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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 22:12

 

 

Didier Treutenaere est diplômé en philosophie de l'Université Paris-Sorbonne. Eminent spécialiste de textes bouddhistes en langue pali, il vit en Thaïlande où il poursuit ses travaux d'écriture et de traduction d'ouvrages consacrés à la tradition Theravada.

 

 

Dans une série d’articles érudits d’une série « pour en finir... » – nous y reviendrons- il s’est étonné sinon irrité de l’utilisation d’une terminologie souvent abusive concernant cette branche du bouddhisme. Tel est le cas du mot « bonze » utilisé selon lui à mauvaise escient pour désigner les moines en robe safran qui occupent nos temples (1).

 

 

Qu’en est-il?

 

 

Le mot n’est pas d’origine ni siamoise ni pali ni sanskrite mais japonaise « bonzo » et a été utilisé initialement par les missionnaires ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le Japon et la Chine. Initialement donc, et en bon français, il concerne le Japon:

 

 

Pour les Encyclopédistes, ils sont les «Philosophes et ministres de la religion chez les Japonais» (2). Les mêmes dont l’érudition ne peut être mise en doute nous parlent des talapoins: « TALAPOINS, ou TALEPOIS, c'est le nom que les Siamois & les habitants des royaumes de Laos et de Pégu donnent à leurs prêtres»  (3).

 

Larousse en 1857 nous dit «prêtres ou moines de la religion de Bouddha  en Chine et au Japon» (4). Les talapoins sont de Siam (5)

 

Littré en 1873 les définit comme «prêtres chinois ou japonais de la religion bouddhiste» (6). Pour les talapoins, c’est «le nom donné aux prêtres bouddhistes au Siam par les Européens» (7).

 

Pour Becherelle  en 1880 – source inépuisable quand on veut connaître le bon français - ce sont des «prêtres chinois ou japonais» mais il définit de façon erronée les talapoins comme «des prêtres idolâtres de certaines parties de l’Inde. Ce sont des espèces de moines mendiants» (8).

 

Si les «bonzes» de l’Académie française généralisent actuellement le terme, ce que dénonce à juste titre Didier Treutenaere, dans leur édition de 1835 ils définissent les bonzes comme des «Prêtres chinois ou japonais» et les talapoins comme les « prêtres bouddhistes dans le Siam » (9).

 

 

Sautons un siècle. Cette origine japonaise nous est confirmée, comme nous le rappelle Didier Treutenaere, dans le «dictionnaire du bouddhisme» en 1999. « Le nom de bonze est d’origine japonaise (bonzo). Il désigne avant tout les religieux bouddhistes de certaines pays d’extrême orient: Chine, Japon, Vietnam... quoique l’usage du terme tende à se généraliser en Occident ou on l’applique  notamment aux communautés bouddhistes de Ceylan, de Birmanie, de Thaïlande et du Cambodge» (10).

 

 

Parler de bonze en parlant des moines du bouddhisme thaï est incontestablement un abus de langage.

 

Comment donc les appeler ?

 

Sont-ils des talapoins ?

 

Le mot a été utilisé d’abondance par les premiers voyageurs français des ambassades de Louis XIV. Il provient du terme siamois de talapat (ตาลปต้ร) qui est l’éventail en feuilles de palmier ou de latanier utilisé par les moines lors des cérémonies pour se couvrir le visage, devenu talapao pour les Portugais et talapoin pour les Français. C’est l’étymologie que donne Littré (7). S’il sert à se voiler du soleil, son utilisation est lourde de symbole puisqu’il signifie que ce qui est derrière lui n’est pas un homme mais la sainte doctrine.

 

 

Didier Treutenaere nous explique les raisons pour lesquelles il est tombé en désuétude. Il a d’ailleurs selon celui qui l’utilise une connotation tout à fait négative puisqu’en argot de l’école polytechnique et de l’école normale supérieure, abrégé en «tala», il désigne l’étudiant catholique qui respecte les commandements de l’église.

 

 

Comment les appelle-t-on en Thaïlande?

 

Ils sont des bhikkhu, terme venu du pali parfois écrit bhiksu,  devenu en thaï : ภิกษุ soit phiksu en suivant la transcription orthodoxe mais la transcription bhikkhu est la plus répandue.

 

 

 

Les religieuses sont des phiksuni (ภิกษุณี), des maechi (แม่ชี) ou plus volontiers des chi (ชี)

 

 

... et les "bonzillons" ou novices sont des nen (เณร). Ne revenons pas sur les origines pali ou sanskrite de ces vocables, Didier Treutenaere nous les détaille du poids de son érudition (11).

 

 

Ce terme de phiksu ou bhikkhu est du langage choisi et soutenu. Il semble que dans le quotidien, les Thaïlandais du peuple utilisent plus volontiers celui de phra (พระ). Phra est un mot fourre-tout, souvent préfixe qui indique la grandeur ou la sainteté. Pris ut singuli, il désigne tout aussi bien un moine qu’une représentation de Bouddha. Il en est probablement ainsi en Isan et au Laos. La traduction du mot «bonze» donne celui de phra et non de phiksu ou bhikkhu dans le dictionnaire fondamental de la langue lao, celui de Monseigneur Cuaz. Lunet de la Jonquères dans son dictionnaire français-siamois donne pour le mot «bonze» et celui de «talapoin» la traduction phra (พระ). L’un et l’autre ne sont pas des érudits spécialistes de sanskrit et de pali mais des hommes de terrain dont la connaissance de la langue est celle de la langue parlée (12).

 

 

Le premier dictionnaire significatif anglais-siamois de Mac Farland donne également la traduction phra (13).

 

 

Que pensez de tout cela?

 

 «Je vis de bonne soupe et non de beau langage  – Vaugelas n’apprend pas à bien faire un potage » s’écrit Chrysale dans « Les femmes savantes » (14).  C’est une évidence mais pour penser correctement, il faut utiliser les bons mots. Notre langue est assez riche pour nous permettre d’éliminer, lorsque nous parlerons de religieux du bouddhisme théravada, le terme de « bonze »

 

Pourquoi ne pas parler tout simplement de «moines» ou de «prêtres», de «nonnes» ou de «religieuses» et de «novices»?

 

« C'est sérieux, les mots qu'on emploie. Il faut chercher le mot juste afin d'être bien sûr de penser selon une vérité profonde. Les mots aident à la découvrir ». (Marguerite Beaudry).

 

 

NOTES

 

(1) «Pour en finir avec le mot « bonze » - Étymologie, définitions et utilisation raisonnée du mot « bonze » »

https://www.academia.edu/35804594/Pour_en_finir_avec_le_mot_bonze_-_%C3%89tymologie_d%C3%A9finitions_et_utilisation_raisonn%C3%A9e_du_mot_bonze_

 

(2) « Encyclopédie » tome II - BE-CEZ

 

 

(3) « Encyclopédie » tome XXXXII – SUG – TENACITE

 

 

(4) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome II.

 

(5) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome XIV.

 

 

(6) « Dictionnaire de la langue française » tome I.

 

(7) « Dictionnaire de la langue française » tome IV.

 

(8) « Dictionnaire classique de la langue française ».

 

 

 

(9) « Institut de France- dictionnaire de l’Académie française » 6e édition, 1835.

 

 

(10) « Dictionnaire du bouddhisme – Encyclopedia universalis chez Albin Michel

 

(11)  Le « Pali-english dictionary » de W. Rhys Davids donne les deux orthographes bhikkhu et bhiksu qu’il définit comme un « moine ou un prêtre bouddhiste ».


 

 

(12) Pour Monseigneur Cuaz dans son « Lexique français-laocien » de 1904, il est pha (พะ), le « r » est souvent avalé.

 

 

Le « dictionnaire français-siamois » de Lunet de la Joinquères est de la même année.

 

 

13) « An english siamese dictionary » Bangkok, 1903.

 

 

(14) Acte II scène VII.

 

 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 22:08
 
Cet  article reprend un  article publié en octobre 2017  en le rafraichissant à la suite du mariage et du couronnement du roi Rama X.

 

La vie des grands de ce monde fait rêver dans les chaumières (1). Il en est évidemment de même de l’étendue de leurs fortunes que l’on sait souvent, sans autres précisions, être colossale. Le roi de Thaïlande n’a pas échappé à cette curiosité dont le magazine Forbes a fait sa spécialité. Il évaluait sa fortune « aux environs » de 2 milliards de dollars en 1997 (67 milliards de bahts) puis à 5 en 2007 (167 milliards de bahts) en se fondant sur on ne sait trop quelles éléments puisqu’il plane une certaine opacité sur laquelle nous reviendrons. Mais il va lancer en 2015 une bombe en plaçant le monarque en tête des fortunes mondiales avec le chiffre de 35 milliards de dollars, environ 1.200 milliards de bahts ….

 

 

Une bombe qui va se révéler n’être qu’un pétard mouillé puisque la confusion est faite entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

 

 

Incompétence notoire (2), malveillance (3) ou les deux à la fois, tout est possible. Si le droit de propriété en Thaïlande est – mutatis mutandis – comme en France «  le droit de jouir et de disposer des choses de la manière absolue » (article 544 du code civil), tel n’est évidemment pas le cas des rapports que le roi entretien avec le BPC. La magasine fait référence aux recherches d’un universitaire thaï, professeur d’économie à Sukhothai, Porphant Ouyyanont, ultérieurement publiée en 2016 (4). Or, celui-ci n’a jamais confondu la fortune personnelle du roi avec le patrimoine du BPC comme le démontre le titre de son article !

 

 

Point d’ailleurs n’était besoin de rechercher des références fantaisistes puisqu’une première étude - étayée de multiples références justificatives - précédant de plusieurs années les « investigations » de Forbes (2012), émane d’un universitaire thaïe, où nous avons trouvé tout que ce Forbes prétendit avoir trouvé en 2015 (5). L’un s’est intéressé au rôle du BPC dans la politique économique, l’autre dans la préservation de l’héritage culturel. Notons enfin que le Bureau publie régulièrement sur son site Internet depuis 2010 ses rapports d’activité ; il est donc  accessible à tous. S’il subsiste des « zones d’ombre » c’est tout simplement parce qu’une partie du site est en cours de construction. Il n’est que partiellement bilingue mais on peut souhaiter qu’un véritable journaliste d’investigation puisse comprendre la partie non traduite (6).

 

 

Le « Bureau des propriétés de la couronne »  (BPC)  et son histoire.

 

Les actifs immobiliers.

 

Le Bureau est l'un des propriétaires fonciers les plus importants du pays. Il gère 37.000 contrats de location dont 17.000 à Bangkok, sur une superficie totale de 41.000 rai (6.560 hectares selon le rapport d’activité 2014) dans treize provinces (1.408 hectares à Bangkok et 4.800 en provinces quelques années auparavant). Les propriétés effectivement rentables ne représentent que 7% du total, 93% restants sont loués à zéro % ou à des taux minima, 33 % à des organismes officiels, 2 % à des organismes caritatifs à but non lucratif et 58 % à des « petits locataires ». Malgré ce il a bénéficié de revenus locatifs de 2,5 milliards de bahts en 2010 et 2,7 milliards de bahts en 2011 (rapports d’activité 2011 et 2012). Ses propriétés sont essentiellement situées dans les quartiers centraux de la capitale (1.343 hectares avec évidemment des variations en fonction des transactions) où les valeurs foncières sont élevées.

 

Actuellement le Bureau classe ses propriétés en trois groupes : les palais et résidences, les boutiques et bâtiments commerciaux et les  bâtiments commerciaux.

 

Dans la catégorie des palais et résidences, il existe 24 sites, tous anciennes résidences princières tels le Ladawan Palace, siège du Bureau, le Palais Maliwan devenu bureau de l'ONU-FAO)

 

 

et le Parusakawan Palace (actuellement le National Intelligence Office).

 

 

La plupart a été transformée en vue de nouvelles utilisations, bureaux gouvernementaux, écoles ou associations.

 

 

Dans la catégorie des immeubles de bureaux, nous trouvons l'ancienne salle provinciale du Monthon Prachin, maintenant dans la province de Chachoengsao, l'ancien siège de la Metropolitan Water Works Authority à Bangkok et le phare Bang Pa-in dans la province d'Ayutthaya.

 

 

 

Dans la catégorie des bâtiments commerciaux, il y a quinze sites qui représentent un total de 1.960 unités. Beaucoup sont situés dans l'île de Rattanakosin ou dans d'autres parties du Bangkok historique telles que Na Phralan, Tha Chang, Tha Thian, Praeng Phuthon et Praeng Nara.

 

 

 

Ainsi aux termes de la loi de 1936, un certain nombre de biens ont été transférés au Bureau qui a acquis des propriétés supplémentaires en particulier pendant les deux premières décennies suivant la réforme de 1932. Parmi ses multiples propriétés de nombreux bâtiments construits depuis le règne du roi Rama IV ont une valeur historique et architecturale inestimable.

 

YongtAnit Pimonsathean donne une liste détaillée des Palais, immeubles ou bâtiments locatifs à usage commercial assortie de nombreuses photographies (5).

 

Madame Susan J. Cunningham la spécialiste des perroquets (2) .....

 

 

ne craint pas d’affirmer « que personne à l'extérieur du bureau ne sache exactement où se trouve ce domaine immobilier » … tout en donnant des précisions sur les quartiers de Bangkok où ils se situent. Comment oser parler d’opacité ?

 

Au demeurant, il existe dans le pays un « Land office » (กรม ที่ดิน - Krom  Thidin), l'organisme gouvernemental responsable de la délivrance des titres de propriété foncière, de l'enregistrement des transactions immobilières, équivalent de notre Conservation des hypothèques et service du cadastre. La consultation est libre et de véritables journalistes d’investigation se seraient penchés sur son étude même si cela représente un travail de bénédictin, l’épluchage de plusieurs milliers de fiches. Non seulement y sont enregistrés les titres de propriété mais également les baux autres qu’à très court terme (moins de trois ans) or le Bureau consent de façon systématique des baux de 3 ou de 30 ans. Ces recherches pourraient bien sûr ne pas se limiter à Bangkok mais dans toutes les provinces où le Bureau possède des propriétés terriennes (Khorat, Nakhon Pathom, Chachoengsao, Ayutthaya, Nakhon Sawan, Lampang, Petchaburi et Songkhla)

 

 

Les revenus mobiliers

 

Il bénéficie aussi des dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank pour une valeur estimée de 1,1 milliards de dollars,

 

 

 

30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars et 98,54 %

 

 

de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars.

 

 

Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de bahts). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

 

 

Le fonctionnement

 

Les racines du Bureau remontent au règne du roi Rama V. Sous la monarchie absolue, toutes les terres appartenaient au roi et étaient sous la responsabilité de Phra Khlang Maha Sombat (Trésor national) et Phra Klang Khang Thi (Trésor privé). Rama V sépara ses propriétés privées des propriétés du pays. Ces réformes se situèrent dans le cadre de sa politique de réformes administratives et lui évitèrent d’anciens conflits avec le Trésor qui hésitait à alimenter sa cassette personnelle. Les recettes fiscales et les revenus du domaine public furent placés sous le contrôle du Trésor national et les propriétés privées du Roi provenant d’héritages ou de ses propres activités dans des entreprises immobilières et financières, furent placées sous la responsabilité du Trésor privé, une unité dépendant du Trésor national.

 

 

Lors de la révolution de 1932 ce système conduisit à séparer les propriétés en trois types : les propriétés publiques, c'est-à-dire celles utilisées dans l'intérêt public, les propriétés privées du roi, c'est-à-dire celles qui lui appartenaient avant de monter sur le trône, et les « propriétés de la couronne », c'est-à-dire celles acquises par tout moyen par le roi pendant son règne. Cette règle a été promulguée en 1936 dans la Loi sur la propriété de la Couronne, et les propriétés de la Couronne devinrent gérées dans le cadre d'une organisation nouvellement créée, le Bureau des propriétés de la Couronne. Le Bureau est devenu une personne juridique en 1948 supervisée par son propre comité exécutif. Il n’a pas le statut d'organisme public et échappe aux règles et procédures de la bureaucratie gouvernementale. Un Conseil des biens de la Couronne a été créé, présidé d'office par le ministre des Finances et composé de quatre administrateurs nommés par le roi qui par ailleurs nomme l'un des membres du conseil d'administration comme directeur général du Bureau. Le Conseil des biens de la Couronne est responsable de la surveillance générale des activités du Bureau.

 

 

Le gouvernement a gardé le contrôle du bureau lorsque la famille royale était en exil, mais après tout une série de coups d’État, le sort de la monarchie s’est renforcé et la loi de 1948 a remis le contrôle du bureau à la couronne. La loi précise que l'utilisation de l'actif et des revenus du bureau « dépendent totalement de la décision royale » et que le gouvernement ne peut les saisir ou les transférer ou les taxer. Le bureau n'émet pas de rapport annuel, sauf au roi.

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs appartenant de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés, sans indemnités en 1932, mais transférés à un organisme sur lequel le roi a la maitrise notamment en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit.

 

 

A cette heure, le Bureau s’est consacré à des opérations d’intérêt général. Yongtanit Pimonsathean nous expose de façon magistrale ses réalisations en matière de conservation  du patrimoine architectural de Bangkok (5). Porphant Ouyyanont se penche sur son rôle dans les mécanismes économiques.

Nous avons dans les 7 ans de rapports d’activité disponibles (6) un inventaire de ses interventions. L’année 2015 en particulier a été féconde en rénovation de bâtiments historiques et en opérations destinées à sauver les forêts.

Ne citons que des exemples ponctuels : En juin 2016, le Bureau a doté la section médicale de l’Université de Khonkaen d’un scanner (coût ? Un nombre a six chiffres en euros probablement). Il y a quelques semaines, le nouveau roi Rama X a fait via le Bureau un don de 100 millions de bahts à un hôpital de Bangkok, toute la presse en a évidemment parlé.

 

 

Lors des inondations d’août 2017 catastrophiques dans le nord-est, il fut distribué des milliers de caisses de secours (médicaments de première nécessité, eau et nourriture). Nombre de ces réalisations se retrouvent la page Facebook du Bureau. (book https://www.facebook.com/pagecpb/)

 

Les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016), étant précisé que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier.

 

Soulignons enfin que les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité (7). Si cette somme est exacte (dont nous n’avons pas pu vérifier la réalité autrement que sur un site Internet dépourvu de sérieux qui l’avance sans le moindre élément justificatif), elle comprendrait une bonne part des revenus du Bureau, mais il faut tout de même noter qu’au niveau de sa rémunération, la famille royale n’est ni mieux ni plus mal lotie que d’autres dans le monde des têtes couronnées (8). L’ignorance peut engendrer la suspicion, certes mais lorsque Forbes a publié ses fallacieuses conclusions, la presse française et notamment la presse francophone locale s’en est emparée avec avidité en poussant des cris de vertu outragée en oubliant soigneusement de balayer devant leur porte (9).

 

 

Si ces opérations ne sont pas directement financées sur les économies du roi, elles le sont à tout le moins sur les revenus de biens qui appartenaient à sa famille. Il y a donc une certitude, c’est que la fortune du Monarque, que ce soit celle de feu Rama IX ou celle de son successeur, ne peut pas et ne doit pas être confondue avec les actifs du Bureau des propriétés de la couronne. L’attitude de Forbes relève, avons-nous dit, d’une totale incompétence assortie d’une probable incommensurable mauvaise foi.

 

Effectuant cette constatation d’évidence, nous n’en déduisons pas que la famille royale est pauvre ! La question est simple, Forbes s’est contenté d’utiliser avec une incontestable mauvaise foi des éléments qui étaient depuis longtemps dans le domaine public en prétendant avoir découvert des éléments cachés.

 

 

En ce qui concerne la fortune personnelle de feu le roi Rama IX et celle de son fils actuellement régnant, le silence est total.

 

Le défunt roi était incontestablement riche, riche en propriétés foncières, venues de famille mais aussi des nombreux legs qui lui « consentent » nombre de ses sujets. Il a hérité de son père et de ses oncles qui avaient des avoirs importants notamment en Suisse et en Angleterre. Pour autant que cela présente un intérêt quelconque, aucune investigation n’a été effectuée par notre magazine. Son fils actuellement régnant est également riche, nul ne sait (encore) de combien. On reste, comme toutes les évaluations de Forbes, dans le domaine des évaluations pures et simples. Madame Susan J. Cunningham se complaît à souligner que le prince alors héritier et aujourd’hui roi dont tout le monde sait qu’il résidait volontiers en Bavière, y aurait acquis une villa de 10 millions d’euros… La belle affaire, c’est la valeur d’un bungalow à Los Angeles ou d’une très belle propriété au Cap Bénat (10). Il aurait également acquis directement ou par l’intermédiaire d’une holding un hôtel luxueux de Munich où il aurait eu ses habitudes… Vérifications faciles à condition de s’en donner la peine, il y a en Allemagne un « livre foncier » (Grundbuch) dont l’accès est public. S’il a hérité de son père des avoirs en Suisse, même observation !

 

 

Toutes les estimations de Forbes sur les fortunes royales sont incertaines sinon fantaisistes tant pour l’incertitude qui plane sur l’étendue de leur patrimoine immobilier souvent organisé le plus régulièrement du monde par l’intermédiaire de holdings ou de sociétés écran que par celle de leurs avoirs financiers organisés de la même façon ? Comment évaluer leurs inestimables collections d’objets précieux, les automobiles anciennes, passion de feu le roi Rama IX,

 

 

la collection de bijoux de la reine mère

 

 

ou la collection de timbres-poste de la Reine d’Angleterre, probablement la plus belle du monde ?

 

 

Il plane le silence le plus pesant sur les profits certainement énormes que le Prince de Monaco tire en particulier des accords passés entre feu son père et Onassis (« Société des bains de mer » gérant en particulier le Casino de Monte-Carlo.)

 

 

Ils ne sont pas astreints comme les hommes politiques de nombreux pays dits « démocratiques » à effectuer des déclarations de patrimoine.

 

 

Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Un chef d’état riche sera probablement moins tenté de se vendre au premier financier venu (10). L'ignorance engendre la suspicion avons-nous dit, mais la curiosité excessive est souvent malsaine et peut également créer une ambiance nauséabonde. Contentons-nous dire que notre actuel souverain est très, très riche, extrêmement riche.

 

 

Un nouveau roi, une nouvelle donne

 

Le prince Maha Vajiralongkorn devenu roi à la suite du décès de son père est un personnage atypique dont la vie privée fut aux antipodes de celle de son père. Il fut marié plusieurs fois ce qui ici ne trouble  personne : Nul ne pense à se choquer que son arrière-grand-père le grand roi Chulalongkorn (Rama V) ait eu 77 enfants nés de 4 reines principales et quelques autres secondaires.

 

Le roi Chulalongkorn et quelques uns de ses fils :

 

 

Sur le plan personnel, quelques jours avant les fêtes fastueuses de son couronnement à Bangkok,  du 4 au 6 mai 2019,

 

 

il a régulièrement épousé la personne qui partageait sa vie depuis de longues années Suthida  Phatchara Suthaphimonlaksana (สุทิดา พัชรสุธาพิมลลักษณ).

 

 

Celle-ci est âgée de 40 ans et a reçu une éducation catholique dans le très élitiste collège de l’Assomption à Bangkok.

 

 

Le mariage lui confère un double privilège, celui d’être placée sous la protection de l’article 112 du code pénal sur le crime de lèse-majesté et le second qui aura une toute petite influence sur le quotidien des Thaïs : le prénom qu’elle porte, Suthida, prénom pittoresque puisqu’il signifie « jolie fille » est désormais protégé par la Loi du 15 novembre 1962 dont l’article 6 interdit qu’il soit désormais  (à compter du mariage évidemment, les Suthida en place ne sont pas concernées) attribué comme prénom à toute nouvelle-née.

Sur le plan de la fortune, une nouvelle loi est intervenue à son instigation au début de cette année 2017. Elle lui donnerait une plus grande autorité  dans la gestion du Bureau sous sa surveillance et « à la discrétion de Sa Majesté » ; ce qui était d’ailleurs déjà le cas. Si le roi a toujours le pouvoir exclusif de nommer un conseil d'administration, il a désormais celui de son président, poste précédemment occupé par le ministre des Finances.

 

 

Il a immédiatement nommé au poste de Président l’un de ses proches qui fut longtemps son secrétaire privé, l’Air Chief Marshal Satitpong Sukvimol qui avait par ailleurs été chargé de la gestion de son patrimoine privé. Les autres nominations au conseil d'administration concernent également ses proches. Il n’y a pas à priori à s’étonner qu’il mette ses proches en place dans un des très rares domaines ou la législation lui donne quelque latitude alors qu’il est dépourvu constitutionnellement du moindre pouvoir. Notre propos n’est pas de faire de la philosophie du droit mais de préciser qu’une loi n’est pas systématiquement bonne ou mauvaise en soi mais le devient en fonction de l’application qui en est faite. L’avenir seul nous dira si le BPC continue comme par le passé ses efforts pour le bien commun et pour le bénéfice du peuple thaï.

Il est enfin un élément qui mérite d’être souligné : Dans ce pays où plane systématiquement  l’ombre de la corruption, nous n’avons pas trouvé un mot, une ligne, sur des actes répréhensibles qui seraient tombés du siège du BPC.

 

 

Nous pouvons donc en déduire que  le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », et qu’il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus. Il est donc difficile de raisonner autrement qu’en revenus et non en capital. Sans gloser sur des chiffres et en évitant de tenir des propos du niveau des conversations de comptoir, relevons simplement que le Bureau gère un patrimoine dont les revenus ont été (approximativement) de : Pour les Revenus immobiliers : 2,7 milliards de bahts, pour les  Revenus mobiliers : 6 milliards de bahts. Arrondissons les revenus à 10 milliards de baht, soit sauf erreur à environ 335 millions de dollars. Si l’on peut parait-il espérer un rendement de 10 % pour les placements effectués en Thaïlande – c’est du moins ce que prétendent  tort ou à raison toutes les agences et officines qui proposent des plans d’investissements - cela correspondrait à un capital de 3,35 milliards de dollars ? Les exonérations fiscales dont bénéficient les biens de la couronne nous permettent de monter ce chiffre à 15 % ce qui conduirait à un chiffre de l’ordre de 4 milliards de dollars proche des estimations initiales de Forbes.

 

Estimer les immeubles à la seule valeur du marché pour des immeubles similaires ne tient pas compte d’un paramètre pourtant essentiel, leur valeur est partiellement gelée par les baux à long ou très long terme qui les grèvent notamment lorsqu’il s’agit de loyers symboliques payés par les administrations, les organismes officiels ou caritatifs.

 

Concluons en affirmant que si le Roi et sa famille sont extrêmement riches, ils ne méritent pas d’avoir le premier prix à la distribution de Forbes.

NOTES

 

Nos comparatifs dollar-euro-baht sont effectués sur le taux de change en août 2017.

 

(1) « Point de vue » qui se qualifie de « Journal des princes d’aujourd’hui » tire à environ 200.000 exemplaires, autant sinon plus que « Le Monde » qui passe à tort ou à raison pour être le plus sérieux de nos quotidiens, et « Voici » à au moins 300.000.

 

 

(2) Un article à l’origine des conclusions de Forbes en février 2015 (« The Crowning Fortune »émane d’une dame Susan J. Cunningham professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets.

 

(3) Forbes est proche de l'ancien président Bush et président d’honneur de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), une organisation créée par Ronald Reagan dans les années 1980, et dirigée par les descendants de l’oligarchie cubaine prérévolutionnaire. Ceci explique qu’il a accusé feu Fidel Castro d’avoir une fortune de 900 millions de dollars en 2006 et de détenir des comptes en Suisse, ce qui s’est révélé parfaitement faux. Pour des raisons restées à ce jour mystérieuses, les fortunes de quelques personnalités, comme celle de la reine d'Angleterre, ne sont pas prises en compte.

 

(4) Journal of contempory Asiam 2016 volume 4 n° 3 « Crown property in Thailand and is role in political economy ».

 

(5) « The Crown Property Bureau and Heritage Conservation » in Journal de la Siam society, volume C de 2012. YongtAnit Pimonsathean enseigne l'urbanisme et la conservation du patrimoine à la section d'architecture et de planification de l’Université Thammasat. Il détient un diplôme de docteur en génie urbain de l'université de Tokyo. Il est actuellement président de l’ONG ICOMOS en Thaïlande (International council on monuments and sites) et Conseiller du Bureau des propriétés de la Couronne.

 

(6) http://www.crownproperty.or.th et pour les rapports d’activité de 2010 à 2016 : http://www.crownproperty.or.th/en/Top-stories/Annual-report

 

(7) Un exemple parmi d’autres, l’hôtel Dusit Thani, de renommée mondiale,  situé à l'intersection de Silom Road et de Rama 4 et construit sur un terrain appartenant au BPC. La presse nous a appris en début d’année 2017 que le bail d’origine avait été prolongé de 30 ans avec droit de prolongation de 30 sous engagement de la Dusit Thani Public Company Limited d’étendre l’ensemble hôtelier par la construction de résidences, surfaces de vente et bureaux, avec un grand espace vert. Le prix n’apparaît pas, que les curieux aillent donc consulter le bail au Land office !

 

 

(8) Ce ne sont pas à ce stade les pays les plus riches qui rémunèrent le mieux leurs familles royales : 35 millions d’euros pour la Belgique, 9 seulement pour les Espagnols, 12 pour la Suède, 110 pour la Hollande et 55 millions pour les Anglais. C’est tout de même le roi du Maroc qui vient en tête avec 230 millions qui s’ajoutent au fait qu’il a littéralement transformé son pays en société à responsabilité limitée dont il détient la majeure partie des actions.

 

(9) Il existait en France des « fonds secrets » dont seul le montant était connu pour qui avait le courage de détailler le budget. Supprimés à la suite de divers scandales puisqu’ils servaient en particulier à remplir les poches de certains ministres, ils ont été remplacés par les « fonds spéciaux », dont seul le nom a changé, et ils ne sont soumis à strictement aucun contrôle autre que le bon plaisir du Président. Le montant pour 2016 fut de 47 millions d’euros, presque le budget de la Reine d’Angleterre. Il n’y a guère que le « Journal officiel » où l’on trouvait le chiffre en cherchant bien. Peut-être le « Canard enchaîné » - qui est avec le « Journal officiel » l’un de nos rares périodiques sérieux - se consacrera-t-il un jour à cette curiosité.

 

 

(10) Le manoir de l’histrion défunt Michael Jackson s’est vendu 28 millions de dollars.

 

(11) C’est en partie parce qu’elle estimait sa dotation insuffisante pour son rang et espérait un petit geste des Cortès qu’une Infante d’Espagne a plongé dans une sombre affaire de corruption.

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 08:46

C’est un sujet que nous avons déjà abordé à la lumière de nombreuses sources justificatives (1). Il faut bien évidemment s’entendre sur le sens des mots. Pour nous, un coup d’état est une entreprise violente par laquelle une personne ou un groupe s'empare du pouvoir, cherche à la renverser ou une mesure par laquelle un gouvernement ou des tribunaux à sa solde changent brutalement le régime en dehors des lois. S’il réussit, il devient plus noblement une révolution (en thaï Kanpatiwat – การปฏิวัติ), s’il échoue, il reste coup d’état, putsch ou pronunciamiento (en thaï Ratthaprahan – รัฐประหาร) ou une révolte (en thaï Kan Khabot  - การขบถ). Qu’il reçoive à posteriori une onction plébiscitaire ou populaire ne change rien à sa nature (2). On cite en général une douzaine de coups d’État depuis le premier de juin 1932 jusqu’au dernier du 20 mai 2014 et sept échecs (3). Notre recensement susvisé, commencé il est vrai au début du siècle dernier porte, sur les coups d’État, coups d’État au sens large mais coups d’État tout de même : « coups d’État » proprement dit, « soulèvements populaires », «  coups d’État silencieux »,  « coups d’État judiciaire », « tentatives séparatistes » et enfin  « régicide » (4). Notre inventaire aboutit donc au chiffre de 42 dont quatre antérieur au coup d’État de 1932 avaient échoué. Des coups réussis, des coups sournois, des coups manqués et hélas beaucoup de sang versé.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article 214  « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

 

(2) Citons pour notre pays le coup d’État du 18 brumaire, celui du 2 décembre 1851, celui du 13 mai 1958, tous ultérieurement plébiscités ou celui du 19 septembre 2006 qui chassa Thaksin Chinnawat (ทักษิณ ชินวัตร) globalement bien accueilli par la population thaïe.

 

(3) Ce sont les chiffres donnés par Jean Baffie et Thanida Boonzanno dans leur excellent petit ouvrage « Dictionnaire insolite de la Thaïlande » antérieure au dernier de 2014 mais il ne s’agit pas d’un livre d’histoire.

 

(4) La mort du petit roi Ananda le 9 juin 1946 fut probablement inspirée soit par le souhait de « dissuader » son jeune frère, futur Rama IX alors âge de 19 ans, mineur et sous la tutelle  de sa mère, d’accepter la succession en écartant la lignée Bhumibol soit pour faire disparaître la monarchie, ce dont fut accusé Pridi qui resta en tous cas prudemment réfugié en France jusqu’à sa mort. Le procès de trois meurtriers s’est déroulé à huis clos et ils furent immédiatement exécutés après que leur grâce eut été refusée. Faut-il s’étonner de ce « black-out » alors que dans un pays devenu une démocratie dite parfaite, l’Espagne, les conditions dans lesquelles Juan Carlos, père du roi actuel, a tué accidentellement son jeune frère reste encore à ce jour un sujet tabou ?

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 22:04

 

 

Voilà encore une contrevérité manifeste que vous lirez pourtant à peu près partout. (1) C’est pourtant une imposture. Certes, si la Thaïlande n’a pas subi de colonisation armée, elle dut subir des abandons de territoires et de nombreux abandons de souveraineté, à tel point  que  « l’année 1893 doit rester pour les Thaïs qui ne doivent pas l’oublier une année de lamentation et de tristesse » (2).

 

 

LES ABANDONS DE TERRITOIRES

 

Nous étions à l’époque de la « politique des canonnières » Les deux monarques Rama IV et Rama V étaient suffisamment lucides pour savoir qu’ils n’avaient aucun moyen de s’opposer à certains abandons de territoires et durent pratiquer la « politique du bambou » (3). Ce fut alors la signature de multiples « traités d’ « amitié et de commerce », traités inégaux qui consisteront en des abandons de pans entiers de souveraineté sur des territoires soumis à la suzeraineté du Siam même si elle était parfois évanescente ; Ainsi une partie de la Birmanie (rive gauche de la rivière Salween et états Shans) et le nord de la Malaisie revinrent aux Anglais, et le Laos et une partie du Cambodge revinrent aux Français : 456.000 km2 Ce fut une « humiliation nationale » (4), dont  le point d’orgue côté français fut la crise de 1893 (5) concrétisée un « procès des vainqueurs » (6) et par 15 années d’occupation militaire à Chantaburi (7).

 

 

LES ABANDONS DE SOUVERAINETÉ

 

Les traités inégaux créèrent au profit de nos nationaux un régime juridique spécifique leur permettant d’échapper au régime fiscal et judiciaire. La France l’étendit de façon extensive - ce que ne firent pas les Anglais- au profit de ses « protégés », sujets siamois mais ressortissant de pays soumis à sa souveraineté leur permettant d’échapper au service militaire en plus des privilèges fiscaux (8). Faute pour la France de pouvoir s’emparer militairement d’une partie du Siam (Laos siamois et Cambodge Siamois) - ce que revendiquait le parti colonial - car opposé aux accords franco-britanniques, la solution d’une conquête coloniale de l’intérieur se fit par une inscription massive de sujets bel et bien siamois mais d’origine étrangère (9). Le régime des capitulations ne disparut qu’en 1925 pour l’essentiel et en 1939 à titre définitif (10).

 

 

Les Français ne doivent pas ignorer qu’ils suscitent toujours d’amères pensées parmi les nationalistes thaïlandais dont les territoires perdus sont pour eux en quelque sorte l’Alsace-Lorraine. Ces rancœurs vont ressurgir lors de l’affaire du temple de Preah-Vihar, nous y reviendrons.

 

Pratiquement inaccessible du coté cambodgien, le temple fut néanmoins attribué par la Cour  dite "de Justice" (?) internationale au Cambodge ....

 

 

NOTES

 

(1)  A 38 – « LA THAÏLANDE N'A JAMAIS ÉTE COLONISÉE ? VOUS EN ÊTES SÛR ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

A 218 – « LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

 

(2) เหตุเกิดในแผ่นดิน pp. 5-14. Le titre de l’article est significatif « Les Français investissent Chantaburi et y construisent une prison pour enfermer les Thaïs » (ฝรั่งเศสยึดจันทบุรีสรางคุกขี้ไก่ขังคนไทย).

 

 

(3) Rama V fit une analyse lucide et pleine de bon sens de la situation notamment en ce qui concernait l’impossibilité d’organiser une résistance militaire sans avoir à espérer de secours militaire de quiconque : voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/le-premier-projet-de-constitution-de-1885.html

 

 

(4) Nous avons longuement parlé de ces questions frontalières consécutives au traité de 1893 :

13. « Le Siam, L'Isan ...Et ses frontières » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-le-siam-l-isan-et-ses-frontieres-72124773.html

13.2 « Les Frontières de L'Isan » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-frontieres-de-l-isan-72125167.html

204 – « LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/204-la-question-des-frontieres-de-la-thailande-avec-l-indochine-francaise.html

205 – « LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC ’INDOCHINE FRANÇAISE (Suite) ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/205-la-question-des-frontieres-de-la-thailande-avec-l-indochine-francaise-suite.html

 

 

(5)

Une opération militaire méconnue : H 16 – « LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h16-la-marche-du-mekong-une-victoire-du-capitaine-luc-adam-de-villiers-sur-les-siamois-en-juillet-1893.html

 

 

(6) Un procès fleuve de la «  justice coloniale » :

 

H 1- « L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-1-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893-i-les-premices-l-affaire-grosgurin.html

 

 

H 2 – « L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE DE CONCUSSIONAIRES ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-2-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893.html

 

 

De tels errements judiciaires sont naturellement inconcevables dans la France du XXIe siècle.

 

 

(7) L’occupation de Chantaburi : nous en avons parlé dans deux de nos articles.

H 17- « L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h17-l-occupation-de-chanthaburi-par-les-francais-une-page-sombre-de-l-histoire-du-siam-1893-1905-premiere-partie.html

 

H 18 – « 12 JANVIER 1905 : LA FIN DE L’OCCUPATION FRANÇAISE À CHANTHABURI »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/01/h-18-12-janvier-1905-la-fin-de-l-occupation-francaise-a-chanthaburi.html

 

 

(8) Nos nationaux étaient exempts du système fiscal local et échappaient aussi à la Justice locale au profit de la juridiction des consuls. Ils n’étaient que quelques centaines. Mais les consulats français inscrivirent sans la moindre vérification comme protégés des milliers de ressortissants d’origine vietnamienne ou cambodgienne puis des Chinois au motif que n’ayant pas de représentation diplomatique au Siam, la France devait en tenir lieu. Ce fut une véritable colonisation de l’intérieur d’autant que la France s’est toujours opposée à ce que les Siamois en vérifient les listes. Nous avons cité le cas d’un aigrefin grec devenu protégé par on ne sait quel tour de passe-passe  (Notre article 130 « L'article 12 du traité de 1856 entre le Siam et la France » in :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-130-l-article-12-du-traite-de-1856-entre-le-siam-et-la-france-123342776.html)

 

 

(9) Nous avons rencontré le jeune mais prétentieux diplomate Raphaël Réau qui considérait que le meilleur moyen de coloniser le Siam sans verser un goutte de sang était de multiplier les inscriptions systématiques d’habitants du Siam d’origine non siamoise – probablement la moitié de la population. Dans sa correspondance privée publiée post-mortem par l’un de ses descendants, il avoue plus ou moins ouvertement recevoir quelques « cadeaux » des associations chinoises auxquelles il vendait probablement des certificats de protection en blanc. Nous lui avons consacré trois articles :

144. « RAPHAËL REAU, JEUNE DIPLOMATE FRANÇAIS AU SIAM. (1894-1900) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-144-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900-123941699.html

A 200 – « QUELQUES COMMENTAIRES Á PROPOS DE « RAPHAËL RÉAU, JEUNE DIPLOMATE AU SIAM (1894-1900) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-200-quelques-commentaires-a-propos-de-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900.html

 

 

Nous retrouvons cette position chez Isabelle Massieu. Ses souvenirs non dépourvus d’intérêt sont pollués par des considérations sur le Siam après huit jours passés à Bangkok, aux termes desquels elle était devenue experte -es sciences politiques siamoises avec les « faut qu’on » et les « n’y a qu’à » qui polluent la correspondance du jeune Réau. Nous lui avons consacré un  article : A 192 «  A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a-la-decouverte-du-siam-par-madame-massieu-une-aventuriere-francaise-de-la-fin-du-xixeme.html

 

 

(10) Voir à ce sujet nos deux articles : 176. « LA FIN DU RÉGIME DES CAPITULATIONS AU SIAM EN 1925 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/176-la-fin-du-regime-des-capitulations-au-siam-en-1925.html

177 – « LE SIAM DE RAMA VI RETROUVE TOUS SES DROITS SOUVERAINS EN 1925 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/177-le-siam-de-rama-vi-retrouve-tous-ses-droits-souverains-en-1925.html

 

 

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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 22:05

 

Vous lirez souvent et entendrez aussi que le nom de la ville de Bangkok (บางกอก) serait une déformation de son nom d’origine Ban Makok (บ้านมะกอก) ou Bang Makok (บางมะกอก) c’est-à-dire « le village des makok » ou encore « le district des oliviers sauvages », interprétation donnée à notre connaissance pour la première fois par Monseigneur Pallegoix dans le premier volume de sa « description du royaume thaï ou Siam » en 1854. Il a depuis été suivi d’abondance !

 

 

Or, il ne signale pas de « makok » dans sa description de la végétation du royaume, le mot est inconnu de son premier dictionnaire daté de 1854 ni dans la seconde version revue par Monseigneur Vey de 1896. Nous ne trouvons pas d’oliviers non plus dans la description de la végétation du royaume par La Loubère en 1695. Il est permis de penser que si le chevalier de Forbin né au cœur de la Provence des oliviers dont le tronc torturé et la couleur des feuilles sont à nulles autres pareilles, eut remarqué des oliviers même sauvages, il n’eut pas manqué de s’en étonner. D’où vient cette erreur reproduite depuis lors à profusion ?

 

 

Du prélat tout simplement, né dans un petit village de la Côte d’or qui n’avait pas bénéficié de la civilisation de l’olivier, où les riches cuisinaient au beurre et les pauvres au saindoux. Ce qu’il certainement vu, c’était tout simplement des มะกอก - makok que le dictionnaire de l’Académie royale nous définit comme spondias pinata ou peut-être des มะกอกฝรั่ง - makokfarang que la même autorité nous définit comme spondias cytherea. Ce sont des espèces de pruniers sauvages qui existent toujours ici, dont les fruits ont effectivement la forme d’une olive sans en avoir la couleur. C’est tout simplement le « prunier à cochons » (1).

 

 

Voilà de quoi faire frémir Giono, poète des vrais oliviers !

 

 

Mais si l’on peut mordre dans une prune sur l’arbre, on peut le faire sur une olive mais pas deux fois. L’olivier de Provence et du pourtour méditerranéen est l’Olea europaea (oulivié en provençal) et sa variété sylvestris, l’oléastre  est sa forme originaire sauvage dont il est probablement issu et qui subsiste peut-être encore dans l’extrême sud de la France et certainement en Afrique du Nord (oulivastre en provençal).

 

 

 

Aucun des deux arbres n’a jamais prospéré au Siam. Pour autant qu’il y ait eu des tentatives d'acclimatation, ce que nous ignorons, elles se sont heurtées à toutes les tentatives d’acclimatation d'espèces en dehors des zones de culture originaires. Il est d’autres explications sur l’origine du mot, l’une fuligineuse qui donne une origine khmère, l’autre plus sérieuse en fait un dérivé de Bang Ko (บางเกาะle district des îles), puisque le paysage de la région est sculpté par les rivières et les canaux.

 

 

L’explication la plus plausible car la seule érudite reste celle de Monseigneur Pallegoix. N’oublions tout de même pas qu’il est le tout premier à avoir rédigé une grammaire thaï et un dictionnaire multilingue thaï-latin-français et anglais. Son erreur n’est pas sémantique : il n’a probablement jamais vu d’oliviers (de vrais) ni dans son enfance ni au séminaire des missions étrangères où on ne lui a pas appris la botanique ni au cours de ses pérégrinations asiatiques.
 

 

Les fruits du makok ressemblent à des olives, la confusion vient de là. Un œil non averti peut effectivement s’y tromper.

 

 

Notons toutefois que cette erreur est actuellement répandue au point que ce qui vient d’olives de chez nous par voie d’importation est qualifié de makok, ainsi l’huile d’olive devient น้ำมะกอก (nammakok). Or, si l’on tire d’excellent alcool des prunes, on n’en tire pas de l’huile. Il serait judicieux que l’Académie royale crée un nouveau mot pour ce fruit inconnu ici comme elle l’a fait pour bien d’autres fruits importés, faisant de la pomme une aeppoen (venant de l’anglais torturé appel - แอปเปิล) ou d’une fraise une satroboerri  (venant de l’anglais tout aussi torturé strawberry - สตรอเบอร์รี่). Nous avons une proposition qui en vaut une autre et qui vient tout autant de l’anglais que du français pour ne fâcher personne : tous les petits thaïs et même les grands connaissent Popeye et son épouse Olive, bandes dessinées et dessins animées qui continuent à être diffusés régulièrement sur les chaines de télévision destinées aux gamins. Ils sont ป๊อปอาย (Popaï) et โอลีฟ (Olif).  Ne parlons donc plus de makok  mais de olif

 

 

NOTE

 

(1) L’explication de ce nom est simple, lorsque les cochons pouvaient paître en toute liberté dans nos campagnes, l’animal se régalait des fruits tombés à terre. On le trouvait dans le midi de la France, plus spécialement en Ardèche.

 

 

Il est présent dans les pays tropicaux : voir par Louis-Élie Moreau de Saint-Méry : « Recueils de pièces imprimées concernant les colonies », 1799. Il est signalé par Stanley qui l’a consommé lors de son périple en Afrique : « Dans les ténèbres de l’Afrique » in Le Figaro littéraire, supplément du dimanche du 28 juin 1890. Les fruits des arbres tropicaux sont plus petits que ceux de l’Europe et l’arbre proprement dit ressemble plus à un frêne qu’à un olivier !

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28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 06:36

 

Nous avons consacré et consacrerons encore de nombreux articles sur « le bouddhisme », bouddhisme thaï orthodoxe, celui de l’Asie du sud-est en général qui n’est ni celui de la Chine ni du Japon ni du Tibet ...

 

 

dont se targuent les occidentaux, souvent bouddhistes de comptoir ou bouddhistes d’Hollywood,

 

 

 

.... bouddhisme  hérétique pour les Thaïs. Il y a autant de chapelles bouddhistes que de chrétiennes. Les premiers voyageurs français du XVIIe siècle, tout érudits ou savants théologiens qu’ils aient été, ont à tout le moins été déconcertés par cette « religion idolâtre » qu’ils découvraient (1). Nous avons écrit il y a 7 ans que le bouddhisme est athée en posant toutefois un prudent point d’interrogation. Ce n’est certes point au sens strict une « fausse idée » mais tout simplement une idée absente remplacée par des banalités qui ne sont trop souvent que des lieux communs (non-violence,

 

 

... tolérance, ascétisme, détachement, etc…souvent éloignés de la réalité). Nous lui avons consacré un long article (2) dans lequel nous avons étudié une première source, un petit catéchisme intitulé « Questions et réponses sur l’histoire de Notre Seigneur Bouddha à l’usage des jeunes gens » présenté comme l’étaient nos « catéchismes des diocèses », sous forme de questions - réponses. Une seule citation : « Question : Y- a- t- il des créatures célestes et des dieux ? Qu’a dit Notre Seigneur Bouddha ?   Réponse : Il n’y en a pas du tout. Il faut s’acharner à découvrir la vérité de Bouddha uniquement pour atteindre l’illumination ».

 

 

 

Cette affirmation qui relève de la « foi du charbonnier » fut confortée par la déclaration du Pape Jean-Paul II en 1986 que nous citons sans, pensons-nous, le trahir « … Le bouddhisme est en grande partie un système athée ».

 

 

 

Que le bouddhisme thaï se soit singulièrement transformé en religion monothéiste tintinnabulante du culte intérieur institué par Bouddha n‘enlève rien à cette constatation.... Un culte religieux incontestablement fondé sur la base de l’athéisme et d’innombrables divinités peuplant le panthéon bouddhiste, dont le fondateur a dit qu’elles n’existent pas.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html

 

(2) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-35-le-bouddhisme-est-il-athee-79098567.html

 

Cet article a suscité de la part de notre ami Jeff de Pangkhan un commentaire qui mérite que nous le citions dans son intégralité : « Bravo pour l'article et sa conclusion avec notre « transporteur bouddhiste ». Cela m’a bien fait rire !  (Nous avions effectivement signalé l’une des dernières personnes devenue bouddhiste, le très médiatique acteur de la série des Transporteurs, bouddhiste d’Hollywood). J'ai côtoyé des moines tibétains et leur intolérance (si si ! ) envers ceux qui ne pensaient pas comme eux, était gênante loin de l'attitude  médiatique de leurs chefs et surtout leur « guide suprême ». Lorsqu’on leur parlait du bouddhisme srilankais (je ne connaissais pas la Thaïlande à l'époque) qui est le même qu'au pays du sourire, eh bien ils riaient à la limite du dédain pour ce Bouddhisme d'apparat ! Mais il est vrai que le Bouddhisme est athée, pas de dieux; c'est une doctrine; c'est peut-être pour cela que les pratiques animistes y sont si bien tolérées ? »

 

***

 

Voici les articles que nous avons consacrés directement au bouddhisme, cette liste n’est pas limitative :

 

21. LE BOUDDHISME THAÏLANDAIS ET D'ISAN ? (20 juillet 2011)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

 

22. NOTRE ISAN , BOUDDHISTE OU ANIMISTE ? (24 juillet 2011)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

A.41 : LA CRISE DU BOUDDHISME EN THAÏLANDE ? (8 août 2012)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?  (27 février 2016)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html

 

R 12 . REPUBLICATION DE NOTRE ARTICLE A 137 DU 1ER DECEMBRE 2013 : « BOUDDHISME ET POLITIQUE EN THAÏLANDE » (2 mars 2016)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO. (23 novembre 2016)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/h-5-a-propos-du-boudha-d-emeraude-du-wat-phra-keo.html

 

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES … (30 novembre 2016)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA ? (16 août 2017)

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

 

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA (25 octobre 2017)

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 

A 239 - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE (1er novembre 2017)

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST. (14 février 2018)

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.html

 

A 253- DES RELIQUES DE BUDDHA ET DE LEUR BON USAGE. (7 mars 2018)

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

 

A 256. BOUDDHISME ET POLITIQUE EN THAILANDE, SELON ARNAUD

DUBUS.

 

A 257.BOUDDHISME ET NATIONALISME

 

 

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 22:21

 

 

Quelle belle histoire d’amour colportée dans les chaumières, celle du grand roi Rama IV  qui s’éprend d’amour pour la préceptrice de son héritier le futur Rama V. Nous lui devons des souvenirs mensongers et une filmographie sirupeuse à prétentions historiques qui ne peut séduire que les amateurs de ces bluettes mais n’y cherchez pas l’ombre d’une vérité historique : bons sentiments surabondants, émotions intenses, mise en scène somptueuse pour un résultat consternant vu avec nos yeux d’ « historiens du dimanche » : un total travestissement de la vérité.

 

 

Madame Anna Leonowens est une traitresse à la vérité tout autant qu’à l’histoire. Nous avons longuement parlé de cette égérie auto-proclamée muse du roi Mongkut  qui s’était attribué de nobles origines qui n’étaient pas les siennes et un rôle à la cour qu’elle n’eut jamais,

 

 

 

... contestée par son fils Louis lui-même et des chercheurs aussi perspicaces que féroces  (1).

 

 

Elle fut -il est vrai pendant quelques années – au milieu de beaucoup d’autres professeurs occidentaux dans d’autres disciplines, de 1862 à 1867 – chargée d’apprendre l’anglais aux 82 enfants du roi Mongkut. Les seuls éléments sérieux de ses mémoires sur le Siam – au milieu de multiples stupidités – sont purement et simplement copiés au mot près sur ce qu’en a écrit John Bowring en 1857.

 

 

Elle n’a probablement jamais rencontré le Roi autrement qu’au hasard des couloirs du palais. La question de l’idylle entre le roi et la bergère devint pure invention hollywoodienne. Lorsqu’elle débarque au Siam, le roi avait  60 ans, un vieillard qui pour assouvir ses passions vieillissantes avait plusieurs épouses et de nombreuses concubines.

 

 

 

Le physique de cette dinde victorienne ...

 

 

n’avait au demeurant rien à voir avec celui des ravissantes actrices qui l’ont représenté sur la toile : Irène Dunne  en 1946, Gertrude Lawrence en 1951, Deborah Kerr en 1956

 

 

et naturellement la superbe Judie Foster dans la version (interdite) de 1999.

 

 

Que pouvait-il avoir de commun entre cette institutrice hautaine, prétentieuse et de peu d’instruction et le Roi Mongkut ?  Née aux Indes, Il nous prend envie de la comparer à l’épouse de Talleyrand, une ravissante idiote née aux environs de Pondichery...

 

 

...qui disait lorsqu’on lui demandait ses origines, « je suis d’Inde ».

 

 

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(1) http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/a-220-anna-et-le-roi-ou-l-histoire-d-une-imposture.html

 

Vous y trouverez le détail et surtout les justifications de cette imposture.

 

 

 

 

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21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 22:16

 

 

Introduction.

 

Nous avons lu dans un ouvrage thaï pour les gamins une très vieille fable siamoise qui pourrait d’ailleurs être de la plume d’Esope, Phèdre ou La Fontaine car elle est de tous les temps :

 

Un homme voulut un jour entrer dans la fosse aux crocodiles. A ses amis qui tentèrent de le retenir, il dit en enjambant la barrière «  Bouddha me sauvera, on me l’a dit » Il ignorait probablement, le malheureux, que dans toute l’histoire du bouddhisme, nul n’a jamais parlé des miracles qu’aurait fait Bouddha comme en fit le Christ ou selon certaines chapelles mahométanes, le prophète Mahomet. Sollicité par ses disciples de faire des miracles, il aurait dit «  je les déteste, les rejette et les méprise ». Naturellement, notre homme se fit dévorer tout vif.

 

 

La morale de cette fable ? ไม่เชื่อทุกสิ่งที่คนบอก (Maichueathuksingthikhonbok : Il ne faut pas croire tout ce qu’on te raconte). Cette histoire se déroulait il y a bien longtemps, bien avant que le grand roi Ramakhamhaeng ne dote les siamois de leur écriture. Nous aurions alors rajouté utilement en la mettant à jour : ไม่เชื่อทุกสิ่งที่คุณอ่าน (Maichueathuksingthikhunan) : il ne faut pas croire tout ce que tu lis.

 

 

Résidant l’un et l’autre dans ce pays depuis de longues années, y ayant vécu tant dans les lieux les plus touristiques que dans le pays profond, comme des « voyageurs », en fréquentant de temps à autre les milieux dits « francophones ». Nous avons en 2010 décidé de créer notre blog en abordant les sujets historiques, culturels, littéraires, cinématographiques, etc … en espérant sortir des « idées reçues et répandues » souvent fausses. La Thaïlande est un vaste pays qui s’étend sur près de 1.600 kilomètres de l’extrême nord à l’extrême sud, sur près de 1.000 kilomètres de la frontière birmane à la frontière sud-est de l’Isan, il comprend 77 provinces et il est occupé par 62 ethnies ayant toutes leur langue, leurs coutumes, leur histoire, leur littérature, leur poésie et leur musique …  

 

De nombreux livres, guides, sites internet, forums, blogs, essayent de rendre compte de ses réalités multiples et complexes. On y lit, tout et hélas souvent le contraire de tout, fariboles, erreurs grossières, raisonnements stupides, interprétations fantaisistes, et lieux communs.

 

 

On peut penser à  Flaubert qui écrivait à sa maitresse en 1853 « Dans quel abîme de bêtise l'époque patauge ! Il y a des jours où la main me démange d'écrire ces idées reçues.

 

 

Nous avons souhaité, sans avoir ni son talent ni son style lapidaire ni son humour souvent féroce, faire litière de quelques-unes de ces idées reçues, que véhiculent nombres « d’experts » es-Thaïlande, souvent « petits blancs » dispensant des avis ou des conseils souvent empreints de mépris mal dissimulé, tous en  ignorant la langue,  l’histoire, la culture, les coutumes de ce pays. Ils sont devenus des sommités intellectuelles dès le pied posé en Thaïlande ayant leur mot à dire sur tout et sur rien prétendant souvent avoir été en France ce qu’ils n’avaient jamais été.

 

 

Grace au ciel, tous les blogueurs, tous les responsables de forums, tous les journalistes ne tombent pas dans ces travers, et respectent la langue et la culture en ne cherchant pas en toute humilité et en toute modestie à dire aux Thaïs ou à leurs compatriotes nouvellement arrivés ou de passage ce qu’ils doivent ou ne doivent pas faire. Bref, nous avons décidé de vous proposer quelques-unes de ses « fausses idées reçues » sous la forme d’un dictionnaire en faisant souvent référence à nos articles, en espérant ne pas tomber nous-mêmes dans cette suffisance imbécile de ceux qui croient savoir.

 

 

Commençons donc, comme il se doit,  par la lettre A. (à suivre)

 

 

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