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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 04:08

expatriation-conseils-partir-serein 0Une version puis une autre ...

Alain, plus citadin que moi, nous a narré l’histoire de son installation dans un petit amphoe de la province bien assoupie de Kalasin. Un choix que j’ai fait quelques temps avant lui après plusieurs années passées à Koh Samui, où m’avaient conduit les hasards de l’existence. Expatriés, où que ce soit, nous avons « fui » au moins au sens figuré, parfois au sens propre. Ne racontons pas notre vie.

 

Pour moi, la Thaïlande ce fut un choix nécessité par l’éclatement de la guerre dans le pays où j’avais initialement envisagé de m’installer avec un ami d’origine, le « pays des aigles », l’Albanie suivi d'un projet cafouilleux sur l'Espagne.


 

alb

« J’aurai une petite maison rustique » a écrit J.J. Rousseau, le grand Virgile ayant écrit avant lui « parva domus, magna quies  - petite maison, grande tranquillité ».

Dans la campagne ? Mais oui, en pleine campagne, dans le village de ma femme où nous avions construit année après année cette « petite maison » en vue de notre retraite future. La Maison est petite mais la porte toujours ouverte et puis, comme le disait Cicéron (cher à Alain), « ce n’est pas la maison qui embellit le maître mais le maître qui embellit la maison ! »

maison


L’un de mes amis qui n’avait pas honte de se qualifier de « paysan » avait inscrit en tête de son papier à lettre ce vers du même Virgile « O fortunatos agricolas, nimium sua si bona norint – Heureux les agriculteurs, si au moins ils connaissaient leur bonheur ». Ils sont autour de moi ces paysans qui suent dans leur rizière ou leurs champs de cannes à sucre, mais savent s’arrêter quand il leur plait pour aller aux champignons après la pluie ou jeter leur épervier dans le lac tout proche.


Alain nous a dit « Je voulais plus simplement, à la fois laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes... »

Voilà qui m’a bien amusé ! Ce qu’il a fui ? Sa vie privée ne me regarde en rien, mais allez-donc consulter le site de l’excellent Raymond Vergé

http://thailande-fauxreveur.blog4ever.com/blog/lire-article-184799-727083-les_mythomanes_de_pattaya.html

et peut-être comprendrez-vous ?


Quand nous avons annoncé à nos amis notre intention de quitter lui sa mégalopole et moi mon île, la première et sempiternelle réflexion a été « mais tu vas t’em....der ». La belle affaire ! L’ami dont je viens de parler avait pendant son adolescence et plusieurs années de suite conduit en transhumance les troupeaux de son père, à l’époque où la transhumance se faisait à pied par la route jusqu’aux pâturages des hautes vallées des Alpes du sud. Vous avez idée de ce qu’est la solitude du berger avec ses centaines de moutons (il les connaissait tous un par un !) et ses chiens, la nuit à la belle étoile (il les connaissait toutes) ? La première (et idiote) question qui me vint à l’esprit « Mais Jean, tu ne t’em....dais pas ? » Réponse : « Mais Bernard, JAMAIS un berger ne s’ennuie ».


Ce que nous avons « fui », Alain probablement autant que moi : le phénomène de « ghettoïsation » propre à toutes les communautés de migrants (nous sommes des migrants) de toutes les nationalités où que ce soit dans le monde. Les ghettos au sens strict se sont initialement constitués de façon plus ou moins volontaires avant de devenir une relégation obligatoire, ce qui est une autre histoire,


 

ghetto

 

ici, les ghettos, qu’ils soient français, anglais, germaniques ou scandinaves sont volontaires.


« Au temps béni des colonies » on trouvait deux spécimens de « coloniaux » : les grands blancs et les petits blancs. Les premiers tentaient de reproduire sous les tropiques ou dans le djebel, leur style de vie aristocratique (lire ou relire Pierre Benoît ou Marguerite Duras). Les seconds, la piétaille, nous en sommes, en contact direct avec les indigènes, avaient quitté la France pour des raisons multiples. Si le petit blanc était resté dans son trou de Majastres ou de Bécon-les-Bruyères, il aurait été un individu quelconque dont personne n’aurait jamais entendu parler. Ici, expatrié, on peut trop facilement acquérir la mentalité (hélas ! contagieuse) de se croire « quelqu’un » comme le faisait le pied-noir misérable de Bab-el-oued

 

 

Rue de Bab El Oued - Alger

 

ou le non moins misérable espagnol de l’armée en déroute installé dans l’Oranais qui avaient la chance d’avoir à leurs côtés un « bougnoule » plus misérable qu’eux. Raymond a dit de fort bonnes choses au sujet de ces farangs qui cherchent à nous convaincre qu’ils étaient chez eux ce qu’ils n’étaient pas.

 

 

bougnoule

On entend dans ces ghettos toutes sortes de choses (fariboles ?) la première concernant la barrière fondamentale d’une installation dans le pays « profond », la barrière linguistique. Si, dans les lieux « touristiques » les thaïs croient qu’ils parlent anglais, c’est ici une autre paire de manches. Alors, se mettre à la langue locale ? J’ai (trop) longuement dit ce que j’en pensais sur le forum de l’ami Patrick

http://udonthani.les-forums.com/forum/35/apprendre-le-thailandais/

 

barrier linguistique


J’ai (trop) souvent entendu « Inutile d’apprendre le thaï, les thaïs détestent qu’on puisse comprendre ce qu’ils disent ». C’est tout simplement et rien autre qu’un alibi de paresse car l’apprentissage du thaï parlé et plus encore écrit est moins facile que celui de l’espagnol évidemment et en tous cas plus déconcertant.

Les Thaïs ne veulent pas que l’on comprenne ce qu’ils disent ? Deux observations :

• Je me trouvais un jour dans un restaurant français aux côtés d’une tablée de vieux teutons bien caractéristiques et caricaturaux, nous en ricanions en provençal avec l’ami qui m’accompagnait.

 

boches

 

A la fin de leur repas, la tablée se lève et l’un d’entre eux nous dit (en provençal) « Au revoir messieurs, je vous souhaite un bon appétit. A propos, je suis resté 2 ans dans votre belle région et j’ai eu tout loisir d’apprendre votre beau dialecte ». Et pan sur le bec, mais tomber sur un Allemand (ils sont venus des millions chez nous), probablement le seul qui avait appris le provençal pendant l’occupation, le hasard était malheureux !

• Si les Thaïs veulent se ficher de vous sans que vous les compreniez, que vous parliez couramment le thaï ou pas, ils sont parfaitement capables de le faire en utilisant un de leurs multiples dialectes locaux. Peu ou prou, s’ils parlent tous le langage de Bangkok, ils conservent aussi l’usage de leur patois. Un couple de belges amis peut discourir en wallon devant moi sans que j’en comprenne un tiers d’un traitre mot. Par contre, je peux leur tenir des discours en « parler marseillais », ils n’en comprendront pas tripette.


Une autre bêtise, celle-là, c’est l’ « érudit » du ghetto qui le sortira volontiers, je l’ai même lu plusieurs fois je ne sais où, elle vient de me traverser l’esprit : «  Comment, mais tu ne sais pas que Bangkok, ça veut dire « le village des oliviers » ? ». Entendre ça quand on est né au milieu des oliviers (ce qui nous conduit parfois à penser qu’en Europe la civilisation s’arrête à la limite nord des oliviers), c’est un comble !


Bangkok, c’est « Ban makok », le village du makok.


 

spondias

 

Allez-donc voir au marché ce que sont les fruits du makok (votre épouse en met dans le somtam et en fait cuire les feuilles) ! Ne goûtez pas, c’est effectivement aussi incomestible et astringent qu’une olive cueillie sur l’arbre. Je ne suis pas savant botaniste, le makok (cf Dictionnaire de l’académie royale), est le nom vulgaire du « spondias pinata » (même famille que le prunier !) et l’olivier est le nom vulgaire de l’ « olea europaea folium »,

 

 

olivier

 

deux arbres qui se ressemblent comme Alain et moi ressemblons à Clark Gable ! 

 

 

clark gable


Une dernière et nous arrêterons de médire...

Une expérience désastreuse (féminine en général) – cas particulier - doit-elle conduire à la généralisation hâtive et péremptoire ? Un méchant divorce en France permettra-il de dire « toutes des putes » ? ou « todas putas » si c’est avec une espagnole ? Aller du particulier au général dénote une absence totale d’esprit critique (je ne dis pas DE critique), aucun sens de la synthèse, c’est la quintessence de l'étroitesse d'esprit. « Je suis venu ici pour le cul, or, je suis farang, donc tous les farangs vinnent pour le cul » . C'est le syllogisme de Ionesco :  « tous les chats sont mortels, or Socrate est mortel, donc Socrate est un chat  ». Hélas, une déviance intellectuelle trop et universellement répandue !


 

putes


Mais sortons du ghetto. Matériellement enfin, il est facile de critiquer la « société de consommation » mais souvent bien agréable d’en être le maillon final. S’il est parfois un peu difficile de se procurer ce que nous considérons comme l’indispensable (pour moi, c’est le bon café !) nous ne sommes en réalité privés de rien.


Tous nos villages sont peu ou prou desservis par la « nam prapa », l’eau de la ville. Si elle manque de pression, rajoutons un surpresseur, si elle est coupée, rajoutons une réserve. J’ai moins de coupures d’électricité (mauvais pour l’informatique !) qu’il n’y en a - toujours - à Samui. Le réseau téléphonique passe pratiquement partout, il y a des antennes à tous les coins de rizières et Internet (qui est de grande ressource sinon indispensable pour les paysans que nous sommes) de la même façon même si ça trainaille parfois un peu.

 

 

we-want-internet-egypt-revolution large

 

Si j’ai une panne, ça arrive, il y a à l’amphoe (quelques milliers d’habitants éparpillés dans une dizaine de villages) quatre boutiques Internet à 16 baths de l’heure. Le réseau routier est surdimensionné, les transports en commun (pas toujours bien confortables) pléthoriques, et les marchés omniprésents pour les produits frais autrement plus conviviaux que les grandes surfaces de la « finance anonyme et vagabonde ». Et comme dans les campagnes françaises il y a encore quelques dizaines d’années, on entend la trompette du marchand ambulant. Mon préféré, il nous amène de temps à autre après une nuit de route d’excellentes moules de Rayong.


Si vous êtes friand de la « boite à merde » (i.e TV 5), moi pas, vous aurez une parabole qui la capte sans difficultés. Personnellement je préfère grandement RFI (Radio France International) qui donne du monde une vision parfois partiale mais avec beaucoup plus de recul. Le téléviseur personnel, il me sert à regarder les films que je ne dois pas à Hadopi.

Et comme vous pourriez croire que je suis misanthrope, et bien, non, je ne le suis pas, je rencontre souvent avec plaisir ceux de mes compatriotes francophones dont je me suis éloigné géographiquement mais pas amicalement.


Il y a nécessité, Alain l’a dit, de « marquer son territoire » par rapport à l’environnement familial,

 

marquer

 

 

ils sont tous cousins (Yat) mais ne savent pas comment, il n’y a pas de généalogistes en Isan. Mais cela n’interdit pas de partager la vie de la famille, du village, ses fêtes, ses joies et ses peines.

 

Mais je constate en me relisant que mon propos n’est pas contradictoire de celui d’Alain et pas non plus de celui de Titi (à venir) . Et sans avoir connu les aventures picaresques de Gil Blas, j’en aime la conclusion lorsqu’il rejoint enfin sa « petite maison »

 

gil blas

« Je veux, en y arrivant, écrire sur la porte de ma maison ces deux vers latins en lettres d'or :
Inveni portum. Spes et Fortuna, valete ! 
Sat me lusistis ; ludite nunc alios »


J’ai trouvé le port. Espérance et fortune, adieu ! Vous m’avez assez joué, jouez-en d’autres maintenant !

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 03:05

Sans titre-2Musique d’ Isan : un groupe incontournable : Caravan ! 

Nous avions signalé dans notre présentation de la musique thaïlandaise que les années 70 virent l'émergence des chansons engagées appelées pleng phua cheewit (chansons de la vie) (et du rock thaïlandais) avec son groupe le plus célèbre : Caravan, un groupe d’Isan,  qui se distingua par son engagement dans le mouvement pour la démocratie.  


Et depuis plus de trente ans, le Groupe Caravan reste fidèle à lui même. « Nga » Surachai, son leader conserve son look d’instituteur ébourrifé et souriant.


caravan earth poster 2vvv

 

Il maintient en compagnie de ses quatre complices, tous originaires de l’ Isan, leur style musical « chanson pour la vie », folk thaï à contenu social et politique. Le groupe ne s'est jamais désintégré malgré les orages traversés. Il fait exception dans un univers pollué par des chanteurs choisis en fonction de leur apparence et leur talent de danseurs mondains plus que pour leur voix et plus encore pour ce qu’ils ont à dire. En Thaïlande comme ailleurs, les firmes musicales inventent les vedettes de toutes pièces, mais la « chanson business » ne les intéresse pas.


Le phlèng phua chiwit เพลงเพื่อชีวิต « Chant pour la vie » surgit en Thaïlande au début des années 1970. Chansons contestaires, leur parenté avec le « protest song » américain, ou de façon plus lointaine avec le blues des esclaves est certaine, les chants des opprimés ont partout le même accent.


images


Ne revenons pas sur l’histoire de la Thaïlande moderne. Dictature militaire en 1958, renforcement du pouvoir militaire en 1963. 250.000 policiers, une armée privée est dirigée d’une main de fer par le ministre de l’intérieur.

Ouvriers et paysans, « le grand parti des travailleurs » sont exploités jusqu’à la moëlle et la censure frappe toute forme d’expression littéraire ou artistique.


C’est du monde étudiant que partira le mouvement de protestation pour tenter d’en faire un mouvement de masse. L’ échec était prévisible !

La grande crise énergétique des années 70 est prétexte (justifié ou pas) d’augmenter de façon exponentielle le prix des transports publics (le prix du ticket de bus passe de 1 à 2 bahts alors que le salaire moyen est alors de 10 bahts par jour. Rassemblements, affichages, tracts sont interdits. Toute forme de protestation doit se faire dans la clandestinité.


Le mouvement étudiant organise en 1972 un boycott des marchandises japonaises (voilà qui nous rappelle « made in Thailand » de Carabao ! Les matières premières thaïes partent au Japon où elles sont manufacturées et reviennent en Thaïlande avec l’étiquette « made in Japan »). C’est une redoutable menace pour les emplois et le petit artisanat. Cette réalité bien concrête passe par la campagne étudiante « achetez thaï » et tend à attirer à un mouvement très (trop ?) « intellectuel » au départ, la sympathie du monde du travail, ouvriers, paysans, petits bourgeois.

La réponse sera immédiate : à la critique contre la dictature militaire de Thanom Kittakachorn : expulsion des étudiants « fauteurs de troubles » par la hiérarchie universitaire. Le mouvement étudiant a alors l’audace d’exiger en réponse le départ du doyen qui a sanctionné les contestataires.


Parmi eux, Surachai et Virasak, les fondateurs du groupe คาราวาน Caravan. En quelques jours, le mouvement prend de l’ampleur. 


Les étudiants quittent les Universités et vont dans les campagnes aider les paysans dans les travaux des champs, et tenter d’y semer leur idéalisme plus solide que leur énergie physique. Une expérience inédite pour tous, qui n’avaient jamais sali leurs mains qu’avec l’encre de leurs stylos. Il n’est parfois pas mauvais que les « travailleurs intellectuels » attrapent des ampoules en se frottant au « travail manuel » !

Les étudiants ont-ils appris aux paysans la différence entre démocratie et dictature militaire ? Leur ont-ils appris à connaître les évènements qui secouent le monde ? Le fossé entre étudiants et paysans s’est-il comblé ? Nous n’avons pas la prétention de répondre à cette vaste question. La méfiance des « révolutionnaires » de terrain à l’égard des « intellectuels » a connu son épouvantable paroxisme au Cambodge.

Si les paysans n’étaient peut-être pas accessibles à l’apect théorique de la critique du sytème économique en place, ils le sont au moins à la musique !

Alors, à la veillée, un étudiant chante :

« Ce village est à vous, il est vieux, il est ici depuis longtemps, très longtemps »

Les autres reprennent

 « Vous n’avez pas vu beaucoup de choses, vous n’êtes jamais allés à l’école, vous n’avez jamais appris à lire et à écrire, mais vous avez travaillé, travaillé.... ».

«  Vos champs de riz sont pleins de sable, vous manquez de poissons et de riz, combien souffrent comme vous ? ».

Un paysan remarque « Voilà des mots que nous comprenons, vous parlez de nous ». Les paysans avaient de la difficulté à comprendre le langage des étudiants, ces chansons brisent la glace.

A la tête de ces actions nous trouvons Surachai et Virasak. Ce sont des citadins issus de la bourgeoisie aisée. Surachai est étudiant et vient de Surin où son père est enseignant, Virasak vient de Nakhoratchasima, étudiant en quatrième année de droit, tout aussi citadin. La musique, ils l’ont apprise dans les films, les juke-box, les chansons des boîtes de nuit. Une partie du répertoire est importé par les militaires américains, la guerre est aux frontières, Laos, Cambodge et Vietnam. Une préférence, bien sûr, pour les chansons pacifistes, Bob Dylan ou Joan Baez, que les G.Is ne sont pas les derniers à fredonner.

Le groupe est dès lors inséparable de tous les rassemblements politiques et s’engage plus encore lorsque la repression se durçit en 74. Caravan devient le groupe phare des étudiants les plus radicaux.

En octobre 1976 à l'université de Thammasat, les étudiants protestent contre le retour au pays de l'ancien dictateur Thanom Kittikachorn. 100 morts et 3.000 arrestations. Le soir, le gouvernement civil est renversé et la loi martiale est déclarée.

Sont désormais interdits « tous les documents et tous les moyens de diffusion qui appellent à la désunion, mènent le peuple au communisme et menacent la sécurité nationale. » Le jour du coup d’état, Caravan chantait à l'université de Khonkaen. Le soir du 6 octobre 1976, ils apprirent la nouvelle du massacre. Sitôt le concert terminé, ils disparaissent avec leurs guitares et leurs convictions. Le groupe a pris le maquis à la frontière du Laos, dans les rangs du parti communiste thaï et ne réapparaîtra qu’après l’amnistie.

 

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Toutes leurs chansons sont alors interdites à la radio officielle. 

Ils vécurent cinq ans  dans la clandestinité, faisant peut-être parfois le coup de feu mais animant surtout de leurs guitares les festivals du parti. Mais ces bourgeois-étudiants ont du mal à accepter la discipline de fer imposée par les cadres du parti entre les mains des communistes chinois. La vie des maquis est rude.

La politique d’amnistie en 1981 entraîne le ralliement de nombreux étudiants mais Surachai persiste encore un an. Lorsque le parti communiste est militairement mis en déroute, il jette l’éponge. Le groupe se reforme en 1982, à l'occasion d'un concert organisé par l'UNICEF sous le slogan « le retour de Caravan ».

Leur inspiration puisée dans la « protest song » reste enracinée dans la tradition populaire locale. Les guitares et les arrangements occidentaux sont mélés d'instruments traditionnels (flûte de bambou, violon a trois cordes) et produit une musique originale et de qualité. Les textes sont des poèmes, rien à voir avec les chansons sirupeuses et mièvres qui constituent l’essentiel de la production locale.

Leur tournure intellectuelle les destine plus à un public étudiant et citadin. Ce public reste circonscrit à ce cercle intéressé par la politique et point par les errements de la mode.

Ils ont ouvert la voie à d’autres groupes dont le célèbre Carabao, mais à l'inverse de Carabao, Caravan n'a jamais percé auprès du grand public, peut-être parce qu'il n'a jamais cherché à le faire. « Pour moi, vendre beaucoup de disques n'est pas important. Je veux juste vivre de ma musique sans être endetté », dit Surachai.

Laissons de côté les paroles de « Américain, danger ! » (Carabao a fait de même) et finissons sur une prière

 

Prière pour la Birmanie

Depuis les montagnes de Katchin,

Depuis les cabanes de Kothoulé

Du haut des falaises du pays Chan,

Depuis la plaine d’Arachan,

Depuis les montagnes de souffrance

Jusqu’à la vallée de Jaban,

Nous parviennent les gémissements de la Birmanie.

Mais d’où, mais d’où ?

Ils nous crient leur espoir dans le lendemain ....

 


Et une partition pour les musiciens :

 

กำลังใจ - หงา คาราวาน0001

Leur site officiel (en thaï)

http://www.caravanonzon.com/

Les écouter ?

Beaucoup moins piratés que Carabo mais beaucoup de spectables disponibles sur l’incontournable « youtube »


Une trentaine d’albums depuis le premier, « l’homme et le buffle » (1975),


Karavan

 

Américains, danger (1976), Concert pour l’Unicef (1982),  Le chemin de la maison (1986), Concert donné au Japon (1988), Concert pour le 15ème anniversaire (1989), Concert pour le 20ème anniversaire (1994), Concert pour le 25ème anniversaire (1999), jusqu’au dernier sur le « réchauffement climatique »…

caravan earth poster 2
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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 03:02

Sans titre-1Un groupe rock thaï "identitaire" ?

Ils se produisent partout en Thaïlande et dans le monde ; un concert mémorable à Paris en 2008 en particulier, un triomphe l’année précédente à Stockholm.

Qui sont-ils ?

Le groupe est créé en 1976 aux Philippines par trois étudiants amateurs de rock. En effet, คาราบาว, « kharabao », ce n’est pas du thaï, mais du tagalog. Le mot signifie « buffle », symbole de ténacité lit-on partout ? Peut-être aussi un tantinet de provocation ? Le « buffle », pour les habitants des villes, c’est aussi le symbole des paysans arriérés et méprisés, notamment ceux du Nord-Est... tout simplement un « bouseux ». Dans la hiérarchie des termes thaïs insultants, priorité est donnée au buffle et au chien, avant le cochon. Un clin d’oeil provocateur aux populations déshéritées dont ils sont les infatigables défenseurs, c’est plus probable.

Situés dans la droite ligne des chanteurs « de protestation » face aux vicissitudes de la politique thaïe, notamment du groupe คาราวาน (Caravan) qui avait plus ou moins flirté avec le parti communiste.

Un premier succès avec « Chanson pour la vie » phléng phua tchiwit, เพลงเพื่อชีวิต, qui se singularise par un mélange de musique traditionnelle, de rock, de « country », de reggae et de musique latine.  Ils sont d’ores et déjà qualifiés de « Rolling stones thaïs ».

S’attaquant systématiquement aux questions sociales,  chantant les « thaïs d’en bas » mais aussi chansons d’amour, chansons philosophiques, lutte contre les multinationales, pour la défense de l’environnement, critique des politiciens corrompus, dans une langue qui n’est pas la langue de bois, ironie, férocité, tendresse. Ils connaîtront d’ailleurs des interdictions d’antenne dans le courant des années 90.

La composition du groupe a évidemment, depuis 35 ans, été fluctuante, seul Lék, le chanteur, est l’élément permanent pratiquement depuis les débuts.

En 1981, le premier de leurs 25 albums, « le vieil ivrogne » (loungkhimao ลุงขี้เมา) ne connait pas un grand succès.

Lék apparait dans le second album en 1982, แป๊ะขายขวด phékhaikhwat, « la chanson du ramasseur de bouteilles », แป๊ะ, c’est un air traditionnel thaï. Les « ramasseurs de bouteilles »  sont ces petites gens qui vivent de la récupération des bouteilles vides, ces « chiffonniers » que l’on rencontrait encore dans les rues de nos villes françaises il y a quelques dizaines d’années. Beaucoup d’émotion encore.

En 1983, troisième album, qui les place sous les projecteurs, Wanipok วณิพก littéralement un « mendiant chanteur des rues », conte avec beaucoup d’émotion l’histoire d’un pauvre chanteur aveugle.

En 1984, c’est le triomphe เมดอินไทยแลนด์ « made in Thaïland », musicalement, mélange de musique traditionnelle et de rock. L’album est vendu entre 4 et 5 millions d’exemplaires.

 

made in thailand


« La Thaïlande produit ce dont elle a besoin, nous avons nos chants et nos danses que les farangs admirent en secret mais les Thaïs ignorent leur propre culture » ... « Nous tissons nos vêtements, ils partent au Japon à l’exportation et nous reviennent avec l’étiquette « fabriqué au Japon ».. « les Thaïs ont leur orgueil mais les farangs ont l’argent... » « Ils ne nous déçoivent pas mais ne nous décevons pas nous même »

L’année suivante, อเมริโกย ameri-koï , un jeu de mot (america-koi) « l’Amérique vorace » mais aussi une protestation contre des accords commerciaux conclus à cette époque avec les Américains. Il est possible que beaucoup de Thaïs encore, en parlant de nos « amis » d’outre-Atlantique, n’emploient pas le mot « american » mais « amerikoï » ?


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En 1987 เวลคัมทูไทยแลนด์  « welcome to Thailand » nous raconte avec  férocité les aventures de Tom, « touriste sexuel » à Pattaya et Patpong. « Tom, Tom, where you go last night », ce refrain, combien de ces farangs l’ont entendu ou l’entendent encore siffloter par des Thaïs ironiques sans comprendre ?


welcome


En 1988, c’est ทับหลัthap lang « le linteau », l’aboutissement d’une longue et triste histoire : c’est celle du linteau du Dieu Naraï à à Phanomkrung.

 

200px-Carabao09


Il est sacré pour les Thaïs. Naraï est l’un des dieux du paradis bouddhiste qui est descendu sur terre sous la  « forme » de Rama pour combattre le mal. Au début des années 60, le linteau disparait, enlevé de nuit par un mystérieux hélicoptère. Un scandale inouï ! Imaginons un hélicoptère  enlevant de nuit à Marseille la statue de « Notre Dame de la garde ! On finit par le retrouver à l' « Art Institute de Chicago » ; Il a été donné par un certain James Alsdorf, ami du président Reagan, l’un de ces richissimes hommes d’affaire américains qui pratiquent le mécénat fiscal  de préférence lorsqu’il ne leur coûte rien. S’il n’y a pas de pétrole à piller en Thaïlande, il y a des oeuvres d’art. Pendant des années, le gouvernement thaï et de nombreuses associations ou fondations tentent d’obtenir le retour de l’œuvre volée.

 

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Tollé général en Thaïlande ... Manifestations violentes devant le musée de résidents thaïs aux USA.  Menace de rupture des relations diplomatiques ..... En Décembre 1988, la Fondation Alsdorf se décide à retourner le linteau en Thaïlande à l’instigation pressante de l’UNESCO ... La rumeur court encore en Thaïlande que des sept Thaïs impliqués dans le vol, six seraient morts de mort violente ?

Le groupe Carabao s’est mis de la partie avec une chanson coïncidant avec la visite de Michael Jackson en Thaïlande. Cela ne fait qu’ajouter à leur popularité. Vous en trouverez la traduction en annexe.

Encore un album pratiquement toutes les années et en 1998, อเมริกันอันธพาล « amerikan anthaphaan », nous pouvons nous tromper en traduisant par « salopards d’américains » (mais nous ne nous trompons pas), la chanson n’oublie pas, au passage, le FMI.

 

salauds

Jusqu’au 25ème et dernier album, en 2009, โฮะ « ho » chanson dans laquelle Lék vante d’un air gourmand les mérites du « ho », une sauce volcanique, partiellement en dialecte lanna, l’une des nombreuses langues locales du Nord-Est.


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Ils subissent de nombreuses attaques frontales, il leur est reproché de faire beaucoup d’ « alimentaire » et d’utiliser leur « logo » pour des promotions commerciales, c’est exact. Une boisson réconfortante, le « carabao », et en 2001, l’album สาวเบียร์ช้าง « sao bia Chang » « Mademoiselle la bière Chang », dont le refrain « sawatdi, sawatdi bia Chang » n’est effectivement pas du Lamartine !


200px-Bao-22-44

 

Ne leur jetons pas la pierre, nous avons bien vu et entendu il y a quelques années un très grand poète, Charles Trenet, vantant à la télévision française les mérites d’un produit à parfumer les chiottes


wizard

 

et un peintre génial et farfelu, Salvador Dali, louer ceux d’un chocolat suisse !

 

chocolat-copie-1.jpg

 

Ils répondent non sans raisons que l’incommensurable piratage dont ils sont l’objet y trouve sa contrepartie.

Ils chantent la ganja mais chantent bénévolement pour les victimes du Tsunami. Ils préfèrent la bière Chang au Coca-cola mais ont pleuré sur les victimes de l’effondrement des tours du « World center ». Peut-on être riche à la fois et défendre les pauvres et les opprimés ? Que Voltaire ait été multi-millionaires en livres et en écus de l’époque ne l’a pas empêché d’entrer au Panthéon. Eternel débat dans lequel nous ne nous lancerons pas.

« Faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais » avons-nous lu sur un site thaï.

 

La politique ?

En 1986 avec l’album ประชาธิปไตย « prachathippatai », ils ont annoncé la couleur pour  « le parti démocratique ». Cela a pertubé beaucoup de leur supporters « rouges ». Mais c’est aussi leur droit. C’est d’ailleurs plus un hymne à la démocratie qu’à la gloire du parti du même nom. Ils protesteront ensuite avec énergie contre la politique de Thaksin sur les restrictions en matière de fermeture des établissements nocturnes et des heures de vente des boissons alcoolisées.


Nous avons même lu sur un site francophone ces stupidités :

Le chanteur du groupe Carabao est bien connu comme étant un sympathisant actif des Chemises jaunes d'extrême droite... et ce depuis que Thaksin a interdit la circulation des poulets en 2004 pour cause de grippe aviaire. Le chanteur, qui possède certains des plus beaux coqs de combats du Royaume, l'a très mal pris. Depuis, il a supporté les manifestations du PAD en 2006, le coup d'état en septembre de cette même année et même le massacre des Chemises rouges en avril/mai 2010. Les Chemises rouges demandent donc à leurs sympathisants de boycotter Carabao...

Il ne semble pas que cet appel au boycoot ait eu la moindre portée lors du concert donné il y a un an et demi à Udonthani, en plein pays rouge et plus que rouge ! dont notre ami Patrick a donné sur son blog un excellent compte rendu. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-31-mars-karabao-en-concert-a-udonthani-47788945.html)

 

Le terme d’ « extrême droite » a-t-il un sens en Thaïlande ? Rien n’est moins sûr. Et si nous comprenons ce que parler veut dire, extrême droite + musique de rock =(rait) « rock identitaire » ? Le « rock identitaire » français ou anglais est effectivement lié à la « droite la plus extrême ». Soyez rassurés, Carabao, même si vous n’en comprenez pas les paroles, ce ne sont pas Ian Stuart, et vous ne trouverez pas, si vous traduisez les titres de leurs chansons, des provocations du rock identitaire français du style « pute à nègre » ou « nettoyage ethnik » !

 

identitaire


Chanteurs « engagés » c’est une certitude, mais engagés dans des combats qui attirent la sympathie.

 

engagé

 

25 albums, des dizaines et des dizaines de chansons, nous n’en traduirons qu’une même si traduire c’est trahir  un peu !

 

Le linteau

 

Ce bloc de pierre, c'est le linteau que les Thaïs réclament aux États Unis.
Nous désirons récupérer ce bien qu'ils nous ont pris.
Pourquoi l'ont- ils pris aux Thaïs?
Leurs hélicoptères étaient basés en Thaïlande pendant la guerre du Viet-Nam.
Quand ils sont partis ils ont tout pris avec eux, même notre linteau.
Et ils désirent garder un pied en Thaïlande.
Ils nous demandent maintenant d'ouvrir des bases militaires ici.
La ville de Phra Narai a disparu avec le linteau, entouré d'un prestige que les Thaïs n'ont jamais oublié.
Narai Narai Narai, le linteau de Narai.
Le linteau de Narai couché, c'est l'orgueil de notre peuple.
Le linteau de Narai couché, les Thailandais sont fiers de l'histoire de ce pays en forme de hache d'or.
Elle a uni toutes les générations, toutes les familles, toutes les cultures.
Le linteau de Narai est maintenant dans un musée à Chicago.
C'est un bloc de mille kilos.
Les enfants demandent d'où il vient.
Ils se fichent de Phra Narai, ce n'est pas Michael Jackson.
Reprenez votre Michael Jackson, rendez nous notre Phra Narai!
Parce que nous ne ressentons pas les mêmes choses.
Parce que nous ne comprenons pas les mêmes choses.
Le linteau de Narai est chargé de vertus pour les Thaïs, alors que vous le conservez simplement par goût.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen de faire la paix.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen, pas moyen...
A quoi sert votre statue de la liberté puisque vous refusez de rendre le linteau de Narai aux Thaïs.

 

 

Maintenant à vous de jouer et de chanter. « Télécharger Carabao », vous trouverez 474.000 réponses !

 

google


Leur site carabao.net, en thaï et en mauvais anglais vaut d’être consulté.

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 03:01

musiqueA La musique traditionnelle thaïlandaise ?  La musique en Isan ? 

Nous avons vu dans l’article précédent, La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents. Beaucoup y présentaient surtout leur préjugé et leur difficulté à appréhender une musique différente. Il est vrai que la plupart n’était resté que peu de temps au Siam. Ce qui n’est pas le cas de Dubus, qui récemment (2011)  dans son livre sur la Thaïlande rappelait  la popularité toujours présente de la  « Musique des rizières, (et du) théâtre des campagnes » qui « Face à la culture royale et urbaine, (demeure) une culture rurale, vivace et enracinée dans le folklore local, (qui) a engendré un sentiment communautaire entre les habitants des différentes régions» et de citer le succès du mor lam et du louk thoung (enfants des rizières » et « plus prisé par l’ancienne génération que le mor lam et le louk thoung, le liké ou théâtre comique » « parent du lakone, plus populaire et moins affecté ».


rizières


Il est vrai que la musique traditionnelle est diverse, variée, … et présente dans les moments importants de la vie des Isans, comme les mariages, les funérailles, les « foires» au temple, et autres festivals. Elle présente principalement 3 types d’ensemble : le piphat (composé d’instruments à vent et de percussions),  le kreung sai (constitué d’instruments à cordes) et le mahori

mahori

 

(qui associe la flûte à des instruments à cordes et à des instruments de percussion mélodiques) » et est riche de ses  50 sortes d’instruments   de musique dont les cordes, flûtes, des tambours et des gongs ….(Cf. en note le site de la médiathèque de Louvain).

Tous les informateurs consultés  s’accordent pour donner le mor lam comme la principale musique traditionnelle d’Isan ;  certains précisent que de nombreux chanteurs de mor lam chantent également le louk thoung du Centre et qu’une autre forme traditionnelle, le kantrum est populaire chez les Kmers isan.

(Cf. notre article sur les dialectes d’Isan :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-18-langues-et-dialectes-en-isan-76545278.html).


Nous avons pu constater que les  multiples manifestations  culturelles et concerts donnaient aussi à entendre  d’autres formes de musique (Cf. le blog de Patrick et d’Alain d’Udon Thani et de Jeff) que l’on pouvait reconnaître par exemple  comme le groupe Carabao ou le pleng luuk thung (musique country thaïe).De plus, il fallait être aveugle pour ne pas voir à la télévision, dans les écoles ou sur les places publiques, que les ados  des villes  adoraient se produire dansant en groupe et en tenue souvent « sexy » sur les airs « à la mode » de leurs vedettes favorites :  le string !


De plus, on remarque que dans les années 1990, il y a eu de nombreuses interactions entre le luk thung, le string et le mor lam… voire la pop. Le mor lam produisit un nouveau genre appelé luk thung Isan ou luk thung Prayuk, qui incorpore les rythmes les plus rapides du mor lam. Il faudrait aussi aller du côté des minorités ethniques comme les  Hmongs, Akha, Mien, Lisu, Karens, Lahu …qui ont aussi leur musique traditionnelle.


La musique folklorique forme donc  une mosaïque de styles et de langues comme par exemple, les danses du Nouvel an des tribus des montagnes du Nord, les joutes chantantes des mor lam glawn, les vocalises musulmanes de likay wolou dans le Sud, le très ancien bong lang du Nord-Est (très dansant) et la musique vocale mae tae des Pwo Karen du Nord (très poétique et liée aux activités humaines).

karen

Et il faudrait aussi être capable de distinguer le  piphat mahori khruang sai, et le won pong lang (un ensemble musical de l’isan construit autour du xylophone pong lang avec un orgue à bouche khène, un luth et des percussions).ou bien encore le saw  qui est une musique régionale du nord (comprenant trois clarinettes en bambou (pi saw), une vièle (saw law) et un luth qui accompagnent un chanteur de ballades épiques improvisées). Avec pour chacun, l’association de leur instruments spécifiques comme : la flûte khlui, les cymbales ching, le cercle de gongs khong wong, les tambours thon et ramana, le xylophone renatek, le luth grajabpi, les vièles saw sam sai et saw u, et la cithare jakhe ; bien que les associations d'instruments puissent changer…Autant dire qu’il y a de quoi être perdu !


Le mor lam 

Le mor lam ou mo lam est donc, on l’aura compris,  la musique traditionnelle de l’Isan lao. Il a en commun avec le luk thung (la musique traditionnelle du Centre), son intérêt pour la vie des pauvres des régions rurales, les problèmes sentimentaux, la tristesse de quitter le village, les difficultés de vivre en ville, mais aussi ses « lumières » inaccessibles …

Molan

Il se caractérise par la rapidité de ses vocalises rythmiques, des cris, un rythme très entrainant ... Le chanteur, aussi appelé un mor lam, est souvent accompagné par un joueur de khên, le mor khen. Le groupe joue de quatre principales composantes comme le  "Talk"(un chanteur récite et ralentit ainsi l'accompagnement musical), le  "Gern" ( une introduction lente chantée qui dure environ soixante secondes, le plus souvent accompagné de Khaen); le «Lam», un chœur de rap-like, et le  «Pleng », la chanson proprement dite  avec un chœur dynamisant avec ses "o-ey, o-ey, o-ey" par exemple. Les vêtements « traditionnels » sont un élément aussi essentiel pour nous captiver.

Il comporte plusieurs variantes régionales et des formes modernes comme la version électrifiée du mor lam sing, que certains récusent comme « commerciales ». Il a dépassé son cadre régional avec les migrants ruraux de l’Isan s’installant à Bangkok. Les chanteurs les plus populaires sont Banyen Rakgan , Chalermphol Malaikham , Jintara Poonlarp et Siriporn Ampaipong


Le kantrum 

Une autre forme de musique traditionnelle de l’Isan est donc le kantrum,populaire chez la minorité kmer, habitant près de la frontière. C'est une musique de danse très rapide. Dans sa forme la plus pure, cho kantrum, les chanteurs, percussions et vielles traditionnels, dominent. Une forme plus moderne utilisant les instruments électroniques se développa dans le milieu des années 1980. Un peu plus tard dans cette décennie, Darkie devint la première vedette du genre, avant de rejoindre le marché commercial à la fin des années 1990.

kantrum

 

Le louk thoung du Centre

Le « Pleng Luuk Thung »  est une sorte de combinaison de Mor Lum et de la musique country américaine et est très populaire à la radio thaïlandaise (il a aussi sa propre radio). Il témoigne du labeur des champs et des épreuves rencontrés par les paysans du Centre. Il incorpore des influences latines américaines, indonésiennes et malaises et même japonaise. Les artistes les plus réputés viennent de la ville de Suphanburi comme la star Pumpuang Duangjan, pionnière du luk thung électronique.  Il développe un tempo lent sur lequel les interprètes font usage d’un chant expressif à base de nombreux vibratos (qui ne sont pas sans évoquer le yodel) (Cf. site de Louvain en note)

Lukthoung 

Le string ? 

La musique populaire thaïlandaise actuelle est essentiellement le fruit d’un important métissage des styles traditionnels et occidentaux. Outre les versions électroniques modernes du morlam (le morlam sing), du kantrum et du lukthung (le luktung électronique) dont il a été question ci-dessus, il existe un important mouvement rock inspiré directement de la scène américaine des années 1960 : le wong shadow (en référence à The Shadows) qui évoluera rapidement en ce que l’on appelle la musique string. Ce terme désigne aujourd’hui la pop thaïlandaise dans son acception la plus large : rock, danse, hip hop… bref, toutes les musiques thaïlandaises influencées par l’Occident. C'est la musique des adolescents thaïlandais.

pop

Le pleng phua cheewit ? 

« La période de libéralisation politique, entre octobre 1973 et octobre 1976, a vu l’éclosion de plusieurs groupes dont les chansons avaient un contenu  ouvertement politique et social » (Arnaud Dubus). On s’ inspire alors de la protest song américaine comme Joan Baez, Bob Dylan. On commence aussi à chanter le rock en thaï comme Rewat Buddhinan.

Plusieurs groupes de pleng phua cheewit  (l’Art pour la vie, l’Art pour le peuple), dont les plus connus sont Caravan


plengpuachiwit

 

et Carabao (Cf. les articles qui leur sont consacrés dans ce blog) s’engagèrent alors, non sans courage, dans le mouvement pour la démocratie.

Les « événements » de 1976, qui virent les mouvements ultranationalistes attaquer le 5 octobre, avec une extrême violence (46 étudiants tués), les étudiants de l’université de Thammasat aboutirent à un coup d’Etat.  Caravan, ainsi que d'autres groupes et activistes, prirent alors le maquis avec les communistes. Une chanson « L’Homme et son buffle »  traduite par  Arnaud Dubus, est sans équivoque :


            « Mais quelles que soient les difficultés, nous n’aurons pas peur …

            Les riches dévorent notre travail,

            Nous jettent les uns contre les autres,

            Et nous, paysans, nous nous enfonçons dans les  dettes …

Nous devons détruire ce système » (extrait).


En 1981, avec l’amnistie accordée aux dissidents, le pleng pua cheewit put de nouveau s’exprimer. Le groupe Carabao devint même  numéro un des ventes sans renier ses  critiques sociales.

K

Mais la société de consommation aidant, la musique string (la pop thaïlandaise) est devenue plus populaire dans les années 1990, et les vedettes  pop comme Tata Young, Bird McIntyre et Asanee & Wasan, voire ensuite Modem Dog sont devenues numéro un des ventes… On peut encore citer les groupes de rock thaïlandais comme Big Ass, Bodyslam Silly Fools… 

 

Il y en a donc pour tous les goûts, mais la musique traditionnelle a su se « moderniser » en adoptant instruments et rythmes nouveaux et continue d’exprimer la culture « rurale » des peuples de l’Isan et des autres minorités de Thaïlande.

 

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« Les guides de l’Etat du monde », « Thailande », Arnaud Dubus, La Découverte, 2011

 Si vous voulez entendre des chansons thaïes : Le Blog de la Médiathèque de Louvain-la-Neuve :

http://mediathecaire.wordpress.com/2009/11/27/pays-a-lhonneur-thailande/


télécharger en Mp3 la Musique thaïlandaise : thebestofthailand.com


Miller, Terry E. (1985) Musique traditionnelle du Laos, Kaen et chant Mawlam dans le Nord-Est de la Thaïlande. Greenwood Press. ISBN 0-313-24765-X

 

Tout aussi voire plus intéressant : le blog de Jeff


http://isan-farang.eklablog.com/les-band-de-pangkhan-made-in-isan-a5406231


http://isan-farang.eklablog.com/le-molam-sing-a2978880


musiqueJ

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 03:03

Joeur de khène La musique traditionnelle thaïlandaise ?  La musique en Isan ? 

La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents 

Là encore, comme pour de nombreux sujets, il faut avouer notre incompétence « musicale » même si nous avons pu écouter Caravan et Carabao et assister à quelques fêtes villageoises où se jouait la musique traditionnelle d’Isan, le mor lam, nous disait-on, ou bien encore entendu ces petits orchestres composés d'un hautbois, d'un tambour et d'une cymbale, lors des combats de boxe de muay thaï… Toutefois, nous essayerons en présentant quelques pistes de ne pas venir avec les préjugés de nos illustres aînés comme le montre quelques-uns de nos exemples, dans cet article :  La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents :


Nous avons été frappé par les opinions divergentes de ces voyageurs sur la musique « traditionnelle », ainsi :

 

Pour Bock, Consul du royaume de Suède-Norvège, elle est monotone et bizarre mais paraît exercer son charme sur ces hommes sans culture.

(Carl Bock « le royaume de l’éléphant blanc. 14 mois au pays et à la cour du Roi du Siam » 1889)

 

La Reveillère n’est pas plus tendre : La musique commence, un peu criarde, c’est bien de l’art cependant, de l’art véritable  mais avorté ... Telle devait être la musique des ménestrels dans les cours d’amour au Xème et Xième siècle, arts et artistes devaient se valoir à l’Occident et à l’extrême Orient... Je crois entendre psalmodier les vêpres comme  dans la méchante chapelle d’un coin perdu de la Bretagne, c’est désagréable et fastidieux comme de  détestable musique religieuse... Airs siamois, airs étranges qui plaisent sans impressionner...

(Contre Amiral Reveillère « ça et là, Cochinchine et Cambodge » 1892).

 

Lemire n’est pas moins critique : Leurs instruments de musique sont fort bien travaillés, souvent ornementés et incrustés de nacre mais ne rendent que des sons nasillards et aigus ... La musique est mélancolique et monotone ... leur sentiment artistique est très imparfait .....

(Ch. Lemire « l’Indochine » 1894)

 

Monseigneur Laneau n’a pas la moindre charité chrétienne : à peine ai-je encore vu une voix passable : je ne sais si dans tous ces royaumes ici on en trouverait une qui pût être admise à la musique de Notre Dame de Paris, surtout pour y servir de basse. Toutefois, quoique leurs voix et leurs chants nous paraissent avoir si peu d’agrément, ils leur plaisent encore plus que les nôtres.

(Cité Par Monseigneur Pallegoix « Histoire de la mission de Siam » )

 

Le jésuite Joseph Delaporte n’est pas plus tendre : Les Siamois font des airs sans avoir aucun principe de musique, ils ne savent pas même les noter ....

(Abbé Delaporte « le voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde » 1770)

 

L’opinion du RP Guy Tachard sent son jésuite :  La musique et les voix n'avaient rien de fort beau, mais la nouveauté et la diversité leur donnait de l'agrément et les faisait entendre sans ennui la première fois.

(Guy Tachard « Relation du voyage à Siam » 1688)

 

Mgr Pallegoix, mais est-ce par charité chrétienne ? est moins critique : leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale »

(Monseigneur Pallegoix « Description du royaume thaï ou Siam » 1854)

 

Beaucoup plus nuancée et surtout plus didactique est l’opinion de du Hailly Je ne sais comment certains voyageurs ont pu insister sur l’absence d’harmonie et sur le caractère discordant de la musique siamoise. Ils n’ont probablement pas réfléchi que la différence de tonalité dont ils étaient choqués provenait d’une gamme inconnue à leur oreille assez analogue à celle de l’ancien monde éolien chez les grecs et que par la même raison, les instruments qui leur semblaient faux étaient construits sur une échelle d’intervalles nouvelle pour eux. La vérité est que les siamois et plus encore les laotiens ont l’oreille remarquablement juste et s’ils ignorent l’art de noter leur musique, il est impossible, avec un peu d’habitude, de ne pas être frappé du sentiment harmonique de leurs orchestres.

Edmond du Hailly (« Revue des deux mondes » «  Une campagne dans l’extrême Orient » - 1866)

 

François-Joseph Fétis le rejoint sous d’autres formes : la musique des siamois est mélancolique et plaintive tandis que les airs joués par les instruments sont vifs et gais. Musicien de profession, il est maître de chapelle du Roi des Belges, il donne des précisons plus techniques : L’ échelle ne présente pas une justesse absolue de l’intervalle des sons. Pour déterminer avec exactitude les différences minimes de ces intervalles de cette échelle avec ceux de la nôtre, il faudrait employer le calcul et comparer un des instruments avec notre tempérament égal. Nous pouvons en donner l’échelle approximative sous cette forme

 

 gamme

(François-Joseph Fétis  « Histoire générale de la musique depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours » 1869 ).

 

De la première ambassade, le premier à donner de plus sérieuse précisions à la fois critiques et théoriques sur la musique siamoise est Simon de la Loubère. Pas plus que les chinois, ils ne connaissent l’harmonie (« le chant en partie ») et toute la musique est à l’unisson.

Il s’étonne naïvement que les Siamois ne chantassent pas selon les goûts de son temps, Lambert et son gendre Lully ! Il s’étonne tout aussi naïvement qu’ils chantent comme nous sans paroles  à la place des paroles, ils ne disent que noï, noï , en fait nos trala-la-la-lère ! Il a le mérite (sans connaître la langue) de publier la mélodie de l’une de ces chansons :

 

 la loubere

 

en rajoutant que les Siamois font parfois entendre des intonations douteuses

(Simon de la Loubère « Du Royaume de Siam » 1691)

 

Gréhan donne une description flatteuse des instruments de musique exposés au pavillon du Siam lors de l’exposition universelle de 1867, nous n’avons malheureusement pu en trouver une reproduction au titre « musique - instruments divers ».

(Amédé  Gréhan «Le royaumle de Siam » 1868)

 

Oscar Comettant rejoint, mutatis mutandis, l’opinion de du Hailly : Leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale. Il a lui aussi vu et admiré les instruments exposés au pavillon de Siam en 1867.

(Oscar Comettant « La musique, les musiciens et les instruments de musique chez les différents peuples du monde » 1869)

 14954-1

Reinach est plus nuancé, le souvenir et la routine seuls guident les exécutants .... Les chants animés de gestes gracieux forment avec la musique un ensemble poétique pour leur esthétique spéciale ..

(Lucien de Reinach « le Laos » édition posthume 1911)

 

Coussot est également plus nuancé : Malgré son peu de variété, leur musique n’est pas réellement désagréable

(Alfred Coussot « Douze mois chez les sauvages du Laos » 1898)

 

Le Boulanger est plus tendre à l’égard de la musique et surtout plus technique dans ses explications : La gamme telle que nous la concevons, n’existe pas dans la musique laotienne. Néanmoins, on a la sensation de trois modes distincts, l’un dépourvu de tierce et de septième, un autre auquel manque seulement la septième, un troisième agrémenté d’une appogiature diatopnique en quinte.

(Paul Le Boulanger « Histoire du Laos français » 1931)

                                               ------------------------------------

De gustibus et coloribus non disputandum ... Il en est en musique comme en gastronomie isan. Certains sont en extase devant Oum Kalsoum la plus grande chanteuse du monde arabe et le Bronx frémit en entendant un air de rap. Notre musique est aussi désagréable aux Siamois que la leur est exaspérante pour nous. L’effet produit est un agacement insupportable, une irritation profonde du système nerveux.  Laissons au Marquis de Dangeau la responsabilité de ce jugement péremptoire.

 

Faute de pouvoir, comme Comettant ou Gréhan visiter le pavillon de Siam lors de l’exposition de 1867, nous avons tenté de reconstituer une toute partie de la superbe collection des instruments traditionnels, le plaisir des yeux et non celui des oreilles, toutes photographies illustrant le « dictionnaire de l’académie royale » :


Klong that กลองทัด

Klong that 

Mahorathuk มโหระทีก

 Mahorathuk

Ranat thoum ระนาดทุ้ม

ranatthoum 

Khim ขิม

khim 

Djaké จะเข้

 

djakhé 

Khèn แคน

khén 

Khongwông ฃ้องวง

khongwong    

Pông lang โปงลาง

 

 

 pong lang

 

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 03:05

CucheroussetLe projet et le combat de Cucherousset pour désenclaver l'Isan dans les années  20, vous connaissez ?

L'existence d'un service postal en Isan dans les années 20, vous saviez?

Qui était Henri Cucherousset ?

Henri Cucherousset est né dans le Doubs en 1879 et est mort à Hanoï le 30 septembre 1934. Il commence sa carrière en Chine à Changhaï comme avocat dans le cabinet de Me d’Auxion de Ruffé. Mais il prend très vite goût au journalisme au sein de l’équipe de « l’écho de Chine » et y  fera carrière après avoir abandonné le barreau. Grand voyageur, curieux de tout, il visite la Corée, le Siam et la Chine puis décide de se fixer en Indochine à Hanoï. Libre de voler de ses propres ailes, il fonde en 1917 « l’éveil économique de l’Indochine » devenu « éveil de l'Indochine » qui déborde perpétuellement sur le Siam et le Laos siamois, omniprésent.


journal

 

Il est l’auteur d’un ouvrage estimable « Quelques observations sur le Siam » publié à Hanoï en 1925 reprenant pour l’essentiel un numéro de sa revue consacré au Siam. Le journal ne lui survécut que de quelques numéros

 

Perpétuel frondeur, raleur, talentueux, connaissant l’Indochine comme le fond de sa poche, il mène des combats incessants contre les empiétements d’une administration coloniale tatillonne, la stupidité des douanes, le trafic des animaux sauvages et surtout la politique coloniale incohérente de la France. Défenseur des « indigènes », il proteste avec véhémence contre l’usage colonial de les tutoyer, un article au vitriol qui serait peut-être encore d’actualité dans certains commissariats de police ou brigades de gendarmerie. Défenseur acharné de la la langue annamite que d’aucun baptisaient de « patois » ! « Les ânes qui braient l‘anglais ... » nous rappelle-t-il lorsque certains préconisaient froidement la suppression de l’étude de la langue locale dans les écoles au profit du seul français et de l’anglais en seconde langue. Son franc-parler lui vaudra d’ailleurs quelques désagréables rencontres avec le juge d’instruction de Hanoï.

 

Paradoxal et émouvant, ce « bon » colonialiste français qui, au début du 20ème siècle, des années 1917 à 1934, est entré en guerre, Don Quichotte contre les moulins à vents, avec l’administration indochinoise et l’Etat colonial français.

Son souci incessant est le bon developpement de la colonie, il passe par celui des transports et la nécessité de désenclaver (« débloquer » dit-il) le Laos au sud et à l’ouest par le Siam, et le Cambodge vers l’ouest par le Siam aussi. 

N’oublions pas que l’Indochine n’était pas une colonie de peuplement comme le furent l’Algérie ou la Calédonie, mais une « colonie d’affaires » où le colon en réalité n’est pas le blanc mais l’indigène ! Coloniser, c’est « mettre en valeur ». Les préoccupations mercantiles ne sont probablement pas absentes de l’idée fixe de Cucherousset, le journal vit de publicité et de bric et de broc ; des difficultés financières en interrompent parfois la publication. La puissante « Banque de l’Indochine », son principal publicitaire, se fait peut-être tirer l’oreile ? Et « mettre en valeur » c’est aussi favoriser les échanges commerciaux de nos deux colonies frontalières avec le Siam.

 

Les transports à l’époque ? 

 

On à peine à s’imaginer ce qu’étaient les transports à cette époque. Cucherousset nous décrit le difficile voyage d’un vaillant journaliste belge, Monsieur de Schliers, depuis Bangkok jusqu’à la frontière du Cambodge en 1922 :

Le premier jour, il emprunte le chemin de fer embryonaire sur la ligne qui conduit aujourd’hui à Aranyaprathét, aujourd'hui, 255 kilomètres et 5 heures et demi de voyage.


fisrttimetrain

 

Il s’arrête à Chachoengsao, le terminus, après deux heures et demi. Brisé de fatigue, il s’y attarde quelque peu en beuveries et parties de billard dans un hôtel tenu par un chinois francophone et en manque la « correspondance ».

La journée du lendemain, deuxième jour, six heures de chaloupe à vapeur jusqu’à Prachinburi (une soixantaine de kilomètres).

Le troisième jour, jusqu’à Kabinburi, une quarantaine de kilomètres,  en char à boeufs, tel un roi fainéant. Six heures de pistes cahotiques.

Encore une journée de char à boeuf jusqu’à Phromsaeng, toujours une quarantaine de kilomètres. Il n’y trouve qu’un Sala pour passer la nuit.

Il est à vingt-cinq kilomètres de Sakèo, encore une journée, il doit loger à l’école. Et encore une journée jusqu’à Wattana et une dernière encore pour arriver à la ville frontière ! Nous vous épargnons la description de la suite du voyage jusqu’à Saigon ! Naturellement, tout ceci est impossible en saison des pluies, laquelle dure ce que vous savez et rend les pistes impraticables.


Le seul moyen de pratiquer les « échanges commerciaux », ce sont donc les chars à boeuf sur piste boueuse. Sachant qu’un boeuf peut tracter environ deux quintaux, on s’imagine aisément qu’il est plus facile de véhiculer un journaliste belge peu soucieux de son confort que quelques tonnes de sacs de riz.


Il y évidemment d’autres moyens de communications, la voie fluviale ou maritime. Bangkok est relié à Saïgon en une journée et demie. Il y a le Mékong, plus ou moins « navigale et flottable ». Voila bien où le bât blesse ! Politique coloniale oblige, la navigation sur le Mékong est sous le quasi-monopole d’une société française.


Cucherousset a trouvé sa bête noire en la personne du représentant de cette compagnie, le Colonel Bernard. Polytechnicien brillant, affecté dans l’artillerie de Marine, Il l’est ensuite au Tonkin en 1898. Il est, ensuite de 1904 à 1906, le chef de la commission de délimitation de la frontière du Siam et obtient la rétrocession des trois provinces cambodgiennes conquises par le Siam 50 ans plus tôt, dont celle d’Angkor. Promu lieutenant-colonel, il est admis à la retraite, « pantoufle » et devient directeur de la « Compagnie des Messageries fluviales » de Cochinchine. Cucherousset taille des croupières, pas toujours courtoises, toujours féroces, avec celui qui défend les intérêts de ses puissants mandants. Les difficultés financières que Cucherousset éprouve pour mener son combat me laissent à penser que s’ils défendait des intérêts, ils ne pesaient guère face à ceux que défendait le Colonel.

 

La solution ? Le développement du chemin de fer au Laos (où il n’existe toujours pas, peut-être le projet de liaison avec la Chine verra-t-il le jour en cette décennie ?) ou au Cambodge (où il n’existe toujours qu’à l’état embryonnaire), est lié à son développement au Siam.

Si le développement des chemins de fer siamois vers la Laos a été freiné, c’est tout simplement, nous explique et martèle Cucherousset, du fait du lobby anti-ferroviaire, mais aussi parce que les Siamois avaient des raisons (bonnes ou mauvaises) de penser qu’ils pourraient servir à une invasion ferroviaire française par le nord, Nongkhai, et l’est, Nakohnphanom, Mukdahan et Aranya, sans oublier le souvenir cuisant des canonières françaises braquées en 1893 sur le palais royal face à une dérisoire marine de guerre thaïe. Ces motifs légitimes ont disparu, la question frontalière est réglée (la guerre franco-thaïe de 1941 et le conflit frontalier actuel avec le Cambodge successeur de la France démontrèrent que non). Aujourd’hui, les Siamois sont devenus nos amis en effectuant un bon choix en 1917 nous dit-il. Un seul chiffre disponible, sur la piste de Nongkhai à Khorat transitaient annuellement 184.000 charettes à boeufs de 200 kg.Il n’existe toujours aujourd’hui en Isan vers le nord que la ligne de Bangkok à Nongkhaï et vers l’est, celles de Bangkok à Aranya et celle de Bangkok à Ubonrachathani.

 

Nous sommes dans le courant des années 30, la grande idée de Cucherousset, la ligne de chemin de fer de Singapour à Hanoï en passant par Khorat, Roïét, Kalasin, Sakhonnakhon, Nakhonphanom pour rejoindre la Laos français à Thakhek, déviation vers Mukdahan puis Savanaket, Hanoï jusqu’à la Chine n’a pas vu le jour, le « lobby » des transports fluviaux du Colonel Bernard a triomphé. La construction d’une ligne de chemin de fer entre l’Indo-Chine et Savanakhet (face à Mukdahan) était inscrit en « projet d’urgence » en France en 1899 et a été bloqué par le parlement (français) en 1907 (à l’instigation de quel lobby ?). Le projet de liaison depuis Udonthani jusqu’à Nakhonphanom puis Thakkek (Laos) a subi le même sort. Oublié aussi le projet Hanoï –  VientianeUdonthaniNongbualamphuChumphae - PitsanulokRangoon.  

Puis vint la guerre et le rève de Cucherousset ne verra jamais le jour :

carte 3

Depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire en Isan ? 

 

Une information nous a surpris. Répondant en 1924 à une stupide agression épistolaire du Colonel Bernard, prétendant que cette région (le « Laos siamois ») était un « désert inconnu des Siamois», Cucherousset lui rappelle vertement qu’il existe dans ce que le Colonel appelle un « désert » un tiers de la population siamoise, nous le savions, et, ce que nous ne savions pas, depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire avec atterrissages (peut-on parler d’aérodromes ?) à Nongkhaï, Loeï, Sakhonakhon, Nakhonphanom, KhonkaenMahasarakham, Kalasin, Roïét, Chayaphum, Buriram, Sisaket, Khorat, Surin et Ubon (seul aéroport international).

 

Le service postal, ce sont lettres, colis et journaux.

 

postal

 

Le service médical ?

 

sanitaire

 

Il y eut en 1921 une épidémie dans la Province d’Ubon et l’on manqua rapidement de médicaments. Médecins et médicaments y arrivèrent en trois heures, il aurait fallu deux semaines par terre. Le service médical conduit les malades des régions dépourvues de bons soins là où ils peuvent être mieux soignés. Compte tenu des difficultés d’effectuer des levées topograpohiques sur le terrain, il est utilisé pour la confection des cartes géographiques, le plan aérien de Bangkok est établi en 1920. Il est assuré par des Spad,


spad 2

 

le biplan emblématique de la guerre de 14, celui de Guynemer, Nieuport-Delage,

 

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celui de Nungesser et Breguet, celui de l’épopée de l’aéropsotale (Saint-Exupéry).

Si les aristocrates siamois partis se former au pilotage des avions chez les Français avant, pendant et après la grande guerre ont ensuite profité de leurs connaissances pour les utiliser plus civilement,  c’est bien que le besoin s’en faisait sentir.

aviateurs

 

Le matériel de l’époque ne necessitait pas, dans notre plat pays, d’énormes investissements pour y construire les pistes d’atterissages. Combien en subsiste-t-il ? Sauf erreur, Udonthani,  Khonkaen, Sakonnakhon, Buriram, Nakhonphanom, Nan et Loei. Pour chatouiller un peu plus le Colonel, Cucherousset lance le projet de bases aéronavales sur le Mékong parfaitement capable (paraît-il) d’accueillir les Nieuoport « à flotteurs », mais il crie une fois de plus dans le désert.

Il est complètement oublié des Français, je crains même que sa commune natale (Maiche) n’ait oublié de l’honorer du nom d’une modeste rue ou par l’apposition d’une plaque sur sa maison natale ? Il ne l’est pas des Vietnamiens qui le connaissent bien, « un bon colon » ! Historien et géographe compétent, il est toujours la référence fondamentale : ses innombrables articles sur les îles géographiquement et historiquement indochinoises de Paracels dont la Chine s’est emparé par la force en 1974 sont la source principale de la justification des droits toujours revendiqués par son ancienne colonie d’adoption.

 

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Sources :

625 numéros de « L’éveil économique de l’Indochine » (1917-1935) disponibles sur le site de la Bibliothèque nationale... pas toujours bien numérisés ce qui explique la médiocre qualité de la plupart des photographies ci-dessus. La collection est malheureusement incomplète.

Article du Colonel Phra Chalemhakas, commandant l’aviation siamoise (numéro du 8 juillet 1923)...

et tous les sites vietnamiens qui font de Cucherousset leur prophète, il n’est pas un site irrédentiste vietnamien qui ne le cite (par exemple

http://www.nguyenthaihocfoundation.org/lichsuVN/hsts5.htm).

 

Cucherousset 2

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 03:04

m3 L’ « aphrodisiaque pour femmes » de Renunakhon en Isan.

Nous connaissons le สาโท (Satô), qualifié abusivement de « vin de riz », c’est un distillat de ข้าวเหนียว (khaônïaô), ce riz gluant cher aux populations industrieuses de chez nous. Ça ressemble à du « vin » comme la production du Bittérois des années 60 ressemblait à du Romanée Conti.

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Vous pouvez essayer, ça ne coûte rien ou presque, une expérience comme une autre.

Nous connaissons aussi le เห้ลาข้าว (laôkhaô) que l’on trouve partout. Il y a celui du commerce officiel, aux alentours de 30° et le « vrai », de la distillation plus ou moins clandestine, de l’alcool « pour homme » dont une seule rasade suffit à envoyer dans les vignes dionysiaques les plus intrépides buveurs.

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Nous avons découvert une production spécifique traditionnelle de l’amphoe de  Renunakhon (เรณุนคน), dans la province de Nakhonphanom. Il se situe sur les rives du Mékong à une quarantaine de kilomètres au sud de Nakhonphanom et une soixantaine à l’est de Sakhonnakhon. C’est le lao-ou (เหล้าอุ) ou lao-haï (เหล้าไห) ce qui signifie tout simplement « alcool en pot »

Il vaut d’être connu.

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La présentation d’abord est agréable, dans des vases en terre de taille plus ou moins grande, placées dans un panier en paille, un bouchon de plâtre et à l’intérieur une macération dont nous allons vous donner la composition. Il faut, une fois sauté le bouchon, rajouter de l’eau jusqu’à raz bord, laisser macérer une dizaine de minutes et ensuite le déguster avec une paille en roseau biseautée pour pouvoir percer sans difficultés le magma que contient le pot. On peut recommencer l’opération cinq fois. On doit le déguster en couple, nous allons voir pourquoi.

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C’est le résultat de la macération de riz blanc dans du laokhao à 40°, avec un peu de bétel, un peu de sucre de palme, un peu de sucre de canne, un peu d’ail, un peu de tabac, un peu de piment, un peu de noix de coco, de la levure et surtout du กราชายดำ krachaïdam ou plus simplement ข่า kha, des rizhomes de galanga,

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scientifiquement de l’ « alpinia galanga », une épice qui est connue depuis la nuit des temps, il partait de Chine jusqu’à Rome et des « indes orientales » jusque chez nous.

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Il pousse ici comme du chiendent.

 

Il passe en médecine traditionnelle pour avoir des vertus souveraines, guérissant des coliques et du mal de mer mais aussi et surtout des vertus aphrodisiaques comme « excitant les humeurs des femmes ».

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Il est connu comme tel dans la médecine traditionnelle indienne, dans celle de la Chine et dans celle des arabes. Vous connaissez la pudeur des thaïs, les sites Internet consacrés à cette boisson sont discrets sur ces effets et parlent de « reconstituant ». Les arabes le sont beaucoup moins et une mixture à base de galanga est connue au Maroc sous le nom de « viagra du pauvre ».

Ces effets aphrodisiaques sont-ils réels ou supposés ? Il n’y a probablement pas de fumée sans feu.

Le Docteur Rauland, cite Théophraste, fondateur de la botanique (- 373 - 288) et le décrit comme l’ « herbe de Théophraste », cette plante a « une grandissime vertu d’échauffer à paillardise » et donne la recette d’une mixture à base de galanda pour guérir les « paralysies de la matrice ». («  Le livre des époux- Guide pour la guérison de l’impuissance, de la stérilité et de toutes les maladies des organes génitaux » à Paris, 1859 )

 

En tous cas des pillules de galanga sont vendues fort cher en europe (9 euros ce flacon) comme « aphrodisiaque pour femme ».

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Détroné en occident par le gingembre, il subsiste ici et ce produit pittoresque a connu une belle promotion au travers du programme OTOP (« one tambon, one product ») qui est à mettre à l’actif de Thaksin ! Vous le trouverez partout dans toutes les boutiques de bord de route autour de Sakonnakhon et de Nakhonphanom, et bien sûr dans tous les marchés et les magasins « OTOP ».

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Un goût à la fois doux et amer et un taux d’alcool qui doit se situer aux environs de 15°. Pour moi, c’est un apéritif agréable à consommer frais. Il n'a pourtant pas enthousiasmé le Capitaine Baudesson (voir notre article sur la "gastronomie en Isan") ?

 

Pour quelques dizaines de baths, vous aurez goutté une boisson estimable et si vous n’avez pas aimé ou si les effets ne sont pas ceux que vous attendiez, vous aurez au moins gagné un joli vase.

 

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Vous trouverez tous les renseignements relatifs à la confection de cette boisson sur le site de l’amphoe de Renunakhon.

http://renunakhon.nakhonphanom.police.go.th/moa.HTM 

Charb - Maurice et Patapon - Cachet bleu

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 03:08
27.Gastronomie en Isan ?

« Gastronomie » en Isan ?

 

Je pratiquais peu ou prou la « cuisine » Isan, avant même d’y vivre puisqu’il y a partout dans le pays des restaurants Isan. Je trouve aussi sur une foule de site Internet des pages de louanges (de la flagornerie ?) sur les mérites et les vertus de la cuisine Isan. La meilleure preuve en est, lit-on souvent, que cette cuisine s’est répandue dans tout le pays. Voilà bien un argument qui ne pèse pas lourd. Il y a des échoppes Isan partout tout simplement parce que les Isans se trouvent partout dans le pays et qu’ils ont le souhait légitime de manger à peu de frais la cuisine de leur pays. Il y a aussi des restaurants « muslims » à peu près partout parce qu’il y a partout des musulmans en Thaïlande qui souhaitent manger la cuisine apprétée selon les préceptes du Prophète. Ne parlons pas des sites Internet qui affichent péremptoirement la liste des « meilleurs cuisines du monde », en cherchant bien, vous aurez même connaissances des goûts « gastronomiques » de Madame G.W. Bush, ils ne valent pas d’être cités.

 

Je suis profondément attaché à la notion de terroir.

 

terroir

 

Dans un pays pauvre comme l’Isan, on mange ce que l’on trouve que ce soient des tétards, des chauves-souris, du chien (encore en vente sur les marchés de la province de Sakhon, mais un peu cher), des oeufs de fourmis,

 

oeufs de fourmis

 

toutes sortes d’insectes et naturellement les produits de la terre, de la cueillette et de l’élevage. Quand on est pauvre, il faut s’en contenter comme le faisaient nos ancêtres, il y a seulement deux siècles.

 

N’oubliez jamais que ce qui fait le charme de notre cuisine vient essentiellement d’ailleurs, les tomates des Amériques, ail, aubergines, concombres, pommes de terre d’Amérique encore, oignons d’Asie, abricots ou agrumes d’Asie. Sans parler des épices pour lesquelles de hardis navigateurs sont partis à la conquête du monde. Il y a peu encore, participer à cette cuisine « métissée » nécessitait d’être riche. La Bruyère parle avec émotion des paysans de son temps contraints de se nourrir de « racines », à l’époque, carottes et raves, à peu près les seuls légumes d’origine gauloise quand ce n’étaient pas de glands. Faute de pouvoir les saler en raison de l’ignoble gabelle (la TVA de l’époque), ils utilisaient de la cendre de bois !

 

On fait la cueillette des champignons ici : Il fut un temps, il y a seulement 150 ans, où la truffe était en Provence une denrée commune, alors les paysans se gavaient de truffes en saison. C’est d’ailleurs le même mot chez nous qui désigne la truffe et la pomme de terre et le mot « truffe » est une insulte gentille. 

 

truffes

 

 

Pour le reste, chacun ses goûts, qui nous sont dictés par la cuisine de notre mère.

On ne trouve plus dans la province de Kalasin les chauves-souris dont la saveur était réputée, il y a 50 ans ... elles ont probablement toutes été avalées ? Au début du siècle dernier, le capitaine Baudesson fit un séjour de deux ans au bas-Laos. On lui sert du serpent de bananier auquel il trouve un « goût inconnu » et se régale de chauve-souris  « cette bestiole a la saveur d’une caille très à point et offre l’avantage d’une capture facile »

 

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mais il recule devant les rats passés simplement à la braise et le salmis de limace.

 

limace

 

Des goûts asiatiques, il ne faut jamais discuter, vouloir sur ce point comme quelques autres s’accorder entre jaunes et blancs est aussi vain que de marier l’huile et le feu. Nous sommes en Asie où tout reste et restera à jamais une cruelle énigme, gastronomie comprise.

 

Le cuisinier du grand Frédéric plaçait en tête de ses aphorismes précédant ses talentueuses recettes cet axiome de l’art culinaire, il n’est pire animal qui ne s’accommode au goût d’un chacun. C’est vrai : insectes savoureux, rats passés à la braise, œufs malodorants, gros vers de cocotier, molles holothuries, lap d’araignées, oeufs de limule….  Les grecs mangeaient bien des limaces à la vinaigrette, Pythagore se régalait de salades de museau de verrat et detestait les fèves (pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec son théorème) et l’Empereur Tibère se régalait de murènes qu’il nourrissait de la chair de ses esclaves les plus gras. Pour les chinois, une tranche de chien fumé constitue « à dire d’expert » un régal capable de le disputer à une côtelette de porc. Mon expérience de brochette de toutou en Polynésie ne m’incite plus à essayer.

 

Je préfère encore une sauce au poisson délibérément volcanique autour de cuisses de poulet au piment agrémentées de riz gluant. Ici au moins la volaille caquète et roucoule en jouissant des bienfaits de la vie au grand air en cherchant sa nourriture au hasard des épluchures accumulées par le balais des ménagères et ses maîtres ignorent le gavage réparateur qui les acheminerait vers le martyr de l’obèse.

 

Mais après tout, dit un proverbe arabe il vaut mieux manger des puces que de faire bouillir la lune quand son image se réfléchit dans la marmite.

 

Le trinôme ici, comme dans toute l’Asie, c’est poulet-cochon-poisson. Nous trouvons des légumes locaux délicieux, les mêmes d’ailleurs que ceux dont se régalent nos compatriotes d’outre-mer et des fruits qui ne le sont pas moins.

 

Ce que je réprouve dans la cuisine locale est tout simplement l’utilisation abusive des épices, essentiellement du piment. Pourquoi cette passion est-elle partagée par la plupart des habitants des pays chauds ? Voilà bien une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante. Nous connaissons le piment d’Espelette du pays Basque mais il n’a pas le caractère corrosif du piment local (dans son « grand livre de cuisine », Ducasse n’utilise de piment que d’Espelette), et de façon raisonnable dans la cuisine méditerranéenne.

 

piment d'espelette

 

Point de bonne bouillabaisse sans bonne « sauce rouille », chaque famille marseillaise a sa recette mais le piment doux y est indispensable. De tous temps les épices ont tenu un rôle capital pour parfumer les mets. Il est singulier de noter que le piment est inconnu dans les artistiques recettes de nos plus illustres gastronomes, Grimod La Reynière, Alexandre Dumas ou Brillat-Savarin. Certains comparent son âcreté à celle du tabac. Le tabac, je le fume, je ne le mange pas.

 

Dans une revue gastronomique du XIXème, un chroniqueur conclut péremptoirement en disant que les poivres sont l’épice des gens civilisés et le piment, celle des « nègres », je cite en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

 

Alors, quand je lis (souvent) que le sommet de la gastronomie Isan est le fameux « somtam », je m’interroge.

 

Somtam

 

Le piment utilisé à la façon locale ne parfume pas les mets, il en fait disparaître tout simplement la saveur. Poulet au piment, soit, piment au poulet, ça ne va plus.

 

Le sommet de l’incomestible (pour un œsophage farang) est atteint lorsque les Thaïs mélangent les œufs de cette petite bête sympathique qu’est le limule avec un bon vieux somtam. A faire essayer à un touriste qui fanfaronne en prétendant qu’il ne craint pas la nourriture épicée. Le limule est un animal internationalement protégé comme le Saint-Sacrement, on le trouve pourtant partout dans le rayon congelé des grandes surfaces.

 

cuisine thaïe (5)

 

Alors, lorsque je me fais rôtir un poulet  ou que je mijote un poisson au gros sel, je préfère encore l’accompagner d’une bonne mayonnaise, dont Brillat-Savarin a dit que l’on pouvait tout en faire sauf s’asseoir dessus. Lorsque ma femme taille ses lanières de papayes vertes, j’en prends une poignée que j’accompagne d’une sauce rémoulade tout simplement.

 

L’utilisation des épices, ce n’est plus de la simple cuisine, c’est un art culinaire qui nous plonge au coeur de la vraie gastronomie.

 

Les épices ont un spécialiste en France, le seul peut-être, Gérard Vives dont j’ai eu l’inoubliable plaisir de goûter la cuisine lorsqu’il tenait restaurant en haute-Provence. Il est le créateur d'un mélange "piment apprivoisé".

 

 

piment

Allez donc sur ses sites, vous en aurez l’eau à la bouche !

http://www.lecomptoirdespoivres.com/lesepices.html

http://www.gerardvives.com/index.html

 

Pour moi, la cuisine de ma mère (qui était lyonnaise) reste la meilleure du monde autant que celle de ma Provence natale, mais il me plait que mon épouse pense la même chose de la sienne derrière son somtam quotidien. Sa cuisine a des racines millénaires et échappe encore à la cuisine industrielle et mondialisée que l’on trouve hélas de plus en plus dans les 7/11, pizzas ou nems aseptisés et dont l’abus est en train de faire  des petits thaïs obèses "américanisés". Qu’elle continue de « saler » au « nampla », sauce au poisson pourri dont la recette est exactement la même que celle du « garum » dont se regalaient les romains, et du « pissalat » dont se régalent les niçois, je continue de saler au bon sel des salines du sud de Bangkok mais j’ai surtout formellement interdit l’introduction du ketchup chez moi. « Ça pue » lui dis-je quand elle ouvre son pot de kapi, (espèce de pâte de crevettes faisandées), « ça pue » me répond-elle lorsque je confectionne une anchoïade ou une vraie aïoli (ail + sel + huille d'olive et RIEN d'autre).

 

Mais tout n’est pas négatif, loin de là. En matière de boissons locales alcoolisées, j’ai fait (après d’ailleurs le Capitaine Baudesson qui s’en est régalé) d’agréables découvertes dont nous parlerons bientôt.

 

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Le blog de notre ami Titi

http://www.titiudon.com/article-thailande-la-cuisine-de-l-isan-65564135.html

m’ a permis de découvrir le site passionné et passionnant : http://bottu.org/recettes_ndx.htm

Consultez-le tout à loisir, vous y trouverez de nombreuses recettes précédées d’une analyse des épices qui font ou sont censées faire la saveur de la cuisine locale.

 

     Quelques bonnes références bibliographiques :

 

Capitaine Baudesson « deux ans chez les Moïs », in «  Le Tour du Monde », Paris, 1906 page 337 s

«  Le gourmet » du 1er août 1858 « le poivre et le piment » par le docteur Briois

Alain Ducasse « le grand livre de cuisine » tome I

Brillat-Savarin « physiologie du goût » 1825

Grimaud La Reynière « Almanach des gourmands » 1802

Alexandre Dumas « petit dictionnaire de cuisine » 1882

Gérard Vives « Poivres »  février 2011 (Rouergue)

 

Poivres de GV

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 03:07

Terre-de-moussonPira Sudham,  « Terre de mousson », encore ! pourriez-vous dire. En effet, nous avions découvert précédemment, ensemble, un petit roman de 84 pages intitulé aussi  « Terre de mousson », issu du livre « Enfances thaïlandaises ». L’explication est simple.

Nous étions restés, dans notre roman,  en février 1965, Pira Suddham va écrire la suite 5 ans après, pour terminer l’histoire de Prem qui s’achèvera  en juillet 1980. Il réécrira la partie, qui était parue dans « Enfances thaïlandaises », dans un style plus élaboré, tout en gardant la même structure. Mais nous avons désormais un autre écrivain, un grand roman de 270 pages.  « Terre de mousson » donc.


Nous n’allons pas reprendre la partie du roman déjà étudiée qui raconte donc la vie d’ un village de l’Isan de mars 1954 à février 1965 et les « rêves » de l’instituteur Kumjai pour vaincre l’ignorance et améliorer le sort des paysans du village de Napo. Cette partie se terminait sur un bilan d’échec et de découragement, et « son projet » d’aider le jeune écolier Prem à poursuivre ses études à Bangkok.


L’histoire reprend donc en août 1972, et va se poursuivre selon le même procédé chronologique en 10 dates jusqu’en juillet 1980. C’est un roman d’apprentissage, le roman de Prem, que l’on va suivre dans ses études et sa vie en Angleterre jusqu’ à son retour en Thaïlande et dans son village de Napo, huit ans plus tard. On se doute que nous pourrions avoir droit au sentiment de l’exil, à la confrontation de deux cultures, à ses « découvertes », ses interrogations, ses « expériences », ses « rencontres » marquantes, son évolution « intellectuelle », ses « projets » pour l’avenir…


On le retrouve donc en août 1972. Il est toujours au temple et vient de réussir brillamment l’examen d’entrée à l’Université. On apprend que son instituteur Kumjai l’a toujours soutenu et suivi, mais  qu’il vient de partir de « façon inattendue ». Son moine tuteur prend le relais pour l’aider en s’assurant qu’il respecte les 8 préceptes qui font un bon bouddhiste.

Après la 1ére année, il obtient une bourse pour aller étudier en Angleterre. Lors de l’entretien, il est interrogé sur sa participation ou non à la « révolte du 14 octobre 1973 ». Il se souvient alors que le moine tuteur l’avait protégé et que son ami Nit y avait été tué avec des centaines d’autres «  par des soldats et des tanks et des hélicoptères ». De retour au village pour annoncer son départ pour l’Angleterre, il apprend que Kumjai s’en était pris au chef du village et aux « autorités » pour un détournement de fond pour « son » école, et qu’il aurait rejoint les « communistes «  dans la jungle

 

maquis-communiste

Mais Prem ne comprend pas ce combat et estime que Kumjaï ne pouvait pas « s’élever contre les forces de ce pays »  et il avoue : « Kumjai m’effrayait avec sa lutte tenace contre la corruption, l’injustice et l’ignorance ».


En novembre 1974, il est en Angleterre. Il vient de recevoir une lettre de son frère Kiang qui lui transmet des nouvelles de la famille, qui désire sa présence, et qu’il va marier sa sœur Piang, et l’informe que sa « fiancée » Toon l’attend toujours. Pour l’heure, Prem apprécie la liberté vécue : « personne n’était là pour le surveiller, pour limiter ses lectures, contrôler ses pensées ». Il apprécie la liberté de parole des orateurs de Hyde Park, inimaginable sous la loi martiale thaïlandaise. Est-ce un début de conscience politique ? On peut en douter au seul sentiment exprimé d’être resté en vie lors du 14 octobre 1973, alors qu’il sait et dit  que les manifestations des étudiants avaient pour buts de « demander une constitution, le droit de vote, la liberté et l’abrogation de la loi martiale, en vigueur depuis 20 ans ». 

Il ne prend conscience en fait que de ses manques culturels et regrette de n’avoir que de vagues notions du  théâtre et de l’opéra. Par contre, il lit « tous » les auteurs anglais.

 

En décembre 1974, l’ambassade thaïe propose à Prem, malade, d’être hébergé chez Dhani, un autre thaï qui représente l’opposé de son milieu et de sa condition sociale. Il  appartient à l’élite politique  (son père a été ambassadeur aux USA et ministre des affaires étrangères), est issu d’une famille riche, cultivée, aux relations importantes. Dhani a quitté la Thaïlande à l’âge de 10 ans, a étudié à Lausanne, a passé une licence de maths à Oxford, étudie actuellement l’économie  dans une grande école prestigieuse. Prem est reçu cordialement dans un appartement raffiné, où tout respire le luxe ( meubles, costumes, et la voiture Mercédes devant l’immeuble). Dhani reçoit de nombreux amis thaïs issus de son milieu et  qui profitent de son standard de vie. Prem est même reçu avec Dhani par l’Ambassadeur thaï, un « ami » de son père.

Prem est alors loin des 8 préceptes bouddhistes qu’il avait promis de respecter. On attendait des questions, des interrogations, une critique même de ce style de vie luxueux et raffiné. On a un Prem appréciant sa chance d’avoir échappé au massacre d’octobre 1973, et limitant finalement  sa réflexion à la crainte de « devenir un érudit occidentalisé », à des contradictions qui n’ont comme inquiétudes que de « ne pas réussir à écrire des chansons » ! Car Prem ambitionne de devenir écrivain. « Il avait un rêve bien à lui, et c’était de devenir poète ».

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Il est certes un peu  gêné par les  pique-assiettes qui envahissent parfois l’appartement de Dhani, par leur aisance et leur cynisme, mais il oublie vite.

Il sera invité par Dani à Munich et va rencontrer Von Regnitz, un grand compositeur allemand, et Hofenbach, un grand chef d’orchestre mondialement connu. Nous n’allons pas ici  raconter les circonstances et la teneur  de ses rencontres, mais Prem est  si profondément marqué par ces deux grands artistes qu’il se demande s’il peut les garder « comme références pour essayer de créer des œuvres d’art en Thaïlande ». Il avouera : « Il faudra que j’invente un modèle de référence plus réaliste en quittant l’ Europe ».  On est bien dans des questions que peut se poser un étudiant qui a décidé de devenir écrivain


En avril 1976 (un an et demi plus tard), les contradictions, « les conflits et les tensions au contact de l’Occident » sont trop grands. Sa mauvaise conscience l’incite à écrire à son moine tuteur pour lui « confesser ses fautes », la trahison de l’engagement pris sur le respect des 8 Préceptes bouddhistes :


«  J’ai désobéi à la plupart des règles des Préceptes. Je mens, j’éprouve du désir, et je m’adonne à la luxure ; je me délecte du confort et du luxe (…) et je consomme des boissons alcoolisées ». Il se sent entre les deux mondes . « La tentation de se laisser dériver vers l’occident devient trop forte pour résister ». Un occident qu’il définit, à l’inverse du bouddhisme, par « l’engagement personnel, le désir, la conviction, l’individualisme et la consommation », « un besoin effréné de produire et de conquérir ».

Ses talents de poète  sont confirmés par le 1er prix d’un concours de poésie, même s’il rêve encore de devenir maître d’école dans un village de  l’Isan, mais précise-t-il, « avec un projet de survie » pour ne pas mourir comme Khumjai.


En octobre  1976, Prem est fortement marqué (traumatisé ?) par 2 événements majeurs. Il apprend par sa soeur, que Khumjai a été tué dans un accrochage avec l’armée ( « si Kumjai est mort, alors ils ont assassiné un innocent, un rêveur ») et que le 6 octobre 1976 « un nouveau soulèvement sanglant et un changement de gouvernement avaient eu lieu » à Bangkok.

bangkok 1976

Il se demande alors ce qu’il peut faire ? comment se rebeller ?


Il invoque alors l’éloignement, ses responsabilités au village (revoir sa mère malade, éviter un mariage à Toon, sa « fiancé »). Mais le réalisme, (l’égoîsme  ?)  reprend vite le dessus, pour reconnaître son aspiration « à devenir un universitaire et un poète » et  ses « fanfaronnades » sur ses désirs d’aider les pauvres, sa crainte d’avoir désormais « une mentalité anglo-saxonne ». Il est choqué par l’attitude de Dhani qui affiche son indifférence aux « évènements du 6 octobre », mais que fait-il ?  


Il décide d’arrêter ses études, de ne pas passer sa licence, de lire les livres qui l’intéressent…de voyager à Paris, à Berlin (en décembre 1978)…  et de se lamenter sur son sort  (septembre 1977) : il repense à la « malédiction » prononcée pas sa mère (« Tu seras misérable et apeuré, comme les petits oiseaux que tu as enlevés de leur nid »), de geindre : « il payait pour ses méfaits, il était destiné à mener la vie d’un exilé, même dans son propre pays », de se consoler, se racheter ( ?) en pensant retourner au village, à mener une vie de paysan et à écrire l’histoire de Khumjai, de Rit, et des « vieilles gens  sans nom ».

Il est perdu au milieu de ses pensées contradictoires. Il sait qu’il n’a pas le courage, la force, la détermination de Khumjai et de Rit, mais qu’il a besoin de retourner au Pays, au village. Voilà plus de 2 ans qu’il a arrêté ses études ! Il est temps.


En juin 1979, il est de retour à Bangkok. Il va directement au temple de Boropopit, mais son moine tuteur n’est plus là. « Il se retrouvait étranger dans cette ville lumière ». Désoeuvré, il ira boire dans des gogos. Mais le lendemain, il était de retour au village

On peut l’imaginer prendre des nouvelles de  la famille (de Toon), visiter sa sœur, son frère, le chef du village (sur les conseils de la mère), revoir les lieux de son enfance, repenser à ses amis d’alors, à l’école , entendre encore la voix de Khumjai  lui dire, une fois de plus :  « Il fallait que tu partes …pour apprendre… pour que tu saches que la pauvreté, l’ignorance et la corruption sont des données humaines qui peuvent être corrigées » .


Mais en fait on le revoit  au village sans trop savoir ce qu’il a décidé, ce qu’il veut entreprendre pour répondre au vœu de Khumjai ou de  Rit dont il se rappelait la mort, le 14 octobre 1973, comme de l’humiliation subie pas son père. Il était peut-être devenu un érudit « anglo-saxon », mais on ne l’avait jamais vu analyser ses journées de « révoltes » qui  avaient marqué l’histoire du pays, on ne l’avait jamais vu s’interroger sur l’engagement de Khumjai auprès des « communistes », ni même émettre la moindre idée pour « corriger » «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption ». Sa décision de jeter ses « oripeaux d’Occident », ses chaussures, sa montre et ses habits, paraissait bien dérisoire.


En juillet 1980, on était quand même surpris d ‘apprendre qu’il avait finalement décidé de se faire moine et d’assister à son ordination.   Mais un moine qui n’était pas encore « détaché » comme le veut le bouddhisme.

Il était encore dans le ressassement de son échec, dans le repentir du chemin pris, dans les regrets d’avoir choisi de continuer ses études, son désir d’être artiste, de ne pas voir « sauvé » Toon, et … « de n’avoir réalisé aucun des rêves de Kumjai ».

Il avait au moins la lucidité de reconnaître qu’il était « devenu un étranger dans sa propre maison ».


Que dire pour conclure ?

On avait eu le sentiment, au vu du prologue d’ « Enfances thaïlandaises », que Pira Sudham avait voulu nous faire « découvrir » les réalités physiques et spirituelles du village de Napo, un village d’Isan : le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, la pauvreté, l’ignorance et la corruption… Il avait voulu partager l’amour qu’il portait à ses paysans, à  leurs valeurs… mais aussi son désir de changement. Le 1er « Terre de mousson », avec la figure de l’instituteur Kumjai incarnait ce désir d’éducation, ce projet de lutter contre   «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption », même s’il décrira, par la suite, son échec et ses désillusions et comment il fut conduit à prendre les armes et à rejoindre les « communistes ».


Mais on peut se demander pourquoi Pira Sudham a poursuivi son roman avec Prem, celui auquel Kumjai croyait. A moins, peut-être, qu’il se retrouvait dans ce personnage; qu’il avait eu le sentiment de fuir les réalités historiques et politiques de son pays, pour aller étudier en « Occident », qu’il avait eu le sentiment d’avoir abandonné sa famille, sa « fiancée », d’avoir trahi Kumjai, son ami Nit, et même l’engagement qu’il avait pris avec son moine tuteur de respecter les 8 préceptes.


Certes un personnage de fiction reste un personnage de fiction, mais j’ai le sentiment que Pira Sudham a dû se retrouver dans ce Prem, car comme lui, il aime « son peuple et sa terre », comme lui, il a été « arraché à la pauvreté grâce à son instituteur, puis à l’octroi d’une bourse » (Cf. préface d’ « Enfances thaïlandaises »). Mais à l’inverse de Prem, il s’est engagé concrètement pour aider les enfants à poursuivre leur études (Cf. par exemple son action au sein des « Enfants du Mékong »), et réussi à devenir un grand écrivain.       

 

 enfants-du-mekong2-jpg

 

 

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pira Sudham, Terre de mousson, 1998, Editions Philippe Picquier pour l’édition de poche.

1988, Shire Books pour l’édition originale.

1990, pour l’édition Olizane S A, Genève pour l’édition française.

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 03:04

enfance thaieLa littérature de l’Isan  : Enfances thaïlandaises, de Pira Sudham, coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

Nous savons que la littérature n’a pas pour principale fonction de nous informer, mais elle le fait aussi. Elle est même parfois la seule à nous révéler les « réalités » que nous ne voulons pas voir, et même « l’invisible ». Ici, nous avons pensé que le grand écrivain de l’Isan, Pira Suddham, était le mieux à même de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60, ses dures conditions de vie, ses rituels, ses valeurs, enfin sa « culture ».

 

Le livre propose un prologue, cinq nouvelles : La pluie, En terre étrangère, Drame, La semaine, La propriété et l’honneur), et un petit roman (84 p.), Terre de mousson.

 

1/Le prologue donne le ton et nous plonge dans les dures réalités des villages de l’Isan, avec ses attentes inquiètes de la  mousson, ses périodes de chaleur intense, de disette, de combat pour survivre, de pauvreté,  auxquels  s’ajoutent l’ignorance et la corruption. Le narrateur regrette amèrement que cette vie misérable, ce cercle vicieux,  soit acceptée comme le prix du karma. Il aimerait tant que « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption soient considérées « comme des contingences qui peuvent être amendées ou surmontées ». Mais malheureusement le changement qu’il voit  à l’œuvre  : les jeans, le plastique, l’électricité avec les télévisions, les réfrigérateurs, la société changée avec l’entre- aide qu’il faut désormais payer, les migrants du Moyen Orient qui reviennent au village avec leur argent , des idées et des visions nouvelles, le style dit « moderne », ne semble pas inaugurer une période plus heureuse. Surtout qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».

 

2/ La pluie illustre à travers les yeux de deux enfants, Kum et Dan, l’apprentissage du rituel pour faire arriver la pluie « Pourquoi est-ce que les grands font toutes ces choses ? ». Dan voudrait tant comprendre, du haut de ces 6 ans,  pourquoi les moines, les villageois accomplissent tous ces rites magiques pour faire venir la pluie. Dan voudrait tant soulager la souffrance de ses grands-parents, qu il tentera, en vain, de faire un sacrifice aux esprits avec son sang, dans l’attente de la pluie, qui ne vient pas… 

 

3/ En terre étrangère, relate la séparation de deux frères, l’un resté au village et l’autre parti vivre à l’étranger, à travers des lettres qu’ils échangent.

Le frère du village lui donne des nouvelles, du travail des champs, de la nouvelle récolte, des nouveaux buffles, de la famille qui espère son retour ; il lui transmet aussi le sentiment heureux d’accomplir son devoir. Tandis que son frère se lamente :

« Vivre à l’étranger signifie plus qu’être exclu : c’est se souvenir du passé, et pleurer sur les êtres aimés laissés derrière soi »
Alors renter au village ?

Il dit qu’il ne peut plus vivre comme ses parents même s’il sait que son frère «  a trouvé le sens de l’existence » , en reprenant le rôle des parents désormais âgés, en les aidant, et en étant fier de son travail. Il ne peut qu’exprimer ses regrets, et se rappeler avec nostalgie des moments heureux du passé.

 

4/Drame raconte un autre chemin possible pour s’en sortir à travers le parcours de deux femmes Nipa et Salee. Mais là encore le départ du village ne leur apportera pas le  bonheur, loin de là.

 On assistera au parcours hélas bien connu : Une femme de la ville, bien habillée, recherche des domestiques pour Bangkok … et on se retrouve femme « louée » (mia noï) ; puis dans un bordel, et ensuite à chercher le farang à Pattaya … Salee, déçue retourne au village et peut croire encore au bonheur après avoir croisé le regard et le sourire « innocent » d’un jeune villageois juvénile. Nipa sera assassinée en dehors du village par des bandits après avoir tenté de recruter des jeunes filles pour son nouveau projet de bordel. 


On se rend compte avec ces trois nouvelles que la vie est difficile dans le village d’Isan avec sa pauvreté, sa disette périodique, auxquelles s’ajoute la corruption venue de l’extérieur (les grands projets de développement détournés, les autorités de la ville) et l’exploitation de son ignorance (avec les marchands passant au village, le Chinois achetant la récolte).


Mais cette vie est aimée, est sujet de fierté, d’héritage « culturel » qu’il faut transmettre, mais qu’il faudrait aussi changer. Le narrateur estime que  la croyance bouddhiste au Karma empêche toute prise de conscience, toute révolte, tout moyen de bouleverser cette misère. Il montre que les moyens  individuels choisis pour s’en sortir, le départ à l’étranger, les filles « tarifées » n’apportent que désillusions ou malheur aux intéressés. Il estime que les migrants au Moyen-Orient qui reviennent au village n’apportent pas le changement souhaitable avec la monétarisation des relations, et leurs idées dites nouvelles  (les maisons en dur « modernes » n’ont pas le charme des maisons  d’autrefois).


Et pourtant il constate, (il regrette ?)  qu’au fil du temps, le changement, les transformations sont à l’œuvre et modifient la vie traditionnelle des villages d’Isan ( le jeans, plastique, électricité, réfrigérateur, télévision, l’argent qui arrive de l’extérieur, les maisons  en dur …). 

 

5/ La semaine, nous montre une autre réalité  des « Lumières de la ville », à travers l’anecdote de la facture d’électricité que l’on ne peut pas payer. Cette nouvelle présente à travers quelques traits,  la vie de ces migrants qui quittent le village pour Bangkok, pour  ne trouver finalement  que des petits boulots (marchande ambulante de gâteaux pour la mère ou chauffeur de taxi et l’aventure du travail en Arabie saoudite pour le père, et l’espoir de s’en sortir), et une autre forme de misère. Cette nouvelle est racontée par le regard d’un enfant qui apprécie cette nouvelle vie, le monde de la rue, mais qui doit aussi apprendre le prix de la misère, sans perdre sa dignité « si importante pour sa maman ».

Les valeurs

En effet, ces nouvelles nous décrivent les « misères » des paysans de l’Isan au village ou en ville, mais insistent sur l’héritage des valeurs, qui donnent sens au travail des rizières, qui relient les familles, qui constituent la « richesse » de ces déshérités. Nous avons déjà vu la fierté exprimée du travail du paysan, son devoir d’aider les parents vieillissants, et de  s’entre-aider, sa relation privilégiée avec la nature, son attention aux autres vivants, aux  buffles qui l’aident dans son travail, à sa dignité qu’il faut défendre, et son « honneur » dans la nouvelle qui suit. 

 

6/ La propriété et l’honneur. Cette nouvelle nous présente à la fois, comment la ville étend ses tentacules, mange les vergers, élimine le travail bien fait de ses paysans, et  le combat d’un vieillard face au « progrès », face à un projet qui prévoit de transformer des riches vergers en lotissements industriels. Il est le dernier à résister aux propositions et aux menaces des « spéculateurs» et promoteurs. Il le payera de sa vie, le prix de son « honneur ».  Là encore, on va assister à ce déni de justice à travers la relation d’un enfant avec ce vieillard qui lui apprend à respecter la « propriété et ce qui appartient à autrui. », à partager les fruits et légumes du jardin avec les nécessiteux, et à résister à tout « envahisseur », même au prix de sa vie.

Le livre va donc se terminer par un petit roman qui va présenter la vie d’un village d’Isan pendant 11 ans, de mars 1954 à février 1965.

 

7/ Terre de mousson, en 84 pages, raconte à la fois, la vie du village de Napo en Isan sur 11 ans, à travers 5 chapitres chronologiques : mars 1954, juin 1958, mars 1961, janvier 1963, et février 1965 et surtout l’enfance de Prem et sa rencontre avec un instituteur hors du commun, Kumjai, qui a le projet « fou », non seulement d’apprendre à lire et écrire aux élèves du village,  de « développer l’esprit » mais aussi  de croire, comme le dit le prologue,  que  « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption » puissent être « amendées et  surmontées ». 

terre de mousson

Mars 1954. (La naissance de Prem au village de Napo)

Le roman s’ouvre avec la naissance de Prem Surin, le 6 ème enfant de Booliang Surin, que le père va de suite enregistrer, avec respect,  chez le chef du village. Kiang, l’ainé, va le  prendre sous son aile, le surnommer le têtard, et très jeune l’initier aux us et coutumes  que doit savoir tout jeune paysan. Il lui apprendra à monter sur un buffle par exemple. Très tôt, malgré la défense de sa sœur Piang, on le nomme « le muet ».


Juin 1958. (Prem découvre le monde)

Kiang poursuit « l’éducation » de son jeune frère, lui apprend à lire les présages pour la venue de la pluie « inscrits dans la forme et le mouvement des nuages » et les tabous à respecter (ne pas défier le ciel, ne pas s’opposer aux puissances des ténèbres, ne pas faire de commentaires sur les nuages, ne pas montrer du doigt l’arc-en-ciel), mais aussi le « piégeage des oiseaux »... Et puis un jour, Prem tomba dans un étang, faillit se noyer et fut sauver par le devin du village, qui réussit à éloigner l’esprit qui voulait le capter, avec l’aide des parents qui suivirent le rituel avec force de  promesses de repas, de dons fait aux moines. Le muet, miraculeusement se mit à parler. Beaucoup, dès lors le craignirent, pensant que l’esprit l’avait adopté et donné des pouvoirs surnaturels. Le nouveau chef, franchement élu, ne put supporter son regard et lui lança même un jour une pierre à la tête.

 Prem ne dit rien, comme il ne dit rien sur la façon que le nouveau chef avait été  élu en achetant chaque voix 10 baths, alors qu’il savait déjà même si jeune, que « dès que l’homme fut installé dans une position qui l’investissait du pouvoir des maîtres, avec la policiers et la loi de son côté, il l’utilisa à son profit ».

A ce stade, le début du roman nous introduit dans un village d’Isan, à travers le regard d’une famille et l’arrivée de Prem dans ce monde, qui découvre  la vie de jeune paysan, les riziéres et la vie animale,  le monde surnaturel et des esprits, les tabous, et les rituels à accomplir en certaines occasions, le respect dû aux moines et au chef du village. Il découvre aussi  l’amour de sa famille  et la « méchanceté »  humaine et la corruption.

 

Mai 1961.(L’école et l’instituteur)

Prem a 7 ans et son frère Kiang lui apprend qu’ « à partir de maintenant », il va devoir aller à l’école car dit-il, « Tous les garçons et les filles entre 7 et 14 ans doivent apprendre à lire et à écrire ».  Et on va découvrir un autre univers, l’école, et un nouveau personnage, Kumjai l’instituteur, sa mission et ses projets.

Prem va découvrir le salut au drapeau et l’hymne national, que l’instituteur lui parle avec « des paroles étranges et obscures » dans une autre langue que la sienne, le thaï, qu’il devra apprendre, ses premières leçons, l’alphabet,  les rejets et affinités, les bagarres en cours de récréation…

On va aussi avoir le 1er portrait de Kumjai, qui, le premier a ouvert la 1ère école primaire du village de Napo, en dehors du temple, ses difficultés pour convaincre les parents que l’école était aussi pour les filles. On apprend ses efforts pour s’intégrer aux villageois, mais comment réussir quand on ne joue pas et qu’on ne boit pas…et qu’on ne s’intéresse pas aux filles à marier du village. Il est aussi touché par la mort du vieux chef qui le soutenait et « les dessous » de l’élection du jeune chef.


Janvier 1963 (L’humiliation subie lors de la vente de la moisson, Les valeurs des parents)

Prem à bientôt 9 ans va découvrir en ce mois de janvier, comment son père est volé lors de la vente de sa moisson, à  la ville de Muang, située à 60 km. Le narrateur précisant « Le propriétaire du moulin, les grossistes, les revendeurs et les boutiquiers, en majorité des Chinois, s’étaient considérablement enrichis en commerçant avec les paysans illettrés ». En fait Prem est traumatisé, à la  fois parce que son père fait appel à lui pour savoir si le montant est correct, mais surtout par l’humiliation qu’il subit sans  broncher.

Elle est aussi pour lui l’occasion de se remémorer les valeurs défendues par ses parents : « la richesse de la vie spirituelle »  comme lui disait sa mère, le respect dû aux moines, les offrandes pour obtenir des « mérites », ou comme son père qui trouvait « son bonheur dans une  saison favorable, dans le respect des jeunes pour les vieux, dans l’affection et les égards des voisins les uns envers les autres ».

Prem rappelle aussi la nécessité et l’ humiliation subie quand il fallait mendier le riz en temps de disette . Prem ressent alors le désir de protéger son père des insultes et de l’indignité.

 

Février 1965. ( Khumjai, sa mission d’améliorer le sort des paysans et de leurs enfants, sa solitude, ses « rêves », ses désillusions… son désir d’aider Prem à poursuivre ses études. )

La dernière partie  est la plus longue et voit l’instituteur Khumjaï établir en quelque sorte un bilan de sa vie après 10 ans passés parmi les villageois de Napo. Il est conscient qu’il a partagé à la fois leur dure existence (connu la disette, la famine,  l’eau manquante….) mais qu’il a une « position » différente  et qu’il est vu comme un « dingue » pire, « un étranger ». Il est le seul à posséder des toilettes, à prêter de l’argent sans intérêt, à penser, à rêver (? ) au développement du village ( des toilettes pour tous, une paire de chaussures pour chaque enfant, des médicaments et des soins au village, une digue et surtout combattre l’ignorance pour les empêcher d’être victimes de ceux qui s’enrichissent sur leurs dos. Il ressent profondément sa solitude, comme lorsqu’ il a construit cette école primaire en dépensant une partie de son salaire, et en mettant en œuvre des quantités d’actions pour l’améliorer, année après année. 

Il se rend compte qu’après 10 ans, il est seul à porter  ces rêves,  ces aspirations d’éducation et d’amélioration du sort de  tous. Il se sent découragé et voit les limites de son pouvoir et de ses actions. Il ne peut rien en cette nouvelle fin d’année scolaire pour  empêcher ses élèves  de « retrouver le cours naturel de leur vie », « dominée par la pénurie, les superstitions, les inondations et les  sècheresses, par la maladie et l’implacable pauvreté ».


Il est désenchanté et pense alors à un nouveau projet, plus limité mais peut être plus solide : former une  personne. Il pense naturellement à Prem qui a fini premier et qu’il voit ensuite lire le livre de poésie qu’il lui a offert. Il va présenter son projet aux parents, et chercher les moyens pour le soutenir. Il trouve un ami moine qui accepte au temple de Borombophit de l’accueillir comme servant.

On voit ensuite Prem, rapidement,  dans sa nouvelle vie au temple, dans la découverte  de ses premiers farangs en visite touristique, de la rencontre de Nit,  rejeté par les autres moinillons comme « rouge » parce qu’il sert un moine réputé « dangereux pour ses idées ». Prem écrit alors à Kumjaî pour savoir ce que sont ces idées « dangereuses ».

Le roman se termine sur Kumjai voulant rendre visite à Prem et qui une fois de plus, en chemin,  se sent impuissant devant une situation de misère (un couple de vieux, humiliés, car  n’ayant pas les moyens de se faire soigner).

 Il se rappelle alors les moments difficiles, «  le toit de l’école qui rendit l’âme », les murs soufflés, les refus  pour l’aider, ses efforts inutiles pour changer les mentalités, vaincre l’ignorance. Une fois de plus, « Le temps paraissait avoir perdu sa signification et sa valeur. Ce n’était que souffrance, maladie et mort».

 

Le roman  se termine donc sur l’incertitude du sort de Prem parti étudier à la ville et sur le désarroi et le découragement profond de Kumjaï conscient de son échec.

 

 

Le prologue avait tenu ses promesses.

Nous avions partagé, le temps d’une lecture, la vie des paysans de l’Isan : leur vie difficile avec l’attente inquiète de la mousson, les moments de sècheresse et d’inondation, leur fierté du travail des rizières, leur pauvreté. Nous avons aussi avec eux accompli les rituels, fait les offrandes au temple, pour «se protéger » des esprits ou demander leur aide.

Nous avons aussi compris avec le narrateur de Pira Sudham qu’ils avaient des valeurs importantes, une « richesse spirituelle » comme disait la mère de Prem, une culture « authentique » que le « changement » venu de l’extérieur commençait à miner.

 Mais Pira Suddham  ne cachait pas les tristes réalités avec l’ignorance, la corruption, la disette souvent, et son désir, vain, de voir ces frères d’Isan prendre en charge leur changement, l’amélioration de leur vie. Il aurait voulu qu’ils suivent les « idéaux » de l’instituteur Kumjai.  

 

Il voulait que « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption soient considérées « comme des contingences qui peuvent être amendées ou surmontées ». 

 

 pira-sudham-book-signing

Vous pouvez aussi lire le petit article que Gérard a consacré à Pira Sudham :

 

http://gerard.pissamai.over-blog.com/article-pira-sudham-un-ecrivain-d-isan-66365523.html 

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