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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 03:04

  photo guide dubusLa vision de l’Isan selon Arnaud Dubus  :« journaliste indépendant, vit en Thaïlande depuis 1989. Il travaille pour RFI, Libération, Le temps, Marianne et TV5. (…) Parlant couramment le thaï, il se passionne pour l’histoire, la politique et la culture de ce pays ». Il vient de publier en 2011 un « guide » présentant la Thaïlande ( Histoire, Société, Culture).


 Il nous a paru  intéressant de présenter sa vision de l’Isan, qui apparaît spécifiquement dans le chapitre 2 : « le Nord-Est, cœur rural du royaume » (p.43) et au chapitre 5 «  Le poids de l’Isan » (p.103) et dans d’autres pages disséminées surtout au dernier chapitre où il présente la « Musique des rizières, théâtre des campagnes ».


1.      Le Nord-Est, cœur rural du royaume (3p.)


La première phrase est explicite et justifie notre curiosité : « Le pays isaan possède sans doute l’identité culturelle la plus prononcée.Tout ici, de la musique à la nourriture, de la langue à l’artisanat, porte la marque spécifique de l’ Isaan, qui le distingue nettement de la culture nationale thaïlandaise, telle que définie par la bureaucratie de Bangkok ».

DubusUne spécificité qu’il explique rapidement par l’origine du  peuplement (khmer au XI ème siècle et lao au cours des siècles suivants) (Il y en a d’autres. (Cf. Notre article « Langues et dialectes en Isan) ayant composée une culture populaire vivante, qu’il nous invite à apprécier à travers la tradition musicale (Cf. ch. 11), le tissage de la soierie, la cuisine, sa langue…


Toutefois, cette spécificité culturelle n’est pas ici présentée dans sa dimension « historique », dans la lutte idéologique et violente que les Thaïs siamois ont imposé au pays d’Isan, depuis le roi Chulalongkorn, mais surtout  le régime fascisant du dictateur Phibun dès 1938 et que l’on peut appréhender sous le concept de Thaïness (thaïfication).  (Cf. notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html )


Dubus ne l’ignore pas et traite cet épisode de l’Histoire dans le chapitre 5 « Le Nationalisme thaïlandais » Ce n’est donc pas «  la bureaucratie de Bangkok »  qui a défini cette culture. De même, quand il évoque les guerres civiles pour expliquer  l’installation des Lao en Isan,  il oublie  ici, ce qu’il reprendra dans le chapitre 5 : comment après avoir rasé Vientiane en 1828, « des dizaines de milliers de Lao, prisonniers de guerre, ont été déportés dans le Nord-Est ».  

Ce qui peut aussi expliquer pourquoi « La région a été périodiquement secouée par des rebellions contre l’autorité centrale » et de citer les maquis communistes et les bases US en Isan pendant la guerre du Viet Nam. En fait, beaucoup d ‘informations sont données mais sans  réelle explication historique et  politique récente (rien sur ce que représente les « rouges»  si essentiels pour comprendre le présent).


RizieresEnsuite Dubus traite ce qui évidemment marque tous les observateurs, à savoir la pauvreté, qu’il explique par le peu de ressources naturelles, les conditions climatiques (sécheresse et inondation), une ruralité peu urbanisée, et donc des conditions de vie très difficiles (11 815 baths de revenu mensuel contre 17 786 au niveau national  en 2006. (Sic) (J’ai trouvé en 2002, le salaire moyen à 3928 baht par mois (env. 90 euros) et une moyenne nationale de 6445 baths ).  


Une fois de plus, on ne trouve pas  le rôle du pouvoir politique et économique des familles royales, des militaires et des « Chinois » aisées de la capitale. On ne dit pas pourquoi cette Région a été délaissée par les élites politiques et économiques.


Il sera plus facile de dire que les Isan se caractérisent par leur joie de vivre et leur insouciance, « pendant de  leur endurance », ce qui est d’ailleurs vrai. 


Il en donnera 3 exemples :


une  capacité de survie dans la cueillette  (dénicher fourmis et lézards), une migration annuelle pour chercher des petits boulots à Bangkok et, dit-il sans aucune précaution morale, le travail des filles dans les « célèbres massages érotiques ou dans les gogos bars de quartiers chauds de la capitale » (Chacun sait qu’elles ne sont que dans la capitale !!!).

Il cite le célèbre écrivain  Pira Suddham  pour justifier cette présentation : « Avec endurance, nous acceptons notre destin comme quelque chose auquel on ne peut pas s’opposer » ; Mais le hic est que ce livre « Terre de mousson »  date de 1988, et que justement depuis 1997, la nouvelle Constitution, et  en 2001 tout a changé… L’Isan a pris conscience qu’elle pouvait désormais participer au pouvoir politique et donc économique.


Jaune et rougeD’ailleurs Dubus n’ignore rien de la vie politique du pays  (Cf. ch. 2006-2010 : Chemise rouges contre Chemises jaunes. p. 158 et son encadré sur le PAD ( chemises jaunes) p. 159). Il écrit sur « Le phénomène Thaksin » (p. 153) et note aussi page 176 : « L’arrivée au pouvoir de Thaksin Shinawatra, en 2001, marqua un changement radical ». Mais son sujet étant la Thaïlande, il n’a peut-être pas voulu se répéter et appliquer cete grille politique pour comprendre l’Isan.


Le poids de l’Isan ( pp.103-105). 


Après avoir rappelé brièvement les 3 événements majeurs historiques qui ont marqué cette terre d’Isan à savoir : Baan Chiang (qu’il situe entre 2000 et 4000 ans avant J.-C. (Cf. notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html et notre  désaccord sur cette datation), le royaume khmer (dès le IX, X ème siécle), et l’immigration et les déportations lao (surtout au XIX ème), Dubus va nous donner 2 caractéristiques qui seraient donc sensées nous donner le « poids de l’Isan » :


La 1ère est incontestable :


-          23 millions d’habitants, un tiers de la population thaïlandaise (majorité de Lao et une minorité de Khmers) et ajoute-t-il, non sans sous-entendu, « un poids électoral important » !

Ces données apparemment données dans leur évidence suggèrent en fait le principal problème (avec l’ intégration du Sud) de la Thaïlande, surtout qu’il ajoute  « souvent ostracisés par les habitants de Bangkok qui les considèrent comme  rustres et arriérés ». Il n’est pas sûr que le choix, une fois de plus,  de cette présentation a-politique soit la plus pertinente pour aider à comprendre la situation actuelle de la Thaïlande et cela d’autant plus que notre auteur n’est pas dupe de l’exploitation éhontée de la main- d’œuvre des migrants de l’Isan, à qui il attribue la construction, «  à la sueur de leur front, des immenses complexes commerciaux et les gratte-ciel de Bangkok ( …) où les gens du Nord-Est ne se rendront plus jamais plus une fois le chantier terminé ».

 

La 2 ème est la transformation de l’Isan.


Dubus nous donne quelques exemples de « cette évolution économique et sociale », comme les hôtels de luxe, centres commerciaux et discothèques de Korat, le jean à la place du sarong, « l’ omniprésence des motos et des véhicules utilitaires ». Certes !


Il aurait pu évoquer les nouveaux modèles de la société de consommation, le développement d’internet et des cybers cafés, et le rôle des médias …

 

Il estime surtout que la transformation est due à l’éducation («l’énorme majorité des jeunes terminent leurs études secondaires et poursuivent leur éducation dans une  école professionnelle » avec ce constat ou ce sentiment : « aucun ne reprendra la charrue de ses parents ».


Notre article sur l’éducation relativise quelque peu cette présentation optimiste (« seuls 6 % suivent le niveau secondaire et 1,13 % vont jusqu’ à l’ équivalent du bac ». Dubus, ailleurs (pp.144-146), dénonce « la médiocrité du système éducatif », le conservatisme du corps professoral, le manque de sélectivité et la multiplication des diplômes généralistes, la « massification » de l’enseignement supérieur… et ce chiffre « terrible » : « En 2002, 70% de la force du travail n’avait pas dépassé les six années primaire »

 

Mais nous pouvons aussi penser  que la société capitaliste avec son modèle consumériste, relayé par la télévision et ses valeurs de la bourgeoisie thaïe et de la classe moyenne, et la nouvelle civilisation d’internet jouent un rôle plus déterminant.

On peut aisément croire que les 37%  des moins de 25 ans (soit env. 8 millions de personnes) ne désirent plus aller aux champs, mais désirent-ils aussi continuer d’alimenter la main-d’œuvre sous-payée de Bangkok ou des villes. Les filles rurales d’Isan n’auront-elles toujours comme choix de promotion que les salons de massage, les gogos ou les bars des villes ou le mariage avec les farangs.

 

Enfin, dans son dernier chapitre (ch. 11), dans un beau  titre  «  Culture, entre le village et le palais », Arnaud Dubus, n’oublie pas une bonne présentation de la « musique des rizières, théâtre des campagnes », « une culture rurale vivace et enracinée dans le folklore local ».

 

Pour conclure, nous estimons qu’en 7/8 pages consacrées à l’ Isan, Arnaud Dubus nous donne un maximun d’informations utiles pour comprendre cette région de Thaïlande, même s’il n’applique pas suffisamment à l’Isan, les données politiques qu’il nous livre ailleurs dans le livre.


Un des meilleurs livres pour découvrir la Thaïlande.

 

 

Arnaud Dubus, « Les Guides de l’état du monde », « Thaïlande, histoire, société, culture », Ed. La Découverte, 2011

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 03:16

amulettes siamoises-60 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ? 

Nous terminions notre article précédent en suggérant que les Isans (comme la grande majorité des Thaïs ?) étaient avant tout animistes avant d’être bouddhistes. Ce sentiment éprouvé, qui n’a rien ici de sûr, s’appuie sur les pratiques observées dans la vie de tous les jours, d’autant plus difficile à démontrer, que cet animisme est « imbriqué » dans  le calendrier et le rituel bouddhiste.

Certes tout le monde reconnait comme par exemple Pornpimol Senawong, dans « Les liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture », que l’animisme avec sa croyance aux  esprits constitue le socle culturel fondamental  commun à tous les Thaïs : « Bien que la majorité des Thaïlandais soit bouddhiste, l’animisme a une grande influence sur leur vie ».


On ne peut nier l’évidence.

Tout dépend donc du « degré  d’influence » que l’on accorde, et de la place et du statut que l’on a au sein d’une société « officielle » qui associe le roi, le drapeau et le bouddhisme.

 En effet, le culte des esprits avec  leur interaction sur le monde du vivant est bien plus ancestral que les autres grandes religions connues dans le monde. La population asiatique croyait aux esprits des défunts, des esprits maléfiques ou de bienveillance et aux génies avant  la propagation du bouddhisme.

Le bouddhisme a certes  implanté profondément la croyance au karma, qui promet une vie future meilleure et plus heureuse à ceux qui accomplissent des actes méritoires  et un sort misérable à ceux qui accomplissent des mauvaises actions.


Aussi les Isans ont bien compris que faire des dons à la sangha, offrir de la nourriture aux moines, entretenir les temples, participer aux cérémonies bouddhistes, et offrir l’aumône, sous forme de bougies, fleurs et encens,  passer une période de sa vie dans la sangha  sont considérés comme actions méritoires. La plupart des fidèles espèrent s'assurer le bonheur et les plaisirs dans la vie future, soit au cours d'une nouvelle existence terrestre, soit dans le monde céleste.

Si l’accumulation de mérite – bun en thaï, du terme Punna en Pali – est censé exercer une puissante influence sur la vie future et les renaissances futures (voir le proverbe : tham dii, ddi dii ; tham chûa, ddi chûa : « les bonnes actions mènent à de bons résultats ; les mauvaises actions à de mauvais résultats »), nous pensons que la majorité préfère ne pas attendre la « béatitude » et espère plus simplement devenir riches ou obtenir plus d’aisance dans le futur proche.


Tout est ici question d’interprétation.

On peut par exemple signaler que « Les mérites gagnés peuvent également être transférés à des proches ou d’autres personnes que nous aimons, y compris ceux qui nous ont quittés. » et déclarer : «  Un tel partage du mérite, qui reflète l’esprit thaïlandais de générosité et la fidélité à la famille, peut être demandé officiellement au moment du don aux moines et aux monastères ». On peut aussi y voir un  détournement du « bun ».  


Bref, nous pensons que Bouddha en Isan a été déifié et considéré comme l’esprit le plus grand et donc le plus efficace pour parvenir à une vie meilleure. Bien qu’au sommet du Panthéon, il  prend place parmi les autres esprits, qu’il faut savoir amadouer, « prier », pour obtenir un gain immédiat. Il est bien sûr possible que certains puissent faire co-exister les deux « religions », pourtant si contradictoires.

L’Isan croit aux esprits, aux divinités résidant dans certains objets ou éléments de la nature, à de nombreux êtres spirituels qui contrôlent et agissent dans  différents aspects de l'environnement naturel et social. Il  vit dans le sacré, dans un temps et un espace social et géographique sacrés. Il sait ce qu’il faut faire pour vivre ce sacré. Il connait le rituel à suivre dans le calendrier, les cérémonies qui marquent  les étapes de sa vie et de ses activités. Il ne peut accomplir aucun acte important de sa vie sans demander au préalable à un moine, s’il doit le faire ou quand il doit le faire (se marier, construire une maison,faire un voyage, etc …). Il doit être en harmonie avec le cosmos.   Il connait les endroits sacrés, qu’il faut honorer. Chaque village ou chaque province a son arbre sacré, séjour d’un esprit, auquel on offre des sacrifices lorsque les pluies tardent par exemple. On a peut-être oublié qu’en Gaule avant le christianisme, le culte des arbres était très populaire. On préfère de nos jours parler de superstitions.


En effet, il  n’est pas de journaux, de magazines thaïlandais, de guides  qui ne signaleront ces « croyances », ces « superstitions » : « La Thaïlande, ses esprits et ses fantômes  (Thailander, 16 juin 2008), ou « Croyances : À la chasse aux fantômes ! » Patrick Aventurier (Gavroche, juin 2011).

Récemment, Michèle Jullian dans son blog http://michjuly.typepad.com/blog/udon-thani/ était plus courageuse : « Prédictions, astrologie, rituels, pouvoirs surnaturels, croyances, formules magiques…. Ces pratiques, pour moi, n’ont rien à voir avec le Bouddhisme tel que je le conçois, mais ont tout à voir avec la superstition, donc à une forme primitive d’animisme »…et de donner des exemples.

« Cette pratique (passer sous le ventre d’un éléphant qui vient d’avoir un petit, porte chance) est courante en Thaïlande et Thaksin l’ex Premier Ministre s’y serait plié par deux fois parait-il (dixit Pasuk Phongpaichit et Chris Baker : « The spirits, the stars and thaï politics ») » et d’évoquer aussi l’utilisation de  l’astrologie en politique. « Au-delà de la lecture des astres et de leur influence sur les événements, il existe bien d’autres pratiques en Thailande » qui veulent prédire le futur, changer le cours du destin ou « inverser le karma »… ou « plus simplement « faire venir l’ argent ».


Tous reconnaissent que les Thaïs ne sont pas avares de divinités mêmes hindoues, de multiples esprits qui jalonnent leur espace et leur temps,  de croyances animistes, de superstitions.  

Et si on inversait, et si comme je le crois, les Isans (et les autres Thaïs ? ) étaient avant tout animistes et avaient aussi des croyances bouddhistes qui leur permettaient de vivre en paix, avec le Pouvoir en place. Ou, si l’on veut être plus prudent :

« Loin de rentrée en conflit avec le bouddhisme, ces croyances y ont été assimilées, ainsi les esprits se placent à un niveau intermédiaire entre les hommes et les divinités hindoues, et sont des serviteurs de Bouddha. »


Si la « thaïfication » a réussi  à faire oublier leur origine lao ou kmer aux Isans, il semble qu’elle n’a pas réussi à éradiquer les « superstitions »  ancestrales, leur religion animiste. Et là encore, à l’inverse,  si ces « superstitions », ce culte des esprits et cette pensée magique  étaient encore ce qui donne sens aux villageois de l’Isan, leur religion. Et s’ils avaient détourné le bouddhisme en l’intégrant à leur religion ? Curieuse hypothèse ?


 Le Culte des esprits 

Le culte des esprits est une croyance animiste très ancienne, on parle de "chai thé" génie, gardiens du sol, des champs, des arbres, des maisons...Ils sont chargés de tenir éloignés les « Phi », les esprits malveillants.

Ainsi par exemple, chacun peut voir, en circulant, devant presque toutes les maisons, les maisons des esprits (san phra phum), ses maisons thaïes traditionnelles miniatures, destinées à abriter les Seigneurs des lieux, les pra phum (langue formelle) ou chao thi (langue populaire) chargés d’éloigner les mauvais esprits. On a soin (presque) tous les jours d’y offrir nourritures, boissons, encens et fleurs.

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Certains n’hésitent pas à se protéger aussi en demandant aux moines de dessiner des symboles protecteurs  sur les murs de leur maison (ou le plafond de leur voiture). 

Il existe aussi des esprits diaboliques (phii) qui entrent en possession de personnes, surtout les fantômes issus d’une mort violente (phii thai hong) ou inexpliquée. On redoute surtout les femmes enceintes (phii tai hong tong klom) mortes  avec leurs foetus.

Patrick Aventurier dans le Gavroche de juin 2011, « Croyances : À la chasse aux fantômes ! » relate que : 

« A Takhianran, au coeur de la province de Sisaket, le chagrin et le deuil ont laissé place à l’incompréhension et à la peur. Le décès d’une jeune femme de 25 ans, morte dans des circonstances inexpliquées, a plongé la communauté dans la psychose.

Convaincus qu’un fantôme est responsable de cette tragédie, les villageois vivent dans la crainte d’un nouveau drame. On redoute de marcher seul dans la rue à la nuit tombée, on jure l’avoir aperçu au détour d’une ruelle ou près de chez soi, on sent sa présence à chaque instant.
 » [ …] «  Pour parer à la menace et chasser leur fantôme, les habitants de Takhianran ont commencé à confectionner des épouvantails avec les moyens du bord et à les installer devant leurs maisons. ». Il nous décrit la cérémonie spectaculaire des femmes en transe, qui avec leur chamane, vont combattre le démon invisible, parfois pendant des jours,

Il nous certifie que « Dans cette région extrêmement pauvre et rurale, composer avec les esprits conditionne et rythme le quotidien. »

Rien n’arrivant au hasard, le moindre incident, maladie inexpliquée, mauvaise récolte seront atttibués à la malveillance d’un Phi,  nécessitera une « cérémonie » adaptée à la menace. A l’inverse, il n’est pas inutile de s’en protéger.

Le culte des « amulettes »

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Pour se protéger des mauvais esprits et pour avoir de la chance, les Thaïs portent des amulettes (phra kreuang), ou se font tatouer des symboles protecteurs. Le site « Thaïlander » http://thailande-fr.com/author/bangkoknews propose en date du 16 mai 2011 un  article très intéressant de Loris-Alexandre Oviatto : 

« Une belle-mère récalcitrante, des examens à passer, une petite amie qui vous a quitté, des problèmes d’argent ou encore une récolte de riz qui s’annonce incertaine: il y a surement une amulette qui convient à votre situation.
La Thaïlande est le pays des amulettes. Accrochées au rétroviseur dans les taxis, dans les maisons ou portées en bracelet ou collier par les habitants du Royaume, on en trouve partout. Chaque Thaï en posséderait, d’une seule à plusieurs dizaines. Tradition séculaire, une amulette peut servir à se protéger des mauvaises choses de la vie, provoquer la chance, être invulnérable aux coups, augmenter sa force physique, ou bien encore attirer les personnes du sexe opposé… Si la croyance est là, on comprend pourquoi tant de personnes cherchent à en posséder.
 »

Il décrit ensuite comment se crée la valeur spirituelle et commerciale du marché des amulettes. . « Une étude du Kasikorn Research Center en 2008 estime que le marché des amulettes représente 40 milliards de bahts par an. » C’est énorme ! Il conclut, non sans ironie :

« Loin de l’aspect spirituel, les plus pragmatiques trouvent un autre type de protection dans l’achat d’une amulette : la sécurité de l’investissement. En effet, l’amulette est une valeur refuge typiquement locale, plus rentable et sécurisé qu’un placement bancaire, qui ne subit pas le cours de l’inflation et des troubles politiques, tout en étant soumise à aucune taxe, autant dire que le marché aux amulettes thaïlandais a de l’avenir. »


Superstition ? magie ? religion ?

C’est un vieux débat dans l’histoire, et les définitions varient selon les  spécialités et selon les croyances que l’on a.  

Il existe différentes façons de penser et de mettre en parallèle des pratiques rituelles similaires au sein de différents peuples, et à différentes périodes de l'histoire - y compris de la préhistoire - que la plupart des anthropologues considèrent comme magiques. Ainsi par exemple pour les « forces » :

Dans certains systèmes de croyances, les "forces" et "l'énergie" semblent fusionner, par exemple, dans le concept de la "force vitale" dont il existe une foison de formes : le mana Polynésien ou Mélanésien, l'orenda Iroquois, le manitou, le wakan Sioux, le kramat Malais, le brahma indien, le dynamis grec, le qi chinois, le karma et les chakras des pratiques Hindous et bouddhistes, les prétendues "énergies" dans le toucher thérapeutique et le Reiki, etc... Les idées de flux d'énergies circulants sur la Terre sont monnaie courante tels ceux des énergies terrestres que l'on retrouve dans le système chinois du Feng Shui.


Les Isans ne sont donc pas seuls, même s’ils semblent avoir « oublié ?» les grands principes explicatifs.

On peut continuer à ne voir que des superstitions, là où d’autres verront une religion. On peut les considérer comme bouddhistes et rejeter leurs pratiques animistes. On peut aussi  avancer leur syncrétisme religieux qui, au fil de l’Histoire, a su mêler des croyances parfois contradictoires.


Mais nous, nous avons voulu suggérer ici que leurs croyances dominantes étaient avant tout animistes, même si la  thaïfication  (la « thaïness ») avait réussi à ce qu’ils ne reconnaissent que le bouddhisme (en interdisant toutefois certaines de leurs pratiques), qui d’ailleurs, comme pourrait le dire Bouddha,  n’est pas une religion.  Mais cela est une autre histoire.


Maintenant, vous pourriez aussi objecter que tous les Thaïs sont ainsi. Pourquoi pas ?

 

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 03:04

 akh011221. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?

Chacun sait en arrivant en Thaïlande qu’il arrive dans un pays bouddhiste ( 94,7% des Thaïlandais sont bouddhistes de la tradition Theravada. Les musulmans sont le deuxième groupe religieux en Thaïlande avec  4,6% .2000).

Ses premiers pas  le confirment : la beauté des pagodes rencontrées à chaque promenade , la vision des bonzes dans leurs belle robes  safran , les petits autels avec leurs offrandes  devant les maisons et même les grands hôtels , les Thaïs marquant par un waï de respect  les statues de bouddha rencontrés ,( et même depuis le métro aérien à Bangkok). Les touristes  comme tous les farangs qui séjournent en Thaïlande vivent tous cette évidence d’un pays profondément bouddhiste (à l’exception du Sud). Il représente pour les Thaïlandais l’un des 3 « piliers » du Pays avec  le Roi et le drapeau.


En effet, le bouddhisme  marque profondément  l’espace et le temps, la vie  de chaque Thaïlandais. Il n’est donc pas inutile d’en savoir un peu plus sur cette « religion » qui donne sens aux pensées, aux moeurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais.

On se doute que le sujet est vaste. Nous avons donc choisi de chercher à comprendre l’origine et l’implantation historique du bouddhisme dans ce Pays, ce qu’on entendait par le bouddhisme thérâvéda, et dans  le cadre de notre « enquête » comment il se vivait en Isan. Il nous a aussi paru intéressant de ne pas cacher le rôle qu’il joue dans la conduite de l’Etat, les « crises » qui le traversent, les contradictions les plus visibles, dans une société de plus en plus  consumériste. D’où notre plan proposé :

1/Origine et implantation du bouddhisme en Thaïlande et en Isan en particulier.  

2/ Le bouddhisme Thérâvéda ?

3/ Le bouddhisme d’Isan ?

4/ Animisme et superstitions en Isan ou un « bouddhisme » particulier ?

5/ Le bouddhisme et l’ Etat (nationalisme) ; Le bouddhisme et la société de consommation  , les  « crises » et les « contradictions …

 

1/ Origine et implantation du bouddhisme en Thaïlande et en Isan en particulier

 1.1

Grâce à la conversion et au zèle de l'empereur Açoka (milieu du IIIème siècle av. J.-C.), le bouddhisme se répandit dans le sous-continent indien et à Ceylan. Plus tard, il atteignit le Sud-Est asiatique et l'Insulinde par la mer, l'Asie centrale, la Chine (IIème siècle après J.-C.), la Corée, le Japon (religion d'État en 587), le Tibet (VIIème siècle et la Mongolie (XIIIème siècle par voie de terre). Partout, il sut s'adapter aux cultures et mentalités, et souvent devint dans les pays une religion que l'on pouvait pratiquer en plus de la religion autochtone. En Inde, il fleurit jusqu'au VIIIème siècle, puis déclina et disparut après le XIIIème siècle.

« Au Cambodge le Grand Véhicule apparu à la fin du VIIIème siècle. Le Cambodge adopta le petit véhicule au moment où le bouddhisme cingalais arriva. Celui-ci de langue pali, se réclame des anciens, Théravâda. Il fut rénové au XIIème siècle. De la Birmanie le bouddhisme cingalais gagna la Thaïlande où les Thaïs (venus de Chine du Sud au XIIIème siècle) s'étaient ralliés au bouddhisme. Il gagna ensuite le Laos puis le Cambodge. Il est religion d'état dans ces quatre pays. » Jean-Laurent Turbet.


1.2 Arrivée des Thaïs sur le futur territoire du Siam.

Les Thaïs ont commencé  leur migration du Sud de la Chine vers l’Asie du Sud-Est au VIII ème siècle ; ils rencontrèrent, bien sûr,  d’autres peuples et même des royaumes déjà installés.

 Nous avons déjà relaté dans notre article « 10.1 Notre ISAN : Empires et royaumes sur la terre d’Isan,  comment cette terre a été placée successivement sous le joug ou la direction de multiples empires et cultures qui l’ont modelé avec d’abord l’influence de la culture du Funan, de  Dvâravatî et de Tchen La, puis de  l’empire Khmer, pour être  dominé  ensuite progressivement à partir du XIIIème par Sukkothaï puis d’Ayuttaya, puis ensuite  le Royaume laotien du Lan Xang ( jusqu’à son effrondement en 1707) et les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. , et enfin par le Royaume  du Siam. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-empires-et-royaumes-en-terre-d-isan-72126761.html 

 

1.2.1 Les Môns.

 

Les Thaïs rencontrent la civilisation de Dvaravati des Môns, et découvrent le bouddhisme hinayana (petit véhicule), alors qu’ils pratiquaient déjà (certes avec l’animisme) le bouddhisme mahayana (grand véhicule) implanté en Chine.

(Les Môns entre les VIe et IXe siècle, avaient une influence sur un territoire situé dans le centre de la Thaïlande (voir Indianisation de la péninsule indochinoise) et  une région allant de la basse Birmanie au nord de la péninsule malaise. Au VIIIe ou IXe siècle, les Môns fondent sur le site de la ville actuelle de Lamphun le royaume de Haripunjaya qui se maintient jusqu'au XIIIe siècle.)

 

1.2.3 Les Khmers 

 

Au IX ème siècle, les premiers groupes de Thaïs, provenant de la Chine méridionale, commencent à s'établir dans les marches septentrionales de l'empire khmer (qui à partir du IXe siècle avaient établi leur capitale à Angkor, et pris  progressivement le contrôle de l'ensemble de l'Asie du Sud-Est continentale, imposant leur domination à leurs cousins les Môns au nord des monts Dangrek.).

 

Les Thaïs donc vont s’établir dans différentes régions au Nord au centre, en suivant fleuves et rivières, et au fil des années, après les premières implantations, former des petits villages, puis des villages plus importants, dans des rapports d’allégeance et de vassalité avec les autorités Kmèr et devenir dominants démographiquement .

Chacun dans sa région va créer un syncrétisme entre l’hindouisme, le bouddhisme et le culte des  dieux et des ancêtres, et les multiples influences (chinoise, birmane, lao, Iava …) selon la propre histoire de sa Région. 

 

Ainsi  du premier royaume thaï au Nord, le Lan Na, constitué avec les « Muangs »  de Chiang Maï, Lamphun , Lampang, Chiang Raï, Phayao, Phrae, Nan et Mae Hong Son. . Cet État a émergé à la même période que Sukhothaï, mais a survécu plus longtemps. Son histoire indépendante s’est terminée en 1558, quand il est tombé aux mains des Birmans et vassalisé pendant deux  siècles, pour étre dominé ensuite   alternativement avec Ayutthaya. Il deviendra définitivement  siamois en 1775 avec la victoire du nouveau roi Taksin).

 

En 1238 les sujets thaïs vont se rebeller, chasser les  khmers et fonder le premier Royaume de Sukkhotaï.

 

Toutefois le fils du 1er roi de Sukkhotaï, Ramkhamhaeng, c'est-à-dire « Rama le Hardi », (connu par une inscription datée de 1292 considérée comme l'acte fondateur de leur nation) met en place un système de gouvernement nouveau, résolument thaï, qu'il semble s'ingénier à rendre le plus dissemblable possible du modèle angkorien. Même la créativité des artistes thaïs de cette époque s'écarte de la plastique khmère pour créer des  sculptures aux  traits physiques assurément siamois.

Son fils Lu Thai, auteur d'un traité de cosmologie intitulé Les Trois Mondes (1345), s'absorbe dans les études religieuses au détriment du gouvernement et doit finalement reconnaître la suzeraineté du prince d'U Thong, fondateur d'Ayutthaya. Les rois de Sukhothai ne sont dès lors plus que de simples gouverneurs de provinces, vassaux d'Ayutthaya qui soumet militairement le royaume en 1378 et l'annexe définitivement en 1438.  

 

1.2.5 Le royaume d'Ayutthaya (1350 - 1767) 

 

Le premier souverain d'Ayutthaya, le roi Ramathibodi I, apporte deux contributions importantes à l'histoire de la Thaïlande : l'établissement et la promotion du bouddhisme theravāda comme religion officielle, pour différencier son royaume du royaume hindou voisin d'Angkor, et la compilation du Dharmashastra, un code légal basé sur des sources hindoues et des coutumes thaïes traditionnelles. Le Dharmashastra est demeuré un instrument de la loi thaïe jusqu’à la fin du XIXe siècle.

 

Nous avons déjà évoqué dans nos relations franco-thaïes la place et l’importance  du bouddhisme à travers les témoignages des premiers  missionnaires et ambassadeurs de Louis X1V, au temps du roi Naraï.

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html 

 

Ces différents royaumes « thaïs » vont en fait co-exister et vont aménager leur bouddhisme  avec leur histoire locale, aux multiples influences.

 

.1.2.6 La période de Bangkok, Thonburi (1768-1932)

Après plus de 400 ans de puissance, en 1767, le royaume d'Ayutthaya est conquis par les armées birmanes, sa capitale incendiée et son territoire démembré. Le général Taksin parvient à réunifier le royaume du Siam à partir de sa nouvelle capitale de Thonburi et se fait proclamer roi en 1769.

Cependant, le roi Taksin est déclaré prétendument fou, dépossédé de son titre, fait prisonnier et exécuté en 1782. Le général Chakri lui succède en 1782 avec le titre de roi Rama I, premier roi de la dynastie Chakri. La même année, il fonde la nouvelle capitale de Bangkok.

 

Certes, chaque roi de la dynastie Chakri aura sa façon particulière d’appréhender la religion.si importante dans la vie des Siamois, mais  le roi Mongkut, Rama IV et l’un de ses fils, le prince Vajiranana, vont particulièrement marqué l’histoire du bouddhisme du royaume de Siam. 

Vasana Chinvarakorn, dans «  L'ETAT DU BOUDDHISME THERAVADA EN THAILANDE » [ Bulletin EDA n° 397 ] 16/05/2004 -) nous signale les travaux de  Phra Phaisan « découvrant  une version séculière et plus scientifique du bouddhisme du roi Mongkut (Rama IV) qui passa près de trente ans sous la robe safran, et l'un de ses fils, le prince Vajiranana, qui devint le patriarche suprême sous le règne de Rama VI.  

« Le roi Rama IV fut le fondateur de la secte Thammayut, une secte nouvelle qui critiquait et défiait la secte Maha Nikaya, alors prépondérante dans la Sangha. Le prince Vajiranana soutenait l'unification du bouddhisme Theravada thaï et son incorporation dans le discours plus large de la nation.

A en juger par les divers commentaires faits par la Cour, le statut des moines ainsi que les modes traditionnels de pratique étaient tombés bien bas. Rama IV commentait à qui voulait bien l'entendre le sort des hommes en jaune : ils étaient « démodés» et jouissaient d'un style de vie indûment confortable. Le prince Vajiranana lui-même exprima son embarras quand il prit la décision de se faire moine : une vie que les autres considéraient pleine de futilités et d'oisiveté.

Son demi-frère, le roi Chukalongkorn (Rama V), alla plus loin : il considérait les moines qui passaient leur temps à méditer comme "les plus paresseux comparés à ceux qui étudiaient les textes bouddhiques ou priaient. (Le monarque fit plus tard amende honorable pour sa "mauvaise compréhension »  .

Le prince Vajiranana écrivit des centaines de manuels et de commentaires qui continuent d'être employés dans les écoles de pagodes et les universités bouddhistes.

« La direction de la Sangha fut divisée et catégorisée par strates, depuis la pagode de village jusqu'aux états-majors régionaux. La seule autorité fut confiée au roi et, plus tard, au patriarche suprême qui, à la longue cependant, ne garda qu'un rôle nominal. On créa aussi toute une série de décorations et de récompenses financières comme incitations ; le prince Vajiranana fut à l'origine de vingt et un grades différents (sammanasakdi) pour récompenser les moines qui adoptaient les nouvelles règles et avaient de bonnes relations avec les pouvoirs en place. […] La religion devait être citée en tête dans les discours nationalistes pour justifier l'existence de l'Etat. Peu à peu, cependant, les croyances et le personnel bouddhistes devaient être considérés comme subordonnés aux intérêts de la nation. Une nouvelle religion prenait naissance : celle du nationalisme. »

Phra Phaisan remarque même  comment la montée de la prospérité matérielle des pagodes a été parallèle à l'expansion de l'économie capitaliste fondée sur l'argent, spécialement depuis le règne de Rama V.

Mais, jusqu'à il y a un siècle, le pouvoir de l'Etat était restreint à la capitale et à quelques grandes villes. La centralisation du pouvoir politique s'est finalement réalisée au détriment de l'autonomie des communautés locales et de leur participation aux affaires des pagodes.

(Une religion d’Etat. En Thaïlande, le Roi nomme un patriarche pour diriger la Sangha, organisation religieuse fondée par Bouddha. Ce patriarche choisit quarante-cinq moines de haut rang qui nommés à vie forment un conseil qui légifère en matière religieuse. Neuf autres moines assument pour 4 ans l'exécutif.)(Cf. article infra)


1.3 Influence de l'hindouisme sur le bouddhisme et réciproquement 

Rappel : Historiquement, le mot « hindouisme » ne faisait pas référence à un système de croyances religieuses ; le terme, d’origine persane se rapportait aux personnes qui vivaient de l’autre côté. Après la colonisation britannique, le terme fut employé pour désigner un ensemble flou de faits religieux.Selon un point de vue plus récent, un hindou est celui qui croit à la philosophie exposée dans les Vedas (Le mot Veda peut être traduit par savoir).

L'hindouisme ou sanâtana dharma s'apparente davantage à un mode de vie ou de pensée qu’à une religion organisée. Ce qu'on appelle « hindouisme » aujourd'hui est la tentative de rassembler les croyances disparates issues de l'ancien panthéon védique éclipsé par la popularité d'un Shiva, d'un Vishnou ou d'un Krishna.

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Les Vedas sont peut-être les écritures religieuses les plus anciennes du monde. Leur enseignement de base est que la vraie nature de l’homme est divine. Dieu, ou le Brahman comme il est généralement nommé, existe en chaque être vivant. La religion est donc une recherche de la connaissance de soi, une recherche du divin présent en chaque individu. Le Védanta déclare que personne n’a besoin « d’être sauvé », car personne n’est jamais perdu. Dans le pire des cas, on vit dans l’ignorance de sa vraie nature divine

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Les croyances hindoues provenant du Cambodge, en particulier pendant la période de Sukhothaï sont la deuxième influence majeure sur le Bouddhisme thaïlandais.

L’Hindouisme védique a joué un rôle important dans l'instauration de la royauté thaïlandaise, tout comme il l'a fait au Cambodge, et a exercé une influence dans la création des lois et de l'ordre pour la société ainsi que la religion thaïlandaise.  

Certains rites pratiqués dans la Thaïlande moderne, que ce soit par des moines ou par des spécialistes des rituels hindous, sont explicitement reconnus comme étant d’origine hindoue ou sont facilement considérés comme ayant été dérivés des pratiques hindoues. 

Bien que la visibilité de l'hindouisme dans la société thaïlandaise ait diminué considérablement au cours de la dynastie Chakri, les influences hindoues, en particulier les sanctuaires du dieu Brahma, continuent à être vues dans les institutions bouddhistes et autour des cérémonies.


1.4 Mais ce qu’on entend par bouddhisme thaïlandais ne peut être compris sans la pensée d’un syncrétisme religieux qui a intégré les traditions « religieuses » orales, les croyances ancestrales aux esprits, aux « Phis » bénéfiques et maléfiques, dont il faut demander l’aide ou se protéger, tout un monde « invisible » qui influe sur nos destinées, sur notre espace et notre temps, et qu’il faut appréhender par des rituels , des pratiques dans  tous les aspects de la vie ; un culte intégré au bouddhisme , et que certains rejettent en évoquant l’animisme, les superstitions, la magie …

Il est plus facile de faire référence aux textes sacrés, ce qui ne veut pas dire que l’on expliquera ce qui est, ce qui se vit, ce qui donne sens à la vie des Thaïs et des Isans siamois.


2/ Le bouddhisme thérâvada ?

A l'origine, le bouddhisme Theravada est une école plus ancienne et, selon ses adeptes, plus authentique que le Mahayana pratiqué dans l'est de l'Asie et dans l'Himalaya. Le Theravada ("doctrine des anciens") est également connu sous le nom d'école du Sud car il s'est propagé jusqu'en Asie du Sud-Est (Myanmar, Thailande, Laos et Cambodge) par la route du Sud, tandis que le Mahayana, ou école du Nord, s'est développé au Népal, au Tibet, en Chine, en Corée, en Mongolie, au Vietnam et au Japon.

Comme l'école du Sud s'est efforcée de préserver le Theravada ou de limiter ses doctrines aux seuls canons codifiés par les premiers bouddhistes, le nom d'Hinayana ou Petit Véhicule lui a été donné. L'école du Nord, Mahayana ou Grand Véhicule, respecte les premiers enseignements, mais considère sa doctrine comme plus complète car mieux adaptée aux besoins des fidèles.


. Les trois principes de base du Bouddhisme théravada:

Selon la doctrine Theravada ou Hinayana, l'existence se caractérise par les trois aspects suivants :
- le dukkha (souffrance, insatisfaction, maladie)
- l'anicca (impermanence, caractère éphémère de toute chose)
- l'anatta (non-substantialité de la réalité : impermanence de "l'âme").

Qui a compris l'anicca sait qu'aucune expérience, aucun état d'esprit, aucun objet physique ne dure. S'accrocher à l'expérience, à l'état d'esprit et aux objets en changement constants ne sert qu'à créer le dukkha ( khouame thouk en lao ). L'anatta consiste à comprendre que, dans un monde en changement constant, on ne peut en désigner aucune partie en disant: "C'est moi", "c'est Dieu", "c'est l'âme".

Ces concepts, dégagés par Siddhartha Gautama au VIè siècle av. J.-C., s'opposaient directement à la croyance hindoue en un moi et très individualiste; c'est pourquoi le bouddhisme fut d'abord considéré comme une "hérésie" par rapport au brahmanisme indien. Pour parvenir à cette vision du monde, le prince indien Gautama s'est soumis à de longues années d'austérité.

. Quatre nobles vérités:

Ayant reçu le titre de Bouddha, "l'Illuminé" ou "l'éveillé", l'ascète a prêché les Quatre Nobles Vérités ayant le pouvoir de libérer l'être humain capable de les réaliser:
- La vérité du dukkha - 'Toute forme d'existence est sujette au dukkha (souffrance, insatisfaction, maladie, imperfection)".
- La vérité de la cause du dukkha - "Le dukkha est causé par le tanna (désir)".
- La vérité de la cessation du dukkha - "Eliminez la cause du dukkha (le désir) et le dukkha cessera".
- La vérité du sentier - "l'Octuple Sentier est le moyen de mettre fin au dukkha".

L'Octuple Sentier (atthangika-magga) comprend les huit éléments suivants :
- La compréhension juste - La pensée juste- La parole juste - La conduite corporelle juste - Le mode de vie juste- L'effort juste - L'attention juste- La concentration juste

Ces huit éléments font partie de trois "piliers" de pratique différents :
-la morale ou sila (3 à 5), la concentration ou samadhi (6 à 8) et la sagesse ou pañña (1 et 2). Egalement appelé Voie du Milieu, parce qu'il évite à la fois l'extrême austérité et l'extrême sensualité, le Sentier est censé être suivi par étapes successives selon certains, tandis que d'autres affirment que les piliers sont interdépendants.

But Ultime du Bouddhisme Théravada:

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Le but ultime du bouddhisme Theravada est le nibbana (en sanscrit, nirvana), signifiant littéralement "extinction" de toutes les causes du dukkha. Il s'agit concrètement de la fin de l'existence corporelle - le terme de ce qui est à jamais soumis à la souffrance et perpétuellement conditionné par le kamma (action). En réalité, la plupart des bouddhistes lao cherchent plus à atteindre la renaissance dans une existence "meilleure" que le nibbana, notion difficilement assimilée tant par les Asiatiques que par les Occidentaux.

6. Trilatna ou Trois Merveilles:

Le Tilatna ou Triratna ("Trois Merveilles"), hautement respecté par les bouddhistes, comprend le Bouddha, le Dhamma (enseignements) et le Sangha (communauté bouddhiste). On trouve le Bouddha sous forme de statue, non seulement dans les temples, mais aussi sur de hautes étagères ou les autels des maisons et des boutiques. Le Dhamma est psalmodié matin et soir dans chaque vat. Le Sangha se manifeste par la présence, dans les rues, de moines vétus de robes orange, notamment aux premières heures de la journée, lorsqu'ils font l'aumône.

 

      Les moines thaïlandais

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La Thaïlande pratique le bouddhisme Theravāda issu de l'école Hīnayāna, c'est une école traditionnelle qui insiste particulièrement sur la pratique d'une éthique personnelle rigoureuse,  cette forme de bouddhisme apparait au Vème siècle, il est aussi pratiqué au Sri Lanka, Birmanie, Laos, Cambodge et dans le sud du Vietnam.
Le but à atteindre selon le Bouddhisme, est appelé le nirvana, l'extinction de toute cupidité et donc de toute douleur. C’est aussi la fin du cycle de renaissances auquel croient les adeptes.

Les moines sont appelés Bhikkhu ou Bhiksu ce qui peut se traduire par "qui vit près de l'aumône", ils n'ont en effet le droit à aucune possession, et vivent des dons des fidèles. Les femmes monastiques s'appellent Bhikkhunis, et ont un statut inférieur aux hommes, elles sont généralement reléguées à des tâches subalternes.

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Les moines thaïlandais vivent sous la règle du Pātimokkha.

Le Pātimokkha est une règle de vie de 227 articles, qui regroupe et résume en fait le Vinaya. En plus d'être une série de 227 articles à respecter, qui sont d'ailleurs récités par la communauté à chaque nouvelle et pleine lune, il comprend aussi la classification des fautes en 8 catégories ainsi que les moyens de s'en purifier. La faute la moins importante demande le dosantā (texte de purification composé de deux ou trois strophes qui se récite à deux ou à trois) jusqu'aux fautes les plus graves qui entrainent la perte définitive et irrémédiable du statut de moine.
La journée type du moine commence à 4h et se termine à 22h avec le coucher. Les moines ne sont pas tenus à une vie recluse, ils doivent participer aux repas, aux prières et aux cours, ensuite ils sont libres de se promener, de rencontrer les laïcs et d'avoir diverses activités.

3/ Le bouddhisme d’Isan ?

Bien que le Bouddhisme soit la religion d'État, les Thaïlandais vénèrent plusieurs divinités hindoues et conservent plusieurs pratiques animistes et superstitieuses.

Un bouddhisme donc, le  thérâvada, revu et corrigé par le culte des esprits, des Phis, quelques divinités hindoues, quelques stèles ou chédis anciens dont on ne connait même plus l’origine,  la magie comme le démontre le commerce d'amulettes magiques, qui peuvent apporter la chance jusqu'à apporter l'invulnérabilité, et quelques  superstitions …

Un « bouddhisme »  où chacun peut se reconnaître dans le calendrier des cérémonies  et des fêtes officielles, mais  très différent selon la région de l’ Isan où on se trouve, si l’on en juge déjà par la quinzaine de langues et dialectes , que nous avons énumérer dans notre article (18.  Notre Isan : Langues et dialectes en Isan). Certes, de par l’histoire et le nombre de locuteurs, le bouddhisme « lao » et « kmer » sont largement majoritaires. 


Mais il  ne faut pas confondre la connaissance de la religion, et des textes sacrés et le vécu « spirituel » de l’ énorme majorité des Isans.

Dans les faits, nous l’avons dit et redit, leur bouddhisme est la " devanture " qui recouvre un mélange d'animisme, de brahmanisme et de bouddhisme. La croyance aux esprits, qui se logent dans les arbres, le sol, les sources …, impose que des offrandes leur soient faites pour qu'ils n'importunent pas les humains ou leur portent malheur.  Les petites pagodes devant les maisons, les arbres ceints de rubans de couleurs, les offrandes de fleurs ou de fruits sont l'expression de ce culte ancien et toujours très présent malgré des siècles de bouddhisme. (Ces pratiques sont communes à toute l’Asie) 

Certes les Isans croient en la réincarnation, la théorie du karma, mais si la majorité ne recherche pas l’accession au nirvana, tous croient améliorer leur sort  en accumulant « les « mérites », en nourrissant les moines par exemple, en apportant des offrandes aux temples et en se rendant régulièrement à la pagode, soit pour des demandes particulières ou lors des cérémonies qui jalonnent l’année et les grands moments de leur existence (naissance, mariage, décès) 

Cette recherche du mérite est une activité sociale et religieuse importante : "Faites le bien et vous recevrez le bien ; faites le mal et vous recevrez le mal ».


3.1 LES PAGODES : centre religieux et social de la vie des villages

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Chaque village a sa pagode, la Thaïlande compte environ 27.000 Wat.  Imaginons le nombre de pagodes dans les 20 provinces de l’Isan quand par exemple, la province d’Udon Thani comprend  déjà 1682 villages. Que d’images, de sentiments,  de réflexions provoqués par la vision de ces différentes architectures, des statuts de Bouddha honorés,  la vie paisible de ces monastères , où nous pouvons entendre  les prières des moines ,  voir les fidèles  se recueillir, ou tout simplement les bonzes balayer et entretenir les jardins. Parfois, on arrive au milieu de cérémonies, ou, plus curieusement, au milieu de  petits restaurants alignés, de petits  stands de boissons offertes  et d’autres points de vente de produits locaux et d’autres manifestations plus « récréatives » …

On apprend vite que  la pagode est aussi le lieu de réunion des villageois, l'aire de jeu des enfants, le centre des soins médicaux, l'hôtel des voyageurs et parfois l'école, l'orphelinat et l'asile du vieillard sans famille…


En effet, nous dit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portaità la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’ est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. Pour quiconque voulait faire des rencontres, c’est à la pagode qu’il fallait se rendre. C’est à la pagode que le chef du village réunissait les villageois, que les officiels du district venaient établir les cartes d’identité individuelles et les services sanitaires vacciner contre les épidémies. Les vieux allaient à la pagode faire leurs dévotions et les policiers à la poursuite de malfaiteurs s’arrétaient à la pagode pour prendre des renseignements. Individuellement et collectivement, tout le monde dépendait de la pagode. »

On aurait tous des « activités »   à rajouter : s’occuper des chiens abandonnés, élever des tigres ! bénir les maisons, les voitures  … bref, toute la société se retrouve à un moment ou à un autre associé à la pagode et aux directives ou  conseils des moines, à leur intercession avec Bouddha et toutes les divinités  particulières de chaque temple, ou tout simplement pour demander un conseil dans la conduite de leur vie.


Centre religieux

Le fidèle se rend au vat quand il le souhaite, mais surtout lors d'un wan pha (littéralement "excellent jour"), qui a lieu à la pleine lune (Les journées de pleine lune, de premier quartier, de nouvelle lune et de dernier quartier, sont des journées sacrées (Uposatha) pour les bouddhistes) ou à la lune rousse, soit tous les quatorze jours.

Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs. On écoute les moines chanter des sutras, ou textes bouddhiques, et on assiste parfois à un thêt, ou conversation dhamma d'un abbé.

Les Isans se rendront au temple à tous les moments importants de leur vie et aussi bien sûr et surtout lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru. 

On peut par exemple citer :

Les habitants d'Isan célèbrent beaucoup de fêtes traditionnelles, comme le Bun Bungfai (fête des fusées) (Cf. Reportage photos dans le blog de Patrick d'Udon Thani). Ce rite de fertilité, remontant à la période pré-bouddhiste, est célébré dans beaucoup de lieux en Isan et au Laos, mais plus fortement et avec plus d'impact touristique dans la province de Yasothon. D'autres fêtes d'Isan incluent la fête des chandelles d'Ubon Ratchathani qui marque le début du vassa en juillet à Ubon et en d'autres lieux, le festival de la soie à Khon Kaen qui fait la promotion de l'artisanat local, le rassemblement des éléphants de Surin et le bangfai phayanak (boule de feu des Nâgas) de Nong Khai.

 

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 3.2 Le calendrier, les cérémonies  et les fêtes 

 

Tous les guides vont énumérer ces cérémonies. Prenons par exemple : «   Comprendre la Thaïlande », Guides de voyage Ulysse :

La principale cérémonie de la vie d'un homme est son entrée au temple pour une durée de trois mois à deux ans. Ce passage quasi obligatoire permet à l'enfant de gagner des " mérites " pour ses parents et leur assurer une vie meilleure lors de leur prochaine réincarnation. Il permet aussi de payer symboliquement son dû à la société et à la famille. Le jeune ne peut en principe pas se marier avant d'avoir souscrit à cette tradition.

 Makha Bucha. Célébrée le jour de la pleine lune du troisième mois lunaire, généralement en février, Makha Bucha commémore l’important sermon que donna le Bouddha à 1 250 de ses disciples à cette date.

Visakha Bucha est l’anniversaire commémorant simultanément la naissance, l’illumination et le décès du Bouddha. Cette fête est célébrée le jour de la pleine lune du sixième mois lunaire, généralement au mois de mai.

Asanha Bucha et la retraite de la saison des pluies, célébrée le jour de la pleine lune du huitième mois lunaire au mois de juillet, commémore le premier sermon du Bouddha au Parc des Cerfs à Bénarès et la fondation de la Sangha. Le lendemain de cette fête marque le début d’une période de retraite de trois mois lunaires pour les moines, la Pansa. Les laïcs célèbrent la première journée de cette période, Wan Kao Pansa, en offrant nourriture, robes et autres objets de première nécessité aux moines et aux monastères. En cette période de l’année, les supermarchés sont remplis de paniers d’offrandes prêts à être donnés, ce qui facilite la tâche des fidèles.

À la fin de la saison des pluies, les Thaïlandais célèbrent un festival dénommé « Kathina », dans lequel ils remettent à nouveau aux moines des robes afin de commémorer la fin de leur retraite.

Jours fériés et autres célébrations

Le calendrier thaïlandais est ponctué de nombreux jours fériés, qui constituent l’unique source de congés pour la plupart des Thaïlandais. La majorité des Isans « immigrés »  en profitent pour quitter  Bangkok ou les autres villes, pour revenir au village et revoir leur famille (et souvent leurs enfants laissés à la garde des grands parents). Chacune de ces « fêtes » est aussi l’occasion d’une cérémonie au wat.

  • Jour de l’an – 1er janvier. Nouvel An chinois – Janvier ou février. Makha Bucha – Février ou mars. Fête de la dynastie Chakri – 6 avril. Nouvel An thaïlandais (Songkran) – 13-15 avril. Fête du Travail – 1er mai. Fête du couronnement du Roi Bhumipol – 5 mai. Cérémonie du Labour Royal – Mai. Visakha Bucha – Mai. Asanha Bucha et Wan Kao Pansa (jours consécutifs) Juillet. Fête de Sa Majesté la Reine et fête des Mères – 12 août. Fête de Chulalongkorn (Rama V), commémorant son décès – 23 octobre. Fête de Sa Majesté le Roi Bhumipol (Rama IX), fête nationale et fête des Pères. - 5 décembre. Fête de la Constitution, la première du pays, promulguée en 1932 -10 décembre.

Nous ne pouvons dans le cadre de ce modeste article reprendre chacune de ces cérémonies et  fêtes importantes et en décrire le rituel particulier. De nombreux blogs, en commençant par nos blogs amis en décrivent les moments forts.


Mais, nous l’avons déjà dit, nous restons persuadés que la conscience religieuse quotidienne  de la majorité des Isans n’est pas essentiellement compréhensible à travers la doctrine bouddhiste, fut-elle, thérâvada, mais à travers le culte des esprits et la pensée magique, auquel il faudrait rajouter, surtout pour les jeunes générations, le culte  « consumériste » …pourtant loin de la philosophie bouddhiste.

Mais quel peuple ou individu ne doit pas vivre au milieu de ses contradictions ?  

 

____________________________________________________________________________

 

Les guides de l’état du monde , « Thaïlande, Histoire, Société, Culture, », par Arnaud Dubus, La découverte, 2011 

 Vasana Chinvarakorn, «  L'ETAT DU BOUDDHISME THERAVADA EN THAILANDE » [ Bulletin EDA n° 397 ] 16/05/2004

[NDLR - A plusieurs reprises ces dernières années, Eglises d'Asie a publié des documents au sujet de ce qui est perçu comme une certaine crise du bouddhisme en Thaïlande (voir, entre autres, les documents parus dans EDA 223 : "Bouddhisme en crise" ; EDA 289 : "Le malaise du bouddhisme thaïlandais" ; EDA 331 : "La crise du bouddhisme en Thaïlande" et "Le bouddhisme en Thaïlande : la robe safran disparaît du tissu moral"). Le Dossier publié en supplément de EDA 347, "Approche du bouddhisme thaï", rédigé par le chercheur Louis Gabaude, permettra à nos lecteurs d'aller plus loin dans l'analyse de cette crise du bouddhisme thaïlandais. Avec l'article ci-dessous, parus à quinze jours d'intervalle dans le magazine Outlook du Bangkok Post, en date des 24 novembre et 8 décembre 2003, nous publions une analyse complémentaire. Rédigée par Vasana Chinvarakorn, elle offre une analyse d'une étude du moine Phra Phaisan Visalo explorant les racines de la crise actuelle du bouddhisme Theravada en Thaïlande. La traduction est de la rédaction du P. Marcel Laouénan, MEP.]<br />, (EDA, Bangkok Post, mai 2004)

Chart Korbjitti, La chute de Fak, seuil. Il a reçu le SEA Write Award pour ce roman .

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 03:01

SANY0756 L’ école à Ban Pangkhan, village d’Isan. 

Après notre article sur « L’éducation en Isan», il nous a paru intéressant de connaître les sentiments de Jeff, notre ami blogueur, http://isan-farang.eklablog.com/, sur les  deux écoles de son village de Pangkhan en Isan.


Ce matin, avec le fiston Tangmoo, nous sommes partis à l’école. Nous y allons tous les deux en vélo. Elle n'est pas loin, juste à l’entrée du village lorsque l'on arrive de Sélaphum, à l' opposé du temple. Tangmoo a quitté la maternelle depuis le mois d'avril de cette année ; adieu la maternelle qui se trouvait juste à côté de notre maison !

SANY0758Il se retrouve désormais au premier échelon du premier cycle de l’école primaire. Si on cherche une équivalence avec l’école française, il est au niveau de la fin de grande section maternelle et au  début du cours préparatoire. Tangmoo n'est pas dépaysé, toutes ses copines et ses potes ont suivi. Seul son 'instit' n'a pas suivi, mais son nouvel instituteur est tout simplement le père de son ancien instituteur de maternelle. Alors !

Serait-ce héréditaire, comme la royauté? Franchement je ne sais pas, mais à première vue, je trouvais le fils plus prompt à enseigner que son vieux père...Je dis ça, mais comment se fait-il que je puisse juger l’enseignement prodigué sur les bancs de l’école de Ban Pangkhan?

Ce matin la mousson nous a rattrapés. Il s'est mis à pleuvoir des trombes d'eau, à peine avais-je laissé le fiston dans la cour de son école. J'ai dû  rebrousser chemin, abandonner ma ballade quotidienne dans les rizières et me mettre à l'abri. A mon retour précipité, il n'y avait toujours pas d'enseignants, comme d'habitude, (ma mauvaise langue toujours bien aiguisée !). Eh ! Ce n'est pas parce que l'on est instituteur que l'on doit être à l'heure en Thaïlande, évidemment ! La fonction ne devrait-elle pas s'honorer du devoir de ponctualité, du moins d'exemple, oserai-je dire.

Je me suis donc mis à l'abri avec les enfants, livrés à eux-mêmes, enfin presque, car les plus âgés, ceux des classes de sixième (l’équivalent du CM2), s'occupent des plus petits, et ce que j'ai pu voir m'a paru intéressant. Au village, c'est une grande famille et ce sont aussi d'autres valeurs qui valent la peine d’être préservées.

L’année dernière à la maternelle, les enseignants, lorsqu'ils arrivaient, ouvraient les grilles de l’école et alors seulement les enfants franchissaient les portes (enfin presque car la clôture de l’école était plus que poreuse, mais cela est une autre histoire), et pouvaient commencer à s'amuser sous leur regard , pas forcément très assidu ,mais sous leur regard tout de même.

SANY1694Les classes par contre sont bien équipées, peut-être un peu moins qu'en France mais il y a une salle pour toutes les classes avec ordinateurs, télévision pédagogique par satellite, possibilité aussi de passer des films, etc...

Pour les plus petits il y a des jouets.

Un réfectoire est aussi à la disposition des écoliers qui sont nourris gratuitement par les autorités de la province. On est alors sûr qu'ils ont au moins un repas chaud et complet tous les jours mais en « échange »le vendredi il faudra mettre l'uniforme au couleur de la province, ici celle de Roi-Et, le mauve est de rigueur.

SANY1119Le mercredi, la tenue de sport, maillot jaune et bas de survêtement noir ( le sport n'est pas leur fort, mais chaque école a un terrain de foot, un terrain de volley et de basket mais surtout un terrain de « tako »,grand comme un terrain de badminton. (C'est une sorte de foot-volley qui se joue à trois contre trois à l'aide d'un petit ballon creux et fabriqué en écorce de bambou). On continue dans la panoplie des uniformes, avec le lundi mardi et jeudi, le short bleu et chemise blanche.

Je posais, un jour,  une question à un professeur pour comprendre quel était l’intérêt des uniformes puisqu'aucune tradition colonialiste voire très « british » n'avait perturbé l’histoire de la Thaïlande. La réponse fut très vague. En fait cela semblait être une question qui ne travaillait que l'esprit d'un farang qui trouvait que les sommes allouées pour ces uniformes devaient être un sacrifice pour de nombreuses familles en ISAN. Souvent cela représente plus d'un mois de revenu pour équiper un seul enfant, quand on sait que ces familles ont souvent beaucoup plus d'enfants que les autres !

Heureusement la solidarité villageoise fait que les uniformes encore en état sont redistribués aux plus démunies.

La conversation fut la même en ce qui concerne la coupe de cheveux mais peut-être que l'explication était plus simple. Le pou, vil et vicieux ne devrait sûrement pas gagner la partie dans les écoles thaïlandaises. Donc « boule à zéro » pour les garçons et « petit carré »propret pour les filles. Malgré tout, Tangmoo avait réussi à garder sa coupe « rock'n'roll »jusqu'à la semaine dernière mais son vieux prof ' se montra intransigeant : « A la tondeuse comme tout le monde», ordonna t-il.


Pour terminer avec certains clichés que je pensais d'un autre temps, mon fils est gaucher et...Non non, le fait d’être gaucher n'est plus considéré comme une tare ,même en Thaïlande. Tangmoo a essayé d’écrire de la main droite comme la majorité de ses camarades (je pensais que le vieux prof l'avait obligé à écrire avec sa main droite et avant de « gueuler » (il est vraiment c...ce farang) l'instit' m'a dit que le fiston voulut écrire de cette main tout simplement par mimétisme) . Tangmoo l'a tenté mais il y a des choses qui sont tout bonnement impossibles. Il est et restera gaucher au-dessus comme en-dessous des hanches, comme son père et sa mère.

Bon, il était 8 heures… les couleurs montent au ciel, même les plus petits tentent d'entonner l'hymne mais ils ne le chantent pas à huit heures comme (presque) partout en Thaïlande, comme ils devraient le faire mais le chantent lorsque tout le monde est là, c'est-à-dire ? C'est-à-dire que c'est très fluctuant, en fait lorsque tous les instituteurs sont enfin là. Dirons-nous entre huit et neuf heures. Les instits' n’étaient donc toujours pas arrivés, il pleuvait toujours alors une grande conversation a pu commencer avec les « jeunes étudiants ». Je leur posais des questions.

L'avantage est que mon fils parle français et a pu intervenir lorsque je ne comprenais pas ce que certains voulaient me dire. Encore une différence du farang noï (noï=petit) et ce matin-là, il s'en est fait une fierté.


Tout d'abord les enfants apprennent à parler le thaï car ils pratiquent tous l’Isan, leur langue maternelle, puis apprennent à l’écrire. Les lettres de l'alphabet thaï sont très compliquées. On compte tout de même 44 consonnes et 32 voyelles. Pas mal non ? On apprend souvent par le système de répétition orale et en faisant des lignes et des lignes de lettres et ça rentre au bout d'un moment.

Désormais quasiment tous parlent et comprennent le thaï. Les anciens ont encore besoin des crieurs, tradition qui perdure par les hauts-parleurs des villages et petites villes, car ils sont encore très souvent analphabètes malgré tout. Ils apprennent à compter et là c'est comme partout, bien que le programme mathématique soit le même qu'en Europe, il y en a qui ont la fibre et d'autres, beaucoup d'autres, l'ont moins.

Pour les petits, ils apprennent le B. A. BA. en anglais et plus ils grandiront, plus cette langue étrangère deviendra quelque chose d'abstrait qu'ils sauront peut-être lire et écrire, mais rarement parler.

Les enfants apprennent aussi toutes les bienséances : le respect dû aux anciens et aux adultes et donc aux autorités. On pourrait appeler ça du civisme, mais on pourrait dire aussi qu'on les habitue à être asservi?

Vaste question ?

 

SANY0752La grande fille de ma femme (TAN, que je considère comme ma fille puisque je m 'en occupe depuis qu'elle a l'âge de trois ans) continue sa scolarité.

Elle a seize ans aujourd'hui et rentre dans le dernier cycle d'enseignement basique c'est-à-dire la route vers le bac, et à la vue de ce qu’elle apprend cela me rappelle largement ce que j'ai pu apprendre à son âge dans mon lycée, en France(j'ai aussi la mémoire qui flanche, d'où le terme « je pense »). Pour les sciences, elle m'a dit qu'ils avaient des classes laboratoires et aussi des ordinateurs. L’Histoire est à l'image des politiques du pays. Très subjective mais cela s'améliore. La géo, ça va mieux aussi. Je me souviens de profs d'histoire-géo ne sachant pas où se trouvait l'Afrique et ne connaissant qu'essentiellement Louis XIV parce que le premier ambassadeur thaïlandais rejoignant l'Europe, le fut à la cour du Roi Soleil. Cette anecdote date de moins de dix ans, eh eh !

Aujourd’hui, les profs qui avaient un diplôme de complaisance ont disparu avec indemnités et ceci depuis le premier mandat de Taksin Shinawatra, entre 2000 et 2004  ;ceux qui continuent d'enseigner, ont pendant cette même période et durant deux ans de suite, suivi une remise à niveau draconienne avec un examen à la clé ! Ceux qui ont échoué à ce diplôme intermédiaire, ont raccroché la charrette des premiers qui furent limogés. Taksin pensait, et je pense à juste titre, que l'enrichissement du pays passait par un enseignement de qualité, une élévation du niveau général d'éducation, pour transformer une économie de type « chinoise » pour aller vers une économie de type « singapourienne ». Une classe ouvrière et paysanne pauvre serait à terme remplacée  par une classe moyenne, un peu comme cela est arrivé en Malaisie.

Désormais, le niveau paraît correct, par contre on ne pousse pas les élèves, loin de là. Si on veut réussir dans un lycée de district il faut bosser et ne pas succomber à la facilité et se laisser distraire par l'argent facilement acquis. Mais si un Thaïlandais est déterminé, on peut lui faire confiance, il réussira. Par contre ne rien faire et on se retrouve vite être une future main d’œuvre malléable sans diplôme pour les usines de Bangkok ou les bars de Pattaya. Mais n'est-ce pas la même histoire partout sur la planète ? Motivé, motivé...

L’école est gratuite mais elle coûte chère tout de même. Les uniformes, les livres, les outils pour le jardinage entre autre. Travailler la terre est d'ailleurs une chose que je trouve très bien. Ils apprennent à planter, faire pousser, récolter. Ils sont tous enfants ou petits-enfants de paysans et ces travaux liés à leurs racines me paraissent primordiaux, juste pour ne pas oublier d’où ils viennent et pouvoir être fier d’être ISAN, belles provinces du nord-est où pour réussir dans les études il faut en avoir vraiment envie et ne pas attendre des profs, voire même de votre entourage, en général, qu'ils vous poussent à étudier. On peut très vite finir à la ferme pour les garçons ou au bordel très jeunes pour les filles et rapporter de l'argent rapidement à la famille. Les mentalités changent, les paysans s'enrichissent aussi et peuvent pour nombre d'entre eux se permettre de payer des études à leurs enfants. Trois de mes voisins ont des enfants professeurs ou ingénieurs. Bien-sûr, tous ne peuvent pas, d'autres ne veulent pas.

On peut même décourager certains étudiants de continuer à apprendre. Les autorités s'en occupent ou délaissent l'affaire pour garder sous le coude de la main d’œuvre ouvrière servile et respectueuse des aînées. En voici d 'ailleurs deux exemples que j'ai pu vivre de très près.


Ma grande fille voulait gagner l’école de la grande ville, mais il fallait payer (que l'on soit bon ou mauvais d'ailleurs) juste pour sortir major de promotion scolaire. Un peu de magie et le mauvais pour qui l'on paye se retrouve premier. Seulement les dix premiers du collège de Ban Kwao peuvent se rendre gratuitement et officiellement dans le lycée de Sélaphum à la fin du cycle obligatoire scolaire, l’équivalent de la troisième en France. Sur près de 1000 élèves, pas facile. Finalité, même si l'on est bon, on doit payer ! Pourtant,  c'est l’école publique mais certains administrateurs font payer certaines prestations qui se trouvent ne pas être légales, être totalement illicites . Le programme reste le même et les enseignants sont (j'en connais certains) comme ceux de la petite ville à côté de chez nous.


Ces écoles sont « réputées » bien-sûr, parce qu'elles sont surtout payantes et offrent plutôt un statut aux parents qu'un véritable enseignement de qualité. La plupart des parents, je ne parle pas des hautes classes, pensent-ils, crédules, que si l'on paye, c'est forcément bien. Ces écoles sont à peu de chose près les mêmes que les « communales ».

J’ai alors dit à TAN : « Si tu veux, tu peux » et je peux vous dire qu'elle est motivée pour réussir. Je lui paye des cours de soutien pour certaines matières si nécessaire mais jamais je ne contribuerais à un système corrompu. Sa mère, ma femme, aurait été tentée de succomber, mais elle a finalement accepté mon refus de jouer le jeu des corrompus. 


Il y eu aussi un fait divers retentissant, il y a quelques semaines. Cela a défrayé la chronique des journaux thaïlandais. On a retrouvé plus de deux milles fœtus dans un temple de Bangkok, dans une chambre froide en attente de la crémation rédemptrice ;le four était en panne. Cela a mis à la lumière cet état de fait. L’avortement est interdit au pays du sourire sauf cas exceptionnels (viol, malformation). Plus de 100 000 jeunes filles ( je crois) accouchent avant l'âge de seize ans et la double peine peut alors tomber. Une fille enceinte doit quitter l’école, elle doit même stopper définitivement sa scolarité, dans le public comme le privé d’ailleurs. Donc cela procurera de la future main d’œuvre non diplômée pour les usines voire les bordels .Les enfants, cela coûte cher et les pères sont souvent inexistants. Il ne restera plus alors pour la brillante élève que l'avortement. Chez les bouddhistes, toutes les vies sont sacrées, c'est donc un douloureux cas de conscience !


Pour conclure, je pense que vivre au village est une chance, et rien n’empêche de s'ouvrir sur le monde autrement. Tangmoo a gôuté aussi à l’école française pendant deux mois, il m'a alors dit: « papa, moi j'aime l’école de Ban Pangkhan, tous les jours j'apprends ko kaï et kho khwaï, etc...Je suis libre d'aller où je veux dans le village avec mes copains ».

 

Jeff de Ban Pangkhan, village d’Isan, à 30km de Roï- Et. 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 03:03

prénom Le choix du prénom : Une tradition Isan venue de la nuit des temps 

 

C’est une tradition de l’Isan « qui vient de le nuit des temps » et qui est ou serait encore parfois respectée. Le choix du prénom appartient au moine bouddhiste ou à l’astrologue et permet à l’enfant de bénéficier des bienfaits du ciel.

Il obéit à des règles précises :

 

• Le nom de l’enfant né le dimanche (sous la protection du Garuda)

garuda beezy

doit commencer par la consonne (il s’agit d’une consonne dite muette, qui n’a donc aucun son sinon celui de la voyelle qui lui est assortie) et contenir l’une des voyelles อะ อา อิ อี อึ อื อุ อู เอ โอ c’est à dire a bref, a long, i bref,i long, u bref, u long, ou bref, ou long, é long et ô long.

 

• Le nom de l’enfant né le lundi (sous la protection du tigre)

tigre

doit commencer par l’une des consonnes ก ข ค c’est à dire k, kh, autre kh, autre kh et ng

• Le nom de l’enfant né le mardi (sous la protection du lion)

lion

doit commencer par l’une des consonnes จ ฉ ช ฌ ญ c’est à dire dj, tch, autre tch, th et y

• Le nom de l’enfant né le mercredi (sous la protection du chien)

fond-ecran-chien-plisse

doit commencer par l’une des consonnes ฎ ฏ ฐ ฒ c’est à dire d, t, autre th, autre th et n.

 

• Le nom de l’enfant né le jeudi (sous la protection du serpent) doit commencer par l’une des consonnes ป ผ พ c’est à dire p, ph, autre ph, autre ph et m.

 serpent

• Le nom de l’enfant né le vendredi (sous la protection de l’éléphant)

 

eleph

doit commencer par l’une des consonnes ส ห ศ ฬ c’est à dire s, h, autre s et l.

 

• Le nom de l’enfant né le samedi (sous la protection de la chèvre)

zodiac-chevre

doit commencer par l’une des consonnes c’est à dire t, autre th, autre th, autre th et n.

 

Un mécanisme routinier ? Que non pas.

Je remarque dans le choix des consonnes imposées de nombreuses consonnes dites « irrégulières ». Qu’est-ce à dire ? Il existe dans les 44 consonnes de l’alphabet une quinzaine de consonnes (en réalité treize) que la grammaire considère comme « irrégulière ». Elles sont toutes là (en rouge). Les deux qui manquent sont actuellement obsolètes. Pourquoi ces consonnes irrégulières ? La raison en est simple, elles viennent en droite ligne du sanscrit via le pali (dont le thaï est un patois) et permettent (pour autant que les thaïs s’intéressent à l’etymologie) de connaître l’origine du mot, tout comme en français par exemple le y ou le w indiquent le plus souvent un mot d’origine anglaise et le th un mot venu du grec ancien.

 

Si les 13 consonnes sanscrites sont là, je ne pense pas que ce soit un effet du hasard. Il y a une science du symbolisme des lettres de l'alphabet sanscrite, chacune ayant sa propre divinité. La « découverte » du sanscrit par les érudits occidentaux a mis en lumière son génie. Cette méthode indienne rigoureusement scientifique contraste d'une manière éclatante avec l'alphabet romain, anarchique et arbitraire. L'une des plus remarquables réalisations de l'Inde est son extraordinaire alphabet. Les lettres sanscrites ne sont pas les descendantes de pictogrammes ou d'idéogrammes. Elles sont le résultat de dessins schématiques délibérés basés sur les phénomènes védiques bien classifiés. Elles représentent la transcription rationnelle des sons en formes de lettres.

 

Sa forme actuelle, le Devanagari « écriture de la cité divine », est l'alphabet actuellement utilisé dans l'Inde du Nord pour le sanscrit (Il y aurait encore un milion d’érudits qui le connaissant ?) et l’alphabet thaï est directement issu de cette écriture qui date du troisième millénaire environ avant notre ère.

devanagari_manuscript.jpg

La symbolique de l’écriture sanscrite a été approfondie par des philosophes français, notamment René Guénon, (Symboles de la Science sacrée, coll. « Tradition », Éditions Gallimard, 1962) et donne malheureusement lieu aussi à une littérature pseudo ésotérique de bas de gamme. Mais les moines ou les sorciers qui choisissent le nom de l’enfant la connaissent-ils encore ? Voilà qui m’étonnerait bien.

Je n’ai aucune connaissance en la matière et ne peut vous donner qu’un petit exemple : les chiffres thaïs dont l’utilisation n’est pas perdue, viennent directement du sanscrit et portent eux aussi leur symbolique, le zéro, est comme le nôtre mais c’est aussi le néant au sens philosophie du terme. Le 1, est le début de la spirale de l’infini…

 

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Extrait d’un ouvrage dont on peut traduire le titre par « Les traditions magiques de l’Isan », sans date ni références ISBN, mais datant apparemment d’une quarantaine d’années.

 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 03:01

ecoliereLe sujet est vaste, complexe, mais déterminant dans la formation d’une Nation, sa langue, son identité, sa culture, son développement économique, la promotion de ses valeurs fondamentales (avec en priorité pour la Thaïlande les 3 piliers : son roi, son drapeau, son bouddhisme) … Chacun sait que ses missions  sont multiples : du « apprendre à lire, écrire, compter », à la transmission des savoirs techniques et scientifiques, à la préparation d’une vie professionnelle, d’une formation citoyenne, d’une aptitude à la tolérance, au respect du vivre ensemble… Mais les missions sont une chose, la réalité est bien souvent autre. De plus, ce « système » scolaire s’inscrit dans une histoire, dans des disparités régionales, des inégalités socio-économiques…


On se doute que « l’école » n’est pas  la même selon que nous sommes à Bangkok ou en Isan, en ville ou dans un petit village, dans une école privée ou publique, selon que l’on soit riche ou pauvre … mais le système scolaire s’applique partout.

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1/Le système scolaire thaïlandais

Une éducation de base gratuite de douze ans est garantie par la constitution, et un minimum de fréquentation scolaire de neuf ans est obligatoire.  L'éducation de base est divisée en six ans d'enseignement primaire et six années de d'enseignement secondaire.

 On distingue trois niveaux.

1/Les trois premières années de maternelleKG1 à KG3 – âge: 3 à 5 ans.(non obligatoire).

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2/: École primaire ou élémentaire (Prathomsuksa ou Prathom) P1 à P6 – âge: 6 à 11 ans.

3/: École secondaire (Mattayomsuksa ou Mattayom) M1 à M6 – âge: 12 à 18 ans.. Les enfants thaïlandais sont obligés de suivre le cycle de P1 à M3 (soit 6 ans de primaires et 3 ans de secondaire)

A la fin de chaque année scolaire, l’élève doit passer un examen pour passer au niveau supérieur. S’il échoue, il devra redoubler son année et on lui proposera un programme de soutien durant les vacances scolaires. Les élèves M3 souhaitant poursuivre leurs études au-delà du cycle obligatoire (jusqu’à M6 donc) devront passer l’examen O-NET. A la fin de leur année M6, ils passeront le A-NET, diplôme équivalent au baccalauréat international.

Les élèves M6 désireux de s’engager dans un cursus universitaire devront passer le CUAS qui leur ouvrir les portes des études supérieures.


Presque tous les villages ont une école primaire, la plupart des sous-districts (tambon) assure une éducation scolaire de 6 à 14ans, et tous les districts (amphoe) des écoles secondaires pour les élèves de 12 à 17 ans, et beaucoup ont des écoles professionnelles.

Le système universitaire est plus complexe et comprend :


«  166 établissements : 69 universités privées et 97 établissements publics, dont 14 universités, 11 universités autonomes, 40 Universités Rajabhats (anciens Instituts de formation des Maîtres promus au rang d’université), 9 Universités Technologiques Rajamangala, 2 universités pour les bonzes, 19 Community Colleges, l’Institut Pathumwan de Technologie et l’Institut de Développement de l’Administration. En 2009, le pays compte 2558 800 étudiants (90% dans des structures publiques et 10% dans des institutions privées), dont 37% sont à un niveau Master et 5% à un niveau PhD. (2009) » (site de l’Ambassade de France).

Universite-d-Udon

Ailleurs (wikipédia )les données sont quelque peu différentes : 16 universités et collèges publics (4 en Isan), 15 universités autonomes (1 à Korat), 40 universités système Rajabhat (10 en Isan) , 9 universités de technologies système Rajamangala (1 en Isan), 12 collèges and Instituts (police et armée)(aucun en Isan), universités et collèges privés : 39 universités (5 en Isan), 10 instituts( aucun en Isan), 22 collèges (5 en Isan) .


La Thaïlande a consacré, en 2009, 3,4% de son PIB à l’éducation, soit 18% du budget national. Près de 22% du budget de l’éducation est alloué à l’enseignement supérieur.

On  peut aisément comprendre que l’on ne peut expliquer ici ce système universitaire à plusieurs vitesses : public, autonome, privé  et le système Rajabhat et rajamangala ?

Mais on peut signaler que  le système « se mercantilise »  de plus en plus pour les élites et les classes aisées qui  envoient leurs enfants dans les écoles privées ( près de 30% des établissements en Thaïlande. Parmi les écoles privées, il faut distinguer celles qui suivent le programme thaïlandais et les écoles dites internationales qui suivent plus souvent un programme anglo-saxon ou même français (Lycée français de Bangkok). Les frais de scolarité varient énormément. La scolarisation dans une école privée thaïe de qualité correcte coûte environ 30 000 Baths - 700 Euros (chiffres 2009) par année, cantine scolaire incluse. À titre comparatif, l'ISB (International School of Bangkok), l'une des plus prestigieuses écoles internationales de Thaïlande affiche des frais de scolarité de l'ordre du million de Baths (22 000 Euros) par an. Au niveau universitaire le privé est désormais plus du double du public et de ce fait pénalise les classes défavorisées.

On peut se douter qu’une famille rurale avec un revenu de 70 000 baths /an ne peut y envoyer aucun de ses enfants.


2/ Le système scolaire en Isan 

Mais ce système scolaire, si aisé à décrire dans ses structures et ses intentions va se heurter aux « réalités » de l’Isan. 

A ce stade de notre « enquête », nous abordons l’éducation en Isan avec dèjà des données essentielles que nous avons relatées dans nos derniers articles.


Nous savons que

2.1 Notre Isan a une Histoire : Elle  n’a pas toujours été thaïe, et a subi des rapports de vassalité, d’annexion, une thaïfication “efficace” qui lui a faire perdre ses racines, interdit à l’école l’usage de ses langues, mis dans un rapport d’infériorité par rapport à l’ethnie siamoise...


2.2 Notre Isan est la région la plus pauvre de la Thaïlande, avec une agriculture comme principal secteur d’activité. Cette pauvreté signifie lesalaire moyen le plus bas du pays, moins d’infrastructures, moins d’ouvertures aux nouvelles technologies, moins de travail, une forte immigration dans les villes et surtout à Bangkok, une forte proportion à «immigrer» ses filles vers les principaux centres touristiques…  et pour notre sujet, moins de bonnes écoles et lycées, moins de bons  professeurs, un lien évident  entre zone rurale, pauvreté, et bas niveau  d’ éducation. (Tout en reconnaissant que la Thaïlande possède l'un des meilleurs taux d'alphabétisation d'Asie du Sud-Est : 98 % de la population adulte sait lire et écrire).


2.3 Notre ISAN, comporte 20 provinces :

1.Amnat Charoen (อำนาจเจริญ) 2. Bung Kan 3. Buri Ram (บุรีรัมย์) 4. Chaiyaphum (ชัยภูมิ) 5. Kalasin (กาฬสินธุ์) 6. Khon Kaen (ขอนแก่น) 7. Loei (เลย) 8. Maha Sarakham (มหาสารคาม) 9. Mukdahan (มุกดาหาร) 10. Nakhon Phanom (นครพนม) 11. Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) 12. Nong Bua Lamphu (หนองบัวลำภู) 13. Nong Khai (หนองคาย) 14. Roi Et (ร้อยเอ็ด) 15. Sakon Nakhon (สกลนคร) 16. Si Sa Ket (ศรีสะเกษ) 17. Surin (สุรินทร์) 18. Ubon Ratchathani (อุบลราชธานี) 19. Udon Thani (อุดรธานี) 20. Yasothon (ยโสธร)

327 amphoe (arrondissements), 2.602 tambon (communes) et 27.440 villages (sur environ 75 ou 80.000 villages en Thaïlande), et  environ 22 millions d’habitants  entre 15 et 23 millions de locuteurs parlant le thaï du Nord-Est ou l’Isan et de nombreux dialectes (Cf. notre article 18 sur ce sujet), soit environ 31 % de la population totale. Quelque 11 % d’entre eux sont bilingues et parlent le thaï du Nord-Est et le thaï siamois. 

Ces trois grandes composantes, administratives, historiques et économiques sont déterminantes dans la compréhension de la complexité  du sujet, surtout si on y ajoute le paramètre politique, et le choix « offert » entre le public et le privé.


On se doute que l’offre scolaire n’est pas la même si on habite à Khon Kaen, Kalasin ou Surin, dans la capitale de la Province, une grande commune  ou dans un petit village rural…le niveau scolaire ne sera pas le même si  l’élève est issu de parents riches et cultivés ou s’il vient d’une famille rurale pauvre, dont l’enfant est nécessaire pour participer aux travaux agricoles. Aussi dans le cadre de cet article qui ne peut qu’être modeste faut-il se résigner à souligner les principales caractéristiques qui touchent le plus grand nombre.

Eric Tollens (Université catholique de Laval) dans son étude sur les indicateurs sociaux de la pauvreté en Thaïlande nous donne un cadre assez éloquent :

Il est considéré qu’un tiers de la population est sous le seuil de pauvreté  (on peut imaginer cette misère quand le salaire minimum moyen sur l'ensemble du pays est de 176,3 bahts (4 euros) par jour en 2011), et 45 % de la population de l’Isan.


Si 98 % de la population rurale est alphabétisée, et 64% ont réussi le système d’éducation obligatoire,  seuls 6 % suivent le niveau secondaire et 1,13 % vont jusqu’ à l’ équivalent du bac . Une relation étroite s’établit entre la zone rurale, la production agricole et le bas niveau d’éducation .


En effet, la pauvreté et la spécificité du travail agricole obligent les élèves ayant terminé  l’école obligatoire à aider la famille aux travaux des champs ou à rechercher un petit pécule dans le secteur informel. De nombreuses filles ont de plus une grossesse prématurée". («  La part des moins de 20 ans dans le nombre total des femmes ayant un enfant est passée de 5,6% en 1958 à 15,5% en 2008, un chiffre qui s'explique notamment par la très forte augmentation du nombre de mères âgées entre 10 et 14 ans, rapportait samedi The Nation… » in Le petit Journal du 13 juin 2011) De plus, on sait bien que les dotations dans ces écoles de village  sont limitées et que ce ne sont pas les meilleurs instituteurs qui y sont nommés. (« Alors que près de 21.000 établissements ont passés les tests de qualité de l'éducation, 4.885 écoles, principalement en milieu rural et pauvre, ne répondent pas aux critères de qualité. Les principales raisons de cet échec sont le manque de professeurs et un budget limité qui force les établissements à recruter des enseignants n'ayant pas l'expérience nécessaire pour éduquer correctement les jeunes enfants » in Le Petit Journal, 25 mai 2011

.

3/ Le faible niveau des enseignants, donc de l’enseignement dispensé.

A la  pénurie d'enseignants s’ajoute  le surpeuplement des classes (avec souvent jusqu'à une soixantaine d'élèves dans une classe),  dans les écoles publiques et aussi le faible niveau des instituteurs qui vont en zone rurale. Les connaissances acquises et les compétences des enseignants nouvellement diplômés des universités  Rajaphat équivaut à un baccalauréat français. Il est vrai que la méthode de l’enseignement  « par cœur » enseignée et utilisée dans les classe, est bien  ancrée dans la culture thaïlandaise comme la seule méthode possible et  n’ encourage pas la réflexion critique, l’initiative et la créativité. Le Premier ministre Thaksin Shinawatra , le 18 août 2002, disait déjà de façon pessimiste : "les enseignants doivent changer radicalement leur façon de penser - je ne suis pas sûr qu'ils peuvent le faire » .

Pire en 2011, un article du Bangkok Post révélait que 80% des enseignants de niveau secondaire supérieur, avaient  échoué aux tests proposés à leurs élèves, selon  le Bureau de la Commission d’éducation de base (Office of the Basic Education Commission, OBEC). Le ministre de l’Éducation Chinnaworn Boonyakiat, désabusé, reconnaissait : « Même les enseignants ne parviennent pas à avoir le niveau, alors comment pouvons-nous améliorer la qualité des étudiants ? ».

En effet la  Commission   révélait que  88% des 3.973 enseignants en sciences informatiques avaient échoué au test. Un grand nombre d’enseignants avait également échoué en biologie (86% de 2846), maths (84% de 5498), et science physique (71% de 3.487), en  chimie (64% de 3088) et astronomie et sciences de la terre (63% des 529).

Bref, le peuple Isan subissait, outre la pauvreté ( revenu insuffisant, endettement, immigration économique forcée, « prostitution » d’une partie ses filles , l’échec scolaire de ses enfants avec ce chiffre terrible de 1,13 % au niveau bac, et une formation dévaluée pour ses meilleurs.


4/ L’Histoire 

Un retard qui s’explique aussi par l’Histoire ( refus de reconnaisance de la langue et de leur culture, thaïfication et thaïness), que nous avons déjà abordé dans notre article 13 intitulé « Le nationalisme et l’école ? » inspiré de l’étude de Waruni OSATHAROM,  « Thaïlande : le complexe de l’altérité » (chercheur au Thai Khadi Research Institute, Thammasat University, Bangkok). Nous y disions entre autres :

Le monde extérieur continue d’être perçu à travers le prisme de l’idéologie nationaliste enseignée à l’école : «  Les manuels scolaires thaïs ne se sont pas départis de leur fibre nationaliste. Ils n’ont d’autre choix que de se conformer à la politique déterminée par le ministère de l’Éducation.» […]« La Thaïness a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, paysannes ».  Son « efficacité » s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias. »[…] « En août 1997, l'historien Michael Wright (décédé en 2009) écrivait dans The Nation : « En ce qui concerne l’histoire et la culture, la Thaïlande ressemble fort aux pays communistes en ce sens que ces deux matières y sont propriétés de l'État. On ne peut que déplorer une telle situation qui voit toute recherche originale ignorée ou rejetée si elle n'avalise pas la version officielle »(cité par Xavier Galland, in Gavroche).

Une école où les Isans donc  (comme les autres minorités) n’avaient pas le droit de parler leur langue, d’apprendre leur culture, mais devaient écouter, sagement,  le Discours du Maître reproduire l’idéologie « nationaliste  » et recevoir un enseignement dont nous avons dénoncé le niveau plus que primaire.  Arnaud Dubus dans un livre récent sur la Thaïlande  (« Le guides de l’ Etat du monde, La découverte) confirmait la médiocrité de système éducatif et signalait qu’ « En 2002, 70% de la force du travail n’avait pas dépassé les six années primaires de l’enseignement obligatoire » !  Il notait aussi que les autorités étaient conscientes de cette situation préjudiciable pour une économie toujours plus sophistiquée, et que les multiples réformes entreprises n’avaient pas réussi à bousculer le conformisme « des 400 000 enseignants pour qui il est urgent que rien ne change ».

950240 education-thailande

Conclusion 

Nous avons vu que l ’éducation en Isan avait subi les effets de l’Histoire, à travers surtout la thaïfication de son enseignement, le rejet de sa langue et de sa culture, le faible niveau et le conformisme des enseignants, la « mercantilisation » de l’école, et son  système universitaire à plusieurs vitesses : public, autonome, privé  (avec  le système Rajabhat et rajamangala). Nous avons vu le lien qui existait entre la pauvreté et le bas niveau d’éducation, surtout pour  45 % de cette population vivant en-dessous du seuil de pauvreté.


Il ne s’agit pas ici de dénigrer systématiquement le système scolaire thaïlandais  alors que la Thaïlande possède l'un des meilleurs taux d'alphabétisation d'Asie du Sud-Est : 98 % de la population adulte sait lire et écrire, et que le programme PISA (enquête de l’OCDE) d’évaluation internationale, en lecture ,  mathématiques et sciences situaient les jeunes Thaïlandais dans une moyenne inférieure à la moyenne internationale : « En lecture, le score des élèves thaïlandais est de 422 points pour une moyenne internationale de 493. Le pays se place au 50 ème rang en mathématiques, le score est 419,77 points, en dessous de la  moyenne internationale de 496. En sciences, les élèves thaïlandais obtiennent une moyenne  de 422, au 48 ème rang avec une moyenne internationale de 501 points. La France se place au 22 ème rang pour la  lecture avec 497 points,  elle chute au 27 ème rang avec 498 points en sciences »  

La Thaïlande a adopté en 2001 une loi relative à la décentralisation qui donne à chaque établissement d'enseignement la liberté de donner l’un ou les trois types d’enseignement (formel, non-formel et informel) et qui autorise de consacrer 1/3 du temps scolaire aux réalités locales.


Mais la pression de la « mondialisation », la prise de conscience politique des masses rurales, la révolution internet et la fréquentation quotidienne de la télévision, est en train de bousculer ce que l’on peut considérer comme le monde d’hier.   

 université

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Chacun a son style , aussi   il nous a paru intéressant de connaître les sentiments de Jeff, notre ami blogueur, http://isan-farang.eklablog.com/, sur les  deux écoles de son village de Pangkhan en Isan.


A paraître lundi 18 juillet.

 

 

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 03:02

babel tour118. Notre Isan : Langues et dialectes en Isan.

Les langages en Isan constituent-ils une tour de Babel linguistique ? On pourrait le penser... en première analyse, en faisant en quelque sorte un inventaire «  à la Prévert » (dialectes parlés, nombre de locuteurs).

La langue thaïe n’utilise pas de vocable spécifique tel que « patois », à la connotation négative sinon péjorative. Il y a une « langue » ภาษา phasa et des « langues utilisées dans la région de.... » ภาษามถิ่น phasathin. La différence entre une « langue », un « patois » et un « dialecte » repose sur des critères disctutables. Ne parlons pas du «ไทยกลาง » « thaï klang »« thaï du milieu », celui de Bangkok, le beau langage qui est sinon parlé, du moins compris partout et par tout le monde. 

Vient ensuite, bien sûr, le ภาษาถิ่นอีสาน, le langage de l’Isan, très proche du lao - du thaï à 70 ou 80 % - mais écrit en caractères thaïs, parlé par la quasi- totalité des habitants de nos 20 provinces et par le gros million d’Isans expatriés pour aller chercher fortune à Bangkok ou ailleurs. C’est une langue vivante que l’on parle partout au quotidien, qui a sa chaine de télévision « E-San discovery » et sa littérature propre. Le site en thaï :

http://www.esansawang.in.th/esanweb/es0_home/index_esan.html

en donne un bon aperçu.

 

 les mots que nous allons oublier

Si l’Isan a son langage, il a aussi sa bière, เบียร์อีสานเบียร์ของเฮา « la bière isan est notre bière » dit la publicité, en isan naturellement.

 bière

Le Cambodgien, qui n’a rien à voir avec le thaï, ภาษาเขมร serait parlé par  2.000.000 de locuteurs en Thaïlande dont la plus grande partie se trouve dans les provinces de Surin, Sisakét, Buriram, Roïét et Nakhonratchasima.

Le ภาษาไทยโคราช, langage de Khorat, serait parlé par environ 2.000.000 de personnes qui gitent évidemment à Nakhonratchasima (Khorat) et à Buriram.

Le ภาษากุย ou ภาษาส่วย, koui ou souaï (quel joli nom !) est encore parlé par 300.000 personnes, à Surin, Buriram, Sisakét, Khorat et Roïét. Il comprendrait - pour simplifier - trois sous-dialectes différents.

Le Phouthaï, ภาษาผู้ไท a plus de 150.000 locuteurs centrés autour de Kalasin, Nakhonphanom, Mukdahan, Sakhonnakhon, Khorat et Udonthani.

Le ภาษามอญ, le Mon, la langue des premiers habitants du pays aurait encore plus de 100.000 locuteurs dont une grande partie sur Khorat. Ils utilisent l’alphabet thaï.

Le Phouan, ภาษาพวน est parlé par environ 100.000 (dont certaines fort jolies...) personnes en Thaïlande, à Loeï, Kalasin et Sakhonnakhon.

thaipaon2

Le ภาษาโส้, le , est connu de 60.000 personnes environ à Nakhonphanom, Sakhonnakhon, Nongkhai et Kalasin.

Le ภาษาไทญ้อ, thaïyô, se parle à Sakhonnakhon, Nongkhai et Nakhonphanom, 50.000 locuteurs environ.

20.000 personnes parlent le ภาษาบรูตะวันตก, Brou du couchant à Mukdahan.

Quant au Brou du levant, ภาษาบรูตะวันออก, il n’est pas celui du couchant et a 5.000 fidèles à Sakhonnakhon.

Dans cette même province, 5.000 personnes connaissent encore le Yoï, ภาษาโย้ย.

A Nakhonphanom, on trouve 11.000 locuteurs du ภาษาแสก, le Sék, proche du lao et pour cette raison en voie de disparition soit au profit du lao soit au profit de l’isan.

Le ภาษาญัฮกุ้ร, Yokoun a encore 10.000 fidèles en partie à Khorat. 

Il resterait 700 habitants d’un amphoe de Loeï qui connaissent le ภาษาไทดำ, Thaïdam (thaï noir) et peut-être encore quelques-uns son écriture spécifique (qui ressemble tout de même beaucoup au thaï).

thai dam

C’est la langue des thaïs du Vietnam. Ils sont plusieurs centaines de milliers, mais ils l’écrivent en utilisant l’alphabet vietnamien romanisé.

Quelques 300 initiés de la province de Loeï connaissent le Malabri, ภาษามลาบรี et  encore 200 de Sisakét, le Yeu (ภาษาเยอ).

Naturellement, des colonies éparses ça et là, chinoises, khmers, vietnamiennes, laos, musulmans du sud, hmongs, réfugiés ou pas, continuent de parler leur langue maternelle, et peut-être encore des dialectes très locaux pratiquement en voie de disparition. Et même des colonies de farangs qui parlent leurs divers dialectes, français, wallon, suisse, canadien voire même marseillais.

La principale et très érudite source qui fut la mienne donne des chiffres de 2006, et il se passe bien des choses en quelques années. Quel avenir aurait alors un dialecte encore parlé par 100 personnes ?

Mais est-ce vraiment une « tour de Babel » ? Je suis persuadé que non ! Chacun de ces dialectes, miracle de la technologie moderne, a son site Internet (en thaï évidemment !) d’autant plus complet, mais pas toujours, que le nombre de locuteurs est important (évidemment). Tous ces dialectes (sauf le khmer et le malais) ont la même base que le thaï, langue monosyllabique à tons et tous utilisent l’alphabet thaï. L’alphabet Isan est perdu dans la mémoire des hommes et l’alphabet thaï-noir est peu ou prou fortement inspiré de l’alphabet thaï.

Que ces dialectes présentent entre eux des différences plus ou moins sensibles est une chose, que les locuteurs ne se comprennent pas entre eux en est une autre. Je raisonne par analogie (bien ou mal ?) avec le Provençal codifié alors qu’il était en train de disparaître, par Frédéric Mistral dans son « Trésor du Félibrige », chaque mot dans notre langue d’oc a selon la région une forme variée, provençal pur d’Arles ou d’Aix, provençal de Forcalquier, la capitale de la haute-Provence, gavot (provençal des montagnes, celui des plouks), nissart (celui de Nice), gapian (celui de Gap), comtadin, auvergnat, catalan, toulonnais, marseillais, béarnais, forézien, et j’en oublie mais l’origine (le bas-latin) est la même et tous se ressemblent.

Je rigole – bélèu - quand j’entends dire «bessaï  » (« peut-être » en provençal de plouk), alors que moi je dis «bélèu » mais j’ai compris comme je comprends le « gapian » qui me dit « dillèu ». Mistral recense 14 façons de dire ce « peut-être » !


La politique de « thaïfication » a imposé à tous l’utilisation du thaï standard. Qu’ils conservent précieusement leur dialecte local est une bonne chose et Internet est un magnifique outil pour cela, mais dans la mesure où il existe une « Nation thaï », la necessité d’un langage vernaculaire commun s’impose.

Lorsque Jules Ferry a créé l’école primaire « laïque, gratuite et obligatoire », il a aussi créé les écoles normales destinées à former les instituteurs de la république. Issus des meilleurs éléments de l’école primaire, nommés ensuite généralement dans leur région d’origine, ils connaissaient tous le patois local que l’on parlait au quotidien chez eux. Aussi, Jules Ferry les bombarda en permanence de circulaires rappelant l’interdiction formelle d’utiliser le patois dans les écoles !

Grace à Jules Ferry, en 1914, tous les petits Français qui sont partis mourir dans la merde des tranchées parlaient et comprenaient le français. A l’inverse, la piétaille belge, essentiellement les paysans flamands commandés par des officiers wallons ne parlaient que leur patois flamand et leurs officiers, que le français. Les siciliens, napolitains et autres calabrais massacrés à Caporetto ne comprenaient pas mieux les ordres de leurs officiers toscans ou piémontais. Le bilinguisme n’existait pas en Belgique à cette époque pas plus qu’en Italie ! Etonnez-vous que les Flamands aient aujourd’hui quelques rancoeurs et que Mussolini (qui avait connu la grande guerre de l’intérieur) ait exigé à coup de pieds au derrière que ses compatriotes parlent tous le bon toscan ! Mais, je sais, la guerre de 14 n’est pas le meilleur exemple !

Par contre, si tous les locuteurs de ces dialectes se comprenent pour l’essentiel entre eux, ce dont je suis persuadé, vous, si vous parlez thaï, vous aurez des difficultés à les comprendre, ne vous leurrez pas.

________________________________________________________

Références 

Généralités

http://www.ethnologue.com/show_country.asp?name=TH

Une référence fondamentale à laquelle font référence tous les sites thaïs cités plus bas et une source considérable de références linguistiques, en anglais malheureusement.

http://www.asiamaya.com/thai/ภาษาไทยถิ่นอื่น.htm

Un bon site (en thaï).

Isan : Il existe un dictionnaire thaï-Isan-lao et, bien sûr et toujours, l’énorme « dictionnaire de l’académie royale thaïe » qui est riche de vocabulaire isan.

Sur le site (celui de l’Université Chulalongkorn) en thaï :

http://www.isan.clubs.chula.ac.th/lang/list.php?transaction=list.php&start=0&page=1

vous trouverez un remarquable lexique en ligne, près de 2.000 mots avec indication de leur province d’origine, mais aussi la sécheresse d’un lexique !

Vous trouverez sur le site (Université d’Ubon)

http://www.isangate.com/word/isandict.html

un petit lexique en ligne, isan-anglais, beaucoup moins bien fourni.

Tous les sites qui suivent donnent des précisions sur le langage concerné, parfois un lexique sommaire et pour certains d’entre eux, d’intéressants renseignements sur les populations locutrices. Tous enfin, ce qui n’est pas fréquent sur Wikipédia, donnent de solides références, provenant le plus souvent du département de linguistique de l’université Mahidon de Bangkok. Ils sont évidemment en thaï.

Khorat : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยโคราช

Il n’existe pas (à ma connaissance du moins) de lexique du thaï de Khorat mais il s’agit essentiellement de décalages de tonalités par rapport au thaï standard.

Koui : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษากุย 

Le site est très complet, apparemment fort actif et contient un bon lexique.

Phouthaï : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาผู้ไท 

Le site est  aussi très complet et très didactique.

Mon : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษามอญ 

Phouan : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาพวน 

Le site contient un petit lexique.

 : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาโส้

Thaïyo : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทญ้อ 

Brou du couchant : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาบรูตะวันตก 

Sék : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาแสก 

Yokoun . http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาญัฮกุ้ร 

Brou du levant : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาบรูตะวันออก

Yoï : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาโย้ย 

Thaï dam :  http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทดำ  - http://www.omniglot.com/writing/taidam.htm

Ces deux sites sont aussi très complets, aussi faible que soit le nombre des  locuteurs en Thaïlande, et apparemment fort actifs.

Malabri : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาสามลาบรี 

Yeu : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาเยอ 

Un bon aperçu de cette mosaïque (http://www.ethnologue.com/) :

Cartes langages

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 03:07

Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique.

cv prostitution 1006Il ne s’agit pas ici de traiter de la prostitution ou du tourisme sexuel en Thaïlande, mais d’essayer de mesurer l’importance de l’apport « économique » des « filles tarifées » pour les familles et la Région d’Isan, de comprendre cette nouvelle industrie : l’industrie du sexe.

 

PARTIE 1 – de la prostitution en Thaïlande 

 

1/Un peu d’ Histoire, quand même.


(En s’appuyant, une fois de plus, sur une excellente étude de Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande, Ancrage historique ou phénomène importé) 

Simon de La Loubère, envoyé du roi Louis XIV au Siam en 1687, est le premier Européen à mentionner la prostitution dans le pays. Le Chevalier Claude de Forbin, décrivit d'ailleurs ces unions arrangées en ces termes: « les missionnaires contractent certains mariages assez usités dans le pays et qui ont cela de commode qu'ils ne durent qu'autant qu'ils peuvent faire plaisir ». Certes autrefois, au temps du royaume d’Ayutthaya au 16ème et 17 ème siècle,  au même titre que d'autres commerces, la prostitution  représentait une source de revenus pour le pouvoir en place.

Les prostituées étaient le plus souvent des esclaves d'origine khmère, laotienne, birmane, shan et plus rarement thaïe. Elles officiaient dans les maisons closes des quartiers populaires ou encore dans les ports fréquentés par les nombreux étrangers commerçant avec le Siam. D’autres  prostituées, apparentées à des concubines, concluaient des mariages temporaires avec les voyageurs. Ces pratiques furent interdites pour les femmes thaïes par le roi Prasat Thong en 1657, après un scandale de Cour, et ne furent plus réservées par la suite qu'aux femmes d'origines étrangères.


Toutefois, jusqu’au XIX ème siècle, les maîtres mettaient parfois leurs esclaves à la disposition de leurs amis et autres « clients », contre paiement ( Thongthammachat et Aphaphirom, 2520 ( 1977 ). « A cette époque, la prostitution devait cependant être encore un phénomène très limité. Selon Mgr Pallegoix, dans son ouvrage publié en 1854, l'impôt sur les femmes publiques  ne rapportait que 50 000 bahts par an et arrivait en 26e position comme source de profit pour l'état, loin derrière les tripots ( 500 000 bahts ), les loteries ( 200 000 bahts ), et même les nids d'hirondelles ( 100 000 bahts) . 

En 1905, le roi Chulalongkorn libére les esclaves et  promulgue la première loi sur la prostitution, connue sous le nom de Phraratchabanyat pongkan sanchon rok r.s. 127 ( loi sur le contrôle des maladies transmissibles). Les maisons de prostitution et les prostituées étaient enregistrées. Une taxe d'autorisation de 30 bahts par établissement et de 12 bahts par fille sont dûes tous les trois mois. (En 1908, 77 maisons et 594 prostituées furent enregistrées ( Mettarikanon, 2527 ( 1984 ).

 

mafia chinoiseMais l’arrivée massive d’immigrants chinois  dans la seconde moitié du règne du roi Rama V ( 1868-1910 ) change radicalement la nature et le nombre de prostituées.( De 1893 à 1905, 455 100 Chinois arrivèrent en Thaïlande). Les triades chinoises s'assurèrent le contrôle de la prostitution, avec le jeu et l’opium. En  1933, sur 151 maisons enregistrées, 126 avaient des propriétaires chinois, 22 Thaïs et 3 vietnamiens ( Mettarikanon, 2526 ( 1983 ).

En 1941-1944, pendant la 2ème guerre mondiale, la présence des troupes japonaises (100 000 à 150 000 Japonais, selon les années, augmentent considérablement le nombre d’établissements et de prostituées. Des dœn sawan ou " zones paradisiaques ", véritables quartiers de prostitution, furent créées pour elles dans les provinces ( Bangkok Post, 15 mars 1989).

En 1949, le ministère de l'intérieur interdit l'enregistrement de nouvelles maisons de prostitution. Mais, il est fort probable que le nombre de maisons de prostitution déguisées sous forme de restaurants, d'hôtels, de rong nam cha ( " salons de thé " ), de salons de coiffure, etc. commença à croitre à ce moment-là. En décembre 1949, l'ONU demande à ses États membres de rendre la prostitution illégale.

 Le gouvernement thaï promulgue en 1960, une loi pour interdire le commerce du sexe,   la phraratchabanyat pram kankha praweni ph.s.2503). Des amendes et des peines d'emprisonnement étaient prévues pour les prostituées, les souteneurs et les propriétaires de maisons closes ( Sutphaisan, 1989).

Mais en fait, avec le développement économique, la prostitution continua de connaître une extension considérable en raison d'une part, de la migration, d'abord largement masculine, de paysans vers Bangkok, et d'autre part, avec l’arrivée des soldats US en Thaïlande en 1961  durant la guerre du Viêt-Nam (Cf. notre article sur les bases US en Isan)

Bangkok, devenait la " ville aux 30 000 call-girls " ( Nouvelle Agence de Presse, 1973  ), et la prostitution prospérait à  Pattaya, et autour des  grandes bases militaires, où séjournaient près de 50 000 soldats US, auxquels il faut ajouter les 2 000 permissionnaires américains du Viêt-Nam qui arrivaient en Thaïlande tous les dix jours.  

 En 1976, les soldats américains quittèrent la Thaïlande,  mais le secteur privé avait déjà assuré la relève avec l’arrivée d’une nouvelle espèce : les touristes.

Entre 1962 et 1976, un peu plus de 700 000 militaires américains étaient  venus se prélasser sur les plages du Land of Smiles. (Turshen et Biravel, 1993, cité par Poulin, 2004 ) De retour à la maison, les soldats ont répandu la bonne nouvelle et les touristes ont vite fait de les remplacer. Si en 1970, la Thaïlande accueillait environ 630 000 visiteurs, ce chiffre s’élevait, en 1998, à 7,8 millions (Formoso, 2001).

En 1975, Newsweek était étonné que 100 000 touristes allemands se pressaient déjà pour découvrir les 500 salons de massage que laissaient les Américains à Bangkok (Newsweek : 1er décembre 1975).

Sans titre-3 Le tourisme sexuel était né. Et la création d’une nouvelle industrie : l’industrie du sexe, avec l’arrivée des touristes occidentaux et asiatiques, et avec le développement économique, une urbanisation de ruraux et le développement des « lieux » de plaisir pour les locaux.


2/Du tourisme sexuel à l’industrie du sexe

L’industrie du sexe est donc liée de la  conjonction et de la synergie de nombreuses composantes : 

 Jeremy Seabrook dénonce avec force et raison les concomitances évidentes entre l'industrie du sexe et l'ensemble du secteur économique (auquel participe fortement le tourisme), l’industrialisation et l’ouverture de la Thaïlande  au marché mondial qui a nécessité un apport de main d’oeuvre bon marché, la croissance du pays avec ses disparités régionales et la pauvreté qui demeure en Isan. Ces éléments  incitent ses populations rurales à tenter l’aventure vers les grands chantiers d'Asie et du Moyen-orient et aussi, naturellement, vers Bangkok où ils constituent les gros bataillons des ouvriers de chantier, des chauffeurs de taxi et de tuk-tuk et hélas, de la prostitution. (Cf.Michel Deverge Menues chroniques d'un séjour en Thaïlande, 1989-1992).

En effet, si les médias « occidentaux «  aiment traiter et dénoncer le tourisme sexuel, ils oublient bien souvent, l’industrie locale du sexe, toujours bien présente sous la forme de bordels, karaokés, massages et autres établissements nocturnes  La société de consommation et les modèles « publicitaires » des médias qui poussent les lycéennes et étudiantes à se prostituer occasionnellement pour s’offrir les derniers gadgets. L’utilisation de plus en plus courante d’internet pour des rencontres « tarifées » et la recherche de maris farangs.


revenusTous influent sur l’industrie du sexe et montrent la complexité de cette réalité et la difficulté de l’analyser, surtout si on y ajoute la corruption , l’hypocrisie des Autorités, la « complicité » de la police avec les milieux mafieux, l’action des ONG, les multiples forums, livres de confessions, émissions de télévision « occidentales » « moralisatrices », et le sentiment de beaucoup de bien connaître le sujet et de vouloir partager leur opinion (critique à laquelle je n’échappe pas. ).

S’il est aisé pour chacun de « discuter » de la prostitution, et de la prostitution thaïlandaise en particulier, il est plus difficile d’en approcher sa réalité économique. Surtout que cette industrie du sexe s’inscrit dans un agrégat d’autres industries comme les agences de voyage, l’industrie hôtelière, centres commerciaux, restaurants,  bars …

Ainsi Jean Baffie in , Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande, montre bien par exemple, le  lien qui existe entre le développement économique et la prostitution :

« Quatre grandes familles chinoises sont à l’origine du développement de Hat Yai : 1. La

famille Sukhum, descendant de phra Sanehamontri, un ancien chef de district de Hat Yai, qui

a construit l’hôtel Sukhontha. 2. La famille de khun Niphat Chinnakhon, dont l’héritier est

propriétaire de mines et fut président du Conseil municipal de Hat Yai. 3. La famille de M. Si

Kimyong – devenu M. Kimyong Chayakul – qui possède des centres commerciaux. 4. La

famille de phraya At Kalisunthon, qui a vendu ses affaires locales pour s’installer à Bangkok.

Hat Yai est parfois surnommée par les Thaïs mueang setthi ou « ville des millionnaires ». Une publication de 1987 donne un aperçu des secteurs d’activités porteurs de Hat Yai en donnant la liste des dix personnes les plus riches de la ville (anonyme ) 

 

imagesOn voit que presque tous les membres de cette élite locale des affaires sont liés à l’industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents. » …et bien sûr aux  nombreux  lieux de prostitution.

 

Je suppose que l’on doit pouvoir retrouver ce schéma dans toutes les Régions et surtout les capitales régionales.

 

3/Une industrie qui touche toute la Thaïlande, toutes les provinces, villes, gros bourgs :

Le tableau que donne Jean Baffie, (IRASEC  n° 6 ) peut être un indicateur, même si ici, le nombre des prostituées est fortement minoré, déjà en 1992, au-delà des principaux centres touristiques connus de Bangkok,  Phuket, Ko Samui, et Pattaya … :

 

Province

Nb d’établissements

Nb de prostituées

Bangkok

  688

20 366

Sud

1378

17 598

Nord

1008

   8 880

Centre

1581

 22 600 

Nord-Est

  917

   7 79

 

Buriram                   64                                          362

Chaiyaphum          36                                          190

Kalasin                 39                                           590

Khon Kaen            123                                      1 378

Maha Sarakham    38                                            185

Mukdahan             13                                           70

Nakhon Phanom   48                                            235

Nakhon Ratchasima 110                                    1 382

Nong Khai              50                                         297

Roi Et                      82                                         497

Sakon Nakhon            31                                       205

Sisaket                        36                                        270

Surin                          37                                         313

Ubon Ratchathani     91                                        923

Udon Thani                 91                                     796

Yasothon                   28                                       105

 

Tableau n°5 : Nombre d’établissements de prostitution et de prostituées dans les provinces de Thaïlande en 1992. Source : Anonyme 2535 [1992] pp. 26-27.

 

Ce tableau  montre encore que les régions qui fournissent les plus forts contingents de

prostituées sont celles qui comptent le moins d’établissements de prostitution

et de prostituées. Ainsi, le Nord-Est, avec 7 798 prostituées, et le Nord, avec 8 880, sont loin

derrière le Sud (17 598 prostituées) et le Centre, sans Bangkok mais avec Pattaya (22 600 prostituées).

 

On peut se douter qu’avec 15 millions de touristes, le nombre de prostituées et d’établissements ont considérablement augmenté. 

 

 

4/ Une industrie « consommée » aussi bien par les occidentaux que les  asiatiques, les étrangers que les Thaïs.


Les chiffres 

 

Sur les 15,84 millions d’arrivées de visiteurs internationaux en Thaïlande en 2010, 4.341.447 arrivées sont  en provenance d’Europe, soit seulement 27,41%.

L. Brown peut donc rapporté à juste titre que la majorité des clients de prostitués femmes ou enfants sont avant tout des hommes asiatiques, si l’on en juge par une ratio selon le nombre de touristes  (60% d’asiatiques, dont la Malaisie est le premier pays  avec 771 000 visiteurs, suivie par la Chine avec 429 000 touristes et le Japon avec 420 000 voyageurs. En quatrième position viennent les touristes britanniques qui ont été 353 000 suivi de près par les touristes venant de Corée du Sud qui ont été 335 000), puis les Américains …

 Cela n'absout en rien évidemment les abuseurs occidentaux des enfants et des filles asiatiques, mais cela permet de rétablir une vérité tragique, bien loin de la gestion de notre culpabilité judéo-chrétienne caractéristique du débat en Occident. Et Louise Brown a le mérite de démolir des pans entiers de ce qui est à la base des trop fameuses " valeurs asiatiques ", tout en montrant aussi que l'industrie du sexe est essentiellement le résultat d'une société intensément dominée par les hommes (Brown, 2000). Sans oublier les clients locaux.

Richard Poulin (2005) signale que, par exemple, au milieu des années quatre-vingt-dix, pour 5,4 millions de touristes sexuels par an en Thaïlande, on comptait 450 000 clients locaux par jour. Quelques 75% des hommes de ce pays auraient eu des contacts sexuels vénaux avec une personne prostituée ".

 



Le nombre de prostitué(e)s ?

Les chiffres  sont difficiles à obtenir et ne peuvent qu’être une estimation, tant pour le nombre de prostituées que pour leur apport économique (Le secteur du tourisme en Thaïlande concerne plus de 1,5 million d’emplois), surtout dans une société où la prostitution est interdite « officiellement »  et où « l’activité » est surtout informelle et/ou clandestine.   «   Illégale depuis 1960, la prostitution est, en Thaïlande, une activité très largement répandue, même si le nombre de prostitué(e)s est l'objet d'une controverse.
Au milieu des années 1990, des ONG œuvrant pour la protection des enfants ont avancé des chiffres extrêmes: 2,5 ou même 2,8 millions de prostitué(e)s.

Le nombre exact importe finalement assez peu. Il suffit de noter que 200 000 ou 300 000 femmes prostituées, chiffres minimaux que l'on rencontre aujourd'hui, font de cette occupation un fait social de première importance. ». Loin des exagérations récurrentes, et citant notamment les travaux de Boonchalaksi et Guest (1994), Bernard Formoso avance, lui aussi, le chiffre total de prostituées de " 200.000 à 300.000, soit tout de même de 8,3 à 12,5% des femmes de la tranche des 15-29 ans résidant en ville ; auxquelles s'ajouteraient de 25.000 à 30.000 filles de moins de 15 ans et de 30 à 50.000 garçons ou jeunes hommes qui satisfont la clientèle pédophile ou homosexuelle. Si l'on s'en tient à cette hypothèse basse, il y aurait au milieu des années 1990 de 250 à 380.000 travailleurs du sexe opérant en même temps " (Formoso, 2001).

Selon d'autres estimations, plus de 200.000 enfants seraient aujourd'hui exploités dans l'industrie du sexe en Thaïlande, et la crise entamée en 1997 n'a fait qu'aggraver dramatiquement une situation déjà tragique depuis deux décennies : certains n'hésitent pas à avancer le chiffre de 600 000 enfants prostitués, en grande majorité des filles, pour la seule Thaïlande (Murthy, Sankaran, 2003 ). (L'essor du tourisme sexuel et la misère du monde en Thaïlande et ailleurs par Franck Michel)


Les revenus de la prostitution 

Or, la prostitution est une source considérable de revenus : peut-être une centaine de milliards de bahts par an ( 20 milliards de francs ) pour 300 000 prostituées). (Jean Baffie)

Les gouvernements eux-mêmes en bénéficient : en 1995, on a évalué que les revenus de la prostitution en Thaïlande constituaient entre 59 et 60% du budget du gouvernement. Ce n’est pas sans raison que ce gouvernement faisait, en 1987, la promotion du tourisme sexuel en ces termes : « The one fruit of Thailand more delicious than durian (un fruit local), its young women.  » (Santos, 1999).

En 1998, l’Organisation internationale du travail (OIT) a estimé que la prostitution représentait entre 2 et 14% (quelle précision !) de l’ensemble des activités économiques de la Thaïlande, de l’Indonésie, de la Malaisie et des Philippines (Lim, 1998).

L’attrait que suscite la Thaïlande, le « pays du sourire », pour les étrangers n’a cessé de croître au cours des trois dernières décennies. En 1970, on comptabilisait 630 000 visiteurs par an, en 1998, 7,8 millions. En 1995, le tourisme engendrait 7,1 milliards de dollars américains de recettes ; il était la première source de devises étrangères et comptait pour 13% du PIB de la Thaïlande. Le pays était la première destination récréative d’Asie du Sud-Est. (Poulin). Avec 15 millions de touristes  en 2010, soit 2 fois plus, on peut imaginer  la somme et la part dûe  à l’industrie du sexe.


Où en est-on aujourd'hui ?

Une économie donc qui rapporte 

Le fléau semble se répandre et même se développer à une échelle beaucoup plus rapide. Certains vont même jusqu’ à dire  que l'industrie du sexe rapporte à la Thaïlande (cinq à six fois plus que les recettes de la drogue, soit entre 18 et 21 milliards de dollars américains en 1996. Dans ces conditions, comment croire que les 60.000 bordels que compterait le Royaume pourraient disparaître dans un futur proche (Frank Michel, 1998)).

On peut toutefois en douter si on en juge les chiffres de l’ ONU (rapport 2005) : Rapports annuels de la prostitution : 7 milliards de dollars, Rapports annuels de la drogue : 325 milliards de dollars.  On peut aussi se demander pourquoi les trafiquants de drogue prendraient un tel risque au vu des peines  sévères encourues.

Le Courrier du Vietnam, 1998 confirme : « Economie en plein essor, l'industrie du sexe s'enrichit sur la misère du monde et représente en Thaïlande la plus importante économie souterraine : le revenu annuel de ce secteur est évalué, en 1998, entre 22,5 et 27 milliards de dollars américains, soit 10 à 14 % du PNB »

Le quotidien Libération du 27 novembre 1998 rapporte qu'une étude du Bureau International du Travail (BIT) considère qu' " en Thaïlande les femmes qui se prostituent dans les villes rapatrient près de 300 millions de dollars, par an, dans les zones rurales : un montant souvent supérieur aux budgets de développement financés par le gouvernement»

Une industrie qui profite à beaucoup. " Par ailleurs, les revenus du tourisme sexuel profitent à une série de personnes, des managers de bars et de cabarets aux intermédiaires, des guides touristiques au personnel hôtelier et aux chauffeurs de taxi, etc., et à un nombre très important d'entreprises comme les chaînes d'hôtels, les compagnies de transports, les restaurants, sans compter le fisc " (Poulin, 2005 : 47-48), certains policiers, hommes d’affaires …et bien sûr les groupes maffieux.


Partie 2. NOTRE ISAN


6/ Les « filles »en Isan ?


Histoire


Nous avons déjà relaté dans notre article 11 sur l’ Isan lao qu’ Aymonier , en 1885, avait noté que chez les Laos de l’Isan, l’indulgence était générale pour « les péchés de la chair », et que  les filles étaient aussi sources de revenus.

La coutume des « cours d’ amour » était  souvent détournée.  On accepte les réunions  de jeunes le soir dans les cases. Mais si la jeune fille dénonce la « faute » commise, « Tout est tarifé : tant pour la prise de main, tant pour la prise de taille et des seins, et tant …pour les dernières faveurs ». Le garçon doit payer ou épouser. La somme dépend de la Province et de la situation des parents. Mais non sans humour, Aymonier précise que les Laotiens ne sont pas à l’abri des idées novatrices  et que certains mandarins demandent à leur fille de garder « leur capital intact ».

Mais l’évocation de l’Histoire, des « coutumes locales »,  n’expliquent en rien ce passage de la « coutume » à l’industrie du sexe. On pourrait aussi se demander pourquoi les filles tarifées sont essentiellement originaires des zones rurales du Nord et du Nord-est de la Thaïlande.

 

Les problèmes sociaux et économiques 

Tout d’abord, bien souvent, une triste réalité sociale et économique, avec un schéma hélas bien connu :   

Dans un contexte mondial de capitalisme agressif néolibéral, on observe  au Sud, le bouleversement des structures sociales qui affecte grandement les zones rurales, et pousse aux migrations vers les villes, favorise l’économie informelle, notamment les industries du sexe, et les déstructurations sociales.

Au niveau local, les structures traditionnelles sont ébranlées.

 On observe une forte proportion de jeunes maris violents, « alcooliques » et infidèles. De plus beaucoup de femmes sont abandonnées par leur ami ou mari à la naissance de leur enfant. Les filles ont  peu d’opportunités d’emploi dans leurs villages. La pression des dettes ?  la facilité de laisser  l’enfant aux grands parents pendant des années, incitent les jeunes femmes à tenter leur chance en ville. Même si certaines ont la « chance » de trouver un emploi, celui-ci est peu rémunéré, et ne peut suffire à subvenir aux besoins essentiels et à rembourser les dettes de la famille. Une restructuration, une mise au chômage, un coup dur, les conseils avisés d’une copine, les promesses de l’argent facile et conséquent, incitent certaines à tenter « l’aventure » … avec une tradition et une idéologie « permissive » et une adaptation  à l’offre du tourisme sexuel ?

« Sans trop élaborer, on peut dire que le grand courant migratoire du Nord-Est est passé et que l’afflux vient plutôt d’une ressourcelongtemps ignorée et pourtant essentielle : […] Le sacrifice des filles, une tradition bien ancrée en Thaïlande, ne va pas contre la culture locale et reste rentable. Les filles restent donc un bien meilleur investissement que les projets touristiques ou l’agriculture. Travailler la terre donne aux gens de l’Isan une respectabilité face aux citoyens urbains éduqués, mais les gens du Nord-Est eux-mêmes déconsidèrent leur travail et veulent autre chose pour leurs enfants (le miroir aux alouettes du développement et la prise de conscience d’avoir été abandonnés). Alors, nombreux sont les parents à faire semblant de ne pas voir la réalité et (…)on accepte que les filles isan soient associées à la prostitution et qu’elles se sacrifient en se mariant avec des Occidentaux pour le bien de leur famille »,dans le meilleur des cas, ou aillent «  travailler » en ville ou dans les centres touristiques. (Jacques Ivanoff, in  Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, in Carnet de l’IRASEC n°13, 2010).


Il a donc  fallu à la fois une tradition qui « sacrifiait » souvent la cadette pour aider la famille, et une idéologie  qui acceptait cette pratique pour les farangs dans la mesure où elle ne touchait que les « filles « de l’Isan (et du Nord), non « concurrentiels » pour les Thaïs Siamois.
Depuis, cette « pratique «  s’est développée et est devenue un apport économique conséquent. Elle est aussi le plus souvent un signe de réussite et de prestige.

Toutefois , il n’est nul besoin d’être un « expert » pour savoir que les pratiques tarifées sont multiples selon les gogos, bars, massages , discos, bordels, rencontres internet, sponsoring, freelance …, voire complexes . En effet , à l’intérieur même de chacun, des statuts différents opèrent, comme par ex. dans les gogos, les « artistes » et les autres , dans les massages , les body et les autres , celles qui choisissent le fixe et celles qui viennent à leur convenance ; dans les bars , celles qui ont des horaires  et les freelances, dans les discos,  celles qui sont déjà sponsorisées (pour certaines par plusieurs) et celles qui doivent absolument assurer leur quotidien… Il y a celles qui sont « libres » et celles qui sont « prisonnières » dans les bordels  … celles qui vont avec les farangs, celles qui vont avec des asiatiques ou des Thaïs …

Certes, les filles soutiennent leur famille, mais la majorité garde l’essentiel pour elles ou pour leurs copains thaïs (A Pattaya, il se dit que plus de 50% seraient dans ce cas). Il est difficile de ne pas croire que la recherche de l’argent ne soit pas  le principal moteur, et qu’elles ne  recherchent pas celui qui lui donnera sécurité et les signes évidents de sa « réussite ». L’ « amour » sans doute joue aussi un rôle parfois.

 

Bref, beaucoup de familles d’Isan ne doivent leur survie « économique » qu’au mandat envoyé par leur fille.  Et beaucoup espèrent que leur fille trouvera un mari farang  capable de les aider de façon plus « substantielle ». 

 « En attendant les bienfaits du développement, une illusion entretenue par tous les politiciens qui voient dans le Nord-Est surtout un réservoir de voix, les habitants comptent sur

leurs filles. D’ailleurs Buapan Promphaking, un professeur associé à l’université

de Khon Kaen, estime que le nombre actuel de couples transculturels dans les

dix-neuf provinces (20 aujourd’hui)  est proche des 100 000, c’est-à-dire 3 % des foyers de la région « (cité par Ivanoff)

De plus, un nombre conséquent de filles Isan se sont mariés et vivent à l’étranger et envoient chaque mois des devises à leur famille.


On peut voir aussi de plus en plus de retraités qui s’installent dans les villes de l’Isan  et villages avec leur compagnes ou femmes, avec la dot, la maison que l’on construit, la retraite qui est virée   …De  plus,  internet va considérablement faciliter et augmenter leur nombre dans les années à venir.

 

Au niveau local, le consumérisme fait de ravages et incitent de plus en plus  des lycéennes et étudiantes à se prostituer occasionnellement pour  suivre la mode et s’offrir  les  téléphones portables  ou gadgets électroniques récents. Déjà en 1995, Sakayaphan, coordonnateur du Réseau pour les enfants, les femmes et les familles à Udon Thani, déclarait que « le problème de la prostitution d'écolières est devenue un problème grave à Udon Thani, et que des milliers d'élèves du secondaire sont impliqués dans le commerce de la chair. » (7000, précisait-il !).

 

En guise de conclusion 

On aimerait croire que le tourisme sexuel ne soit pas une fatalité, mais il est devenu en Thaïlande, une industrie puissante et florissante, présente partout en Thaïlande, une destination pour des millions de touristes asiatiques et occidentaux. Pire, un lieu de détente « normale » pour de nombreux Thaïs.

Il est devenu pour de nombreuses filles d’Isan, le seul moyen pour vivre  décemment et subvenir aux  besoins essentiels de leurs familles. Et « trouver un farang » devient un rêve,  pour afficher les signes de la réussite matérielle. En 1854,  si Mgr Pallegoix constatait que  l' impôt sur les femmes publiques ne rapportait que 50 000 bahts par an et arrivait en 26e position comme source de profit pour l'état », il est fort probable, que ces revenus occupent une meilleure place aujourd’hui et jouent un rôle important dans l’économie locale. Pire, il est même à craindre que le consumérisme et l’utilisation généralisée d’internet va faciliter les rencontres « tarifées » et multiplier les couples mixtes (fondés sur l’argent ?). ( Cette réalité existe aussi en Occident , évidemment)

Mais il ne faut pas oublier, nous dit Poulin, que « L’industrie du sexe est de plus en plus considérée comme une industrie du divertissement, et la prostitution comme un travail légitime. Elle est pourtant basée sur une violation systémique des droits humains et une oppression renforcée des femmes. »


Cette triste réalité n’empêche pas de s'atteler aux vrais problèmes de la population locale : lutter contre la paupérisation criante (avec des salaires digne de ce nom),  moderniser l’agriculture, entreprendre des projets de développement ambitieux, aider à  la création de PME,  donner accès aux droits politiques et syndicaux, à une meilleure éducation et scolarisation, à l’accès aux nouvelles technologies, à la démocratie,  au partage du pouvoir …  

Qui prendra l'initiative pour conduire ce changement ?

 Les gens au pouvoir ou les gens dans la rue ? se demandait Sudham, le grand écrivain de l’Isan, en 2002, dans un  pays, " qui accepte la corruption comme un mode de vie. » ! le gouvernement ou les Rouges ?

Les principaux analystes de la situation sociale sont unanimes pour considérer que l'avenir paraît pour le moins morose pour ce changement, , comme le constataient déjà  par exemple R. Bishop et L. Robinson en 1998, dans leur étude sur les interactions entre culture sexuelle et miracle économique : " Si le tourisme doit effectivement être aussi central pour la renaissance économique thaïlandaise qu'il l'a été pour l'ère du développement rapide - et il peut difficilement en aller autrement puisque les projets en cours ne conçoivent pas de nouvelle orientation en matière de politique industrielle ou agricole -, le sexe continuera à être essentiel pour le tourisme ainsi que pour le redressement économique de la nation "  (Cité par Michel Deverge).

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. Michel Deverge Menues chroniques d'un séjour en Thaïlande (1989-1992)

. Jean Baffie,, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande – IRASEC  n° 6, 2008.

. Jacques Ivanoff , Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, in Carnet de l’IRASEC n°13, 2010.

. Alexander Horstmann, Class, Culture and Space. The Construction and Shaping of Communal

. Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande,Ancrage historique ou phénomène importé,  

.Richard Poulin, 15 thèses sur le capitalisme et le système prostitutionnel mondial

 

Un « lecteur ami «  à qui j’ avais envoyé ce « post » me répondit , entre autre :

« Le post est très bien documenté. Après il faudrait y mettre peut-être un exemple concret pour être crédible?  voir une famille et évaluer l'apport de ce commerce dans cette famille, ce que cela représente vraiment? ... »

Qu’en pensez-vous ?

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 03:06

16 01Notre Isan 16 : Economie en Isan.

Après avoir fait notre enquête sur le passé historique de  l’Isan depuis les « dinosaures ! », la préhistoire, les différents empires et royaumes qui l’ont marqué, façonné, vassalisé et finalement annexé au royaume de Thaïlande avec une  thaïfication opérée par un nationalisme militant. Après avoir relaté comment l’Isan  a fait  son entrée dans le monde moderne avec et après l’installation des bases US, il est nécessaire de chercher à comprendre sa place et son rôle économiques. Chacun a déjà sa petite idée : région pauvre d’agriculture, mais dans quelle mesure, région des « rouges », mais pourquoi ? région « pourvoyeuse » de filles tarifées, mais dans quelle mesure ? (traité dans notre prochain article).


Il n’est pas inutile de rappeler les principales composantes de l’économie thaïlandaise, ne serait-ce que pour situer ensuite les principales caractéristiques économiques de l’Isan .

L'économie de la Thaïlande est une économie de pays émergent, fortement dépendante de ses exportations qui représentent plus des deux tiers du PIB, qui est, en PPA, de 627 milliards de $. Le redressement de la Thaïlande depuis la crise économique asiatique de 1997, s'expriment notamment par une spécialisation dans certains secteurs exportateurs comme la construction automobile, l'industrie agroalimentaire, l'électronique ou qui permettent de faire rentrer d'importantes quantités de devises comme le tourisme et ce bien que la majorité de la population active de la Thaïlande travaille encore dans l'agriculture. On peut envier sa croissance qui tourne autour de 7/8 %.

La population active la Thaïlande a donc  été estimée à 36,9 millions en 2007, située à 59 % dans l'agriculture, à 37 % dans les services, et à 14 % dans l'industrie. En 2005, les femmes représentaient 48 % de la population active. Moins de 4 % de la population active est syndiquée, mais elle l'est à 11 % dans l'industrie et 50 % dans les entreprises publiques.

« La Thaïlande est un grand pays agricole.


maniocL'agriculture est donc  le principal secteur économique de la Thaïlande employant 59 % de la population active, et contribuant à 8,4 % du PIB en 2008 contre 18 % entre 1980 et 1986. Elle vient au premier rang mondial pour la production de riz et de caoutchouc naturel, pour lesquels elle est aussi le premier exportateur. La production d'ananas occupe également le premier rang mondial, et l'on trouve dans les cinq premières places, le manioc, l'huile de palme, la canne à sucre et les mangues. S'y ajoutent le maïs, le coton, le café, le jute et la soie. L'agriculture, dominée par les petites et moyennes exploitations, est majoritairement extensive. » (Larousse)

Mais le riz ne représente plus que 20 % des cultures, pêche/aquaculture 23%, élevage 19% ( poulet, porcins),  les fruits et légumes 17%, culture de rente  21% (orchidées 2%, hévéa (850 000 petits planteurs), canne à sucre (bp en Isan) , manioc , maïs, palmier à huile, cocotiers …).8 produits constituent 2/3 des exportations agro-alimentaires (sucre 6%, manioc 2%, poulet 4%, crevettes 11%, ananas 2 % , Riz 12 %, Hévéa 3.5 %, thon 5% ) .

« Ce développement agricole a eu pour revers une diminution excessive de la forêt (55 % du territoire en 1965, 26 % en 1995) ainsi qu'une érosion et un appauvrissement croissant des sols ; ainsi, d'exportatrice, la Thaïlande est devenue importatrice de bois. […] Les inégalités se sont accrues dans le monde agricole et le nombre de paysans sans terre travaillant comme journaliers a augmenté ; la réforme agraire de 1975 n'a pas remédié à cette situation, bien au contraire » (Larousse).

La pêche est très développée : poissons, mollusques et crustacés sont la principale source de protéines des Thaïlandais. Le développement d'une flotte moderne a provoqué la surexploitation des zones de pêche tandis que l'aquaculture s'est installée, alimentant une industrie de transformation (conserves et surgelés), exportatrice.


ELECTRONIQUEIndustries

Alors que la part de l'agriculture dans le produit intérieur brut diminuait, celle de l'industrie a rapidement augmenté : en 2009, elle représente 44 % du PIB et emploie 20 % de la population active, en raison notamment des industries manufacturières d'exportation, notamment dans l'industrie agroalimentaire, l'industrie textile et l'électronique. Ensuite vient la construction automobile, la production de ciment, de cigarettes ainsi que divers produits chimiques et pétroliers. En 2004, la production automobile a ainsi atteint 930 000 unités, soit deux fois plus qu'en 2001. 

 Les ressources minières sont essentiellement l'étain (Sud-Ouest), le gypse, la potasse, le zinc, le tungstène et les pierres précieuses (industrie de la taille). Pauvre en énergie, la Thaïlande utilise ses réserves de lignite (centrale électrique de Mae Moh, dans le Nord), mais la découverte de pétrole et, surtout, de gaz naturel dans le golfe de Thaïlande, exploité à partir des années 1980, lui a permis de réduire quelque peu sa dépendance énergétique. Toutefois, l'industrialisation fait augmenter régulièrement sa consommation d'électricité.


Services.

En 2007, le secteur tertiaire a contribué 44,7 % du PIB et emploie 37 % de la population active.


Tourisme.

Le secteur du tourisme représenterait près de 6 % du PIB, un taux très élevé par rapport aux autres pays de l'Asie du Sud Est. En 2001, le pays connait un trafic touristique de l'ordre de 10,1 millions de visiteurs qui augmente en 2002 de 7,3 %, à 10,9 millions et env. 15 millions en 2010.


Mais l’Isan ? 

 

Région                             Revenus en 2000                                            Revenus en 2001

 

 Bangkok                    234 398                                                                  239 207

Bangkok et alentours    208 631                                                             213 565

Région Centre            75 075                                                                    78 588

Région Nord-Est          26 755                                                                 27 381 

Région Nord              39 402                                                                       40 352

Région Ouest             59 021                                                                      63 937

Région Est              166 916                                                                        175 292

Région Sud              53 966                                                                          54 176

 

Pays tout entier         78 783                                                                        81 435

 

Tableau n°1 : revenus des régions (en millions de baht)

Source : Anonyme 2547

16 02

Nous venons de voir que la Thaïlande est un pays émergent, avec une forte croissance et de bons résultats économiques. Mais  si la pauvreté absolue a reculé dans les statistiques nationales, les contrastes régionaux sont frappants, le Nord-Est et le Nord restant les régions les plus pauvres.


L'Isan est la région la plus pauvre de la Thaïlande : en 2002, le salaire moyen était le plus bas du pays, à 3928 baht par mois (env. 90 euros) (moyenne nationale de 6445). La pauvreté de la région transparaît aussi dans ses infrastructures : huit des dix provinces ayant le moins de médecins per capita sont en Isan (Si Saket a le plus faible ratio, un par 14 661 en 2001, contre une moyenne nationale de 3289). L'Isan a aussi huit des dix provinces ayant le moins de lits d'hôpitaux per capita (Chaiyaphum a le plus bas ratio, un par 1131 en 2001 ; moyenne nationale de 453). La région est en retard dans les nouvelles technologies : il n'y avait qu'une connexion Internet par 75 ménages en 2002 (moyenne nationale d'une par 22 ménages).  Mais depuis j’imagine que les connexions ont fortement progressé.


L'agriculture est le principal secteur de l'économie, générant environ 22 % du produit régional brut (comparé à 8,5 % pour l'ensemble de la Thaïlande). Le riz est la culture principale (comptant pour environ 60 % des terres cultivées), mais une diversification s'opère vers le manioc, le maïs, le coton, la canne à sucre et d'autres cultures. Beaucoup de fermiers utilisent encore le buffle plutôt que le tracteur. Les principaux animaux d'élevage sont les bœufs, les porcs, les poulets, les canards et les poissons.

Malgré son importance dans l'économie, l'agriculture de la région est très problématique. Le climat est porté à la sécheresse, alors que le terrain plat du plateau est souvent inondé durant la saison des pluies. La propension aux inondations rend une grande partie des terres impropres à l'agriculture. De plus, le sol est très acide, salin et rendu infertile par épuisement. La déforestation accélérée de ces trente dernières années n'a rien arrangé : en 1970, la forêt tropicale couvrait 60 % de la région, elle n'en occupe plus que 10 % : «Une détérioration très sérieuse de notre écosystème», selon Nipon Tangtham, un spécialiste de la gestion des bassins versants.

riz gluantDevant ces difficultés, les agriculteurs font preuve d'une étonnante faculté. Beaucoup ont abandonné le riz pour se tourner vers des légumineuses à cycle court, par exemple le soja, qui nécessite beaucoup moins d'eau qu'un second cycle de riz.

Le gouvernement lance aussi des programmes  comme  le développement de l’hévéaculture par exemple dans le Nord et le Nord-Est, en estimant que cette culture à forte rentabilité potentielle peut être un facteur de développement de ces zones rurales défavorisées. Mais ils sont toujours insuffisants et ne créent pas de pôle économique de développement.


Autres secteurs économiques ? Industries ? services ?


Nous avons vu que l’agriculture ne génererait que  22 % de l’économie régionale et pourtant nous n’avons pas encore trouvé une étude sectorielle de l’économie de l’Isan.

Certes, chacun pourrait citer le secteur public, avec ses services, son administration , sa police, ses universités et ses écoles, ses hôpitaux et dispensaires, ses postes, ses services d’eau et d’électricité…Dans chaque ville et villages , chacun pourrait évoquer ses grands et petits magasins, ses grands et petits marchés, ses échoppes, ses restaurants, ses petites cliniques, ses garages, ses hôtels et multiples guesthouse, ses programmes de construction qui sont en train de changer le paysage de l’Isan, ses petites entreprises qu’on voit le long des routes…

HEVEAPourquoi ces données économiques sont si peu accessibles ? Pourquoi ce désintérêt ? N’est-ce pas une autre forme de pauvreté ? une « volonté » politique qui empêche ou freine toute prise de conscience. Et l’Isan se compose de 31% des habitants de la Thaïlande. On dit que la terre d’Isan est la terre des « rouges ». N’y aurait-il pas là une cause à effet ?  Mais si depuis la victoire de Thaksin aux élections, beaucoup ont estimé que les choses peuvent bouger, s’améliorer, on sait aussi  qu’il va falloir lutter, s’engager. Les « événements » d’avril et de mai 2010 de Bangkok sont dans toutes les têtes. Les manifestations, les émissions de télévision se multiplient. La répression des opposants aussi. 


La prise de conscience croissante de la pauvreté par les jeunes générations d’agriculteurs, intervient surtout, avec la baisse du nombre d’exploitation et l’intégration croissante de la production dans les marchés mondiaux. Ils n’acceptent plus les inégalités régionales relevées par tous les observateurs (par exemple Parnwell et Arghiros, 1996). Le revenu moyen à Bangkok est égal à trois fois celui du Nord-Est, et à près de 5 fois le revenu moyen en milieu rural dans cette même région.

D'autres ouvrent des petites échoppes ou partent à Bangkok travailler pendant les longs mois de la saison sèche où ils occupent beaucoup des emplois les moins considérés et les moins payés. Plusieurs se sont établis de façon permanente dans la capitale tandis que d'autres migrent au gré des saisons. Et il ne faut pas oublier le rôle « économique » des filles d’Isan allant chercher « fortune » auprès des farangs dans les stations touristiques..

Les nouveaux visages de la pauvreté

« La pauvreté en Thaïlande n’est plus un phénomène exclusivement rural. La moitié des pauvres actuellement sont en milieu urbain (ADB, 2005) et les pauvres en milieu rural ne sont pas tous agriculteurs. La faible hausse des salaires minima depuis quinze ans a ramené les travailleurs non qualifiés de l’industrie à un niveau de revenu que de nombreux observateurs estiment être des niveaux de pauvreté (Bent, 2002 ; Jitsuchon, 2001). »

Avec l’urbanisation et l’industrialisation, la question de la pauvreté s’est déplacée progressivement. Elle devient de plus en plus liée au statut d’ouvrier ou d’employé des industries et services, modernes et informels. Maintenant à tout prix une main-d'œuvre à bon marché pour rester compétitives sur le marché mondial, les entreprises thaïlandaises (ou étrangères en Thaïlande) ont, pour la plupart, continué sur le modèle  à l’origine de la croissance dans les années 1970 : main-d'œuvre abondante, bon marché, faiblement qualifiée et docile. L’ouverture sur le marché mondial n’a pas changé fondamentalement ces bases.


Là aussi, il serait intéressant de connaître la réalité de ces « nouveaux pauvres », ces agriculteurs qui émigrent dans les villes d’Isan , et qui perdent la richesse  sociale et les saveurs du village , dont   le blog de Jeff nous donne le goût ( http://isan-farang.eklablog.com/).

 

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N’hésiter pas à nous communiquer vos données , si vous en disposez. MERCI

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 03:06

bases americaines cartes15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan !


 Nous avons appris au cours de notre enquête, comment la terre d’Isan a, au cours de l’ Histoire, vu les dinosaures, connu l’une des premières civilisations de l’humanité (Ban Chiang), les invasions successives de Dvâravati, de l’Empire kmer, puis les royaumes thaïs de Sukkothaï, d’ Ayuttaya,  des royaumes laos du Lan Xang et de Vientiane, du royaume du Siam , pour devenir une province de la Thaïlande au XX ème siècle et … en 1961 voir « débarquer » les Américains !


Il est nécessaire de resituer dans quel contexte va s’effectuer le « débarquement » américain en Isan.

 

1. La guerre froide est le concept essentiel pour comprendre la situation .

 

La guerre froide est la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux super puissances ,les Etats-Unis et l’URSS et leurs alliés entre 1947 et 1991, année de l'implosion de l'URSS et de la dissolution du pacte de Varsovie.

Ainsi la guerre froide s’ « exprimera»  dans de nombreux conflits, comme la crise irano-soviétique, la première crise de Berlin (1948-1949), la guerre de Corée (1950-1953) , dans le cadre de la « Coexistence pacifique » avec les  nouvelles crises (1953-1962) comme l’insurrection de Budapest (1956), la crise de Suez (1956), la deuxième crise de Berlin (1961), le conflit Indonésie/Pays-Bas (1962), la crise des missiles cubains (1962) et…. la guerre du Vietnam. 

Il faut savoir que  « l'appui militaire et économique des Etats-Unis, de par son ampleur, a constitué l'équivalent d'un plan Marshall pour l'Asie. La croissance dans les années 1950-70 a été soutenue par l'aide extérieure américaine qui crevait tous les plafonds imaginables (elle n'est dépassée, en terme relatifs, que par l'aide reçue par Israël, pour des raisons stratégiques analogues). De 1945 à 1978, la Corée du Sud a reçu quelques 13 milliards de dollars, soit 600 par tête, et Taiwan 5,6 milliards, soit 425 par tête. Entre 1953 et 1960, l'aide étrangère contribue pour environ 90 % à la formation du capital fixe de la Corée du Sud. L'aide fournie par les Etats-Unis atteignait 14 % du PNB. en 1957. A Taiwan entre 1951 et 1965, l'aide « civile » américaine s'élevait à 6 % du PNB. et l'aide militaire à 10 % ».

2. La Thaïlande dans le camp occidental – les conséquences sur le royaume.

En 1948, le maréchal Pibul Songgram, revient au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat. La constitution est suspendue. Il va promouvoir une politique proaméricaine,  et anti-communiste.  La Thaïlande va participer, aux côtés des Américains, à la force multinationale des Nations Unies lors de la guerre de Corée (1950-1953. Contre la Corée du Nord communiste soutenue par la Chine et l’Union soviétique).

En 1954, la Thaïlande devient un allié officiel des Etats-Unis avec la signature de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais). L'OTASE a été créée à l'initiative des Etats-Unis, dans le contexte de la guerre froide. L'organisation devient l'une des dimensions de la politique de « containment » face au développement du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. Le siège de l'OTASE sera même  à Bangkok. 

La Thaïlande,  a ainsi pu bénéficier d’un appui considérable des Américains pour son économie et soutenir un processus d’industrialisation accélérée avec de nombreux déséquilibres cependant. Si les entreprises d’Etat ou privés étaient dirigés par des sino-Thaïs, les généraux, participant aux conseils d’administration bénéficiaient de larges « redistributions ». (Le général Phin, vice-1er ministre de Phibun, sera considéré comme  l’homme le plus riche d’Asie du Sud-Est à sa mort). En 1957, le général Sarit prend le pouvoir, dissout le parlement et interdit toute opposition.

La Thaïlande passe un accord secret avec les Etats-Unis en 1961. Toutefois, Sarit utilisera l’aide américaine pour un grand programme d’infrastructures (routes, électricité, irrigation). Près de 3 milliards de dollars seront investis chaque année, pour atteindre jusqu’à 8 % du PNB au moment où plus de 40 000 soldats américains sont  sur le sol thaïlandais.

La politique libérale choisie et l’aide américaine vont initier une nouvelle croissance industrielle et le pays va connaître une profonde mutation socio-économique

« Entre 1963 et 1996, la Thaïlande connut une croissance industrielle de 13% en moyenne, avec une forte activité dans le secteur manufacturier. La Thaïlande devint l’atelier des Dragons qui délocalisaient leurs usines vers des pays avec des coûts de production inférieurs. Ce mouvement fut encouragé par le gouvernement qui mis de l’avant des politiques fortement libérales afin d’ouvrir le pays à la mondialisation et faciliter l’entrée d’investissements étrangers. » L’adaptation de l’économie thaïlandaise au marché mondial », par Aurélien Clément, juillet 2008) 

La ville de Bangkok s’occidentalisa. On y construisit des hôtels internationaux, de grands centres commerciaux, sans oublier les activités liées au tourisme sexuel, avec l’arrivée des bars de nuit, des discothèques et des salons de massage. L’usage de la langue anglaise se développa considérablement.


3. La guerre du Viêt Nam (aussi appelée la deuxième guerre d’Indochine) va opposer de 1964 à 1975 , d' une part la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord-Vietnam) et son armée populaire vietnamiennesoutenue matériellement par le bloc de l'Est et la Chine — et le Front national pour la libération du Sud Viêt Nam (ou Viet Cong), face à, d'autre part, la République du Viêt Nam (ou Sud-Vietnam), militairement soutenue par l'armée des États-Unis appuyée par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines).

La guerre du Viêt Nam aura aussi   un impact décisif sur la guerre civile laotienne et la guerre civile cambodgienne.

4. La place de la Thaïlande dans la guerre du Viet Nam 

L’installation des bases américaines

La Thaïlande donc, alliée « officielle »des Etats-Unis depuis la Guerre de Corée, membre de l’OTASE en 1954, pour contrer le développement du communisme en Asie du Sud-Est, recevant une aide économique importante du gouvernement américain, ne pouvait pas refuser en 1961 l’autorisation d’installer des bases militaires «  américaines » et des troupes US sur son sol.

otaseSurtout que, dès décembre 1960, le gouvernement thaïlandais avait commencé des missions de reconnaissance photos sur le Laos, et qu’en avril 1961, un détachement précurseur de l'US Air Force tactique 6010e (TAC) était arrivé à l’aéroport de Don Muang.

Le gouvernement autorise donc l'établissement de 8 bases américaines dont Khorat, Nakhom Phanom, Udon Thani et Ubon en Isan.

insigne epaule En 1969, on comptera quelque 49 000 soldats américains en Thaïlande (510 000 au Sud Viet Nam), dont 36 000 dans l’aviation, 10 000 dans l’armée de terre et près de 1000 conseillers militaires. Près de 11 000 soldats thaïlandais participeront aux combats avec les Américains et  leurs alliés sur le terrain (1965).volontaires RTAVF 5

La participation aux opérations de guerre.

Le 2 mars 1965, le premier raid aérien sur le Nord-Vietnam  fut lancé par les USA dans le cadre de l'opération "Rolling Thunder" : 40 chasseurs F100 (basés à Da Nang), 40 chasseurs F105 (basés en Thaïlande) et 20 bombardiers B17 (basés à Saïgon) convergèrent sur le dépôt de munitions de Xom Bang, situé à une soixantaine de kilomètres au nord de la zone démilitarisée. 120 tonnes de bombes furent larguées sur la cible mais au prix fort : 6 appareils US furent abattus.

La stratégie américaine visant à économiser la vie des soldats américains s’appuiera donc surtout sur le bombardement des territoires « ennemis ». De 1967 à 1972 : plus de 13 millions de tonnes de bombes sont lâchés, soit 5 fois le total allié de la Seconde guerre mondiale. 80% de toutes les frappes aériennes de l’ US Air Force sur le Vietnam du Nord  proviendront des bases US aériennes de Thaïlande. 

Patrick D., le blogueurd’Udon Thani, nous  signale que :

« L’Udorn Royal Thaï Air Force Base » a joué un rôle de premier plan dans la réalisation des objectifs et dans l'accomplissement de la politique des Etats-Unis en Asie du Sud.. L' « US Air Force » était installé à Udorn de 1964 à 1976 mais les premiers hélicoptères sont arrivés en mars 1961. La base comprenait par ailleurs le siège d’Air America, compagnie aérienne cargo secrètement détenue et exploitée par la CIA. Air America a été en fait impliquée dans des dispositions visant à assurer le soutien des opérations secrètes en Asie du S-E au Laos. 

Bien avant Air America, le CAT (transport aérien civil) a commencé ses opérations à partir d’Udorn le 11 septembre 1955 avec trois C-46 dans la livraison de nourriture et d’aide d’urgence en Indochine. Plus de 200 missions ont été effectuées pour livrer 1000 tonnes de nourriture d’urgence. Pendant la guerre au Laos, Air America a été appelé à effectuer des tâches de paramilitaires présentant de grands risques pour les équipages concernés » 

 

. 5/ L’ Isan et  les Américains ?

L’aide économique massive américaine, les 8 bases US, les milliers d’américains présents sur le sol thaï pendant plus de 10 ans, les milliers de soldats thaïs travaillant avec les américains et luttant à leur côté jusqu’au Sud Viet-Nam, les milliers de rencontres tarifées ou non avec les femmes thaïes, les milliers de couples mixtes… ont bouleversé, non seulement l’Isan, mais toute la société thaïlandaise.

Les bases US et la rébellion communiste :

Bien que les bases fussent   destinées à bombarder le Laos, le Cambodge et le Vietnam, les infrastructures créées et les moyens en place ont eu un effet indirect sur le développement de la Province et la lutte contre les communistes de l’Isan.

Nous disposons de peu de données sur cette lutte et la menace qu’ont pu présenter les insurgés communistes dans cette région.

maquis communiste

Un secret défense pèse sur ces informations.  Une grande partie n'est toujours pas disponible, et est toujours considérée comme sensible par le gouvernement thaïlandais. Toutefois, l’histoire même de l’Isan, la politique gouvernementale ouvertement anti- communiste, l’éloignement avec Bangkok, la pauvreté, la proximité avec le Laos…la base US d’Udon Thani … laissent présager une répression conséquente contre les « opposants » politiques.

L’étude de Monsieur Pierre Fistié, in Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968), In: Revue française de science politique, 18e année, n°4, 1968. pp. 685-714, montre bien la réalité de cette « menace » :

« On peut en juger sur pièce par le texte en six points donné par Pékin Information du 15 février 1965 sous le titre « L'appel du Front patriotique thailandais »

L'appel proprement dit qui accompagnait le programme du Front,

justifiait sa création en faisant vibrer la corde nationaliste :

« Au cours de ces dernières années, particulièrement sous le régime

de Sarit et de Thanom, l'impérialisme américain a aggravé son

emprise sur la Thaïlande dans les domaines économique, politique,

militaire et culturel et l'a totalement réduite à l'état de colonie amér

icaine de type nouveau 34... La situation actuelle exige que tous les

patriotes s'unissent comme un seul homme pour former une puissante

organisation unifiée et mener une lutte radicale contre les ennemis

en vue de sauvegarder l'indépendance nationale et d'améliorer le

niveau de vie du peuple ... C'est seulement quand tous nos compat

riotes, toutes les communautés, tous les groupes et partis politiques

s'uniront, conjugueront leurs efforts et, sous des formes diverses, lutte

ront sans relâche contre nos ennemis que nous pourrons chasser de

Thaïlande l'impérialisme américain, renverser le gouvernement fan

toche de trahison et de dictature impopulaire et que naîtra une Thaï

lande indépendante, démocratique, pacifique, neutre et prospère. »

II est clair que le Front patriotique entendait mettre à profit la pré

sence américaine en Thaïlande pour exciter contre les Américains et

le gouvernement le sentiment nationaliste et obtenir ainsi à son profit

le dépassement de l'opposition particulariste qui se manifestait dans le

Nord-Est depuis 1949, et sur laquelle il lui fallait s'appuyer au départ 35.

Comment ces intentions allaient-elles se traduire sur le terrain ?

Tout d'abord on allait assister à une évolution rapide de la situa

tion dans le Nord-Est. Bien entendu, la base même de l'activité « sub

versive » restait la même. Les noms qui reviennent toujours étaient

ceux des provinces de Nakhon Phanom et de Sakon Nakhon qui, de

1950 à 1963, réapparaissaient périodiquement dans les communiqués

officiels relatifs aux complots « autonomistes ». Cette permanence

s'explique par la nature du terrain et, en particulier, par la proximité

des monts Phu-pan, zones de collines ne dépassant pas de plus de quel

ques centaines de mètres le niveau du plateau, mais couvertes de jungle

et truffées de grottes qui constituent autant de repaires possibles pour

des groupes de hors-la-loi. Le recrutement se faisait, avant tout, sur

place par un mélange de persuasion et d'intimidation d'autant plus

efficace que les agriculteurs lao de la région avaient souvent été les

victimes de la corruption et des abus de l'administration.

L'activité de ces guérillas allait d'abord consister dans une inten

sification des attentats contre les instituteurs ou les chefs de village

récalcitrants et contre les « informateurs de la police . Mais c'est le

7 août 1965, dans la province de Nakhon Phanom, qu'une embuscade

allait pour la première fois être montée contre une patrouille de la

police, faisant un tué et un blessé. C'est officiellement le premier coup

de feu de la lutte armée proprement dite . Depuis lors, le cycle de la

guérilla et des « opérations de nettoyage » entreprises par les forces

gouvernementales s'est élargi et, au cours des années 1966 et 1967… ».

 

Frank Vonder Wide (Sunday, 11 May 2008) ayant eu connaissance de documents déclassifiés nous dit aussi  que les forces communistes ont effectué 5 attaques dont 4 attaques contre la base d’Udon Thani :  la 1 ère le 26 juillet 1968 (environ 25 assaillants à partir de quatre endroits ont ouvert le feu avec des armes automatiques) , puis  le 28 juillet 1969,  le 13 janvier 1970, et le 4 juin  1972  et une  attaque de la base d’ Utapao RTNAF le 10 janvier 1972.

Nous avons pu lire aussi que 2 assaillants ont échangés des tirs d’armes automatiques et lancé des grenades contre les forces de sécurité thaïlandaise dans les premières heures du 3 Octobre, 1972. ? Mais il nous faut avouer que nous n’avons pas encore eu accès à des sources fiables et suffisamment informées.


Les conséquences sur le développement de la région

La présence américaine a  sûrement facilité une meilleure intégration de l’Isan  au reste du Pays. Elle a investi des sommes conséquentes  dans l'économie de la région, mais nous ne sommes pas (encore ?) en mesure de les chiffrer.

La « construction » des bases US a entrainé le développement des infrastructures nécessaires  comme par exemple les routes et les transports. Le plus important furent les Mitraphap Thanon ou "autoroutes de l'Amitié", qui reliaient les principales villes de la région l'un avec l'autre, à Bangkok et avec la côte Est. Le gouvernement thaïlandais fit construire aussi des routes secondaires qui ont désenclavé de nombreux villages ruraux.

Des petites entreprises locales ont bénéficié de petits contrats et de nouveaux savoir-faire. Un nouveau prolétariat prenait naissance. L’ « industrie » du sexe se développa. De nombreuses liaisons et mariages créèrent de nouvelles relations et développèrent une nouvelle économie. Le Farang américain devenait une valeur, un modèle  à suivre. L’élite de l’Isan allait envoyer ses meilleurs rejetons  suivre des études aux USA. L’anglo-américain devenait la 1ère langue étudiée dans les lycées et les nouvelles universités.


Un nouveau modèle de société venait bousculer les modèles traditionnels. L’Isan entrait dans la modernité, même si la société traditionnelle dominait encore dans les villages. Deux sociétés coexistaient désormais. 

Le  prince Kukrit Pramoj exigeait en 1976  l'arrêt immédiat de toute activité militaire dans les bases américaines du royaume et leur225px-Kukrit_Pramoj.jpg démantèlement complet, ainsi que le retrait total des troupes américaines de Thaïlande.

Fallait-il y voir comme  un appel à résister à la nouvelle « invasion » ? 

 

 

 

 5760691-symbole-de-l-imp-rialisme-am-ricain-t-rex-holding-s

.

 

 

 

 

 

 

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