Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 03:07

carte12.2 Notre Isan : les frontières de l’Isan avec les pays voisins ?

 

Dix des vingt provinces de « notre » Isan sont frontalières avec le Laos puis avec le Cambodge sur des centaines et des centaines de kilomètres : En partant du nord-ouest et en allant vers le sud-est, la province de Loei retrouve le Mékong comme frontière, qui descend du nord à la hauteur de Chiangkhan. Le fleuve fait frontière avec la province de Nongkhai puis celle de Bungkan en allant au le levant. Il continue à faire frontière en descendant en direction est-sud-est avec la province de Nakhonphanom. Il descend ensuite plein sud et délimite la province de Mukdahan, puis la province d’Ubonratchathani encore au sud où il est rejoint par la rivière Moon, la plus grande rivière du pays à Khongchiam, c’est le « triangle d’émeraude » ainsi baptisé en raison de la couleur des eaux (Laos- Cambodge – Thaïlande : de mauvais esprits diraient « le triangle café au lait »). Nous quittons la Mékong qui file à l’est. La frontière n’est plus « naturelle », zone montagneuse. Nous revenons vers la couchant dans la province de Sisakét (où se trouve le fameux temple) puis Surin, Buriram, Khorat alias Udonratchathani, nous quittons l’Isan pour entrer à Saraburi à l’est ou à Nakhonanayok au sud.

 

Un élément essentiel, cette délimitation est probablement le fruit d’un travail de bénédictin des géographes français et siamois, puis ensuite des thaïs, regardez la carte à l’échelle de 1/125.000 en un lieu où le Mékong fait frontière :

carte 1

Jusqu’aux ilots du Mékong qui n’apparaissent qu’en période de basses-eaux !


Frontières enfin ou passoire ?

Tout cela part du travail conjoint des géographes et géomètres français et siamois du début du siècle dernier  dont voici un petit exemple :

oubon khorat 1

Au seul point de passage de Nongkhai sont enregistrés tous les ans (chiffres 2010 affiché au bureau d’immigration) 114.000 rentrées et 183.000 sorties de thaïs. Il entre 95.000 laos et 83.000 en ressortent en passant sur le « pont de l’amitié ». Pour les « autres », le chiffre est d’environ 35.000 seulement dans les deux sens. Au point de passage du deuxième « pont de l’amitié » à Mukdahan, les statistiques ne sont pas affichées mais les processions des deux côtés de la frontière sont interminables. On va faire les courses ou on va visiter les cousins ! Ne parlons pas des passages par le fleuve qu’effectuent régulièrement thaïs et laos (ils nous sont malheureusement interdits) et ne parlons pas non plus des passages « en fausse », du côté des montagnes du nord évidemment, par le Mékong aussi, des barcasses de pécheurs sillonnent le fleuve tout au long du jour et de la nuit sans probablement se soucier le moins du monde de la ligne de partage des eaux. Aucune difficulté pour aller se balader côté lao, ne vous y amusez toutefois pas, même si on vous le propose ! La Thaïlande a une conception pragmatique de ses frontières et le Laos faiblement peuplé, n’a pas le moindre moyen de les contrôler !

 

Il ne subsiste avec le Cambodge qu’un point chaud, explosif même, celui du temple de Preah Vihar. « La forêt de l’amour » tel serait le nom de cette région, mais le Dieu qui préside à sa destinée suscite plus de passion que de douceur. Pourquoi donc au vu de ces travaux géographiques de fourmis ?


La dispute frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande autour de ce temple n’en finit plus, et menace de dégénérer en un véritable conflit armé. Même si jusqu’à présent la voie de la négociation reste privilégiée, la manière dont la tension monte entre les deux pays riverains, démontre que leurs relations sont encore marquées par de vieilles plaies mal cicatrisées. La France est partie à l’affaire pour des raisons historiques, pendant la seconde guerre mondiale, France et Thaïlande se sont retrouvées dans des camps opposés. A l’époque la France règne encore sur son empire colonial qui jouxte la Thaïlande en plusieurs endroits, l’Indochine française comprend le Laos, le Cambodge et le Vietnam. En 1940 la Thaïlande appuyée par le Japon considère que le déclenchement de la guerre en Europe crée des conditions favorables pour récupérer certaines provinces du Cambodge perdues entre 1900 et 1907 au profit de la France. La portion de territoire où se déroulent les accrochages d’aujourd’hui en fait partie.

La propriété du temple a été officiellement attribuée au Cambodge, il y a environ un siècle lors de la délimitation de 1907 dont voici le tracé à l’échelle du 1/200.000. Elle est suffisante pour se diriger (carte Michelin par exemple), l’est-elle pour effectuer un « bornage » alors que les « bornes » n’ont jamais été apposées sur le terrain ? Une erreur de 1 millimètre sur le papier, c’est 200 mètres sur le terrain.

 zone du temple

Et dont voici l’interprétation par la partie cambodgienne :

preah vihear dang rek

 

Concrètement, en 1954, peu de temps après l’indépendance du Cambodge, les forces thaïlandaises ont occupé le temple. En réponse, le Cambodge a porté l’affaire devant les tribunaux internationaux et a obtenu gain de cause. Les autorités thaïlandaises ont fait valoir que la frontière était censée suivre la ligne des bassins versants de la montagne, et que selon cette règle le temple leur appartenait. Le tribunal international de La Haye a finalement statué contre la Thaïlande en 1962, et la Thaïlande a retiré ses troupes. Un arrêt statue sur la seule compétence le 26 mai 1961. Sur cette seule question, la décision suscite 25 pages de doctes commentaires du spécialiste de droit international, Jean-Pierre Cot, c’est dire si elle était simple ! (Annuaire français de droit International, 1961, volume 7). Sur le fond, l’arrêt intervient le 15 juin 1962, clair comme du jus de chique pour un profane. Jean-Pierre Cot se fend alors de 30 pages de non moins doctes commentaires, dire là aussi si la situation était limpide. L’arrêt statue à une majorité de 9 contre 3 sur la propriété et à 7 contre 5 sur la restitution des sculptures qui auraient pu être emportées par la Thaïlande. Comment interpréter cette contradiction ? Pour moi, une seule interprétation possible ! Nous sommes 9 sur 12 à penser  que le temple ne vous appartient pas mais  nous sommes 5 sur 12 à penser que ce que vous y avez « pris » chez autrui vous appartient ! Le dossier des parties respectives représente des milliers de pièces, arguments et contre – arguments, dont je vous fais grâce. Le seul document technique soumis à la Cour est justement la carte ci-dessus, dont il a été alors démontré qu’elle n’avait pas été établie de façon contradictoire mais par les seuls français, et était loin d’être techniquement parfaite. L’argumentation relative aux « actes de possession » effectués par l’une ou l’autre des parties (Siam d’un côté, France de l’autre, ne l’oublions pas) ont à mon avis une valeur toute relative... Considérer le fait que le Prince Damrong (ouvertement francophile) soit allé en 1930 serrer la main du résident français à Saigon en visite dans le coin avec un archéologue dénommé Parmentier comme un « acquiescement tacite », je veux bien mais la raison du plus fort n’était alors pas du côté du Siam.

En apprenant la nouvelle de la décision, le Maréchal Sarit Thanarat donna en pleurant aux patrouilles frontalières l’ordre de tirer à vue sur tout cambodgien qui tenterait de pénétrer dans le temple. Sihanouk annonça son intention de se raser la tête et d’effectuer une retraite de sept jours pour remercier la providence. Jean-Pierre Cot conclut de façon bien imprudente que l’ « affaire du temple était close ».

La malédiction ne s’est en effet pas terminée. Avec sa situation au sommet d’un col, le temple maudit devient un des points d’observation privilégié pour les Khmers rouges entre 1975 et 1979. Quand l’invasion vietnamienne (1979) balaye le régime de Pol Pot, il a été l’un des derniers refuges des Khmers rouges. Historiquement, la Thaïlande s’appuie sur un passé glorieux, quoique un peu lointain, puisque ces territoires faisaient partie du royaume d’Ayutthaya (entre le 14ème et le 18ème siècle) et ensuite du royaume du Siam. Mais le Cambodge a lui aussi son passé glorieux qui lui sert de référence: avant la période d’Ayutthaya, la situation était inversée. A l’époque c’était l’empire khmer qui était à son apogée et dominait la province du Siam. Du 9ème au 14ème siècle, le Cambodge a connu un « âge d’or » dont l’apogée au 12ème siècle, sous les règnes de Suyavarman II (1113-1150) et Jayavarman VII (1181-1219), a été marquée par l’extension de l’empire angkorien sur une vaste région allant du Siam (actuelle Thaïlande) à la péninsule malaise. Chaque pays a conservé dans sa mémoire historique la trace d’une période où l’un a dominé l’autre.

Y-a-t-il, au delà de ces querelles historiques, géographiques et juridiques, une explication à la décision de la Cour Internationale de Justice ? Peut-être ?

Une hypothèse mais aussi une certitude !

Hypothèse :

A cette époque, Norodom Sihanouk, actuel « roi-père » du Cambodge n’est plus roi mais chef d’état à vie. Il est aussi le très charismatique chef de file des pays non engagés, il n’a pas avec lui la force militaire mais une incontestable aura internationale, méritée ou pas, dont ne bénéficie pas le pouvoir en place à Bangkok. Il est l’ « ami » tout autant de Léopold Senghor que du Général De Gaulle ou de Mao-sté-toung. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Sa personnalité puissante a-t-elle influencé la décision de la Cour ? Bien malin qui le dira. Au passage, je me contente de faire un peu de mauvais esprit. Mais il y a – peut-être - une explication qui ne cointredit nullement la précédente et là,

c’est  une certitude :

J’en étais resté au stade des suppositions (malveillantes) jusqu’à ce que je tombe par hasard sur les mémoires de Samdach Son-Sann ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69 qui indique froidement comment le procès a été « préparé discrétement » : promesse de soutien des juges issus du bloc communiste (il y avait deux polonais dont le président Winiarski qui a voix prépondérante), soutien d’un juge d’ « un grand pays asiatique » par l’intermédiaire d’un « banquier américain ami », promesse du Japon (en échange d’un vote favorable à l’ONU)... ce qu’il appelle une « longue et minutieuse préparation du dossier ». 3 des juges (au moins, et peut-être 4) avaient donc pris partie AVANT d’entendre les plaidoiries et d’étudier le dossier. Les avocats malicieux appellent cela « plaider dans les pissotières ». Reprenons le décompte des voix ci-dessus en faisant fictivement basculer trois voix de complaisance : 9 – 3 = 6 et 3 + 3 = 6, match nul sur la propriété du temple mais le Cambodge gagne par la voix prépondérante du Président. Sur le second problème, 7 – 3 = 4, 5 + 3 = 8, la Thaïlande gagne. Un aveu explicte du soutien du bloc communiste et de la finance américaine. Etonnant, non ?

Ces questions frontalières peuvent apparaître comme une question internationale de bornage et de mur mitoyen, querelles d’avocats, voila tout ! Mais les querelles de mur mitoyen ne donnent lieu qu’à des questions d’argent, les querelles de frontière ont fait couler autant de sang que le Mékong charrie d’eau dans l’année. Les frontières restent tracées à la pointe du sabre même si le droit international tente d’établir quelques règles.

 

Victor Hugo rêvait : « Un jour viendra où enfin les frontières disparaitront », on peut être un grand poète et un lamentable visionnaire. Le nombre des frontières ne disparait pas, singulier paradoxe, plus nous allons vers la « mondialisation » et plus il augmente, bientôt peut-être 200 pays souverains à l’ONU, il y en avait moins de 50 à sa création.


------------------------------------------------------------------------------


Toutes les pièces de procédure se trouvent sur le site de la Cour internationale, www.icj-cij.org/, des milliers de pages en allant sur  le dossier proprement dit :

http://www.icj cij.org/docket/index.php?sum=284&code=ct&p1=3&p2=3&case=45&k=46&p3=5&lang=fr&PHPSESSID=d97c62d76b31ec71c5d880754f52e040

 

 

Les mémoires de Samdach Son-Sann, (ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69), les dessous du procès du temple de Preah Vihear :

http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear.ws

Partager cet article
Repost0
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 03:01

Frontieres 250 Notre Isan : Le Siam et ses frontières

  1/ Qu’est-ce donc qu’une « frontière » ?

C’est tout simplement une ligne qui délimite deux souverainetés, marquée surune carte, délimitée ensuite sur le terrain avec de part et d’autre des autorités, des lois, des organisations sociales différentes.

Notion récente, elle est née essentiellement au XIXème siècle. Au moyen-âge, le concept est incertain. Dans les steppes ou les forêts, on stagne pour se défendre, on bouge pour attaquer. Cette conception règne en Asie du sud-est jusqu’au début du siècle dernier. Les empires coloniaux français et britanniques imposent (de 1893 à 1909) des frontières linéaires (linéaire ne signifie pas ligne droite) au Siam resté formellement indépendant. La plus grande partie passe sur des lignes montagneuses, des lignes de crête, des lignes de partage des eaux. Or, les états du Siam sont anciens, établis autour de noyaux à forte densité de population travaillant sur les terres rizicoles séparées par des collines ou des montagnes, zone tampon avant que ne s’imposent les tracés linéaires. Dans ces zones, on trouve des minorités ethniques montagnardes qui n’ont aucune conscience de cette conception linéaire qui s’impose à la fin du XIXème et au début du XXème. Ils n’ont pas la moindre conscience de l’ « idée de nation ». Les frontières sont plus  des zones de contact que des lignes intangibles.
 
Au Siam régnait un monarque charismatique au pouvoir absolu, résidant au centre d’un espace agricole fortement peuplé, pas d’administration mais une aristocratie dépendant de son bon plaisir. La conception héréditaire de la noblesse qui a pollué l’aristocratie française n’a jamais existé au Siam. Pas de règle non plus de dévolution du pouvoir monarchique. Le successeur doit prouver sa puissance en éliminant les descendants du souverain qui pourraient prétendre à un droit quelconque. Le droit constitutionnel au sens où nous l’entendons depuis des siècles est inexistant. Le souverain entretient alors avec les groupes ethniques ou tribaux des montagnes des rapports de vassalité.


carte

 Une zone montagneuse peu peuplée, de Chiangmaï à Kra sépare le Siam, et leLan na (tributaire du Siam) de la Birmanie (Royaume de Ava). Nul ne se pressait de « borner » sur le terrain. Ces royaumes étaient un conglomérat de « muang » (villes) exerçant pouvoir sur un territoire. La ville la plus importante exerce sa suzeraineté sur les autres d’autant plus forte qu’elles sont moins éloignées. Entre des « muang » s’intercalent des espaces plus ou moins peuplés, il n’y a de limites que symboliques. Entre des royaumes rivaux, une zone de circulation et d’établissement libre entre des princes alliés ou ennemis, pas de stricte délimitation qui aurait été considérée comme inamicale, des zones fluctuantes et aucune notion d’intégrité territoriale !

La présence d’une ceinture d’états vassaux autour du Siam est donc un paramètre majeur pour la future délimitation des frontières.


Les problèmes de délimitation se sont posés d’abord lorsque les britanniques ont entrepris la conquête de la Birmanie (dans les années 1820). A la fin du XIXème, le Siam est cette fois en compétition avec les français et les britanniques pour absorber ces petits états et transformer ces zones territoriales floues en frontières délimitant mathématiquement des zones de souveraineté absolue. C’est ce qui conduit le Roi Chulalongkorn à engager ses réformes administratives pour incorporer entre 1880 et 1890 ces états tributaires aux statuts divers en un système de provinces dans un état centralisé. Les frontières seront ensuite établies par une série de traités entre la France et la Grande-Bretagne en 1893, 1899, 1902, 1904 et 1907 en utilisant des techniques de cartographie modernes.  Cela fait encore partie du processus de modernisation datant du règne du Roi Mongkut (1851-1868) et surtout de son successeur Chulalongkorn (1868-1910). Ainsi est créé en 1875 un groupe de cartographes au sein de la Garde royale. Une école de cartographie est créée en 1882 et le « Royal survey department » en 1885. Dans le cadre de la compétition entre la France et le Siam pour la cartographie des régions frontalières, la première carte moderne du Siam est établie en 1887 par un anglais. Pavie dessine sa propre carte en 1902. La délimitation du territoire national siamois au sens moderne (européen ?) du terme s’impose alors au Siam et aux puissances coloniales, le Siam étant l’état tampon entre les deux empires coloniaux. C’est au début du siècle dernier que, pour de seules raisons géographiques, l’académie royale (équivalent de notre académie française en moins poussiéreux) élabore la première romanisation officielle de la langue.


2/Ainsi donc, le passage d’un état ancien à l’état nation territorial avec des frontières linéaires cartographiquement définies s’est imposé sous la contrainte coloniale. Mais chacun des états (Thaïlande, Birmanie, Laos et Cambodge) conserve peu ou prou un comportement imprégné du système ancien. La Thaïlande est un état fort qui réussit à faire respecter sa souveraineté territoriale à ses frontières mais il est des états faibles (Myanmar, Laos, Cambodge) qui sont incapables d’établir un contrôle strict des leurs. La ceinture d’anciens états tributaires en Birmanie est peuplée d’ethnies non birmanes et de multiples mouvements armés (Karen, Mon, Shan ...) prirent les armes lors de l’indépendance et luttèrent avec plus ou moins de succès contre le pouvoir de Rangoun. La junte militaire contient efficacement et brutalement ces poussées, mais le succès est fragile. Le « Cambodge délaissé » est resté longtemps la base d’opposition armée au pouvoir central. L’armée vietnamienne est aussi longtemps restée maitresse d’une large bande frontalière qui échappait tout autant au pouvoir royal qu’à celui du communiste Sam neua.
Les Karens « kariang » comme disent les thaïs vivaient paisiblement en Birmanie... jusqu'à l'arrivée des Birmans. L'État Karen, est délimité dans la Constitution birmane de 1948, par deux fleuves, décrétés "frontière", mais n'abrite que la moitié de la population Karen de Birmanie, 6 millions d’entre eux se sont retrouvés birmans, les autres thaïs. Ils ont créé leur propre état en 1950. L’état birman les martyrise, la Thaïlande les ignore, les isole ou les refoule. La frontière birmano-thaï, matérialisée par la rivière Salween, est très perméable, elle est traversable à gué en saison sèche, les migrations de Karens d’un pays à l’autre sont incessantes. Ils sont plus de 100.000 à vivre dans les 8 camps de réfugiés ouverts en Thaïlande depuis 1984, attendant la solution politique qui leur permettra d'envisager un avenir. Les combats entre le gouvernement du Myanmar et les divers groupes de guérillas rebelles dégénèrent parfois à la frontière en thaïe : Ainsi en février 2001, au prétexte que l’armée birmane poursuivait des rebelles shans sur son territoire, l'armée thaïlandaise a répondu par des tirs d’artillerie, l'armée du Myanmar a riposté, les deux parties ont subi des pertes humaines. En mai 2001, les combats entre l'armée du Myanmar et encore l’état shan rebelles a encore donné lieu à des incursions en Thaïlande. Encore une fois, les Thaïlandais ont répondu à coups de canon. Les deux pays s'accusaient mutuellement de soutenir les groupes rebelles ethniques impliqués dans un trafic frontalier de médicaments de médicaments de la Croix Rouge !
Drôle de guerre en tous cas ! La pointe extrême du sud de la Birmanie, Kawthaung, jouxte la province thaïe de Ranong. Elle est célèbre pour son casino où se pressent en longue procession les thaïs aisés pour jouer en toute liberté et les « farangs » faisant leur « tour de frontière » à l’expiration de leur visa. Alors que les troupes se canonnaient allègrement à l’extrême nord, le poste frontière du sud est resté opérationnel comme si de rien n’était, après une brève fermeture de 24 heures !

La bande frontalière le long des frontières thaïes (sauf le Mékong) est étroite. Zones de relief mal desservies par les réseaux de communication, insécurité relative, trafic et contrebande, source de conflits potentiels, zones de minorités ethniques, mal intégrées politiquement et économiquement... C’est la zone frontalière montagneuse (provinces de Nan et Loei) qui abrite entre 1967 et 1983 la guérilla du parti communiste thaï impliquant des minorités ethniques dont les Hmong. L’armée Shan insurgée de Khun Sa établit son quartier général en Thaïlande jusqu’en 1982.

Des affrontements sporadiques avec l’armée de la junte se produisent encore, et encore le 14 mars dernier. Les troupes chinoises du Kouo-Min-Tang en déroute s’installent en Thaïlande à la frontière birmane et y sont encore plus ou moins bien assimilés depuis trois générations, devenus une catégorie de la minorité chinoise.
 L’armée birmane a calmé leurs velléités de pillage et de brigandage et les a contenu en Thaïlande. Malgré l'influence de la culture thaïe en particulier sur les jeunes, certains aspects de la tradition chinoise sont restés importants, l'éducation chinoise renforce la conservation des valeurs culturelles chinoises.


 3/ Il y a eu dans un passé récent de graves problèmes frontaliers entre la Thaïlande et le Laos en particulier en raison de l'exploitation de concessions forestières, à l'origine de tensions et d'incidents violents au cours de la décennie 1980, le plus grave étant la « guerre des collines » dans la province forestière de Sayaboury, entre décembre 1987 et février 1988, qui aurait fait environ un millier de morts de part et d'autre.

guerre des collines

 
 La délimitation frontalière avec la France n’était pas en cause. Depuis cette période, les deux États se sont rapprochés et le tracé de la frontière ne fait plus l'objet de contestations. Ils ont signé en 2006 un document de coopération, aux termes duquel  la Thaïlande aidera le Laos à établir la carte du Mékong selon les principes juridiques convenus par les deux parties. Travail en cours.... Actuellement, la démarcation de la frontière Thaïlande-lao se base, entre autres, sur la carte franco-siamoise sur la démarcation du Mékong de 1929-1931 et du procès-verbal de la 14e réunion du Comité mixte Laos-Thaïlande sur la coopération dans la gestion de la frontière. Il ne subsiste que des micros querelles de clocher sur les îlots du fleuve (qui sont censés appartenir au Laos), la frontière passe en son milieu, mais il y a « lit majeur » et « lit mineur ».


 Et les frontières de l’Isan avec les pays voisins ?, me direz-vous ? A suivre ...
 

Partager cet article
Repost0
17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 03:03

Sans titre-2Peu savent quand l’Isan s’est appelé Isan et Makkhèng est devenue la capitale historique de l’Isan.

Le roi Rama VI qui ne s’occupait pas seulement de traduire Shakespeare et Agatha Christie en thaï, s’était engagé auparavant à bon escient, quoi que tardivement, après de très officielles déclarations de neutralité, aux côtés des alliés dans la grande guerre de 14-18. Le Siam est du côté des vainqueurs. Il n’a pas payé un lourd tribut, 19 morts, et en contrepartie a gagné  la récupération des avoirs allemands au Siam (qui étaient énormes) et la considération des puissances coloniales alliées.

Mais il reste peut-être encore à cette époque les souvenirs mal éteints d’événements vieux de trente ans qui avaient placé sous la protection de la France la rive gauche du grand fleuve. Les deux pays s’y touchent et les peuples s’y mêlent. Alors que la frontière avec le Cambodge est une zone de forêts désertes où races et langues sont différentes, la frontière du Mékong unit communauté de races et de langage.

Laos "français d'un côté ? oui. Laos "siamois" d'un autre , non !


C’est pourquoi, au début de l’année 1923, le Siam crée aux portes du Laos français une vice-royauté qui englobe, en en fusionnant les frontières, les provinces du « Laos siamois », alors Makkheng, Roiét et Ubon. Ce ne sera pas la vice- royauté du « Laos siamois », mais le « phak Isan ». Il existait déjà dans le langage commun mais pas dans le langage administratif. Le vocable n’est pas susceptible de froisser la susceptibilité des Français. La capitale ne pouvait en être Nongkhai, la rive droite du Mékong devant rester démilitarisée sur 25 kilomètres, (traité du 3 octobre 1893) mais Makkhèng. La ville ou plutôt le village située à un peu plus de 50 kilomètres au sud de la frontière, déjà capitale de la province puis création artificielle qui devient Udonthani, est destinée à fonder une capitale en dehors de notre zone d’influence et hors zone démilitarisée.

 

Jules Bosc, résident supérieur au Laos appliquait avec persévérance une politique d’entente cordiale avec le voisin siamois et il en était de même du côté siamois.

Prince PrachakLe Prince Devavongse, proche cousin du Roi, ministre des affaires étrangères pendant plus de trente ans était ouvertement francophile.

Elle est alors en construction, nous dit Jules Bosc, qui y est reçu en grandes pompes en 1924, « pauvre, sans ressources ni attraits, quelques villages groupant 4.000 habitants entourant l’emplacement du chef-lieu ». Ne cherchez pas หมากแข้ง Makkhèng sur la carte, qui est devenu Udonthani, capitale historique de l’Isan ! Le nom d’Udonthani อุดรธานี «  la grande cité du nord » sonne peut-être mieux pour une capitale que celui de Makkhèng (sauf erreur de ma part le « palmier à bétel »). Makkhèng est aujourd’hui un petit tambon – un quartier - de l’amphoe « Muang Undonthani » qui recouvre le territoire de la ville. Le nom d’Udonthani remplace à cette époque celui du palmier. Il ne restait plus qu’à « thaïfier » le Laos siamois qui est désormais l’Isan.

Calque 1Rappelons qu’il existait, à la fin du XIXème, quatre régions au Siam qui avaient pour nom le Siam (en gros le centre et le nord), le Laos siamois (compris Chiangmaï), le Cambodge siamois et le Malacca siamois), trois vocables susceptibles d’irriter la susceptibilité des Français, des Anglais et des sultans malais !

L’opinion communément diffusée chez les Thaïs est que le choix du mot Isan résulte tout simplement du fait qu’il est plus facile à prononcer que « province du côté du soleil levant » même si celui de « province du côté du soleil couchant » ne les perturbe pas ! Ainsi écrit-on l’histoire.

 

Notez – au passage -  que la France d’alors, soucieuse plus qu’aujourd’hui de sa représentation à l’étranger partout dans le monde, entretenait depuis 1895,  indépendamment du Consulat de Bangkok, un consulat honoraire à Nan, un à Chiangmai, un à Makkhèng (qui accueillit donc Bosc), un à Khorat et un dernier à Ubon. Plus que les Etats-Unis et que la Grande Bretagne, qui dominent alors encore la moitié du monde ! Le vice-consul de Khorat fut un temps Durousseau de Coulgeans, membre éminent  de la mission Pavie. 

Sans titre-1

Le consul d’Ubon a aussi laissé un nom dans l’histoire, Raymond Vergès, député communiste jusqu’en 1955, un nom, mais aussi de son épouse indochinoise, des jumeaux, fils de l’Isan, tous deux nés à Ubon en 1925, Jacques, l’atypique et sulfureux avocat et Paul le politicien réunionnais.

Vergès bébé-copie-1

Mais l’explication de cette pléthore de consuls français a une explication autre que celle de notre prestige, alors que les français proprement dits n’étaient que quelques centaines (environ 200 en 1900 - exactement 240 en 1912 dont 146 hommes, 63 femmes et 31 gamins mais 15.000 protégés). Le traité de 1893 créa à la France une énorme clientèle de « protégés », les milliers d’indigènes originaires des pays présentement soumis à notre souveraineté, Laos, Indochine et Cambodge et conduits à différentes époques de gré ou de force, au Siam par les Siamois ! Anciens prisonniers de guerre ou esclaves, ils sont devenus les protégés de la France. Les privilèges exorbitants accordés à nos nationaux (privilège de juridiction en particulier, c'est à dire ne pas être jugés par les tribunaux siamois dans quelque matière que ce soit) s’étendaient aussi à nos protégés.

Le traité franco-siamois de février 1925 mit fin à cette situation, on considéra alors que le Siam « avait bien mérité la restauration de sa souveraineté juridictionnelle ». Tout laisse donc à penser que les fonctions de ces consuls honoraires au moins jusqu’en 1925, étaient loin d’être honorifiques !

 

Et l’Isan devenait officiellement l’Isan pour tous.

 

 

Références

Revue générale de droit international public 1926.

Eveil économique de l’Indochine du 23 novembre 1924.

Conseil du gouvernement de l’Indochine, rapport au gouvernement 1923.

Almanach de Gotha, partie "représentation diplomatique" 1910

Directory for Bangkok and Siam 1914

Annaire général de l'Indo-Chine française 1908

 

 

Partager cet article
Repost0
16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 03:05

1913 05  Notre Isan : Un docteur français en Isan en 1913.

  Notre article précédent ( L’Isan  était lao au XIX ème siècle) avait montré notre étonnement à travers notre lecture des « NOTES SUR LE LAOS » d’ Etienne Aymonier. Nous découvrions que l’Isan était en fait, en 1885, un pays lao, un pays vassalisé au royaume de Siam. Nous en avions dégagé certaines caractéristiques. Nous avons ensuite lu « les Notes » du  Docteur Maupetit Georges, qui en 1913, soit 30 ans après, décrivait les  « Moeurs laotiennes », en arpentant pendant 3 ans le Laos siamois, notre Isan actuel. Certes on pouvait se demander ce que faisait un médecin français à Oubone et dans d’autres villages laos, on pouvait déjà pour le moins «  découvrir » ce que pouvait être, pour lui et en 1913, le Laos siamois.


Ces « Notes « sont avant tout celle d’un médecin qui va donc surtout s’intéresser à l’état physique et physiologique des Laotiens,  la morbidité et la mortalité, leurs maladies, l’hygiène, les médicaments et leurs remèdes…mais il va aussi aborder certains us et coutumes et traditions  (la naissance, les relations hommes/ femmes, , le mariage, le divorce, la mort …) qu’il essaye de comprendre et de nous présenter .


Rappel. Des Thaïs et des Laotiens de « l’Isan ».

Nous avions raconté dans « nos relations franco-thaïes » dans quelles circonstances,  le roi Rama V avait dû accepter les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893 et signé un Traité de 10 articles et une convention le 3 octobre 1893 dont l’article 1 déclarait :

 « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ».

 Il y avait  depuis  un Laos français et un Laos siamois, et des Laotiens du Laos  siamois et des Laotiens du Laos français. Un « pays lao» divisée par deux colonisateurs.


1913 01L’Isan donc n’existait pas encore. C’était au contraire une époque où  Maupetit nous le rappelle « ces Thays refusent d'ailleurs avec vigueur et énergie les preuves qu'on pourrait faire de leur communauté d'origine avec les Laotiens »et ou

 « le terme de « Lao » suivant en cela les coutumes du pays [désignait]  les indigènes des classes inférieures, soumis à l'autorité siamoise, réservant aux maîtres du pays le nom de « Thay » qu'ils se donnent eux-mêmes ».

On n’oublie pas que l’esclavage avait été aboli en 1905 et que l’on ne change pas de mentalité en 8 ans ! De plus, on peut mesurer « l’effort » accompli pour que les Thaïs siamois puissent considérer 30 ans  plus tard les Laos comme des Thaïs à part entière. Enfin, sur le papier.


Les Européens n’étaient pas en reste et Maupetit nous confie que ceux  qui vivaient au Laos estimaient le plus souvent que les indigènes étaient des singes. Et pensant être différent, il nous rassure en avouant : nous sommes obligés de reconnaître que leur anatomie, qui est bien celle de la race humaine, a gardé certaines particularités que le développement social a fait perdre aux races civilisées. Ces caractères se retrouvent, d'ailleurs, chez tous les peuples sauvages ou demi-sauvages, restés près de l'état primitif.

Les qualificatifs employés indiquaient donc  que la vision des deux nations « colonisatrices » était commune pour considérer les Laotiens comme des êtres inférieurs, et justifier ainsi leur « colonisation 

                                           ____________________________

Au-delà de l’observation médicale, ( J'ai vécu au milieu d'eux, dans leurs villages de la brousse, dans leurs cases où je suis allé imposer patiemment mes idées de médecin français), il nous a semblé intéressant de retenir deux sujets, à savoir la description du style de vie des Laos et la stratégie matrimoniale.

 

1913 021/ le paysage, le village, la vie simple

Maupetit décrit donc le Laos siamois comme un vaste plateau aride en saison sèche et bien sûr en partie inondée en saison des pluies que le voyageur parcourt à « l’allure mortelle de 3 km/heure », « sous le soleil, la poussière, le grincement ahurissant des chars à boeufs  »

, « dans la monotonie accablante du khok, avec l'impression, déjà, que ce pays est pauvre, qu'il vit au minimun. Le khok « est une forêt clairière où des arbres, d'essences différentes poussent assez bien, mais éloignés les uns des autres et séparés par des zones où ne croissent que des herbes quand il pleut, où on ne trouve que du sable en saison sèche ».

 

Dans ce dénuement,  Maupetit est ravi, après avoir vu les grands quadrilatères irréguliers des rizières, avec leurs petits barrages de terre battue et les  troupeaux de buffles et de boeufs qui paissent paisiblement, de voir apparaître subitement  le village, «  très joli, avec son fouillis de palmiers, de bananiers, de bambous, au feuillage élégant, finement découpé, à travers lequel l'oeil arrive à distinguer quelques toits de paille, quelques maisons en bambou sur pilotis, un édifice sacré dans une pagode ».

 

Mais cette vision bucolique s’arrête avec les Laotiens présentés comme « encore des demi-sauvages ; très pacifiques, très doux », mais « apathiques, fatigués, incapables d'effort », qui ont une conception simple de la vie et de la société. Cette simplicité s’exprime par le peu d’ardeur au travail, « juste ce qu'il lui faut pour ne pas mourir de faim et qui, après, dort, mange, fume et chique le bétel. »

Mais il n’a pas peur de se contredire pour dire plus loin : « Le jour, peu de Laotiens sont désoeuvrés; la vie, avec ses exigences matérielles, demande un travail constant dans la case, au marché, aux champs ».Eh oui, le Laotien « prend son temps » : il faut cultiver le riz, semer, replanter, récolter, couper le bois, réparer la maison, soigner les bœufs et les buffles, prévoir les objets d’échange, discuter, participer aux fêtes du village, aller prier à la pagode... bref, vivre le temps rural …que le Dr Maupetit ne semble pas  avoir « accepté » :

   « Ce sont ces indigènes, ces êtres ralentis dans leurs manifestations vitales que j'ai regardé vivre pendant 3 ans. » 

 

2/ Stratégies et tactiques matrimoniales.

 

1913 03Le docteur Maupetit, observe que « dans un village un peu important, ou dans une ville comme Oubône, au marché, sur la rue, ou dans les rizières, on rencontre, à toutes les époques de l'année, plus de femmes en parturition que de femmes à l'état normal. ». De plus, il apprend lors de ses consultations que nombreuses sont les jeunes filles à avorter plus de 5 fois avant même le mariage.

 

 Il va s’interroger sur la fréquence de ces grossesses et sur les multiples avortements de ces  jeunes filles.

 

Il perçoit en quoi la naissance d’un enfant peut entrer dans la stratégie matrimoniale : «   le principal but d'un homme jeune, qui se marie, est d'avoir des enfants ; la stérilité de la jeune femme cause parfois des scènes de ménage fort graves et dans bien des cas, l'abandon de la femelle inutile» et que  « la conséquence des idées qu'a la femme laotienne sur la pratique de l'amour physique est la fréquence de la grossesse au Laos ».

 Il s’ensuit qu’avoir ou pas un enfant, garder ou non l’enfant, avoir un enfant au « bon moment » joue dans la stratégie de l’ « amour »,  des relations  amoureuses et du mariage.

 

Il découvre  «  une coutume laotienne, tout à fait spéciale, qui devient comme le noeud des intrigues amoureuses et que j'ai constaté partout, à la ville ou au village » : la Cour d’Amour. Mais, dit-il, «  nous allons voir que la coutume est une  chose et que la réalité est souvent autre chose ».

 

3/La coutume de la Cour d’Amour.

 

« Pour tous ceux qui l'adoptent elle est identique et tend au même but : le rapprochement des sexes et la possibilité, pour la jeune fille, d'établir un choix parmi ses adorateurs », et de trouver le bon mari.

 

On peut deviner les difficultés que peut rencontrer la jeune fille, écartelée souvent entre les désirs amoureux et la loi sociale du mariage avec ses codes, entre les fausses promesses des amants et l’accident de la grossesse qu’il va  falloir gérer.

 

Mais restons dans l’idéalité de la coutume, qui commence par le rituel de la séduction. Maupetit si critique sur les Laotiens ne peut ici qu’être charmé par l’esthétique mis en  œuvre. « On a presque l'impression d'avoir affaire à une race d'artistes aux âmes affinées et particulièrement sensitives ».

 

A/ La « soirée » des jeunes.

«  C'est l'heure des réunions.

La jeune Phû Saô, libre enfin, la journée finie, laisse ses parents s'étendre et s'endormir ; puis revêtant sa belle jupe de soie, souvent sans écharpe, ses seins fermes fièrement offerts à la fraîcheur du soir, elle s'installe sous sa verandah.

Dans un coin une torche fumeuse grésille, mettant dans la nuit une lueur pâle, pendant que la résine s'égoutte en flambant dans le plateau du support creusé en cendrier. Les jeunes gens qui passent et connaissent la jeune fille, comprennent ce que veut dire cette lumière; ils montent sous la verendah, deux, trois, quatre, rarement un seul; ils s'accroupissent à leur tour et, dans la nuit, s'élèvent les soupirs du khène ; ces mélodies lentes, si mélancoliques pour une âme européenne ; et, tard dans la nuit, on chante, on cause, on rit.

Certains vieux Laotiens m'ont affirmé que ces moeurs sont spéciales aux jeunes filles qui veulent des amants, plusieurs amants ; c'est probable ; mais' je puis affirmer pour l'avoir vu que rien d'immoral ne se passe pendant ces réunions où l'on doit se borner, tout au plus, à sceller des amitiés, des intimités qui se dénoueront probablement ailleurs en un

geste moins poétique. » (Maupetit a vu aussi certaines de ces soirées organisées dans les pagodes mêmes).

 

b/Après le rituel de la séduction vient celui des fiancailles, avec ses étapes : la mise à l’épreuve et la cour officielle.

 

La mise à l’épreuve commence quand les jeunes gens  assurés de leurs sentiments réciproques évaluent, au cours des jours ou des mois parfois,  la « valeur » des échanges promis et les « ressources «  des familles.

 « L'amant officiel, unique, préféré, tout en restant, évidemment, caché aux yeux de tous » peut au cours de « son enquête », découvrir que le parti promis n’« est pas à la hauteur ou tout simplement constaté l’usure de ses sentiments, qu’il n’est pas prêt à se marier de suite et que d’autres conquêtes l’attendent. »  

 

La cour d’  amour  officielle.

 

Si « l’enquête » a  rassuré les deux « fiancés » les parents sont mis dans la confidence et avec l’agrément des  deux familles, la cour officielle peut commencer.

 

Le jeune homme peut alors venir seul, le soir, faire sa cour, avec la complicité des parents. Le khène exhale les grands airs langoureux, et le jeune homme dit ces longs poèmes d'amour qu'on retrouve au Laos et qu'il égrène sur un rythme à quatre temps, monotone, sans fin, interminable récitatif aucours duquel, tout en redisant ce qu'on a appris par coeur, on improvise aussi des choses nouvelles, les louanges de la Phû Sâo.

Le « fiancé « n’oubliera pas de faire des cadeaux aux futurs parents.

Le fiancé est reçu dans la maison; ses visites deviennent fréquentes; il aide aux travaux de la famille; il mange le riz sur la natte commune; il devient l'allié et la plus grande liberté lui est laissée près de celle qui doit devenir sa femme.

 

Le mariage, la dot.

 

Lorsqu'ils sont sûrs qu'ils ne se trompent pas, le mariage est décidé. Les deux familles se mettent d'accord; de fréquentes entrevues ont lieu ; on débat le prix de la dot et les parents du fiancé la paie, rarement supérieure à vingt ticaux; il ne reste plus qu'à faire le mariage.

La noce a lieu chez la jeune fille.

 

 

Ensuite le Dr Maupetit décrit la cérémonie du mariage, très ritualisée.

 

4/ la Cour d’Amour dévoyée

 

Mais la Cour d’ Amour suit souvent d ’autres chemins et peut prendre différentes formes plus « intéressées ».

Les parents de la jeune fille peuvent s’opposer à l'union, soit qu'ils trouvent leur enfant trop jeune, soit que le parti ne leur plaise pas.

 

Ou bien, après une Cour d’ Amour, le « fiancé » s'éclipse et oublie  ses engagements. A ce moment s’il est passible des tribunaux, les Anciens  préfèrent les éviter car trop coûteux et infligent une indemnité (bien souvent dérisoire).

 

Ou bien, devant l’ annonce d’une grossesse, le soupirant ne veut pas  s’engager.  La jeune fille sans s'affoler, fait disparaître les traces de son amour, s'il en existe, et se prépare à recommencer. En effet, elle préfère avorter dans le silence plutôt que d’avouer que le « fiancé » s’est défilé après avoir profité de ses « faveurs » .

Il faut savoir également que « sur le marché de l'amour, une femme célibataire enceinte est dépréciée »  et aura des difficultés à trouver un mari.

 

Ou bien, c’est la jeune fille qui va « jouer » avec plusieurs amants à l’insu de la famille, soit pour trouver le bon futur mari soit par l’appât du gain afin d’obtenir des « cadeaux ».Elle sait qu’elle peut retirer un bénéfice du geste qu'elle autorisera ; aussi elle n'accorde ses faveurs qu'en présence  de promesses formelles ou de cadeaux appréciables pour elle  (argent, vêtements, aliments).

 

Ou bien, c’est une famille peu scrupuleuse qui va demander « réparation  » pour une « privauté » soit-disante non consentie par la jeune fille. Mais le jeune indélicat devra payer selon un barême connu dans le village  pour un baiser, un sein touché , soit pour l’ultime faveur. (Mais à l’inverse d’ Aymonier dans notre article précédent , le Dr Maupetit ne donne pas les tarifs du barême).

 

Bref, la Cour d’amour ou ses avatars se  comprennent toujours dans un « marché », un échange, une « dot » qui débouche sur un contrat, bien discuté, « réalisé » dans des étapes ritualisées. 

 

 

5/ Le mariage, un marché ? Une autre conception de l’amour et de la pudeur.

 

Que de débats aujourd’hui autour de ces notions, que d’incompréhensions !

 

Souvent le citadin farang qui veut se marier à une Isan  a du mal à comprendre qu’ il entre  dans une civilisation agricole et une autre culture .  Il a oublié les mariages de raison d’antan qui se pratiquaient dans les familles paysannes de France. Il oublie bien souvent que la conception de  l’ « Amour » de la femme Isan est forte différente de la passion amoureuse « occidentale ». 

 

Une autre conception de l’amour  et de voir son corps, une autre conception de la pudeur.

 

Certes  depuis 1913, le rapport à la pudeur a évolué et on ne voit plus, comme le Dr Maupetit, « les indigènes »,   le pagne, simplement noué à la taille, relevé autour des cuisses et sa partie antérieure, roulée, est ramenée en arrière, entre les jambes, attachée à la ceinture, et ceci constitue tout le costume.

Les jambes sont nues, les cuisses sont découvertes jusqu'au pli de l'aîne; au-dessus du bas-ventre, recouvert par le pagne, tout le tronc est libre et abandonne à la vue le nombril et les seins ; et, cependant, la pudeur est sauve, parce que, si un Laotien passe à côté de cette femme, il ne lui accordera même pas un regard.

 

Mais il n’est pas sûr que d’autres observations ne demeurent valables encore aujourd’hui.

 

Même au plus fort de son désir, l'indigène n'a que faire d'un ventre, d'une poitrine, d'une aisselle, d'un pli du coude ; il ignore les caresses et les baisers […]Par contrePuisque nous en sommes à étudier la désinvolture avec laquelle les Laotiennes livrent à tous le spectacle de leurs seins, je dois insister sur une habitude qui me paraît spéciale au Laos : le fait de toucher la main ou les seins d'une jeune fille ou d'une femme est considéré comme un attentat à la pudeur. 

Ceci est très intéressant et provient de l'habitude qu'ont les Laotiens de toucher les mains ou les seins pour sceller le pacte d'amour. 

 

Certes, nous avons vu que l’attirance, le plaisir d’être ensemble, l’amour physique ne sont pas absents dans l’ « évaluation » du mariage futur, mais le « fiancé » sait que «   le bonheur réel que sa jeune complice sera en droit d'espérer quand elle lui aura fait le don généreux de son corps et de son amour » est plus sur ses biens, « l'argent, les objets d'or ou de cuivre, les maisons, les rizières qu'il possède », bref la sécurité matérielle et sociale  qu’il lui apportera.

La possession pleine et entière des charmes physiques qu'il désire, se fera plus sur ces promesses « matérielles » que sur ses propres  charmes « physiques ».

 

De plus, pour fonder une famille, pour mettre en commun leur activité et leurs ressources ; il leur faudra obtenir l'assentiment des deux familles pour être mariés.

 

L’ « Article 7 du code civil laotien » en fait d’ailleurs foi, nous dit  le Dr Maupetit :

«  — II n'y a pas de mariage si les pères et mères des futurs époux n'ont pas donné leur consentement. Dans le cas où les parents sont divorcés, le consentement de l'époux qui aura obtenu la garde de l'enfant sera suffisant.

II n'est exigé aucune autre formalité. »

 

Il est consternant de voir que de nombreux Farangs aujourd’hui  voudraient oublier ces  « réalités » et cela d’autant plus qu’ils  seraient loin d’être des  sex symboles et auraient  le plus souvent plus de 30 ans de différence avec leurs jeunes promises.

 

Une note du Dr Maupetit sur la polygamie est aussi intéressante pour comprendre la situation de nombreuses femmes de l’Isan, même si « officiellement » cette coutume est désormais «  interdite ».

Au Laos siamois rien dans les moeurs, ni dans la loi ne s'oppose à ce que l'homme ait plusieurs femmes ; beaucoup de Siamois, d'ailleurs sont polygames ; or, il est très rare de rencontrer des indigènes du peuple ayant deux femmes.

J'ai cherché la raison de ce phénomène ; elle est très simple. La polygamie est toujours un signe de richesse; il faut de l'argent, beaucoup d'argent, non seulement pour acheter des femmes, mais pour les entretenir ensuite, elles  et leur progéniture. Or le Laotien est pauvre. Paresseux à l'excès, ne retirant du sol et de son travail que la somme de produits strictement nécessaire à son existence matérielle, il n'a jamais d'argent et c'est tout juste si, n'ayant même qu'une femme, il peut être sûr de toujours la nourrir avec les enfants qu'elle lui donnera.

Mais le cas qui se produit le plus souvent est que l'homme, curieux de nouveauté, qui a jeté son dévolu sur une autre, abandonne simplement la première, soit en la répudiant, soit en la laissant seule avec ses enfants pour aller ailleurs avec sa nouvelle amante.

 

Mais chacun sait que «  cette coutume »  est de l’histoire ancienne !!!

 

 

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

 

 Docteur Maupetit Georges, Moeurs laotiennes,  In Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, VI° Série, tome 4, Fascicule 5, 1913. pp. 457-554.

 

Partager cet article
Repost0
13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 03:04

 

 

 

 

 


aymonierNous étions en train de lire les  « NOTES SUR LE LAOS », d’ Etienne Aymonier (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885), pour découvrir qu’il décrivait en fait notre Isan.

Ainsi en 1885 l’ Isan était un pays lao.

Il n’est pas besoin d’être un fin politique pour comprendre l’objet du voyage qu’effectua Etienne Aymonier au Laos en 1885, surtout qu’en fin de ses « Notes », il tint à préciser : « Il n’entrait pas dans notre plan de parler ici de l’objet spécial de notre voyage au Laos ».  Il est vrai que la France avait bien annexé la Savoie et Nice en 1860. Mais ici, il s’agissait d’un pays qui encore aujourd’hui était fier de n’avoir jamais été colonisé et qui jamais évoquait son passé « colonisateur ».


Nous avions déjà vu par contre dans nos articles sur les relations franco-thaïes (Cf. 1867, 1893, 1907,1941) comment les Siamois, dès la prise de Saïgon en 1859,  avaient défendu ce qu’ils considéraient comme des « possessions  siamoises », contre les nouvelles puissances coloniales anglaise et française. Nous avions évoqué une lettre du roi Rama IV datée du 19 janvier 1867 (citée par Pensri Duke) qui confirmait bien cette volonté siamoise : « nous prions qu’on veuille bien faire droit à notre requête, et donner une décision favorable qui nous permette de conserver et continuer à posséder en paix des provinces qui sont en notre pouvoir depuis plus de quatre règnes successifs durant l’espace de 84 ans », soit 1783 ?

 Laos ancien

Il apparaissait donc intéressant, d’étudier comment s’était effectué ce passage de provinces vassales à l’annexion au royaume de Thaïlande et comment un « voyageur français » voyait un pays lao en 1885 et notait les rapports de « vassalité », d’autant plus qu’Aymonier affirmait que « nulle part on retrouve des annales au Laos ».

                                               ------------------------------

Nous n’allons pas refaire le long voyage effectué par Aymonier de Melou Prèh,  Tonlé Ropui, Attopeu, Sarawan, Bassac,  Khen Tao, Péchabun,les Moeungs du grand fleuve, du Moun , Sieng Khan, Phichaïe, Nongkaï, Nong Han, Pom Visaï, Sayaburi, Roi Et, Kalasin, Khon  Khen , Oubon , les Moeungs kouis et kmers, Koukhan et Souren , Ratanaburi ……Korat……. franchir fleuves et rivières , rapides et montagnes, forêts et plaines, mines et riziéres ………mais noter ce qu’il a remarqué sur les Laociens (sic) (les Isans d’aujourd’hui ?), à travers une méthode d’investigation qui retient essentiellement  : l’organisation  du pouvoir, la nomination et le titre des chefs et leurs signes distinctifs, le nombre de cases et de pagodes, le nombre d’  « imposables » (d’ « inscrits ») et formes d’impôts et montants payés au Roi du Siam, l’origine et la composition ethnique , l’économie  et le commerce et quelques traits « ethnographiques » [ physique, mariage/divorce, vêtement (porte jupe lao ou thaïe), coiffure mœurs (femmes « lègères » lao différente des femmes siamoises et kmères) , la justice (rapport au pouvoir siamois, les femmes tarifées), la monnaie, rites et superstitions…          

 

Mais, on peut remarquer3 faits d’ importance :

 

-  L’ Isan de 1885 se vit bien comme un pays lao , mais un pays éclaté sans roi reconnu, sans pouvoir central

- Tous les clans, Moeungs (province , districts) et villages  reconnaissent leur vassalité auprès du roi de Siam. Elle prend la forme de capitation / tribut, reconnaissance des pouvoirs des chefs lao selon une hiérarchie et un cérémonial  siamois, de recours à la justice siamoise  pour les conflits majeurs 

-  Le pouvoir siamois n’intervient pas pour imposer ses mœurs, ses coutumes, ses  valeurs et laissent les Laociens  vivre en Laociens

 

1/ Nous avons déjà cité un  article tiré du Larousse qui  explique dans quelles circonstances historiques  le royaume de Vientiane devient une province siamoise :

 

Ainsi Etienne Aymonier « visite » les Moeongs laos du pays « Isan » dont beaucoup d’habitants viennent de la « déportation ».

Il précise qu’est considéré comme moeongs (ou muang ?), tout royaume si petit soit-il, toute province, district, chef lieu, canton où on parle lao. Chaque entité est dirigée par un  « roitelet » dont le titre  correspond à l’importance du moeong : le chau (oppahat, ratsevong, ratsebout), le taseng est un petit chef de canton et le komnan un chef de village.  

Si un village devient important, il devient un moeong, avec une hiérarchie organisée au profit du chau supérieur. Avec des liens de dépendance différents selon les chaus (ou djao ?). Tous dans un rapport de vassalité souvent différent  avec le roi du Siam.

Toutefois on peut remarquer des traits communs.

Chaque chau jouit d’une grande liberté vis-à-vis du suzerain siamois : « Vis-à-vis de Bangkok, il s’agit de payer régulièrement l’impôt de capitation et de ne pas mettre la question de la domination siamoise », « ce à quoi -précise Aymonier- pas un Laocien ne songe».  

La Cour de Bangkok, en échange « respecte entièrement les moeurs et coutumes de tous ces pays éloignés. Elle n’intervient qu’à la suite de réclamations ». Mais les procès sont si coûteux (il convient d’offrir beaucoup de « présents ») et longs que peu de litiges remontent à Bangkok.

La Cour accepte la hiérarchie Lao, mais  chaque Chau important doit être reconnu et « officialisé » par le roi de Siam, à travers un cérémonial d’ investiture royale pour les chaus importants  dans lequel il s’engage à agir en fidèle et loyal vassal. Il reçoit à cette occasion son titre (Rappel des titres siamois : 1/Samdach 2/Chau phya  (ces 2 titres étant réservés à la Cour), 3/Phya 4/Phra 5/Louong 6/Khun 7/ Moeun ) et les insignes du pouvoir correspondant soit par exemple des insignes en or pour les Phya, en argent pour les Phra ou  Prah, avec des objets propres à chaque niveau (plateau à pied, boite pour le tabac et le bétel, aiguillère à bec, une urne appelée kanthor, un parasol (aux couleurs différentes selon le titre), un habit de gala, des sabres ,fusils, lances …

Les autres chaus  suivent une voie hiérarchique  sur un mode « écrit ». 

On peut à titre anecdotique donner le nom et le titre officiel du Chau de Khon Ken, il est vrai à l’époque composé de 150 cases ! : «  Phra lokhon si balibat bahomalat sah phakedey si saur phra santhon chau moeuong Khon Khen »

Des  moeuongs différents  (taille, hiérarchie, modalité de paiement de l’impôt, mode siamoise et lao).

La vassalité s’exprime essentiellement par l’impôt de capitation individuel et un tribut annuel payé par l’Autorité.

Siam coin C236d

On distingue 2 catégories : les inscrits extérieurs inscrit au registre de Bangkok, et les inscrits intérieurs. Aymonier a des difficultés d’en donner le nombre et donne souvent des évaluations approximatives. Par exemple pour la province d’Oubon composée de 12 moeungs, il dit que cela varie de 6 000 à 40 000 inscrits !

Le montant et la forme de l’impôt de capitation comme le tribut varient énormément selon l’histoire du moeung (par exemple Sieng khan paye un impôt très lourd car il se révolta) et de la Province et bien sûr de la production locale.

Les habitants peuvent devoir donner aussi  un autre « impôt » par maison au chau comme par exemple à Koukhan, il reçoit une natte ou un pain de cire ou un lingot de fer . Le circuit des différents impôts payés au roi du Siam passent à travers une  hiérarchie des chaus. (Melou Prèh ,par exemple, envoie à Koukhan qui transmet à Bangkok.  Khen Tao reçoit des ordres de Petchaboun pour recruter des « soldats » lors d’incursions ennemies).

L’impôt varie aussi bien souvent selon l’âge : le vieux de plus de 50 ans, l’adulte marié et le jeune célibataire de plus  de 20 ans payent des parts différentes. A Attopeu on produit de l’or , on payera donc en or. A khen tao la capitation est de 3 ticaux et le tribut de 50 cattis et 15 damling et est porté chaque année  à Péchabun. Tonlé Ropou relève de Bassak. Les inscrits payent  3 pains de cire et chaque chef de famille 3 mesures de riz pour la Province. Melou Prèy paye 5 pains ou 1.5 kg de cire et la Province  envoie cire, ivoire, cornes de rhinocéros …..à Koukan qui transmet à Bangkok . On peut aussi payer en monnaie locale (j’ai même vu en piastres mexicaines !).


Bref tout un système de capitation et de tribut variable selon les moeuongs et les provinces et les « accidents « historiques ».

Si tout l’Isan est décrit comme Lao, Aymonier note et décrit d’autres peuples comme les Kouis , les Kmers dans la province de Koukan par exemple . Il signale même des « sauvages » ! Il précise aussi pour chaque village, la présence ou non  de Siamois  et de Chinois et même parfois de Birmans au sein de la population lao.

Les moeurs et la mode. 

Selon les villages les femmes suivent la mode de leur choix  au niveau de l’habillement et de la coiffure à savoir selon la «  mode « siamoise ou lao : langouti siamois ou jupe laotienne (en général rayée rouge  et noire), cheveux courts ou cheveux longs en chignon. Certains hommes  suivent la mode siamoise de s’ enduire les cheveux de graisse de porc …Aymonier répète aussi souvent que les Laotiennes se baignent nues contrairement aux Siamoises , qu’elles sont de moeurs plus « légères ». Même les bonzes laotiens, dit-il, sont moins  sérieux que les bonzes siamois et cambodgiens. Certains  sont surpris à jouer et à pratiquer la « bagatelle ». 

Il remarque que chez les Laotiens si l’indulgence est générale pour « les péchés de la chair », les filles sont aussi sources de revenus.

La coutume des « cours d’ amour »est  souvent détournée.  On accepte les réunions  de jeunes le soir dans les cases. Mais si la jeune fille dénonce la « faute » commise, « Tout est tarifé : tant pour la prise de main, tant pour la prise de taille et des seins, et tant …pour les dernières faveurs ». Le garçon doit payer ou épouser. La somme dépend de la Province et de la situation des parents. Mais non sans humour, Aymonier précise que les Laotiens ne sont pas à l’abri des idées novatrices  et que certains mandarins demandent à leur fille de garder « leur capital intact ».

Et pourtant, il n y avait pas encore de farangs et de touristes !!! (Nous sommes  en 1885 !)

La 5 ème partie du livre résume ce qu’Aymonier a appris sur les Laotiens, pour aborder ensuite les Moeuongs kouis majoritaires au Sud (fort différents, précise-t-il, des Laotiens et des Kmers de la province de Koukhan).

On peut être surpris aujourd’hui de voir ensuite présenter Korat comme la Province la plus importante du Laos, même si elle est « frontière » avec le Siam. On peut être choqué que les esclaves soient à peine visibles dans ces « Notes ». On comprend pour le moins qu' Aymonier  « enquêtait » pour la « colonisation  »  future, qui ne se fera finalement  pas dans cette Province.

Nous avons vu dans nos « relations franco-thaïes » comment les Siamois vont réussir à préserver leur vassalité sur l’Isan, leur Province  lao, et au XXiéme siècle la transformer en une province siamoise. Si les Laos d’Isan ont oublié leur histoire, des Thaïs siamois n’hésitent pas encore aujourd’hui à Bangkok de les traiter de « sales Laos ».


____________________________________________________________

Étienne François Aymonier né à Le Chatelard (Savoie) le 2 janvier 1844, décédé à Paris le 21 janvier 1929 est un officier et administrateur colonial français, spécialiste des cultures khmère et cham, premier directeur de l'École coloniale (Wikipédia).

 

Partager cet article
Repost0
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 03:07

 

Annam 2 Notre Isan au temps de la rivalité du Siam et de l’Annam?

 1 /Le recul des khmers.

Devenus (au début du XVIe siècle) vassaux du roi d'Ayuthia, les monarques khmers devaient obtenir de celui-ci l'investiture pour régner en paix et faisaient appel à la cour du Siam pour mâter les rebellions. Ils en payèrent parfois le prix en abandonnant aux Siamois l'administration de districts et même de provinces (comme Korat et Chantaboun). La cour d'Ayuthia prenait des princes khmers comme otages et ne les laissait revenir au Cambodge qu'après s'être assurée de leur loyauté.

Nous avons vus que certains rois résistèrent cependant au protectorat d'Ayuthia, comme par exemple vers 1540, le roi Ang Chan Ier qui avait transféré la capitale à Lovek. Mais les Siamois s'en emparèrent en 1593. Ils détruisirent les palais, les temples et les archives et déportèrent de nouveau une partie de la population khmère. La chute de Lovek porta un coup grave à la résistance cambodgienne, qui demeurait donc plus que jamais le vassal du Siam.

Le roi Chey Chêtthâ II (1618-1625) tente de secouer le joug siamois, repousse les armées venues de l'ouest et, pour se renforcer, va chercher un appui du côté de l'empire d'Annam, dont il a épousé une des princesses.


2/L’Annam entre dans le jeu 

La succession de Chey Chetta II donna lieu à de furieuses luttes intestines. Des prétendants obtinrent en 1658 le concours vietnamien et l'un put, en 1660, s'assurer le trône. Par traité, la cour de Hué imposa alors au Cambodge le versement d'un tribut régulier. Souverains, usurpateurs, prétendants n'en continuèrent pas moins à se disputer le trône. Hué profita de la passivité du Siam, alors occupé à faire face aux Anglais, Français et Hollandais, pour soutenir (d'ailleurs en vain) la rébellion du «second roi» (obbareach), Ang Non, au Cambodge. Le roi Chey Chetta IV domina la scène pendant trente ans (après 1675), abdiquant puis reprenant la couronne quatre fois à des héritiers jugés médiocres. Sous son règne, en 1701, les Vietnamiens annexèrent les provinces de Giadinh, Bien Hoa et Baria.

 C'est le début de la politique khmère d'équilibre précaire entre ses deux voisins, et le commencement de l'influence de la cour de Hué dans ce qui deviendra le sud du Viêt Nam et qui est encore cambodgien.


Nous avons vu qu’en 1767, Ayutthaya est  rasé par les Birmans. Le roi Outey II (1758-1775) refuse de reconnaître  la suzeraineté du nouveau roi Taksin installé à Thonburi. Celui-ci tente d’imposer un prince khmer, Ang Non, à Oudong en 1770. Outey II appela alors la cour de Hué à son secours. L'armée vietnamienne mit en fuite les Siamois, et imposa cette fois son protectorat (1771).

8011562-statue-du-roi-taksin


3/La rivalité Siam– Annam. Une histoire mouvementée.

Le protégé du Siam, Ang Non, s'était cependant retranché à Kampot, d'où il dirigea une guérilla contre son rival. Le pays était en ruine. Les Siamois avaient encore déporté à l'ouest une partie de la population. Le Vietnam, affaibli en 1774 par la révolte des Tayson, ne pouvait rien faire. Le Cambodge revenait sous la tutelle du Siam.

Le Cambodge devient le terrain de bataille entre Siamois et Annamites, avec complot, rivalité et lutte princière entre frères et sœurs, révoltes populaires, invasion successives du Siam et de l’Annam, occupation et vassalité conjointes, co-suzeraineté, tentative d’annexion, des territoires cédés et repris, des interventions incessantes…

Ainsi par exemple le complot de trois mandarins qui aboutit  à la capture et l’assassinat de Ang non  (août 1779). Mais ils s’entre-tuèrent et le survivant Ben fut contraint de se retirer avec le jeune roi à Bangkok, la nouvelle capitale que venait de fonder (en 1782) le nouveau roi de Siam, Chakri.

 

mandarinjs

Ang Eng y fut couronné par celui-ci (1794) qu'il reconnut comme suzerain et protecteur avant d'être reconduit à Oudong par une armée siamoise que Ben commandait (1795). Il laissa alors au Siam l'administration des provinces de Battambang, Mongkol Borey, Sisophon et Angkor. Mais il mourut dès août 1796, à l'âge de vingt-trois ans, laissant un fils aîné de quatre ans et une famille royale presque entièrement détruite.

Le roi Chakri (Rama Ier) chargea de la direction des affaires un mandarin khmer, Poc, qui jusqu'à sa mort (1806) fut son instrument docile. Le fils d'Ang Eng ayant alors atteint sa quinzième année, Chakri le fit couronner à Bangkok sous le nom d'Ang Chan II.

Rama I (1)

Le retour de l’Annam

Le Vietnam ayant alors reconstitué sa force et son unité (Gialong était empereur depuis 1802), Ang Chan renoua avec Hué et accepta de se reconnaître vassal de Gialong. Mais le roi de Siam Rama II (1809-1824) ne pouvait admettre que le Cambodge eût deux suzerains et il fit occuper le Cambodge (1812).En mai 1813, Ang Chan II, avec une armée khméro-vietnamienne, put reprendre Oudong. Peu après, le Siam acquiesça à sa restauration, moyennant la cession d'un vaste territoire au nord du royaume, les provinces de Melouprey et de Stungtreng.

Les Vietnamiens n'avaient toutefois pas restauré Ang Chan pour qu'il cède son royaume au Siam. Ils placèrent un résident auprès du roi et le gouverneur de Saigon reçut autorité militaire sur tout le Cambodge. Mais en 1831, venant au secours de rebelles khmers, les Siamois envahirent de nouveau le pays, contraignant le roi Ang Chan à se réfugier au Vietnam.

 Une révolte éclata alors contre l'occupation siamoise et l'empereur du Vietnam Minh Mang envoya une armée qui remit Ang Chan sur son trône. En 1834, à la mort du roi, les Vietnamiens imposèrent, pour lui succéder, sa troisième fille, Ang Mey. Le résident Truong Minh Giang s'engagea alors dans une politique de vietnamisation systématique du royaume, s'efforçant même de modifier les mœurs. Dans chaque province, un fonctionnaire vietnamien fut placé à côté du gouverneur cambodgien. L'armée khmère fut réduite au rang de milice locale. Les Vietnamiens imposèrent leur langue dans l'administration. En 1841, l'annexion fut décidée. Le gouverneur vietnamien fit déporter à Saigon la reine et ses ministres.


Le retour des Siamois 

En 1845, exaspéré par cette oppression, le peuple khmer se révolta, attaquant et massacrant les Vietnamiens dans tout le pays. Les grands dignitaires, contactés par des émissaires du prince Ang Duong (fils de Ang Chan II), réfugié à Bangkok, sollicitèrent l'intervention siamoise. La cour de Bangkok ne laissa pas échapper l'occasion qui s'offrait à elle de retrouver au Cambodge l'influence qu'elle avait perdue.

Le roi de Siam Rama III (1824-1851) chargea son général Bodin de placer Ang Duong sur le trône de Oudong et de bouter les Vietnamiens dehors. Les Khmers accueillirent avec joie cette intervention. L'armée siamoise occupa bientôt Oudong. En décembre 1845 cependant, à la demande d'Ang Duong, des pourparlers de paix s'engagèrent. Ils aboutirent vite. Il fut décidé, du consentement commun des gouvernements de Bangkok et de Hué, qu'Ang Duong serait fait roi, que les princesses et ministres khmers détenus au Vietnam seraient échangés contre des prisonniers de guerre vietnamiens et que le Siam conserverait les provinces cambodgiennes qu'il occupait depuis cinquante ans. De leur côté, les Vietnamiens se voyaient confirmer l'annexion de la basse Cochinchine (Kampuchea Krom).

L’Isan conservait ses villages « Kmer ». 

 

5/L’arrivée des Français au Cambodge

 

Nous avons déjà vu, dans « Les relations franco-thaïes » comment l’Angleterre la France allaient modifier les rapports de force (le Traité d’amitié de navigation et de commerce du 15 août 1856 et la prise de Saïgon le 9 juillet 1859 qui allaient bouleverser tout « l'équilibre » de l’Asie du sud-est. »

 20080913093232!Prise de Saigon 18 Fevrier 1859 Antoine More

Mais l’Isan, demeurait vassal du Royaume de Siam 

 

(Cf. article suivant sur ce sujet)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 03:01

31592 175117134 empire lao conquis par le grand roi fa ngumL’ISAN  au temps des royaumes laos de Lang Xang, de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak.

 

Après le déclin de l' empire kmer à partir du XIIIème siècle, l'Isan  a vu passé de multiples armées (et bandes armées) mais avec l’affaiblissement du Royaume de Sukkothaï et la formation du royaume laotien du Lan Xang et de Vientiane, la  Région sera de plus en plus colonisée par les migrants laotiens.


Naissance du « Laos »

Le prince fa Ngum, originaire de Xieng Dong-Xieng Thong.est chassé très jeune par son père, chef thaï du Haut Mékong, d’une longue lignée de chefs de la principauté du Muong Xua, connue plus tard sous le nom de Luang Prabang, Il se réfugie à la Cour d’ Angkor, où il est éduqué. Il épouse une princesse kmère, parente du Roi. 

Entre 1340 et 1350, Fa Ngum prend le commandement d'une armée khmère et entreprend d'unifier le Laos. Il s'empare du Bassac (Champassak) et de Xieng Khouang et finalement, en 1353, s'installe sur le trône à Xieng Tong.

 

fa ngun

Il se fait sacrer roi à Luang Prabang (1353), puis revient occuper Vientiane. Il étend ses possessions jusqu'au Yunnan et au nord-est du Siam. Il fonde ce qu’on va  appeler le royaume du Lan Xang,  constituant pour la première fois dans l'histoire de la région un territoire laotien uni. Le nouveau royaume est baptisé Lan Xang Hom Khao, ou littéralement « Le Royaume du Million d'Éléphants et du Parasol Blanc ». La capitale est presque tout naturellement installée à Muang Seua, et une nouvelle religion est proclamée pour tout le royaume, le bouddhisme Theravada que Fa Ngum rapportait de son séjour kmer.

Le nouveau royaume connaît soixante ans de prospérité avant de décliner durant près d'un siècle, vacillant aux mains de souverains trop rapidement remplacés (31 rois jusqu’en 1707.On ne compte pas moins de sept monarques entre 1416 et 1438, et six encore entre 1479 et 1520, dont.Mahaupahat (règne sous la domination birmane  (1574-1580), Saensurin (1580-1582) (règne interrompu par une brève occupation birmane) et Nakhon Noi   (règne aussi sous la domination birmane) (1582-1583).

 

Toutefois, il faut noter le rôle du roi Phothisarat  (1520-1548). Il relève le pays de ses ruines, étend son influence sur le Lan Na (1548), installe sa nouvelle capitale à Vientiane. Il guerroie contre Ayutthia, la capitale du Siam de l’époque Vientiane

C’est en 1520 que Phothisarat décida de transférer les centres politiques et administratifs du royaume à Wieng Chan (Vientiane), inquiété par la possibilité d’une invasion birmane.   (Luang Prabang ne fut donc, dans les faits, capitale du Laos que durant 170 ans mais conservera historiquement une ascendance dans la vie politique du pays (coexisteront d’ailleurs longtemps plusieurs rois au Laos : celui de Wieng Chan, celui de Champassak et celui de Luang Prabang, parfois amis, parfois ennemis !).  

La disparition (vers 1548) du roi Phothisarat est suivie d'une attaque des Birmans, qui prennent Vientiane en 1574 et imposent leur suzeraineté. (il y avait eu en 1479, les Thais Noirs, et en 1525,  les Annamites).

Le pays vit alors une longue période d'anarchie, qui prendra fin avec l'arrivée sur le trône de Souligna Vongsa (Suliyavongsa) [1637-1694].

 

souligna vongsa

Ce souverain, qui règne cinquante-sept ans, rétablit la paix dans le royaume et assure de bonnes relations avec l’Annam ; il épouse une princesse vietnamienne, et les deux pays fixent leur frontière. Sous son long règne, le Laos reçoit la visite d'Européens, parmi lesquels le commerçant hollandais Gerrit Van Wuysthoff (1641) et le jésuite italien Leria (1641-1647).

La mort de Souligna Vongsa (1694) entraîne entre ses descendants une querelle qui va mettre fin à l'unité et à l'indépendance du Laos pour plus de deux siècles pour voir coexister, au début du XVIIIe s. les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak.

Ce dernier passera vite sous la suzeraineté siamoise. Celui de Luang Prabang, affaibli par ses rivalités avec Vientiane, est envahi par les Birmans (1753) au cours de leur campagne contre le Siam, puis mis à sac une seconde fois (1771).

Bien qu’allié de la Birmanie, le royaume de Vientiane signe un traité d'alliance avec le Siam trois ans plus tard, mais est envahi et conquis par le général Phraya Chakri (futur roi  Rama 1er) en 1778. Le pays et la capitale sont pillés, le bouddha d'émeraude est amené à Bangkok. Vientiane passe à son tour sous la suzeraineté siamoise. (réaffirmée en 1836).

 

De ce jour, Bangkok intronisera les rois laotiens et intégrera leurs troupes dans ses armées. Le roi Anou, qui règne de 1805 à 1828, et qui a été placé sur le trône par les Siamois, tente de secouer cette tutelle. Il obtient d'abord de Bangkok pour son fils le trône de Champassak, où il vient d'écraser une révolte des tribus khas (1819). En 1826, croyant le Siam menacé par la guerre anglo-birmane, il marche sur Korat et Bangkok. Il est arrêté par le général Bodin (sur ordre de Ram III), qui contre-attaque et s’empare de Vientiane en 1827. Il rase la ville et déporte ses habitants en Isan. Plus de six mille familles sont exilées sur la rive droite du Mékong, en territoire siamois. Quant au roi Chao Anou, vaincu, il fuit vers Annam (Vietnam). Il est capturé et transféré à Bangkok où il mourra en captivité. 

Là encore je n’ai pas encore trouvé d’étude qui analyse ces déportations, ni comment se décident  les nouvelles localisations, se font les nouvelles installations. Mais une chose est sûre : l’Isan devient de plus en plus Lao.

Un livre d’Etienne Aymonier  « NOTES SUR LE LAOS », (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur) de 1885 nous donne toutefois une idée de l’organisation des nouvelles provinces, districts, villages et comment s’exerce la suzeraineté siamoise (Cf. l’analyse de cette étude en notre Isan 11 ).

L’ Isan se vit comme un pays essentiellement lao avec des minorités kmers, kouis … mais un pays éclaté sans roi reconnu, ni pouvoir central .

 

Le pouvoir siamois n’intervient pas pour imposer ses mœurs, ses coutumes, ses  valeurs et laissent les Laotiens  vivre en Laotiens. Il reconnait la hiérarchie et les pouvoirs des chefs lao à travers une procédure évidemment établie par la Cour, qui doivent accepter en retour leur vassalité, qui prend essentiellement les formes du respect de la hiérarchie et du cérémonial siamois, le paiement de capitation /tribut annuel adapté aux ressources  des différentes régions  et le recours à la justice siamoise  pour les conflits majeurs. 

 

L’ISAN était vu désormais comme une province surtout lao, vassal du Roi du Siam, mais à l’Est, des populations kmères de l’ancien Empire demeuraient, augmentées par des déportations successives.

 

_____________________________________________________________________

 

Nota. Une  étude de Michel Lorrillard « VIENTIANE ET LE MÉKONG, Situation de la ville dans l’espace régional et la longue durée » montre les limites de notre présentation des  Royaumes laos. Mais c’est toute la différence entre un véritable chercheur et un débutant.

Il est symptomatique que depuis le début des recherches historiques sur la vallée moyenne du Mékong, ce sont des sources écrites européennes qui, d’une façon quasiment exclusive, ont été utilisées pour donner un éclairage sur le passé de Vientiane. Le récit de voyage de Gerrit van Wuysthoff – marchand hollandais qui a séjourné dans la capitale du Lan Xang du 5 novembre au 20 décembre 1641 – est devenu une référence incontournable pour les livres d’histoire sur le Laos. Plus récemment, on s’est intéressé également à l’ouvrage du père de Marini et, à travers lui, au témoignage laissé par un autre missionnaire jésuite italien, le père Léria.

 Ces documents, certes précieux pour la connaissance de la civilisation lao, n’ont cependant pas été traités avec la rigueur scientifi que que nécessite la discipline historique. Ce sont au départ des textes relativement limités dans leur objet, puisque le premier est tout entier centré sur des questions commerciales, alors que le second consiste essentiellement en une violente critique de la pratique religieuse en pays lao. Leur interprétation rapide et exagérée a notamment servi de base à une affi rmation qui est vite devenue un dogme, à savoir que le XVIIe siècle, et en particulier le règne du roi Suriyavongsa, avait été pour le Lan Xang et sa capitale Vientiane un véritable âge d’or – une thèse qui n’est en rien  confi rmée par les documents en langue vernaculaire.

 

Partager cet article
Repost0
2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 03:07

 


carte 1300Les royaumes thaïs de Sukhothaï et d’ Ayuthaya


Nous avons vu qu’au 13 ème siécle l’Empire kmer va décliner. Les Thaïs se rebellent, fondent le premier Royaume de Sukkhotaï en 1238 et chassent les autorités khmères, mais absorbent les populations kmères et Môn.(Rhama Kambeng (1283-1317) s’inspire du modèle politique Khmer et spirituel Môn (bouddhisme Theravada) ).Ensuite, le royaume d’ Ayuthaya, fondé en 1350 va s'emparer d'Angkor en 1431, la piller  et emmener ses habitants en captivité.

Mais que sont ces royaumes thaïs et quelle est l’origine des Thaïs ? :

 

 

« L'origine du peuplement de l'ancien royaume de Siam est encore très incertaine. Fuyant probablement les guerres meurtrières qui marquèrent la période dite des "Printemps et des Automnes" du VIIe au IVe siècle av. J.C., les Thaïs auraient quitté le Sichuan (Chine) pour s'installer dans les vallées du sud et du sud-ouest où ils se mélangèrent à des populations miao-yao.  

 

Durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, ces communautés thaïes furent coupées en deux le long du fleuve Rouge. L'évolution de ces deux groupes fut dès lors séparée : l'un se sinisant peu à peu ; l'autre, localisé dans un large périmètre autour de Diên Biên Phu, s'indianisant plus tard et se subdivisant encore en plusieurs sous-groupes dont les Lao et les Siamois.
La présence de Thaïs dans la péninsule indochinoise est attestée par une inscription chame de 1050 puis par la représentation d'une troupe de mercenaires dits syam sur un bas–relief du temple d'Angkor.
Longtemps crédités de la fondation du royaume de Nanzhao qui se développa au Yunnan sous la dynastie des Tang, les Thaïs n'auraient, semble-t-il, que calqué les méthodes de celui-ci, principalement dans la région située immédiatement au sud, connue sous le nom de Sip-Song Pan Na.
Au cours du premier millénaire de notre ère, la nécessité de trouver des terres cultivables pour une population croissante aurait entrainé, le long des rivières et des vallées, un lent mouvement de population, endigué vers l'ouest et le sud-ouest par la situation géopolitique de l'époque.


Un premier « royaume » thaï vit alors le jour en pays Yonok, situé dans la région de Chiang Saen où les Môns introduisirent le bouddhisme theravada vers la fin du Xe siècle.
Le Nanzhao constituant l'un des principaux points de communication terrestres entre l'Inde et la Chine, via l'Assam et le Yunnan, la présence thaïe dans la péninsule indochinoise fut renforcée par l'arrivée de pèlerins et de marchands ainsi que d'un certain nombre d'esclaves, prisonniers de guerre.


Cette pénétration se fit dans trois directions principales (sud-ouest, sud, sud-est) et les populations thaïes essaimèrent vers ce qui est aujourd'hui l'Inde du Nord-Est, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos et le nord du Viêt-nam.
Au cours des XIe et XIIe siècles, suite à des raids successifs vers le sud et le sud-ouest, les Thaïs contrôlaient une large population et, au début du XIIIe siècle, quelques principautés et/ou chefferies furent fondées dont Mogaung, Muang Nai, Ahom et — en ±1238 — Sukhothai. Petit à petit, et par alliances matrimoniales avec de puissantes familles locales, une aristocratie thaïe prit le contrôle de principautés déjà existantes et en fonda de nouvelles.


Premiers seigneurs
Contrôlant d'importantes forces humaines et dominant les plaines des confins de l'empire, ces seigneurs thaïs se virent octroyer titres et prérogatives par les empereurs d'Angkor désireux de se les concilier.
(Rappelons que, l'Asie du Sud-est disposant de grandes étendues mais non des nombreux bras nécessaires à la riziculture inondée, la richesse et le pouvoir se mesuraient à l'importance de main-d'œuvre dont un souverain ou un noble disposait, et que les guerres avaient donc plus pour but d'accaparer des populations que de les détruire.)
Il était ainsi plus ou moins inévitable qu'un jour ou l'autre quelque seigneur local tente de s'émanciper de la tutelle khmère pour se tailler son propre territoire.
C'est ce qui arriva dans les années 1238/1240 quand, profitant de l'affaiblissement du pouvoir angkorien fragilisé depuis la mort de Jayavarman VII en 1218, deux chefs thaïs — Pha Muang de Muang Rat et Bang Klang Thao de Muang Bang Yang — évincèrent le gouverneur khmer de Sukhothai et le remplacèrent par Bang Klang Thao qui fut nommé roi sous le nom de Si Indraditya,
titre que Pha Muang tenait du pouvoir central d'Angkor et qu'il lui abandonna.
Les Thaïs prirent ainsi le pouvoir sans effusion de sang inutile, ce qui a fait dire à Georges Cœdès que cette émergence des Thaïs était
« moins un bouleversement soudain dans le peuplement de la péninsule, que la prise du pouvoir par une classe dirigeante d'origine t'aie [...] la substitution du gouvernement des T'ais à l'administration khmère dans le bassin du Ménam et sur le Haut-Mékong. »


Quoi qu'il en soit, au milieu du XIIIe siècle le premier royaume siamois était une réalité. Il ne devait durer qu'un peu moins d'un siècle et demi mais son histoire allait être dominée par un souverain dont les Thaïs ont encore la nostalgie de nos jours : Ramkhamhaeng. »(référence non retrouvée)

 

A la fin du XIIIe s, le royaume thaï de Sukkhotai étend sa domination vers l'est jusqu'à Luang Prabang et  Vientiane (ou Vieng Chan).

Les historiens thaïs traditionnels considèrent la fondation du royaume de Sukhothaï comme le début de leur nation, tant les informations sont limitées pour les périodes qui précèdent. Les premiers Ayutthayiens « ne considéraient probablement pas Sukhothai différemment d'autres muang tels Chiang Mai, Lop Buri ou Nakhon Sri Thammarat. » (Charnvit Kasetsiri, 1976. Cité par Xavier Galland « Les Débuts d’ Ayutthaya : quels débuts, in Gavroche)


L'histoire de Sukhothaï fut intégrée pour la première fois à l'histoire « nationale » thaï par le roi Mongkut (Rama IV)

Rama 4

dans un traité offert à la fin du XIXe siècle à la mission diplomatique britannique, basée sur sa découverte de la stèle de Ramkhamhaeng, « première preuve » de cette histoire.

Sukhothai Ramkhamhaeng stele

Sukhothaï devenait la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok On peut voir dans Gavroche ce que pense  Xavier Galland de cette « idéologie » linéaire. Les publications et les recherches sur Sukhothaï devinrent abondantes après la Révolution siamoise de 1932. Même pour l'essayiste communiste Chit Phumisak (1930-1966), la période de Sukhothaï marquait le début du mouvement de libération du peuple thaï contre Angkor, l'oppresseur étranger !

Pourtant,  avant le XIIIe siècle, des royaumes Tais étaient établis dans les collines de l'extrême nord de l'actuelle Thaïlande, notamment le royaume de Ngoen Yang (prédécesseur du Lanna autour de Chiang Saen, dans l'actuelle Province de Chiang Rai) et le royaume Lü de Heokam (autour de Chiang Hung, l'actuelle Jinghong au Yunnan). Sukhothaï était un centre commercial du royaume de Lavo, vassal de l'Empire Khmer dont la capitale était l'actuelle Lopburi. Les migrations des populations Thaïs dans la haute-vallée de la Chao Phraya étaient donc encore en cours.

Ayutthaya

La puissance de Sukhothaï fut de courte durée. Après la mort de Ramkhamhaeng, les royaumes vassaux s'émancipèrent (la province d'Uttaradit dans le nord, puis les royaumes laotiens de Luang Prabang et Vientiane, en 1319, les Môns,  et en 1321 le Lanna ,Suphanburi). Ainsi le royaume fut-il rapidement réduit à son ancienne puissance locale.

Uthong devenu le roi Ramathibodi (1350-1369) fonde une nouvelle capitale à Ayutthaya en 1350 et se développe en absorbant le royaume de Lavo (Lopburi) ), et s’agrandit vers le sud en suivant les migrations des Thaïs.

Ramathibodi I small

En 1360, il a déclaré le  bouddhisme theravâda religion officielle d'Ayutthaya et invité des membres d' une sangha (communauté monastique bouddhiste) de Ceylan à établir un nouvel ordre religieux et à propager la foi parmi ses sujets. Il a également compilé un code légal, basé sur le Dharmasatra (un texte légal hindou) et la coutume thaïe, qui sont devenus la base de la législation royale. Composée en pâli, langue indo-aryenne des textes du Theravâda, elle avait force d’injonction divine. Complété par des arrêtés royaux, le code légal de Ramathibodi est demeuré généralement en vigueur jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle.(wikipédia)

À la fin du XIVe siècle, Ayutthaya est considérée comme l'entité politique la plus puissante d'Asie du Sud-Est et a donc dû influencer « l’Isan ».

ayou

Mais Ayutthaya n'était pas un État unifié mais plutôt un ensemble de principautés autonomes et de provinces tributaires qui prêtaient allégeance à son roi. Ces territoires étaient gouvernés par des membres de la famille royale. Ils avaient leur propre armée et guerroyaient souvent les uns contre les autres. Le roi devait donc veiller en permanence à ce que les princes du sang ne s'allient pas entre eux contre lui, ou avec les ennemis d'Ayutthaya. Quand éclatait une querelle de succession, les princes rassemblaient leurs troupes et marchaient sur la capitale pour faire valoir leurs droits.

Durant une bonne partie du XVe siècle, Ayutthaya va consacrer son énergie à la péninsule malaise et Malacca le port le plus important de l'Asie du Sud-Est. Mais elle échoua à cause de l’islamisation et  de la protection de la Chine.

Nous avons déjà relaté dans nos relations franco-thaïes avec les ambassades de Louis XIV ce que pouvait être la vie de la Cour et des Siamois sous  les roi Naraï (1657-1688) et Petratcha (1688-1703). Mais là encore nous ne pouvons évoquer 417 années d’existence de ce Royaume  (1350-1767) avec 35 rois qui se sont succédés et des guerres incessantes avec des royaumes birmans, laos et même vietnamiens.

La plus marquante fût peut être celle du royaume de Toungou (birman) qui en 1569 conquiert Ayuthya, et impose sa tutelle pendant 15 ans avec leur roi Sanphet 1 (1569-1584). Le royaume redeviendra indépendant en 1584. Mais les guerres ne cessèrent pas pour autant.

Mais nous ne disposons d’aucune archive car en 1758, la Birmanie attaqua la ville d'Ayuthya qui fut rasée en avril 1767. Tout fût brûlé. Les Siamois y perdirent toutes leurs archives et presque tout leur patrimoine culturel. Des milliers d’habitants furent déportés en Birmanie tandis que les survivants se retirèrent vers le sud.

Un des généraux d'Ayutthaya, Taksin, libéra rapidement le pays (1767-1782). Son successeur Rama 1er est le fondateur de la dynastie Chakri, encore régnante aujourd'hui.

 

Quid de l’Isan de cette époque ? 

En fait, après le déclin de l’Empire Kmer au XIIIème siècle et l’affaiblissement du royaume de Sukkhotaï au milieu du XIV ème, l’Isan fut surtout dominé par le royaume d’Ayutthaya et ensuite par les royaumes laos (Lan Xang, Luang Prabang et Vientiane) (Cf. 10.4 article suivant).

Les vagues migratoires dépendaient des guerres, car « Avec des réserves importantes de terre disponible pour la culture, la viabilité de l'État dépendait de l'acquisition et de la commande d’une main-d’œuvre à répartir entre le travail à la ferme et la défense. La population globale était peu nombreuse, estimée à seulement 2,2 millions d'habitants vers 1600. La primauté politique d'Ayutthaya nécessitait une guerre constante, car aucun des états dans la région ne possédant d'avantage technologique, le résultat des batailles était habituellement déterminé par la taille des armées. Après chaque campagne victorieuse, Ayutthaya déportait une partie des peuples vaincus sur son propre territoire, où ils étaient assimilés et ajoutés à la main-d’œuvre locale.

Chaque homme libre devait être enregistré en tant que domestique, ou "phrai", auprès du seigneur local, ou "Nai", pour le service militaire et les corvées de travaux publics sur la terre du fonctionnaire à qui il avait été affecté. Le phrai pouvait également remplir ses obligations de travail en payant un impôt. S'il trouvait le travail obligatoire sous son Nai trop pénible, il pouvait se vendre en esclavage à un Nai plus attrayant, qui payait alors une compensation au gouvernement pour la perte de travail de corvées. Pas moins d'un tiers de la main-d’œuvre au dix-neuvième siècle se composait de phrais » (wikipédia).

Cette politique fut aussi, nous l’avons déjà vue, pratiquée évidemment par les Kmers, les Birmans , les Laos …au gré des conquêtes. Et on doit retrouver en Isan, au fil des guerres,  des vestiges de ces anciennes déportations. Cela sera plus évident, car plus visible au XIX ème siècle.


 

 

 

Partager cet article
Repost0
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 03:14

 

Nous avions écrit dans notre Isan 7 :Cambodia 1997 CIA map


« Le principal attrait de l’Isan est assurément les vestiges de la civilisation khmère. A partir du IXe siècle, l’empire khmer commence à s’étendre au-delà des frontières du Cambodge actuel. À son apogée, du XIe siècle au début du XIIIe, il englobe de vastes territoires aujourd’hui thaïlandais, dont, au nord-est, la vallée de la Mun et les provinces de Nakhon Ratchasima, Buri Ram, Surin et Ubon Ratchathani. Dans cette seule vallée, on estime que les Khmers ont construit plus de 300 temples, dont Phimai, qui était relié à Angkor, au sud, par une « voie royale » longue de 225 kilomètres. Aujourd’hui, les Prasat Hin Phimai, Prasat Hin Mueang Tam, Prasat Kamphaeng Yai et Preah Vihear - uniquement accessible depuis la Thaïlande, bien qu’appartenant techniquement au Cambodge - figurent parmi les plus beaux sanctuaires khmers au pays. Mais beaucoup de provinces possèdent des temples kmers » 

En effet, l' Empire khmer a été le royaume dominant de cette Région du IX ème au XIIIème siècle. Il découle de la réunification des 2 royaumes khmers de TCHEN LA   au début du IXème siècle par Jayavarman II( 802-850).

On ne va pas  retracer toutes les péripéties et les conflits et les luttes de pouvoir qui s’achèvent avec Suryanavaran II (1113-1150),

 

suryya

mais noter que l’empire s’agrandit, à l’ouest en intégrant l’état Môn de Hariphunchai (aujourd’hui au centre de la Thaïlande) et certaines zones frontalières du royaume de Pagan, en vassalisant certaines « tribus » thaïes au Nord, en annexant à l’est plusieurs provinces du Champa, au sud jusqu’au royaume malais de Grahi (correspondant à peu près à l’actuelle province thaïlandaise de Nakhon Si Thammarat et enfin au nord en poussant jusqu’au sud du Laos.

C’est donc un vaste Empire qui va développer un vaste réseau routier, créer plus de 120  gites d'étape pour les marchands, les fonctionnaires et les voyageurs, construire une centaine d’ hôpitaux sur l’ensemble du territoire et bien sûr construire de  multiples temples de tailles différentes selon l’importance des localités, comme ceux de Phimaï et de Phnom Penh.

Mais l’Empire n’empèchent pas les révoltes, et on verra les Chams mettrent à sac Angkor en 1177, les sujets thaïs se rebeller, chasser les  khmers et fonder le premier Royaume de Sukkhotaï en 1238.

Le royaume Ayuthia, fondé en 1350 s'étend aux dépens de l'empire khmer, affaibli, et dont la décadence s'amorce. Les hostilités incessantes tournent à l'avantage des Siamois, qui s'emparent d'Angkor en 1431, la pillent et emmènent ses habitants en captivité. La prestigieuse capitale est abandonnée et en 1434, la cour s'installe aux « Quatre Bras », près du site de l'actuelle Phnom Penh.

La civilisation khmère a subi comme le royaume de Dväravati, l’influence culturelle indienne. Le bouddhisme  s’est progressivement imposé à côté de l’adoration de Shiva et d’autres divinités hindouistes avec le culte du Dieu Roi. Durant cette période, beaucoup d’Indiens, lettrés, artistes et brahmanes furent invités à la cour d’Angkor et la littérature sanscrite soutenue par la royauté, y était florissante.

Tant qu’on reste dans ses généralités, on est en fait loin de l’Histoire, car nous dit Claude Jacques (Directeur d’études à l’EPHE (IVe section) Conseiller spécial pour Angkor auprès du directeur général de l’Unesco, 2000), l’Histoire fût mouvementée (les dix premières années du XIe siècle allaient être houleuses : deux rois se disputèrent le pouvoir suprême et la guerre fut dure à travers l'empire). l’Empire n’a pas  toujours été unique, il y eut de nombreuses capitales et des guerres de religion ainsi par exemple  :

La situation politique troublée du XIIIe siècle est la cause des hésitations des historiens. Le successeur de Jayavarman VII, bouddhiste lui aussi, continua son œuvre, mais à sa mort – naturelle ou provoquée ? – apparut un roi Jayavarman VIII qui venait d'une famille hindoue et qui bannit le bouddhisme avec une intolérance exceptionnelle au Cambodge : plusieurs dizaines de milliers de figures de Bouddha ont été bûchées, accompagnant certainement la destruction de beaucoup de statues.

-jayavarman-II-Bayon

Du bouddhisme à l'hindouisme…… et d'une capitale à l'autre

Angkor revint au bouddhisme dès l'avènement de son successeur, mais au bouddhisme du Theravâda, qui est resté la religion actuelle du Cambodge. Elle n'avait pas besoin de sanctuaires construits en pierre, se contentant de constructions en matériaux légers – surtout du bois – qui ont disparu au cours des siècles ; une fois de plus, on a cru à la disparition subite de l'ancienne civilisation : il n'en est rien et un bon nombre de faits viennent témoigner de la vitalité d'Angkor, sans doute jusqu'à la fin du XVIe siècle. Mais un autre royaume s'était installé dans le sud du Cambodge, et la division de l'Empire khmer n'a laissé aux rois d'Angkor qu'un domaine réduit.

À ce jour, les plus anciennes traces des origines de l’empire ont été découvertes sur le site du temple de Sdok Kok Thom, dans la province thaïlandaise de Sa Kéo. Une stèle, datée de 1053, énonce la chronologie des anciens souverains khmers, depuis l'accession au trône de Jayavarman II en 802, jusqu'à Udayädityavarman II (1050-1066).

 

On aimerait en savoir plus, apprendre leur mode de vie  mais les  spécialistes avouent bien souvent leur ignorance, tant ils sont « soumis » à l’interprétation des monuments religieux et leurs inscriptions lapidaires. De plus, nous dit encore Claude Jacques :

« tout le reste a disparu, habitations humaines, faites essentiellement de bois, et bibliothèques, brûlées ou dévorées par les termites ou autres insectes. C'est dire qu'il y a de nombreuses lacunes dans notre connaissance de cette civilisation ; en tout cas, les inscriptions ont permis de rétablir au moins un squelette d'histoire, ce qui donne une chronologie sinon toujours absolue, du moins relative des monuments».

 

« L'histoire du Cambodge du XVe au XIXe s. est celle des longues luttes qu'il doit soutenir contre ses deux puissants voisins, le Siam et l' Annam, auxquelles s'ajoute l'instabilité interne chronique. Le prince Ponhéa Yat, couronné en 1441, donne au pays une brève période de stabilité et de paix, avant d'abdiquer en 1467. Les rivalités intestines reprennent, avec parfois une intervention siamoise en faveur d'un prétendant au trône. Ang Chan (1516-1566) tente de contenir par les armes la pression des Siamois, qu'il bat près d'Angkor dans un lieu qui devient Siem Réap (« La défaite des Siamois »). Il transfère sa capitale à Lovêk. Ses successeurs se disputent à leur tour le pouvoir et ne parviennent pas à repousser une invasion siamoise, qui s'achève par la prise de Lovêk (1594). C'est vers le milieu du XVIe s. que les premiers Européens arrivent au Cambodge, missionnaires, commerçants et aventuriers, Espagnols ou Portugais ; une tentative de deux d'entre eux, Veloso et Ruiz, pour prendre le contrôle du royaume échouera en 1559 ».(Larousse)


Après la chute de Lovêk, le Cambodge est devenu le vassal du Siam. On peut penser que le prix fut encore payé par la captivité d’une grande partie de ses habitants, qui ont dû être contraints, pour une grande part, de s’installer en Isan. Mais de cela nous n’avons pas encore le récit.

 

Partager cet article
Repost0
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 05:15

10.1 Notre ISAN : Empires et royaumes sur la terre d’Isan 

drapeau-thai

Une terre multiculturelle et/ou multiethnique.

Nous avons vu que l’Isan actuel a été autrefois la terre des dinosaures (Cf. notre article Notre Isan 8 : Les dinosaures en Isan), et la terre de l’Age de bronze au temps de la Préhistoire (Cf. Notre Isan 9 :  Préhistoire et Ban Chang ), nous allons évoquer maintenant comment cette terre a été placée successivement sous le joug ou la direction de multiples empires et cultures qui l’ont modelé : (1) d’abord l’influence de la culture de Fuanan, de  Dvâravatî et de Tchen La, (2) puis l’empire Khmer, pour être  dominé  ensuite progressivement à partir du XIIIème par (3) les royaumes Thaï de   Sukkothaï puis d’Ayuttaya  , puis ensuite (4) le Royaume laotien du Lan Xang, jusqu’à son effrondement en 1707 et les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. , et enfin du (5) par le Royaume  du Siam.

 

Il ne s’agit pas ici de jouer à l ‘historien, mais d’essayer de comprendre les multiples influences  qui ont marquées cette terre d’Isan avant qu’elle ne devienne une terre lao et cambodgienne  vassalisée au XIX ème siécle et une province thaïlandaise au XX ème siécle.


Ainsi, nous comprendrons à l’issue de cet article et de quelques autres ? pourquoi il y a en fait aujourd’hui plusieurs Isan faits de groupes culturels imbriqués.

Il faut savoir que les connaissances acquises dépendent des fouilles archéologiques et se limitent souvent à l’épigraphie, aux épitaphes et aux bas reliefs des temples nouvellement découverts et aux récits et chroniques des diplomates chinois et voyageurs et commerçants étrangers et des missionnaires.

On se doute que l’histoire est plus complexe, et qu’elle est toujours en train de se réécrire, sous les fourches caudines des nationalismes birmans, laos, kmers et thaïs, ou ici plus simplement sous la plume d’un « honnête homme » qui veut savoir, et qui propose sa « petite » histoire … sa première recherche.

1/Dvâravatî  ( VIe au XIe siècle)

Dvaravati

Je trouve assez rapidement un premier résumé qui avait l’avantage de sa simplicité :

Avant la période angkorienne, et après la chute du FU NAN, l’Asie du Sud Est était dominée par 4 royaumes indianisées (source : wikipédia):

Dvâravatî me semblait alors  le royaume ayant eu le plus d’influence sur l’actuel Isan.

 

On commence donc notre « enquête » avec Wikipédia, pour apprendre que

 

« La destruction de l'empire du Fou-nan (en anglais, Funan) permit l'établissement de différents royaumes dont celui de Dvâravatî, qui s'étendait dans la baie de Bangkok et la plaine centrale. Ses principales villes étaient Nakhon Pathom, Khu Bua, Lopburi, Si Thep et U Thong. Il était constitué de populations môn, premier peuple à majorité bouddhique de la péninsule indochinoise, qui aurait été converti au bouddhisme theravâda par des missionnaires indiens. On retrouve aussi chez lui des éléments de religion brahmanique

 Funan Tchen La

Mais si on poursuit, on apprend qu’il  est encore incertain si le terme de Dvâravatî fait référence à une cité, un royaume, une entité géopolitique, une culture ou tout cela.

 

C’est en fait une découverte récente ; Ce n'est que dans les années 1960 que l'on a découvert des témoignages archéologiques. On a pu traduire des légendes en langue Môn sur de petites monnaies votives mentionnant le nom de Dvâravatî.

En Thaïlande, la culture de Dvâravatî est connue essentiellement par des sculptures religieuses. Il en reste peu de traces architecturales (vestiges de stûtpas à Nakhon Pathom, Si Thep, et Lamphun) .


Et puis ont commencé les récits :

La destruction de l'empire maritime du Fou-Nan permit l'établissement de différents royaumes dont celui de Dvâravatî, qui s'étendait dans la baie de Bangkok et la plaine centrale.  

Il était constitué de populations môn, premier peuple à majorité bouddhique de la péninsule indochinoise, qui aurait été converti au bouddhisme theravâda par des missionnaires indiens en suivant les routes commerciales. La période de Dvâravatî correspond à l'introduction de l’hindouisme et du bouddhisme depuis l'Inde dans cette région de l'Asie du Sud- Est avec la diffusion des langues pâli et sanscrit.

Le royaume de Dvâravatî devint vassal de l’empire khmer  à partir du Xème siècle. Il ne survécut pas à la triple pression birmane, khmère et siamoise et disparut, selon les auteurs, entre 1050 et 1200. C’est vous dire la précision. Les populations Môns émigrèrent vers le nord de l'actuelle Thaïlande, dans la région de Chiang Maï pour y fonder le  royaume de Harpunchaï.

buddha-dvaravati.1236547700

2/ Mais nous avions vu qu’en fait LE FUNAN   (que l’on décrit comme le 1 er royaume du Cambodge ) avait eu un fort impact dans l’indianisation de la région (hindouisme, bouddhisme, sanscrit, lois, conception indienne du dieu roi (devaraja ) …et donc ensuite eu forcément un impact « culturel » important sur le Tchen La vassal.


Mais l’Encyclopédie Universalis avec prudence nous dit que FUNAN [ FOU-NAN ] & ZHENLA [ TCHEN-LA ] sont des noms par lesquels les annalistes chinois désignaient deux royaumes situés dans le sud de l'Indochine.


Donc admettons que le Funan a été fondé au 1 er siècle après JC par des populations môn kmer. Quoi qu'il en soit, ce royaume paraît avoir exercé son autorité sur le sud du Cambodge actuel et le delta du Mékong, sans doute aussi sur une partie du bassin inférieur du Ménam (dans l'actuelle Thaïlande) et une partie de la Péninsule Malaise.

Le Funan tirait sa richesse du grand commerce, comme en témoignent les fouilles de Louis Malleret en divers lieux du delta du Mékong et notamment à Oc-èo: là a été mise en évidence l'existence d'un réseau de canaux et d'un port de commerce maritime, où se retrouvent des objets venus de Rome et du monde méditerranéen, de l'lran, de l'lnde et de la Chine

3/le royaume de Tchen La (Zhenla) (pré-Angkor)

royaumes

On situe l'une des capitales successives du Funan (la dernière?) à Angkor Borei, non loin de la colline du Phnom Da qui porte des sanctuaires vishnuïtes en relation évidente avec cette cité. A partir du milieu du Vle siècle, le Funan, toujours selon les sources chinoises, cède la prééminence à un ancien vassal, le Zhenla, nom que les Chinois conserveront pour désigner le Cambodge jusqu'au Xllle siècle.

Le berceau du Zhenla paraît avoir été dans la région de Vat Phu (Laos méridional) et le long de la Sé-Mun. C'est alors qu'apparaissent, au Vlle siècle, les plus anciennes inscriptions sur pierre rédigées partiellement en khmer, et non plus seulement en sanskrit. Dans la première moitié du Vlle siècle régnait à Sambor Prei Kuk, le grand souverain Isanavarman, dont l'influence s'étendait sur les pays voisins du Cambodge, tant à l'ouest (région de Chantabun) qu'à l'est (sur le royaume indianisé du Champa).

Mais, dans toute cette période préangkorienne (et dans une certaine mesure, même dans la période angkorienne), I'allégeance due à un suzerain devait en nombre de cas n'être que fictive, bien des principautés ne demandant qu'à rester où à redevenir indépendantes, et la diversité des écoles d'art préangkoriennes au Vlle siècle en est peut-être le reflet.

Au Vllle siècle, le mouvement paraît s'accentuer, les inscriptions lapidaires - de plus en plus nombreuses aussi à avoir été conservées - attestent l'existence au Cambodge de plusieurs lignées royales parallèles et, d'autre part, il semble bien que des royaumes plus méridionaux, indonésiens (Péninsule Malaise et Sumatra), dont la puissance grandit alors, aient hérité de l'ancien empire commercial du Funan et exercé une certaine domination sur le sud du pays.

Mais c’est surtout la division du royaume de Tchen la en 706 ( !), d’abord vassal du Funan, en Tchen la de terre (actuel Laos) et Tchen d’ eau  qui  apportera à notre Isan , peut être sa première culture  « indianisée ».

Le Tchen La (de terre) me semblait alors  avoir eu une influence plus importante que Dvaravati sur l’Isan , du fait seul de son implantation

Au début du VIe siècle, les textes chinois mentionnent un royaume qu'ils appellent Tchen-la. Ce royaume, peuplé par des gens qui semblent être Khmers, s'étend sur le Cambodge actuel et le plateau de Korat, dans le nord-est de la Thaïlande actuelle.


Le Tchen La de terre était très différent des Tchen La de mer installé surtout dans le delta du Mékong et au bord de mer, qui accueillait toutes les influences « cosmopolites » et avait un mode de vie plus méridionale occupé à drainer le delta du Mékong et à vivre de la mer avec le commerce, comme une part importante de leurs revenus. Le Tchen de terre installé dans les terres hautes du bassin du Mékong ignorait tout de la mer. C’était un peuple de cultivateurs / guerriers qui devait conserver l’eau dans des réservoirs artificiels durant la saison sèche, arroser ses rizières de montagne, et suppléer leur pauvreté par du pillage et des conquêtes.


Mais il est difficile de cerner la réalité. Là encore on s’appuie sur des annalistes chinois et arabes souvent peu fiables. Les  spécialistes avouent que la seule documentation fondamentale se trouve dans les  listes généalogiques découvertes dans les fouilles archéologiques.


Mais qu’ensuite viennent les récits. Disons que celui-ci est notre premier. Il indique que la terre d’Isan a subi des influences multiples. Nous y avons vu celles du Funan, de Dvâravatî et du Tchen La de terre.

Mais le Tchen La va se disloquer, déjà, on l’a vu, par ses divisions internes, son morcellement , par les raids des pirates malais, les suzerainetés des souverains indonésiens au Sud, et au Nord vers 790 avec Jayavarman II, fondateur de la royauté angkorienne, qui, venu d'une région sous contrôle de "Javâ", rassemblera différentes principautés et se fera sacrer, en 802 "souverain universel", sur le Phnom Kulên, qui est une colline située au nord-est proche du site de la future Angkor, et un haut lieu qui s'appelait alors Mahendraparvata.

L’Empire kmer d’Angkor aura plus tard une influence encore plus déterminante sur la terre d’Isan.

---------------------------------------------------------------------------------

 

 

10.2. L’Empire kmer d’Angkor en Isan

 

Article suit 

Sans titre-1


 

Partager cet article
Repost0