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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Bernard, retraité, marié avec une femme de l'Isan, souhaite partager ses découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires, culturelles, politiques,sociales ...et de l'actualité. Alain, après une collaboration amicale de 10 ans, a pris une retraite méritée.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 05:14

 

Depuis que le monde est monde, l’homme a construit des barrages sur ses fleuves et ses rivières. Notre propos n’est pas d’en faire l’histoire, mais de constater à travers elle que l’homme a toujours cherché à retenir l'eau, la dériver et la canaliser à son profit. Ces activités hydrauliques furent connues dans toutes les civilisations. C’est le plus souvent l’archéologie qui nous éclaire. Ainsi l’architecture nous en donne des exemples dans l’antiquité, en Égypte, en Orient, à Rome et dans son empire, en extrême orient,  Chine et Japon, dans le monde indien, et plus proche de chez nous au Sri Lanka.

 

 

On y trouve les très vieux réservoirs de BASAWAKKULAM qui aurait été construit vers 430 av JC, TISSA, construit vers 307 av JC) et NUWARA qui date du 1er siècle de notre ère, situés près de la ville d'Anuradhapura. Ils ont été découverts et restaurés vers la fin du 19e siècle par le colonisateur anglais.

 

 

Si nous ne trouvons rien de similaire dans le Siam ancien ou tout au moins rien que nous ait encore révélé l’archéologie, il nous faut évidemment revenir sur la présence de l’empire Dvaravati sur son sol. Nous nous sommes penchés sur quelques-unes de ces cités qui subsistent encore en dépit de l’extension de l’agriculture ou de l’urbanisation et du désintérêt des Siamois pour leur passé historique.

 

 

Dans notre article concernant le site le plus proche de chez nous, Muang Fa Daet Song Yang (เมืองฟ้าแดดสงยาง) ou Kanok Nakhon (กนกนคร) (1), nous avons évoqué Nakhon Pathom (นครปฐม), Sri Thep (ศรีเทพ) située dans la province de Phetchabun (เพชรบูรณ์), U-Thong (อู่ทอง), berceau du royaume d'Ayutthaya dont le premier roi, Ramathibodi fur prince d'U Thong, Khu-Bua (คูบัว)ท toujours « cité majeure » du Dvaravati est située à 12 km au sud-est de Ratchaburi (ราชบุรี), Non Muang - Muang boran (นอนเมือง เมือง โบราณ) à quelques kilomètres au sud de Chumphae (ชุมแพ), découverte seulement en 1980. Nous y reproduisions des photographies aériennes significatives. Ajoutons aujourd’hui celui de Si Mahosot (ศรีมโหสถ) dans la province de Prachinburi. Nous y retrouvons également, de façon plus ou moins nette, des cités entourées de puissantes douves protectrices et un vaste réseau de réservoirs, canaux et digues utilisant les cours d’eau afin de stocker puis redistribuer l’eau. Le but était apparemment de remédier aux déficits de pluie, mais aussi de permettre l’irrigation en saison sèche.

 

 

Nous relevons encore de façon peut-être moins significative la présence dans le Nord-est où nous habitons de multiples pièces d’eau de toute évidence artificielles dont le but essentiel semble avoir été, par la construction de modestes barrages toujours en terre, de pallier au déficit de l’eau en période de saison sèche. Nul ne peut être en mesure de nous expliquer de quand ils datent « nous les avons toujours vues » disent les plus anciens, ce qui ne nous éclaire guère.

 

 

Mais de quand date avec certitude la première utilisation de l’eau à des fins énergétiques ?

 

Depuis la plus haute antiquité l’homme a su utiliser et domestiquer l’énergie cinétique de l’eau, horizontale ou verticale, pour faire tourner une roue à aubes et la transformer en énergie rotative par l’utilisation d’engrenages. Ainsi tournèrent pendant des siècles les moulins à farine. Leur présence en Asie est certaine, nous en avons une superbe représentation imagée datant du XIIe siècle dans un temple chinois du Shanksi (2). Ils présentaient alors, sur les moulins à vent également connus depuis toujours, l’avantage incontestable de pouvoir tourner 24 heures sur 24 alors que les moulins à vent ne tournent que lorsqu’il y a du vent.

 

Photo Institut de recherche et de conservation  des monuments du Shanksi

 

Le phénomène électrique est connu depuis longtemps mais c’est Oersted qui en 1820 découvrit les principes de l’électro-magnétisme

 

 

...

qui permirent quelques dizaines d’années plus tard la construction des premiers alternateurs  fournissant de l’électricité alternative. Leur principe est simple (si l’on veut) : l’énergie cinétique (de l’eau en l’occurrence) fait tourner une turbine (la lointaine roue à aube) dans un cadre magnétique qui lui permet de produire de l’électricité.

 

 

C’est le même principe, tout aussi simple, qui faisait tourner les dynamos de nos vieilles bicyclettes, produisant cette fois du courant électrique continu.

 

 

Le dernier quart du XIXe siècle et  les débuts du XXe virent la construction de nombreuses usines fonctionnant à la « houille blanche », de taille modeste d’abord jusqu’à la construction de barrages géants.

 

 

L’arrivée de la France sur la péninsule dans la dernière moitié du XIXe va rendre notre pays maître, sur des centaines de kilomètres, des rives du Mékong, au Laos et sur 25 kilomètres de la rive droite au Siam, au Cambodge et au Vietnam. Les Français se sont intéressés au premier chef à la navigabilité du Mékong pour désenclaver le Laos et ouvrir une voie vers la Chine. Elle s’est avérée aléatoire et souvent mortifère. Nous lui avons consacré de nombreux articles (3).

 

 

La question de l’utilisation du Mékong comme source de houille blanche est abordée dès le 14 février 1925  dans le « traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et le Siam ». C’est l’époque où la France électrifie son pays.

 

L’électrification dans nos  colonies d’Indochine reste anarchique et aléatoire, soumise essentiellement à l’initiative privée donc au profit (4).

 

En Thaïlande les premières tentatives d’électrification datent de 1884. En 1972, 10% seulement des villages du pays profond étaient électrifiés. Aujourd’hui (73.348 villages) ils le sont pratiquement  (5).

 

 

Contentons-nous de signaler que jusque dans les années 80, il n’y avait dans la plupart de nos villages du nord-est ni électricité ni eau courante. Dans les villages respectifs de nos épouses dans la province de Kalasin, l’électricité fut installée dans les années 80 et l’eau « au robinet » a rapidement suivi (6).

 

 

Les extraordinaires possibilités de production énergétiques du  Mékong et la tentation d'utiliser ce fleuve pour les liaisons commerciales et son utilisation hydroélectrique sur plus de 2000 kilomètres entre la mer et la frontière chinoise ont toujours été à l'origine de préoccupations d'organisations officielles à caractère international. C'est ainsi qu'un premier traité a été signé entre la France et le Siam le 15 août 1856, et que la convention du 25 août 1926 sur la navigation du Mékong sert encore de base aux pratiques actuelles.

 

 

En 1957, la Commission économique des Nations Unies pour l'Asie et l'Extrême-Orient, créée en 1947, lance une étude sur le développement des ressources hydrauliques dans le bassin inférieur du Mékong (Economic and Social Commission for Asia and the Pacific ou ESCAP dont le siège est à Bangkok).

 

Le Comité pour la coordination des études sur le bassin du Mékong est créé en 1958.

 

 

Dire que l’absence alors de la Chine sur le territoire de laquelle le Mékong prend sa source est due à l’influence des États-Unis est une stupidité. Les Chinois ont alors d’autres soucis : les séquelles des folies du Grand Bond en avant, de 1958 à 1961, et les aberrations de la révolution culturelle de 1966 à 1969 qui furent responsables de plusieurs dizaines de millions de morts.

 

 

La France n’a reconnu la république populaire de Chine qu’en 1964 et celle-ci ne fit sa véritable entrée dans les Nations Unies qu’en 1971-72. Elle était alors censée être représentée par la république de Formose (Taïwan) qui ne se souciait évidemment pas de l’aménagement du grand fleuve.

 

 

L’eau représente alors un élément essentiel pour le développement agricole, grâce à l’irrigation, et pour le développement industriel, grâce à l’hydroélectricité. La situation géographique même du Mékong implique la coopération nécessaire des pays riverains : Cambodge, Laos, Vietnam et Thaïlande mettent en place en 1958 du Comité pour la coordination des études sur le bassin inférieur du Mékong.

 

 

Il devient ensuite le Comité Interim du Mékong de 1978 à 1985 eu égard aux vicissitudes politiques de la région : Le Laos est devenu la République populaire démocratique lao, le Vietnam est réunifié et les Khmers rouges ont pris le pouvoir au Cambodge. Ce pays quitte le comité en 1977.

 

 

A partir de 1988, le Comité évolue, notamment par la prise en considération des problèmes environnementaux et réintègre le Cambodge. Il devient la Commission du Mékong  (Mékong River Commission) ; ce qu’il est toujours.

 

 

La Chine et la Birmanie ne font pas partie de la Commission, autrement qu’à titre d’observateurs. Le choix de la Chine est évidemment stratégique puisqu’elle a la maîtrise du fleuve en amont  du bassin et contrôlerait ainsi 70% du débit en période de sécheresse. La Birmanie quant à elle n’a qu’une implication géographiquement marginale : Son contexte politique interne n’est pas propice à la coopération et d'autre part son espace territorial concerné par le Mékong est minime.

 

N’oublions pas non plus que ces deux pays considèrent l’ONU et les organisations internationales qui en dépendent comme ce que le général De Gaulle qui avait le sens de la formule, appelait un « machin ». Incapables depuis leur fondation de régler quelque problème que ce soit et de faire régner la paix dans le monde, les Nations-Unies sont à fortiori tout aussi incapables de régler les questions économiques et environnementales.

 

 

Le Chine s’est toujours allégrement assise sur les résolutions de l’ONU quand par exemple elle a, selon les uns envahi le Tibet, et selon les autres récupéré des territoires historiquement chinois.

 

 

Les Birmans ne se sont non plus jamais souciés des décisions de l’organisation l’invitant à restaurer la démocratie (laquelle ?) dans leur pays. Les ONG se sont  battues en vains contre les barrages en Chine pendant plus de 20 ans, et pendant plus de dix ans contre celui de Xayaburi au Laos

 

 

Nous ne discuterons pas de la question de savoir si les barrages sont un bien pour l’environnement ou s’ils sont maléfiques.

 

 

Nous avons consacré plusieurs articles à ce très discuté aménagement du Mékong (7).

 

 

LE MÉKONG BLEU

 

Les problèmes surgissent en 2019 : le Mékong changea de couleur, il devint bleu et ses rives furent envahies par des algues nauséabondes. Le phénomène est de retour au début de l’année 2021 suite à une sécheresse inhabituelle (8).

 

 

La Chine est une fois encore sur la sellette. Une fois encore, avec une querelle de chiffre. Elle dispose de 11 barrages sur le fleuve long de 4.350 km, qui passe par cinq autres pays en aval et dont plus de 60 millions de personnes dépendent pour vivre. Ces dernières semaines (février 2021), les niveaux d’eau sur le fleuve ont baissé dramatiquement en plusieurs endroits au Laos, en Thaïlande, au Vietnam et au Cambodge. A certains endroits du fleuve, les eaux habituellement marrons redevinrent bleues, signe d’une faible profondeur et d’une faible teneur en alluvions, le phénomène observé l’an dernier à la même époque. La Commission a alors attribué « en partie » (quelle précision pour une étude scientifique) la pénurie en eau à une rétention au niveau des barrages chinois en amont, mais le gouvernement chinois a contesté cette conclusion.

 

 

Dans le courant du mois de février toutefois, la Commission a déclaré que le débit du Mékong au sortir du territoire chinois était passé de 768 mètres cubes par seconde au début du mois à 1.020 mètres cubes par seconde aux environs du 15.

 

Mais le ministère chinois des Ressources en eau a toujours affirmé que le débit à Jinghong, celui des 11 barrages se trouvant le plus en aval, était constamment supérieur à 1.000 mètres cubes par seconde depuis fin janvier. « Cet écart entre les estimations du débit au niveau des barrages peut être dû à l'utilisation de différentes méthodes de calcul » certes mais la mesure du débit d’un cours d’eau ne mous apparaît pas comme problème insoluble comme celui de la quadrature du cercle ou la démonstration du postulat d’Euclide.  Pour mesurer le débit d’un cours d’eau, il n’y a qu’une méthode de calcul, non pas une méthode chinoise et une méthode onusienne : Il suffit de multiplier la vitesse moyenne de l'eau en mètres par seconde  (V) par la largeur moyenne  en mètre (L) et par la profondeur moyenne en mètre  (P), tous paramètres faciles à déterminer. Le débit du cours d'eau est de V x L x P en mètres par seconde. C’est à peu près du niveau des problèmes d’arithmétique soumis aux candidats au Certificat d’études primaires des baignoires qui se remplissent d’un côté et se vident de l’autre.


 

 

 

La commission a déclaré que ses experts et ceux de Chine « travaillaient ensemble pour fournir des informations plus cohérentes sur les rejets d'eau » ; ce qui ne résout pas le problème d’autant que l’on accuse volontiers (à tort ou à raison ?) l’absence de transparence du côté du démon chinois. Le fait que les États-Unis qui n’ont rien à voir dans la région exhortent régulièrement les gouvernements de la région du Bas-Mékong à exiger des réponses de la Chine explique peut-être l’énervement de ce pays.

 

 

Accusée de menacer l’équilibre écologique et social du Mékong, la Chine affirme qu'il existe d’autres facteurs que ses barrages pour expliquer la baisse du niveau de l’eau ces dernières années, une diminution des précipitations, ce qui doit facilement se mesurer eu égard au dérèglement climatique et également la présence d’autres barrages sur des affluents du fleuve.

 

 

Concrètement,  il y a onze barrages en Chine qui bloquent le cours supérieur du Mékong, en comptant aussi les barrages sur les rivières affluentes ainsi que celui de Xayaburi qui se trouve sur le bas Mékong au Laos, construit par des investisseurs thaïs et qui vend l'électricité à la Thaïlande. Il existe encore des centaines de barrages qui bloquent les affluents du Mékong au Laos, en Thaïlande et au Vietnam. Le phénomène du Mékong bleu est-il dû aux barrages chinois ou à celui de Xayaburi ?

 

 

 

Devant cette situation, existe-t-il des solutions ou seulement de l'espoir ?

 

Nous l’avons cherché (sans la trouver) dans un article tout récent du site « activiste » Isaan record’ du 23 février 2021 (9) sous forme d’ailleurs d’une « libre opinion » (heureusement !). L’analyse synthétique est fine et les conclusions brutales. Il prône tout simplement la « déconstruction ET l’élimination des barrages ». Avons-nous traduit correctement « deconstruction and elimination of dams » ? Dans sa version thaïe il écrit  ราหลีกไม่พ้นที่จะต้องมีการรื้อเขื่อน หรือยกเลิกการใช้เขื่อน  ce que nous traduisons à tort ou à raison  par « nous devons les démanteler OU ne plus les utiliser » ce qui n’est tout de même pas tout à fait pareil.

 

 

Quoiqu’il en soit, il est toujours permis de rêver sur la possibilité matérielle de  « déconstruire » ou de « démanteler » quelques centaines d’ouvrages d’art et d’éradiquer définitivement l’utilisation de l’électricité d’origine hydroélectrique et de transformer les gigantesques stations hydroélectriques en musées pour que les générations futures se penchent sur les délires  de celle qui fut la nôtre.

 

A l’heure actuelle, les populations de Birmanie et du Laos ne bénéficient de l’électricité qu’à moins de 40 % et celles tout au plus au tiers. La Thaïlande et le Vietnam le sont présentement à 100 %.

 

L’homme ne peut pas se passer d’eau, mais il peut se passer d’électricité. On vivait en Isan il y a 50 ans sans électricité.

 

 

En 2021 cela semble difficile. Ces protecteurs de l’environnement, qu’ils soient universitaires ou pas, nous amusent. Il leur est facile de pester contre les méfaits de la société de civilisation mais il leur est aussi bien agréable d’en être le maillon final. Or, on ne peut vivre en 2021 en se passant d’électricité. Il est un élément constant, c’est qu’en réalité l’électricité, à l’inverse de l’eau et de toutes sortes de carburants, naturels ou nucléaires ne se stocke pratiqu,ent pas et ne se conserve pas ou difficilement.

 

Il semble que les Thaïs soient, dans leur majorité, hostiles à l’électricité nucléaire. Elle représente près des trois quarts de la production électrique en France à ce jour sans difficultés, un choix obligé puisqu’il n’y a plus de cours d’eau susceptible d’accueillir des barrages dans notre pays. L’hostilité des Thaïs est peut-être justifiée par le drame de Tchernobyl et celui de Fukushima malgré l’existence d’un puissant lobby. L’un de nous ne s’est  pas caché il y a une dizaine d’années d’avoir profité de ses largesses mais c’est peut-être là qu’est l’avenir ? (10).

 

 

L’électricité d’origine thermique – charbon, bois ou pétrole – est épouvantablement polluante et entraîne pour le producteur une étroite dépendance avec le fournisseur de carburant, notamment de pétrole. Les réserves de bois, de pétrole ou de charbon ne sont pas inépuisables.

 

 

Les éoliennes dont on parle beaucoup et qui ne sont que des moulins à vent améliorés  sont évidemment soumises aux éléments, pas de vent, pas d’électricité et toujours le problème du stockage.

 

 

L’énergie solaire, peut-être une solution d’avenir, pose également le problème du stockage et n’a donné lieu à ce jour qu’à des réalisations ponctuelles. On peut certes  alimenter le ventilateur et l’ordinateur d’une maison voire d’un village avec des panneaux solaires (mais à quel coût ?) ou des  moulins à vent.

 

 

Pour le reste, nous ne sommes expert ni l’un ni l’autre et nous garderons de conclure même s’il nous déplaît de voir le Mékong bleu.

 

La situatiion lors des fêtes du nouvel an bouddhiste (semaine du 12 au 17 avril)

 

Nous avons reçu des précisions de notre ami Fernand Dorgler par courrier du 17 avril avec photographies, qu'il en soit remercié :

 

Voilà quelques photos prises il y a un quart d'heure.  Je pense que le Mékong reflète la couleur du ciel. Il est plus foncé du côté laotien car plus profond, entre 6 et 7 mètres, de mon côté il varie entre 3 et 4 mètres. Depuis une quinzaine de jours il remonte régulièrement, à ce jour j'estime qu'il est remonté de l'ordre de un demi-mètre.
La dernière photo montre les sédiments déposés sur les parois du canal d'irrigation qui a été restauré en novembre - décembre dernier.

 

 

NOTES

 

(1) INSOLITE 6 - AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

(2) Voir l’article d’Eric Trombert «  Un moulin chinois du XIIe siècle » in Arts asiatiques, tome 51 de 1996.

 

(3) Voir nos articles

A168. La première expédition française du Mékong. (1866-1868)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a166-la-premiere-expedition-fran-aise-du-mekong-1866-1888-124795735.html

A169. Les pionniers du Mékong dans les rapides cambodgiens (1884-1899).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a168-les-pionniers-du-mekong-dans-les-rapides-cambodgiens-1884-1899-124853647.html

A171. Les pionniers du Mékong (1890-1893)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a171-les-pionniers-du-mekong-1890-1893-125289532.html

A172. Les Pionniers du Mékong laotien (1893-1894).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a172-les-pionniers-du-mekong-laotien-1893-1894-125325681.html

A 173. Les pionniers du Mékong. De Vientiane à Luang Prabang et Tang Ho (1895).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a173-les-pionniers-du-mekong-de-vientiane-a-luang-prabang-et-tang-ho-1895-125381144.html

A 191 – LE COMMANDANT JULES DIACRE (1864 – 1903) UN HÉROS OUBLIÉ DU MÉKONG.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a-191-le-commandant-jules-diacre-1864-1903-un-heros-oublie-du-mekong.html

 

(4) Voir l’article d’Hugues Tertrais « l’électrification de l’Indochine » In: Outre-mers, tome 89, n°334-335, 1er semestre 2002

 

(5) Voir la brochure distribuée par PEA (การไฟฟ้าส่วนภูมิภาค - PROVINCIAL ELECTRICITY AUTHORITY) de février 2014  « Rural Electrification in Thailand : Policy and Implementation »

 

(6) Voir notre article A 278 - LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน - ปี 2493)

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-278-les-maisons-traditionnelles-du-nord-est-de-la-thailande-un-aspect-de-la-vie-dans-nos-villages-en-1950.2493.html

 

(7) Voir nos articles :

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-250.la-problematique-des-barrages-sur-le-mekong-entre-la-chine-et-les-cinq-autres-pays-en-aval-myanmar-laos-thailande-cambodge-et

A 337 - LE MÉGA-BARRAGE DE XAYABURI SUR LE MÉKONG LAO A ÉTÉ MIS EN SERVICE LE 29 OCTOBRE 2019. UNE BONNE NOUVELLE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/a-337-le-mega-barrage-de-xayaburi-sur-le-mekong-lao-a-ete-mis-en-service-le-29-octobre-2019.une-bonne-nouvelle.html

 

(8) Voir notre article :  

A 348- FIN 2019, LE MÉKONG CHANGE DE COULEUR. แม่น้ำโขงเปลี่ยนเป็นสีฟ้า

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/01/a-349-fin-2019-le-mekong-change-de-couleur.html

 

(9)  https://theisaanrecord.co/2021/02/23/the-mekong-in-crisis/

L’article est signé de Chainarong Sretthachau, un universitaire de Mahasarakham spécialisé en écologie. « Activiste » n’est pas péjoratif dans notre bouche. C’est ainsi que le site se qualifie lui-même. Il serait préférable de dire « contestataire ».

 

(10) Voir notre article A22 : Nucléaire en Thaïlande, les édredons de la honte ! http://www.alainbernardenthailande.com/article-a22-nucleaire-en-thailande-les-edredons-de-la-honte-71380154.html

 

Nous en sommes toujours à l’hypothèse de la fission. L’avenir se trouve peut-être dans la fusion nucléaire.

 

 

C’est une inépuisable source d’énergie non polluante. Des chercheurs du monde entier s’y penchent dans le centre de recherche situé à proximité du centre d’études nucléaires de Cadarache près de Manosque. C’est le projet ITER (international thermonuclear experimental reactor) qui associe les chercheurs de 35 pays, Union européenne, Royaume-Uni, Inde, Japon, Chine, Russie, Corée du Sud, États-Unis et Suisse. Il est à l’échelle du programme Apollo, notamment par son coût et deviendrait opérationnel en 2035 ! Les Nations Unies n’ont rien à y voir et c’est une bonne chose.

 

 

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 22:04

 

Le « Bangkok Post » qui est – paraît-il - « Le journal qu’il faut lire » comporte  souvent des analyses qui ne sont pas dépourvues d’intérêt, même si elles nécessitent parfois une lecture critique.

 

 

Dans sa livraison du 9 février 2021, un  article concernant les « hauts salaires » est intitulé « IT gets highest salaries at officer level » (« L'informatique distribue les salaires les plus élevés au niveau des cadres »). La source est fiable, il s’agit des données recueillies par la plate-forme JobsDB, une gigantesque entreprise de recherche de personnel et d’offres d’emploi.

 

 

Le rapport sur les salaires 2021 de JobsDB, examine les emplois les mieux rémunérés et les moins rémunérés par poste du petit cadre au cadre supérieur.

 

LES « PRIVILÉGIÉS »

Selon  JobsDB donc, l'informatique se classe au premier rang en ce qui concerne l'emploi le mieux rémunéré au niveau des cadres en Thaïlande avec un salaire mensuel de 23.225 à 41.122 bahts, soit  de 645 à 1.140 euros. (À l’heure où nous écrivons (février 2021), la valeur moyenne d’un euro est d’environ 36 bahts).

 

 

 

Elle est notamment supérieure à celle d’autres secteurs d’activité ainsi « professionnal services » (22.872 – 39.331 bahts) qui suit. Il semble que sous ce vocable se groupent des activités nécessitant une formation spéciale et la possession de diplômes professionnels sanctionnant des compétences spécifiques telles que des architectes, comptables, ingénieurs, médecins, avocats et enseignants. Suit le secteur des télécommunications avec une fourchette de 22.785 à 38.612 bahts

 

 

Le secteur médical navigue entre 21.945 et 37.320.

 

 

Ce qu’on appelle du terme horrible de « E-commerce » c’est-à-dire le commerce pratiqué par Internet offre de 21.599 à 35.283 bahts

 

 

L’ingénierie se situe entre 21.406 et 35.711 bahts La banque est plus modeste, de 21.035 à 37.623 bahts

 

 

L’assurance offre de 21.205 à 34.680 bahts Le négoce classique (merchandising and purchasing) est de peu en dessous : 20.829 à 33.442 bahts. Suit enfin le marketing et relations publiques de 20.524 à 32.589 bahts.

 

 

L’évolution du monde vers le numérique est la raison évidente de cette transformation du marché du travail. Au niveau des cadres supérieurs, le commerce par Internet offre des salaires de 36.857 à 64,787 bahts, suivi par les télécommunications, de  36.541 à 67.134 bahts et l’informatique 36.522 à 66.920 bahts.

 

Au niveau des hauts responsables (« managers »), la rémunération dans les assurances varie de 55. 762 à 90.716 bahts. Dans l’informatique, nous allons de 54.435 à 93.324 bahts, dans la banque de 52.993 à 94.481 bahts,  dans les télécommunications de 52.353 à 94,607 bahts 

 

...et dans les services professionnels de 52.274 à 90.941 bahts.

 

Dans les plus hauts sommets, nous trouvons des rémunérations mensuelles de 113.563 à 164.071 bahts dans les services professionnels, dans le commerce par Internet, de 113.271 à 161.588 bahts et dans la banque 112.917 à 165.114 bahts. Selon  cette enquête, la banque est devenue l'un des  secteurs les plus lucratifs à tous les niveaux. C’est probablement en raison de leur option stratégique de l’informatisation systématique et de l’évolution exponentielle des transactions en ligne.

 

Il n’y a d’ailleurs pas que les grandes organisations qui offrent des salaires élevés, les moyennes et petites entreprises recherchent aussi des talents pour les aider à répondre aux exigences et aux applications de la technologie numérique.

 

Il manque toutefois à ces chiffres  – qui ne sont pas sans intérêt – une précision essentielle -il est étonnant que le journaliste ne s’en soit pas préoccupé- celui de savoir s’ils sont bruts ou nets ce qui peut donner des résultats quelque peu différents. La première source de prélèvement qui est la plus importante est celle de l’impôt sur le revenu qui est comme le nôtre calculé par tranches progressives mais prélevé à la source selon un taux allant  jusqu’à 35% (1). Si aucun des chiffres donnés ne permet de taxer le salarié à 35%, il s’arrête à 25%, sachant que le plus bas (21.205 soit 254.460 par an) sera taxé à 5% soit un peu plus de 12.000 bahts ce qui n’est pas rien. Le plus élevé (165.114 soit 1.981.368) sera selon le calcul par tranches taxé à, sauf erreur (7500 + 20.000 + 37.500 + 50.000 + 245.352) 360.000 bahts ce qui ampute sérieusement un salaire annuel d’un peu moins de 2 millions de bahts (un peu plus de 88.800 euros, 7.400 euros mensuel)

 

Il manque aussi les prélèvements sociaux qui n’ont pas l’importance qu’ils atteignent en France mais existent tout de même comme nous allons le voir.

 

En dehors de ces records en matière de hiérarchie des rémunérations, parmi les secteurs les plus demandeurs, viennent celui de l’informatique (19%), suit le négoce (17%), l’ingénierie (10%), le marketing et les relations publiques (8%), la comptabilité (7%), la gestion des ressources humaines (7%), la banque (5%), la fabrication (3%), les transports et la logistique (3%) et les services professionnels avec 2%.

 

ET « LES AUTRES » ?

 

Le très docte Bangkok Post ne s’en préoccupe pas, ce n’était d’ailleurs pas l’objet de cet article, mais il aurait peut-être pu être l’occasion d’en parler. Quoiqu’il en soit, ils n’appartiennent certainement pas aux lecteurs de ce journal. Nous en dirons donc quelques mots.

 

 

Soyons clairs, nous avons parlé, mais c’était il y a  plusieurs années, de la question de l’utilisation abusive sinon esclavagiste de travailleurs immigrés en général clandestins, sur les bateaux de pêche thaïs (2). Le problème a largement été marginalisé depuis lors même s’il existe encore ce qui nécessiterait une étude approfondie.

 

 

Pour les autres, il est nécessaire de tenir compte d’autres facteurs mais notre propos n’est   pas – rassurez-vous – de vous dévoiler les méandres de la législation sociale. Tous les textes thaïs sont accessibles sans difficultés sur Internet et des versions anglaises officieuses sont accessibles

(par exemple http://www.thailaws.com/index_thai_laws.htm)

 

 

Le salaire minimum (ค่าแรงขั้นต่ำ - kharaeng khantam) :

 

Il est actuellement une obligation légale. Il est  (En 2020) fixé dans quatre zones, celles à 336 bahts par jour, celles où la vie est plus chère qu’ailleurs et celles où il est de 331 bahts par jour, ce qui, compte tenu des règles légales (8 heures par jour pour 24 jours par mois) donne un salaire mensuel  d'un peu plus de 8.000 bahts par mois c’est-à-dire 220 euros pour des salariés non qualifiés, mais la législation autorise les heures supplémentaires et nous savons (d’expérience) que si les Thaïs sont parfois nonchalants, ils savent aussi être parfois d’une activité débordante.

 

 

Mais cela permet d’écrire à des journalistes en mal de misérabilisme que dans ce pays, la plupart des habitants vivent avec à peine plus de 200 euros par mois ce qui peut effarer un esprit occidental mais l’impasse est totale (volontairement ou par incompétence) sur le coût de la vie qui n’a rien à voir avec celui de la France et que est, selon les prestations évidement de la moitié, du quart ou du cinquième.

 

 

La protection du travailleur.

 

Elle résulte de la loi sur la protection du travail (พระราชบัญญัติคุ้มครองแรงงาน   phraratchabanyatkhumkhrongraengngan) dont la dernière version est du 12 février 1998 et la dernière réforme du 9 novembre 2012. Le premier texte significatif en ce sens datait du 16 mars 1972. Elle s’applique à tous les salariés de toutes catégories de quelque secteur que ce soit et ce, qu'ils soient à temps complet ou partiel, saisonnier, temporaire ou occasionnel. Les travailleurs domestiques (personnel de maison) ne relevaient alors pas de la définition de « salarié » et n’étaient pas couverts par la loi sur la main-d'œuvre. Ils le sont désormais mais la question de leur assujettissement à la protection sociale pose à tout le moins des difficultés.

 

 

 

La protection sociale.

 

Elle résulte de la dernière loi sur la promotion de la protection sociale du 24 septembre 2003 (พระราชบัญญัติส่งเสริมสวัสดิการสังคม - Phraratchabanyatsongsoemsawatdikan Sangkhom). 

 

 

Elle couvre les risques maladie-maternité-vieillesse-chômage. Elle n’a certes pas l’étendue de la nôtre dont il ne faut tout de même pas oublier qu’elle est le fruit de plus d’un siècle de luttes sociales même si elle est en cours de démantèlement. Elle a été précédée des réformes de Taksin en 2001 de la « Couverture sanitaire universelle » (หลักประกันสุขภาพถ้วนหน้า lakprakansukkhaphapthuanna) qui permet aux Thaïs les plus nécessiteux d’être soignés de façon pratiquement gratuite dans les hôpitaux publics. Que ce système entraîne une protection à plusieurs vitesses est une certitude ...

 

 

mais qui osera dire qu’il n’y a pas en France, en Angleterre ou à fortiori une politique de soins pour les riches et une autre pour les pauvres  (3).

 

 

Sur ce système de santé à deux vitesses, voir la thèse INALCO un peu trop partisane de Pakpoom Saengkanokkul, universitaire de Chiangmaï « Le système de santé en Thaïlande et l'origine des inégalités en matière de santé: une analyse politico-économique ».

 

 

La protection judiciaire.

 

La réforme est plus ancienne et date du 30 avril 1979, c’est la création d’une juridiction du travail équivalente peu ou prou à nos Conseils des Prud’hommes : Loi sur la création de tribunaux du travail et la procédure devant les tribunaux du travail  (พระราชบัญญัติจัดตั้งศาลแรงงานและวิธีพิจารณาคดีแรงงาน - phraratchabanyatchattangsanraengnganlaewithi phicharanakhadiraengngan). Elle est constituée dans chaque chef-lieu de province et composée de magistrats non professionnels élus dans le collège des employeurs et dans celui des employés. Elle a charge de régler les conflits individuels du travail. Sa création est à ce jour trop récente pour qu’une étude serrée de leur fonctionnement et de leur jurisprudence ait à ce jour été effectuée.

 

 

Les limites.

 

La loi sur la protection sociale a ses limites peut-être expliquée pour des raisons économiques. Elle s’applique en principe à toute personne qui en emploie une autre. Elle exclut toutefois les employés du gouvernement et des entreprises publiques, qui ont  leur régime propre, ainsi que ceux d’un gouvernement étranger ou d’une organisation internationale. Il en est de même pour ceux qui emploient des salariés qui travaillent à l’étranger. Ils doivent – en principe  - bénéficier d’un régime local.  L’exonération bénéficie également aux étudiants et sous-employés par les écoles, les universités ou les hôpitaux. Les étudiants n’ont pas de protection spécifique ! Les employés des cabinets d’avocats sont exonérés (pas de commentaires).

 

 

D’autres organismes que l’on peut qualifier d’organismes de bienfaisance ou d’intérêt public, bénéficient également de l’exonération : l’Institut de recherche Chulabhorn (สถาบันวิจัยจุฬาภรณ์ sathabanwichai Chulabhorn) qui est un institut de recherche biomédicale créé par la princesse Chulabhorn (la plus jeune des sœurs du roi) en 1987 et  financé directement par le gouvernement.

 

 

Suit la Croix rouge thaïe (สภากาชาดไทย saphakachatthai) qui est l’une des organisations caritatives la plus populaire dans le pays

 

 

...et enfin l'agence nationale de développement scientifique et technologique  (สำนักงานพัฒนาวิทยาศาสตร์และเทคโนโลยีแห่งชาติ -  samnakngan phatthana witthayasat lae theknoloyihaengchat). Son nom indique son activité, elle dépend du Ministère de l’éducation nationale.

 

 

Toutes ces exemptions (sauf celle qui concerne les avocats mais ils ont probablement de puissants appuis au cœur du pouvoir ?) sont évidemment justifiées. Les autres nous interpellent non pas sur le plan du principe qui peut s'expliquer mais sur celui des risques potentiels d’abus.

 

Il concerne les entreprises agricoles, les entreprises de pêche, les entreprises  de plantation forestière et celles d’élevage d’animaux qui n'emploient pas de personnel à l'année et qui n'ont pas d'autres activités.

 

 

Toutes ces activités n’exigent pas de personnel à plein temps. Il y a une saison pour repiquer le riz et une autre pour le ramasser, On ne coupe pas la canne à sucre toute l’année et pas plus ne récolte-t-on le latex 12 mois sur 12. Il représenterait 8,7 % du PIB. 

 

 

Il y aurait 6 millions d’exploitations agricoles en Thaïlande comprenant l’agriculture proprement dite, les élevages (crevettes, poissons d’eau douce). Elles occuperaient un  tiers de la population active soit comme exploitants directs soit comme salariés.

 

 

Il y a également une saison pour la pèche qui est tout simplement soumise aux caprices des éléments, que ce soit dans le golfe de Siam ou dans la mer d’Andaman.

 

 

Exonérations aussi pour l’embauche de travailleurs occasionnels ou saisonniers à titre temporaire. Cela recouvre évidemment le secteur du tourisme en particulier qui est très saisonnier et représentait avant la crise sanitaire aux environs de 15 % du PIB.

 

 

Il y a donc toute une catégorie de salariés qui échappent complètement aux statistiques, non déclarés aux organismes sociaux puisque leur employeur en est dispensé et ne bénéficiant probablement pas des revenus imposables donc non déclarés à l’administration fiscale. Il n’est pas permis d’en tirer quelque conséquence que ce soit, car nous ne sommes pas journalistes à la recherche du sensationnel. Disons qu’ils ne sont certainement pas tous des esclaves d’une part et qu’ils ne nagent certainement pas dans l’opulence d’autre part.

 

 

Vivre avec 220 euros par mois ? La question est mal posée. Les chiffres sur les revenus moyens – et ce ne sont plus des salaires – valent ce qu’ils valent et ne portent pas sur une seule personne mais sur un ménage. Dans le Nord-Est, le revenu mensuel moyen d’un ménage serait d’environ 20.000 bahts par mois (555 euros) et d’environ 43.000 à Bangkok (1.194 euros). Lorsqu’on connaît un peu le pays on sait que l’on peut vivre (modestement et plus encore) avec 20.000 bahts par mois en Isan et encore plus modestement avec 1.200 euros à Bangkok.

 

 

Ce raisonnement basé sur le « revenu moyen » a toutefois de sérieuses limites. Imaginez un village dans lequel règne un potentat local qui a des revenus de 1 million de bahts par mois. Il y a dans ce village 100 autres habitants qui gagnent le strict minimum 8.000 bahts par mois soit ensemble 800.000 bahts Les revenus mensuels dans le village s’élèvent donc à 1.800.000 bahts soit une moyenne de 17.821 bahts par personne. Ce raisonnement devient cette fois idiot. Il existe en effet un certain nombre (lequel ?) de Thaïs qui sont milliardaires en dollars ou en euros, de ceux qui peuvent s’offrir des appartements de luxe à 500 millions de bahts à Bangkok (13 millions d’euros)

 

 

...et d’autres qui n’ont d’autres ressources pour se loger qu’un minuscule appartement en forme de cage à poules dans un quartier excentré à 1.000 bahts par mois (27 euros).

 

 

Ne faisons donc pas dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas.

 

 

La hiérarchie des salaires.

 

 

Là aussi, essayons de ne pas faire dire aux chiffres n’importe quoi. Nous avons rencontré un heureux dirigeant bénéficiant d’un salaire de 1.981.368 bahts annuel. Il y a évidemment dans son entreprise quelques femmes de ménages ou hommes de peine qui sont payés au minimum légal soit 96.000 bahts par an (8.000 x 12). La hiérarchie est donc de 1 à 20 en admettant que ce salaire d’un peu moins de 2 millions de bahts soit le plus élevé de l’année de référence en 2020 (4).

 

 

Ce tropisme de transparence totale a pour origine les pays anglo-saxons où les écarts de rémunération y sont beaucoup plus importants qu’en France et où certaines rémunérations ont suscité l’opprobre de l’opinion. Aux États-Unis, la rémunération moyenne des grands patrons serait de 275 à 350 fois supérieure au salaire moyen. En France, les PDG des sociétés CAC 40 ont en moyenne des rémunérations 70 fois supérieures au revenu moyen français. Notons que nous sommes en termes de revenus et non de salaires.

 

 

Cette question n’est pas en passe de trouver une solution en Thaïlande, et elle ne l’est pas encore sérieusement en France (5).

 

 

Les Thaïs en sont-ils seulement soucieux ? Les rouges de Taksin qui ont obtenu un  succès  électoral flatteur dans le Nord et le Nord-est ne se sont jamais souciés des turpitudes fiscales et financières de leur idole et pas plus de sa fortune colossale, plusieurs milliards de dollars ou d’euros ( ?) dont la Justice n’a pu saisir qu’une petite moitié. D’origine modeste, ancien policier, il a pu obtenir par ses anciens collègues un contrat pour équiper toute la police thaï en ordinateurs et, profitant de l'essor spectaculaire de la téléphonie mobile, des liaisons satellites et du boom boursier, il fit rapidement fortune et est devenu aujourd'hui, avec sa famille, la première ou l’une des premières fortunes du pays.

 

 

Pour ses admirateurs tous pieux bouddhistes, il a tout simplement un remarquable karma au bénéfice des mérites qu’il a acquis dans ses existences antérieures.

 

 

Cette situation est évidemment incompréhensible en France. Peut-on une seule seconde imaginer le bénéficiaire de la plus grande fortune française, Bernard Arnault (quelques dizaines de milliards d’euros), qui n’a pas créé sa fortune mais hérité et fait prospérer celle de sa famille, devenir le porte-parole des damnés de la terre.

 

 

Qu’en est-il des oligarques qui nous gouvernent et de ceux qui prétendent à sa succession ? Leur fortune est-elle le résultat de leur karma ? Ce sont par rapport à Taksin de véritables gueux : Nous la connaissons par le biais des déclarations faites à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

 

 

Leur Président navigue aux alentours du million d’euros.

 

La plus riche (ou la moins pauvre) des anciens de son gouvernement est une modeste sous-ministresse, Delphine Gény-Stephann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, qui avouait un patrimoine d’environ 16 millions d'euros.

 

Les millions ne sont pas des milliards ! Le porte-parole des damnés de la terre, Jean-Luc Mélenchon, dépasse de peu le million d’euros.  Son meilleur challenger ( ?) Marine Le Pen, a fait une déclaration contestée, elle ne posséderait qu’environ 600.000 euros.

 

 

Tous les autres, sans être bénéficiaires du RSA, naviguent aux alentours de quelques centaines de milliers d’euros. Nous avons un gouvernement de misérables

 

 

 

Les savants écrirons un milliard 109  ce qui ne serait pas parlant pour les Thaïs mais signifie tout simplement 1 suivi de 9 zéros (1 000 000 000 000). C’est l’écriture scientifique utilisée pour les nombres astronomiques En admettant que la fortune de Taksin subsistante aux saisies soit d’un milliard d’euros donc 36 milliards de bahts, nous pouvons l’écrire bien que ce ne soit probablement pas parlant pour un Thaï de l’Isan 36x109 ou de façon traditionnelle 36 000 000 000. Expliquez au Thaï que s’il bénéficiait d’un crédit de 36 milliards de bahts et que s’il dépensait pour son bol de riz 36 bahts par jour, il lui faudrait près de 10 millions d’années pour épuiser le crédit.

 

Imaginons que nous puissions compter sans interruption jusqu'à un milliard au rythme d'un chiffre chaque trois secondes (pour la locution des grands nombres). Nous devrions ainsi compter durant trois milliards de secondes. Pour transformer ces secondes en années, il faut les diviser par 60 (minutes), puis par 60 à nouveau (heures), puis par 24 (jours) et finalement par 365 (années). On obtient 95,1 ans. Il faudrait donc compter sans interruption durant plus de 95 ans pour arriver à un milliard.
 


(Source : intra-science.com)

NOTES

 

(1) Selon le revenu annuel, les tranches sont les suivantes :

- de 0 à 150.000 bahts :                               0

- de 150.001 à 300.000 :                             5%

- de 300.001 à 500.000 :                             10%               

- de 500.001 à 750.000 :                             15%

- de 751.000 à 1.000.000 :                          20%

- de 1.000.001 à 2.000.000 :                       25%

- de 2.000.001 à 4.000.000 :                       30%

- en dessus de 4.000.000 :                          35%

Le contribuable local n’est donc imposable qu’à partir d’un salaire mensuel de 12.583 bahts Mais la législation fiscale ne connaît pas le quotient familial ou l’abattement forfaitaire, deux paramètres qui peuvent diminuer de façon sensible l’imposition des salariés quels qu’ils soient.

 

 

(2) Voir nos deux articles :

A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

La crevette thaïlandaise a un arrière-goût d'esclavage.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-crevette-thailandaise-a-un-arriere-gout-d-esclavage-123882851.html

 

 

(3) Les soins dans les hôpitaux publics sont ce qu’ils sont mais ils sont et c’est leur mérite. On trouve un dispensaire dans chaque sous-district (tambon) ou l’on soigne les bobos pour des sommes dérisoires,

 

 

...un hôpital dans chaque district (amphoe) et un hôpital général dans chaque province où vous envoi l’hôpital local pour les cas les plus sérieux. Tout le monde peut se rendre dans un hôpital public, un Thaï comme un étranger. On y est bien soigné par un personnel formé et compétent et avec un peu de chance, quelqu'un parlera anglais, les médecins en particulier dont beaucoup sont formés aux États-Unis.

 

 

Pour ce qui ne concerne pas les soins proprement dits (nourriture, dortoirs, toilettes, etc..), il faut en prendre son parti. Les prix pratiqués pour les étrangers sont plusieurs dizaines de fois inférieures à ceux des hôpitaux privés.

(4) C’est évidemment un fait du hasard, Au cours de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon proposait d’imposer par la loi un écart maximum de 1 à 20 entre le plus haut salaire et le plus bas.

 

 

(5) Le premier texte à ce sujet est la loi Pacte (Le plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) promulguée le 22 mai 2019. Tout au plus renforce-t-elle l’information sur les rémunérations des dirigeants des sociétés cotées...

 

 

...et dans un immonde charabia parle dans ses motifs de « démarche vertueuse » et de « ratio d’équité ». Des ordonnances doivent suivre, celle du 24 juillet suivant ne règle pas la question de la transparence des rémunérations.

 

 

 

 

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 22:59

 

Un accord  de libre-échange a été signé le 15 novembre 2020 à Hanoï par 15 pays d'Asie : les dix États membres de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie (ou Myanmar), Cambodge) plus la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.  Il fait de cette zone de libre-échange asiatique la plus vaste du monde  comparable à celles de l'Amérique du Nord ou de l’Union européenne et couvre à peu près un tiers de la population de la planète et un tiers de la production mondiale. Historique car pour la première fois, il réunit  les trois poids lourds économiques de la Région, à savoir la Chine, le Japon et la Corée du Sud.  (Les sources sont nombreuses (1))

 

 

Cet accord commercial de libre-échange de 510 pages et 20 chapitres, a pour objectifs de lutter contre toute forme de protectionnisme, d'abaisser les barrières douanières, de réduire les taxes à l’import sur la plupart des produits manufacturés, de stimuler les investissements et donc de permettre une plus libre circulation des marchandises dans la Région.

 

 

Mais il ne  prendra effet qu'une fois ratifié par tous les pays signataires, et nécessitera  donc des mois voire des années pour certains pays étant donné les enjeux géopolitiques (La volonté de la Chine d'en assurer le leadership, la lutte commerciale entre la Chine et les USA par ex.), les contentieux, la flexibilité accordé à certains pays pour  améliorer leurs procédures de douane (Le Laos et Cambodge par ex.)) et les accords spécifiques qui existent déjà entre certains pays de l'ASEAN. Autant dire qu'il est complexe de comprendre toutes les implications, les défis et les enjeux. Toutefois, le pacte entrera en vigueur une fois qu'au moins six pays membres et trois pays non-membres de l'ASEAN l’auront ratifié au niveau national dans les deux années à venir. (2)

 

 

 Deux grands  absents, l'Inde et les États-Unis.

 

L’Inde s’est retirée des négociations  de peur d’être envahi par les produits chinois bon marché, alors qu’elle cherche à développer sa propre industrie. L’autre grand absent, ce sont les États-Unis, qui, par la décision de Trump,  se sont retirés en janvier 2017 du TPP, un accord de libre-échange avec l’Asie,

 

 

Le grand gagnant.

 

Nul doute que la Chine, la deuxième économie mondiale, va consolider sa position de leader et  façonner les règles commerciales de la région.

 

 

Quelques repères concernant la création de l'ASEAN sont nécessaires pour comprendre la nouvelle situation géopolitique causée par ce nouvel accord du RCEP. (Cf. Reprise en partie de notre article (3)et (4))

 

Rappelons que l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est. Elle a été fondée le 8 août 1967 à Bangkok par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, dans le contexte de la guerre froide, pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région.

 

La fin de la guerre froide en Asie du Sud-Est (Retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge en 1989), permettra le Sommet de Singapour de 1992 qui se traduira par deux initiatives majeures : L'instauration d'une zone de libre-échange : l'ASEAN Free Trade Area (AFTA), qui ne sera signé qu’en 2002, à cause de la crise financière de 1997 et  l'élargissement à 10 membres de l'ASEAN avec l'entrée du Viêt Nam (1995), puis du Laos et de la Birmanie (1997) et enfin du Cambodge (1999).

 

L’Asean prendra une autre dimension avec la fondation de l’APT (L’ASEAN plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud) avec un accord-cadre signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet.

 

 

Mais la Direction générale du Trésor français constatait déjà que « L’Asean Economic Community ne tiendra pas sa promesse d’aboutir en 2015 à un marché unique comparable au modèle européen. Moins ambitieux qu’affiché, le projet de l’Asean se heurte déjà à de nombreuses difficultés de mise en œuvre, avec des progrès qui risquent de se limiter à quelques chapitres (libéralisation tarifaire élargie aux pays pauvres, facilitation des échanges, harmonisation réglementaire). Les leaders de l’Asean devraient lors des prochains sommets se concentrer sur quelques déliverables médiatiquement visibles pour que l’étape de 2015 ne soit pas perçue comme un échec. En parallèle les grands partenaires occidentaux de l’Asean –États-Unis, Union européenne- poursuivent leur propre agenda  de libéralisation avec certains de ses membres tandis que le Japon s’efforce d’organiser une plateforme asiatique de libre-échange à travers le projet Asean + 6. Au total l’ouverture économique des pays de l’Asean devrait se poursuivre, dans une dynamique créée davantage par les pressions extérieures que par ses ressorts internes. » (5)

 

 

Nous n'allons pas ici rappeler toutes les décisions prises lors des sommets de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN), toutefois nous avions relaté celui du 35e  qui s'était tenu à Bangkok, du 31 octobre au 4 novembre 2019. (Avec les 10 pays de l'ASEAN : Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie (ou Myanmar), Cambodge). (In notre article « Les enjeux et les défis du sommet de l'ASEAN »

 

 

Nous y avions appris les limites de l’Asean qui était de fait une association sans réel exécutif et sans pouvoir réel.  En 2013, son siège basé à Djakarta ne disposait que de 300 personnes environ contre 34 000 pour la Commission européenne, son budget était de 16 millions de dollars contre environ 4,3 milliards pour la Commission européenne.

 

Nous avions signalé les grandes difficultés et les contradictions internes aux États de l'ASEAN, au nationalisme affiché, au refus d'ingérence dans la souveraineté de chacun,  aux tensions entre le Japon, la Corée et la Chine, aux intérêts géostratégiques entre la Chine et les États-Unis. Des accords transrégionaux avaient été négociés  comme ceux du CPTPP  (le Partenariat trans-pacifique global et progressiste), du FTAAP (L’Accord de libre-échange de l’Asie et du Pacifique (Free Trade Agreement of Asia Pacific), et celui du  RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), regroupant alors 16 pays ( Les 10 pays membres de l'ASEAN  ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon , la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande)

 

 

L'accord visait principalement à une réduction des droits de douane, de certaines barrières non  tarifaires et de faciliter les investissements directs étrangers, avec  peu ou pas  d'ouverture des marchés publics, d'harmonisations des normes ou encore de conventions sur le droit du travail ou de l'environnement. Autant dire que  la complexité est grande et le plus souvent ingérable pour les entreprises censées en bénéficier.

 

Une fois signé entre les seize Etats de la région Asie-Pacifique soit environ 3,4 milliards de personnes, le RCEP deviendrait le plus grand pacte de libre-échange au monde, couvrant environ un quart des exportations mondiales. Mais de nombreux obstacles demeuraient sur fond de rivalités géostratégiques entre les grands États et surtout ceux de la Chine et des États-Unis, qui sous Trump, mais il n'est pas le  seul, préfèrait les accords bilatéraux. (De fait, Trump s'était retiré du TPP en janvier 2017). Ainsi l'Inde à ce sommet avait refusé de signer le RCEP, craignant l'invasion des  produits chinois. D'autres  continueront de négocier des  accords bilatéraux de libre-échange au sein du RCEP. L’Australie et Nouvelle-Zélande par exemple, voulaient que l’accord inclue un renforcement du droit du travail, de la protection de l’environnement, mais aussi de la propriété intellectuelle, alors que de nombreux pays de la zone sont peu soucieux de « copyright. »

 

 

Bruno Jetin quant-à-lui, estime que les États membres de l'ASEAN ne pourront pas se constituer en entité autonome, avec un avenir commun, mais qu'ils pourront collaborer ponctuellement  sur tels et tels intérêts ou tels projets propres, face aux  grandes puissances régionales (Chine, Japon, États-Unis et Inde) qui soutiennent chacune des projets d’intégration plus larges et concurrents pour étendre leur zone d’influence. (6)

 

 

 Ainsi par exemple, dans un espace économique unifié : « les consommateurs de l’Asean devraient pouvoir choisir de façon in-discriminée entre produits nationaux et ceux provenant des autres États membres » ; « Les travailleurs devraient également pouvoir être employés dans tous les États membres dans les mêmes conditions que les travailleurs locaux.», ce qui paraît peu probable avec des États qui fondent leur légitimité sur un nationalisme exacerbé. On peut prévoir que  la migration légale des travailleurs peu qualifiés n'est pas pour demain, même si la survie de l’économie de la Thaïlande, de la Malaisie ou de Singapour en dépend. De fait, les pays membres de l’Asean, sont souvent en conflit  dans la diversité de leurs intérêts économiques, mais aussi politiques et sécuritaires et se  rapprochent tantôt des États-Unis, tantôt de la Chine.

 

 

 

Ainsi pour la Thaïlande, nous avions dit (In (4)) :

 

« La Thaïlande veut aussi  intensifier ses échanges avec ses voisins (Birmanie, Cambodge, Laos, Malaisie), qui représentent 10 % de son commerce extérieur et bénéficier des relocalisations d’investissements depuis la Chine.

 

 

Le gouvernement thaïlandais mise sur le développement des infrastructures de transport et des zones économiques spéciales (les ZES), qu'on ne peut ici tous citer puisque « En 2019, la Thaïlande comptabilise 74 ZES (sur plus de 700 en ASEAN). Selon le Board of Investment, 52 projets ont été approuvés dans les ZES de 8 provinces pour un investissement total de 272 milliards de dollars. »

 

 

Et on pourrait évoquer les mesures prises par la Thaïlande visant à attirer l’investissement chinois (incitations fiscales, procédure d’implantation accélérée) dans les secteurs à haute valeur ajoutée, et comme l'a déclaré le 1er ministre thaïlandais M. Prayut lors de sa rencontre avec  le premier ministre chinois Li Keqiang à Bangkok le  5 novembre 2019: «  la Thaïlande espère aligner son Corridor économique oriental avec la région de la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao de la Chine et ouvre ses portes aux entreprises chinoises pour qu'elles investissent, installent des usines en Thaïlande et coopèrent avec la partie thaïlandaise dans des domaines tels que le commerce électronique, le marché des tiers, le train à grande vitesse, la technologie 5G et l'économie numérique. ».

 

 

Ce que M. Li a confirmé en déclarant son souhait d' « aligner l'Initiative « la Ceinture et la Route » avec la stratégie de développement de la Thaïlande » dans son projet de construction du Corridor économique oriental, en encourageant « ses entreprises à participer à la construction des infrastructures de transport de la Thaïlande en accord avec les principes de « marchéisation » et de commercialisation, à bien utiliser les plates-formes de commerce électronique transfrontalier et à augmenter les importations de riz et d'autres produits agricoles thaïlandais de haute qualité ».

 

Trump avait changé la donne puisque, nous l'avons dit,  le président américain avait signé le lundi 23 janvier  2017, le retrait des Etats-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP), âprement négocié pendant des années par l’administration Obama. « Ce traité, vu comme un contrepoids à l’influence grandissante de la Chine, avait été signé en 2015 par douze pays d’Asie-Pacifique représentant 40 % de l’économie mondiale, mais n’était pas encore entré en vigueur. » («Le Monde » du 23 janvier 2017).

 

 

Nul doute que ce retrait du gouvernement américain a facilité l'action diplomatique de la Chine pour  accélérer la signature de l'accord du RCEP du 15 novembre 2020, un accord dont  les négociations avaient  démarré en novembre 2012.

 

Mais les difficultés et la complexité demeurent et ont peu variées depuis le 35e sommet qui s'était tenu à Bangkok du 31/10 au 4/11/2019.

 

Ainsi par exemple, disions-nous,  ne  serait-ce que le contrôle de l’origine de la nationalité des produits ; un produit malaisien exporté vers la Chine, pour pouvoir bénéficier des avantages du libre-échange, doit prouver qu’il a été produit en Malaisie avec une proportion significative de ressources naturelles et de composants malaisiens pour éviter que des produits étrangers soient maquillés. On imagine les querelles, les suspicions, les batailles d'experts.

 

 

On peut aussi donner l'exemple de l'Australie, qui le 19 novembre 2020, soit 4 jours après la signature de l'accord du RCEP,   par la voix de son Premier ministre Scott Morrisonne a déclaré qu'elle ne cèdera pas aux pressions de Pékin et  n'empêchera pas l'Australie de fixer « ses propres règles en fonction de son intérêt national ». (7) Voire d'autres exemples de conflits majeurs, comme la guerre commerciale entre le Japon et la Corée du Sud en 2019 (8), ou encore le contentieux rencontré par certains pays de l'Asean face aux appétits et agressions de Pékin en mer de Chine méridionale.

 

Un contentieux maritime qui s'inscrit dans la volonté de Pékin de s'approprier 90% de la mer de Chine méridionale, riche en ressources halieutiques et énergétiques dans un espace maritime  s'étendant des Philippines à Singapour qui  voit passer chaque année 3 000 milliards de biens, l'équivalent  d'un tiers du commerce mondial. Mais un espace dans lequel  certains pays de l'Asean comme les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam, Brunei n'entendent pas céder ce qu'ils considèrent leur appartenant comme les archipels des Paracels et des Spratleys que Pékin bétonne, militarise puis colonise.  Ou bien encore le récif de Scarborough  dont  s'est militairement emparé Pékin en 2012 et que le tribunal international de la Haye a attribué  aux  Philippines en 2016, mais que le président philippin Rodrigo Duterte ne peut imposer, au vu de sa politique pro-chinoise. D'ailleurs, la Chine fait fi des décisions internationales et continue de prospecter et de patrouiller dans les eaux territoriales de ses voisins. Mais début septembre 2019, les pays de l'Asean ont  mené pour la première fois des manœuvres navales conjointes avec les États-Unis pour une volonté collective de rééquilibrer le jeu diplomatique et afficher leur neutralité  vis-à-vis des deux super puissances.

 

 

Les pays de l'Asean sont également en effet au cœur de la guerre commerciale que se livrent les deux premières puissances mondiales, mais ils doivent trouver un équilibre. Car si la Chine  (qui est  proche d'eux géographiquement,  et où près de trente-cinq millions de Chinois vivent dans les dix pays du bloc, soit plus de 80% de la diaspora totale. «À Singapour, 75% de la population est d'origine chinoise, 25% en Malaisie et 15% en Thaïlande») est son premier partenaire commercial. En 2018, le volume total des échanges commerciaux entre la Chine et les pays de l'organisation a atteint un niveau record de 530 milliards d'euros ; Les États-Unis sont quand même le troisième pays avec une valeur des échanges en 2018 de 245 milliards d'euros.

 

 

Mais les pays de l'ASEAN sont également engagés dans d'autres accords de libre-échange comme celui du Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP), (Un accord de libre-échange entre le Canada et 10 autres pays de la région Asie-Pacifique : l’Australie, Brunéi, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam) entré en vigueur à Singapour le 30 décembre 2018 et au Vietnam le 14 janvier 2019 (9), ou celui avec l'Union européenne, comme le rappelait le ministre des Affaires Étrangères allemand lors d'une visio-conférence  le 1er décembre 2020 avec ses homologues de l'ASEAN: « En tant que partenaires économiques proches, nous défendrons des routes commerciales sûres et ouvertes et un commerce libre et équitable » . « Ensemble, nous représentons plus d'un milliard de personnes et près de 25% de la puissance économique mondiale. Ensemble, nous avons une voix forte dans ce monde ».  

 

Et qu'en sera-t-il  désormais des  conditions d’accès privilégiées pour certains de ces pays aux marchés européen et américain, grâce aux systèmes de préférences généralisées (SPG) ?

 

Que fera Joe Biden, le nouveau Président des Etats-Unis ?

 

 

Reviendra-t-il à la stratégie de Barack Obama, qui espérait un containment pacifique de la Chine, soit comme Bill Clinton en 1994, choisira-t-il de ressusciter l’APEC, comme un parapluie couvrant tous les accords commerciaux   de la région (TPP et RCEP), soit il suivra l’exemple européen. : s’engager en faveur d’accords commerciaux faisant la promotion de standards exigeants en matière de protection de l’environnement, de clauses sociales et de protection des Droits de l’homme, tout en accompagnant cette démarche par une initiative commune UE-Etats-Unis pour une réforme de l’OMC. 

 

En attendant,  la Chine poursuit son grand projet de la « Route de la soie », même si comme le signale Pierre-Antoine Donnet, la manne chinoise sera ralentie par le « piège de la dette » (10), bien que Xi Jinping a assuré de la poursuite des pharaoniques « Nouvelles Routes de la Soie », lors du Forum  de Coopération Economique pour l’Asie-Pacifique (APEC)  qui s’est tenu le 20 novembre dernier en conférence virtuelle. (11)

 

 

« Le  président chinois a souligné que sa politique de prêts aux partenaires de la BRI (Belt and Road Initiative) devrait dorénavant se conformer à des normes plus strictes ».

 

Le président chinois a par ailleurs indiqué, lors de ce sommet, que son pays « envisageait activement » de rejoindre l’Accord de Partenariat Global Trans-Pacifique (Comprehensive and Progressive Trans-Pacific Partnership Agreement, CPTPP). Ce dernier a remplacé en 2017 le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) que les États-Unis avaient initié via l’administration Obama mais qu’ils ont brutalement déserté, à l’initiative de Donald Trump ».

 

 

Quel est l'avenir du « Partenariat régional économique global » (RCEP) signé le 15 novembre 2020 ? 

 

La grande question qui plane sur l’avenir de cet accord de libre-échange, qui doit encore être ratifié par chaque pays, est le rôle que voudront jouer la Chine, qui est déjà engagé  dans ses grands projets de la « Route de la soie » (14) et la nouvelle administration Biden.

 

 

De plus, nul ne connait encore toutes  les conséquences économiques, sociales et sanitaires de la pandémie du covid-19, mais nous savons qu'elles seront désastreuses.

 

En août 2020 nous avions tenté dans un article d'en cerner quelques-unes pour la Thaïlande. (12)

 

Les propos tenus par Tanes Petsuwan, député-gouverneur à l’autorité du tourisme de Thaïlande, étaient alarmants :

 

 

C’est la pire situation que l’industrie ait jamais connue, pire que la crise financière de 1997, le tsunami de 2004, les épidémies de Sras, de MERS, de grippe aviaire, pire que les troubles politiques. Nous avons surmonté toutes les crises précédentes en moins d’un an, mais pour celle-ci, l’incertitude est très forte, nous pourrions ne jamais atteindre à nouveau les chiffres de fréquentation pré-Covid. »

 

 

En effet, si la Thaïlande a jugulé la pandémie, elle  est  l’une des économies asiatiques les plus affectées par la récession déclenchée par le Covid-19,  surtout dans la mesure où elle dépend fortement des exportations et du tourisme international.

 

Si tous les pays « touristiques » vont être touchés, une étude du FMI de début août a constaté que  la Thaïlande sera le pays qui en souffrira le plus, en termes de balance des paiements. Le manque à gagner en 2020 devrait peser pour ce secteur 6% du PIB, en sachant que le tourisme représentait près de 14% du PIB, et que la Thaïlande qui avait reçu près de 40.000.000 de touristes en 2019, n'en atteindra probablement que 8 000 000 en 2020. Ce qui entrainera la fermeture de près de 60% des entreprises du secteur, et un  chômage important parmi les  six millions de la population qui en vivent.

 

Mais la crise du covid-19 va aussi fortement impacté l’industrie manufacturière et plus spécifiquement les secteurs de l’électronique et de l’automobile, sans oublier l'agriculture.

 

 

Les secteurs de l’électronique et de l’automobile, qui représentent 30% des exportations, et  comptent deux millions de travailleurs (sur 4,5 millions dans l’industrie manufacturière), seront les plus touchés. L'agriculture qui emploie le tiers de la population au travail, même si elle ne compte que pour 9 % du PIB,  va aussi souffrir de la baisse des exportations des produits agro-alimentaires qui représentaient en 2019 plus de 12 % des postes d'exportation, (Après la sécheresse qui a sévi en 2019).

 

Tous les secteurs des exportations de produits manufacturés ont subi une forte baisse. (-27,0% en glissement annuel en mai (…) La récession est principalement attribuable aux exportations vers les trois principaux partenaires commerciaux, dont l'UE (-40%), les États-Unis (-17,3%) et le Japon (-24,2%). )

 

La moitié de la production automobile était exportée. (Voire plus : En 2015, 1 204 895 voitures étaient exportées sur une production de 1 915 002. Le pays a eu une production totale en 2019 de 2 013 710 automobiles et 1 948 046 motocycles.) Une déclaration de  la Fédération des industries thaïlandaises (FTI) confirme que « L’industrie automobile pourrait ne pas atteindre le seuil de 1 million d’unités cette année, ce qui serait une baisse de 50% par rapport à 2019 ».  Outre la perte  financière pour un secteur qui représentait environ 10 pour cent du PIB du pays, des observateurs estiment que 70 % de ses travailleurs (sur env. 7% de l'emploi total) risquent de perdre leur emploi.

 

De même, pour l'Électrique et l'électronique équipement qui sont également un important secteur d'exportation de la Thaïlande, puisqu'ils représentaient environ 15% des exportations totales. Déjà en mai les exportations d'appareils électriques chutaient de -31,7% en glissement annuel et les exportations d'électronique de -14,6% en glissement annuel.  A combien sommes-nous aujourd'hui ?

 

Dans ces conditions incertaines, et une récession mondiale annoncée, l'avenir du « Partenariat régional économique global » (RCEP) signé le 15 novembre 2020 par 15 pays asiatiques   paraît bien compromis.

 

 

Notes et références.

 

(1) Quelques sources parmi tant d'autres :

Journal Le Monde du 16/11/2020. « L’accord RCEP, un premier défi pour Joe Biden face à la Chine » https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/16/l-accord-rcep-un-premier-defi-pour-joe-biden-face-a-la-chine_6059918_3232.html

« What happens now the RCEP trade deal has been signed? », Reuters du 16 novembre 2020 https://www.reuters.com/article/us-asean-summit-rcep-explainer/explainer-what-happens-now-the-rcep-trade-deal-has-been-signed-idUSKBN27W0WC

« What happens now the RCEP trade deal has been signed? », Bangkok Post du 16/11/2020. https://www.bangkokpost.com/business/2020503/what-happens-now-the-rcep-trade-deal-has-been-signed-

« Le courrier du Vietnam », du 16/11/2020 https://www.lecourrier.vn/asean/76.cvn

Cf. le site de l’Asean : http://www.aseansec.org/)

 

(2) Cf. https://lepetitjournal.com/bangkok/le-plus-grand-accord-de-libre-echange-au-monde-ete-signe-la-suite-292518

 

(3) A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html Publié le 18 mai 2014.

 

Il s’agissait de relever les grandes lignes de la politique étrangère de la Thaïlande depuis la fin de la 2e guerre mondiale et de comprendre la nouvelle donne régionale que l’ASEAN peut jouer dans cette politique, en nous « servant » des articles de Sophie Boisseau du Rocher et de Kajit Jittasevi, intitulés : « La Thaïlande  au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse ? » et « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIe siècle, Entre la quête de sens et la recherche d’une place dans le monde globalisé.», in « Thaïlande contemporaine ». (Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011). Leur étude s’arrête en 2010.

 

(4) A 340- LES ENJEUX ET LES DÉFIS DU SOMMET DE L'ASEAN (BANGKOK, 31 octobre- 4 novembre 2019)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/12/a-340-les-enjeux-et-les-defis-du-sommet-de-l-asean-bangkok-31-octobre-4-novembre-2019.html

 

(5) https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/3f571b86-962f-4bbd-ab2e-1e9005e24c73/files/1d7b36a7-4c3a-493b-bc24-763413c3be4a

Situation macroéconomique des pays d’Asie du Sud-Est, Ambassade de France à Singapour Singapour, le 15 janvier 2020, Service économique régional de Singapour Affaire suivie par : Clément Payerols, Morgane Salomé

 

(6)  « L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée? »,  Bruno Jetin, Institute of Asian Studies, Universiti Brunei Darussalam »

file:///C:/Users/acer/Documents/Jetin_Asean.pdf

 

(7) L'Australie « ne cèdera pas aux pressions de la Chine », qui dévoile 14 sujets de plainte

Capital , https://www.capital.fr/, jeu. 19 novembre 2020 à 4:11 PM UTC+7

« Un responsable chinois a remis un dossier à des médias australiens dans lequel figuraient 14 sujets de plainte et qui soulignait la relation de plus en tendue entre les deux pays. Parmi eux figurent les lois australiennes en matière d'ingérence étrangère ainsi que le fait que Canberra a exclu le géant chinois des télécoms Huawei du déploiement du réseau 5G sur l'immense île-continent et bloqué des projets d'investissement en invoquant "la sécurité nationale". »

 

(8) Le conflit entre le Japon et la Corée du Sud remonte à 400 ans, depuis le XVIe siècle, lorsque le Japon a envahi la péninsule coréenne. Leurs relations de voisinage se sont détériorées en fin d’année dernière après qu'un tribunal sud-coréen ait astreint des entreprises japonaises à indemniser les victimes du travail forcé qui datent de la seconde guerre mondiale, lorsque des centaines de milliers de travailleurs coréens se mobilisèrent pour travailler dans l'industrie japonaise au cours de la seconde occupation japonaise. Le tribunal a ensuite saisi les actifs de plusieurs entreprises japonaises, dont Mitsubishi Heavy Industries et Nippon Steel, et prévoit de les vendre pour indemniser les travailleurs lésés. Tokyo conteste fermement ce jugement, affirmant que la question a été réglée au moyen d’un traité signé en 1965 pour normaliser les relations entre les deux pays. Selon les termes de ce traité, le Japon a accordé à la Corée du Sud 500 millions de dollars en subventions et en prêts.

 

Les tensions se sont ensuite aggravées en juillet dernier lorsque Tokyo a déclaré qu'elle allait appliquer des restrictions plus sévères sur certaines exportations vers la Corée du Sud, en particulier celles utilisées dans le secteur de la fabrication de puces et de l'affichage. Le Japon produit 90% de l'approvisionnement mondial en polyimides et photorésines fluorés et 70% des gaz de décapage (dont le fluorure d'hydrogène, l'un des matériaux réglementés). Les exportateurs japonais doivent maintenant déposer des demandes individuelles, qui pourraient durer 90 jours avant d'être approuvées, pour que ces matières soient expédiées en Corée du Sud. De plus, Tokyo a également retiré la Corée du Sud de la liste des pays bénéficiant d'un statut commercial préférentiel. Tirant les leçons de l'expérience du président Trump, le Japon affirme que ces restrictions à l'exportation sont nécessaires pour des raisons de «sécurité nationale», afin d'empêcher que ces matières ne soient envoyées en Corée du Nord. https://www.allnews.ch/content/points-de-vue/querelle-commerciale-entre-le-japon-et-la-cor%C3%A9e-du-sud

 

(9) Le CPTPP ?  Le PTPGP ?

 

« Plusieurs pays de la région bénéficient toutefois de conditions d’accès privilégiées aux marchés européen et américain, grâce aux systèmes de préférences généralisées (SPG). La Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande sont ainsi bénéficiaires du SPG américain. Le Vietnam et l’Indonésie bénéficient du SPG européen et des régimes plus favorables sont accordés aux Philippines (SPG+), au Laos, au Cambodge et à la Birmanie (TSA).  En dehors du cadre de l’ASEAN, le CPTPP montre la voie, difficile, à une ouverture de la région sur le Pacifique et l’Amérique du Nord Singapour, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie sont signataires du Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). L’accord est entré en vigueur à Singapour le 30 décembre 2018 et au Vietnam le 14 janvier 2019 » In https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/71e555d4-a0bc-41c6-8e50-57d00c1cedc2/files/4fe4e027-e49f-40bf-9009-775b5377bc2c

 

Qu’est-ce que l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste?

L’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est un accord de libre-échange entre le Canada et 10 autres pays de la région Asie-Pacifique : l’Australie, Brunéi, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Une fois que l’Accord sera pleinement mis en œuvre, les 11 pays constitueront un bloc commercial représentant 495 millions de consommateurs et 13,5 % du PIB mondial, ce qui donnera au Canada un accès préférentiel à des marchés importants en Asie et en Amérique latine.

Le PTPGP est entré en vigueur le 30 décembre 2018 pour les six premiers pays ayant ratifié l’Accord, soit le Canada, l’Australie, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Le 14 janvier 2019, le PTPGP est entré en vigueur pour le Vietnam.

https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/cptpp-ptpgp/index.aspx?lang=fra

 

(10) In https://asialyst.com/fr/2020/11/25/chine-revoir-baisse-financement-nouvelles-routes-soie/

 

Ces propos, d’apparence anodine, pourraient bien traduire dans la réalité une amorce de virage sur l’aile. Après des années de financements illimités des innombrables projets conclus dans le cadre de la BRI lancée en 2013, la Chine en arrive à un moment de vérité : de nombreux pays se retrouvent dans l’incapacité de rembourser leurs dettes, tandis que l’endettement chinois atteint des sommets désormais jugés alarmants. [...]

Plus de 150 pays d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe ont signé des accords dans le cadre de la BRI. Mais ce programme rencontre depuis quelques années des difficultés, en particulier du fait que certains pays se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser les prêts contractés, pris dans le fameux « piège de la dette » dont dernièrement le Pakistan, proche allié de Pékin. La Malaisie a récemment été contrainte d’annuler trois projets chinois, dont une ligne ferroviaire d’un coût de 20 milliards de dollars.  La liste des pays qui se retrouve dans une telle situation s’allonge avec les années : elle touche désormais la Mongolie, le Laos, les Maldives, le Monténégro, Djibouti, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Pourraient bientôt être aussi concernés des petits États du Pacifique Sud tels que la Papouasie- Nouvelle-Guinée et le Vanuatu. Le « piège de la dette » force parfois certains pays à céder à la Chine des infrastructures entières et à renoncer ainsi à des parcelles de leur souveraineté. ».

 

(11) L'APEC ? Wikipédia

L'APEC est le seul groupe inter-gouvernemental dans le monde fonctionnant sur la base d'engagements non contraignants, du dialogue ouvert et du respect égal pour les vues de tous les participants. À la différence del'Union européenne ou d'autres organisations économiques multilatérales, l'APEC n'a aucun traité engageant ses membres. Les décisions prises par l'APEC sont obtenues par le consensus et les engagements sont entrepris sur une base volontaire. »

L'APEC compte 21 membres : Australie (1989) Brunei (1989) Canada (1989) Corée du Sud (1989) États-Unis (1989) Indonésie (1989) Japon (1989) Malaisie (1989) Nouvelle-Zélande (1989) Philippines (1989) Singapour (1989) Thaïlande (1989) Chine (1991) Hong Kong (1991) Taïwan (1991)  Mexique (1993) Papouasie-Nouvelle-Guinée (1993) Chili (1994) Pérou (1998) Russie (1998) Viêt Nam (1998)

 

(12) A 387- LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES, SOCIALES ET SANITAIRES DE LA PANDÉMIE DU COVID-19  EN THAÏLANDE. (AOÛT 2020)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/08/a-387-les-consequences-economiques-sociales-et-sanitaires-de-la-pandemie-du-covid-19-en-thailande.aout-2020.html

 

et l'article de Jean-Raphaël Chaponnière, in Asialyst : « Coronavirus : la pauvreté s'installe en Thaïlande »,  https://asialyst.com/fr/2020/07/25/coronavirus-pauvrete-installe-

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 22:44

 

Le projet du « canal de Kra » tire son nom de l'isthme de Kra, (คอกคอดกระ) la partie la plus étroite de la péninsule malaise. La largeur est en effet de 60 km environ depuis Langsuan (ลังสวน) sur les rives du golfe de Siam jusqu’à Ranong (ระนอง) face à l’extrême sud de la Birmanie d’aujourd’hui. De tous temps, ce fut un point de passage pour les marchandises venues des Indes allant vers la Chine : les navires trouvaient un abri idéal et toujours aujourd’hui à l’embouchure de la rivière kraburi (กระบุรี) qui fait frontière entre la Birmanie et la Thaïlande (1).

 

Les marchandises suivaient alors la voie terrestre en empruntant probablement une route qui correspond partiellement à l’actuelle 4006 ...

 

 

 

 

 

.. pour rejoindre le site de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว) qui se trouve à proximité immédiate de Chumpon (ชุมพร),

 

 

 

 

....aujourd’hui à l’intérieur des terres, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Langsuan, où les fouilles conduites sous la direction de Mlle Bellina ont démontré la présence d’un important trafic commercial avec les Indes (2).

 

 

 

La baie de Chumpon est en effet beaucoup plus apte à abriter les navires que les rives sableuses de Langsuan.

 

Il est probable que les navires repartaient de là pour rejoindre le port d’Oc-éo.

 

 

 

 

C’est en effet le nom donné par l'archéologue français Louis Malleret à une ville découverte dans les années 1940 au sud de la province vietnamienne d’An Giang, située un peu au sud du delta du Mékong . Elle aurait été la ville portuaire la plus importante du royaume du Fou-nan et aurait existé entre le 1er et le VIIe siècle. 

 

 

 

Le passage des Romains y est attesté par la découverte de nombreuses monnaies, notamment une médaille d'Antonin-le-pieux qui mourut en 161 après J.C. Nous leur avons consacré un article (3).

 

 

 

L’isthme est étroit, certes, mais il constitue une barrière contre la navigation.  Il se révélerait le site le plus approprié pour creuser un canal reliant le golfe de Thaïlande à l'océan Indien pour contourner le détroit de Malacca ; ce projet raccourcirait la route maritime entre l’Inde et l’océan pacifique de 700 miles nautiques (i.e. environ 1.300 km) en évitant le passage par le détroit de Malacca qui est à l’heure actuelle l'un des points d'étranglement stratégiques les plus importants au monde pour la navigation.

 

 

 

Plus de 200 navires marchands y transitent chaque jour, dont les pétroliers qui répondent à la demande croissante de la Chine en pétrole importé et les gigantesques porte- containers. Le plus gros pétrolier au monde mesure 380 mètres de long sur 58 de large. Les plus grands porte–containeurs en font 400 sur 60 de large.

 

 

 

 

Les embouteillages y sont fréquents, ce sont ces difficultés similaires qui ont conduit l’Egypte à engager en 2015 des travaux pharaoniques pour élargir, approfondir et partiellement dédoubler son canal puisque jusque-là la navigation selon la taille de l’embarcation devait se faire à sens unique !

 

 

 

 

Le canal de Panama pour sa part a également été dédoublé et élargi après neuf ans de travaux terminés en 2016.

 

 

 

Si le creusement d’un canal pose toute une série de problèmes, techniques, notamment, sans parler des problèmes financiers, son histoire ou plutôt l’histoire de ce rêve, est ancienne (4).

 

 

 

 

Les premiers projets

 

Sous le règne de Naraï

 

Tous s'accordent à en attribuer l’idée au Roi Naraï qui en aurait demandé en 1677 l’étude à un ingénieur français, M. De La Mar. Celui-ci aurait trouvé la possibilité de creuser le canal à travers l'isthme de  Kra  depuis  Songkla  au sud du pays jusqu’à Tavoy (aujourd’hui Dawei) en Birmanie.

 

 

 

Idée singulière, puisque ce trajet ahurissant aurait traversé la péninsule du sud au nord jusqu’à Tavoy qui est à environ 400 km au nord de Ranong au lieu de la faire d’est en ouest ; mais on peut penser qu'il s'agit de toute évidence d'une erreur de plume. Ce projet partait de Songkhla (สงขลา) ou plus probablement encore de la rive ouest du grand lac de Songkhla (ทะเลสาบสงขลา) parfaitement navigable pour rejoindre la côte ouest en un endroit indéterminé, probablement le plus proche c’est-à-dire l’estuaire de Thungwa (ทุ่งว้า) qui sert toujours de port de pêche et d'abri pour les bateaux qui partent vers les îles. Il n’y a sur cette côte aucun lieu dont le nom se rapproche de près ou de loin à Tavoy. (5).

 

 

Il y a 100 km à vol d'oiseau de Songkla à Thungwa mais de la rive du lac de Songkla à l’entrée de l’estuaire de Thungwa  il n’y en a  que 70 avec peut-être un peu moins d’obstacles montagneux que dans les projets de la partie nord de l'isthme. Il est à noter que c'est  ce trajet que privilégient les projets modernes.

 

 

 

 

La France y aurait évidemment trouvé des avantages incontestables en faisant échapper son commerce aux contrôles des pays qui dominaient le détroit de Malacca.

 

La rupture des relations franco-siamoises après la mort de Naraï fit avorter le projet pour autant qu’il ait réellement existé. Les relations du Siam avec non seulement la France mais l’Occident seront rompues pendant un siècle.

 

 

Sous le règne de Rama Ier

 

En 1793, toujours selon nos différents auteurs, sous le règne du Roi Rama Ier, l’idée fut reprise par un frère du Roi qui y voyait un moyen rapide d'envoyer des troupes depuis Bangkok pour défendre les rives de la mer d'Andaman contre les Birmans .  C’était en tous cas la première fois qu’un argument de défense nationale était invoqué en faveur du projet (6). Mais la menace birmane devint moins présente après l’invasion du pays par la Chine en 1766. Le projet fut donc oublié jusque sous le règne de Rama IV.

 

 

Sous le règne de Rama IV

 

Les Anglais auraient obtenu de lui l’autorisation de creuser un canal depuis Ranong jusqu’à Chumpon considéré comme « le plus court chemin » par deux experts anglais, les capitaines A. Fraser et J.G Furlong dont les investigations se déroulèrent en 1863. Ce ne sont ni des géomètres ni des géographes mais des militaires, et le trajet qu’ils proposent est loin d’être le plus court,  depuis Chumpon  (à 60 kilomètres au nord de Langsuan) jusqu’à Ranong au sud-ouest, il y a 85 kilomètres à vol d’oiseau.

 

Les fouilles initiales auraient commencé mais auraient cessé lorsque les ingénieurs anglais s’aperçurent -un peu tard- qu’il existe à cette hauteur une chaine montagneuse dont les sommets culminent entre 800 et 1.500 mètres (7). Le colonel Anglais Bagges qui effectuait des investigations similaires en 1868 constata d’ailleurs que les deux capitaines s’étaient grossièrement trompés en attribuant à la chaine montagneuse une altitude totalement fantaisiste.

 

D’autres projets anglais (l’ingénieur Tremenheere, l’ingénieur Schomberg) ne pouvaient être raisonnablement retenus pour de simples raisons de bon sens, puisqu’ils se proposaient tout simplement, de percer la chaine montagneuse. Il y en a eu d’autres dont nous vous faisons grâce, querelles d’experts, le suivant dénigrant le précédant et étant dénigré par le suivant à son tour.

 

 

 

 

Les autorités anglaises étaient d’autant moins enclines à se lancer dans des travaux gigantesques qu’elles étaient devenues à cette heure totalement maitresse du détroit de Malacca.

 

 

 

En 1866, C’était au tour de la France de demander au Roi Rama IV l’autorisation de procéder aux travaux. Immense avantage pour elle évidemment pour rejoindre ses colonies d’Indochine ! Celui-ci refuse, le projet aurait porté une atteinte grave aux intérêts britanniques alors qu’il jouait de ses relations avec les Britanniques pour s’opposer aux ambitions françaises.

 

Sous le règne de Rama V

 

La donne va changer sous le règne de Rama V, monté sur le trône en 1868. A cette date, Ferdinand de Lesseps, fort du soutien de l’épargne publique, de celui de Napoléon III, malgré les obstacles techniques et la malveillance des autorités turques, égyptiennes et anglaises a réussi et terminé ce qui fut probablement le plus grand chantier du XIXème siècle, le Canal de Suez, inauguré en 1869.

 

 

 

 

La gloire des ingénieurs français est à son apogée. Le roi ne peut l’ignorer. La France reprend alors son projet, et aurait envoyé en 1881 Ferdinand de Lesseps, fort de son prestige, auprès du Roi Rama V . Après visite attentive des lieux, Lesseps aurait trouvé le projet parfaitement faisable mais il a alors d’autres soucis avec son canal de Panama dont les travaux ont commencé l’année précédente.

 

 

Le projet était-il techniquement réalisable ?

 

Il semble bien que oui. Le canal du midi fut creusé, 

 

 

 

 

le canal de Suez aussi

 

 

 

 

ainsi que celui de Corinthe

 

 

 

et celui de Panama et malgré les difficultés techniques que l’on sait, ils finirent par voir le jour.

 

 

 

Deux ingénieurs français paraissent avoir proposé des projets techniquement réalisables; toutefois leurs conclusions, différentes mais non contradictoires, dépassent largement nos compétences. Ils auraient utilisé en tous cas tous deux, autant que faire se peut, les cours d’eau déjà existant des deux côtés de l’Isthme et par quelques contours, auraient ainsi évité d’avoir à percer les montagnes. Les navires peuvent en effet remonter l'estuaire de la rivière kraburi (กระบุรี) sur une bonne quinzaine de kilomètres.

 

Léon Dru a de nombreuses références techniques, en France, en Algérie et en Russie (8). Le trajet qu’il préconise sur 109 kilomètres (Suez en a 165, Panama 73) est chiffré entre 80 et 100 millions de francs, beaucoup moins que Suez, 225 millions de francs. Si nous pouvons estimer un franc de 1860 à 3 euros de 2014, nous arriverions à un résultat de 300 millions d’euros mais cette comparaison est hasardeuse.

 

 

Et Charles Deloncle, qui aurait accompagné Lesseps lors de son voyage de 1881, avait un projet qui fut assorti de commentaires extrêmement flatteurs dans le « Bulletin de la société royale Belge de géographie » (9).

 

Mais à les en croire tous deux, et nous les croyons aveuglément, ces travaux auraient été une bagatelle par rapport à ceux réalisés par le titan de Suez !

 

 

 

Le projet était-il rentable ?

 

Voilà bien une question à laquelle il est difficile de répondre  sauf à raisonner par analogie, ce qui n’est pas forcément la meilleure forme de raisonnement. Le Canal de Suez qui a coûté 225 millions de francs a fait les délices des actionnaires d’origine (10).

 

 

 

 

Depuis sa nationalisation en 1956,  en 2014, avant les travaux, celui-ci rapportait 5 milliards de dollars par an. Après les travaux, le gouvernement égyptien annoncé qu’il attendait un profit annuel de 13,2 milliards de dollars en 2023  après qu’il en rapporte en moyenne 5,5 milliards. 

 

Le coût du péage varie de 500 dollars pour un voilier de plaisance à 70.000 dollars pour un cargo de taille moyenne et 500.000 dollars pour un énorme porte-container, lesquels transportent en général une cargaison « pesant » un bon milliard de dollars. Le passage du porte-avion Clémenceau a été facturé 200.000 dollars (11).

 

 

 

 

A Panama, largement amorti bien que ce fut un énorme gouffre financier, un voilier de plaisance paye 600 dollars, un bateau de marchandises moyen paye 30.000 dollars et le passage du Queen Mary II  fut taxé à 220.000 dollars. Même les fantaisistes qui le suivent à la nage sont taxés à leur poids, quelques dizaines de dollars.

 

 

 

 

Il ne faut toutefois pas perdre de vue l’aspect financier et les surprises qu’il réserve : Pour le canal du midi, le budget initial passa de 7 à  18 millions de livres. Il en fut de même pour le Canal de Corinthe qui pourtant mesure moins de 7 kilomètres. Pour la rénovation du Canal de Suez, les prévisions de 4 milliards de dollars montèrent jusqu’à 8. Pour le nouveau Canal de Panama, de 3,1 milliers de dollars, on atteint 6. Il y a là de quoi faire réfléchir les investisseurs potentiels et par ailleurs s’interroger sur les compétences des ingénieurs.

 

 

Il est bien évident qu’à plus ou moins long terme un tel projet aurait donc  pu être rentabilisé... s’il n’y avait actuellement un énorme problème du à la construction de navires de haute mer de plus en plus gigantesques. C’est un calcul économique effectué par les armateurs : payer 500.000 dollars pour le passage à Suez ou en payer la moitié moins en choisissant la route du Cap de Bonne-Espérance. Que valent ces chiffres ?

 

En tous cas il est certain que l’on a assisté ces toutes dernières années à d’incontestables bouderies du canal par les armateurs européens. Mais ce ne sont pas ces questions de profit qui ont motivé le refus royal.

 

 

 

Le refus royal.

 

Rama V ne raisonnait pas en termes de rentabilité, descendant d’une dynastie de bâtisseurs et bâtisseur lui-même,  et il n’était probablement pas hostile au principe du projet mais encore faudrait-il pouvoir vérifier sur des sources siamoises. Il a surtout à cette date de bien plus graves soucis : le danger le plus pressant pour son pays, ce sont les Français. Ils sont maîtres de la Cochinchine, du Laos et du Cambodge et au « parti colonial », on considère que la carte de l’Indochine française serait fort belle si le Siam s’y trouvait inclus.

 

 

 

 

Pourquoi Rama V l’a-t-il refusé ?

 

Il y a une raison primordiale et d’évidence : Il doit respecter ses accords secrets passés avec l’Angleterre !

 

Le percement du canal aurait de toute évidence anéanti la prééminence maritime de Singapour, colonie anglaise, alors que le Roi a besoin des Anglais pour faire face aux tentatives hégémoniques de la France. Les Anglais ont donc pris leurs précautions et ont tout fait pour que le canal ne soit construit, s’il devait l’être, par aucune autre puissance que l’Angleterre. Ces dispositions résultent des accords secrets passés avec les Britanniques : L’article Ier du traité anglo-siamois du 31 mai 1896 réitéré le 6 avril 1897 précise « Le roi de Siam s’engage à ne céder ou aliéner à aucune autre puissance aucune de ses droits sur quelque partie que ce soit de ses territoires ou îles situés au sud du Muong Bang Tapan » (en réalité Ban Sapan, à 150 km au nord de Langsuan). « Le roi de Siam s’engage à ne pas concéder, céder ou affermer de privilège ni d’avantage spécial, dans les limites susmentionnées, au gouvernement ou aux sujets d’une tierce puissance sans le consentement préalable écrit du gouvernement britannique ».

 

Ces dispositions formelles ne sont toutefois que la concrétisation de nombreuses correspondances échangées entre les Siamois et les Britanniques depuis 1893.

 

Elles seront réitérées dans le traité du 10 mars 1909 par lequel le Siam cédait à la Grande-Bretagne les états malais de Kelantan, Kedah, Trengganu et Perak. Le Siam n’avait donc aucune autre porte de sortie que de procéder lui-même au percement de l’Isthme ce dont il n’avait probablement pas les moyens financiers.

 

Elles le furent encore à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors du traité de paix anglo–siamois signé à Singapour le er janvier 1946 : « Le Siam s’engage à ne pas percer l’isthme de Kra sans l’accord de la Grande-Bretagne ». Cette disposition ne fut révoquée qu’en 1954 (13).

 

 

Il y a une autre raison d’évidence qui n’a probablement fait que conforter la décision royale : l’existence du canal reviendrait tout simplement à couper le pays en deux. La construction du canal de Panama a entraîné directement ou non la constitution de la république de Panama, création américaine qui n’avait aucune justification historique, au détriment de la Colombie. C’est à partir des environs de Chumpon que l’on voit dans les villages de moins en moins de Chedis et de plus en plus de minaret, avant même de rejoindre les provinces du sud majoritairement mahométanes. C’est là que commence le sud musulman que le canal isolerait physiquement… Une barrière liquide de 58 mètres de large et 8 mètres de profondeur selon le seul projet de Dru.

 

 

 

La nouvelle donne

 

N’épiloguons pas sur la suite, de nombreuses tentatives ont été menés notamment dans les années 1970-1990 contre lesquelles on évoque le plus souvent la crainte de voir isoler physiquement tous les districts à majorité musulmane, et ce d'autant que les projets les plus récents reprennent le trajet du plein sud (celui de Del Mar) mais sur une largeur d'emprise de 400 mètres.

 

La situation politique de la Thaïlande à ce jour ne paraît pas favorable à la réalisation de ce projet ! Bien au contraire, ses experts examineraient des alternatives de transport terrestre contre un canal projeté de 97 km de long traversant l'isthme de Kra, anéantissant les espoirs de la Chine qui souhaitait une alternative stratégique et économique au détroit de Malacca. Serait envisagé en effet la construction de deux ports en eau profonde, un de chaque côté de l'isthme, reliés par route et par rail.

 

C’est la solution qui existait du temps d’Antonin le Pieux !

 

 

 

 

Ce choix pourrait réduire d'environ deux à trois jours le trajet en mer du voyage entre l'Asie de l'Est et le golfe du Bengale, il ne fournirait pas de raccourci pour les navires militaires ou les pétroliers et porte-containeurs géants mais à tout le moins désengorgerait Malacca. « Utiliser une route alternative à travers la Thaïlande réduirait le temps d'expédition de plus de deux jours, ce qui est très précieux pour les entreprises » a déclaré le ministre des Transports Saksiam Chidchob dans une interview accordée à Bloomberg (14).

 

 

 

 

Sans précisions chiffrées disponibles, les travaux se limiteraient donc à l’aménagement  du port de Ranong sur la côte ouest

 

 

 

 

.....et de celui de Chumphon sur la côte est,

 

 

 

 

à un élargissement du réseau routier déjà existant, à la construction d’une voie ferrée et éventuellement d’un oléoduc traversant la péninsule.

 

Cette solution s’oppose à la vulnérabilité stratégique d’un canal qui couperait en deux une Thaïlande en isolant les provinces du sud en proie à une agitation séparatiste qui mijote depuis des dizaines d’années. Le Roi Rama IX y a toujours été hostile. Par ailleurs une participation étroite de la Chine au financement constituerait une intervention étrangère dans les affaires intérieures du pays. Si le Colonel Nasser a pu se débarrasser non sans mal et au prix d’une guerre même perdue mais gagnée diplomatiquement du poids anglo-français en nationalisant brutalement le Canal, comment la Thaïlande résisterait-elle au poids du pays le plus puissant économiquement et militairement de la région ? Le financement de l’extension du Canal de Panama s’est fait au vu d’un référendum et a été effectué essentiellement par l’épargne de sa population hors intervention américaine, On peut penser que l’appel à l’épargne des Thaïs ne recevrait pas un accueil favorable quand l’on voit les réactions hostiles suscitées par le projet  abandonné d’achat pour 724 millions de dollars de deux sous-marins à la Chine à une époque où l’économie du pays est durement touchée par les conséquences de la pandémie mondiale.

 

On peut donc encore reprendre le mot de Mimpi Yang Tidak Kesampaina : Quatre siècles plus tard, le rêve est toujours insaisissable (the elusive dream) (4).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir « Échanges préhistoriques et métissage culturel entre l’est de l’océan indien et la mer de Chine » Bérénice Bellina, 4ème Congrès du Réseau Asie & Pacifique à 14-16 sept. 2011, Paris.

 

(2) « Le port protohistorique de Khao Sam Kaeo en Thaïlande péninsulaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient ». Tome 89, 2002. pp. 329-343. Voir le site du musée national de Chumpon :

http://www.nationalmuseums.finearts.go.th/thaimuseum_

eng/chumphon/history.htm

Le site a été largement dégagé par le typhon «  Gay » (sic) de novembre 1989 qui a ravagé la région en tuant malheureusement plus de 800 personnes. Un événement que passent soigneusement sous silence les guides qui vantent les charmes touristiques  de Chumpon !

 

 

(3) Voir Louis Malleret « Les fouilles d'Oc-èo (1944). Rapport préliminaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 45 N°1, 1951. pp. 75-88. « La glyptique d'Oc-èo » In «  Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » 93e année, N. 1, 1949. pp. 82-85. «  Aperçu de la glyptique d'Oc-èo » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 44 N°1, 1951. pp. 189-200.

 

Paul Lévy « Fouilles d'époque romaine faites aux Indes françaises et en Indochine à Virapatnam et à Oc-Eo » In  « Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », 90e année, N. 2, 1946. pp. 227-229.

 

Notre article A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a189-des-commercants-romains-sont-ils-venus-au-siam-au-debut-de-notre-ere.html

 

(4) Voir en particulier : 

« The Kra Canal and thai security » par Amonthep Thongsin, (Lieutenant de la marine royale thaïe), Thèse publiée sous l’égide de la «  NAVAL POSTGRADUATE SCHOOL » Monterey, California (Université dépendant de l’US NAVY)

ou encore  « Kra canal – 1804 – 1910, the elusive dream » par Mimpi Yang Tidak Kesampaina, in « Akademika » 2012 qui donne une liste probablement exhaustive des multiples projets

ou encore « La péninsule malaise au seuil du XIIIéme siècle » par Michel Jacq Hergoualc’h in « Aséanie » tome 14, 2004

ou encore « Les nouvelles conquêtes de la Science – Isthmes et canaux » par Louis Figuier, 1884

 

 

 

ou enfin « Les projets de percement de l’Isthme de Kra et leur histoire » par I.O. Lévine in « Affaires étrangères, revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique », février 1937.

 

(5) Bien que le nom de cet ingénieur, orthographié de façon différente (Delamarrede Lamar, etc..) se retrouve souvent, nous n’en avons trouvé aucune trace dans aucun des mémoires des contemporains, ce qui est tout de même singulier. Les références que cite le Lieutenant Thongsin en particulier nous ont semblé légères à tout le moins, mais il fait œuvre de stratège et ne prétend pas faire œuvre d’historien. Ceci dit, les ingénieurs français étaient parfaitement capables de réaliser cette prouesse technique : Dix ans auparavant avaient commencé les travaux de percement du « Canal du Midi » certainement le plus énorme chantier de tout le XVIIème siècle : 240 kilomètres pour 18 millions de livres de l’époque (équivalent probable mais certainement approximatif, 9 milliards d’euros 2014) et d’inimaginables prouesses techniques (64 écluses !).

 

(6) Cet argument stratégique est repris avec passion par le Lieutenant Amonthep Thongsin mais celui-ci, soucieux de la sécurité de son pays, l’est moins de ses finances.

 

(7) On peut s’interroger sur les compétences de ces ingénieurs anglais ? La route qui relie la côte ouest depuis Ranong jusqu’à Langsuan est vieille comme le monde, connue peut-être depuis Ptolémée (c’est l’actuelle 4006) et point n’est besoin d’être géomètre pour constater qu’elle franchit une chaine montagneuse ! Leurs conclusions se bornèrent à dire que construire une voie de chemin de fer sur ce trajet serait moins coûteux que de creuser un canal.

 

(8) « Projet de percement de l’isthme de Krau » présenté à la « société des ingénieurs civils » et à la « société académique indochinoise », publié dans le bulletin de cette dernière en 1883.

 

(9) « Le percement de l’isthme de Kra » in « La nouvelle revue » 1882 et « Bulletin de la société royale Belge de géographie » livraison de 1885.  

 

(10) Un peu moins de 200 km, 10 ans de travaux pour un coût qui aurait été de 225 millions de francs totalement financés par les épargnants français. 1.500.000 égyptiens y ont travaillé mais le coût en vie humaines aurait été énorme : 125.000 fellahs y auraient trouvé la mort (chiffre lancé par le Colonel Nasser lors de la nationalisation de 1956, mais probablement exagéré.)

 

 

 

 

(11) Tarifs disponibles sur de nombreux sites de marins amateurs ou pas, par exemple :

http://www.meretmarine.com/fr/content/les-tarifs-du-canal-de-suez-augmentent-en-moyenne-de-28

 

(12) Même « Eurotunnel » y est arrivé en 2013.

 

(13) « The anglo-siamese secret convention of 1897 » par Thamsook Nunmonda in « Journal of the Siam society »  volume 53 de 1965 et l’article de Philippe Mullender « L’évolution récente de la Thaïlande » in « Politique étrangère », n° 2, 1950.

 

(14) Voir à ce sujet :

 https://forum.thaivisa.com/topic/1181431-thailand-takes-a-step-back-from-kra-canal-proposal/

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 22:38

 

 

Nul ne connaît encore toutes les conséquences  économiques, sociales et sanitaires de la pandémie du covid-19 en cette année 2020, mais tous les pays savent qu'elles seront importantes et tragiques pour tous les pays touchés et surtout pour les populations les plus pauvres. Si en ce mois d'août 2020, la Thaïlande a jugulé la pandémie, elle  est  l’une des économies asiatiques les plus affectées par la récession déclenchée par le Covid-19. Surtout comme nous le rappelle Jean-Raphaël Chaponnière dans son article « Coronavirus : la pauvreté s'installe en Thaïlande », l’économie thaïlandaise n’était pas en bonne santé au début 2020 et sa croissance est inférieure à la moyenne de l’ASEAN depuis plusieurs années (1).

 

 

 

La politique menée par le gouvernement contre le covid-19 a été certes efficace, puisque en cette fin du mois d'août 2020, la Thaïlande  a recensé 3.411 cas, dont 3.252 ont été rétablis et 58 sont morts. (Au 31/08/2020). (2) Mais il n'est pas inutile  de rappeler que les mesures gouvernementales furent d'autant plus efficaces, qu'en Thaïlande on ne se serre pas la main et on ne se fait pas la bise, on fait le wai pour se saluer, remercier ou montrer son respect,

 

 

 

 

.... et que  la population a adopté de suite de façon volontaire le port du masque, et a bien volontiers respecté les contrôles sanitaires avant d'entrer dans les lieux clos, en sachant que masques et gel hydro alcoolique n’ont quasiment jamais manqué dans le royaume.

 

 

 

 

Le port du masque n’est d’ailleurs pas une réelle nouveauté, beaucoup déjà le portaient notamment à Bangkok ou dans d’autres villes (Chiangmaï en particulier) oú la pollution atmosphérique est intense. Les motocyclistes le portent d’ailleurs plus volontiers que le casque.

 

 

 

Mais sans refaire tout l'historique des mesures prises depuis l'état d'urgence internationale déclaré par l'OMS le 30 janvier 2020, le gouvernement thaïlandais a pris des mesures drastiques, surtout à partir du mois de mars, lorsque deux foyers de contamination sont apparus (un combat de boxe au stade Lumpini à Bangkok et dans un bar du quartier de Thonglo) , avec la fermeture décidée des écoles et universités dans tout le royaume le 18 mars, puis le 23 mars, les centres commerciaux, attractions touristiques, restaurants et bars de Bangkok qui seront suivies par l’ensemble des provinces du pays, avec  la fermeture des frontières. Le 26 mars, la Thaïlande déclarait l’état d’urgence et recommandait vivement à la population de rester à la maison et le 2 avril, un couvre-feu de 22h à 4h était mis en place. (L'état d'urgence est prolongé jusqu'à la fin septembre 2020) (1)

 

 

 

 

L’état d’urgence proclamé  imposait des conditions strictes pour les voyageurs et rendait le pays quasiment impossible d'accès, sans compter les restrictions prises par les autres pays et par leurs propres compagnies aériennes. (Selon un indicateur du FMI, les réservations hôtelières ont chuté, jusqu'à 70% en avril, et les vols internationaux jusqu'à 80%, à l'échelle planétaire »). Tous les événements prévus furent annulés et le gouvernement ira jusqu'à interdire les célébrations du Nouvel An bouddhique, Songkran, (13-15 avril), pendant lesquels des millions de Bangkokois rentrent en province.

 

 

 

Toutefois ces mesures bien qu'efficaces n'ont pas empêché- on s'en doute- les conséquences économiques et sociales dramatiques qui touchent le pays et ses habitants, surtout dans la mesure où la Thaïlande dépend fortement des exportations et du tourisme international.

 

 

 

Si tous les pays « touristiques » vont être touchés, une étude du FMI de début août a constaté que  la Thaïlande sera le pays qui en souffrira le plus, en termes de balance des paiements. Le manque à gagner en 2020 devrait peser 6% du PIB. À titre de comparaison, l'étude indique que « La France, pays fortement dépendant de l'industrie touristique, tire plutôt bien son épingle du jeu et devrait limiter ses pertes à 0,5% du PIB.» Il est à craindre que cela soit pire, dans un pays où le tourisme représenterait près de 14% voire 18% ou 20% du PIB, selon les sources, et au vu de l'activité souterraine. Mais il est sûr que son industrie est quasi à l'arrêt en ce mois d'août et que le gouvernement n'envisage qu'une faible ouverture aux touristes étrangers en octobre pour Phuket avec des conditions sévères qui devraient attirer peu de monde. (quarantaine entre autres, un mois de séjour obligatoire, limitations de déplacement) avec des informations plus ou moins contradictoires selon les jours.

 

 

 

Si la Thaïlande avait reçu près de 40.000.000 de touristes en 2019, combien seront-ils à la fin de l'année 2020 ? 8.000.000 ? 10.000.000 ? Les plus optimistes en espèrent 14.000.000, ce qui ferait déjà une chute brutale de 65 % qui  ramènerait la Thaïlande à son niveau d’il y a dix ans. Il est probable que cela sera moins et entrainera la fermeture de près de 60% des entreprises du secteur, et des six millions de la population qui vivent du tourisme -dans la mesure où ce chiffre correspond à la réalité eu égard à la difficulté de déterminer le pourcentage réel de l’activité touristique-, combien garderont leur emploi ?

 

 

 

 

La crise du covid-19 va aussi fortement impacté l’industrie manufacturière et plus spécifiquement  les secteurs de l’électronique et de l’automobile, ainsi que l'agriculture.

 

 

Tous les secteurs des exportations de produits manufacturés ont subi une forte baisse. (-27,0% en glissement annuel en mai (…) La récession est principalement attribuable aux exportations vers les trois principaux partenaires commerciaux, dont l'UE (-40%), les États-Unis (-17,3%) et le Japon (-24,2%). ) (3)

 

 

 

 

 

Mais les secteurs de l’électronique et de l’automobile, qui représentent 30% des exportations, et  comptent deux millions de travailleurs (sur 4,5 millions dans l’industrie manufacturière), seront les plus touchés. L'agriculture qui emploie le tiers de la population au travail, même si elle ne compte que pour 9 % du PIB,  va aussi souffrir de la baisse des exportations des produits agro-alimentaires qui représentaient en 2019 plus de 12 % des postes d'exportation, (Après la sécheresse qui a sévi en 2019).

 

 

 

 

Ainsi par exemple, l'étude du service économique de l'Ambassade de France en Thaïlande du 13 avril  2020, nous informe  que « La Chine étant le premier partenaire commercial de la Thaïlande, le ralentissement de sa croissance économique (niveau le plus bas depuis 27 ans en 2019) –sur fond de tensions commerciales avec les Etats-Unis –a pesé sur les relations commerciales. La demande chinoise pour les produits thaïlandais a ainsi reculé de 3,2%. Les exportations de produits agricoles (-26 % pour le riz, -10 % pour le caoutchouc) et industriels (-7 % pour les produits électroniques, -3 % sur les automobiles, -6 % pour les machines et équipements) ont été particulièrement touchés ».  (4)

 

 

 

La moitié de la production automobile était exportée, (voire plus : En 2015, 1 204 895 voitures étaient exportées sur une production de 1 915 002. Le pays a eu une production totale en 2019 de 2 013 710 automobiles et 1 948 046 motocycles.) et  en 2020, un article de Bangkok Post nous apprend que « la production automobile de la Thaïlande en avril 2020 a atteint son plus bas niveau en 30 ans avec 24 711 unités dans un contexte de faible demande mondiale, d’arrêts d’usines et de licenciements généralisés ». Une déclaration de  la Fédération des industries thaïlandaises (FTI) confirme que « L’industrie automobile pourrait ne pas atteindre le seuil de 1 million d’unités cette année, ce qui serait une baisse de 50% par rapport à 2019 ». (In « Le Petit Journal ») Outre la perte  financière pour un secteur qui représentait environ 10 pour cent du PIB du pays, des observateurs estiment que 70 % de ses travailleurs (sur env. 7% de l'emploi total) risquent de perdre leur emploi. (5)

 

 

L'Électrique et l'électronique équipement sont également un important secteur d'exportation de la Thaïlande, puisqu'ils  représentaient environ 15% des exportations totales. Elle assemble des composants et fabrique près de la moitié des lecteurs de disques vendus dans le monde. (1) Déjà en mai les exportations d'appareils électriques chutaient de -31,7% en glissement annuel et les exportations d'électronique de -14,6% en glissement annuel. (3) A combien sommes-nous aujourd'hui ?

 

 

Pour les non-spécialistes que nous sommes, nous n'avons pas (encore) eu accès à d'autres informations plus récentes.  Même  Jean-Raphaël Chaponnière, dans son article daté du 25 juillet 2020 (1), en est resté au mois d'avril : « Les exportations ont chuté de 30 % en avril, et la Banque de Thaïlande prévoit qu’elles diminueront de 9 % sur l’année et que les importations chuteront de 15 %.».

 

 

 

 

Le covid-19 va aggraver les inégalités sociales et la situation des plus pauvres.

 

 

Il ne faut pas oublier que la Thaïlande est l'un des pays les plus inégalitaires au monde avec près de 70% des richesses du pays détenues par 1% de la population, et que 50% des Thaïlandais les plus pauvres détiennent  seulement 1,7% de la richesse du pays. Nul doute que l'épidémie du covid-19 va aggraver cette situation, avec le déclin de l'activité économique, la perte massive d'emplois et de revenus,  surtout dans un pays, nous dit   Jean-Raphaël Chaponnière, qui compte une économie informelle de 17 millions de salariés et de 21 millions de travailleurs. Il estime que « près de 8 millions ont été directement touchés par la crise, soit qu’ils aient perdu un emploi soit que leur revenu ait diminué parce qu’ils travaillent moins, ou parce qu’ils reçoivent moins de transfert de leurs enfants vivant en ville ou à l’étranger. ».

 

 

 

Nous avions déjà dans un article consacré à « La situation des  vieux paysans de Thaïlande » (6) rappelé qu' « env. 60 % des travailleurs thaïlandais sont des travailleurs informels c’est-à dire non légalement déclarés (avec 93 % dans l’emploi agricole !); sachant que « l’emploi informel en Thaïlande est historiquement associé à des rémunérations plus faibles, une  plus grande insécurité économique, l’exclusion des droits garantis par la législation du travail, ou leur faible application  dans les domaines de la sécurité au travail, de la santé et de la retraite » (Bruno Jetin (6) ), dans un pays où la population rurale compte  50 % de la population en 2019 et où le salaire journalier minimum est fixé à 300 baths (env. 8 euros), et que la retraite gouvernementale mensuelle touchée par les vieux est de 600 baths et de 1000 baths à 70 ans ! Nous avions montré que  dans un milieu déjà pauvre,  la misère des vieux paysan(n)es thaïlandais(es) (10% de la population) ne peut l’être que davantage.

 

 

 

Ceci d'autant plus, que cette part de leur modeste revenu n’est que la deuxième source de revenus après l’aide reçue de ceux qui sont partis à l'étranger, leur famille, et/ou de leurs filles parties dans les usines ou les chantiers de Bangkok, voire les différents bars, massages, karaokés ... Et avec l’âge, du fait de leur difficulté à travailler, les vieux sont encore plus dépendants de ces ressources extérieures pour survivre, en sachant que presque 20 % ne reçoivent rien de leurs enfants et qu'on peut considérer qu’ 1/3 sont dans la pauvreté absolue. (Cf.  Bruno Jetin (6))

 

 

Nous avions aussi « découvert » avec l’étude de Jacques Ivanoff, « Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ? » (Cf. Notre article 7) un phénomène d’une importance majeure : qu'en trente ans,  le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) était  passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande, qui alimentent en main d’œuvre (légale et illégale) de nombreux secteurs de l’ économie du sud, comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette, les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas … Ils seront sans nul doute fortement impacté par cette crise. Déjà en mars, avant l'annonce éminente de la fermeture des frontières terrestres du Laos, du Cambodge et de la Birmanie,, des milliers de travailleurs précaires pour ne pas dire illégaux ont fui pour rejoindre leur pays.

 

 

De plus, à ces situations dramatiques, il faudrait ajouter l'impossibilité pour beaucoup de rembourser leurs dettes (80 % du PIB thaïlandais)  et pour beaucoup  de diminuer leur consommation qui est le principal moteur de l’économie (48 %) (2). D'ailleurs, les restrictions à la mobilité et le respect des gestes barrières ont freiné la consommation (restaurants, spectacles, achat de voitures ou de motocyclettes, etc.)

 

 

 

 

 

Pour faire face à cette crise sociale, le gouvernement  a pris des mesures, mais celles-ci sont insuffisantes. Jugez plutôt.

 

Jean-Raphaël Chaponnière, nous apprend que « le gouvernement a adopté un plan de relance équivalant à 12 points de PIB. Un quart reviendra au tourisme et un autre à des mesures sociales via des « cash transfer » assez modiques : une allocation de 5.000 bahts mensuels (140 euros) pendant trois mois pour les 15 millions d’auto entrepreneurs ou de salariés licenciés, 15.000 bahts de compensation pour les salariés, 5.000 baths pour les agriculteurs et 1.000 baht par mois pour les séniors. »

D'autres mesures ont été prises  comprenant des prêts à taux réduit d'une valeur de 150 milliards de bahts, l'extension du remboursement de la dette, des avantages fiscaux, y compris la réduction des retenues à la source,  une restructuration des prêts aux PME, etc. (8)

 

Mais si nous n'avons pas la compétence d'évaluer l'impact de ces transferts,  la Banque mondiale a estimé que le nombre de personnes vivant avec moins de 170 baths (4,5 euros) par jour va doubler et atteindra 9,7 millions au second trimestre.

 

 

 

 

De plus, la démission mi-juillet de 5 ministres de l’équipe économique du gouvernement  dont le célèbre ministre thaïlandais des Finances, Uttama Savanayana, suivie peu après par le ministre du travail ne peut, pour le moins, qu'inquiéter sur l'efficacité des mesures prises et annonce outre une crise sérieuse au sein du gouvernement, des conséquences dramatiques pour la majorité des Thaïlandais. (9) (Le nouveau ministre des Finances Predee Daochai nommé le 12 août a démissionné le 1er septembre!)

 

 

 

 

Et on pourrait dépeindre des  situations de détresse inédites aux quatre coins du pays, où nombre de Thaïlandais et de travailleurs migrants doivent faire la queue pour simplement manger. (Cf. Le témoignage de Sunai Pasuk, Représentant de Human Rights Watch (HRW) pour la Thaïlande) (10) ).

 

 

 

 

Et ce ne sont pas les propos tenus par Tanes Petsuwan, député-gouverneur à l’autorité du tourisme de Thaïlande, qui va rassurer :

 

« C’est la pire situation que l’industrie ait jamais connue, pire que la crise financière de 1997, le tsunami de 2004, les épidémies de Sras, de MERS, de grippe aviaire, pire que les troubles politiques. Nous avons surmonté toutes les crises précédentes en moins d’un an, mais pour celle-ci, l’incertitude est très forte, nous pourrions ne jamais atteindre à nouveau les chiffres de fréquentation pré-Covid. » (10)

 

 

 

Peut-on prévoir les suites si nous pouvons déjà en constater les conséquences ? John Stuart Mill disait que l’obstacle majeur dans ce qu’il est convenu d’appeler par abus de langage « la science économique »  vient de la difficulté de faire des expériences sur les phénomènes sociaux en raison de la multitude de paramètres à prendre compte et de leur mouvance permanente. La reproductibilité devient alors impossible, « parce qu’il serait impossible de reconnaître et d’enregistrer tous les faits de chaque cas, et, aussi, car prisonnière de l’exigence d’un temps d’analyse très long, les conditions se créent et s’annihilent au fur et à mesure » (11). Il y a beaucoup de spécialistes de la boule de cristal qui parent leurs schémas d’équation mathématiques alors que si en mathématiques 2 plus 2 font toujours 4, il n’en est pas de même en matière de « science » économique. 

 

 

 

N’étant ni l’un ni l’autre experts en économie, nous ne sommes pas non plus experts autoproclamés en virologie. Et- bien que ce ne soit pas l’objet essentiel de cet article, constatons qu’à ce jour, nous ne connaissons pas l’origine réelle de cette pandémie. Les Chinois et leur pangolin ont été initialement incriminés, nous en avons parlé avec un certain sourire (12).

 

 

 

 

Les théories « complotistes » fleurissent. Un siècle plus tard, nul n’a jamais déterminé l’origine de la grippe injustement dite « espagnole » qui a fait des dizaines de millions de mots en 1919. Il en est de même pour cette pandémie à cette heure.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

(1) Article de Jean-Raphaël Chaponnière, in Asialyst : « Coronavirus : la pauvreté s'installe en Thaïlande »,  https://asialyst.com/fr/2020/07/25/coronavirus-pauvrete-installe-thailande/

 

(2) https://lepetitjournal.com/bangkok/covid-19-pourquoi-la-thailande-deplore-t-elle-aussi-peu-de-deces-277938

 

 

(3) « La contraction a été observée dans tous les articles et a été principalement entraînée par une nouvelle baisse des exportations de véhicules et de pièces automobiles (-56,6% en glissement annuel), de produits pétroliers (-31,3% en glissement annuel) et d'appareils électriques (-31,7% en glissement annuel). Les exportations d'électronique ont chuté avec une forte baisse de -14,6% en glissement annuel, en baisse sensible par rapport à + 4,6% en avril. »

 http://www.gavroche-thailande.com/actualites/conomie/112388-tha-lande-conomie-comment-le-coronavirus-a-tue-les-exportations-thailandaises

 

(4) Cf. L' Étude du service économique de l'Ambassade de France en Thaïlande du 13 avril  2020.

https://www.tresor.economie.gouv.fr/PagesInternationales/Pages/9d9f42f8-5b00-4da0-982e-820f66065149/files/3dc1eb27-fc55-42ff-b6d2-a78f7d449503

 

(5) Cf.  https://fr.qwe.wiki/wiki/Automotive_industry_in_Thailand

https://www.bangkokpost.com/business/1921664/30-year-low-for-car-output

 

(6) A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

 

Basé sur l'article de Bruno Jetin, Le développement économique de la Thaïlande est-il socialement soutenable ? In Thaïlande contemporaine, sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

(7) A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

Basé sur l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?

In http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010.

 

(8) Voir la liste des mesures socio-économiques prises par le gouvernement :

http://www.gavroche-thailande.com/actualites/conomie/111946-tha-lande-coronavirus-voici-la-liste-des-mesures-socio-economiques-prises-par-le-gouvernement

Mesures fiscales et de contrôle en réponse au Covid-19 en Thaïlande : https://lepetitjournal.com/bangkok/mesures-fiscales-et-de-controle-en-reponse-au-covid-19-en-thailande-276713

 

(9) Avec le ministre des Finances s’en vont le vice-Premier ministre Somkid Jatusripitak, ainsi que le ministre de l'Énergie, Sontirat Sontijirawong, le ministre de l'Enseignement supérieur, des Sciences, de la Recherche et de l'Innovation, Suvit Maesincee, et le secrétaire général adjoint du Premier ministre en charge des affaires politiques, Kobsak Pootrakool.

 

(10) Covid-19 : La Thaïlande assommée par l’arrêt des échanges internationaux

dimanche 2 août 2020, par SIEGEL Laure

in http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article54477

 

Représentant de Human Rights Watch (HRW) pour la Thaïlande, Sunai Pasuk dépeint une détresse inédite aux quatre coins du pays : « Dans les villes au nombre de travailleurs migrants élevé, comme dans les ports de pêche à Samut Prakan, les zones touristiques telles que Phuket ou le long de la frontière avec la Birmanie, ils ont été les premiers à être licenciés. Puis ça a été au tour des Thaïlandais. Je suis originaire de Phuket, une des provinces les plus riches, et c’est la première fois de ma vie que je vois les gens faire la queue pour manger. Trois fois par jour, ils doivent s’aligner pour manger. Rien que dans le quartier rouge de Patpong à Bangkok, 500 travailleurs du sexe ont encore besoin d’être nourris quotidiennement. Ce n’est plus viable. »

Des artères commerçantes de Bangkok, Phuket, Chiang Mai, Pattaya, Koh Samet, Koh Samui et des dizaines d’autres îles se sont transformées en quartiers fantômes et les panneaux « for rent » ou « for sale » se multiplient sur des rideaux de fer tirés. »

 

(11) John Stuart Mill, Système de Logique déductive et inductive,  le texte est de1843

 

 

.

 

(12) Voir notre article A 364- PITIÉ POUR LE PANGOLIN SOUPÇONNÉ D'AVOIR TRANSMIS LE COVID-19.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/a-364-pitie-pour-le-pangolin-soupconne-d-avoir-transmis-le-covid-19.html

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 23:42
A 381 - LA THAÏLANDE AUX JEUX OLYMPIQUES

La Thaïlande est venue tardivement aux jeux olympiques, restaurés sinon fondés en 1896 par Pierre de Coubertin. 

 

 

Le Comité national olympique thaï (คณะกรรมการโอลิมปิคแห่งประเทศไทย - Khanakammakan Olimpik Haeng Prathetthai) coordonne les activités olympiques dans le pays. Il est placé sous patronage royal (ในพระบรมราชูปถัมภ์ - Naiphraborom Rachupatham). Il a été fondé le 20 juin 1948 à Bangkok et fut reconnu par le Comité international olympique le 15 mai 1950.

 

 

Elle a d’ailleurs depuis 2017 une petite place dans ce  comité en la personne de Madame Patama Leeswadtrakul, universitaire et femmes d’affaire de très haut niveau. Elle y côtoie les représentants d’institutions officielles, toutes liées, directement ou indirectement, aux instances dominantes des puissants de ce monde : princes, émirs, aristocrates, banquiers, ex‑ministres, hommes d’affaires, diplomates ou ambassadeurs recyclés, fonctionnaires internationaux, sportifs reconvertis dans le lobbying.

 

 

Le comité national fut présidé successivement par Phraya Chindarak, de sang royal, qui fut un temps ministre de l’intérieur et par ailleurs fondateur de l’association de badminton de Thailande (สมาคมแบดมินตันแห่งประเทศไทย - Samakhom Baetmintan Haeng Prathet Thai) et qui fit reconnaître cette activité comme sport national. Il fut suivi de  Praphas charusathien, maréchal de l’air et un temps ministre de l’intérieur. Vint ensuite Dawee chullasapya, maréchal de l’air et plusieurs fois ministre. Après une période trouble en 1996-1997, arrive le général Chetta Thanajaro, commandant en chef des armées. Après lui vient Yuthasak Sasiprapha, encore un général qui fut ministre. Prawit Wongsuwan en est le président depuis 2017, tout aussi militaire et tout aussi ministre ou ancien ministre (1).

 

 

Sans épiloguer sur la philosophie ou la prétendue philosophie de l’olympisme et au vu de cette composition sans discontinuité, il est évidemment permis de s’interroger sur le point de savoir si l’olympisme vu par le CIO n’est pas un adoubement aux régimes totalitaires, question qui fut posée pour les jeux de Berlin en 1936

 

 

....ou ceux de Pékin en 2008 et qui pourrait se poser pour la Thaïlande dont certains considèrent le régime sinon comme totalitaire, du moins comme « autoritaire » (2) ?

 

 

LES MÉDAILLES THAÏES AUX JEUX D’ÉTÉ DE 1952 Á 2016

 

 

Depuis les jeux d’Helsinki en 1952, les premiers auxquels participèrent des sportifs thaïs et au cours de quinze participations, les résultats se firent attendre : Helsinki 1952,

 

 

Melbourne 1956,

 

 

Rome 1960, 

 

 

Tokyo 1964,

 

 

Mexico 1968,

 

 

Munich 1972, aucun thaï ne monte sur le podium.

 

 

Le succès commence à Montréal en 1976

 

 

avec une médaille de bronze Payao  Poontarat  (Boxe Poids -i- mouche).

 

 

Les jeux de Moscou sont boudés en 1980, c’est l’esprit olympique qui fit que l’on ne bouda pas ceux de Pékin en 2008 ; Les vilains soviétiques sont entrés en Afghanistan et les bons Chinois au Tibet. Les Jeux de Moscou avaient été boycottés par les États-Unis et 64 autres délégations occidentales en raison de l'intervention soviétique en Afghanistan, une décision à laquelle la France eu l’intelligence de ne pas s’associer !

 

 

Elle eut un mérite, celui de faire entrer au sein de l’Olympisme internationale le Laos qui n’avait auparavant jamais participé aux jeux et fit alors preuve de solidarité en envoyant quelques athlètes après avoir créé son comité national en 1975 reconnu en 1979 par le Comité International (3).

 

 

En 1984 à Los Angeles,

 

 

 

 

les thaïs remportent une médaille d’argent et une de bronze. Dhawee Umponmaha (boxe moins de 43,5 kilos) pour l’argent et  X pour le bronze.

 

 

A ces jeux d’ailleurs et en réponse au boycott de 1980, les pays du bloc de l’Est sauf la Roumanie ne se rendirent pas aux jeux sous des prétextes tout aussi politiques !

 

Séoul 1988

 

 

La moisson fut maigre  à Séoul en 1988 et à Barcelone en 1992,

 

 

1  seule de bronze. A Séoul Phajol Moolsan pour la boxe (moins de 54 kilos)

 

 

et à Barcelone  un boxeur de moins de 57 kilos, Arkhom Chenglai.

 

 

A Atlanta en 1996,

 

 

première médaille d’or en sus d’une de bronze. La médaille d’or récompense Somluck Kamsing (boxe – poids plume)

 

 

celle de bronze Vichairachanon Kadpo (Boxe – poids coq).  

 

 

Ce score est égalé à Sydney en 2000, Wijan Ponlid décroche une médaille d’or (boxe – poids mouche)

 

 

Pornchai Thongburam une de bronze (boxe – super-welters).

 

 

En 2004 à Athènes,

 

 

les Thaïs emportent trois médailles d’or, une d’argent et quatre  de bronze. Pour l’or, Manus Boonjumnong médaille d’or (boxe-super léger)
 

 

deux femmes en haltérophilie, Udomporn Polsak (moins de 53 kilos)

 

 

et Pawina Thongsuk (moins de 75 kilos).

 

 

Pour l’argent, Worapoj Petchkoom (boxe – moins de 56 kilos).

 

 

Les médailles de bronze récompensent Suriya Prasathinphimai (boxe – moins de 75 kilos),

 

 

deux femmes en haltérophilie : Aree Wiratthaworn (moins de 48 kilos)

 

 

et  Wandee Kameaim (moins de 58 kilos)

 

 

et une autre en Taekwondo, Yaowapa Boorapolchai (moins de 49 kilos)

 

 

En 2008 à Pékin chez les bons Chinois,

 

 

deux médailles d’or, un boxeur de moins de 51 kilos, Somjit Jongjohor

 

 

et une femme haltérophile de moins de 53 kilos, Prapawadee Jaroenrattanatarakoon,

 

 

deux d’argent, un boxeur de moins de 64 kilos, Manut Boonjumnong

 

 

et un lutteur de Taekwondo de moins de 49 kilos, Buttree Puedpong.

 

 

A Londres en 2012,

 

 

le résultat décevant n’est plus que de deux médailles d’argent, celle de Pimsiri Sirikaew en haltérophilie

 

 

et Kaew Pongprayoon en boxe

 

 

et  une de bronze, Chanatip Sonkham en taekwondo.

 

 

A Rio en 2016,

 

 

il y aura deux médailles d’or, une  d’argent et une de bronze. Deux médailles d’or en haltérophilie pour deux femmes, Sopita Tanasan  dans la catégorie des moins de 48 kilos en soulève 200,

 

 

Sukanya Srisurat dans celle des moins de 58 kilos en soulève 240.

 

 

Une médaille d’argent en haltérophilie pour Pimsiri Sirikaew qui, à moins de  58 kilos en soulève 232

 

 

et une de bronze pour un  homme de moins de 58 kilos lui aussi Sinphet Kruaithong qui arrache 289 kilos.

 

 

Nous sommes évidemment loin des fourmis qui peuvent – paraît-il - soulever 1000 fois leur poids

 

 

 

Les résultats sont naturellement disponibles sur le site du Comité international (4).

 

Au total depuis 1952, le pays a gagné 9 médailles d'or : 5 en haltérophilie et 4 en boxe anglaise, 8 médailles d'argent : 2 en haltérophilie, 4 en boxe anglaise et 2 en taekwondo et 14 médailles de bronze : 7 en haltérophilie, 4 en boxe anglaise et 3 en   depuis 1952 dans trois disciplines exclusivement, l’haltérophilie, la boxe anglaise et 3 en taekwondo.

 

La boxe, l'haltérophilie et le taekwondo sont les trois seuls sports dans lesquels la Thaïlande a obtenu des médailles. Il faut évidemment préciser que chaque discipline classe les participants au poids, il n’y a pas eu de champion de boxe au titre des poids lourds et, nous l’avons vu, les haltérophiles sont des « petits formats ».

 

La boxe thaïe est toujours absente : la commission exécutive du Comité international olympique réunie à Lausanne a accepté la proposition du comité d’organisation de Tokyo 2020 d’ajouter cinq nouveaux sports au programme des Jeux Olympiques 2020. Il s’agit du baseball-softball, du karaté, du skate, du surf et l'escalade, la boxe thaïe est toujours exclue.

 

 

LES  JEUX TOKYO  DE 2020 ?

 

 

Ils ont comme nous le savons été reportés à l’année suivant, l’été 2021 en raison de la pandémie mondiale. Il nous fait donc patienter pour savoir s’ils verront la participation de « Tiger » Woods qui passe pour être le plus grand joueur de golf de tous les temps. Le golf est redevenu discipline olympique en 2009. Il n’avait pu être présent à Rio pour des raisons de santé. Il attendait sa qualification pour Tokyo. Est-il thaï ? Il est en tous cas un héros pour les Thaïs et a été accueilli triomphalement à Bangkok. C’est un sang mêlé : son père est un noir américain vétéran du Vietnam qui a connu sa mère, une vraie thaïe, Kultida Punsawad, à Bangkok. Le couple s’est marié et rejoignit les États Unis dans les années 70. « Tiger » est né en Californie et donc américain par droit du sol. D’après son père, il est à moitié thaï, un quart chinois, un huitième blanc, un seizième chaouanon (amérindien) et un seizième noir. Lui-même en tous cas ne renie pas ses origines thaïes et se dit à l’occasion bouddhiste.

 

 

Par rapport à ses voisins, la Thaïlande brille :

 

Le Laos qui participe régulièrement aux jeux depuis 1980 – hormis la parenthèse d’Atlanta en 1984, n’a à ce jour décroché aucune médaille.

 

Le Cambodge qui participe plus ou moins épisodiquement depuis 1956 n’a jamais non plus obtenu de médaille.

 

Il en est de même pour la  Birmanie qui participe depuis 1948.

 

La Malaisie participe depuis 1964 mais ses athlètes n’ont ramené que sept médailles d’argent et quatre de bronze pour la plupart en badminton.

 

 

Le Vietnam participe depuis 1952 et n’a gagné qu'une médaille d’or (au tir au pistolet à air comprimé à 10 mètres) en 2016 et trois en argent. Hoàng Xuân Vinh le médaillée d’or est, il est vrai, un « amateur » un peu spécial puisqu’il est tireur d’élite dans l’armée de son pays avec grade de colonel et eut une seconde médaille d’argent au tir au pistolet à 50 mètres après avoir manqué le « sans faute ».

 

 

Aucun de ces pays n’a jamais participé aux jeux olympiques d’hiver depuis leur création en 1924. Ce n’est pas le cas de la Thaïlande.

 

LES JEUX OLYMPIQUES D’HIVER

 

La Thaïlande participe aux jeux d’hiver depuis 2002 avec une exception aux jeux de Vancouver en 2010 faute de qualifiés.

 

 

Le premier thaï qualifié aux jeux de 2002 à Salt Lake City fut Prawat Nagvajara, skieur de fond qui représenta également son pays en 2006 à Turin. Thaï certes, Nagvajara a grandi à Bangkok mais est devenu professeur de génie électrique à l'Université Drexel en Pennsylvanie aux États-Unis. Ce n’est pas dans la vallée de la Chao Phraya qu’il a gagné ses galons. Lors de ces deux jeux, il fut le seul thaï qualifié et revint sans médaille. L’excuse des perdants est toujours présente : « L’important c’est de participer ».

 

 

En 2014, La Thaïlande participe pour la troisième fois aux Jeux olympiques d'hiver à Sotchi en Russie.

 

 

Les deux athlètes thaïlandais, les skieurs alpins Kanes Sucharitakul  et Vanessa Vanakorn, terminent respectivement 65e et 6e en slalom géant. La délégation thaïlandaise n'a remporté aucune médaille. Le jeune Kanes Sucharitakul est un richissime homme d’affaire de Bangkok.

 

 

Vanessa-Mae qui court sous le nom de son père (Vanakorn) est une personne hors du commun tant par son charme que par ses talents : violoniste née à Singapour d'un père thaï et d'une mère chinoise, elle a grandi à Londres et a skié pendant plusieurs années à Zermatt en Suisse.

 

 

Elle commence sa préparation six mois avant les Jeux et pour représenter son pays en 2014 en ski alpin, participa à des courses secondaires qui lui permirent d’être qualifiée.

 

En 2018 à Pyongyang en Corée, quatre athlètes thaïs furent qualifiés, deux hommes et deux femmes, Pour les hommes  Nicolas Zanon

 

 

et Marc Changloung.

 

 

Ils sont tous deux issus de couples mixtes, mère thaïe et père italien, et ont été élevés en Italie  où l’on pratique les sports alpins plus volontiers qu’en Isan. Pour les femmes Alexia Arisarah Schenkel est suisso-thaïe

 

 

et Karen Chanloung dont le père est de Yasothon oú elle n’a pas appris le slalom et la mère italienne, elle a également été élevée en Italie. Ses exceptionnels talents en font probablement l’espoir de la Thaïlande pour les jeux d’hiver prévus à Pékin en 2022.

 

 

 Il faut bien dire pour conclure que tous les pays, compte tenu du minimum de qualification exigé dans chaque discipline, ne peuvent assurer à leurs athlètes la formation nécessaire et leur donner les moyens de s’entraîner toute l’année à un haut niveau, l’amateurisme n’était plus qu’un vain mot. Le niveau mondial devient si élevé qu’il est inaccessible à de nombreux pays ; Quand le record olympique du 100 mètres est de 9”58, l’athlète thaï qui détient le record du pays est à 10”23. C’est peu de chose ? À l’arrivée le premier a quelques  mètres d’avance !

 

 

Les États-Unis sont la première puissance olympique de monde. Au classement boutiquier des médailles qui compile toutes celles glanées depuis les premiers Jeux de l'ère moderne, les États-Unis pointent effectivement largement en tête pour le nombre de distinctions et sont suivis de loin par l’URSS puis la Russie mais ces deux pays mettent en œuvre des moyens gigantesques. Les athlètes « amateurs », en général des étudiants inscris dans une Université où ils ne mettent jamais les pieds sont en réalité stipendiés pour suivre un entrainement forcené. Sans parler des scandales permanents de dopage, nous sommes loin des « jeux propres » !

 

 

Les athlètes médaillés de Thaïlande nous paraissent à l'inverse devoir leurs qualités à une appartenance aux plus distinguées classes de la société mais il pèse aussi sur les haltérophiles médaillés en 2016 de lourds soupçons de dopage ? 

 

 

NOTES

 

(1) Notre source est évidemment le site du Comité : https://olympicthai.org/en/

 

(2) Voir « L'OLYMPISME OU LA CONTINUITÉ D'UNE IDÉOLOGIE TOTALITAIRE » de Jean-Marie Brohm  Outre-terre, 2009/1 n° 21 | pages 75 à 87

 

(3) Sur l’olympisme au Laos, voir le bel article de notre ami J.M. Strobino « Le Laos et les jeux olympiques » dans la revue Philao du 2eme trimestre 2014 :

https://www.academia.edu/36001791/Le_Laos_et_les_Jeux_Olympiques

 

(4) https://www.olympic.org/fr/resultats-olympiques

 

 

 

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 13:00

 

 

Nous venons d'apprendre le décès de Marcel Barang et nous en sommes peinés. Nous assurons sa fille de toute notre sympathie et de la part que nous prenons à sa peine.

 

 

 

Nous lui avions rendu un hommage le 26 décembre 2015 dans un article intitulé «Hommage à Marcel Barang, traducteur et «passeur» de la littérature thaïlandaise » (1), en découvrant à cette occasion  que non seulement, il avait traduit en français et en anglais des œuvres marquantes de la littérature thaïlandaise, mais  également traduit en thaï des œuvres étrangères et «des chansons du monde». Une œuvre immense.

(Cf. Son site: http://www.thaifiction.com/thesite.php )

 

 

A 378. DERNIER HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

Il nous a permis de lire-en français- quelques œuvres importantes de la littérature thaïlandaise qui, disait-il, «n’ont guère de thèmes communs, ou plutôt reflètent la diversité des pratiques sociales thaïlandaises, du bouddhisme commun à la corruption des mœurs et des édiles, de la fable poético-philosophique de L’Empailleur de rêves (Nikom Rayawa, L’Aube) à l’individualisme forcené et blasphématoire de L’Ombre blanche (Saneh Sangsuk, Le Seuil). »

 

 

 

 

Il recommandait ensuite les œuvres de Chart Korbjitti et Saneh Sangsuk, et mentionnait Atsiri Tammachote, Sila Komchai, Wanit Jarounkit-anan, Kanokpong Songsompan.

 

 

Nous en avons présentées quelques-unes qui permettent  de découvrir d'autres «réalités» de la Thaïlande, si différentes de l’ordre établi et des clichés auxquels on réduit le plus souvent la Thaïlande, qui « tranche(ent) vivement, comme nous dit Marcel Barang,  sur tous les courants habituels de la fiction thaïlandaise.» (Cf. 2 et 3)

 

 

 

Mais qui est Marcel Barang ?

 

L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël révèle quelques repères biographiques : « Passeur de littérature : Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 Vous y apprendrez entre-autres qu'il fut journaliste, avant de s'installer définitivement en Asie en 1976 en passant un an à Singapour, puis une autre année à Hong-Kong, avant de s'installer à Bangkok. (4)

 

 

Mais il fut aussi concepteur de mise en page, éditeur, relecteur, éditeur - en trois langues.

 

 

Nous n'avons jamais rencontré Marcel Barang, aussi un commentaire sur notre blog d'Eric Sayettat nous a touchés :

 

« C'est en 1985 dans la poussière de Hanoï que j'ai rencontré Marcel Barang, il avait miraculeusement pu obtenir un visa. Les hôtels étant ce qu'ils étaient à l'époque, il est venu loger chez moi. Nous nous sommes revus à Bangkok, (soi St Louis d'abord) puis du temps de Manager et enfin, après une longue éclipse, nous nous retrouvâmes pour un Ricard à la terrasse de l'Oriental, il y a quatre ans déjà. L'Oriental faisait contraste avec ses idées trotskistes mais il aimait cet hôtel.


 

 

 

Il marchait alors avec difficulté mais son esprit incisif et sans concession n'avait rien perdu de sa lucidité. Marcel m'impressionnait par sa capacité à passer d'une langue à l'autre. Il restait des mois à parler ou écrire uniquement en anglais et en thaï et quand nous parlions français devant son plat préféré (la cervelle d'agneau de chez Himalichacha) il ne faisait jamais d'erreur. Ses souvenirs d'un Cambodge lointain étaient intacts, comme ceux d'une Thaïlande dont il a suivi la transformation, certains diraient la déformation.

 


Marcel voyait clair dans la société siamoise comme dans la société française; il était fier de sa fille à qui je présente toutes mes condoléances.

 


Adieu Marcel !».

 

 

Nous lui laisserons le dernier mot:   «Vous savez ce qui m’a le plus fait plaisir? C’est quand L’Ombre blanche de Saneh Sangsuk est paru en l’an 2000: pas une seule de la dizaine de notes de lecture dithyrambiques qui ont salué ce chef-d’œuvre n’ont fait état du traducteur ou de la traduction: Passer totalement inaperçu, voilà la vraie accolade !».  (5)

 

 

 

 

Non, monsieur Marcel Barang, vous n'êtes pas passer inaperçu. En 2008, vous êtes devenu « chevalier de l’Ordre des Arts et des lettres » et surtout, votre œuvre immense est là pour en témoigner. Merci.

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

(1) A 206. HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-205-hommage-a-marcel-barang-traducteur-et-passeur-de-la-litterature-thailandaise.html

 

 

(2) A 52. Un grand écrivain thaïlandais: Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html

 

A85. «Venin» de Saneh Sangsuk. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a85-le-conte-venin-de-saneh-sangsuk-112495835.html

 

A142. «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

« Chart Korbjitti avec Saneh Sangsuk sont les deux romanciers les plus connus en France grâce au travail de leur traducteur Marcel Barang. Il est aussi reconnu en Asie du Sud-Est pour avoir reçu deux fois le prix du SEA-Write en 1982 pour « la Chute de Fak » et en 1993 pour «Sonne l’heure».

« La marginalité et le regard de la société sur l’individu restent ses thèmes de prédilection. On les retrouve dans ses deux grands romans, La Chute de Fak, et Les Chiens enragés qui mettent tous les deux en scène des personnages en rupture sociale. » (Louise Pichard-Bertaux

 

A142 et A143. Notre lecture de  «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a142-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122456162.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a143-notre-lecture-de-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122551891.html

 

 

 

(3) Marcel Barang. Juin 2015. http://filledesang.blogspot.com/2015/06/fille-de-sang-dans-le-contexte.html )

 

(4) L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël « Passeur de littérature : Marcel .Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 , nous livre quelques repères biographiques. 

 

(5)  In « Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande », paru dans l’Humanité du 22 juillet 2015.

 

On peut lire aussi Marcel Barang sur le net :

https://thaifiction.wordpress.com

https://marcelbarang.wordpress.com

https://chansongs.wordpress.com 

Sur France-Inter : « Marcel Barang » par Jean-Noël Orengo http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1127927

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 22:53

 

 

Nous avons dans un article du mois d’octobre 2017 posé une question à à laquelle nous avons tenté d’apporter une réponse : « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » (1).

 

 

 

Notre intention n’était certes pas de prétendre qu’il était pauvre comme Job puisqu’il est riche, très riche, immensément riche mais de nous étonner d’une affirmation du magazine Forbes datée de février 2015, non reprise d’ailleurs les années suivantes, évaluant sa fortune à 35 milliards de dollars US. Cet article reposait sur les investigations de l’une des collaboratrices de la revue, une dame Cunninghamm professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets !

 

 

 

Il faut le voir pour le croire.

 

La réponse à la question est en réalité d’une relative simplicité,  la confusion fut faite, incompétence ou mauvaise foi, entre la fortune personnelle du monarque (sur laquelle plane tout autant de mystère que sur celle de toutes les têtes couronnées du monde) et le patrimoine du « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureauสำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat). Cet organisme est l’héritier d’un premier organisme créé par le roi Rama V destiné à enlever toute opacité sur la gestion de la fortune royale, devenu ensuite le Bureau des propriétés de la couronne qui gère depuis 1936 ensuite du coup d’état de 1932 un patrimoine énorme, constitué en particulier de celui du roi et des princes de la famille royale ayant alors pris la fuite, prince Damrong et prince Paribatra en particulier.

 

 

Nous savons que le Bureau gère depuis lors un patrimoine immobilier gigantesque, à Bangkok et dans le reste du pays. Pour en connaître le détail et les profits qu’il en retire, un journaliste d’investigation, espèce en voie de disparition, devrait prendre la peine, travail de titan, d’aller compulser les land offices de Bangkok et de toutes les provinces pour y trouver les fiches du Bureau comprenant également le détail des baux qu’il consent – puisqu’il consent le plus souvent des baux de 30 ans – donnant le détail des redevances locatives. Nul ne l’a fait à cette heure.

 

 

Le Bureau gère également un patrimoine mobilier, plusieurs sociétés commerciales, générant des dividendes fastueux.

 

Ne revenons pas sur ce que nous avons écrit, le bureau a un site Internet, il est bilingue mais la partie la plus intéressante est en langue locale, quoi d’étonnant ?

 

Nous y apprenons que les bénéfices procurés par ce patrimoine sont affectés à des projets d’intérêt général.

 

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs ayant appartenu de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés puis transférés à un organisme sur lequel le roi a actuellement  la maitrise en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit. Ce n’est donc pas un droit de propriété. Relevons d’ailleurs que ce sont les revenus du Bureau qui financent les listes civiles du Roi et des membres de sa famille qui en bénéficient et non le budget national.

 

 

Cette question est toutefois revenue sur le tapis à la suite des « événements » du premier trimestre de l’année 2020 où nous vîmes refleurir nombre d’articles au titre alléchant sinon provocateur « le roi de Thaïlande, plus riche souverain du monde : découvrez le montant de sa fortune ». Voilà qui nous a intéressés ! Nous avons appris que le monarque était toujours en tête sans qu’il soit donné la moindre explication mais que – le malheureux – son patrimoine n’étais plus que de 30 milliards de dollars, 5 milliards disparus depuis 2015 ? Nous ne changerons pas un iota de nos explications du mois d’octobre 2017. Tous ces articles sont tombés de la presse à scandale, celle qui alimente les loges de concierges et les salles d’attente des salons de coiffure pour dames, Gala, Voici, Closter, Bild  faisant tous références à une revue américaine Business insider, qui ne vaut pas plus cher que Forbes, même Paris-Match s’y est mis, mais il n’est plus depuis longtemps un véritable journal d’investigations.

 

 

 

Nous en serions restés sur notre article sans voir à en rien ajouter si la même presse à scandale n’avait repris  - tous se recopiant entre eux- ces mêmes affirmations en lien en général avec la présence du roi dans son hôtel de Bavière en compagnie de son sérail, de ses gardes du corps et de ses domestiques. Notre propos n’est pas de juger le monarque, qu’il entretienne un sérail est le dernier de nos soucis. Il ne semble pas d’ailleurs que cela impressionne outre mesure les citoyens thaïs qui ne paraissent pas s’en être indignés pas plus qu’ils ne s’indignent des 42 enfants du roi Rama Ier, des 73 de son successeur, des 51 du troisième et des 77 du grand Chulalongkorn, le tout avec leurs épouses principales ou secondaires, le record semblant être celui de Rama II qui eut 10 épouses enregistrées. Les Français sont au demeurant indulgents devant les galipettes de leurs chefs d’état, depuis Henri IV jusqu’à certains des présidents de la présente république. Le roi n’a pas la même conception de la vie conjugale que son père, l’affirmer n’est pas le critiquer.

 

 

Nous voyons toutefois apparaître une nouvelle affirmation, celle selon laquelle le roi serait le propriétaire du « plus gros diamant taillé à facette du monde », affirmation péremptoire s’il en est puisque l’histoire de ce merveilleux joyau est parfaitement connue. Il s’appelle Phet kanchanaphisek (เพชรกาญจนาภิเษก), le diamant du jubilé d’or, le 50e anniversaire de la montée du regretté roi Rama IX sur le trône. Il a été découvert en 1986 dans les mines de De Beer en Afrique du sud.

 

 

A l’origine, c’était un caillou de 755,50 carats soit 109,134 grammes. Sa taille pour un tel caillou était énorme, 53,66 x 49,20 x 34,3 mm.

 

 

Sa découpe posait d’énormes difficultés techniques. Chez De Beers, on considéra qu’il n’y avait qu’un homme au monde susceptible d’y procéder: Gabi Tolkowsky, d’une dynastie célèbre de tailleurs de pierres.

 

 

Compte tenu de la taille de la pierre brute, celui-ci dut utiliser de nouveaux outils de son invention et travailla pendant deux ans, de mai 1988 à mai 1990, dans une salle souterraine stérile à l’abri des mouvements du sol pour en faire cette pierre de 273,85 carats, de 143 facettes toutes parfaitement symétriques, d’une splendide couleur brun-jaune doré. Il baptisa alors le diamant «brun  sans nom». Elle fut finalement achetée à De Beers par un groupe d'hommes d'affaires thaïs, dirigé par Henry Ho. Le prix n’a pas été divulgué car lui et ses amis avaient l’intention de l’offrir à leur roi pour célébrer son jubilé d’or, le 50e anniversaire de son couronnement survenu en 1950.

 

 

C'est lors de la présentation du joyau au roi en 1997 qu'il reçut son nom actuel. Pendant un certain temps et compte tenu de la crise économique qui frappait le pays de plein fouet, on ne parla pudiquement pas de diamant mais de topaze dorée de taille exceptionnelle. Il fut peut-être alors envisagé de le monter sur le sceptre ou le sceau royal? Il fut reçu au nom du roi par sa fille la princesse Maha Chakri Sirindhorn en 2000. Il avait reçu successivement la bénédiction du Pape Jean-Paul II, du patriarche suprême du pays et de son équivalent musulman.

 

 

Il fait partie des bijoux de la couronne exposés au Musée royal du Temple d'or de Pimammek, Salle du Trône à Bangkok. Il ne semble pas à cette heure l’avoir quitté pour se retrouver dans le gousset du roi? Ce serait d’ailleurs fort mauvais calcul car, selon les «experts» au vu de diverses comparaisons à l’occasion de ventes publiques portant sur des pièces similaires, sa valeur serait de  l’ordre de 4 à 12 millions de dollars, bien peu de chose dans une fortune de 30 milliards!  (2)

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article  A 236 – « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » :  http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-266-le-roi-de-thailande-est-il-l-homme-le-plus-riche-du-monde.html

 

(2) Pour en savoir plus sur le «système royal»du pouvoir et et les finances royales. Cf. notre lecture du  livre de Marie-Sybille de Vienne, «Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles.»

A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-298.le-systeme-royal-du-pouvoir-en-thailande.html

 

 

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 08:09

 

Ce présumé inoffensif mammifère se voit soupçonné d’avoir transmis le Covid-19 à l’homme et se serait bien passé de cette accusation dont il n’a pas besoin. Est- -il réellement le vecteur qui a permis au virus d’atteindre l’homme? On l’ignore encore. Seule certitude : il figure sur la liste des suspects. Les hypothèses sur les origines de ce mal se sont multipliées, depuis des virus prélevés sur les chauves-souris transmis à l’homme par un animal intermédiaire qui serait le pangolin : Quelque part en Chine, une chauve-souris vole dans le ciel, laissant une trace de coronavirus dans ses excréments, qui tombent au sol, dans la forêt. Un animal sauvage, peut-être lui, renifle les insectes sur les feuilles et absorbe les excréments contaminés. Le nouveau virus circule dans la faune sauvage. Un animal infecté est finalement capturé, et une personne attrape la maladie d'une manière ou d'une autre, puis la transmet aux travailleurs d'un marché aux animaux sauvages. Une épidémie mondiale est née.

 

 

Chez les défenseurs de la faune sauvage, on craint que cette seule suspicion n’entraîne de nouveaux massacres alors qu’il est déjà victime d’un trafic intense en Afrique et en Asie quoiqu’appartenant à l’une des espèces sauvages en voie de totale disparition et bénéficiant de la protection des organismes internationaux.

 

La pandémie  qui frappe le monde depuis le début de l’année ne nous autorise pas à nous ériger en experts-autoproclamés. Il est suffisamment de virologues de comptoir qui pullulent comme des mouches sur Internet en nombre hallucinant.

 

 

Nous avons simplement souhaité dire quelques mots de ce singulier mammifère.

 

Quel est donc cet animal pacifique si populaire en Chine mais pas inconnu en Thaïlande même si on ne le retrouve plus que dans les zones préservées des parcs nationaux ?

 

 

Doux et pacifique, vous n’aurez guère de chances de le rencontrer dans un zoo, toutes les tentatives pour l’y acclimater furent vaines et ils n’y ont aucune chance de survie.

 

La première description précise que nous en ayons est celle de Buffon (1). Il a échappé à la longue description que La Loubère nous a donnée de la faune siamoise en 1691.

 

 

Il ressemble à un lézard à écailles dont le taille peut atteindre selon les espèces jusqu’à deux mètres. On a pu le comparer à un artichaut à l’envers et quand il se met en boule pour se protéger comme un hérisson, il devient pomme de pin ! 

 

 

Il contredit toutes les catégories animales les plus évidentes. Il a des écailles comme un poisson mais il monte aux arbres et s’y suspend par la queue.

 

 

Il ressemble plus à un lézard ovipare qu'à un mammifère et pourtant allaite ses petits. Et, plus important que tout, à la différence des autres petits mammifères aux nombreuses portées, ses petits naissent un par un. Il ne se nourrit que de fourmis et de termites qu’il happe comme un tamanoir avec une langue visqueuse de plusieurs dizaines de centimètres. Il peut en absorber 200 grammes par jour. Il vit dans des arbres creux ou des terriers et ne sort que la nuit.

 

 

Fossile vivant, il vient incontestablement de la préhistoire, un ancêtre des dragons de la légende? (2)

 

 

En thaï nous l’appelons lin (ลิ่น), le mot pangolin vient de l’anglais qui l’a emprunté au Malais Peng-goling qui signifierait «qui se mets en boule».

 

Les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie constituent son habitat naturel, ce sont les régions qui lui ont été dévolues par la nature.

 

En Thaïlande, oú il n’est probablement plus présent que dans les réserves naturelles protégées, il continue à être intensément braconné. Les braconniers sévissent dans ces zones protégées. Ils utilisent des chiens qui reniflent l’animal réfugié dans un arbre et coupent l’arbre. Si la cuirasse écailleuse le met à l’abri des grands prédateurs carnivores lorsqu’il se met en boule et dresse ses écailles, son ventre n’est pas protégé, c’est son talon d’Achille, et c’est par là que les braconniers le tuent, puisque, dépourvu de dents, il est incapable de se défendre. Les plus grands mesurent environ 2 mètres et pèsent 33 kilos.

 

 

 

Intensément pourchassé, il en est deux raisons:

La gastronomie

 

Comestible tout d’abord, sa chair est réputée excellente bien qu’en Afrique sa consommation fut initialement rituelle (3). Ce ne sont probablement pas des motifs rituels mais simplement gastronomiques qui font qu’il soit toujours pourchassé de façon illicite en Thaïlande. Si nous connaissons par les coloniaux le goût de la chauve-souris qui serait celui de la caille ou du singe qui serait celui du lapin, nous n’avons trouvé aucun souvenir de l’un d’entre eux qui se serait aventuré à y goûter. Sa viande se vend sur les marchés parallèles entre 2000 et 3500 baths le kilogramme (entre 57 et 100 euros) soit dix fois plus que la trilogie classique de notre gastronomie locale, poulets, cochons et poissons Ce trafic lucratif est certes sanctionné localement en vertu des règles de protection des espèces en voie de disparition par une amende de 40.000 baths et une peine d’emprisonnement de 4 ans selon la Wildlife Preservation and Protection Act B.E.2535 (1992) (พระราชบัญญัติสงวนและคุ้มครองสัตว์ป่า พุทธศักราช 2535). À ce jour toutefois, aucune peine de prison ne paraît avoir été prononcée en Thaïlande contre les trafiquants mais le trafic de ses écailles est probablement beaucoup plus lucratif bien que nous n’ayons aucun élément sur son rapport réel. Ceci explique en effet la cupidité des braconniers:

 

Dans un restaurant de Thaïlande en février 2020  :

 

 

Les écailles et la médecine chinoise

 

La couverture d’écailles est d’une telle solidité qu’elle a servi à confectionner des cuirasses, celle qui est conservée au Musée de l’homme est d’origine incertaine (probablement asiatique sans autre précision) (4). Cette utilisation paraît logique,

l’utilisation médicale ne l’est plus et nous conduit directement en Chine. Pour les Chinois en effet, les écailles réduites en poudre sont indispensables pour guérir nombre de maux et leur efficacité doit égaler celle de la poudre de cornes de rhinocéros. Les écailles sont utilisées dans plus de 60 agents curatifs, produits et commercialisées par plus de 200 sociétés pharmaceutiques, selon un rapport de la fondation China Biodiversity and Green Development.

 

 

 

Ces traitements ont la réputation de soigner divers maux, allant des problèmes d'allaitement à la mauvaise circulation sanguine jusqu’au cancer. Elles auraient aussi des vertus anti-inflammatoires et  anticoagulantes

 

La médecine traditionnelle nécessite une telle quantité d'écailles que celle-ci menace les espèces de pangolins d'extinction, en Afrique et en Asie.

 

Le négoce des écailles de pangolin était déjà au temps de la colonisation du Laos dûment taxé et considéré comme une des richesses du pays (5). La production partait en direction du Siam probablement à destination de sa colonie chinoise et de là, vers la Chine.

 

Budget prévisionnel du Laos pour l'année 1900  :

 

 

Est-ce en raison non pas de la pandémie mais des nécessités de la protection  internationale des espèces en voie de disparition que les médicaments traditionnels chinois à base d'écailles de pangolin ne sont plus couverts par l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2020 ? La décision de l'équivalent de la Sécurité Sociale chinoise, fut prise le 20 août 2019 avant que n’éclate la pandémie. Il n‘est toutefois pas certain que cette décision ait un quelconque impact sur la demande des milliardaires chinois.

 

On estime qu'un million de pangolins ont été capturés à l'état sauvage en Asie depuis 10 ans ce qui soit dit en passant déplace le trafic vers l’Afrique oú des centaines de milliers voire des millions de spécimens sont chassés chaque année.

 

Les saisies de cargaisons qui complètent en général celles de l’ivoire des éléphants portent sur des tonnes d’écaille. L’une d’entre elle effectuée à Singapour en février 2020 portant sur 12 tonnes représenterait la  vie de 2000 pangolins (6).

 

 

Si nous savons peu ou prou combien les braconniers font payer la viande de pangolin aux gourmands, il est difficile de savoir combien les trafiquants leur payent les écailles mais nous savons que le prix sur le marché chinois serait d’au moins  1000 euros le kilo (35.000  baths).

 

Or, d’après les scientifiques  et  comme la corne de rhinocéros, ses écailles sont composées de kératine, la même composition que les ongles humains.

 

 

Il serait donc bénéfique que les Chinois qui croient en ses vertus se contentent de se ronger les ongles d’autant que l'usage de porter les ongles fort longs  - mode singulière - semble encore répandue chez les élégants et les élégantes.

 

 

NOTES

 

(1) Il occupe un chapitre du tome III (mammifères) de son «Histoire naturelle, générale et particulière «publiée en 36 volumes entre1749 et 1788.

 

(2) Voir «The Earliest Fossil Pangolin (Pholidota Manidae) from Africa». Article in Journal of Mammalogy , août 1985.

 

(3) Voir Sperber Dan: «Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ?»  In: L'Homme, 1975, tome 15 n°2. pp. 5-34).

 

(4) Voir Daniel Léger «A propos d'une cuirasse en peau de pangolin conservée au musée de l'Homme de Paris ». In : Archipel, volume 17, 1979. pp. 35-41;

 

(5) Voir « La dépêche coloniale illustrée» du 15 septembre 1905.

 

(6) https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/08/en-chine-les-medicaments-base-de-pangolins-ne-seront-plus-rembourses

 

 

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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 22:16

 

Notre ami Ripawat Chiraphong (ริปวัฒน์ จิราพงษ์a reçu cette éminente distinction le 16 janvier, jour de la « fête des professeurs » (วันครู), le jour oú tout le pays rend hommage à ses enseignants.

 

 

Nous avons eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. Professeur de français à la très élitiste école du Palais Chittralada (โรงเรียนจิตรลดา) à Bangkok,

 

 

il a obtenu un brillant doctorat d’Université pour une thèse soutenue le 12 septembre 2016 à l’Université Paris Diderot (Paris 7) devant un jury prestigieux présidé par le professeur Alain Forest : « La question de l'extraterritorialité et ses conséquences juridiques successives concernant les protégés français au Siam, dans le cadre des relations franco-siamoise de 1893 à 1907 ». Nous lui consacrerons un prochain article.

 

 

 

Il est par ailleurs l’auteur de la traduction française du livret rédigé par Supoj Lokunsombat et illustré à l’aquarelle par Krik Yomnage intitulé « Le Retour de Kosa Pan - นิวัติทัศนา โกษาปาน » en vue de l’inauguration à Brest le 15 février prochain du buste de Kosa Pan premier ambassadeur siamois en France.

 

 

La phase préparatoire avait été la présence de Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, Présidente honoraire de l’Association thaïlandaise des professeurs de français lors de sa fête annuelle le 3 novembre 2019 dans le grand hall Hall du collège de l’Assomption, à Bangkok – Bangrak

 

 

au cours de laquelle elle avait daigné  oindre le buste de Kosa Pan. Il fait partie du comité d’organisation des cérémonies d’inauguration de la statue et sera présent aux côtés de Son Excellence Sarum Charoen Suwan, ambassadeur de Thaïlande en France Le livret édité à cette occasion à Brest comprendra divers articles relatifs à Kosa Pan, lui-même est en train de rédiger un article sur les rues de Siam en France pour lequel il a demandé notre amicale collaboration.

 

 

Ne négligeons pas les autres lauréats (1) :

Madame Phongphan Suwannan, professeur de français à temps partiel auprès de l’association des femmes thaïes à Paris,

Suwat Bunkhlueap, professeur à l’école Yupparat Wittayalai dans la Province de Chiang Mai

Madame Saochariya  Kueakop, professeur à l’école Phatthalung Phitthayakhom à Phatthalung

Chettacharoen Masisuk, professeur à l’école du Wat Benjamabopit  à Bangkok

Madame Thopnita  Sanguanphokhai, responsable du pôle français des affaires à l’Université de l'Assomption dans la province de Samut Prakan

 

NOTE

 

(1) Voici la liste officielle des lauréats :

1) นายริปวัฒน์ จิราพงษ์ ครูโรงเรียนจิตรลดา กรุงเทพมหานคร

 


2) นางผ่องพรรณ สุวรรณนันท์ ครูนอกประจำการ ชมรมสตรีไทยในฝรั่งเศส กรุงปารีส
3) นายสุวัฒน์ บุญเคลือบ ครูโรงเรียนยุพราชวิทยาลัย จังหวัดเชียงใหม่
4) นางสาวจาริยา เกื้อกอบ ครูโรงเรียนพัทลุงพิทยาคม จังหวัดพัทลุง
5) นายเจตเจริญ มาสีสุก ครูโรงเรียนมัธยมวัดเบญจมบพิตร กรุงเทพมหานคร
6) นางฐปนิตา สงวนโภคัย หัวหน้าสาขาฝรั่งเศสธุรกิจ มหาวิทยาลัยอัสสัมชัญ จังหวัดสมุทรปราการ

 

 

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