus » qui sut bien, il faut le dire entretenir sa légende. Il s’est incontestablement agi d’une aventure hors du commun sous des cieux exotiques. Mais dans ce volume, Pavie part d’aprioris partiaux voire tendancieux. Nous avons parlé de la capture et de la mort du capitaine Thoreux et de la mort de l'inspecteur Grosgurin. Les visions siamoises et françaises sont totalement divergentes. Le procès de Phra Yot accusé devant des Juges français d'avoir ordonné l'assassinat volontaire et prémédité de Grosgurin et d’un nombre inconnu de soldats annamites, de vol, d’incendie criminel, et d’avoir infligé des blessures graves à Boon Chan, interprète cambodgienne de Grosgurin et à Nguen van Khan, soldat annamite s’est déroulé dans des conditions scandaleuses. Nous avons – semble-t-il – démontré au terme d’une preuve par 9 ou par A + B que les magistrats français qui ont eu charge de juger Phra Yot, responsable de ces mots, avaient été purement simplement payés. Nous avons donné le nom des responsables de cette honteuse mascarade judiciaire (5). Pour Pavie et le parti colonial, les incidents en question étaient des actes purement criminels, niant tout droit aux autorités locales de défendre ce qu'elles considéraient comme leur territoire devant l'avancée des agents coloniaux.

 

 

 

Pour Pavie encore, la progression siamoise à l’origine de l’incident, de plus en plus alarmante, était que  la frontière provisoirement fixée par Pavie lui-même reculait vers l'Est de semaine en semaine, se rapprochant dangereusement des portes de l'Annam.  Or la menace n'était pas de voir les Siamois arriver aux portes de l'Annam, ils y étaient arrivés depuis un certain temps,  mais aux portes de la capitale Hué. On se demande d’ailleurs comment Pavie a pu avoir la forfanterie de fixer unilatéralement une frontière ;  ce qui fut peut-être à l’origine du problème.

 

Pavie semble bien  dans cet ouvrage avoir l'exclusivité de l'information et, lorsqu'il ne l'a pas, sème dans son passage un nombre impressionnant de polémiques. Il était en outre passé maître dans l'art de poser des affirmations sans les  exprimer, de présenter des demi-vérités dont le contenu était rigoureusement exact, entre d'autres procédés. Il savait incontestablement manipuler l'information. Dans cet ouvrage tardif, il voulut incontestable créer sa légende comme le fit Jules César lorsqu’il raconta  la conquète de la Gaule. 

 

 

L’affirmation répétée à suffisance selon laquelle Pavie avait fait du Laos une colonie française « sans que jamais une goutte de sang soit versée sur son passage »  doit évidemment être quelque peu modulée, il y a eu des morts, Siamois et Français, même si cette conquète ne fut pas la plus sanglante de notre histoire coloniale (6).

 

La prise de possession du Cambodge par la France fut beaucoup moins sanglante, bien qu'elle ait été effectuée par des amiraux adeptes de la politique de la canonnière et rêvant d’en découdre.

 

 

Dire que Pavie a « conquis les cœurs » est d’une exagération sans bornes. Sa diplomatie volontariste, il était breton, a été déterminante pour l’instauration du protectorat français sur le Laos et pour sa reconnaissance par le Siam en 1893. A-t-il conquis les cœurs ? L’aristocratie lao accepta volontiers la présence française qu’elle préférait à l’emprise siamoise et Pavie eut la sagesse de ne remettre pas en cause la présence du roi dans son palais de Luang Prabang.

 

 

Mais bien avant la publication de l’ouvrage de Pavie, la dernière dans le temps, les autorités coloniales devront néanmoins faire face à plusieurs mouvements de rébellion. Afin par exemple  de  développer un réseau routier encore inexistant, ils ont instituèrent la « corvée » qui rappelait étrangement celle des Siamois qui reposait souvent sur les populations montagnardes Lao Theung représentant un quart de la population, déjà en situation de quasi esclavage dans le système féodal Lao.

 

 

La corvée ne fut abolie qu’en 1936 par le Front Populaire. Par ailleurs, ils confièrent souvent des postes administratifs à des fonctionnaires vietnamiens, l’ennemi héréditaire. L’épisode le plus sérieux se déroula au début du XXe siècle sur le plateau des Bolovens – révolte des saints – similaire à cette du Siam entre 1895 et 1907 (7) et ne fut définitivement réprimée dans le sang qu’en 1910.

 

 

Une autre rébellion à Khammouane dura deux ans de 1898 à 1899. Nous ne citons que les plus sanglantes, contemporaines de la présence de Pavie dans la région. Des mouvements sporadiques éclatèrent en permanence jusqu’à la fin de l’époque coloniale. Leur histoire a été écrite (8).

 

LES STÉRÉOTYPES DE LA COLONISATIO N PAR LES CŒURS  EN IMAGES ET EN CHA NSON

 

Brochure de 1908  : 

 

 

Exposition coloniale de 1922 : 

 

 

Tintin au Congo version  1931 :

 

 

 

Inauguration du monument en janvier 1933  :

 

 

Tintin au Congo Version  1946 :

 

 

Algérie 1958 :

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles

 

25. Les relations franco-thaïes : Vous connaissez Pavie ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-les-relations-franco-thaies-vous-connaissez-pavie-66496557.html

25.2 Les relations franco-thaïes : Pavie écrivain

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-2-les-relations-franco-thaies-pavie-ecrivain-66496928.html

136. Auguste Pavie. Un destin exceptionnel. (1847-1925)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-136-auguste-pavie-un-destin-

exceptionnel-1847-1925-123539946.html

 

 

(2) http://mouhot-iciouailleurs.over-blog.com/2016/03/l-histoire-de-la-statue-d-auguste-pavie-vientiane-luang-prabang.html

 

 

(3) Voir notre article

INVITÉ 2 - HISTOIRE DE LA SÉPULTURE D’HENRI MOUHOT ET DE SON MONUMENT FUNÉRAIRE 1861-1990

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/histoire-de-la-sepulture-d-henri-mouhot-et-de-son-monument-funeraire-1861-1990.html

 

 

 

(4) Voir notre article

INVITÉ 2 (SUITE) - LE MONUMENT FUNÉRAIRE D’HENRI MOUHIOT VU PAR LE « BANGKOK POST »… RENDONS DONC Á CÉSAR CE QUI APPARTIENT A CÉSAR

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/invite-2-suite-le-monument-funeraire-d-henri-mouhiot-vu-par-le-bangkok-post-rendons-donc-a-cesar-ce-qui-appartient-a-cesar.html

 

 

(5)  Voir nos articles :

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-1-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893-i-les-premices-l-affaire-grosgurin.html

 

 

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE DE CONCUSSIONAIRES ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-2-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893.html

 

 

 

 

 

 

(6) Voir nos articles :

 

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h16-la-marche-du-mekong-une-victoire-du-capitaine-luc-adam-de-villiers-sur-les-siamois-en-juillet-1893.html

 

 

 

 

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h17-l-occupation-de-chanthaburi-par-les-francais-une-page-sombre-de-l-histoire-du-siam-1893-1905-premiere-partie.html

 

(7) Voir nos articles

 

140. La Résistance à la réforme administrative du Roi Chulalongkorn. La révolte des "Saints".

http://www.alainbernardenthailande.com/article-140-la-resistance-a-la-reforme-administrative-du-roi-chulalongkorn-la-revolte-des-saints-123663694.html

 

H 32 - LES SOUVENIRS DU PRINCE DAMRONG SUR LA « RÉVOLTE DES SAINTS » (1900-1902), SAINTS OU BATELEURS ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/05/h-32-les-souvenirs-du-prince-damrong-sur-la-revolte-des-saints-1900-1902-saints-ou-bateleurs.html

 

 

 

(8) « Rebellion In Laos: Peasant And Politics In A Colonial Backwater » par Geoffrey G.Gunn

 

 

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 23:23

 

Nous avons publié plusieurs articles sur la guerre secrète conduite par les Etats-Unis au Laos (1). Notre ami, l’éditeur américain Kent Davis, présentement confiné en Floride, nous a appris, et nous l’en remercions,  la toute nouvelle existence d’un Musée « PATPONG MUSEUM », fondé en octobre 2019 au cœur de Bangkok. L’histoire de ce musée nous est contée par son conservateur, Michael Messner, (2). 

 

 

 

BRÈVE HISTOIRE DU QUARTIER ET DE SON  MUSÉE

 

Pourquoi est-il situé dans ce quartier beaucoup plus connu pour ses « Gogo Bars » que ses activités culturelles ? Le nom même du Musée risque d’ailleurs d’induire le visiteur en erreur puisqu’il est en partie consacré à la gloire des combattants américains de l’ombre et non seulement à ce qu’on pourrait supposer. Tout simplement parce qu’il porte le nom de celui qui avait acheté  (Poon Pat) ces terrains situés à la périphérie de Bangkok pour une somme de 3000 dollars US  en 1946. Il s’agissait alors d’une bananeraie,
 


 

Poon Pat était issu d’une famille chinoise installée à  Bangkok dans les années 1880. Il avait créé en 1921 la « Siam Cement ». 

 

 

Le roi Prajadhipok, Rama VII, qui avait des intérêts dans la société lui décerna en 1930 le titre honorifique de Luang Patpongpanich.  
 

 

La construction des immeubles débuta dans les années 1950 et le quartier devint patpong. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'un des fils de Patpongpanich, Udom, qui avait étudié aux États-Unis avait été formé par l'Office of Strategic Services (OSS),

 

 

 

...devenue plus tard la Central Intelligence Agency  (CIA).


 

 

 

Udom était censé rejoindre l'insurrection Seri ThaiFree Thai ») mais la guerre se termina par la capitulation nippone.

 

 

Quand Udom revint en Thaïlande, il organisa rationnellement les plantations de son père et construisit sur ses terrains de Bangkok des immeubles à plusieurs étages loués à des américains appartenant à l’OSS devenu CIA, essentiellement ses amis. Nous sommes dans le courant des années 1950 au plus fort de la peur devant le péril rouge. Le quartier devint alors le centre de regroupement de plusieurs agents de la CIA fournissant des armes à divers groupements anti-communistes. Dans le milieu des années 1960 alors que les troupes américaines stationnées en Thaïlande étaient nombreuses, le quartier devint celui du « R and R » (Rest and recuperation)

 

 

...lequel fut volontiers organisé sous la forme américaine des "Gogo Bars" alors inconnue en Thaïlande.
 

Parmi les autres pionniers de Patpong au cours de ces années, citons la bibliothèque du US Information Service et  un « CIA safe house » « refuge de la CIA » aux fonctions multiples  

Extrait des archives déclassées de la CIA :

 

 

 

..situé au-dessus du « Madrid Bar » oú, au cours des années suivantes, les retraités nostalgiques de la CIA venaient se rencontrer.

 

 

S’installèrent aussi les services de renseignement militaires, la chambre de commerce américaine, IBM, la Shell, des compagnies aériennes Panam, TWA et Air France.

 

 

Ce ne furent pas seulement les Américains qui affluèrent, un ancien prisonnier de guerre japonais y ouvrit le très célère Mizu’s Kitchen

 

... et aussi des Français, un Gogo Bar

 

 

et un restaurant fort prisé, tous ceux qui ont mis les pieds dans ce quartier les connaissent. Les occidentaux s’y agglutinèrent ... social reproaching

 

 

Ce n’est qu’au début des années 1970 que la zone devint touristique.

 

 

A la fin de la seconde guerre d’Indochine en 1975, beaucoup d’Américains, souvent mariés à des Thaïes préférèrent rester en Thaïlande pour jouir d’une retraite paisible.

 

Mais plus qu'une simple promenade à travers l'histoire des spectacles de ping-pong dans les établissements de divertissement...

 

 

 

...le Musée retrace la contribution de ce quartier à la guerre secrète de la CIA en Indochine ce en quoi, bien sûr, il nous intéresse. 

 

 

Lorsque l'officier probablement le plus sanguinaire de la CIA au cours  de cette guerre secrète, « Tony Poe » Poshepny, recueillait sinon collectionnait les oreilles des combattants communistes tués au Laos, qui pouvait prévoir que ses exploits guerriers serait une pièce maîtresse dans un musée dans la zone la plus torride de Bangkok! Le personnage à lui seul est un roman d’aventure quelle que soit l’opinion que l’on a de son action.

 

 

« TONY POE » POSHEPNY.

 

Qui était ce personnage hors du commun, qui a probablement servi de modèle au Colonel Kurtz dans le film  Apocalypse Now ?

 

 

 

Dans la vallée de Sonoma au cœur du vignoble californien et près de la ville, se trouve le cimetière des vétérans.

 

 

Une modeste tombe abrite la dépouille d’Antony Alexander Poschepny connu sous son surnom de « Tony Poe » (3). Elle porte l’inscription :

Anthony A. Poshepny
World War 2 Korea Taiwan Laos
Loving Father
18 Sep 1924 - 27 Jun 2003

 

Il a écrit une page de l’histoire de cette guerre secrète au Laos à laquelle nous avons consacré plusieurs articles (1).

 

 

Ses funérailles eurent lieu le 5 juillet 2003 en présence de sa femme Hmong, Sang, et de ses enfants Catherine, Usanee, Tae et Maria après une messe de funérailles dans la petite église catholique St. Francis Solono, à Sonoma en présence de beaucoup d’anciens de la guerre secrète, en particulier des Hmongs et de nombreux pilotes d’Air America ainsi que les stars de la CIA.

 

 

Une garde d’honneur de la marine était présente qui inclina le drapeau devant son épouse. Il mourut de maladie après avoir échappé aux balles ennemies et une consommation d'alcool suffisante pour remplir une grande piscine, dirent ses proches.

 

 

Ses grands-parents vinrent aux États-Unis depuis Prague dans les années 1880 et s’installèrent à Milwaukee, où le grand-père Anton fit fortune dans la  boulangerie. Son père avait rejoint la marine où il servit 35 ans dans le Supply Corps avant de prendre sa retraite comme commandant.

 

 

 

En poste à Guam, il avait épousé Isabella Maria Venziano, originaire de l'île mais probablement de sang espagnol,  dont le père était musicien de marine. Tony naquit le 18 septembre 1924 à Long Beach, en Californie. Le 14 décembre 1942, peu de temps après ses 18 ans, il abandonna ses études secondaires et rejoignit le Corps des Marines tout en poursuivant ses études par correspondance. Ses qualités le firent entrer dans le corps des para-Marines d'élite.


 

 

Plusieurs fois blessé, il survécut à l’enfer de la guerre dans le Pacifique et participa ensuite aux forces d’occupation au Japon. Démobilisé, il poursuivit ses études, obtient en 1950 un diplôme d'histoire et d'anglais et fut alors recruté par la CIA. Il suivit un entrainement para militaire et se retrouva en Corée pour former des réfugiés à des missions de sabotage derrière les lignes communistes.  À la fin de la guerre de Corée, il fut envoyé en Thaïlande dans le groupe de Walt Kuzmak,

 

 

 

...qui dirigeait la compagnie de couverture de la CIA, Overseas Southeast Asia Supply corporation (SEA Supply) qui fournissait du matériel militaire aux forces du Kuomintang basées en Birmanie.

 

 

Nous le retrouvons en 1958 dans une tentative de renversement du gouvernement de Sukarno. C’est un échec et il doit en compagnie de son commando parcourir 150 kilomètres dans la jungle pour être évacué en sous-marin.


 

 

D'Indonésie, il aurait servi à la formation de dissidents anti-communistes au Tibet. En mars 1961, il participa à la formation des guérilleros Hmong de Vang Pao à Padong au Laos.

 

 

 

En 1964, toujours au Laos, il épousa   la nièce de Touby Ly Foung, un éminent chef hmong qui lui donna alors deux filles.

 

 

 

 

Nous allons ensuite le retrouver dans la clandestinité en Chine entre 1958 et 1960 organiser la formation de commandos de missions spéciales, notamment des Khampas tibétains ..

 

 

 

...et des musulmans Hui pour des opérations en Chine contre le gouvernement communiste. Il aurait organisé la fuite du Dalaï Lama hors du Tibet ?

 

 

 

 

Se forme alors sa légende chez les combattants de l’ombre de la CIA pour la qualité de son entrainement des membres de l’armée secrète al Laos ce qui explique qu’il servit de modèle pour le colonel Kurtz.

 

 

 

En 1970, il prend la direction du centre de formation des commandos à la tête de la formation à Phitscamp en Thaïlande.

 

 

 

Il est une fois encore blessé. Le camp ferme en 1974. Il prit sa retraite en 1975. Il resta en Thaïlande jusqu'à sa réinstallation en Californie dans les années 1990. Il y meurt le 27 juin 2003. Il fut souvent en rupture avec la hiérarchie qui lui reprochait - ou faisait semblant de lui reprocher- les méthodes qu’il utilisait tout en étant impressionnée par son succès dans la formation de forces paramilitaires. Mais il y gagna aussi le respect des forces Hmong en utilisant des pratiques considérées comme barbares même si ses adversaires communistes n’étaient pas non plus en reste. Il est fort probable qu’il payait (avec les fonds de la  CIA) des combattants Hmong pour lui apporter les oreilles des soldats ennemis morts et, une fois, il avait même envoyé un sac d'oreilles à l'ambassade des États-Unis à Vientiane pour justifier de ses diligences et lui montrer ce qu’était cette guerre (4).


Les portes-clefs souvenirs vendus au Musée sont en plastique

 

 

 

Pour lui, il s’agissait de répondre aux exactions des communistes, lesquelles étaient indéniables. Souvent interviewé après son installation en Californie, il n’a jamais nié l’existence de ces actes en disant qu'ils étaient une réponse nécessaire à l'agression communiste.

 

 

 

Nous n’allons pas engager un débat éthique pour savoir s’il est légitime de répondre à la terreur par la terreur !

 

Bien en effet que ses ordres ne fussent que de formation, il était souvent sur le terrain et fut plusieurs fois blessé. Il lui est arrivé aussi de laisser tomber d’un avion volant en rase motte des têtes coupées dans les camps ennemis. Il n’est pas certain que le déclassement au moins partiel des archives de la CIA nous dévoile tout de ses activités clandestines (5).

 

Il fut en tous cas honoré de toutes les décorations les plus  prestigieuses  de son pays

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles :

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/227-la-thailande-entre-en-guerre-secrete-au-laos-aux-c-tes-des-etats-unis-1964-1975.html

H 27- UN ÉPISODE INÉDIT DE LA GUERRE SECRÈTE AU LAOS (1965-1974) : LES VOLONTAIRES THAÏS DIRIGENT ET COORDONNENT LES BOMBARDEMENTS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/h-27-un-episode-inedit-de-la-guerre-secrete-au-laos-1965-1974-les-volontaires-thais-dirigent-et-coordonnent-les-bombardements.html

H 56 - GUERRE SECRÈTE DE LA THAÏLANDE AU LAOS : UN TÉMOIGNAGE (1970-1972)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/h-56-guerre-secrete-de-la-thailande-au-laos-un-temoignage-1970-1972.html

 

 

(2) Voir l’article dans le journal ASIA TIMES du 14 juin 2020 : https://asiatimes.com/2020/06/glorifying-sex-and-cia-in-vietnam-war-era-bangkok/

https://thethaiger.com/hot-news/tourism/prostitution-the-cia-david-bowie-and-patpong-undercover-in-bangkok-infamous-red-light-district

Et le site du Musée :

https://www.patpongmuseum.com/

 

 

(3) Voir le site du mémorial :

https://www.findagrave.com/memorial/51614225/anthony-alexander-poshepny

 

 

(4) Que penser de dette cruauté ? Les Pharaons faisaient ramener par leurs généraux victorieux la main droite coupée des ennemis morts au combat.

 

 

On scalpait beaucoup en Amérique au temps de la conquête de l’Ouest,  non seulement les indiens mais les conquérants en marche.

 

 

Pendant la guerre de 14, la propagande allemande accusait, peut-être pas toujours à tort, les tirailleurs sénégalais utilisés comme nettoyeurs de tranchée de ramener des chapelets d’oreilles ?  Réponse à la terreur par la terreur ?

 

N’entrons pas dans les détails d’une histoire plus récente et plus douloureuse.

 

Image de propagande française (Louis Forton pour les "Pieds nickelés") :

 

 

Image de propagfande allemande :

 

 

(5) Voir https://unredacted.com/2016/08/30/state-declassifies-documents-on-legendary-tony-po-and-his-secret-army/

 

Le groupe Carabao a consacré une chanson assez féroce aux touristes de Patpong : เวลคัม ทู ไทยแลนด์   - Welcome to Thailand

 

เวลคัม ทู ไทยแลนด์  Welcome to Thailand

 

ทอม ทอม แวร์ยูโกลาสไนท์           - Tom, Tom, where you go last night?
ไอเลิฟเมืองไทย ไอไลคพัฒน์พงษ์  -  I love meuang thai. I like Patpong
น้องนางคงทําให้ทอมลุ่มหลง - I’ll bet a women has made Tom lovesick
ไอเลิฟพัฒน์พงษ์ ไอเลิฟเมืองไท - I love Patpong. I love Meuang Thai
เที่ยวเมืองไทยได้กําไรชีวิต - Tour Thailand, receive the profits of a lifetime
ได้ผลผลิตแหล่งวัฒนธรรม - Get the products of culture
คุ้มค่าเงินทองเป็นกอบเป็นกํา - worth piles of money
ดูสิ่งสูงลํ้าโบรํ่า โบราณ  - See tall things,  ancient sites
เศรษฐกิจเบิกบาน ปีการท่องเที่ยวไทย - Cheerful economics, a year of Thai tourism

แหลมทองของไทยมีของดีThe Golden Peninsula has good things
ธรรมชาติพอมีใครเห็นเป็นติดใจ - Has enough nature. Whoever sees it is impressed.
วัดวาอารามวัฒนธรรมยิ่งใหญ่ - Temples, great culture
ประเพณีไทยน่าตื่นใจลุ่มหลง - The Thai traditions are amazing, one is fascinated
อย่างงานสงกรานต์และลอยกระทง -  Like Songkran and Loi Kratong
ยังคงเชิดหน้าชูตา - [which] remain special attractions

ฝรั่งบังยุ่น มายกพลขึ้นบก - Farang come ashore.
ศกนี้ปีนี้ปีเทียวท่องไทย - This year, this year, take a trip wandering around Thailand
มาแอ่วกันโลด เที่ยวให้อิ่มหนําใจ -  Come woo someone quickly. Travel till your heart is full and satisfied

ลืมเรื่องเลวร้ายพักไว้สักปี - Forget about evil, put it aside at least for a year.
รัฐบาลเขาทําดี ประชาชีก็ชอบใจ - The government, they do good. Citizens are also happy

ทอม ทอม แวร์ยูโกลาสไนท์ - Tom, Tom, where you go last night?
ไอเลิฟเมืองไทย ไอไลคพัฒน์พงษ์ - I love Meuang Thai. I like Patpong
น้องนางคงทําให้ทอมลุ่มหลง - I’ll bet a women has made Tom lovesick
ไอเลิฟพัฒน์พงษ์ ไอเลิฟเมืองไทย - I love Patpong. I love Meuang Thai
จริง จริงเลยเนี่ย - Wow totally ! 

มาละเหวย (มาละวา) - Come on, Come on,
มาแต่ของเขา (ของเราไม่เห็นมา) ตาละลา Only their things come (I don’t see that our stuff came.) Dta la laa
ใครมีมะกรูด (มาแลกมะนาว) - Who has kaffir limes? (Come exchange limes)
ใครมีลูกสาว (มาแลกลูกสาว) - Who has a daughter? (Come exchange [your] daughter)
ใครมีลูกชาย (มาแลกลูกชาย) - Who has a son? (Come exchange [your] son)
ลูกชายเป็นเอดส์ ไม่เอาตาละลา (สมนํ้าหน้าเฮ่อ) - [Your] son has AIDS, [we] don’t want that. Bye. (Serves them right!)

ใครมีเงินทอง (มาแลกเก้าอี้) - Who has money? (Come exchange it for a seat/position)
ทําดีทําดี (ระวังโดนด่า) - [You] do good, do good! (Watch out, people will curse you)
ทําชั่วทั้งปี (ไม่มีใครว่า) - Do evil all year (No one will criticize you)
ทําเทปออกมา (ปัญหาทุกที) ตาละวา - Take the tape off (There’s problems always) Dta la wa

หุย..(ฮา) โห่..(ฮิ้ว) เวลคัมทูไทยแลนด์ - Hui . .. (haa) hoh . . hew. Welcome to Thailand !

ต่อแต่นี้จะมีชนชาติอื่น - From here on, [they] will have a different country
ด้อมด้อมยืนยืนมาดูเราเมืองไทย - Nodding and standing, nodding and standing, [they] come look at us [and] Thailand
ไปถามดูว่าชอบเราตรงไหน - Go ask them and find out just what they like about us?
ฝรั่งตอบไม่อายไอไลคพัทยา - Farang aren’t shy. They like Pattaya
กับกรุงเทพฯ เมืองฟ้า นั้นไอก็ว่าพัฒน์พงษ์ - And the paradise of Bangkok. That guy also says “Patpong”

เป็นงั้นไป ไหงมันเป็นอย่างนี้ - That’s how it always is. Whatever way, It’s [always] like this.
รัฐบาลเค้าทําดี ฝรั่งยังไม่เข้าใจ - The government has done [something] good. Farang don’t understand.
ลงทุนลงแรงทั่วทั้งแผ่นดินไทย - Throughout Thailand, [they’ve] put money and effort into
สร้างภาพพจน์ใหม่ ส่งเสริมการท่องเที่ยว ข - creating a new image to promote tourism,
อย่าคิดมาลุยลูกเดียว เที่ยวพัทยาพัฒน์พงษ์    - Do not think it’s just one ball [?], touring Pattaya and Patpong

คนต่างด้าว เขาคนต่างเมือง - Foreigners, those people from other countries,
จากดินแดนรุ่งเรืองควรรู้เรื่องเมืองไทย - from prosperous lands should understand Thailand,
ว่ามีของดีกว่าที่คุณเข้าใจ -  that it has things better than you realize,
อย่างวัฒนธรรมไทย นั้นยิ่งใหญ่นมนาน - as Thai culture has been great from ancient times
อย่ามองอย่าคิดอนาจาร - Don’t look or think lewdly
ผิดความต้องการของคนไทย - contrary to what Thai people expect of a person

ทอม ทอม แวร์ยูโกลาสไนท์ - Tom, Tom, where you go last night?
ไอเลิฟเมืองไทย ไอไลคพัฒน์พงษ์ - I love Meuang Thai. I like Patpong
น้องนางคงทําให้ทอมลุ่มหลง - I’ll bet a women has made Tom lovesick
ไอเลิฟพัฒน์พงษ์ ไอเลิฟเมืองไทย -  I love Patpong. I love Thailand

ทอม ทอม แวร์ยูโกลาสไนท์ - Tom, Tom, where you go last night?
ไอเลิฟเมืองไทย ไอไลคพัฒน์พงษ์ - (I love Meuang Thai. I like Patpong)
น้องนางคงทําให้ทอมลุ่มหลง  - I’ll bet a women has made Tom lovesick
ไอเลิฟพัฒน์พงษ์ ไอเลิฟเมืองไทย  - I love Patpong. I love Thailand

 

 

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 22:09

 

Nous avons consacré deux articles à l’échec de l’évangélisation du Siam par les missionnaires catholiques dès avant l’arrivée des ambassades françaises de Louis XIV  (1).

 

Cette histoire fait l’objet d’une analyse synthétique assez sereine sur le site des Missions étrangères de Paris (2).

 

 

Le personnage de Robert Challe que nous qualifions faute de mieux d’ «esprit libre» reste largement méconnu. Son voyage aux Indes Orientales entre février 1690 et août 1691 a été publié sans nom d’auteur et post mortem en 1721 en trois volumes sous le titre «Journal d’un voyage fait aux Indes Orientales par une escadre de six vaisseaux commandés par Monsieur Du Quesne depuis le 24 février 1690 jusqu’au 20 août 1691 par ordre de la Compagnie des Indes Orientales – ouvrage rempli de remarques curieuses sur quantité de sujets et particulièrement sur la navigation et sur la politique de divers peuples et de différentes sociétés».

 

 

L’ouvrage est resté dans l’ombre jusqu’à une réédition en 1998 complétée de manuscrits inédits (3). Il vécut d’ailleurs toute sa carrière d'écrivain polymorphe dans telle une discrétion que la totalité de son œuvre, que l'on reconstitue aujourd'hui, resta anonyme ou manuscrite.

 

 

Nous le savons de modestes origines. Né le 16 août 1659 à Paris dans une famille bourgeoise catholique – une de ses sœurs est religieuse à Compiègne -  il fit de solides études au Collège de La Marche à Paris

 

 

...et devint avocat mais il était d’humeur aventureuse et dut quitter la France probablement à la suite d’un duel. Ami et condisciple de Seignelay, ministre de la marine,

 

 

il put entrer dans la marine royale en qualité de subrécargue (chargé de la tenue des livres de bord et de la comptabilité) ce qui lui permit de parcourir le monde. Il devint ensuite écrivain plus ou moins sulfureux. Incarcéré au Chatelet,

 

 

il mourut pauvrement et exilé à Chartres le 25 janvier 1721 (4).

 

 

Une analyse du personnage appuyée sur une analyse serrée de ses autres écrits  en fait «Le père du déisme français» mais au vu essentiellement d’un texte intitulé «Difficultés sur la religion proposées au P. Malebranche». Il lui est attribué mais sans absolue certitude (5).

 

 

 

Le récit de ce long voyage en mer qui ne put atteindre Mergui et le Siam comme il était prévu en raison de vents contraires présente un grand intérêt: contenant tout à la fois des détails sur ce qui regarde son escadre en général et son vaisseau «L’'écueil» en particulier.  Il s’attarde sur bien d’autres sujets, comme la théologie, la philosophie, l'histoire et aussi des gauloiseries médisantes qu’il n’aurait peut-être pas été utile de publier? Si son ouvrage est resté longtemps méconnu des historiens, il ne l’était pas des marins puisque considéré, en dehors de ses considérations philosophiques, comme un document irremplaçable sur les conditions de vie sur les vaisseaux de cette époque, au vu d’images saisies en instantané (6). Son ouvrage n’est par ailleurs pas exempt de galanteries ou de chroniques malveillantes (7).

 

 

Citons, bien que ce ne soit pas notre propos de ce jour, l’anecdote des rats qui a été curieusement  immortalisée par La Fontaine (8).

A 373- L’ÉCHEC DES MISSIONNAIRES AU SIAM : LA VISION DE ROBERT CHALLE, ESPRIT LIBRE ET LOINTAIN  PRÉCURSEUR DE LA THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION (1669-1721).

Les événements de 1688

 

Arrivé à Pondichery après avoir quitté Lorient le 24 février 1690, l’escadre s’est inquiétée des événements de Siam. Challe les détaille très longuement à la fin du tome III de son journal. Contentons-nous d’une brève citation extraite du tome II, qui  ne nous apprend d'ailleurs rien que nous ne connaissions déjà.

 

C'est d'eux tous (des voyageurs revenus du Siam, probablement des missionnaires portugais) que nous avons appris, que ce que le Sieur Cordier nous a dit de Siam et que j'ai rapporté ci-devant, est faux; que ce bruit avait couru , mais que la vérité est que l'usurpateur Pitrachard est Roi absolu;

 

 

...que le Roi de Siam , notre allié, est  mort d'un genre de mort inconnu; que Mr. Constance est mort dans les tourments huit jours après, et qu'on ne sait ce que sa femme et ses enfants et la  princesse de Siam (la fille de Narai), sont devenus; que les catholiques y sont toujours persécutés,  particulièrement les missionnaires, qui sont toujours aux fers, et qui sont exposés à des supplices, que Busiris,

 

 

... ni Phalaris, son Ingénieur d'exécrable mémoire n'auraient jamais inventé (9) sur  tout, un nommé Mr. Poquet, qui est forcé, toutes les nuits, de lécher plus de vingt fois, avec sa langue,  les parties d'un infâme bourreau, que la bienséance défend de nommer.

 

Cette forme singulière de supplice n’a pas été signalée par d’autres mémorialistes pour des raisons de décence que l’on devine, mais Challe ne mâche pas ses mots !

 

 

Les autres, au nombre de quatorze, ne sont pas plus favorablement traité. Mr. de Lestrille, qui commande l'Oriflamme, en a  porté la relation en France.

 

 

Elle y sera vue avant ce Journal-ci : ainsi, je n'en ferai pas un plus ample détail ; mais, je  me réserve d’en faire une autre, certain que celle-là ne sera pas sincère, y ayant trop de gens intéressés qui y mettront la main ; qui déguiseront les faits. Les Anglois n'ont pas mieux été traité à Siam, que les François, et ont été comme  ceux-ci obligez de tout quitter. Les seuls Jésuites ont été à couvert  de la persécution ; et leur fine politique y a si bien réussi, que bien loin d'avoir été vexés en quoi que ce soit, on leur a donné de l'argent pour s'en aller. On  s'attend ici, que suivant leur coutume de donner des soufflets à la vérité, ils donneront en Europe une histoire de  la révolution de Siam, où ils chanteront les lamentations de Jérémie et canoniseront de leur autorité les pères de leur société qui y étaient, et les inscriront dans leur martyrologue.

 

 

Croyez-moi, ne leur offrez point de bougies : la cire et le coton en seraient perdus. On dit ici assez plaisamment sur cette différence de traitement que ce nouveau roi de Siam ne connait guère les gens, de prétendre congédier les missionnaires par les tourments, et les Jésuites par de l'argent ; que c'est plutôt les vouloir attirer, puisque chacun trouvera ce qu'il cherche. Encore dit-on, qu'il pourrait réussir à l'égard des jésuites  si l'argent de Siam portait la croix et  la faisait sentir, ou qu'il brulât les mains de ceux qui le touchent : mais, il ne représente que des diables sans chaleur ; et c'est justement ce que les jésuites recherchent et dont ils veulent défaire les Idolâtres. On en fait une infinité de contes de pareille nature, meilleurs dans la conversation que sur le papier. Quoi qu'il en soit, le R. P.Tachard ne veut point demander à Pitrachard la confirmation du caractère d'ambassadeur, dont le feu  roi de Siam l'avait revêtu, et son Voyage de Siam est fait, et sa légation imparfaite, si les choses ne changent de face…. »

 

 

Nous sommes quelque peu à contre-courant de la version officielle colportée notamment par le père Tachard.

 

 

Nous ne pouvons mieux faire, que de transcrire ici, l'avertissement donné par l’éditeur en tête du premier volume:

 

 

L’évangélisation

 

«On a aussi reçu des nouvelles de Siam  par la voix des Portugais, qui disent que Pitrachard, à présent Roi, est devenu plus traitable envers les Ecclésiastiques. C'est tout ce que j'en ai appris. En tout cas, il faut que Mr. Charmot (un missionnaire) en ait appris des nouvelles bien certaines puisqu'il reste à Pondichery, en attendant l'occasion de passer dans ce Royaume; car, il n'est assurément pas homme à s'exposer au martyr par un zèle indiscret.  Mais, pourquoi cacher ces nouvelles, qui nous auraient tous réjouis. Les gens d'Eglise sont toujours mystérieux. Le Père Tachard, très digne Jésuite, reste aussi. Quel est leur dessein à tous ? Peut-être de se barrer et de se faire de la peine les uns aux autres. Quoi qu'il en soit, ils restent et je ne vois âme qui vive, qui les regrette» (...)

 

 

« Messieurs Charmot et Guisain sont sortis de « L'écueil » sans cérémonie mais, il n'en a pas été ainsi du très Révérend Père Tachard : en partant du gaillard, pour rester à Terre, son Excellence a été saluée de cinq coups de canon. Je veux pieusement croire que son humilité ne s'attendait point à cet honneur : que même, il aurait empêché qu'on le lui rende, s’il avait prévu qu'on le lui rendrait ; car, dès son baptême il a renoncé aux Pompes du Monde. Hélas ! Sa modestie a été trompée  !...».

 

Challe plaisante à diverses reprises sur l’ego incontestablement démesuré du Père Tachard:

 

 

«J'y ai encore appris, que Mr. Godeau dit vrai dans son troisième tome de l’Histoire de l'Eglise, quand il dit au sujet de la dispute de Saint Cyprien ...

 

 

...et du Pape Saint Etienne,

 

...que les Saints qui sont encore sur terre sont Hommes, et que le zèle fait  souvent faillir les plus sages.  Par occasion, ou parenthèse, Saint Etienne était Pape. Il voulait que les hérétiques fussent rebaptisés.  Saint Cyprien soutenait le contraire; et un Concile décida en faveur du sentiment de Saint Cyprien.

 

 

Donc les Saints sur terre sont encore  Hommes, et peuvent se tromper. Le Pape est homme: par conséquent, il peut se tromper; ergo, le Pape n'est nullement infaillible (10). J'avoue, que j'agis ici avec passion ; mais aussi j'ai pour moi, qu'on ne peut pas me prouver, ni à moi, ni à qui que ce soit qui ait l'ombre du sens commun, cette ridicule infaillibilité. J'ai assez lu l'histoire de l’Eglise, pour savoir de certitude, que l'Eglise a donné seize démentis au Pape et j'en conclus avec raison, je crois, que l'Eglise n'a jamais  cru le Pape infaillible. J’ajoute même, qu'elle ne croit point encore qu'il le soit et qu'il n'y a qu'une poignée de canailles, qu'on appelle les docteurs ultramontains, qui soient assez effrontés pour donner en public des sentiments qu'ils démentent dans eux-mêmes. Ce sont des Moines: c'est tout dire. Dans ce nom de Moines, je ne mets pas la Société de Jésus ; car à son égard, tantôt le Pape est infaillible, et tantôt c'est un vieux pécheur: c'est leur intérêt qui règle ses qualités et ses attributs, et point du tout sa dignité (11).

 

 

J'en reviens à mon thème de la brouillerie des plus Saints les uns contre les autres. L'Amour de Dieu et  leur zèle pour la Foi, à ce qu'ils disent, font brouiller ensemble Messieurs des Missions étrangères et les Jésuites.

 

 

Les Conquêtes que les uns font sur l'ennemi du genre humain, en convertissant des idolâtres, déplaisant aux autres, chacun voudrait se réserver tout  pour soi, et être le seul métayer dans une ample Moisson : plus délicats en cela que Saint Paul, dont ils devraient en toutes qui le Sauveur fût annoncé, pourvu qu'il le fût: «Quid enim, dum omni modo sive per occasionem sive per veritatem, Christus annuncietur, et in hoc gaudeo, sed gaudebo» (12). Ces motifs d'occasion ou de vérité  ouvrent aux missionnaires et aux Jésuites  les prétextes du monde les plus spécieux, pour se déchirer les uns les autres avec charité ; et le tout, dans un esprit de fraternité, et de christianisme. Ils sont sur ce sujet dans une mésintelligence perpétuelle.

 

 

 

Les Jésuites ont fait chasser les missionnaires de la Chine : ceux-ci ont fait chasser les autres du Tonquin ; et les Jésuites, qui ne sont à  Siam que depuis les missionnaires, ont si bien fait, et leur politique y a si bien prévalu, que bien loin  d'être persécutés leur maison a été un lieu d'asile et de refuge et qu'on leur a donné de l’argent dans le temps même qu'on persécutait les autres. Cette cruelle distinction n'est nullement du goût des missionnaires; ils sont trop politiques, et trop concertés, pour dire naturellement ce qu'ils en pensent; mais, on le connait assez, pour peu qu'on sache lire dans les yeux, et l'altération du visage, les secrets du cœur. »

 

 

« Ce n'est pas depuis peu que cette brouillerie subsiste; et voici ce que Mr. le chevalier de Chaumont, Ambassadeur à Siam, en dit dans sa relation (page 72) dans une audience, que le Roi de Siam me donna, je lui dis, que j’avais amené avec moi six pères jésuites, qui s'en allaient à la Chine faire des observations de mathématique; qu'ils avaient été choisis par le Roi mon maître, comme les plus capables en cette Science. Il me dit qu'il les verrait et qu'il était bien aise qu'ils se fussent accommodés avec M. l'Evêque de Metellopolis. Il m'a parlé plus d'une fois sur cette matière» (Il s’agit de Monseigneur Louis Lanneau des Mission des étrangères.)

 

 

«Un accommodement suppose nécessairement une brouillerie précédente, et il est fâcheux qu'un Roi Idolâtre, qu'on veut éclairer des lumières d'un Evangile qui n'est que douceur, et qui ordonne non seulement de pardonner à ses Ennemis ; mais encore  d'aller les rechercher, quand même on n'aurait  rien contre eux sur le cœur soit   informé des mésintelligences et des disputes qui sont entre les prédicateurs de ce même Evangile».

 

 

«Il est même à craindre, qu'il ne soit mal édifié, et n'augure mal du reste de ce même Evangile , en en voyant les ministres exécuter et observer si mal entre eux ce qu'ils ordonnent et enseignent aux autres. Il serait à souhaiter, pour lever tout sujet de dispute entre eux, et tout sujet de scandale aux idolâtres, qu'ils eussent chacun leur département, et qu'ils n'aillent plus sur les brisées les uns des autres ; car, certainement leurs brouilleries font un très mauvais effet, non feulement  auprès des gentils mais scandalisent aussi les chrétiens, et font lâcher à tous, sans en excepter les plus dévots catholiques, des railleries piquantes, qui donnent lieu de croire , que l'intérêt temporel a tout au moins autant de part à leurs travaux, que le zèle de la Foi ».

 

 

 

«En effet, il est certain que le salut de l'âme d'un simple particulier est aussi précieux devant Dieu que celui d'un gros Seigneur : tous deux font égaux devant lui ; c'est une vérité, dont qui que ce soit ne doute.

 

Cela étant, d'où vient qu'ils portent les uns et les autres  leur zèle, dans le Japon, la Chine, le Tonquin, le Pégu, et d'autres pays  où, l'argent, et les autres richesses mondaines abondent.  Pourquoi laissent-ils sans instruction toutes ces nations incultes et idolâtres qui sont sur leur chemin ? Pourquoi ne s'attachent-ils pas à Moâli, peuples qui paraissent dociles, et parmi lesquels l'Evangile ferait très grand progrès, s'il y était cultivé ? Pourquoi les brusquent-ils, au lieu de les instruire ? Revoyez les pages 63 du Tome II (13).

 

 

Pourquoi passent-ils Pondichery, où l'Idolâtrie regne si fort,  où il leur serait si facile de la détruire  puisqu'ils en connaissent parfaitement l'état, qu'ils savent si bien, pour la plupart, l'Idiome des idolâtres, qu'il ne leur faudrait aucun Truchement, et où, par conséquent, leurs convictions seraient sans retour ? Tous tes aveugles font-ils indignes de leurs soins.  Ils ne pourraient il est vrai, les combler ni de richesses ni de dignités ; mais aussi, le zèle de ces nouveaux apôtres ne serait plus soupçonné d'avoir une autre vue que Jésus Christ et icelui crucifié: ce saint zèle écarterait dans toute sa pureté, et ils auraient en même temps pour témoins de leurs travaux évangéliques, et pour admirateurs, leurs compatriotes, desquels ils pourraient tirer tous les secours nécessaires à un si saint œuvre.

 

 

Malgré le tort que les Anglais m’ont fait, je leur rends avec plaisir la justice qui leur est due. Pendant que j'ai été  leur prisonnier dans la Nouvelle Angleterre, j'ai trouvé des Sauvages fort bien instruits des vérités catholiques. Ils ont des Ministres, qui ne s'occupent qu'à leur Instruction. Ce n'est certainement point en vue d'aucun gain, car, ces sauvages  ne possédant quoi que ce soit au monde. Ces ministres s'y appliquent pourtant et réussissent infiniment mieux que ne font les missionnaires, les pères de l'Oratoire, les jésuites, les récollets et les autres, dans le Canada, qui est contigu. D'où vient cela ?  (14).

 

 

Oserais-je le dire? Oui. C'est que leur zèle est pur, ou que du moins il est dénué de l'esprit de primatie et de cornmandement, et sur tout d'avarice et de luxure. Que les Jésuites le prennent comme ils voudront : c'est un fait certain, que j’avance et qui fera prouvé par la même Histoire que j'ai déjà promise et que je rapporterai dans la conférence avec M. Martin: elle en fait partie, et on la trouvera ci-dessous. Je reviens à ces ministres, qui instruisent les Sauvages. Ils ne leur donnent, il est vrai, qu'une Instruction hérétique ; mais, ils ne peuvent leur donner pour des vérités de foi ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes.

 

Ils leur donnent ce qu'ils ont : ils ne peuvent pas plus ; et leur intention n'en est pas moins remplie de charité. Jésus Christ ne dédaigna pas d'instruire la Samaritaine, qui, suivant toutes les apparences était aussi gueuse que pécheresse, puis qu'elle était réduite à venir elle-même tirer de l'eau à un puits.

 

 

C’est que le Sauveur était, venu pour tout le monde sans acception de qualité et que les apôtres d'aujourd'hui ne sont venus, ou du moins semblent n'être venus que pour les riches, et négligent de suivre son exemple, quoi qu'il le leur ait expressément  commandé. Que ne  dirais-je point sur ce sujet, si j'y abandonnais ma plume ?  Les missionnaires donnent rarement des relations des progrès de leurs missions. On y voit du moins briller la vérité ; ils ne s'étudient point à surprendre la bonne foi, ni la religion du public. Je leur rends la justice qui leur est due, en affirmant que je n'y ai jamais rien lu qui ne soit conforme à la vérité. Leur style est simple et naturel, et  semble avoir tout à fait renoncé aux embellissements de la rhétorique.

 

 

Les considérations de Challe sur l’échec de la mission évangélique sont évidemment partielles puisqu’il n’a pas pu atteindre le Siam alors qu’il nous aurait probablement dotés de judicieuses considérations en particulier sur le bouddhisme.

 

Il faut évidemment faire abstraction de son hostilité viscérale à l’égard des Jésuites sans toutefois perdre de vue qu’elle est, -à cette époque où tout l’épiscopat français est gallican-, généralisée.

 

 

Elle tient beaucoup à l‘allégeance des Jésuites au Pape dans le cadre du quatrième vœu qu’ils prononcent en sus des vœux classiques (pauvreté - chasteté- et obéissance) celui d’obéissance au Pape dans le cadre des missions que celui-ci leur confie ad majorem dei gloriam.

 

 

Leur situation fut toujours précaire, expulsés de France en 1594, revenus en 1903 puis encore expulsés par Louis XV en 1763 à la suite d’un scandale financier qui n’est pas étranger à leur réputation de cupidité. Elle fut naturellement attisée par l’influence certainement néfaste que ceux-ci exercèrent sur Louis XIV vieillissant et Madame de Maintenon.

 

 

Les querelles entre les ordres missionnaires

 

Remarquée par Naraï lui-même et soulignée par Challe, la question est abordée de façon moins brutale mais tout aussi limpide sur le site des Missions étrangères : «  Dans ces conditions, le progrès des missions devenait incertain, et les autochtones, devant le mauvais exemple de certains Européens, étaient amenés à détester la religion que ceux-ci professaient » (2).

 

 

Les missions ne prêchent qu’aux riches

 

Le site des Missions étrangères nous dit toujours avec la même prudence : « Il faut remarquer que certaines congrégations religieuses font de louables efforts pour se mettre davantage au service de la population laborieuse du pays. Les rares prêtres au service de l’évangélisation directe savent bien qu’il y a des non-chrétiens en recherche de la lumière du Christ. Heureusement, quelques laïcs commencent à prendre conscience de leur devoir de baptisés ».

 

Par-delà sa critique de l’Eglise temporelle, Challe met l’accent sur une question fondamentale, avant d’évangéliser les puissants, faut-il commencer par les misérables, une route inverse de celle suivie par les missionnaires au Sia ?  Il cite la Samaritaine qui était une gueuse, ne parle pas de Marie-Madeleine qui était une prostituée ...

 

 

...ni des premiers disciples du Christ qui ne furent pas les docteurs du Temple mais de misérables pécheurs.

 

 

Les premières communautés chrétiennes suivirent l’exemple de Saint Paul «Il n’y a ni juifs ni gentils, il n’y a ni esclave  ni homme libre, il n’y a plus d’hommes et de femmes car tous vous ne faites qu’un dans Jésus-Christ» (15). 

 

 

Ce lien de l’Eglise des premiers siècles avec les couches les plus misérables de la population a été d’ailleurs dénoncé dès le IIe siècle par le riche et élitiste philosophe romain Celse, le premier à se livrer à une attaque en règle contre les premiers chrétiens auxquels il reprochait de n’être que d’incultes représentants des plus viles classes de la société (cardeurs, foulons et cordonniers) auxquels se joignaient les femmes et les enfants (16).

 

 

De l’œuvre rédemptrice à la libération de l’humanité des inégalités qui l’oppriment, il n’y a qu’un pas. La théologie de la libération est née d’un principe fondamental, celle de la place des pauvres dans l’Eglise (17).

 

 

Il est évidemment un pas que Challe ne franchit pas, celui de faire des pauvres les acteurs de leur propre libération.

 

La vision de l’Eglise contemporaine se retrouve dans les vœux adressés le 28 mai 2018 par le Pape François au dominicain Gustavo Gutiérrez, considéré comme le père de la théologie de la libération dans l’Église catholique, à l’occasion de son 90e anniversaire (18).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles

 88. « L'échec des missionnaires français au Siam (XVII Et XVIIIe siècles) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-l-echec-des-missionnaires-fran-ais-au-siam-xvii-et-xviii-emes-siecles-118521756.html

A 334 - « L’ÉVANGELISATION DU SIAM – HISTOIRE D’UN ÉCHEC »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-334-l-evangelisation-du-siam-histoire-d-un-echec.html

 

(2)  https://missionsetrangeres.com/eglises-asie/1999-02-16-proclamer-levangile-dans-une-nation-bouddhiste-la/

 

(3) « Journal du Voyage des Indes Orientales à Monsieur Pierre Raymond avec la Relation de ce qui est arrivé dans le  Royaume de Siam par le Lieutenant de La Touche ».

 

 

(4) Nous en avons une brève biographie dans le « Mercure de France » du 15 février 1932.

Un site Internet un  peu squelettique lui est consacré :

https://robertchalle.hypotheses.org/vie-de-robert-challe

Se faisant appeler « de » Challe ou « de » Chasles, fils d’un modeste bourgeois parisien, il publie plusieurs ouvrages d‘anecdotes galantes sinon graveleuses. Son « Les illustres françaises- histoire véritables », peut-être un roman à clefs, publié sous le manteau en 1712 en trois volumes connut un vif succès.

 

 

Il continue sa carrière littéraire l’année suivante par un pastiche « Continuation de l'histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche ».

 

 

Il est l’auteur présumé de « Difficultés sur la religion proposées au P. Malebranche » dont une version de 1768 a été publiée sous le titre « Le Militaire philosophe, ou Difficultés sur la religion, proposées au révérend père Malebranche, prêtre de l'Oratoire ; par un ancien officier »,

 

 

(5) « Revue d’histoire littéraire de la France », numéro de novembre-décembre 1979  « Robert Challe- le père du déisme français ». Article de Frédéric Deloffre, pp.  947-980)

 

(6) Voir « Cols bleus : hebdomadaire de la Marine française », numéro du 24 juillet 1993.

 

(7) Nous en avons un bel exemple avec les mésaventures d’un cocu alors célèbre à Pondichery qui occupait un poste important à la Compagnie des Indes Orientales. Les détails égrillards ne manquent pas.

 

 

(8) Elle est relatée dans le second volume de son journal : Le chirurgien de son vaisseau, l’ « écueil » accusait les marins de voler les œufs de ses malades. Une très longue surveillance permit de découvrir qu’il s’agissait de trois rats. L’histoire serait banale : il y a deux calamités sur les navires, les rats et les cafards, mais on ne fait pas de poésie sur les cafards. Or dans son ouvrage de 1913 sur La Fontaine, Emile Faguet nous apprend que la fable intitulée « Les deux rats, le renard et l’œuf » serait tirée d’un « journal d’un voyage fait aux Indes orientales » ? Il n’y a pas anachronisme : si les Fables ont été publiées jusqu’en 1694 c’est-à-dire bien avant la publication de l’ouvrage de Challe, il est permis de penser que ces souvenirs ont circulé dans les salons littéraires de l’époque ... à moins que Challe n’ait utilisé La Fontaine pour conter cette anecdote ?

 

 

 

(9) Personnages de la mythologie grecque réputés pour leur férocité.

 

(10) Cette querelle théologique agita l’Eglise d’Afrique du nord, alors florissante, au Pape Étienne  vers l’année 250.

 

(11) La question de l’infaillibilité pontificale en matière dogmatique n’a en définitive été réglée que par le Concile Vatican I en 1870. Challe agite la vieille querelle entre l’Eglise gallicane qui revendiquait son indépendance par rapport au Vatican, forte du soutien de Bossuet et de l’ensemble du  clergé français, épiscopat en tête.

 

(12) Epitre aux Philippiens, I – 18 : « Qu’importe ! De toute façon, que ce soit avec des arrière-pensées ou avec sincérité, le Christ est annoncé, et de cela je me réjouis. Bien plus, je me réjouirai encore ».,

 

(13)  En juillet 1690 l’escadre fait escale sur l’île de Moâli que Challe compare à un paradis terrestre. Situé au nord-est de Madagascar, il s’agit de l’île de Mohéli dans l’archipel des Comores, aujourd’hui paradis touristique remarquable par sa biodiversité. La population y est intégralement mahométane

 

 

(14) Les pérégrinations de Challe l’on conduit au Canada et en Nouvelle Angleterre comme on appelait alors les six états du nord des Etats Unis à la frontière canadienne.

 

(15) Epitre aux Galates, III – 28.

 

 

(16) Son ouvrage est perdu et n’est connu que par l’analyse qu’en fit Origène dans son ouvrage « Contre Celse » ((« Traité d’Origène contre Celse ou défense de la religion chrétienne contre les accusations des païens » éditions du Cerf, 2 volumes, 1967 et 68. « Nous voyons pareillement, dans quelques maisons particulières, des cardeurs, des cordonniers, et des foulons, les plus ignorants et les plus rustiques de tous les hommes, qui n'osent ouvrir la bouche devant les personnes graves et éclairées dont ils dépendent ; mais qui, lorsqu’ils se peuvent trouver, sans témoins, avec les enfants de leurs maîtres, ou autres témoins que des femmes, aussi peu judicieuses que des enfants, leur font mille beaux petits contes, pour les porter à leur obéir, plus-tôt qu'à leur  père, et à leurs précepteurs. Que ce font des extravagants, et de vieux fous, qui ayant l’esprit rempli de préjugés et de rêveries, ne sauraient ni penser ni rien faire de raisonnable: qu’eux qui leur parlent, font les seuls qui sachent comme il faut vivre; que s'ils les veulent croire, ils feront heureux, avec toute leur maison. Pendant qu’ils leur tiennent ces discours, s'ils voient venir quelques hommes de poids, quelqu’un des précepteurs, ou le père même, les plus timides se taisent d'abord; tout tremblants; mais les autres ont assez d'impudence, pour solliciter encore ces enfants à secouer le joug, leur soufflant tout-bas, qu'ils ne peuvent et qu'ils ne veulent leur rien apprendre de bon, en la présence de leur père, ou de leurs précepteurs; par ce qu’ils craignent de s’exposer à la fureur et à la brutalité de ces gens, abandonnés au vice, et entièrement perdus, qui les feraient  punir. Que s’ils veulent être instruits, il faut que quittant-là et leurs précepteurs, et  leur père, ils aillent, avec les autres enfants, leurs compagnons, et avec les femmes, dans l'appartement de celles-ci, dans la chambre du cordonnier, ou dans celle du foulon, afin de s’y perfectionner... »

 

 

(17) « Bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous »  (Luc VI, 20) ; « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! » (Mathieu V, 3) 

 

 

(18)  « Je m’associe à ton action de grâces à Dieu et te remercie aussi pour ta contribution envers l’Église et l’humanité à travers ton service théologique et ton amour préférentiel pour les pauvres et les exclus de la société. Merci pour tous tes efforts et pour ta façon d’interroger la conscience de chacun, afin que personne ne reste indifférent au drame de la pauvreté et de l’exclusion. Je t’encourage à persévérer dans la prière et ton service aux autres en offrant un témoignage de la joie de l’Évangile »... Cité par La Croix du 7 juin 2018.

 

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 22:51

 

Les éléphants, sauvages et domestiqués, font partie intégrante de l’histoire du royaume de Thaïlande et de la vie de ses habitants. Déjà la stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292, découverte en 1833 par le roi Mongkut (Rama IV) considérée comme l'acte fondateur de la nation thaïe, inscrit non seulement un modèle idéal pour la dynastie  Chakri; avec un Roi exemplaire, une utopie politique, une religion bouddhiste observée par tous, mais montre déjà l'importance et la place de l'éléphant dans la société siamoise. (Cf. Nos deux articles (1))

 

 

Ainsi on y apprend dans quelles circonstances, le fils du fondateur du royaume de Sukhotai, fut surnommé par celui-ci: «Phra Ramakhamhèng» (1279-1298). C'est en effet, alors qu'il avait 19 ans, qu'il vint à la rescousse de son père en déroute qui était poursuivi Pra Chon, mandarin de troisième rang, le seigneur du pays de Chot, monté sur son éléphant nommé Mat Muang, en l'attaquant avec son éléphant et le vainquit. On apprend également qu'il est un bon fils et fait de multiples présents à son père, comme des défenses d’éléphants, qu'il est un guerrier qui fait la guerre aux villes et aux villages, et qu'il n'oublie pas de donner une part à son père d'éléphants, de défenses d’éléphants, de garçons, de filles, et d’or; que dans son royaume «Tout le monde pouvait faire le commerce d’éléphants et de chevaux.» 

 

 

 

On voit donc dès l'origine, les rôles joués par l'éléphant dans la société et la vie des Siamois: dans la guerre, le commerce, le transport des hommes et des biens, le travail dans la forêt pour récolter le bois, la construction des villes et villages. On va retrouver dans les «Chroniques royales d'Ayutthaya» consacrées aux règnes des 33 rois du royaume d'Ayutthaya (1351-1767) de nombreuses pages sur les guerres menées avec  les éléphants et la place sacrée qu'occupait l'éléphant blanc. 

 

 

 

 

 

On y voit des combats à dos d'éléphants devenus célèbres, comme ceux par exemple de la reine Suriyothai (épouse du Roi Chakkrapat (1549-1568) et du roi Naresuan (1590-1605(qui a reconquis l'indépendance d'Ayutthaya en 1584) et qui sont connus de tous les écoliers. Ils  sont pour tous les Thaïlandais des héros nationaux. (2) La reine Suriyothai qui sur son éléphant va au secours de son royal mari en danger lors d'une guerre en 1548 contre les Birmans et perd la vie au combat. Le prince Damrong Rajanubhab dans son livre, Nos guerres avec les Birmans: thaïe-birmane. Conflit 1539-1767, a raconté cette page de l’Histoire nationale, et rendu célèbre l'héroïsme de la Reine Suriyothai. Encore en 2001, Chatrichalerm Yukol, qui lors de la sortie de son film La Légende de Suriyothai rappelait que la reine Sirikit était à l’origine du film, et qu’elle voulait que le peuple thaïlandais soit fier de son Histoire, à travers l’«héroïsation» d’une de ses reines. (3) De même les Chroniques racontent un duel d'éléphants resté célèbre entre le roi Naresuan qui tuera l'Uparât birman ainsi que celui de son frère contre Mangcacharo (le demi-frère ainé de l’Uparât)  lors de la campagne de 1591-1592 (?) contre les Birmans. (Cf. Ce récit (4))

 

 

 

Mais l'éléphant blanc va tenir une place particulière dans l'histoire du Siam, car ils sont considérés comme des êtres divins  qui apportent bonheur, richesse et prestige.

 

 

Dans l'hindouisme, la monture du dieu Indra, Airavata, est un éléphant blanc. L'éléphant est aussi la monture de chacun des huit gardiens des points cardinaux et inter cardinaux.

 

 


 

Il est considéré comme le roi des animaux, symbole de pouvoir royal. Shiva en tant que souverain du monde, incarnation des vertus royales et destructeur du mal est appelé éléphant (Matanga). L'homme à la tête d'éléphant évoque l'union du microcosme (humain) au macrocosme (totalité), ce qui signifie que l'homme est à l'image de Dieu. (5)

 

 

Le dieu à quatre bras et à tête d'éléphant avec une défense cassée Gaṇesh (ou Gaṇesha ou Vinâyaka ou Gaṇapati ou en Thaïlande Phra Pikanet (พระพิฆเนศ, ou Phra Pikanesuan, พระพิฆเนศวร) ), jouit d'un véritable culte dans de nombreux temples bouddhistes et les Thaïlandais le sollicitent souvent avant d'entreprendre une action importante ou pour demander son aide pour un examen ou une affaire commerciale par exemple. On le trouve aussi dans des centres commerciaux, sous la forme de statues ou de peintures murales et beaucoup de Thaïlandais le portent en pendentif. Ganesh est vénéré principalement par les milieux artistiques et les commerçants. Il est donc associé aux arts, à l’éducation et au commerce. (6)

 

 

On voit aussi de nombreux temples qui sont consacrés aux éléphants et à l'éléphant blanc en particulier. On peut penser au temple du moine à tête d'éléphant sauvage (วัดป่าคำหัวช้าง) près de Khon Khaen où les fidèles viennent déposer des petites statues d'éléphants par milliers


 

 

 

ou le splendide wat Ban Rai (วัดบ้านไร) situé près de Kut Phiman dans la province de Korat, avec ses 42 mètres de hauteur et son éléphant en céramique pesant  520 tonnes!

 

 

Ou encore au sanctuaire d'Erawan (ศาลพระพรหม) situé près de  l'hôtel Grand Hyatt Erawan à Bangkok. «Un  sanctuaire hindouiste abritant une statue de Brahmâ, en se rappelant qu' Erawan (เอราวัณ) est le nom thaï de l'éléphant mythologique Airavata, un éléphant blanc qui porte le dieu Indra dans la religion hindouiste. Ce sanctuaire est un lieu très vénéré et surtout constamment animé. Une troupe de danseurs y fait des représentations presque continuelles pour honorer l'Esprit du lieu. Les adeptes trouvent sur place des vendeurs d'oiseaux à libérer pour gagner des mérites, des fleurs à offrir, des feuilles d'or pour coller sur la statue, etc.» (wikipedia)]

 

 

 

ou encore  le temple de War Sothon oú la plus célèbre des statues est celle de Ganesh  que les fidèles sollicitent et est devenue l’un des symboles de la province de Chachoengsao

 

 

On peut comprendre ces cultes par l'histoire et le rôle qu'à jouer et joue encore le brahmanisme et la croyance aux esprits des Thaïlandais. Nous avons consacré de nombreux articles à ce syncrétisme religieux et aux phis. (Cf. 7)

 

 

 

Le fin connaisseur du Siam E. Lorgeou confirme que «Les éléphants blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou, et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il deviendra Chakravartin.» (8) 

 

 

 

 

Les Chroniques royales racontent les circonstances qui ont fait du roi Chakkrapat (1549-1568) le «seigneur des éléphants blancs» et comment il dut entrer en guerre après avoir refusé deux éléphants blancs au roi des Birmans et subir une terrible défaite.  (Cf.  Notre article «Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs» (9)) Elles raconteront également à nombreuses reprises, combien la capture d'un éléphant blanc dans un village était un événement mémorable, qui valait à ceux qui avaient réussie de multiples récompenses et titres parfois de la part du roi; qu'il était emmené à la capitale en grande pompe et faisait l'objet d'une réception et célébration royales, recevait un nom noble et un titre. (N'oublions pas que le chef du coral royal d'éléphants était un personnage important de l'État. Par exemple Petracha (1688-1703) fut le chef du coral royal avant de devenir roi.) Les Chroniques ne manqueront pas pour chaque règne de signaler cet événement important.

 

 

 

L'éléphant blanc deviendra même le symbole de la dynastie Chakri fondée à Bangkok en 1782 et  figurera  sur le drapeau du Siam de 1855 à 1916 et orne encore aujourd’hui celui de la marine royale thaïlandaise. En effet, en 1917, le roi Rama VI, influencé  par le graphisme des drapeaux européens (notamment, français) qu'il jugeait plus moderne, choisit un drapeau rouge avec des raies blanches comme emblème national, avec une symbolique bien définie : Le Rouge pour la Nation, le Blanc pour la Foi et la Pureté du Bouddhisme Theravâda et le Bleu pour la Monarchie. (Source : Kohlidays) (Cf. L'article «Drapeaux Thaïs, l’Histoire derrière le Symbole» (10)

 

 

Mais l'éléphant est resté un symbole national. Le Département Royal des Forêts a désigné l’éléphant blanc (ช้างเผือก, chang phueak) comme animal national du royaume le 13 mars 1963 et depuis le 13 mars 1998, la Thaïlande célèbre chaque année, la Journée nationale thaïlandaise de l’Éléphant. (Cf. 11).

 

 

 

Rappelons, si besoin était, que l’éléphant blanc n’est pas de couleur blanche, il est tout simplement albinos c’est-à-dire plus clair que ses congénères. Les Thaïs ne parlent d’ailleurs pas d’«éléphant blanc» (ช้าง ขาว) mais d’«éléphant albinos» (ช้างเผือก). Les écuries royales de Dusit contiennent encore dix éléphants blancs, le plus ancien appelé Phlai Kaew (พลายแก้ว) est né dans les forêts de Krabi vers 1951 et a été offert au roi le 10 février 1958.

 

 

 

 

Il fit alors la joie de la princesse Sirindhorn. 

 

 

 

Le roi lui rendit un solennel hommqge en 2017 lors de son 80e anniversaire : 

 

 

Mais s'il est resté un symbole national, il a continué jusqu'en 1989, à être exploité, notamment dans le travail des forêts. De même, si en cette même année,  le commerce international d’ivoire a été interdit par la Convention des Nations unies sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, les braconniers sévissent toujours, encouragés par un trafic international important, où les prix de l’ivoire s’envolent. «Des «quantités massives» d’ivoire africain sont importées illégalement en Thaïlande où il est transformé en statues bouddhistes, bracelets et autres bijoux pour touristes» (WWF). De plus,  comme la réglementation en vigueur en Thaïlande autorise le commerce d'ivoire provenant d’éléphants domestiques morts de causes naturelles, les réseaux de trafiquants peuvent exploiter cette faiblesse pour faire passer l’ivoire africain pour de l’ivoire thaïlandais.

 

 

 

A cela, il faut ajouter la déforestation qui a restreint considérablement les territoires des éléphants. Si le gouvernement thaïlandais s’est engagé depuis 2013 dans la lutte contre la déforestation, Steve Dery  nous apprend qu' «Entre le début du siècle et 1991, d'une part, les superficies cultivées sont passées d'environ  2 millions  à quelques 23 millions d'hectares soit 45% du territoire national, et d'autre part, celles couvertes par les forêts n'occupent plus à l'heure actuelle (1998) que moins du quart de la surface du pays, alors qu'elle en couvraient près des trois-quarts, 9 décennies auparavant.» (12)

 

 

Dans ces conditions, on comprend pourquoi  il ne reste plus que 3.800 éléphants  domestiques  (et environ un millier d'éléphants sauvages), alors qu'au début des années 1900, il y en avait environ 100.000. D'ailleurs, depuis 1986, l'éléphant est devenu une espèce en voie de disparition en Thaïlande.

 

 

Une nouvelle exploitation de l'éléphant domestique: monture et spectacles  pour touristes.

 

 

 

La loi de 1989 interdisant l’exploitation des forêts naturelles, et donc de facto le travail  des éléphants domestiques, a contraint leurs propriétaires et les mahouts à leur trouver une reconversion. Faute d’alternatives, ils se sont tournés vers le tourisme pour subvenir à leurs besoins, en sachant qu'il n'y a plus suffisamment d’habitat naturel disponible pour en réintroduire ne serait-ce qu’une partie.

 

 

Dès lors, les pachydermes sont quasi-exclusivement utilisés à des fins touristiques et la balade à dos d’éléphant et les spectacles sont devenus  des attractions  majeures en visitant les principaux sites culturels ou naturels (Anciennes capitales, (Ayutthaya, Sukhotai), monuments historiques, réserves naturelles).

 

 

De nombreux guides ne manquent pas de les signaler, sans s'interroger sur le sort réservé aux éléphants,  comme par exemple «Le Routard» qui invite ses lecteurs à  aller au «Festival de Surin», le troisième week-end de novembre, où «Quelque deux cents pachydermes s’en donnent à cœur joie au cours de démonstrations de dressage, de reconstitutions costumées ou de matchs de foot ! Spectaculaire, décalé et hyper populaire ([...) Enfin, le festival de Surin réserve un petit cadeau aux touristes : faire des tours à dos d’éléphant, un must. (!) Un petit conseil : préférez les balades en ville, plus palpitantes, à celles dans le stade qui ne durent que cinq petites minutes. Maniaques de la trompe et nostalgiques de Babar, vous avez trouvé votre Mecque en Thaïlande : la région de Surin, fief des éléphants, a de quoi vous satisfaire. Une fois le festival terminé, prenez la route 214 vers le Nord et filez à Ta Klang, « le village des éléphants ».»

 

 

Les touristes sont ravis et repartent avec des clichés photographiques qui vont ravir leurs amis au retour ou de suite  mettent leurs «selfie» sur Facebook ou Instagram, etc.

 

 

Heureusement de nombreuses associations, des émissions de télévision dénoncent les nombreuses maltraitances subies par les éléphants et organisent des campagnes pour ne plus monter sur les éléphants.

 

 

 

Odysway par exemple, une agence spécialiste du voyage en immersion a même expliciter les types de maltraitances: la cruauté du dressage du jeune l'éléphant (le phajaan),  les lourdes nacelles mises sur le dos des éléphants qui déforment leur colonne vertébrale,  dont nous présentons ici un résumé. (13)

 

 

La domestication de l’éléphant en Thaïlande passe par un rituel bien particulier et très cruel, nommé phajaan. Il s'agit de briser l’esprit de l’éléphanteau en l'enfermant et l'enchaînant dans une cage très étroite l’empêchant de bouger. Ensuite, il est privé de nourriture, d’eau, de sommeil mais aussi battu, électrocuté ou étouffé, pendant 4 à 6 jours.  Environ la moitié des éléphanteaux meurent et beaucoup connaissent de graves séquelles physiques et psychologiques. Ceux qui arrivent à survivre sont ensuite dressés par des mahouts qui utilisent souvent leur bullhook (sorte de pic à glace) leur causant des blessures.

 

 

Mais il est une autre maltraitance ignorée des touristes, est celle causée par la nacelle mise sur le dos des éléphants pour leur promenade. Cette ignorance est due au fait que l'on pense que l'éléphant peut porter de lourdes charges. Or, leur dos est la partie la plus fragile de leur corps, et ne peut pas porter plus de 150 kg. La nacelle pesant généralement 100 kilos, à laquelle il faut ajouter le poids du mahout et les deux touristes vont provoquer des douleurs et déformer la colonne vertébrale. De plus, il faut considérer que l'éléphant promène les touristes pendant des heures et qu'il est souvent attaché en plein soleil, et que  le mahout  n'hésite pas à lui asséner des coups sur ses blessures avec son bulhook, s'il  est désobéissant.

 

 

Aussi, des campagnes sont organisées pour inviter les touristes à ne plus monter sur les éléphants et de privilégier les sanctuaires où des  éléphants à la retraite, malades, blessés, ou  en fin de vie sont soignés et vivent -en principe- dans de meilleures conditions. Une nouvelle «attraction» pour touristes dit responsables est ainsi proposée, où ils peuvent  lors d'une demi-journée, d'une journée ou plusieurs jours, les observer, les laver, leur donner à manger, en prendre soin en aidant les employés dans leurs taches. Mais ces centres sont d'inégale valeur et certains propriétaires veulent «rentabiliser leur business» et n'hésitent à maintenir les éléphants pendant des heures auprès des visiteurs et ont même maintenu la balade avec la nacelle, les enchaînant ensuite.

 

 

Mais  de nombreuses agences ou blogs vous  présentent les meilleurs centres et leurs palmarès comparatifs. (Cf. Par exemple l’ONG World Animal Protection.(14)) Ou sinon, on peut encore choisir certains parcs nationaux où il est possible de voir des éléphants en totale liberté dans leur milieu naturel, comme par exemple au Parc National de Kui Buri dans la province de Prachuap Khiri Khan.

 

 

 

 

Ainsi, si aux yeux des Thaïlandais l'éléphant blanc reste encore un animal «sacré» auquel la majorité vouent un culte dans de nombreux temples pour qu'il intervienne en leur faveur, et vénéré sous la forme de Ganesh par les milieux artistiques et les commerçants; il reste pour tous un symbole national qu'il célèbre chaque année depuis le 13 mars 1998.   

 

 

Il serait bénéfique que le tourisme de masse puisse oublier le plaisir passager d'une balade sur son dos et privilégie de l'admirer dans son milieu naturel. Des auteurs français parmi les meilleurs ont été inspirés sinon fascinés par leur intelligence de loin supérieure à celle de tous les mammifères terrestres. Nous vous en avons donné un avant-goût dans quelques articles récents. (Cf.15) Il a également inspiré quelques auteurs de littérature enfantine

 

 

 

 

et les scénaristes de quelques films d‘aventure!

 

 

 

PS. Cet article a été écrit avant le déclenchement du coronavirus. S'il montrait entre autre que les éléphants étaient mis en danger par le tourisme de masse, ils souffrent encore plus aujourd'hui, par un étrange paradoxe, par leur absence.

https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/18843-dun-enfer-a-un-autre-double-peine-pour-les-elephants-victimes-du-tourisme-en-thailande/

 

Notes et références.

 

 

(1) 19. Notre Histoire: La stèle de Ramakhamhèng

http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

20. Notre Histoire: Le roi  de Sukkhotaï  Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

 

 

(2) 70. Le roi Naresuan, un héros national (1555- règne de 1590 à 1605)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

 

(3) A 51. Cinéma thaïlandais: La Légende de Suriyothai de Chatrichalerm Yukol (2001)

Ou comment utiliser le cinéma pour « inventer » l’Histoire du Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

 

(4) 65. le roi Naresuan (1590-1605). 2.

La campagne de 1591-1593 (?) contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-biramans-1591-1593-115118551.html

 

(5) Il est «le chef -Pati- des troupes de divinités -Ganas-» ou mieux «  le seigneur des catégories») ou Pillayar dans le sud de l’Inde est le dieu qui supprime les obstacles. Il est aussi le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. Il est le fils de Shiva et Pârvatî, l’époux de Siddhi (le Succès), Buddhi (l'Intellect) et Riddhî (la Richesse). (wikipédia)

 

(6) https://cmdecidela.com/2018/09/13/pikanet-le-culte-du-dieu-elephant-a-la-sauce-siamoise/

 

«Au royaume de Thaïlande, Ganesh est vénéré principalement par les milieux artistiques et les commerçants. Il est donc associé aux arts, à l’éducation et au commerce. Divinité connue comme éliminatrice d’obstacles, il est courant pour les bouddhistes thaïlandais de faire une offrande à un sanctuaire de Ganesh lorsque quelque chose de nouveau est entrepris comme lancer une affaire, effectuer un voyage à l’étranger, construire une nouvelle maison ou se marier. La dévotion à Ganesh est également populaire auprès des étudiants universitaires avant les examens. Connu pour son amour des beaux-arts, il encourage la créativité, d’où sa popularité auprès des artistes qui le nomment Por Kru (Père Guru). Pour la même raison, une image du dieu à tête d’éléphant est incorporée dans le logo du Département des Beaux-Arts de Thaïlande. Les grandes chaînes de télévision et les maisons de production ont des sanctuaires en son honneur devant leurs locaux. D’autres attributs associés à Ganesh en Thaïlande sont le succès, l’accomplissement, la sagesse et la richesse; il n’est donc pas surprenant que cette divinité hindoue soit si populaire auprès des Siamois. Ce culte est cependant un phénomène récent.»

 

(7) Entre autres: 22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

A151. Nous vivons au milieu des «Phi» en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

 

(8) E. Lorgeou, « Somdet Phra Maha Chakkrapat, roi du siam, Seigneur des Eléphants blancs », Fragment de l’Histoire du Siam, in Recueil de mémoires orientaux, textes et traductions, publiés par les professeurs de l’Ecole Spéciale des langues orientales vivantes, à l’occasion des langues orientales vivantes à l’occasion du XVI ème congrès international des orientalistes  réuni à Alger avril 1905, 1905. Site Gallica, BNF.

 

«De même en effet qu'on divise les hommes en plusieurs castes suivant l'origine de leur création, on distingue de même des castes parmi les éléphants, suivant qu'on les suppose issus de parents qui furent créés à l'origine par tel ou tel dieu, dans telle ou telle circonstance, pour tel ou tel usage; et c'est à la couleur, à la disposition des défenses, à certaines singularités de la conformation qu'on reconnaît cette descendance. Sur ces bases, qui n'ont bien entendu rien de commun avec la science de l'histoire naturelle, on «énumère, dans les traités spéciaux, un très grand nombre de catégories d'éléphants extraordinaires.»

 

(9) 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

Et  56. La troisième guerre d’Ayutthaya contre les Birmans. (fin 1568 ?)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-56-la-troisieme-guerre-d-ayutthaya-contre-les-birmans-1568-112392417.html

 

(10) Drapeaux Thaïs, l’Histoire derrière le Symbole:

 L'article nous apprend que c'est  Rama II qui décida d’installer un éléphant blanc au centre de la Roue de Vishnou dans le drapeau. Le drapeau rouge uni continuait d’être utilisé pour les embarcations privées. Ensuite le Roi Rama IV  ordonna de retirer la Roue de Vishnou et de laisser seul l’éléphant trôner sur le drapeau. Dès lors, celui-ci fut omniprésent sur toutes les embarcations, qu’elles furent royales ou privées. En 1916, le Roi Rama VI corrigea légèrement le drapeau, en représentant le pachyderme sur une marche et orienté vers la droite. En 1917, le Roi Rama VI ordonna d'enlever l’animal sacré  du drapeau  ... (Source : Kohlidays)

 

(11) https://cmdecidela.com/2019/03/12/13-mars-2019-journee-nationale-de-lelephant-en-thailande-bombance-elephantesque/

 

(12) Steve Dery, «Évolution des territoires agricoles et forestiers en Thaïlande : une interprétation cartographique», Les cahiers d'Outre-Mer, 1999, pp.35-58.

https://www.persee.fr/doc/caoum_0373-5834_1999_num_52_205_3712

 

(13) https://odysway.com/pourquoi-ne-faut-il-pas-faire-de-lelephant-en-thailande/

 

 

(14) l’ONG World Animal Protection a fait une enquête et visité la plupart des centres d’éléphants en Thaïlande et proposent, selon eux, les meilleurs endroits pour approcher des éléphants en captivité: Boon Lott Elephant, Burm and Emily’s Elephant Sanctuary, Elephant Haven, Elephant Nature Park, Global Vision International Huay Pakoot project, Golden Triangle Asian Elephant Foundation, Mahouts Elephant Foundation, Wildlife Friends Foundation Thailand

 

(15) Quelques œuvres présentées:

«Mémoires d’un éléphant blanc» de Judith Gautier, Notre lecture : A 355- «MÉMOIRE D’UN ÉLÉPHANT BLANC» - L’HISTOIRE DE L’AMITIÉ ENTRE UNE PRINCESSE SIAMOISE ET UN ÉLÉPHANT BLANC.

 

A356- «L’ÉLÉPHANT BLANC DE SIAM»- UN FEUILLETON D’ARMAND DUBARRY (1893)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/l-elephant-blanc-de-siam-un-feuilleton-d-armand-dubarry-1893.html

 

A 357- L’ÉLÉPHANT BLANC DE GEORGES SAND.

Les Contes d'une grand’mère de Georges Sand furent publiés en deux volumes, en 1873 le premier sous le titre «Le château de Pictordu» et la second en 1876 sous le titre «Le chêne parlant».

 

 

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6 février 2020 4 06 /02 /février /2020 00:15

 

 

Le 24 août 2019, l’île Maurice fêtait dans le jardin botanique de Pamplemousse cher à Bernardin de Saint-Pierre le tricentenaire du lyonnais Pierre Poivre marqué en particulier par le lancement d’une série de timbres-poste le tout accompagné de discours devant son buste souriant.

 

 

 

 

Même hommage lui fut rendu mais sans consécration philatélique à Lyon le même jour : une exposition lui fut consacrée à l'Orangerie du parc de la Tête d'Or, dans sa ville natale. Il est vain d’associer son nom au poivrier (Piper nigrum) même si ses ancêtres étaient épiciers, un métier fortement respecté vu la rareté des produits, et ce n’est pas lui qui a « inventé » ou introduit le poivre chez nous, comme on pourrait le penser.

 

 

Lyonnais d’importance en tous cas s’il en est, puisqu’en 1821 déjà l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon sollicita« qu’il soit changé le nom ignoble de la rue de l’enfant qui pisse en celui de Pierre Poivre » (1). Il y fut rapidement fait droit !

 

 

 

 

Il est passé à la postérité pour avoir introduit les épices dans nos îles de l’Océan indien – l’île Bourbon devenue île Maurice, l’île de France devenue la Réunion et les îles de La Bourdonnais devenue les Seychelles.

 

 

Nous nous intéresserons ici qu'à ses  seules et brèves aventures au Siam vécues  au cours d'un séjour  purement accidentel.

 

 DE SA NAISSANCE JUSQU’Á L’ARRIVÉE AU SIAM EN 1745 (2)

 

Il est né à Lyon, rue Grenette sur la presque île  le 23 août 1719 et fut baptisé le même jour en l’église Saint Nizier. Il est d’une famille bourgeoise de négociants et de soyeux. Il fit ses études – brillantes paraît-il - au collège Saint-Joseph à Lyon.

 

 

 

Il se décida pour le sacerdoce missionnaire et partit pour les Missions étrangères de Paris où il étudie pendant un an. Ses supérieurs lui enjoignirent de partir pour la Chine en passant par la Cochinchine en 1740. Parti de Marseille pour Canton via le Tonkin, aux termes de péripéties qui excèdent le cadre de notre article, il se retrouve emprisonné. Il réussit  gagner la confiance du vice-roi et profita de son incarcération pour apprendre le Chinois. Il séjourna deux ans à Canton et en profite pour étudier le pays en restant attaché à la suite du Vice-roi. II prend alors la décision de retourner en France pour rendre irrévocable sa vocation religieuse et revoir sa famille. Nous sommes en 1744, le moment est mal choisi. L’Europe est en feu à  la suite de la succession de l'empereur Charles V. La guerre a éclaté entre Versailles et Londres. Dupleix a des forces insuffisantes pour défendre Pondichéry et ne dispose pas d’un seul vaisseau de guerre.

 

 

 

 

oivre embarque sur Le Corsaire qui est attaqué dans le détroit de Banca (Bangka) par un navire anglais, Le Deptford, commandé par le commodore Curtis Barnett. Le combat est acharné.  Poivre a le bras droit arraché par un boulet de canon.

 

 

 

 

« Je ne pourrai plus peindre » se plaint-il alors que la peinture était sa passion. Barnett toutefois est embarrassé de ses prisonniers et les débarque à Java ou Poivre séjourne quelques mois et s’intéresse – comme il l’a fait en Chine – à la langue et aux ressources du pays, surtout les épices qui font la richesse des Hollandais qui en conservent jalousement le monopole. Il finit par s’embarquer avec l’intention d’hiverner dans le Tenasserim alors siamois. Le bâtiment était en mauvais état, il essuie des tempêtes et il y a nécessité de prolonger le séjour à Mergui oú ils sont arrivés le 18 août 1745. Comme il le fit en Chine et à Java, Poivre sut mettre à profit tous ces retards. En Chine il avait appris le chinois, en étant  en rapport avec les Malais il avait appris leur langue. Il parvint rapidement à posséder le siamois. Nous savons au passage qu’il parlait également le portugais, la « lingue franca » de la région à cette époque.

 

 

 

Au Siam, il étudia le gouvernement, se rendit compte du pays, de ses habitants, de ses productions, de son  commerce et de ses richesses. Nous savons qu’au siècle précédent, la cour de Versailles avait eu de nombreux rapports avec le Siam. Poivre connaissait mieux que personne les relations de Siam avec la France, et regarda comme une bonne fortune de connaître le Siam et les Siamois. Son séjour se terminé en décembre – 4 mois – lui permet-il de nous donner une  vision intéressante du pays.

 

 

 

LA DESCRIPTION DU SIAM

 

Des dizaines de pages de son manuscrit permettent de découvrir un  observateur attentif et scrupuleux. Le voyageur, nous dit-il « apprend par ses propres yeux ce que ceux-ci ne savent que par le rapport des autres, rapport toujours incertain, et très souvent trompeur ». Il a de toute évidence lu les mémoires des voyageurs de l’épopée de Louis XIV

 

Et n’épargne pas le père Tachard « Je ne sais où le père Tachard a vu les trésors immenses dont il parle, les idoles d'or massif, ces palais, ces édifices, ces villes même dont il fait de si magnifiques descriptions, ont tout-à-coup disparu devant les yeux moins prévenus que les siens, ou plutôt n'ont jamais existé que dans son ample relation ».... « Le rapport des autres, rapport toujours incertain, et très souvent trompeur ».

 

Kennon Breazeale (1-7) estime que sa principale source d’information sur Mergui et la province de Tenasserim provenait du Père de Cauna des Missions étrangères qui l’accueillit à Mergui. Le reprocher nous parait injuste et ne correspond pas à ce que nous savons du cursus de ce missionnaire arrivé à Mergui guère avant Poivre (3). Il est toutefois probable qu’ils se sont connus au séminaire des Missions étrangères.

 

Il est permis de penser que les descriptions de Poivre sont au moins pour partie de première main d’autant que nous y trouvons bien des points que nous avons pu vérifier.

 

 

 

 

La description de Mergui

 

Arrivé au large de Mergui le 20 août, il fallut attendre le 22 pour qu’un pilote permette au navire de traverser la passe qui est difficile. Descendu à terre, Poivre est immédiatement accueilli par son condisciple chez lequel il loge.

 

«J’ai reçu de ce Monsieur toutes les politesses pendant 4 mois que j’ai séjourné en ce pays-là. J’ai eu tout le temps de le connaître n'ayant surtout rien à faire qu’à m'instruire».

 

Sa description de Mergui est évidemment de première main: «Pour ce qui est de Mergui en particulier, ce qu'il y a de meilleur c'est son port qui est sûr et commode. L'air y est sain, tous nos malades s’y sont bien rétablis. La terre est bonne et produirait beaucoup si les habitants, moins paresseux,  voulaient se donner la peine de la cultiver. Mais ce pays est encore en friche. Ce n'est partout que bois. Je ne sais si depuis le déluge la terre a jamais été cultivée. On ne défriche et on ne cultive qu'à mesure et qu'autant que le besoin le demande. On y prévoit point une année les accidents qui peuvent arriver l'autre. L'exemple de la fourmi est inutile pour le Siamois paresseux ».

 

Nous sommes loin des industrieux Chinois que Poivre a longuement décrit (1-8).

 

 

 

 

Il a également pu constater la richesse des fruits locaux et la surabondance du gibier ; il en donne des détails d’abondance (1-8).

 

 

 

La population et ses mœurs

 

« Le pays n'est pas fort peuplé, il est habité par des Barmans (Birmans) anciens maîtres du  terrain, sur lesquels les Siamois l'ont usurpé, par des maures, des métisses portugais, des Siamois, quelques Chinois dont les hommes viennent à Siam, et qui de là se répandent dans tout le royaume. De toutes ces diverses nations qui habitent Mergui, les Barmans sont les meilleurs. Ils sont tranquilles, fidèles, moins paresseux que les autres. Ils sont affables et reçoivent assez bien les étrangers. Ces pauvres misérables sont extrêmement vexés par les mandarins siamois qui les volent impunément, enlèvent leurs femmes et leurs filles qui sont moins laides que les autres femmes du pays ».

 

Laissons-lui la responsabilité de ses opinions sur les qualités et les défauts des diverses populations du pays – mais tous les observateurs de cette époque se sont attardés sur la nonchalance des Siamois -  et la beauté des femmes birmanes.

 

 

 

 

Mais il devient par ailleurs philosophe «Les habitants de Mergui sont extrêmement pauvres. Comme ils mangent peu et ne s'habillent presque point, il leur faut peu de chose pour vivre. L'habillement des Siamois consiste dans une simple panne qui leur sert de culottes. Les femmes s'habillent tout comme les hommes, excepté que celles qui appartiennent à des gens riches, se couvrent la  gorge d'une espèce de mouchoir. Les mandarins portent une veste à la persane. Je ne fais pas une longue description de leur manière de s'habiller parce qu'elle a été déjà donnée au  public dans les diverses relations qui ont été faites de ce pays-là. Leur façon de se nourrir est fort malpropre et n'a rien qui ne convienne à une nation barbare et sauvage ».

 

 

 

Les mœurs de la population

 

Son opinion sur ses dérèglements n’est-elle pas toujours peu ou prou d’actualité?

 

« Les habitants de Mergui sont fort déréglés dans leurs mœurs. Les richesses dont  nos philosophes se plaignent, comme de la source empoisonnée de tous nos vices, les richesses ne sont pas la seule cause des désordres, la pauvreté y contribue beaucoup. Dans le pays dont je parle, rien de si commun de voir les pères et les mères prostituer leurs  filles dès l'âge le plus tendre, et cela publiquement, et sans rougir. Les filles, à la honte de leur sexe, y vont-elles-mêmes chercher les hommes qui pour un prix très modique forment des sérails nombreux. Cette liberté si indigne de la raison, est ordinairement l'écueil des étrangers qui abordent à Mergui et elle provient surtout de la grande misère des habitants. Heureuse la nation dont un sage gouvernement saurait également exclure les richesses et la pauvreté. Parmi tous les peuples du monde, la vertu ne se trouve que dans la fortune médiocre ».

 

 

 

Les chrétiens

 

Le temps des persécutions ouvertes est terminé. Le roi Borommakot monté sur le trône en 1738 n’est pas hostile aux chrétiens (4).

 

On ne compte guère que 400 chrétiens, probablement d’ailleurs d’origine portugaise ? (Ne revenons pas sur un sujet que nous avons déjà abordé, concernant l'échec de l’évangélisation du Siam (5)). Lors de son séjour, Poivre réussit à convertir un Cochinchinois dont il parlait la langue. Il nous cite La Bruyère : « Quand je n'aurais été dans toute ma vie que l'Apôtre d'une seule âme je ne croirais pas être à la  terre un fardeau inutile ».

 

 

 

Le gouvernement du Siam

 

Après avoir longuement décrit les richesses de  la terre et du sous-sol, Poivre ajoute: « Dans ce paradis terrestre, au milieu de tant de richesses, qui croirait que le Siamois est peut-être le plus malheureux des peuples? » Et il continue « Le gouvernement siamois est une tyrannie affreuse. Ce malheureux peuple ne sait le nombre des différents maîtres qu'il a eus depuis le commencement de la monarchie, que par celui des tyrans qui l'ont opprimé. A Siam, le plus grand droit de la royauté est  celui de voler impunément les sujets de ce vaste  royaume. Tout appartient à un seul homme. Le sujet n'y peut pas disposer de son propre corps».

 

Plus bas dans la hiérarchie, le peuple n’est pas mieux loti : « Á l'imitation du roi, les mandarins sont autant de voleurs publics qui ruinent la nation ». Les conclusions qu’en tire Poivre sont frappées de bon sens «  Sous un gouvernement aussi injuste que celui dont je parle, un Etat ne peut être florissant. Dès que le particulier ne peut être riche impunément, il n'y a plus d'émulation, et avec elle, se perd l'industrie qui est la ressource d'un Etat, le nerf et le soutien d'une société ».

 

Il complète son opinion  sur les écrits du père Tachard  « Je comprends encore moins quel intérêt on peut avoir eu d'exagérer à Louis XIV les richesses de ce royaume étranger, ses forces, sa puissance, les dispositions prétendues du roi et de ses sujets pour embrasser notre Ste Religion. Il n'y avait en tout cela rien de réel que l'exagération la plus outrée et la plus affreuse imposture ».  « Il suffit de dire qu'un roi ne saurait être riche dès que tous ses sujets sont pauvres ». C’est dit brutalement mais c’est bien dit !

 

 

 

L’ambassade de Louis XIV ?

 

C’est là la partie des mémoires de Poivre qui mérite d’être retenue, elle manifeste une lucide mais cruelle réalité.

 

Ici encore, il ne mâche pas ses mots : résumons les « Un voyageur qui connaît ce que c'est que le royaume de Siam ne peut s'empêcher de rire en lisant dans nos histoires les mouvements que se donna la Cour de France pour rechercher l'amitié de ce roi indien ; les espérances qu'elle conçut de cette fameuse ambassade qui flatta si fort la vanité de Louis XIV ; avec quels honneurs on reçut les ambassadeurs auxquels, à l'exemple du roi, nos princes et nos grands seigneurs ne savaient quelle politesse faire. On leur trouva de l'esprit, des sentiments, de l'éducation, un air noble et autres belles qualités que le Français trouve toujours dans tout ce qui vient de loin ».

 

Il nous explique les raisons de son déchaînement : « Nous sommes trop prévenus en France sur le compte des étrangers, et surtout des plus éloignés. Je ne sais par quel motif nos voyageurs, surtout les missionnaires, et parmi ceux-là, les jésuites, nous donnent de tous les pays où ils vont des idées si avantageuses et si fausses. De quel front le père Tachard osa-t-il en imposer aussi grossièrement à Louis  XIV, en lui faisant croire qu'aux extrémités de l'univers, il y avait un grand prince ébloui  de l'éclat de ses victoires, qui recherchait son amitié et qui avait envie d'embrasser sa   religion. Il ne fut jamais question de cela à Siam, et si Louis le Grand sur la fin de ses jours avait eu moins de crédulité et moins d'orgueil, jamais il n'aurait envoyé à Siam rechercher l'amitié de son prétendu grand monarque, qui dans le fond, n'était qu'un roi  d'esclaves, un tyran méprisable, et par ses inhumanités, indigne d'être compté parmi les hommes, quoiqu'il se donne les titres de Roi du Ciel de l'éléphant blanc de Siam, du   Pégou, etc. Il faut avouer que la vanité souvent donne aux plus puissants princes, beaucoup de ridicule et que notre grand roi était souvent bien petit ». C’est en quelque sorte notre dictionnaire des idées reçues : « Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce qui regarde le gouvernement de Siam. Je n'en aurais même rien dit du tout si ceux qui en ont parlé avant moi l'avaient fait avec plus de vérité ».  

 

 

 

Le clergé bouddhiste

 

Les opinions de Poivre sont d’autant plus iconoclastes qu’il se destinait, ne l’oublions pas, à la prêtrise ! Il resta pourtant bon chrétien jusqu’à sa mort bien qu’il n’ait pas suivi sa vocation missionnaire initiale. Le récit de ses mésaventures sur mer, ses nombreux naufrages en particulier, sont toujours émaillés de citation des Sainte écritures :

 

« Mirabiles elationes maris mirabilis in altis Dominus » (6).

 

« Ceux qui prennent ce parti (de devenir prêtre) et le nombre en est grand, sont obligés par la loi à garder le célibat ce qui occasionne dans un climat chaud comme celui du Siam beaucoup de désordres et dépeuple entièrement le pays ».

 

Fit-il allusion au célibat des prêtres ? « C'est à Siam surtout qu'il est aisé de voir de quelle conséquence il est pour un état de ne pas autoriser le mariage, et de donner une trop grande liberté pour le célibat. Outre  que cet état ne convient qu'à très peu de personnes, il est absolument contraire au bien  réel d'une nation. Dans les royaumes dont je parle, cet abus est cause que les campagnes sont désertes et plus de la moitié du terrain est en friche. Comment pourrait-il arriver autrement dans un pays vaste dont la moitié des habitants meure sans postérité. C'est un principe connu de tout le monde que la vraie richesse d'un prince vient du nombre de ses  sujets que plus un Etat est peuplé, plus il est florissant, plus il y a de laboureurs, plus la terre est prodigue de ses biens. C'était un principe bien connu à Rome où le Sénat au nom de la République récompensait ceux qui avaient des enfants et les élevait pour son service. Il n'est pas moins suivi à la Chine, où le gouvernement mieux instruit de la vraie politique, non seulement autorise le mariage et le met en honneur, mais encore a proscrit le célibat en couvrant d'infamie tout homme qui se met dans le cas de mourir sans postérité. C'est par là que la nation chinoise est devenue la plus nombreuse qu'il y ait au monde ».

 

Poivre ne jette toutefois pas l’anathème sur tous les bonzes même si c’est un peu du bout des lèvres : « On trouve encore parmi eux quelques hommes réguliers, observateurs exacts des lois et de la règle. Zélés, au moins en apparence, pour la pureté des mœurs, panégyristes de la vertu dont ils donnent au public des exemples imposants, si de tels personnages sont réellement  ce qu'ils semblent être, on ne peut leur refuser les plus grands éloges en ce qu'ils conservent tant de vertus au milieu de la plus grande corruption.  Nous avons vu à Mergui un de ces hommes dont je parle. C'était un vieillard, supérieur d'un monastère considérable. L'austérité de ses mœurs était peinte sur son visage, son extérieur grave, modeste et composé inspirait du respect pour sa personne. Il ne sortait jamais sans être accompagné d'une troupe de disciples admirateurs ».

 

 

 

Si Poivre n’est resté que quatre mois au Siam, alors que ses aventures se déroulèrent entre 1740 et 1773, son sens aigu de l’observation est démontré par les longs chapitres de ses mémoires concernant la période antérieures à son séjour de quatre mois à Mergui, le récit des péripéties de son retour dans l’Océan Indien après son retour en France, sa description de la faune et de la flore, sa connaissance des langues parlées par les différentes ethnies présentes à Mergui, Siamois bien sût, mais aussi Chinois, Malais, Cochinchinois, Portugais, son sens évident du contact avec les autochtones, sa critique judicieuse des écrits de ses prédécesseurs, permettent de penser que sa narration est du vécu même s’il lui arrive de faire du « copier-coller ».

 

On peut passer quatre mois en Thaïlande et en retirer d’utiles observations tout comme on peut y penser dix ans et n’en dire que des fariboles. Nous avons cité des propos de Pierre Poivre ceux qui nous ont semblé les plus caractéristiques de sa profonde lucidité. Son passage au Siam est le plus souvent oublié de ses bibliographes, il nous a semblé qu’ils méritaient pourtant d’être tirés de l’oubli en dehors des suites de sa vie aventureuse qui firent sa gloire.

 

Il nous faut évidemment remercier Kennon Breazeale, universitaire américain de l’Université d’Hawaï et auteur de nombreux ouvrages sur le Siam ancien de la mise en valeur de cette description du Siam.  Même s’il est singulier de devoir à un érudit américain, la publication de l’œuvre d’un voyageur français au Siam dans un texte anglais d’une revue qui publie exclusivement en anglais contenant de nombreux extraits de ces écrits français traduits en anglais ! Nous avons pris le texte français pour nous éviter de devoir traduire de l’anglais au français un texte déjà traduit de l’anglais au français.

]

 

 

LA FIN DES AVENTURES DE NOTRE COLONIAL LYONNAIS

 

Le départ de Mergui va marquer la fin de sa vocation religieuse pour des raisons sur lesquelles il ne s’appesantit pas, la perte de son bras droit ne paraît pas être un motif déterminant ?  Il va en tous cas  découvrir sa vraie passion, la botanique.

 

Après d’autres péripéties, nous le retrouverons Intendant des îles françaises de l’Océan Indien entre 1766 et 1773. Il y avait introduit les épices ramenées de ses pérégrinations et y fit leur richesse. Hostile avec virulence à esclavage et à la cupidité coloniale en véritable physiocrate, son souvenir reste toujours vivace y compris dans les deux pays décolonisés et devenus indépendants, l’île Maurice et les Seychelles sans parler du département français de la Réunion (7).

 

 

 

LE SOUVENIR DE POIVRE

 

Sa célébrité dans la région lyonnaise et surtout dans l’Océan Indien est omni présente (8). Si sa contribution à l’histoire du Siam est intéressante, elle est toujours oubliée.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir « Compte rendu des travaux de l'Académie de Lyon » du 13 novembre 1821 et Claude Bréghot du Lut « Dictionnaire des rues, places, passages, quais, ponts et ports de la ville de Lyon : avec l'origine de leurs noms » 1838.

 

2) Les sources sont nombreuses, anciennes et reposent toutes sur un manuscrit des souvenirs de Poivre conservé à la Bibliothèque municipale de Lyon.

 

1-1 : Auguste-Aimé Boullée « Notices sur M. Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon... et sur M. Dupont de Nemours, membre de l'Institut » à Lyon, 1835.

 

1-2 : « Pierre Poivre, sa vie et ses voyages » in Bulletin de la société de géographie de Lyon, 1922

 

1-3 : A. Boullée « Collection MARGRY, relative à l’histoire des Colonies et de la Marine françaises. AFRIQUE ET ASIE. Journal de l’expédition commerciale de Pierre Poivre, agent de la Compagnie des Indes, à la Cochinchine et aux Moluques (1748-1755), avec un portrait de lui »  1900.

 

1-4 : Henri Cordier  « Voyages de Pierre Poivre de 1748 jusqu’à 1757 » in Mélanges d'histoire et de  géographie orientales. Tome 3. 1922 également publié à la même époque dans la Revue de l’histoire des colonies françaises.

 

1-5 : « Un manuscrit de Pierre Poivre - Mémoires d’un voyageur touchant les îles du détroit de la Sonde, Siam, la côte Coromandel, les Isles de France, quelques endroits de la côte d'Afrique, etc. »

Transcription du manuscrit de la Bibliothèque municipale de Lyon (Ms Coste 1094) - Introduction et transcription par Jean-Paul Morel.

 

1-6 : Le manuscrit de Pierre Poivre a été transcrit et préfacé par Louis Malleret sous le titre « Mémoires d’un voyageur » en 1968. Le manuscrit comporte des manques ne concernant pas la partie qui nous intéresse. Malleret les a complétés à l’aide d’un manuscrit également incomplet détenu par les descendants de Poivre.

 

 

 

 

1-7 : L’ouvrage de Malleret est à l’origine d’un article de Kennon Breazeale « MEMOIRS OF PIERRE POIVRE: THE THAI PORT OF MERGUI IN 1745 » paru dans le journal de la Siam Society, volume 97 de 2009.

 

1-8 : Des écrits de Poivre proprement dits, nous avons consulté son « Voyages d'un philosophe, ou Observations sur les mœurs et les arts des peuples de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique » de 1768.
 

 

 

 

Et, posthume, « ŒUVRES  COMPLETTES DE P. POIVRE, Intendant des Isles de France et de Bourbon, correspondant de l'académie des sciences, etc.; PRÉCÉDÉES DE SA VIE  ET ACCOMPAGNÉES DE NOTES » à Paris en 1797. Il est la reproduction de l’ouvrage précédent accompagné d’une introduction et de notes circonstanciées.

 

1-9 : Citons quelques articles ou ouvrages qui le concernent même s’ils sont étrangers à la partie siamoise :

- Madeleine Ly-Tio-Fane « Pierre Poivre et l'expansion française dans l'Indo-Pacifique »  In Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 53 N°2, 1967. pp. 453-512;

- Marthe de Fels et Louis Malleret : « Pierre Poivre ou l'amour des épices »  In : Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 55, n°201, 4e trimestre 1968. pp. 488-489;

- Guy Devaux  « Pierre Poivre et la conquête des épices » In : Revue  d'histoire de la pharmacie, 59 année, n°210, 1971. pp. 501-502.

 

 

 

(3) Pierre de Cabannes de Cauna appartenait aux Missions étrangères et fut destiné à la mission de Siam. Parvenu à Pondichéry en 1738, il y reste pendant plusieurs années et ne gagna le Siam qu’en 1745, la même année que Poivre. Il y resta jusqu’en 1748 bien après le départ de Poivre. On alors à Ayutthaya en 1748 puis à Chantaboun en 1751. Voir le site des archives des Missions étrangères

https://www.irfa.paris/fr/notices/notices-biographiques/cabannes-de-cauna

 

(4) Voir notre article H 52 « UN ÉPISODE DES PERSÉCUTIONS CONTRE LES CATHOLIQUES AU SIAM : « LA PIERRE DE SCANDALE » (1729-1730) ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/h-52-un-episode-des-persecutions-contre-les-catholiques-au-siam-la-pierre-de-scandale-1729-1730.html

 

(5) Voir notre article A 334 «  L’ÉVANGELISATION DU SIAM – HISTOIRE D’UN ÉCHEC.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-334-l-evangelisation-du-siam-histoire-d-un-echec.html

 

(6)  « Plus que les flots puissants de la mer, plus puissant est Dieu dans les hauteurs des cieux » (Psaumes 92-4).

 

 

 

(7)  Quittant le Siam en décembre 1745, nous le retrouverons en 1746 à Pondichéry. En octobre 1746 La Bourdonnais avait quitté Pondichéry, Poivre le suit et le 16 décembre 1746 il arrivait à l’île de France devenue aujourd’hui île Maurice. Poivre est de retour en France. En 1749 il part avec une expédition à Tourane pour le compte de la Compagnie des Indes oú la délégation qu’il conduit est reçue par le Roi de Hué. Poivre nous savons qu’il avait déjà pris le temps d‘apprendre la langue. Il profite de ce séjour pour faire connaissance avec le pays.  Il mit le plus grand soin à recueillir les plantes les plus utiles pour les introduire et les naturaliser à l'Ile de France. Il y apporta en particulier le poivrier recueilli à l’insu des Hollandais de Java qui en interdisaient férocement l’exportation ! De l’île de France, il part pour Manille probablement encore pour se procurer des épices, il dut se rendre aux Moluques, les îles aux épices, et put se procurer d’autres plans, notamment de muscadier et de giroflier qu’il ramena à l’île de France. Après d’autres voyages, le 8 juin 1755, il remettait au conseil supérieur de la colonie les plants qu'il avait recueillis. Après un passage à Madagascar, nous le trouvons en 1754 en France. Le 15 septembre 1766, il se marie dans l'église de Saint-Cyprien, à Pommier en Lyonnais. Le couple s’embarque alors au mois de mars 1767 pour l’Océan indien car Il vient d’être nommé intendant des îles. L’introduction des épices en avait d’ores et déjà fait la richesse. En 1773 ce fut le retour en France. Il s’installa dans son château de La Frêta sur les bords de la Saône près de Lyon où il mourut en bon chrétien le 6 janvier 1786.

 

 

 

(8) En dehors de la rue de Lyon qui porte son nom près de la mairie du premier arrondissement et du jardin des plantes qui correspond à l'ancien jardin botanique, une plaque commémorative a été inaugurée au château de la Freta à Saint-Romain-au-Mont-d'or en 1994 par l'Association Pierre Poivre de Lyon. Actuellement, les nouveaux propriétaires y perpétuent son souvenir et un dossier de classement au patrimoine est en cours, afin de sauver le site de toute transformation abusive. Dans ce village, une Impasse du jardin chinois existe pour rappeler sa propriété.

 

 

 

A Villars-les-Dombes, où sa femme, Françoise Robin a vu le jour, il existe un sentier botanique Pierre Poivre.

 

 

 

 

Une allée Pierre Poivre existe depuis plusieurs années à Ste-Foy-les-Lyon. L’Espace culturel Pierre Poivre à Chassieu est encore un hommage. Une allée Poivre a été inaugurée dans la commune de Villars-les-Dombes en juin 2007. Un buste de lui sculpté en 1836 par Jean-François Legendre-Héral est conservé au musée des beaux-arts de Lyon. Un autre buste se situe dans le Palais de La Bourse de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon, surplombant le magnifique escalier monumental dédié aux économistes lyonnais renommés. Dans la basilique d’Ainay, une plaque commémorative nous rappelle que Pierre Poivre y a été inhumé juste après sa mort survenue dans un appartement qu’il louait place Bellecour. Pour le tricentenaire de sa naissance, l'Orangerie du Parc de la Tête d'Or lui a consacré une exposition originale sous la forme d'une bande dessinée géante.

 

 

 

Le directeur du jardin botanique Gilles Deparis le présenta comme suit « C'était un grand explorateur plein d'audace qui mit fin au monopole hollandais sur les denrées rares, mais aussi un grand humaniste et un défenseur de l'environnement ». Le 23 août 2019, pour commémorer cet anniversaire, un arbre symbolique (Parrotia subaequalis) a été planté au Jardin botanique de Lyon.

 

 

 

 

Une plaque célèbre son passage au séminaire des Missions étrangères, rue du Bac à Paris.

 

 

 

 

En France toujours mais à Saint Joseph de la Réunion, un lycée porte son nom. La page Wikipédia en français qui lui est consacrée est l’œuvre collective de ses élèves

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Poivre.

 

 

 

 

Regrettons simplement que les gamins aient oublié l’épisode siamois ! Construit en 1989 sous l’égide de son proviseur et bâtisseur Christian Landry, la devise du lycée est une phrase de Pierre Poivre : « Les obstacles déconcertent les têtes faibles et animent les bons esprits ». Il a son buste au jardin du Muséum d'histoire Naturelle à Saint-Denis depuis apparemment 1834. Beaucoup de communes ont une rue Pierre Poivre. Ne parlons pas d’autres infrastructures, écoles, restaurants ou plages.

 

 

 

Dans nos anciennes colonies passées à l’Angleterre puis ayant accédé à l’indépendance, il n’y pas de rancune contre lui y compris aux Seychelles passées un temps sous un régime communiste. Un groupe d’îles de l’archipel porte toujours le nom de « Poivre Islands ».

 

 

 

 

Ces décolonisés n’ont pas non plus d’ailleurs débaptisé Mahé, la plus vaste des îles qui porte le nom de Mahé de la Bourdonnais qui fut le premier a colonisé ses îles alors inhabitées. Un monument est érigé est érigé à l'entrée du jardin botanique de Victoria sur l’île de Mahé sur lequel une inscription rappelle qu'il « fut à l'origine du premier établissement des Seychelles et qu'il fit introduire des plantes à épices plus particulièrement le cannelier aux Seychelles en 1772 ».

 

 

 

Un timbre-poste a été également édité à son effigie à l’occasion du bicentenaire de la fondation de la capitale, Victoria, sur l’île de Mahé.

 

 

 

 

Sur l’île Maurice enfin, trône dans le jardin de Pamplemousse son buste souriant érigé en 1993 dévoilé le 13 octobre par Pierre Toubon, notre ministre de la culture.

 

 

 

 

Il avait auparavant son nom sur l’Obélisque Lienart dans le jardin de Pamplemousse portant le nom des naturalistes ayant contribué de façon marquante à la connaissance et à la sauvegarde du patrimoine naturel de l’île.

 

 

 

Deux écoles y font perpétuent son souvenir, l’école du centre Pierre Poivre à Moka et un théâtre, l’Atelier Pierre Poivre.

 

 

 

 

Trois villes mauriciennes y ont leur rue, Port-Louis, Beau Bassin et Quatre Bornes. On y commercialise enfin  un thé qui porte son  nom

 

 

 

 

et « son » poivre.

 

 

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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 22:21

 

Nous avons abordé à diverses reprises la question de la «colonisation» au moins indirecte de la France au Siam commencée à partir de 1867 et surtout en  1893 en particulier pour nous étonner de cette phrase sempiternelle: «LaThaïlande n’a jamais été colonisée» (1). Le pays n’a certes jamais connu de « colonisation » comme les États voisins de la péninsule, Laos, Cambodge, Indochine, Birmanie et Malaisie mais ce fut au prix d’abandons de territoires sur lesquels sa suzeraineté était difficilement discutable...

 

 

...et par le biais de traités dits « d’amitié » pour lesquels les Thaïs évoquent volontiers la fable du loup et de l’agneau, la « politique du bambou » selon l’expression de Rama V.

 

 

Ce fut aussi au prix d’abandons de souveraineté: Les traités «inégaux» créèrent au profit de nos nationaux un régime juridique spécifique – celui de l’exterritorialité ou de la protection - leur permettant d’échapper au régime civil, fiscal et judiciaire siamois.

 

 

Les Français ne doivent pas oublier ce que l’histoire apprend aux petits Thaïs: «l’année 1893 doit rester pour les Thaïs qui ne doivent pas l’oublier une année de lamentation et de tristesse» (2).

 

 

Ce sujet éminemment polémique reste mal connu des chercheurs français, mais il vient de faire l’objet – c’était inédit à ce jour - d’une thèse exhaustive de notre ami thaï Ripawat Chiraphong déjà rencontré sur notre blog. Il est professeur de français à la prestigieuse école du Palais Chitralada (จิรลดา).

 

Sa thèse porte le titre « La question de l'extraterritorialité et ses conséquences juridiques successives concernant les protégés français au Siam, dans le cadre des relations franco-siamoise de 1893 à 1907 ». Il a eu le mérite de bien poser le problème ce qui est  le début de la solution (4). Cette thèse a été soutenue avec brio le 12 septembre 2016 à l’université Paris Diderot (Paris 7) devant un jury prestigieux présidé par le professeur Alain Forest (5). Un site dédié en assure la numérisation, elle est donc accessible sans contraintes.

 

 

LES SOURCES ET LES DIFFICULTÉS DE L’AUTEUR.

 

En dehors des ouvrages français le plus souvent de nature juridiques généralement numérisés sur le site de la Bibliothèque nationale de France

 

 

 

...et de la presse française également massivement numérisée et étudiée de façon détaillée, notre auteur s’est rendu en France au Centre des Archives diplomatiques de Nantes (CADN),

 

 

au Centre des Archives d’Outre-Mer (CAOM) à Aix en Provence

 

 

et aux Archives diplomatiques de la Courneuve.

 

 

L’essentiel des documents concernant les protégés se trouve bien évidemment à Nantes mais beaucoup sont détériorés et purement et simplement inaccessibles. Il faut encore préciser qu’aucune numérisation n’est envisagée alors qu’elle est en cours à Aix-en-Provence. L’auteur a eu également accès à des ouvrages et thèses de nature juridique conservés dans  les bibliothèques de l’École Française Extrême-Orient (EFEO) à Paris et à Chiang Mai, de l’Institut national des Langues et Civilisations orientales (INALCO) à Paris ainsi que du Centre d’Anthropologie de la princesse Maha Chakri Sirindhorn à Bangkok, les bibliothèques universitaires, Cujas à Paris et Aix-Marseille III pour les ouvrages juridiques,

 

 

ainsi localement que celles des Universités Chulalongkorn et Thammasat.

 

 

Il s’est heurté à une difficulté du côté thaï qui nous a surpris : de nombreux documents conservés aux Archives nationales de la Thaïlande (National Archives of Thailand- สำนักหอจดหมายเหตุแห่งชาติ) concernant le sujet des protégés sous le règne de Rama V sont purement et simplement interdits de consultation. Il fallut à Ripawat une recommandation de la Directrice de l’École royale de Chitralada pour y accéder et encore sous certaines conditions: interdiction de faire ni enregistrement sonore ni photographie et seulement prises de note au crayon avec la présence aux côtés du chercheur de la Directrice du Centre.

 

 

Il s’est enfin heurté à une autre difficulté, la presse locale siamoise de l’époque est introuvable à Bangkok et seulement de façon partielle ... à Singapour! Ripawat lui consacre une section circonstanciée dans son chapitre sur «les agents d’influence»: Siam Free Press, le Bangkok Times, Sayam Maitri  et Siam Observer.

 

 

Il souligne les difficultés linguistiques auxquelles il s’est heurté à la lecture des documents français. Compte tenu toutefois de la parfaire manière avec laquelle il manie notre langue, il est permis de penser que l’obstacle a été surmonté d’autant qu’il vient d’être honoré le 16 janvier 2019 du titre de « meilleur professeur de français de Thaïlande  ».

 

 

 

 

PARCOURONS LA THÈSE.

 

Notre propos n’est pas d’en faire ni le résumé ni une synthèse, elle s’étend sur près de 600 pages comportant de nombreuses notes, de multiples références d’archives siamoises ou françaises et une énorme bibliographie. La lecture en est aisée et le style agréable, elle est bien illustrée, que dire de plus? Nous nous contenterons au fil de notre lecture de faire quelques observations qui rejoignent des sujets que  nous avons abordés dans notre blog avec notre propre vision.

 

 

Elle débute en préliminaire par une très exhaustive étude sur la présence des étrangers à Ayutthaya. C’est un sujet dont nous avons parlé à diverse reprises, mais de façon beaucoup moins étendue car, si notre ami fait référence – toutes proportions gardées - aux mêmes sources françaises que nous, au moins pour celles qui sont numérisées, il a également eu accès à d’innombrables sources en langue locale qui nous sont évidemment inaccessibles. Son chapitre est intitulé «L’accueil des étrangers au Siam avant les traités du XIXe siècle». Ne citons que ses quelques lignes de conclusions: « Il va de soi que l’accueil et l’organisation des étrangers, qui avaient bien fonctionné durant des siècles, se retournèrent contre le Siam lorsque, à la fin du XIXe, les puissances européennes y imposèrent la clause d’extraterritorialité».

 

 

UN BREF RAPPEL DE L’HISTOIRE DES PROTECTIONS DANS LE PASSÉ.

 

Nous passons ensuite à un chapitre sur la question des protections dans le passé qui, pour les Français n’a pas été initiée au Siam mais en 1535 par le traité conclu par François Ier en 1535 avec «le Grand Turc» (6).

 

 

Les Français arrivèrent au Siam avec la venue en août 1662 de nos missionnaires. Partis évangéliser la Chine et le Vietnam, le chaos qui régnait dans ces pays deux  pays les immobilisa au Siam où ils reçurent bon accueil. Le pays devint alors le centre des activités missionnaires en Asie jusque dans les années 1690. Le premier comptoir commercial avait été ouvert en 1680 à Ayutthaya. C’est une époque que nous connaissons bien: le roi Naraï de concert avec Phaulkon son premier ministre officieux cherche à contrebalancer la toute-puissance hollandaise. Passons sur cet épisode de l’histoire siamoise, nous savons ce qu’il advint des hypothétiques tentatives de colonisation du Siam par Louis XIV.

 

 

LA PÉRIODE DES TENTATIVES DE COLONISATION EUROPÉENNES AU SIAM

 

Notre ami qui manie habilement la litote intitule son chapitre «L’affirmation des puissances occidentales au Siam». Le Siam signe alors de nombreux «traités d’amitié et de commerce», traité Bowring en 1855 avec les Anglais, traité similaire avec la France et Montigny en 1856 suivis d’autres. Ne parlons que de la France, le traité Montigny organise un système de protection qui met nos ressortissants à l’abri du système judiciaire siamois considéré comme barbare, ce qui n’était pas totalement faux et qui les place sous la juridiction de notre consul.

 

 

 

LES MOTIFS DE LA PROTECTION DE NOS NATIONAUX

 

Elle est évidemment la conséquence de la férocité de la législation siamoise et de son «insuffisance ». Barbarie des traitements, lourdeur des peines, ordalies, état sordide des prison, institution de la responsabilité familiale partagée et de la responsabilité collective, épouvantable complexité d’un système juridique et judiciaire, le tout assorti d’une corruption généralisée. Notre ami dresse de tout cela un bilan impressionnant avec essentiellement des  sources locales.

 

 

LES PROTÉGÉS FRANÇAIS

 

L’auteur, après ces prolégomènes historiques qui ne sont pas dépourvus d’intérêt, bien au contraire, entre plus spécifiquement dans le vif du sujet avec le chapitre qu’il intitule «Droits et Règlements de l’extraterritorialité - 1- Les droits spécifiques reconnus aux protégés français 2 – Français et Siamois : leurs relations en vertu du traité de 1856 ».

 

Voilà un sujet que nous avons longuement traité en analysant le traité de 1856 et au bénéfice d’un titre un peu plus provocateur qui ne conviendrait pas à une thèse de doctorat (A 77 «L'heureux sort ses Français au Siam ...Il y a un siècle !» (7): droit de circulation, droit de commercer, droit d’accès à la propriété foncière, liberté religieuse et soumission des difficultés entre Siamois et Français à la juridiction consulaire. C’est bien là que le bat va commencer à blesser avec l’expansion française dans la péninsule.

 

 

L’EXPANSION FRANÇAISE

 

Après quelques préliminaires qui se concrétisent par le traité de Saigon 1862, c’est le début de la création de la Cochinchine terminée en 1867. En 1863, c’est le protectorat sur le Cambodge mettant fin à la présence siamoise. De 1866 à 1869, ce sont les expéditions sur le Mékong dont le contrôle apparaît essentiel aux Français qui vont s’étendre vers le nord. De 1883 à 1886, c’est le protectorat sur l’Annam et le Tonkin. Face à la France, l’Angleterre a absorbé la Birmanie en 1885. En 1893 enfin, la France étend son emprise sur le Laos, L’Indochine française, « la perle de nos colonies » est constituée.

 

 

Tous les ressortissants des pays soumis à la suzeraineté française, qu’elle s’exerce sous forme de colonisation directe ou sous forme de protectorat, deviennent «sujets» français jouissant donc du privilège d’extraterritorialité n’étant soumis ni aux corvées ni au service militaire ni à la fiscalité locale ni aux tribunaux locaux.

 

 

Les Français de souche, citoyens plus que sujets, ne sont qu’en tout petit nombre (8) en sorte que l’exterritorialité ne posa initialement pas de difficultés majeures d’autant que leur extranéité était facile à reconnaître.

 

Lorsque les ambitions françaises se portèrent en direction du Laos une fois réglée la conquête du Vietnam notre pays se lança dans une politique systématique de protection des sujets français au Siam incluant Laotiens, Vietnamiens, Cambodgiens  et Chinois (9).

 

Combien de nos «sujets» furent ainsi inscrits comme protégés? Rippawat nous donne quelques chiffres provenant de sources siamoises qui naviguent jusqu’à près de 24.000 en 1907 sans ventilation ethnique sauf pour Bangkok (10). Ces chiffres sont –nous dit-il– à prendre avec précaution car «les Français chercheront à empêcher l’accès des autorités siamoises aux listes de leurs sujets et protégés». Nous savons ce qu’il en est par ailleurs des documents «conservés» aux archives consulaires de Nantes!

 

Les courbes qu’il nous donne laissent apparaître une explosion du nombre des  protégés à partir de 1893 consécutive à la mainmise de la France sur le Laos et la vallée du Mékong mais aussi d' «une volonté désormais systématique d’utiliser la protection pour affaiblir le Siam, voire préparer sa conquête. La protection devient un autre aspect de la politique coloniale».

 

 

LA POLITIQUE EXPANSIONNISTE FRANÇAISE ET LES PROTAGONISTES

 

Rippawat la résume fort bien en quelques lignes: «Apparemment, pour les Français, il devient finalement souhaitable que soient protégés tous ceux qui demandent à échapper à la juridiction siamoise, si leur situation juridique le permet, situation juridique elle-même entretenue dans le flou». C’était toutefois, nous dit-il, pour les Français «bâtir un château dans les airs» (sang wiman nai akat – สร้างวิมานในอากาศ), version locale de notre expression «bâtir des châteaux en Espagne»).

 

 

Les protagonistes, côté siamois.

 

Côté siamois,  e roi Rama V dont les pouvoirs sont limités par le système va toutefois jouer un rôle capital pour permettre à son pays de survivre à la menace de l’expansion coloniale. Il bénéficiera du concours de deux de ses ministres et demi-  frères, le prince Devawongse Varopakan (พระองค์เจ้าเทวัญอุไทยวงศ์ กรมพระยาเทวะวงศ์วโรปการ) son ministre des affaires étrangères à partir de 1885,

 

 

et du prince Damrong Rajanubhab (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ พระองค์เจ้าดิศวรกุมาร กรมพระยาดำรงราชานุภาพ), son ministre de l’intérieur à partir de 1892

 

 

et plus épisodiquement d’un autre de ses demi-frères, le prince Prachak Silapakhom (ประจักษ์ศิลปาคม), Grand maître des cérémonies et gouverneur du palais.

 

 

 

Les protagonistes du côté français.

 

Côté français, nous trouvons le Ministres des affaires étrangères, les Gouverneurs généraux de l’Indochine et les Ministres plénipotentiaires au Siam. A Paris, on est fort peu informé des affaires du Siam et l’on fait une confiance aveugle aux acteurs de terrain. Ceux-ci reçoivent le plus souvent le soutien du Gouverneur général de l’Indochine toujours à l’écoute des autorités françaises en place dans les pays  limitrophes, Cambodge et Laos notamment. Mais s’il y a une remarquable continuité de personnes dans la politique siamoise, côté français, Rippawat nous le rappelle en ayant la charité de ne pas ironiser, de 1887 à 1915, il y eut 20 gouverneurs généraux de l’Indochine, un mandat d’un peu plus d’un an pour chacun, 26 ministres des Affaires étrangères. 43 ministres des Colonies, une quinzaine de Présidents du conseil - chefs de gouvernement- et 6 présidents de la République.

 

Sur place, nous trouvons Auguste Pavie auquel nous avons consacré plusieurs articles. Il déteste et peut-être aussi méprise les Siamois qui le lui rendent avec usure. Il est directement à l’origine de la multiplication du nombre des protégés. Il est aussi l’homme-lige du parti colonial.

 

Caricature siamoise  « L’homme qui a mangé le Mekong » :

 

 

Gabriel Hanotaux fut avec une étonnante continuité ministre des affaires étrangères de 1894 à 1898. Colonialiste fervent, convaincu de la mission civilisatrice de la France, il encouragea lui aussi l’extension inflationniste du nombre des protégés. Tout autant que Pavie, il est détesté des Siamois.

 

 

Paul Doumer fut gouverneur général de l’Indochine de 1897 à 1902. Il est le «godillot» du parti colonial et rêve d’une annexion pure et simple du Siam.

 

 

Albert Defrance fut ministre résident au Siam de 1896 à 1901, Il succède à Pavie et devint rapidement partisan enragé de mesures extrémistes en ce qui concerne les protégés.

Les employés du consulat.

 

Rippawat les appelle plus charitablement «les hommes de l’ombre». Les consignes à haut niveau sont relayées ou appliquées sur le terrain par la majeure partie du personnel diplomatique français, chargés d’affaire, interprètes mais aussi consuls et vice-consuls, parfois encore plus anti-siamois et radicaux que leurs maîtres.

 

 

Rippawat en cite deux, Charles Hardouin qui, après un obscur parcours d’interprète à la légation devint consul en 1893 et véritable larbin du parti colonial.

 

Raphaël Réau nous est connu par une correspondance personnelle adressée à sa famille et qui n’était certes pas destinée à la publication. Ses souvenirs ne sont pas dépourvus d’intérêt loin de là,  car c’est un homme cultivé. Nous lui avons consacré deux articles (11). Partisan d’un grand «y'a qu'à - faut qu'on», le Siam serait facilement conquis de l’intérieur sans verser une goutte de sang en inscrivant comme protégés les centaines de milliers de Siamois originaires de près ou de loin de nos colonies d’Indochine. Rippawat écrit de lui «rempli de présomption, il adhéra à la conviction commune à la plupart des Français qui croyaient qu’il était encore possible de faire du Siam une colonie, et il milita dans ce sens dans l’exercice de ses fonctions au point d’en perdre le sens des réalité». A cette époque se répand l’idée qu’en augmentant le nombre de protégés, ceux-ci finiraient par constituer la majorité de la population du Siam, ce qui permettrait la mainmise française sur ce pays. Mais cela aurait nécessité des moyens matériels énormes. Réau qui est chargé des formalités avec trois collaborateurs en revendique 200 !. Nous fumes moins charitables en démontrant dans un  autre article qu’il ne rendait pas des «services» à la communauté chinoise mais qu’il les vendait (12). Si Rippawat lui consacre un chapitre de sa thèse, sa compassion bouddhiste lui interdit probablement de dévoiler les dessous du personnage dont la profonde culture n’exclut pas la cupidité.

 

 

N’épiloguons pas, faute d’éléments concrets, sur la qualité du personnel des consulats (voir note 8-2)

 

 

Les «voyageurs»

 

Nous n’en citerons non pas un mais une, Isabelle Massieu à laquelle nous avons consacré un  article (13). Rippawat lui consacre un chapitre plus charitable toutefois que le nôtre.

 

 

Celle-ci, bénéficiant de moyens financiers importants et de puissantes protections, sur le chemin du Tibet qu’elle parcourut effectivement en véritable aventurière, passa seulement quelques jours au Siam, tapis rouge déplié. Sans quitter  Bangkok, des réceptions officielles et sa suite à l’Hôtel Oriental ...

 

 

...elle résume la situation au Siam en un raccourci singulier basé sur des chiffres de fantaisie: elle évaluait la population du Siam à 6.000.000 d’habitants se décomposant en 500.000 Cambodgiens illégalement incorporés au Siam depuis 1835, 1.000.000 de Laotiens, Khas, Shans, etc. ; 1.000.000 de Malais, 1.200.000 Chinois et 2.000.000 de Siamois seulement. Si les chiffres sont plausibles, leur interprétation laisse plutôt à désirer. La solution est simple, le Siam sera conquis de l’intérieur si le Gouvernement se décide à «protéger» ces quelques millions d’habitants du Siam qui ne sont pas Siamois. Il fallait 200 collaborateurs à Réau, il en faudrait dès lors quelques dizaines de milliers! Fi bien sur des Anglais dont dépendent les Malais et les Shans (14). Nous aurions pour notre part négligé ces fariboles si, après avoir écrit et publié ses souvenirs de voyage en 1901, Isabelle Massieu n’avait multiplié les conférences devant toutes sortes de sociétés savantes ou les articles dans d’érudites revues toujours accueillis par des concerts de louanges, pour expliquer à ses auditeurs que le Siam pouvait être conquis sans tirer un coup de fusil. Encore une fois,  «Bâtir un château dans les airs».

 

 

 

Les missionnaires

 

Si leur rôle ne fut pas spécifiquement et seulement en faveur de la protection de leurs ouailles, Il est permis de se poser la question de savoir s’il n’y eut pas des conversions d’intérêt ? Une page de notre blog de la plume d’une éminente universitaire thaïe s’est longuement penchée sur leur rôle (15).

 

 

« S’esquissa alors – nous dit Rippawat - une stratégie qui ressemblait fort, selon le mot de Charles Lemire, à une tentative de « francisation » du Siam par la présence d’un million de protégés français potentiels : Laotiens, Cambodgiens, Lus, Khamus, Annamites et Chinois de Hainan, des deux Kouangs et du Fokien ». Les origines ethniques du roi lui-même n’auraient-elles pas permis de l’inscrire comme protégé ?

 

La France fut représentée au Siam par un consulat à partir de 1858 et une légation en 1887. Pour faciliter l’inscription des protégés sur nos registres, des vice- consulats furent créés à des dates différentes à Chantaburi, Korat, Ubonrachathani, Makkeng (Udonthani), Nan et Chiangmai en sus de celui de Luang Prabang également habilité à  établir des certificats (16).

 

Carte établie par Ripawat  :

 

 

LA PROTECTION AU QUOTIDIEN

 

En amont,

 

Il se posait évidemment une première question sur le point de savoir selon quels critères les consulat ou vice-consulats enregistraient les candidats à la protection ?

 

Le Siam ne possédait pas de loi sur la nationalité avant 1913. La pratique était donc la suivante : étaient  considérés jusqu’à preuve contraire comme sujets siamois et soumis aux lois et juridictions locales tous les Asiatiques résidant au Siam : étaient considérés au contraire comme étrangers tous les individus d’origine ou de « race » européenne, leurs familles fussent-elles établies depuis plusieurs générations sur le sol siamois. Ce fut un premier point de friction dès lors que l’essentiel du droit de protection visera à faire échapper le plus d’Asiatiques possibles ou de sang-mêlé à la juridiction et aux institutions locales.

 

De plus, il n’existait pas d’état-civil. L’admission était donc faire sur simple déclaration.

 

Les autorités siamoises étaient souvent démunies et obligés de demander aux consuls français de leur communiquer les listes d’inscrits, ce que les Français se refusaient à faire pour « protéger » ses inscrits.

 

Ilustration de la thèse  :

 

 

 

En aval

 

Les documents d’archives et la presse siamoise analysés par Rippawat, le Siam observer ou le Sayam Maitri  en particulier font état de nombreux incidents entre les autorités siamoises et les protégés ou prétendus tels qui, placés face aux autorités locales, exhibaient comme un magicien tire un lapin de son chapeau, leur certificat de protection. Toutes ces sources relatent la permanence de ces incidents. Le chapitre consacré à ces incidents est le plus long de la thèse.

 

Rippawat cite une correspondance de 1895 du Prince Svasti, ambassadeur à Paris: «Pavie a accordé la protection française à toute personne, même à des sujets siamois désireux d’échapper à leurs obligations, de service militaire ou de se soustraire à des poursuites judiciaires et en accordant cette protection sur simple déclaration, d’être d’origine annamite, laotienne, ou cambodgienne à charge pour les autorités siamoises de prouver le contraire. Cela revient à transformer le Siam, à terme, en une simple expression, une ligne colorée sur les cartes géographiques. La nationalité siamoise ne se trouverait pas seulement absorbée, mais dissoute».

 

Sur le terrain judiciaire, la France refusait de s’incliner devant les décisions des juridictions siamoises, incitait ses protégés à faire de même et à ignorer les injonctions, mandats de comparution, d’arrêt, de dépôt, de perquisition.

 

Sur le terrain fiscal le consulat conseillait à ses protégés de ne payer ni taxes ni impôts. Et de même de ne pas remplir leurs obligations dans le cadre du service militaire ou de tout autre service obligatoire.

 

 

Globalement les catholiques vrais ou convertis par intérêt bénéficiaient des mêmes droits que les protégés français.

 

Les incidents seront multiples du côté des Laos, des Vietnamiens et des Cambodgiens souvent catholiques. Là encore nous bénéficions de l’analyse méticuleuse de la presse locale et des documents d’archive. En ce qui concerne les Chinois, ils bénéficiaient déjà d’un régime de faveur. Rippawat consacre un chapitre à chacune de ces ethnies et des difficultés qu’elles suscitent. Les problèmes que suscitèrent les Chinois en particulier furent plus spécialement signalés par la presse locale qui s’indigna de ce que la représentation diplomatique française à Pékin discutait avec l’autorité chinoise sur le projet de soumettre officiellement les Chinois du Siam à la protection française! Les Chinois étaient importants numériquement et incontournables dans le domaine de l’économie et du commerce. Ils s’inscrivirent sur les registres des protégés, massivement, et au vu de documents justificatifs souvent douteux sans parler des «  complaisances » d’employés consulaires comme Réau (12). Rippawat nous donne des éléments précis appuyés de nombreux justificatifs sur leur enregistrement massif. L’inscription de Chinois non originaires de nos concessions – donc tous les Chinois – se fit au prétexte que certains étaient nés en Indochine, que d’autres y avaient fait du commerce, que d’autres étaient catholiques et que la France devait sa protection aux catholiques, que d’autres enfin étaient employés de citoyens français. Les sources siamoises d’ailleurs font la part des choses – ce que ne fera jamais la presse française – en signalant des incidents qui sont également dus à des abus d’autorité de la part des fonctionnaires siamois.

 

 

LA FIN DE L’EXTERRITORIALITÉ

 

La question essentielle qui justifiait que les puissances aient demandé au Siam des privilèges d’extraterritorialité pour leurs nationaux était bien évidemment l’existence d’un système juridique, judiciaire et fiscal archaïque. Elle est liée à la modernisation du pays qui fut le souci de Rama IV avant d’être celui de Rama V.

 

La situation va se décanter au fil des ans, au traité de 1904 puis au traité de 1907, au fil aussi de la modernisation du système judiciaire siamois (Code Pénal, Code Civil et Commercial, Code de Procédure, Loi d’Organisation). Les protégés vont peu à peu se trouver soumis au système fiscal siamois mais continueront à échapper aux réquisitions militaires et corvées. Le tout se fera au bénéfice de renonciation en 1907 de territoires cambodgiens à la France (Battambang, Siem Reap et Sisophon). (C’est un sujet que nous avons aussi traité) (17).

 

Mais ce n’est qu’en 1939 que toute trace d’exterritorialité disparut du Siam. Le Siam regagna son autonomie juridictionnelle et fiscale complète. Les étrangers furent soumis aux juridictions locales dans les mêmes conditions que les nationaux siamois et le Siam put établir tous droits de douane et autres taxes qu’il estimait bons. Il put procéder à des réquisitions militaires et établir des monopoles. Toutes les personnes nées au Siam furent par ailleurs considérées comme Siamoises.

 

Le 24 juin 1939, ancienne date de la fête nationale siamoise, le Siam organisa une grande fête pour célébrer son indépendance juridique et juridictionnelle sous le régime du maréchal Phibul Songkhram. Ce fut la suite et la fin d’un long combat engagé sous Rama IV et Rama V.

 

Cette question a  fait l’objet d’une thèse soutenue en 2017 par Wanwisa Srikrajib qui n’est pas sans intérêt sans avoir l’ampleur de celle de Rippawat. Elle a l’avantage aussi d’être accessible puisque numérisée (18).

 

Nous avons lu non sans intérêt la conclusion de Ripawat: «Comme nous l’avons écrit, les événements de 1893 et l’absorption des pays laotiens par la France, la cession de Battambang et autres territoires au Cambodge et au Laos, tout ceci accompagné des tracas incessants causés à l’intérieur du pays par les consuls français défenseurs de l’extraterritorialité mais visant à la domination sur le Siam soit par l’augmentation du nombre des protégés, soit en multipliant à ce propos les incidents pouvant justifier une intervention française… laissèrent des traces dans les mémoires et dans l’histoire thaïe. Jusqu’à nos jours la mémoire des humiliations subies demeure évoquée, notamment dans les milieux ultra-nationalistes thaïs et notamment à l’occasion des conflits avec les voisins, comme avec le Cambodge dans le cas de la contestation autour du temple de Phra Vihearn, conflits dont certains imputent toujours la responsabilité à la colonisation française».

 

 

Nous avons abordé également la question du temple dans plusieurs articles (19) et pour ne parler que de cette question ponctuelle, elle démontre à merveille que la première décision de Justice de la Cour Internationale en 1962 fut encore d’essence essentiellement colonialiste. Il fallut beaucoup d’imagination, de complaisance et plus encore aux Magistrats de la Cour de La Haye pour attribuer au Cambodge le territoire d’un temple parfaitement inaccessible du côté cambodgien. Procès entre la Thaïlande et le Cambodge ou procès entre la France encore coloniale et le Siam?

 

Vue cavalière de Lunet de la Jonquères au début du siècle dernier :

  

 

«C’est la raison pour laquelle nous croyons qu’il était bon de décrire ce « non-dit » des relations franco-thaïes. Non pas pour entretenir la « guerre » mais au contraire pour consolider les réelles relations d’amitiés aujourd’hui existantes. Il s’agissait aussi de faire découvrir non seulement un pan de l’histoire thaïe mais aussi un aspect occulté, un prolongement « collatéral » mais nullement négligeable de l’entreprise coloniale» écrit Rippawat.

 

Il est en effet parfois bon de «mettre les pieds dans le plat»! Sans avoir jamais eu la prétention de faire «acte de repentance», nous eûmes à diverses reprises l’occasion de nous irriter de la manière angélique dont sont représentés en langage trop diplomatique les «éternels lien d’amitié entre la France et la Thaïlande» (19). Ces rapports ont débuté sous des jours enchanteurs lors de la première ambassade de Kosapan.

 

 

 

Ils sont ensuite devenus nuageux puis tumultueux puis ouvertement orageux, allant jusqu’au conflit armé (20) avant de revenir à des rapports amicaux depuis la seconde moitié du siècle dernier.

 

Le mérite de la thèse est d’éviter de donner une vision manichéenne et univoque de la question de nos protégés. La nature même du système siamois a pu la justifier à l’origine. L’utilisation qu’en firent les excès du parti colonial la rendit insupportable.

 

Que sait-on de l’histoire ? Ce qu'on en voit ou ce que l'on croit en voir souvent, ce que l'on aimerait qu’elle soit. Sur cette difficulté qu'il y a à cerner la réalité, voilée comme elle est par la subjectivité. «  Chacun sa vérité » a écrit Luigi Pirandello.

 

 

(2) เหตุเกิดในแผ่นดิน pp. 5-14. Le titre de l’article est significatif «Les Français investissent Chantaburi et y construisent une prison pour enfermer les Thaïs » (ฝรั่งเศสยึดจันทบุรีสรางคุกขี้ไก่ขังคนไทย).

 

La prison du camp français de Chantaburi :

 

 

(3) Mme Marie-Sybille de Vienne, Professeur à l’INALCO à Paris - M. William Gervase Clarence-Smith, Professeur au SOAS de Londres (School of Oriental and African Studies) comme rapporteur et M. Volker Grabowsky Professeur à l’Université de Hambourg également rapporteur.

 

(4) Sur le site, la thèse est présentée comme suit: «La thèse traite de la question de l'extraterritorialité (ou protection) au Siam des années 1850 aux années 1930, notamment des années 1890 à 1910 caractérisées par une politique offensive de la France à ce sujet. Exigée par les puissances coloniales pour la protection de leurs représentants et employés, afin de ne pas les exposer à des lois et à un système judiciaire «barbares», l'extraterritorialité fut admise par les autorités siamoises lors de la conclusion des premiers traités avec les Occidentaux (1855, 1856). Mais, à partir du moment où la France domina l'Indochine française, l'extraterritorialité devint instrument de colonisation. Avec la création du Laos et sous l'impulsion de Pavie (1893), les autorités françaises exigèrent que toutes les personnes issues de leurs possessions indochinoises et vivant au Siam fussent considérées comme des protégés bénéficiant des privilèges et procédures de l'extraterritorialité. Les Français virent là un moyen de mettre le Siam sous tutelle puis, suite à l'opposition de l'Angleterre, de garantir leur mainmise sur le Laos et d'obtenir la rétrocession de territoires en faveur du Laos et du Cambodge (1904-1907). Les relations s'apaisèrent après 1907 quand la question de la protection constitua un puissant moteur vers l'élaboration d'une législation moderne, à la rédaction de laquelle des conseillers français apportèrent une exceptionnelle contribution, consacrant l'influence de la France dans le domaine du Droit».

(5) La base de données de theses.fr est en constante évolution. L'ensemble des thèses de doctorat soutenues en France depuis 1985 y est signalé :

http://theses.md.univ-paris-diderot.fr/CHIRAPHONG-RIPPAWAT-va.pdf

(6) Cet accord au demeurant contre nature entre le roi très chrétien et le Mahométan païen, fruit de l’esprit pragmatique de François Ier fut considéré comme scandaleux dans le monde catholique.

 

(7) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a77-l-heureux-sort-des-fran-ais-au-siam-il-ya-un-siecle-110164910.html

(8) Une double constatation s’impose:

8–1.

La colonisation en Indochine est celle d’une colonie d’affaires et non une colonisation de peuplement comme le connurent le Canada, l’Algérie, la Calédonie ou l’Australie. Rappelons ce qu’écrivait Jean-Marie de Lanessan en 1885 « De tous les mouvements d'expansion coloniale de la France, celui qu'elle exécute en ce moment en Indochine est sans contredit de beaucoup le plus important. Un pays d'une immense richesse agricole, sans parler de ses ressources minières, est désormais soumis à notre domination».

8–2.  La population française consista donc en missionnaires bien sûr, en militaires pour assurer l’ordre, en fonctionnaires administratifs et judiciaires et sa cohorte d’hommes d’affaires ou d’aventuriers venus chercher fortune. On a beaucoup glosé sur la qualité des fonctionnaires que la France envoyait aux colonies. On disait alors volontiers: « Il s’agit d’une écume dont la France se purge en l'envoyant dans les colonies», souvent porteurs d’une mentalité de «petits blancs» qui au moins pour partie ne fut pas étrangère à la réaction des autochtones face à la présence française.

 

Tel était la vocation du Siam s’il avait été formellement colonisé, ce qui explique que nous n’y trouvions des citoyens français qu’en petit nombre:

 

En 1883 le recensement dit «postal» de Bangkok (The 1883 Bangkok Postal Census)  est le premier du pays et ne concerne que la capitale.

 

Le détail des Farangs est le suivant : 7 Américains, 1 Danois, 6 Hollandais, 37  Anglais, 7 Français, 15 Allemands, 7 Portugais, 1  Suédois. Il signale 185 protégés français dont 171 Chinois, les autres probablement de Cambodgiens:

 

Voir notre article 152 «Le premier recensement effectué au Siam en 1883»:

http://www.alainbernardenthailande.com/article-152-le-premier-recensement-effectue-au-siam-en-1883-124510064.html

 

Le recensement partiel de 1904 ne porte que sur 12 monthon sans Bangkok oú se trouvent la plupart des occidentaux et enregistre 178 blancs de nationalité non ventilée.

Voir notre article 195 «LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904»:

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html

Un recensement spécifique à Bangkok en 1909 donne un chiffre de 1604 européens sans ventilation de nationalité.

Voir «Directory from Bangkok and Siam – 1914».

 

 

La même source donne un chiffre différent pour 1912 et nous apprend que cette année ont été enregistrés dans nos consulats 240 français dont 146 hommes, 63 femmes et 31 enfants. De ces hommes, 44 sont des prêtres catholiques dépendant des Missions étrangères de Paris. La plupart des femmes, 20, sont des religieuses. A titre indicatif, les autres consulats enregistrent 264 allemands, 43 hollandais, 153 américains, 131 italiens, 139 danois, 85 portugais, 32 austro-hongrois, 28 russes, 8  norvégiens, 8 belges et 7 suédois, à peine plus de 1100 «farangs» dans tout le pays.

 

L’ordre de mobilisation générale du 1er août 1914 a entraîné le départ de 60 mobilisés français donc hommes entre 18 et 40 ans.

Voir notre article A 243 «LES FRANÇAIS DU SIAM MORTS Á LA GUERRE DE 1914-1918 : LE MONUMENT DU SOUVENIR À BANGKOK»:

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/a-243-les-francais-du-siam-morts-a-la-guerre-de-1914-1918-et-le-monument-du-souvenir-a-bangkok.html

 

 

(9) Le rattachement des Chinois est singulier et difficile à expliquer dans la mesure où la France n’a jamais colonisé la Chine en dehors de ses quelques comptoirs ? On peut donc penser que tous les Chinois du Siam et ceux inscrits comme protégés étaient fictivement originaires de Canton, Tien-Tsin, Fort Bayard ou de Shanghai la vérification étant naturellement impossible à effectuer par nos consulats!

 

(10) le Directory from Bangkok and Siam – 1914 donne pour l’année 1912 un chiffre de 15.000 protégés enregistrés dans nos circonscriptions consulaires (à cette date Bangkok, Chiangmaï, Chantaboun et Korat. Il nous donne la ventilation d’origine pour Bangkok: 724 Chinois, 396 Annamites, 2460  Laotiens, 1466 Cambodgiens, 44 Indiens et 90 autres de nationalité non précisée. Une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut: en 1912, les Anglais dont les colonies de l’ouest, Birmanie et Indes comportent au début du siècle dernier une population d’environ 250.000 millions d’habitants et protègent environ 10.000 «sujets» pour la plupart indiens, toujours nombreux au Siam. Les Français en protègent donc aux environs de 20.000 alors que la population de ses territoires de l’Est (Vietnam – Cambodge – Laos) représente alors moins de 20 millions d’habitants

 

(11) Voir nos deux articles

 

144 «Raphaël Réau, jeune diplomate français au Siam. (1894-1900)»

http://www.alainbernardenthailande.com/article-144-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900-123941699.html

145 «La vision du Siam de Raphaël Réau, jeune diplomate français à Bangkok. (1894-1900)».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-145-la-vision-du-siam-de-raphael-reau-jeune-diplomate-fran-ais-a-bangkok-1894-1900-123999177.html

 

(12) Voir notre article A 200 «QUELQUES COMMENTAIRES Á PROPOS DE « RAPHAËL RÉAU, JEUNE DIPLOMATE AU SIAM (1894-1900)»

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-200-quelques-commentaires-a-propos-de-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900.html

(13) Voir notre article A 192 «A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a-la-decouverte-du-siam-par-madame-massieu-une-aventuriere-francaise-de-la-fin-du-xixeme.html

14) «Quelques milliers» seulement mais le chiffre reste imprécis, ont été enregistrés comme protégés au consulat britannique de Singor (Songkla) et à ceux de Chiangmai ou Lampang.

 

(15) Sur le rôle des missionnaires dans une province très christianisée, voir le très bel article (en thaï) de Mademoiselle Sutida Tonlerd (สุธิดา ตันเลิศ) publié dans notre blog « มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ..2409-2453 (« Les Missionnaires Français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 À 1910 »»

 

 

(16) En 2019, en dehors du Consulat de Bangkok, nous sommes dotés de quatre consulats dits «honoraires» et d’une délégation à Pattaya au consul d‘Autriche. Il y a pourtant plus de 10.000 Français inscrits sur les registres du consulat compte non tenu des ressortissants de pays d’Afrique francophone qui n’ont pas de représentation diplomatique en Thaïlande et de millions de touristes. Il est vrai que les compétences des consulats ont été réduits comme une peau de chagrin au fil des ans et sont actuellement réduits à peu de chose.

 

La Grande Bretagne en dehors de Bangkok entretenait un vice-consulat à Chiangmaï, un à Kedah déplacé en 1912 à Phuket, un à Singor (aujourd’hui Songkla) et un à Nan déplacé à Lampang. Les Britanniques de souche auraient été environ un millier, à comparer aux 240 français et les protégés britanniques «quelques milliers» (8) à comparer aux plus de 20.000 protégés français.

 

(17) Voir notre article : 176. «La fin du régime des capitulations au Siam en 1925».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/176-la-fin-du-regime-des-capitulations-au-siam-en-1925.html

 

(18) «Vers la suppression de l’exterritorialité au Siam : le rôle des juristes français sous les règnes de Rama V (1868-1910) et Rama VI (1910-1925)». Il ne s’agit pas d’une thèse d’Université mais d’une thèse INALCO. Elle est accessible en ligne:

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01808760

L’auteur présente son travail ainsi dans un style qui aurait pu être amélioré «L’objectif principal de notre travail est une recherche sous forme de description analytique qui se concentre sur le champ de l’histoire juridique plutôt qu’à proprement parler dans le domaine juridique».

(20) Voir en particulier nos articles:

 

21 «Les Relations Franco-Thaïes : Une lecture critique de la présentation « officielle » de l’Ambassade de France de Bangkok des relations franco-thaïes)»

http://www.alainbernardenthailande.com/article-21-les-relations-franco-thaies-une-lecture-critique-65161247.html

 

«LES RELATIONS FRANCO-THAÏES EN 2016»: http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/les-relations-franco-thaies-en-2016.html

H17 «L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905)».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h17-l-occupation-de-chanthaburi-par-les-francais-une-page-sombre-de-l-histoire-du-siam-1893-1905-premiere-partie.html

 

A 329  333 ANS D'AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM, MYTHE OU RÉALITÉ ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-329-333-ans-d-amitie-entre-la-france-et-le-siam-mythe-ou-realite.html

 

(21) Voir nos articles:

204 «LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE»:

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/204-la-question-des-frontieres-de-la-thailande-avec-l-indochine-francaise.html

27 «1907 ? Le Siam Cède Ses Territoires "Cambodgiens"»: http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-les-relations-franco-thaies-1907-67452375.html

H 1 «L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN»:

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-1-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893-i-les-premices-l-affaire-grosgurin.html

H 2 «L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE DE CONCUSSIONAIRES ?»: http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-2-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893.html

 

 

H16 «MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893» : http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h16-la-marche-du-mekong-une-victoire-du-capitaine-luc-adam-de-villiers-sur-les-siamois-en-juillet-1893.html

30 «La 2e guerre mondiale : La Thaïlande attaque l'Indochine française»: http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-les-relations-franco-thaies-la-2-eme-guerre-mondiale-67649933.html :

«17 Janvier 1941 : La bataille navale de Koh-Chang,Thaïlande»: http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-janvier-1941-la-bataille-navale-de-koh-chang-thailande-114422430.html

 

 

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 22:06

 

 

 

 

Cet épisode ne fut pas le premier dans l'histoire tortueuse de l'évangélisation du Siam :

 

 

La révolution de 1688 conduisit Petracha sur le trône jusqu’en 1703. Les persécutions dont furent alors accablés les chrétiens ont été longuement décrites par Monseigneur Pallegoix  (1). 

 

 

« Les Siamois se saisirent de sa personne (Monseigneur Laneau évêque de Métellopolis), le chargèrent de tant de  coups, qu'il est étonnant que ce prélat, déjà infirme, ne mourut pas entre leurs mains...  Il demeura exposé aux ardeurs du soleil, aux moustiques, aux insultes... On lui  arrachait la barbe, on lui crachait au visage, on vomissait contre lui les imprécations  les plus horribles et les invectives les plus atroces. On ne se contenta pas de faire souffrir les missionnaires, les séminaristes et les  Français, plusieurs chrétiens, de différentes nations, furent mis en prison, exposés à des traitements barbares, et plusieurs même payèrent de leur vie leur fidélité à la religion chrétienne. Un volume entier ne suffirait pas pour faire le détail des maux que souffrirent, dans toutes les provinces, tant de chrétiens ».

 

 

 

La situation de la mission s’améliora en avril 1691 lorsque Phra Phetracha rendit le séminaire à  Monseigneur Laneau : « Á la fin de l’année 1690 le père Tachard avait débarqué à Mergui avec deux mandarins qu'il avait accompagnés en France -et à Rome. Il écrivit au barcalon qu'il était porteur d'une lettre du roi de France, et qu'il venait par ordre de Sa   Majesté pour terminer toutes les affaires et pour renouveler l'alliance entre les deux couronnes. La cour de Siam, qui redoutait encore plus les Hollandais  depuis qu'ils s'étaient emparés du royaume de Bantan (Bantam sur l’île de Java)....

 

 

 

 

... et qui ne voulait point, par surcroît, avoir les Français à craindre, parut fort satisfaite de cette lettre et de ce rapport. C'est pourquoi,  dans le mois d'avril 1691,  on rendit le séminaire à monseigneur de Métellopolis, et on lui permit d'y demeurer avec les missionnaires, les séminaristes et les écoliers ».

 

 

 

Après la mort de Phra Phetracha en 1703, les relations entre le Siam et la France reprirent après une interruption de 15 ans mais l’activité missionnaire resta en sommeil.

 

 

Son fils Sorasak monta sur le trône

 

 

 

...

et parut favorable à monseigneur Louis Champion de Cicé alors vicaire apostolique du Siam depuis 1700 auquel il demanda d'écrire, de sa part, à M. de Ponchartrain, tour à tour Ministre de la Marine et Directeur de la Compagnie des Indes orientales  pour dire que tous les ports de son royaume étaient ouverts aux marchands français, qu'il souhaitait que la Compagnie royale y vînt rétablir des factoreries et qu'il leur accorderait les mêmes privilèges qu'aux Hollandais.

 

 

 

 

 

 

La situation va changer sous le règne de son successeur Tai Sra monté sur le trône en 1709. C’est sous ce règne que se situe à partir de 1729 l’épisode que les missionnaires ont appelé celui de « la pierre de scandale » sous le vicariat de Monseigneur Jean-Jacques Tessier de Queralay qui avait succédé à Monseigneur de Cicé en 1727, incident qui, au premier abord, pouvait sembler heureux, suscita de graves complications et de grandes craintes (2).

 

 

L’origine de l’érection de cette pierre nous est décrite à la fois par Monsieur Pallegoix et la collation des archives des Missions Étrangères effectuée par Adrien Launay auquel nous empruntons nos citations 

 

 

 

Elle édicte les mesures prises par le Roi de Siam contre les chrétiens dont l’édit fut gravé sur une grande table de pierre. Nous donnons le très long texte en annexe. Elle présente les événements d'une façon aussi partielle que partiale, elle est un parfait exemple de ce que nous pourrions appeler la « siamensis fides » mais la synthèse en est limpide (3) :

 

 

 

 

 

Il était interdit aux missionnaires de quitter la capitale. Il leur était aussi interdit d'utiliser le thaï et le pali  dans leur enseignement de la religion,  d’évangéliser les Siamois, Pégouans et Laos, de débattre et de critiquer la religion bouddhiste afin de répandre leur  propre religion, le tout sous des menaces des pires sanctions la plus douce étant la mort.

 

 

Tels étaient les ordres du roi gravés sur la pierre posée devant l'église Saint-Joseph d'Ayutthaya.

 

 

 

Quelle en fut l’origine ?

 

 

Un prince de l'ancienne famille royale, « qui aimait les Français », emprunta de monseigneur de  Rosalie (Tessier de Queralay) des livres écrits en siamois touchant  la  religion dont il disait qu'il voulait s'instruire ou peut être simplement se distraire.  Nous ignorons quel était ce prince. Il en parla et les prêta au frère du roi qui les lut avec attention et en fit demander d'autres à monseigneur l'évêque. On ne pouvait les lui refuser sans l'offenser, on les lui envoya donc. La lecture de ces livres fit naître de grandes disputes. Pendant quelques mois, les mandarins, les princes, le roi même n'avaient point d'autre sujet de conversation. Les talapoins ne pouvant répondre aux objections qu'on leur faisait – au dire des missionnaires - étaient souvent « couverts de confusion et exposés aux railleries ». Afin de se délivrer  de ces ennuis, ils se mirent à déclamer contre le catholicisme, prétendant que ses adhérents exciteraient bientôt dans le royaume des divisions et des guerres, comme ils l'avaient fait au Japon, et qu'ils aboliraient le culte suivi par tous leurs ancêtres. L’évêque fut convoqué au palais : « J'ignore en quoi j'ai eu le malheur d'offenser Sa Majesté; je vous prie de m'en instruire »

 

 

 

« Le barcalon appela un secrétaire, lui remit un mémoire qui contenait plusieurs chefs d'accusation, et lui ordonna de le lire à haute voix; puis, résumant chaque article, il enjoignit au Vicaire apostolique d'y répondre. Les questions roulaient particulièrement sur les motifs qui avaient conduit les missionnaires à Siam, sur leur désobéissance au roi, sur les dangers que leurs prédications faisaient courir à l'État. Monseigneur de Quéralay était d'ordinaire calme et très modeste; dans cet interrogatoire, il le fut plus encore; mais il ne laissa passer aucune imputation sans la relever et donna d'amples explications. Il raconta l'histoire des premiers prêtres et des premiers évêques français dans le royaume, la bienveillance de Phra Naraï, les relations de la France avec Siam ; il protesta que ni lui ni ses prêtres n'engageaient personne par présents, par promesses ou par force à se faire chrétien; mais, ajouta-t-il, notre religion est la vraie et nous devons la prêcher. »

 

 

Le barcalon l'interrompit : « Nous ne condamnons pas votre religion, lui dit-il,  pourquoi condamnez-vous la nôtre ? Tant de nations établies ici ont chacune une religion différente et respectent celle du pays; vous êtes les seuls qui vous éleviez insolemment contre ses dogmes, vous méritez d'être sévèrement punis. »

 

 

L'évêque se lança alors dans un jeu périlleux en tentant en vain de prouver à son accusateur que la religion catholique est la seule vraie, et qu'en vertu des droits éternels de la vérité elle peut et doit être partout enseignée. Il est des circonstances oú toute vérité ou ce qu’on croit être la vérité n’est pas bonne à dire mais il faut évidemment saluer l’intrépidité du prélat.

 

 

 

La barcalon lui répondit faisant référence au Japon « Il ne s'agit pas de cela mais de la tranquillité de l'État; nous savons que quelques-uns de vos prêtres ont attiré à leur religion une grande multitude de Japonais; ils ont ensuite excité une révolte. L'empereur les a vaincus; il a fait massacrer vos prêtres et les rebelles, et il a défendu, sous peine de mort, à tous les chrétiens, de quelque nation qu'ils soient, de mettre le   pied dans ses États. Si notre roi, pour prévenir un pareil  attentat, suivait cet exemple, s'il faisait couper la tête à vos missionnaires et à vous, on ne pourrait attribuer qu'à votre imprudence la rupture entre la France et Siam ».

 

 

 

 

Les relations entre la France et Siam étaient à peu près nulles, ce n'était pas le moment de le faire observer; aussi Monseigneur de Quéralay garda le silence, et le barcalon continua :

 

 

« Le roi veut bien pour cette fois user de clémence ; mais il vous défend :

1° d'écrire en langue siamoise ou en bali des livres de religion;

2° de prêcher votre doctrine à des Siamois, à des Pégouans ou à des Laotiens;

3° de les tromper et de les engager, par quelque voie que ce soit, à se faire chrétiens;

4° de condamner la religion du  royaume. Voulez-vous obéir à ses ordres ? »

 

 

 

L’évêque demanda quelques jours de réflexion ce qui lui fut refusé. Le barcalon lui affirma « L'ordre du  roi ne souffre point de retard. Vous ne retournerez pas dans votre séminaire, que vous ne m'ayez déclaré si vous vous soumettez aux défenses qu'il vous fait ». Un mandarin ajouta une autre menace « L'ordre du roi n'excepte personne. Si vous vous y soumettez, vous continuerez de vivre tranquillement dans votre maison : si vous refusez d'obéir, le roi veut qu'on vous tranche la tête. »

 

 

Le roi, le barcalon, les talapoins et les mandarins avaient-ils l'intention de se porter à ces extrêmes violences? Il est permis d'en douter, car l'interrogatoire se termina subitement, et après de nouvelles menaces les accusés furent renvoyés chez eux !

 

 

Quelques jours plus tard, des mandarins, à la tête d'un peloton de soldats, se présentèrent au séminaire et se saisirent des ouvrages en siamois et en pali. Perquisition bien tardive puisque les missionnaires avaient pris la précaution de transporter ailleurs à peu  près tous les livres de religion, ne laissant que ceux de science ou d'histoire profane.

 

 

Ce premier attentat fut cependant considéré comme une victoire par les mandarins et les talapoins, et apaisa un peu les colères. Victoire ou victoire à la Pyrrhus ?

 

 

 

Monseigneur de Quéralay prit alors soin de renouveler son amitié au roi en lui offrant des cierges allumés avec des couronnes de fleurs  accompagné de missionnaires et de séminaristes. Il se rendit à une audience du  barcalon et le salua par ces paroles :

 

« Je viens offrir au roi ces cierges et ces fleurs comme un témoignage public de mon profond respect et de mon parfait dévouement envers Sa Majesté »

 

 

Le barcalon crut le moment favorable pour reprendre la discussion : il ordonna au Vicaire apostolique de souscrire aux précédentes exigences royales. La réponse fut sans équivoque « Jamais » et les missionnaires se retirèrent sans autre incident !

 

 

Cependant l'affaire n'était pas étouffée. Le barcalon fit alors graver les défenses du monarque sur trois grandes pierres et commanda de les placer dans les deux églises de Juthia et dans la chapelle du séminaire.

 

 

 

Lorsque les officiers voulurent exécuter l'ordre, Monseigneur de Quéralay les arrêta : « Le roi, dit-il, est maître absolu dans son royaume, il peut y faire tout ce qui lui plaît; mais mon église étant un lieu saint consacré au Créateur du ciel et de la terre, je ne puis y poser une de ces pierres, ni consentir qu'elle y soit posée par autrui ». Un mandarin s’écria alors « Les évêques et les missionnaires français ont été établis dans notre pays par les anciens rois, qui les ont toujours estimés et aimés : jusqu'à présent, ils ont eu la permission de prêcher leur religion. Pourquoi veut-on les molester? Ce sont des hommes pacifiques, tranquilles, incessamment occupés à soulager les malades et les pauvres. Jamais je n'ai entendu contre eux un juste reproche; il n'y a rien à craindre du petit nombre de leurs chrétiens ».

 

 

Le roi interrogea ensuite son frère : « Le mandarin a parlé très sagement; pourquoi troubler sans nécessité la paix du royaume et nous faire des ennemis ? ». Le roi conclut alors « Puisqu'il en en est ainsi qu'on laisse l'évêque et ses prêtres en repos, et qu'on ne parle plus de cette affaire ».

 

 

Le barcalon ne s'inclina pas et fit une nouvelle tentative pour poser la pierre à l’intérieur des bâtiments. Devant l’opposition de Monseigneur de Quéralay les officiers placèrent cette pierre sur un piédestal assez élevé, en dehors et près de la porte principale de la chapelle. Cette inscription outrageante pour la religion fut alors par les chrétiens appelée « la pierre de scandale » (3).

 

 

Le roi mourut en 1733 et après diverses péripéties et une guerre de succession le roi Borommakot monta sur le trône et ce jusqu’en 1758.

 

 

 

Passant pour être bienveillant à l’égard des chrétiens, il ne leur accorda cependant pas l'autorisation d'enlever la pierre de scandale dressée devant la chapelle, mais ne leur suscita aucune difficulté et le calme régna de nouveau dans la mission de Siam.

 

 

Le roi dut sans aucun doute tenir compte d’une lettre que Louis XV lui adressa pour lui recommander un missionnaire devenu plus tard évêque, M. de Lolière-Puycontat.

 

 

Le texte est évidemment plein de sous-entendus ironiques sinon menaçants :

 

 

 « Très haut, très excellent, très puissant et très magnanime prince, notre très cher et bon ami, Dieu veuille augmenter votre grandeur avec fin heureuse. Nous sommes informés que plusieurs de nos sujets, attirés par la justice qui règne dans toutes vos actions, s'empressent de fixer leur résidence dans vos États. Le sieur de Lolière, aussi notre sujet, se proposant également d'y passer, nous lui remettons cette lettre pour vous la présenter comme un témoignage de notre sincère estime pour vous. Nous n'avons donc qu'à vous assurer que toutes les grâces qu'il recevra de vous nous devant être chères, nous serons bien aises de trouver des occasions de vous en marquer notre gratitude. Sur ce, nous prions Dieu qu'il veuille  augmenter votre grandeur avec fin heureuse ».

Écrit au château de Fontainebleau, le 11 novembre 1738.

« Votre très cher et bon ami, LOUIS »

 

 

 

 

Le prestige de la France et sa présence aux Indes était probablement suffisants pour que les Siamois prennent garde. Le Roi Louis XV qui fut lui-même par sa vie dissipée « pierre de scandale » pour ses sujets avait parfaite conscience de la mission qui était la sienne et celle de ses prédécesseurs depuis François Ier, de protéger nos missionnaires à l’étranger, « roi très chrétien » et roi de la « fille aînée de l’Église ».

 

 

 

 

Lors de la première attaque des Birmans, en 1758, le roi pria le vicaire apostolique, Monseigneur Brigot, d'user de son influence sur les chrétiens pour les engager à combattre ce à quoi celui-ci répondit : « La demande du roi est très juste, répondit   l'évêque, c'est le devoir des chrétiens de lutter pour la défense de la patrie ».

 

 

Devant la menace birmane, Monseigneur Brigot fit partir pour Chantaboun les élèves du séminaire général accompagné de deux missionnaires. Un autre missionnaire, Philippe-Robert Sirou, jeune missionnaire alors âgé d'à peine 30 ans profita des troubles pour briser la pierre sans que personne n’y fît attention. Les missionnaires craignirent les résultats de cet acte, sur lequel il n’avait consulté personne. « Mais, écrit Monseigneur Brigot, comme l’invasion des Barmas survint quelques jours après, on ne pensa point à nous dénoncer à la justice siamoise ». Les Birmans levèrent le siège. Le roi n'oublia pas la conduite de Monseigneur Brigot et l'intrépidité des chrétiens.

 

 

 

 

Chacun reçut, en présent, une pièce d'étoffe et du riz et les élèves du collège, de la toile. Le peuple baptisa l'église française du nom d'église de la Victoire. Les Birmans devaient revenir faire le siège de la ville qui tomba dans la nuit du 7 au 8 avril 1767. Il ne fut plus jamais question de la « pierre du scandale ». Ses débris gisent probablement au fond de la rivière. Compte tenu de la longueur du texte, il est permis de penser qu'ils sont volumineux. Peut-être les retrouvera-t-on un jour pour la plus grande joie des érudits.

 

 

NOTES

 

 

(1) Les épisodes de cette pierre sont longuement détaillés par Monsieur Pallegoix dans le second volume de son « Histoire du royaume thaï ou Siam ». De nombreux documents sont reproduits par Adrien Launay dans le second volume de son « Histoire de la Mission de Siam- documents historiques » et dans son « Siam et les missionnaires français ». Nous avons également utilisé les notices biographiques de tous ces missionnaires disponibles sur le site des Missions étrangères et l'article de Jean Burnay « Notices biograhiques sur Monseigneur Brigot » publié dans le Journal de la Siam Society, volume 33-1 de 1941.

 

 

(2) L’expression proviendrait de l’antiquité romaine, une pierre placée devant le Capitole devant laquelle venaient s’asseoir les banqueroutiers pour déclarer publiquement qu’ils faisaient cession de leurs biens en criant à haute voix « cedo bona ».

 

 

 

 

 

(3)  Elle rappelle ce dont les romains qualifiaient la mauvaise foi des Carthaginois « punica fides ».

 

 

 

 

Voici la lettre de Monseigneur Jean-Jacques Tessier de Queralay évêque de Rosalie :

 

Voilà la version, mot à mot autant qu'il a été possible, du fameux édit du roy de Siam gravé en langue siamoise sur une pierre placée à la porte de l’église du séminaire de Siam.

 

Cette traduction française suit une traduction en latin. S’agit-il bien d’une traduction du texte thaï ? Sa longueur et sa lourdeur nous semblent relever tout simplement du caractère singulièrement répétitif de la langue thaïe. Il ne subsiste pas de version originale thaïe, en tous cas nous ne l’avons pas trouvée, et la pierre a disparu. Elle relève d’une vision singulière de l’histoire.

 

 

Il y avait depuis longtemps une grande amitié entre les roys de France et de Siam en conséquence le roy de France avait envoyé  au roy de Siam une ambassade, avec une lettre et des présents, lui demandant  qu'il permit que les missionnaires français demeurassent dans son royaume, et qu'il leur  bâtît une maison, afin qu'ils aidassent à conserver l'amitié entre leurs deux couronnes. Sur quoi le roy de Siam, pour conserver et fortifier l'amitié entre les deux couronnes, avait donné aux missionnaires français un  emplacement dans le lieu-dit Banplahet, et avait puisé dans le trésor pour  fournir les matériaux et les ouvriers, afin de leur bâtir une maison de pierres,  suivant le désir du roy de France. Par la faveur et la libéralité du roy de  Siam, ils y avaient demeuré longtemps. Mais  dans cette année Pi cho tho soe (1730), le sieur Teng, fils de Louang Cray Cosa, avait fait déclarer au grand    prince (alors frère du roy et aujourd'hui roy) que les supérieurs qui étaient venus demeurer dans le séminaire de Banplahet avant l’évêque Dom Jacques  (Monseigneur Jean-Jacques de Querallay), et l’évêque Dom Jacques lui-même, avaient grièvement péché en plusieurs points :

1) en se servant des caractères cambodgiens et des caractères siamois, pour en composer des livres où  était exposé toute la religion chrétienne, et que ces livres se gardaient en  grand nombre au séminaire

2) après avoir prêché en langue européenne, ils  expliquent leur religion en langue siamoise  

3) ils trompent les Siamois, les Pégouans et les Laos, qui suivent la sainte religion siamoise, et en les flattant, ils les font entrer en grand nombre dans la religion chrétienne 

4) ils composent  des livres qui combattent et tournent en ridicule la sainte religion siamoise  en plusieurs manières.

Alors le grand prince a présenté les déclarations du sieur Teng au roy, qui en ayant eu connaissance a ordonné qu'on fît venir l'évoque Dom Jacques, les supérieurs, et tous les autres missionnaires au tribunal de son ministre, suivant la coutume, pour examiner et discuter l'affaire dans laquelle l'évoque Dom Jacques et tous les missionnaires ont péché. Dom Jacques et tous les missionnaires ont avoué avoir fait véritablement tout cela ensuite ils ont apporté des confitures, des fleurs, des parfums des cierges pour demander pardon de toutes les choses dans lesquelles ils avaient péchez. Le roy, ayant tout entendu et considéré, a signifié au prince son édit, disant : La Cour de France et la Cour de Siam conservent une amitié réciproque depuis longtemps quant à la faute de tous les missionnaires, ils ont reconnu qu'ils  l'avaient commise, et ont apporté des confitures, des fleurs, des parfums et des cierges pour en obtenir le pardon.  Il faut dissimuler et se taire sur cette faute pour cette fois mais si désormais, soit l'évoque Dom Jacques, soit d'autres missionnaires viennent dans la suite à la Cour de Siam pour entretenir l'amitié royale entre les deux Cours, la fortifier, et l'augmenter plus qu'auparavant, qu'il leur soit absolument défendu dépêcher contre ces quatre articles en aucune manière. A cette condition, les missionnaires pourront venir à cette Cour pour entretenir l’amitié  du roy de France et l'augmenter solidement mais s'ils ont la hardiesse d'enfreindre l'édit du roy dans ces quatre points, ou dans un seul, l'amitié royale se trouvera rompue, parce que les missionnaires l'auront voulu et auront violé l'édit sur l'un des quatre points, savoir

1° il est défendu de se servir des caractères cambodgiens et  des caractères siamois pour en écrire des livres de la religion chrétienne

2° il est défendu de prêcher en langue siamoise

3° Il est défendu aux Siamois, Pégouans et laos qui professent la sainte  religion siamoise d’aller quoique pauvres emprunter aux missionnaires des effets, de l’or, de l’argent et de demander d’embrasser la religion chrétienne; il leur est Interdit. De croire et professer la religion chrétienne et d'aller se présenter et se joindre eux- mêmes aux chrétiens il ne faut pas que les missionnaires les reçoivent.

4° Il est défendu de composer des livres qui combattent la religion siamoise.

 

Que tous les missionnaires qui viennent à cette Cour de Siam prennent de ne rien faire dans la suite contre l’affaire des quatre points ni contre aucun de ces points absolument. Si les missionnaires qui viennent à cette cour de Siam, après avoir su et vu ce qui est contenu dans cet édit gravé sur la pierre, n'y obéissent pas, font quelque chose contre ces quatre articles ou quelqu'un d'entre eux, certainement après avoir faut les perquisitions et l'examen et avoir découvert la vérité, le supérieur des missionnaires sera puni de mort et tous les autres missionnaires,  après avoir été grièvement châtiés seront chassés de ce royaume de Siam. De plus, les Siamois, Pégouans et Laos qui ont embrassé la religion chrétienne du temps de Dom seront très grièvement châtiée, et poursuivis jusqu’à la mort. Si désormais les Siamois, Pégouans et Laos qui professent la sainte religion siamoise, après avoir eu connaissance de l’édit gravé sur la pierre, violent ce que cet édit défend en abandonnant leur sainte religion, et viennent à professer la religion chrétienne,  certainement, ils seront  sévèrement punis. Après leur avoir coupé la tête, ils seront empalés devant le séminaire de Banplahet. Leurs pères et mères, leurs enfants, leurs femmes, leurs frères et sœurs seront aussi grièvement punis et tous leurs biens seront confisqués.

 

Cet édit a été gravé le mercredi neuvième jour de la nouvelle lune du second mois de l’année dire Pi So Tho Soe de l’ère siamoise – de l’ère chrétienne janvier 1730

 

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 15:38

 

 

Nous avons déjà rencontré le roi Rama Ier, fondateur de la présente dynastie (1).

 

Thong Duang  (ทองด้ว)ง naquit le 20 mars 1736 et quitta sa vie terrestre le 7 septembre 1809.  Son père était Akson Sunthon Sat (อักษรสุนทรศาสตร์) ou Thong Dee (ทองดี). Celui-ci avait servi  à la cour royale d’Ayutthaya et aurait été descendant de l’ambassadeur Kosapan. Sa mère nommée Dao ruang (ดาว เรือง)  ou Yok  (หยก  « jade ») aurait été en partie chinoise.  Il fut considéré par Taksin comme l’un de ses meilleurs chefs de guerre

 

 

 

 

Lorsque Taksin se fit  couronner roi, il l’honora du titre de Chao Phraya Chakri Maha (เจ้าพระยาจักรีมหา). Il s’empara du trône à la date officielle de 6 avril 1782. Bénéficiant d’un incontestable soutien populaire, il fut immédiatement apprécié des catholiques puisqu’il avait rompu avec la politique brutale de son prédécesseur à leur égard (2).

 

Nous avions découvert un chef de guerre, un législateur,

 

 

 

 

un écrivain et enfin un théologien.

 

 

Le rénovateur du bouddhisme siamois

 

 

La révision des canons bouddhistes fut – pour les bouddhistes - le plus important des actes de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux bibliothèque royale Vajiranana. Après avoir été surnommé par ses ennemis Birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». Ce qualificatif ne l’empêcha pas de manifester la plus grande tolérance à l’égard des chrétiens comme nous venons de le voir mais aussi des sectateurs de la religion du Bédouin et des hindouistes.

 

 

 

 

La révision des canons bouddhistes fut – pour les bouddhistes - le plus important des actes de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré (le pali), un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux à la bibliothèque royale Vajrayana. Après avoir été surnommé par ses ennemis birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». Ce qualificatif ne l’empêcha pas de manifester la plus grande tolérance à l’égard des chrétiens comme nous venons de le voir pais aussi des sectateurs de la religion du Bédouin et des hindouistes.

 

Comment ce défenseur de la foi a-t-il pu être baptisé ?

 

 

 

Reçut-il le baptême secret ?

 

 

Cette question singulière à laquelle il faut probablement apporter une réponse positive fut en particulier probablement éludée par Monseigneur Pallegoix (pouvait-il l’ignorer ?) et W. A. R. WOOD, qui a consacré au roi une large partie de son ouvrage (3).

 

Nous en trouvons la trace dans les archives des Missions étrangères dans un courrier adressé par Monseigneur GARNAULT (4) à MM. BOIRET et DESCOUVRIERES  daté du 3 juillet 1802 :

 

« Je dirai en passant que le roi ayant été baptisé dans son enfance par le médecin Sixte Ribeiro, celui-ci, se trouvant bien malade, se crut obligé de déclarer au roi son baptême ce dernier n'en fit pas grand cas. Peu de temps  après, le roi se trouvant à son tour dangereusement malade envoya prier Monseigneur d'Adran de se rendre auprès de lui. Monseigneur était trop occupé. Le  roi se voyant mourant fit son testament eu deux mots. Il remettait son corps à son père nourricier, et son âme à Sixte Ribeiro » (5).

 

 

Statue aujourd'hui disparue de Monseigneur d'Adran à Saigon

 

 

La première question qui se pose est de savoir si la parole de Monseigneur GARNAULT qui ne donne aucune autre précision peut être mise en doute ? Cela nous semble difficile dans la mesure où pour lui il ne s’agit que d’un détail « au passage » dont il ne tire singulièrement aucune conséquence.

 

La suivante est de savoir qui était ce médecin portugais nommé Sixte Ribeiro. Nous n’avons strictement rien trouvé à son sujet. Tout ce que nous pouvons affirmer est qu’il appartenait à la colonie portugaise omniprésente depuis le début du XVIe siècle qui, en sus des mercenaires, des missionnaires et des commerçants comportait de nombreux médecins tous certainement bons catholiques. A cette époque, la médecine portugaise fortement arabisée jouit d’une solide réputation en Europe

 

 

 

La troisième est de savoir quelle fut la portée de ce baptême

 

Il importe de préciser le contexte dogmatique applicable à cette époque, nous ne sommes pas au XXIe siècle sous le règne du Concile Vatican II pour lequel les non croyants ne sont plus voués aux flammes de l'enfer.

 

 

 

Nous sommes dans le cadre du Concile de Trente dont le catéchisme date de 1566 (6), qui confirme la doctrine du péché originel déjà affirmée lors du concile de Carthage en 418,

 

 

 

C’est le sort des enfants non baptisés qui est directement en cause : Le limbus puerorum  (limbe des enfants) reçoit les âmes des enfants morts avant d'avoir reçu le baptême. Ces âmes ne sont pas destinées à souffrir dans l'au-delà, mais sans autre précision.  Dans  nos vieux catéchisme des diocèses, à la question « Où vont les enfants morts sans baptême ? » la réponse était « Les enfants morts sans baptême vont aux Limbes, où il n'y a ni récompense surnaturelle ni peine ; car, souillés du péché originel, et celui-là seul, ils ne méritent ni le paradis ni non plus l'enfer ou le purgatoire ». Sans faire formellement partie du dogme cette notion fut universellement admise au moins jusqu’à Vatican II en 1965. Elle entrainait donc l’impérieuse obligation de baptiser les enfants au plus vite dès leur naissance d’autant plus lorsqu’ils étaient en danger de mort.

 

 

 

C’est de toute évidence le dilemme qui se posa à ce médecin portugais lorsqu’il fut conduit à soigner – nous ne savons à quelle date – un enfant dont il était conduit à penser qu’il était en danger de mort. Nous sommes à une époque où la mortalité infantile était effrayante. Il avait donc non seulement la possibilité mais l’obligation – en conscience – de le baptiser, ce qu’il fit.

 

 

 

Si l’Église post-conciliaire ne croit plus guère aux Limbes, le droit canon en vigueur précise toujours  que si l'enfant se trouve en danger de mort, il sera baptisé sans aucun retard et que dans ce cas, l'enfant de parents catholiques, et même de non-catholiques, est licitement baptisé, même contre le gré de ses parents.

 

 

Avait-il la possibilité d’administrer le sacrement ?

 

 

Le Catéchisme du Concile de Trente précise que le baptême doit être conféré de plein droit par les Evêques et les Prêtres. Il peut ensuite l’être par les diacres mais seulement avec le consentement de l’Evêque, ou du Prêtre. En dernier lieu, dit toujours le catéchisme viennent ceux qui dans le cas de nécessité, peuvent administrer ce Sacrement, sans les cérémonies habituelles (7). Référence est faite à la haute autorité de Saint Augustin qui considère comme valides les baptêmes conférés par Judas lui-même (8). Une fois la formule sacramentelle prononcée « Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » pendant que le ministre fasse du pouce un signe de croix sur le front de l’enfant, celui-ci appartient de plein droit à l’Eglise catholique. Nous avons connu jusque dans la première moitié du siècle dernier la cérémonie de l'ondoiement, cérémonie simplifiée du baptême utilisée souvent par les sages-femmes en cas de risque imminent de décès et dans l’impossibilité de faire venir rapidement un prêtre.

 

 

 

Le rituel consistait à verser de l’eau sur la tête de l'enfant en prononçant les paroles sacramentelles : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Les registres de catholicité en sont pleins. En cas de survivance de l’enfant, une nouvelle cérémonie de réhabilitation était organisée selon les formes rituelles, en public avec présence d’un prêtre, d’un parrain et d’une marraine mais l’enfant ondoyé était d’ores et déjà affranchi de la tâche du péché originel (9). Les ricanements voltairiens sur le baptême in articulo mortis de ces enfants ne relève pas de l’ignorance des règles canoniques – Voltaire ne les ignorait pas – mais de la plus totale mauvaise foi.

 

 

 

Avait-il la possibilité d’administrer le sacrement « sub secreto » ?

 

 

Le « baptême sub secreto »  est un baptême gardé secret que n’ignore pas l’Eglise. Il est toujours fréquent : Cela peut se faire dans un pays dans lequel il y a des persécutions religieuses à l'égard des chrétiens ou pour d'autres raisons, ou encore dans certaines situations familiales extrêmes. En l’occurrence et en fonction du contexte  géo politique local, il ne pouvait en être autrement (10). Si l’existence de ce baptême avait été connue dans l’entourage royal, Sixte Ribeiro risquait sa tête.

 

 

Quelles furent les conséquences de ce baptême ?

 

C’est bien la question fondamentale qui, canoniquement, se pose. En effet, le sacrement du baptême était considéré comme définitif du moment que les conditions de validité énoncées par le droit canonique avaient été respectées et elles le furent (11).

 

Pour en détruire les effets, encore eut-il fallu que Rama Ier apostasie, ce qu’il ne pouvait faire étant resté ignorant de son baptême. Pour en conserver le bénéfice, il eut encore fallu qu’il se conduise en bon chrétien. Sa conduite ultérieure en défenseur de la foi bouddhiste peut-elle être considérée comme une apostasie implicite d’un baptême dont il ignorait l’existence ?

 

Il ne l’apprit en effet que lorsque le médecin qui l’avait baptisé, Sixte Ribeiro, avec lequel il devait avoir conservé des rapports de confiance, se trouvant bien malade, se crut obligé de déclarer au roi son baptême ce dernier n'en fit pas grand cas.   Nous ignorons à quelle date celui-ci lui fit cet aveu. Que le roi n‘en ait pas fait  grand cas ne signifie pas grand-chose mais il ne l’oublia pas puisque Peu de temps  après, le roi se trouvant à son tour dangereusement malade envoya prier Monseigneur d'Adran de se rendre auprès de lui.

 

Comment le Roi connaissait-il ce prélat qui se fit connaitre en Cochinchine et qui, sauf erreur, ne posa jamais sa soutane au Siam ? (12).

 

Monseigneur était trop occupé. Le roi se voyant mourant fit son testament eu deux mots. Il remettait son corps à son père nourricier, et son âme à Sixte Ribeiro » (5).

 

Tombe de Monseigneur d'Adran aujourd'hui disparue (province de  Gia-Dinh)

 

 

Si l’existence de ce baptême secret ne semble guère faire de doutes, un certain nombre de questions restent posées :

 

Pourquoi tout d’abord est-il passé inaperçu auprès des érudits qui se sont consacré à l’étude de cette période ?

 

La monumentale thèse du  R.P Paul Surachai Chumsriphan n’y faut qu’une allusion basée  sur les correspondances que nous avons citées mais il est vrai qu’elle concerne surtout l’œuvre de Monseigneur VEY(13). Il cite toutefois une source portugaise à laquelle nous n’avons pas eu accès (14).

 

 

 

 

A quelle date eut lieu cette cérémonie secrète ? Probablement dans la petite enfance du souverain (entre 1736 et 1740 ?). A cette date les persécutions frappaient les catholiques.

 

 

A quelle date Sixte Ribeiro, lui-même « bien malade » fit-il l’aveu de ce baptême au Roi ?

 

Pour quelles raisons le monarque sur son lit de mort souhaita—t-il faire venir Monseigneur d’Adran (Pigneau de Behaine) et à défaut « remit son âme à Sixte Ribeiro »  et qui était son « père nourricier »?

 

 

Si enfin ce baptême a été célébré, il n’a pas eu la portée de celui de Constantin sur son lit de mort

 

 

 

 

ou de celui de Clovis mais il méritait toutefois ces quelques lignes.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 116 « Rama 1er. (1782-1809) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-116-rama-1er-1782-1809-122265066.html

 

(2) Jean-Joseph DESCOURVIÈRES appartenait aux Missions Etrangères et était attaché à la mission de Siam. : Dans un volumineux document intitulé « JOURNALDE M. DE8COUVIERE » du 21 décembre 1782 et adressé aux Missions étrangères celui-ci nous dit « On a écrit directement à Monseigneur Coudé de Bangkok à Jongselang, que le  nouveau roi de Siam, dès la première audience qu’il a donnée aux chrétiens de Siam, a commencé par leur dire qu'il voulait qu'ils rappelassent à Siam l'évèque et les missionnaires que l'ancien roi en avait chassés ce qu'il leur a répété fort souvent dans la suite », cité par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques » 1920, page 315 s.

 

Joseph-Louis COUDÉ, évêque in partibus de Rhési et vicaire apostolique du Siam avait refusé comme de nombreux de se rendre à la pagode pour y boire l'eau lustrale préparée par les bonzes. Le roi Taksin se vengea sur les missionnaires. Coudé eut les fers aux pieds et aux mains, la cangue au cou et subit la bastonnade. Au bout de quelques mois, le roi le fit délivrer ainsi que l'évêque et son compagnon ; mais trois ans plus tard, en 1779, sa colère se ralluma contre les missionnaires et il les fit expulser. Joseph-Louis Coudé se réfugia à Jongselang (Phuket), où il reçut la bulle datée du 20 janvier 1782, qui le nommait évêque de Rhési et vicaire apostolique du Siam.

 

(3) W. A. R. WOOD, CONSUL-GENERA, CHIENGMAI : « A HISTORY OF SIAM FROM THE EARLIEST TIMES TO THE A.D. 1781, WITH A SUPPLEMENT DEALING WITH MORE RECENT EVENT », 1924.

 

 

(4) Arnaud-Antoine GARNAULT subit les mêmes persécutions que Monseigneur Coudé et se réfugia à Kedah. Il fut en 1786 nommé évêque de Métellopolis  et vicaire apostolique du Siam. Denis Boiret, également des Missions étrangères, appartenait à la mission de Cochinchine.

 

(5) Ce courrier est cité par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques », volume II, 1920, page 335 s.

 

(6) Le concile de Trente fut convoqué par le pape Paul III le 22 mai 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la réforme protestante. Il débuta le 13 décembre 1545 et se termina le 4 décembre 1563. Il se déroula sous cinq pontificats étalés sur dix-huit ans en vingt-cinq sessions (Paul IIIJules IIIMarcel IIPaul IV et Pie IV).

 

 

(7) Le Catéchisme précise : « De ce nombre sont tous les humains, hommes ou femmes, même les derniers du peuple et de quelque religion qu’ils soient. En effet, Juifs, infidèles, hérétiques, quand la nécessité l’exige, tous peuvent baptiser, pourvu qu’ils aient l’intention de faire ce que fait l’Eglise, en administrant ce Sacrement. Ainsi l’avaient déjà décidé plusieurs fois les Pères et les anciens Conciles. Mais la sainte Assemblée de Trente vient au surplus de prononcer l’anathème contre tous ceux qui oseraient soutenir que le Baptême donné par les hérétiques au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise, n’est pas un Baptême valide et véritable. Cependant les sages-femmes qui sont accoutumées à baptiser ne sont nullement répréhensibles, si dans certains cas, et en présence d’un homme qui ne sait pas conférer ce Sacrement, elles se chargent elles-mêmes de cette fonction, qui dans d’autres circonstances semble convenir beaucoup mieux à l’homme ».

 

 

 

(8) Saint Augustin eut ces paroles remarquables : « Dédit  baptismum Judas, et non baptizatum  est post Judam : dédit Joannes, et baptizatum est post Joannem : quia,  si datum est à Juda, baptisma Christi erat : quod autem à Joanne datum  est, Joannis erat non Judam Joanni, sed baptismum Christi etiam per Judae manus datum, baptismo Joannis, etiam per manus Joannis dato, rectè prseponimus.

 

 

 

 

Judas a donné le Baptême, et l’on n’a point baptisé après Judas. Jean l’a donné aussi, et l’on a baptisé après Jean. C’est que le Baptême que donnait Judas était le Baptême de Jésus-Christ, tandis que celui que donnait Jean était le baptême de Jean. Certes, nous ne préférons point Judas à Jean, mais nous préférons à bon droit le Baptême de Jésus-Christ, donné par Judas, au baptême de Jean donné par les mains de Jean lui-même.

 

 

 

(9) Dans les deux volumes de son recueil de documents relatifs aux missions, Adrien Launay cite de très nombreuses correspondances  adressées par les missionnaires Nous n’en citons qu’un seul (volume II page 329), C’est un courrier du père Liot adressé aux pères Boinet et Descouvières le 10 novembre 1788 : 

« ....452 enfants Siamois et Laotiens baptisés à Bangkok par deux femmes Portugaises de Siam. Il s'y trouve 4 à .5 adultes baptises à l'article de la mort.  1.933 enfants Siamois, Malais, Laotiens et Barmas baptisés deux par Portugais-Cambodgiens, médecins du roi de Siam, dans les différentes guerres que tes Siamois ont faites aux  Barmas et aux Malais depuis 1785 jusqu'en 1788 : TOTAL 2.481. Baptêmes faits depuis le commencement de septembre 1788 que je suis arrivé à Bangkok, jusqu'en novembre de la même année : 2 Siamois adultes. 4 Cochinchinois adultes. 179 enfants Siamois, Laotiens et Pégous baptisés dans Bangkok  par deux Portugaises de Siam. 1.346 enfants Cambodgiens baptisés par deux médecins Portugais-Cambodgiens dont il est parlé ci-dessus, et par les autres  Portugais du Cambodge. TOTAL 1531 ».

 

Jacques Liot opéra d’abord en Cochinchine d’où il fut chassé par les persécutions et navigua ensuite entre Chantaboun et Bangkok.

 

(10) Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a assisté une messe du Noël orthodoxe à Saint Petersburg, révélant à cette occasion qu'il y avait été baptisé secrètement du temps de Staline et confia aux journalistes présents : « Cette cathédrale est spéciale pour moi, car j'y ai été baptisé. Accompagnée d'un voisin, ma mère m'a emmené secrètement me faire baptiser, craignant l'opposition de mon  père, inscrit au Parti communiste, officiellement athée. Mon père était membre du PC, et c'était quelqu'un de strict et de cohérent. Ils l'ont fait en secret -- ou au moins ont-ils cru que c'était en secret », Cela se passait en 1952, un an avant la mort de Staline.

 

 

 

Des cérémonies similaires se déroulent au quotidien dans les pays en proie à des dirigeants mahométans forcenés.

 

(11) Tous les théologiens et père de l’Eglise s’accordent à reconnaître les effets perpétuels du baptême sauf hérésie ou apostasie.

 

(12)   Pierre Joseph-Georges Pigneau de Behaine martyrisé en Cochinchine pour y avoir donné l'hospitalité à un prince siamois se réfugia à Malacca puis à Pondichery. Il fut nommé vicaire apostolique de la Cochinchine en 1774.

 

 

 

(13) Surachai Chumsriphan « THE GREAT ROLE OF JEAN-LOUIS VEY, APOSTOLIC VICAR OF SIAM (1875-1909), IN THE CHURCH HISTORY OF THAILAND DURING THE REFORMATION PERIOD OF KING RAMA V, THE GREAT (1868-1910) » publiée à Rome en 1990 par la faculté d’histoire ecclésiastique (Facultate Historiae Ecclesiasticae Pontificiae Universitatis Gregorianae) ».

 

 

 

 

(14) Père Manuel TEIXEIRA « Portugal na Tailândia », Macau, Imprensa Nacional de Macau, 1983, p. 110.

 

SOURCES

 

 

La seule version canonique du Catéchisme du Concile de Trente est en latin. Les traductions françaises doivent avoir fait l’objet d’un visa de la hiérarchie (« Nihil obstat » et « imprimatur ». Nous avons utilisé la version bilingue de l’abbé Gagey de 1903 dument visée par la hiérarchie.

 

 

 

Le second volume de l’ouvrage d’Adrien Launay Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques », contient des centaines de correspondances des Missionnaires à leur hiérarchie parisienne ou locale concernant cette époque.

 

 

 

L’Institut de recherche France-Asie est celui des archives des Missions étrangères.

 

Il contient de très précises notices biographies sur chacun des participants à l’œuvre de mission (https://www.irfa.paris/fr). La thèse du R.P. Surachai Chumsriphan (13) y fait de perpétuelles références.

 

 

 

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 22:49

 

 

La venue du Souverain Pontife en Thaïlande en novembre 2019 nous est l’occasion de raconter en quelques pages l’histoire de cette petite communauté catholique forte aujourd’hui d’environ 600.000 fidèles dans ce pays de 70 millions d’habitants. Elle avait été précédée par celle au mois de mai du cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, comme s’intitule aujourd’hui l’ancienne congrégation pour la propagation de la foi  à l’occasion du 350e anniversaire de la  création du premier vicariat apostolique du Siam en 1669 (1).

 

 

 

 

LES PRÉMICES : LES NESTORIENS

 

 

Le moine Cosma Indicopleustès, probablement égyptien, est allé en évangélisation jusqu'aux Indes dans les années 520-525.

 

 

 

 

Lui-même appartenant à l’église nestorienne a signalé la présence de communautés nestoriennes aux Indes, au Pegu, en Cochinchine, au Siam et au Tonkin.

 

 

 

 

L’Église nestorienne s’étant incontestablement répandue jusqu’en Chine, les jésuites à leur arrivée au XVIe siècle en trouvèrent des traces à leur immense stupéfaction ; Il est plausible que ses missionnaires aient essaimé au passage. Notons que lors du périple de Cosma Indicopleustès le nestorianisme n’avait pas été condamné comme doctrine hérétique, il ne le fut qu’en 533.

 

 

 

 

 

D’autres sources font état de communautés chrétiennes au IVe siècle au Champa et au Tenasserim, et aux XIV-XV siècles, encore au Champa, au Tonkin, et au Siam.

 

 

Lodovico di Varthima, négociant de Bologne, dit  avoir rencontré en 1503 au Bengale des Nestoriens négociants à Ayuthaya.

 

 

 

 

Il faut croire en  la présence probablement ponctuelle d’une petite communauté de marchands nestoriens hérétiques à Ayuthaya en 1503 sur laquelle on ne sait rien. Ils venaient probablement du Moyen-Orient oú cette hérésie était largement répandue. Les Nestoriens ayant l’esprit évangélique missionnaire, cette expansion vers l’Est avant celle des explorateurs européens est plausible même s’il n’en reste aucune trace tangible (2). Il est une explication possible à cette disparition comme nous le verrons plus bas.

 

 

 

 

LES DÉBUTS DE L’ÉVANGÉLISATION CATHOLIQUE : LE MONOPOLE PORTUGAIS.

 

 

Les missions du « Padroado »

 

 

Le régime du Padroado ou Patronage est tout à la fois une forme de patronage royal et un contrat entre l'Église et État qui permet à celui-ci de jouer un rôle actif dans l'administration et le soutien aux missions.

 

 

 

 

Il s'est largement développé dans les empires coloniaux du Portugal et de l'Espagne. C’était un système complexe de droits et obligations concédés, ou formellement imposés par les papes aux souverains des deux pays dans le cadre de l'évangélisation des territoires nouvellement découverts et colonisés. Né au XVIe siècle l'Église catholique y mit fin au XIXe siècle. Formellement, le Portugal accepta sa disparition seulement au XXe siècle. Ses origines plus lointaines remontent au XIVe siècle lorsque, après la suppression de l'ordre des Templiers, ses biens furent transférés à un ordre portugais de substitution, l’ordre de la « Militia Christi » par le Pape Jean XXII en 1319  chargé de lutter contre les Maures  et les hérétiques.

 

 

 

Le Padroado comprenait à la fois le Jus Praesentandi  et le Jus Honorifica résumé dans la formule Patrono debetur  honos, onus, emolumentum, praesentet, praesit, defendat, alatur egenus. Concrètement le roi avait l’obligation de construire et d’entretenir les églises, couvents et oratoires pour ce qui concerne le ministère des âmes ; Il avait le droit de présenter des candidats aux bénéfices ecclésiastiques ;  il prenait charge les frais du culte et soutenait financièrement tous ceux qui y étaient employés, de l’évêque au bedeau;  il devait enfin fournir un nombre suffisant de prêtres pour le serivce divin et le ministère pastoral et missionnaire . Une longue série d’encycliques ou de lettres pastorales confirmèrent ces privilèges.

 

 

 

 

Le 3 mai 1493, le Pape Alexandre VI

 

 

 

 

...publia la Bulle Inter Caetera organisant en quelque sorte le partage des empires coloniaux entre l’Espagne et le Portugal dans la plénitude du pouvoir apostolique, de toutes les terres découvertes, ou à découvrir ultérieurement par eux. L’Est appartenait donc au Portugal. Par le traité de Tordesillas du 7 juin 1494, la ligne fut déplacée de 370 lieues à l’ouest pour inclure le Brésil dans la zone portugaise.

 

 

 

Espagne et Portugal devinrent ainsi les instruments de l'expansion de l'Église dans les pays récemment découverts. En 1580, le Portugal tomba sous la couronne espagnole et le resta jusqu'en 1640.

 

 

 

Mais au cours de cette période  la congrégation pour la propagation de la foi avait été créée en 1622, prenant la direction de toutes les tâches missionnaires en ordonnant aux prêtres d’évangéliser les terres autres que celles appartenant déjà au Padroado ce qui n’empêcha pas les relations entre les deux corps de missionnaires d’être sérieusement minées.

L’établissement d’évêques portugais en Asie

 

 

Les Portugais furent donc les porteurs de la flamme pour apporter « la lumière de la foi à des millions de païens ». Goa, Malacca et Macao devinrent les trois grands centres de l’évangélisation de l’Asie. Goa est l'une des régions de l'Inde où il y a toujours un grand nombre de chrétiens,  dû au fait qu’elle est restée colonie portugaise de 1510 à 1961 et fut longtemps Rome de l'Est. Le pape Clément VII

 

 

 

 

. ..érigea Goa en diocèse le 31 janvier 1533 et sa bulle fut confirmée par Paul III la même année.

 

 

 

 

Auparavant,  la métropole devait envoyer des évêques à l'Est afin de conférer les sacrements qui leur étaient réservés (confirmation et ordination), mais sans pouvoir prendre de décision. Le diocèse de Goa devint ainsi évêché In perpetuum.

 

 

 

 

Le nouveau diocèse s’étendait du cap de Bonne Espérance à la Chine. Il fut élevé au rang d’archevêché par Paul IV le 4 février 1557 et  les deux évêchés de Cochin et de Malacca devinrent ses suffrageans.

 

 

 

 

La juridiction de celui de Malacca s’étendait  aux royaumes de Malaisie, du Siam, du Tonkin, de la Cochinchine, du Cambodge, de Champa et des îles d'Acheh, ainsi que des Mollusques et d'autres îles voisines.

 

 

 Malacca devint donc le centre de la diffusion du catholicisme au Cambodge, au Siam, à l'Indochine, à l'Indonésie, aux Moluques, à Timor, à la Chine et au Japon.  Le diocèse de Macao reçut juridiction sur la Chine et le Japon dont l’évangélisation avait été réservée aux Jésuites par le pape Grégoire XIII  par bref du 28 janvier 1585. 

 

 

 

 

 

Au Siam, au moment de l'accession du roi Phra Chairacha en 1533  le nombre des Portugais s’était accru  - commerçants et mercenaires -  et, en 1538, le roi en engagea 120 pour former une sorte de garde du corps et instruire le siamois à la mousqueterie. Ils assistèrent le roi dans la guerre contre la Birmanie et reçurent divers avantages en contrepartie. Ces Portugais avaient leurs aumôniers ou leurs chapelains, probablement les aumôniers des navires envoyés à Bayreuth portant les plénipotentiaires lusitaniens. Il a été dit que le roi se serait fait secrètement baptiser ce qui expliquerait son  assassinat. (?) (3)

 

 

 

 

Les dominicains.

 

 

Les deux premiers missionnaires catholiques dont le nom nous soit connu furent les pères Jéronimo da Cruz et Sebastião da Canto, tous deux dominicains. Venus de Malacca en 1567, ils furent envoyés par leur supérieur le père Fernando di Santa Maria, qui était également vicaire général à Malacca pour s’occuper des nombreux Portugais alors présents à Bayreuth Ils furent tous deux assassinés par des Maures mais avant d’expirer, le père Sebastião da Canto demanda au roi de ne pas exercer de représailles car il ne voulait pas être la cause d’une effusion de sang. Il bénéficiait en effet de l’amitié du roi et obtint de lui l’autorisation d’aller à Malacca pour y ramener des missionnaires dont les noms restent inconnus. Ils purent commencer à prêcher l'évangile ouvertement non seulement auprès de leurs compatriotes mais aussi des Siamois. Le succès fut néanmoins limité compte tenu du fait que le peuple n'osait pas embrasser la foi chrétienne sans l'autorisation du roi. Pendant la guerre avec la Birmanie en 1569 qui devait aboutir à la chute d’Ayutthaya, les Birmans trouvèrent trois missionnaires priant dans l’église et les décapitèrent le 11 février 1569.

 

 

 

Les franciscains

 

avaient également ouvert une mission au Siam : le père Antonio da Madalena de 1585 à 1588, le père Gregorio Ruiz de 1593 à 1603, le père  André do Espírito Santo de 1606 à1611, le père André de Santa Maria de 1610  à 1616 et le père  Luis da Madre de Deos de 1673 à1689 et encore en 1755 Agostinho de Santa Mónica et Francisco de San Bonaventura. Ils durent quitter Ayuthaya après la chute de 1767 et il n’y a pas trace de leurs œuvres.

 

 

 

Il est une question qui reste sans réponse concernant l’inquisition qui s’était installée au Portugal tout autant qu’en Espagne et s’est exportée outre-mer. Elle fut confiée aux dominicains et accessoirement aux franciscains. La présence de ces deux ordres aux débuts de la mission explique-t-elle la disparition des nestoriens hérétiques qui étaient encore signalés en 1503 ? C’est un sujet sur lequel l’histoire de ces deux ordres garde un silence pudique.

 

 

 

 

Si ce fut les inquisiteurs locaux qui firent disparaître les nestoriens, ils n’eurent aucun succès avec les Mauresques probablement trop bien implantés. Si le Siam a échappé à l’islamisation, ce n’est pas aux inquisiteurs dominicains qu’il le doit mais à un corsaire provençal, le Chevalier de Forbin (4).

 

 

 

Les jésuites sont également présents, le premier jésuite venu au Siam, était le père. Balthasar Sequeira cité en 1606-1607. Ils s’y établirent  une première fois entre 1626 et 1632, avec les pères espagnols  Pedro Morejon et  António Francisco Cardim, et le père Romão Nixi, japonais plus spécialement affecté à la colonie japonaise d’Ayutthaya.  Ils s’y établirent à nouveau entre 1655 et 1709 avec les pères João Maria Leria, Giovanni Filippo de Marini et Thom Vals Valguarnera.

 

 

 

 

La première période de l’évangélisation qui dura un siècle se déroula sous la seule procédure du Padroado portugais, avec des missionnaires en majorité portugais. N’oublions pas que la langue portugaise fut à cette époque la lingua franca de la région

 

 

 

Mais le système devint très rapidement un obstacle : Les missionnaires d'autres pays, membres de divers ordres religieux, n'étaient autorisés à travailler que dans les conditions du Padroado et en nombre limité.  Après le Concile de Trente, le Saint-Siège prit de plus en plus conscience de son devoir de diriger le travail missionnaire au lieu de le laisser au Padroado espagnol ou portugais. La congrégation pour la propagation de la foi créée en 1622

 

 

 

 

et l'institut des Missions Étrangère de Paris (M.E.P.)

 

 

 

 

co-fondé en 1658 par Monseigneur Pallu, vont  changer fondamentalement les données du problème.

 

 

 

 

L’échec de la christianisation s’est alors heurté à des obstacles fondamentaux dont il est délicat de donner un ordre de priorité.

 

 

Le système du Padroado tout d’abord était en fait d’essence purement et simplement coloniale puisque la menace d’un soutien armé de la mère patrie, qu’elle soit espagnole ou portugaise était toujours sous-jacente. Les prêtres venus d’Espagne ou du Portugal étaient étroitement liés à la politique de leur nation et en outre n’entretenaient pas entre eux des rapports cordiaux. La découverte inattendue de populations jusqu’alors inconnues par les marins portugais et espagnols, exigeait de l’Eglise un nouvel effort d’évangélisation. Au XVIe siècle elle n’était pas préparée à assumer cette tâche. C’est pourquoi les papes, imprudemment, confièrent au Portugal et à l’Espagne la charge de faire connaître l’Évangile aux populations récemment découvertes. En retour, ils leur octroyèrent un certain nombre de droits sur l’administration de l’Eglise. De ce fait, les papes n’avaient plus qu’un pouvoir indirect et très limité sur les territoires portugais et espagnols hors d’Europe. Au commencement, la collaboration des rois fut satisfaisante mais aboutit à des déceptions. La faible population du Portugal en effet ne lui permettait pas d’assurer l’envoi de nombreux missionnaires dans toutes les directions de la planète. Au milieu du 17e siècle, l'empire portugais de l'Est, était en déclin. La plupart de ses possessions avaient été perdues au profit des Hollandais et des Britanniques. De nombreuses régions conquises par les Portugais avaient alors recouvré leur indépendance et il était pratiquement impossible pour le Portugal d'exercer un patronage effectif dans les territoires occupés. La Congrégation pour la propagation de la foi refusera donc par la suite de reconnaître le droit de patronage dans les terres qui n'avaient jamais été conquis par les Portugais, dans des terres qui avaient recouvré leur indépendance et étaient sous souverains autochtones, et dans les territoires occupés par les Hollandais et les Britanniques.

 

 

 

La situation conflictuelle de guerres permanentes à cette époque dans la région ne favorisait pas la stabilisation de l’installation des missionnaires qui n’avaient dès lors guère le loisir d’apprendre la langue alors que l’on ne peut pas prêcher l’évangile en portugais et encore moins en latin.

 

 

 

 

Les Maures mahométans, omniprésents et puissants à Atythaya ne favorisaient pas non plus l’installation des chrétiens « polythéistes » qu’ils haïssent.

 

 

Il est encore un problème qui fut peut-être le problème fondamental : la liberté de conscience n’existait pas, le monarque devant lequel on doit ramper est bouddhiste et le peuple doit suivre la religion de son roi. C’est en tous cas un argument développé tout au long des décennies par les missionnaires pour expliquer sinon leur échec du moins leur peu de succès et qui justifiera les projets de conversion avortés du roi Narai.

 

 

Le roi Narai ne fut pas le Constantin du Siam

 

 

 

L’arrivée vers l’année 1600 marqua l’entrée en lice de deux principaux rivaux des Portugais : les Anglais et les Hollandais protestants, marchands sans visée missionnaire mais qui mirent les Siamois en garde contre les missionnaires catholiques ; les protestants haïssant  plus encore les catholiques « papistes » que ne le font les mahométans. Les Européens avaient donc réussi à exporter leurs querelles religieuses en Asie, ce qui évidemment contribua à l’échec de la mission siamoise.

 

 

 

LA CONGRÉGATION POUR LA PROPAGATION DE LA FOI ET LES MISSIONS ETRANGÈRES DE PARIS.

 

 

Rappelons que Les Missions étrangères de Paris  sont un institut de catholique dont le but est de réaliser un travail d'évangélisation dans les pays non chrétiens, spécialement en Asie. À ce titre, elles ne constituent, au sens canonique du terme, ni une congrégation ni un ordre, pas plus que ses membres ne sont considérés comme des religieux. Ce sont des prêtres séculiers spécialement formés par l’Institut à la vie missionnaire.

 

 

 

Le 22 juin 1622, l’acte fondateur de Acta Sacrae Congregationis de Propaganda Fide commence par ces mots  In Christi nomine, Amen. Anno ab ejusdem Nativitate 1622, die 6. Januarii. Acta Sacrae Congregationis Cardinalium de Propaganda Fide. Sub Gregorio XV PontificeMaximo.

 

 

 

 

 

Les tâches assignées à la nouvelle congrégation consistaient à faire tout ce qui pouvait aider à répandre la foi catholique. Son domaine d'activité était le monde entier face aux deux événements les plus importants du XVIe siècle, l'expansion du monde à travers les découvertes géographiques et la réforme protestante.

 

 

 

Une première difficulté opposa le Portugal à la Congrégation, l’institution de vicaires apostoliques puisqu’elle envoya des prélats dotés du caractère épiscopal et consacrés au titre de diocèse In partibus infidélium. Ils n’avaient de comptes à rendre qu’à Rome. 

 

 

Le premier devoir de l’Eglise est de proposer l’Évangile à toutes les nations (« Allez évangéliser les nations » - Marc, XVI, 15). 

 

 

 

 

La Congrégation pour la propagation de la foi eut donc pour mission de prendre l’évangélisation en main, malgré l’opposition du Portugal et de l’Espagne qui ne voulaient pas abandonner leurs droits acquis. Elle passa outre et à partir de 1660 et envoya des Vicaires apostoliques en Asie. Leur rôle était essentiel puisqu’ils pouvaient conférer les sacrements que ne peuvent pas conférer les simples prêtres. Ils étaient en fait des évêques sans en avoir le nom établis dans les régions en voie de christianisation et qui n'ont pas encore de diocèse en attendant que la région puisse engendrer un nombre suffisant de catholiques pour permettre l'érection d'un diocèse « à part entière ». L’Assemblée des évêques de France mit à la disposition du Pape ses propres ecclésiastiques  soutenue en cela par de nombreuses et pieuses associations de prêtres et de laïcs.

 

 

Les instructions données aux premiers Vicaires envoyés par le Pape étaient claires et  résultaient d’une instruction de 1659 destinée aux vicaires apostoliques d'Indochine, intitulée Instruction variorum Apostolicorum ad regna Sinarum Tonchini et Cocincinae proficiscentium  et donnée par la congrégation à Monseigneur François Pallu, évêque d'Héliopolis, Monseigneur Pierre Lambert de la Motte, évêque de Bérythe

 

 

 

 

et Monseigneur Ignatius Cotolendi, évêque de Métellopolis.

 

 

 

 

Nous pouvons la résumer  en trois parties :

 

 

1) Antequam discernant (« avant de partir ») concerne le choix des hommes.

 

2) In ipso itinere (« sur le voyage lui-même ») : Il fallait éviter les régions et les lieux portugais, et la direction et la route qu'ils devaient emprunter étaient celles qui passe par la Syrie et la Mésopotamie et non celles de l'océan Atlantique et du cap de Bonne-Espérance, et donc par la Perse et les royaumes mongols. Pendant le voyage, il leur faudrait faire une brève description du voyage et des régions qu’ils traversaient et  observer également ce qui pourrait être intéressant pour la propagation de la foi. Ils devaient l’écrire et l'envoyer à la Congrégation.

 

3) In Ipsa Missione (« dans la mission ») : Les points importants concernent la nécessité de former un clergé local autonome, l’interdit aux missionnaires de participer à la vie politique et au commerce, l’obligation de se tenir à l'écart des questions politiques et commerciales et l’obligation de ne pas s’immiscer dans des affaires civiles, sous  peine de renvoi immédiat de la mission. Les Missionnaires doivent s'adapter à la culture et aux coutumes du peuple, en privé et en public, et ils ne doivent pas les critiquer.

 

 

 

La tâche principale reste de former des prêtres autochtones dans chaque pays, tâche délibérément négligée par les religieux missionnaires. Les nouveaux missionnaires devaient également s’adapter aux coutumes des pays auxquels ils étaient chargés d’annoncer l’Évangile et non de répandre la civilisation européenne. L’apprentissage de la langue était donc un préalable. Ces instructions furent rappelées en 1920 encore (était-ce nécessaire ?) par la lettre pastorale du Pape Benoît XV Maximum illud dont quelques extraits sont significatifs : « Bannir tout exclusivisme national et tout esprit de corps religieux » « Oublie ton pays et la maison de ton père, souvenez-vous que vous avez un royaume à étendre, non celui des hommes mais celui du Christ; une patrie à peupler, non celle de la terre mais celle du ciel » « Donner une formation complète au clergé indigène ». L’anticolonialisme de ce pape qui fut considéré comme progressif est sous-jacent.

 

 

 

Nous avons un bon exemple des effets néfastes de l’esprit de corps profondément ancré  dans les ordres missionnaires rivaux avec la controverse entre les Jésuites et les vicaires apostoliques. Le 22 février 1633, le pape Urbain VIII,

 

 

 

 

dans sa lettre apostolique Ex debito pastoralis officii, interdisait sous peine de mort aux missionnaires des Indes orientales de traiter dans les affaires et le commerce avec pour conséquence l’expulsion de l’ordre missionnaire du pays.  En 1663, Monseigneur Pallu arriva à Tenasserim en route vers le Siam. Il rencontra un jésuite, John Cardoso et discuta ouvertement avec lui de la question. Celui-ci connaissait le sujet puisque présent depuis 3 ans à Macao. Cette province – dit-il -  négociait et il était impossible qu'elle subsistât par autre voie. Monseigneur Lambert et Monseigneur Pallu furent scandalisés, car il était clair que les Jésuites enfreignaient la règle pontificale.

 

 

La guerre fut déclarée entre les Jésuites essentiellement portugais et les vicaires apostoliques, sur ordre du gouverneur de Goa, qui donna ordre d’arrêter les vicaires apostoliques  au cas où ils traverseraient les territoires du Portugal. Le résultat de ce conflit a été la publication d’une lettre pastorale de Monseigneur Lambert de la Motte du 15 octobre 1667, dans laquelle il accusa formellement les Jésuites d’être impliqués dans le commerce et de détruire l’œuvre missionnaire. La contestation des Jésuites fut virulente. Ils prétendirent – casuistique jésuite – que l’ordre avait reçu un énorme héritage d’un Portugais nommé Sebastião Andres, que cet héritage consistait en une grande quantité de marchandises qu’il fallait bien les vendre. Le Père Manuel Rodrigues, provincial du Japon, avait également protesté de l’innocence  de ses frères jésuites du Siam. Il est évidemment difficile de savoir où se situe la vérité .  Le 17 juin 1669 en tous cas, le pape Clément IX

 

 

 

 

publia la Constitution Sollicitudo pastoralis dans laquelle il réitèra l'interdiction du commerce et ordonna aux missionnaires religieux de se soumettre aux vicaires apostoliques. La tension diminua d’autant que la présence des Jésuites au Siam ne fut pas continue, mais cet événement fut significatif. Pas plus que les  historiens des dominicains ne s’appesantissent sur leur rôle néfaste d’inquisiteurs, pas plus ceux des jésuites ne s’appesantissent sur leur rôle allégué de mercantis (5).

Le premier Vicaire apostolique à partir pour l’Asie fut Monseigneur Lambert de la Motte.  Le 29 juillet 1658, il avait été nommé évêque in partibus de Bérythe, et, le 9 septembre 1659, vicaire apostolique de la Cochinchine. Comme les navires portugais n’acceptaient pas à leur bord des prêtres qui n’auraient pas fait allégeance au roi du Portugal, et que les Anglais et Hollandais protestants refusaient d’embarquer des missionnaires catholiques, force fut de voyager par voie terrestre et en secret, selon les directives de ses supérieurs. L'évêque quitta Marseille le 27 novembre 1660 accompagné de deux missionnaires,  les Pères de Bourges et Deydier, tous deux des missions étrangères. Il débarqua à Alexandrette le 11 janvier 1661, traversa l’Égypte, la Perse, partit de Gameron le 29 novembre, et arriva le 23 décembre à Surate. Il reprit la route de terre, et le 6 mars, il entrait à Masulipatam, d'où, e