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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 04:05


Portrait de Constantin Phaulkon, Grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688)

 

Constantin PhaulkonUn personnage très controversé dans l’histoire de la Thaïlande, mais qui joua un rôle clé dans l’établissement des relations franco-thaïes au XVIIe siècle.

 

Les jeunes années 

Constantin Phaulkon est né en 1647 en Grèce (de père vénitien et de mère grecque) dans une famille noble mais désargentée. Très jeune, il a alors douze ans, il s’embarque comme  mousse sur un navire anglais pour quitter La Grèce. Il vivra en Angleterre jusqu’en 1670. Puis il partira sur des navires de la Compagnie anglaise des Indes orientales. On le retrouve en 1672 dans le commerce en Asie, avec la Chine et le Japon. Il se fixe à Bantam, où il apprend le malais. Deux naufrages à l’embouchure de la rivière de Siam et un troisième sur la côte de Malabar mettent fin à sa vocation maritime. Doué pour les langues il apprendra le siamois en peu de temps et cela lui fournira l’occasion d’aller au Siam avec l’anglais Richard Burnaby, un marchand de Java nommé à la direction du comptoir anglais d’Ayutthaya.


Ses débuts la cour du roi Narai

C’est ainsi qu’il s’introduisit à la cour du Siam auprès du roi Phra Narai. Il allait employer tous ses talents à gravir les échelons du pouvoir. Il va tout d’abord s’attacher au Barcalon (le premier ministre) de Siam comme interprète. Ce dernier lui trouvant de l’esprit et de la capacité pour les affaires le fit connaître au roi qui s’attacha à lui et à la justesse de ses propos et de ses conseils.

cour-des-audiences-ayutthayaQuand le Phra Klang (le Barcalon) mourut, c’est presque naturellement que sans en prendre le titre, Phaulkon prit sa place. Il refusa tous les titres que lui proposa le roi, car il savait qu’un titre officiel le mettrait infailliblement en butte à l’hostilité et à la jalousie des mandarins, qui n’avaient pour lui qu’un respect de façade. On décèle déjà son habileté.

 

Sa conversion au catholicisme

Néanmoins sa prospérité en cours sera interrompue par une grave maladie. Il en triompha et c’est à ce moment là qu’il va se convertir au catholicisme. La date de sa conversion nous est connue comme étant le 2 mai 1682, au moment de l’arrivée de la mission apostolique française. Il promit de se rendre utile à la religion dans le royaume du Siam : « j’emploierai dorénavant tous mes soins à réparer ce que j’ai passé de ma vie dans l’erreur et à amplifier l’Eglise catholique ». Il va s’employer à faciliter la vie des missionnaires qui cependant se méfieront toujours de lui.

Certains pensent que Phaulkon s’est converti au catholicisme par intérêt, afin d’entrer en faveur auprès de Louis XIV (ce qui lui aurait été impossible s’il était resté protestant. On se souvient que  la révocation de l’Edit de Nantes, mit les protestants à l’index du royaume de France).

 

Pour confirmer sa foi nouvelle, il se maria avec une jeune japonaise (de sang portugais) catholique, issue d’une famille de martyrs.

A l’époque les Anglais et les Hollandais sont en position de force à la cour du roi. Phaulkon va s’employer à diminuer leur pouvoir, en utilisant les missionnaires catholiques français et en incitant le roi Narai à établir des liens avec le roi Louis XIV, qu’ il estimait le prince chrétien le plus puissant. C’est le sens de l’envoi des ambassadeurs siamois envoyés en France.

Phaulkon-recoitC’est aussi de cette époque (1682) que viennent ses démêlés avec les Anglais. Les sources anglaises ne sont pas tendres : « Le grec Phaulkon n’a d’autre but que d’exclure et chasser l’Honorable compagnie du commerce (anglaise).(…) « Ce porc a l’ambition de se faire appeler Excellence (…) Ce monstre de la nature a eu l’impudence de diffamer notre roi en le qualifiant de roi des démons (…) il est train de mettre à exécution la menace qu’il a brandie de faire ramper les anglais comme des chiens devant lui ».

 

Phaulkon vu par De Choisy

Constantin Phaulkon va donc recevoir le premier ambassadeur, le chevalier de Chaumont en 1685 (à Louvo) et sa suite parmi laquelle il se fera un interlocuteur privilégié en la personne du père Tachard, jésuite et un allié de circonstance en la personne de l’abbé de Choisy. Nous sommes renseignés sur sa personnalité par l’abbé de Choisy qui dans son « journal » tombe sous son charme et en parle sans arrêt dans les termes les plus élogieux : « Vous voyez que M constance sert bien la religion, il mérite que le pape et le roi lui en témoignent leur reconnaissance. Il ne lui faut que des honneurs, il se soucie peu d’argent ».

 

Dans le même temps, Phaulkon qui a très bien saisi à qui il avait affaire va couvrir de cadeaux l’abbé de Choisy qui nous donne de nouveaux aspects de sa personnalité : « M Constance vient de donner deux cents cinquante écus au collège Masprend et tous les ans il en donnera autant et traitera tous les écoliers trois fois l’année. En vérité cet homme là a du grand (…) et plus loin (…) M Constance a répondu au mémoire de M Véret et lui a accordé quelques articles et lui en a refusé d’autres. Il est bien difficile de contenter tout le monde ; pour moi je suis peut être prévenu en faveur de M Constance mais il me parait fort honnête, homme fort et raisonnable ; et jusqu’à ce qu’il m’ait trompé, je ne changerai point de sentiments (…)

 

Lopburimaison-phaulkonDiviser, opposer pour mieux régner

Pendant que  Phaulkon négocie avec les Français (surtout avec Tachard quant à la conversion du roi qu’il croit possible), discute un traité avec les uns (Véret), couvre d’honneurs les autres (l’ambassadeur De Chaumont et de Choisy), il n’en continue pas moins à flatter les Portugais : « M Constance est venu prier M  l’ambassadeur d’aller demain chez lui. Il fait une grande fête pour l’exaltation du roi du Portugal ; mais il n’a prié que les Portugais qui sont venus voir M l’ambassadeur ».  Habile subterfuge d’autant que de Choisy dit quelques semaines plus tard : « M Constanc , qui ne nous a point quittés de toute la journée, a fait tirer ce soir un feu devant sa maison pour l’exaltation du roi d’Angleterre ». On peut voir par ces exemples que Constance se saisit de toutes les opportunités. Les Français sont prévenus qu’ une place de choix leur est réservée à la cour du roi, mais il y a de la concurrence. Par le témoignage de Tachard il est sûr que Constance croit, sans doute sincèrement à la conversion possible du roi Narai, qui lui donnerait alors plus de pouvoir contre les mandarins et les talapoins. Le pèreTachard en usera et en abusera à son retour en France.

 

Ruse de Phaulkon

La ruse apparaitra dans le traité du 10 décembre 1685, durement discuté sur le plan commercial par Phaulkon (signé à Louvo). Contrairement à celui de 1680 qui était exclusivement commercial (le traité du poivre) celui-çi sera purement religieux. Le traité ne comprend que cinq articles, ils sont tous relatifs au libre exercice de la religion chrétienne et à la protection des missionnaires et de leurs ouailles. Aucune clause politique ou commerciale. « beaucoup de bruit pour peu de choses » nous dit le père Gerbillon qui en fait la narration en 1686. Le traité de 1680 est simplement, reconduit et Constance n’a rien lâché.

le-roi-Narai-le-grandAu moment de son départ le roi Phra Narai avait demandé au chevalier de Chaumont de garder le chevalier De Forbin au Siam. Cet officier avait appris très consciencieusement la langue siamoise. Ses manières de vivre et sa conduite sans reproche, son intégrité furent telles que le roi Phra Narai le prit en estime. On pense avec ce qui va suivre que Phaulkon en ressenti une grande jalousie et vit là un danger pour son pouvoir. Les évènements à venir allaient le prouver.

 

La révolte des Macassars

A ce moment là les « Macassars » issus des Célèbes (actuelle Indonésie) et musulmans de religion s’étaient réfugiés au Siam. Phaulkon qui avait de nombreux espions partout appris que ces Macassars préparaient une conspiration pour renverser le roi. C’était une menace à prendre au sérieux, car les Maures et les Persans musulmans étaient déjà très implantés au Siam et concurrents directs des Français, des Portugais et des Hollandais. Mr constance décida donc d’attaquer le camp des Macassars (le sieur Véret chef du comptoir français s’y joignit avec une quinzaine de français et ainsi que des Anglais). Cette troupe hétéroclite  fut mise en déroute face à la résistance de farouches combattants. Des morts en nombre. Mr Constance tirant les enseignements de cet échec réattaqua cette fois avec une meilleure préparation et une troupe plus conséquente. Le prince des Macassars fut tué, deux de ses fils furent faits prisonniers. Pour s’en débarrasser et éviter d’autres problèmes avec eux, Phaulkon les enverra en France. Une partie des Macassars s’enfuirent comme ils le purent, dont une cinquantaine par bateaux.

 

Les fuyards devaient passer devant la forteresse de Bangkok commandée par le gouverneur, le comte de Forbin. Constance lui demanda d’arrêter les conjurés en épargnant le sang (probablement avait -il une arrière pensée, connaissant les Macassars). Mais ce qui aurait pu être une simple interception allait tourner au carnage du fait de l’attitude guerrière des Macassars et à l’avantage de Forbin qui en sortit vainqueur.

 

 

Phaulkon contre De Forbin

Constance se plaignit beaucoup de l’attitude « guerrière » du chevalier de Forbin, qui injustement mis en cause décida de quitter le Siam. Probablement était-ce une attitude feinte de Phaulkon pour éliminer quelqu’un qui le gênait. Il alla même jusqu’à écrire une lettre au ministre de la marine français, le marquis de Seignelay le 1er novembre 1686 dans laquelle il cherchait à expliquer le brusque départ de Forbin. Il y disait que (…) » le chevalier n’avait pu s’accorder avec personne à Bangkok , et que pour des bruits particuliers qu’il devait mépriser, il  lui a demandé son congé ce dont Sa majesté siamoise, qui l’avait en affection s’était trouvée offensée (…).Une belle attitude de sa mauvaise foi !

La réussite de M Constance lui avait aussi attiré l’animosité de beaucoup de mandarins, les Anglais et les Hollandais n’étaient pas satisfaits non plus de tous ces avantages accordés à la France. Quant au clergé bouddhiste il ne voyait pas favorablement l’arrivée des catholiques « étrangers – les Falangsei) Phaulkon savait cela bien entendu. Il attendait donc la seconde ambassade française avec impatience car il avait obtenu que le roi Louis XIV lui envoie des bataillons (500 soldats) qui dans son esprit devait renforcer son pouvoir militaire. Il avait su aussi convaincre Tachard (la conversion du roi oblige) de permettre au roi de France de lui envoyer douze savants jésuites qui renforceraient son pouvoir sur le roi, « car ils avaient l’habilité d’introduire l’évangile au moyen des sciences »…

42-ramakienPhaulkon, comte de France

C’est l’époque où Phaulkon fut nommé comte de France et chevalier de l’ordre de Saint Michel avec l’autorisation de mettre trois fleurs de lys dans ses armes. Une belle reconnaissance qu’il devait autant au père Tachard qu’au père de Lachaise confesseur jésuite de Louis XIV.

 

Le début des problèmes

L’étoile du favori grec devenait pâlissante au Siam et son protecteur, le roi Narai, était tombé malade. Il fut lâché par les uns et les autres. Mais comme les intérêts français dépendaient en grande partie de son sort, sa chute allait prendre les allures d’une révolution nationaliste anti- française.

« les ennemis mêmes de M. Constance conviennent tous qu’il était un très habile homme, d’un esprit étendu, capable de grandes choses, ferme, libéral, mais son ambition, une vanité insupportable portée à vouloir que tout ployât sous lui, ternissaient beaucoup toutes ces belles qualités… »

 

Le 3 Janvier 1688, après une dernière audience du roi Narai, Claude Céberet qui avait dirigé la deuxième ambassade française (avec de la Loubère) quittait le Siam malgré l’opposition de Phaulkon qui avait tout fait pour le retenir. Céberet repartait avec un traité qui ne faisait que renouveler les précédents mais qui était favorable à la Compagnie des Indes Orientales. Avant son départ M Constance jugea à propos de donner encore une marque exceptionnelle de confiance à la France en souscrivant pour une somme de 300 000 livres de ses actions. Cette mesure qui semblait favorable à la CIO fut interprétée comme un habile moyen pour Phaulkon de s’immiscer plus directement dans les affaires de l’administration de la compagnie. Car contrairement à ce qu’en dit De Choisy, Phaulkon qui menait grand train avait besoin de beaucoup d’argent et sa villa de Louvo était en fêtes permanentes.

 

La fin de M. Constance (Phaulkon )

On est au début de 1688, M. Constance est à Louvo (Lop Buri). Il est conscient de ce qui se trame (il est étonnant qu’il n’est pas songé à fuir, sa fidélité  au roi peut-être). C’est alors qu’il demande au commandant des forces françaises établi à Bangkok, le général Desfarges, de venir protéger Louvo de soit disant pillages. Desfarges (un personnage timoré dont nous publions les non-faits d’armes) veut s’exécuter mais le sieur Véret chef du comptoir français, et surtout les évêques et l’abbé de Lionne en tête arrivent à le  disuader. Il ne se le fera pas dire deux fois.

les-balons-de-NaraiPhaulkon seul sera saisi par les hommes de main de Pitracha, mis à mort et coupé en morceaux !!! Petracha se proclama roi après la mort le 11 Juillet 1688 du roi Narai avec le soutien des mandarins, du clergé bouddhiste, et de toute la cour qui s’était opposée au pouvoir de Constance.

 

Une plaidoirie anti Constance

On a vu qu’il avait trouvé en l’abbé de Choisy, et avec du père Tachard des thuriféraires convaincus. Mais ce n’était pas le cas de tous les religieux français en particulier des apostoliques. Qu’on en juge plutôt par ces lignes de l’abbé de Lionne qui rééquilbre le jugement sur le personnage :

« Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi, entreprenant, généreux à dépenser pour paraître, fier, emporté, inégal, sur qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses et les donnant comme véritables avec mille circonstances superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant rien, qui ne se soucie que de lui, éclairé pour connaître le faible des gens et les prendre par là ; d’une humeur hautaine et insupportable à tout le monde et par là ne s’étant  pas pu conserver un ami; qui a été souple quand il était peu de choses mais qui présentement prend un air de hauteur qui révolte tout le monde contre lui ; détesté de toutes les nations qui sont au Siam (…)

qui est détesté de tout le peuple de Siam pour les impositions qu’il fait mettre sur les habitants ;  qui si le roy venait à mourir serait déchiré en mille pièces par les siamois, avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié mais selon qu’il espérera ou craindra, si on lui remet les choses ; qui fera échouer le voyage à venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute l’autorité (…) »

 

faucon-du-siam-livreIl faut mettre ce jugement en perspective de la querelle (voire de la concurrence) entre les missionnaires (comme l’abbé de Lionne) et les jésuites (comme le père Tachard) qui vont s’opposer notamment sur les relations et la politique de Constantin Phaulkon. Les deux avaient en commun de maitriser la langue siamoise et d’avoir souvent servi d’interprètes aux principales étapes de ces premières relations franco-thaïes.

Constantin Phaulkon restera dans l’histoire comme  un aventurier au destin exceptionnel, qui aura écrit un bout de l’histoire du Siam et participé à la gloire du grand roi Narai. Il aura également été mêlé à un épisode important de l’histoire de France et du règne du roi soleil.

Malgré une fin tragique, il est devenu pour les Européens une figure de légende, et sous le nom du « faucon siamois » le romancier Axel Aylen lui consacra trois gros livres.

En 1689 (après sa mort donc), la France lui signait des lettres de naturalité et octroyait à sa famille 3000 livres de rente !

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 04:05

9. Les relations franco-thaïes : 

L’abbé François-Timoléon de Choisy ? Ange ou démon ?

 


abbe-choisy-en-femmebLa vision de Pierre Larousse qui lui consacre dans son Grand Larousse du XIXème une longue notice est très éloquente sur le personnage :

« Il reçut une éducation tout à fait efféminée qui devait nécessairement le rendre impropre aux grandes choses et développer en lui ces idées de galanterie et d’élégant libertinage qui nous ont valu tant de madrigaux et de fleurette. Choisy fut donc un abbé de Cour, et même autre chose, une coquette qui avait mille fois plus de goût pour les mouches et les rubans, mille fois plus de désir de plaire que les coquettes de profession... »

Travesti, dévoré par la passion du jeu, croqueur d’héritages, voyageur au long cours, prêtre dévot, académicien tout à la fois.

 

Il nait à Paris le 16 août 1644  où il meurt le 2 octobre 1724.Sa famille est de récente noblesse de robe. Il est dernier fils de Jean de Choisy, un conseiller d’État, intendant du Languedoc, chancelier de Gaston d'Orléans, et de Jeanne-Olympe Hurault de L'Hospital (qui  est une petite-fille de Michel de L'Hospital et surtout une intime de Marie de Gonzague, reine de Pologne). 

Le petit Timoléon, très vite orphelin de père, reçoit une éducation singulière. Sa mère joua son rôle chez les « précieuses » du XVIIème. Elle est mondaine, élégante, spirituelle, légère et frivole, elle l'habille en fille, poudre, fards, mouches et diamants... et ce jusqu’à l’âge de dix-huit ans, pour faire sa cour à la reine Anne d'Autriche et l’introduire dans l'entourage du jeune frère de Louis XIV.

Le ciel l’a pourvu d’une jolie figure, il joue le jeu. Il s’initie aux joies troubles du travesti que partage « Monsieur ». Il étudie avec plus ou moins de passion la théologie en Sorbonne de 18 à 22 ans, étude, au terme desquels il obtient le titre d'abbé et les revenus temporels liés à l'abbaye de Saint-Seine en Bourgogne. Sa mère lui disait : « Écoutez, mon fils ; ne soyez point glorieux, et songez que vous n'êtes qu'un bourgeois. Je sais bien que vos pères, que vos grands-pères ont été maîtres des requêtes, conseillers d'État; mais apprenez de moi qu'en France on ne reconnaît de noblesse que celle d'épée. La nation, toute guerrière, a mis la gloire dans les armes: or, mon fils, pour n'être point glorieux, ne voyez jamais que des gens de qualité »

Abbé de cour, abbé mondain, il se pare de splendides robes, de diamants et de mouches pour séduire des jeunes personnes délurées qu'il habille en garçons. Se faisant appeler la « Comtesse de Barre », il est protégé du scandale et des poursuites par son amitié avec le frère du roi. Jusqu’à quel point ? Il ne craint pas de dire « j’avais des amants à qui j’accordais de petites faveurs, fort réservé sur les grandes ». Libre à chacun d’interpréter à sa façon ! Il est fort probable en tous cas que d‘une liaison avec une actrice, il ait eu une progéniture. Il est en outre pris par le démon du jeu.

 

 

Dès la mort de sa mère, en 1669, le jeune abbé (mais il n’a pas encore reçu les ordres) aggrave ses habitudes et transforme sa soutane en toilette de femme à la mode. Il règle rapidement la question d’héritage avec ses trois frères en se contentant de ses bijoux. Si Louis XIV ne fait pas encore profession d’une dévotion rigide, il lui fait tout de même savoir son mécontentement. Il part alors en Italie où il continue ses turpitudes de plus belle ce qui ne l’empêche pas d’être à Rome le conclaviste du Cardinal de Bouillon quand le Pape Innocent IX fut élu ! A Venise, il se ruine au jeu. En 1683, il trouve son chemin de Damas. A l'approche de la quarantaine, il tombe soudain malade et frôle la mort. Une fois guéri, décidé à changer de vie, il se retire un an au séminaire des Missions étrangères, rue du Bac sur les instances de l’abbé de Dangeau. Il publie alors en 1684 en collaboration avec celui-ci son premier ouvrage : Quatre dialogues sur l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu, la providence, la religion.

L’ abbé de Choisy au Siam

ab-de-choisy-2La publication de ces pieux ouvrages ne lui suffit pas ! Il veut se montrer ardent propagateur du catholicisme. Il demande alors au Roi de faire partie de l’ambassade de Siam, l’ambassade est pourvue, on crée donc pour lui le titre de coadjuteur. Fuyait-il ses créanciers de jeu ? Possible. Possible aussi que dans l’hypothèse de la conversion du Roi Naraï, Louis XIV ait voulu adjoindre à Chaumont une personne ayant quelques connaissances théologiques ?

L’ambassade de Siam a été organisée dans la foulée de la révocation de l’Edit de Nantes et l’abolition du code noir sur l’abolition de l’esclavage en 1685 ce qui explique que ni lui ni Chaumont ne relatent leurs acquisitions d’esclaves que raconte Nicolas Gervaise qui n’avait pas de motifs d’avoir ces pudeurs (Histoire de Macassar). Bien que le code noir n’ait pas eu beaucoup de diffusion et ait été publié après le départ de l’ambassade, il est peu vraisemblable que l’ambassadeur et son « coadjuteur » l’aient ignoré aussi ont- ils préféré omettre cet achat dans leurs écrits !

Parti pour d’autres aventures au sein de la fastueuse ambassade du très Chrétien Louis XIV, il est ébloui par l'exotisme de ce lointain royaume, et toujours pris de ferveur religieuse, s'y fait ordonner prêtre par Louis Laneau, évêque de Métellopolis, le 10 décembre 1685.

De tous les mémoires des participants à cette expédition, seul le pétillant texte de Choisy sera un succès de librairie : de 1686 à 1690, de nombreuses éditions à Paris et Amsterdam et une après sa mort en 1741, et toujours encore aujourd’hui. On admire dans son texte l’ironie et le naturel, jamais il ne prend la position d’un membre de l’ambassade où son rôle fut modeste mais où il a su se créer la fonction de coadjuteur qui n’a jamais existé que pour lui.

Le succès lui ouvre une nouvelle carrière, littéraire celle-là. Dans son cabinet, toujours habillé en femme, il découvre alors le bonheur d'écrire : livres d'histoire, ouvrages édifiants.


Il a connu une période voluptueuse, une parenthèse missionnaire, le voilà homme de lettre.

elephants-ayutthayaIl rédige, toujours habillé en femme jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, un certain nombre de travaux historiques et religieux, nous lui devons ainsi une Interprétation des Psaumes avec la Vie de David, en 1687, un Recueil de plusieurs pièces d'éloquence et de poësie présentées à l'Académie française pour les prix de 1687, donnés jour de S. Louis de la mesme année, avec les discours prononcés le mesme jour (par MM. l'abbé de Choisy et de Bergeret) à la réception de M. l'abbé de Choisy en la place de M. le duc de Saint-Aignan, toujours en 1687, La Vie de Salomon, la même année, une Les Pensées chrétiennes sur divers sujets de piété, en 1688, une volumineuse Histoire de France sous les règnes de Saint Louis… de Charles V et Charles VI, publiée entre 1688 et 1695 etc... sans compter une gigantesque histoire de l'Église publiée entre 1703 et 1723 en 11 volumes. La somme en la matière était – et reste – l’ « Histoire ecclésiastique » de Fleury. Comparant les deux ouvrages, une langue de vipère en a dit « l’histoire de Choisy est fleurie, celle de Fleury est choisie. » Lui même n’est pas dupe, il sait l’art des bons mots  et  écrit à propos de ce pavé : « Grace à Dieu,  j’ai terminé mon histoire de l’église, je vais maintenant pouvoir l’étudier ! » Une autre langue de vipère en a dit « le dernier tome se ressent de l’âge avancé dans lequel il l’a écrit ! ». Il a un sens de l’humour au second degré qui fait ma joie : débiteur à l’égard d’une marquise d’une somme de 50 louis d’or perdue au pharaon ou au tric trac, il lui envoie les 11 volumes de son histoire « pour la faire patienter ».

 

  La littérature ne retiendra guère de lui que sonJournal du voyage de Siam fait en 1685 et 1686 !

Il est élu à l’académie française en 1687 au 17ème siège où l’on retrouvera Émile Littré, Louis Pasteur et Jacques-Yves Cousteau. Son discours de réception ne mérite pas d’être rapporté, il n’est qu’un panégyrique de la politique de Louis XIV à l’égard des protestants et un monument de flagornerie. Pas mieux au demeurant que son éloge prononcé par son successeur, un austère magistrat du nom d’Antoine Portail qui n’a laissé aucune trace dans la littérature.

scene-de-siamIl y eut de son vivant un « mini » scandale à l’académie : La Bruyère fut candidat dès 1691, appuyé par le parti des « Anciens » contre les «  modernes ». Elu en 1693, il prononça son discours de réception un mois plus tard et se singularisa en louant, comme le veut la tradition, le Cardinal de Richelieu et le corps qui le recevait mais aussi sous forme de portraits des membres qui l’avaient soutenu. Certains académiciens qui n’avaient pas été cités dans le panégyrique prirent ombrage de ce traitement inégalitaire. La maladresse de La Bruyère fut aggravée  par la  publication d’une longue Préface à son discours, qui entretenait la polémique, à la suite de quoi l'Académie décida qu'un nouvel article serait ajouté aux statuts, obligeant le récipiendaire à soumettre son discours à une commission d'académiciens, avant de le prononcer. 

Choisy meurt octogénaire, doyen de l'Académie française, en 1724. Au soir de sa vie, il gardait sa bonne humeur et, bravant les tabous, confiait à sa plume alerte Les Aventures de l'abbé de Choisy habillé en femme. L’ouvrage posthume lui est attribué à tort ou à raison.

Il a vécu plusieurs vies, homme, femme, toujours dans les extrémités, plongé ou dans la bagatelle ou dans le jeu ou dans les études. Estimable par un courage qui l’a conduit au bout du monde et méprisable par des coquetteries de petite fille. Dans tous ces états, il s’est toujours laissé guider par le plaisir. Aimé et estimé de tous, il aurait pu parvenir, né aux marches du trône, à une brillante fortune s’il avait eu meilleure conduite. « Dieu ne me l’a pas permis, je me serais perdu dans les grandes élévations et d’ailleurs à la mort, j’aurais eu à en rendre un plus grand compte. Je n’aurai qu’à répondre de moi» 

 

 

 

 




 

 

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 04:27

Le Comte de Forbin


armoiriesforbinParmi les personnages ayant participé à cette folle épopée, Forbin n’est pas l’un des moins attachants. Une vie hors du commun, même pour un hobereau du règne de Louis XIV. A 30 ans, commandant en chef des armées du Roi de Siam ! Des mémoires écrites avec le recul et la sagesse de la vieillesse et une vision négative (ou réaliste ?)

 

« Bon sang ne peut mentir » ..........

Ou l’incroyable histoire d’un corsaire provençal.

 

D’or à un chevron d’azur accompagné de trois têtes de léopard de sable, posées deux en chef et une en pointe

Etrange dans ce monde que l’on croit généralement réservé aux malouins et aux bretons, un corsaire et plus encore.


I - Les origines

Les origines de la famille sont incertaines :

Les généalogies complaisantes donnent à toutes les branches une origine commune, les seigneurs de Forbes, premiers barons d'Ecosse.

Plus vraisemblablement, un ancêtre commun, Guillaume, simple peaussier « descendu » de Langres à Marseille, conduira la famille, au terme d’une lente ascension sociale, fréquente sous l’ancien régime, de l’artisan au commerçant puis à l’armateur, de l’achat d’une « savonnette à vilain » (charge vénale anoblissante) à l’achat d’un régiment, de mariages flatteurs en mariages flatteurs et voilà en quelques générations la famille, enrichie dans le négoce, fut-ce celui des esclaves, agrégée à la noblesse immémoriale. Un détail singulier, on ne trouve point chez eux ce fat orgueil qui conduisait souvent les aristocrates d’ancien régime à s’inventer des ascendances prestigieuses : Dans leurs jours de modestie, tous les princes italiens descendent de Jules César, les Lévis sont les cousins de la Sainte Vierge et les Mortemart furent les seigneurs de la mer morte. Antoine, dernier marquis de Forbin-La Barben, mort dans les années 60 disait volontiers que l’origine de son patronyme était tout simplement  « forban » ce qui en tous cas correspond fort bien à notre personnage !

 

II - Le grand Palamède

 

Première entrée d’un Forbin dans l’histoire de France, Palamède.  Dûment

chapitré par Louis XI, l’ « universelle aragne », à son instigation, le Comte du


Maine, Charles IV d’Anjou, comte de Provence et de Forcalquier institua la couronne de France pour son héritière. A la mort de Charles, en 1508 Palamède pris possession de la Provence au nom de Louis XI qui lui laissa le gouvernement comme Gouverneur et grand sénéchal de Provence, ses nouveaux domaines, avec un pouvoir presque absolu (qu’il lui reprendra six mois plus tard) en lui disant « tu m’as fait comte, je te fais roi », parole dont la famille a fait sa fière devise « Comite ego regem, me comes regem ». Les inlassables services rendus par la famille à leurs rois valurent à ses différentes branches l’érection de trois terres en marquisat, Marquisat de Janson, Marquisat d’Oppède et Marquisat de La Barben. Elle eut droit aux « honneurs de la cour » ce qui n’était pas une mince affaire à une époque où Louis XIV et Louis XV eurent toutes les difficultés du monde à y faire admettre leurs gourgandines. Mais les Forbin ne sont pas à la cour ! Sur chaque champs de bataille, un Forbin, sur l’échafaud révolutionnaires, encore des Forbin, dans la grande boucherie de 1914, toujours des Forbin, dans les armées de l’ombre, encore et toujours des Forbin, il est des familles où l’on savait payer le prix de l’ « impôt du sang ».

 

III – « La » femme de la famille

 

N’oublions pas les femmes héroïques de la famille. Sous le second empire la marquise de Forbin d'Oppède, issue elle aussi d’une vielle famille provençale occupe une place bien oubliée. Appartenant au groupe des « catholiques libéraux », elle lutte desespérément aux côtés de Montalembert, Léopold de Gaillard et Victor de Laprade, lors du concile «  Vatican I » relatif à l’infallibilité pontificale en affrontant directement le Vatican tout en défendant avec non moins de courage le pouvoir temporel menacé par les unitaires italiens. Peu de temps avant l'ouverture du Concile, les catholiques libéraux exprimèrent leurs sentiments dans un grand article du Correspondant paru le 10 octobre 1870. Après le long silence où s'étaient maintenus Mgr Dupanloup et tous ses amis, ce manifeste, qui déclarait « faire confiance à l'assemblée conciliaire », tout en montrant les obstacles qui s'opposaient à une définition de l'infaillibilité et en affirmant la nécessité de la liberté, fit véritablement sensation.

Las ! Ils échouèrent. Au lendemain du concile, Victor de Laprade rapproche la défaite des libéraux de celle de la France en 70 .......

... L'issue du concile complique encore le désastre moral de la France. Voilà le catholicisme qui s'identifie officiellement avec le jésuitisme et pour corollaire voilà le dernier peuple catholique qui fût encore debout, écrasé par une race protestante.

   

 IV - Claude

Une enfance agitée

Claude, de la branche de Gardanne, a du sang bleu dans les veines mais plus encore du sang bouillonnant. Il est né en 1656 à Gardanne dans la maison de familles, 27-29 grand rue actuelle rue Puget. Son sang bouillonne ? Il a 10 ans : Un chien enragé qui effrayait tout le voisinage, vint sur moi la gueule écumante. Je l’attendis de pied ferme et, lui présentant d’abord mon chapeau, je le saisis par une jambe de derrière et je l’éventrai d’un coup de couteau en présence d’une foule de gens qui étaient venus pour me secourir.

Il n’a pas laissé de bons souvenirs à Gardanne !  Il part « au service » sans y remettre jamais les pieds et surtout parce qu’il va, avec ses frères, lui faire des misères. Les Gardannais veulent racheter les droits seigneuriaux. En 1666, les frères Forbin les punissent en détruisant les aménagements publics : Les habitants envoient à Paris deux représentants porteurs de la lettre suivante au roi : Il y a deux ou trois mois, par violence et voies de fait des seigneurs contre les habitants, leur démolissant leurs viviers, écluses, fosses, les privant des eaux pour l’arrosage de leurs terres, de laquelle ils avaient joui de tout temps, les réduisant à quitter leurs maisons… Claude a une haine farouche contre sa ville natale. Le rachat est fixé à 134.492 livres, somme énorme, malgré ce Gardanne rachète et devient Communauté en 1673.

 

L’appel de la mer

 

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Il est très jeune orphelin de père, Il n'est pas l'aîné, il est noble, cadet, il n’est pas riche, il est donc destiné à la robe derrière une juteuse prébende. Il préfère « le service » comme on disait alors. Mais le choix de la marine n’est pas innocent, il fut celui de beaucoup de gentilhommes provençaux, cadets désargentés. En 1670 en effet Colbert créa pour les marins de la « Royale » le premier système de retraite par répartition. En pleine période d’absolutisme royal, les riches payaient pour les pauvres ! Le système était financé par une cotisation prélevée sur la solde des officiers de marine qui en profitaient à leur tour s’ils revenaient indemnes de leurs campagnes lointaines. Un chef d’œuvre aujourd’hui en péril.

Il rejoint donc un oncle Louis qui sert aux galères et avec lequel il fait à 20 ans la campagne de Sicile et combat avec fougue au Stromboli, à Agosta et à Messine.

Il fait ensuite comme mousquetaire sous les ordres d’un autre oncle Forbin, les campagnes de Franche-Comté et d'Artois (1676). Rentré à Paris mais resté mousquetaire, il passe un an à se morfondre, notamment en prison où ses « vivacités »  le conduisent souvent de temps à autre.

Il rejoint ensuite la Marine comme enseigne de vaisseau  à Brest. De retour à Marseille il se prend de querelle avec un autre enseigne, le chevalier de Gourdon. Il le provoque en duel et le laisse raide mort.

Louis XIV, lors de son sacre, avait fait serment de ne jamais faire grâce aux duellistes, la condamnation à mort était inévitable. Les édits de Richelieu sont toujours en vigueur. Le Bailli de Forbin, oncle de Claude, saisit Colbert pour obtenir que le procès se tienne à Aix sous forme de procédure criminelle ce qui ouvrait la voie de la grâce royale que Forbin obtint.

Toujours sous les  ordres du comte d'Estrées, il fait la campagne des Antilles en 1680et sous Abraham Duquesne, comme lieutenant de vaisseau, il fait la campagne d'Afrique et participe au bombardement d'Alger en 1682.

L’aventure siamoise

L’aventure siamoise va alors commencer : Lieutenant de vaisseau en janvier 1684, il fut, sur ordre de Louis XIV, attaché à l’ambassade envoyée au Siam.

N’épiloguons pas sur le rôle de Claude au Siam, il fait par ailleurs l’objet d’une relation circonstanciée sur notre blog. Son audace et son franc parler - il ne s’est pas assagi - séduisirent le Roi Naraï. Malgré la haine farouche que lui voue Phaulkon il devint Grand Amiral - Général des armées du Siam.

Il n’a qu'une idée en tête : retourner en France, il déteste le Siam et les siamois, il se méfie comme de la peste des manœuvres de Phaulkon. Rien ne lui plaît : ni la population ni l'habitat ni la nourriture ni les habits dont il doit s'affubler.

 

Il est autorisé à retourner au pays en juillet 1688. Son rapport au Roi Louis XIV achève de décourager ce dernier de ses velléités de commerce avec cette partie de l'Asie et encore plus de convertir la population et son roi à la religion du Christ !

Forbin


Le corsaire

Débute alors la période de corsaire sinon de forban. Commandant la frégate « Les Jeux » il escorte un convoi en Manche sous les ordres de  Jean Bart sur « La Railleuse ». Ils sont attaqués par des forces supérieures et alors qu'ils prennent le dessus, Jean Bart rate une manœuvre ce qui permet à deux vaisseaux anglais de le prendre en tenaille. 
Forbin décide alors de le rejoindre, leurs deux vaisseaux se sacrifient et le convoi s’échappe. Ils sont faits prisonniers et conduits à Plymouth. Quelques jours plus tard, ils s’évadent sur un simple canot à rames. Il entre rapidement en querelle avec Jean Bart qui n’a pas meilleur caractère que lui et chacun suit sa voie.

Capitaine en 1689, chef d’escadre en 1707, il a sillonné toutes les mers du monde jusqu’au cercle polaire remportant partout succès sur succès, victoire de Lagos, siège de Barcelone, Venise et Mer blanche.

En 1708, il est chargé d’un projet de débarquement en Ecosse pour y reconduire Jacques Stuart, héritier des droits des Stuart aux trônes anglais, écossais et irlandais. Querelles avec ses supérieurs sur le plan qu’il juge insuffisant, l'opération échoue. Il décide alors de quitter le « service » en 1710 et se retire en sa bastide de Saint Marcel près de Marseille où il meurt  en 1733.

La retraite

Dans sa bastide de Saint-Marcel, au sud de Marseille, une pierre gravée résume sa pensée : « Lassé d'espérer et de feindre éloigné du monde et du sort, je viens attendre ici la mort, sans la désirer ni la craindre ».

Les honneurs rendus par la marine « royale »

La marine nationale l’a honoré en donnant son nom à six de ses navires :

Un aviso mis en service en 1859.

Un croiseur lancé en 1888

Un patrouilleur auxiliaire qui servit au Forces Navales Françaises Libres.

Un torpilleur mis à l'eau en 1928

Un escorteur d'escadre mis à l'eau en 1955.

Dernier en date, une frégate de la nouvelle génération mise en service en octobre 2010.

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Le buste de Forbin au Musée de la marine à Paris

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